{"id":8709,"date":"2020-09-28T00:00:00","date_gmt":"2020-09-27T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-proces-historiques-de-la-revolution-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:12","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:12","slug":"les-proces-historiques-de-la-revolution-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-proces-historiques-de-la-revolution-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Les proc\u00e8s historiques, de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-proces-historiques-sous-lancien-regime\/\">Si vous ne l\u2019avez pas encore lu, d\u00e9couvrez notre \u00e9dito sur les proc\u00e8s historiques sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/a><\/p>\n<p>L\u2019Histoire de France est riche en proc\u00e8s plus ou moins historiques et en affaires propres \u00e0 d\u00e9cha\u00eener les passions. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> s\u2019en fait l\u2019\u00e9cho, chaque cas \u00e9tant le reflet plus ou moins dramatique d\u2019une \u00e9poque.<\/p>\n<p>Nous rappellerons en d\u00e9tail cinq proc\u00e8s historiques, avant de r\u00e9sumer en un mot (une citation) une dizaine d\u2019autres affaires qui ont fait la une de l\u2019actualit\u00e9, sous la Quatri\u00e8me et la Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques.<\/p>\n<p>Au terme de ce panorama judiciaire, une conclusion heureuse s\u2019impose\u00a0: la Justice, si injuste soit-elle parfois, a fait d\u2019incontestables progr\u00e8s dans notre d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5_revolution.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">II<\/span>. Les grands proc\u00e8s de La R\u00e9volution \u00e0 nos jours.<\/h3>\n<h4>1. Le proc\u00e8s du roi.<\/h4>\n<p>Proc\u00e8s historique majeur par d\u00e9finition, il met fin \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime et divise profond\u00e9ment la France. Proc\u00e8s exemplaire par les formes qu\u2019on y met et o\u00f9 les plus grands noms de la R\u00e9volution jouent leur r\u00f4le, chacun dans son camp, l\u2019issue est cependant connue d\u2019avance, mais le roi d\u00e9chu acquiert dans l\u2019\u00e9preuve une grandeur humaine et un prestige paradoxal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, si un monarque est parmi vous plus difficile \u00e0 punir qu\u2019un citoyen coupable\u00a0; si votre s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 est en raison inverse de la grandeur du crime et de la faiblesse de celui qui l\u2019a commis, vous \u00eates aussi loin de la libert\u00e9 que jamais\u00a0; vous avez l\u2019\u00e2me et les id\u00e9es des esclaves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1459\" class=\"cit-num\">1459<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Sur le parti \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 3\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (1840), Maximilien Robespierre, Albert Laponneraye, Armand Carrel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fallut d\u2019interminables discussions juridiques pour que, malgr\u00e9 l\u2019inviolabilit\u00e9 constitutionnelle et les r\u00e9ticences des Girondins, Louis soit d\u00e9clar\u00e9 jugeable, ce 3\u00a0d\u00e9cembre. Le proc\u00e8s commence une semaine plus tard. C\u2019est une victoire des Montagnards, Robespierre en t\u00eate. Il va avoir l\u2019occasion de d\u00e9velopper sa rh\u00e9torique parfaitement construite, dans un m\u00e9lange de passion et d\u2019abstraction. Ce discours est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La loi atteint sans peine les coupables sans appuis, \u00e0 peine dans la dur\u00e9e des si\u00e8cles a-t-elle pu frapper un roi. Et cependant, ce sont les crimes des rois qui enfantent tous les autres crimes, avec les passions l\u00e2ches, et la mis\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1460\" class=\"cit-num\">1460<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Sur le parti \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 3\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (1840), Maximilien Robespierre, Albert Laponneraye, Armand Carrel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste constitutionnel au d\u00e9but de la R\u00e9volution, devenu r\u00e9publicain au lendemain du 20\u00a0juin 1792 (journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire provoqu\u00e9e par le veto royal \u00e0 deux d\u00e9crets de l\u2019Assembl\u00e9e), il fait allusion au cas, toujours cit\u00e9 sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, du roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort pour trahison, meurtre et tyrannie, d\u00e9capit\u00e9 le 30\u00a0janvier\u00a01649.<\/p>\n<p>En juillet dernier, Robespierre, l\u00e9galiste, r\u00e9clamait seulement la d\u00e9ch\u00e9ance du roi. Mais l\u2019escalade r\u00e9volutionnaire de la jeune R\u00e9publique est telle que m\u00eame le roi ne peut plus croire en cette issue. Fait aggravant, le 20\u00a0novembre dernier, on a d\u00e9couvert aux Tuileries l\u2019\u00ab\u00a0armoire de fer\u00a0\u00bb\u00a0: coffre-fort dans un trou au mur du palais, contenant des documents qui prouvent la trahison du roi, entre autres des lettres \u00e9chang\u00e9es avec La Fayette, Talleyrand, Rivarol, et Mirabeau \u2013\u00a0sorti du Panth\u00e9on, pour la peine. Marat, l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, prendra sa place, suite \u00e0 son assassinat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale renferme dans son sein les d\u00e9vastateurs de ma monarchie, mes d\u00e9nonciateurs, mes juges et probablement mes bourreaux\u00a0! On n\u2019\u00e9claire pas de pareils hommes, on ne les rend pas justes, on peut encore moins les attendrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1461\" class=\"cit-num\">1461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes \u00e9crite \u00e0 la prison du Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. Lettre <span class=\"caps\">LXXI<\/span>, non dat\u00e9e. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention s\u2019est \u00e9rig\u00e9e en tribunal\u00a0: le proc\u00e8s du roi se tient donc dans la salle du Man\u00e8ge, toujours ouverte au public, ce qui dramatise encore l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, devenu Louis Capet (dynastie des Cap\u00e9tiens), choisit d\u2019abord un avocat renomm\u00e9, Target, qui se d\u00e9robe, pour ne pas \u00eatre compromis. Un autre accepte, Tronchet, mais \u00e9met des r\u00e9serves pour pr\u00e9server sa responsabilit\u00e9. Malesherbes (73\u00a0ans) propose ses services, par fid\u00e9lit\u00e9 au ma\u00eetre qui l\u2019honora de sa confiance, en tant que ministre \u2013 le roi est fort touch\u00e9 par ce geste. Et Des\u00e8ze viendra assister ses deux confr\u00e8res.<\/p>\n<p>Le roi \u00e9crit, dans la m\u00eame lettre \u00e0 Malesherbes\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait s\u2019adresser non \u00e0 la Convention, mais \u00e0 la France enti\u00e8re, qui jugerait mes juges, et me rendrait, dans le c\u0153ur de mes peuples, une place que je n\u2019ai jamais m\u00e9rit\u00e9 de perdre.\u00a0\u00bb L\u2019id\u00e9e de l\u2019appel au peuple, d\u00e9fendue par les Girondins, sera propos\u00e9e, mais rejet\u00e9e par la majorit\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e. Le proc\u00e8s se d\u00e9roule du 10\u00a0d\u00e9cembre 1792 au 20\u00a0janvier 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a attach\u00e9 tant de fausses id\u00e9es \u00e0 ce mot de roi, que tant qu\u2019il ne sera pas proscrit de toutes les langues, l\u2019esprit humain n\u2019aura jamais qu\u2019une th\u00e9orie imparfaite de l\u2019art social.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1462\" class=\"cit-num\">1462<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841). <em>Histoire des journaux et des journalistes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1796<\/em> (1845), L\u00e9onard Gallois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont imprim\u00e9s en 1790\u00a0: message pr\u00e9monitoire. Constitutionnel mod\u00e9r\u00e9 sous la Constituante, r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention, Bar\u00e8re s\u2019est ralli\u00e9 aux Montagnards, avant de se distinguer au cours de la Terreur. En attendant, et en tant que pr\u00e9sident de la Convention, c\u2019est lui qui dirige le proc\u00e8s du roi. Il y aura peu de doute sur son vote. Mais il y a 749 d\u00e9put\u00e9s, et l\u2019Assembl\u00e9e reste encore tr\u00e8s partag\u00e9e sur le sort du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Foutre\u00a0! [\u2026] Il est bon que le peuple souverain s\u2019accoutume \u00e0 juger les rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1463\" class=\"cit-num\">1463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal de Jacques H\u00e9bert, dont le nom est peut-\u00eatre inspir\u00e9 par un marchand de fourneaux qui jurait et sacrait \u00e0 chaque phrase, ne perd pas cette occasion de rench\u00e9rir. H\u00e9bert s\u2019exasp\u00e8re de tant de lenteurs et craint que \u00ab\u00a0le plus grand sc\u00e9l\u00e9rat qui e\u00fbt jamais exist\u00e9 reste impuni\u00a0\u00bb, entre jurons et injures contre les Conventionnels, les tra\u00eetres, l\u2019\u00ab\u00a0ivrogne Capet\u00a0\u00bb et tous les \u00ab\u00a0capons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, le peuple fran\u00e7ais vous accuse d\u2019avoir commis une multitude de crimes pour \u00e9tablir la tyrannie en d\u00e9truisant la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1464\" class=\"cit-num\">1464<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Acte d\u2019accusation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 11\u00a0d\u00e9cembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chefs d\u2019accusation les plus graves\u00a0: haute trahison, double jeu politique avec les assembl\u00e9es, complot avec l\u2019ennemi autrichien, tentative de fuite \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Varennes), responsabilit\u00e9 des morts aux journ\u00e9es d\u2019octobre (1789) et \u00e0 la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791).