{"id":8818,"date":"2020-11-30T00:00:00","date_gmt":"2020-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-gouvernement-imaginaire\/"},"modified":"2026-06-16T09:38:41","modified_gmt":"2026-06-16T07:38:41","slug":"le-gouvernement-imaginaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-gouvernement-imaginaire\/","title":{"rendered":"Le gouvernement imaginaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9 [\u2026] On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1190\" class=\"cit-num\">1190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sign\u00e9 du dauphin Louis en 1770. Le futur Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> sera bient\u00f4t victime de la R\u00e9volution<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Critiquer le gouvernement est une habitude bien fran\u00e7aise\u00a0! Poussons plus loin le jeu, c\u00e9dons sans complexe \u00e0 l\u2019anachronisme et l\u2019uchronie, pour former un gouvernement r\u00eav\u00e9 avec des Noms pris \u00e0 diverses \u00e9poques \u2013 sans remonter jusqu\u2019\u00e0 la Gaule et au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Libre \u00e0 vous de jouer en proposant d\u2019autres candidats ministres cr\u00e9dibles et susceptibles d\u2019\u0153uvrer pour le bien de la France. Seule mise en garde\u00a0: \u00e9viter les trop fortes personnalit\u00e9s peu enclines \u00e0 faire \u00e9quipe, type Napol\u00e9on et de Gaulle.<\/p>\n<p>Reste le choix du Premier ministre. Femme de tous les courages, ic\u00f4ne inclassable, Simone Veil repose en paix au Panth\u00e9on avec Antoine, son \u00e9poux. Elle a donc d\u00e9clin\u00e9 l\u2019offre. Elle nous a pourtant refait signe, approuvant la plupart des membres de \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb gouvernement, quoique incapable de faire \u00e9quipe avec Clemenceau et Fouch\u00e9\u00a0: la misogynie et le m\u00e9chant humour du \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb la choquent, l\u2019autre est un monstre qui pratiqua la torture sous la R\u00e9volution et le parjure sous tous les r\u00e9gimes. Mais prise au jeu, elle nous a souffl\u00e9 le nom d\u2019un confr\u00e8re connu pour ses <em>Essais<\/em>, maire de Bordeaux, magistrat respect\u00e9 au temps des guerres de Religion pour son humanit\u00e9, sa tol\u00e9rance. Montaigne sera donc le chef du gouvernement imaginaire\u00a0: trente noms, dont quatre femmes.<\/p>\n<p>En quelques mots, nous vous pr\u00e9sentons tous ces personnages acteurs et auteurs de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>. Chacun n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 une prise de parole \u2013 un cas fait exception \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-35.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montaigne-1.jpg\" style=\"vertical-align: middle\" width=\"400\" height=\"432\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Premier ministre. Montaigne<\/h4>\n<p>En son temps, il d\u00e9clina l\u2019offre d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> qui lui proposait d\u2019importantes responsabilit\u00e9s nationales. Enfin gu\u00e9ri de sa maladie de la pierre et ayant achev\u00e9 l\u2019\u0153uvre de sa vie, il accepte aujourd\u2019hui ce poste strat\u00e9gique. Sa tol\u00e9rance \u00e0 toute \u00e9preuve et sa sagesse universelle peuvent faire miracle. Son intelligence humaine et politique lui permettra de s\u2019adapter \u00e0 notre \u00e9poque \u00ab\u00a0en crises\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons la suj\u00e9tion et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous Rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation, non plus que l\u2019affection, nous ne la devons qu\u2019\u00e0 leur vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"585\" class=\"cit-num\">585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Magistrat, puis maire de Bordeaux, tr\u00e8s loin des po\u00e8tes courtisans ou des \u00e9crivains engag\u00e9s de son temps, il parle en humaniste et philosophe, sage et souvent sceptique, libre de pens\u00e9e et de parole. Il reconna\u00eet que \u00ab\u00a0Le plus \u00e2pre et difficile m\u00e9tier du monde, \u00e0 mon gr\u00e9, c\u2019est faire dignement le Roi.\u00a0\u00bb Mais il ajoute que \u00ab\u00a0Sur le plus haut tr\u00f4ne du monde, on n\u2019est jamais assis que sur son cul.\u00a0\u00bb Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire prisera fort ce coll\u00e8gue.<\/p>\n<p>En cette fin de si\u00e8cle o\u00f9 les guerres de Religion d\u00e9chirent la France, la litt\u00e9rature est essentiellement engag\u00e9e et partisane. Montaigne fait exception \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: \u00e9tranger \u00e0 tout fanatisme, il pr\u00eache la tol\u00e9rance, fait preuve \u2013\u00a0dans la vie comme dans son \u0153uvre \u00e0 son image\u00a0\u2013 de sagesse, d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019esprit, de sens critique, y compris envers le roi. Un esprit au-dessus de tous les partis, perle rare en tout temps et toute circonstance.<\/p>\n<p>Signe particulier, peu connu, mais r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: Montaigne est l\u2019un de nos premiers intellectuels amateur de chats. L\u2019heureuse \u00e9lue s\u2019appelle Madame Vanity. Elle a droit \u00e0 plus d\u2019\u00e9gards que la femme l\u00e9gitime\u00a0qui s\u2019ennuie au Ch\u00e2teau de Montaigne et n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 la biblioth\u00e8que, dans cette fameuse Tour de la librairie o\u00f9 le ma\u00eetre se retire pour travailler. La chatte se vautre sans g\u00eane sur ses parchemins et si elle s\u2019endort, pas question de la r\u00e9veiller\u00a0! La main qui tient la plume contourne le corps \u2013 cela explique les grands espaces vides rest\u00e9s longtemps myst\u00e9rieux, sur les manuscrits des Essais. Lui-m\u00eame \u00e9voque la belle en fin observateur\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je me joue \u00e0 ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d\u2019elle\u00a0? Nous nous entretenons de singeries r\u00e9ciproques. Si j\u2019ay mon heure de commencer ou de refuser, aussi a elle la sienne.\u00a0\u00bb <em>Les Essais<\/em> (1580). Les amateurs de chats comprendront.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_1.jpg\" style=\"vertical-align: middle\" width=\"400\" height=\"494\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Affaires \u00e9trang\u00e8res. Talleyrand<\/h4>\n<p>Personnage contest\u00e9, le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb s\u2019impose malgr\u00e9 tout comme diplomate hors pair, pr\u00e9curseur en g\u00e9opolitique et partisan de l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en, survivant \u00e0 sept r\u00e9gimes et seul capable de s\u2019opposer \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 lui-m\u00eame incapable de se priver de ses services\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l\u2019est pour toujours [\u2026] la France n\u2019est plus isol\u00e9e en Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1922\" class=\"cit-num\">1922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 4\u00a0janvier 1815. <em>Correspondance in\u00e9dite du prince de Talleyrand et du roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pendant le Congr\u00e8s de Vienne<\/em>, publi\u00e9e sur les manuscrits conserv\u00e9s au D\u00e9p\u00f4t des Affaires \u00c9trang\u00e8res (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Message venu du congr\u00e8s de Vienne o\u00f9 Talleyrand, intrigant pour le bien de la France, a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. Diplomate repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, l\u2019esprit plus alerte que jamais \u00e0 60 ans, Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un paragraphe. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb (mot souvent cit\u00e9 en fran\u00e7ais dans les dictionnaires \u00e9trangers).<\/p>\n<p>C\u2019est un exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie\u00a0! L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts. D\u2019o\u00f9 sa fureur, le 12 mars au Congr\u00e8s de Vienne\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb Son rendez-vous finalement rat\u00e9 avec l\u2019empereur est l\u2019un des drames de notre histoire, la m\u00e9galomanie de Napol\u00e9on \u00e9tant la cause principale.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rocard.jpg\" width=\"400\" height=\"305\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Affaires europ\u00e9ennes. Michel Rocard<\/h4>\n<p>Une chance pour cet Europ\u00e9en convaincu, socialiste r\u00e9aliste et rival malheureux de Mitterrand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui s\u2019est fait sous le nom d\u2019Union europ\u00e9enne ne ressemble \u00e0 rien de connu jusqu\u2019ici. Sans coh\u00e9sion politique ni identit\u00e9 commune, c\u2019est essentiellement un espace de paix r\u00e9gi par le droit. Il faut rappeler inlassablement que la paix n\u2019est ni fatale ni m\u00eame naturelle en Europe. Ce \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb \u00e0 25 nations qui rend toute guerre impossible entre elles est historiquement d\u00e9j\u00e0 miraculeux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2968\" class=\"cit-num\">2968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), point de vue sur l\u2019Europe, paru dans<em> Le\u00a0Monde<\/em> du 28\u00a0novembre 2003<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le socialiste de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me gauche\u00a0\u00bb est aussi un militant qui dit notre \u00ab\u00a0besoin d\u2019Europe\u00a0\u00bb, avec des arguments comparables \u00e0 ceux du centriste Fran\u00e7ois Bayrou. Bien au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique qu\u2019on peut \u00e9ternellement discuter, dans la situation de crise qui frappe presque tous les pays europ\u00e9ens depuis 2008, l\u2019argument de la paix demeure indiscutable et doit \u00eatre sans cesse mis en avant, pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations qui n\u2019ont pas connu la guerre.<\/p>\n<p>Le prix Nobel de la paix attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne le 12 octobre 2012 viendra consacrer cette \u00e9vidence. (Le \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 l\u2019expression du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle pour qualifier l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span>, et non l\u2019Europe.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sully.jpg\" width=\"400\" height=\"419\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Agriculture. Sully<\/h4>\n<p>Protestant mod\u00e9r\u00e9, peu aim\u00e9 du peuple, compagnon de route d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> qui doit une part de sa popularit\u00e9 \u00e0 ce grand ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Labourage et p\u00e2turage sont les deux mamelles dont la France est aliment\u00e9e et les vrais mines et tr\u00e9sors du P\u00e9rou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"649\" class=\"cit-num\">649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), <em>\u00c9conomie royale<\/em> (1594-1597)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au tournant du si\u00e8cle, la paix civile enfin revenue, Sully (au poste de Surintendant des Finances) peut entreprendre de r\u00e9organiser l\u2019agriculture fran\u00e7aise, \u00e9tablir un programme de routes, ponts et canaux. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> l\u2019a nomm\u00e9 surintendant des Finances\u00a0: il r\u00e9compense sa fid\u00e9lit\u00e9 de toujours, sa sagesse politique, et reconna\u00eet ses talents de gestionnaire et d\u2019administrateur gr\u00e2ce auxquels il fait tr\u00e8s honn\u00eatement fortune \u2013 l\u2019homme est pourtant peu sympathique et le ministre impopulaire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du roi.