{"id":8903,"date":"2021-02-22T00:00:00","date_gmt":"2021-02-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-de-la-gaule-a-la-revolution-francaise\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:09","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:09","slug":"les-punchlines-de-la-gaule-a-la-revolution-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-de-la-gaule-a-la-revolution-francaise\/","title":{"rendered":"Les punchlines (de la Gaule \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4>\n<p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p>\n<p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p>\n<p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p>\n<p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p>\n<p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<\/p>\n<p>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p>\n<p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p>\n<p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\">I. De la Gaule \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1-4.jpg\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">GAULE<\/span> (<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle av. J.-C. \u2013 481 apr.\u00a0J.-C.)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malheur aux vaincus.\u00a0\u00bb<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRENNUS<\/span> (<span class=\"caps\">IV<\/span>e s. av. J.-C.), aux Romains, 390 av.\u00a0J.-C.<em> Histoire romaine<\/em>, Tite-Live (historien romain n\u00e9 en 59 av.\u00a0J.-C.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brennus est le chef des hordes gauloises qui d\u00e9ferlent sur l\u2019Italie du Nord\u00a0: conquise vers 390, elle devient la Gaule cisalpine. Rome est prise, pill\u00e9e, incendi\u00e9e. Catastrophe nationale et stupeur de toute l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0: pour la premi\u00e8re et derni\u00e8re fois (avant sa chute finale, mille ans apr\u00e8s), la capitale de l\u2019Empire romain tombe sous les coups d\u2019une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Brennus, vainqueur, jette son \u00e9p\u00e9e dans la balance o\u00f9 se pesait la ran\u00e7on de la ville, pour augmenter le poids d\u2019or r\u00e9clam\u00e9 comme prix de son d\u00e9part. Aux protestations des Romains, il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Vae Victis<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019expression, devenue proverbe, signifie que les vaincus n\u2019ont droit \u00e0 aucune justice de la part des vainqueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne craignons rien, sinon que le ciel ne tombe sur nos t\u00eates.\u00a0\u00bb<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un guerrier gaulois \u00e0 Alexandre le Grand, 335 av.\u00a0J.-C. <em>G\u00e9ographie<\/em>, livre\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, Strabon (g\u00e9ographe grec n\u00e9 en 58 av.\u00a0J.-C.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Gaulois, tribus nomades, ont travers\u00e9 l\u2019Europe et poursuivi leur expansion jusqu\u2019aux rives du Danube. Alexandre, roi de Mac\u00e9doine, convie \u00e0 sa table ces guerriers. \u00c2g\u00e9 de 20\u00a0ans, d\u00e9j\u00e0 conqu\u00e9rant dans l\u2019\u00e2me et pr\u00eat \u00e0 devenir le h\u00e9ros mythique de l\u2019Antiquit\u00e9, Alexandre demande durant le repas aux Gaulois ce qu\u2019ils craignent le plus, s\u2019attendant naturellement \u00e0 ce qu\u2019ils r\u00e9pondent que c\u2019est lui. Eh bien, non\u00a0! Ces Gaulois ne craignent v\u00e9ritablement rien, ni personne. D\u2019o\u00f9 cette insolente r\u00e9plique pass\u00e9e \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u2026 et jusque dans les <span class=\"caps\">BD<\/span>.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">AGE<\/span> (481-1483)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souviens-toi du vase de Soissons.\u00a0\u00bb<span id=\"72\" class=\"cit-num\">72<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), vers 486. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur roi des Francs et baptis\u00e9 en tant tel, le tr\u00e8s pa\u00efen guerrier n\u2019a pas pardonn\u00e9 l\u2019affront qui lui fut inflig\u00e9 apr\u00e8s la bataille de Soissons, quand il passe ses troupes en revue et reconna\u00eet l\u2019insolent. Lui reprochant la mauvaise tenue de ses armes, il jette \u00e0 terre sa francisque. Le soldat se baissant pour la ramasser, Clovis lui brise le cr\u00e2ne d\u2019un coup de hache, en pronon\u00e7ant ces paroles.<\/p>\n<p>Selon une autre version de cette \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb qui appartient \u00e0 notre \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb, il lui aurait cri\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que tu as fait au vase de Soissons.\u00a0\u00bb Le r\u00e9sultat est le m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0! Dieu reconna\u00eetra les siens\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"191\" class=\"cit-num\">191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arnaud <span class=\"caps\">AMAURY<\/span> (1135-1225), avant le sac de B\u00e9ziers, 22\u00a0juillet 1209.<em> Dialogi miraculorum<\/em> (posthume), C\u00e9saire d\u2019Heisterbach, savant et religieux allemand du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Digne des plus sanglantes guerres de Religion, l\u2019ordre est attribu\u00e9 \u00e0 cet abb\u00e9 de C\u00eeteaux, par ailleurs l\u00e9gat du pape charg\u00e9 de ramener \u00e0 la foi catholique les d\u00e9voy\u00e9s, autrement dit les cathares.<\/p>\n<p>Chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, et m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas lui-m\u00eame donn\u00e9 l\u2019ordre, Amaury \u00e9crit dans une lettre \u00e0 Innocent <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Sans \u00e9gard pour le sexe et pour l\u2019\u00e2ge, vingt mille de ces gens furent pass\u00e9s au fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e.\u00a0\u00bb Catholiques et cathares confondus, et Dieu reconna\u00eetra les siens\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"279\" class=\"cit-num\">279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), avant la bataille du mont Cassel, 23\u00a0ao\u00fbt 1328. <em>Les Proverbes\u00a0: histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons fran\u00e7ais<\/em> (1860), Jos\u00e9phine Amory de Langerack<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier Valois \u00e9lu par les barons, il doit asseoir son autorit\u00e9 par son courage au combat. Devenu r\u00e9gent \u00e0 la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel, s\u2019est fait couronner roi le 29\u00a0mai 1328, la veuve de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ayant mis au monde une fille posthume, \u00e9cart\u00e9e du tr\u00f4ne par la loi salique.<\/p>\n<p>Le roi veut aider le comte de Flandre qui fait appel \u00e0 lui pour mater la r\u00e9volte des Flamands sur ses terres. Il prend conseil aupr\u00e8s des barons qui l\u2019ont \u00e9lu le 29\u00a0mai dernier, mais qui protestent, trouvant la saison trop avanc\u00e9e dans l\u2019\u00e9t\u00e9 pour partir en campagne. Le conn\u00e9table de France, Gautier de Ch\u00e2tillon, n\u2019est pas de cet avis et le dit bien haut\u00a0: \u00ab\u00a0Qui a bon c\u0153ur trouve toujours bon temps pour la bataille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces mots, le roi embrasse son conn\u00e9table (chef des arm\u00e9es) et lance cet appel\u00a0: \u00ab\u00a0Qui m\u2019aime me suive\u00a0!\u00a0\u00bb Et tous les barons le suivent. L\u2019autorit\u00e9 de ce premier Valois encore contest\u00e9 s\u2019en trouve renforc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera.\u00a0\u00bb<span id=\"293\" class=\"cit-num\">293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chevalier Geoffroy de <span class=\"caps\">BOVES<\/span>, ou du <span class=\"caps\">BOIS<\/span> (<span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle), \u00e0 Jean de Beaumanoir, bless\u00e9 au combat, mars\u00a01351. <em>Ballade de la bataille des Trente<\/em>, chanson de geste, anonyme, <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (1905), \u00c9mile Faguet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pisode bien connu de la guerre de Succession de Bretagne, qui relance les hostilit\u00e9s franco-anglaises. Le \u00ab\u00a0combat des Trente\u00a0\u00bb oppose 30 Fran\u00e7ais, command\u00e9s par le baron de Beaumanoir, et une troupe compos\u00e9e de 30 Anglais, Allemands et Bretons, command\u00e9e par Bemborough, capitaine anglais. Froissart relate ce fait d\u2019armes \u00ab\u00a0moult merveilleux\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est surtout un carnage qui va durer tout un jour.<\/p>\n<p>Quand Beaumanoir, suant sang et eau, s\u2019arr\u00eate pour demander \u00e0 boire, l\u2019adversaire lui fait cette r\u00e9ponse cinglante\u00a0: telle est sa col\u00e8re que la soif lui passe et la force lui revient. La victoire revient aux Fran\u00e7ais (six morts, contre neuf Anglais) et la Bretagne \u00e0 la France. Apr\u00e8s la prise de Calais et le d\u00e9sastre de Cr\u00e9cy, c\u2019est une revanche sur l\u2019ennemi de cent ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 c\u0153ur vaillant, rien d\u2019impossible.\u00a0\u00bb<span id=\"360\" class=\"cit-num\">360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">C\u0152UR<\/span> (vers 1395-1456), devise. <em>Le Grand C\u0153ur<\/em> (2012), Jean-Christophe Rufin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot devenu proverbe illustre l\u2019esprit d\u2019entreprise de cet homme d\u2019affaires aux multiples activit\u00e9s (banque, change, mines, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, \u00e9pices, sel, bl\u00e9, draps, laine, pelleterie, orf\u00e8vrerie), banquier de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui finan\u00e7a comme tel la reconqu\u00eate de la Normandie en 1449.<br>Ma\u00eetre des monnaies en 1436, argentier du roi en 1440, puis conseiller en 1442, charg\u00e9 de missions diplomatiques \u00e0 Rome, G\u00eanes, il aide aussi le roi \u00e0 r\u00e9tablir une monnaie saine et \u00e0 redonner vie au commerce fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Soup\u00e7onn\u00e9 de malversations et crimes vrais ou suppos\u00e9s (empoisonnement d\u2019Agn\u00e8s Sorel, ma\u00eetresse du roi, morte en 1450), arr\u00eat\u00e9 en 1451, il est condamn\u00e9 par une commission extraordinaire le 29\u00a0mai 1453\u00a0: confiscation de ses biens et amende de 400\u00a0000 \u00e9cus. En 1454, il s\u2019\u00e9vade de prison, se fait innocenter par le Pape Calixte <span class=\"caps\">III<\/span> qui lui confie le commandement d\u2019une flotte pour guerroyer contre les Turcs. Il meurt en croisade \u00e0 Chio, en 1456.<\/p>\n<p>Son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re fortune symbolise la g\u00e9n\u00e9ration des nouveaux riches, issue de la guerre de Cent Ans. Mais cette vie en forme de roman d\u2019aventures, qui a frapp\u00e9 ses contemporains, fait de lui un personnage de la proche Renaissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis France.\u00a0\u00bb<span id=\"365\" class=\"cit-num\">365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483). <em>L\u2019\u00c2me de la France\u00a0: une histoire de la nation, des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2007), Max Gallo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1461. \u00c0 38\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> est enfin roi et la France existe bel et bien, apr\u00e8s la guerre de Cent Ans contre les Anglais. Le roi la repr\u00e9sente et l\u2019incarne, face aux grands f\u00e9odaux qui vont se dresser contre lui\u00a0: trois coalitions de ces grands vassaux, en r\u00e9action contre l\u2019affermissement du pouvoir royal. <br>Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle fera quasiment la m\u00eame d\u00e9claration, pour exprimer qu\u2019il d\u00e9fend l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et n\u2019est d\u2019aucun clan, ni parti.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb<span id=\"277\" class=\"cit-num\">277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), devise. <em>Citations historiques expliqu\u00e9es\u00a0: des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2011), Jean-Paul Roig<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> prendra la m\u00eame devise, associ\u00e9e au porc-\u00e9pic. De sorte qu\u2019il y a parfois confusion, dans certaines sources, entre les deux symboles et les deux rois.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> se fait craindre et se soucie peu de se faire aimer, \u00e0 l\u2019image du chardon \u2013 ou du fagot d\u2019\u00e9pines. Il passe pour \u00e9go\u00efste et parcimonieux, voire avare, indiff\u00e9rent \u00e0 ses deux femmes, Marguerite d\u2019\u00c9cosse, qui se ronge de chagrin et Charlotte de Savoie qui ne fut gu\u00e8re plus heureuse.<\/p>\n<p>Il est d\u00e9test\u00e9 des grands f\u00e9odaux avec qui il a d\u2019ailleurs complot\u00e9 contre son p\u00e8re, du temps o\u00f9 il \u00e9tait dauphin et si impatient de r\u00e9gner. Ils ne cess\u00e8rent de comploter contre lui et il les combattit sans rel\u00e2che pour le bien de la Couronne. Accomplissant ainsi son devoir de prince et quels que soient les moyens utilis\u00e9s, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> est en cela un grand roi pour la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point n\u2019est besoin d\u2019esp\u00e9rer pour entreprendre, ni de r\u00e9ussir pour pers\u00e9v\u00e9rer.\u00a0\u00bb<span id=\"369\" class=\"cit-num\">369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> le T\u00e9m\u00e9raire (1433-1477). <em>L\u2019Histoire du monde<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1963), Jean Duch\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet aphorisme devenu proverbe convient au personnage et \u00e0 son parcours guerrier.<\/p>\n<p>Fils de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Bourgogne et membre de la dynastie des Valois, il lui succ\u00e8de \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat bourguignon (1467) et s\u2019engage dans la premi\u00e8re grande coalition contre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 la Ligue du Bien public.<\/p>\n<p>Le nouveau duc de Bourgogne n\u2019a qu\u2019un but\u00a0: unir ses diff\u00e9rents territoires en un seul royaume, des Pays-Bas \u00e0 la vall\u00e9e de la Sa\u00f4ne et du Rhin \u00e0 la mer du Nord. Il va fatalement s\u2019opposer \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> qui ne peut accepter un si grand \u00c9tat voisin de la France\u00a0! Il se heurte aussi aux princes allemands et \u00e0 l\u2019empereur qui s\u2019allie avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> pour contrecarrer les ambitions d\u00e9mesur\u00e9es du bien nomm\u00e9 \u00ab\u00a0T\u00e9m\u00e9raire\u00a0\u00bb. Sa d\u00e9faite et sa mort au combat devant Nancy m\u00e8nent au d\u00e9membrement de ses \u00c9tats. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> y gagne le duch\u00e9 de Bourgogne, la Picardie et Boulogne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car tel est notre plaisir.