<\/p>\n<p>Le lendemain, 12\u00a0d\u00e9cembre, la Convention accorde trois d\u00e9fenseurs au roi. Mais il n\u2019y aura aucun t\u00e9moin, ni \u00e0 charge ni \u00e0 d\u00e9charge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je subirai le sort de Charles\u00a0Ier, et mon sang coulera pour me punir de n\u2019en avoir jamais vers\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1465\" class=\"cit-num\">1465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes, \u00e9crite au Temple, d\u00e9cembre\u00a01792.<em> M\u00e9moires du marquis de Ferri\u00e8res<\/em> (1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9c\u00e9dent historique maintes fois rappel\u00e9\u00a0: Charles\u00a0Ier, roi d\u2019Angleterre, d\u2019\u00c9cosse et d\u2019Irlande, victime de la r\u00e9volution anglaise, jug\u00e9 par le Parlement, d\u00e9capit\u00e9 en 1649.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, ce roi si faible, incapable de r\u00e9gner quand il avait le pouvoir et les hommes (quelques grands ministres), cet homme de 38\u00a0ans, pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, parfois compar\u00e9 \u00e0 un vieillard, va faire preuve de courage et de lucidit\u00e9 dans ces deux derniers mois. Toujours \u00e0 son ami et avocat, Malesherbes, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne me fais pas d\u2019illusion sur mon sort\u00a0; les ingrats qui m\u2019ont d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 ne s\u2019arr\u00eateront pas au milieu de leur carri\u00e8re\u00a0; ils auraient trop \u00e0 rougir de voir sans cesse sous leurs yeux leur victime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> hors de Versailles, hors du tr\u00f4ne, seul et sans cour, d\u00e9pouill\u00e9 de tout l\u2019appareil de la royaut\u00e9, se croyait roi malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 le jugement de Dieu, malgr\u00e9 sa chute m\u00e9rit\u00e9e, malgr\u00e9 ses fautes [\u2026] C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019on voulut tuer. C\u2019est cette pens\u00e9e impie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1466\" class=\"cit-num\">1466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien dit le paradoxe de cette trag\u00e9die \u00e0 la fois personnelle et nationale. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, profond\u00e9ment croyant, demeure en son \u00e2me et conscience \u00ab\u00a0roi de droit divin\u00a0\u00bb, et non pas roi des Fran\u00e7ais dans une monarchie constitutionnelle. La France profonde, tr\u00e8s catholique, partage cette \u00ab\u00a0pens\u00e9e impie\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 le traumatisme caus\u00e9 par ce proc\u00e8s public, \u00e0 l\u2019issue passionn\u00e9ment attendue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le v\u00e9ritable patriote ne conna\u00eet point les personnes, il ne conna\u00eet que les principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1467\" class=\"cit-num\">1467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), 15\u00a0d\u00e9cembre 1792 au proc\u00e8s du roi. <em>\u0152uvres de Camille Desmoulins<\/em> (posthume, 1874), Camille Desmoulins, Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Camille Desmoulins, Montagnard, membre des Cordeliers et ami de Danton, exprime la pens\u00e9e devenue majoritaire dans le personnel politique. Et le roi qui n\u2019est plus roi, mais seulement Louis Capet, est un justiciable comme les autres, dans ce proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis sera-t-il donc le seul Fran\u00e7ais pour lequel on ne suive nulle loi, nulle forme\u00a0? Louis ne jouit ni du droit de citoyen, ni de la pr\u00e9rogative des rois\u00a0: il ne jouira ni de son ancienne condition, ni de la nouvelle\u00a0! Quelle \u00e9trange exception.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1468\" class=\"cit-num\">1468<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">DES\u00c8ZE<\/span> (1748-1828), Plaidoirie pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 26\u00a0d\u00e9cembre 1792.<em> Histoire de France depuis la R\u00e9volution de 1789<\/em> (1803), Fran\u00e7ois-Emmanuel Toulongeon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat (comte Des\u00e8ze ou De S\u00e8ze) t\u00e9moignera plus tard du grand \u0153uvre de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Trois jours et quatre nuits, j\u2019ai lutt\u00e9 pied \u00e0 pied avec les documents pour \u00e9difier avec Malesherbes et Tronchet, et surtout avec mon Roi, la d\u00e9fense de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 par la Convention. J\u2019ai voulu plaider avec la justice, le c\u0153ur, le talent que l\u2019on me reconnaissait alors. Mon ma\u00eetre ne me laissa combattre que sur le terrain du droit\u00a0: il se souciait de balayer les accusations dont il \u00e9tait l\u2019objet, non d\u2019apitoyer. Pendant plus d\u2019une heure, je lui ai donn\u00e9 ma voix. En vain\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a bien travaill\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1469\" class=\"cit-num\">1469<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat Romain Des\u00e8ze, 26\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, Volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des\u00e8ze s\u2019est assis, \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s la plaidoirie. En sueur, il demande une chemise. \u00ab\u00a0Donnez-la lui, car il a bien travaill\u00e9\u00a0\u00bb, dit le roi. \u00ab\u00a0Avec une familiarit\u00e9 touchante et un peu vulgaire\u00a0\u00bb, commente l\u2019historien socialiste.<\/p>\n<p>Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise sous la Restauration (en 1828), le baron de Barante rendra cet hommage \u00e0 Des\u00e8ze\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00e9ternel honneur sera d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus tristement religieux de notre R\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient trois pour cette mission impossible et p\u00e9rilleuse. Des\u00e8ze, arr\u00eat\u00e9 peu apr\u00e8s le proc\u00e8s, lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la chute de Robespierre, finira pair de France et premier pr\u00e9sident de la Cour de cassation sous la Restauration. Fran\u00e7ois Denis Tronchet se cachera sous la Terreur et se retrouvera au S\u00e9nat sous le Consulat. Chr\u00e9tien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes aura moins de chance\u00a0: \u00e9migr\u00e9 au d\u00e9but de la R\u00e9volution, rentr\u00e9 en France pour d\u00e9fendre son roi, il sera ex\u00e9cut\u00e9 sous la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La cl\u00e9mence qui compose avec la tyrannie est barbare.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1470\" class=\"cit-num\">1470<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours du 28\u00a0d\u00e9cembre 1792 au proc\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand le chef des Montagnards prend la parole, en commen\u00e7ant par \u00ab\u00a0Citoyens\u2026\u00a0\u00bb, c\u2019est naturellement contre l\u2019accus\u00e9, mais au nom de grands principes. L\u2019Incorruptible est avocat de profession et il n\u2019est pas homme \u00e0 \u00ab\u00a0composer\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 la cl\u00e9mence, elle n\u2019est plus de mise, non plus que la simple d\u00e9ch\u00e9ance du roi jadis envisag\u00e9e. Robespierre votera donc pour la mort du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut point r\u00e9gner innocemment\u00a0: la folie en est trop \u00e9vidente. Tout roi est un rebelle et un usurpateur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1471\" class=\"cit-num\">1471<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Question concernant le jugement de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 13\u00a0novembre\u00a01792.<em> \u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834), Saint-Just<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune th\u00e9oricien de la R\u00e9volution, il s\u2019est exprim\u00e9 sur le proc\u00e8s du si\u00e8cle, avant le proc\u00e8s, et dans le m\u00eame esprit, fond et forme, que son ami Robespierre. Il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit en 1791, dans<em> L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les crimes sont venus de la tyrannie qui fut le premier de tous.\u00a0\u00bb Saint-Just votera bien \u00e9videmment pour la mort du roi. D\u2019autres Montagnards, bien que juristes, auront des arguments moins juridiques.<\/p>\n<p>Mais les Girondins vont se d\u00e9marquer des Montagnards et tenter de sauver la vie du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la justice a parl\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 doit avoir son tour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1472\" class=\"cit-num\">1472<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Discours du 17\u00a0janvier 1793. <em>Les Grands Orateurs de la R\u00e9volution, Mirabeau, Vergniaud, Danton, Robespierre<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Girondin (du d\u00e9partement de la Gironde), avocat au Parlement de Bordeaux, maintenant \u00e0 la t\u00eate des Girondins de Paris, Vergniaud, pr\u00e9sident de s\u00e9ance, cherche \u00e0 sauver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Les Girondins craignent d\u2019en faire un martyr, d\u2019autres redoutent que la R\u00e9volution se radicalise \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<br>Premi\u00e8re question pos\u00e9e le 15\u00a0janvier\u00a0: Louis Capet est-il \u00ab\u00a0coupable de conspiration contre la libert\u00e9 de la nation et d\u2019attentats contre la s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat\u00a0?