<\/p>\n<p>Deux autres protestants sont d\u2019une grande aide dans le domaine \u00e9conomique. Premier agronome fran\u00e7ais, Olivier de Serres r\u00e9pand la culture du m\u00fbrier et l\u2019\u00e9levage du ver \u00e0 soie. Barth\u00e9lemy de Laffemas, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral du commerce, favorise l\u2019\u00e9tablissement de nombreuses manufactures. Ainsi, la France fabrique de pr\u00e9cieuses soieries, au lieu de les importer. Pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, notre pays a une politique \u00e9conomique coh\u00e9rente et globale. Richelieu, puis Colbert, suivront cet exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_fayette.jpg\" width=\"400\" height=\"549\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Arm\u00e9es. La Fayette<\/h4>\n<p>R\u00e9publicain \u00e0 l\u2019enthousiasme communicatif, \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb \u00e0 moins de 20 ans, cr\u00e9ateur de la cocarde tricolore en 1789, il r\u00e9ussit son dernier coup m\u00e9diatique au d\u00e9but de la Monarchie de Juillet. On l\u2019imagine capable de rajeunir une vieille institution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, La Fayette prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et reconna\u00eet ainsi la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Ce geste m\u00e9diatique et hautement symbolique trouvera son \u00e9quivalent quarante ans plus tard\u00a0! R\u00e9volution de Juillet\u00a01830\u00a0: au terme des Trois glorieuses (journ\u00e9es), Louis-Philippe se rend \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 l\u2019attend La Fayette, redevenu populaire comme aux grandes heures. Le marquis lui donne l\u2019accolade et fait de lui le futur roi des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Rappelons que La Fayette est entr\u00e9 dans l\u2019Histoire par un authentique exploit. Issu d\u2019une riche lign\u00e9e dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, militaire de c\u0153ur, il signe sa profession de foi\u00a0adolescente\u00a0: \u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb Contre l\u2019avis de sa famille et du roi, \u00e0 19\u00a0ans il s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777, pour se joindre aux troupes de Virginie luttant contre l\u2019Angleterre coloniale. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral, le jeune marquis paie de sa personne au combat. Il s\u2019enthousiasme pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et le civisme des citoyens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bras de la noblesse de France que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine a fait son entr\u00e9e dans le monde\u00a0\u00bb, dira Claudel. De retour en France en 1779, triomphalement accueilli, il pousse le gouvernement \u00e0 s\u2019engager dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance et gagne son titre de \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb. Les \u00c9tats-Unis se rappelleront cette dette historique \u00e0 la France, s\u2019engageant en avril\u00a01917 dans la Guerre mondiale\u00a0: \u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/colbert.jpg\" width=\"400\" height=\"510\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Commerce ext\u00e9rieur. Colbert<\/h4>\n<p>Ministre \u00e0 tout faire de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> (hormis la guerre confi\u00e9e \u00e0 Louvois), dou\u00e9 d\u2019une \u00e9tonnante force de travail et vou\u00e9 au bien de l\u2019\u00c9tat, il est capable de s\u2019adapter \u00e0 toute situation politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien de plus n\u00e9cessaire dans un \u00c9tat que le commerce [\u2026] Le commerce est une guerre d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"835\" class=\"cit-num\">835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>M\u00e9moire sur le commerce<\/em> (1664)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable homme-orchestre du gouvernement, il dresse un vaste programme qui r\u00e9sume la politique industrielle, commerciale, fiscale, maritime de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir ou cr\u00e9er toutes les industries, m\u00eame de luxe\u00a0; \u00e9tablir le syst\u00e8me protecteur dans les douanes\u00a0; organiser les producteurs et les commer\u00e7ants en corporations\u00a0; all\u00e9ger les entraves fiscales nuisibles \u00e0 la population\u00a0; restituer \u00e0 la France le transport maritime de ses produits\u00a0; d\u00e9velopper les colonies et les attacher commercialement \u00e0 la France [\u2026]\u00a0; d\u00e9velopper la marine militaire pour prot\u00e9ger la marine marchande.\u00a0\u00bb Dans une France rest\u00e9e agricole \u00e0 90\u00a0%, Colbert fait porter ses efforts sur l\u2019industrie et le commerce. Sa plus grande r\u00e9ussite est le rel\u00e8vement et le d\u00e9veloppement de la marine fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Ce mercantilisme, doctrine exaltant la mentalit\u00e9 et l\u2019activit\u00e9 marchandes, poursuit un but plus politique qu\u2019\u00e9conomique\u00a0: avant le bien-\u00eatre des Fran\u00e7ais, Colbert veut la puissance de l\u2019\u00c9tat. Et l\u2019\u00c9tat interventionniste y met les moyens.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sevigne.jpg\" width=\"400\" height=\"570\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Communication et potins num\u00e9riques. Mme de S\u00e9vign\u00e9<\/h4>\n<p>Un talent personnel et un brin de g\u00e9nie qui peuvent faire merveille \u00e0 ce poste\u00a0! La marquise est par ailleurs sympathique, cultiv\u00e9e, curieuse de tout et de tous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais vous mander la chose la plus \u00e9tonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus \u00e9tourdissante, la plus inou\u00efe, la plus singuli\u00e8re, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus impr\u00e9vue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus \u00e9clatante, la plus secr\u00e8te jusqu\u2019aujourd\u2019hui, la plus brillante, la plus digne d\u2019envie\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"875\" class=\"cit-num\">875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 15\u00a0d\u00e9cembre 1670<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb d\u00e9cha\u00eene le talent de l\u2019infatigable chroniqueuse du Grand\u00a0Si\u00e8cle dans la plus c\u00e9l\u00e8bre de ses lettres\u00a0? Tout simplement le mariage annonc\u00e9 pour dimanche prochain de M. de Lauzun avec\u2026 \u00ab\u00a0Devinez qui\u00a0? [\u2026] Mademoiselle, la Grande Mademoiselle\u00a0; Mademoiselle fille de feu Monsieur\u00a0; Mademoiselle, petite-fille de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0; Mlle\u00a0d\u2019Eu, Mlle\u00a0de Dombes, Mlle\u00a0de Montpensier, Mlle\u00a0d\u2019Orl\u00e9ans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi\u00a0; Mademoiselle, destin\u00e9e au tr\u00f4ne\u00a0; Mademoiselle, le seul parti de France qui f\u00fbt digne de Monsieur.\u00a0\u00bb En fait, Mademoiselle n\u2019\u00e9pousera pas Lauzun, ou du moins pas \u00ab\u00a0dimanche prochain\u00a0\u00bb comme annonc\u00e9. Le roi s\u2019y oppose.<\/p>\n<p>Quelque 1\u00a0500 lettres nous restent de la g\u00e9niale comm\u00e8re du si\u00e8cle. Savoureuse chronique du temps\u00a0: la guerre y figure au m\u00eame titre que le proc\u00e8s de son ami Fouquet, les potins de la cour ou les grandes cr\u00e9ations th\u00e9\u00e2trales. Son humour fait toujours sourire. Ici, un \u00e9pisode de la guerre de Hollande\u00a0: \u00ab\u00a0La nouvelle du si\u00e8ge de Charleroi a fait courir tous les jeunes gens, m\u00eame les boiteux.\u00a0\u00bb Lettre, mardi au soir, 10\u00a0ao\u00fbt 1677 (posthume).<\/p>\n<p>Un fait divers qui va devenir affaire d\u2019\u00c9tat, l\u2019affaire des Poisons, inspire naturellement l\u2019infatigable \u00e9pistoli\u00e8re qui nous met dans la confidence avec gourmandise\u00a0: \u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume).<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_fontaine.jpg\" width=\"400\" height=\"510\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Condition animale. La Fontaine<\/h4>\n<p>\u00ab\u00a0Bonhomme\u00a0\u00bb irr\u00e9sistiblement sympathique, Ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats, proche de la nature dans un si\u00e8cle qui cherche surtout \u00e0 la \u00ab\u00a0domestiquer\u00a0\u00bb (comme \u00e0 Versailles), il se sert \u00ab\u00a0d\u2019animaux pour instruire les hommes\u00a0\u00bb, faisant une satire de son \u00e9poque \u00e0 l\u2019\u00e9gal de ses confr\u00e8res, Moli\u00e8re et La Bruy\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9finis la cour un pays o\u00f9 les gens,<br>Tristes, gais, pr\u00eats \u00e0 tout, \u00e0 tout indiff\u00e9rents,<br>Sont ce qu\u2019il pla\u00eet au prince, ou, s\u2019ils ne peuvent l\u2019\u00eatre<br>T\u00e2chent au moins de le para\u00eetre\u00a0:<br>Peuple cam\u00e9l\u00e9on, peuple singe du ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"824\" class=\"cit-num\">824<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables<\/em>. Les Obs\u00e8ques de la lionne (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse bien des loisirs pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin. Fouquet est son premier m\u00e9c\u00e8ne. \u00c0 la chute du surintendant (1661), il trouve d\u2019autres riches protecteurs et surtout protectrices, la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Marie-Anne Mancini, Mme de La Sabli\u00e8re qui tient salon, m\u00e9chamment surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la tourterelle\u00a0\u00bb par Mme de S\u00e9vign\u00e9. Cette ch\u00e8re amie (son \u00ab\u00a0Iris\u00a0\u00bb) l\u2019h\u00e9bergea pendant vingt ans. Elle avait la passion des chiens et r\u00e9solut un jour de s\u2019en gu\u00e9rir, les rempla\u00e7ant par des chats noirs\u2026 Elle fut d\u00e9finitivement s\u00e9duite par ces animaux. On dirait une fable, mais c\u2019est vrai. Ont-ils servi de mod\u00e8les au po\u00e8te pour les Grippeminaud et autres Raminagrobis\u00a0?<\/p>\n<p>Soucieux de sa libert\u00e9 et habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort, La Fontaine est courtisan \u00e0 la cour comme tous ses confr\u00e8res souhaitant vivre de leur art. Poste d\u2019observation in\u00e9puisable\u00a0: \u00ab\u00a0Selon que vous serez puissant ou mis\u00e9rable \/ Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.\u00a0\u00bb Les Animaux malades de la peste. Le fabuliste observe toutes les b\u00eates avec empathie. Sans pr\u00e9tention scientifique, il p\u00eache par anthropomorphisme, mais ses observations sonnent juste et sa sensibilit\u00e9 est profond\u00e9ment originale. On ne cesse de lire et relire La Fontaine et de 7 \u00e0 77 ans, on red\u00e9couvre le meilleur de nos po\u00e8tes animaliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/olympe_de_gouges.jpg\" width=\"400\" height=\"491\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Condition f\u00e9minine. Olympe de Gouges<\/h4>\n<p>Victime de son courage sous la R\u00e9volution, f\u00e9ministe d\u2019avant-garde et provocatrice, elle est \u00e9galement sensible \u00e0 d\u2019autres causes et toujours en qu\u00eate d\u2019une reconnaissance posthume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793),<em> D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, septembre\u00a01791. <em>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, plaide pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux. Les femmes seront finalement la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e, dans l\u2019Histoire. Quelques-unes vont s\u2019illustrer, h\u00e9ro\u00efnes et souvent martyres, au fil de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l\u2019impudente Olympe de Gouges qui abandonna tous les soins du m\u00e9nage, voulut politiquer [\u2026] Cet oubli des vertus de son sexe l\u2019a conduite \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb Triste oraison fun\u00e8bre de Pierre-Gaspard Chaumette au club des Jacobins, novembre\u00a01793. Olympe de Gouges est politiquement coupable d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi et courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine). Elle se bat \u00e9galement pour la cause des Noirs et l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793, elle meurt guillotin\u00e9e le 3 novembre\u00a0: \u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb La reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive et Olympe de Gouges attend toujours \u00e0 la porte du Panth\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/malraux_1.jpg\" width=\"400\" height=\"475\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Culture. Malraux<\/h4>\n<p>Le personnage, atypique \u00e0 divers titres, marqua ce minist\u00e8re cr\u00e9\u00e9 \u00e0 son intention par de Gaulle. Parions qu\u2019il lui donnerait aujourd\u2019hui un nouveau souffle et un autre sens\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, les masses ont droit au th\u00e9\u00e2tre, au mus\u00e9e. Il faut faire pour la culture ce que Jules Ferry faisait pour l\u2019instruction.