{"id":8893,"date":"2021-03-08T00:00:00","date_gmt":"2021-03-07T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:09","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:09","slug":"honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion\/","title":{"rendered":"Honneur aux perdant(e)s\u00a0! (de la Gaule aux guerres de Religion)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>(Saintes et guerri\u00e8res, f\u00e9ministes et r\u00e9volutionnaires, reines, favorites et m\u00e9c\u00e8nes ou imp\u00e9ratrice, les femmes jouent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les hommes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Empire).<\/p>\n<p>Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques.<\/p>\n<ul>\n<li>Perdre la vie, perdre une bataille ou une place envi\u00e9e, perdre un combat id\u00e9ologique, perdre la confiance du peuple ou d\u2019un partenaire essentiel, perdre la face et l\u2019honneur.<\/li>\n<li>Perdre parce qu\u2019on est faible ou qu\u2019on se croit trop fort, perdre par malchance, par injustice ou par la force des choses et du sens de l\u2019Histoire\u00a0: Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> sous la R\u00e9volution.<\/li>\n<li>Perdre individuellement, mais aussi en groupe (les femmes, les Templiers, les Girondins sous la R\u00e9volution, les canuts de Lyon, la Commune de Paris).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Certains cas semblent anecdotiques ou paradoxaux \u2013 nous assumons, avec des arguments. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, ces perdantes et perdants sont honor\u00e9s \u00e0 des titres divers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante\u00a0\u00bb\u00a0: le Panth\u00e9on leur fait place.<\/p>\n<p>Ils se retrouvent ici et l\u00e0 statufi\u00e9s ou s\u2019inscrivent dans la toponymie de nos rues, nos places, notre environnement quotidien. Ils figurent dans les livres d\u2019histoire et les dictionnaires, renaissent dans des \u0153uvres de fiction litt\u00e9raire, th\u00e9\u00e2trale, lyrique.<\/p>\n<p>La sanctification honore volontiers les femmes, Blandine, Genevi\u00e8ve, Jeanne (d\u2019Arc).<\/p>\n<p>Parfois, les perdants font \u00e9cole, cr\u00e9ant un courant d\u2019id\u00e9es, une th\u00e9orie, voire une religion qui change le monde \u2013 J\u00e9sus-Christ, l\u2019exemple \u00ab\u00a0incroyable mais vrai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Autant de \u00ab\u00a0qui perd gagne\u00a0\u00bb permettant une revanche posthume. <\/p>\n<p>On peut en tirer une petite philosophie de l\u2019Histoire et r\u00e9fl\u00e9chir au travail de m\u00e9moire dont on parle tant. C\u2019est le but de nos \u00e9ditos et la preuve que les citations bien choisies se r\u00e9v\u00e8lent toujours utiles. C\u2019est aussi l\u2019occasion de d\u00e9mentir deux personnages exceptionnellement r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb 2980<br>Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de <span class=\"caps\">STALINE<\/span> dans ses M\u00e9moires de guerre.<\/p>\n<p>(Toutes les citations num\u00e9rot\u00e9es sont comme toujours tir\u00e9es de notre <em>Histoire en citations<\/em>)<\/p>\n<p><strong>Honneur aux perdants, retrouvez nos quatre \u00e9ditos\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion\/\">De la Gaule aux guerres de Religion<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/\">Du r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\"><span class=\"caps\">IV<\/span><\/span> \u00e0 la R\u00e9volution<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-lempire-a-la-deuxieme-republique\/\">De l\u2019Empire \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours\/\">De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: center\">I. De la Gaule aux guerres de Religion.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1-2.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span><\/h4>\n<p>Le jeune guerrier gaulois perd tr\u00e8s vite le combat d\u00e9cisif contre C\u00e9sar au si\u00e8ge d\u2019Al\u00e9sia. Mais il\u00a0sera promu premier h\u00e9ros national par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous ne formerons en Gaule qu\u2019une seule volont\u00e9, le monde entier ne pourra nous r\u00e9sister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 72-46 av. J.-C.), \u00e0 ses troupes, mai\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Gergovie. <em>La Gaule<\/em> (1947), Ferdinand Lot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les tribus gauloises viennent d\u2019\u00e9lire ce jeune noble, chef supr\u00eame d\u2019une coalition contre les Romains qui se veulent ma\u00eetres de l\u2019Europe. Quand C\u00e9sar marche vers la Loire, Vercing\u00e9torix ordonne de br\u00fbler tous les villages pour affamer l\u2019ennemi. Mais on ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 incendier Avaricum (Bourges), seule grande et belle ville de Gaule, puissamment fortifi\u00e9e. Apr\u00e8s deux mois de r\u00e9sistance, elle tombera le 20\u00a0avril.<\/p>\n<p>Le mois suivant, le Gaulois remporte la plus grande victoire de sa courte carri\u00e8re\u00a0: Gergovie (pr\u00e8s de Clermont-Ferrand). C\u00e9sar doit lever le si\u00e8ge, minorant ses pertes \u00e0 700 l\u00e9gionnaires. Les statistiques truqu\u00e9es nourrissent la l\u00e9gende ou la propagande et l\u2019histoire de Vercing\u00e9torix nous est surtout connue par le r\u00e9cit de son adversaire, C\u00e9sar.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 72-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia. <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em>, Jules C\u00e9sar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains.<\/p>\n<p>Grand strat\u00e8ge, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000, mourant de faim apr\u00e8s quarante jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, est notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa courte vie de combattant eut cette \u00e9l\u00e9gante beaut\u00e9 qui charmait les Anciens et qui \u00e9tait une faveur des Dieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"24\" class=\"cit-num\">24<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">JULLIAN<\/span> (1859-1933), <em>Vercing\u00e9torix<\/em> (1902)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur de la premi\u00e8re biographie savante de Vercing\u00e9torix juge ainsi sa carri\u00e8re de chef de guerre. L\u2019\u00e9pop\u00e9e n\u2019a dur\u00e9 que dix mois. Emmen\u00e9 captif \u00e0 Rome, le vaincu est jet\u00e9 dans un cachot o\u00f9 il attendra six ans, pour \u00eatre finalement exhib\u00e9 comme troph\u00e9e, lors du triomphe de C\u00e9sar, puis d\u00e9capit\u00e9 en 46 av. J.-C.\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Vae Victis\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb La bisexualit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e des deux guerriers est une explication possible \u00e0 l\u2019admiration mutuelle qu\u2019ils se port\u00e8rent.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">J\u00c9SUS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CHRIST<\/span><\/h4>\n<p>J\u00e9sus n\u2019est qu\u2019un agitateur politique pour les Romains et meurt \u00e0 33 ans, crucifi\u00e9 entre deux larrons. Incroyable revanche, son message diffus\u00e9 par ses disciples est \u00e0 l\u2019origine de la religion chr\u00e9tienne qui va changer le monde, marquer l\u2019Histoire et les esprits \u2013 pour le meilleur et parfois le pire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et le Christ\u00a0?<br>\u2014 C\u2019est un anarchiste qui a r\u00e9ussi. C\u2019est le seul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re vit en Galil\u00e9e un homme dont les enseignements vont bouleverser l\u2019histoire du monde. De sa mort sur la croix va na\u00eetre une religion qui lentement s\u2019\u00e9tendra sur l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Pour les Romains, les premiers chr\u00e9tiens ne sont qu\u2019une secte juive dont le fondateur passe pour un agitateur politique. Pour les chr\u00e9tiens, il est Dieu, fils de Dieu, ce Dieu \u00e9tant un dieu unique, comme celui qu\u2019adorent les juifs.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite de l\u2019\u00ab\u00a0anarchiste\u00a0\u00bb qui termina sa vie comme un criminel mis en croix entre deux \u00ab\u00a0larrons\u00a0\u00bb est due \u00e0 ses disciples et plus particuli\u00e8rement \u00e0 Paul de Tarse\u00a0: il fera du message de J\u00e9sus une religion \u00e0 vocation universelle. La Gaule sera tardivement acquise\u00a0: l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes, ne se fera qu\u2019au <span class=\"caps\">IV<\/span>e si\u00e8cle, le christianisme devenant religion d\u2019\u00c9tat en 391.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu as vaincu, Galil\u00e9en.