{"id":8886,"date":"2021-03-15T00:00:00","date_gmt":"2021-03-14T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:09","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:09","slug":"honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/","title":{"rendered":"Honneur aux perdant(e)s ! (Du r\u00e8gne d\u2019Henri IV \u00e0 la R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques.<\/p>\n<ul>\n<li>Perdre la vie, perdre une bataille ou une place envi\u00e9e, perdre un combat id\u00e9ologique, perdre la confiance du peuple ou d\u2019un partenaire essentiel, perdre la face et l\u2019honneur.<\/li>\n<li>Perdre parce qu\u2019on est faible ou qu\u2019on se croit trop fort, perdre par malchance, par injustice ou par la force des choses et du sens de l\u2019Histoire\u00a0: Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> sous la R\u00e9volution.<\/li>\n<li>Perdre individuellement, mais aussi en groupe (les femmes, les Templiers, les Girondins sous la R\u00e9volution, les canuts de Lyon, la Commune de Paris).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Certains cas semblent anecdotiques ou paradoxaux \u2013 nous assumons, avec des arguments. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, ces perdantes et perdants sont honor\u00e9s \u00e0 des titres divers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante\u00a0\u00bb\u00a0: le Panth\u00e9on leur fait place.<\/p>\n<p>Ils se retrouvent ici et l\u00e0 statufi\u00e9s ou s\u2019inscrivent dans la toponymie de nos rues, nos places, notre environnement quotidien. Ils figurent dans les livres d\u2019histoire et les dictionnaires, renaissent dans des \u0153uvres de fiction litt\u00e9raire, th\u00e9\u00e2trale, lyrique.<\/p>\n<p>La sanctification honore volontiers les femmes, Blandine, Genevi\u00e8ve, Jeanne (d\u2019Arc).<\/p>\n<p>Parfois, les perdants font \u00e9cole, cr\u00e9ant un courant d\u2019id\u00e9es, une th\u00e9orie, voire une religion qui change le monde \u2013 J\u00e9sus-Christ, l\u2019exemple \u00ab\u00a0incroyable mais vrai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Autant de \u00ab\u00a0qui perd gagne\u00a0\u00bb permettant une revanche posthume. <\/p>\n<p>On peut en tirer une petite philosophie de l\u2019Histoire et r\u00e9fl\u00e9chir au travail de m\u00e9moire dont on parle tant. C\u2019est le but de nos \u00e9ditos et la preuve que les citations bien choisies se r\u00e9v\u00e8lent toujours utiles. C\u2019est aussi l\u2019occasion de d\u00e9mentir deux personnages exceptionnellement r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb 2980<br>Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de <span class=\"caps\">STALINE<\/span> dans ses M\u00e9moires de guerre.<\/p>\n<p>(Toutes les citations num\u00e9rot\u00e9es sont comme toujours tir\u00e9es de notre <em>Histoire en citations<\/em>)<\/p>\n<p><strong>Honneur aux perdants, retrouvez nos quatre \u00e9ditos\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion\/\">De la Gaule aux guerres de Religion<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/\">Du r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\"><span class=\"caps\">IV<\/span><\/span> \u00e0 la R\u00e9volution<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-lempire-a-la-deuxieme-republique\/\">De l\u2019Empire \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours\/\">De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">II<\/span>. Du r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e0 la R\u00e9volution<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span><\/h4>\n<p>Florentine \u00e9ternellement comploteuse et redoutable en tant que femme d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, plusieurs fois ridicule dans ses entreprises, elle est d\u00e9finitivement confondue lors de la \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des dupes\u00a0\u00bb. Honneur lui soit pourtant rendu sur un seul point\u00a0: la France lui doit son plus grand ministre, Richelieu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne trouve ni agr\u00e9able compagnie, ni r\u00e9jouissance, ni satisfaction chez ma femme [\u2026] faisant une mine si froide et si d\u00e9daigneuse lorsqu\u2019arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de d\u00e9pit de la quitter l\u00e0 et de m\u2019en aller chercher quelque r\u00e9cr\u00e9ation ailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"653\" class=\"cit-num\">653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Sully. <em>Lettres intimes de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1876), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament de Marguerite de Valois, dite \u00ab\u00a0la reine Margot\u00a0\u00bb, sa premi\u00e8re femme\u00a0! Mais sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9e, elle lui fait le fils qui doit lui succ\u00e9der\u00a0: le dauphin Louis na\u00eet \u00e0 Fontainebleau le 27\u00a0septembre 1601. Il n\u2019h\u00e9ritera pas de la sant\u00e9 du p\u00e8re et ses relations avec sa m\u00e8re seront d\u00e9testables. En attendant, la joie du roi et du royaume est grande\u00a0: on attendait un h\u00e9ritier depuis quarante ans\u00a0! Elle aura six enfants en dix ans de mariage.<\/p>\n<p>Ce mariage florentin fut un sacrifice \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat \u2013 les rois ne se mariaient pas par amour, pour cela, ils avaient les ma\u00eetresses et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> battra largement les deux autres grands amoureux de l\u2019histoire, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. On avance le nombre de 73. La prog\u00e9niture du Vert Galant est \u00e0 l\u2019image de sa sant\u00e9 amoureuse, exceptionnelle, et il l\u00e9gitime souvent ses enfants n\u00e9s hors mariage \u2013 c\u2019est le premier roi de France qui ose cela.<\/p>\n<p>La belle-famille est tr\u00e8s riche et tr\u00e8s catholique\u00a0: deux raisons qui auraient d\u00fb faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n\u2019en est rien. Henriette d\u2019Entragues, ma\u00eetresse en titre, se f\u00e2che contre Henri et traite Marie de \u00ab\u00a0grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 fine allusion \u00e0 la dot de la reine, 600\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or, la plus belle dot de l\u2019Histoire. Mais elle va comploter contre le roi, d\u00e9j\u00e0 au lit d\u2019autres femmes. Car la reine lui donne peu de plaisir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne traiteriez pas ainsi vos b\u00e2tards\u00a0!<br>\u2014 Mes b\u00e2tards peuvent \u00eatre \u00e0 tout moment corrig\u00e9s par le Dauphin, s\u2019ils sont m\u00e9chants, mais qui corrigera le Dauphin si je ne le fais moi-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"656\" class=\"cit-num\">656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), r\u00e9pondant \u00e0 Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1573-1642). <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sc\u00e8nes sont fr\u00e9quentes entre les deux \u00e9poux. Marie est jalouse des ma\u00eetresses du roi fort g\u00e9n\u00e9reux et galant avec toutes ces dames, alors qu\u2019il a peu d\u2019\u00e9gard pour la reine. Elle lui reproche ici de frapper avec sa canne le petit Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>). Le bon roi n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer les p\u00e8res Fouettard, \u00ab\u00a0sachant bien qu\u2019il n\u2019y a rien au monde qui lui fasse plus de profit\u00a0; car \u00e9tant de son \u00e2ge, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fort fouett\u00e9\u00a0\u00bb. Bonne raison, au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis. Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui \u2013 le sait-il\u00a0? Mais cette phrase est pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais n\u2019\u00eatre point roi et que mon fr\u00e8re le f\u00fbt plut\u00f4t\u00a0: car j\u2019ai peur qu\u2019on me tue, comme on a fait du roi mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"663\" class=\"cit-num\">663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), le soir du 14\u00a0mai 1610.<em> Journal pour le r\u00e8gne de Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (posthume, 1960), Pierre de L\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> meurt, victime d\u2019un attentat \u2013 poignard\u00e9 par Ravaillac. L\u2019enfant qui n\u2019a pas 9\u00a0ans restera traumatis\u00e9 \u00e0 jamais par ce drame o\u00f9 sa m\u00e8re est sans doute compromise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vivre au si\u00e8cle de Marie,<br>Sans mensonge et sans flatterie,<br>Sera vivre au si\u00e8cle dor\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"666\" class=\"cit-num\">666<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Ode \u00e0 la Reine m\u00e8re du Roi sur les heureux succ\u00e8s de sa r\u00e9gence<\/em> (1610)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te officiel, il s\u2019empresse de saluer l\u2019\u00e2ge d\u2019or et ses nouveaux ma\u00eetres. En fait, la r\u00e9gence de Marie de M\u00e9dicis va se r\u00e9v\u00e9ler catastrophique.<\/p>\n<p>Le Parlement de Paris l\u2019a d\u00e9clar\u00e9e r\u00e9gente \u00ab\u00a0pour avoir l\u2019administration des affaires du royaume pendant le bas \u00e2ge dudit seigneur son fils\u00a0\u00bb. Cette femme lymphatique prend go\u00fbt au pouvoir, se m\u00eale de tout et accumule les erreurs.<\/p>\n<p>Elle renvoie Sully et tous les ministres d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, s\u2019entourant de conseillers qui discr\u00e9ditent son gouvernement, \u00e0 commencer par Concini et sa femme L\u00e9onora Galiga\u00ef, deux intrigants originaires comme elle de Florence. Elle suit le \u00ab\u00a0parti des d\u00e9vots\u00a0\u00bb (ultra-catholique) et se montre d\u2019une faiblesse coupable avec les Cond\u00e9, Guise, Nevers, Bouillon qu\u2019elle comble de dons, pensions, festivit\u00e9s, esp\u00e9rant acheter leur docilit\u00e9, alors que leurs ambitions redoublent\u00a0! \u00ab\u00a0Le temps des rois est pass\u00e9, celui des Grands et des Princes est revenu\u00a0\u00bb, clament-ils partout.