{"id":8858,"date":"2020-11-16T00:00:00","date_gmt":"2020-11-15T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lecture-recommandee-pamphlets-et-autres-oeuvres-polemiques-sous-lancien-regime\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:11","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:11","slug":"lecture-recommandee-pamphlets-et-autres-oeuvres-polemiques-sous-lancien-regime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-pamphlets-et-autres-oeuvres-polemiques-sous-lancien-regime\/","title":{"rendered":"Lecture recommand\u00e9e : Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques sous l\u2019Ancien R\u00e9gime"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature. S\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)<\/p>\n<p>1. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/\">Romans<\/a> \u2013 2. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/\">Po\u00e9sie<\/a> \u2013 3. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-le-theatre\/\">Th\u00e9\u00e2tre<\/a> \u2013 4. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-les-lettres\/\">Lettres<\/a> \u2013 5. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">Histoire et Chronique<\/a> \u2013 6. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/\">M\u00e9moires<\/a> \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<p>Cette lecture propos\u00e9e a une triple actualit\u00e9. En plus du semi-confinement et des librairies ferm\u00e9es, le climat socio-politique est \u00e0 la pol\u00e9mique citoyenne, cependant que les caricatures de presse font d\u00e9bat (et proc\u00e8s), parall\u00e8lement \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p><strong>7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques (I).<\/strong><\/p>\n<p>Ces textes critiques \u00e0 vis\u00e9e plus ou moins r\u00e9volutionnaire, partisane, politique ou sociale, sont typiques du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Mais le genre pamphl\u00e9taire existe depuis le Moyen \u00c2ge et se prolonge avec plus ou moins de talent jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Faut-il en conclure que l\u2019attaque violente visant un personnage politique ou les institutions du pays serait dans les g\u00e8nes du Fran\u00e7ais\u00a0?<\/p>\n<p>La plupart de ces textes ont d\u00e9fi\u00e9 la censure et\/ou l\u2019ordre \u00e9tabli en leur temps. Certains peuvent choquer aujourd\u2019hui encore par leur violence\u00a0: perversions sexuelles au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e (sadisme), slogans anarchistes\u00a0 (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e) ou attaques personnelles dues \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019extr\u00eame-droite dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<h3>Premier \u00e9pisode\u00a0: sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/h3>\n<p>Le premier pamphlet de notre <em>Histoire en citations<\/em> vise une (forte) femme, Blanche de Castille, r\u00e9gente de France et m\u00e8re du futur Saint-Louis. Deuxi\u00e8me personnage vis\u00e9, le pape Cl\u00e9ment V impliqu\u00e9 dans l\u2019Affaire des Templiers. Premier pamphlet c\u00e9l\u00e8bre (et anonyme) dat\u00e9 des guerres de Religion, <em>la Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> vise les ligueurs (ultra)catholiques \u2013 c\u2019est surtout un plaidoyer (collectif) pour le futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, attaqu\u00e9 par d\u2019autres plumes (anonymes) avant de mourir assassin\u00e9. Richelieu (\u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>) et son successeur Mazarin pendant la Fronde seront les prochaines cibles. Le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle nous laisse enfin une premi\u00e8re bombe philosophique sign\u00e9e Descartes\u00a0: le <em>Discours de la M\u00e9thode<\/em>.<\/p>\n<p>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res fait aujourd\u2019hui figure de provocation g\u00e9n\u00e9rale contre l\u2019ordre \u00e9tabli de l\u2019Ancien R\u00e9gime finissant. Il nous donne en h\u00e9ritage l\u2019\u0153uvre des philosophes\u00a0: Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot font assaut de g\u00e9nie, chacun dans son genre\u00a0! D\u2019autres essayistes, dont certains collaborent \u00e0 <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, laissent un nom et une \u0153uvre. Mention particuli\u00e8re pour deux auteurs toujours sulfureux, Laclos et Sade, la palme de la provocation revenant \u00e0 Meslier, promu <em>post mortem<\/em> par Voltaire. Coup de th\u00e9\u00e2tre et coup de g\u00e9nie\u00a0: Beaumarchais et sa bombe pr\u00e9r\u00e9volutionnaire,<em> le Mariage de Figaro<\/em> (1784). D\u2019autres pamphlets (au sens litt\u00e9ral du mot) visent le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> et la reine Marie-Antoinette, d\u00e9test\u00e9e du peuple autant qu\u2019elle fut ador\u00e9e.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-37.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h4>I. Moyen \u00c2ge, <span class=\"caps\">XVI<\/span>e et <span class=\"caps\">XVII<\/span>e s.\u00a0Les premiers pamphlets politiques visent haut.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1_5.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>\u00ab\u00a0Bien est France ab\u00e2tardie\u00a0!<br>Quand femme l\u2019a en baillie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"209\" class=\"cit-num\">209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugues de la <span class=\"caps\">FERT\u00c9<\/span> (premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle), pamphlet. <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1894), Charles Petit-Dutaillis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Rois, ne vous confiez mie\u00a0\/ \u00c0 la gent de femmenie\u00a0\/ Mais faites plut\u00f4t appeler\u00a0\/ Ceux qui savent armes porter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugues de la Fert\u00e9 et Hugues de Lusignan sont auteurs de couplets cinglants contre Blanche de Castille, r\u00e9gente \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1226), d\u00e9test\u00e9e des grands vassaux et assez forte pour les mater. Pressentant leur fronde, elle a fait sacrer \u00e0 Reims son fils Louis (11\u00a0ans), sans attendre que tous les grands barons soient r\u00e9unis.<\/p>\n<p>En 1234, les deux Hugues, soutenus par le roi d\u2019Angleterre, participent avec Raymond <span class=\"caps\">VII<\/span> de Toulouse \u00e0 une r\u00e9volte f\u00e9odale. L\u2019aventure se terminera par la soumission des vassaux et la tr\u00eave sign\u00e9e avec le roi d\u2019Angleterre.<br>La France sort plus grande et renforc\u00e9e, apr\u00e8s les dix ans de r\u00e9gence de cette femme qui a toutes les qualit\u00e9s (et les d\u00e9fauts) des grands hommes politiques. Elle a quand m\u00eame donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019un des plus grands rois du Moyen \u00c2ge, le futur Saint-Louis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que le pape prenne garde [\u2026] On pourrait croire que c\u2019est \u00e0 prix d\u2019or qu\u2019il prot\u00e8ge les Templiers, coupables et conf\u00e8s, contre le z\u00e8le catholique du roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"254\" class=\"cit-num\">254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">DUBOIS<\/span> (vers 1250-vers 1320), Pamphlet, 1308. <em>La Magie et la sorcellerie en France<\/em> (1974), Thomas de Cauzons<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat \u00e9crit ces mots dans le dessein d\u2019effrayer Cl\u00e9ment V. Il conclut en clouant au pilori \u00ab\u00a0les ind\u00e9cis [qui] sont les nerfs des testicules du L\u00e9viathan\u00a0\u00bb\u00a0! Une image propre \u00e0 faire trembler un pape h\u00e9sitant par nature, bien embarrass\u00e9 par l\u2019affaire, et par ailleurs malade.<\/p>\n<p>Le pape s\u2019\u00e9tait mollement et tardivement \u00e9mu du destin des Templiers, leur redonnant quelque espoir en f\u00e9vrier\u00a01308\u00a0: il suspend l\u2019action des inquisiteurs et annule les proc\u00e9dures engag\u00e9es par Philippe le Bel. Fureur du roi\u00a0! Et riposte. Pierre Dubois, avocat du roi, \u00e9crit donc \u00e0 sa demande, et le chancelier Nogaret man\u0153uvre en coulisses.<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment V, Fran\u00e7ais d\u2019origine, se soumet bient\u00f4t \u00e0 la volont\u00e9 royale, et abandonne les Templiers \u00e0 leur sort, demandant seulement qu\u2019on y mette les formes, d\u2019un point de vue juridique. Il y aura donc un nouveau proc\u00e8s, et quelques bulles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Paris boira le Rhin, toute la Gaule aura sa fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"508\" class=\"cit-num\">508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BON<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), <em>Le Rhin au Roy<\/em> (1568). \u00ab\u00a0La Monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime et les fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, Gaston Zeller, <em>Revue d\u2019histoire moderne<\/em> (1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pamphlet sign\u00e9 d\u2019un Lorrain, connu aussi comme m\u00e9decin de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> et des Guise (branche cadette de la maison de Lorraine, politiquement tr\u00e8s active et catholique).