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3031\" class=\"cit-num\">3031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966. <em>Andr\u00e9 Malraux, une vie dans le si\u00e8cle<\/em> (1973), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle a cr\u00e9\u00e9 le minist\u00e8re des Affaires culturelles pour Malraux. Leur dialogue au sommet est l\u2019une des rencontres du si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ministre de 1958 \u00e0 1968, chaque automne, lors de la discussion du budget, Malraux enchante d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs par des interventions commun\u00e9ment qualifi\u00e9es d\u2019\u00e9blouissantes sur les cr\u00e9dits de son d\u00e9partement \u2013 notoirement insuffisants au regard des ambitions proclam\u00e9es pour une v\u00e9ritable culture de masse. Il faut attendre l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir en 1981 pour que ce minist\u00e8re fr\u00f4le le 1\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Malraux d\u00e9finit ici la mission des maisons de la Culture implant\u00e9es dans les villes moyennes, lieux de rencontre, de cr\u00e9ation, de vie, charg\u00e9es de donner \u00e0 chacun les \u00ab\u00a0cl\u00e9s du tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. Ce r\u00eave de d\u00e9mocratie culturelle est \u00e0 la fois vital et irr\u00e9alisable\u00a0: \u00ab\u00a0Les peuples sont en train de demander la culture, alors qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est.\u00a0\u00bb Il note ce \u00ab\u00a0fait extr\u00eamement myst\u00e9rieux [qui] se produit aujourd\u2019hui dans le monde entier\u00a0\u00bb. Mais l\u2019argent manque. Comme le dira Jacques Duhamel passant du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture \u00e0 celui de la Culture\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les m\u00eames chiffres, mais les uns sont libell\u00e9s en nouveaux francs, alors que les autres le sont en anciens francs\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit, cent fois inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rousseau_2.jpg\" width=\"400\" height=\"556\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">Droits de l\u2019enfant. Rousseau<\/h4>\n<p>Le p\u00e8re n\u2019est pas exemplaire et le philosophe affiche une misogynie rare pour l\u2019\u00e9poque, mais il fut le premier intellectuel sensible \u00e0 ce probl\u00e8me soci\u00e9tal majeur, l\u2019\u00e9ducation des enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Premier id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ton trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation, il somme les parents\u00a0: \u00ab\u00a0Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me r\u00e9p\u00e9ter. C\u2019est comme si l\u2019on me disait\u00a0: proposez de faire ce que l\u2019on fait [\u2026] P\u00e8res, m\u00e8res, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire.\u00a0\u00bb Toute la R\u00e9volution va marcher dans l\u2019\u00e9lan de ce \u00ab\u00a0vouloir, c\u2019est pouvoir\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9 aux choses politiques et comparable deux si\u00e8cles plus tard au fier slogan de Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez r\u00e9alistes, demandez l\u2019impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Immense succ\u00e8s de cette \u0153uvre singuli\u00e8re qui a d\u2019heureux effets imm\u00e9diats\u00a0: des m\u00e8res se mettent \u00e0 allaiter leurs enfants, on cesse d\u2019emmailloter les nouveau-n\u00e9s comme des momies et d\u2019imposer les baleines aux corps des petites filles. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb, dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788. Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants-trouv\u00e9s. Il v\u00e9cut trente-trois ans avec cette modeste ling\u00e8re et lui imposa sa d\u00e9cision\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019y d\u00e9terminai gaillardement sans le moindre scrupule et le seul que j\u2019eus \u00e0 vaincre fut celui de Th\u00e9r\u00e8se, qui n\u2019ob\u00e9it qu\u2019en pleurant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019auteur se r\u00e9v\u00e8le encore\u00a0dans<em> l\u2019\u00c9mile<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est faite pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019homme et pour supporter m\u00eame son injustice.\u00a0\u00bb C\u2019est une ombre \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, dans un\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 les femmes, reines en leurs salons litt\u00e9raires, ont aussi une influence dans la politique et l\u2019art. Rousseau pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation des femmes doit \u00eatre relative aux hommes. Leur plaire, leur \u00eatre utiles, se faire aimer et honorer d\u2019eux, les \u00e9lever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agr\u00e9able et douce\u00a0: voil\u00e0 les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu\u2019on doit leur apprendre d\u00e8s l\u2019enfance.\u00a0\u00bb Bref\u00a0! la petite Sophie ne part pas avec les m\u00eames chances dans la vie que le petit \u00c9mile\u2026 et Jean-Jacques eut beaucoup de chance de vivre avec une Th\u00e9r\u00e8se dont il reconnut le d\u00e9vouement quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_4.jpg\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left\">\u00c9cologie. Voltaire<\/h4>\n<p>Premier \u00e9colo plein de bon sens, prompt \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tous les \u00ab\u00a0bonne causes\u00a0\u00bb, philosophe \u00e0 la fois pragmatique et m\u00e9diatique, ce proph\u00e8te des Lumi\u00e8res pourrait se r\u00e9v\u00e9ler bon politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cultivons notre jardin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1021\" class=\"cit-num\">1021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du conte. Non sans rapport avec les soucis du jardinier qui vient d\u2019acheter le ch\u00e2teau de Ferney.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb y recevra tout ce que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res compte d\u2019\u00e9crivains, de princes, d\u2019admirateurs. Son sens des affaires lui permit de \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb la r\u00e9gion. Le sexag\u00e9naire fait ass\u00e9cher les marais, b\u00e2tir des maisons, construire un th\u00e9\u00e2tre et une \u00e9glise, planter des arbres, cr\u00e9er des prairies artificielles, utiliser des semoirs perfectionn\u00e9s, d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage. Il installe une tannerie, une fabrique de bas de soie que Mme\u00a0de Choiseul pr\u00e9sente \u00e0 la cour et des montres que nos ambassadeurs recommandent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il d\u00e9livre le pays de la gabelle et le patriarche de Ferney se retrouve acclam\u00e9 en bienfaiteur\u00a0: \u00ab\u00a0Un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente habit\u00e9e par douze cents personnes utiles\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>Mais la formule de Candide est surtout symbolique et souvent mal comprise. C\u2019est tout sauf de l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0: \u00ab\u00a0notre jardin\u00a0\u00bb, c\u2019est le monde\u00a0! Et si la Providence se d\u00e9sint\u00e9resse des hommes, il leur appartient d\u2019agir et de rendre meilleur leur \u00ab\u00a0jardin\u00a0\u00bb, de faire prosp\u00e9rer leur terre, d\u2019y travailler pour le progr\u00e8s. C\u2019est un credo \u00e9cologique, avant l\u2019heure.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/turgot.jpg\" width=\"400\" height=\"476\"><\/p>\n<h4>\u00c9conomie. Turgot<\/h4>\n<p>Ministre authentiquement r\u00e9formateur \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, homme politique \u00e0 vocation et comp\u00e9tence \u00e9conomique, physiocrate lib\u00e9ral, sa \u00ab\u00a0rage\u00a0\u00bb du bien public sera mieux employ\u00e9e en 2020 qu\u2019elle ne fut en son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de banqueroute, point d\u2019augmentation d\u2019imp\u00f4ts, point d\u2019emprunt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1212\" class=\"cit-num\">1212<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), Lettre au roi, r\u00e9sumant ses projets de nouveau contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, fin ao\u00fbt\u00a01774. <em>\u0152uvres de Mr. Turgot, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et accompagn\u00e9es de M\u00e9moires et de notes sur sa vie, son administration et ses ouvrages<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses id\u00e9es sont bonnes et il a l\u2019art du raccourci. Intendant du Limousin o\u00f9 il fit passer d\u2019excellentes r\u00e9formes, il est appel\u00e9 au gouvernement le 20\u00a0juillet 1774. \u00c2g\u00e9 de 47\u00a0ans, appr\u00e9ci\u00e9 et connu d\u2019un cercle restreint (les philosophes), c\u2019est un \u00ab\u00a0enrag\u00e9\u00a0\u00bb, ce que lui reproche affectueusement Malesherbes, grand juriste et magistrat. Turgot est capable de r\u00e9diger avec passion six \u00e9dits \u00e0 la fois, pour les d\u00e9poser le m\u00eame jour sur la table du roi\u2026 qui n\u2019en demande pas tant\u00a0!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si le bien ne se fait pas, c\u2019est que le bien est impossible\u00a0\u00bb, dit d\u2019Alembert apprenant sa promotion. Mais il doute d\u00e9j\u00e0. Voltaire regrette d\u2019\u00eatre aux portes de la mort, alors qu\u2019il aper\u00e7oit \u00ab\u00a0en place la vertu et la raison\u00a0\u00bb. Les deux philosophes savent la valeur de ce r\u00e9formateur courageux et honn\u00eate. Turgot, lui-m\u00eame philosophe et savant \u00e9clair\u00e9, croit-il possible une r\u00e9forme touchant aux fondements de la soci\u00e9t\u00e9 et de la monarchie, alors que tant d\u2019int\u00e9r\u00eats puissants s\u2019y opposent\u00a0!? Il lutte pendant deux ans, le roi s\u2019effraie parfois\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 le grand grief de M. Turgot. Il faut, aux amateurs des nouveaut\u00e9s, une France plus qu\u2019anglaise\u00a0!\u00a0\u00bb Le mod\u00e8le anglais est exemplaire aux yeux des philosophes et de leurs amis. Mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019adh\u00e8re pas \u00e0 ces id\u00e9es nouvelles, trop \u00e9loign\u00e9es de la monarchie de droit divin \u00e0 laquelle il tient. Il h\u00e9site encore et toujours. C\u2019est dans son caract\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Janvier\u00a01776, Turgot demande au Conseil l\u2019abolition de la corv\u00e9e royale des paysans (les Jacques), remplac\u00e9e par une taxe additionnelle payable par tous les propri\u00e9taires terriens. S\u2019y ajoute une s\u00e9rie de mesures fiscales pour plus de justice et d\u2019efficacit\u00e9. Au total, six \u00e9dits. C\u2019est l\u2019amorce d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9quit\u00e9 fiscale. La mesure tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s du petit peuple, mais tous les privil\u00e9gi\u00e9s frapp\u00e9s fiscalement vont r\u00e9agir\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois qu\u2019il n\u2019y a que M.