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"37\" class=\"cit-num\">37<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JULIEN<\/span> l\u2019Apostat (331-363), mourant en 363. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1878), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot de la fin du plus redoutable ennemi du christianisme naissant. Julien a \u00e9chapp\u00e9 au massacre de sa famille, ordonn\u00e9 par son cousin Constance <span class=\"caps\">II<\/span>, fils et successeur de Constantin Ier. \u00c9loign\u00e9 de la cour, le jeune prince se passionne pour la philosophie n\u00e9oplatonicienne, alors qu\u2019une \u00e9ducation chr\u00e9tienne trop s\u00e9v\u00e8re lui fait prendre cette religion en horreur. Excellent guerrier, il \u00e9crase les Alamans (hordes germaniques) \u00e0 Strasbourg (357) et ses soldats le proclament empereur. La mort de son cousin fait de lui le seul ma\u00eetre de l\u2019Empire, en 361. Il se rallie les h\u00e9r\u00e9tiques et s\u2019efforce de r\u00e9tablir les anciens cultes pa\u00efens, d\u2019o\u00f9 son surnom d\u2019Apostat.<\/p>\n<p>En guerre contre les Parthes (ma\u00eetres de l\u2019ancien Empire perse) et en pleine d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019ennemi, Julien est atteint par un javelot. Il se croit frapp\u00e9 par une main invisible\u00a0: le Galil\u00e9en J\u00e9sus le ch\u00e2tie pour avoir reni\u00e9 le christianisme. Hormis ce r\u00e8gne bref, l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes, se poursuit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si quelqu\u2019un veut venir apr\u00e8s moi, qu\u2019il renonce \u00e0 soi-m\u00eame et qu\u2019il prenne sa croix et me suive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"169\" class=\"cit-num\">169<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J\u00c9SUS<\/span> (vers 4 av. J.-C.-vers 28). Bible, Nouveau Testament, \u00c9vangile de Matthieu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces paroles bibliques valent symbole de ralliement pour les crois\u00e9s. Elles sont cit\u00e9es par un chevalier crois\u00e9, chroniqueur anonyme de la <em>Gesta Francorum<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu feras aux Infid\u00e8les une guerre sans tr\u00eave et sans merci.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"129\" class=\"cit-num\">129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sixi\u00e8me commandement du parfait chevalier. <em>La Chevalerie<\/em> (1960), L\u00e9on Gautier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Moyen \u00c2ge, \u00e9poque de foi et temps des cath\u00e9drales, va vivre sous le signe des croisades, appel\u00e9es aussi guerres saintes\u00a0: huit au total, de 1095 \u00e0 1270.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle, mais spirituelle. Sois donc le tr\u00e8s courageux athl\u00e8te de Christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"175\" class=\"cit-num\">175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOH\u00c9MOND<\/span> Ier (1057-1111), au conn\u00e9table Robert, f\u00e9vrier\u00a01098<em>. Gesta Francorum, Histoire de la premi\u00e8re croisade<\/em>, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re croisade. Les crois\u00e9s sont parvenus en vue d\u2019Antioche, mais une arm\u00e9e turque de secours est annonc\u00e9e. Boh\u00e9mond, seigneur franc et l\u2019un des chefs de la croisade, vient attendre l\u2019ennemi pr\u00e8s du lac d\u2019Antioche (\u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de la ville).<\/p>\n<p>Attaqu\u00e9s par des forces sup\u00e9rieures, les crois\u00e9s commencent \u00e0 reculer, quand Boh\u00e9mond adresse ces mots \u00e0 son conn\u00e9table\u00a0: \u00ab\u00a0Va aussi vite que tu peux comme un vaillant homme. Secours avec \u00e9nergie la cause de Dieu et du Saint-S\u00e9pulcre et sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle\u2026\u00a0\u00bb Et les Turcs, charg\u00e9s par les crois\u00e9s, sont mis en d\u00e9route.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La folie des croisades est ce qui a le plus honor\u00e9 la raison humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"170\" class=\"cit-num\">170<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLOY<\/span> (1846-1917), <em>La Femme pauvre<\/em> (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catholique ardent, visionnaire et mystique, il encense les croisades. Tandis que Nietzsche les qualifie d\u2019\u00ab\u00a0entreprises de haute piraterie\u00a0\u00bb. \u00c0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9 et sa \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le citoyen J\u00e9sus-Christ a \u00e9t\u00e9 le premier sans-culotte du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1635\" class=\"cit-num\">1635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">CHABOT<\/span> (1756-1794), Discours, 7 septembre 1793. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous la R\u00e9volution (si peu chr\u00e9tienne), J\u00e9sus redevient paradoxalement tr\u00e8s pr\u00e9sent. Capucin d\u00e9froqu\u00e9, Chabot a \u00e9crit le <em>Cat\u00e9chisme des Sans-culotte<\/em>. La m\u00e9taphore christique sera reprise en d\u2019autres circonstances.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019\u00e2ge du sans-culotte J\u00e9sus\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire trente-trois ans, \u00e2ge fatal aux r\u00e9volutionnaires\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1583\" class=\"cit-num\">1583<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille desmoulins (1760-1794), au Tribunal r\u00e9volutionnaire lui demandant son nom, son \u00e2ge, 2\u00a0avril 1794.<em> \u0152uvres de Camille Desmoulins<\/em> (posthume, 1874), Camille Desmoulins, Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il vient d\u2019avoir 34\u00a0ans. Montagnard \u00e0 la Convention, Desmoulins a combattu les Girondins, mais leur mise \u00e0 mort l\u2019a boulevers\u00e9. Il fonde alors un journal, <em>Le Vieux Cordelier<\/em>, pour d\u00e9fendre la politique de Danton contre celle du Comit\u00e9 de salut public (o\u00f9 Robespierre fait la loi avec Couthon et Saint-Just). \u00c0 peine a-t-il le temps de s\u2019\u00e9mouvoir de la nouvelle \u00e9puration \u2013 celle des Enrag\u00e9s \u2013 qu\u2019il est arr\u00eat\u00e9 le 30\u00a0mars, guillotin\u00e9 le 5\u00a0avril. Lucile, sa femme ador\u00e9e (fille naturelle de l\u2019abb\u00e9 Terray, ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>), montera \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le 13\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement J\u00e9sus-Christ \u00e9tait fils de Dieu, mais encore il \u00e9tait d\u2019excellente famille du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2000\" class=\"cit-num\">2000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mgr Hyacinthe-Louis de <span class=\"caps\">QU\u00c9LEN<\/span> (1778-1839), 125e archev\u00eaque de Paris (de 1821 \u00e0 sa mort). <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous la Restauration, il est naturel que l\u2019archev\u00eaque de Paris mette J\u00e9sus dans son camp, mais il y a quand m\u00eame des limites\u2026<\/p>\n<p>Tr\u00e8s en cour aupr\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, puis de Charles X, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise contre le c\u00e9l\u00e8bre auteur dramatique Casimir Delavigne en 1824, il attribua cet honneur \u00e0 la religion et non \u00e0 ses titres acad\u00e9miques, dans son discours de r\u00e9ception. Membre de la Chambre des Pairs, incarnation de l\u2019Ancien R\u00e9gime, il l\u00e2cha en plein sermon cette formule, propre \u00e0 scandaliser lib\u00e9raux et r\u00e9publicains. Moins bien vu sous la Monarchie de Juillet qui le consid\u00e8re comme (trop) l\u00e9gitimiste, il demeure archev\u00eaque, Dieu merci\u00a0!<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">SAINTE<\/span> <span class=\"caps\">BLANDINE<\/span><\/h4>\n<p>Une sainte f\u00eat\u00e9e le 2 juin, particuli\u00e8rement \u00e9mouvante de par son jeune \u00e2ge, sa foi sereine et son interminable supplice, livr\u00e9e aux b\u00eates qui la refusent et finalement achev\u00e9e.