{"id":8883,"date":"2021-03-22T00:00:00","date_gmt":"2021-03-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/la-commune-ou-lautre-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:09","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:09","slug":"la-commune-ou-lautre-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/la-commune-ou-lautre-revolution\/","title":{"rendered":"La Commune, ou l\u2019autre R\u00e9volution"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a>Question parfois pos\u00e9e\u00a0: faut-il comm\u00e9morer Napol\u00e9on ou la Commune\u00a0?<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas \u00e0 choisir\u00a0: pour <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, les deux s\u2019imposent \u00e0 un mois d\u2019intervalle. <\/p>\n<p>Proclam\u00e9e \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb le 28 mars 1871, la Commune de Paris se termine par la \u00ab\u00a0Semaine sanglante\u00a0\u00bb du 22 au 28 mai. Ex\u00e9cutions et r\u00e9pression, au total peut-\u00eatre 100\u00a0000 morts\u00a0: c\u2019est l\u2019un des plus terribles massacres de l\u2019Histoire.<br>La Commune a beaucoup de points communs avec la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Contexte guerrier omnipr\u00e9sent \u2013 installation simultan\u00e9e d\u2019une nouvelle R\u00e9publique \u2013 r\u00f4le majeur du Paris populaire et prompt aux barricades \u2013 m\u00e9lange du pire et du meilleur, la violence jusqu\u2019\u00e0 la Terreur et une f\u00e9condit\u00e9 l\u00e9gislative remarquable \u2013 jugements port\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rents sur le moment et post\u00e9rieurement aux \u00e9v\u00e9nements \u2013 retomb\u00e9es historiques importantes.\u00a0<\/p>\n<p>Autre point commun\u00a0: au fil de l\u2019Histoire, la France a multipli\u00e9 les \u00ab\u00a0Communes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0R\u00e9volutions\u00a0\u00bb. Mais la Commune et la R\u00e9volution (sans autre pr\u00e9cision) restent chacune unique en son genre. <br>Seule diff\u00e9rence\u00a0: tout se passe en deux mois au lieu de six ans. <\/p>\n<p>En un \u00e9dito d\u2019une semaine, nous allons rendre compte de la Commune avec une <strong>chronique<\/strong> des faits au jour le jour, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un <strong>prologue<\/strong> \u00e9voquant le contexte national tragique des six mois pr\u00e9c\u00e9dents, l\u2019<strong>\u00e9pilogue<\/strong> r\u00e9sumant en quelques citations le regard de l\u2019Histoire.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Prologue<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2321\" class=\"cit-num\">2321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri des gardes nationaux, 4\u00a0septembre 1870<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas encore \u00ab\u00a0la Commune\u00a0\u00bb, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb parisienne, la troisi\u00e8me en quarante ans.<\/p>\n<p>Paris a appris la capitulation de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u00e0 Sedan le 1er septembre. Le Corps l\u00e9gislatif veut assurer le pouvoir, mais les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains qui ont applaudi \u00e0 la d\u00e9faite veulent la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019empereur et de sa dynastie. Ce 4 septembre, la manifestation est organis\u00e9e par Blanqui l\u2019homme de tous les coups d\u2019\u00c9tat et Delescluze, d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour son opposition \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Le palais Bourbon est envahi. L\u00e9on Gambetta, sous la pression des forces populaires r\u00e9volutionnaires, proclame la d\u00e9ch\u00e9ance de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, puis le m\u00eame jour, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Il faut parer au plus press\u00e9, prot\u00e9ger le pays de l\u2019invasion allemande\u00a0: un gouvernement de la \u00ab\u00a0D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb va \u00eatre form\u00e9, pr\u00e9sid\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Trochu. En fait, le r\u00e9gime a moins \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 qu\u2019il n\u2019a disparu dans la tourmente de Sedan et sans la moindre effusion de sang, \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, j\u2019avais dit\u00a0: le jour o\u00f9 la R\u00e9publique rentrera, je rentrerai. Me voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2335\" class=\"cit-num\">2335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), de retour \u00e0 Paris, gare du Nord, 5\u00a0septembre 1870.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil, il rentre donc, sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique. Il a pris le train de nuit de Bruxelles, pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue\u00a0! La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler. C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Les paroles me manquent pour dire \u00e0 quel point m\u2019\u00e9meut l\u2019inexprimable accueil que me fait le g\u00e9n\u00e9reux peuple de Paris. [\u2026] Deux grandes choses m\u2019appellent. La premi\u00e8re, la r\u00e9publique. La seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir\u00a0? C\u2019est le v\u00f4tre, c\u2019est celui de tous. D\u00e9fendre Paris, garder Paris. Sauver Paris, c\u2019est plus que sauver la France, c\u2019est sauver le monde. Paris est le centre m\u00eame de l\u2019humanit\u00e9. Qui attaque Paris attaque en masse tout le genre humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre la gare du Nord et son domicile, la foule qui se presse l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours. Auteur immens\u00e9ment populaire, c\u2019est aussi la conscience et la grande voix de la France. Il aura naturellement droit au Panth\u00e9on, apr\u00e8s des obs\u00e8ques nationales. C\u2019est m\u00eame en son honneur que l\u2019\u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, au c\u0153ur du 5e arrondissement, retrouve cette vocation et cette inscription\u00a0: \u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me convient d\u2019\u00eatre avec les peuples qui meurent, je vous plains d\u2019\u00eatre avec les rois qui tuent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2339\" class=\"cit-num\">2339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 9\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en appelle aux Allemands pour que cesse cette \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb entre peuples d\u2019Europe. Mais la guerre continue, l\u2019ennemi approche, Paris est saisi d\u2019une fi\u00e8vre patriotique. Chaque quartier a son club o\u00f9 l\u2019on parle d\u2019abondance et dans chaque arrondissement se cr\u00e9ent des comit\u00e9s de vigilance, sous l\u2019impulsion des militants de la premi\u00e8re Internationale, rejoints par des radicaux et des Jacobins.<\/p>\n<p>Le mot de \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb est de nouveau acclam\u00e9, dans ce Paris r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Prussiens sont huit cent mille, vous \u00eates quarante\u00a0millions d\u2019hommes. Dressez-vous et soufflez sur eux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2340\" class=\"cit-num\">2340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 14\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il encourage toujours la France \u00e0 la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Lille, Nantes, Tours, Bourges, Orl\u00e9ans, Dijon, Toulouse, Bayonne, ceignez vos reins. En marche\u00a0! Lyon, prends ton fusil\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de rester dans la capitale \u2013 pour l\u2019honneur, et parce que la province n\u2019est pas tr\u00e8s favorable \u00e0 tous ces r\u00e9volutionnaires parisiens qui recommencent \u00e0 (se) manifester. Paris poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de nourriture (30\u00a0000 b\u0153ufs, 180\u00a0000 moutons), une v\u00e9ritable artillerie (700 pi\u00e8ces) et m\u00eame une marine de guerre, \u00ab\u00a0beaucoup d\u2019hommes, mais peu de soldats\u00a0\u00bb, aux dires de Trochu, gouverneur militaire. De quoi tenir un si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Les Prussiens assi\u00e8gent Paris (et Versailles) \u00e0 partir du 19\u00a0septembre 1870\u00a0: deux arm\u00e9es de 180\u00a0000 hommes. Les \u00ab\u00a0300\u00a0000 fusils\u00a0\u00bb fran\u00e7ais ne se pressent pas aux \u00ab\u00a0fortifs\u00a0\u00bb, les soldats de la garde nationale pr\u00e9f\u00e8rent aller boire leur solde et jouer au bouchon. \u00c0 la premi\u00e8re attaque allemande, la d\u00e9bandade est imm\u00e9diate\u00a0: v\u00e9ritable sauve-qui-peut.