{"id":8945,"date":"2026-05-11T00:10:00","date_gmt":"2026-05-10T22:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-animaux-dans-notre-histoire-du-siecle-des-lumieres-a-nos-jours\/"},"modified":"2026-05-11T07:50:57","modified_gmt":"2026-05-11T05:50:57","slug":"les-animaux-dans-notre-histoire-du-siecle-des-lumieres-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-du-siecle-des-lumieres-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Les Animaux dans notre Histoire (du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res \u00e0 nos jours)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_cheval.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"260\" height=\"316\">Aimez-vous les b\u00eates\u00a0? L\u2019histoire en est pleine, avec toutes les citations qui les font vivre, tir\u00e9es de notre <em>Histoire en citations<\/em> au fil des chroniques et num\u00e9rot\u00e9es\u00a0: Abeille, Aigle, Aiglon, \u00c2ne, Anguille, Araign\u00e9e, Autruche, Blaireau, B\u0153uf, Cam\u00e9l\u00e9on, Caniche, Chat, Chenille, Cheval, Chien, Colley, Colombe, Coq, Corbeau, Corniaud, Dindon, Dogue, \u00c9cureuil, \u00c9l\u00e9phant, Frelon, G\u00e9nisse, Grenouille, Grue, Guenon, L\u00e9zard, Lion, Loup, Mammouth, Morue, Moucheron, Mulet, Oie, Ours, Papillon, Porc-\u00e9pic, Poule, Rat, Renard, Salamandre, Serpent, Singe, Souris, Taon, Vache.<\/p>\n<p>Un vrai Zoo \u2013 disons plus \u00e9l\u00e9gamment, un bestiaire. Ajoutons \u00e0 cette liste deux noms g\u00e9n\u00e9riques\u00a0: Animal et B\u00eate, souvent \u00e9voqu\u00e9s avec une connotation critique, jusqu\u2019au si\u00e8cle dernier.<\/p>\n<p>Une bonne centaine d\u2019esp\u00e8ces sont par ailleurs pr\u00e9sentes dans trois chefs d\u2019\u0153uvre\u00a0qui ont naturellement leur place dans cette histoire\u00a0: le<em> Roman de Renart<\/em> (s\u00e9rie de r\u00e9cits anonymes au Moyen \u00c2ge), les <em>Fables<\/em> de La Fontaine au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et <em>Chantecler<\/em> (1910), pi\u00e8ce \u00e0 grand spectacle d\u2019Edmond Rostand, pratiquement injouable.<\/p>\n<p>De la Gaule \u00e0 nos jours, un gagnant s\u2019impose, le cheval\u00a0: \u00ab\u00a0La plus noble conqu\u00eate que l\u2019homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats\u00a0\u00bb (Buffon). Sur chaque cheval, il y a un chevalier et de la chevalerie na\u00eet la cavalerie, force principale des arm\u00e9es\u2026 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition du \u00ab\u00a0cheval-vapeur\u00a0\u00bb et de la motorisation au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. N\u2019oublions pas le cheval de labour dans une France agricole \u00e0 90 % et celui qui tire les voitures \u2013 carrosse, diligence, transport de marchandises. Le cheval est aussi un loisir associ\u00e9 \u00e0 la chasse, sport tr\u00e8s pratiqu\u00e9. Enfin, c\u2019est un personnage principal dans tous les portraits et statues \u00e9questres mettant en valeur les rois, les empereurs et les grands militaires.<\/p>\n<p>Le chien est r\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0le meilleur ami de l\u2019homme\u00a0\u00bb \u2013 m\u00eame si le cheval a aussi cette pr\u00e9tention. Comme lui, il participe \u00e0 la chasse pratiqu\u00e9e par le peuple et les nobles. Mais contrairement au cheval, le chien est souvent m\u00e9pris\u00e9, son nom sonnant comme une injure.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le chat semble mettre un point d\u2019honneur \u00e0 ne servir \u00e0 rien, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de revendiquer au foyer une place meilleure que le chien\u00a0\u00bb (Michel Tournier, <em>Le Miroir des id\u00e9es<\/em>). Avant de devenir l\u2019animal domestique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais, il peine \u00e0 se distinguer du lot.<\/p>\n<p>Parmi tous les animaux, chacun peut pr\u00e9tendre \u00e0 son heure de gloire, \u00e0 commencer par le b\u0153uf et l\u2019\u00e2ne de la cr\u00e8che, plus mythiques que chr\u00e9tiens. Si le lion est r\u00e9put\u00e9 roi des animaux, \u00e7a ne lui vaut pas une grande pr\u00e9sence dans l\u2019histoire des hommes, mais il en impose quand m\u00eame. Chiens et poules, chats et souris sont naturellement plus populaires. L\u2019aigle (parfois royal pour les naturalistes) aura son si\u00e8cle de gloire avec Napol\u00e9on et le culte imp\u00e9rial qui rejaillit sur l\u2019infortun\u00e9 Aiglon. Les corbeaux ont toujours mauvaise r\u00e9putation \u2013 avec leurs cris, leur noir plumage. Le coq est \u00e0 la fois tr\u00e8s m\u00e2le et tr\u00e8s gaulois. Le renard s\u2019en sort bien, toujours plus malin que les autres.