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les chr\u00e9tiens] furent insult\u00e9s, battus, tra\u00een\u00e9s, pill\u00e9s, lapid\u00e9s, enferm\u00e9s ensemble\u00a0; ils endur\u00e8rent tout ce qu\u2019une multitude d\u00e9cha\u00een\u00e9e a coutume de faire subir \u00e0 des adversaires et des ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"30\" class=\"cit-num\">30<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">EUS\u00c8BE<\/span> de <span class=\"caps\">C\u00c9SAR\u00c9E<\/span> (vers 265-340),<em> Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> (premier document sur les d\u00e9buts de l\u2019\u00c9glise, diverses \u00e9ditions et traductions)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au <span class=\"caps\">II<\/span>e si\u00e8cle, le christianisme p\u00e9n\u00e8tre en Gaule. \u00c0 Lyon, au mois d\u2019ao\u00fbt, des foires attirent le peuple de toutes les parties de l\u2019Empire. En 177, sous le r\u00e8gne Marc Aur\u00e8le et lors d\u2019un grand rassemblement, une pers\u00e9cution fait 48 martyrs destin\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019ar\u00e8ne\u00a0\u00bb. Deux noms restent vivants\u00a0: Pothin, premier \u00e9v\u00eaque de Lyon, \u00e2g\u00e9 de 90\u00a0ans, frapp\u00e9 et mort deux jours apr\u00e8s en prison. Et Blandine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis chr\u00e9tienne et chez nous, il n\u2019y a rien de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"32\" class=\"cit-num\">32<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANDINE<\/span> (??-177), \u00e0 ses juges, Lyon, 177. <em>Histoire eccl\u00e9siastique<\/em>, Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque, \u00e9crivain et grand \u00e9rudit, Eus\u00e8be cite la lettre d\u2019un t\u00e9moin des martyrs de Lyon, qui se compla\u00eet dans la description des monstrueux supplices subis par les 48 chr\u00e9tiens. Parmi eux Blandine, jeune et fr\u00eale esclave, montre une constance incroyable\u00a0: attach\u00e9e \u00e0 un poteau dans l\u2019ar\u00e8ne et livr\u00e9e aux b\u00eates qui n\u2019en veulent pas, flagell\u00e9e puis expos\u00e9e au gril br\u00fblant, offerte dans un filet \u00e0 un taureau sauvage qui la lance en l\u2019air avec ses cornes, elle est finalement achev\u00e9e par le glaive. Blandine deviendra sainte patronne de Lyon.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1-2.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">SAINTE<\/span> <span class=\"caps\">GENEVI\u00c8VE<\/span><\/h4>\n<p>Premi\u00e8re grande r\u00e9sistante de l\u2019Histoire, les d\u00e9tails de sa vie rel\u00e8vent du \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb \u2013 une seule source contemporaine, anonyme, hagiographique et plac\u00e9e sous le signe de la foi m\u00e9di\u00e9vale. Elle sauve Paris au moins une fois, durant le si\u00e8ge de 465. Elle en devient la sainte patronne (f\u00eat\u00e9e le 3 janvier), entre autres reconnaissances.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 les habitants se pr\u00e9paraient \u00e0 \u00e9vacuer leurs murs\u00a0; ils en sont dissuad\u00e9s par les assurances proph\u00e9tiques d\u2019une simple berg\u00e8re de Nanterre, Genevi\u00e8ve, devenue, depuis, la patronne de la capitale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"43\" class=\"cit-num\">43<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Pierre <span class=\"caps\">ANQUETIL<\/span> (1723-1806), <em>Histoire de France<\/em> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien Jules Michelet, lyrique pour \u00e9voquer Jeanne d\u2019Arc, ne consacre qu\u2019une ligne \u00e0 cette remarquable r\u00e9sistante\u00a0: \u00ab\u00a0Paris fut sauv\u00e9 par les pri\u00e8res de Sainte Genevi\u00e8ve.\u00a0\u00bb En r\u00e9alit\u00e9, Paris n\u2019est encore que Lut\u00e8ce, bourgade de 2\u00a0000 habitants, d\u00e9daign\u00e9e par Attila qui vient de piller Metz, Reims et Troyes, et fonce sur Orl\u00e9ans en 451.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que les hommes fuient, s\u2019ils veulent, s\u2019ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu\u2019Il entendra nos supplications.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">GENEVI\u00c8VE<\/span> (vers 420 \u2013 vers 520), <em>Vita sanctae Genovefae<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vingt ans apr\u00e8s sa mort, un clerc \u00e9crit (en latin) cette <em>Vie de Genevi\u00e8ve<\/em>, rare texte litt\u00e9raire du <span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle en Gaule, qui rassemble tous les t\u00e9moignages des t\u00e9moins encore vivants qui l\u2019ont connue. Les historiens ont ensuite d\u00e9battu \u00e0 l\u2019infini du personnage. Pour l\u2019essentiel, n\u00e9e dans une riche famille gallo-romaine d\u2019un Franc romanis\u00e9, elle h\u00e9rite comme fille unique de sa charge de conseiller municipale (curia) exerc\u00e9e \u00e0 Nanterre, puis \u00e0 Paris. Certains virent en elle le premier \u00ab\u00a0maire de Paris\u00a0\u00bb, mais c\u2019est tr\u00e8s exag\u00e9r\u00e9. Baptis\u00e9e, elle se voue \u00e0 Dieu, menant une vie asc\u00e9tique, d\u00e8s seize ans. Orpheline \u00e0 vingt ans, elle quitte Nanterre et va vivre chez sa marraine au c\u0153ur de Paris, dans l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a que 28 ans et d\u00e9j\u00e0 un fort caract\u00e8re quand elle persuade les habitants de ne pas abandonner leur cit\u00e9 aux Huns avec \u00e0 leur t\u00eate Attila, \u00ab\u00a0fl\u00e9au de Dieu\u00a0\u00bb \u00e0 la r\u00e9putation terrifiante. De fait, Attila \u00e9vite Paris. Mais les deux personnages ne se sont pas rencontr\u00e9s. Il est possible que la rumeur d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra \u00e9bruit\u00e9e par Genevi\u00e8ve ait dissuad\u00e9 le guerrier. Autre hypoth\u00e8se, par ses relations avec les Francs int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019administration romaine, elle pouvait savoir qu\u2019Attila voulait d\u2019abord attaquer les Wisigoths en Aquitaine.<\/p>\n<p>En tout cas, Genevi\u00e8ve sauvera r\u00e9ellement Paris de la famine, quand les Francs vont l\u2019assi\u00e9ger en 465.\u00a0 Elle s\u2019oppose \u00e0 Child\u00e9ric Ier qui entreprend le si\u00e8ge, parvenant \u00e0 ravitailler plusieurs fois la ville avec du bl\u00e9 de la Brie et de Champagne, en for\u00e7ant alors le blocus.<\/p>\n<p>Elle fera b\u00e2tir une chapelle sur l\u2019emplacement du tombeau de saint Denis, premier \u00e9v\u00eaque de Lut\u00e8ce, et elle persuade le roi Clovis d\u2019\u00e9riger une \u00e9glise d\u00e9di\u00e9e aux saints Pierre et Paul, sur le lieu nomm\u00e9 aujourd\u2019hui la \u00ab\u00a0montagne Sainte-Genevi\u00e8ve\u00a0\u00bb au c\u0153ur du Quartier latin. Selon la <em>Vita<\/em>, elle meurt \u00e0 89 ans dans l\u2019ermitage de Paris, enterr\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de Clovis et rejointe par la reine Clotilde qui la v\u00e9n\u00e9r\u00e8rent.<\/p>\n<p>Sainte patronne de Paris (f\u00eat\u00e9e le 3 janvier), elle est aussi patronne du dioc\u00e8se de Nanterre\u2026 et des gendarmes. Vie bien remplie, post\u00e9rit\u00e9 r\u00e9ussie, un \u00ab\u00a0sans faute\u00a0\u00bb jusqu\u2019en 2020\u00a0! C\u2019\u00e9tait l\u2019Ann\u00e9e Sainte-Genevi\u00e8ve, nombre de c\u00e9l\u00e9brations \u00e9tant pr\u00e9vues. Jubilaire de 1600 ans et diverses manifestations annul\u00e9es pour cause de Covid-19. C\u2019est quand m\u00eame \u00ab\u00a0un d\u00e9tail\u00a0\u00bb dans la belle histoire de Genevi\u00e8ve\u00a0!<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">ROLAND<\/span><\/h4>\n<p>Personnage de l\u2019\u00e9pop\u00e9e fran\u00e7aise, c\u2019est \u00e0 l\u2019origine un guerrier vaincu dans la d\u00e9fense de son territoire. La l\u00e9gende en fait le neveu de l\u2019empereur Charlemagne et la chanson de geste qui immortalise son nom vaut acte de naissance de la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les derniers corps de l\u2019arm\u00e9e royale furent massacr\u00e9s dans ce passage des Pyr\u00e9n\u00e9es. Je n\u2019ai pas \u00e0 rapporter le nom des morts, ils sont assez connus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"93\" class=\"cit-num\">93<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u2019Astronome du Limousin, biographe anonyme de Louis le D\u00e9bonnaire. <em>Charlemagne<\/em> (1877), Alphonse-Anatole V\u00e9tault, L\u00e9on Gautier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Destruction de l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne, attaqu\u00e9e dans le d\u00e9fil\u00e9 de Roncevaux par les montagnards vascons (basques), alors que le souverain rentrait d\u2019une campagne contre les Maures en Espagne, le 15\u00a0ao\u00fbt 778.<\/p>\n<p>\u00c9ginhard, biographe de Charlemagne, donne plus de d\u00e9tails, avec quelques noms de chefs francs\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 p\u00e9rirent, entre autres, Eggihard, s\u00e9n\u00e9chal du roi, Anselme, comte du palais, et Rothland [Roland], gouverneur de la marche de Bretagne.\u00a0\u00bb Selon les sources, les Francs se battent ici contre une milice basque et\/ou contre les Sarrasins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce revers ne put \u00eatre veng\u00e9 sur-le-champ, parce que les ennemis, le coup fait, se dispers\u00e8rent si bien que nul ne put savoir en quel coin du monde il eut fallu les chercher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"94\" class=\"cit-num\">94<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion au massacre de Roncevaux\u00a0: d\u00e9faite transform\u00e9e en haut fait d\u2019armes, par un de ces miracles dont l\u2019histoire litt\u00e9raire ne nous livre pas le secret.