\u00a0\u00bb<span id=\"378\" class=\"cit-num\">378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), \u00e9dit du 31\u00a0octobre 1472, forme des placets royaux. <em>Histoire des institutions politiques et administratives de la France<\/em> (1966), Paul Viollet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vers 1470, le pouvoir royal ne cesse de s\u2019affermir, pesant de plus en plus lourd sur le clerg\u00e9, l\u2019Universit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie, la justice. Comme l\u2019\u00e9crit Georges Duby dans son <em>Histoire de la France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tout d\u00e9pendait du Conseil du roi\u00a0: diverse, temp\u00e9r\u00e9e par ses propres agents, la monarchie tendait vers la centralisation\u00a0; elle devint autoritaire sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, absolue sous ses successeurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, Fran\u00e7ois\u00a0Ier, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> reprendront la formule. \u00c0 la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, l\u2019expression deviendra \u00ab\u00a0Car tel est notre bon plaisir\u00a0\u00bb, adopt\u00e9e par Napol\u00e9on et maintenue jusqu\u2019\u00e0 la Restauration comprise.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb a souvent \u00e9t\u00e9 mal compris. Il ne renvoie pas \u00e0 une forme d\u2019arbitraire royal, ni de caprice du souverain. Il exprime la volont\u00e9, la d\u00e9termination d\u2019un homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-3.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">GUERRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">RELIGION<\/span> (1483-1589)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"390\" class=\"cit-num\">390<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>Les Regrets<\/em> (1558)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te inspir\u00e9 par l\u2019amour du pays, il renonce \u00e0 la carri\u00e8re militaire pour les vers. La trilogie \u00ab\u00a0des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb r\u00e9sume fort bien l\u2019histoire de cette \u00e9poque si riche, si contrast\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le dialogue tour \u00e0 tour sanglant et serein qu\u2019on appela Renaissance\u00a0\u00bb (Malraux,<em> Les Voix du silence<\/em>).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019aimable mot de Renaissance ne rappelle aux amis du beau que l\u2019av\u00e8nement d\u2019un art nouveau et le libre essor de la fantaisie\u00a0; pour l\u2019\u00e9rudit, c\u2019est la r\u00e9novation des \u00e9tudes de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0; pour les l\u00e9gistes, le jour qui commence \u00e0 luire sur le discordant chaos de nos vieilles coutumes\u00a0\u00bb (Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvent femme varie<br>Bien fol est qui s\u2019y fie.\u00a0\u00bb<span id=\"446\" class=\"cit-num\">446<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547). <em>Vie des Dames galantes<\/em>, extraites des <em>M\u00e9moires<\/em> de Brant\u00f4me<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brant\u00f4me, abb\u00e9 la\u00efc et chroniqueur du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, nous donne \u00e0 voir le roi chevalier \u00e9crivant ces mots, sur le c\u00f4t\u00e9 d\u2019une fen\u00eatre au ch\u00e2teau de Chambord.<\/p>\n<p>Le jeune et beau Fran\u00e7ois d\u00e9laisse son \u00e9pouse Claude de France, boiteuse et laide, mais tr\u00e8s populaire, lui faisant quand m\u00eame deux fils, dont le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. Et il va multiplier les aventures. Michelet donne ce portrait du roi dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les femmes, la guerre \u2013 la guerre pour plaire aux femmes. Il proc\u00e8de d\u2019elles enti\u00e8rement. Les femmes le firent tout ce qu\u2019il fut, et le d\u00e9firent aussi.\u00a0\u00bb Pour preuve, rappelons l\u2019importance de sa m\u00e8re Louise de Savoie, de sa s\u0153ur Marguerite d\u2019Angoul\u00eame et de favorites influentes comme la duchesse d\u2019\u00c9tampes et les multiples ma\u00eetresses qui, \u00e0 la fin de sa vie, lui donn\u00e8rent la v\u00e9role \u2013 l\u2019\u00ab\u00a0abc\u00e8s\u00a0\u00bb dont il mourra.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La maison est \u00e0 l\u2019envers lorsque la poule chante aussi haut que le coq.\u00a0\u00bb<span id=\"408\" class=\"cit-num\">408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">No\u00ebl du <span class=\"caps\">FAIL<\/span> (vers 1520-1591), <em>Contes et Discours d\u2019Eutrapel<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce dicton du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle inspirera Moli\u00e8re dans<em> Les Femmes savantes\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0La poule ne doit point chanter devant le coq.\u00a0\u00bb Et selon Montaigne\u00a0: \u00ab\u00a0La plus utile et honorable science et occupation \u00e0 une femme, c\u2019est la science du m\u00e9nage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les femmes tiennent cependant une place importante dans la vie politique de ce temps\u00a0: m\u00e8res ou s\u0153urs de rois \u2013 Anne de Beaujeu, Louise de Savoie, Catherine de M\u00e9dicis \u2013 qui deviennent r\u00e9gentes quand leurs fils ou leurs fr\u00e8res partent \u00e0 la guerre ou sont trop jeunes pour gouverner\u00a0; ma\u00eetresses ou s\u0153urs royales \u2013 Diane de Poitiers, Marguerite d\u2019Angoul\u00eame \u2013 qui jouent volontiers les reines et les m\u00e9c\u00e8nes. Jeanne d\u2019Albret, Marie Stuart, Marguerite de France seront aussi des personnages de femme tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais remarquables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On commence par br\u00fbler les livres, on finit par les personnes.\u00a0\u00bb<span id=\"409\" class=\"cit-num\">409<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9RASME<\/span> (1469-1536), en 1521. <em>Les Origines de la R\u00e9forme<\/em> (1914), Pierre Imbart de La Tour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tr\u00e8s catholique Sorbonne de Paris (coll\u00e8ge pour \u00e9tudiants en th\u00e9ologie) d\u00e9nonce au Parlement les progr\u00e8s de la doctrine de Martin Luther (protestant, r\u00e9formateur de l\u2019\u00c9glise) et obtient un arr\u00eat en vertu de quoi les livres la r\u00e9pandant seront br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c9rasme, th\u00e9ologien et grand humaniste hollandais, ne se trompe pas\u00a0: d\u00e8s 1523, Jean Valli\u00e8re, moine augustin de Falaise (Normandie), est br\u00fbl\u00e9 vif \u00e0 Paris comme luth\u00e9rien. En 1529, c\u2019est le tour de Berquim, gentilhomme ami d\u2019\u00c9rasme. Les pers\u00e9cutions contre les protestants vont alterner pendant plus de trente ans avec des p\u00e9riodes de tol\u00e9rance, jusqu\u2019aux massacres \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qui auront pour nom guerres de Religion (1562-1598).<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, dans un contexte diff\u00e9rent, l\u2019\u00e9crivain allemand Heinrich Heine reprendra le mot d\u2019\u00c9rasme\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on br\u00fble les livres, on finit par br\u00fbler les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019argent est le nerf de la guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"512\" class=\"cit-num\">512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne, ao\u00fbt\u00a01570. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0petite phrase\u00a0\u00bb de Rabelais dans <em>Gargantua<\/em> (selon qui \u00ab\u00a0les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes\u00a0\u00bb) va faire fortune dans l\u2019histoire. Au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tous les souverains d\u2019Europe ont d\u2019\u00e9normes besoins d\u2019argent pour leurs guerres qu\u2019il faut sans cesse faire ou pr\u00e9parer \u2013 record historique de 85 ann\u00e9es de guerre en ce si\u00e8cle. Elles co\u00fbtent de plus en plus cher, avec le d\u00e9veloppement des armes \u00e0 feu, l\u2019entretien d\u2019arm\u00e9es permanentes, des effectifs croissants \u2013 le temps n\u2019est plus des \u00ab\u00a0grandes batailles\u00a0\u00bb du Moyen \u00c2ge qui se livraient entre quelques milliers d\u2019hommes (Cr\u00e9cy, Azincourt). Mais l\u2019on n\u2019atteint pas encore les 400\u00a0000 soldats de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ni les 4\u00a0millions de mobilis\u00e9s de 1914 (pour un pays seulement deux fois plus peupl\u00e9).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-les, mais tuez-les tous, pour qu\u2019il n\u2019en reste pas un pour me le reprocher.\u00a0\u00bb<span id=\"523\" class=\"cit-num\">523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), 23\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Nouvelle Histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amiral de Coligny (protestant mod\u00e9r\u00e9) \u00e9chappa au matin du 22\u00a0ao\u00fbt \u00e0 un attentat, vraisemblablement organis\u00e9 par les Guise (ultra catholiques). Le m\u00e9decin Ambroise Par\u00e9 assure que ce coup d\u2019arquebuse au bras sera sans cons\u00e9quence. Le roi se rend au chevet de son conseiller qui le conjure de se \u00ab\u00a0d\u00e9fier de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 au Louvre, il r\u00e9p\u00e8te pourtant ses propos \u00e0 Catherine de M\u00e9dicis, qui se concerte avec les Guise\u00a0: le massacre des \u00ab\u00a0huguenots\u00a0\u00bb est d\u00e9cid\u00e9. D\u00e9j\u00e0 les protestants se r\u00e9pandent dans les rues de Paris, r\u00e9clamant justice au nom de Coligny. Catherine persuade son fils. Et \u00e0 contrec\u0153ur, il donne son accord\u00a0: \u00ab\u00a0Tuez-les, tuez-les tous\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Saignez, saignez, la saign\u00e9e est aussi bonne au mois d\u2019ao\u00fbt qu\u2019au mois de mai\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"527\" class=\"cit-num\">527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">TAVANNES<\/span> (1509-1573), 24\u00a0ao\u00fbt 1572.<em> \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X (1823), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien page de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, gouverneur de Bourgogne o\u00f9 il se distingua par son fanatisme contre les r\u00e9form\u00e9s, toujours plus fanatique que catholique, il pousse ses soldats au massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy, appel\u00e9 la boucherie de Paris. L\u2019ordre royal est suivi \u00e0 la lettre: \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb Le livre de comptes de l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris inscrit 1\u00a0100 s\u00e9pultures, l\u2019historien contemporain Jacques Auguste de Thou \u00e9crit\u00a0: 30\u00a0000 morts. Entre les deux, 4\u00a0000 morts est un bilan vraisemblable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La messe ou la mort.\u00a0\u00bb<span id=\"530\" class=\"cit-num\">530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Cond\u00e9, le 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Pr\u00e9cis de l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9 a fait alliance avec son cousin Henri de Navarre, devenant l\u2019un des chefs protestants les plus actifs. Il est men\u00e9 devant le roi qui jure \u00ab\u00a0par la mort Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 faire tomber sa t\u00eate, s\u2019il ne se convertit pas. \u00ab\u00a0Je te donne trois jours pour changer d\u2019avis [\u2026] Trois jours, apr\u00e8s quoi il faudra choisir\u00a0: la messe ou la mort.\u00a0\u00bb Henri\u00a0Ier va abjurer, comme le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et pour la m\u00eame raison. La vie vaut bien une messe. Mais ce genre de conversion sous la contrainte vaut peu et ne dure pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La messe ou la mort\u00a0\u00bb devient un mot d\u2019ordre\u00a0: la formule d\u2019un exorcisme collectif dans Paris o\u00f9 chaque Parisien se croit d\u00e9positaire de la justice divine, devant chaque huguenot fatalement coupable d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et tra\u00eetre au roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu qu\u2019il est grand\u00a0! Il para\u00eet encore plus grand mort que vivant.\u00a0\u00bb<span id=\"566\" class=\"cit-num\">566<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), face au corps du duc de Guise, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588. <em>Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a os\u00e9\u00a0: ordre donn\u00e9 aux Quarante-Cinq (sa garde personnelle, immortalis\u00e9e par le roman de Dumas) d\u2019assassiner Henri le Balafr\u00e9, ainsi que son fr\u00e8re Louis, cardinal de Lorraine \u2013 arr\u00eat\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 le lendemain dans sa prison.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-3.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1589-1643)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plut\u00f4t mourir de mille morts\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"612\" class=\"cit-num\">612<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Exclamation de certains princes catholiques. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, assassin\u00e9 le 2\u00a0ao\u00fbt 1589, il leur faudrait \u00e0 pr\u00e9sent ob\u00e9ir \u00e0 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> de Navarre, protestant, devenu roi de France sous le nom d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. L\u2019\u00e9ventualit\u00e9 est \u00e0 ce point inacceptable que les ligueurs (de Paris et d\u2019autres villes) ont d\u00e9j\u00e0 proclam\u00e9 roi le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles\u00a0X. Leur chef militaire Charles de Mayenne, qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re le Balafr\u00e9 assassin\u00e9 en 1588 par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, est pour l\u2019heure le principal adversaire du nouveau roi.<\/p>\n<p>Au bout de huit guerres de Religion, la France, par ailleurs \u00e9puis\u00e9e, semble irr\u00e9ductiblement divis\u00e9e en trois partis\u00a0: le catholique, le protestant et le \u00ab\u00a0mal content\u00a0\u00bb, celui des Politiques, parti du bon sens. C\u2019est lui qui va aider le roi \u00e0 s\u2019imposer en son royaume, et \u00e0 reprendre possession de la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590. <em>Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le\u00a0panache blanc entre dans la l\u00e9gende et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prend le nom d\u2019Ivry-la-Bataille.<\/p>\n<p>Les soldats semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue, command\u00e9es par le duc de Mayenne, sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes. Le roi va trouver les gestes et les mots qu\u2019il faut. Il plante un panache de plumes blanches sur son casque et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bons chiens reviennent toujours \u00e0 leur ma\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"618\" class=\"cit-num\">618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), 19\u00a0mars 1590. <em>La Chronique de Mantes<\/em> (1883), Alphonse Durand, Victor Eug\u00e8ne Grave<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand la ville de Mantes se rallie \u00e0 lui, le roi se r\u00e9jouit en ces termes toujours imag\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs de Mantes, je n\u2019avais aucune inqui\u00e9tude de vous, car bons chiens\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans les Parlements de province et m\u00eame \u00e0 Paris, des magistrats de plus en plus nombreux se d\u00e9clarent pour le roi. Mantes (devenue Mantes-la-Jolie pour \u00e9viter la confusion avec Nantes) est un site strat\u00e9gique\u00a0: sur la Seine, \u00e0 moins de 50\u00a0km de la capitale. Le roi y installe son quartier g\u00e9n\u00e9ral. Il va conqu\u00e9rir peu \u00e0 peu son royaume et en finir avec cette guerre civile doubl\u00e9e d\u2019une guerre \u00e9trang\u00e8re, notamment avec l\u2019Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a la force a souvent la raison, en mati\u00e8re d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"685\" class=\"cit-num\">685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et celui qui est faible peut difficilement s\u2019exempter d\u2019avoir tort au jugement de la plus grande partie du monde.