<\/p>\n<p>Les onze du gouvernement de la D\u00e9fense nationale sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements. Gambetta seul se bat \u2013 il faut affermir cette R\u00e9publique qui n\u2019a pour l\u2019heure la caution que de Paris\u00a0! Le syst\u00e8me D est bon pour ce jeune et vaillant ministre\u00a0: les pigeons voyageurs, baptis\u00e9s par lui \u00ab\u00a0premier service de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, permettent les communications entre Paris assi\u00e9g\u00e9 et la province. Lui-m\u00eame s\u2019envole en ballon de la capitale le 7\u00a0octobre (au soulagement de ses vieux coll\u00e8gues), pour aller animer une r\u00e9sistance provinciale, organiser la lev\u00e9e en masse de 600\u00a0000 hommes \u2013 entre-temps, il est devenu ministre de la Guerre, en s\u2019adjoignant Freycinet qui n\u2019est malheureusement pas le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La municipalit\u00e9 du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement proteste avec indignation contre un armistice que le gouvernement ne saurait accepter sans trahison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2343\" class=\"cit-num\">2343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Affiche placard\u00e9e le 31\u00a0octobre 1870. <em>Clemenceau<\/em> (1968), Gaston Monnerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire d\u2019un grand premier r\u00f4le\u00a0: Clemenceau, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, puis le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb de la prochaine guerre. Pour l\u2019heure, il n\u2019est que le maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e, arrondissement populaire.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9decin vend\u00e9en de 30\u00a0ans a d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 la journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire du 4\u00a0septembre. Avec les patriotes parisiens, il tente \u00e0 pr\u00e9sent de renverser le Provisoire, gouvernement de capitulards aux projets de paix honteux \u2013 seul Gambetta croit encore \u00e0 la victoire.<br>On apprend la capitulation de Bazaine \u00e0 Metz, la prise du Bourget par les Allemands et les d\u00e9marches de Thiers en vue d\u2019un armistice. D\u2019o\u00f9 cette nouvelle journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Belleville descend et fait peur aux bourgeois des beaux quartiers\u00a0: ses gardes nationaux marchent sur l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 si\u00e8ge le gouvernement, quelques membres sont faits prisonniers. Mais le peuple ne suit pas, les gardes des autres quartiers s\u2019interposent. Le gouvernement de la D\u00e9fense nationale en appelle \u00e0 la population de Paris le 1er\u00a0novembre et sera pl\u00e9biscit\u00e9 le 3\u00a0novembre. Les \u00e9lections municipales qui suivent n\u2019am\u00e8nent les \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb que dans quatre arrondissements.<\/p>\n<p>Paris semble s\u2019assagir, apr\u00e8s l\u2019effervescence de septembre. Trochu, gouverneur militaire, r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un plan, j\u2019ai un plan.\u00a0\u00bb La situation devient quand m\u00eame dramatique, dans Paris toujours assi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouverneur de Paris ne capitulera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2345\" class=\"cit-num\">2345<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">TROCHU<\/span> (1815-1896), Affiche du 5\u00a0janvier 1871. <em>L\u2019Empire et la d\u00e9fense de Paris devant le jury de la Seine<\/em> (1872), Louis Jules Trochu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Serment du gouverneur militaire de Paris qui pr\u00e9side en m\u00eame temps le gouvernement de la D\u00e9fense nationale. Le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019il fait preuve de passivit\u00e9 dans ce double r\u00f4le.<\/p>\n<p>Alors que Gambetta, jeune tribun de choc, tente toujours mais en vain de galvaniser la France profonde, aussi pacifiste qu\u2019elle est peu r\u00e9publicaine, le vieux Thiers, envoy\u00e9 en mission diplomatique par Jules Favre, fait la tourn\u00e9e des capitales europ\u00e9ennes pour plaider la cause de la France contre la Prusse. Sans plus de succ\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le grand Peuple de 89, qui d\u00e9truit les bastilles et renverse les tr\u00f4nes, attendra-t-il dans un d\u00e9sespoir inerte que le froid et la famine aient glac\u00e9 dans son c\u0153ur, dont l\u2019ennemi compte les battements, sa derni\u00e8re goutte de sang\u00a0! Non\u00a0! R\u00e9quisitionnement g\u00e9n\u00e9ral. Rationnement gratuit\u2026 Place au peuple\u00a0! Place \u00e0 la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2346\" class=\"cit-num\">2346<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Affiche rouge sign\u00e9e de 140 noms, 6\u00a0janvier 1871.<em> Histoire de la r\u00e9volution de 1870-71<\/em> (1877), Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Affiche rouge (oui, d\u00e9j\u00e0\u2026) annonce r\u00e9solument la couleur, alors que le bombardement de Paris par les Allemands commence. La fi\u00e8vre patriotique se double de la \u00ab\u00a0folie du si\u00e8ge\u00a0\u00bb (Georges Duby), un Comit\u00e9 central s\u2019\u00e9rige en d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9volutionnaire, en appelle au peuple, reparle \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb apr\u00e8s diverses d\u00e9clarations depuis la d\u00e9faite de Sedan, la chute du Second Empire, la proclamation d\u2019une R\u00e9publique b\u00e9gayante.<\/p>\n<p>Paris ne bouge pas\u00a0: le temps n\u2019est pas venu de l\u2019explosion. C\u2019est encore celui de la souffrance et d\u2019une certaine apathie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2347\" class=\"cit-num\">2347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo, revenu d\u2019un exil de dix-neuf ann\u00e9es, reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9 pendant un mois (10\u00a0000 projectiles et 60 morts ou bless\u00e9s chaque jour) et assi\u00e9g\u00e9 pendant cinq mois (au total).<\/p>\n<p>Le grand homme du si\u00e8cle, ardent r\u00e9publicain et sans nul doute le plus populaire, souffre des souffrances de la ville en cet hiver 1871 \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Il fait don de ses droits d\u2019auteur sur Les Ch\u00e2timents pour la fabrication de deux canons (le Victor Hugo, le Ch\u00e2timent) et pour le secours aux victimes de guerre.<\/p>\n<p>Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre), est surnomm\u00e9 Ferry la Famine et Trochu est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019vant l\u2019boucher, d\u2019vant l\u2019boulanger,<br>On grelotte dans la rue\u00a0:<br>Ni pain ni viand\u2019 pour changer,<br>Mais quelqu\u2019fois y\u2019a d\u2019la morue.<br>C\u2019est dans l\u2019plan de Trochu.<br><em>Refrain<\/em><br>Savez-vous l\u2019plan de Trochu\u00a0?<br>Gr\u00e2ce \u00e0 lui rien n\u2019est fichu. <span id=\"2348\" class=\"cit-num\">2348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Plan de Trochu<\/em>, chanson (1871) \u2013 \u00ab\u00a0\u0153uvre collective des journalistes du Grelot\u00a0\u00bb. <em>Les Communards<\/em> (1964), Michel Winock, Jean-Pierre Az\u00e9ma<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris trouve encore la force de rire et de chanter. Trochu, gouverneur de la capitale, est sa t\u00eate de Turc favorite, lui qui r\u00e9p\u00e8te encore et toujours\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un plan, j\u2019ai un plan.