{"id":8684,"date":"2020-10-19T00:00:00","date_gmt":"2020-10-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-progres-oui-mais-de-la-gaule-a-lempire\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:12","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:12","slug":"le-progres-oui-mais-de-la-gaule-a-lempire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-progres-oui-mais-de-la-gaule-a-lempire\/","title":{"rendered":"Le progr\u00e8s, oui&#8230; mais (de la Gaule \u00e0 l&rsquo;Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Rien n\u2019arr\u00eate le progr\u00e8s, depuis la Pr\u00e9histoire et l\u2019apparition de l\u2019homme sur terre\u00a0! Il a invent\u00e9 le feu, la charrue, l\u2019imprimerie\u2026 Progr\u00e8s incontestables, m\u00eame pour les Amish.<\/p>\n<p>Pour clore le d\u00e9bat d\u2019actualit\u00e9, la 4G sera logiquement remplac\u00e9e par la 5G \u2013 cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des standards pour la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, en attendant la prochaine avanc\u00e9e technologique et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des d\u00e9bits.<\/p>\n<p>Sur le th\u00e8me du progr\u00e8s, l\u2019Histoire impose certaines \u00e9vidences. Simplifions \u00e0 l\u2019extr\u00eame un sujet complexe et non trait\u00e9 (hormis des essais sur la notion de progr\u00e8s).<\/p>\n<p>1. Le progr\u00e8s technique s\u2019applique \u00e0 tous les domaines\u00a0\u00e9conomiques et scientifiques\u00a0: agriculture, p\u00eache, industrie, commerce, transports, urbanisme, armement, communication, astronautique, m\u00e9decine, g\u00e9n\u00e9tique, etc.<\/p>\n<p>2. Ce type de progr\u00e8s ne concerne pas les domaines civilisationnels d\u2019ordre spirituel ou esth\u00e9tique\u00a0: philosophie, Beaux-Arts, litt\u00e9rature, culture en g\u00e9n\u00e9ral. Au niveau mondial (et fran\u00e7ais), Socrate (ou Descartes), Rembrandt (ou Delacroix), Mozart (ou Bizet), Shakespeare (ou Moli\u00e8re), Goethe (ou Hugo)\u2026 ne sont pas comparables ni \u00ab\u00a0d\u00e9pass\u00e9s\u00a0\u00bb par des noms contemporains.<\/p>\n<p>3. Le progr\u00e8s s\u2019inscrit dans un contexte et <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> concerne essentiellement la France\u00a0: territoire agricole \u00e0 90 % jusqu\u2019au milieu du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une unit\u00e9 politique n\u00e9e sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019une forte d\u00e9mographie et d\u2019une civilisation remarquable en Europe. \u00c0 l\u2019inverse, les nombreuses guerres (civiles ou \u00e9trang\u00e8res) qui ruinent le pays ont ralenti les progr\u00e8s \u00e9conomiques et aggrav\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s sociales entre pauvres (le peuple) et riches (les privil\u00e9gi\u00e9s).<\/p>\n<p>4. Une derni\u00e8re constatation va donner tout son sens \u00e0 cet \u00e9dito. <br>Le progr\u00e8s, pourtant incontestable, fut contest\u00e9, critiqu\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9\u00a0depuis le Moyen \u00c2ge\u00a0: par les victimes (r\u00e9voltes, \u00e9meutes p\u00e9riodiques), par les intellectuels nombreux depuis les Lumi\u00e8res et engag\u00e9s depuis la R\u00e9volution. Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, la r\u00e9volution industrielle favorise le progr\u00e8s (et vice versa), l\u2019essor du capitalisme lib\u00e9ral allant de pair avec le socialisme, n\u00e9 utopique et de plus en plus combattant. La \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb n\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale est p\u00e9riodiquement contest\u00e9e (Mai 68) et la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la d\u00e9croissance\u00a0\u00bb apparue dans les ann\u00e9es 1970 est un mythe tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 de nos jours dans les pays riches.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle, la prise de conscience des risques et des co\u00fbts du progr\u00e8s se situe d\u00e9sormais \u00e0 tous les niveaux\u00a0: humain, social (ou soci\u00e9tal), politique, \u00e9conomique, \u00e9cologique, sanitaire et plus globalement environnemental. \u00ab\u00a0Le progr\u00e8s, oui mais\u2026\u00a0\u00bb \u00c0 quel prix\u00a0!?<\/p>\n<p>Entre rep\u00e8res et pol\u00e9miques, confrontation des faits et des id\u00e9es, \u00e9loges et critiques, nous relevons un d\u00e9fi\u00a0: rendre compte de ces r\u00e9alit\u00e9s concomitantes depuis deux mille ans, en dix p\u00e9riodes et deux \u00e9ditos.<\/p>\n<p>Voici le d\u00e9but de cette longue histoire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre rappel\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-25.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin: 10px; float: left;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1_1.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>1. Gaule et Moyen \u00c2ge, Renaissance et guerres de Religion.<\/h4>\n<p>Tous les paradoxes du progr\u00e8s s\u2019affichent d\u00e9j\u00e0\u00a0: dans un pays plein de ressources naturelles et humaines, la mis\u00e8re des travailleurs c\u00f4toie la prosp\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie et le commerce, cependant que la guerre co\u00fbte de plus en plus cher au pouvoir et au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une race [les Gaulois] d\u2019une extr\u00eame ing\u00e9niosit\u00e9, et ils ont de singuli\u00e8res aptitudes \u00e0 imiter ce qu\u2019ils voient faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, au \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb et aux images de <span class=\"caps\">BD<\/span>, les Gaulois ne sont pas un peuple de \u00ab\u00a0barbares chevelus et mal d\u00e9grossis\u00a0\u00bb. S\u2019ils ne connaissent pas de civilisation urbaine et vivent en tribus, les Gaulois sont de remarquables \u00e9leveurs et agriculteurs qui savent \u00ab\u00a0engraisser la terre par la terre\u00a0\u00bb (assolement et alternances de c\u00e9r\u00e9ales riches et pauvres), au grand \u00e9tonnement des Romains\u00a0! Ils exportent jusqu\u2019\u00e0 Rome foies gras, jambons et autres charcuteries. Leurs tissages et leurs cuirs sont de qualit\u00e9, comme leurs bijoux et leurs bronzes. Ils auraient m\u00eame invent\u00e9 le savon (fait de cendre v\u00e9g\u00e9tale m\u00e9lang\u00e9e au suif).<\/p>\n<p>Pour \u00eatre conqu\u00e9rant, C\u00e9sar n\u2019en fut pas moins sensible au g\u00e9nie gaulois. Dans ses <em>Commentarii de bello gallico<\/em>, il se r\u00e9v\u00e8le remarquable historien et styliste. \u00c0 partir du <span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle se multiplient les \u00e9ditions et traductions de ce grand texte, \u00e9galement titr\u00e9<em> Guerre des Gaules<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-l\u00e0 [les Gaulois] changent facilement d\u2019avis et sont presque toujours s\u00e9duits par ce qui est nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand fond de v\u00e9rit\u00e9 dans cette constatation. Richelieu, au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, \u00e9voquera souvent cette \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb propre aux Fran\u00e7ais. Mais ce sera pour s\u2019en plaindre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours draps de soie tisserons\u00a0:<br>Jamais n\u2019en serons mieux v\u00eatues.