\u00a0\u00bb Le cardinal est un homme du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Pour lui, le pouvoir monarchique vient de Dieu et la puissance du pays n\u2019existe que par ce pouvoir. Il faut donc que le roi sache se faire ob\u00e9ir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et craindre \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. En vertu de quoi son \u00ab\u00a0Principal ministre\u00a0\u00bb lutte pour la restauration de l\u2019autorit\u00e9 royale contre les Grands et les protestants, et pour la pr\u00e9pond\u00e9rance de la France en Europe face aux puissants Habsbourg d\u2019Autriche et d\u2019Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense, donc je suis.\u00a0\u00bb<span id=\"722\" class=\"cit-num\">722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DESCARTES<\/span> (1596-1650), <em>Discours de la m\u00e9thode pour bien conduire sa raison et chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les sciences, plus la dioptrique, les m\u00e9t\u00e9ores et la g\u00e9om\u00e9trie, qui sont des essais de cette m\u00e9thode<\/em> (1637)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00e9nement majeur d\u00e9passant le cadre de la litt\u00e9rature pour devenir fait de soci\u00e9t\u00e9. Le titre est \u00e0 lui seul une citation et tout un programme, voire une d\u00e9claration de guerre \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0! Rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre, elle va d\u00e9clencher, avec quelques autres, des pol\u00e9miques qui finiront par la mise \u00e0 l\u2019Index des \u0153uvres de Descartes, apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>Selon ce philosophe absolument novateur,\u00a0il faut v\u00e9rifier par le raisonnement toutes les id\u00e9es ou v\u00e9rit\u00e9s re\u00e7ues. C\u2019est cela, l\u2019essentiel de sa m\u00e9thode. Mais c\u2019est une rupture avec tout ce qui est enseign\u00e9 dans les universit\u00e9s. Il remet notamment en cause la religion d\u2019\u00c9tat. Le cart\u00e9sianisme aura des vertus d\u00e9stabilisantes et des cons\u00e9quences scientifiques que l\u2019auteur ne soup\u00e7onnait pas\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations-1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1643-1715)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre France est ruin\u00e9e,<br>Faut de ce Cardinal<br>Abr\u00e9ger les ann\u00e9es,<br>Il est auteur du mal.\u00a0\u00bb<span id=\"751\" class=\"cit-num\">751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson populaire anonyme.<em> Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cardinal Mazarin succ\u00e9dant au cardinal de Richelieu est pareillement d\u00e9test\u00e9, en raison de la crise des subsistances et de la lourdeur des imp\u00f4ts n\u00e9cessaires pour financer la guerre.<\/p>\n<p>Le peuple taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci chante\u00a0: \u00ab\u00a0Pour payer les subsides\u00a0\/ J\u2019ai vendu mon godet\u00a0\/ Ma po\u00eale, ma marmite\u00a0\/ Jusques \u00e0 mon soufflet\u00a0\/ Moi, pour payer les tailles\u00a0\/ J\u2019ai vendu mes moutons\u00a0\/ Je couche sur la paille\u00a0\/ Je n\u2019ai pas le teston [monnaie royale]\u00a0\/ Moi, j\u2019ai chose certaine\u00a0\/ Vendu un gros pourceau\u00a0\/ Mes ch\u00e8vres et mes g\u00e9lines\u00a0\/ Pour payer les imp\u00f4ts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On d\u00e9nombre pr\u00e8s de 6\u00a0500 mazarinades, dont quelques appels au meurtre. L\u2019anonymat est \u00e9videmment gage d\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, il est crev\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"806\" class=\"cit-num\">806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le cri du c\u0153ur de la famille (son fr\u00e8re et une de ses s\u0153urs) \u00e0 la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin, leur oncle. La belle et spirituelle mazarinette ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, je n\u2019en fus gu\u00e8re plus afflig\u00e9e\u00a0; et c\u2019est une chose remarquable qu\u2019un homme de ce m\u00e9rite, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute sa vie pour \u00e9lever et enrichir sa famille, n\u2019en ait re\u00e7u que des marques d\u2019aversion, m\u00eame apr\u00e8s sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En marge de la petite histoire et malgr\u00e9 le \u00ab\u00a0filoutage\u00a0\u00bb de l\u2019homme, l\u2019Histoire en fait un grand ministre, par ailleurs m\u00e9c\u00e8ne \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi.\u00a0\u00bb<span id=\"807\" class=\"cit-num\">807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715). <em>L\u2019\u00c9tat baroque\u00a0: regards sur la pens\u00e9e politique de la France du premier <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1985), H.\u00a0M\u00e9choulan, E.\u00a0Le Roy Ladurie, A.\u00a0Robinet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot r\u00e9put\u00e9 (\u00e0 tort) apocryphe et souvent cit\u00e9, il refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 et fut prononc\u00e9 avant m\u00eame le d\u00e9but du r\u00e8gne personnel, selon l\u2019historien Louis Madelin (<em>La Fronde<\/em>).<\/p>\n<p>Le jeune roi vient d\u2019\u00eatre sacr\u00e9 \u00e0 Reims (1654), mais Mazarin exerce toujours le pouvoir. \u00c0 sa demande, le roi signe divers \u00e9dits financiers pour renflouer le Tr\u00e9sor et poursuivre la guerre contre l\u2019Espagne. Certains magistrats du Parlement de Paris en discutent la l\u00e9galit\u00e9. Or, il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter une nouvelle fronde parlementaire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, en costume de chasse, se rend devant le Parlement r\u00e9uni en lit de justice\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait combien ces assembl\u00e9es ont excit\u00e9 de troubles dans mon \u00c9tat et combien de dangereux effets elles y ont produits. J\u2019ai appris que vous pr\u00e9tendiez encore les continuer sous pr\u00e9texte de d\u00e9lib\u00e9rer sur les \u00e9dits qui ont \u00e9t\u00e9 lus et publi\u00e9s en ma pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident invoque l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat dans cette affaire et le roi le fait taire, en affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb (13\u00a0avril 1655).<\/p>\n<p>Il a 16\u00a0ans. Le roi va r\u00e9gner 54 ans sans Premier ministre. Vu son caract\u00e8re, ce sera une monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garantissez-moi de mes amis, je saurai bien me d\u00e9fendre de mes ennemis.