{"id":8898,"date":"2021-03-01T00:00:00","date_gmt":"2021-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-revolution-directoire-consulat-et-premier-empire\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:14","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:14","slug":"les-punchlines-revolution-directoire-consulat-et-premier-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-revolution-directoire-consulat-et-premier-empire\/","title":{"rendered":"Les punchlines (R\u00e9volution, Directoire, Consulat et Premier Empire)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8898\" class=\"elementor elementor-8898\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2ab31ce0 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"2ab31ce0\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4bcec90f elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"4bcec90f\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4><p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p><p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p><p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p><p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<br><br>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p><p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p><p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p><p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<br><br>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p><p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <br><br>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p><p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p><p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p><p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p><p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p><p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p><p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p><h3 style=\"text-align: center;\"><span class=\"caps\">II<\/span>. R\u00e9volution, Directoire, Consulat et Premier Empire.<\/h3><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-3.jpg\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><\/p><h4 style=\"text-align: center;\"><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span> (1789-1799)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MOMORO<\/span> (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p><\/blockquote><p>Libraire imprimeur \u00e0 Paris, \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0il se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Pache, maire de Paris, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics.<\/p><p>Au fil de la R\u00e9volution, la libert\u00e9, revendication venue du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 celle des droits plus que des conditions \u2013 vont inspirer les r\u00e9volutionnaires, pour le meilleur et parfois pour le pire. La fraternit\u00e9 restera la parente pauvre de cette trinit\u00e9 de concept jusqu\u2019au socialisme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Le triple principe ne sera inscrit dans une constitution fran\u00e7aise qu\u2019en 1848. C\u2019est la punchline star de notre Histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin. Les d\u00e9put\u00e9s aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux occupent les lieux pour donner une Constitution au royaume.<\/p><p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb, \u00e9crira Michelet.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p><\/blockquote><p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s, essentiellement chez les assaillants (au nombre de 800 \u00e0 3\u00a0000, selon les sources). Mais Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence, et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p><\/blockquote><p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, le jeune \u00ab\u00a0H\u00e9ros des Deux mondes\u00a0\u00bb prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1344\" class=\"cit-num\">1344<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article 1er<\/p><\/blockquote><p>L\u2019article \u00e9nonce la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en termes g\u00e9n\u00e9raux. D\u00e9finitions compl\u00e9t\u00e9es par les articles\u00a04 (\u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0\u00bb et 6 (\u00ab\u00a0La loi [\u2026] doit \u00eatre la m\u00eame pour tous, soit qu\u2019elle prot\u00e8ge, soit qu\u2019elle punisse.\u00a0\u00bb<\/p><p>La D\u00e9claration \u00e9nonce d\u2019abord les \u00ab\u00a0droits naturels et imprescriptibles\u00a0\u00bb de l\u2019homme\u00a0: libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 devant la loi, propri\u00e9t\u00e9. Elle ajoute ceux de la nation\u00a0: s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire\u00a0; souverainet\u00e9 nationale. Mais la D\u00e9claration des droit s\u2019exprime en termes g\u00e9n\u00e9raux. Tout r\u00e9gime (r\u00e9publicain) devra tenter de passer \u00e0 la pratique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez-vous de demander du temps\u00a0; le malheur n\u2019en accorde jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1348\" class=\"cit-num\">1348<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Discours \u00e0 la Constituante, 26\u00a0septembre 1789. <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Orateur du peuple improvise comme toujours dans le g\u00e9nie\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui la banqueroute, la hideuse banqueroute est l\u00e0\u00a0; elle menace de consumer vous, vos propri\u00e9t\u00e9s, votre honneur, et vous d\u00e9lib\u00e9rez\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Mirabeau se fait ici l\u2019avocat du projet Necker \u2013 ministre tr\u00e8s populaire, rappel\u00e9 aux Finances le 16\u00a0juillet et pr\u00e9voyant une contribution volontaire du quart des revenus.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1367\" class=\"cit-num\">1367<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Marie-Antoinette, Correspondance, 1770-1793<\/em> (2005), \u00c9velyne Lever<\/p><\/blockquote><p>Ou encore, selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un seul homme, c\u2019est la reine.\u00a0\u00bb C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 connue de tous et \u00e9prouv\u00e9e par Mirabeau, devenu le conseiller secret de la couronne\u00a0: il essaie donc de convaincre la reine avant le roi dont la faiblesse, les h\u00e9sitations, les retournements d\u00e9couragent les plus fervents d\u00e9fenseurs\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e9rissent les colonies plut\u00f4t qu\u2019un principe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1385\" class=\"cit-num\">1385<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), Constituante, 13\u00a0mai 1791. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1888), Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse (r\u00e9sum\u00e9e) aux d\u00e9fenseurs des colons pour qui l\u2019application aux colonies de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> signifiait la fin du syst\u00e8me colonial. <em>Le Moniteur<\/em>, journal officiel de l\u2019\u00e9poque, reproduit le texte exact et int\u00e9gral\u00a0: \u00ab\u00a0On nous menace du ressentiment de ces nobles d\u2019outre-mer [\u2026] Ils se consoleront comme se sont consol\u00e9s les nobles fran\u00e7ais qui avaient un peu de sens. Si toutefois cette scission devait avoir lieu, s\u2019il fallait sacrifier l\u2019int\u00e9r\u00eat ou la justice, il vaudrait mieux sacrifier les colonies qu\u2019un principe.\u00a0\u00bb<\/p><p>La phrase est aussi attribu\u00e9e \u00e0 Barnave par Lamartine dans son <em>Histoire des Girondins<\/em> et selon d\u2019autres sources, \u00e0 Robespierre, sous une forme plus concise\u00a0: \u00ab\u00a0P\u00e9rissent les colonies\u00a0!\u00a0\u00bb Ces trois versions\u00a0sourc\u00e9es d\u00e9montrent la difficult\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u2019une histoire par les citations.<\/p><p>Quant au sort des colonies et des Noirs\u2026 Le d\u00e9cret sur le statut des N\u00e8gres sera bien timor\u00e9\u00a0: seuls les mul\u00e2tres n\u00e9s de p\u00e8re et de m\u00e8re libres auront des droits politiques. C\u2019est une minorit\u00e9 et les troubles vont continuer \u2013 l\u2019esclavage sera aboli par la Convention trois ans plus tard, r\u00e9tabli par Napol\u00e9on et d\u00e9finitivement aboli en 1848 par la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates \u00e0 la lanterne,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1381\" class=\"cit-num\">1381<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>Ah\u00a0! \u00e7a ira<\/em>, couplet anonyme, sur une musique de <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), chanson<\/p><\/blockquote><p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0est n\u00e9 bon enfant\u00a0: \u00ab\u00a0Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0: \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb\u00a0Il se durcit et se radicalise en janvier 1791, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur. Toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du <em>Carillon national<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne, septembre\u00a01791. <em>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, mourra guillotin\u00e9e en 1793, apr\u00e8s bien d\u2019autres provocations.