<\/p>\n<p><em>Le Rhin au Roy<\/em> rappelle les limites de l\u2019ancienne Gaule et manifeste sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une politique rh\u00e9nane plut\u00f4t qu\u2019italienne. Autrement dit, le Rhin est plus n\u00e9cessaire que le P\u00f4. On peut y voir une des premi\u00e8res expressions de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles de la France\u00a0: Rhin, Alpes et Pyr\u00e9n\u00e9es forment ses limites continentales, mer du Nord et Manche (<em>Channel<\/em>), Atlantique et M\u00e9diterran\u00e9e compl\u00e9tant l\u2019hexagone.<\/p>\n<p>Les rois de l\u2019Ancien R\u00e9gime ont plus ou moins consciemment raisonn\u00e9 ainsi pour constituer le pays tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui, mais au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, le mirage italien leur a longtemps tourn\u00e9 la t\u00eate. Sans oublier que Catherine de M\u00e9dicis, l\u2019actuelle r\u00e9gente, fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, est n\u00e9e \u00e0 Florence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 chacun Nature donne<br>Des pieds pour le secourir\u00a0:<br>Les pieds sauvent la personne\u00a0;<br>Il n\u2019est que de bien courir.<br>Ce vaillant prince d\u2019Aumale,<br>Pour avoir fort bien couru,<br>Quoiqu\u2019il ait perdu sa malle,<br>N\u2019a pas la mort encouru.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"570\" class=\"cit-num\">570<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">PASSERAT<\/span> (1536-1602), <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00ab\u00a0immortel pamphlet\u00a0\u00bb (selon Gustave Lanson) est d\u2019abord un \u00e9crit de circonstance, \u0153uvre collective d\u2019un groupe de bourgeois de Paris, qui traitera souvent avec humour les drames de l\u2019\u00e9poque. Le ridicule n\u2019est-il pas le meilleur moyen de tuer l\u2019adversaire\u00a0? Principaux vis\u00e9s, les ligueurs catholiques. Ici, Passerat, po\u00e8te humaniste, s\u2019en prend \u00e0 d\u2019Aumale, ligueur de la maison de Lorraine, d\u00e9fait \u00e0 la bataille de Senlis, au printemps 1589.<\/p>\n<p>Ce feuilleton satirique refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des Politiques, ces mod\u00e9r\u00e9s favorables \u00e0 Henri de Navarre, le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, qui s\u2019annonce comme la derni\u00e8re vraie chance pour la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons un Roi pour avoir la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"600\" class=\"cit-num\">600<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), \u00ab\u00a0Harangue de M.\u00a0d\u2019Aubray\u00a0\u00bb, <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s plus de quatre-vingts ann\u00e9es de guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res, la France exprime sa lassitude et son rejet des fanatiques, catholiques ou protestants. Ce pamphlet politique, ouvrage collectif, revu et corrig\u00e9 par le jurisconsulte Pierre Pithou, est destin\u00e9 \u00e0 soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, \u00e0 la veille de la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1593. Il circule d\u2019abord sous le manteau, avant d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9 et de rencontrer un vrai succ\u00e8s populaire. C\u2019est d\u00fb aux id\u00e9es exprim\u00e9es, mais aussi \u00e0 la qualit\u00e9 litt\u00e9raire de l\u2019\u0153uvre. Le titre se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 M\u00e9nippe, po\u00e8te et philosophe (dit) cynique du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0si\u00e8cle av.\u00a0J.-C., esclave affranchi, auteur d\u2019\u00e9crits bouffons, moiti\u00e9 en vers, moiti\u00e9 en prose, \u00e0 l\u2019origine d\u2019un genre appel\u00e9 \u00ab\u00a0satyre m\u00e9nipp\u00e9e\u00a0\u00bb. Seule reste celle dat\u00e9e de 1594, belle illustration de l\u2019esprit fran\u00e7ais, \u00e0 la fois gallican et rabelaisien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 Paris qui n\u2019est plus Paris, mais une sp\u00e9lonque [antre] de b\u00eates farouches, une citadelle d\u2019Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et s\u00fbre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignit\u00e9 et te souvenir qui tu as \u00e9t\u00e9, au prix de ce que tu es\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"613\" class=\"cit-num\">613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray. <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Passage le plus c\u00e9l\u00e8bre du pamphlet \u00e9crit pour soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> contre les extr\u00e9mistes catholiques. Le roi h\u00e9rite d\u2019une capitale aux mains des ligueurs qui font r\u00e9gner la terreur, et des Habsbourg qui ont des ambitions dynastiques sur la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu fais le catholique<br>Mais c\u2019est pour nous piper<br>Et comme un hypocrite<br>T\u00e2che \u00e0 nous attraper,<br>Puis, sous bonne mine,<br>Nous mettre en ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"626\" class=\"cit-num\">626<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet ligueur (anonyme). <em>La Satire en France ou la litt\u00e9rature militante au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1886), Charles F\u00e9lix Lenient<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni la conversion ni le sacre du roi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> ne peuvent rallier les catholiques irr\u00e9ductibles (baptis\u00e9s parfois papistes)\u00a0: les tentatives d\u2019assassinat qui marqueront tout son r\u00e8gne le prouvent assez.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9r\u00e9tique point ne seras<br>De fait ni de consentement.<br>Tous tes p\u00e9ch\u00e9s confesseras<br>Au Saint P\u00e8re d\u00e9votement [\u2026]<br>En ce faisant te garderas<br>Du couteau de fr\u00e8re Cl\u00e9ment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"635\" class=\"cit-num\">635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Commandements d\u2019Henri<\/em> (1597). <em>Petites ignorances historiques et litt\u00e9raires<\/em> (1888), Charles Rozan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les pr\u00e9tendus commandements sont au nombre de dix, dans ce pamphlet papiste en forme de parodie. Rappelons que fr\u00e8re Cl\u00e9ment fut l\u2019assassin d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>La conversion d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> semble suspecte aux ultra-catholiques, plus chr\u00e9tiens que le pape qui finit par lui accorder son absolution (septembre\u00a01595), incitant Mayenne (gouverneur de Bourgogne) et la maison de Lorraine \u00e0 faire la paix avec le roi. Le mar\u00e9chal de Joyeuse (gouverneur du Languedoc) et le duc d\u2019\u00c9pernon (gouverneur de Provence) ont suivi, obtenant leur gr\u00e2ce et se soumettant, moyennant finances ou avantages personnels. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> sait pardonner \u2013 en bon politique plus encore qu\u2019en bon chr\u00e9tien. Mais les Espagnols, partis de Paris, n\u2019ont pas quitt\u00e9 le royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fou n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e, abattre la maison d\u2019Autriche [\u2026] Il d\u00e9clenchera la guerre g\u00e9n\u00e9rale et les hordes de barbares se jetteront sur le trottoir fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"705\" class=\"cit-num\">705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre Richelieu. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette ann\u00e9e 1630, que d\u2019opposants \u00e0 la politique anti-habsbourgeoise de Richelieu\u00a0! Le garde des Sceaux Michel de Marillac (farouchement antiprotestant et pr\u00f4nant la paix et l\u2019alliance avec l\u2019Espagne), le fr\u00e8re du roi qui est de tous les complots, la reine et la reine m\u00e8re, \u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s hostile au cardinal et \u00e2me du parti d\u00e9vot.<\/p>\n<p>Richelieu, de son c\u00f4t\u00e9, paie des publicistes \u00e0 gages pour mener une propagande anti-espagnole incessante, d\u2019o\u00f9 une gu\u00e9rilla de libelles et de pamphlets.<\/p>\n<p>\u00c0 dater de mai\u00a01631, <em>La Gazette<\/em>, hebdomadaire de Th\u00e9ophraste Renaudot, organe officieux du gouvernement, a pour but de r\u00e9duire les \u00ab\u00a0faux bruits qui servent souvent d\u2019allumettes aux mouvements et s\u00e9ditions intestines\u00a0\u00bb. Elle use de son monopole officiel pour diffuser les nouvelles et faire passer les articles transmis par le roi et Richelieu\u00a0: tirage moyen de 1\u00a0200 exemplaires, qui deviendront 12\u00a0000 au si\u00e8cle suivant. Organe officiel du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le nom de<em> Gazette de France<\/em> \u00e0 dater de 1762, cet anc\u00eatre de nos journaux para\u00eetra jusqu\u2019en 1915.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous bien la diff\u00e9rence<br>Qu\u2019il y a entre son \u00c9minence<br>Et feu Monsieur le Cardinal\u00a0?<br>La r\u00e9ponse en est toute pr\u00eate\u00a0:<br>L\u2019un conduisait son animal,<br>Et l\u2019autre monte sur sa b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"765\" class=\"cit-num\">765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">C\u00e9sar <span class=\"caps\">BLOT<\/span> (1610-1655), mazarinade. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des 6\u00a0500 pamphlets contre Mazarin, exceptionnellement sign\u00e9 (sans crainte de repr\u00e9sailles contre l\u2019insolent).