\u00a0\u00bb Oui, pour 707 d\u00e9put\u00e9s sur 718 pr\u00e9sents \u2013 les chiffres varient un peu, selon les sources, bizarrerie statistique confirm\u00e9e par le site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. C\u2019est quand m\u00eame la quasi-unanimit\u00e9 pour une culpabilit\u00e9 \u00e9vidente. La \u00ab\u00a0justice a parl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me question, m\u00eame jour\u00a0: le jugement de la Convention sera-t-il soumis \u00e0 la ratification populaire\u00a0? Les Girondins sont globalement pour cet appel au peuple, persuad\u00e9s que la cl\u00e9mence l\u2019emportera\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0humanit\u00e9\u00a0\u00bb aurait son tour. Mais cela risque de diviser la France, de faire croire \u00e0 une d\u00e9mission de la Convention. Les Montagnards sont massivement contre, et le Non l\u2019emporte\u00a0: 424 voix contre 283, une dizaine d\u2019abstentions et une trentaine d\u2019absents.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me question, pos\u00e9e dans la s\u00e9ance du 16 au 17\u00a0janvier\u00a0: la peine encourue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vote pour la mort du tyran dans les vingt-quatre heures. Il faut se h\u00e2ter de purger le sol de la patrie de ce monstre odieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1473\" class=\"cit-num\">1473<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">RAFFRON<\/span> de <span class=\"caps\">TROUILLET<\/span> (1723-1801).<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat et diplomate, il s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne, durant le proc\u00e8s du roi. Il fait aussi partie de ceux qui ont refus\u00e9 l\u2019appel au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour pr\u00e9server les \u00e2mes pusillanimes de l\u2019amour de la tyrannie, je vote pour la mort dans les vingt-quatre heures\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1474\" class=\"cit-num\">1474<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">JAVOGUES<\/span> (1759-1796). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Huissier en province \u00e0 Montbrison avant la R\u00e9volution, totalement acquis aux \u00ab\u00a0id\u00e9es nouvelles\u00a0\u00bb, il se range du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne \u2013 et sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me. Il n\u2019en aura pas davantage dans quelques mois, retournant dans sa ville coupable d\u2019attitude contre-r\u00e9volutionnaire et se vantant de ce que \u00ab\u00a0le sang coulera comme l\u2019eau dans les rues\u00a0\u00bb \u00e0 Montbrison, rebaptis\u00e9e Montbris\u00e9. Il continuera de se distinguer par une sauvagerie punitive qui \u00e9tonne m\u00eame les Jacobins les plus durs.<\/p>\n<p>366 d\u00e9put\u00e9s votent pour la mort sans condition, 72 pour la mort sous diverses conditions et 288 pour d\u2019autres peines (prison, bannissement). Cela trahit un embarras certain des d\u00e9put\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9cision de voter \u00e0 nouveau pour un \u00e9ventuel sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution, quatri\u00e8me question, pos\u00e9e les 19 et 20\u00a0janvier\u00a0: sursis rejet\u00e9 par 380 d\u00e9put\u00e9s contre 310. Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 une voix de majorit\u00e9\u00a0! Mais son cousin Philippe \u00c9galit\u00e9 s\u2019est totalement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 en votant pour la mort.<\/p>\n<p>Les votes se sont d\u00e9roul\u00e9s sur quatre jours, nuits comprises, avec appel nominal, chaque d\u00e9put\u00e9 montant \u00e0 la tribune pour justifier chaque fois son vote sur la peine \u00e0 appliquer. Le jugement, l\u2019appel au peuple et le sursis une fois rejet\u00e9s, la sentence est ex\u00e9cutoire dans les 24\u00a0heures.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arbre de la libert\u00e9 ne saurait cro\u00eetre s\u2019il n\u2019\u00e9tait arros\u00e9 du sang des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1475\" class=\"cit-num\">1475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), \u00e0 la tribune, 20\u00a0janvier\u00a01793. <em>M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la Convention, dans l\u2019effervescence g\u00e9n\u00e9rale, justifie ainsi la condamnation \u00e0 mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, contre la partie la plus mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019assembl\u00e9e qui souhaitait att\u00e9nuer la peine. Lui-m\u00eame s\u2019est prononc\u00e9 pour la mort, sans appel au peuple, sans sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. On retrouvera Bar\u00e8re en juillet\u00a01793, membre du Comit\u00e9 de salut public et l\u2019un des organisateurs les plus z\u00e9l\u00e9s de la Terreur, nomm\u00e9 l\u2019Anacr\u00e9on de la guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis doit mourir pour que la patrie vive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1476\" class=\"cit-num\">1476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre sentence\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots furent prononc\u00e9s au d\u00e9but du proc\u00e8s, le 3\u00a0d\u00e9cembre. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pour Louis ni amour ni haine\u00a0: je ne hais que ses forfaits\u2026\u00a0\u00bb En fait, le roi \u00e9tait jug\u00e9 d\u2019avance. La R\u00e9volution, c\u2019est la souverainet\u00e9 du peuple et elle ne peut composer avec la souverainet\u00e9 du roi. L\u2019homme Capet n\u2019est pas en cause, aux yeux des th\u00e9oriciens tels Robespierre et Saint-Just, c\u2019est l\u2019extravagante condition du monarque. On peut seulement s\u2019\u00e9tonner de l\u2019hypocrite humanit\u00e9 de Robespierre, d\u00e9clarant dans le m\u00eame discours\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019abhorre la peine de mort prodigu\u00e9e par vos lois.\u00a0\u00bb La suite des \u00e9v\u00e9nements et la Terreur apportent un d\u00e9menti sanglant.<\/p>\n<p>Les partisans d\u2019un despotisme \u00e9clair\u00e9 (Autriche, Prusse, Russie, Espagne) ou d\u2019une monarchie constitutionnelle (\u00e0 l\u2019anglaise ou \u00e0 la fran\u00e7aise sous la Restauration) auraient eu besoin d\u2019une personnalit\u00e9 plus forte que celle de ce roi jouet et jamais acteur de l\u2019histoire. Au terme de la proc\u00e9dure, l\u2019ex\u00e9cution aura lieu le 21\u00a0janvier\u00a01793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 mon peuple,<br>Que vous ai-je donc fait\u00a0?<br>J\u2019aimais la vertu, la justice.<br>Votre bonheur fut mon unique objet,<br>Et vous me tra\u00eenez au supplice\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1477\" class=\"cit-num\">1477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Complainte de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> aux Fran\u00e7ais, quand le verdict fatal est connu \u00e0 la fin du proc\u00e8s, chanson anonyme.<em> Pri\u00e8res pour le roi, la France, etc. pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es du Testament de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de quelques notes historiques<\/em> (1816)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Glapie dans les guinguettes par des chanteurs \u00e0 gages\u00a0\u00bb, sur l\u2019air d\u2019une romance c\u00e9l\u00e8bre compos\u00e9e par la marquise de Travanet et par Marie-Antoinette, cette complainte a tant de succ\u00e8s qu\u2019elle \u00e9clipse un temps <em>La Marseillaise<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793. Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours.<\/p>\n<p>Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1480\" class=\"cit-num\">1480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au bourreau Sanson et \u00e0 ses aides, 21\u00a0janvier 1793. \u00ab\u00a0Second mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em> (1867), Antonin Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre mot de la fin attribu\u00e9 au roi, toujours dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb, comme pour alimenter la l\u00e9gende.<br>Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis ne sut qu\u2019aimer, pardonner et mourir\u00a0!<br>Il aurait su r\u00e9gner s\u2019il avait su punir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1481\" class=\"cit-num\">1481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">TILLY<\/span> (1764-1816). <em>Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em> (1826), Joseph Michaud, Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce c\u00e9l\u00e8bre distique (deux vers), le comte de Tilly, d\u00e9fenseur du roi au palais des Tuileries (le 10\u00a0ao\u00fbt 1792) et auteur de <em>M\u00e9moires<\/em> (surtout galants), t\u00e9moigne de cette horreur de la violence, dans une \u00e9poque o\u00f9 elle fait loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai, au Champ de Mars, d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la royaut\u00e9, je l\u2019ai abattue le 10\u00a0ao\u00fbt, je l\u2019ai tu\u00e9e au 21\u00a0janvier, et j\u2019ai lanc\u00e9 aux rois une t\u00eate de roi en signe de d\u00e9fi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1482\" class=\"cit-num\">1482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), <em>La Mort de Danton<\/em> (1835), drame historique de Goerg B\u00fcchner (1813-1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9plique lui est pr\u00eat\u00e9e par le po\u00e8te allemand \u00e2g\u00e9 de 21\u00a0ans (et mort du typhus \u00e0 23). Elle illustre le grand premier r\u00f4le r\u00e9volutionnaire que se donne Danton, et qu\u2019il joue effectivement jusqu\u2019\u00e0 sa chute, m\u00eame s\u2019il est souvent absent au c\u0153ur de l\u2019action \u2013 