\u00a0Turgot et moi qui aimions le peuple\u00a0\u00bb soupire le roi \u00e0 ses conseillers du Parlement de Paris, 12\u00a0mars 1776.<\/p>\n<p>Le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ons vu les \u00c9dits \/ Du roi Louis Seize\u00a0! \/ En les lisant \u00e0 Paris, \/ J\u2019ons cru mourir d\u2019aise [\u2026] \/ Je n\u2019irons plus au chemin \/ Comme \u00e0 la gal\u00e8re \/ Travailler soir et matin \/ Sans aucun salaire. \/ Le Roi, je ne mentons \/ point, \/ A mis la corv\u00e9e \u00e0 bas.\u00a0\u00bb Mais les magistrats prient le roi de retirer les \u00e9dits et tous les privil\u00e9gi\u00e9s de France font chorus. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> abandonne son ministre en mai\u00a01776. Il renonce aux r\u00e9formes. Toute l\u2019\u00e9conomie reste prisonni\u00e8re de r\u00e9glementations jadis utiles et \u00e0 pr\u00e9sent paralysantes. La R\u00e9volution devient in\u00e9vitable. Necker aux Finances sera prisonnier de la m\u00eame impasse, cinq ans plus tard.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ferry.jpg\" width=\"400\" height=\"538\"><\/p>\n<h4>\u00c9ducation nationale. Ferry<\/h4>\n<p>Cr\u00e9ateur de l\u2019\u00e9ducation gratuite et obligatoire sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, violemment contest\u00e9 de son temps, mais reconnu comme le meilleur ministre \u00e0 ce poste, oserait-il devenir l\u2019indispensable r\u00e9formateur attendu sous la Cinqui\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 Ferry-la-Famine (sous la Commune) et bient\u00f4t Ferry-Tonkin (contre sa politique coloniale), il est violemment attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire r\u00e9duit logiquement l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats anim\u00e9s, d\u00e8s le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflamme la Chambre. Le bouillant Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry, fondatrices de notre \u00e9cole publique \u2013 et r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>La politique scolaire de Jules Ferry est inspir\u00e9e (\u00e0 tous les sens du mot) par une id\u00e9e force de Victor Hugo, qu\u2019on trouve dans <em>Claude Gueux<\/em> (1834), bref roman de jeunesse contre la peine de mort\u00a0: \u00ab\u00a0Cette t\u00eate de l\u2019homme du peuple, cultivez-la [\u2026], \u00e9clairez-la [\u2026], vous n\u2019aurez pas besoin de la couper.\u00a0\u00bb Autrement dit, pour r\u00e9gler la question sociale, il faut faire dispara\u00eetre \u00ab\u00a0la derni\u00e8re, la plus redoutable des in\u00e9galit\u00e9s qui viennent de la naissance, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb et permettre \u00ab\u00a0la premi\u00e8re fusion qui r\u00e9sulte du m\u00e9lange des riches et des pauvres sur le banc de quelque \u00e9cole\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0lois Ferry\u00a0\u00bb de 1881-1882 rendent l\u2019enseignement primaire gratuit, ce qui permet de le rendre obligatoire de 7 \u00e0 13\u00a0ans, puis la\u00efque. On pense aussi \u00e0 la formation des ma\u00eetres, en cr\u00e9ant des \u00c9coles normales d\u2019instituteurs (et d\u2019institutrices) dans chaque d\u00e9partement. Ce nouveau service public de l\u2019enseignement donne un minimum d\u2019instruction aux fils de paysans et va cr\u00e9er la fameuse rivalit\u00e9 entre l\u2019instituteur et le cur\u00e9. Mais Ferry le sait bien, \u00ab\u00a0celui est ma\u00eetre du livre est ma\u00eetre de l\u2019\u00e9ducation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jaures.jpg\" width=\"400\" height=\"559\"><\/p>\n<h4>\u00c9galit\u00e9 sociale. Jaur\u00e8s<\/h4>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence historique indiscutable pour la gauche, homme de c\u0153ur et socialiste de conviction, il est capable de donner vie et sens au minist\u00e8re d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette cause et de lutter contre la \u00ab\u00a0fracture sociale\u00a0\u00bb aujourd\u2019hui encore d\u00e9nonc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique devenait un fait plus certain, c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale qui heurtait le plus les esprits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2405\" class=\"cit-num\">2405<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste<\/em> (1789-1900), volume 4, La Convention (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de Carmaux en 1893, tr\u00e8s actif au sein du Parti socialiste unifi\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1905 (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), il m\u00e8ne toutes les grandes batailles socialistes du temps. Il dirige ce travail en 13 volumes et s\u2019est r\u00e9serv\u00e9 toute la R\u00e9volution fran\u00e7aise (les 4 premiers volumes) et le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (fin du volume 12). Il juge en historien et en socialiste, ce qui est logique. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement par la force des choses que s\u2019accomplira la R\u00e9volution sociale. C\u2019est par la force des hommes.\u00a0\u00bb <em>Histoire socialiste<\/em>, 1, La Constituante.<\/p>\n<p>Il s\u2019est inclin\u00e9 devant la loi du parti socialiste\u00a0: pas de participation au gouvernement, et des hommes comme lui manqueront \u00e0 la R\u00e9publique radicale. C\u2019est donc en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition qu\u2019il m\u00e8ne les grands combats pour les lois ouvri\u00e8res. \u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911). Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux. Il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg [\u2026] Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes [\u2026] Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre fait scandale. L\u2019auteur suscite des haines dans la droite nationaliste. Il en mourra, assassin\u00e9 trois ans plus tard.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gambetta-1.jpg\" width=\"400\" height=\"463\"><\/p>\n<h4>Engagement politique. Gambetta<\/h4>\n<p>\u00c9loquence de l\u2019avocat, courage sans faille, enthousiasme inn\u00e9, sens politique acquis, carri\u00e8re trop br\u00e8ve, l\u2019homme m\u00e9rite un minist\u00e8re sur mesure pour ses comp\u00e9tences exceptionnelles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019in\u00e9vitable et vous devriez l\u2019accepter. Vous devriez prendre votre parti de l\u2019existence dans le pays d\u2019une d\u00e9mocratie invincible \u00e0 qui restera certainement le dernier mot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2442\" class=\"cit-num\">2442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0ao\u00fbt 1874. <em>Les Partis politiques sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1913), L\u00e9on Jacques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0commis voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb qui s\u2019est fait remarquer depuis son entr\u00e9e fracassante en politique (1870) propose une constitution r\u00e9publicaine. L\u00e9gitimistes (royalistes) et conservateurs refusent toujours, mais il va rallier une partie de la gauche \u00e0 la cause du seul r\u00e9gime possible dans la France de cette \u00e9poque\u00a0: une r\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e qui n\u2019effraie pas le pays (majoritairement bourgeois et paysans).<\/p>\n<p>La commission de 30 membres d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e travaille dans ce sens et accouche d\u2019un projet de constitution\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 reculons, nous entrons dans la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb ironise Gambetta dans son journal, mais la Constitution passe sous forme de trois lois constitutionnelles, du 25\u00a0mai au 16\u00a0juillet 1875. On va pouvoir gouverner entre \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb et en gentlemen\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque nous sommes les plus forts, nous devons \u00eatre mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb dit-il devant le progr\u00e8s constant des r\u00e9publicains aux \u00e9lections en 1876.<\/p>\n<p>5 f\u00e9vrier 1879, le bouillant d\u00e9put\u00e9 fulmine contre le nouveau gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Nos ministres\u00a0? De simples num\u00e9ros d\u2019ordre sortis au hasard de la foule repr\u00e9sentative que nous d\u00e9corons du beau nom de Parlement\u00a0!\u00a0[\u2026] Dans trois mois, ils iront rejoindre dans les sous-sols de la vie publique les inconnus engendr\u00e9s par le scrutin d\u2019arrondissement. Ils v\u00e9g\u00e9teront jusque-l\u00e0, ne disant rien, ne faisant rien, <em>ex nihilo nihil<\/em>.\u00a0\u00bb\u00a0De fait, avec Gr\u00e9vy \u00e0 la pr\u00e9sidence commence le syst\u00e8me des crises minist\u00e9rielles qui va empoisonner la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident en place riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9carte du pouvoir, craignant qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux. L\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e9lit des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage.<\/p>\n<p>Mais Gambetta apprend son m\u00e9tier, sans renoncer \u00e0 ses id\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Vous allez peut-\u00eatre m\u2019accuser d\u2019opportunisme\u00a0! Je sais que le mot est odieux. Pourtant je pousse encore l\u2019audace jusqu\u2019\u00e0 affirmer que ce barbarisme cache une vraie politique.\u00a0\u00bb Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21\u00a0juin 1880. Le mot est lanc\u00e9, il va faire fortune en politique, les opportunistes devenant les disciples de Gambetta apr\u00e8s sa mort accidentelle et prochaine, \u00e0 44\u00a0ans (1882). Plus qu\u2019un mot, c\u2019est une conviction et la preuve d\u2019une sagesse refl\u00e9t\u00e9e par la fameuse formule de Gambetta\u00a0: \u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/necker.jpg\" width=\"400\" height=\"462\"><\/p>\n<h4>Finances. Necker<\/h4>\n<p>Banquier suisse aussi honn\u00eate que riche, il fit ses preuves \u00e0 ce poste ingrat et jouit d\u2019une immense popularit\u00e9, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Les chansons se font plus que jamais l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le des \u00e9v\u00e9nements, mais plus rien ni personne ne peut arr\u00eater l\u2019emballement de l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance<br>De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0:<br>Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien tard, le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> se d\u00e9cide \u00e0 rappeler Necker.<\/p>\n<p>Sa carri\u00e8re aux Finances illustre l\u2019ind\u00e9cision maladive du roi\u00a0: sous divers titres (directeur du Tr\u00e9sor royal, conseiller ou directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances), il est nomm\u00e9 et renvoy\u00e9 quatre fois entre 1781 et 1790. C\u2019est le peuple qui le porte. Il fut d\u2019abord connu pour son <em>Essai sur la l\u00e9gislation et le commerce de grains<\/em> (1775) qui co\u00efncide avec la \u00ab\u00a0guerre des farines\u00a0\u00bb (\u00e9meutes de la faim) et la hausse de prix du pain, lib\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9dit de Turgot aux Finances. On esp\u00e8re alors le retour d\u2019un nouveau Colbert pr\u00eat \u00e0 moderniser l\u2019\u00e9conomie de la France.<\/p>\n<p>Necker revient donc aux Finances et Turgot (qui l\u2019a \u00e9vinc\u00e9 en 1774) prend connaissance de son projet\u00a0: \u00ab\u00a0Cela ressemble \u00e0 mes id\u00e9es [\u2026] comme un moulin \u00e0 vent ressemble \u00e0 la lune.