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La<em> Chanson de Roland<\/em> [\u2026] est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9 [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"95\" class=\"cit-num\">95<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PETIT<\/span> de julleville (1841-1900), l\u2019un des traducteurs de la <em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne va donner naissance, trois si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4000 vers, maintes fois traduite et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<br>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux Roland refuse de sonner du cor, ce que lui conseille le sage Olivier. Il pr\u00e9f\u00e8re se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de trouver le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal, je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec son compagnon et toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charlemagne le vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu. Le tra\u00eetre Gamelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">TEMPLIERS<\/span><\/h4>\n<p>Chevaliers de l\u2019Ordre le plus cot\u00e9 du Moyen \u00c2ge, accus\u00e9s soudain de tous les vices par Philippe le Bel voulant r\u00e9cup\u00e9rer leur myst\u00e9rieux tr\u00e9sor. Victimes collectives d\u2019une erreur judiciaire et condamn\u00e9s au b\u00fbcher, ils passent \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 par leur mal\u00e9diction des \u00ab\u00a0rois maudits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u0153uvres de pi\u00e9t\u00e9 et de mis\u00e9ricorde, la lib\u00e9ralit\u00e9 magnifique qu\u2019exerce dans le monde entier et en tout temps le saint ordre du Temple, divinement institu\u00e9 depuis de longues ann\u00e9es, son courage [\u2026] nous d\u00e9terminent justement [\u2026] \u00e0 donner des marques d\u2019une faveur sp\u00e9ciale \u00e0 l\u2019ordre et aux chevaliers pour lesquels nous avons une sinc\u00e8re pr\u00e9dilection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"247\" class=\"cit-num\">247<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314), Lettre dat\u00e9e de 1304.<em> Histoire des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, politiques et religieuses<\/em> (1847), Pierre Zaccone<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Templiers, premier ordre militaire d\u2019Occident, cr\u00e9\u00e9 en 1119 pour la d\u00e9fense des p\u00e8lerins, reviennent de Terre sainte d\u2019o\u00f9 les derniers descendants des crois\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s. Ils se replient sur leurs possessions europ\u00e9ennes, disposant par ailleurs d\u2019une force arm\u00e9e consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque (15\u00a0000 lances).<\/p>\n<p>Le roi leur octroie de nouveaux privil\u00e8ges et songe m\u00eame \u00e0 entrer dans l\u2019ordre, mais sa candidature est refus\u00e9e \u2013 selon d\u2019autres sources, le refus concerne le fils du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Boire comme un Templier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jurer comme un Templier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"249\" class=\"cit-num\">249<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Expressions populaires, au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. <em>Le Livre des proverbes fran\u00e7ais<\/em>, tome\u00a0I (1842), Antoine-Jean-Victor Le Roux de Lincy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dictons toujours cours, m\u00eame si on en oublie l\u2019origine. Ils donnent une faible id\u00e9e des vices, crimes et p\u00e9ch\u00e9s que la rumeur publique pr\u00eatait aux chevaliers. \u00ab\u00a0Le Temple avait pour les imaginations un attrait de myst\u00e8re et de vague terreur. Les r\u00e9ceptions avaient lieu, dans les \u00e9glises de l\u2019ordre, la nuit et portes ferm\u00e9es. On disait que si le roi de France lui-m\u00eame y e\u00fbt p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, il n\u2019en serait pas sorti\u00a0\u00bb (Jules Michelet,<em> Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>La rumeur est entretenue par le chancelier Nogaret. Le roi a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9liminer cet \u00ab\u00a0\u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, car les Templiers ne d\u00e9pendent que de l\u2019autorit\u00e9 du pape. Il veut aussi r\u00e9cup\u00e9rer une part de leur fortune \u2013 le fameux \u00ab\u00a0tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. L\u2019op\u00e9ration secr\u00e8te sera vite et bien men\u00e9e. Le 13\u00a0octobre\u00a01307, les Templiers sont arr\u00eat\u00e9s dans l\u2019enceinte du Temple \u00e0 Paris et pareillement saisis dans leurs ch\u00e2teaux en province. Ils n\u2019opposent aucune r\u00e9sistance\u00a0: la R\u00e8gle des moines soldats leur interdit de lever l\u2019\u00e9p\u00e9e contre un chr\u00e9tien. Une douzaine a pu fuir\u00a0; les autres, environ 2\u00a0000, seront livr\u00e9s \u00e0 l\u2019Inquisition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette engeance [\u2026] comparable aux b\u00eates priv\u00e9es de raison, que dis-je\u00a0? d\u00e9passant la brutalit\u00e9 des b\u00eates elles-m\u00eames [\u2026] commet les crimes les plus abominables. Elle a abandonn\u00e9 son Cr\u00e9ateur, sacrifi\u00e9 aux d\u00e9mons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"251\" class=\"cit-num\">251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314), parlant des Templiers. <em>Les Templiers<\/em> (1963), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On voit jusqu\u2019o\u00f9 peut aller la duplicit\u00e9 de Philippe le Bel pour justifier une action injustifiable sur le plan de la pure \u00e9quit\u00e9. L\u2019affaire des Templiers va durer sept ans\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les corps sont au roi de France, mais les \u00e2mes sont \u00e0 Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"258\" class=\"cit-num\">258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des Templiers br\u00fbl\u00e9s vifs dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, 19\u00a0mars 1314.<em> Les Templiers<\/em> (2004), St\u00e9phane Ingrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00eelot, \u00e0 la pointe de l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9, doit son nom aux nombreux juifs qui ont subi le supplice du b\u00fbcher. Le peuple est friand de ce genre de spectacle et les Templiers attirent la foule des grands jours.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier proc\u00e8s, quatre ans de prison et de silence, ils ont proclam\u00e9 leur innocence et d\u00e9nonc\u00e9 la calomnie, \u00e0 la lecture publique de l\u2019ultime sentence du 19\u00a0mars, sur le parvis de Notre-Dame, face \u00e0 la foule amass\u00e9e. Apr\u00e8s sept ans d\u2019\u00ab\u00a0affaire des Templiers\u00a0\u00bb, le roi veut en finir. Il a ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution group\u00e9e des plus \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, le soir m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"259\" class=\"cit-num\">259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques de <span class=\"caps\">MOLAY<\/span> (vers 1244-1314), sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314. <em>Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8res paroles attribu\u00e9es au grand ma\u00eetre des Templiers. Ce \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, pour diverses raisons. Quarante jours plus tard, le 20\u00a0avril, Cl\u00e9ment\u00a0V meurt d\u2019\u00e9touffement, seul dans sa chambre \u00e0 Avignon, comme aucun pape avant lui, ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre version de la mal\u00e9diction, tir\u00e9e de la saga des <em>Rois maudits<\/em> de Maurice Druon et du feuilleton de t\u00e9l\u00e9vision qui popularisa l\u2019affaire des Templiers au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb Nogaret est d\u00e9j\u00e0 mort, il y a un an, et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume. Mais le pape va mourir dans le d\u00e9lai imparti, comme Philippe le Bel, suite \u00e0 une chute de cheval \u00e0 la chasse (blessure infect\u00e9e, ou accident c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires. Quant \u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 cela tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, le roi de France guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span><\/h4>\n<p>Berg\u00e8re ou princesse, mais forte de sa foi en Dieu, Jeanne remporte en quelques mois une s\u00e9rie de victoires contre les Anglais, redonnant confiance au jeune roi Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> et au pays. Tomb\u00e9e aux mains de l\u2019ennemi, condamn\u00e9e au b\u00fbcher et br\u00fbl\u00e9e vive, elle entre dans la l\u00e9gende, premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne nationale et source d\u2019inspiration artistique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait d\u2019elle la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 \u00e0 commencer par son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En nom Dieu, je ne crains pas les gens d\u2019armes, car ma voie est ouverte\u00a0! Et s\u2019il y en a sur ma route, Dieu Messire me fraiera la voix jusqu\u2019au gentil Dauphin. Car c\u2019est pour cela que je suis n\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"335\" class=\"cit-num\">335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), quittant Vaucouleurs, fin f\u00e9vrier\u00a01429.