une des ambigu\u00eft\u00e9s du personnage, not\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 la France coupa la t\u00eate de son roi, elle commit un suicide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1483\" class=\"cit-num\">1483<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), <em>La R\u00e9forme intellectuelle et morale de la France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien chr\u00e9tien, il fait r\u00e9f\u00e9rence au lien charnel entre le pays et le roi, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019identification \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, sous Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis France\u00a0\u00bb. Plus contemporain, rappelons le mot de Mauriac \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, en 1940\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit, moi la France, et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion de Renan intervient au lendemain de la d\u00e9faite face \u00e0 l\u2019Allemagne, quand la France amput\u00e9e, d\u00e9sempar\u00e9e, n\u2019est pas encore acquise \u00e0 la R\u00e9publique. Peinant \u00e0 faire son deuil d\u2019un r\u00e9gime monarchique constitutionnel, il parle donc \u00e0 ses contemporains \u2013 cela vaut pour la plupart des auteurs, historiens et philosophes. Il incrimine la R\u00e9volution, son culte de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb et de l\u2019homme nouveau, et regrette cette irr\u00e9m\u00e9diable rupture dans la continuit\u00e9 historique, dont la mort du roi fut le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin.<\/p>\n<p>La mort du roi, chacun en juge selon son camp, des royalistes aux r\u00e9volutionnaires, en passant par toutes les nuances d\u2019opinion, de la droite r\u00e9actionnaire \u00e0 la gauche extr\u00eame. Cela vaut de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale pour la R\u00e9volution, et aujourd\u2019hui encore, on en discute.<\/p>\n<p>Les \u00e9migr\u00e9s royalistes proclament roi, sous le nom de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>, le jeune dauphin enferm\u00e9 au Temple, et le comte de Provence (fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) est nomm\u00e9 r\u00e9gent du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ons plus de roi dans la France [\u2026]<br>\u00c0 pr\u00e9sent tout ira bien<br>\u00c0 Paris comme \u00e0 la guerre.<br>Je n\u2019craindrons plus le venin<br>Qui g\u00e2tait toute c\u2019t\u2019affaire,<br>J\u2019aurons vraiment la libert\u00e9<br>En soutenant l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1485\" class=\"cit-num\">1485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Citoyenne Veuve Ferrand (fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), <em>Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> (d\u00e9but 1793), chanson<em>. Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque \u00e9v\u00e9nement historique est ponctu\u00e9 de paroles et musique. Cette<em> Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> est assur\u00e9ment une \u00ab\u00a0chanson de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0: tout ira bien apr\u00e8s la mort du roi. Au-del\u00e0 de cette joie, le choc est immense.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5_revolution_0.jpg\" style=\"margin: 10px;float: left\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>2. Le proc\u00e8s de Marie-Antoinette.<\/h4>\n<p>Il passionne la foule, dans un genre plus \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb que le roi, le personnage romanesque d\u00e9cha\u00eenant toujours les passions. Jeune Autrichienne idol\u00e2tr\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e en France et mari\u00e9e au futur Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> en 1770, la Dauphine avait d\u00fb retarder plus de trois ans son Entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris\u00a0! Elle \u00e9tait ensuite devenue la cible des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant \u00e0 la veille de la R\u00e9volution rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1539\" class=\"cit-num\">1539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), apprenant qu\u2019elle va \u00eatre jug\u00e9e par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, d\u00e9but octobre\u00a01793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle est \u00e0 pr\u00e9sent sans illusion, prisonni\u00e8re \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort.<\/p>\n<p>Deux chefs d\u2019accusation sont retenus contre elle\u00a0: man\u0153uvres en faveur des ennemis ext\u00e9rieurs de la R\u00e9publique et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter au moins les apparences. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils, 8\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent.<\/p>\n<p>Le mot de Marie-Antoinette prendra tout son sens, quand elle subira une vraie torture morale, durant les deux jours de son proc\u00e8s public (14 et 15\u00a0octobre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques, et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi, au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est \u00e0 son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de 4\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.<em> La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e, \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9. L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793.<em> Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici donc l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est un peu long. Et la chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche. Quelle le\u00e7on pour eux, f\u2026! Comme ils auraient fr\u00e9mi en contemplant deux ou trois cent mille sans-culottes environnant le Palais et attendant en silence le moment o\u00f9 l\u2019arr\u00eat fatal allait \u00eatre prononc\u00e9\u00a0! Comme ils auraient \u00e9t\u00e9 petits ces pr\u00e9tendus souverains devant la majest\u00e9 du peuple\u00a0! Non, f\u2026! jamais on ne vit un spectacle pareil. Tendres m\u00e8res, dont les enfants sont morts pour la R\u00e9publique\u00a0; vous, \u00e9pouses ch\u00e9ries des braves bougres qui combattent en ce moment sur les fronti\u00e8res, vous avez un moment \u00e9touff\u00e9 vos soupirs et suspendu vos larmes, quand vous avez vu para\u00eetre devant ses juges la garce inf\u00e2me qui a caus\u00e9 tous vos chagrins\u00a0; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans, en assistant \u00e0 cette terrible sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons assez v\u00e9cu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a>3. L\u2019affaire du duc d\u2019Enghien.<\/h3>\n<p>Pas de vrai proc\u00e8s, on parle m\u00eame d\u2019un assassinat \u2013 disons une ex\u00e9cution. On peut y voir une affaire d\u2019\u00c9tat r\u00e9gl\u00e9e au nom de la raison d\u2019\u00c9tat. En tout cas, elle fait grand bruit, en France comme en Europe.<\/p>\n<p>Il faut la resituer\u00a0: climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 avec une s\u00e9rie d\u2019attentats visant le nouveau ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on Bonaparte. La cause est politique, la justice est militaire, le droit bafou\u00e9. La personnalit\u00e9 du \u00ab\u00a0bourreau\u00a0\u00bb et de la victime expliquent en partie l\u2019importance de cette affaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul. Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis dans une d\u00e9fiance continuelle. Chaque jour, on voit \u00e9clore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1742\" class=\"cit-num\">1742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re Joseph. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas une parano\u00efa de dictateur. De son propre aveu, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re du comte de Provence et futur Charles\u00a0X) entretenait 60 assassins dans Paris. Et c\u2019est lui qui a nomm\u00e9 Cadoudal, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es du roi, en 1800.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re, au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice, et de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9, qui vit pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars, par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement arr\u00eate que le ci-devant duc d\u2019Enghien, pr\u00e9venu [\u2026] de faire partie des complots tram\u00e9s [\u2026] contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de la R\u00e9publique, sera traduit devant une commission militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1744\" class=\"cit-num\">1744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. <em>M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien<\/em> (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince, qui pr\u00e9parait son mariage dans sa propri\u00e9t\u00e9 d\u2019Ettenheim \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re en Allemagne, est enlev\u00e9 au m\u00e9pris de la loi et se retrouve enferm\u00e9 au ch\u00e2teau de Vincennes. Le soir m\u00eame, il est \u00ab\u00a0jug\u00e9\u00a0\u00bb par une commission militaire, condamn\u00e9 \u00e0 mort sans appel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ENGHIEN<\/span> (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte a maintenant la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner. De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera comme un crime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). Les Citations fran\u00e7aises (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe. Et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis prince sanguin, mon cousin,<br>On en a preuve s\u00fbre,<br>Prince du sang d\u2019Enghien, mon cousin\u00a0;<br>Oh\u00a0! la bonne aventure [\u2026]<br>On n\u2019est pas \u00e0 la fin, mon cousin,<br>De sang, je vous l\u2019assure,<br>J\u2019en pr\u00e9tends prendre un bain, mon cousin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1748\" class=\"cit-num\">1748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Je suis prince sanguin<\/em>, chanson. <em>L\u2019\u00c9cho des salons de Paris depuis la restauration\u00a0: ou, recueil d\u2019anecdotes sur l\u2019ex-empereur Buonaparte, sa cour et ses agents<\/em> (1815), Jacques Thomas Verneur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Post\u00e9rieure \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, la chanson r\u00e9sonne lugubrement, jouant sur le sang dont le criminel se vante d\u2019\u00eatre doublement impr\u00e9gn\u00e9. Allusion y est faite \u00e0 une lettre adress\u00e9e par Napol\u00e9on aux \u00e9v\u00eaques de France qu\u2019il appelle individuellement \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb comme il \u00e9tait de tradition pour le roi, et o\u00f9 il leur demande de faire chanter un <em>Te Deum<\/em> pour son sacre.