<\/p>\n<p>Le Conseil du roi redevient Conseil f\u00e9odal et de famille, champ clos o\u00f9 s\u2019affrontent Guise et Cond\u00e9. La situation est si embrouill\u00e9e, le Tr\u00e9sor public si vide qu\u2019il faut convoquer les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, le 27\u00a0octobre 1614. C\u2019est la derni\u00e8re fois avant ceux de 1789, pr\u00e9lude \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En la voie de l\u2019honneur et de la gloire, ne s\u2019avancer et ne s\u2019\u00e9lever pas, c\u2019est reculer et d\u00e9choir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"667\" class=\"cit-num\">667<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), D\u00e9claration aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1614, 27\u00a0octobre.<em> M\u00e9moires du cardinal de Richelieu<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Armand Jean du Plessis, cardinal, duc de Richelieu, fait son entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire et parle d\u00e9j\u00e0 ce langage de la grandeur qui sera le sien. D\u00e9put\u00e9 du clerg\u00e9 poitevin \u00e0 moins de 30\u00a0ans, il a quitt\u00e9 son \u00e9v\u00each\u00e9 de Lu\u00e7on (bien administr\u00e9 par ses soins) et pr\u00e9sente le cahier g\u00e9n\u00e9ral de son ordre.<\/p>\n<p>Le cardinal a l\u2019art de savoir se mettre en valeur quand, o\u00f9 et aupr\u00e8s de qui il faut. Il expose ici que les rois ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 appeler dans leur Conseil des eccl\u00e9siastiques, \u00ab\u00a0\u00e0 cause des vertus de capacit\u00e9 et de prudence auxquelles les obligeait leur profession, outre que le c\u00e9libat les d\u00e9pouillait plus que les autres d\u2019int\u00e9r\u00eat particulier\u00a0\u00bb. Le voil\u00e0 bient\u00f4t nomm\u00e9 grand aum\u00f4nier de la reine m\u00e8re, tr\u00e8s catholique et aussi puissante qu\u2019incapable. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une irr\u00e9sistible ascension qu\u2019elle va favoriser, puis tenter de contrer par tous les moyens, quand le personnage lui \u00e9chappe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on m\u2019aille qu\u00e9rir les vieux serviteurs du feu roi mon p\u00e8re et anciens conseillers de mon Conseil d\u2019\u00c9tat. C\u2019est par le conseil de ceux-l\u00e0 que je veux gouverner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"671\" class=\"cit-num\">671<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), apr\u00e8s l\u2019assassinat de Concini au Louvre, 24\u00a0avril 1617. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1843), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier acte d\u2019autorit\u00e9, le roi fait le vide au Conseil, renvoyant Richelieu, li\u00e9 au clan Concini qu\u2019il vient de faire assassiner. Il rappelle Brulart de Sillery et les \u00ab\u00a0barbons\u00a0\u00bb du temps de son p\u00e8re Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si on ne veut pas lui dire la nouvelle, qu\u2019on la lui chante\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"672\" class=\"cit-num\">672<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642), 24\u00a0avril 1617. <em>Richelieu<\/em> (1968), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine m\u00e8re a ce mot terrible, quand on lui demande d\u2019annoncer la mort de Concini \u00e0 sa femme L\u00e9onora Galiga\u00ef \u2013 astrologue, confidente et s\u0153ur de lait de Marie de M\u00e9dicis, donc une amie de quarante ans\u00a0!<\/p>\n<p>Concini abattu dans la cour du Louvre, enterr\u00e9 \u00e0 Saint-Germain-l\u2019Auxerrois, est exhum\u00e9 par la foule, d\u00e9pec\u00e9, br\u00fbl\u00e9 sur le pont Neuf. L\u00e9onora Galiga\u00ef est arr\u00eat\u00e9e, embastill\u00e9e. Elle pratiquait l\u2019envo\u00fbtement et l\u2019exorcisme, on lui fera un proc\u00e8s pour \u00ab\u00a0juiverie\u00a0\u00bb et sorcellerie \u2013 ainsi, la reine ne risque pas d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9e. L\u2019accus\u00e9e se d\u00e9fend bien, mais le jugement est fait d\u2019avance\u00a0: la mort pour la sorci\u00e8re. Elle sera digne devant les injures de la foule et courageuse sur l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, elle se retrouve en exil et en prison \u00e0 Blois, mais s\u2019en \u00e9vadera en 1619, pour prendre la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des Grands contre son royal fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, que vous \u00eates grandi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"678\" class=\"cit-num\">678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span>\u00a0(1575-1642), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, rappel\u00e9e d\u2019exil, 5\u00a0septembre 1619. L\u2019Ancienne France\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (1886), Paul Lacroix (dit S\u00e9bastien Jacob)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin provisoire de la \u00ab\u00a0guerre de la m\u00e8re et du fils\u00a0\u00bb\u00a0: la reine m\u00e8re reconna\u00eet ainsi que le roi est bien Roi.<\/p>\n<p>Le 22\u00a0f\u00e9vrier, elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de sa prison au ch\u00e2teau de Blois d\u2019une mani\u00e8re rocambolesque, pour prendre la t\u00eate d\u2019un soul\u00e8vement contre son fils. Le trait\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame, n\u00e9goci\u00e9 par Richelieu, apaise le conflit. Mais quelques mois plus tard, la m\u00e8re repartira en guerre contre le fils, en ralliant \u00e0 sa cause les Grands du royaume.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019aime pas sa m\u00e8re et il a quelques raisons, mais il est assez intelligent pour comprendre que, tenue de force \u00e9loign\u00e9e de la cour, elle serait plus dangereuse car plus libre de comploter encore et toujours contre lui.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9conciliation et quelques autres sont n\u00e9goci\u00e9es par Richelieu qui se rapproche ainsi du pouvoir. Apr\u00e8s la mort de Luynes (favori du roi et hostile \u00e0 tout nouvel ambitieux), la reine m\u00e8re le fera nommer cardinal, puis entrer au Conseil du roi en 1624, esp\u00e9rant avoir un alli\u00e9 en la place. Mais Richelieu qui la conna\u00eet s\u2019en m\u00e9fie, surtout soucieux de conserver la confiance du roi dont d\u00e9pend sa carri\u00e8re et sa fortune. Or le personnage reste impr\u00e9visible et jaloux de son autorit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le plus grand serviteur que jamais la France ait eu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"706\" class=\"cit-num\">706<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), d\u00e9fendant le cardinal contre sa m\u00e8re au lendemain de la journ\u00e9e des Dupes, le 11\u00a0novembre\u00a01630.<em> Richelieu et le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1934), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis a tent\u00e9 de perdre Richelieu. Elle l\u2019avait introduit aupr\u00e8s du roi, esp\u00e9rant son soutien au parti d\u00e9vot et \u00e0 l\u2019Espagne catholique. Et voil\u00e0 qu\u2019il s\u2019allie aux protestants allemands, pour contrer la puissante maison des Habsbourg qui r\u00e8gne en Autriche et en Espagne.<\/p>\n<p>Avec la reine Anne d\u2019Autriche, elle a profit\u00e9 d\u2019une grave maladie du roi (tuberculeux et de sant\u00e9 fragile) pour l\u2019\u00e9loigner de son Principal ministre et obtenir sa future disgr\u00e2ce, en septembre\u00a01630, \u00e0 Lyon.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0novembre, en son palais du Luxembourg, elle presse son fils de tenir parole. Richelieu, craignant le pire, entre par une porte d\u00e9rob\u00e9e. Elle l\u2019accable de sa col\u00e8re et ses injures. Le roi, boulevers\u00e9, se retire sans un mot, sans un regard pour son ministre. La cour croit \u00e0 une arrestation imminente, les courtisans s\u2019empressent autour de la reine m\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est la journ\u00e9e des Dupes\u00a0\u00bb\u00a0: le mot de Bautru, conseiller d\u2019\u00c9tat et prot\u00e9g\u00e9 du cardinal, fait le tour de Paris.<\/p>\n<p>Le lendemain, le roi est \u00e0 Versailles. Richelieu, convoqu\u00e9, se croit perdu et se jette \u00e0 ses genoux. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le rel\u00e8ve, le prie de rester, exile Marie de M\u00e9dicis \u00e0 Compi\u00e8gne. C\u2019est la d\u00e9route du parti d\u00e9vot. Richelieu a gagn\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme les femmes n\u2019ont pas de voix en l\u2019\u00c9glise, je suis de l\u2019opinion des anciens et modernes qui croient qu\u2019elles n\u2019en doivent point avoir en l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"707\" class=\"cit-num\">707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642).<em> Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Propos misogyne, mais avis fond\u00e9, si l\u2019on songe au r\u00f4le de Marie de M\u00e9dicis et d\u2019Anne d\u2019Autriche, adversaires du cardinal et le plus souvent nuisibles \u00e0 la France, du temps de leur r\u00e8gne comme de leur r\u00e9gence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019aper\u00e7ois assez que l\u2019on s\u2019en prend au cardinal et qu\u2019on ne s\u2019ose plaindre de ma personne. Plus je verrai qu\u2019on l\u2019attaquera, cela sera cause que je l\u2019aimerai davantage et porterai son parti.