<\/p>\n<p>Des outsiders illustrent les blasons et les armoiries ou font symboles dans les devises\u00a0: salamandre, porc-\u00e9pic, \u00e9cureuil\u2026<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore animale est fr\u00e9quente et fait toujours image avec humour, parfois avec humeur. La philosophie et le th\u00e9\u00e2tre s\u2019en m\u00ealent. Les modes passent\u2026 Mais l\u2019animal reste, jouant le r\u00f4le que l\u2019homme lui donne ou que la nature impose. Une Histoire toujours \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Nous vous proposons ce r\u00e9cit animalier en deux \u00e9pisodes\u00a0: <br>I. De la Gaule au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 <span class=\"caps\">II<\/span>. Du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res \u00e0 nos jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-3.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a>\u00ab\u00a0Amiti\u00e9 de cour, foi de renards, soci\u00e9t\u00e9 de loups.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"954\" class=\"cit-num\">954<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Renard et loup se retrouvent associ\u00e9s comme fr\u00e8res ennemis, dans cette fable humaine qu\u2019est l\u2019histoire.<\/p>\n<p>La cour reste un microcosme o\u00f9 les places sont ch\u00e8res et les appel\u00e9s toujours plus nombreux que les \u00e9lus. Mais elle cesse d\u2019\u00eatre l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat comme sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pour devenir l\u2019instrument des int\u00e9r\u00eats particuliers de la haute noblesse, lieu de toutes les intrigues, cabales et corruptions sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Pire encore sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: les coteries se font plus insolentes autour de la reine et des fr\u00e8res du roi, tandis que les scandales \u00e9claboussent le tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que l\u2019homme est un animal sociable. Sur ce pied-l\u00e0, il me para\u00eet que le Fran\u00e7ais est plus homme qu\u2019un autre, c\u2019est l\u2019homme par excellence\u00a0; car il semble fait uniquement pour la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"975\" class=\"cit-num\">975<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sociabilit\u00e9 sera l\u2019un des traits caract\u00e9ristiques de ce si\u00e8cle, port\u00e9 \u00e0 un point extr\u00eame et tant\u00f4t qualit\u00e9, tant\u00f4t d\u00e9faut. Le moraliste Chamfort confirme, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Les gens du monde ne sont pas plut\u00f4t attroup\u00e9s qu\u2019ils se croient en soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La feinte charit\u00e9 du riche n\u2019est en lui qu\u2019un luxe de plus\u00a0; il nourrit les pauvres comme des chiens et des chevaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"986\" class=\"cit-num\">986<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Correspondance<\/em>, \u00e0 M. Moulton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Humili\u00e9 dans ses divers postes de laquais et gouverneur aupr\u00e8s de ma\u00eetres orgueilleux, Rousseau parle de ce qu\u2019il sait et que les autres philosophes ignorent \u2013 hormis Diderot qui connut la pauvret\u00e9, avant de vivre en courtisan. Chiens et chevaux sont naturellement associ\u00e9s, signes ext\u00e9rieurs de richesse et de noblesse, au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0travaillant\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait zoologique du sexag\u00e9naire. Bien que de sant\u00e9 pr\u00e9caire, il sut se m\u00e9nager en se refusant tout exc\u00e8s, hormis le travail \u2013 une \u0153uvre consid\u00e9rable et relevant de tous les genres. De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, \u00e9pistoli\u00e8re, th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique, et naturellement philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire alors r\u00e9gnait, ce singe de g\u00e9nie<br>Chez l\u2019homme en mission par le diable envoy\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1017\" class=\"cit-num\">1017<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019hommage nuanc\u00e9 s\u2019explique\u00a0: si diff\u00e9rents que soient les deux personnages, si oppos\u00e9e par leur nature m\u00eame, ils furent l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 l\u2019image de leur\u00a0temps, entr\u00e9s vivants dans la l\u00e9gende apr\u00e8s s\u2019\u00eatre jet\u00e9s dans toutes les luttes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple ressemble \u00e0 des b\u0153ufs, \u00e0 qui il faut un aiguillon, un joug, et du foin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1028\" class=\"cit-num\">1028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Correspondance<\/em>, 17 avril 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9taphore sans \u00e9quivoque\u00a0! Courtis\u00e9 en tout temps par les d\u00e9magogues, en attendant d\u2019\u00eatre divinis\u00e9 par la R\u00e9volution, le peuple est souvent assimil\u00e9 \u00e0 la populace et ouvertement m\u00e9pris\u00e9 par le mondain Voltaire. De tous les philosophes, il n\u2019est pas le plus aristocratique \u2013 compar\u00e9 \u00e0 Montesquieu, seigneur de la Br\u00e8de. Mais c\u2019est assur\u00e9ment le moins \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb, s\u2019opposant en cela comme en tout \u00e0 Rousseau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cheval\u00a0: La plus noble conqu\u00eate que l\u2019homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BUFFON<\/span> (1707-1788), <em>Histoire naturelle<\/em>, publication de 1749 \u00e0 1804<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u0152uvre de r\u00e9f\u00e9rence de nature encyclop\u00e9dique et \u00e0 valeur scientifique, mais certains passages ont mal vieilli.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue historique, cette d\u00e9finition du cheval est fort bien vue et fait de lui l\u2019animal le plus pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>La suite est plus discutable, \u00e0 en croire les cavaliers\u00a0: \u00ab\u00a0Aussi intr\u00e9pide que son ma\u00eetre, le cheval voit le p\u00e9ril et l\u2019affronte.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Biologiste, \u00e9crivain, math\u00e9maticien, naturaliste, philosophe, scientifique, Buffon est c\u00e9l\u00e8bre pour son \u0153uvre majeure, <em>l\u2019Histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re, avec la description du Cabinet du Roy<\/em>, 36 volumes parus de 1749 \u00e0 1789, plus huit autres apr\u00e8s sa mort. Succ\u00e8s immense, comparable \u00e0 <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> de Diderot et d\u2019Alembert. Buffon y a inclus tout le savoir de l\u2019\u00e9poque dans le domaine des sciences naturelles. L\u2019attention qu\u2019il accorde \u00e0 l\u2019anatomie interne le place parmi les pr\u00e9curseurs de l\u2019anatomie comparative\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9rieur, dans les \u00eatres vivants, est le fond du dessin de la nature\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il dans les Quadrup\u00e8des.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e2ne est d\u2019un naturel aussi sensible, aussi patient, aussi tranquille que le cheval est fier, ardent, imp\u00e9tueux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BUFFON<\/span> (1707-1788), <em>Histoire naturelle<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Animaux\u00a0: l\u2019essentiel de son \u0153uvre, face aux quelques livres sur les min\u00e9raux et les v\u00e9g\u00e9taux.<\/p>\n<p>Certes, il manque des esp\u00e8ces et il n\u2019a pas pu voir toutes celles dont il parle, mais il dispose des comptes rendus de zoologistes et de voyageurs. Il d\u00e9veloppe pour chaque animal une fiche d\u00e9taill\u00e9e\u00a0: description g\u00e9n\u00e9rale, illustration, description anatomique. Il lie les esp\u00e8ces entre elles et remarque le lien entre organes et fonction\u00a0: les carnivores ont des griffes et des dents tranchantes, les herbivores des sabots et des dents plates\u2026 Il fait de l\u2019anatomie compar\u00e9e, rapprochant le sabot du cheval et la main humaine. Il compare les esp\u00e8ces de diff\u00e9rents continents, qui ont vari\u00e9 diff\u00e9remment. Cette nouvelle approche de la zoologie ne classe pas les animaux selon leurs crit\u00e8res biologiques, mais selon une suite logique qui part de l\u2019homme, d\u2019o\u00f9 un anthropomorphisme g\u00eanant.