\u00a0\u00bb<span id=\"860\" class=\"cit-num\">860<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean H\u00e9rault de <span class=\"caps\">GOURVILLE<\/span> (1625-1703). <em>Consid\u00e9ration sur l\u2019esprit et les m\u0153urs<\/em> (1787), Gabriel S\u00e9nac de Meilhan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proscrit et fugitif, entra\u00een\u00e9 dans la disgr\u00e2ce de Fouquet \u2013 surintendant d\u00e9chu, condamn\u00e9 \u00e0 la prison \u00e0 vie, au terme d\u2019un proc\u00e8s truqu\u00e9, il fut pourtant soutenu par ses amis, La Fontaine, Mme\u00a0de S\u00e9vign\u00e9, Mlle\u00a0de Scud\u00e9ry. Cette fid\u00e9lit\u00e9 dans l\u2019\u00e9preuve plaide en leur faveur, comme en la sienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019\u00e9tais accus\u00e9 d\u2019avoir vol\u00e9 les tours de Notre-Dame, je commencerais par m\u2019enfuir.\u00a0\u00bb<span id=\"843\" class=\"cit-num\">843<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Appr\u00e9ciation sur la justice attribu\u00e9e \u00e0 divers hauts magistrats \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La monarchie absolue va de pair avec un certain arbitraire. Les intendants ne peuvent veiller \u00e0 tout et partout. Le seigneur demeure puissant sur ses terres, tandis que le noble de robe ou le bourgeois r\u00e9cent acqu\u00e9reur de la seigneurie n\u2019est pas moins \u00e2pre\u00a0! Les magistrats sont trop peu nombreux (8\u00a0648 juges pour 17\u00a0millions d\u2019habitants en 1665), parfois complices des nobles et alli\u00e9s \u00e0 eux. L\u2019autorit\u00e9 royale n\u2019intervient qu\u2019en cas d\u2019oppression flagrante. \u00ab\u00a0La justice est une si belle chose qu\u2019on ne saurait trop cher l\u2019acheter\u00a0\u00bb, \u00e9crit Lesage dans <em>Crispin rival de son ma\u00eetre<\/em> (1707).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai failli attendre.\u00a0\u00bb<span id=\"848\" class=\"cit-num\">848<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0attendre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On lui pr\u00eate ce mot, souvent cit\u00e9, jamais \u00ab\u00a0sourc\u00e9\u00a0\u00bb. La duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, rapporte seulement que le roi ne peut souffrir qu\u2019on le fasse attendre. Ce qui est assez normal pour un homme si occup\u00e9, si minut\u00e9 dans l\u2019emploi de son temps, et roi, de surcro\u00eet. Bourreau de travail, robuste de nature, il fait son m\u00e9tier \u00e0 la cour, au bureau, \u00e0 la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est par le travail qu\u2019on r\u00e8gne!\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sommes-nous trente-neuf, on est \u00e0 nos genoux,<br>Sommes-nous quarante, on se moque de nous.\u00a0\u00bb<span id=\"910\" class=\"cit-num\">910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FONTENELLE<\/span> (1657-1757), <em>\u00c9pigramme sur l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et philosophe, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie en 1691. Il ne lib\u00e9rera son fauteuil que soixante-six ans apr\u00e8s, mourant centenaire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-2.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMIERES<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1715-1789)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ce prince admirable<br>Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin<br>Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme). <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige. Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple et Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, devenue reine, sera la cible de pamphlets par milliers \u2013 ce sont les \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme le dit Eug\u00e8ne Scribe dans son <em>Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parbleu\u00a0! voil\u00e0 un foutu royaume bien gouvern\u00e9, par un ivrogne, par une putain, par un fripon, et par un maquereau\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1074\" class=\"cit-num\">1074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723) r\u00e9pondant \u00e0 un ministre venu lui demander de signer un d\u00e9cret. <em>L\u2019Amour au temps des libertins<\/em> (2011), Patrick Wald Lasowski<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent (l\u2019ivrogne) soupe et boit avec une de ses ma\u00eetresses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, Mme\u00a0de Parab\u00e8re (la putain), en compagnie de John Law (le fripon), banquier \u00e9cossais qui fait la politique financi\u00e8re de la France, et de l\u2019abb\u00e9 Dubois (le maquereau), v\u00e9nal et libertin, mais sup\u00e9rieurement intelligent, responsable de la politique ext\u00e9rieure sous la R\u00e9gence \u2013 le \u00ab\u00a0maquereau\u00a0\u00bb deviendra bient\u00f4t \u00ab\u00a0rouget\u00a0\u00bb, autrement dit cardinal.<\/p>\n<p>Philippe est dans un tel \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne peut m\u00eame pas signer le d\u00e9cret, il tend la plume \u00e0 ses trois comp\u00e8res, et finalement s\u2019ex\u00e9cute, \u00e9tant malgr\u00e9 tout le R\u00e9gent de ce \u00ab\u00a0foutu royaume\u00a0\u00bb. <em>Que la f\u00eate commence\u00a0!<\/em> (1975)\u00a0: le film de Bertrand Tavernier est une chronique historique fid\u00e8le \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon nom, je le commence, et vous finissez le v\u00f4tre.\u00a0\u00bb<span id=\"1096\" class=\"cit-num\">1096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au chevalier de Rohan-Chabot, janvier\u00a01726. <em>Histoire de la langue et de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, des origines \u00e0 1900<\/em> (1898), Louis Petit de Julleville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9plique au chevalier affichant son m\u00e9pris pour un bourgeois \u00ab\u00a0qui n\u2019a m\u00eame pas un nom\u00a0\u00bb. La sc\u00e8ne se passe en public, dans la loge d\u2019Adrienne Lecouvreur \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, alors qu\u2019il d\u00e9jeune au ch\u00e2teau de Sully, des gaillards viennent donner la bastonnade \u00e0 Voltaire. Ulc\u00e9r\u00e9, l\u2019auteur qui a trente ans\u00a0pass\u00e9s, une jolie fortune h\u00e9rit\u00e9e et bien plac\u00e9e, une certaine c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, la faveur de nobles protecteurs, exige une r\u00e9paration par les armes. Une lettre de cachet le renvoie \u00e0 la Bastille, m\u00e9diter sur ce qu\u2019il en co\u00fbte au roturier de r\u00e9pondre \u00e0 un gentilhomme\u00a0!<\/p>\n<p>En mai, autoris\u00e9 \u00e0 s\u2019exiler en Angleterre, Voltaire est re\u00e7u \u00e0 bras ouverts par la bonne soci\u00e9t\u00e9 politique et litt\u00e9raire. Trois ans apr\u00e8s, il en rapporte ses <em>Lettres Anglaises<\/em> (ou <em>Lettres philosophiques<\/em>), source de nouveaux ennuis pour l\u2019insolent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est sans doute apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, elle n\u2019a pu dire cela. Mais elle a d\u00fb le penser. En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle, pour prendre une premi\u00e8re ma\u00eetresse, suivie de tant d\u2019autres\u00a0!<\/p>\n<p>La reine perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse, et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Les poissardes (femmes de la Halle) ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade\u00a0! Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait grand scandale. La cour se tait, mais la rue a d\u00e9sormais son franc-parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs les Anglais, tirez les premiers.\u00a0\u00bb<span id=\"1122\" class=\"cit-num\">1122<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ANTERROCHES<\/span> (1710-1785), \u00e0 Lord Charles Hay, Fontenoy, 11\u00a0mai 1745. <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerre de Succession d\u2019Autriche, lors d\u2019un si\u00e8ge men\u00e9 par les Fran\u00e7ais pr\u00e8s de Tournai. Le commandant de la compagnie de t\u00eate des gardes anglaises a lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs des gardes fran\u00e7aises, tirez.