<\/p><p>Elle plaide pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux. Les femmes seront finalement la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e, dans cette histoire. Quelques-unes vont s\u2019illustrer, h\u00e9ro\u00efnes et souvent martyres, dans la suite de la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792.<em> Discours de Danton<\/em>, \u00e9dition critique (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p><\/blockquote><p>Fin du discours c\u00e9l\u00e9brissime, punchline propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>). Tout le discours (g\u00e9nialement improvis\u00e9) m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9,\u00a0de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz et Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0! La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison. On parlera des \u00ab\u00a0massacres de septembre\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De ce jour et de ce lieu date une \u00e8re nouvelle de l\u2019histoire du monde et vous pourrez dire\u00a0: j\u2019y \u00e9tais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1435\" class=\"cit-num\">1435<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832), <em>Aus meinem Lebe\u00a0: Dichtung und Warheit \u2013\u00a0De ma vie\u00a0: Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9<\/em> (1811-1833), autobiographie<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>Von hier und heute geht eine neue Epoche der Weltgeschischte aus, und ihr koennt sagen ihr seid dabei gewesen.<\/em>\u00a0\u00bb Le plus grand \u00e9crivain allemand est pr\u00e9sent \u00e0 la bataille de Valmy (commune de la Marne), c\u00f4t\u00e9 Prussiens. Il est conscient de vivre un \u00e9v\u00e9nement majeur.<\/p><p>La retraite des troupes du duc de Brunswick, sup\u00e9rieures en nombre, reste \u00e0 jamais une \u00e9nigme. Il aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne combattrons pas ici.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Nation\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1436\" class=\"cit-num\">1436<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Cri des troupes de Kellermann et Dumouriez \u00e0 Valmy, 20\u00a0septembre 1792. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>Contre l\u2019arm\u00e9e prussienne, ce cri nouveau est charg\u00e9 d\u2019un triple symbole\u00a0: triomphe de l\u2019id\u00e9e de Nation, d\u00e9ch\u00e9ance du roi, victoire de la R\u00e9publique. Et Valmy arr\u00eate l\u2019invasion de la France r\u00e9volutionnaire. Ce contexte guerrier marque toute la R\u00e9volution, pour le pire et le meilleur de cet \u00e9pisode majeur de l\u2019Histoire.<\/p><p>Autre premi\u00e8re historique, les femmes se sont engag\u00e9es pour d\u00e9fendre la patrie proclam\u00e9e en danger\u00a0: ce sont les Vivandi\u00e8res, chant\u00e9es par B\u00e9ranger, pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, vrai po\u00e8te populaire et toujours r\u00e9publicain de c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai pris part \u00e0 tous vos exploits \/ En vous versant \u00e0 boire. \/ Songez combien j\u2019ai fait de fois \/ Rafra\u00eechir la victoire.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la pique du peuple brise le sceptre des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1447\" class=\"cit-num\">1447<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0octobre 1792. <em>Les Grands orateurs de la R\u00e9volution<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p><\/blockquote><p>La pique a beaucoup servi sous la R\u00e9volution et pas seulement de fa\u00e7on m\u00e9taphorique. Le peuple y a plant\u00e9 des t\u00eates coup\u00e9es, d\u00e8s la prise de la Bastille. Quant \u00e0 Danton, avocat r\u00e9volutionnaire, agitateur dans l\u2019\u00e2me et meneur d\u2019hommes, il ne recule devant aucune violence, ni physique, ni verbale.<\/p><p>Face aux ennemis du dehors, aux rois \u00e9trangers mena\u00e7ant les fronti\u00e8res, Danton dit dans ce m\u00eame discours\u00a0: \u00ab\u00a0Jetons-leur en d\u00e9fi une t\u00eate de roi.\u00a0\u00bb La Convention va donc d\u00e9cider de mettre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> en jugement, apr\u00e8s une longue discussion qui oppose les Girondins aux Montagnards. Danton s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne qui l\u2019emportera.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793.<em> Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p><\/blockquote><p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9. \u00c0 38 ans, le voil\u00e0 soudain royal dans l\u2019\u00e9preuve finale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avance, suivez-moi\u00a0; si je meurs, vengez-moi\u00a0; si je recule, tuez-moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1487\" class=\"cit-num\">1487<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">ROCHEJAQUELEIN<\/span> (1772-1794), aux milliers de paysans qui le proclament leur chef, 13\u00a0avril 1793. <em>Le Dernier des Chouans\u00a0: Louis Stanislas Sortant<\/em> (2007), Bernard Coquet, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p><\/blockquote><p>Comte, membre de la garde de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il re\u00e7ut le bapt\u00eame du feu en d\u00e9fendant le palais des Tuileries, le 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Ayant perdu son roi (emprisonn\u00e9), il regagne ses terres de Vend\u00e9e.<\/p><p>C\u2019est l\u2019un des chefs de l\u2019insurrection vend\u00e9enne qui commence le 10\u00a0mars 1793. L\u2019origine en est moins politique que religieuse. Le peuple, tr\u00e8s catholique, est choqu\u00e9 par la politique r\u00e9volutionnaire et hostile aux \u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb qui veulent imposer la Constitution civile du clerg\u00e9, la loi du serment des pr\u00eatres.<\/p><p>La mort du roi, ex\u00e9cut\u00e9 le 21\u00a0janvier, les d\u00e9cide \u00e0 prendre les armes et \u00e0 encadrer militairement leurs paysans et les m\u00e9tayers, r\u00e9volt\u00e9s par le d\u00e9cret sur la lev\u00e9e de 300\u00a0000 hommes rendu par la Convention le 24\u00a0f\u00e9vrier. Les pr\u00eatres r\u00e9fractaires se joindront \u00e0 cette contre-r\u00e9volution arm\u00e9e. Les Anglais vont apporter une aide en argent, puis en hommes, \u00e0 cette guerre civile contre une R\u00e9volution devenue trop conqu\u00e9rante. Blancs (insurg\u00e9s) contre Bleus (patriotes)\u00a0: 600 000 morts en 3 ans (la moiti\u00e9 de faim).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais vote la libert\u00e9 du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1284\" class=\"cit-num\">1284<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, 24\u00a0avril\u00a01793.<em> \u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834)<\/p><\/blockquote><p>Port\u00e9 par l\u2019Archange de la R\u00e9volution toujours exalt\u00e9 \u00e0 25 ans, superbe principe inscrit au chapitre \u00ab\u00a0Des relations ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1793. Mais que de guerres s\u2019ensuivront, dont la puret\u00e9 id\u00e9ologique est parfois discutable\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Donnez un verre de sang \u00e0 ce cannibale\u00a0: il a soif\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1496\" class=\"cit-num\">1496<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), \u00e0 Marat vitup\u00e9rant \u00e0 la tribune de la Convention, 13\u00a0avril\u00a01793<\/p><\/blockquote><p>Marat l\u2019Ami du peuple, tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s des sans-culottes \u00e0 Paris, est ha\u00ef de ses confr\u00e8res et de la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb Victor Hugo, <em>Quatre-vingt-treize.<\/em><\/p><p>Depuis l\u2019insurrection du 10\u00a0ao\u00fbt 1792 et les massacres de septembre qu\u2019il encouragea, Marat ne cesse d\u2019attiser la haine, que ce soit dans son journal ou \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9, si\u00e9geant au sommet de la Montagne, pr\u00e9sident du club des Jacobins depuis le 5\u00a0avril 1793, il devient chaque jour plus redoutable, accusant, calomniant, injuriant, \u00e9ructant. Nul ne semble pouvoir l\u2019interrompre \u2013 notons \u00e0 quel point le sang, mot et symbole, est pr\u00e9sent dans cette histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1516\" class=\"cit-num\">1516<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Devise sur les flammes des drapeaux. <em>Cahier noir<\/em> (1944), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p><\/blockquote><p>La nouvelle devise appara\u00eet fin juin\u00a01793, alors que les arm\u00e9es de la R\u00e9publique font face \u00e0 la coalition des arm\u00e9es imp\u00e9riales et royales de l\u2019Europe. Un peu plus tard, elle sera grav\u00e9e sur les bagues drapeau et remplacera la trilogie pass\u00e9e de mode\u00a0: \u00ab\u00a0La Nation, le Roi, la Loi\u00a0\u00bb.