<em> \u00c9tudes religieuses, historiques et litt\u00e9raires<\/em> (1866), Par des P\u00e8res de la Compagnie de J\u00e9sus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle r\u00e9pond \u00e0 ceux qui s\u2019effraient en pensant qu\u2019elle va devoir traverser la France infest\u00e9e d\u2019Anglais et de Bourguignons. \u00c0 peine \u00e2g\u00e9e de 17\u00a0ans, elle parvient \u00e0 persuader le sire de Baudricourt, capitaine royal de Vaucouleurs, de lui donner une escorte. Et elle se met en route pour Chinon o\u00f9 se trouve le dauphin \u2013 Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, bien que son p\u00e8re f\u00fbt mort il y a sept ans, n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9 roi comme le veut la coutume et garde donc le titre de dauphin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentil Dauphin, j\u2019ai nom Jeanne la Pucelle [\u2026] Mettez-moi en besogne et le pays sera bient\u00f4t soulag\u00e9. Vous recouvrerez votre royaume avec l\u2019aide de Dieu et par mon labeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"337\" class=\"cit-num\">337<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), ch\u00e2teau de Chinon, 8\u00a0mars 1429. <em>Jeanne d\u2019Arc, la Pucelle<\/em> (1988), marquis de la Franquerie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Leur entretien dure une heure et restera secret, hormis la derni\u00e8re phrase dont elle fera \u00e9tat plus tard \u00e0 son confesseur\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous dis, de la part de Messire, que vous \u00eates vrai h\u00e9ritier de France et fils du roi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jeanne a rendu doublement confiance \u00e0 Charles\u00a0: il est bien le roi l\u00e9gitime de France et le fils \u00e9galement l\u00e9gitime de son p\u00e8re, lui qu\u2019on traite toujours de b\u00e2tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous, hommes d\u2019Angleterre, qui n\u2019avez aucun droit en ce royaume, le roi des Cieux vous mande et ordonne par moi, Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou sinon, je ferai de vous un tel hahu [dommage] qu\u2019il y en aura \u00e9ternelle m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"341\" class=\"cit-num\">341<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Lettre du 5\u00a0mai 1429. <em>Pr\u00e9sence de Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1956), Ren\u00e9e Grisell<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 4\u00a0mai, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de secours envoy\u00e9e par le roi et command\u00e9e par le B\u00e2tard d\u2019Orl\u00e9ans (jeune capitaine s\u00e9duit par sa vaillance et fils naturel de Louis d\u2019Orl\u00e9ans, assassin\u00e9), Jeanne attaque la bastille Saint-Loup et l\u2019emporte. Le 5\u00a0mai, f\u00eate de l\u2019Ascension, on ne se bat pas, mais elle envoie par fl\u00e8che cette nouvelle lettre.<\/p>\n<p>Le 7\u00a0mai, elle attaque la bastille des Tournelles. Apr\u00e8s une rude journ\u00e9e de combat, Orl\u00e9ans est lib\u00e9r\u00e9e. Le lendemain, les Anglais l\u00e8vent le si\u00e8ge. Et toute l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, \u00e0 genoux, assiste \u00e0 une messe d\u2019action de gr\u00e2ce. Nouvelle victoire, \u00e0 Patay\u00a0: d\u00e9faite des fameux archers anglais et revanche de la cavalerie fran\u00e7aise. Ensuite, Auxerre, Troyes, Chalons ouvrent la route de Reims aux Fran\u00e7ais qui ont repris confiance en leurs armes et se r\u00e9approprient leur terre de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentil roi, or est ex\u00e9cut\u00e9 le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez \u00e0 Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous \u00eates vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"343\" class=\"cit-num\">343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431).<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1860), Henri Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne a tenu parole, Charles est sacr\u00e9 \u00e0 Reims le 17\u00a0juillet 1429. Alors seulement, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> peut porter son titre de roi. Plusieurs villes font all\u00e9geance\u00a0: c\u2019est \u00ab\u00a0la moisson du sacre\u00a0\u00bb. Les victoires ont permis de reconqu\u00e9rir une part de la \u00ab\u00a0France anglaise\u00a0\u00bb, mais Jeanne, bless\u00e9e, \u00e9choue devant Paris en septembre. Apr\u00e8s la tr\u00eave hivernale, elle d\u00e9cide de \u00ab\u00a0bouter d\u00e9finitivement les Anglais hors de France\u00a0\u00bb, contre l\u2019avis du roi qui a sign\u00e9 une tr\u00eave avec les Bourguignons.<\/p>\n<p>Le 23\u00a0mai 1430, captur\u00e9e devant Compi\u00e8gne, elle est vendue aux Anglais pour 10\u00a0000\u00a0livres, et emprisonn\u00e9e \u00e0 Rouen le 14\u00a0d\u00e9cembre. Les Anglais veulent sa mort. Les juges fran\u00e7ais veulent y mettre les formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jeanne, croyez-vous \u00eatre en \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0?<br>\u2014 Si je n\u2019y suis, Dieu veuille m\u2019y mettre\u00a0; si j\u2019y suis, Dieu veuille m\u2019y tenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"344\" class=\"cit-num\">344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Rouen, proc\u00e8s de Jeanne d\u2019Arc, 24\u00a0f\u00e9vrier 1431.<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1888), Jules Michelet, \u00c9mile Bourgeois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne va subir une suite d\u2019interrogatoires minutieux et r\u00e9p\u00e9titifs, en deux proc\u00e8s. Son premier proc\u00e8s d\u2019\u00ab\u00a0inquisition en mati\u00e8re de foi\u00a0\u00bb commence le 9\u00a0janvier 1431, sous la pr\u00e9sidence de Pierre Cauchon, \u00e9v\u00eaque de Beauvais (dioc\u00e8se o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 faite prisonni\u00e8re). Ce n\u2019est pas sa personne que l\u2019\u00c9glise veut d\u00e9truire, c\u2019est le symbole, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s populaire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise lui reproche\u00a0le port de v\u00eatements d\u2019homme, sacril\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9poque, une tentative de suicide dans sa prison et ses visions \u2013 imposture ou signe de sorcellerie. Jeanne est seule, face \u00e0 ses juges. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, qui lui doit tant, et d\u2019abord son sacre, l\u2019a abandonn\u00e9e. Il ne lui reste plus que sa foi, son Dieu. Elle va r\u00e9sister, jusqu\u2019au 24\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes perdus, nous avons br\u00fbl\u00e9 une sainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"348\" class=\"cit-num\">348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Secr\u00e9taire du roi d\u2019Angleterre, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Jeanne, Rouen, 30\u00a0mai 1431 (attribu\u00e9 aussi \u00e0 P. Cauchon, \u00e9v\u00eaque de Beauvais) <em>Histoire de France<\/em>, tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 24\u00a0mai, dans un moment de faiblesse, Jeanne abjure publiquement ses erreurs et accepte de faire p\u00e9nitence\u00a0: elle est condamn\u00e9e au cachot. Mais elle se ressaisit et, en signe de fid\u00e9lit\u00e9 envers ses voix et son Dieu, reprend ses habits d\u2019homme, le 27\u00a0mai. D\u2019o\u00f9 le second proc\u00e8s, vite exp\u00e9di\u00e9\u00a0: condamn\u00e9e au b\u00fbcher comme h\u00e9r\u00e9tique et relapse (retomb\u00e9e dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie), br\u00fbl\u00e9e vive sur la place du Vieux-March\u00e9 \u00e0 Rouen, ses cendres sont jet\u00e9es dans la Seine. Il fallait \u00e9viter tout culte posthume de la Pucelle, autour des reliques.