<br>Toujours serons pauvres et nues<br>Et toujours faim et soif aurons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"184\" class=\"cit-num\">184<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHR\u00c9TIEN<\/span> de Troyes (vers 1135-vers 1183), <em>La Complainte des tisseuses de soie<\/em> (vers 1170). <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (1920), Gustave Lanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te champenois, prot\u00e9g\u00e9 par Marie, fille du roi de France Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et comtesse de Champagne, il d\u00e9crit la d\u00e9tresse des ouvriers (et surtout des ouvri\u00e8res) du drap et de la toile au <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> voit pourtant les progr\u00e8s de l\u2019\u00e9conomie et du commerce, avec la cr\u00e9ation des grandes foires de Champagne (Troyes, Provins, Lagny, Bar-sur-Aube), rendez-vous des marchands fran\u00e7ais, flamands, anglais, allemands et italiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut faire suer les \u00e9cus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"371\" class=\"cit-num\">371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>. <em>Citations, proverbes et dictons de chez nous<\/em> (2004), Julie Bardin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les marchands fran\u00e7ais ont soif de profit et les hommes du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle sont surtout sensibles \u00e0 l\u2019aspect mon\u00e9taire de l\u2019\u00e9conomie. Pour eux, le vrai signe de la richesse est la possession du num\u00e9raire.<\/p>\n<p>Sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, dernier grand roi du Moyen \u00c2ge, la relance de l\u2019\u00e9conomie continue, sur sa lanc\u00e9e amorc\u00e9e par Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Les foires se multiplient et prosp\u00e8rent. Des industries se cr\u00e9ent ou se d\u00e9veloppent. Jean Gobelin laissera son nom \u00e0 l\u2019art de la tapisserie.<\/p>\n<p>Formidable progr\u00e8s technique d\u00fb \u00e0 Gutenberg et qui va r\u00e9volutionner la diffusion des id\u00e9es et des \u0153uvres d\u00e8s la Renaissance, l\u2019imprimerie n\u00e9e en Allemagne est introduite \u00e0 Lyon et \u00e0 Paris \u2013 la Sorbonne en sera la premi\u00e8re dot\u00e9e (1470). Le roi nomme un \u00ab\u00a0visiteur g\u00e9n\u00e9ral des mines\u00a0\u00bb et on prospecte en Roussillon. L\u2019industrie de la soie est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Lyon, puis \u00e0 Gours, ce qui permet d\u2019\u00e9conomiser 500\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or d\u2019importation. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> fera publier pr\u00e8s de 70 r\u00e8glements de m\u00e9tiers\u00a0: le syst\u00e8me corporatif est pour lui un moyen de domination et de contr\u00f4le par l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quant au salaire du mercenaire, qu\u2019il soit le plus petit possible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"403\" class=\"cit-num\">403<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de <span class=\"caps\">SERRES<\/span> (1539-1619), <em>Le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019agriculture<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agronome huguenot, il fait de son domaine du Pradel une ferme mod\u00e8le pour l\u2019\u00e9poque, pratiquant l\u2019assolement, cultivant le riz, le ma\u00efs, la betterave, le houblon et la garance. Mais il paie ses ouvriers agricoles au minimum vital et les m\u00e9prise sans vergogne\u00a0: \u00ab\u00a0Hommes pervers, brutaux, pernicieux, sots, n\u00e9gligents, sauvages, inconstants, d\u00e9loyaux, b\u0153ufs sans valeur, esprit de plomb, corps de fer, l\u00e2ches, sans \u00ab\u00a0pensement\u00a0\u00bb, putains et larrons, comparables \u00e0 l\u2019ordure et au fumier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La paup\u00e9risation des pauvres fut mesur\u00e9e\u00a0: de\u00a01480 \u00e0\u00a01580, les salaires n\u2019ayant pas augment\u00e9 malgr\u00e9 la hausse des prix, le pouvoir d\u2019achat du manouvrier diminue des deux tiers. Denis Richet parle d\u2019un \u00ab\u00a0Waterloo du travailleur\u00a0\u00bb, dans ce si\u00e8cle d\u2019expansion\u00a0! Le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019aggrave avec les guerres de Religion, qui signifient d\u00e9vastations et fiscalit\u00e9 alourdie. La pauvret\u00e9 empire aussi pour le peuple des villes. Lyon, \u00e9conomiquement en pointe, conna\u00eet des \u00e9meutes et des gr\u00e8ves \u2013 surtout dans le secteur de l\u2019imprimerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour un marchand que l\u2019on trouvait au temps dudit roi Louis onzi\u00e8me, riche et gros personnage \u00e0 Paris, \u00e0 Rouen, \u00e0 Lyon et autres bonnes villes du royaume et g\u00e9n\u00e9ralement par toute la France, on en trouve en ce pr\u00e9sent r\u00e8gne plus de cinquante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"407\" class=\"cit-num\">407<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude de <span class=\"caps\">SEYSSEL<\/span> (vers 1450-1520),<em> La Grande Monarchie de France<\/em> (1519)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le commerce par terre aussi bien que par mer, et int\u00e9rieur autant qu\u2019international, prosp\u00e8re sous la Renaissance et les t\u00e9moignages de contemporains pallient le manque de statistiques. Une nouvelle classe s\u2019enrichit et devient politiquement influente, ach\u00e8te des terres, des offices royaux, des b\u00e9n\u00e9fices eccl\u00e9siastiques, met la main sur les institutions municipales\u00a0: c\u2019est (d\u00e9j\u00e0) la bourgeoisie d\u2019affaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre faite sans bonne provision d\u2019argent n\u2019a qu\u2019un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"465\" class=\"cit-num\">465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moine et m\u00e9decin, Rabelais a cr\u00e9\u00e9 le g\u00e9ant Pantagruel, et deux ans plus tard, Gargantua, son g\u00e9ant de p\u00e8re. Il aborde des questions s\u00e9rieuses, comme la guerre. Il ridiculise le roi Picrochole, sa folie ambitieuse qui le pousse aux guerres de conqu\u00eate (notre ennemi Charles Quint est vis\u00e9), et l\u2019oppose au bon roi Grandgousier, pacifique et prudent, conscient de ses devoirs vis-\u00e0-vis de ses sujets et anim\u00e9 d\u2019une vraie fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais pour mener cette politique, il faut \u00eatre fort, donc disposer d\u2019une arm\u00e9e permanente \u2013 allusion \u00e0 la politique militaire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier.<\/p>\n<p>Notons au passage l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb. La m\u00e9taphore va faire fortune dans l\u2019histoire\u00a0: les guerres sans fin recommenc\u00e9es sont ruineuses. Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle bat n\u00e9anmoins le record historique de quatre-vingt-cinq ann\u00e9es de guerre en Europe, avec des effectifs croissants et des armes toujours perfectionn\u00e9es. Ici, le progr\u00e8s co\u00fbte cher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je le soignay, Dieu le gu\u00e9rit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"484\" class=\"cit-num\">484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ambroise <span class=\"caps\">PAR\u00c9<\/span> (vers 1509-1590), phrase grav\u00e9e sur le socle de sa statue \u00e0 Laval, sa ville natale.