<\/p><p>Elle appara\u00eet aussi sur les murs de la capitale\u00a0: le maire de la commune de Paris, Jean-Nicolas Pache, fait peindre cette devise et d\u2019autres villes suivent la capitale, mais l\u2019injonction sera abandonn\u00e9e progressivement avec la fin de la R\u00e9volution\u00a0: elle \u00e9voquait plus la Terreur que la R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyons terribles pour dispenser le peuple de l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1490\" class=\"cit-num\">1490<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Discours, Convention, 9\u00a0mars 1793. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1901), Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Parole de Montagnard \u2013 et l\u2019orateur ne d\u00e9fend pas un principe. Il demande \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e de concr\u00e9tiser son projet de Tribunal r\u00e9volutionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0Organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu\u2019il se pourra, afin que le glaive de la loi p\u00e8se sur la t\u00eate de ses ennemis.\u00a0\u00bb Selon Danton, cela devrait \u00e9viter les massacres populaires. La suite de l\u2019histoire va d\u00e9montrer le contraire.<\/p><p>En m\u00eame temps, il tente un rapprochement avec les Girondins. Mais la Gironde s\u2019oppose \u00e0 la Montagne, incarn\u00e9e par Robespierre. De surcro\u00eet, Danton est devenu suspect aux deux partis\u00a0: \u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb Parole (et punchline) de Vergniaud, Girondin guillotin\u00e9 fin octobre 1793.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1532\" class=\"cit-num\">1532<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793. <em>Mouvement populaire et gouvernement r\u00e9volutionnaire en l\u2019An\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 1793-1794<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p><\/blockquote><p>La pression populaire est impressionnante. Une d\u00e9putation du club des Jacobins soutient les sans-culottes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e, la Convention c\u00e8de en se pla\u00e7ant sur le plan du droit. Une Premi\u00e8re Terreur (six semaines) avait succ\u00e9d\u00e9 au 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur et m\u00e9riter bient\u00f4t le nom de Grande Terreur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p><\/blockquote><p>F\u00e9ministe pionni\u00e8re, coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis \u00ab\u00a0politiqu\u00e9\u00a0\u00bb courageusement contre Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p><p>Femme de lettres, et femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! La reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive. Elle est toujours candidate \u00e0 la panth\u00e9onisation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Mme\u00a0<span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. <em>Mot de la fin. Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p><\/blockquote><p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p><p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses M\u00e9moires, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant quelques mois plus tard la mort de Manon Roland qui rejoignit la charrette des Girondins.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019on emporte la patrie \u00e0 la semelle de ses souliers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1579\" class=\"cit-num\">1579<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), \u00e0 son ami Legendre qui le pr\u00e9vient du danger et l\u2019exhorte \u00e0 s\u2019enfuir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mars\u00a01794.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1799<\/em> (1883), Alfred Rambaud<\/p><\/blockquote><p>Suspect d\u2019indulgence (\u00a0!), il va braver Robespierre jusqu\u2019\u00e0 la fin. Cette phrase condamne aussi l\u2019attitude des \u00e9migr\u00e9s. Le 30\u00a0mars, il est arr\u00eat\u00e9 comme ennemi de la R\u00e9publique. Seul Legendre essaie timidement, mais en vain, de le d\u00e9fendre \u00e0 la Convention.<\/p><p>Tout opposait l\u2019Incorruptible et le bourgeois bon vivant\u00a0: \u00ab\u00a0Qui hait les vices hait les hommes\u00a0\u00bb, affirme Danton, notoirement d\u00e9bauch\u00e9, par ailleurs compromis dans certaines affaires financi\u00e8res. Tous deux avocats, comme beaucoup de d\u00e9put\u00e9s, ils ont lu les m\u00eames philosophes des Lumi\u00e8res. Mais Michelet montre la diff\u00e9rence entre la rigueur de l\u2019un et la complexit\u00e9 de l\u2019autre, source de tant de paradoxes et d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, de Diderot jaillit Danton.\u00a0\u00bb Danton d\u00e9nonce par ailleurs la d\u00e9rive montagnarde\u00a0: pitoyable proc\u00e8s de Marie-Antoinette, d\u00e9christianisation forc\u00e9e d\u2019une France profond\u00e9ment catholique.<\/p><p>Enfin, l\u2019homme est \u00e9puis\u00e9 par ces derniers combats\u00a0: \u00ab\u00a0Mieux vaut \u00eatre guillotin\u00e9 que guillotineur\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu montreras ma t\u00eate au peuple, elle en vaut bien la peine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1584\" class=\"cit-num\">1584<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), mot de la fin au bourreau, avant de poser sa t\u00eate sous le couperet de la guillotine, 5\u00a0avril 1794. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est \u00ab\u00a0une gueule\u00a0\u00bb et il en a bien jou\u00e9\u00a0! Personnage \u00e9minemment th\u00e9\u00e2tral, orateur n\u00e9, il a suscit\u00e9 des haines farouches, mais fascin\u00e9 le peuple et l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Son sens de la formule est remarquable, litt\u00e9ralement jusqu\u2019\u00e0 la fin. Son ennemi intime, Robespierre n\u2019aura jamais ce talent de punchliner.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les t\u00eates tombaient comme des ardoises.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1595\" class=\"cit-num\">1595<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), apr\u00e8s la loi du 22\u00a0prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (10\u00a0juin 1794). <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>Parole d\u2019accusateur public, cynique notoire et charg\u00e9 de tous les grands proc\u00e8s sous la Terreur \u00e0 Paris.<\/p><p>Deux jours apr\u00e8s la f\u00eate de l\u2019\u00catre supr\u00eame voulue par Robespierre, la loi de Prairial \u00e9num\u00e8re tous les ennemis du peuple promis \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et justiciables du Tribunal r\u00e9volutionnaire. Ce n\u2019est plus qu\u2019une parodie de justice\u00a0: l\u2019instruction est supprim\u00e9e (article\u00a012), l\u2019accus\u00e9 priv\u00e9 du secours d\u2019un avocat (article\u00a016), l\u2019audition des t\u00e9moins n\u2019est plus n\u00e9cessaire, s\u2019il y a une preuve mat\u00e9rielle ou simplement \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb (article\u00a013).<\/p><p>Fouquier-Tinville se r\u00e9jouit du nombre de t\u00eates et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que \u00e7a aille mieux encore la d\u00e9cade prochaine, il m\u2019en faut quatre cent cinquante au moins.\u00a0\u00bb Pour cela, on passe commande aux \u00ab\u00a0moutons\u00a0\u00bb, charg\u00e9s d\u2019espionner les suspects dans les prisons. C\u2019est la Grande Terreur\u00a0: plus de 1\u00a0300 ex\u00e9cutions \u00e0 Paris, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet (9 thermidor). Selon une \u00e9tude de Donald Greer qui fait r\u00e9f\u00e9rence, 16\u00a0600 victimes sont ex\u00e9cut\u00e9es en France apr\u00e8s condamnation par une cour de justice r\u00e9volutionnaire \u2013 avec pr\u00e8s de 500\u00a0000 arrestations, de mars \u00e0 juillet\u00a01794.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est un bloc dont on ne peut rien distraire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1635\" class=\"cit-num\">1635<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 29\u00a0janvier 1891. <em>Grands moments d\u2019\u00e9loquences parlementaire<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Phrase peut-\u00eatre la plus cit\u00e9e (et tronqu\u00e9e), donc la plus mal comprise, hors de son contexte. Homme de gauche, Clemenceau r\u00e9pond \u00e0 deux d\u00e9put\u00e9s de droite (D\u00e9roul\u00e8de et le comte de Bernis) et d\u00e9fend la libert\u00e9 d\u2019expression, \u00e0 propos de <em>Thermidor<\/em>, pi\u00e8ce de Victorien Sardou d\u00e9non\u00e7ant les exc\u00e8s de la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution n\u2019est pas un bloc. Elle comprend de l\u2019excellent et du d\u00e9testable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1636\" class=\"cit-num\">1636<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957), <em>Aux sources de la libert\u00e9<\/em> (1939)<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse \u00e0 Clemenceau. On peut d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini. En fait, tout est dans cette R\u00e9volution. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Cioran\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait la raconter comme la geste des qualit\u00e9s mais aussi de tous les d\u00e9fauts des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<\/p><p>Quoiqu\u2019il en soit, c\u2019est la p\u00e9riode la plus riche en punchlines de toute notre Histoire\u00a0! Par le contexte dramatique, le talent de tous ses acteurs, le g\u00e9nie de certains. Et de la R\u00e9volution na\u00eet Napol\u00e9on Bonaparte, aussi dou\u00e9 pour la parole que pour l\u2019action, lui aussi pour le meilleur et pour le pire.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-2.jpg\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a><\/p><h3 style=\"text-align: center;\"><span class=\"caps\">DIRECTOIRE<\/span> (1795-1799)<\/h3><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a point de finances, il n\u2019y a pas besoin de ministre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1651\" class=\"cit-num\">1651<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Martin Michel Charles <span class=\"caps\">GAUDIN<\/span> (1756-1841), refusant le minist\u00e8re des Finances. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p><\/blockquote><p>Financier d\u2019exp\u00e9rience, il refuse ce cadeau empoisonn\u00e9 aux Directeurs qui forment le nouveau gouvernement, le 8\u00a0novembre\u00a01795. Le r\u00e9gime sera marqu\u00e9 par une crise \u00e0 la fois \u00e9conomique, financi\u00e8re et sociale.<\/p><p>Napol\u00e9on Bonaparte fera appel \u00e0 cet \u00ab\u00a0homme tout d\u2019une pi\u00e8ce, une forteresse inattaquable pour la corruption\u00a0\u00bb et Gaudin reviendra aux affaires en 1799 \u2013 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de Brumaire qui met fin au r\u00e9gime du Directoire et aboutit au Consulat.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple\u00a0! R\u00e9veille-toi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1643\" class=\"cit-num\">1643<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gracchus <span class=\"caps\">BABEUF<\/span> (1760-1797), <em>Le Tribun du Peuple<\/em>, 30\u00a0novembre 1795<\/p><\/blockquote><p>Ce r\u00e9volutionnaire a pass\u00e9 une partie de la Terreur en prison et fonde son journal au lendemain du 9 thermidor an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0juillet 1794). Il y expose ses th\u00e9ories communistes, privil\u00e9giant la notion de lutte des classes et visant \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9gaux. Il se pr\u00e9pare maintenant \u00e0 passer \u00e0 l\u2019action, \u00e2me de la conspiration des \u00c9gaux pour renverser le r\u00e9gime, 11 mai 1796. Il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort\u00a0et ex\u00e9cut\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous vous avons donn\u00e9 la libert\u00e9\u00a0; sachez la conserver.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1666\" class=\"cit-num\">1666<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation au peuple cisalpin, Quartier g\u00e9n\u00e9ral de Milan, 11\u00a0novembre\u00a01797. <em>\u0152uvres de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (posthume, 1822), Napol\u00e9on Empereur<\/p><\/blockquote><p>La (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie est achev\u00e9e. En un an, le jeune g\u00e9n\u00e9ral a d\u00e9truit quatre arm\u00e9es autrichiennes, donn\u00e9 \u00e0 la France une partie du Pi\u00e9mont, fond\u00e9 deux r\u00e9publiques en Lombardie, conquis l\u2019Italie.<\/p><p>La R\u00e9publique cisalpine est form\u00e9e en juin\u00a01797 avec Milan pour capitale, et reconnue par l\u2019Autriche au trait\u00e9 de Campoformio (17\u00a0octobre)\u00a0: c\u2019est la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime dans l\u2019ensemble de la P\u00e9ninsule qui re\u00e7oit des institutions sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais, c\u2019est aussi la victoire des lib\u00e9raux italiens\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates le premier exemple, dans l\u2019histoire, d\u2019un peuple qui devient libre, sans factions, sans r\u00e9volutions et sans d\u00e9chirements [\u2026] Vous \u00eates, apr\u00e8s la France, la R\u00e9publique la plus riche, la plus populeuse.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante si\u00e8cles vous contemplent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1671\" class=\"cit-num\">1671<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation suppos\u00e9e, avant la bataille des Pyramides du 21\u00a0juillet 1798.<em> Les Fran\u00e7ais en \u00c9gypte<\/em> (1855), Just-Jean-\u00c9tienne Roy<\/p><\/blockquote><p>La proclamation est un \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb \u00a0, pour servir la l\u00e9gende, mais un faux authentique. Napol\u00e9on (devenu empereur) lit cette formule dans\u00a0<em>Une histoire de Bonaparte<\/em> (anonyme, publi\u00e9e en 1803), elle lui pla\u00eet et il la fait sienne !<\/p><p>D\u00e9barquement \u00e0 Alexandrie, le 1er\u00a0juillet\u00a0: la ville tombe aux mains des Fran\u00e7ais le 2\u00a0juillet et le 23, ils entrent dans la capitale, Le\u00a0Caire. Cette exp\u00e9dition est un r\u00eave oriental qui se r\u00e9alise.<\/p><p>Le corps exp\u00e9ditionnaire a \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 la flotte britannique command\u00e9e par Nelson. Pour en finir au plus vite, Bonaparte prend le chemin le plus court, entre Alexandrie et Le\u00a0Caire\u00a0: le d\u00e9sert, trois semaines de chaleur qui pouvaient \u00eatre fatales aux soldats non pr\u00e9par\u00e9s. Et pr\u00e8s des pyramides de Gizeh, la bataille contre les mamelouks est r\u00e9gl\u00e9e en deux heures\u00a0! Pourtant, le r\u00eave finit mal\u00a0: Bonaparte fera retraite et rentre \u00e0 Paris, sans payer cet \u00e9chec militaire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenez-vous que je marche accompagn\u00e9 du dieu de la guerre et du dieu de la fortune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1679\" class=\"cit-num\">1679<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil des Anciens, 19 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (10\u00a0novembre\u00a01799). <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p><\/blockquote><p>Les d\u00e9put\u00e9s des deux assembl\u00e9es doivent voter la r\u00e9vision de la Constitution, encore faut-il convaincre le Conseil des Cinq-Cents, majoritairement contre. Lucien Bonaparte, qui pr\u00e9side l\u2019Assembl\u00e9e, sauve la mise. Napol\u00e9on lui en sera toujours reconnaissant. Le \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire\u00a0\u00bb a finalement r\u00e9ussi, le 19.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, nous avons un ma\u00eetre, ce jeune homme fait tout, peut tout et veut tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1681\" class=\"cit-num\">1681<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), tirant la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire, apr\u00e8s la r\u00e9union du 11\u00a0novembre\u00a01799. <em>Le R\u00e9alisme<\/em> (1857), Champfleury<\/p><\/blockquote><p>L\u2019abb\u00e9 (homosexuel notoire) est \u00e9bloui par Bonaparte qui exerce toujours un irr\u00e9sistible ascendant sur autrui. Cette fois, il l\u2019a vu dominer tous les sujets\u00a0: arm\u00e9e, administration, finances, droit, politique. Dou\u00e9 d\u2019une intelligence \u00e0 la fois synth\u00e9tique et analytique, l\u2019homme poss\u00e8de aussi une excellente m\u00e9moire et une force de travail stup\u00e9fiante. Il a tout pour entrer dans l\u2019histoire \u00e0 29 ans. Le Consulat sera la plus belle page de son destin.<\/p><p>Siey\u00e8s, qui a parfaitement man\u0153uvr\u00e9 jusque-l\u00e0, va perdre pratiquement tout pouvoir. Non sans regret, il a compris qu\u2019il faut s\u2019effacer. L\u2019empereur ne sera pas totalement ingrat, lui donnant comme lot de consolation un poste de s\u00e9nateur et le titre de comte. Exil\u00e9 sous la Restauration comme r\u00e9gicide, il reviendra sous la Monarchie de Juillet et mourra en 1836, bien apr\u00e8s l\u2019empereur d\u00e9chu.