<\/p>\n<p>Jeanne ne sera b\u00e9atifi\u00e9e qu\u2019en 1909 et canonis\u00e9e en 1920. Mais Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> ayant repris Rouen ordonnera le proc\u00e8s du proc\u00e8s, qui casse en 1456 le premier jugement et r\u00e9habilite la m\u00e9moire de Jeanne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Princesse (b\u00e2tarde de sang royal) ou simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende et la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e rend le sujet toujours fascinant, six si\u00e8cles plus tard. La r\u00e9cup\u00e9ration politique est une forme d\u2019exploitation du personnage, plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Jeanne inspire d\u2019innombrables \u0153uvres litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques et artistiques, sign\u00e9es\u00a0Bernard Shaw, Anatole France, Charles P\u00e9guy, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et<em> L\u2019Alouette<\/em> d\u2019Anouilh\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu\u2019on l\u2019\u00e9coute, c\u2019est que Dieu est l\u00e0. [\u2026] Dieu ne demande rien d\u2019extraordinaire aux hommes. Seulement d\u2019avoir confiance en cette petite part d\u2019eux-m\u00eames qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Apr\u00e8s Il se charge du reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">CHRISTINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PISAN<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">CAUSE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">FEMMES<\/span>.<\/h4>\n<p>Pionni\u00e8re du f\u00e9minisme, philosophe, po\u00e9tesse et femme de lettres parvenant \u00e0 vivre de sa plume, tol\u00e9r\u00e9e au Moyen \u00c2ge, mal consid\u00e9r\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, le plus misogyne de tous les si\u00e8cles, elle est relay\u00e9e par Simone de Beauvoir dans son f\u00e9minisme actif sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, avant les conqu\u00eates soci\u00e9tales des femmes sous la Cinqui\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019existence de la plupart des femmes est plus dure que celles d\u2019esclaves entre les Sarrasins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"269\" class=\"cit-num\">269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (vers 1364 \u2013 vers 1430)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res femmes de lettres fran\u00e7aises (n\u00e9e en Italie). Mari\u00e9e \u00e0 15 ans, m\u00e8re de trois enfants et veuve \u00e0 22 ans, elle refuse de se remarier comme le veut la coutume et parvient non sans mal \u00e0 vivre ind\u00e9pendante et faire vivre sa famille \u2013 y compris sa m\u00e8re et une ni\u00e8ce \u00e0 charge. Elle \u00e9tudie la philosophie, l\u2019histoire et les sciences, pour \u00e9crire et vivre de ses livres. Une \u0153uvre consid\u00e9rable, en prose et en vers, tr\u00e8s estim\u00e9e par de riches m\u00e9c\u00e8nes et plusieurs fois traduite.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi l\u2019une des premi\u00e8res f\u00e9ministes de notre histoire. En cette sombre p\u00e9riode du Moyen \u00c2ge, le culte de l\u2019amour courtois est en d\u00e9clin, alors qu\u2019il a permis aux femmes de la noblesse de s\u2019\u00e9lever au-dessus de la condition que leur faisait la loi, durant deux si\u00e8cles. La condition des femmes du peuple s\u2019aggrave encore. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle atteint des sommets de misogynie et Christine de Pisan en fait les frais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonne fille, bonne \u00e9pouse, bonne m\u00e8re, au reste un des plus authentiques bas-bleus qu\u2019il y ait eu dans notre litt\u00e9rature, la premi\u00e8re de cette insupportable lign\u00e9e de femmes auteurs\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">LANSON<\/span> (1857-1934), <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (1894)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9connaissance de la valeur de ses \u00e9crits, anachronisme quant \u00e0 son interpr\u00e9tation, contresens dans la mani\u00e8re de juger la vie de cette femme dou\u00e9e, ind\u00e9pendante, tr\u00e8s estim\u00e9e en son temps des vrais connaisseurs, mais d\u00e9cri\u00e9e des universitaires et des clercs \u00e0 qui elle faisait concurrence. Son \u0153uvre sera red\u00e9couverte dans la seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle et son f\u00e9minisme trouve \u00e9cho avec l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent enveloppe le pass\u00e9 et dans le pass\u00e9 toute l\u2019Histoire a \u00e9t\u00e9 faite par des m\u00e2les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2854\" class=\"cit-num\">2854<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone de <span class=\"caps\">BEAUVOIR<\/span> (1908-1986), <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire du f\u00e9minisme, mouvement qui ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 au vote attribu\u00e9 aux femmes apr\u00e8s la Lib\u00e9ration. Mais c\u2019est la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique qui, dans les ann\u00e9es 1970, verra aboutir l\u2019essentiel des luttes au f\u00e9minin, d\u2019o\u00f9 une \u00e9galit\u00e9 de droit, sinon de fait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moiti\u00e9 victimes, \u00e0 moiti\u00e9 complices, comme tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2876\" class=\"cit-num\">2876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), cit\u00e9 en exergue par Simone de Beauvoir, <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romanci\u00e8re existentialiste dont toutes les \u0153uvres se veulent \u00ab\u00a0signifiantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre-Dame de Sartre\u00a0\u00bb fait scandale avec ce livre. Elle d\u00e9montre que la femme est \u00e0 l\u2019homme ce que le N\u00e8gre est au Blanc, un Autre inf\u00e9rioris\u00e9, irresponsable. Mais les femmes, \u00e0 l\u2019inverse des autres exploit\u00e9s de la terre, colonis\u00e9s ou prol\u00e9taires, sont rest\u00e9es soumises, complices des structures qui les oppriment, tombant dans les pi\u00e8ges du mariage et de la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>Message pr\u00e9monitoire\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration suivante remettra en question le mariage traditionnel, cependant que par la contraception et l\u2019<span class=\"caps\">IVG<\/span>, la femme aura pour la premi\u00e8re fois le droit d\u2019avoir des enfants comme et quand elle le veut.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-2.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><span class=\"caps\">DIANE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">POITIERS<\/span><\/h4>\n<p>Favorite d\u2019Henri <span class=\"caps\">II<\/span> plus de vingt ans, femme de caract\u00e8re et de go\u00fbt, d\u2019intrigue et d\u2019influence, elle s\u2019oppose \u00e0 la reine Catherine de M\u00e9dicis et perd tout pouvoir \u00e0 la mort accidentelle du roi. Personnage romanesque, elle reste pour sa beaut\u00e9 peinte par l\u2019\u00e9cole de Fontainebleau\u2026 et le secret de son \u00e9ternelle jeunesse n\u2019est plus un myst\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lis les histoires de ce royaume, et j\u2019y trouve que de tous les temps, les putains ont dirig\u00e9 les affaires des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"479\" class=\"cit-num\">479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Diane de Poitiers. <em>Le Royaume de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1922), Lucien Romier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les putains en question, ce sont les favorites des rois, vu par les reines leurs \u00e9pouses. Premi\u00e8re en date, Agn\u00e8s Sorel vers 1444 avec Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>, inaugure une tr\u00e8s longue liste de favorites officielles des rois de France.<\/p>\n<p>Catherine, fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, \u00e9pousa le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> en 1533 et faillit \u00eatre r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9 pendant onze ans, avant de lui donner 10 enfants. Depuis 1538 et durant les douze ann\u00e9es de r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, elle est \u00e9clips\u00e9e par Diane de Poitiers.<\/p>\n<p>\u00c2g\u00e9e de 48\u00a0ans en 1547 et de vingt ans l\u2019a\u00een\u00e9e du roi, Diane fit son \u00e9ducation \u00e0 la cour, quand l\u2019enfant de 11\u00a0ans rentra, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es pass\u00e9es comme otage en Espagne (prenant la place de son p\u00e8re Fran\u00e7ois Ier). Influente et intrigante, elle reste sa favorite jusqu\u2019\u00e0 la fin, m\u00eame si certains historiens doutent de la nature exacte de leur liaison. Le roi veut \u00e9viter tout scandale, mais elle reste malgr\u00e9 tout son amie et sa premi\u00e8re confidente.