<em> Le Bistouri et la plume\u00a0: les m\u00e9decins \u00e9crivains<\/em> (2002), Louis-Paul Fischer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autodidacte, il apprend seul \u00e0 lire et \u00e9crire et ne parlera ni grec ni latin. Apprenti chez un barbier, il monte \u00e0 Paris pour apprendre la chirurgie, les deux pratiques allant de pair, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il obtient le titre de ma\u00eetre barbier-chirurgien et va rencontrer, lors de divers si\u00e8ges guerriers, les plus grands princes de France, bless\u00e9s. Son habilet\u00e9 fait qu\u2019on l\u2019appelle partout et il sera au service des rois de France, depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> et jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1590.<\/p>\n<p>La Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris fait tout pour entraver ses recherches trop novatrices et la publication de ses \u0153uvres. Ambroise Par\u00e9 est cependant le fondateur de la science m\u00e9dicale\u00a0: il invente divers instruments de chirurgie et la m\u00e9thode de ligature des art\u00e8res, rempla\u00e7ant la caut\u00e9risation en cas d\u2019amputation. Contrairement aux chirurgiens de son temps, il n\u2019ampute qu\u2019en cas d\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>La phrase qu\u2019il aime \u00e0 prononcer rappelle la formule des rois de France touchant les \u00e9crouelles\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi te touche, Dieu te gu\u00e9rit.\u00a0\u00bb Avec tant de science, il reste un homme de la Renaissance par sa foi en Dieu, ainsi qu\u2019en des forces surnaturelles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019abondance d\u2019or et d\u2019argent a fait ench\u00e9rir toutes choses dix fois plus qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient il y a cent ans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"507\" class=\"cit-num\">507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">BODIN<\/span> (1530-1596), <em>La R\u00e9ponse de Ma\u00eetre Jean Bodin au paradoxe de M.\u00a0de Malestroit, touchant l\u2019ench\u00e9rissement de toutes choses, et le moyen d\u2019y rem\u00e9dier<\/em> (1568)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019inflation inqui\u00e8te les contemporains et l\u2019\u00e9conomie devient d\u00e9j\u00e0 une science, sujet \u00e0 pol\u00e9miques. Malestroit, conseiller du roi et ma\u00eetre des comptes, accuse la d\u00e9pr\u00e9ciation de la monnaie. Bodin donne une autre raison, l\u2019afflux de l\u2019or et de l\u2019argent, ph\u00e9nom\u00e8ne heureux pour l\u2019\u00e9conomie du pays. C\u2019est la \u00ab\u00a0th\u00e9orie quantitative de la monnaie\u00a0\u00bb (fondement du mercantilisme), \u00e9nonc\u00e9e pour la premi\u00e8re fois. \u00c9conomiste et philosophe, \u00e9galement juriste, historien et humaniste, passionn\u00e9 d\u2019astrologie et de d\u00e9monologie, Jean Bodin incarne le type m\u00eame du grand savant de la Renaissance, dont la pens\u00e9e rayonne en Europe.<\/p>\n<p>La hausse des prix s\u2019accompagne d\u2019une paup\u00e9risation des pauvres \u2013 l\u2019immense majorit\u00e9 de la population. Ce qui \u00e9tait vrai sous la Renaissance va s\u2019aggraver, durant les guerres de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019argent est le nerf de la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"512\" class=\"cit-num\">512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne, ao\u00fbt\u00a01570. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tous les souverains d\u2019Europe ont d\u2019\u00e9normes besoins financiers pour leurs guerres qu\u2019il faut sans cesse faire, ou pr\u00e9parer. Elles co\u00fbtent de plus en plus cher, avec le d\u00e9veloppement des armes \u00e0 feu, l\u2019entretien d\u2019arm\u00e9es permanentes, des effectifs croissants \u2013 le temps n\u2019est plus des \u00ab\u00a0grandes batailles\u00a0\u00bb du Moyen \u00c2ge qui se livraient entre quelques milliers d\u2019hommes (Cr\u00e9cy, Azincourt). Mais l\u2019on n\u2019atteint pas encore les 400\u00a0000 soldats de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ni les 4\u00a0millions de mobilis\u00e9s de 1914 (pour un pays seulement deux fois plus peupl\u00e9).<\/p>\n<p>Il faut que la France soit d\u00e9j\u00e0 un pays tr\u00e8s riche et plein de ressources pour s\u2019\u00eatre si longtemps battue et retrouver en dix ans une prosp\u00e9rit\u00e9 certaine \u2013 au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui aurait dormi quarante ans penserait voir non la France, mais un cadavre de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"586\" class=\"cit-num\">586<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tienne <span class=\"caps\">PASQUIER<\/span> (1529-1615), <em>Les Recherches de la France<\/em> (1633)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au terme de trente-huit ann\u00e9es de guerres de Religion, en 1598, on voit les terres en friches, la baisse de la production c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re (si indispensable pour nourrir une France tr\u00e8s peupl\u00e9e), une chute de moiti\u00e9 dans la fabrication des draps et des toiles. Les \u00e9pid\u00e9mies menacent les villes comme les campagnes (et la pire de toute, la peste bubonique). Brigands et pillards font la loi sur les routes et g\u00eanent le commerce, cependant que les \u00ab\u00a0croquants\u00a0\u00bb contestent l\u2019imp\u00f4t royal.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2_1.jpg\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a>2. R\u00e8gnes d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/h4>\n<p>Progr\u00e8s \u00e9conomiques et optimisme sont affich\u00e9s (presque) sans complexe et th\u00e9oris\u00e9s de m\u00eame. Le volontarisme r\u00e8gne au sommet de l\u2019\u00c9tat qui tend vers la monarchie absolue et le peuple est politiquement soumis, mais les \u00ab\u00a0croquants\u00a0\u00bb, les Jacques et autres Va-Nu-Pieds se manifestent dans les campagnes et parfois les villes, tandis que des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer la mis\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Labourage et p\u00e2turage sont les deux mamelles dont la France est aliment\u00e9e et les vrais mines et tr\u00e9sors du P\u00e9rou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"649\" class=\"cit-num\">649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), <em>\u00c9conomie royale<\/em> (1594-1597)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, Sully, compagnon, conseiller et grand ministre d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, peut enfin entreprendre de r\u00e9organiser l\u2019agriculture fran\u00e7aise, \u00e9tablir un programme de routes, ponts et canaux. Le roi l\u2019a nomm\u00e9 surintendant des Finances\u00a0: il r\u00e9compense sa fid\u00e9lit\u00e9, sa sagesse politique, et reconna\u00eet ses talents de gestionnaire et d\u2019administrateur gr\u00e2ce auxquels le duc de Sully fait honn\u00eatement fortune \u2013 l\u2019homme est pourtant peu sympathique et le ministre impopulaire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du roi.