\u00a0\u00bb Certes, tout oppose les deux hommes, \u00e0 commencer par leurs id\u00e9es\u00a0: Turgot, proche des physiocrates, pr\u00f4ne une politique \u00e9conomique lib\u00e9rale, Necker est interventionniste (comme Colbert sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>). Leur caract\u00e8re les oppose aussi\u00a0: le doctrinaire Turgot passe en force, quand Necker, philanthrope et diplomate, cherche la conciliation en esprit \u00ab\u00a0moelleux et flexible\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb ironise Mirabeau au rappel du banquier suisse, promu ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat), fin ao\u00fbt 1788. C\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour la monarchie. Il pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle et en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Il convoque une nouvelle Assembl\u00e9e des notables pour novembre. Le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0Vous qui nous traitez de racaille, \/ Si poliment, \/ Comme nous vous payerez la taille \/ Tr\u00e8s noblement.\u00a0\/ Vive le sauveur de la France, \/ Necker, vivat\u00a0! \/ D\u2019o\u00f9 ce h\u00e9ros tient-il naissance\u00a0? \/ Du tiers \u00e9tat.\u00a0\u00bb On c\u00e9l\u00e8bre le roi et son ministre \u2013 il a obtenu que le tiers ait \u00e0 lui seul autant de repr\u00e9sentants que les deux autres ordres r\u00e9unis. Paris illumine \u00e0 cette nouvelle, connue le 1er\u00a0janvier 1789. Mais l\u2019effervescence populaire est aggrav\u00e9e par de mauvaises r\u00e9coltes, le prix du pain monte, de nouvelles \u00e9meutes s\u2019ensuivent. Le roi invite son directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances \u00e0 \u00ab\u00a0sortir momentan\u00e9ment du royaume\u00a0\u00bb. Il s\u2019incline\u00a0: \u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 perd l\u2019homme du monde qui lui \u00e9tait le plus tendrement d\u00e9vou\u00e9.\u00a0\u00bb Exiler l\u2019hommes le plus populaire du royaume est une erreur grave\u00a0!<\/p>\n<p>Le renvoi de Necker est connu le 12\u00a0juillet au matin. Le peuple s\u2019amasse au Palais-Royal. Camille Desmoulins saute sur une chaise, brandit son \u00e9p\u00e9e d\u2019une main, un pistolet dans l\u2019autre, et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Il improvise son premier discours\u00a0: \u00ab\u00a0Necker est chass\u00e9\u00a0; c\u2019est le tocsin d\u2019une Saint-Barth\u00e9lemy de patriotes. Ce soir m\u00eame tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous \u00e9gorger. Une ressource nous reste, c\u2019est de courir aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Des milliers de voix hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Les manifestations ne vont plus cesser dans les rues\u00a0: la R\u00e9volution est en marche, la Bastille est prise le 14 juillet.<\/p>\n<p>Rappel\u00e9 par le roi le 16\u00a0juillet, Necker accepte de reprendre un pouvoir impossible \u00e0 assumer, situation \u00e9conomique et financi\u00e8re d\u00e9plorable, contexte politique et social explosif\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Je retourne en France en victime de l\u2019estime dont on m\u2019honore [\u2026] Il me semble que je vais rentrer dans le gouffre.\u00a0\u00bb Cet homme honn\u00eate et sage en est douloureusement conscient. Il se heurte d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Mirabeau qui veut financer le d\u00e9ficit par l\u2019\u00e9mission des assignats (papier-monnaie).<\/p>\n<p>Retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique en 1790, install\u00e9 en Suisse \u00e0 Coppet, sur les bords du lac L\u00e9man avec sa fille Mme\u00a0de Sta\u00ebl, le septuag\u00e9naire revient pourtant sur son pr\u00e9jug\u00e9 contre la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rabelais_0.jpg\" width=\"400\" height=\"494\"><\/p>\n<h4>Francophonie. Rabelais<\/h4>\n<p>Auteur le plus populaire et le plus g\u00e9nial de la Renaissance, cr\u00e9ateur de mots succulents et \u00e0 l\u2019origine du roman moderne, il bouscule toutes les valeurs \u00e9tablies.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je prouverai que notre langue vulgaire n\u2019est pas si vile, si inepte, si indigente et \u00e0 m\u00e9priser qu\u2019ils l\u2019estiment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"393\" class=\"cit-num\">393<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Le Cinqui\u00e8me Livre<\/em>, prologue (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turn\u00e8be, professeur au Coll\u00e8ge de France, se bat pour le latin et le grec. Quelque 700 po\u00e8tes du royaume versifient en latin, la po\u00e9sie n\u00e9o-latine s\u2019inspirant jusqu\u2019au plagiat de Virgile, Horace, Catulle, Ovide, tandis que d\u2019autres \u00ab\u00a0pindarisent et p\u00e9trarquisent\u00a0\u00bb \u00e0 qui mieux mieux. Querelle des Anciens et des Modernes o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 nationale est en jeu\u00a0: Ronsard r\u00e9unit une \u00ab\u00a0Brigade\u00a0\u00bb qui devient \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb et cette nouvelle \u00e9cole charge du Bellay de r\u00e9diger la <em>D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549).<\/p>\n<p>Rabelais de son c\u00f4t\u00e9 se bat en auteur, avec sa langue bien \u00e0 lui et bien fran\u00e7aise. Il s\u2019adresse aux \u00ab\u00a0rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, revendeurs de vieux mots latins, tous moisis et incertains\u00a0\u00bb. Ses origines font sa fiert\u00e9, dans cette r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019on parle le fran\u00e7ais r\u00e9put\u00e9 le plus pur et o\u00f9 la vie culturelle s\u2019\u00e9panouit\u00a0avec les ch\u00e2teaux de la Loire\u00a0: \u00ab\u00a0Car je suis n\u00e9 et \u00e9t\u00e9 nourri jeune au jardin de France\u00a0: c\u2019est Touraine.\u00a0\u00bb <em>Pantagruel<\/em> (1532).<\/p>\n<p>Moine et m\u00e9decin, n\u00e9 pr\u00e8s de Chinon, il est lanc\u00e9 en litt\u00e9rature par ce personnage de g\u00e9ant (fils de Gargantua) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9. Deux ans apr\u00e8s, voici <em>Gargantua<\/em> son g\u00e9ant de p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019app\u00e9tit vient en mangeant [\u2026] la soif s\u2019en va en buvant.\u00a0\u00bb Des cinq livres de son \u0153uvre, c\u2019est le plus pol\u00e9mique\u00a0: il aborde des questions s\u00e9rieuses, comme la guerre. Il ridiculise le roi Picrochole, sa folie ambitieuse qui le pousse aux guerres de conqu\u00eate (notre ennemi Charles Quint est vis\u00e9) et l\u2019oppose au bon roi Grandgousier, conscient de ses devoirs vis-\u00e0-vis de ses sujets et anim\u00e9 d\u2019une vraie fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais pour mener cette politique, il faut \u00eatre fort, donc disposer d\u2019une arm\u00e9e permanente \u2013 allusion \u00e0 la politique militaire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, le roi Chevalier\u00a0: \u00ab\u00a0Guerre faite sans bonne provision d\u2019argent n\u2019a qu\u2019un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notons au passage l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb. La m\u00e9taphore fera fortune dans l\u2019histoire\u00a0: les guerres sans fin recommenc\u00e9es sont ruineuses. Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle bat n\u00e9anmoins un record historique\u00a0: quatre-vingt-cinq ann\u00e9es de guerre en Europe, avec des effectifs croissants et des armes toujours perfectionn\u00e9es.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_4.jpg\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p>\n<h4>Fraternit\u00e9 humaine. Hugo<\/h4>\n<p>Grande cause pour un grand nom, n\u00b03 sur le podium de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle), de plus en plus attir\u00e9 par la politique (r\u00e9publicaine), il pourrait incarner et animer ce nouveau minist\u00e8re. Difficile de choisir parmi ses 57 mots \u00e9crits ou parl\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vrai socialisme, ce n\u2019est pas le d\u00e9pouillement d\u2019une classe par l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire le haillon pour tous, c\u2019est l\u2019accroissement, au profit de tous, de la richesse publique [\u2026] Quant au communisme, je n\u2019ai jamais eu pour id\u00e9al un damier. Je veux l\u2019infinie vari\u00e9t\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2138\" class=\"cit-num\">2138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des plus brillants d\u00e9put\u00e9s de cette br\u00e8ve (et Deuxi\u00e8me) R\u00e9publique. Celui qui se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb de son\u00a0si\u00e8cle sera successivement lib\u00e9ral sous la Restauration, r\u00e9serv\u00e9 puis favorable \u00e0 Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet, monarchiste pour les beaux yeux de la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, hostile \u00e0 l\u2019\u00e9meute pendant la R\u00e9volution de 1848, partisan du prince Louis-Napol\u00e9on, avant d\u2019en devenir l\u2019opposant absolu, quand il voit poindre le dictateur.<\/p>\n<p>Mais Hugo demeure toujours fid\u00e8le \u00e0 un id\u00e9al humanitaire et g\u00e9n\u00e9reux, d\u00e9non\u00e7ant la mis\u00e8re du peuple, l\u2019injustice sociale, la peine de mort, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, s\u2019engageant personnellement avec une constance et un courage qui le forcent \u00e0 l\u2019exil sous le Second Empire. De retour aux premi\u00e8res heures de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il incarne la voix de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Ne nous lassons pas, nous les philosophes, de d\u00e9clarer au monde la paix.\u00a0\u00bb Discours du 25\u00a0mars 1877. La grande voix se taira en 1885. Le Panth\u00e9on rouvre pour accueillir ses cendres.<\/p>\n<p>Le peuple tient une place essentielle dans la vie et l\u2019\u0153uvre de ce grand bourgeois r\u00e9publicain. Il s\u2019en m\u00e9fie\u00a0: \u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb<em> Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829). Le bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0n\u2019est pas si terrible \u2013 une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s. Hugo a pourtant raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p>\n<p>Mais le peuple le touche visc\u00e9ralement\u00a0: \u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb C\u2019est la devise de <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, journal qu\u2019il dirige et r\u00e9dige de juillet\u00a01848 \u00e0 septembre\u00a01851. La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te qui a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des <em>Burgraves<\/em>) entre sur la sc\u00e8ne politique en 1848. \u00c9lu par la bourgeoisie le 4\u00a0juin, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux (inspir\u00e9s par Louis Blanc, mais g\u00e9r\u00e9s catastrophiquement), partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles de juin, il demeure profond\u00e9ment lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il s\u2019oppose au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace les libert\u00e9s et multiplie les mesures r\u00e9pressives. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> incarnera bient\u00f4t tout ce qu\u2019il d\u00e9teste, jusqu\u2019au retour de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/clemenceau_0.jpg\" width=\"400\" height=\"536\"><\/p>\n<h4>Int\u00e9rieur. Clemenceau<\/h4>\n<p>Autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0premier flic de France\u00a0\u00bb, homme de gauche capable de tous les courages politiques et bravant l\u2019impopularit\u00e9 sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, il ferait merveille \u00e0 ce poste combattant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, ministre de Clemenceau, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907. <em>La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fait partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels en trois ans, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale, d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc. C\u2019est donc \u00e0 lui, responsable de la politique actuelle, que s\u2019adresse Jaur\u00e8s en cette ann\u00e9e cruciale.