<\/p><h4 style=\"text-align: center;\"><span class=\"caps\">CONSULAT<\/span> (1799-1804)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes de g\u00e9nie sont des m\u00e9t\u00e9ores destin\u00e9s \u00e0 br\u00fbler pour \u00e9clairer leur\u00a0si\u00e8cle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1766\" class=\"cit-num\">1766<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Discours de Lyon, 1791<\/p><\/blockquote><p>Les premiers mots que l\u2019histoire a retenus du futur empereur. Bonaparte, 22\u00a0ans, lieutenant d\u2019artillerie, participe au concours ouvert par l\u2019Acad\u00e9mie de Lyon. Le th\u00e8me\u00a0: l\u2019\u00e9ducation \u00e0 donner aux hommes pour les mettre sur le chemin du bonheur \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019autre nom du \u00ab\u00a0Discours sur le bonheur\u00a0\u00bb. Le talent d\u2019expression et l\u2019ambition \u00e9vidente offrent cette phrase pr\u00e9monitoire que n\u2019aurait pas d\u00e9savou\u00e9e Hugo ou Chateaubriand.<\/p><p>Du chef de brigade \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu, l\u2019aventure va durer vingt-deux ans. C\u2019est assez pour en faire l\u2019un des personnages les plus c\u00e9l\u00e8bres au monde, \u00ab\u00a0le plus grand h\u00e9ros de tous les temps\u00a0\u00bb, pour l\u2019<em>Encyclop\u00e6dia Britannica<\/em>. Et toujours compar\u00e9 aux plus grands\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce donc que cette chose dont parle Alexandre lorsqu\u2019il \u00e9voque sa destin\u00e9e, C\u00e9sar sa chance, Napol\u00e9on son \u00e9toile\u00a0? Qu\u2019est-ce donc sinon la confiance qu\u2019ils avaient tous les trois dans leur r\u00f4le historique\u00a0?\u00a0\u00bb Charles de Gaulle (<em>M\u00e9moires<\/em>). Le g\u00e9n\u00e9ral avait lui aussi le sens du destin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivant, il a manqu\u00e9 le monde\u00a0; mort, il le poss\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1783\" class=\"cit-num\">1783<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>Vie de Napol\u00e9on<\/em>, livres\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> \u00e0\u00a0<span class=\"caps\">XXIV<\/span> des <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Styliste sans \u00e9gal, grand t\u00e9moin et acteur de l\u2019histoire, pour lui, la plus belle conqu\u00eate de Napol\u00e9on n\u2019est pas l\u2019Europe, mais celle de l\u2019imagination des g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi l\u2019Empire. Il ne cessera d\u2019\u00eatre fascin\u00e9 par l\u2019empereur, alors m\u00eame qu\u2019il le combat, en opposant r\u00e9solu\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme, dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons fini le roman de la R\u00e9volution\u00a0: il faut en commencer l\u2019histoire\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1683\" class=\"cit-num\">1683<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, le lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire (9 novembre\u00a01799). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1885), Albert Sorel<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0\u2026 et voir ce qu\u2019il y a de r\u00e9el et de possible dans l\u2019application de ces principes, et non ce qu\u2019il y a de sp\u00e9culatif et d\u2019hypoth\u00e9tique. Suivre aujourd\u2019hui une autre marche, ce serait philosopher et non gouverner.\u00a0\u00bb Autrement dit, au travail\u00a0!<\/p><p>Bonaparte va mettre \u00e0 profit quelques mois de tr\u00eave, pour beaucoup et bien travailler avec ses conseillers d\u2019\u00c9tat. Ses collaborateurs assurent qu\u2019il travaille dix-huit heures par jour et <em>Le Publiciste<\/em> (futur <em>Journal des D\u00e9bats<\/em>) confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais chef d\u2019\u00c9tat n\u2019a plus travaill\u00e9 par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p><p>D\u00e9finir son programme, c\u2019est naturellement se situer face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur qu\u2019il a v\u00e9cu, en t\u00e9moin et en acteur. Et les historiens de discuter \u00e0 l\u2019infini\u00a0: le Bonaparte du Consulat (avant le Napol\u00e9on de l\u2019Empire) est-il le continuateur ou le liquidateur de la R\u00e9volution, voire, pour les plus extr\u00eames, son sauveur ou son fossoyeur\u00a0?<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De Clovis jusqu\u2019au Comit\u00e9 de salut public, je me sens solidaire de tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1686\" class=\"cit-num\">1686<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821).<em> <span class=\"caps\">JO<\/span> de la R\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0\u00a057 (1988), Maurice Schumann au S\u00e9nat, 9\u00a0d\u00e9cembre 1988<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019un des principes politiques du nouveau dirigeant de la France, n\u00e9 de la R\u00e9volution et qui a vu ses exc\u00e8s, sans pour autant participer \u00e0 la Terreur et au Comit\u00e9 de salut public comme certains de ses collaborateurs ou ministres \u2013\u00a0\u00e0 commencer par Carnot, Barras, et surtout Fouch\u00e9, incontournable ministre de sa police.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution est finie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1689\" class=\"cit-num\">1689<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration consulaire (r\u00e9sum\u00e9e), 25\u00a0d\u00e9cembre\u00a01799<\/p><\/blockquote><p>Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que ces mots furent prononc\u00e9s, mais on peut consid\u00e9rer que c\u2019est bien la derni\u00e8re. La vraie citation est un peu plus longue\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution est fix\u00e9e aux principes qui l\u2019ont commenc\u00e9e\u00a0: elle est finie.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendre la R\u00e9publique ch\u00e8re aux citoyens, respectable aux \u00e9trangers, formidable aux ennemis, telles sont les obligations que nous avons contract\u00e9es en acceptant la premi\u00e8re magistrature.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1690\" class=\"cit-num\">1690<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration consulaire, 25\u00a0d\u00e9cembre 1799. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s publication de la nouvelle Constitution (13\u00a0d\u00e9cembre), le Premier Consul annonce en ces termes aux Fran\u00e7ais le programme du Consulat qui doit se d\u00e9marquer en tout du Directoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Venez \u00e0 moi, mon gouvernement sera celui de la jeunesse et de l\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1691\" class=\"cit-num\">1691<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), aux jeunes chefs vend\u00e9ens, fin d\u00e9cembre\u00a01799.<em> La Contre-r\u00e9volution sous la R\u00e9volution, 1789-1815<\/em> (1935), Louis Madelin<\/p><\/blockquote><p>D\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir et profitant de l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, il veut avant tout r\u00e9concilier les Fran\u00e7ais dramatiquement d\u00e9chir\u00e9s depuis dix ans. De Gaulle aurait dit de mani\u00e8re imag\u00e9e qu\u2019il a \u00ab\u00a0ramass\u00e9 la France \u00e0 la petite cuill\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p><p>S\u2019il s\u2019adresse d\u2019abord aux jeunes chefs vend\u00e9ens, c\u2019est qu\u2019il sait leur valeur et combien cette guerre civile a fait de victimes sur le terrain, de d\u00e9g\u00e2ts dans les esprits et les c\u0153urs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner par un parti, c\u2019est se mettre t\u00f4t ou tard dans sa d\u00e9pendance. On ne m\u2019y prendra pas. Je suis national.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1692\" class=\"cit-num\">1692<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, fin 1799. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p><\/blockquote><p>Qu\u2019il l\u2019ait dit \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s ou \u00e0 Thibaudeau (selon les sources), peu importe et il l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 diverses occasions, au d\u00e9but de son Consulat\u00a0: c\u2019est un autre principe de sa politique et un point fort de sa strat\u00e9gie d\u2019homme d\u2019\u00c9tat.<\/p><p>La logique des partis fut fatale aux r\u00e9volutionnaires \u2013 au sens litt\u00e9ral, si on se rappelle tous ceux guillotin\u00e9s pour \u00eatre ou ne pas \u00eatre de tel ou tel parti, courant, tendance, nuance, club et autre faction\u00a0! Le r\u00e9gime des partis se r\u00e9v\u00e9lera \u00e9galement funeste aux R\u00e9publiques qui se suivront et (en cela du moins) se ressembleront, pendant deux si\u00e8cles. De Gaulle lui-m\u00eame, autre g\u00e9n\u00e9ral entr\u00e9 en politique \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9v\u00e9nements dramatiques, n\u2019aura pas de mot assez fort ou m\u00e9prisant pour fustiger les partis, leur jeu, et l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale qui s\u2019ensuit.<\/p><p>Cela dit, les partis sont inh\u00e9rents \u00e0 la d\u00e9mocratie. De Gaulle la respectera, Bonaparte n\u2019a pas ce genre de probl\u00e8me et Napol\u00e9on se comportera bient\u00f4t en dictateur, d\u00e8s l\u2019instant qu\u2019on lui r\u00e9siste ou qu\u2019on le contredit.