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien moins que 30 couplets d\u00e9taillent avec un humour parfois noir les mis\u00e8res quotidiennes des Parisiens. On voit aussi venir la d\u00e9faite. \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 Paris n\u2019aura\u00a0\/ Plus d\u2019quoi nourrir une puce\u00a0\/ S\u2019disait chacun, l\u2019on fera\u00a0\/ Semblant d\u2019se rendre \u00e0 la Prusse\u00a0\/ \u00c7a doit \u00eatre l\u2019plan de Trochu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trochu\u00a0: participe pass\u00e9 du verbe trop choir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2349\" class=\"cit-num\">2349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885).<em> L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (2009), Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo ne va pas rater le mot, quand le g\u00e9n\u00e9ral Trochu d\u00e9missionne, apr\u00e8s une r\u00e9sistance bien passive.<\/p>\n<p>Le gouverneur de Paris disposait sans doute des forces suffisantes pour r\u00e9sister, mais plus que la peur des Prussiens, il a la hantise des \u00e9meutes populaires \u2013 comme bien des bourgeois et des paysans de l\u2019\u00e9poque. Les cris de \u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0\u00bb pouss\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9meute terrorisent Trochu, conservateur timor\u00e9 qui se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0Breton, catholique et soldat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0janvier, les Parisiens, affam\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, ont tent\u00e9 une \u00ab\u00a0sortie torrentielle\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Ouest \u2013 ils sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Buzenval. L\u2019op\u00e9ration s\u2019ach\u00e8ve par une piteuse retraite et 4\u00a0000 morts. Trochu se refuse \u00e0 de nouveaux combats qui \u00ab\u00a0ne seraient qu\u2019une suite de tueries sans but.\u00a0\u00bb<br>Il d\u00e9missionne donc de son poste de gouverneur militaire de Paris en faveur du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy, le 22\u00a0janvier 1871 \u2013 nouveau jour d\u2019\u00e9meute, 50 morts \u2013 avant de renoncer aussi \u00e0 la pr\u00e9sidence du gouvernement de la D\u00e9fense nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut faire deux choses \u00e0 la fois\u00a0: tenir un fusil d\u2019une main et un bulletin de vote de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2350\" class=\"cit-num\">2350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">TROCHU<\/span> (1815-1896), janvier 1871. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0I (1973), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On lui doit ce mot sur l\u2019impopularit\u00e9 de certains r\u00f4les et l\u2019inconfort de certaines situations historiques\u00a0: gouverneur militaire de Paris et chef du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, dans la capitale assi\u00e9g\u00e9e et r\u00e9volt\u00e9e d\u2019une France engag\u00e9e dans une guerre d\u00e9j\u00e0 perdue avec la Prusse. Dans une telle situation, il fallait un homme d\u2019une autre trempe que Trochu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Spectacle \u00e9c\u0153urant de la R\u00e9publique vendue et livr\u00e9e par des mains r\u00e9publicaines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2351\" class=\"cit-num\">2351<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), indign\u00e9 par l\u2019armistice sign\u00e9 le 26\u00a0janvier 1871.<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volutionnaire marxiste (l\u2019un des premiers en France), hostile \u00e0 la guerre contre la Prusse, il n\u2019en est pas moins r\u00e9volt\u00e9 par les conditions de cette tr\u00eave sign\u00e9e \u00e0 Versailles avec Bismarck.<\/p>\n<p>Sans consulter le brave Gambetta dont les arm\u00e9es ont accumul\u00e9 les d\u00e9faites, Jules Favre n\u00e9gocie avec l\u2019ennemi d\u00e8s le 22\u00a0janvier \u2013 nouveau jour d\u2019\u00e9meute parisienne. Le 24, Bismarck accepte la capitulation. L\u2019arm\u00e9e de Paris (130\u00a0000 hommes) est d\u00e9clar\u00e9e prisonni\u00e8re de guerre \u00e0 Paris et d\u00e9sarm\u00e9e, mais la garde nationale conserve ses armes. Fait capital pour la suite de l\u2019histoire. M\u00eame si les fusils ne sont pas excellents, une ville en armes est une poudri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les esprits tourn\u00e9s vers la guerre, et cette lutte de cinq mois aboutissant \u00e0 une immense d\u00e9ception, une population enti\u00e8re qui tombe du sommet des illusions les plus immenses que jamais population ait con\u00e7ues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2352\" class=\"cit-num\">2352<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars (1872),<em> Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em>, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, c\u2019est un t\u00e9moin lucide de la situation.<\/p>\n<p>La guerre prolong\u00e9e sans espoir faisait craindre une prise de pouvoir r\u00e9volutionnaire dans la capitale, mais la capitulation \u00f4te toute cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 ce gouvernement de la \u00ab\u00a0d\u00e9fection nationale\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb (Favre, Ferry, Simon et Trochu portent ce pr\u00e9nom en vogue).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La ville de Paris est une personne trop puissante et trop riche pour que sa ran\u00e7on ne soit pas digne d\u2019elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2353\" class=\"cit-num\">2353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), le chancelier allemand qui fixe donc la \u00ab\u00a0ran\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 au moins un milliard de francs, le 23 janvier 1871. <em>Bismarck et son temps<\/em> (1905), Paul Matter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour prussien est mal venu. Jules Favre propose 100\u00a0millions, ses coll\u00e8gues ont fix\u00e9 la limite \u00e0 500, l\u2019indemnit\u00e9 de guerre sera finalement de 200\u00a0millions pour Paris et cinq\u00a0milliards de francs or pour l\u2019ensemble de la France au lieu de six, Thiers ayant n\u00e9goci\u00e9 en bon bourgeois. Le pays s\u2019acquittera de cette dette consid\u00e9rable d\u00e8s 1873 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emprunt et \u00e0 l\u2019empressement des souscripteurs, les troupes allemandes \u00e9vacuant alors le territoire.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas la clause la plus humiliante d\u2019un armistice que la capitale va refuser de toutes ses forces bient\u00f4t combattantes et de nouveau r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bismarck qui n\u2019est pas en peine<br>D\u2019affamer les Parisiens<br>Nous demande la Lorraine,<br>L\u2019Alsace et les Alsaciens.<br>La honte pour nos soldats,<br>Des milliards \u00e0 son service.<br><em>Refrain<\/em><br>Ah\u00a0! zut \u00e0 ton armistice,<br>Bismarck, nous n\u2019en voulons pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2354\" class=\"cit-num\">2354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">LECLERCQ<\/span> (1820-1881), <em>L\u2019Armistice<\/em> (1870), chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy. Et <span class=\"caps\">SACEM<\/span> (Soci\u00e9t\u00e9 des Auteurs, Compositeurs et \u00c9diteurs de Musique)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers et Favre ont c\u00e9d\u00e9 sur ce point capital au chancelier allemand. Mais le peuple r\u00e9siste si bien que les Prussiens n\u2019entreront dans Paris qu\u2019un mois apr\u00e8s la capitulation de la capitale, sign\u00e9e avec l\u2019armistice, le 28\u00a0janvier\u00a01871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pacifier, r\u00e9organiser, relever le cr\u00e9dit, ranimer le travail, voil\u00e0 la seule politique possible et m\u00eame concevable en ce moment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2355\" class=\"cit-num\">2355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), pr\u00e9sentant son minist\u00e8re et son programme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Bordeaux, 19\u00a0f\u00e9vrier 1871.