<\/p>\n<p>Il reste un des pr\u00e9curseurs du \u00ab\u00a0transformisme\u00a0\u00bb (transmutation des esp\u00e8ces), avec sa th\u00e9orie pessimiste de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration (diff\u00e9rente du darwinisme)\u00a0: toutes les esp\u00e8ces actuelles sont issues du lot initial et certaines ont d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Ainsi, le cheval devenu \u00e2ne. La d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration n\u2019est pas la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, \u00e9tant r\u00e9versible. Replac\u00e9 dans un environnement favorable, l\u2019animal d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 reprendra son aspect normal en quelques g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait pas attention que l\u2019\u00e2ne serait par lui-m\u00eame, et pour nous, le premier, le plus beau, le mieux fait, le plus distingu\u00e9 des animaux, si dans le monde il n\u2019y avait point de cheval\u00a0: il est le second au lieu d\u2019\u00eatre le premier, et par cela seul il semble n\u2019\u00eatre plus rien\u00a0: c\u2019est la comparaison qui le d\u00e9grade\u00a0; on le regarde, on le juge, non pas en lui-m\u00eame, mais relativement au cheval\u00a0; on oublie qu\u2019il est \u00e2ne, qu\u2019il a toutes les qualit\u00e9s de sa nature, tous les dons attach\u00e9s \u00e0 son esp\u00e8ce\u00a0; et on ne pense qu\u2019\u00e0 la figure et aux qualit\u00e9s du cheval, qui lui manquent, et qu\u2019il ne doit pas avoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BUFFON<\/span> (1707-1788), <em>Histoire naturelle<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le naturaliste continue sur sa lanc\u00e9e comparative, histoire de r\u00e9habiliter cet animal plut\u00f4t mal vu et mal trait\u00e9 (apr\u00e8s la cr\u00e8che de J\u00e9sus et avant certains films d\u2019auteur, tel <em>Au hasard Balthazar<\/em> de Robert Bresson). \u00ab\u00a0On donne au cheval de l\u2019\u00e9ducation, on le soigne, on l\u2019instruit, on l\u2019exerce, tandis que l\u2019\u00e2ne, abandonn\u00e9 \u00e0 la grossi\u00e8ret\u00e9 du dernier des valets, ou \u00e0 la malice des enfants, bien loin d\u2019acqu\u00e9rir, ne peut que perdre par son \u00e9ducation\u00a0; et s\u2019il n\u2019avait pas un grand fonds de bonnes qualit\u00e9s, il les perdrait en effet par la mani\u00e8re dont on le traite\u00a0; il est le jouet, le plastron, le bardeau 11 des rustres qui le conduisent le b\u00e2ton \u00e0 la main, qui le frappent, le surchargent, l\u2019exc\u00e8dent sans pr\u00e9caution, sans m\u00e9nagement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le chat est un domestique infid\u00e8le que l\u2019on ne garde que par n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BUFFON<\/span> (1707-1788), <em>Histoire naturelle<\/em>. Tome <span class=\"caps\">VI<\/span>, Les Animaux domestiques (1756)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La suite reste un mod\u00e8le du genre\u00a0: anthropomorphisme peu scientifique et portrait \u00e0 charge fort injuste, ce que lui reprochera bient\u00f4t Chateaubriand, personnellement amateur de chats.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en m\u00eame temps une malice inn\u00e9e, un caract\u00e8re faux, un naturel pervers, que l\u2019\u00e2ge augmente encore, et que l\u2019\u00e9ducation ne fait que masquer. De voleurs d\u00e9termin\u00e9s, ils deviennent seulement, lorsqu\u2019ils sont bien \u00e9lev\u00e9s, souples et flatteurs comme les fripons\u00a0; ils ont la m\u00eame adresse, la m\u00eame subtilit\u00e9, le m\u00eame go\u00fbt pour faire le mal, le m\u00eame penchant \u00e0 la petite rapine\u00a0; comme eux ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, \u00e9pier les occasions, attendre, choisir, saisir l\u2019instant de faire leur coup, se d\u00e9rober ensuite au ch\u00e2timent, fuir et demeurer \u00e9loign\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on les rappelle. Ils prennent ais\u00e9ment des habitudes de soci\u00e9t\u00e9, mais jamais des m\u0153urs\u00a0: ils n\u2019ont que l\u2019apparence de l\u2019attachement\u00a0; on le voit \u00e0 leurs mouvements obliques, \u00e0 leurs yeux \u00e9quivoques\u00a0; ils ne regardent jamais en face la personne aim\u00e9e\u00a0; soit d\u00e9fiance ou fausset\u00e9, ils prennent des d\u00e9tours pour en approcher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu\u2019elles leur font.