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"709\" class=\"cit-num\">709<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), au sieur de La Barre Le Sec, 25\u00a0juillet 1631. <em>Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De La Barre \u00e9tait venu lui parler de la reine m\u00e8re, Marie de M\u00e9dicis. Prisonni\u00e8re, \u00e9vad\u00e9e, la voil\u00e0 d\u00e9sormais exil\u00e9e hors de France. Elle le restera jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 Cologne, en 1642.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0parti des bons Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, celui des partisans de Richelieu, refusant l\u2019immixtion de la religion dans les affaires de l\u2019\u00c9tat et consid\u00e9rant la maison de Habsbourg comme le principal danger, a d\u00e9finitivement gagn\u00e9 contre le parti d\u00e9vot. Le couple form\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu est uni\u00a0et ce \u00ab\u00a0minist\u00e9riat\u00a0\u00bb fait la force du r\u00e8gne.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MARQUIS<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">CINQ<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MARS<\/span><\/h4>\n<p>Prot\u00e9g\u00e9 de Richelieu et dernier favori de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, il trahit l\u2019un et l\u2019autre, devenant l\u2019\u00e2me d\u2019un ultime complot qui implique l\u2019Espagne ennemie et met la France en p\u00e9ril. Sa jeunesse (22 ans) et sa mort en font un h\u00e9ros litt\u00e9raire, sinon l\u00e9gendaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant plus on t\u00e9moigne l\u2019aimer et le flatter, tant plus il se hausse et s\u2019emporte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"729\" class=\"cit-num\">729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643).<em> Cinq-Mars ou la passion et la fatalit\u00e9<\/em> (1962), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle \u00e0 Richelieu de son favori, Henri Coiffier de Ruz\u00e9 d\u2019Effiat, marquis de Cinq-Mars. L\u2019ambitieux va conspirer contre Richelieu, avec son ami et complice le magistrat de Thou, le duc de Bouillon et l\u2019in\u00e9vitable fr\u00e8re du roi, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans qui a cherch\u00e9 alliance aupr\u00e8s des Espagnols. L\u2019affaire Cinq-Mars, dernier grand complot du r\u00e8gne, attriste les derniers mois du cardinal, \u00e9puis\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che, rong\u00e9 par un ulc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me rends, parce que je veux mourir, mais je ne suis pas vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"730\" class=\"cit-num\">730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CINQ<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MARS<\/span> (1620-1642).<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le h\u00e9ros revu, corrig\u00e9, id\u00e9alis\u00e9, immortalis\u00e9 par Alfred de Vigny dans son roman historique, <em>Cinq-Mars, ou une conjuration sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1826), inspir\u00e9 de Walter Scott.<\/p>\n<p>Le comte de Vigny, jeune officier et po\u00e8te romantique, en fait le symbole de la noblesse humili\u00e9e par la monarchie absolue\u00a0: grand \u00e9cuyer, favori de la Reine, passionn\u00e9ment attach\u00e9 aux pr\u00e9rogatives de sa caste, bravant les \u00e9dits de Richelieu (comme t\u00e9moin \u00e0 un duel interdit), il s\u2019appr\u00eate, avec la complicit\u00e9 des Espagnols et l\u2019appui de la reine Anne d\u2019Autriche, \u00e0 \u00e9carter le trop puissant cardinal qui a tout pouvoir sur un roi trop faible \u2013 cet argument a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9, dans la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Dupes\u00a0\u00bb dont l\u2019\u00e2me \u00e9tait la reine-m\u00e8re, Marie de M\u00e9dicis.<\/p>\n<p>La conjuration est d\u00e9nonc\u00e9e. Le cardinal triomphe. \u00ab\u00a0Cinq-Mars sourit avec tristesse et sans amertume, parce qu\u2019il n\u2019appartenait d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 la terre. Ensuite, regardant Richelieu avec m\u00e9pris\u00a0\u00bb, il se rend. La r\u00e9alit\u00e9 est quelque peu diff\u00e9rente du roman, mais pas moins dramatique, comme le contexte historique de la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0affaire Cinq-Mars\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien voir la grimace que Monsieur le Grand doit faire \u00e0 cette heure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"731\" class=\"cit-num\">731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), \u00e0 Paris, apprenant l\u2019ex\u00e9cution de son favori \u00e0 Lyon.<em> Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monsieur le Grand, c\u2019est donc Cinq-Mars. Il a 22\u00a0ans. Condamn\u00e9 \u00e0 mort, il est d\u00e9capit\u00e9 \u00e0 Lyon, le 12\u00a0septembre 1642.<\/p>\n<p>Le marquis de Cinq-Mars \u00e9tait devenu le favori du roi. Richelieu organisa la rencontre trois ans plus t\u00f4t, pour distraire un souverain fatigu\u00e9, malade. Le jeune homme est combl\u00e9 d\u2019honneurs, mais ce n\u2019est jamais assez. Il c\u00e8de alors \u00e0 la tentation du complot \u2013 v\u00e9ritable manie du r\u00e8gne dont l\u2019autoritarisme est contest\u00e9 par les Grands et qui annonce la monarchie absolue sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Ce dernier complot est soutenu par Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne en guerre contre la France. En \u00e9change, les conjur\u00e9s lui promettent la restitution de toutes les villes conquises et la victoire\u00a0! C\u2019est dire si l\u2019affaire est grave. On projette aussi de s\u2019emparer du cardinal et de le tuer.<\/p>\n<p>Cinq-Mars recule au dernier moment (Richelieu \u00e9tant avec son capitaine des gardes), mais une copie du trait\u00e9 f\u00e9lon l\u2019accuse. Richelieu en fait part \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et le roi ne peut pardonner une si grave tra\u00eetrise \u00e0 son favori. Dont acte.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">NICOLAS<\/span> <span class=\"caps\">FOUQUET<\/span><\/h4>\n<p>Surintendant des Finances dont la r\u00e9ussite insolente porte ombrage au Roi-Soleil, m\u00e9c\u00e8ne remarquable et ami de ses c\u00e9l\u00e8bres artistes, sa chute est la premi\u00e8re affaire marquante du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et le symbole de l\u2019absolutisme monarchique, sa mort restant un myst\u00e8re. Fouquet reste dans l\u2019Histoire pour toutes ses raisons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00e9solus sur toutes choses de ne point prendre de Premier ministre [\u2026] rien n\u2019\u00e9tant plus indigne que de voir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 toute la fonction et de l\u2019autre le seul titre de Roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"855\" class=\"cit-num\">855<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi entreprend la r\u00e9daction de ce pr\u00e9cieux document la premi\u00e8re ann\u00e9e du r\u00e8gne personnel, songeant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation politique de son successeur et l\u2019initiant, par l\u2019exemple, au difficile m\u00e9tier de roi. Le Grand Dauphin, n\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e 1661, meurt trop t\u00f4t pour r\u00e9gner, de m\u00eame le Second Dauphin. C\u2019est son arri\u00e8re-petit-fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>) qui en fera usage. L\u2019autorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est d\u00e9sormais sans partage. \u00ab\u00a0Sans la donner enti\u00e8re \u00e0 pas un\u00a0\u00bb, il donne sa confiance \u00e0 quelques ministres bien choisis, \u00ab\u00a0appliquant ces diverses personnes \u00e0 diverses choses, selon leurs divers talents, [ce] qui est peut-\u00eatre le premier et le plus grand talent des princes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le roi garde les trois ministres de Mazarin, la \u00ab\u00a0triade\u00a0\u00bb exp\u00e9riment\u00e9e\u00a0: Fouquet (Finances), Lionne (Affaires \u00e9trang\u00e8res), Le Tellier (Guerre). Colbert, chaudement recommand\u00e9 par Mazarin mourant, a charge d\u2019enqu\u00eater sur la fortune du surintendant Fouquet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Quo non ascendet\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ne montera-t-il pas\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"858\" class=\"cit-num\">858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FOUQUET<\/span> (1615-1680), devise figurant dans ses armes, sous un \u00e9cureuil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il monta si haut\u2026 que le roi ne put le tol\u00e9rer.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un conseiller au Parlement, vicomte de Vaux, enrichi par le commerce avec le Canada, Fouquet ach\u00e8te la charge de procureur g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris, devient ami de Mazarin, surintendant des Finances, s\u2019enrichit encore, se paie le marquisat de Belle-Isle, y \u00e9tablit une force militaire personnelle et m\u00eame des fortifications. Au ch\u00e2teau de Vaux qu\u2019il fait construire, il sera le m\u00e9c\u00e8ne des plus prestigieux artistes du temps\u00a0: La Fontaine, Moli\u00e8re, Poussin, Le Vau, Le Brun.<\/p>\n<p>Colbert qui brigue sa place apporte la preuve qu\u2019une telle fortune fut acquise au prix de graves malversations. Invit\u00e9 \u00e0 une f\u00eate somptueuse \u00e0 Vaux, 5\u00a0septembre 1661, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait arr\u00eater son surintendant. V\u00e9ritable coup de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La chute de ce ministre [Fouquet] \u00e0 qui on avait bien moins de reproches \u00e0 faire qu\u2019au cardinal Mazarin, fit voir qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 tout le monde de faire les m\u00eames fautes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"859\" class=\"cit-num\">859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richelieu avant Mazarin et Colbert apr\u00e8s Fouquet ont aussi profit\u00e9 de leur place dans l\u2019\u00c9tat pour s\u2019enrichir. Mais Fouquet voulut \u00e9blouir le roi qui voulait seul \u00e9blouir le monde.