<\/p>\n<p>Deux autres protestants sont d\u2019une grande aide pour Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> dans le domaine \u00e9conomique\u00a0: premier agronome fran\u00e7ais, Olivier de Serres r\u00e9pand la culture du m\u00fbrier et l\u2019\u00e9levage du ver \u00e0 soie, et Barth\u00e9lemy de Laffemas, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral du commerce, favorise l\u2019\u00e9tablissement de nombreuses manufactures. Ainsi, la France fabrique de pr\u00e9cieuses soieries, au lieu de les importer. Pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, notre pays a une politique \u00e9conomique coh\u00e9rente et globale. Richelieu, puis Colbert, suivront cet exemple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"650\" class=\"cit-num\">650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610). <em>Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>V\u0153u pieux, et s\u00fbrement sinc\u00e8re, de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par des usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles de terre. Quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays, et en d\u00e9pit de mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment. Le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On tient les paysans en France dans une telle suj\u00e9tion qu\u2019on n\u2019ose pas leur donner des armes [\u2026] On leur laisse \u00e0 peine de quoi se nourrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"588\" class=\"cit-num\">588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sir George <span class=\"caps\">CAREW<\/span> (??-1613), ambassadeur anglais (1609). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, roi de France et de Navarre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce t\u00e9moignage semble plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que la \u00ab\u00a0poule au pot\u00a0\u00bb du dimanche. Sully privil\u00e9gie l\u2019agriculture (politique \u00e9conomique classique dans une France agricole \u00e0 plus de 90\u00a0%) et prend des mesures, pour pallier les injustices et les mis\u00e8res les plus criantes, chez les petits paysans ruin\u00e9s par l\u2019usure et les ravages des soldats, contraints de c\u00e9der leurs parcelles \u00e0 vil prix. Ainsi, il r\u00e9duit la taille. Mais il faut augmenter les gabelles et avec l\u2019ordre revenu, les d\u00eemes sont plus rigoureusement per\u00e7ues. La fiscalit\u00e9 \u00e9crase \u00e0 ce point la masse paysanne qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de r\u00e9voltes continuelles, depuis celle des \u00ab\u00a0croquants\u00a0\u00bb du Limousin, du P\u00e9rigord et de Guyenne (1594). Les disettes c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, \u00e0 partir de 1617, se r\u00e9p\u00e8tent tous les quatre ou cinq ans, jusqu\u2019en 1643.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pauvre peuple des champs meurt de faim et se damne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"589\" class=\"cit-num\">589<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VINCENT<\/span> de <span class=\"caps\">PAUL<\/span> (1576-1660). <em>La Litt\u00e9rature religieuse de Fran\u00e7ois de Sales \u00e0 F\u00e9nelon<\/em> (1956), Jean Calvet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les missions int\u00e9rieures des capucins, lazaristes, oratoriens et j\u00e9suites luttent surtout contre le protestantisme \u00e0 travers pr\u00eaches, sermons et cat\u00e9chismes. Mais au contact du peuple et devant tant de mis\u00e8res, l\u2019\u00c9glise, parfois, s\u2019\u00e9meut.<\/p>\n<p>Pour Vincent de Paul et ses amis, l\u2019assistance passe avant la conversion et le salut. Il groupe les dames de la bonne soci\u00e9t\u00e9 en charit\u00e9s paroissiales et elles collectent des fonds pour les \u00ab\u00a0pauvres honteux\u00a0\u00bb, mais la t\u00e2che est trop dure\u00a0! Alors Vincent fait appel \u00e0 des femmes du peuple, r\u00e9unies en une congr\u00e9gation des Filles de la Charit\u00e9 (1633). Elles vivent dans la plus stricte pauvret\u00e9, sans couvent ni cl\u00f4ture, sans habits qui les distinguent des gens du village. Elles se consacrent aux malades pauvres et aux enfants trouv\u00e9s. D\u2019autres institutions charitables suivront.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les peuples \u00e9taient trop \u00e0 leur aise, il serait impossible de les contenir dans les r\u00e8gles de leur devoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"590\" class=\"cit-num\">590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> s\u2019inqui\u00e9tait, dit-on, plus que son ministre des efforts demand\u00e9s au peuple. De\u00a01624 \u00e0\u00a01643, chaque ann\u00e9e conna\u00eet de graves soul\u00e8vements populaires, urbains aussi bien que paysans, et aucune province n\u2019est \u00e9pargn\u00e9e. C\u2019est comme une interminable r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde \u00e0 venir\u00a0: intendants malmen\u00e9s, maisons des fermiers d\u2019imp\u00f4ts pill\u00e9es, attaques des agents du fisc, milices d\u2019insurg\u00e9s, r\u00e9voltes des Va-Nu-Pieds, col\u00e8res de tous les croquants et autres Jacques de France et de Navarre. \u00c0 partir de 1635, la guerre avec l\u2019Espagne alourdit encore la fiscalit\u00e9, aggrave donc la mis\u00e8re et l\u2019impopularit\u00e9 du cardinal. Qu\u2019importe\u00a0: la grandeur de la France avant tout\u00a0! Les sujets\u00a0? \u00ab\u00a0Il faut les comparer aux mulets qui, \u00e9tant accoutum\u00e9s \u00e0 la charge, se g\u00e2tent par un long repos plus que par le travail.\u00a0\u00bb Homme de devoir, Richelieu meurt lui-m\u00eame d\u2019\u00e9puisement \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, le plus beau royaume apr\u00e8s celui du Ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"691\" class=\"cit-num\">691<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GROTIUS<\/span> (1583-1645), \u00c9p\u00eetre d\u00e9dicatrice. <em>De jure belli ac pacis<\/em> (1625). <em>Le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: diversit\u00e9 et coh\u00e9rence<\/em> (1992), Jacques Truchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France a de bons atouts dans son jeu. Avant tout sa d\u00e9mographie\u00a0: elle est plus peupl\u00e9e que l\u2019Espagne, l\u2019Italie et l\u2019Angleterre r\u00e9unies. Dans les campagnes, les effets des guerres civiles ne sont plus qu\u2019un mauvais souvenir\u00a0: production r\u00e9tablie, friches r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, revenus croissants des propri\u00e9taires du sol. L\u2019industrie textile prosp\u00e8re dans les manufactures (laines, toiles, soieries) et celle du b\u00e2timent profite de la croissance des villes o\u00f9 s\u2019\u00e9panouit le \u00ab\u00a0style fran\u00e7ais\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 Paris, la place Royale et les h\u00f4tels du Marais en offrent le plus bel exemple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait, en l\u2019\u00e9chauffant et en la tourmentant, tire du beurre\u00a0; qui se mouche trop fortement fait venir le sang\u00a0; qui presse trop les hommes excite des r\u00e9voltes et des s\u00e9ditions. C\u2019est la r\u00e8gle que donne Salomon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"832\" class=\"cit-num\">832<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Politique tir\u00e9e de l\u2019\u00c9criture sainte<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9lat d\u00e9nonce ici les m\u00e9faits d\u2019une trop forte pression fiscale. Colbert tente en vain d\u2019\u00e9quilibrer le budget de l\u2019\u00c9tat, mais la guerre et l\u2019industrialisation du pays sont trop co\u00fbteuses et il n\u2019ose pas s\u2019attaquer au vrai probl\u00e8me\u00a0: des imp\u00f4ts mal r\u00e9partis et peu productifs. Il commence par poursuivre les financiers concussionnaires, traquer les faux nobles (s\u2019exemptant de la taille). Cela ne suffit pas, il doit accro\u00eetre les imp\u00f4ts indirects (gabelles sur le sel, traites, c\u2019est-\u00e0-dire douanes int\u00e9rieures, aides sur les boissons) et en cr\u00e9er de nouveaux\u00a0: enregistrement, estampille des m\u00e9taux pr\u00e9cieux, marque des cartes \u00e0 jouer, papier timbr\u00e9. Cette politique cause des r\u00e9voltes\u00a0: contre la gabelle en B\u00e9arn (1663) et en Roussillon (1668), contre les aides en Berry (1663), contre le papier timbr\u00e9 en Bretagne et Guyenne, avec des jacqueries paysannes (1675). En 1680, ann\u00e9e de la cr\u00e9ation de la Ferme g\u00e9n\u00e9rale (et de l\u2019unification des fermes, des gabelles, traites, aides, etc.), les r\u00e9voltes fiscales se multiplieront.