<\/p>\n<p>Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, il d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend, en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant aussi Briand devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb, alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau. Parvenu au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc, radical d\u2019extr\u00eame gauche, impitoyable \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Donc, dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Premier flic de France\u00a0\u00bb. Et \u00ab\u00a0Briseur de gr\u00e8ves\u00a0\u00bb pour l\u2019opposition.<\/p>\n<p>Clemenceau n\u2019est pas sympathique et ne cherche pas la popularit\u00e9. \u00ab\u00a0Le Tigre\u00a0\u00bb a la dent dure, l\u2019homme est d\u00e9test\u00e9 autant que redout\u00e9. Mais c\u2019est un animal politique parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 cette R\u00e9publique toujours en crise, qu\u2019il sait pourfendre autant que d\u00e9fendre\u00a0: \u00ab\u00a0Gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait\u00a0\u00bb dit le d\u00e9put\u00e9 en 1888. \u00ab\u00a0On perd trop de temps en de trop longs discours\u00a0\u00bb dit le pr\u00e9sident du Conseil vingt ans apr\u00e8s, se plaignant des d\u00e9bats sans fin \u00e0 la Chambre. Autrement dit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019honneur de la R\u00e9publique est dans la libre parole avec ses risques et ses inconv\u00e9nients.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/albert_camus_1.jpg\" width=\"400\" height=\"480\"><\/p>\n<h4>Jeunesse et sports. Camus<\/h4>\n<p>\u00ab\u00a0Le peu de morale que je sais, je l\u2019ai appris sur les terrains de football et les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre qui resteront mes vraies universit\u00e9s.\u00a0\u00bb Sportif passionn\u00e9, journaliste militant, auteur toujours aim\u00e9 des jeunes, personnage attachant et trop t\u00f4t disparu. Il trouverait les mots pour d\u00e9fendre les sports qui forment la jeunesse et promouvoir l\u2019id\u00e9al Olympique, horizon 2024.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la justice, mais je d\u00e9fendrai ma m\u00e8re avant la justice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2913\" class=\"cit-num\">2913<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00e0 Stockholm, 5\u00a0octobre 1957. <em>Albert Camus ou la m\u00e9moire des origines<\/em> (1998), Maurice Weyembergh<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9pond \u00e0 un \u00e9tudiant alg\u00e9rien, partisan du <span class=\"caps\">FLN<\/span>, qui l\u2019interpelle lors de sa remise du prix Nobel. Le mot sera retourn\u00e9 contre son auteur, non sans injustice. Engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, Camus fut r\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em> de 1944 \u00e0 1946. S\u2019opposant au communisme qui fascine tant d\u2019intellectuels et \u00e0 l\u2019existentialisme de Sartre, ma\u00eetre \u00e0 penser de toute une g\u00e9n\u00e9ration, il manifeste sa soif de justice et son humanisme dans <em>Actuelles<\/em> (trois recueils d\u2019articles de 1939 \u00e0 1958), obtenant le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1957 pour avoir \u00ab\u00a0mis en lumi\u00e8re les probl\u00e8mes se posant de nos jours \u00e0 la conscience des hommes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution ne retrouvera sa grandeur et son efficacit\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 elle mettra au centre de son \u00e9lan la passion irr\u00e9ductible de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Express<\/em>, 4\u00a0juin 1955. Camus vient de passer \u00e0<em> l\u2019Express<\/em>, autrement dit \u00e0 l\u2019ennemi, selon Sartre et ses compagnons. Dans la guerre des gauches qui fait rage en cette d\u00e9cennie, il d\u00e9fend l\u2019objectivit\u00e9 journalistique dans un article qui fait sensation. Loin du militantisme r\u00e9volutionnaire, il se veut lucide face aux vices inh\u00e9rents au communisme sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>La guerre d\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019il voit na\u00eetre avant sa mort accidentelle le bouleverse\u00a0: \u00ab\u00a0Quand l\u2019opprim\u00e9 prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l\u2019injustice.\u00a0\u00bb Les raisons de l\u2019adversaire,<em> L\u2019Express<\/em>, 28\u00a0octobre 1955. Natif d\u2019Alg\u00e9rie, \u00e9pris de justice autant que de libert\u00e9, Camus est plus qu\u2019un autre d\u00e9chir\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est, sans doute, la loi de l\u2019histoire. Il n\u2019y a plus d\u2019innocents en Alg\u00e9rie, sauf ceux, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent, qui meurent.\u00a0\u00bb La fiction du \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb est vite insoutenable. Il s\u2019agit d\u2019une guerre, une sale guerre.<\/p>\n<p>L\u2019engagement de Camus est tout aussi clair dans son th\u00e9\u00e2tre\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est un bagne aussi longtemps qu\u2019un seul homme est asservi sur la terre.\u00a0\u00bb<em> Les Justes<\/em> (1949). Il est de ces intellectuels qui se m\u00ealent ardemment \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de leur temps marqu\u00e9 par le totalitarisme, pour crier sa soif de justice, revendiquer dans <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> \u00ab\u00a0la libert\u00e9, seule valeur imp\u00e9rissable de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9volte \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je me r\u00e9volte, donc nous sommes.\u00a0\u00bb Se d\u00e9fiant des id\u00e9ologies, Camus s\u2019oppose aux communistes, repousse les mirages de l\u2019absolu et les violences r\u00e9volutionnaires, contrairement \u00e0 Sartre et sa revue des <em>Temps modernes<\/em>. L\u2019effondrement des r\u00e9gimes communistes dans l\u2019Europe de l\u2019Est \u00e0 l\u2019automne 1989 l\u2019aurait sans doute combl\u00e9, le \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb en 2011 l\u2019aurait fait vibrer. Se battre pour la jeunesse et pour l\u2019id\u00e9al sportif est une autre forme de combat. Camus pourrait relever ce d\u00e9fi.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/zola-1.jpg\" width=\"400\" height=\"553\"><\/p>\n<h4>Justice. Zola<\/h4>\n<p>Romancier tr\u00e8s populaire (apr\u00e8s Hugo), dreyfusard engag\u00e9 corps et \u00e2me dans l\u2019Affaire, il a souffert des vices de l\u2019institution judiciaire et finalement triomph\u00e9. Il saurait la g\u00e9rer en toute connaissance de cause.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Le Figaro<\/em>, 25\u00a0novembre 1897<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il commente la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus, condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894. Ni Dreyfus, ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s aux pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb. Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s sont mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue contre lui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb R\u00e9ponse de Jules M\u00e9line, pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897. Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb, la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse retentissante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb Titre de l\u2019article de Zola en page un de<em> L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898. C\u2019est une lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure. Zola accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le g\u00e9n\u00e9ral Billot, ministre de la Guerre, intente au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, d\u00e9claration au jury d\u2019\u00c9mile Zola, publi\u00e9e dans <em>L\u2019Aurore<\/em>, 22 f\u00e9vrier 1898. Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) a fait conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 (un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende) et attaqu\u00e9 par les antidreyfusards. \u00ab\u00a0L\u2019intervention d\u2019un romancier, m\u00eame fameux, dans une question de justice militaire m\u2019a paru aussi d\u00e9plac\u00e9e que le serait, dans la question des origines du romantisme, l\u2019intervention d\u2019un colonel de gendarmerie.\u00a0\u00bb Ce t\u00e9moignage de Ferdinand Bruneti\u00e8re, historien de la litt\u00e9rature et critique \u00e9minent, professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale et \u00e0 la Sorbonne, directeur de la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, est \u00ab\u00a0surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb. Beaucoup d\u2019antidreyfusards iront plus loin. Mais Zola ira au bout de son combat.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<em> L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899. Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les dreyfusards\u00a0ou r\u00e9visionnistes\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Envions-le [Zola], sa destin\u00e9e et son c\u0153ur lui firent le sort le plus grand\u00a0: il fut un moment de la conscience humaine.\u00a0\u00bb \u00c9loge fun\u00e8bre d\u2019\u00c9mile Zola, 5\u00a0octobre 1902, discours prononc\u00e9 lors de l\u2019enterrement au cimeti\u00e8re de Montmartre par Anatole France qui fit partie de ces intellectuels engag\u00e9s dans le camp des r\u00e9visionnistes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montesquieu_2.jpg\" width=\"400\" height=\"404\"><\/p>\n<h4>Libert\u00e9s publiques. Montesquieu<\/h4>\n<p>Cr\u00e9ateur de la science politique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019on cite encore et jamais assez, sa vigilance ferait merveille \u00e0 ce poste cr\u00e9\u00e9 pour lui (compl\u00e9tant la sainte trinit\u00e9 r\u00e9publicaine, avec le concours d\u2019Hugo et de Jaur\u00e8s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a point encore de libert\u00e9 si la puissance de juger n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e de la puissance l\u00e9gislative et de l\u2019ex\u00e9cutrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1011\" class=\"cit-num\">1011<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le fameux principe de la s\u00e9paration des pouvoirs\u00a0: \u00ab\u00a0Tout serait perdu si le m\u00eame homme, ou le m\u00eame corps [\u2026] exer\u00e7ait ces trois pouvoirs\u00a0: celui de faire les lois, celui d\u2019ex\u00e9cuter les r\u00e9solutions publiques, et celui de juger les crimes ou les diff\u00e9rends des particuliers.\u00a0\u00bb La constitution anglaise, monarchique en apparence, r\u00e9publicaine en r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9sente un bon \u00e9quilibre des trois pouvoirs\u00a0: elle s\u00e9duit le philosophe qui l\u2019a vu fonctionner sur place. La <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (article\u00a016) consacrera cette s\u00e9paration des pouvoirs, en 1789.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les lois [\u2026] sont les rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> est la grande \u0153uvre de sa vie, vers quoi convergent toutes les autres. Premi\u00e8re publication \u00e0 Gen\u00e8ve, en octobre\u00a01648. Succ\u00e8s consid\u00e9rable, 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb, dit Mme\u00a0du Deffand \u2013 ce n\u2019est qu\u2019un mot, et il est injuste. L\u2019auteur cr\u00e9e ici une science des lois\u00a0: il cherche leur \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, discerne un ordre, une raison et s\u2019efforce de comprendre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour qu\u2019on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arr\u00eate le pouvoir.