<\/p>\n<p>Le personnage reste mal connu et intrigue d\u2019autant plus. Une chose est s\u00fbre, la beaut\u00e9 de Diane\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque, ma\u00eetresse en titre et reine, elle \u00e9tait moqu\u00e9e par les jeunes qui ne l\u2019appelaient que la vieille, elle fit cette r\u00e9ponse cynique de leur montrer ce qu\u2019on cache en se faisant peindre nue\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>). Les peintres de la premi\u00e8re \u00e9cole de Fontainebleau rendirent ainsi un juste hommage \u00e0 leur adorable m\u00e9c\u00e8ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu Madame la Duchesse de Valentinois en l\u2019\u00e2ge de soixante-dix ans aussi belle de face, aussi fra\u00eeche et aussi aimable comme en l\u2019\u00e2ge de trente ans\u00a0; aussi fut-elle fort aim\u00e9e et servie d\u2019un des grands Rois du monde\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614), <em>Vie des Dames galantes<\/em>, extraites des<em> M\u00e9moires de Brant\u00f4me<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de cour et de guerre, seigneur et abb\u00e9 devenu m\u00e9morialiste (suite \u00e0 une mauvaise chute de cheval), il \u00e9voque Diane de Poitiers, n\u00e9e le 9 janvier 1500 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 26 avril 1566. Il se trompe donc sur son \u00e2ge, mais il rapporte ce qui a frapp\u00e9 tous les contemporains. D\u2019abord, sa beaut\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin de l\u2019\u00e9poque\u00a0: blonde aux yeux bleus et au teint naturellement p\u00e2le, elle ne met jamais de poudre. Silhouette toujours fine et harmonieusement muscl\u00e9e, elle entretient son corps par le sport\u00a0: elle monte \u00e0 cheval, elle chasse, elle nage. Et elle dort, couch\u00e9e \u00e0 20 heures, lev\u00e9e \u00e0 six, elle commence la journ\u00e9e par un bain d\u2019eau glac\u00e9e. Ambroise Par\u00e9, fameux m\u00e9decin des rois, lui prodigue ses bons conseils, en un temps o\u00f9 l\u2019hygi\u00e8ne de vie est le dernier des soucis, m\u00eame \u00e0 la cour\u00a0!<\/p>\n<p>Reste le secret de cette \u00e9ternelle beaut\u00e9\u00a0: elle boit chaque matin un bouillon de poudre d\u2019or. Cette m\u00e9dication a des vertus suppos\u00e9es de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration depuis l\u2019Antiquit\u00e9, le corps humain contenant environ 0,2 mg du pr\u00e9cieux m\u00e9tal, mais cet \u00e9lixir de jouvence peut devenir poison. En 2008, on d\u00e9couvrit la s\u00e9pulture de Diane\u00a0: des analyses de tissus et de cheveux montrent une concentration anormale d\u2019or. Certains signes de fragilit\u00e9 apparaissaient d\u2019ailleurs, faisant penser \u00e0 un empoisonnement\u00a0: p\u00e2leur, cheveux fins et cassants, os particuli\u00e8rement fragiles \u2013 et elle \u00e9tait quasiment \u00e9dent\u00e9e. D\u2019o\u00f9 l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9ventail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, contentez-vous d\u2019avoir infect\u00e9 la France de votre infamie et de votre ordure, sans toucher aux choses de Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"482\" class=\"cit-num\">482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un domestique du tailleur d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, s\u2019adressant \u00e0 Diane de Poitiers (1550).<em> Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Guerres de religion (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ton dit assez la violence des haines qui couvent. L\u2019homme est interrog\u00e9 sur son \u00e9ventuelle conversion au calvinisme, par Diane de Poitiers, ma\u00eetresse royale et catholique convaincue qui encourage la r\u00e9pression du protestantisme. L\u2019insolent paiera de sa vie cette phrase, sit\u00f4t condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9 vif devant Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, spectateur du supplice. Envers et contre tout, l\u2019\u00c9glise r\u00e9form\u00e9e de France va se constituer sous ce r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que mon peuple persiste et demeure ferme en la foi en laquelle je meurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"492\" class=\"cit-num\">492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> (1519-1559), mot de la fin, le 10\u00a0juillet 1559. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, roi gentilhomme<\/em> (1987), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi tr\u00e8s chr\u00e9tien meurt des suites d\u2019un accident de tournoi \u2013 blessure \u00e0 l\u2019\u0153il d\u2019un coup de lance, donn\u00e9 par le capitaine des gardes, r\u00e9gicide involontaire. Trois fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui n\u2019auront jamais son autorit\u00e9 vont lui succ\u00e9der, et d\u2019abord l\u2019a\u00een\u00e9 Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 15\u00a0ans. Il confie le gouvernement \u00e0 sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis\u00a0: elle renvoie l\u2019influent conn\u00e9table de Montmorency et exile Diane de Poitiers la favorite ha\u00efe qu\u2019elle a support\u00e9e dans le r\u00f4le de dame de compagnie. C\u2019est de bonne guerre, entre ces deux fortes femmes.<\/p>\n<p>Diane de Poitiers appara\u00eet dans le roman historique de Madame de La Fayette, <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> (publi\u00e9 d\u2019abord anonymement en 1678).<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">TUDOR<\/span><\/h4>\n<p>Premi\u00e8re reine d\u2019Angleterre (avant \u00c9lisabeth Ire), dite Marie la Catholique et Marie la Sanglante pour ses pers\u00e9cutions contre les protestants, cette dame de fer meurt du chagrin d\u2019avoir perdu Calais reprise par les Fran\u00e7ais, mais aussi son mari Philippe <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne de retour dans son pays. Elle ressuscite en h\u00e9ro\u00efne d\u2019Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on ouvrait mon c\u0153ur, on y trouverait grav\u00e9 le nom de Calais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"488\" class=\"cit-num\">488<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">TUDOR<\/span> (1516-1558), son mot de la fin. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1844), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi s\u2019exprime la premi\u00e8re reine d\u2019Angleterre (connue aussi sous ne nom de Marie Ire), mourante dit-on du chagrin que lui a caus\u00e9 la perte de cette ville, seule place rest\u00e9e anglaise en France, \u00e0 la fin de la guerre de Cent Ans. Sauv\u00e9e du massacre il y a deux si\u00e8cles par les bourgeois de Calais, la ville fut quelque peu oubli\u00e9e par les rois de France, davantage int\u00e9ress\u00e9s par la riche et fascinante Italie.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs parce que la France commence la onzi\u00e8me \u2013 et derni\u00e8re \u2013 guerre d\u2019Italie que le roi d\u2019Espagne Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (fils de Charles Quint et mari de la reine d\u2019Angleterre) attaque en Picardie, par les Pays-Bas. Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, redoutant plus que tout une invasion espagnole, rappelle Fran\u00e7ois de Guise en route vers l\u2019Italie et le nomme lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume. Il reprend Calais aux Anglais le 13\u00a0janvier 1558, apr\u00e8s un si\u00e8ge tr\u00e8s bref et malgr\u00e9 les renforts envoy\u00e9s par Marie Tudor.<\/p>\n<p>La perte de cette ville rendra encore plus impopulaire Marie la Catholique, dite aussi Marie la Sanglante (<em>Bloody Mary<\/em>) pour avoir pers\u00e9cut\u00e9 les protestants anglais \u2013 pr\u00e8s de 300 r\u00e9formateurs dissidents, br\u00fbl\u00e9s vifs lors des \u00ab\u00a0pers\u00e9cutions mariales\u00a0\u00bb. Du temps de son p\u00e8re Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>, les victimes se comptaient par milliers. Le retour au catholicisme sera annul\u00e9 par la reine \u00c9lisabeth, sa demi-s\u0153ur cadette qui va lui succ\u00e9der.<\/p>\n<p>Marie meurt au terme d\u2019une longue agonie, le c\u0153ur bris\u00e9 d\u2019avoir perdu Calais, mais dit-on aussi Philippe, qui s\u2019est \u00e9loign\u00e9 d\u2019elle pour retourner en Espagne, apr\u00e8s un an de mariage.<\/p>\n<p>Les malheurs de Marie ont inspir\u00e9 les auteurs. Hugo lui consacre un drame romantique (<em>Marie Tudor<\/em>, 1833). Le r\u00f4le-titre attire les grandes com\u00e9diennes, de la cr\u00e9atrice Mlle Georges \u00e0 Maria Casar\u00e8s. Pi\u00e8ce adapt\u00e9e au cin\u00e9ma (muet) en 1917 et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision par Abel Gance en 1966. Cette r\u00e9alisation en noir et blanc s\u2019\u00e9loigne de la v\u00e9rit\u00e9 historique et vaut par le m\u00e9lange des genres, tragique \u00e9lisab\u00e9thain, trag\u00e9die classique, drame romantique et th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde. Les personnages se d\u00e9battent avec les contradictions de l\u2019existence, Marie Tudor le premi\u00e8re, reine au c\u0153ur d\u00e9chir\u00e9 par l\u2019amour.