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien de plus n\u00e9cessaire dans un \u00c9tat que le commerce [\u2026] Le commerce est une guerre d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"835\" class=\"cit-num\">835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>M\u00e9moire sur le commerce<\/em> (1664)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable homme-orchestre du gouvernement, il dresse un vaste programme qui r\u00e9sume la politique industrielle, commerciale, fiscale, maritime de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir ou cr\u00e9er toutes les industries, m\u00eame de luxe\u00a0; \u00e9tablir le syst\u00e8me protecteur dans les douanes\u00a0; organiser les producteurs et les commer\u00e7ants en corporations\u00a0; all\u00e9ger les entraves fiscales nuisibles \u00e0 la population\u00a0; restituer \u00e0 la France le transport maritime de ses produits\u00a0; d\u00e9velopper les colonies et les attacher commercialement \u00e0 la France [\u2026]\u00a0; d\u00e9velopper la marine militaire pour prot\u00e9ger la marine marchande.\u00a0\u00bb Dans une France rest\u00e9e agricole \u00e0 90\u00a0%, Colbert fait porter ses efforts sur l\u2019industrie et le commerce. Sa plus grande r\u00e9ussite est le rel\u00e8vement et le d\u00e9veloppement de la marine fran\u00e7aise. Ce mercantilisme \u2013 doctrine exaltant la mentalit\u00e9 et l\u2019activit\u00e9 marchandes \u2013 poursuit un but moins \u00e9conomique que politique\u00a0: plus que le bien-\u00eatre des Fran\u00e7ais, Colbert veut la puissance de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sollicitez fortement le particulier qui veut entreprendre un \u00e9tablissement de le r\u00e9ussir et, s\u2019il a besoin de la protection du roi, vous pouvez lui assurer qu\u2019elle ne lui manquera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"866\" class=\"cit-num\">866<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), Conseil donn\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses mandataires \u00e0 Lille, vers 1665. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Colbertisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Illustration d\u2019une politique industrielle nationaliste, appel\u00e9e \u00ab\u00a0colbertisme\u00a0\u00bb, qui implique un certain nombre de postulats favorables\u00a0: dynamisme \u00e9conomique et go\u00fbt du travail (premi\u00e8re qualit\u00e9 de Colbert), volont\u00e9 d\u2019expansion ext\u00e9rieure \u00e0 partir de solides bases nationales, aspiration \u00e0 la croissance. Une telle politique d\u00e9bouche sur l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat\u00a0: les manufactures \u00ab\u00a0royales\u00a0\u00bb se multiplient, entreprises priv\u00e9es, b\u00e9n\u00e9ficiant de subventions, d\u2019exemptions fiscales ou d\u2019un monopole de fabrication ou de vente (\u00e0 ne pas confondre avec les manufactures \u00ab\u00a0du Roi\u00a0\u00bb, ateliers d\u2019\u00c9tat).<\/p>\n<p>Ce mercantilisme \u00e0 la fran\u00e7aise r\u00e9ussit au d\u00e9but du r\u00e8gne, mais les r\u00e8gles \u00e9tatiques trop rigides finissent par devenir un frein, cependant que la conjoncture nationale et internationale se d\u00e9grade, en raison des guerres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"840\" class=\"cit-num\">840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne.<em> La Vie quotidienne sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1964), Georges Mongr\u00e9dien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce t\u00e9moignage date de 1709. Le Grand Hiver hantera les m\u00e9moires\u00a0: la Seine g\u00e8le, de Paris \u00e0 son embouchure\u00a0! Les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces. Hors ces circonstances exceptionnelles qui aggravent une \u00e9conomie de guerre d\u00e9j\u00e0 insupportable pour le peuple, les t\u00e9moignages sont unanimes\u00a0: la France profonde a beaucoup souffert de la mis\u00e8re et des famines, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Le roi lui-m\u00eame en a douloureusement conscience, \u00e0 la fin de sa vie. Notons que les paysans des autres pays moins riches \u00e9taient sans doute plus malheureux.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 10px; float: left;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4_1.jpg\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a>3. Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/h4>\n<p>L\u2019\u00e9conomie politique devient une science, tout est sujet \u00e0 th\u00e9oriser, critiquer, d\u00e9noncer avec lucidit\u00e9, exp\u00e9rimenter\u00a0avec optimisme\u00a0: papier-monnaie du Syst\u00e8me de Law, lib\u00e9ralisme cher aux physiocrates. Mais les r\u00e9formes indispensables arrivent trop tard et la fascination pour cette civilisation florissante ne r\u00e9sistera pas aux pouss\u00e9es d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaires des pauvres.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste, et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie. La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"968\" class=\"cit-num\">968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime r\u00e9sumant la doctrine et la politique \u00e9conomique lib\u00e9rales, attribu\u00e9e \u00e0 Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">QUESNAY<\/span> (1696-1774) et reprise par Adam <span class=\"caps\">SMITH<\/span> (1723-1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Quesnay, m\u00e9decin de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fonde la premi\u00e8re \u00e9cole de pens\u00e9e lib\u00e9rale \u2013 les physiocrates \u2013 et expose sa doctrine dans le<em> Tableau \u00e9conomique<\/em> (1758). Selon lui, seule l\u2019agriculture est source de la richesse qui se r\u00e9partit dans le corps social\u00a0: il encourage donc son d\u00e9veloppement, tout en pr\u00f4nant le libre-\u00e9change et la libre circulation des grains \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du royaume. Il d\u00e9veloppe sa th\u00e9orie dans deux articles de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: Fermier (1756), Grains (1757).<\/p>\n<p>La physiocratie aura son homme au pouvoir en la personne de l\u2019intendant Turgot, ministre sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais trop peu de temps et trop tard pour mettre en \u0153uvre d\u2019indispensables r\u00e9formes allant \u00e0 l\u2019encontre de vieux privil\u00e8ges.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes ces ma\u00eetrises et toutes ces jurandes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es que pour tirer de l\u2019argent des pauvres ouvriers, pour enrichir les traitants et pour \u00e9craser la nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"969\" class=\"cit-num\">969<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) stigmatisant les corporations en 1776, <em>Correspondance<\/em> (posthume).