\u00a0\u00bb En plus de la s\u00e9paration des pouvoirs, il souhaite leur \u00e9quilibre\u00a0: des pouvoirs interm\u00e9diaires (noblesse, Parlements) face \u00e0 l\u2019arbitraire royal. D\u2019o\u00f9 une monarchie temp\u00e9r\u00e9e, loin du r\u00e9gime devenu despotique sous Mazarin, Richelieu, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le gouvernement est comme toutes les choses du monde\u00a0; pour le conserver, il faut l\u2019aimer.\u00a0\u00bb Th\u00e9orie mise \u00e0 part, cette phrase de grand bon sens explique tout, y compris le chaos politique du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la mort programm\u00e9e d\u2019un Ancien R\u00e9gime mal aim\u00e9 de tous les Fran\u00e7ais, qu\u2019ils soient du peuple ou des ordres privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0le plus grand livre du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, \u00e9crira au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e le philosophe Paul Janet qui le place aussi haut que la <em>Politique<\/em> d\u2019Aristote. Seule certitude, <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 venir doit beaucoup \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Montesquieu. Aujourd\u2019hui encore, on s\u2019y r\u00e9f\u00e8re \u00a0: pour sa classification des trois formes de gouvernement (r\u00e9publicain, monarchique, despotique) et pour son principe de la s\u00e9paration des pouvoirs (ex\u00e9cutif, l\u00e9gislatif, judiciaire).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chateaubriand_0.jpg\" width=\"400\" height=\"448\"><\/p>\n<h4>Opposition intellectuelle. Chateaubriand<\/h4>\n<p>\u00c9ternel opposant, irr\u00e9sistiblement tent\u00e9 par la politique, il pourrait mettre son g\u00e9nie au service de ce poste original, aidant \u00e0 comprendre ce que le pouvoir est tent\u00e9 d\u2019ignorer ou de caricaturer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des hommes qui, apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la R\u00e9publique une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, \u00e0 l\u2019Empire en une seule, \u00e0 la premi\u00e8re Restauration, \u00e0 l\u2019Acte additionnel aux constitutions de l\u2019Empire, \u00e0 la seconde Restauration, ont encore quelque chose \u00e0 pr\u00eater \u00e0 Louis-Philippe\u00a0; je ne suis pas si riche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2059\" class=\"cit-num\">2059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>De la Restauration et de la Monarchie \u00e9lective<\/em> (1830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joignant le geste aux mots de cette brochure \u00e9crite au lendemain de la R\u00e9volution de Juillet, il renonce \u00e0 son titre et \u00e0 sa pension de pair de France, attitude d\u2019autant plus digne que toute la fin de sa vie sera empoisonn\u00e9e par des probl\u00e8mes d\u2019argent. Ses<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume) sont une tentative g\u00e9nialement avort\u00e9e d\u2019un ambitieux projet d\u2019histoire de France. C\u2019est aussi une mine de citations pas du tout \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb et qu\u2019il faut naturellement mettre en situation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb Il assiste \u00e0 la prise de la Bastille et prend ses distances avec la France, comme beaucoup de nobles. Il revient, s\u00e9duit par le jeune Bonaparte, mais il ne lui pardonnera pas la mort du duc d\u2019Enghien. Il devient l\u2019opposant num\u00e9ro un sous l\u2019Empire (avec Mme de Sta\u00ebl). Il le regrettera, par comparaison avec la suite des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb Toute la g\u00e9n\u00e9ration romantique va t\u00e9moigner de la m\u00eame nostalgie. Mais le \u00ab\u00a0premier de cord\u00e9e\u00a0\u00bb a surtout une vocation d\u2019opposant. Il commence par \u00eatre ultraroyaliste sous les Bourbons revenus, ayant bient\u00f4t rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l\u2019opposition au pouvoir en place, aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition.\u00a0\u00bb Chateaubriand juge Charles X acc\u00e9dant au tr\u00f4ne \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Incapable de suivre jusqu\u2019au bout une bonne ou une mauvaise r\u00e9solution\u00a0; p\u00e9tri avec les pr\u00e9jug\u00e9s de son si\u00e8cle et de son rang.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela\u00a0: \u00ab\u00a0doux, quoique sujet \u00e0 la col\u00e8re, bon et tendre avec ses familiers, aimable, l\u00e9ger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la d\u00e9votion, la noblesse, l\u2019\u00e9l\u00e9gante courtoisie, mais entrem\u00eal\u00e9 de faiblesse\u2026\u00a0\u00bb Bref, pas n\u00e9 pour \u00eatre roi, en 1824\u00a0! On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne en 1774, si mal arm\u00e9, si faible, dans une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire. \u00c9ternel d\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb Il cible d\u2019autres contemporains. Rappelons la fameuse sc\u00e8ne\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France pour la Seconde Restauration, Chateaubriand aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration fut ministre \u2013 de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, mais Fouch\u00e9 le perd en 1816, devenant un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide (d\u00e9put\u00e9 de la Convention, il vota la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019a pratiquement plus de r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<br>\u00ab\u00a0Chateaubriand aurait pu \u00eatre un grand ministre. Je l\u2019explique non point seulement par son intelligence aigu\u00eb, mais par son sens et sa connaissance de l\u2019histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J\u2019observe \u00e9galement combien il est rare qu\u2019un grand artiste poss\u00e8de des dons politiques \u00e0 ce degr\u00e9\u00a0\u00bb. Parole de Charles de Gaulle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/michelet.jpg\" width=\"400\" height=\"509\"><\/p>\n<h4>Patrimoine et comm\u00e9morations historiques. Michelet<\/h4>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, il conna\u00eet la mis\u00e8re et en garde un profond amour du peuple. Son engagement politique passe par l\u2019\u00e9criture. Historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais, passionn\u00e9 par cette science n\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et qu\u2019il fut l\u2019un des premiers \u00e0 populariser, auteur (romantique) de grand talent, c\u2019est le plus apte \u00e0 sensibiliser les jeunes et un vaste public aux symboles qui font sens. Voici les principaux, sans plus de commentaire\u00a0: les citations parlent d\u2019elles-m\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces th\u00e9\u00e2tres, ces cirques, ces aqueducs, ces voies que nous admirons encore sont le durable symbole de la civilisation fond\u00e9e par les Romains, la justification de leur conqu\u00eate de la Gaule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"29\" class=\"cit-num\">29<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), vantant la \u00ab\u00a0pax romana\u00a0\u00bb. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"391\" class=\"cit-num\">391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1840). Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats \u00e9dict\u00e9e par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 1539<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> fut bien plus qu\u2019un livre. Ce fut une faction. \u00c0 travers les pers\u00e9cutions, elle alla grossissant. L\u2019Europe enti\u00e8re s\u2019y mit. Belle conspiration g\u00e9n\u00e9rale qui devint celle de tout le monde. Troie enti\u00e8re s\u2019embarqua elle-m\u00eame dans le cheval de Troie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1132\" class=\"cit-num\">1132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853). F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration, 14 juillet 1790<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1632\" class=\"cit-num\">1632<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/fouche.jpg\" width=\"400\" height=\"454\"><\/p>\n<h4>Police. Fouch\u00e9<\/h4>\n<p>Comp\u00e8re sinon complice de Talleyrand, personnage particuli\u00e8rement antipathique et comp\u00e9tent dont Napol\u00e9on se m\u00e9fiait, mais ne pouvait se passer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous ces hommes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pris le poignard \u00e0 la main, mais tous sont universellement connus pour \u00eatre capables de l\u2019aiguiser et de le prendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1715\" class=\"cit-num\">1715<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), ministre de la Police, 1er\u00a0janvier 1801.<em> M\u00e9moires de Joseph Fouch\u00e9, duc d\u2019Otrante<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte lui a demand\u00e9 une liste de 130 \u00ab\u00a0anarchistes\u00a0\u00bb (terroristes) \u00e0 d\u00e9porter sans jugement, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise \u2013 particuli\u00e8rement spectaculaire et meurtrier, m\u00eame si Bonaparte en r\u00e9chappe. L\u2019id\u00e9e de tuer le tyran venait d\u2019extr\u00e9mistes royalistes et l\u2019ex\u00e9cution fut l\u2019\u0153uvre de trois Chouans. Fouch\u00e9, apr\u00e8s enqu\u00eate, en a la preuve. Mais le Premier Consul s\u2019ent\u00eate et veut \u00e9liminer la \u00ab\u00a0vermine jacobine\u00a0\u00bb. Le 5\u00a0janvier 1801, un s\u00e9natus-consulte (d\u00e9cision prise par le S\u00e9nat, 80 membres, dont 60 nomm\u00e9s par Bonaparte) d\u00e9porte aux Seychelles une centaine d\u2019extr\u00e9mistes jacobins qui ne sont pas les vrais coupables \u2013 Fouch\u00e9 en avertit quelques-uns qui ont le temps de s\u2019enfuir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb Fouch\u00e9, en janvier 1804, apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul. Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise en \u00e9tat de si\u00e8ge. Le duc d\u2019Enghien (innocent) paiera de sa vie. Fouch\u00e9 approuva cet assassinat, comme Talleyrand.<\/p>\n<p>Il redevient ministre de la Police sous les Cent Jours de Napol\u00e9on\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb Toujours cynique et r\u00e9aliste, il confie au lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police \u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment. Talleyrand, \u00e0 son poste de diplomate, r\u00e9agira de m\u00eame.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/george_sand_0.jpg\" width=\"400\" height=\"486\"><\/p>\n<h4>Sant\u00e9. George Sand<\/h4>\n<p>Fibre sociale inn\u00e9e, passionn\u00e9e de politique comme toute cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs, infirmi\u00e8re de Chopin, d\u00e9vouement et vitalit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve\u00a0: un bon <span class=\"caps\">CV<\/span> pour ce poste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0! Quel r\u00eave\u00a0! [\u2026] On est fou, on est ivre, on est heureux de s\u2019\u00eatre endormi dans la fange et de se r\u00e9veiller dans les cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2150\" class=\"cit-num\">2150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, 9\u00a0mars 1848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Dame de Nohant, tr\u00e8s populaire par ses romans humanitaires et rustiques, se pr\u00e9cipite \u00e0 Paris et s\u2019enthousiasme comme ses confr\u00e8res pour la R\u00e9publique. Elle fonde <em>la Cause du Peuple<\/em> (hebdomadaire dont Sartre fera revivre le nom et qui deviendra <em>Lib\u00e9ration<\/em>), elle ne pense plus qu\u2019\u00e0 la politique, le proclame et s\u2019affiche aux c\u00f4t\u00e9s de Barb\u00e8s (\u00e9meutier r\u00e9volutionnaire lib\u00e9r\u00e9 de prison gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cente r\u00e9volution), Louis Blanc et Ledru-Rollin (membres du gouvernement provisoire).