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8_0.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a>4. S\u00e9rie de proc\u00e8s contre les anarchistes.<\/h4>\n<p>Climat litt\u00e9ralement explosif de terreur \u00e0 Paris, comme partout en Europe et m\u00eame outre-Atlantique. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle est la belle \u00e9poque de l\u2019anarchie, nouvelle id\u00e9ologie sociale n\u00e9e en marge du socialisme, la Commune de Paris (1871) ayant marqu\u00e9 son heure de gloire politique.<\/p>\n<p>La vague d\u2019attentats meurtriers qui se d\u00e9cha\u00eene \u00e0 la fin du si\u00e8cle est plus complexe<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 est pourrie. Dans les ateliers, les mines et les champs, il y a des \u00eatres humains qui travaillent et souffrent sans pouvoir esp\u00e9rer d\u2019acqu\u00e9rir la milli\u00e8me partie du fruit de leur travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2503\" class=\"cit-num\">2503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RAVACHOL<\/span> (1859-1892), \u00e0 son proc\u00e8s, 26\u00a0avril 1892.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ravachol est un criminel en s\u00e9rie (tuant pour l\u2019argent), devenu un mythe par la vertu de la dynamite et des relations nou\u00e9es avec les militants anarchistes. Les 11, 18 et 29\u00a0mars, il a fait sauter des appartements de magistrats et une caserne. La veille du proc\u00e8s, ses complices ont fait exploser une bombe dans le restaurant V\u00e9ry. Condamn\u00e9 \u00e0 mort (pour des crimes ant\u00e9rieurs), il est ex\u00e9cut\u00e9 le 11\u00a0juillet.<\/p>\n<p>Les attentats anarchistes, nombreux de 1892 \u00e0 1894, ont des origines diverses\u00a0: souvenir de la Commune qui est comm\u00e9mor\u00e9e vingt ans apr\u00e8s, de bien des mani\u00e8res (y compris des tableaux, des chansons)\u00a0; hostilit\u00e9 envers les partis organis\u00e9s de gauche qui veulent un \u00c9tat socialiste\u00a0; haine pour les bourgeois dont les affaires prosp\u00e8rent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a les magistrats vendus,<br>Il y a les financiers ventrus,<br>Il y a les argousins,<br>Mais pour tous ces coquins,<br>Il y a d\u2019la dynamite,<br>Vive le son, vive le son,<br>Il y a d\u2019la dynamite\u00a0!<br>Dansons la ravachole\u00a0!<br>Vive le son d\u2019l\u2019explosion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2504\" class=\"cit-num\">2504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">S\u00e9bastien <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1858-1942), <em>La Ravachole<\/em>, version anarchiste de<em> La Carmagnole<\/em> (1892), chanson.<em> Ravachol et les anarchistes<\/em> (1992), Jean Maitron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u00e9bastien Faure a un long parcours militant\u00a0: ex-s\u00e9minariste, ex-marxiste, il devient anarchiste \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880, libertaire avec Louise Michel, dreyfusard au moment de l\u2019Affaire, avant de s\u2019afficher pacifiste et antimilitariste, au si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>L\u2019anarchie va occuper la vie publique un quart de si\u00e8cle\u00a0: avec ses chansons, sa presse, ses h\u00e9ros et ses criminels, ses attentats, ses victimes \u2013 jusqu\u2019au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en personne. Le r\u00e9gime est plus gravement \u00e9branl\u00e9 par la s\u00e9rie des affaires, autrement dit scandales, qui multiplient les crises politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, ces messieurs sauront qu\u2019ils ont toujours une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de leur t\u00eate, ils voteront peut-\u00eatre des lois plus justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2510\" class=\"cit-num\">2510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1861-1894), D\u00e9claration \u00e0 la police qui l\u2019interroge, apr\u00e8s l\u2019attentat perp\u00e9tr\u00e9, le 9\u00a0d\u00e9cembre 1893.<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em> (1963), Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au proc\u00e8s, il affirme avoir lanc\u00e9 cette bombe pour venger son idole Ravachol, et non pour tuer. Vaillant, 33\u00a0ans, est ex\u00e9cut\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1894. Mais une semaine plus tard, une autre bombe explose.<\/p>\n<p>La flamb\u00e9e anarchiste qui frappe la France, inspir\u00e9e de Proudhon et Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l\u2019Europe, tuer l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d\u2019Autriche (c\u00e9l\u00e8bre Sissi), le roi d\u2019Italie Humbert\u00a0Ier, et franchir l\u2019Atlantique, pour atteindre le 25e pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, William McKinley. Le terrorisme est une force de frappe r\u00e9currente, et le monde occidental devra affronter le terrorisme rouge dans les ann\u00e9es 1970, le terrorisme islamique au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Vaillant, ni penseur ni m\u00eame militant, est un marginal qui a surv\u00e9cu en multipliant les petits m\u00e9tiers, se lan\u00e7ant dans la lutte politique pour faire entendre \u00ab\u00a0le cri de toute une classe qui revendique ses droits\u00a0\u00bb. L\u2019inexistence d\u2019un vrai programme social demeure l\u2019une des faiblesses de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 jusqu\u2019en 1936 et l\u2019av\u00e8nement du Front populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos mains sont couvertes de sang.<br>\u2014 Comme l\u2019est votre robe rouge\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2511\" class=\"cit-num\">2511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">HENRY<\/span> (1872-1894), r\u00e9pondant au pr\u00e9sident du tribunal, 27\u00a0avril 1894. <em>Historia<\/em> (octobre\u00a01968), \u00ab\u00a0L\u2019\u00c8re anarchiste\u00a0\u00bb, Maurice Duplay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois, il \u00e9pouse la cause anarchiste par id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout. Il a 19\u00a0ans quand sa bombe port\u00e9e pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose\u00a0: 5 morts, le 8\u00a0novembre\u00a01892. Nouvelle bombe au caf\u00e9 Terminus de la gare Saint-Lazare\u00a0: un mort, 20 bless\u00e9s, le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894.<\/p>\n<p>\u00c0 son proc\u00e8s, il proclame que l\u2019anarchie \u00ab\u00a0est n\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pourrie qui se disloque. Elle est partout, c\u2019est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et vous tuer.\u00a0\u00bb \u00c9mile Henry sera guillotin\u00e9 le 21\u00a0mai\u00a01894, criant \u00ab\u00a0Courage, camarades\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un geste cynique<br>Il pr\u00e9pare son poignard,<br>Puis il frappe sans retard<br>Le chef de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2512\" class=\"cit-num\">2512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9o <span class=\"caps\">LELI\u00c8VRE<\/span> (1872-1956), <em>Le Crime de Lyon<\/em>, chanson.<em> Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par le chansonnier qui relate l\u2019assassinat de Sadi Carnot. Le 24\u00a0juin, visitant l\u2019Exposition de Lyon, le pr\u00e9sident est poignard\u00e9 par Caserio, un illumin\u00e9, jeune anarchiste italien. Sadi Carnot est le premier Pr\u00e9sident fran\u00e7ais \u00e0 mourir assassin\u00e9. Il sera suivi par Paul Doumer en 1932, tu\u00e9 par Paul Gorgulov.<\/p>\n<p>Casimir-Perier remplace Carnot \u00e0 la pr\u00e9sidence. Il va faire adopter la troisi\u00e8me loi sc\u00e9l\u00e9rate, vot\u00e9e le 28\u00a0juillet, interdisant tout type de propagande anarchiste. La r\u00e9pression et m\u00eame la pr\u00e9vention vont \u00eatre impitoyables, et l\u2019action directe remplac\u00e9e par l\u2019action syndicale. Les anarchistes dominaient les premiers syndicats, autoris\u00e9s depuis 1884 et d\u2019autant plus violents que leurs effectifs sont modestes \u2013 les rares grands syndicats (cheminots, ouvriers du livre) sont plus mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Les derniers anarchistes c\u00e9l\u00e8bres en France seront ceux de la bande \u00e0 Bonnot\u00a0: 20 accus\u00e9s, 4 condamn\u00e9s \u00e0 mort, ex\u00e9cut\u00e9s en 1912. La peine de mort sera abolie en 1981.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8_0.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a>5. L\u2019Affaire Dreyfus.<\/h4>\n<p>C\u2019est l\u2019Affaire (majuscule) de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, tristement connue pour le nombre des crises et des scandales qui ont \u00e9branl\u00e9 le r\u00e9gime et affaibli l\u2018\u00c9tat.