<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Corporations\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, partisan de la libert\u00e9 du travail dans l\u2019industrie aussi bien que dans le commerce et l\u2019agriculture, abolit les corporations, ma\u00eetrises et jurandes en janvier\u00a01776. Elles sont r\u00e9tablies aussit\u00f4t apr\u00e8s son d\u00e9part, en mai\u00a01776. Toute l\u2019\u00e9conomie se trouve ainsi prisonni\u00e8re de r\u00e9glementations jadis utiles et \u00e0 pr\u00e9sent paralysantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat est le plus grand monarque de la terre. Cette ardeur pour le travail, cette passion de s\u2019enrichir, passe de condition en condition, depuis les artisans jusques aux grands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"983\" class=\"cit-num\">983<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ambivalence de cette civilisation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 raffin\u00e9e, charmante, luxueuse et philosophante, et de cette soci\u00e9t\u00e9 affairiste o\u00f9 la course \u00e0 l\u2019argent devient la pr\u00e9occupation permanente d\u2019une noblesse descendue dans l\u2019ar\u00e8ne, aussi bien que de la bourgeoisie toujours soucieuse d\u2019ascension sociale\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez \u00e0 Paris un homme qui a de quoi vivre jusqu\u2019au jour du jugement, qui travaille sans cesse et court le risque d\u2019accourcir ses jours, pour amasser, dit-il, de quoi vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019imprimerie est l\u2019artillerie de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"991\" class=\"cit-num\">991<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801)<em>, Maximes, Pens\u00e9es et Paradoxes<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1760, la diffusion des id\u00e9es nouvelles prend une ampleur jamais vue. Exemple, les 17 gros volumes de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (plus les 11 tomes de planches) entrent dans toutes les biblioth\u00e8ques dignes de ce nom\u00a0; et le<em> Journal de Paris<\/em>, premier quotidien fran\u00e7ais, commence \u00e0 para\u00eetre en 1777. Le baron d\u2019Holbach \u00e9crit dans son <em>Essai sur les pr\u00e9jug\u00e9s<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un livre qui renferme des v\u00e9rit\u00e9s utiles ne p\u00e9rit plus [\u2026]\u00a0: la typographie rend indestructible les mouvements de l\u2019esprit humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Altesse Royale sera en \u00e9tat de relever le royaume de la triste situation \u00e0 laquelle il est r\u00e9duit et de le rendre plus puissant qu\u2019il n\u2019a encore \u00e9t\u00e9, de r\u00e9tablir l\u2019ordre des finances, de remettre, entretenir et augmenter l\u2019agriculture, les manufactures et le commerce, d\u2019augmenter le nombre des peuples [\u2026] d\u2019augmenter les revenus du Roi en soulageant les peuples et de diminuer la dette de l\u2019\u00c9tat sans faire tort aux cr\u00e9anciers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1078\" class=\"cit-num\">1078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">John <span class=\"caps\">LAW<\/span> (1671-1729), Premi\u00e8re Lettre au duc d\u2019Orl\u00e9ans.<em> Recherches historiques sur le syst\u00e8me de Law<\/em> (1854), \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent se laisse convaincre\u00a0: c\u2019est la chance d\u2019une France dramatiquement appauvrie. D\u00e8s mai\u00a01716, le banquier \u00e9cossais fonde sa Banque g\u00e9n\u00e9rale (priv\u00e9e), soci\u00e9t\u00e9 par actions, autoris\u00e9e en 1717 \u00e0 \u00e9mettre des billets ayant cours public, promue Banque royale le 4\u00a0d\u00e9cembre 1718. Et en 1719, le succ\u00e8s du Syst\u00e8me est foudroyant.<\/p>\n<p>Le principe est simple\u00a0: on remplace les pi\u00e8ces d\u2019or et d\u2019argent par du papier-monnaie \u00e0 la circulation plus rapide. Des cr\u00e9dits sont ouverts, garantis par les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises de Law qui vont s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toute l\u2019\u00e9conomie (coloniales, commerciales, fiscales, financi\u00e8res). Ses soci\u00e9t\u00e9s filles et petites-filles de la Banque royale drainent les capitaux, promettant des plus-values de 40\u00a0% sur les dividendes. Il n\u2019y a th\u00e9oriquement aucun risque\u00a0: l\u2019exploitation des colonies fran\u00e7aises rapportera autant d\u2019argent que n\u00e9cessaire pour rembourser les d\u00e9posants. La Louisiane est un pays de cocagne, les Indes orientales font r\u00eaver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1082\" class=\"cit-num\">1082<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), parlant du syst\u00e8me de Law en 1719, <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Syst\u00e8me fait des miracles et permet de tout esp\u00e9rer\u00a0: \u00ab\u00a0Que de valets servis par leurs camarades, et peut-\u00eatre demain par leurs ma\u00eetres\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des fortunes colossales naissent en quelques heures et l\u2019on cite des cas incroyables, mais vrais\u00a0: des laquais devenus millionnaires paradent en carrosse, un abb\u00e9 gagne 18\u00a0millions de livres, un gar\u00e7on de cabaret 30, un ramoneur 40, un mendiant 70 et une merci\u00e8re 100. Ces nouveaux riches ach\u00e8tent des ch\u00e2teaux, donnent des f\u00eates, \u00e9pousent des filles nobles\u2026 avant que leur fortune s\u2019\u00e9croule.<\/p>\n<p>Trop de sp\u00e9culateurs l\u2019ignorent encore, mais c\u2019est une loi de la Bourse que la baisse suit la hausse. Chaque si\u00e8cle va l\u2019apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens, preuve que l\u2019on ne tire pas suffisamment profit des le\u00e7ons de l\u2019histoire. La R\u00e9gence a v\u00e9cu une \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb historique, presque un cas d\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lundi, je pris des actions,<br>Mardi, je gagnai des millions,<br>Mercredi, je pris \u00e9quipage,<br>Jeudi, j\u2019agrandis mon m\u00e9nage,<br>Vendredi, je m\u2019en fus au bal,<br>Et samedi, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1083\" class=\"cit-num\">1083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lundi je pris des actions<\/em> (1720), chanson de rue. <em>Histoire du vaudeville<\/em> (1899), <span class=\"caps\">M.E.<\/span> Prioleau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9difice fragile du Syst\u00e8me s\u2019effondre en 1720, au terme d\u2019un emballement affol\u00e9\u00a0: chute des dividendes, perte de confiance des porteurs, sp\u00e9culation \u00e0 la baisse de banquiers rivaux (les fr\u00e8res P\u00e2ris), trop forte \u00e9mission de billets que la banque ne peut rembourser \u00e0 vue, panique boursi\u00e8re. Et les compagnies cr\u00e9\u00e9es dans les colonies n\u2019ont pas eu le temps de rapporter les richesses esp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>La bourse de la rue Quincampoix est ferm\u00e9e en mars, la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale provoque des \u00e9meutes en juillet. Le 21, une semi-banqueroute est prononc\u00e9e, un arr\u00eat du 10\u00a0octobre retire tout usage mon\u00e9taire aux billets de banque de Law (il y en avait pour plus de 10\u00a0milliards de livres). John Law, devenu contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, prend la fuite et mourra ruin\u00e9 aux Pays-Bas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 (sans doute \u00e0 tort) \u00e0 <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778). <em>La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple. Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution. C\u2019est aussi une r\u00e9volte contre la lib\u00e9ralisation du commerce des grains, par \u00e9dit de Turgot (13\u00a0septembre 1774). La concurrence devait faire baisser les prix, en vertu du \u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer\u00a0\u00bb cher aux physiocrates. C\u2019est compter sans la sp\u00e9culation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus on exportera, plus nos bl\u00e9s auront de prix\u00a0; plus ils auront de prix\u00a0; plus il y aura de b\u00e9n\u00e9fice pour le cultivateur\u00a0; plus il y aura de b\u00e9n\u00e9fice pour le cultivateur, plus il cultivera, et plus il cultivera, plus l\u2019agriculture sera florissante\u00a0: il faut donc encourager l\u2019exportation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1222\" class=\"cit-num\">1222<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CONDILLAC<\/span> (1715-1780), <em>Le Commerce et le gouvernement consid\u00e9r\u00e9s relativement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre<\/em> (1776)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trait\u00e9 d\u2019\u00e9conomie politique o\u00f9 ce philosophe formule une th\u00e9orie de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la valeur. Il d\u00e9crit ici le \u00ab\u00a0cercle vertueux\u00a0\u00bb \u00e0 la base de l\u2019expansion \u00e9conomique, dans une France encore agricole \u00e0 pr\u00e8s de 90\u00a0%. En termes modernes, ce serait la \u00ab\u00a0relance\u00a0\u00bb plut\u00f4t que la \u00ab\u00a0rigueur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5_0.jpg\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a>4. R\u00e9volution et Empire.<\/h4>\n<p>Br\u00e8ve parenth\u00e8se o\u00f9 la Politique impose sa loi. Mais le progr\u00e8s se situe parfois l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attend pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La machine immortelle [\u2026]\u00a0: la m\u00e9canique tombe comme la foudre, la t\u00eate vole, le sang jaillit, l\u2019homme n\u2019est plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1403\" class=\"cit-num\">1403<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph Ignace <span class=\"caps\">GUILLOTIN<\/span> (1738-1814).<em> Le Cabinet secret de l\u2019histoire<\/em> (1908), Augustin Caban\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9decin philanthrope, professeur d\u2019anatomie et d\u00e9put\u00e9 sous la Constituante, il d\u00e9crit la machine qu\u2019il pr\u00e9tend avoir invent\u00e9e pour toutes les ex\u00e9cutions capitales. La loi passe au d\u00e9but de la Convention\u00a0: \u00ab\u00a0Tout condamn\u00e9 \u00e0 mort aura la t\u00eate tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9videmment un progr\u00e8s de la justice. Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, le noble \u00e9tait d\u00e9capit\u00e9, le voleur de grand chemin rou\u00e9 de coups en place publique, le r\u00e9gicide et le criminel d\u2019\u00c9tat \u00e9cartel\u00e9s, le faux-monnayeur bouilli vif dans un chaudron, l\u2019h\u00e9r\u00e9tique br\u00fbl\u00e9 sur un b\u00fbcher, le domestique voleur de son ma\u00eetre pendu. La R\u00e9volution cr\u00e9\u00e9e l\u2019unification des peines, qui est une forme d\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guillotin \u2013 M\u00e9decin \u2013 Politique,<br>Imagine un beau matin<br>Que pendre est inhumain<br>Et peu patriotique.<br>Aussit\u00f4t \u2013 Il lui faut \u2013 Un supplice<br>Qui, sans corde ni poteau,<br>Supprime du bourreau<br>L\u2019office.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1413\" class=\"cit-num\">1413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Guillotine<\/em>, chanson.<em> Les Actes des Ap\u00f4tres (1789-1791), Un journal royaliste en 1789<\/em> (1873), Marcellin Pellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans\u00e9s sur un air de menuet, ces vers prouvent que tout fut bon \u00e0 chansonner. Mais c\u2019est contre l\u2019avis de Guillotin qu\u2019on baptisa guillotine ces \u00ab\u00a0bois de justice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Premier condamn\u00e9 \u00e0 mort guillotin\u00e9, un voleur de grand chemin, Nicolas Pelletier, ex\u00e9cut\u00e9 en place de Gr\u00e8ve \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville), le 25\u00a0avril 1792.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le supplice que j\u2019ai invent\u00e9 est si doux qu\u2019il n\u2019y a vraiment que l\u2019id\u00e9e de la mort qui puisse le rendre d\u00e9sagr\u00e9able. Aussi, si l\u2019on ne s\u2019attendait pas \u00e0 mourir, on croirait n\u2019avoir senti sur le cou qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re et agr\u00e9able fra\u00eecheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1510\" class=\"cit-num\">1510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph Ignace <span class=\"caps\">GUILLOTIN<\/span> (1738-1814). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parlait toujours en po\u00e8te, de la m\u00e9canique qu\u2019en m\u00e9decin et philanthrope il a fait adopter. Un d\u00e9cret du 13\u00a0juin 1793 installe dans chaque d\u00e9partement un \u00ab\u00a0appareil de justice\u00a0\u00bb. Mais la guillotine est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s active \u00e0 Paris, depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e. La Terreur mise \u00e0 l\u2019ordre du jour par d\u00e9cret (5 septembre 1793) sera sa belle \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique n\u2019a pas besoin de savants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1587\" class=\"cit-num\">1587<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COFFINHAL<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DUBAIL<\/span> (1754-1794), vice-pr\u00e9sident du Tribunal r\u00e9volutionnaire, \u00e0 Lavoisier, 8\u00a0mai 1794.\u00a0 Mot parfois attribu\u00e9 \u00e0 Ren\u00e9 Fran\u00e7ois Dumas (1753-1794), pr\u00e9sident du Tribunal, et m\u00eame \u00e0 fouquier-tinville (1746-1795), accusateur public. <em>Lavoisier, 1743-1794<\/em> (1899), \u00c9douard Grimaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le condamn\u00e9 demandait qu\u2019on diff\u00e8re l\u2019ex\u00e9cution de quelques jours, le temps de terminer une exp\u00e9rience. Un de ses coll\u00e8gues, le m\u00e9decin <span class=\"caps\">J.N.<\/span> Hall\u00e9, \u00e9tait venu pr\u00e9senter au tribunal un rapport \u00e9num\u00e9rant les services rendus \u00e0 la patrie par l\u2019illustre chimiste\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que la justice suive son cours\u00a0\u00bb, tranche l\u2019homme du Tribunal.<\/p>\n<p>Antoine-Laurent de Lavoisier est donc condamn\u00e9 et guillotin\u00e9 le jour m\u00eame, avec 27 coll\u00e8gues de la Ferme g\u00e9n\u00e9rale. Car tel est son crime\u00a0: avoir \u00e9t\u00e9 fermier g\u00e9n\u00e9ral sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. Mort \u00e0 51\u00a0ans, ce grand savant, \u00e9lu \u00e0 25\u00a0ans \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, laisse en h\u00e9ritage les bases de la chimie moderne et une loi qui porte son nom, sur la conservation de la masse et des \u00e9l\u00e9ments chimiques. En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats\u00a0! Vous allez entreprendre une conqu\u00eate dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez \u00e0 l\u2019Angleterre le coup le plus s\u00fbr et le plus sensible en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1670\" class=\"cit-num\">1670<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation \u00e0 ses troupes le 22\u00a0juin 1798, en mer, avant le d\u00e9barquement du 28\u00a0juin en \u00c9gypte. <em>Monuments d\u2019\u00e9loquence militaire ou Collection raisonn\u00e9e des proclamations de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1821), Constant Taillard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Directoire ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le blocus de l\u2019Angleterre, la (seconde) campagne d\u2019\u00c9gypte est une exp\u00e9dition aventureuse, destin\u00e9e \u00e0 combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e pour lui barrer la route des Indes. C\u2019est aussi une man\u0153uvre du Directoire pour \u00e9loigner le trop populaire Bonaparte, tout en utilisant son g\u00e9nie militaire.