<\/p>\n<p>Son arrestation est le premier acte politique du r\u00e8gne\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> prenant ainsi le pouvoir surprend tout son entourage. Le surintendant d\u00e9chu (et ex-grand m\u00e9c\u00e8ne) sera soutenu par ses amis, La Fontaine, Mme\u00a0de S\u00e9vign\u00e9, Mlle\u00a0de Scud\u00e9ry. Leur fid\u00e9lit\u00e9 dans l\u2019\u00e9preuve plaide en leur faveur comme en la sienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquet a sauv\u00e9 sa vie profonde, laissant Colbert condamn\u00e9 \u00e0 ramer sur la gal\u00e8re mondaine, avec des gants parfum\u00e9s. Les dieux n\u2019aiment pas l\u2019homme heureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"861\" class=\"cit-num\">861<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MORAND<\/span> (1888-1976),<em> Fouquet ou le soleil offusqu\u00e9<\/em> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au terme d\u2019un proc\u00e8s de trois ans, plein d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, Nicolas Fouquet est condamn\u00e9 pour abus, malversations et l\u00e8se-majest\u00e9 \u00e0 la confiscation de ses biens et au bannissement, peine que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> transforme en prison perp\u00e9tuelle. Il est enferm\u00e9 \u00e0 la forteresse de Pignerol. La date et les circonstances de sa mort restent un myst\u00e8re \u2013 il est l\u2019un des possibles \u00ab\u00a0masques de fer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean-Baptiste Colbert lui succ\u00e8de en 1661 comme intendant des Finances \u2013 le poste de surintendant \u00e9tant supprim\u00e9.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><span class=\"caps\">CALAS<\/span><\/h4>\n<p>Protestant victime de l\u2019intol\u00e9rance religieuse qui s\u00e9vit toujours au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, il est bien connu pour \u00ab\u00a0l\u2019affaire\u00a0Calas\u00a0\u00bb et r\u00e9habilit\u00e9 trois ans apr\u00e8s sa mort gr\u00e2ce \u00e0 Voltaire \u2013 qui lui doit sa panth\u00e9onisation, autre titre de gloire pour le perdant de cette histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019abus de la religion la plus sainte a produit un grand crime\u2026\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Ces cas sont rares, mais ils arrivent, et ils sont l\u2019effet de cette sombre superstition qui porte les \u00e2mes faibles \u00e0 imputer des crimes \u00e0 quiconque ne pense pas comme elles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tels sont les derniers mots de ce texte o\u00f9 Voltaire \u00e9voque le drame de Jean Calas, p\u00e8re de famille protestant, accus\u00e9 par la foule d\u2019avoir assassin\u00e9 deux ans plus t\u00f4t son fils Marc-Antoine, retrouv\u00e9 mort (\u00e9trangl\u00e9) le 13 octobre 1761 au soir dans la boutique de son p\u00e8re \u00e0 Toulouse. Le p\u00e8re croit \u00e0 un suicide et le camoufle en meurtre, pour lui \u00e9viter le traitement inflig\u00e9 aux suicid\u00e9s. Mais la rumeur publique et la justice l\u2019accusent du crime\u00a0: il aurait tu\u00e9 son fils pour l\u2019emp\u00eacher de se convertir \u00e0 la religion catholique.<\/p>\n<p>9 mars 1762, le parlement de Toulouse condamne Calas \u00ab\u00a0\u00e0 \u00eatre rompu vif, \u00e0 \u00eatre expos\u00e9 deux heures sur une roue, apr\u00e8s quoi il sera \u00e9trangl\u00e9 et jet\u00e9 sur un b\u00fbcher pour y \u00eatre br\u00fbl\u00e9\u00a0\u00bb. Il subit au pr\u00e9alable la question ordinaire et extraordinaire \u00ab\u00a0pour tirer de lui l\u2019aveu de son crime, complices et circonstances\u00a0\u00bb, une longue s\u00e9ance de torture, mais Calas n\u2019avoue rien et clame son innocence. Le 10 mars, rou\u00e9 vif place Saint-Georges, il est \u00e9trangl\u00e9, puis br\u00fbl\u00e9 deux heures plus tard.<\/p>\n<p>Le philosophe a d\u2019abord cru \u00e0 la culpabilit\u00e9 de Jean Calas, r\u00e9digeant une lettre incendiaire sur Calas. Mais il est bient\u00f4t convaincu par un autre fils, Pierre, de son innocence. Il forme un groupe de pression avec ses amis et va se battre jusqu\u2019\u00e0 ce que justice soit faite\u00a0! <em>Le Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> est une pi\u00e8ce au dossier, dans le proc\u00e8s de l\u2019intol\u00e9rance et du fanatisme religieux. Une cause qui lui est ch\u00e8re depuis toujours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec son meilleur ennemi, Rousseau), on lira sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite.<\/p>\n<p>Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, il se bat pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce que je vois jette les semences d\u2019une r\u00e9volution qui arrivera immanquablement et dont je n\u2019aurai pas le plaisir d\u2019\u00eatre t\u00e9moin. Les Fran\u00e7ais arrivent tard \u00e0 tout, mais enfin, ils arrivent [\u2026] Les jeunes gens sont bienheureux\u00a0; ils verront de belles choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1172\" class=\"cit-num\">1172<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre au marquis de Chauvelin, 2\u00a0avril 1764, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sexag\u00e9naire, riche et c\u00e9l\u00e8bre, le patriarche de Ferney re\u00e7oit tout ce que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res compte d\u2019\u00e9crivains, de princes, d\u2019admirateurs. L\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se contente pas d\u2019\u00e9crire, de \u00ab\u00a0cultiver son jardin\u00a0\u00bb et d\u2019observer le monde comme il va. Il se bat pour plus de justice, faisant appel \u00e0 ses amis influents, dont le ministre Choiseul et le duc de Richelieu, afin d\u2019obtenir la r\u00e9vision du proc\u00e8s Calas, tandis que la famille obtient un entretien \u00e0 Versailles aupr\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<p>Le 9\u00a0mars 1765, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des quarante juges, le Grand Conseil s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. Au terme de trois ans de lutte, la r\u00e9habilitation de Calas est une victoire personnelle du philosophe et le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes et d\u2019autant plus partiales que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0! La mise en cause des m\u00e9canismes judiciaires, une des plaies de l\u2019Ancien R\u00e9gime, est en soi un acte r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque. L\u2019attitude courageuse de Voltaire fait de lui le premier de nos \u00ab\u00a0intellectuels engag\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je s\u00e8me un grain qui pourra produire un jour une moisson.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1176\" class=\"cit-num\">1176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a \u00e9crit ce trait\u00e9 pour Calas et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Attendons tout du temps, de la bont\u00e9 du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l\u2019esprit de raison qui commence \u00e0 r\u00e9pandre partout sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait la r\u00e9habilitation de Calas\u00a0! Les m\u00eames mots se retrouvent alors dans ses <em>Lettres<\/em>, avec cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a donc de la justice et de l\u2019humanit\u00e9 chez les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019auteur va continuer de s\u2019engager dans les grandes affaires de son temps. \u00c0 60\u00a0ans pass\u00e9s, Voltaire sait abandonner une \u0153uvre en cours, pour sauver un innocent ou du moins sa m\u00e9moire. Alors que Rousseau, auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em>, trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation, abandonne \u00e0 l\u2019Assistance publique les cinq enfants qu\u2019il fait \u00e0 une servante illettr\u00e9e.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MADAME<\/span> <span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">BARRY<\/span><\/h4>\n<p>Derni\u00e8re favorite de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> vieillissant, jeune roturi\u00e8re n\u00e9e Jeanne B\u00e9cu, cible de pamphlets injurieux et de m\u00e9disances \u00e0 la cour, suspecte sous la R\u00e9volution, elle finit guillotin\u00e9e. Elle cl\u00f4t le temps des favorites royales \u2013 apr\u00e8s Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> et Agn\u00e8s Sorel, une centaines tinrent cet emploi ingrat, mais envi\u00e9, passeport pour une post\u00e9rit\u00e9 m\u00e9diatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! la France, ton caf\u00e9 fout le camp.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1185\" class=\"cit-num\">1185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse\u00a0<span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">BARRY<\/span> (1743-1793), s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>.<em> Anecdotes sur la comtesse du Barry<\/em> (1775), Pidansat de Mairobert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle favorite depuis 1768, elle a trente-trois ans de moins que le roi vieillissant, toujours s\u00e9ducteur et encore s\u00e9duisant, aussit\u00f4t charm\u00e9 par sa joie de vivre et ses 25\u00a0ans.