<\/p>\n<p>Cette nouvelle affaire va d\u00e9chirer la France bien au-del\u00e0 des partis, des divisions traditionnelles et des consid\u00e9rations\u00a0 politiques. Il faut la resituer dans un contexte tr\u00e8s particulier\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pensons-y toujours, n\u2019en parlons jamais.\u00a0\u00bb Gambetta, grand r\u00e9publicain, pense\u00a0 comme tous les Fran\u00e7ais aux deux provinces s\u0153urs et devenues \u00e9trang\u00e8res, l\u2019Alsace et la Lorraine. Maurras traduira \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019unanimit\u00e9 nationale autour du culte de l\u2019Alsace-Lorraine en parlant de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb. Paul D\u00e9roul\u00e8de, cr\u00e9ant la Ligue des patriotes en 1882, incarnera un patriotisme nationaliste et revanchard qui fait beaucoup de bruit et d\u00e9cha\u00eene pas mal de fureurs, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine guerre.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, l\u2019arm\u00e9e est sacr\u00e9e. Cela explique tout, mais n\u2019excuse rien\u00a0! Et l\u2019\u00e9pilogue de l\u2019Affaire Dreyfus sauve l\u2019honneur de la justice et du droit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> Le Figaro<\/em>, 25\u00a0novembre 1897<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zola commente la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, complexe et longue, commence fin septembre\u00a01894, quand une femme de m\u00e9nage fran\u00e7aise de l\u2019ambassade allemande, travaillant pour le Service de renseignements, d\u00e9couvre un bordereau prouvant la trahison d\u2019un officier de l\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais. Le 10\u00a0octobre, le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, ministre de la Guerre, met en cause Alfred Dreyfus. On lui fait faire une dict\u00e9e, il y a similitude entre son \u00e9criture et celle du bordereau en cause. Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894. Ni lui ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb. Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s sont ensuite mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue contre lui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897.<em> Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, d\u00e9claration au jury.<em> L\u2019Aurore,<\/em> 22 f\u00e9vrier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019intervention d\u2019un romancier, m\u00eame fameux, dans une question de justice militaire m\u2019a paru aussi d\u00e9plac\u00e9e que le serait, dans la question des origines du romantisme, l\u2019intervention d\u2019un colonel de gendarmerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2519\" class=\"cit-num\">2519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ferdinand <span class=\"caps\">BRUNETI\u00c8RE<\/span> (1848-1906), <em>Apr\u00e8s le proc\u00e8s<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Intellectuel type, historien de la litt\u00e9rature et critique fran\u00e7ais, professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure et \u00e0 la Sorbonne, directeur de la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, Bruneti\u00e8re est antidreyfusard par respect des institutions, comme il est conservateur en litt\u00e9rature, par fid\u00e9lit\u00e9 aux classiques. Rejetant l\u2019engagement dreyfusard de Zola, et refusant lui-m\u00eame de se prononcer sur la culpabilit\u00e9 du capitaine Dreyfus, il d\u00e9clare seulement que \u00ab\u00a0porter atteinte \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est fragiliser la d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb Beaucoup d\u2019antidreyfusards vont aller plus loin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus serait la fin de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2520\" class=\"cit-num\">2520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), 1er mai 1898. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pol\u00e9miste \u00e0 l\u2019humour cinglant, il change de registre. Son journal, <em>l\u2019Intransigeant<\/em>, d\u00e9nonce le syndicat des dreyfusards et soutient le camp des antidreyfusards, tr\u00e8s majoritaires, mais plus ou moins militants.<\/p>\n<p>Parmi les intellectuels, Charles Maurras se distingue. Il met en avant l\u2019honneur de l\u2019arm\u00e9e, mais rejoint en 1900 l\u2019Action fran\u00e7aise (mouvement cr\u00e9\u00e9 en juillet 1899), pour d\u00e9fendre le pays contre les juifs, les francs-ma\u00e7ons, les protestants et les \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb. Th\u00e9oricien du \u00ab\u00a0nationalisme int\u00e9gral\u00a0\u00bb, il \u00e9crit en d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Barr\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Le parti de Dreyfus m\u00e9riterait qu\u2019on le fusill\u00e2t tout entier comme insurg\u00e9.\u00a0\u00bb L\u2019Action fran\u00e7aise sera tr\u00e8s pr\u00e9sente dans l\u2019entre-deux-guerres, avec son journal \u00e9ponyme dont les lecteurs appr\u00e9cient la qualit\u00e9, sinon les id\u00e9es politiques.<\/p>\n<p>La Ligue de la Patrie fran\u00e7aise, plus mod\u00e9r\u00e9e, r\u00e9unit nombre d\u2019\u00e9crivains et acad\u00e9miciens, joints \u00e0 des artistes et des mondains\u00a0: Maurice Barr\u00e8s, Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, Jules Lema\u00eetre et Paul Bourget, les peintres Degas et Renoir, les dessinateurs Forain et Caran d\u2019Ache, le compositeur Vincent d\u2019Indy.<\/p>\n<p>La Ligue des patriotes, cr\u00e9\u00e9e par Paul D\u00e9roul\u00e8de en 1882 (pour la revanche, contre l\u2019Allemagne), rassemble la majorit\u00e9 des nationalistes antidreyfusards. D\u00e9roul\u00e8de croit Dreyfus innocent et rejette les slogans antis\u00e9mites, mais l\u2019honneur de la patrie et de l\u2019arm\u00e9e passe avant tout. La justice militaire qui doit faire autorit\u00e9 ne peut donc \u00eatre remise en cause. La Ligue atteindra 300 000 membres, pour dispara\u00eetre en 1905.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019officiers sont antidreyfusards, ne serait-ce que par esprit de corps. Trois hommes politiques c\u00e9l\u00e8bres se d\u00e9clarent contre la r\u00e9vision du proc\u00e8s\u00a0: Cavaignac, ministre de la Guerre, qui s\u2019opposera \u00e0 la seconde r\u00e9vision r\u00e9clam\u00e9e par Jaur\u00e8s\u00a0; F\u00e9lix Faure, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique durant la p\u00e9riode o\u00f9 la r\u00e9vision est refus\u00e9e\u00a0; enfin, Jules M\u00e9line, le pr\u00e9sident du Conseil qui s\u2019y oppose \u00e9galement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> L\u2019Aurore,<\/em> 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a durablement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au moral, la haine de l\u2019esprit militaire, au mat\u00e9riel, un d\u00e9sarmement qui attire la guerre comme l\u2019aimant le fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2525\" class=\"cit-num\">2525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>Au signe de Flore\u00a0: souvenirs de vie politique, l\u2019affaire Dreyfus, la fondation de l\u2019Action fran\u00e7aise, 1898-1900<\/em> (1931)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le th\u00e9oricien du nationalisme int\u00e9gral sera hant\u00e9 \u00e0 vie par le souvenir de l\u2019affaire Dreyfus. Elle a de graves cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Militaires d\u2019abord. L\u2019arm\u00e9e en sort divis\u00e9e (on se bat en duel dans les garnisons, dreyfusards contre \u00ab\u00a0anti\u00a0\u00bb), affaiblie, discr\u00e9dit\u00e9e, \u00e9pur\u00e9e, et le Service de renseignements est remplac\u00e9 par la police civile qui ne sera pas de taille face au <span class=\"caps\">SR<\/span> allemand.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quences psychologiques ensuite. La France va vivre en guerre de religion, deux camps se lan\u00e7ant leurs invectives\u00a0: haine raciale, violation des droits de l\u2019homme, contre antipatriotisme, antimilitarisme.<\/p>\n<p>Politiquement enfin, les r\u00e9publicains, mod\u00e9r\u00e9s, gravement divis\u00e9s sur l\u2019Affaire, vont s\u2019appuyer sur la gauche et finalement perdre le pouvoir au profit des radicaux. Le centrisme n\u2019est plus possible, il faut \u00eatre \u00e0 gauche ou \u00e0 droite, et le gouvernement en fait vite l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tomes_9_et_10_0.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"340\"><\/a>6. S\u00e9rie de proc\u00e8s sous la Quatri\u00e8me et la Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques.<\/h4>\n<p>Autres temps, autres m\u0153urs, autres proc\u00e8s. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> s\u2019en fait l\u2019\u00e9cho\u00a0: chaque fois une situation particuli\u00e8re, un mot m\u00e9morable, une citation \u00e0 retenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le patronat de droit divin est mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2787\" class=\"cit-num\">2787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), r\u00e9sumant l\u2019une des id\u00e9es force du Front populaire de 1936. <em>Le Proc\u00e8s de Riom<\/em> (1945), James de Coquet, Robert Jacomet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au Proc\u00e8s de Riom (15\u00a0f\u00e9vrier-11\u00a0avril 1942), accus\u00e9 d\u2019\u00eatre responsable de la d\u00e9faite de 1940, Blum parle en socialiste et compara\u00eet en chef de gouvernement du Front populaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019autorit\u00e9 patronale analogue au commandement hi\u00e9rarchique, au commandement totalitaire, c\u2019est fini, c\u2019est mort. On ne donnera plus \u00e0 des masses ouvri\u00e8res le sentiment qu\u2019elles sont asservies au travail par le lien d\u2019une hi\u00e9rarchie qu\u2019elles n\u2019ont pas eu le droit de discuter et auquel elles n\u2019ont pas consenti.