<\/p>\n<p>Cette fois, on lui donne les moyens\u00a0de ses ambitions\u00a0: 36\u00a0000 soldats, 2\u00a0200 officiers d\u2019\u00e9lite, une flotte de 300 b\u00e2timents, quelques dizaines de savants, ing\u00e9nieurs, artistes de renom ou jeunes talents. Au total, 54\u00a0000 hommes (et quelques femmes). La flotte fran\u00e7aise, partie de Toulon en mai, a pris Malte au passage, le 10\u00a0juin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes trente millions d\u2019hommes r\u00e9unis par les Lumi\u00e8res, la propri\u00e9t\u00e9 et le commerce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1726\" class=\"cit-num\">1726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai 1802.<em> M\u00e9moires sur le Consulat<\/em> (1827), comte Antoine-Claire Thibaudeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 une d\u00e9finition de la nation qu\u2019aurait pu signer le banquier Necker (ministre de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>), l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s ou l\u2019\u00e9crivain Benjamin Constant. Gr\u00e2ce \u00e0 la paix ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure momentan\u00e9ment retrouv\u00e9e, agriculture, industrie et commerce se d\u00e9veloppent, la France se r\u00e9forme (administration, monnaie, fiscalit\u00e9, \u00e9ducation). Le futur empereur veille d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour faire prosp\u00e9rer les manufactures nationales, il faut les prot\u00e9ger par des lois prohibitives\u00a0: beaucoup de lois, encore plus de r\u00e8glements, voil\u00e0 les moyens de gouverner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1756\" class=\"cit-num\">1756<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on, vues politiques<\/em> (1939), pr\u00e9sent\u00e9es par Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme d\u2019ordre et de centralisation, il veut limiter les applications du lib\u00e9ralisme et instaure une politique douani\u00e8re rigoureuse. Pour lui, le d\u00e9veloppement industriel est surtout une fa\u00e7on de s\u2019opposer \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance britannique. Le blocus, m\u00eame imparfaitement respect\u00e9, favorise certaines productions\u00a0nationales\u00a0: sucre de betterave, soierie lyonnaise, forges et aci\u00e9ries, filatures de coton, chimie. Ainsi le progr\u00e8s avance, par des retomb\u00e9es de la Politique et de la guerre. Mais \u00e0 la fin de l\u2019Empire, elles se r\u00e9v\u00e8leront catastrophiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812. <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde. La retraite de Russie a commenc\u00e9 en octobre. Deux mois terribles. Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral \u00c9bl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques. C\u2019est la d\u00e9b\u00e2cle. Bilan total de cette campagne\u00a0: 530\u00a0000 morts, avec les victimes du typhus, du froid et de la faim.<\/p>\n<p>H\u00e9ros de cette trag\u00e9die, Dominique-Jean Larrey, baron de l\u2019Empire, m\u00e9decin et chirurgien militaire, p\u00e8re de la m\u00e9decine d\u2019urgence. L\u2019homme a gagn\u00e9 la confiance de Napol\u00e9on \u2013 qui se m\u00e9fiait non sans raison de la m\u00e9decine de son temps\u00a0! Chirurgien en chef de la Grande Arm\u00e9e, Larrey suivit l\u2019empereur dans toutes ses campagnes. Pr\u00e9curseur en mati\u00e8re de secours aux bless\u00e9s sur les champs de bataille, il pratique les soins sur le terrain le plus t\u00f4t possible, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00ab\u00a0ambulances volantes\u00a0\u00bb (mobiles). Habile chirurgien, il peut amputer 200 bless\u00e9s en un jour\u00a0! \u00c0 d\u00e9faut d\u2019antibiotiques d\u00e9couverts bien plus tard (en 1928 par Alexander Fleming, application de la p\u00e9nicilline en 1942), Larrey pratique l\u2019asticoth\u00e9rapie (connue d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9, application sur la plaie de vers qui se nourrissent des chairs infect\u00e9es). Gr\u00e2ce \u00e0 ses talents reconnus par ses pairs, il fera carri\u00e8re sous la Monarchie de juillet.<\/p>\n<p>Les guerres \u00e0 venir, technologiquement de plus en plus redoutables, seront souvent l\u2019occasion de progr\u00e8s dans la m\u00e9decine et la chirurgie, \u00e0 divers niveaux. Ainsi, la Croix-Rouge n\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative d\u2019Henry Dunant, citoyen suisse, t\u00e9moin de la bataille de Solferino sous le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La conscription est devenue pour toute la France un odieux fl\u00e9au, parce que cette mesure a toujours \u00e9t\u00e9 outr\u00e9e dans son ex\u00e9cution. Depuis deux ans, on moissonne les hommes trois fois l\u2019ann\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1878\" class=\"cit-num\">1878<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte <span class=\"caps\">LAIN\u00c9<\/span> (1767-1835), Corps l\u00e9gislatif, 29\u00a0d\u00e9cembre 1813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 se distingua toujours par une remarquable ind\u00e9pendance d\u2019esprit. En cette ann\u00e9e 1813, il prend position en faveur de la paix et de la libert\u00e9 \u2013 sit\u00f4t accus\u00e9 par l\u2019empereur d\u2019\u00eatre au service de l\u2019Angleterre. Lain\u00e9 poursuit devant l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Une guerre barbare et sans but engloutit p\u00e9riodiquement une jeunesse arrach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 l\u2019agriculture, au commerce et aux arts.\u00a0\u00bb Le d\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1813 avait appel\u00e9 300\u00a0000 jeunes gens sous les drapeaux. La \u00ab\u00a0l\u00e9gende noire\u00a0\u00bb de l\u2019Ogre de Corse qui circule dans les pamphlets (anonymes) r\u00e9pond \u00e0 la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-progres-oui-mais-de-la-restauration-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: le progr\u00e8s, oui\u2026 mais, de la Restauration \u00e0 nos jours<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien n\u2019arr\u00eate le progr\u00e8s, depuis la Pr\u00e9histoire et l\u2019apparition de l\u2019homme sur terre\u00a0! Il a invent\u00e9 le feu, la charrue, l\u2019imprimerie&#8230; Progr\u00e8s incontestables, m\u00eame pour les Amish. Pour clore le d\u00e9bat d\u2019actualit\u00e9, la 4G sera logiquement remplac\u00e9e par la 5G \u2013 cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des standards pour la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, en attendant la prochaine avanc\u00e9e technologique [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":23,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8684","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8684"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12731,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8684\/revisions\/12731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}