<em> Questions ouvri\u00e8res et industrielles en France sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1907), Pierre \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers, 73\u00a0ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 (par 26 d\u00e9partements) aux \u00e9lections du 8\u00a0f\u00e9vrier. Il fallait un nouveau gouvernement issu d\u2019une assembl\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9lue, pour ratifier les pr\u00e9liminaires de paix avec le chancelier allemand (suite \u00e0 l\u2019armistice).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9faite, voil\u00e0 le second choc pour Paris\u00a0: le pays est monarchiste \u2013 et veut la paix. Paris seul a vot\u00e9 r\u00e9publicain en masse, \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9 par Louis Blanc, Hugo, Gambetta.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 Bordeaux le 12\u00a0f\u00e9vrier \u2013 Paris \u00e9tant toujours assi\u00e9g\u00e9. Elle accepte la d\u00e9mission du gouvernement de la D\u00e9fense nationale et d\u00e9signe \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9 Thiers chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique. C\u2019est encore du provisoire, car les r\u00e9publicains sont minoritaires. La France ayant d\u2019autres priorit\u00e9s, Thiers en vieux routier de la politique s\u2019engage \u00e0 respecter la tr\u00eave des partis et \u00e0 diff\u00e9rer toute discussion sur la forme du r\u00e9gime et la Constitution. Son programme prend le nom de Pacte de Bordeaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2331\" class=\"cit-num\">2331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). Maxime attribu\u00e9e aussi au journaliste \u00c9mile de Girardin (1806-1881). <em>Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0358 \u00e0\u00a0363 (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique lors des \u00ab\u00a0Trois Glorieuses\u00a0\u00bb dans le camp des r\u00e9volutionnaires qui renversent Charles X en juillet\u00a01830, Thiers fut plusieurs fois ministre sous la Monarchie de Juillet. Dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire, il se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande. Mais son nom reste surtout attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de la Commune.<\/p>\n<p>1871\u00a0: l\u2019ann\u00e9e de tous les pouvoirs pour cet homme de 74\u00a0ans, d\u00e9put\u00e9 devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb. Lourde t\u00e2che, dans une France vaincue et d\u00e9chir\u00e9e. La guerre civile va de nouveau bouleverser le pays et d\u00e9jouer tous les plans politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple de Paris veut conserver ses armes, choisir lui-m\u00eame ses chefs et les r\u00e9voquer quand il n\u2019a plus confiance en eux. Plus d\u2019arm\u00e9e permanente, mais la nation tout enti\u00e8re arm\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2358\" class=\"cit-num\">2358<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la Commune, Manifeste \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, 8\u00a0mars 1871. <em>Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb, qui n\u2019est pas encore \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb Commune insurrectionnelle, commence ainsi son appel\u00a0: \u00ab\u00a0Soldats, enfants du peuple\u00a0! Les hommes qui ont organis\u00e9 la d\u00e9faite, d\u00e9membr\u00e9 la France, livr\u00e9 tout notre or, veulent \u00e9chapper \u00e0 la responsabilit\u00e9 qu\u2019ils ont assum\u00e9e en suscitant la guerre civile.\u00a0\u00bb Thiers vient de supprimer la paye des gardes nationaux qui, toujours arm\u00e9s, se sont donn\u00e9 le nom de F\u00e9d\u00e9r\u00e9s \u2013 cette solde \u00e9tait la seule ressource des ouvriers mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Une \u00e9norme pression r\u00e9volutionnaire, avec une propagande encourag\u00e9e par la libert\u00e9 de la presse et des clubs, agite \u00e0 nouveau la capitale\u00a0: des rumeurs de Restauration courent \u2013 Chambord ou d\u2019Orl\u00e9ans pourrait revenir au pouvoir\u00a0! Les rumeurs les plus folles accompagnent les temps de trouble, de panique ou d\u2019agitation extr\u00eame. La R\u00e9volution en a donn\u00e9 plusieurs fois l\u2019exemple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus de rois, plus de ma\u00eetres, plus de chefs impos\u00e9s, mais des agents constamment responsables et r\u00e9vocables \u00e0 tous les degr\u00e9s du pouvoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2359\" class=\"cit-num\">2359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9d\u00e9ration des bataillons de la garde nationale, Serment du 10\u00a0mars 1871.<em> Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette F\u00e9d\u00e9ration, nouveau pouvoir surgi lors des \u00e9lections de f\u00e9vrier, jaillit spontan\u00e9ment du peuple, ouvriers, artisans, petits bourgeois confondus, unis dans le m\u00eame amour de la patrie et de la R\u00e9publique. Ils rejettent le suffrage universel qui a fait l\u2019Assembl\u00e9e telle qu\u2019elle est, ils revendiquent la d\u00e9mocratie directe.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 tout ce que redoutent la France profonde et l\u2019Assembl\u00e9e nationale qui se rappellent la Terreur de 1793 et les \u00e9meutes populaires \u00e9galement sanglantes de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne voulons pas recevoir tous les quinze jours des r\u00e9volutions par le chemin de fer et le t\u00e9l\u00e9graphe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2360\" class=\"cit-num\">2360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel Lacoste de <span class=\"caps\">BELCASTEL<\/span> (1820-1890), d\u00e9but mars\u00a01871.<em> Histoire de quinze ans, 1870-1885<\/em> (1886), Edmond Beno\u00eet-L\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e nationale, le 10\u00a0mars, d\u00e9cide son transfert non \u00e0 Paris (occup\u00e9), mais \u00e0 Versailles, ville au pass\u00e9 royal. Cette d\u00e9cision vaut provocation face aux r\u00e9publicains. Belcastel, d\u00e9put\u00e9 l\u00e9gitimiste, r\u00e9sume l\u2019id\u00e9e que ses coll\u00e8gues se font de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0le chef-lieu de la r\u00e9volution organis\u00e9e, la capitale de l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas faux, si l\u2019on se rappelle le r\u00f4le des sans-culottes et autres Montagnards parisiens, au tournant de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une solution radicale qui puisse sauver le pays\u00a0: il faut \u00e9vacuer Paris. Je n\u2019abandonne pas la patrie, je la sauve\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2361\" class=\"cit-num\">2361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), aux ministres de son gouvernement, 18\u00a0mars 1871. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir\u00a0: ordre est donn\u00e9 de d\u00e9sarmer les quelque 200\u00a0000 gardes nationaux organis\u00e9s en F\u00e9d\u00e9ration, et de r\u00e9cup\u00e9rer les 227 canons qui ont servi \u00e0 la d\u00e9fense de Paris contre les Prussiens, \u00e0 pr\u00e9sent regroup\u00e9s \u00e0 Montmartre et Belleville, quartiers populaires.<\/p>\n<p>Les 4\u00a0000 soldats font leur devoir sans enthousiasme. La foule, les femmes surtout s\u2019interposent. Deux g\u00e9n\u00e9raux, l\u2019un charg\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration, l\u2019autre \u00e0 la retraite, mais reconnu, sont arr\u00eat\u00e9s, tra\u00een\u00e9s au Ch\u00e2teau rouge (ancien bal de la rue Clignancourt, devenu quartier g\u00e9n\u00e9ral des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), bless\u00e9s, puis fusill\u00e9s\u00a0: Lecomte et Thomas. Clemenceau, maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement et t\u00e9moin, est atterr\u00e9. \u00ab\u00a0On ne conna\u00eetra jamais les responsables de cette ex\u00e9cution sommaire\u00a0: leur nom est la foule\u00a0\u00bb (Georges Duby). C\u2019est l\u2019\u00e9tincelle qui met le feu \u00e0 Paris, insurg\u00e9 en quelques heures.