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tournant au r\u00e9quisitoire contre la politique hitl\u00e9rienne, le proc\u00e8s est suspendu. Au lieu d\u2019un jugement, il y aura une s\u00e9rie d\u2019internements administratifs, relevant du pouvoir du mar\u00e9chal P\u00e9tain, chef de l\u2019\u00c9tat. En prison, L\u00e9on Blum \u00e9crit en 1941<em> \u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em>. Il exhorte son parti \u00e0 la R\u00e9sistance. Apr\u00e8s le proc\u00e8s, livr\u00e9 aux Allemands et d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Buchenwald, il est de ceux qui en reviendront.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2821\" class=\"cit-num\">2821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), refusant la gr\u00e2ce de Robert Brasillach. <em>M\u00e9moires de Guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur 2\u00a0071 recours pr\u00e9sent\u00e9s, de Gaulle en acceptera 1\u00a0303.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s est b\u00e2cl\u00e9, de nombreux confr\u00e8res tentent de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades, et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice, apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la revanche de Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2825\" class=\"cit-num\">2825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du verdict, dernier jour de son proc\u00e8s \u00e0 Lyon, 27\u00a0janvier 1945.<em> Alfred Dreyfus\u00a0: l\u2019honneur d\u2019un patriote<\/em> (2006), Vincent Duclert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019inspirateur de <em>L\u2019Action Fran\u00e7aise<\/em>, antidreyfusard et antis\u00e9mite affich\u00e9, qui soutint Mussolini, Franco et P\u00e9tain, est condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour avoir men\u00e9 une campagne contre la France, et radi\u00e9 de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Il sera graci\u00e9 peu de temps avant sa mort (1952).<br>Drieu La Rochelle, longtemps h\u00e9sitant entre communisme et fascisme, s\u2019engagea \u00e0 corps perdu dans la collaboration et se suicida, devan\u00e7ant une condamnation qu\u2019il savait certaine.<\/p>\n<p>De nombreux \u00e9crivains seront mis \u00e0 l\u2019index\u00a0: Marcel Aym\u00e9, Ren\u00e9 Barjavel, Pierre Benoit, Henry Bordeaux, Alexis Carrel, C\u00e9line, Andr\u00e9 Demaison, Maurice Donnay, Paul Fort, Jean Giono, Sacha Guitry, Marcel Jouhandeau, Henry de Montherlant, Paul Morand, Jean de La Varende\u2026 Seul crime de la plupart d\u2019entre eux\u00a0: ils ont continu\u00e9 d\u2019\u00e9crire sous l\u2019occupation\u00a0; certains se sont rendus en Allemagne\u00a0; aucun ne fut antip\u00e9tainiste. Paulhan et Camus protestent contre ces \u00ab\u00a0listes noires\u00a0\u00bb et les peines trop s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gauche est impuissante et elle le restera si elle n\u2019accepte pas d\u2019unir ses efforts \u00e0 la seule force qui lutte aujourd\u2019hui r\u00e9ellement contre l\u2019ennemi commun des libert\u00e9s alg\u00e9riennes et des libert\u00e9s fran\u00e7aises. Et cette force est le <span class=\"caps\">FLN<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2995\" class=\"cit-num\">2995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Lettre au proc\u00e8s Jeanson (5\u00a0septembre-1er\u00a0octobre 1960). <em>La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: des complots du 13\u00a0mai \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance<\/em> (1981), Henri Alleg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains Fran\u00e7ais ne se contentent plus de prendre position en faveur de la paix en Alg\u00e9rie et de n\u00e9gociations avec le <span class=\"caps\">FLN<\/span>. Ils apportent une aide directe \u00e0 ses membres, dirigeants de la r\u00e9bellion, participant m\u00eame \u00e0 des faits de guerre ou de terrorisme.<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau Jeanson regroupe 6 Alg\u00e9riens et 17 Fran\u00e7ais de m\u00e9tropole accus\u00e9s, entre autre, de transporter des fonds, des faux papiers, du mat\u00e9riel de propagande \u2013 d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0porteurs de valises\u00a0\u00bb donn\u00e9 par Sartre. Il est personnellement li\u00e9 \u00e0 Francis Jeanson (en fuite, et donc absent au proc\u00e8s). Ne pouvant se pr\u00e9senter lui-m\u00eame au tribunal (retenu au Br\u00e9sil pour une tourn\u00e9e de conf\u00e9rence), l\u2019\u00e9crivain exprime sa solidarit\u00e9 par une longue lettre, se r\u00e9f\u00e9rant au Manifeste des 121 qu\u2019il a naturellement sign\u00e9.<\/p>\n<p>26 avocats (dont Roland Dumas) d\u00e9fendent les inculp\u00e9s, faisant durer le proc\u00e8s et ridiculisant le tribunal, strat\u00e9gie payante face \u00e0 l\u2019opinion publique. Jeanson sera reconnu coupable de haute trahison, et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de r\u00e9clusion \u2013 amnisti\u00e9 en 1966. La majorit\u00e9 des autres membres du r\u00e9seau sont condamn\u00e9s plus ou moins s\u00e9v\u00e8rement, et neuf acquitt\u00e9s. <em>Le\u00a0Monde<\/em>, en septembre\u00a02000, rend justice \u00e0 \u00ab\u00a0ces tra\u00eetres qui sauv\u00e8rent l\u2019honneur de la France\u00a0\u00bb (Dominique Vidal).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vraie justice serait d\u2019exiger que paient ceux qui cassent les hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3124\" class=\"cit-num\">3124<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">P\u00e8re <span class=\"caps\">CARDONNEL<\/span> (1921-2009), D\u00e9claration au proc\u00e8s de Le Dantec et Le Bris, fin mai\u00a01970. <em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Ann\u00e9es de poudre<\/em> (1988), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce dominicain t\u00e9moigne en faveur des deux jeunes gens arr\u00eat\u00e9s en tant que directeurs successifs de <em>La Cause du peuple<\/em>, journal dont un des derniers num\u00e9ros \u00e9crit, \u00e0 la rubrique sociale\u00a0: \u00ab\u00a0Les patrons, \u00e7a se s\u00e9questre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s s\u2019est ouvert le 27\u00a0mai 1970. Motifs d\u2019inculpation\u00a0: appel au meurtre, au vol, \u00e0 l\u2019incendie. Le Dantec est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison, Le Bris \u00e0 huit mois, et le Conseil des ministres dissout la Gauche prol\u00e9tarienne (<span class=\"caps\">GP<\/span>). Sartre riposte dans<em> Le\u00a0Monde<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Mai\u00a068 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une flamb\u00e9e sans lendemain\u00a0; ce fut une insurrection trahie, mais non vaincue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis responsable, mais pas coupable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3296\" class=\"cit-num\">3296<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georgina <span class=\"caps\">DUFOIX<\/span> (n\u00e9e en 1943), r\u00e9sumant sa position de ministre des Affaires sociales dans l\u2019affaire du sang contamin\u00e9, <span class=\"caps\">TF1<\/span>, 4\u00a0novembre 1991<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus de 6\u00a0000 h\u00e9mophiles ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par le virus du sida, entre\u00a01982 et\u00a01985. Le scandale \u00e9clate en avril\u00a01991\u00a0: un article dans <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement du jeudi<\/em> incrimine le <span class=\"caps\">CNTS<\/span> (Centre national de transfusion sanguine) qui savait le danger, d\u00e8s 1984. Le dernier proc\u00e8s des trois anciens ministres impliqu\u00e9s date de 1999. Affaire complexe et tragique. L\u2019opinion publique, sensible aux probl\u00e8mes de sant\u00e9, est choqu\u00e9e par ce long feuilleton.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0petite phrase\u00a0\u00bb r\u00e9sumant le syst\u00e8me de d\u00e9fense de la ministre a suscit\u00e9 beaucoup de r\u00e9actions\u00a0: incompr\u00e9hension, indignation, injures et diffamation. Pourtant, en droit, il peut y avoir responsabilit\u00e9 sans culpabilit\u00e9, droit civil et droit p\u00e9nal ne devant pas \u00eatre confondus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde a menti dans ce proc\u00e8s, mais moi j\u2019ai menti de bonne foi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3314\" class=\"cit-num\">3314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">TAPIE<\/span> (n\u00e9 en 1943), lors du proc\u00e8s <span class=\"caps\">OM<\/span>-Valenciennes, mars\u00a01995.<em> Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0394 \u00e0\u00a0397 (1995)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diversion dans la campagne pr\u00e9sidentielle, \u00e9pilogue du feuilleton m\u00e9diatico-juridico-sportif qui passionne le public, avec deux stars \u00e0 l\u2019affiche\u00a0: le foot et \u00ab\u00a0Nanard\u00a0\u00bb, emp\u00eatr\u00e9 dans une sale affaire, au Tribunal de Valenciennes.<\/p>\n<p>Le mot, qui vaut aveu, d\u00e9finit ce personnage atypique, cynique, talentueux dans son genre, popu et bling-bling \u00e0 la fois, ogre hyperactif, qui touche \u00e0 tous les m\u00e9tiers, est pr\u00e9sent dans tous les milieux\u00a0: chanson, t\u00e9l\u00e9vision, sport, \u00e9conomie et politique. De 1988 \u00e0 1992, prot\u00e9g\u00e9 de Mitterrand, le voil\u00e0 d\u00e9put\u00e9 des Bouches-du-Rh\u00f4ne, d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, ministre de la Ville, conseiller r\u00e9gional. Parall\u00e8lement, il a dirig\u00e9 avec brio l\u2019Olympique de Marseille jusqu\u2019en 1993, date o\u00f9 commencent les ennuis judiciaires.