<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9minence (Mazarin) succ\u00e8de en mai\u00a01643 au Cardinal (Richelieu). L\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, Anne d\u2019Autriche, par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb. En termes peu galants, cela signifie que la pratique du minist\u00e9riat est reconduite sous la r\u00e9gence, avec l\u2019ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre\u00a0: Mazarin d\u00e9j\u00e0 impopulaire, d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9.<\/p>\n<p>La Cabale des Importants, faction regroupant les Grands, victimes hier de la politique de Richelieu et voulant leur revanche, ourdit un complot (27\u00a0mai 1643). \u00c0 sa t\u00eate, la duchesse de Chevreuse et le duc de Beaufort, petit-fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es\u00a0: proche du peuple, le \u00ab\u00a0roi des Halles\u00a0\u00bb n\u2019a pas la morgue des Importants. Ils veulent \u00e9liminer \u00ab\u00a0le Mazarin\u00a0\u00bb, d\u00e9pouiller la Maison de Cond\u00e9 (combl\u00e9e de biens et privil\u00e8ges par Richelieu), signer la paix avec l\u2019Espagne et l\u2019Autriche. Mazarin apprend la conspiration\u00a0: Beaufort est embastill\u00e9, la duchesse et les autres conjur\u00e9s, exil\u00e9s. C\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde o\u00f9 les m\u00eames acteurs se retrouveront, cinq ans apr\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet pour Mazarin (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin de la Fronde. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9, qui fuit aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle. Cependant que les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre.<\/p>\n<p>Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense, donc je suis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"722\" class=\"cit-num\">722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DESCARTES<\/span> (1596-1650), <em>Discours de la m\u00e9thode pour bien conduire sa raison et chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les sciences, plus la dioptrique, les m\u00e9t\u00e9ores et la g\u00e9om\u00e9trie, qui sont des essais de cette m\u00e9thode<\/em> (1637)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00e9nement majeur d\u00e9passant le cadre de la litt\u00e9rature pour devenir fait de soci\u00e9t\u00e9. Le titre est \u00e0 lui seul une citation et tout un programme. Et la formule lapidaire, rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre, va d\u00e9clencher, avec quelques autres, des pol\u00e9miques qui finiront par la mise \u00e0 l\u2019Index des \u0153uvres de Descartes, apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>Philosophe, math\u00e9maticien et physicien, l\u2019auteur s\u2019est prudemment r\u00e9fugi\u00e9 dans la proche, protestante et bourgeoise Hollande, pour poursuivre son \u0153uvre. La condamnation de Galil\u00e9e par le Saint-Office n\u2019est pas si lointaine (1633). Coupable d\u2019avoir affirm\u00e9, contre la Bible, que la Terre tourne autour du Soleil, et non l\u2019inverse, l\u2019astronome italien aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Et pourtant, elle tourne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Descartes a d\u2019autres audaces et la premi\u00e8re est simple\u00a0: il faut v\u00e9rifier par le raisonnement toutes les id\u00e9es ou v\u00e9rit\u00e9s re\u00e7ues. C\u2019est cela, l\u2019essentiel de sa m\u00e9thode. Mais c\u2019est une rupture avec tout ce qui est enseign\u00e9 dans les universit\u00e9s. Le cart\u00e9sianisme aura des vertus d\u00e9stabilisantes et des cons\u00e9quences scientifiques que l\u2019auteur ne soup\u00e7onnait pas\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la m\u00e9taphysique, le tronc la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"595\" class=\"cit-num\">595<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DESCARTES<\/span> (1596-1650), <em>Discours de la m\u00e9thode<\/em> (1637)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cart\u00e9sianisme est un succ\u00e8s mondain \u2013 en m\u00eame temps que savant \u2013 et Descartes suscite, sans l\u2019avoir voulu, d\u2019immenses pol\u00e9miques. Son \u00ab\u00a0doute m\u00e9thodique\u00a0\u00bb va la\u00efciser la pens\u00e9e europ\u00e9enne et engager la recherche dans la conqu\u00eate de la nature et de ses secrets. Mais l\u2019\u0153uvre sera condamn\u00e9e par l\u2019\u00c9glise et bient\u00f4t mise \u00e0 l\u2019Index \u2013 Descartes, prudent, s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 en Hollande.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">II<\/span>. Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: pamphl\u00e9taire et pol\u00e9mique par d\u00e9finition.<\/h4>\n<p><strong>1. Les \u0153uvres des philosophes.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4_5.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00c9vangile jusqu\u2019au<em> Contrat social<\/em>, ce sont les livres qui ont fait les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1000\" class=\"cit-num\">1000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>M\u00e9langes litt\u00e9raires, politiques et philosophiques<\/em>, \u00ab\u00a0Sur les \u00e9loges historiques de <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0S\u00e9guier et de Malesherbes\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les philosophes n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9volutionnaires, mais leur pens\u00e9e le devint, diffus\u00e9e par leurs \u0153uvres. En sch\u00e9matisant\u00a0: \u00e0 Voltaire le temps de la pr\u00e9-R\u00e9volution\u00a0; Montesquieu triomphe sous la Constituante o\u00f9 Diderot aussi a son heure\u00a0; puis L\u00e9gislative et Convention s\u2019inscrivent sous le signe de Rousseau qui inspire l\u2019\u00e9lan des discours jacobins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans m\u00e9nagement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"995\" class=\"cit-num\">995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u2019<span class=\"caps\">ALEMBERT<\/span> (1717-1783), <em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, Discours pr\u00e9liminaire (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le credo de cette immense entreprise collective\u00a0: lutte contre les pr\u00e9jug\u00e9s, triomphe de la raison. L\u2019\u0153uvre sera parfois moins hardie que la pens\u00e9e de tel ou tel philosophe, il faut ruser avec la censure, les grands articles respectent une certaine orthodoxie. La tactique des renvois \u00e0 des petits articles permet d\u2019avancer des opinions plus os\u00e9es \u2013 le public a vite compris le jeu. Les censeurs aussi, parfois. Un arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat interdit la vente et la d\u00e9tention des deux premiers tomes, le 7\u00a0f\u00e9vrier 1752. En mai, le gouvernement plus lib\u00e9ral prie d\u2019Alembert et Diderot de se remettre au travail.<\/p>\n<p>Ce monument philosophique et scientifique, malgr\u00e9 ses erreurs et ses lacunes, va diffuser la pens\u00e9e nouvelle et promouvoir un \u00e9tat d\u2019esprit universellement curieux et critique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> fut bien plus qu\u2019un livre. Ce fut une faction. \u00c0 travers les pers\u00e9cutions, elle alla grossissant. L\u2019Europe enti\u00e8re s\u2019y mit. Belle conspiration g\u00e9n\u00e9rale qui devint celle de tout le monde. Troie enti\u00e8re s\u2019embarqua elle-m\u00eame dans le cheval de Troie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1132\" class=\"cit-num\">1132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019affaire de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> commence\u00a0: le scepticisme de l\u2019article \u00ab\u00a0Certitude\u00a0\u00bb alerte les j\u00e9suites, et les jans\u00e9nistes se mettent pour une fois dans leur camp.<\/p>\n<p>Le 7\u00a0f\u00e9vrier 1752, un arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat interdit la vente et la d\u00e9tention des deux premiers tomes\u00a0: <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est accus\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9lever les fondements de l\u2019irr\u00e9ligion et de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 [\u2026] d\u2019ins\u00e9rer plusieurs maximes tendant \u00e0 d\u00e9truire l\u2019autorit\u00e9 royale, \u00e0 \u00e9tablir l\u2019esprit d\u2019ind\u00e9pendance et de r\u00e9volte\u00a0\u00bb. Mme\u00a0de Pompadour, par haine des j\u00e9suites, s\u2019oppose \u00e0 la pers\u00e9cution des Encyclop\u00e9distes, et Malesherbes, directeur de la librairie (charg\u00e9 de surveiller la publication des livres et donc responsable de la censure), veut une politique lib\u00e9rale. En mai\u00a01752, le gouvernement prie Diderot et d\u2019Alembert de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage. Mais la cabale continuera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut r\u00e9pondre \u00e0 un livre par un livre, et non par des prisons et des supplices qui d\u00e9truisent l\u2019homme, sans d\u00e9truire ses raisons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"992\" class=\"cit-num\">992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron d\u2019<span class=\"caps\">HOLBACH<\/span> (1723-1789), <em>La Politique naturelle ou Discours sur les vrais principes de gouvernement<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res voit la victoire des id\u00e9es, mais c\u2019est encore un temps de pers\u00e9cution contre la libert\u00e9 de pens\u00e9e\u00a0: tous les philosophes souffrent de la censure, plusieurs sont embastill\u00e9s, \u00e0 commencer par Voltaire, et l\u2019intol\u00e9rance (surtout en mati\u00e8re religieuse) dresse des b\u00fbchers o\u00f9 les livres ne sont pas seuls \u00e0 br\u00fbler.