<br>Thiers renonce \u00e0 r\u00e9primer l\u2019\u00e9meute \u2013 il dispose de 30\u00a0000 soldats face aux 150\u00a0000 hommes de la garde nationale et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr de leur fid\u00e9lit\u00e9. Il abandonne Paris au pouvoir de la rue et regagne Versailles, ordonnant \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et aux corps constitu\u00e9s d\u2019\u00e9vacuer la place.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre s\u2019insurge contre le gouvernement du suffrage universel. Le gouvernement cesse d\u2019\u00eatre patient juste au moment o\u00f9 il fallait encore vingt-quatre heures de patience. Que se pr\u00e9pare-t-il pour l\u2019histoire de France\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Si\u00e8cle<\/em>, 19\u00a0mars<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le quotidien commente les \u00e9v\u00e9nements de la veille\u00a0: les responsabilit\u00e9s sont partag\u00e9es, dans cette insurrection du 18\u00a0mars qui consacre la rupture entre le Paris r\u00e9volutionnaire et le gouvernement l\u00e9gal du pays.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e de la Commune (au sens d\u2019insurrection)\u00a0: la trag\u00e9die va durer 72 jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le seul gouvernement qui fermera pour toujours l\u2019\u00e8re des invasions et des guerres civiles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2362\" class=\"cit-num\">2362<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la garde nationale, Proclamation du 19\u00a0mars 1871. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1870-71<\/em> (1877), Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tout jeune comit\u00e9 (cr\u00e9\u00e9 le 15\u00a0mars) est plut\u00f4t embarrass\u00e9, le lendemain de l\u2019insurrection du 18\u00a0mars qui lui donne un pouvoir dont il ne sait trop que faire.<\/p>\n<p>Il parlemente avec Versailles par l\u2019interm\u00e9diaire des maires et d\u00e9put\u00e9s de Paris. Il veut la R\u00e9publique garantie et des \u00e9lections municipales. De ces \u00e9lections va sortir la Commune \u2013 en tant qu\u2019institution.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\">La Commune.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du peuple, la Commune est proclam\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2363\" class=\"cit-num\">2363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">RANVIER<\/span> (1828-1879), place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, D\u00e9claration du 28\u00a0mars 1871.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>28 mars, date de naissance officielle de la Commune de Paris qui finira par la Semaine sanglante du 22 au 28 mai. Ces deux mois vont marquer l\u2019Histoire de France.<\/p>\n<p>Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre d\u00e9corateur et disciple de Blanqui, l\u2019\u00e9ternel insurg\u00e9. Les \u00e9lections municipales du 26\u00a0mars n\u2019ont mobilis\u00e9 que la moiti\u00e9 des Parisiens (230\u00a0000 votants), tr\u00e8s majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale\u00a0: 18 \u00e9lus \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb refuseront de si\u00e9ger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 72 r\u00e9volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9finir cette Commune\u00a0? Un conseil municipal de gauche \u2013 un contre-gouvernement \u00e9lu, provisoire et rival de celui de Versailles \u2013 un exemple devant servir de mod\u00e8le \u00e0 la France\u00a0? La Commune n\u2019aura pas le temps de choisir et moins encore de prouver qu\u2019elle peut \u00eatre tout cela \u00e0 la fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris ouvrait \u00e0 une page blanche le livre de l\u2019histoire et y inscrivait son nom puissant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2364\" class=\"cit-num\">2364<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la garde nationale, Proclamation du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire du socialisme<\/em> (1879), Beno\u00eet Malon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En pr\u00e9sence de 200\u00a0000 Parisiens, le comit\u00e9 central de la garde nationale s\u2019efface devant la Commune, le jour m\u00eame de sa proclamation officielle. Le lyrisme s\u2019affiche\u00a0aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frapp\u00e9 nos yeux, qui ait jamais \u00e9mu notre \u00e2me.\u00a0\u00bb Le mouvement s\u2019\u00e9tend \u00e0 quelques villes\u00a0: Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-\u00c9tienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait revivre ces souvenirs vibrants, et tragiques.<\/p>\n<p>La Vierge rouge, pasionaria des barricades, appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection, et jusqu\u2019au sacrifice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), \u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. <em>La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune de Paris inspire bien des po\u00e8mes, des chants qui sont autant de cris de guerre, de haine ou d\u2019espoir. Louise Michel est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire.\u00a0Elle appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois.<\/p>\n<p>Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire \u00e0 tendance r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e, et \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais\u00a0!<\/p>\n<p>Premiers affrontements, le 2\u00a0avril\u00a0: bataille de Courbevoie. Les Communards tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles, mais sont arr\u00eat\u00e9s par le canon du Mont Val\u00e9rien, fort strat\u00e9gique investi par les Versaillais depuis le 21\u00a0mars.\u00a0 Les r\u00eaveurs de la Commune qualifient les obus qui les \u00e9crasent de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb. 17 tu\u00e9s (dont les 5 premiers fusill\u00e9s de la Commune) et 25 prisonniers chez les communards. Dans l\u2019arm\u00e9e versaillaise, 5 morts et 21 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a fait fusiller sans jugement 5 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers. \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00fb faire un exemple ce matin\u00a0; je d\u00e9sire ne pas \u00eatre r\u00e9duit de nouveau \u00e0 une pareille extr\u00e9mit\u00e9. N\u2019oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons\u00e9quent sont \u00e0 Versailles et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et non pas avec la grotesque assembl\u00e9e de Paris, qui s\u2019intitule Commune.\u00a0\u00bb Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaudra le surnom de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0massacreur de la Commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 Paris les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu des prisonniers sanglants, les oreilles arrach\u00e9es, le visage et le cou d\u00e9chir\u00e9s, comme par des griffes de b\u00eates f\u00e9roces.