<\/p>\n<p>Mais elle d\u00e9chante tr\u00e8s vite, sous cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique qui va bient\u00f4t se perdre\u00a0: \u00ab\u00a0Le gouvernement est compos\u00e9 d\u2019hommes excellents pour la plupart, tous un peu incomplets et insuffisants \u00e0 une t\u00e2che qui demanderait le g\u00e9nie de Napol\u00e9on et le c\u0153ur de J\u00e9sus.\u00a0\u00bb Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, mars\u00a01848.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0hommes excellents\u00a0\u00bb, Lamartine en t\u00eate, sont des r\u00e9publicains radicaux et surtout mod\u00e9r\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition sous la Monarchie de Juillet, des journalistes de gauche et quelques socialistes impos\u00e9s par les forces r\u00e9volutionnaires \u2013 Louis Blanc, Albert, un m\u00e9canicien. Pour eux, le plus dur est \u00e0 venir, mais ce gouvernement s\u2019est d\u00e9j\u00e0 rendu impopulaire en augmentant les imp\u00f4ts de 45\u00a0%, d\u2019o\u00f9 le m\u00e9contentement des paysans. La province se m\u00e9fie \u00e0 pr\u00e9sent des d\u00e9cisions venues de Paris. Les circulaires du radical Ledru-Rollin passent mal \u00e0 Bordeaux, Besan\u00e7on, Beauvais, Troyes. Il faut la caution de Lamartine pour rassurer les mod\u00e9r\u00e9s qu\u2019effraient aussi les premi\u00e8res manifestations de rues dans la capitale. On conna\u00eet la suite \u2013 le pouvoir \u00e0 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et le retour de l\u2019empire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_blanc.jpg\" width=\"400\" height=\"489\"><\/p>\n<h4>Travail. Louis Blanc<\/h4>\n<p>Promoteur malheureux mais convaincu du droit au travail sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, cet homme de gauche pur et dur est naturellement candidat \u00e0 une revanche historique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire s\u2019engage \u00e0 garantir l\u2019existence de l\u2019ouvrier par le travail. Il s\u2019engage \u00e0 garantir le travail \u00e0 tous les citoyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2148\" class=\"cit-num\">2148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), parlant au nom du gouvernement provisoire, 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019affirmation du \u00ab\u00a0droit au travail\u00a0\u00bb \u2013 titre d\u2019un livre de 1849. Jeune journaliste de 28 ans, Louis Blanc se fit conna\u00eetre par un premier essai (10 fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9\u00a0en 10 ans) sur le m\u00eame th\u00e8me et porteur de la m\u00eame conviction\u00a0: \u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb<em> Organisation du travail<\/em> (1839). Il y expose un programme de r\u00e9formes sociales qu\u2019il ne va plus cesser de d\u00e9fendre jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Mais la d\u00e9finition de cette action \u00e9tatique reste confuse et l\u2019application se r\u00e9v\u00e9lera catastrophique. La crise \u00e9conomique de 1846-1847, aggrav\u00e9e par la R\u00e9volution de 1848, provoque tant de ch\u00f4mage et de mis\u00e8re qu\u2019il faut agir. D\u00e8s le 26 f\u00e9vrier, on cr\u00e9e les fameux Ateliers nationaux\u00a0: chantiers de terrassement ouverts aux ch\u00f4meurs, \u00e0 Paris et dans plusieurs grandes villes de province. Salaire, deux francs par jour. 40\u00a0000 volontaires vont se pr\u00e9cipiter, mais on ne sait \u00e0 quoi les employer. Bourgeois et rentiers s\u2019exasp\u00e8rent de devoir financer ces \u00ab\u00a0r\u00e2teliers nationaux\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on pave, d\u00e9pave et repave les rues pour rien.<\/p>\n<p>21 juin, fermeture des Ateliers nationaux\u00a0: 110\u00a0000 travailleurs jet\u00e9s sur le pav\u00e9 de Paris. Les barricades commencent \u00e0 l\u2019Est de la capitale, dans les quartiers populaires. Le pouvoir doit faire face aux journ\u00e9es du 23 au 26\u00a0juin. Le g\u00e9n\u00e9ral Cavaignac a pour mission de stopper cette guerre sociale. Des gardes nationaux de province se joignent \u00e0 la troupe et aux gardes mobiles. Ses hommes prennent position dans les quartiers calmes et il laisse la r\u00e9volte s\u2019\u00e9tendre, pour mieux la r\u00e9primer le lendemain, 25\u00a0juin, pi\u00e9geant quelque 40\u00a0000 ouvriers au c\u0153ur de la capitale. La lutte est meurtri\u00e8re, jusqu\u2019au 26. \u00ab\u00a0On a cherch\u00e9 les causes\u00a0; il n\u2019y en a qu\u2019une, c\u2019est la mis\u00e8re\u00a0\u00bb dit Louis Blanc, t\u00e9moin navr\u00e9, comme tant d\u2019autres. \u00ab\u00a0On ne vit jamais une ville si constern\u00e9e que Paris. Une invasion de Cosaques y aurait laiss\u00e9 des traces moins horribles.\u00a0\u00bb Flaubert tire la conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge\u00a0\u00bb et George Sand confirme\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai honte aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre Fran\u00e7aise, moi qui nagu\u00e8re en \u00e9tais si heureuse [\u2026] Je ne crois plus \u00e0 l\u2019existence d\u2019une r\u00e9publique qui commence par tuer ses prol\u00e9taires.\u00a0\u00bb Lettre \u00e0 Charlotte Marliani, juillet\u00a01848.<\/p>\n<p>Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie. Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre.<\/p>\n<p>Rendu \u00e0 tort responsable de l\u2019insurrection \u00e0 laquelle il ne participait pas, Louis Blanc doit \u00e9migrer en Angleterre o\u00f9 il reste jusqu\u2019\u00e0 la chute du Second Empire\u00a0: plus de vingt ans d\u2019exil, avant de revenir si\u00e9ger, fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es, \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/haussmann.jpg\" width=\"400\" height=\"533\"><\/p>\n<h4>Urbanisme. Haussmann<\/h4>\n<p>G\u00e9nie contest\u00e9 de son vivant mais toujours admir\u00e9. Pas de citation (sourc\u00e9e) \u00e0 son actif\u2026 mais deux bonnes chansons d\u2019opposition, \u00e0 contextualiser comme il se doit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2258\" class=\"cit-num\">2258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1820-1893), <em>L\u2019Osmanomanie<\/em>, chanson. <em>Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier qui fait la satire du Second Empire. Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine le 1er\u00a0juillet 1853, le baron Haussmann voit grand et beau pour le Paris imp\u00e9rial. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur, creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues pour faciliter l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades.<\/p>\n<p>Paris grandit, Paris s\u2019embellit sous le Second Empire\u00a0: pendant dix-sept ans, d\u00e9bordant d\u2019\u00e9nergie et d\u2019activit\u00e9, Haussmann taille et retaille la capitale \u00e0 coups de pioches et de millions. Mais les t\u00e9moins s\u2019inqui\u00e8tent de l\u2019excessive centralisation qui est d\u00e9j\u00e0 un mal bien fran\u00e7ais, et tous n\u2019admirent pas ces travaux gigantesques. \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/ Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autre grief\u00a0: on accuse le baron de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite\u2026 et de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit. L\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb va rimer avec m\u00e9galomanie.\u00a0 \u00ab\u00a0Quand Julien fait des boulettes, \/ C\u2019est un grand p\u00e2tissier, \/ Quand Haussmann double nos dettes, \/ C\u2019est un bien grand financier\u00a0! [\u2026] Refrain Ce pr\u00e9fet \u2013 Est parfait \/ Il fait bien tout ce qu\u2019il fait.\u00a0\u00bb Paul Avenel, <em>Les Comptes fantastiques d\u2019Haussmann<\/em>.<\/p>\n<p>Le mot qui fait titre est de Jules Ferry (avocat et d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain) et va faire mal au pr\u00e9fet vis\u00e9, d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9 par le Corps l\u00e9gislatif et l\u2019opinion publique. Les \u00ab\u00a0Comptes fantastiques d\u2019Haussmann\u00a0\u00bb font allusion aux <em>Contes fantastiques<\/em> d\u2019Hoffmann, classique de la litt\u00e9rature romantique allemande, d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre par Carr\u00e9 et Barbier (avant d\u2019\u00eatre mis en musique par Offenbach, en 1881). Le pr\u00e9fet Haussmann sera limog\u00e9 en 1869, mais le Paris imp\u00e9rial de ses r\u00eaves et de ses plans est presque achev\u00e9 et restera le n\u00f4tre, jusque sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_michel_1-1.jpg\" width=\"400\" height=\"606\"><\/p>\n<h4>Utopie citoyenne. Louise Michel<\/h4>\n<p>Occasion r\u00eav\u00e9e de reprendre du service pour cette infatigable id\u00e9aliste, ex-institutrice \u00e0 la plume batailleuse, militante r\u00e9publicaine, anarchiste et \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb des barricades sous la Commune, passionaria toujours populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9aliste comme tant de communards, elle fait revivre un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s ses souvenirs vibrants et tragiques. Elle appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection et jusqu\u2019au sacrifice\u00a0: \u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,\u00a0\/ Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.\u00a0\/ Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,\u00a0\/ Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires\u00a0: \u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite\u00a0\u00bb dit-elle. Cependant que le gouvernement de Thiers s\u2019est prudemment repli\u00e9 \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais. Premiers affrontements, le 2\u00a0avril\u00a0: bataille de Courbevoie. Les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (ou Communards) tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles, arr\u00eat\u00e9s par le canon du Mont Val\u00e9rien, fort strat\u00e9gique investi par les Versaillais\u00a0: les r\u00eaveurs de la Commune qualifient les obus qui les \u00e9crasent de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb. 17 tu\u00e9s (dont les 5 premiers fusill\u00e9s de la Commune) et 25 prisonniers chez les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Dans l\u2019arm\u00e9e versaillaise, 5 morts et 21 bless\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb La Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais\u00a0!\u00a0\u00bb Elle t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s \u2013 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique. En comparaison, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On aura besoin du socialisme pour faire un monde nouveau.\u00a0\u00bb Lettre \u00e0 la Commission des gr\u00e2ces, mai\u00a01873. Louise Michel est condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9portation en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Elle se met au service des indig\u00e8nes, avant de revenir en France (amnistie de 1880) pour militer de nouveau, par la plume et la parole, pr\u00eachant l\u2019anarchie, l\u2019union libre, la justice.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9 [\u2026] On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb1190 Sign\u00e9 du dauphin Louis en 1770. Le futur Louis XVI sera bient\u00f4t victime de la R\u00e9volution Critiquer le gouvernement est une habitude bien [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":43,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8818","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8818","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8818"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8818\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16284,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8818\/revisions\/16284"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}