<\/p>\n<p><strong>2. La bande des quatre\u00a0: Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Montesquieu<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montesquieu_1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"475\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les lois [\u2026] sont les rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1004\" class=\"cit-num\">1004<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> est la grande \u0153uvre de sa vie. Il para\u00eet en octobre\u00a01648 \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: succ\u00e8s consid\u00e9rable, 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb, dit Mme\u00a0du Deffand \u2013 ce n\u2019est qu\u2019un mot, et il est injuste.<\/p>\n<p>Montesquieu cr\u00e9e ici une science des lois\u00a0: il cherche leur \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, discerne un ordre, une raison et s\u2019efforce de comprendre. Mais la d\u00e9marche est parfois mal comprise\u00a0: expliquer l\u2019esclavage, le despotisme, les lois qui les instaurent, ce n\u2019est pas les justifier pour autant. Montesquieu dit seulement ce qui est, avant de dire ce qui devrait \u00eatre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans l\u2019\u00e9tat de nature, les hommes naissent bien dans l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0; mais ils n\u2019y sauraient rester. La soci\u00e9t\u00e9 la leur fait perdre, et ils ne redeviennent \u00e9gaux que par les lois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1005\" class=\"cit-num\">1005<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montesquieu a plus souvent parl\u00e9 de libert\u00e9 que d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 oppos\u00e9 en cela \u00e0 Rousseau. Mais dans cette justification des lois dans la soci\u00e9t\u00e9, il existe un cousinage avec l\u2019id\u00e9e de base du <em>Contrat social<\/em>. Tout l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e9tant fond\u00e9 sur les privil\u00e8ges (fiscaux et autres), donc sur un principe fondamental d\u2019in\u00e9galit\u00e9, seule une r\u00e9forme litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire pouvait amener l\u2019\u00e9galit\u00e9. Des ministres \u00e9clair\u00e9s en proposeront des amorces, sans pouvoir les imposer aux privil\u00e9gi\u00e9s qui conduiront in\u00e9luctablement \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb r\u00e9gime \u00e0 sa perte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une chose n\u2019est pas juste parce qu\u2019elle est loi [\u2026], mais elle doit \u00eatre loi parce qu\u2019elle est juste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1006\" class=\"cit-num\">1006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que de chemin parcouru depuis Montaigne\u00a0: \u00ab\u00a0Les lois se maintiennent en cr\u00e9dit non parce qu\u2019elles sont justes, mais parce qu\u2019elles sont lois\u00a0\u00bb (<em>Essais<\/em>) et Pascal\u00a0: \u00ab\u00a0Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n\u2019y ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 cause qu\u2019il les croit justes\u00a0\u00bb (<em>Pens\u00e9es<\/em>). Et comme tous les philosophes des Lumi\u00e8res, Montesquieu assure (Pr\u00e9face de<em> L\u2019Esprit des lois<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que le peuple soit \u00e9clair\u00e9.\u00a0\u00bb Toutes ces id\u00e9es nouvelles qui circulent dans des cercles de plus en plus larges vont fissurer l\u2019\u00e9difice social et amener l\u2019explosion r\u00e9volutionnaire que le prudent Montesquieu ne souhaitait pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a point encore de libert\u00e9 si la puissance de juger n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e de la puissance l\u00e9gislative et de l\u2019ex\u00e9cutrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1011\" class=\"cit-num\">1011<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le fameux principe de la s\u00e9paration des pouvoirs\u00a0: \u00ab\u00a0Tout serait perdu si le m\u00eame homme, ou le m\u00eame corps [\u2026] exer\u00e7ait ces trois pouvoirs\u00a0: celui de faire les lois, celui d\u2019ex\u00e9cuter les r\u00e9solutions publiques, et celui de juger les crimes ou les diff\u00e9rends des particuliers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La constitution anglaise, monarchique en apparence, r\u00e9publicaine en r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9sente un bon \u00e9quilibre des trois pouvoirs\u00a0: elle s\u00e9duit fort le philosophe qui l\u2019a vu fonctionner sur place. La<em> D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (article\u00a016) consacrera cette s\u00e9paration des pouvoirs, en 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour qu\u2019on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arr\u00eate le pouvoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1012\" class=\"cit-num\">1012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En plus de la s\u00e9paration des pouvoirs, il souhaite leur \u00e9quilibre\u00a0: pouvoirs interm\u00e9diaires (noblesse, Parlements) face \u00e0 l\u2019arbitraire royal. D\u2019o\u00f9 une monarchie temp\u00e9r\u00e9e, tr\u00e8s loin du r\u00e9gime devenu despotique sous Mazarin, Richelieu et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Les Monarchiens des premiers mois de la R\u00e9volution tenteront de faire triompher cette \u00e9volution qui aurait fait l\u2019\u00e9conomie d\u2019une r\u00e9volution. Mais Condorcet, d\u00e8s avant la R\u00e9volution, r\u00e9futait ce syst\u00e8me de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quilibre\u00a0\u00bb comme absurde\u00a0: \u00ab\u00a0Un esclave qui aurait deux ma\u00eetres, souvent divis\u00e9s entre eux, cesserait-il d\u2019\u00eatre esclave\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement est comme toutes les choses du monde\u00a0; pour le conserver, il faut l\u2019aimer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1013\" class=\"cit-num\">1013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e9orie mise \u00e0 part, cette phrase de grand bon sens explique tout, y compris le chaos politique du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la mort d\u2019un Ancien R\u00e9gime mal aim\u00e9 de tous les Fran\u00e7ais, qu\u2019ils soient du peuple ou des ordres privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb a dit Mme\u00a0du Deffand qui tient le plus c\u00e9l\u00e8bre salon du si\u00e8cle. C\u2019est \u00ab\u00a0le plus grand livre du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, \u00e9crira au <span class=\"caps\">XX<\/span>e le philosophe Paul Janet qui le place aussi haut que la <em>Politique<\/em> d\u2019Aristote. Seule certitude, l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 venir doit beaucoup \u00e0 cette derni\u00e8re \u0153uvre de Montesquieu. Aujourd\u2019hui encore, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Montesquieu\u00a0: pour sa classification des trois formes de gouvernement (r\u00e9publicain, monarchique, despotique), et pour son principe de la s\u00e9paration des pouvoirs (ex\u00e9cutif, l\u00e9gislatif, judiciaire).<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Voltaire<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_3.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"495\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les rois sont avec leurs ministres comme les cocus avec leurs femmes\u00a0: ils ne savent jamais ce qui se passe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"952\" class=\"cit-num\">952<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> s\u2019int\u00e9ressa sans doute tardivement \u00e0 son m\u00e9tier de roi \u2013 les historiens sont partag\u00e9s sur ce point. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tr\u00e8s consciencieux, fut vite d\u00e9pass\u00e9 par la situation et la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes. Mais les ministres eux-m\u00eames sont fort peu au courant de l\u2019\u00e9tat du royaume, faute de bonnes enqu\u00eates et statistiques pour \u00e9clairer leur politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cultivons notre jardin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1021\" class=\"cit-num\">1021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du conte, non sans rapport avec les soucis du jardinier qui vient d\u2019acheter le ch\u00e2teau de Ferney. Mais la formule est surtout symbolique et souvent mal comprise. C\u2019est tout sauf de l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0: \u00ab\u00a0notre jardin\u00a0\u00bb, c\u2019est le monde. Et si la Providence se d\u00e9sint\u00e9resse des hommes, il leur appartient d\u2019agir et de rendre meilleur leur \u00ab\u00a0jardin\u00a0\u00bb, de faire prosp\u00e9rer leur terre, d\u2019y travailler pour le progr\u00e8s. C\u2019est un credo \u00e9cologique, avant la lettre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec Rousseau), sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite. Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, il se bat pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la mort pour que vous ayez le droit de le dire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1031\" class=\"cit-num\">1031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), citation apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb, phrase sans doute jamais \u00e9crite, peut-\u00eatre dite. L\u2019\u0153uvre immense et prot\u00e9iforme de cet auteur philosophe est si riche en bons et beaux mots\u00a0! Mais elle refl\u00e8te l\u2019homme, sa pens\u00e9e, sa vie et m\u00eame son style. D\u2019o\u00f9 la fortune historique et somme toute m\u00e9rit\u00e9e de cette citation apocryphe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pape est une idole \u00e0 qui on lie les mains et dont on baise les pieds\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1141\" class=\"cit-num\">1141<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019en amuse et se r\u00e9jouit pour une autre raison, dans une lettre \u00e0 d\u2019Alembert (13\u00a0novembre\u00a01756)\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant la guerre des Parlements et des \u00e9v\u00eaques, les gens raisonnables ont beau jeu et vous aurez le loisir de farcir <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> de v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019on n\u2019e\u00fbt pas os\u00e9 dire, il y a vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais ces querelles franco-fran\u00e7aises, partisanes et mesquines, sont du plus mauvais effet\u00a0: \u00c9glise, Parlement, pouvoir royal se d\u00e9consid\u00e8rent aux yeux de l\u2019opinion. Laquelle a d\u2019autres soucis, avec la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je s\u00e8me un grain qui pourra produire un jour une moisson.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1176\" class=\"cit-num\">1176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ce trait\u00e9 pour Calas, et pour que justice soit rendue. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Attendons tout du temps, de la bont\u00e9 du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l\u2019esprit de raison qui commence \u00e0 r\u00e9pandre partout sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb Deux ans apr\u00e8s, c\u2019est la r\u00e9habilitation de Calas\u00a0! Les m\u00eames mots se retrouvent alors dans ses <em>Lettres<\/em>, avec cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a donc de la justice et de l\u2019humanit\u00e9 chez les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Grand Conseil, le 9\u00a0mars 1765, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des quarante juges, s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. Au terme de trois ans de lutte, c\u2019est une victoire personnelle du philosophe et le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes, et d\u2019autant plus partiales que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019auteur va continuer de s\u2019engager dans les grandes affaires de son temps. \u00c0 60\u00a0ans pass\u00e9s, Voltaire sait abandonner une \u0153uvre en cours, pour sauver un innocent, ou du moins sa m\u00e9moire. Alors que Rousseau, auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em>, trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation, abandonne \u00e0 l\u2019Assistance publique les cinq enfants qu\u2019il fait \u00e0 une servante illettr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Rousseau <\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rousseau_1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"556\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates perdus si vous oubliez que les fruits sont \u00e0 tous, et que la terre n\u2019est \u00e0 personne\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1037\" class=\"cit-num\">1037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le<em> Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9<\/em> est un br\u00fblot dangereux pour la soci\u00e9t\u00e9. Constat num\u00e9ro un, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 na\u00eet de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le premier qui ayant enclos un terrain s\u2019avisa de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Ceci est \u00e0 moi\u00a0\u00bb, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de mis\u00e8res et d\u2019horreurs n\u2019e\u00fbt point \u00e9pargn\u00e9 au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le foss\u00e9, e\u00fbt cri\u00e9 \u00e0 ses semblables\u00a0: \u00ab\u00a0Gardez-vous d\u2019\u00e9couter cet imposteur\u00a0; vous \u00eates perdus\u2026\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Propos br\u00fblants, mise en cause du principe de la propri\u00e9t\u00e9 sur lequel reposent les soci\u00e9t\u00e9s modernes\u00a0: c\u2019est la voie ouverte au socialisme. Rousseau se montre ici le plus hardi des philosophes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est n\u00e9 libre et partout il est dans les fers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1039\" class=\"cit-num\">1039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Du contrat social<\/em>, Pr\u00e9ambule (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <em>Contrat social<\/em> est l\u2019\u0153uvre ma\u00eetresse du philosophe. Il constate l\u2019\u00e9chec des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Et d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Comment ce changement s\u2019est-il fait\u00a0? Je l\u2019ignore. Qu\u2019est-ce qui peut le rendre l\u00e9gitime\u00a0? Je crois pouvoir r\u00e9soudre cette question (\u2026) Trouver une forme d\u2019association qui d\u00e9fende et prot\u00e8ge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ\u00e9, et par laquelle chacun, s\u2019unissant \u00e0 tous, n\u2019ob\u00e9isse pourtant qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame, et reste aussi libre qu\u2019auparavant. Tel est le probl\u00e8me fondamental dont le <em>Contrat social<\/em> donne la solution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il m\u00e9ditait depuis longtemps de livrer le message de son id\u00e9al politique\u00a0: selon Edgar Quinet, le<em> Contrat social<\/em> est le \u00ab\u00a0livre de la loi\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution et Rousseau \u00ab\u00a0est lui-m\u00eame \u00e0 cette R\u00e9volution ce que le germe est \u00e0 l\u2019arbre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La souverainet\u00e9 n\u2019\u00e9tant que l\u2019exercice de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ne peut jamais s\u2019ali\u00e9ner, et le [peuple] souverain, qui n\u2019est qu\u2019un \u00eatre collectif, ne peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 que par lui-m\u00eame\u00a0; le pouvoir peut bien se transmettre, mais non la volont\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1043\" class=\"cit-num\">1043<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est clair et redit plusieurs fois\u00a0: \u00ab\u00a0La volont\u00e9 ne se repr\u00e9sente pas.\u00a0\u00bb Selon Rousseau, le peuple souverain ne saurait d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 des repr\u00e9sentants le pouvoir de faire des lois \u00e0 sa place\u00a0: la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale doit s\u2019exprimer directement. Principe inapplicable qui fera dire \u00e0 Siey\u00e8s que Rousseau est un \u00ab\u00a0philosophe aussi parfait de sentiment que faible de vues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus r\u00e9aliste, Rousseau charge l\u2019ex\u00e9cutif (prince ou gouvernement) d\u2019appliquer les lois, mais il reste \u00e0 tout moment r\u00e9vocable. La souverainet\u00e9 du peuple sera proclam\u00e9e d\u00e8s la Constituante, mais associ\u00e9e au principe de repr\u00e9sentativit\u00e9. Robespierre plus tard au pouvoir invoquera sa m\u00e9fiance pour la repr\u00e9sentation, chaque fois que l\u2019Assembl\u00e9e ne lui semble pas \u00ab\u00a0marcher dans le sens de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute loi que le peuple en personne n\u2019a pas ratifi\u00e9e est nulle\u00a0; ce n\u2019est point une loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1044\" class=\"cit-num\">1044<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le principe de la ratification populaire des lois est l\u2019une des rares id\u00e9es rousseauistes pr\u00e9cises, apport\u00e9e \u00e0 la R\u00e9volution et adopt\u00e9e par la Constitution de 1793. Le plus souvent, l\u2019inspiration est au niveau de principes aussi g\u00e9n\u00e9raux que g\u00e9n\u00e9reux, dont la relative ind\u00e9termination permettra d\u2019ailleurs d\u2019inspirer des politiques contradictoires. Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 le destin politique de bien des id\u00e9es philosophiques et th\u00e9oriques\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019un peuple est contraint d\u2019ob\u00e9ir et qu\u2019il ob\u00e9it, il fait bien\u00a0; sit\u00f4t qu\u2019il peut secouer le joug et qu\u2019il le secoue, il fait encore mieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1047\" class=\"cit-num\">1047<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le droit \u00e0 l\u2019insurrection, et m\u00eame le devoir, quand le contrat social est viol\u00e9. Il sera reconnu dans l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Constitution de 1793 \u2013 inappliqu\u00e9e, d\u2019ailleurs inapplicable sur ce point.