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2367\" class=\"cit-num\">2367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BARR\u00c8RE<\/span> (1851-1940), t\u00e9moignage en date du 3\u00a0avril\u00a01871. <em>Les Convulsions de Paris\u00a0: \u00c9pisodes de la commune<\/em> (1883), Maxime Du Camp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur ambassadeur \u00e0 Rome, ce Communard est t\u00e9moin des combats aux premiers jours d\u2019avril, entre Versaillais et Communards. Ce qui le choque plus que tout ici, c\u2019est la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e contre les convois de prisonniers ramen\u00e9s \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Le 4\u00a0avril, les Versaillais r\u00e9attaquent du c\u00f4t\u00e9 de Neuilly, s\u2019emparent de Courbevoie et Ch\u00e2tillon. Le 5, les Communards prennent 74 otages, dont l\u2019archev\u00eaque de Paris \u2013 Mgr\u00a0Darboy sera ex\u00e9cut\u00e9 pendant la Semaine sanglante, le 24\u00a0mai, en application du \u00ab\u00a0d\u00e9cret des otages\u00a0\u00bb promulgu\u00e9 par la Commune et faute d\u2019avoir pu \u00eatre \u00e9chang\u00e9 contre Auguste Blanqui. George Sand, bien que le c\u0153ur \u00e0 gauche, est d\u00e9j\u00e0 horrifi\u00e9e par les vols, les pillages. Hugo, de Bruxelles o\u00f9 il d\u00fbt se rendre en ce mois d\u2019avril, condamne la guerre civile, la pratique des otages, avant de se d\u00e9clarer \u00ab\u00a0pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l\u2019application\u00a0\u00bb, pr\u00f4nant en vain \u00ab\u00a0conciliation et r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb dans une lettre publi\u00e9e dans<em> Le Rappel<\/em> du 28\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur Thiers, tous les matins, annonce que d\u00e8s le soir, entre les neuf heures, neuf heures un quart, il fera son entr\u00e9e dans la capitale sauvage du monde civilis\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2368\" class=\"cit-num\">2368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), <em>Le Mot d\u2019ordre<\/em>, 16\u00a0avril 1871. <em>Les Damn\u00e9s de la terre<\/em> (1969), Maurice Choury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers amasse des troupes aux portes de Paris pour \u00e9craser la r\u00e9volution, mais il attend encore son heure. Rochefort, journaliste d\u00e9j\u00e0 r\u00e9publicain sous l\u2019Empire, a pris parti pour la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9volutionnaire anarchiste s\u2019est retrouv\u00e9e sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris. Mais c\u2019\u00e9tait une cause perdue d\u2019avance\u00a0: r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons la mission d\u2019accomplir la r\u00e9volution moderne la plus large et la plus f\u00e9conde de toutes celles qui ont illumin\u00e9 l\u2019histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2369\" class=\"cit-num\">2369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">La Commune, D\u00e9claration au peuple fran\u00e7ais, 19\u00a0avril 1871. <em>Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune ne fait pas que se d\u00e9fendre et attaquer. Elle gouverne Paris et prend des mesures importantes qui pr\u00e9figurent l\u2019\u0153uvre de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, instruction la\u00efque, gratuite et obligatoire en projet. Elle est socialiste quand elle \u00ab\u00a0communalise\u00a0\u00bb par d\u00e9cret du 16\u00a0avril les ateliers abandonn\u00e9s par les fabricants en fuite, pour en donner la gestion \u00e0 des coop\u00e9ratives form\u00e9es par les Chambres syndicales ouvri\u00e8res. Ce qui fait \u00e9crire \u00e0 Karl Marx, l\u2019ann\u00e9e m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re r\u00e9volution dans laquelle la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait ouvertement reconnue comme la seule qui f\u00fbt encore capable d\u2019initiatives sociales\u00a0\u00bb (<em>La Guerre civile en France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y aura quelques maisons de trou\u00e9es, quelques personnes de tu\u00e9es, mais force restera \u00e0 la loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2370\" class=\"cit-num\">2370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), R\u00e9ponse \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation ma\u00e7onnique, 22\u00a0avril 1871. <em>Le Coq rouge\u00a0: une histoire de la Commune de Paris<\/em> (1972), Armand Lanoux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers continue de masser des troupes et de prendre des positions strat\u00e9giques dans la banlieue, cependant que l\u2019organisation militaire de Paris se r\u00e9v\u00e8le une t\u00e2che irr\u00e9alisable.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre\u00a0\u00bb Gustave Cluseret est remplac\u00e9 le 1er\u00a0mai par Louis Rossel, colonel de 27\u00a0ans \u2013 au lendemain des d\u00e9faites de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et de la capitulation, il a pris parti pour la Commune (il sera fusill\u00e9). Il d\u00e9missionne le 10\u00a0mai, remplac\u00e9 par Charles Delescluze (bient\u00f4t tu\u00e9 au combat). Impossible de discipliner les gardes nationaux, tandis que la Commune h\u00e9site toujours entre l\u2019anarchie et le pouvoir fort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit aujourd\u2019hui non plus de couper les t\u00eates, mais d\u2019ouvrir les intelligences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2371\" class=\"cit-num\">2371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), Le Mot d\u2019ordre, 5\u00a0mai 1871. <em>La T\u00eate coup\u00e9e, ou La Parole coup\u00e9e<\/em> (1991), Arnaud Aaron Upinsky<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les divergences politiques \u00e9clatent\u00a0: ainsi \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9cret instituant le 1er\u00a0mai un Comit\u00e9 de salut public dot\u00e9 de larges pouvoirs. Les (n\u00e9o)jacobins et la plupart des blanquistes, majoritaires, sont pour et s\u2019opposent \u00e0 quelques blanquistes, tous les proudhoniens et certains socialistes proches du marxisme.<\/p>\n<p>Quant au tr\u00e8s r\u00e9publicain Rochefort, en des termes que ne renierait pas Hugo il refuse une r\u00e9volution aboutissant logiquement \u00e0 une nouvelle Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne sommes s\u00e9par\u00e9s d\u2019une restauration que par l\u2019\u00e9paisseur de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2372\" class=\"cit-num\">2372<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), <em>Les droits de l\u2019homme<\/em>, 13\u00a0mai 1871. <em>500 citations de culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (2005), Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, Jean-Marie Le Tallec<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce socialiste marxiste, futur d\u00e9put\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, rappelle l\u2019essentiel, au-del\u00e0 des d\u00e9bats entre les gauches de la Commune. L\u2019Assembl\u00e9e nationale qui gouverne malgr\u00e9 tout la France et qui la repr\u00e9sente est monarchiste. La R\u00e9publique est un r\u00e9gime qui fait peur et la Commune qui l\u2019incarne est de plus en plus redout\u00e9e ou ha\u00efe par la majorit\u00e9 du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris. \u00ab\u00a0Anecdotiquement\u00a0\u00bb, la colonne Vend\u00f4me est abattue, suite \u00e0 un vote du Comit\u00e9 de salut public conforme au v\u0153u du peintre Courbet relatif au \u00ab\u00a0d\u00e9boulonnement\u00a0\u00bb de la colonne \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la gloire des arm\u00e9es fran\u00e7aises. Apr\u00e8s la Commune, il paiera tr\u00e8s cher cette initiative r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut vendre Paris, mais [\u2026] on ne peut ni le livrer ni le vaincre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2374\" class=\"cit-num\">2374<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">DELESCLUZE<\/span> (1809-1871). <em>Les Hommes de la r\u00e9volution de 1871\u00a0: Charles Delescluze<\/em> (1898), Charles Prol\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre de la Commune de Paris, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre depuis le 10\u00a0mai, il rappelle la ran\u00e7on n\u00e9goci\u00e9e avec la capitulation de Paris et lance ce d\u00e9fi \u00e0 Thiers et aux troupes versaillaises qui assaillent Paris, le 21\u00a0mai 1871. 70\u00a0000 soldats entrent \u00e0 l\u2019ouest par le bastion mal surveill\u00e9 du Point du Jour et par la porte de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>La Semaine sanglante commence le lendemain. Delescluze se fera tuer sur une barricade du Ch\u00e2teau d\u2019Eau abandonn\u00e9e par ses d\u00e9fenseurs et o\u00f9 il reste seul, le 25\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge, tr\u00e8s populaire dans le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement, se retrouve naturellement sur les derni\u00e8res barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des Communards, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris, l\u2019arm\u00e9e de la France est venue vous sauver. Paris est d\u00e9livr\u00e9. Nos soldats ont enlev\u00e9, \u00e0 quatre heures, les derni\u00e8res positions occup\u00e9es par les insurg\u00e9s. Aujourd\u2019hui la lutte est termin\u00e9e\u00a0; l\u2019ordre, le travail et la s\u00e9curit\u00e9 vont rena\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2376\" class=\"cit-num\">2376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Proclamation affich\u00e9e le 29\u00a0mai\u00a01871.