\u00a0\u00bb Le commandant des gardes fran\u00e7aises lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. Tirez vous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9plique, plus tactique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, est moins l\u2019illustration d\u2019une guerre en dentelle que l\u2019expression d\u2019un imp\u00e9ratif militaire\u00a0: quand une arm\u00e9e a tir\u00e9, le temps qu\u2019elle recharge ses armes, l\u2019ennemi peut attaquer avec profit. Voil\u00e0 pourquoi le mar\u00e9chal de Saxe d\u00e9non\u00e7ait les \u00ab\u00a0abus de tirerie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb<span id=\"1024\" class=\"cit-num\">1024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9iste fervent, il s\u2019oppose aux encyclop\u00e9distes ath\u00e9es (Diderot, d\u2019Holbach). Il croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0architecte du monde\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers m\u2019embarrasse et je ne puis songer\u00a0\/ Que cette horloge existe et n\u2019ait pas d\u2019horloger.\u00a0\u00bb Il trouve par ailleurs une grande utilit\u00e9 \u00e0 Dieu qui fonde la morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux que mon procureur, mon tailleur, mes valets croient en Dieu\u00a0; et je m\u2019imagine que j\u2019en serai moins vol\u00e9.\u00a0\u00bb Mais il s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb<span id=\"1151\" class=\"cit-num\">1151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise de <span class=\"caps\">POMPADOUR<\/span> (1721-1764), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fin 1757. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La marquise tente de r\u00e9conforter le roi, de nature maladivement m\u00e9lancolique, de surcro\u00eet fort affect\u00e9 par la d\u00e9faite de son favori et de son arm\u00e9e \u00e0 Rossbach, le 5\u00a0novembre. \u00ab\u00a0Il ne faut point vous affliger\u00a0: vous tomberiez malade. Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb Mot attribu\u00e9 \u00e0 la favorite, pour illustrer l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019\u00e9go\u00efsme qu\u2019on lui pr\u00eatait.<\/p>\n<p>Le mot est aussi attribu\u00e9 au roi, pour les m\u00eames raisons, mais dans un autre contexte. Il parle du Dauphin et signifie un peu l\u00e9g\u00e8rement qu\u2019il se moque bien ce qu\u2019il adviendra de la France, quand lui-m\u00eame sera mort. Voltaire le cite, pour stigmatiser \u00ab\u00a0cet \u00e9go\u00efste de droit divin\u00a0\u00bb qui n\u2019aime rien et que tout ennuie.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me explication\u00a0: l\u2019astronome Maupertuis avait annonc\u00e9 pour 1758 le retour de la com\u00e8te de Halley, cens\u00e9e provoquer un d\u00e9luge. Et les plus fatalistes de s\u2019exclamer\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni chiens, ni filles, ni laquais, ni soldats.\u00a0\u00bb<span id=\"1161\" class=\"cit-num\">1161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau \u00e0 la porte des jardins et autres lieux publics. <em>Naissance de l\u2019escroquerie moderne du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (2005), Catherine Samet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire la pi\u00e8tre estime de l\u2019\u00e9poque pour l\u2019arm\u00e9e\u00a0: le recrutement est organis\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019on enr\u00f4le les plus pauvres, avec tous les \u00ab\u00a0d\u00e9chets de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, maraudeurs et vauriens, mis\u00e9rables et autres laiss\u00e9s pour compte. La notion de patrie est d\u00e9valu\u00e9e, la philosophie antimilitariste et l\u2019opinion souvent d\u00e9faitiste, alors que l\u2019Angleterre soutient l\u2019effort de guerre, ses hommes et leurs chefs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814).<em> L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>An 1768, Sade fut emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton, o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, Sade donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814).<em> L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes ou r\u00e9solument ath\u00e9es, Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte, d\u2019o\u00f9 sa condamnation \u00e0 mort pour violences sexuelles. Dans la <em>Philosophie dans le boudoir<\/em>, il \u00e9crit comme pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre nature et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1036\" class=\"cit-num\">1036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette petite phrase fait r\u00e9agir Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De fait, c\u2019est une provocation lanc\u00e9e \u00e0 ce si\u00e8cle \u00e9pris de raison et \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui font m\u00e9tier de penser. Mais le <em>Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9<\/em> est un br\u00fblot dangereux \u00e0 bien d\u2019autres \u00e9gards, pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal.\u00a0\u00bb<span id=\"1215\" class=\"cit-num\">1215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Barbier de S\u00e9ville<\/em> (1775)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie fut un roman, celle d\u2019un aventurier, libertin, parvenu, trafiquant d\u2019armes, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette p\u00e9riode de fermentation sociale qui pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9volution. Fils d\u2019un horloger, professeur de harpe des filles de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, puis juge des d\u00e9lits de braconnage sur les terres royales, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est introduit dans le monde de la finance. Un proc\u00e8s l\u2019oppose \u00e0 un Grand (le comte de La Blache) et lui vaut une notori\u00e9t\u00e9 subite, en lui offrant l\u2019occasion de d\u00e9noncer publiquement la v\u00e9nalit\u00e9 d\u2019un de ses juges.<\/p>\n<p>Cette version du Barbier remporte un succ\u00e8s imm\u00e9diat\u00a0: premier acte th\u00e9\u00e2tral v\u00e9ritablement pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, en attendant la suite, <em>Le Mariage<\/em>\u2026 En 1777, Beaumarchais invente la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve de la plume\u00a0\u00bb, mobilise ses confr\u00e8res et cr\u00e9e la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 d\u2019auteurs au monde, pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats d\u2019une corporation jusqu\u2019alors exploit\u00e9e par les Com\u00e9diens-Fran\u00e7ais. C\u2019est dire comme ce personnage combattant agit et innove sur tous les terrains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 (sans doute \u00e0 tort) \u00e0 <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778). <em>La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot se trouve dans les <em>Confessions<\/em> (r\u00e9dig\u00e9es de 1765 \u00e0 1770, \u00e9dition posthume). Il conclut plaisamment une anecdote vraie ou fausse, mais il refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple.<\/p>\n<p>Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution. C\u2019est aussi une r\u00e9volte contre la lib\u00e9ralisation du commerce des grains, par \u00e9dit de Turgot (13\u00a0septembre 1774). La concurrence devait faire baisser les prix, en vertu du \u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer\u00a0\u00bb cher aux physiocrates. C\u2019est compter sans la sp\u00e9culation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple ressemble \u00e0 des b\u0153ufs, \u00e0 qui il faut un aiguillon, un joug, et du foin.