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous fiez \u00e0 l\u2019ordre actuel de la soci\u00e9t\u00e9 sans songer que cet ordre est sujet \u00e0 des r\u00e9volutions in\u00e9vitables [\u2026] Nous approchons de l\u2019\u00e9tat de crise et du si\u00e8cle des r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1167\" class=\"cit-num\">1167<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En note, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l\u2019Europe aient encore longtemps \u00e0 durer.\u00a0\u00bb La guerre de Sept Ans fut le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une crise morale profonde, ayant \u00e9puis\u00e9 tous les pays, m\u00eame l\u2019Angleterre et la Prusse, gagnantes, mais \u00e0 quel prix\u00a0! Les pertes militaires sont partout consid\u00e9rables et les populations civiles ont souffert, y compris du pillage, des famines.<\/p>\n<p>Les philosophes des Lumi\u00e8res, proph\u00e8tes des id\u00e9es nouvelles sans \u00eatre pour autant r\u00e9volutionnaires, voient-ils venir la R\u00e9volution\u00a0? La m\u00eame ann\u00e9e 1762, Rousseau publie <em>L\u2019\u00c9mile<\/em> et <em>La Profession de foi du vicaire savoyard<\/em>. C\u2019en est trop pour le Parlement, irrit\u00e9 surtout par ses id\u00e9es religieuses\u00a0: d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de prise de corps, il passe en Suisse et l\u2019homme traqu\u00e9 commence huit ann\u00e9es d\u2019errance, pers\u00e9cut\u00e9 dans sa vie et dans sa t\u00eate malade.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Diderot<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/diderot_0.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"496\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si un Ta\u00eftien [Tahitien] d\u00e9barquait un jour sur vos c\u00f4tes et s\u2019il gravait sur une de vos pierres ou sur l\u2019\u00e9corce d\u2019un de vos arbres\u00a0: ce pays appartient aux habitants de Ta\u00efti [Tahiti], qu\u2019en penserais-tu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"973\" class=\"cit-num\">973<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Denis Diderot\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains philosophes, comme Diderot, vont tr\u00e8s loin dans l\u2019anticolonialisme et mettent en cause le principe m\u00eame de la colonisation, en particulier le droit de l\u2019occupant. D\u2019autres, tel l\u2019abb\u00e9 Raynal, affichent carr\u00e9ment leur anticolonialisme, ou tel Montesquieu, r\u00e9agissent contre le principe m\u00eame de l\u2019esclavage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s important de ne pas prendre de la cigu\u00eb pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1055\" class=\"cit-num\">1055<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>La Lettre sur les aveugles \u00e0 l\u2019usage de ceux qui voient<\/em> (1749)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites a vite \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb tourn\u00e9\u00a0: du d\u00e9isme au scepticisme, puis \u00e0 l\u2019ath\u00e9isme et au mat\u00e9rialisme. Cette trop libre pens\u00e9e lui vaut trois mois de prison au donjon de Vincennes. Il s\u2019efforcera ensuite d\u2019\u00eatre un peu plus prudent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fanatisme est une peste qui reproduit de temps en temps des germes capables d\u2019infester la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1057\" class=\"cit-num\">1057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Christianisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est aussi hardie sur le plan religieux que prudente en politique, sauf quand Diderot prend la plume. Fr\u00e8re de Voltaire par la pens\u00e9e, il \u00e9crit dans l\u2019article Intol\u00e9rance\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intol\u00e9rant est un m\u00e9chant homme, un mauvais chr\u00e9tien, un sujet dangereux, un mauvais politique et un mauvais citoyen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucun homme n\u2019a re\u00e7u de la nature le droit de commander aux autres. La libert\u00e9 est un pr\u00e9sent du ciel, et chaque individu de la m\u00eame esp\u00e8ce a le droit d\u2019en jouir aussit\u00f4t qu\u2019il jouit de la raison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1059\" class=\"cit-num\">1059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot, auteur de plus de mille articles, r\u00e9dige le plus hardi en mati\u00e8re politique\u00a0: c\u2019est la condamnation de l\u2019absolutisme, qui s\u2019inspire de Locke et rejoint le Rousseau du <em>Contrat social<\/em>. Selon Diderot, la seule autorit\u00e9 \u00e9tablie par la nature est la puissance paternelle, limit\u00e9e dans le temps. Toute autre autorit\u00e9 ne peut avoir que deux sources\u00a0: \u00ab\u00a0la force et la violence de celui qui s\u2019en est empar\u00e9, ou le consentement de ceux qui s\u2019y sont soumis par un contrat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le prince tient de ses sujets m\u00eames l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019il a sur eux\u00a0; et cette autorit\u00e9 est born\u00e9e par les lois de la nature et de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1061\" class=\"cit-num\">1061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Autorit\u00e9 politique\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la n\u00e9gation formelle de la monarchie de droit divin. \u00ab\u00a0Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation et ind\u00e9pendamment du choix marqu\u00e9 dans le contrat de soumission.\u00a0\u00bb Dans l\u2019article Pouvoir, il reprend la m\u00eame id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le consentement des hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9 est le fondement du pouvoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre interminable, c\u2019est celle du peuple qui veut \u00eatre libre, et du roi qui veut commander.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1064\" class=\"cit-num\">1064<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Principes de politique des souverains<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vue proph\u00e9tique. Tous les philosophes du si\u00e8cle ont d\u2019ailleurs annonc\u00e9 la R\u00e9volution, sans la vouloir et sans le savoir.<\/p>\n<p><strong>3. Autres auteurs et m\u00eame esprit pamphl\u00e9taire ou provocateur.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Chamfort, po\u00e8te et moraliste, une mine de citations.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chamfort.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"401\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Amiti\u00e9 de cour, foi de renards, soci\u00e9t\u00e9 de loups.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"954\" class=\"cit-num\">954<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme attachant, \u00e9crivain tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 des salons litt\u00e9raires, Acad\u00e9micien, journaliste critique et moraliste pessimiste \u2013 une syphilis compromit sa carri\u00e8re et sa vie.<\/p>\n<p>La cour reste un microcosme o\u00f9 les places sont ch\u00e8res et les appel\u00e9s toujours en plus grand nombre que les \u00e9lus. Mais elle cesse d\u2019\u00eatre l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat comme sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pour devenir l\u2019instrument des int\u00e9r\u00eats particuliers de la haute noblesse, lieu de toutes les intrigues, cabales et corruptions sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Pire encore sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: les coteries se font plus insolentes autour de la reine et des fr\u00e8res du roi, cependant que les scandales \u00e9claboussent le tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un cardinal\u00a0? C\u2019est un pr\u00eatre habill\u00e9 de rouge qui a cent mille \u00e9cus du roi, pour se moquer de lui au nom du pape.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"960\" class=\"cit-num\">960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794),<em> Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le clerg\u00e9 reste l\u2019un des fondements de l\u2019Ancien R\u00e9gime et sans doute le plus profond\u00e9ment loyaliste. Mais la religion est contest\u00e9e dans son ensemble, \u00e9branl\u00e9e par la philosophie nouvelle et d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e par diverses pratiques et querelles, cependant que le haut clerg\u00e9 (tous les \u00e9v\u00eaques sont nobles apr\u00e8s 1760) a des pr\u00e9occupations plus la\u00efques que religieuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les bourgeois, par une vanit\u00e9 ridicule, font de leur fille un fumier pour les terres des gens de qualit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"962\" class=\"cit-num\">962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alliances d\u2019int\u00e9r\u00eats ou m\u00e9salliances contre nature, selon le point de vue, cette pratique est courante depuis la fin du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: la bourgeoisie est avide de gentilhommerie et la noblesse \u00e0 court d\u2019argent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 est compos\u00e9e de deux grandes classes\u00a0: ceux qui ont plus de d\u00eeners que d\u2019app\u00e9tit et ceux qui ont plus d\u2019app\u00e9tit que de d\u00eeners.