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1703\" class=\"cit-num\">1703<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Allocution aux cur\u00e9s de Milan, 5\u00a0juin 1800<\/p><\/blockquote><p>Seconde campagne d\u2019Italie. Apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans la ville en vainqueur, il ajoute cette id\u00e9e qui lui est ch\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a que la religion qui donne \u00e0 l\u2019\u00c9tat un appui ferme et durable.\u00a0\u00bb Ce n\u2019est donc pas une d\u00e9claration de circonstance, pour plaire \u00e0 son auditoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l\u2019\u00eatre [\u2026] C\u2019est la mani\u00e8re de reconna\u00eetre la souverainet\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1711\" class=\"cit-num\">1711<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration au Conseil d\u2019\u00c9tat, 1er\u00a0ao\u00fbt 1800. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p><\/blockquote><p>En cette ann\u00e9e 1800, il y a entente parfaite entre la volont\u00e9 du peuple et la politique de l\u2019homme au pouvoir. La plupart des probl\u00e8mes viendront quand il y aura divorce entre les deux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conduit le peuple qu\u2019en lui montrant un avenir\u00a0: un chef est un marchand d\u2019esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1768\" class=\"cit-num\">1768<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p><\/blockquote><p>Pr\u00e9cisant cette pens\u00e9e, il dira aussi\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019imagination gouverne le monde\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9morial<\/em>). Et en 1800\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis qu\u2019un magistrat de la R\u00e9publique qui n\u2019agit que sur les imaginations de la nation\u00a0; lorsque ce moyen me manquera, je ne serai plus rien\u00a0; un autre me succ\u00e9dera.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut gouverner l\u2019homme que par l\u2019imagination\u00a0; sans l\u2019imagination, c\u2019est une brute\u00a0! Ce n\u2019est pas pour cinq sous par jour ou pour une ch\u00e9tive distinction que l\u2019on se fait tuer\u00a0; c\u2019est en parlant \u00e0 l\u2019\u00e2me que l\u2019on \u00e9lectrise l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p><p>C\u2019est un message qui a d\u00fb plaire au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, grand admirateur de l\u2019empereur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est avec des hochets que l\u2019on m\u00e8ne les hommes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1725\" class=\"cit-num\">1725<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration au Conseil d\u2019\u00c9tat, 8\u00a0mai 1802. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p><\/blockquote><p>Il expose ses id\u00e9es sur la L\u00e9gion d\u2019honneur et r\u00e9plique au conseiller d\u2019\u00c9tat Berlier qui r\u00e9servait aux monarchies les hochets et les rubans, ces distinctions indignes d\u2019une r\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains avaient des patriciens, des chevaliers, des citoyens et des esclaves. Ils avaient pour chaque chose des costumes divers, des m\u0153urs diff\u00e9rentes. Ils d\u00e9cernaient en r\u00e9compense toutes sortes de distinctions, des noms qui rappelaient des services, des couronnes murales, le triomphe\u00a0! Je d\u00e9fie qu\u2019on me montre une r\u00e9publique ancienne ou moderne dans laquelle il n\u2019y ait pas eu de distinctions. On appelle cela des hochets\u00a0! Eh bien\u00a0! c\u2019est avec des hochets que l\u2019on m\u00e8ne les hommes.\u00a0\u00bb<\/p><p>En vertu de quoi l\u2019ordre de la L\u00e9gion d\u2019honneur est cr\u00e9\u00e9 le 19\u00a0mai 1802 pour r\u00e9compenser les services militaires et civils. Un d\u00e9cret du 11\u00a0juillet 1804 instituera la d\u00e9coration nationale de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Conseil d\u2019\u00c9tat, Tribunat et Corps l\u00e9gislatif n\u2019approuv\u00e8rent l\u2019id\u00e9e du Premier Consul qu\u2019\u00e0 une faible majorit\u00e9. Pourtant, l\u2019ordre existe toujours\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise en est aujourd\u2019hui le grand ma\u00eetre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes trente millions d\u2019hommes r\u00e9unis par les Lumi\u00e8res, la propri\u00e9t\u00e9 et le commerce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1726\" class=\"cit-num\">1726<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai 1802. <em>M\u00e9moires sur le Consulat<\/em> (1827), comte Antoine-Claire Thibaudeau<\/p><\/blockquote><p>Voil\u00e0 une d\u00e9finition de la nation qu\u2019aurait pu signer Necker, Siey\u00e8s ou Benjamin Constant. Gr\u00e2ce \u00e0 la paix ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure momentan\u00e9ment retrouv\u00e9e, agriculture, industrie et commerce se d\u00e9veloppent, la France se r\u00e9forme (administration, monnaie, fiscalit\u00e9, \u00e9ducation).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p><\/blockquote><p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p><p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Duc d\u2019enghien (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p><\/blockquote><p>Bonaparte a la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner.<\/p><p>De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9.<\/p><p>Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p><\/blockquote><p>L\u2019un des mots les plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, attach\u00e9 \u00e0 un fait divers navrant. Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p><p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe. Et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p><\/blockquote><p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Et dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera toujours comme un crime.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-2.jpg\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a><\/p><h4 style=\"text-align: center;\"><span class=\"caps\">PREMIER<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span> (1804-1814)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le c\u0153ur d\u2019un homme d\u2019\u00c9tat doit \u00eatre dans sa t\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1771\" class=\"cit-num\">1771<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p><\/blockquote><p>Voici l\u2019une des cl\u00e9s du personnage. Priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la raison, \u00e0 l\u2019intelligence\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours aim\u00e9 l\u2019analyse\u00a0: \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb sont des questions si utiles qu\u2019on ne saurait trop se les poser.\u00a0\u00bb Mais il fait la part des choses\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut donner les deux tiers \u00e0 la raison, et l\u2019autre tiers au hasard. Augmentez la seconde fraction, vous serez t\u00e9m\u00e9raire\u00a0; augmentez la premi\u00e8re, vous serez pusillanime.\u00a0\u00bb<\/p><p>Emmanuel Augustin Dieudonn\u00e9, comte de Las Cases, est nomm\u00e9 chambellan et comte d\u2019Empire en 1810. Apr\u00e8s la seconde abdication de Napol\u00e9on en 1815, il est son compagnon \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne durant dix-huit mois et note les propos de l\u2019illustre exil\u00e9. Le M\u00e9morial est une contribution \u00e0 l\u2019histoire, mais aussi \u00e0 la l\u00e9gende napol\u00e9onienne. Les deux se confondent, surtout dans ce cas.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La haute politique n\u2019est que le bon sens appliqu\u00e9 aux grandes choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1772\" class=\"cit-num\">1772<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1937-1953), Louis Madelin<\/p><\/blockquote><p>Pragmatisme \u00e9vident. Mais l\u2019empereur dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0En politique, une absurdit\u00e9 n\u2019est pas un obstacle.\u00a0\u00bb Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9, il faut pers\u00e9v\u00e9rer\u00a0; cela donne raison\u00a0\u00bb (<em>Maximes et Pens\u00e9es<\/em>). Le probl\u00e8me est son ent\u00eatement forcen\u00e9, dans la solitude du pouvoir o\u00f9 l\u2019empereur n\u2019admet plus aucun contradicteur, et son d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019histoire.<\/p><p>Il avoue encore\u00a0: \u00ab\u00a0Bien analys\u00e9e, la pens\u00e9e politique est une fable convenue, imagin\u00e9e par les gouvernants pour endormir les gouvern\u00e9s.\u00a0\u00bb Pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0la bonne politique est de faire croire aux hommes qu\u2019ils sont libres.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on est un dictateur qui ne cache pas son jeu, avec une franchise qui confine au cynisme.