<em> D\u00e9crets et rapports officiels de la Commune de Paris et du gouvernement fran\u00e7ais du 18\u00a0mars au 31\u00a0mars\u00a01871<\/em> (1871), Ermete Pierotti<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proclamation sign\u00e9e du mar\u00e9chal de France, commandant en chef \u2013 bient\u00f4t \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Reste encore le fort de Vincennes toujours aux mains des insurg\u00e9s, qui va \u00eatre assi\u00e9g\u00e9 par une brigade de l\u2019arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy. Simple formalit\u00e9 pour les Versaillais. La garnison d\u00e9sarm\u00e9e se rend, les officiers sont imm\u00e9diatement pass\u00e9s par les armes. Thiers t\u00e9l\u00e9graphie ce m\u00eame jour aux pr\u00e9fets, \u00e0 propos des Parisiens insurg\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Le sol est jonch\u00e9 de leurs cadavres\u00a0; ce spectacle affreux servira de le\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris suinte la mis\u00e8re,<br>Les heureux m\u00eame sont tremblants,<br>La mode est au conseil de guerre<br>Et les pav\u00e9s sont tout sanglants.<br><em>Refrain<\/em><br>Oui, mais\u00a0! \u00e7a branle dans le manche,<br>Les mauvais jours finiront,<br>Et gare \u00e0 la revanche<br>Quand tous les pauvres s\u2019y mettront.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2377\" class=\"cit-num\">2377<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CL\u00c9MENT<\/span> (1836-1909), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> (1821-1870), musique (prise au Chant des paysans), <em>La Semaine sanglante,<\/em> chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant d\u00e9di\u00e9 aux fusill\u00e9s de 1871. L\u2019auteur du <em>Temps des cerises<\/em> est devenu r\u00e9publicain en 1868 et s\u2019est lanc\u00e9 dans le journalisme d\u2019opposition \u2013 collaborant au <em>Cri du peuple<\/em> de Jules Vall\u00e8s. Membre de la Commune, il participe aux combats de la Semaine sanglante, \u00e9chappe aux Versaillais. C\u2019est de sa cachette, quai de la Gare, qu\u2019il \u00e9crit ce chant vengeur qui dit les horreurs pr\u00e9sentes\u00a0: \u00ab\u00a0On traque, on encha\u00eene, on fusille\u00a0\/ Tout ce qu\u2019on ramasse au hasard\u00a0\/ La m\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa fille\u00a0\/ L\u2019enfant dans les bras du vieillard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment sera arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9, exil\u00e9 \u00e0 Londres et reviendra en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie de 1880.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne, entre autres, de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique \u2013 en comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont plus des soldats qui accomplissent leur devoir, ce sont des \u00eatres retourn\u00e9s \u00e0 la nature des fauves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2379\" class=\"cit-num\">2379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France<\/em>, juin\u00a01871. <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journalistes, unanimes, condamnent la r\u00e9pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans <em>Le\u00a0Si\u00e8cle<\/em>, on \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une folie furieuse. On ne distingue plus l\u2019innocent du coupable.\u00a0\u00bb Et dans <em>Paris-Journal<\/em> du 9\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bois de Boulogne que seront ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir les gens condamn\u00e9s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamn\u00e9s d\u00e9passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3\u00a0500 insurg\u00e9s sont fusill\u00e9s sans jugement dans Paris, pr\u00e8s de 2\u00a0000 dans la cour de prison de la Roquette et plusieurs centaines au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, de sinistre m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Il y aura 400\u00a0000 d\u00e9nonciations \u00e9crites \u2013 sur 2\u00a0millions de Parisiens, cela fait un fort pourcentage de d\u00e9lateurs et montre assez la haine accumul\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 40\u00a0000 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers sont entass\u00e9s \u00e0 Versailles, intern\u00e9s dans des pontons flottants et dans les forts c\u00f4tiers, faute de places dans les prisons\u00a0: 22\u00a0000 non-lieux, pr\u00e8s de 2\u00a0500 acquittements, plus de 10\u00a0000 condamnations, dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation, et de nombreux morts \u00e0 la suite de mauvais traitements. Pour juger ces vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre vont fonctionner jusqu\u2019en 1874.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France, pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit aussi Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est une des illustrations, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019anim\u00e8rent.<\/p>\n<p>Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours, c\u2019est<em> L\u2019Internationale.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0!<br>Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2382\" class=\"cit-num\">2382<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles de <em>L\u2019Internationale<\/em>, chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Eug\u00e8ne Pottier, comme Jean-Baptiste Cl\u00e9ment, se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase [\u2026] Le monde va changer de base.\u00a0\u00bb Le texte ne sera publi\u00e9 et mis en musique (par Pierre Degeyter) que plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elles ont p\u00e2li, merveilleuses<br>Au grand soleil d\u2019amour charg\u00e9,<br>Sur le bronze des mitrailleuses<br>\u00c0 travers Paris insurg\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2329\" class=\"cit-num\">2329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1854-1891), <em>Les Mains de Jeanne-Marie<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Adolescent de 17\u00a0ans, boulevers\u00e9 par la d\u00e9claration de guerre, puis par l\u2019\u00e9chec de la Commune, il fugue deux fois \u00e0 Paris, en\u00a01870 et\u00a01871, chante<em> Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat cueilli par la mort, mais aussi les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale. Il comprend tr\u00e8s vite l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb et apr\u00e8s un silence de dix-huit ans, il meurt \u00e0 37\u00a0ans.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">\u00c9pilogue.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9meute, c\u2019est quand le populaire est battu\u00a0: tous des vauriens\u00a0! La r\u00e9volution, c\u2019est quand il est le plus fort\u00a0: tous des h\u00e9ros\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2327\" class=\"cit-num\">2327<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victorien <span class=\"caps\">SARDOU<\/span> (1831-1908), <em>Rabagas<\/em> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le\u00e7on d\u2019histoire que cet auteur dramatique met dans la bouche d\u2019un de ses personnages plac\u00e9 au c\u0153ur des \u00e9v\u00e9nements de la Commune de Paris.