<\/p>\n<p>Jeanne B\u00e9cu a beaucoup \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb, avant de se retrouver au centre des intrigues de la cour. Son \u00e9ducation chez les s\u0153urs ne l\u2019a pas d\u00e9barrass\u00e9e d\u2019un parl\u00e9 peu protocolaire et les courtisans collectionnent les perles pour se moquer de cette fausse noble. Ainsi, elle traitait le roi comme un valet de com\u00e9die, l\u2019appelant \u00ab\u00a0la France\u00a0\u00bb et le tutoyant. Occup\u00e9e \u00e0 se poser des mouches devant sa psych\u00e9 quand l\u2019infusion en bouillant tomba sur le feu, elle aurait cri\u00e9 la fameuse phrase, souvent cit\u00e9e.<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment dite, elle fut peut-\u00eatre adress\u00e9e \u00e0 un valet de pied au service de la favorite de 1770 \u00e0 1772, et qui s\u2019appelait justement La France.<\/p>\n<p>M\u00e9pris\u00e9e ouvertement du vivant du roi, chass\u00e9e de la cour \u00e0 sa mort, exil\u00e9e dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Louveciennes, elle sera rattrap\u00e9e par l\u2019histoire sous la R\u00e9volution, jug\u00e9e comme conspiratrice contre la R\u00e9publique et guillotin\u00e9e pendant la Terreur. Ce joli mot de la fin lui est pr\u00eat\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Encore un moment, monsieur le bourreau\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle cl\u00f4t la longue liste des favorites, ma\u00eetresses officielles de nos rois. La premi\u00e8re, Agn\u00e8s Sorel, remonte \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge (sous le r\u00e8gne de Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>). Nous avons \u00e9voqu\u00e9 Diane de Poitiers (sous Henri <span class=\"caps\">II<\/span>). Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> le Vert Galant a battu tous les records amoureux, avec l\u2019habitude de l\u00e9gitimer ses b\u00e2tards. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> firent ensuite honneur \u00e0 la tradition des Bourbons au long nez.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span><\/h4>\n<p>Jeune roi incapable d\u2019assumer son r\u00f4le (d\u2019ailleurs impossible) \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, il se rach\u00e8te dans l\u2019\u00e9preuve finale, de son proc\u00e8s devant la Convention \u00e0 son ex\u00e9cution capitale face au peuple. La France royaliste se r\u00e9veille et part en guerre (Vend\u00e9e, Chouans), l\u2019Histoire comm\u00e9morant le souvenir du roi martyr, le 21 janvier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Marie-Antoinette, d\u2019un an sa cadette, est \u00e9galement effray\u00e9e par l\u2019ampleur de la t\u00e2che qui l\u2019attend, pour d\u2019autres raisons.<\/p>\n<p>Premier acte politique\u00a0: le roi, non sans regret (d\u00e9j\u00e0\u00a0!), va renvoyer le triumvirat de combat (Maupeou-Terray-d\u2019Aiguillon) qui tentait les indispensables r\u00e9formes, ce qui l\u2019a rendu terriblement impopulaire \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Il accumulera ensuite les maladresses et les revirements. Mais il va se r\u00e9v\u00e9ler plus grand que lui-m\u00eame, \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9chafaud auquel il ne peut \u00e9chapper.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je subirai le sort de Charles\u00a0Ier, et mon sang coulera pour me punir de n\u2019en avoir jamais vers\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1465\" class=\"cit-num\">1465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes, \u00e9crite au Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>M\u00e9moires du marquis de Ferri\u00e8res<\/em> (1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9c\u00e9dent historique maintes fois rappel\u00e9\u00a0: Charles\u00a0Ier, roi d\u2019Angleterre, d\u2019\u00c9cosse et d\u2019Irlande, victime de la r\u00e9volution anglaise, jug\u00e9 par le Parlement, d\u00e9capit\u00e9 en 1649.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, ce roi si faible, incapable de r\u00e9gner quand il avait le pouvoir et les hommes (quelques grands ministres), cet homme de 38\u00a0ans, pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, parfois compar\u00e9 \u00e0 un vieillard, va faire preuve de courage et de lucidit\u00e9 dans ces deux derniers mois. Toujours \u00e0 son ami et avocat, Malesherbes, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne me fais pas d\u2019illusion sur mon sort\u00a0; les ingrats qui m\u2019ont d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 ne s\u2019arr\u00eateront pas au milieu de leur carri\u00e8re\u00a0; ils auraient trop \u00e0 rougir de voir sans cesse sous leurs yeux leur victime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis sera-t-il donc le seul Fran\u00e7ais pour lequel on ne suive nulle loi, nulle forme\u00a0? Louis ne jouit ni du droit de citoyen, ni de la pr\u00e9rogative des rois\u00a0: il ne jouira ni de son ancienne condition, ni de la nouvelle\u00a0! Quelle \u00e9trange exception.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1468\" class=\"cit-num\">1468<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">DES\u00c8ZE<\/span> (1748-1828), Plaidoirie pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 26\u00a0d\u00e9cembre 1792. <em>Histoire de France depuis la R\u00e9volution de 1789<\/em> (1803), Fran\u00e7ois-Emmanuel Toulongeon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat (comte Des\u00e8ze ou De S\u00e8ze) t\u00e9moignera plus tard du grand \u0153uvre de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Trois jours et quatre nuits, j\u2019ai lutt\u00e9 pied \u00e0 pied avec les documents pour \u00e9difier avec Malesherbes et Tronchet, et surtout avec mon Roi, la d\u00e9fense de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 par la Convention. J\u2019ai voulu plaider avec la justice, le c\u0153ur, le talent que l\u2019on me reconnaissait alors. Mon ma\u00eetre ne me laissa combattre que sur le terrain du droit\u00a0: il se souciait de balayer les accusations dont il \u00e9tait l\u2019objet, non d\u2019apitoyer. Pendant plus d\u2019une heure, je lui ai donn\u00e9 ma voix. En vain\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a bien travaill\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1469\" class=\"cit-num\">1469<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0(1754-1793), apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat Romain Des\u00e8ze, 26\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, Volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des\u00e8ze s\u2019est assis, \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s la plaidoirie. En sueur, il demande une chemise. \u00ab\u00a0Donnez-la-lui, car il a bien travaill\u00e9\u00a0\u00bb, dit le roi. \u00ab\u00a0Avec une familiarit\u00e9 touchante et un peu vulgaire\u00a0\u00bb, commente l\u2019historien socialiste.<\/p>\n<p>Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise sous la Restauration (en 1828), le baron de Barante rendra cet hommage \u00e0 Des\u00e8ze\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00e9ternel honneur sera d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus tristement religieux de notre R\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arbre de la libert\u00e9 ne saurait cro\u00eetre s\u2019il n\u2019\u00e9tait arros\u00e9 du sang des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1475\" class=\"cit-num\">1475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), \u00e0 la tribune, 20\u00a0janvier\u00a01793. <em>M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la Convention, dans l\u2019effervescence g\u00e9n\u00e9rale, justifie ainsi la condamnation \u00e0 mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, contre la partie la plus mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019assembl\u00e9e qui souhaitait att\u00e9nuer la peine. Lui-m\u00eame s\u2019est prononc\u00e9 pour la mort, sans appel au peuple, sans sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. On retrouvera Bar\u00e8re en juillet\u00a01793, membre du Comit\u00e9 de salut public et l\u2019un des organisateurs les plus z\u00e9l\u00e9s de la Terreur, nomm\u00e9 l\u2019Anacr\u00e9on de la guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis doit mourir pour que la patrie vive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1476\" class=\"cit-num\">1476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre sentence\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mots prononc\u00e9s au d\u00e9but du proc\u00e8s, le 3\u00a0d\u00e9cembre. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pour Louis ni amour ni haine\u00a0: je ne hais que ses forfaits\u2026\u00a0\u00bb En fait, le roi \u00e9tait jug\u00e9 d\u2019avance. La R\u00e9volution, c\u2019est la souverainet\u00e9 du peuple et elle ne peut composer avec la souverainet\u00e9 du roi. Ce n\u2019est pas l\u2019homme Capet qui est en cause, aux yeux des th\u00e9oriciens tels que Robespierre et Saint-Just, c\u2019est l\u2019extravagante condition du monarque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 mon peuple, Que vous ai-je donc fait\u00a0?<br>J\u2019aimais la vertu, la justice.<br>Votre bonheur fut mon unique objet,<br>Et vous me tra\u00eenez au supplice\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1477\" class=\"cit-num\">1477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Complainte de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> aux Fran\u00e7ais, quand le verdict fatal est connu \u00e0 la fin du proc\u00e8s, chanson anonyme. <em>Pri\u00e8res pour le roi, la France, etc. pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es du Testament de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de quelques notes historiques<\/em> (1816)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Glapie dans les guinguettes par des chanteurs \u00e0 gages\u00a0\u00bb, sur l\u2019air d\u2019une romance c\u00e9l\u00e8bre compos\u00e9e par la marquise de Travanet et par Marie-Antoinette, cette complainte a tant de succ\u00e8s qu\u2019elle \u00e9clipse un temps <em>La Marseillaise<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0(1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours.<\/p>\n<p>Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1480\" class=\"cit-num\">1480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0(1754-1793), au bourreau Sanson et \u00e0 ses aides, 21\u00a0janvier 1793. \u00ab\u00a0Second mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em> (1867), Antonin Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre mot de la fin attribu\u00e9 au roi, toujours dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb, comme pour alimenter la l\u00e9gende. Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis ne sut qu\u2019aimer, pardonner et mourir\u00a0!<br>Il aurait su r\u00e9gner s\u2019il avait su punir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1481\" class=\"cit-num\">1481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">TILLY<\/span> (1764-1816).<em> Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em> (1826), Joseph Michaud, Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce c\u00e9l\u00e8bre distique (deux vers), le comte de Tilly, d\u00e9fenseur du roi au palais des Tuileries (le 10\u00a0ao\u00fbt 1792) et auteur de <em>M\u00e9moires<\/em> (surtout galants), t\u00e9moigne de cette horreur de la violence, dans une \u00e9poque o\u00f9 elle fait loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est vrai que l\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin.<br>La mort du roi, chacun en juge selon son camp, des royalistes aux r\u00e9volutionnaires, en passant par toutes les nuances d\u2019opinion, de la droite r\u00e9actionnaire \u00e0 la gauche extr\u00eame. Cela vaut de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale pour la R\u00e9volution, et aujourd\u2019hui encore, on en discute.<\/p>\n<p>Les \u00e9migr\u00e9s royalistes proclament roi, sous le nom de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>, le jeune dauphin enferm\u00e9 au Temple et le comte de Provence (fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) est nomm\u00e9 r\u00e9gent du royaume.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span><\/h4>\n<p>Dauphine ador\u00e9e, reine d\u00e9test\u00e9e, elle devient digne et responsable dans la tourmente r\u00e9volutionnaire et m\u00e8re bouleversante dans le proc\u00e8s public o\u00f9 le peuple prend parti pour la victime calomni\u00e9e, accus\u00e9e d\u2019inceste sur son tr\u00e8s jeune fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819), Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette, en prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, attendait son sort au Temple, avant son transfert \u00e0 la Conciergerie, le 1er\u00a0ao\u00fbt 1793.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0octobre, au moment o\u00f9 la Convention vient de d\u00e9cr\u00e9ter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. On publie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e secr\u00e8tement et blanchie par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Fran\u00e7ais pouvait \u00eatre absoute par un jury fran\u00e7ais. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1539\" class=\"cit-num\">1539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), apprenant qu\u2019elle va \u00eatre jug\u00e9e par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, d\u00e9but octobre\u00a01793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle est \u00e0 pr\u00e9sent sans illusion, prisonni\u00e8re \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort. Deux chefs d\u2019accusation sont retenus contre elle\u00a0: man\u0153uvres en faveur des ennemis ext\u00e9rieurs de la R\u00e9publique et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter au moins les apparences. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils, 8\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent.<\/p>\n<p>Le mot de Marie-Antoinette prendra tout son sens, quand elle subira une vraie torture morale, durant les deux jours de son proc\u00e8s public (14 et 15\u00a0octobre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques, et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi, au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est \u00e0 son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de 4\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e, \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9. L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice, et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span><\/h4>\n<p>Dauphin sacrifi\u00e9 par l\u2019Histoire, prisonnier du Temple, il meurt \u00e0 dix ans, mais reste tr\u00e8s pr\u00e9sent dans la m\u00e9moire des royalistes et devient m\u00eame une l\u00e9gende vivante, entour\u00e9e de myst\u00e8re.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9preuve de la fuite \u00e0 Varennes blanchit \u2013 dit-on \u2013 les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette a sans aucun doute une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion mal pr\u00e9par\u00e9. Elle dit un jour \u00e0 Fersen\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lors m\u00eame qu\u2019il [Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>] aura cess\u00e9 d\u2019exister, on le retrouvera partout et cette chim\u00e8re servira longtemps \u00e0 nourrir les coupables esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1615\" class=\"cit-num\">1615<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), Discours tenu au nom des Comit\u00e9s de salut public, de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de l\u00e9gislation, Convention, 22\u00a0janvier\u00a01795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire, prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du deuxi\u00e8me anniversaire de la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00c0 la tribune, l\u2019orateur conclut contre la mise en libert\u00e9 de son fils.<\/p>\n<p>Le dauphin Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> mourra officiellement au Temple le 8\u00a0juin de cette ann\u00e9e \u2013 mais est-ce lui ou un autre enfant qui aurait pris sa place\u00a0? C\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nigme du Temple\u00a0\u00bb, l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019histoire de France, confort\u00e9 par cette phrase \u00e9trange du grand juriste qui p\u00e8se toujours ses mots. Ne dirait-on pas que l\u2019enfant a d\u00e9j\u00e0 disparu en janvier\u00a0? Totalement isol\u00e9, il \u00e9tait tr\u00e8s malade.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><span class=\"caps\">OLYMPE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">GOUGES<\/span><\/h4>\n<p>Femme tr\u00e8s libre, f\u00e9ministe et activiste, se battant toujours pour de bonnes causes (y compris celle des Noirs et des esclaves), condamn\u00e9e \u00e0 la guillotine, elle en appelle \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019a pas oubli\u00e9 son nom \u2013 aujourd\u2019hui encore candidate l\u00e9gitime au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793),<em> D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, septembre\u00a01791.<em> Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, mourra guillotin\u00e9e en 1793, apr\u00e8s bien d\u2019autres provocations.<\/p>\n<p>Elle plaide pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux. Les femmes seront finalement la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e, dans cette histoire. Quelques-unes vont s\u2019illustrer, h\u00e9ro\u00efnes et souvent martyres, dans la suite de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Olympe de Gouges se bat aussi pour la cause des Noirs, et l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p>\n<p>Femme de lettres, et femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! Et la reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l\u2019impudente Olympe de Gouges qui abandonna tous les soins du m\u00e9nage, voulut politiquer [\u2026] Cet oubli des vertus de son sexe l\u2019a conduite \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1553\" class=\"cit-num\">1553<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Gaspard <span class=\"caps\">CHAUMETTE<\/span> (1763-1794), au club des Jacobins, novembre\u00a01793. <em>Les Femmes et la politique<\/em> (1997), Armelle Le Bras-Chopard, Janine Mossuz-Lavau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La suite de son cours de morale est d\u2019une implacable misogynie\u00a0: \u00ab\u00a0Tous ces \u00eatres immoraux ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis sous le feu vengeur des lois, et vous voudriez les imiter\u00a0? Non, vous sentez que vous ne serez int\u00e9ressantes et vraiment dignes d\u2019estime que lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respect\u00e9es, c\u2019est pourquoi nous les forcerons \u00e0 se respecter elles-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Procureur de la Commune insurrectionnelle de Paris, il fait cette m\u00eame ann\u00e9e un discours dans le m\u00eame esprit \u00e0 la tribune de la Convention, preuve que le th\u00e8me lui tient \u00e0 c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis quand est-il d\u2019usage de voir les femmes abandonner les soins pieux de leur m\u00e9nage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la place publique, dans la tribune aux harangues, \u00e0 la barre du S\u00e9nat, dans les rangs de nos arm\u00e9es, remplir les devoirs que la nature a r\u00e9partis \u00e0 l\u2019homme seul\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">TOUSSAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUVERTURE<\/span><\/h4>\n<p>Nom de combat d\u00fb \u00e0 son courage, destin hors du commun pour ce noir descendant d\u2019esclaves, lui-m\u00eame affranchi et prenant la t\u00eate de la R\u00e9volution ha\u00eftienne. Triste fin de prisonnier mort de froid dans les ge\u00f4les du Consulat. Le personnage immortalis\u00e9 par Lamartine reste vivant dans la m\u00e9moire collective.