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les illustrations choisies par Buffon ne rendent pas justice \u00e0 sa gr\u00e2ce naturelle\u00a0: le chat plus raide que nature \u00ab\u00a0fait la gueule\u00a0\u00bb. Pourtant, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, il trouve enfin gr\u00e2ce dans la bonne soci\u00e9t\u00e9, la cour donnant l\u2019exemple avec Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, de tous nos rois le plus amateur de petit f\u00e9lin, avec un faible pour l\u2019Angora blanc qui lui ressemble de mani\u00e8re frappante\u00a0: m\u00eame \u00e9l\u00e9gance rac\u00e9e, m\u00eame indiff\u00e9rence hautaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entends toujours demander si les chiens et les chevaux sont las et jamais les hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1116\" class=\"cit-num\">1116<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LANSMATE<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), premier piqueur du roi. <em>M\u00e9moires sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et sur la R\u00e9volution<\/em> (1886), comte Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Robert Saint John de Cr\u00e8vec\u0153ur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors d\u2019une chasse qui a \u00e9puis\u00e9 b\u00eates et gens, il d\u00e9plore l\u2019insolente sant\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, jointe \u00e0 un \u00e9go\u00efsme certain. L\u2019enfant ch\u00e9tif et plusieurs fois mourant est devenu un sportif infatigable, grand chasseur par tous les temps. Son m\u00e9tier de roi l\u2019ennuie et sa nature m\u00e9lancolique (voire neurasth\u00e9nique) exige toujours plus de divertissements. D\u2019o\u00f9 les nombreuses ma\u00eetresses et le fameux \u00ab\u00a0Parc-aux-cerfs\u00a0\u00bb, nom d\u2019un quartier de Versailles rappelant l\u2019enclos enfermant des cerfs \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> chassait en son ch\u00e2teau. Il abrite \u00e0 pr\u00e9sent un gibier humain pr\u00eat \u00e0 satisfaire les d\u00e9sirs du roi et \u00e0 d\u00e9frayer les gazettes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre nature et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1036\" class=\"cit-num\">1036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une provocation lanc\u00e9e \u00e0 ce si\u00e8cle \u00e9pris de raison et \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui font m\u00e9tier de penser\u00a0! Le <em>Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9<\/em> est un br\u00fblot dangereux qui annonce d\u00e9j\u00e0 le <em>Contrat social<\/em> litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire, mais c\u2019est quand m\u00eame cette petite phrase qui va faire r\u00e9agir Voltaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1138\" class=\"cit-num\">1138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, 30\u00a0ao\u00fbt 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a incompatibilit\u00e9 d\u2019esprit entre les deux personnages et Rousseau \u00e9crit \u00e0 son ami M.\u00a0Moulton\u00a0: \u00ab\u00a0Je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019opposent en tout. Rappelons le mot de Goethe\u00a0: \u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution va pourtant les r\u00e9unir, au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monstre est un chien qui aura entendu aboyer quelques chiens et qui aura pris la rage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1144\" class=\"cit-num\">1144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Lutzelbourg, 20\u00a0janvier 1757, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Attentat manqu\u00e9 contre Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Le \u00ab\u00a0chien\u00a0\u00bb, c\u2019est Damiens, plus fou que r\u00e9gicide, sans