\u00a0\u00bb<span id=\"1028\" class=\"cit-num\">1028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Correspondance<\/em>, 17 avril 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Courtis\u00e9 en tout temps par les d\u00e9magogues, en attendant d\u2019\u00eatre divinis\u00e9 par la R\u00e9volution, le peuple est souvent assimil\u00e9 \u00e0 la populace et ouvertement m\u00e9pris\u00e9 par le mondain Voltaire. De tous les philosophes, il n\u2019est pas le plus aristocratique \u2013 compar\u00e9 \u00e0 Montesquieu, authentique seigneur f\u00e9odal de la Br\u00e8de. Mais c\u2019est assur\u00e9ment le moins \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb, s\u2019opposant en cela aussi \u00e0 Rousseau.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine et la m\u00eame source, lettre du 19 mars 1766\u00a0: \u00ab\u00a0Il est \u00e0 propos que le peuple soit guid\u00e9 et non pas instruit\u00a0; il n\u2019est pas digne de l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour tout homme, le premier pays est sa patrie et le second c\u2019est la France.\u00a0\u00bb<span id=\"1232\" class=\"cit-num\">1232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas <span class=\"caps\">JEFFERSON<\/span> (1743-1826). <em>Le Peuple<\/em> (1846), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il deviendra en 1801 le troisi\u00e8me pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, apr\u00e8s Georges Washington et John Adams. Auparavant, il a \u00e9t\u00e9 ambassadeur des \u00c9tats-Unis \u00e0 Paris (de\u00a01785 \u00e0\u00a01789). Francophile et francophone, philosophe impr\u00e9gn\u00e9 des Lumi\u00e8res, humaniste, c\u2019est aussi un savant. Il exprime ici l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: la France est tr\u00e8s populaire outre-Atlantique, depuis 1777 et l\u2019arriv\u00e9e des volontaires, La Fayette en t\u00eate, devenu le \u00ab\u00a0H\u00e9ros des Deux Mondes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Vergennes (qui a longtemps h\u00e9sit\u00e9) va d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l\u2019Angleterre en 1780, entra\u00eener l\u2019Espagne \u00e0 sa suite et envoyer un corps exp\u00e9ditionnaire, command\u00e9 par Rochambeau. La France arme \u00e9galement une flotte de guerre qui remporte quelques victoires m\u00e9morables. Enfin, c\u2019est \u00e0 Versailles qu\u2019est sign\u00e9 le trait\u00e9 de paix ratifiant l\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis (1783).<\/p>\n<p>Notre pays a deux raisons de participer \u00e0 cette guerre\u00a0: prendre la revanche tant attendue contre l\u2019Angleterre et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente des colons anglais d\u2019Am\u00e9rique, dont l\u2019id\u00e9ologie s\u2019inspire de Montesquieu et Rousseau. Mais comme pr\u00e9vu par Turgot qui s\u2019y opposait comme ministre des Finances, les d\u00e9penses militaires creuseront un d\u00e9ficit abyssal, estim\u00e9 \u00e0 un milliard de livres tournois \u2013 trois \u00e0 quatre fois le budget de l\u2019\u00c9tat en 1783.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas \u00eatre plus royaliste que le roi.\u00a0\u00bb<span id=\"1204\" class=\"cit-num\">1204<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Phrase en vogue sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et devenue proverbe. <em>La Monarchie selon la Charte<\/em> (1816), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Maxime invent\u00e9e \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, pour critiquer les aristocrates qui d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e de monarchie et les int\u00e9r\u00eats du roi avec plus d\u2019ardeur que le roi lui-m\u00eame. Ce sont naturellement les privil\u00e9gi\u00e9s, la noblesse et le haut clerg\u00e9, les notables, tous ces gens attach\u00e9s \u00e0 leurs avantages acquis et qui ne comprennent pas qu\u2019en les d\u00e9fendant ainsi, ils jouent \u00e0 plus ou moins long terme contre leurs int\u00e9r\u00eats et contre le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019en est pas moins tr\u00e8s \u00ab\u00a0royaliste\u00a0\u00bb, impr\u00e9gn\u00e9 de tous ses droits et devoirs de roi de droit divin, jusqu\u2019\u00e0 dire en 1787\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e9gal parce que je le veux.\u00a0\u00bb Sans doute assez intelligent pour comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 des r\u00e9formes, mais pas assez courageux pour soutenir durablement ceux qui en ont le projet, c\u2019est surtout un roi dramatiquement faible. Comme tous les faibles, il est capable de coups de t\u00eate qui surprennent son entourage et m\u00eame de coups de force qui vont d\u00e9cha\u00eener le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlement \u00e0 vendre<br>Ministres \u00e0 pendre<br>Couronne \u00e0 louer.\u00a0\u00bb<span id=\"1255\" class=\"cit-num\">1255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots grav\u00e9s sur les murs du Palais de justice, mai\u00a01788. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volutio<\/em>n (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des meneurs crient au coup d\u2019\u00c9tat. Des soul\u00e8vements \u00e9clatent partout en France, orchestr\u00e9s par une campagne de cabales et de pamphlets. En Languedoc \u00e0 Toulouse, en Bretagne \u00e0 Rennes, on manifeste. En Dauphin\u00e9 \u00e0 Grenoble le 7\u00a0juin\u00a01788, on se soul\u00e8vera pendant la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Tuiles\u00a0\u00bb, \u00e9meute o\u00f9 les insurg\u00e9s contre l\u2019autorit\u00e9 royale affrontent la troupe \u00e0 coups de tuiles. Tout annonce la R\u00e9volution. Le peuple de Paris va s\u2019exprimer de plus en plus violemment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez, tyrans, votre r\u00e8gne va finir.\u00a0\u00bb<span id=\"1256\" class=\"cit-num\">1256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau plac\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre des Italiens, sur la loge de la reine, mai\u00a01788.<em> La Reine Marie-Antoinette<\/em> (1889), Pierre de Nolhac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi essaie de faire passer des \u00e9dits par lit de justice. Les Parlements organisent la r\u00e9sistance, font la gr\u00e8ve de la justice et demandent la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Les remontrances succ\u00e8dent aux remontrances, les \u00e9meutes aux \u00e9meutes. Le roi doit fixer la date de la convocation tant redout\u00e9e\u00a0: au 1er\u00a0mai 1789.<\/p>\n<p>Le 16\u00a0ao\u00fbt 1788, c\u2019est la banqueroute\u00a0: l\u2019\u00c9tat suspend ses paiements. Principal ministre d\u2019\u00c9tat, l\u2019archev\u00eaque Lom\u00e9nie de Brienne d\u00e9missionne. Paris illumine et br\u00fble son mannequin.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-revolution-directoire-consulat-et-premier-empire\/\">Lire la suite\u00a0: les punchlines (R\u00e9volution, Directoire, Consulat et Premier Empire)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0! Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia). En VO&nbsp;: \u201cThe final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.\u201d (Oxford Languages) Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":161,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8903","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8903","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8903"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8903\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12715,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8903\/revisions\/12715"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8903"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8903"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8903"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}