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis de la couleur de ceux qu\u2019on pers\u00e9cute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1395\" class=\"cit-num\">1395<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TOUSSAINT<\/span> <span class=\"caps\">LOUVERTURE<\/span> (1743-1803). <em>Toussaint Louverture<\/em> (1850), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le h\u00e9ros de ce po\u00e8me dramatique en cinq actes et en vers.<\/p>\n<p>La nuit du 22 au 23\u00a0ao\u00fbt 1791, Fran\u00e7ois Toussaint prend la t\u00eate de la r\u00e9volte des Noirs \u00e0 Saint-Domingue, colonie des Antilles (\u00eele d\u2019Ha\u00efti). Rest\u00e9s esclaves apr\u00e8s le timide d\u00e9cret du 13\u00a0mai, ils veulent les m\u00eames droits que les citoyens blancs. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les colons s\u2019effraient du droit de vote donn\u00e9 aux mul\u00e2tres. L\u2019insurrection aboutit \u00e0 des massacres entre Blancs et Noirs, sucreries et plantations de caf\u00e9 sont d\u00e9vast\u00e9es.<\/p>\n<p>Les planteurs vont demander secours \u00e0 l\u2019Espagne et l\u2019Angleterre, mais Toussaint se rallie \u00e0 la R\u00e9volution, quand le gouvernement fran\u00e7ais abolit l\u2019esclavage, en 1794. Son courage lui vaudra le surnom de Louverture, celui qui ouvre et enfonce les br\u00e8ches dans les troupes adverses\u00a0! Il devient gouverneur de la colonie prosp\u00e8re, les anciens esclaves travaillant comme salari\u00e9s dans les plantations. Il proclame l\u2019autonomie de l\u2019\u00eele en 1801. Bonaparte enverra 25\u00a0000 hommes contre Toussaint, qui mourra (de froid) en captif, dans le Jura. L\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Ha\u00efti, premier \u00c9tat noir ind\u00e9pendant en 1804, est la victoire posthume de ce grand leader noir. Et le 23\u00a0ao\u00fbt est devenu \u00ab\u00a0Journ\u00e9e internationale du souvenir de la traite n\u00e9gri\u00e8re et de son abolition\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous travaillons pour les g\u00e9n\u00e9rations futures, lan\u00e7ons la libert\u00e9 dans les colonies\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1568\" class=\"cit-num\">1568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794. <em>M\u00e9moires de Levasseur de la Sarthe<\/em> (1830), Ren\u00e9 Levasseur, Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton va faire l\u2019unanimit\u00e9 \u2013 fait rarissime dans cette Assembl\u00e9e nationale \u00e0 l\u2019image de la France, divis\u00e9e, boulevers\u00e9e. Il a l\u2019habilet\u00e9 d\u2019associer la libert\u00e9 des esclaves avec la volont\u00e9 de ruiner l\u2019Angleterre. Il salue aussi l\u2019entr\u00e9e, la veille, de deux nouveaux d\u00e9put\u00e9s de couleur (venus de Saint-Domingue), et place l\u2019abolition sous le signe philosophique du \u00ab\u00a0flambeau de la raison\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0compas des principes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9crets pour la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des N\u00e8gres avaient d\u00e9\u00e7u leurs espoirs et la situation devenait dramatique dans les colonies\u00a0: Toussaint Louverture s\u2019est rendu ma\u00eetre de Saint-Domingue, les esclaves noirs massacrent les colons blancs, incendient r\u00e9coltes et plantations. \u00ab\u00a0La Convention, sur la proposition de Gr\u00e9goire, avait, en 1793, aboli la prime pour la traite des N\u00e8gres. Le 4\u00a0f\u00e9vrier 1794, elle d\u00e9cr\u00e9ta, par acclamation, l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies\u00a0\u00bb, \u00e9crit Alfred Rambaud, dans son <em>Histoire de la civilisation contemporaine en France<\/em> (1888).<\/p>\n<p>L\u2019esclavage, r\u00e9tabli en 1802, sera d\u00e9finitivement aboli apr\u00e8s la R\u00e9volution de f\u00e9vrier\u00a01848, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">GIRONDINS<\/span><\/h4>\n<p>Groupe de d\u00e9put\u00e9s venus de province (dont la Gironde), aussi r\u00e9volutionnaires que les Montagnards (parisiens), jusqu\u2019au tournant de la R\u00e9volution qui guillotine le roi et met la Terreur \u00e0 l\u2019ordre du jour. Ils refusent cet emballement et perdent fatalement. Ils nous laissent en h\u00e9ritage la d\u00e9centralisation, id\u00e9e toujours d\u2019actualit\u00e9 en France, avec la r\u00e9sistance au pouvoir central.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1269\" class=\"cit-num\">1269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793).<em> Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le destin de Vergniaud illustre parfaitement ses paroles\u00a0: avocat (comme nombre de r\u00e9volutionnaires), d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative, prenant parti contre les \u00e9migr\u00e9s, contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9 face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards. Il fera partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019\u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution suivront\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes. Ainsi va l\u2019Histoire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cont\u00e9e en d\u00e9tail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que Paris soit r\u00e9duit \u00e0 un quatre-vingt-troisi\u00e8me d\u2019influence comme chacun des autres d\u00e9partements.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1443\" class=\"cit-num\">1443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), d\u00e9put\u00e9 du Tarn, Convention, 25\u00a0septembre 1792.<em> Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1913), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(La France fut divis\u00e9e en 83 d\u00e9partements par la Constituante, le 15\u00a0janvier 1790). Le peuple de Paris devient l\u2019acteur principal de la R\u00e9volution qui s\u2019emballe. L\u2019orateur parle ici au nom des Girondins et c\u2019est une riposte aux Montagnards.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9s venus nombreux de la Gironde et en majorit\u00e9 de la province, les Girondins sont partisans d\u2019un r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9raliste. Ils s\u2019opposent aux tendances centralisatrices des Montagnards\u00a0: les chefs de ce parti mettent leurs espoirs sur les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires les plus avanc\u00e9s qu\u2019on trouve naturellement \u00e0 Paris, dans la Commune insurrectionnelle et les sections des sans-culottes.<\/p>\n<p>Lasource, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative et r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention, ancien pasteur protestant, est fid\u00e8le \u00e0 ses principes plus qu\u2019\u00e0 un meneur ou un parti. Du c\u00f4t\u00e9 des Montagnards partisans de la guerre, il refuse ensuite leur dictature, se rallie bient\u00f4t aux Girondins et mourra avec eux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vous propose de d\u00e9cr\u00e9ter l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise\u00a0! Nous mourrons tous plut\u00f4t que d\u2019y consentir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1492\" class=\"cit-num\">1492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), S\u00e9ance du 10\u00a0mars\u00a01793. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Girondin, mod\u00e9r\u00e9, il tente de s\u2019opposer aux premi\u00e8res mesures de salut public demand\u00e9es par Robespierre et ses amis. Il s\u2019\u00e9l\u00e8ve ici contre le projet de Tribunal r\u00e9volutionnaire\u00a0: juridiction d\u2019exception charg\u00e9e de supprimer tous les ennemis du r\u00e9gime et annon\u00e7ant la prochaine dictature, sous le signe des Montagnards.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a cherch\u00e9 \u00e0 consommer la R\u00e9volution par la terreur\u00a0; j\u2019aurais voulu la consommer par l\u2019amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1493\" class=\"cit-num\">1493<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Convention, 10\u00a0avril 1793. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1902), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Terreur n\u2019est pas encore mise par d\u00e9cret \u00e0 l\u2019ordre du jour, mais les Girondins la voient venir\u00a0: le Tribunal r\u00e9volutionnaire, juridiction d\u2019exception, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 le 28\u00a0mars pour juger les tra\u00eetres et les gens suppos\u00e9s tels, et le Comit\u00e9 de salut public, cr\u00e9\u00e9 le 6\u00a0avril pour surveiller l\u2019ex\u00e9cutif. Voici les deux outils forg\u00e9s pour la dictature jacobine.<\/p>\n<p>D\u00e9non\u00e7ant \u00ab\u00a0cette inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise\u00a0\u00bb, Vergniaud lui oppose son r\u00eave de fraternit\u00e9.\u00a0 Le dialogue tragique commence, devant l\u2019Assembl\u00e9e qui sait que le sort de la R\u00e9volution se joue ici et maintenant, Girondins contre Montagnards. Le plus \u00e9loquent des d\u00e9put\u00e9s de la Gironde conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Si, sous pr\u00e9texte de r\u00e9volution, il faut pour \u00eatre patriote se d\u00e9clarer le protecteur du meurtre et du brigandage, je suis mod\u00e9r\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! [\u2026] Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent la guerre civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1501\" class=\"cit-num\">1501<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien vergniaud (1753-1793), appel au secours du 4\u00a0mai 1793. <em>Histoire de Bordeaux<\/em> (1839), Pierre Bernadau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marat est revenu plus fort qu\u2019avant \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Dans cette atmosph\u00e8re sanglante, Vergniaud pressent le pire et demande soutien \u00e0 son d\u00e9partement, \u00e9crivant au club des Amis de la Constitution de Bordeaux\u00a0: \u00ab\u00a0Paris, le 4\u00a0mai\u00a01793, sous le couteau. Fr\u00e8res et Amis, vous avez \u00e9t\u00e9 instruits de l\u2019horrible pers\u00e9cution exerc\u00e9e contre nous et vous nous avez abandonn\u00e9s\u00a0! Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! La Convention n\u2019a \u00e9t\u00e9 faible que parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e, soutenez-la contre tous les furieux qui la menacent [\u2026] Hommes de la Gironde, il n\u2019y a pas un moment \u00e0 perdre\u00a0! Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent \u00e0 la guerre civile [\u2026]\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ses Fr\u00e8res et Amis de Bordeaux vont envoyer des p\u00e9titionnaires \u00e0 Paris, pour faire comprendre \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e que la r\u00e9gion ne supportera pas longtemps que ses d\u00e9put\u00e9s soient pers\u00e9cut\u00e9s, que si la Convention ne condamne pas les d\u00e9magogues, elle l\u00e8vera une arm\u00e9e pour la combattre, etc. etc. Ces menaces vagues ne servent \u00e0 rien\u00a0: le temps de voir arriver des secours, les d\u00e9put\u00e9s Girondins seront d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la merci des \u00e9meutiers parisiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui a des culottes dor\u00e9es est l\u2019ennemi de tous les sans-culottes. Il n\u2019existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1502\" class=\"cit-num\">1502<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), au club des Jacobins, 8\u00a0mai 1793. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (posthume, de 1912 \u00e0 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans nommer l\u2019adversaire (comme \u00e0 son habitude), l\u2019Incorruptible d\u00e9nonce les Girondins. Rappelons qu\u2019ils sont issus de la m\u00eame classe bourgeoise que les amis de Robespierre, lui-m\u00eame toujours tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatu. Ce manich\u00e9isme est donc simpliste, mais efficace. Il oppose les riches aux pauvres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne craignez rien des d\u00e9partements, je les connais\u00a0: avec un peu de terreur et des instructions, nous tournerons les esprits \u00e0 notre gr\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1505\" class=\"cit-num\">1505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean Henri <span class=\"caps\">HASSENFRATZ<\/span> (1755-1827), propos rapport\u00e9s par Lanjuinais \u00e0 la Convention, 30\u00a0mai 1793.<em> Journal d\u2019un bourgeois de Paris pendant la Terreur<\/em> (1895), Edmond Bir\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autodidacte (charpentier), il r\u00e9ussit de brillantes \u00e9tudes (physique, chimie), mais choisit d\u2019entrer en politique avec la R\u00e9volution. Membre tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9 du club des Jacobins, il parle ici en meneur de la Commune de Paris et il ne voit que trop juste\u00a0: la province ne bougera pas, \u00e0 l\u2019annonce de la proscription des Girondins. C\u2019est lui qui demande leurs t\u00eates, le 31\u00a0mai \u2013 cet acte lui sera reproch\u00e9 plus tard, mais sauv\u00e9 par l\u2019amnistie et renon\u00e7ant d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019engagement politique, il reprendra une carri\u00e8re scientifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dis \u00e0 ton f\u2026 pr\u00e9sident que je me f\u2026 de lui et de son Assembl\u00e9e et que si dans une heure elle ne me livre pas les vingt-deux, je le fais foudroyer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1506\" class=\"cit-num\">1506<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">HANRIOT<\/span> (1761-1794), \u00e0 l\u2019huissier de la Convention, 2\u00a0juin 1793. <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em> (1878), Hippolyte Taine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chef de la section des sans-culottes lors de l\u2019\u00e9meute du 10\u00a0ao\u00fbt et des massacres de septembre\u00a01792, promu commandant g\u00e9n\u00e9ral de la garde nationale, en mai\u00a01793. L\u2019insurrection populaire du 2\u00a0juin fut bien programm\u00e9e, Marat y a veill\u00e9. Une foule de 80\u00a0000 hommes arm\u00e9s de 150 canons investit la Convention. Un cort\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9s qui sort pour parler \u00e0 la foule se heurte \u00e0 Hanriot qui menace de faire tirer les canonniers sur eux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons les tra\u00eetres\u00a0! \u00c0 la guillotine, les Brissotins\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1507\" class=\"cit-num\">1507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des gardes nationaux, 2\u00a0juin\u00a01793. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1928), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention est assi\u00e9g\u00e9e par les sections parisiennes de sans-culottes, encercl\u00e9e par la garde nationale. Les d\u00e9put\u00e9s, sortis pour adjurer les manifestants de rentrer dans leurs sections, renoncent. Ils reprennent place dans les trav\u00e9es de l\u2019Assembl\u00e9e et votent la mise en \u00e9tat d\u2019arrestation de 29 des leurs, ainsi que l\u2019exige l\u2019insurrection parisienne. C\u2019est le tournant de la Convention, et de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, la Gironde \u00e9tait r\u00e9publicaine [\u2026] Oui, sa proscription a \u00e9t\u00e9 un malheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1508\" class=\"cit-num\">1508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEVASSEUR<\/span> de la Sarthe (1747-1834), <em>M\u00e9moires<\/em> (1830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 montagnard reconna\u00eetra l\u2019\u00e9vidence plus tard. Il ajoute pour sa d\u00e9fense que \u00ab\u00a0c\u2019est par un \u00e9garement de bonne foi\u00a0\u00bb que la Montagne l\u2019a consomm\u00e9. Bilan\u00a0: 29 d\u00e9put\u00e9s et deux ministres girondins d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s d\u2019accusation. Certains s\u2019\u00e9chapperont, quelques-uns, r\u00e9fugi\u00e9s en province, susciteront une r\u00e9volte f\u00e9d\u00e9raliste sans lendemain contre la dictature de la Montagne. Deux se suicideront (Buzot et P\u00e9tion). 21 seront jug\u00e9s, guillotin\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Montagnards ont les mains libres, ce sera bient\u00f4t la Terreur, la vraie, voire la Grande Terreur, sous la dictature du Comit\u00e9 de salut public, dirig\u00e9 par Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Fran\u00e7ais meurent aux fronti\u00e8res pour la d\u00e9fense de la patrie\u00a0? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1549\" class=\"cit-num\">1549<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), guillotin\u00e9 le 31\u00a0octobre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, <em>La Convention<\/em> (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme si \u00e9l\u00e9gant, avocat brillant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, devenu l\u2019un des orateurs les plus dou\u00e9s de la L\u00e9gislative et de la Convention, a perdu toute flamme, us\u00e9 par cinq mois de prison, r\u00e9sign\u00e9 au pire. Il aurait pu fuir comme quelques autres, mais il renonce\u00a0: \u00ab\u00a0Fuir, c\u2019est s\u2019avouer coupable.\u00a0\u00bb Il fait donc partie du groupe des 21 Girondins ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs le jour o\u00f9 le peuple a perdu la raison\u00a0; vous mourrez le jour o\u00f9 il l\u2019aura recouvr\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1550\" class=\"cit-num\">1550<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), mot de la fin, 31\u00a0octobre 1793.<em> Lasource, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention<\/em> (1889), Camille Rabaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien pasteur acquis \u00e0 la R\u00e9volution, d\u00e9fendant toujours ses convictions avec courage, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 d\u2019accusation, il est jug\u00e9 avec les Girondins auxquels il s\u2019est ralli\u00e9. Les 21 sont condamn\u00e9s \u00e0 mort. Cinq charrettes les m\u00e8nent \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le m\u00eame jour. Dans la derni\u00e8re, le corps de Valaz\u00e9 qui s\u2019est plong\u00e9 un stylet dans le c\u0153ur, \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du verdict.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort des Girondins, demand\u00e9e tant de fois, fut le calmant qu\u2019on crut devoir donner \u00e0 la fureur des violents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1551\" class=\"cit-num\">1551<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le tragique \u00e9pilogue du conflit entre Girondins et Montagnards\u00a0: \u00ab\u00a0l\u00e9gion de penseurs\u00a0\u00bb face au \u00ab\u00a0groupe d\u2019athl\u00e8tes\u00a0\u00bb (Victor Hugo, <em>Quatre-vingt-treize<\/em>). Mais leur mort n\u2019arr\u00eate pas le cours d\u2019une R\u00e9volution emball\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-lempire-a-la-deuxieme-republique\/\">Lire la suite\u00a0: Honneur aux perdant(e)s\u00a0! (De l\u2019Empire \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques. Perdre la vie, perdre une bataille ou une place envi\u00e9e, perdre un combat id\u00e9ologique, perdre la confiance du peuple ou d\u2019un partenaire essentiel, perdre la face et l\u2019honneur. 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