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1773\" class=\"cit-num\">1773<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur est sans illusion sur la nature humaine. \u00ab\u00a0J\u2019ai fait des courtisans, je n\u2019ai jamais pr\u00e9tendu me faire des amis.\u00a0\u00bb Les vraies fid\u00e9lit\u00e9s, il les trouvera dans la Grande Arm\u00e9e, chez ses g\u00e9n\u00e9raux comme chez les soldats.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019ai besoin de quelqu\u2019un, je n\u2019y regarde pas de si pr\u00e8s, je le baiserais au cul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1774\" class=\"cit-num\">1774<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p><\/blockquote><p>Caulaincourt conna\u00eet l\u2019homme, il fut aide de camp de Bonaparte en 1802, puis ambassadeur en Russie de\u00a01807 \u00e0\u00a01811. \u00c9tonnante parole, aveu rarement cit\u00e9.<\/p><p>On pourrait s\u2019amuser \u00e0 deviner les circonstances o\u00f9 c\u2019est arriv\u00e9\u00a0\u00e0 Napol\u00e9on\u00a0: avec Talleyrand qu\u2019il pria plusieurs fois de redevenir ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, avant de l\u2019envoyer en mission diplomatique secr\u00e8te aupr\u00e8s du tsar (entrevue d\u2019Erfurt en septembre 1808)\u00a0; avec Fouch\u00e9 qu\u2019il garde \u00e0 la Police tout en sachant que l\u2019homme est capable du pire\u00a0; avec le roi Georges <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre et l\u2019empereur Fran\u00e7ois d\u2019Autriche, ses pires ennemis \u00e0 qui il donne par lettre du \u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb en janvier 2005, pour dire son d\u00e9sir de paix si peu cr\u00e9dible\u00a0; avec Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> qu\u2019il a m\u00e9nag\u00e9 au temps du Concordat et du sacre, avant de le traiter en \u00ab\u00a0pr\u00eatraille romaine\u00a0\u00bb et en otage\u00a0?<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1799\" class=\"cit-num\">1799<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, le jour du sacre en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Napol\u00e9on a dit<\/em> (1996), Lucian Regenbogen, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 peine couronn\u00e9 empereur des Fran\u00e7ais par le pape, il d\u00e9voile sa v\u00e9ritable ambition, le titre d\u2019empereur d\u2019Occident \u00e0 la t\u00eate du Grand Empire. Oublie-t-il que l\u2019empire de Charlemagne finit mal\u00a0? Selon Louis Madelin, \u00ab\u00a0Il ne r\u00eavait certainement pas d\u2019un empire unitaire, mais d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00c9tats\u00a0: il parlera, un jour, des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe\u00a0\u00bb (<em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire\u00a0: vers l\u2019empire d\u2019Occident<\/em>). D\u2019autres historiens s\u2019interrogent quand m\u00eame.<\/p><p>Le 7\u00a0septembre 1804, r\u00e9sidant \u00e0 Aix-la-Chapelle, Napol\u00e9on qui s\u2019est recueilli devant le tombeau de Charlemagne a ordonn\u00e9 une procession solennelle avec tous les symboles imp\u00e9riaux (couronne, \u00e9p\u00e9e, main de justice, globe, \u00e9perons d\u2019or). Et le sacre se tient \u00e0 Paris, non pas \u00e0 Reims, comme de tradition pour les rois de France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb \u00a0<br>\u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823). <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/p><\/blockquote><p>Ces deux mots n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que ce pape de caract\u00e8re pensait de l\u2019empereur.<\/p><p>Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral sont deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on, sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son don de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb Il a pris des cours avec le plus c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9taire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, son ami Talma. Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande. Mais le sommet de l\u2019art reste le sacre dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin plus encore qu\u2019acteur condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame, le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0!<\/p><p>Apr\u00e8s la signature du Concordat et la c\u00e9r\u00e9monie du sacre, les relations vont se g\u00e2ter entre le pape et l\u2019empereur.\u00a0 Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> refuse de se joindre au Blocus de l\u2019Angleterre, Napol\u00e9on annexe les \u00c9tats de l\u2019\u00c9glise, le pape l\u2019excommunie, l\u2019empereur le fait enlever. C\u2019est <em>l\u2019Otage<\/em> mis en sc\u00e8ne par Paul Claudel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, je suis content de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1809\" class=\"cit-num\">1809<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834), Abel Hugo<\/p><\/blockquote><p>Abel Hugo est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor et leur p\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Empire, a particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres de Napol\u00e9on. Cela explique en partie l\u2019inspiration et la nostalgie imp\u00e9riales dans la famille.<\/p><p>Au soir de cette victoire magistrale, le g\u00e9n\u00e9ral sait comme toujours trouver les mots pour ses troupes. Pour l\u2019heure, le plus simple est le plus vrai.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vous suffira de dire\u00a0: j\u2019\u00e9tais \u00e0 la bataille d\u2019Austerlitz, pour qu\u2019on vous r\u00e9ponde\u00a0: voil\u00e0 un brave\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1810\" class=\"cit-num\">1810<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Faits m\u00e9morables de l\u2019histoire de France<\/em> (1844), Louis Michelant<\/p><\/blockquote><p>Cette \u00ab\u00a0bataille des Trois Empereurs\u00a0\u00bb opposa les 65\u00a0000 hommes de Napol\u00e9on aux 90\u00a0000 hommes d\u2019Alexandre\u00a0Ier (Russie) et de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (Saint Empire romain germanique). Le dieu de la guerre et de la fortune est avec Napol\u00e9on\u00a0: le brouillard matinal cache ses mouvements \u00e0 l\u2019ennemi et le soleil d\u2019Austerlitz brille sur une suite de man\u0153uvres tactiques hardies et r\u00e9ussies \u2013 un classique, enseign\u00e9 dans les \u00e9coles de guerre. Le bronze des 180 canons ennemis sera fondu pour \u00e9difier la colonne Vend\u00f4me (inspir\u00e9e de la colonne de Trajan, \u00e0 Rome).<\/p><p>La victoire d\u2019Austerlitz met fin \u00e0 la troisi\u00e8me coalition \u2013 l\u2019Angleterre est invaincue, mais reste seule. Le trait\u00e9 de Presbourg est sign\u00e9 le 26\u00a0d\u00e9cembre par Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui abdique la couronne du Saint Empire et reconna\u00eet la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin\u00a0: suite de ses humiliations (commenc\u00e9es sous la R\u00e9volution) et ce n\u2019est pas fini. Mais le tsar ne signe pas. Apr\u00e8s d\u2019autres d\u00e9faites, il sortira vainqueur du duel avec Napol\u00e9on, dans la campagne de Russie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, le combat finit faute de combattants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1819\" class=\"cit-num\">1819<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815) \u00e0 Napol\u00e9on, Magdebourg, 11\u00a0novembre\u00a01806. <em>Napol\u00e9on et ses mar\u00e9chaux<\/em> (1910), \u00c9mile Auguste Zurlinden<\/p><\/blockquote><p>Trois semaines apr\u00e8s I\u00e9na, paraphrasant Rodrigue dans<em> Le Cid<\/em>, Murat rend compte \u00e0 l\u2019empereur de cette nouvelle victoire. La garnison prussienne s\u2019est rendue \u00e0 Ney. Bilan\u00a0: 110\u00a0000 prisonniers en 36 jours de campagne. L\u2019arm\u00e9e prussienne est an\u00e9antie. Napol\u00e9on comme Bonaparte menant ses troupes est pour l\u2019heure prot\u00e9g\u00e9 par le dieu de la guerre et de la fortune.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p><\/blockquote><p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p><p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb Talleyrand reste impassible \u2013 Napol\u00e9on sort en claquant la porte.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838).<em> Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p><\/blockquote><p>La citation est parfaitement en situation, ce 28\u00a0janvier\u00a01809, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se venge de l\u2019affront public avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait l\u2019air de se promener au milieu de sa gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1839\" class=\"cit-num\">1839<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), archichancelier de l\u2019Empire et duc de Parme, parlant de Napol\u00e9on en 1809. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p><\/blockquote><p>La cinqui\u00e8me coalition qui r\u00e9unit l\u2019Angleterre et l\u2019Autriche en 1809 s\u2019est vite sold\u00e9e par la victoire de Napol\u00e9on sur l\u2019Autriche. D\u00e9faite par la Grande Arm\u00e9e \u00e0 Wagram (5 et 6\u00a0juillet), elle signe la paix de Vienne (14\u00a0octobre), perd 300\u00a0000\u00a0km2 et 3\u00a0500\u00a0000 habitants.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est le Souverain de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1840\" class=\"cit-num\">1840<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), 1809. <em>M\u00e9moires, documents et \u00e9crits divers laiss\u00e9s par le prince de Metternich, chancelier de cour et d\u2019\u00c9tat<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1880)<\/p><\/blockquote><p>Parole de connaisseur. Ambassadeur d\u2019Autriche en France depuis 1806, le prince de Metternich est nomm\u00e9 chancelier et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, en octobre\u00a01809, signant \u00e0 ce titre l\u2019humiliant trait\u00e9 (ou paix) de Vienne. Il choisit alors de s\u2019allier \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 pour mieux l\u2019abattre le moment venu. Et c\u2019est lui qui va n\u00e9gocier son mariage avec Marie-Louise d\u2019Autriche.<\/p><p>Cette domination culmine en 1811\u00a0: le Grand Empire comporte 130 d\u00e9partements qui r\u00e9uniront 45\u00a0millions de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, plus 40\u00a0millions d\u2019habitants des \u00c9tats vassaux (Italie, Espagne, Naples, duch\u00e9 de Varsovie, Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil.<\/p><p>Il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 en f\u00e9vrier, apr\u00e8s n\u00e9gociation avec Metternich qui veut sceller la paix avec la France. La h\u00e2te imp\u00e9riale a embarrass\u00e9 le nouvel ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris\u00a0: pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p><\/blockquote><p>De Ligne commente le mariage imp\u00e9rial en authentique prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0? Le mariage de Marie-Louise et de Napol\u00e9on aura lieu le 1er\u00a0avril 1810.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1846\" class=\"cit-num\">1846<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avril 1810. Marie-Louise a 18\u00a0ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome, l\u2019Aiglon \u2013 fils de l\u2019Aigle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu que cela dure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1848\" class=\"cit-num\">1848<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Madame <span class=\"caps\">M\u00c8RE<\/span>, alias Marie Letizia (ou Laetitia) Ramolino (1750-1836).<em> Mercure de France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">CXXXI<\/span> (1919), publi\u00e9 par Alfred Louis Edmond Vallettee<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est devenu un proverbe. La m\u00e8re de Napol\u00e9on eut treize enfants. Mari\u00e9e \u00e0 14\u00a0ans et morte \u00e0 97, elle femme vit modestement \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la cour. Qu\u2019on imagine ce qu\u2019elle pensait, devant l\u2019incroyable ascension du plus c\u00e9l\u00e8bre de ses fils qui ne manque pas une occasion de distribuer des titres et des terres \u00e0 toute sa grande famille, fr\u00e8res, s\u0153urs et conjoints. Non sans probl\u00e8mes de jalousies, mesquineries, f\u00e2cheries que Napol\u00e9on r\u00e8gle en chef de clan.<\/p><p>Il semblait que l\u2019Europe dut lui appartenir tout enti\u00e8re\u00a0! Mais la pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019un tel Empire n\u2019est que trop \u00e9vidente, alors m\u00eame qu\u2019il est \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de son destin et se compare \u00e0 Charlemagne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812.<em> Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p><\/blockquote><p>Notre plus grand diplomate l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde, sans pr\u00e9voir pourtant l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p><p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas possible, m\u2019\u00e9crivez-vous\u00a0; cela n\u2019est pas fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1876\" class=\"cit-num\">1876<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au g\u00e9n\u00e9ral Lemarois, commandant de Magdebourg, 9\u00a0juillet 1813.<em> Dictionnaire des expressions n\u00e9es de l\u2019histoire<\/em> (1992), Gilles Henry<\/p><\/blockquote><p>Le g\u00e9n\u00e9ral avait \u00e9crit \u00e0 l\u2019empereur pour lui dire que, face aux coalis\u00e9s sup\u00e9rieurs en nombre, il ne peut pas tenir plus longtemps la place (ville prise par les Fran\u00e7ais en 1806, sur la rive gauche de l\u2019Elbe en Westphalie). Durant cette campagne d\u2019Allemagne, plus que jamais, Napol\u00e9on paie de sa personne et fait preuve d\u2019un g\u00e9nie militaire que Metternich lui-m\u00eame salue. L\u2019histoire en t\u00e9moigne aussi\u00a0: l\u2019empereur obtint vraiment l\u2019impossible de ses hommes et de leurs chefs. Mais la sixi\u00e8me et derni\u00e8re coalition sera la plus forte\u00a0: Angleterre, Prusse, Russie, Autriche.<\/p><p>La post\u00e9rit\u00e9 a retenu la formule plus lapidaire\u00a0: \u00ab\u00a0Impossible n\u2019est pas fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Ajoutons que le g\u00e9n\u00e9ral capitulera le 20\u00a0mai 1814 \u2013 apr\u00e8s l\u2019abdication de Napol\u00e9on.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1885\" class=\"cit-num\">1885<\/span><\/p><p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DAUMESNIL<\/span> (1776-1832), aux Alli\u00e9s assi\u00e9geant Vincennes, d\u00e9but avril\u00a01814. <em>Daumesnil\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes\u00a0\u00bb<\/em> (1970), Henri de Clairval<\/p><\/blockquote><p>Volontaire sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, g\u00e9n\u00e9ral et baron d\u2019Empire multipliant les actions d\u2019\u00e9clat, surnomm\u00e9 Jambe de bois, il a perdu une jambe \u00e0 Wagram (1809).<\/p><p>Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il r\u00e9siste au si\u00e8ge des troupes coalis\u00e9es, alors que la capitale est aux mains des Alli\u00e9s. Sa garnison se compose d\u2019un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0mon Jeu de quilles\u00a0\u00bb. Un stock de munitions consid\u00e9rable (\u00e9valu\u00e9 \u00e0 80\u00a0millions de francs) fait du donjon une poudri\u00e8re en puissance. La nuit du 30 au 31\u00a0mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont rafl\u00e9 \u00e0 Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener \u00e0 l\u2019abri dans Vincennes. Les Alli\u00e9s lui proposent enfin une forte somme pour sa reddition. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique. Il n\u00e9gociera la capitulation avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, apr\u00e8s l\u2019exil de Napol\u00e9on.<\/p><p>En 1830, quinquag\u00e9naire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours r\u00e9sistant, il r\u00e9pond aux menaces des assaillants par une authentique punchline\u00a0: \u00ab\u00a0Je me fais sauter avec le ch\u00e2teau et nous nous rencontrerons en l\u2019air.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la position o\u00f9 je suis [en 1814], je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j\u2019ai n\u00e9glig\u00e9e, et de canaille que dans la noblesse que j\u2019ai faite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1887\" class=\"cit-num\">1887<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1921), \u00c9lie Faure<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur d\u00e9chu par des s\u00e9nateurs qui lui devaient honneurs, titres, fortune, h\u00e9site encore \u00e0 abdiquer, au ch\u00e2teau de Fontainebleau. Un dicton court dans Paris\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t, il n\u2019y aura en France qu\u2019un Fran\u00e7ais de moins.\u00a0\u00bb L\u2019expression va resservir. En attendant, Napol\u00e9on va se r\u00e9soudre \u00e0 signer une abdication sans plus de condition le 6\u00a0avril 1814, \u00e9crite de sa main sur le c\u00e9l\u00e8bre gu\u00e9ridon d\u2019acajou de Fontainebleau.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique-et-second-empire\/\">Lire la suite\u00a0: les punchlines (Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et Second Empire)<\/a><\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0! Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia). En VO&nbsp;: \u201cThe final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.\u201d (Oxford Languages) Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":2282,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8898","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8898"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8898\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16279,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8898\/revisions\/16279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}