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"984\" class=\"cit-num\">984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9, valable en tout temps et tout lieu, s\u2019impose plus cruellement \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime o\u00f9 les riches (privil\u00e9gi\u00e9s) se sont enrichis, sans que les pauvres (surimpos\u00e9s) aient leur juste part de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme d\u2019esprit me disait l\u2019autre jour que le gouvernement de la France \u00e9tait une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"993\" class=\"cit-num\">993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, la chanson (le plus souvent anonyme) \u00e9tait l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possibles. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, elle garde cette fonction. Diderot parlant du peuple dans ses<em> Principes de politique des souverains<\/em> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut lui permettre la satire et la plainte\u00a0: la haine renferm\u00e9e est plus dangereuse que la haine ouverte.\u00a0\u00bb Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime presque aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>\u00c9conomistes, ministres et autres philosophes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pierre_samuel_du_pont_de_nemours.jpg\" width=\"400\" height=\"450\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817),<em> De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste \u2013 et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie. La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les colonies fond\u00e9es par les diverses puissances de l\u2019Europe ont toutes \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies pour l\u2019utilit\u00e9 de la m\u00e9tropole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"971\" class=\"cit-num\">971<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CHOISEUL<\/span> (1719-1785), secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat en 1767<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choiseul et la France d\u2019outre-mer apr\u00e8s le trait\u00e9 de Paris\u00a0: \u00e9tude sur la politique coloniale au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle (1892), Eug\u00e8ne Daubigny.<\/p>\n<p>Pratiquement chef de gouvernement en 1767 \u2013 secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, \u00e9galement ministre de la Guerre et de la Marine \u2013 il exprime la position de la France et l\u2019opinion dominante en Europe, depuis deux si\u00e8cles\u00a0: tout grand pays se doit d\u2019avoir un empire colonial. <em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> pr\u00e9sente la m\u00eame conception\u00a0: \u00ab\u00a0Les colonies n\u2019\u00e9tant \u00e9tablies que pour l\u2019utilit\u00e9 de la m\u00e9tropole [\u2026] doivent \u00eatre sous sa d\u00e9pendance et par cons\u00e9quent sous sa protection.\u00a0\u00bb M\u00e9conna\u00eetre cette r\u00e9alit\u00e9 est source d\u2019anachronisme. Mais une opinion contraire existe, minoritaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les colonies sont comme des fruits qui tiennent \u00e0 l\u2019arbre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils en aient re\u00e7u une nourriture suffisante, alors ils s\u2019en d\u00e9tachent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"972\" class=\"cit-num\">972<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), en 1748.<em> Discours politiques<\/em> (2007), Abraham Sighoko Fossi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les physiocrates et les lib\u00e9raux sont plus anticolonialistes que Choiseul, avec un argument qui vaudra \u00e9galement au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: l\u2019int\u00e9r\u00eat des colonies pour la m\u00e9tropole est rien moins qu\u2019\u00e9vident.<\/p>\n<p>Turgot (ministre, en 1774) appartient \u00e0 cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019homme politique ayant une vocation \u00e9conomique et pas seulement juridique. La France en aura bien besoin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019esclavage n\u2019est pas seulement un \u00e9tat humiliant pour celui qui le subit, mais pour l\u2019humanit\u00e9 qui en est d\u00e9grad\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"974\" class=\"cit-num\">974<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chevalier de <span class=\"caps\">JAUCOURT<\/span> (1704-1779). <em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Esclavage\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9rudit, protestant, ami de Diderot et d\u2019Alembert, philosophe contributeur \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die. Il fl\u00e9trit l\u2019esclavage au nom du droit naturel et de la dignit\u00e9 humaine. Diderot d\u00e9nonce par ailleurs un esclavage plus subtil et donc pervers\u00a0: \u00ab\u00a0Avoir des esclaves n\u2019est rien, mais ce qui est intol\u00e9rable, c\u2019est d\u2019avoir des esclaves en les appelant citoyens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Le trio des grands provocateurs\u00a0: Laclos, Sade, Meslier.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sade.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"399\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le luxe absorbe tout\u00a0: on le bl\u00e2me, mais il faut l\u2019imiter\u00a0; et le superflu finit par priver du n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"987\" class=\"cit-num\">987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Choderlos de <span class=\"caps\">LACLOS<\/span> (1741-1803),<em> Les Liaisons dangereuses<\/em> (1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre de la marquise de Merteuil \u00e0 Mme\u00a0de Volanges. L\u2019auteur est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour cette seule \u0153uvre, sous-titr\u00e9e\u00a0: <em>Lettres recueillies dans une soci\u00e9t\u00e9 et publi\u00e9es pour l\u2019instruction de quelques autres<\/em>. Le cin\u00e9ma l\u2019a rendue tr\u00e8s populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par-l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814), <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes ou r\u00e9solument ath\u00e9es, Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte et sera condamn\u00e9 \u00e0 mort pour violences sexuelles, d\u00e8s 1772. Dans la <em>Philosophie dans le boudoir<\/em>, il \u00e9crit comme pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814), <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, il est condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois f\u00fbt \u00e9trangl\u00e9 avec les boyaux du dernier pr\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1165\" class=\"cit-num\">1165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MESLIER<\/span> (1664-1729), <em>Mon testament<\/em> (posthume, 1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnant destin de cet homme et de cette \u0153uvre. Cur\u00e9 dans les Ardennes, il scandalise en prenant \u00e0 son service des bonnes trop jeunes et d\u00e9nonce en chaire les mauvais traitements du seigneur sur les paysans de sa paroisse. L\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 semonce le cur\u00e9 comme il se doit. Il se range en apparence, mais \u00e9crit en secret des pages incendiaires, volumineux m\u00e9moire recopi\u00e9 en trois exemplaires et l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses paroissiens, \u00e0 sa mort (1729).<\/p>\n<p>Des copies circulent sous le manteau, toute l\u2019Europe des Lumi\u00e8res a lu Meslier \u2013 qui a lui-m\u00eame lu et annot\u00e9 la Bible, les auteurs latins, Montaigne, Pascal, F\u00e9nelon, Saint-Simon. Voltaire d\u00e9cide de publier le <em>Testament<\/em>. Mais ce cri de haine contre le roi et la religion est d\u2019une telle violence qu\u2019il r\u00e9\u00e9crit nombre de passages, transformant l\u2019ath\u00e9isme extr\u00eame en d\u00e9isme prudent. Voltaire n\u2019est ni anarchiste ni r\u00e9volutionnaire. L\u2019histoire de la pens\u00e9e politique fera de Meslier le pr\u00e9curseur des Lumi\u00e8res, mais aussi du socialisme, avant Mably, et du communisme, avant Babeuf.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Le cas Beaumarchais, coup de th\u00e9\u00e2tre et coup de g\u00e9nie.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/beaumarchais_0.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"515\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1215\" class=\"cit-num\">1215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Barbier de S\u00e9ville<\/em> (1775)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie fut un roman, celle d\u2019un aventurier, libertin, parvenu, trafiquant d\u2019armes, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de la fermentation sociale qui pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9volution. Fils d\u2019un horloger, professeur de harpe des filles de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, puis juge des d\u00e9lits de braconnage sur les terres royales, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est introduit dans le monde de la finance. Un proc\u00e8s l\u2019oppose \u00e0 un Grand (le comte de La Blache) et lui vaut une notori\u00e9t\u00e9 subite, en lui offrant l\u2019occasion de d\u00e9noncer publiquement la v\u00e9nalit\u00e9 d\u2019un de ses juges. En 1777, Beaumarchais inventera la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve de la plume\u00a0\u00bb, mobilisant ses confr\u00e8res et cr\u00e9ant la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 d\u2019auteurs au monde, pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats d\u2019une corporation jusqu\u2019alors exploit\u00e9e par les Com\u00e9diens-Fran\u00e7ais. C\u2019est dire comme ce personnage combattant agit et innove sur tous les terrains.