<\/p>\n<p>Accus\u00e9 d\u2019abus de biens sociaux et de fraude fiscale, le pr\u00e9sent proc\u00e8s l\u2019implique dans une tentative de corruption, lors du match <span class=\"caps\">OM<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VA<\/span> (Olympique de Marseille contre Valenciennes). Voulant prot\u00e9ger ses joueurs qui vont affronter le Milan <span class=\"caps\">AC<\/span> dans la Coupe des clubs champions, le patron de l\u2019<span class=\"caps\">OM<\/span> a pay\u00e9 des joueurs de Valenciennes pour qu\u2019ils \u00ab\u00a0l\u00e8vent le pied\u00a0\u00bb. L\u2019<span class=\"caps\">OM<\/span> a gagn\u00e9 sur les deux tableaux en 1993 (Coupe d\u2019Europe et Coupe de France), mais des joueurs ont parl\u00e9. Tapie a d\u00e9menti, avant de c\u00e9der\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai menti, mais\u2026\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, dont un an ferme, pour corruption active et subornation de t\u00e9moin, il fait appel. Condamnation d\u00e9finitive en 1996. Et r\u00e9surrection m\u00e9diatique et financi\u00e8re, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.<\/p>\n<p>Le mot de Tapie en rappelle un autre, attribu\u00e9 au coureur cycliste Richard Virenque, convaincu de dopage \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">EPO<\/span> sur le Tour 1998\u00a0et qui doit en convenir, mais c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019insu de mon plein gr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Que les pollueurs soient les payeurs.<span id=\"3355\" class=\"cit-num\">3355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan \u00e9cologiste devenu principe juridique, lors des mar\u00e9es noires<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>12\u00a0d\u00e9cembre 1999, en pleine temp\u00eate sur le Finist\u00e8re, l\u2019Erika, p\u00e9trolier battant pavillon maltais, coule. 31\u00a0000 tonnes de fuel d\u00e9rivent et vont polluer 400 kilom\u00e8tres de c\u00f4tes, tuant plus de 150\u00a0000 oiseaux\u2026 Dominique Voynet, ministre de l\u2019Environnement et militante \u00e9cologiste, minimise la trag\u00e9die\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la catastrophe \u00e9cologique du si\u00e8cle [\u2026] Au Venezuela, il y a au moins 25\u00a0000 morts.\u00a0\u00bb Certes, \u00e0 l\u2019autre bout du monde, les inondations furent meurtri\u00e8res, mais les mar\u00e9es noires n\u2019en sont pas moins des scandales \u00e9cologiques et l\u2019homme en est responsable.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sept ans d\u2019enqu\u00eate, le proc\u00e8s de l\u2019<em>Erika<\/em> commence, le 12\u00a0f\u00e9vrier 2007\u00a0: quatre mois d\u2019audience, quinze inculp\u00e9s, quarante-neuf t\u00e9moins et experts, une cinquantaine d\u2019avocats\u00a0! Le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement le 16\u00a0janvier 2008\u00a0: 300 pages retracent l\u2019historique et les fautes commises, le groupe Total \u00e9tant reconnu coupable de pollution maritime et condamn\u00e9 \u00e0 verser 192\u00a0millions d\u2019euros. L\u2019armateur, le gestionnaire et l\u2019organisme de certification du navire sont d\u00e9clar\u00e9s coupables de faute caract\u00e9ris\u00e9e. Le principe du pollueur payeur est clairement valid\u00e9 et, pour la premi\u00e8re fois, le droit reconna\u00eet le pr\u00e9judice \u00e9cologique en tant que tel. Le 25 septembre 2012, la Cour de cassation confirme toutes les condamnations d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9es depuis treize ans, et ajoute \u00e0 la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale une responsabilit\u00e9 civile pour le groupe Total. Pour Corinne Lepage, avocate de dix communes du littoral, \u00ab\u00a0c\u2019est un tr\u00e8s grand jour pour tous les d\u00e9fenseurs de l\u2019environnement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on paye 15\u00a0euros des expertises au tarif d\u2019une femme de m\u00e9nage, on a des expertises de femme de m\u00e9nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3381\" class=\"cit-num\">3381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">VIAUX<\/span> (n\u00e9 en 1949), proc\u00e8s d\u2019Outreau, mai-juillet\u00a02004. <em>Outreau et apr\u00e8s\u00a0?\u00a0: La justice bouscul\u00e9e par la Commission d\u2019enqu\u00eate<\/em> (2006), Florence Samson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019expert, au sortir d\u2019une audience o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 mis en cause pour ses expertises. Cette phrase, d\u00e9tach\u00e9e de son contexte, exploit\u00e9e par la presse, poursuivra Jean-Luc Viaux qui d\u00e9fendra ensuite son travail. La cour d\u2019appel de Rouen jugera que ni cette phrase, ni son travail lors de ce proc\u00e8s, n\u2019\u00e9taient critiquables.<\/p>\n<p>Dans cette longue m\u00e9saventure judiciaire, faut-il invoquer la grande mis\u00e8re de la justice en France, maintes fois d\u00e9nonc\u00e9e par les magistrats, ou reconna\u00eetre l\u2019erreur toujours possible, dans les rapports des experts en psychiatrie, toxicologie, graphologie, balistique\u00a0? La p\u00e9dophilie reste un sujet extr\u00eamement sensible et l\u2019affaire d\u2019Outreau (commune du Pas-de-Calais, lieu des faits pr\u00e9sum\u00e9s) d\u00e9fraya la chronique durant six ans.<\/p>\n<p>Tout commence en f\u00e9vrier\u00a02001, avec l\u2019arrestation et l\u2019incarc\u00e9ration de 17 personnes accus\u00e9es d\u2019abus sexuel sur mineurs, dont certains parents. L\u2019instruction, confi\u00e9e au juge Fabrice Burgaud, dure deux ans. Deux proc\u00e8s en cour d\u2019assises, premi\u00e8re instance en 2004 \u00e0 Saint-Omer, puis appel en 2005 \u00e0 Paris, aboutissent \u00e0 l\u2019acquittement de 13 pr\u00e9venus\u00a0: ce sont les \u00ab\u00a0acquitt\u00e9s d\u2019Outreau\u00a0\u00bb. En janvier\u00a02006, une commission d\u2019enqu\u00eate les auditionne\u00a0: vies bris\u00e9es, familles \u00e9clat\u00e9es, dysfonctionnements \u00e0 tous les niveaux. On parle de \u00ab\u00a0Tchernobyl judiciaire\u00a0\u00bb\u00a0! La plus grave bavure judiciaire depuis un demi-si\u00e8cle d\u00e9bouche sur une r\u00e9forme de la justice, d\u2019ailleurs jug\u00e9e insuffisante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a mont\u00e9 cette affaire et il finira sur un croc de boucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3398\" class=\"cit-num\">3398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, citation authentifi\u00e9e apr\u00e8s coup par \u00ab\u00a0le salopard\u00a0\u00bb vis\u00e9, Dominique de Villepin.<em> La Trag\u00e9die du Pr\u00e9sident<\/em> (2006), Franz-Olivier Giesbert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la s\u00e9rie \u00ab\u00a0duels fratricides\u00a0\u00bb, voici la s\u00e9quence Villepin-Sarkozy et l\u2019affaire <em>Clearstream<\/em>, obscure histoire de corbeaux et de manipulations, feuilleton financier, politique et judiciaire tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, qui commence en 2004 et trouve son \u00e9pilogue juridique en 2010.<\/p>\n<p>Un petit groupe de politiciens et d\u2019industriels tente de manipuler la justice pour \u00e9vincer des concurrents, en les impliquant dans le scandale des fr\u00e9gates de Ta\u00efwan. Ils auraient touch\u00e9 des commissions sur la vente de ces navires de guerre et l\u2019argent se trouverait sur des comptes occultes. Parmi les dizaines de noms cit\u00e9s, Sarkozy, alors ministre de l\u2019\u00c9conomie, mais aussi Chev\u00e8nement, Strauss-Kahn, Madelin.<\/p>\n<p>La presse d\u00e9voile l\u2019existence d\u2019un rapport de la <span class=\"caps\">DST<\/span> sur l\u2019affaire et ces listings falsifi\u00e9s. Une fausse rumeur peut toujours nuire et Sarkozy accuse Villepin de dissimuler \u00e0 la justice les conclusions de l\u2019enqu\u00eate qui l\u2019innocenterait. Il se constitue partie civile. Villepin est mis en examen le 27\u00a0juillet 2007, pour \u00ab\u00a0complicit\u00e9 de d\u00e9nonciation calomnieuse, recel de vol et d\u2019abus de confiance, complicit\u00e9 d\u2019usage de faux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>23\u00a0septembre 2009, le pr\u00e9sident Sarkozy qualifie de \u00ab\u00a0coupables\u00a0\u00bb les pr\u00e9venus au proc\u00e8s <em>Clearstream<\/em>. Un mois plus tard, le procureur requiert dix-huit mois de prison avec sursis contre l\u2019ex-Premier ministre, rendu \u00ab\u00a0complice\u00a0\u00bb de d\u00e9nonciation calomnieuse\u00a0: \u00ab\u00a0Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre \u00e0 un croc de boucher, je vois que la promesse a \u00e9t\u00e9 tenue.\u00a0\u00bb Mais le 28\u00a0janvier 2010, le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement\u00a0: Dominique de Villepin est relax\u00e9. Jean-Louis Gergorin, consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a0cerveau\u00a0\u00bb de l\u2019affaire, est condamn\u00e9 \u00e0 quinze mois de prison ferme et Imad Lahoud, auteur des lettres anonymes, \u00e0 dix-huit mois.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous ne l&#8217;avez pas encore lu, d\u00e9couvrez notre \u00e9dito sur les proc\u00e8s historiques sous l&#8217;Ancien R\u00e9gime. L\u2019Histoire de France est riche en proc\u00e8s plus ou moins historiques et en affaires propres \u00e0 d\u00e9cha\u00eener les passions. L\u2019Histoire en citations s\u2019en fait l\u2019\u00e9cho, chaque cas \u00e9tant le reflet plus ou moins dramatique d\u2019une \u00e9poque. Nous rappellerons [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":58,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8709","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8709","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8709"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8709\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12734,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8709\/revisions\/12734"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8709"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8709"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8709"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}