<\/p>\n<p>L\u2019insurrection, \u00e9cras\u00e9e dans le sang, est d\u00e9savou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par toute la bourgeoisie et l\u2019immense majorit\u00e9 du pays qui voit en Thiers le sauveur. La propagande officielle interdit toute apologie de la Commune jusqu\u2019en 1914. Ce mouvement r\u00e9volutionnaire prol\u00e9tarien sera plus tard revendiqu\u00e9 et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par certaines gauches. Il suscite aujourd\u2019hui encore bien des controverses et des passions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je commence \u00e0 m\u2019embrouiller, moi, dans ces insurrections qui sont un devoir, et dans ces insurrections qui sont un crime\u00a0! Je ne vois pas bien la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2328\" class=\"cit-num\">2328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ludovic <span class=\"caps\">HAL\u00c9VY<\/span> (1834-1908), <em>Madame et Monsieur Cardinal<\/em> (1872)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hal\u00e9vy, r\u00e9put\u00e9 pour ses livrets \u00e9crits en duo avec Meilhac (musique d\u2019Offenbach), met en sc\u00e8ne au fil de dix r\u00e9cits une famille qui traverse les tourmentes r\u00e9volutionnaires du\u00a0si\u00e8cle. Un insurg\u00e9 qui a particip\u00e9 \u00e0 la Commune se d\u00e9fend devant le pr\u00e9sident du Conseil de guerre\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai tir\u00e9 sur les Versaillais en 1871, comme j\u2019avais tir\u00e9 sur la garde royale en 1830 et sur les municipaux en 1848. Apr\u00e8s 1830, j\u2019ai eu la m\u00e9daille de Juillet. Apr\u00e8s 1848, les compliments de M.\u00a0de Lamartine. Cette fois-ci, je vais avoir la d\u00e9portation ou la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait pas de r\u00e9volutions sans casser des t\u00eates. F\u00e9licitons-nous que les n\u00f4tres aient \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9es. Tout le monde ne peut pas mourir sur les barricades. Qui gouvernerait apr\u00e8s\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2332\" class=\"cit-num\">2332<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">DESCAVES<\/span> (1861-1949), <em>Soupes<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles d\u2019un d\u00e9put\u00e9 dans <em>Jubil\u00e9 ou l\u2019anniversaire du 18\u00a0mars<\/em> (1871). Le bilan exact de la Commune \u00e9chappe aux pr\u00e9cisions statistiques. Tr\u00e8s lourd en vies humaines \u2013 de 20\u00a0000\u00a0\u00e0 100\u00a0000 morts selon les sources\u00a0\u2013, il est incommensurable dans ses cons\u00e9quences sociales et politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, c\u2019\u00e9taient des ma\u00e7ons, des relieurs, des cordonniers, c\u2019est-\u00e0-dire une nouvelle couche sociale qui entrait en ligne, le Quatri\u00e8me \u00c9tat qui \u00e9mergeait \u00e0 coups de fusil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2383\" class=\"cit-num\">2383<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), <em>L\u2019\u00c9galit\u00e9<\/em>, 18\u00a0mars 1878. <em>\u00c7\u00e0 et l\u00e0<\/em> (1914), Jules Guesde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce premier journal marxiste fran\u00e7ais qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9, Guesde rappelle ce que fut la Commune \u2013 traumatisme toujours pr\u00e9sent dans les m\u00e9moires, dans l\u2019histoire du nouveau socialisme et sur la sc\u00e8ne politique o\u00f9 l\u2019amnistie est d\u00e9battue jusqu\u2019en 1880.<\/p>\n<p>Qui furent au juste, d\u2019apr\u00e8s les statistiques, les insurg\u00e9s de 1871\u00a0? Parmi les Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s) arr\u00eat\u00e9s\u00a0: journaliers, ouvriers du b\u00e2timent et du m\u00e9tal (en gros, les prol\u00e9taires) sont presque la moiti\u00e9. Artisans du meuble, du v\u00eatement et des travaux d\u2019art viennent ensuite pour un quart (ils fournirent surtout les officiers et sous-officiers de l\u2019\u00e9meute). Petits commer\u00e7ants, petits rentiers et membres des professions lib\u00e9rales ne sont que 8\u00a0%. Les domestiques, 5\u00a0%. \u00c0 l\u2019inverse de la R\u00e9volution de 1789, essentiellement bourgeoise, la Commune est une r\u00e9volution populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2384\" class=\"cit-num\">2384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume <span class=\"caps\">XI<\/span>, <em>La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s, qui dirige ce travail en 13 volumes, juge \u00e0 la fois en historien et en socialiste, ce qui est logique. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs. N\u2019excluant pas le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, il aurait \u00e9t\u00e9 Communard, malgr\u00e9 son pacifisme qui sera la raison de son assassinat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2385\" class=\"cit-num\">2385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883), <em>La Guerre civile en France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage du militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves. Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre d\u2019une insurrection populaire, c\u2019est que, personne n\u2019ob\u00e9issant \u00e0 personne, les passions m\u00e9chantes y sont libres autant que les passions g\u00e9n\u00e9reuses, et que les h\u00e9ros n\u2019y peuvent contenir les assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2386\" class=\"cit-num\">2386<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893),<em> Les Origines de la France contemporaine, 1871, la Commune<\/em> (1876-1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On pourrait laisser ce mot de la fin \u2013 et de bon sens \u2013 \u00e0 un historien contemporain des faits\u00a0: Taine, au lendemain de la guerre de 1870 et de la Commune de Paris, tenta d\u2019en chercher les causes. Elles sont multiples et les historiens d\u2019aujourd\u2019hui en d\u00e9battent encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la r\u00e9pression qui suivit la Commune, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9crit une ligne pour l\u2019emp\u00eacher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2380\" class=\"cit-num\">2380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est poser le probl\u00e8me de l\u2019engagement des intellectuels, question bient\u00f4t au centre de la vie politique. Pourtant, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent en 1871 et d\u2019abord celle d\u2019Hugo.<\/p>\n<p>Pour ses articles publi\u00e9s durant la Semaine sanglante, il voit sa maison \u00e0 Bruxelles lapid\u00e9e aux cris de \u00ab\u00a0\u00c0 mort, Victor Hugo\u00a0! \u00c0 la potence\u00a0! \u00c0 Cayenne\u00a0!\u00a0\u00bb, sans que la police intervienne. Le gouvernement belge, violemment hostile aux communards \u00e0 qui le po\u00e8te offrait l\u2019asile de sa demeure, prend un arr\u00eat\u00e9 enjoignant \u00ab\u00a0au sieur Hugo, homme de lettres, \u00e2g\u00e9 de soixante-neuf ans, de quitter imm\u00e9diatement le royaume, avec d\u00e9fense d\u2019y entrer \u00e0 l\u2019avenir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour en France, il se bat pour l\u2019amnistie des communards et pour arracher \u00e0 la mort ou \u00e0 la d\u00e9portation des gens tels que Rochefort. Il lutte aussi en po\u00e8te, en proph\u00e8te qui en appelle \u00e0 la fraternit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 juges, vous jugez les crimes de l\u2019aurore.\u00a0\u00bb C\u2019est donc \u00e0 lui que revient le mot de la fin sur cette Commune plus r\u00e9volutionnaire que la R\u00e9volution.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Question parfois pos\u00e9e\u00a0: faut-il comm\u00e9morer Napol\u00e9on ou la Commune\u00a0? Il n\u2019y a pas \u00e0 choisir\u00a0: pour l\u2019Histoire en citations, les deux s\u2019imposent \u00e0 un mois d\u2019intervalle. Proclam\u00e9e \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb le 28 mars 1871, la Commune de Paris se termine par la \u00ab\u00a0Semaine sanglante\u00a0\u00bb du 22 au 28 mai. Ex\u00e9cutions et r\u00e9pression, au total peut-\u00eatre 100\u00a0000 morts\u00a0: [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":183,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8883","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8883","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8883"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8883\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12711,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8883\/revisions\/12711"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8883"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8883"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8883"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}