<\/p>\n<p>Cette version du Barbier remporte un succ\u00e8s imm\u00e9diat\u00a0: premier acte th\u00e9\u00e2tral v\u00e9ritablement pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, en attendant la suite, <em>Le Mariage<\/em>\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est d\u00e9testable\u00a0! Cela ne sera jamais jou\u00e9\u00a0! [\u2026] Il faudrait d\u00e9truire la Bastille pour que la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce ne f\u00fbt pas une incons\u00e9quence dangereuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1234\" class=\"cit-num\">1234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), qui vient de lire <em>Le Mariage de Figaro<\/em> avant sa cr\u00e9ation sur sc\u00e8ne. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Le Mariage de Figaro\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis quatre ans, Paris parle de cette pi\u00e8ce dont l\u2019auteur, Beaumarchais, est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour des raisons pas seulement litt\u00e9raires \u2013 proc\u00e8s gagn\u00e9s, aide \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique. Soumise \u00e0 six censeurs, interdite de repr\u00e9sentation \u00e0 Versailles au dernier moment en 1783, puis jou\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9, chez M. de Vaudreuil, le 23\u00a0septembre. Paris se presse pour la premi\u00e8re publique \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, le 27\u00a0avril 1784.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu que je ne parle en mes \u00e9crits ni de l\u2019autorit\u00e9, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en cr\u00e9dit, ni de l\u2019op\u00e9ra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne \u00e0 quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l\u2019inspection de deux ou trois censeurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1235\" class=\"cit-num\">1235<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Mariage de Figaro<\/em> ou<em> La Folle Journ\u00e9e<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La censure royale a remplac\u00e9 la censure religieuse de la Sorbonne au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 79 censeurs ont charge d\u2019autoriser ou d\u2019interdire livres ou pi\u00e8ces, selon leur moralit\u00e9. La censure inqui\u00e9tera plus ou moins tous les philosophes, qui iront se faire \u00e9diter en Suisse, Hollande, Angleterre. Abolie par la R\u00e9volution, r\u00e9tablie en 1797, de nouveau abolie, r\u00e9tablie, etc., c\u2019est une longue histoire dans l\u2019histoire, jusqu\u2019au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. Le th\u00e9\u00e2tre, spectacle public, est expos\u00e9 plus encore que le livre aux foudres ou aux tracasseries d\u2019Anastasie aux grands ciseaux. Il est normal que Beaumarchais en traite, pour s\u2019en moquer. En tout cas, l\u2019auteur a \u00e9crit l\u00e0 son chef-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parce que vous \u00eates un grand seigneur, vous vous croyez un grand g\u00e9nie\u00a0! Noblesse, fortune, un rang, des places\u00a0; tout cela rend si fier\u00a0! Qu\u2019avez-vous fait pour tant de biens\u00a0! Vous vous \u00eates donn\u00e9 la peine de na\u00eetre, et rien de plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"958\" class=\"cit-num\">958<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799),<em> Le Mariage de Figaro<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019apostrophe appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire avant la R\u00e9volution et l\u2019\u0153uvre longtemps censur\u00e9e conna\u00eetra un immense succ\u00e8s, pour ses vertus pol\u00e9miques autant que dramatiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00a0Il y a quelque chose de plus fou que ma pi\u00e8ce, c\u2019est son succ\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1236\" class=\"cit-num\">1236<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799). <em>Beaumarchais et son temps\u00a0: \u00e9tudes sur la soci\u00e9t\u00e9 en France au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s des documents in\u00e9dits<\/em> (1836), Louis de Lom\u00e9nie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur enchant\u00e9, apr\u00e8s le triomphe de la cr\u00e9ation \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Sous-titr\u00e9e<em> La Folle Journ\u00e9e<\/em>, la pi\u00e8ce sera jou\u00e9e plus de cent fois de suite \u2013 un record, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais Beaumarchais en fait trop, se retrouve \u00e0 la prison de Saint-Lazare (mars\u00a01785). Sa popularit\u00e9 ne sera plus jamais ce qu\u2019elle fut au soir du <em>Mariage<\/em> qui prit valeur de symbole.<\/p>\n<p>Selon Antoine Vitez, administrateur de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise qui monta la pi\u00e8ce pour le bicentenaire de la R\u00e9volution en 1989, \u00ab\u00a0<em>Le Mariage de Figaro<\/em> est tr\u00e8s l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Il est des \u0153uvres de po\u00e8tes g\u00e9niaux qui proph\u00e9tisent ce qui va se passer avec une acuit\u00e9 extr\u00eame. <em>La Chinoise<\/em> de Godard, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Mai 68 avant Mai 68, et <em>Les Bains<\/em> de Ma\u00efakowski, en 1929, la description de ce que serait le stalinisme avant Staline.<\/p>\n<p><strong>4. Au fil de la Chronique\u00a0: pamphlets et slogans, de la R\u00e9gence (1715) \u00e0 la R\u00e9volution (1789).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4_5.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a>\u00ab\u00a0Et ce prince admirable<br>Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin<br>Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme). <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige. Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple. Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, devenue reine, sera la cible de pamphlets par milliers.<\/p>\n<p>Comme le dit Eug\u00e8ne Scribe dans son <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois de Versailles<br>Nous venait le bon go\u00fbt,<br>Aujourd\u2019hui la canaille<br>R\u00e8gne et tient le haut bout.<br>Si la cour se ravale,<br>De quoi s\u2019\u00e9tonne-t-on\u00a0?<br>N\u2019est-ce pas de la halle<br>Que nous vient le poisson\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1163\" class=\"cit-num\">1163<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade de 1749.<em> Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si le peuple reproche son origine non noble \u00e0 la dame, c\u2019est de la cour que part le plus souvent ce genre de pamphlets (anonymes). La personne du roi est \u00e9galement attaqu\u00e9e. Les cabales se multiplient. Le lieutenant de police avoue son impuissance \u00e0 traquer les auteurs et ceux qui leur tiennent la main\u00a0: \u00ab\u00a0Je connais Paris autant qu\u2019on peut le conna\u00eetre. Mais je ne connais pas Versailles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet contre la reine<\/em>. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier (une escroquerie o\u00f9 elle n\u2019est pour rien) va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes des \u0153uvres de Voltaire et Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre aux ch\u00e2teaux, paix aux chaumi\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1281\" class=\"cit-num\">1281<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), qui s\u2019enthousiasme pour la R\u00e9volution d\u00e8s 1789. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0S\u00e9bastien-Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfois pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de \u00ab\u00a0Mort aux tyrans\u00a0\u00bb, souvent repris, ce slogan exprime le manich\u00e9isme de ces temps de trouble, dans un contexte de guerre \u00e9trang\u00e8re (et de lev\u00e9e en masse) qui s\u2019ajoute \u00e0 la guerre civile.<\/p>\n<p>La formule fera l\u2019objet d\u2019un d\u00e9cret \u00e0 la Convention nationale, dat\u00e9 du 15\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792. Le 5\u00a0septembre\u00a01793, autre d\u00e9cret dans la m\u00eame logique\u00a0: \u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire &amp; Litt\u00e9rature. S\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants) 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques &#8211; 8. Discours. Cette lecture propos\u00e9e a une triple actualit\u00e9. En plus du semi-confinement et des librairies ferm\u00e9es, le climat socio-politique [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":282,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8858","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8858","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8858"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8858\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12727,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8858\/revisions\/12727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8858"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8858"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8858"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}