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MICHEL<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> l\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span><\/h4>\n<p>Ministre influent de Catherine de M\u00e9dicis, pr\u00f4nant la tol\u00e9rance aux pires heures des guerres de Religion, le Chancelier \u00e9choue dans sa politique, perd tout pouvoir et tout espoir apr\u00e8s la St-Barth\u00e9lemy. Fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al, il reste un symbole respect\u00e9 et statufi\u00e9. L\u2019\u00e9dit de Nantes sign\u00e9 par Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> est sa victoire posthume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il besoin de tant de b\u00fbchers et de tortures\u00a0? C\u2019est avec les armes de la charit\u00e9 qu\u2019il faut aller \u00e0 tel combat. Le couteau vaut peu contre l\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"500\" class=\"cit-num\">500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de L\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span> (vers 1504-1573), Assembl\u00e9e de Fontainebleau, 21\u00a0ao\u00fbt 1560. <em>Nouvelle Histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chancelier de France parle ce langage aussi longtemps qu\u2019il est au pouvoir. Catherine de M\u00e9dicis va le maintenir sept ans \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s\u00a0: l\u2019histoire est donc injuste, ne retenant que sa responsabilit\u00e9 dans le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il nous faut dor\u00e9navant [\u2026] les assaillir [les protestants] avec les armes de la charit\u00e9, pri\u00e8res, persuasions, paroles de Dieu, qui sont propres \u00e0 de tels combats [\u2026] \u00d4tons ces mots diaboliques\u00a0: luth\u00e9riens, huguenots, papistes\u00a0; ne changeons le nom de chr\u00e9tiens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"501\" class=\"cit-num\">501<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de L\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span>\u00a0(vers 1504-1573), Harangue \u00e0 l\u2019ouverture des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, 13\u00a0d\u00e9cembre 1560.<em> Michel de L\u2019Hospital<\/em> (1950), Albert Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vraie religion de ce grand juriste est la tol\u00e9rance \u2013 au point que les catholiques plus ou moins ultras le soup\u00e7onnent d\u2019\u00eatre un huguenot masqu\u00e9.<\/p>\n<p>Principal ministre et chancelier, il exprime \u00e0 maintes reprises la politique de conciliation men\u00e9e avec la r\u00e9gente, Catherine de M\u00e9dicis. Pour l\u2019heure, rien ne s\u2019arrange\u00a0: les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux refusent tout subside au roi, le tiers et la noblesse voulant que le clerg\u00e9 participe aux d\u00e9penses royales, alors qu\u2019il refuse. Mais le pouvoir pers\u00e9v\u00e8re dans sa politique de d\u00e9tente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir l\u2019ordre et l\u2019unit\u00e9 par la douceur\u00a0; pour le royaume, la paix est plus importante que le dogme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"502\" class=\"cit-num\">502<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de L\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span>\u00a0(vers 1504-1573), colloque de Poissy, septembre\u00a01561.<em> Le Colloque de Poissy, M\u00e9langes d\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle offerts \u00e0 Henri Meylan<\/em> (1970), Alain Dufour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le colloque permet aux protestants d\u2019exposer pendant un mois leur doctrine, devant l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du clerg\u00e9 de France. C\u00f4t\u00e9 catholique si\u00e8gent 40 pr\u00e9lats, parmi lesquels le cardinal de Lorraine et le cardinal de Tournon. La d\u00e9l\u00e9gation protestante, conduite par Th\u00e9odore de B\u00e8ze, comprend 12 participants. Le chancelier expose la volont\u00e9 du roi (et de sa m\u00e8re).\u00a0 Ce message de tol\u00e9rance n\u2019est pas compris par les th\u00e9ologiens qui restent sur leur position dogmatique<\/p>\n<p>Nouvelle tentative avec l\u2019\u00c9dit de janvier\u00a01562\u00a0: Catherine de M\u00e9dicis reconna\u00eet officiellement aux protestants le droit de s\u2019assembler pour leur culte, de jour et \u00ab\u00a0hors les villes closes\u00a0\u00bb, autrement dit dans les faubourgs et \u00e0 la campagne. Le culte r\u00e9form\u00e9 est pour la premi\u00e8re fois permis en France et les pasteurs sont reconnus, mais doivent pr\u00eater serment aux autorit\u00e9s. Le Parlement de Paris refuse d\u2019enregistrer cet \u00e9dit. Huit guerres de Religion vont s\u2019encha\u00eener\u00a0: trente-six ann\u00e9es de guerre civile presque sans r\u00e9pit, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes (1598).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La haine et le fanatisme ne trouveront pas d\u2019obstacle aupr\u00e8s de moi. Dieu seul est ma d\u00e9fense\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"531\" class=\"cit-num\">531<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de L\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span>\u00a0(vers 1504-1573). <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Michel de L\u2019Hospital, chancelier de France<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de sa politique de conciliation, il vit retir\u00e9 dans ses terres \u00e0 Vignay (en \u00cele-de-France). Suite aux massacres de la Saint-Barth\u00e9lemy (nuit du 24 au 25 ao\u00fbt 1572), la \u00ab\u00a0boucherie de Paris\u00a0\u00bb qui fit environ 4\u00a0000 morts, la tuerie continue en province jusqu\u2019en octobre\u00a0: quelque 10\u00a0000 r\u00e9form\u00e9s en sont victimes (en plus des 3\u00a0000 protestants \u00e0 Paris). Les deux camps se d\u00e9chirent dans cette quatri\u00e8me guerre de Religion (1572-1573). Les r\u00e8glements de compte personnels doublent les affrontements religieux.<\/p>\n<p>L\u2019ex-chancelier a ouvert les portes de son ch\u00e2teau \u00e0 une foule survolt\u00e9e. Assi\u00e9g\u00e9 par des catholiques fanatiques, il refuse de se d\u00e9fendre par la force\u00a0et manque d\u2019\u00eatre une des victimes collat\u00e9rales de la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e9risse le souvenir de ce jour\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"535\" class=\"cit-num\">535<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de L\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span>\u00a0(vers 1504-1573). <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Michel de L\u2019Hospital, chancelier de France<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le souvenir de la Saint-Barth\u00e9lemy vivra \u00e0 jamais dans l\u2019histoire de France, mais ce drame eut un effet positif\u00a0: un tiers parti va na\u00eetre, celui des Malcontents, des Politiques, esprits mod\u00e9r\u00e9s, catholiques aussi bien que protestants, soucieux avant tout de sauver le pays, pr\u00e9parant \u00e0 terme l\u2019av\u00e8nement d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et la paix. Michel de L\u2019Hospital sera de ces hommes, avec l\u2019humaniste Jean Bodin, le capitaine protestant Fran\u00e7ois de La Noue, Duplessis-Mornay, th\u00e9ologien r\u00e9form\u00e9 qui \u00e9chappe de peu au massacre, le philosophe Montaigne, ami du roi de Navarre et maire de Bordeaux qui tente activement de rapprocher les deux camps, et m\u00eame le tr\u00e8s catholique Ronsard qui se d\u00e9solidarise des crimes commis au nom de la religion.<\/p>\n<p>Le nom de Michel de l\u2019Hospital reste indissociablement attach\u00e9 au principe de tol\u00e9rance qui aboutit \u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes (1598), victoire posthume du chancelier. Sign\u00e9 par Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (n\u00e9 protestant et converti au catholicisme), il met fin \u00e0 la guerre civile entre catholiques et protestants.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/\">Lire la suite\u00a0: Honneur aux perdant(e)s\u00a0! (Du r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e0 la R\u00e9volution)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Saintes et guerri\u00e8res, f\u00e9ministes et r\u00e9volutionnaires, reines, favorites et m\u00e9c\u00e8nes ou imp\u00e9ratrice, les femmes jouent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les hommes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Empire). Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques. 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