doute \u00e9pileptique et simple d\u2019esprit, condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0parricide\u00a0\u00bb \u00e0 la s\u00e9rie des supplices jadis inflig\u00e9s \u00e0 Ravaillac (apr\u00e8s la mort d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>). Damiens a servi comme domestique chez plusieurs magistrats du Parlement de Paris, dont certains tr\u00e8s virulents contre le roi. Il se vanta d\u2019avoir voulu donner une le\u00e7on au roi, pour que d\u00e9sormais il obtemp\u00e9r\u00e2t aux remontrances\u2026 La R\u00e9volution se pr\u00e9pare au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et Voltaire est tout, sauf r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni chiens, ni filles, ni laquais, ni soldats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1161\" class=\"cit-num\">1161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau \u00e0 la porte des jardins et autres lieux publics<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire la pi\u00e8tre estime pour l\u2019arm\u00e9e, sous le r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> qui n\u2019est plus le \u00ab\u00a0Bien aim\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0! Le recrutement est organis\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019on enr\u00f4le les plus pauvres, avec tous les \u00ab\u00a0d\u00e9chets de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, maraudeurs et vauriens, mis\u00e9rables et autres laiss\u00e9s pour compte. La notion de patrie est d\u00e9valu\u00e9e, la philosophie antimilitariste et l\u2019opinion souvent d\u00e9faitiste, alors que l\u2019Angleterre soutient l\u2019effort de guerre, ses hommes et leurs chefs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! la belle statue\u00a0! oh\u00a0! le beau pi\u00e9destal\u00a0!<br>Les Vertus sont \u00e0 pied et le Vice \u00e0 cheval.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1177\" class=\"cit-num\">1177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vers anonymes \u00e9crits sur le socle de la statue \u00e9questre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Le Vandalisme de la R\u00e9volution<\/em> (1993), Fran\u00e7ois Souchal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les statues \u00e9questres\u00a0imposent souvent le respect\u00a0: Jeanne d\u2019Arc, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, Napol\u00e9on en trio de t\u00eate, suivies de Vercing\u00e9torix, Guillaume le Conqu\u00e9rant, Du Guesclin, Fran\u00e7ois Ier, Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, La Fayette, mar\u00e9chal Foch.<\/p>\n<p>Des statues furent d\u00e9boulonn\u00e9es pour des raisons historiques plus ou moins valables, mais aussi \u00ab\u00a0tagu\u00e9es\u00a0\u00bb, d\u00e9grad\u00e9es, humili\u00e9es de diverses fa\u00e7ons. Ainsi, cette statue de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<p>La statue sign\u00e9e de Bouchardon, inaugur\u00e9e \u00e0 Paris le 2\u00a0juin 1765 sur la place Louis-<span class=\"caps\">XV<\/span> (aujourd\u2019hui place de la Concorde), est entour\u00e9e de quatre figures symbolisant les vertus.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 a perdu la Pompadour et pas encore trouv\u00e9 la du Barry, mais entre deux favorites officielles, les dames ne manquent pas, surtout de tr\u00e8s jeunes demoiselles, discr\u00e8tement abrit\u00e9es dans le Parc-aux-Cerfs \u00e0 Versailles, fournies par des parents consentants, ignorant elles-m\u00eames l\u2019identit\u00e9 de leur royal amant et mari\u00e9es \u00e0 des courtisans sit\u00f4t qu\u2019engross\u00e9es. Dit-on. La marquise de Pompadour, maquerelle vigilante, veillait \u00e0 ce que le roi ne s\u2019attache durablement \u00e0 aucune. Disait-on aussi. Le r\u00e8gne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi tr\u00e8s sensuel et \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef est un sujet de choix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre saint p\u00e8re est un dindon \/ Le calotin est un fripon<br>Notre archev\u00eaque un sc\u00e9l\u00e9rat \/ Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1250\" class=\"cit-num\">1250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Premi\u00e8re chanson anticl\u00e9ricale attaquant le pape (sans titre, et sans auteur). <em>Dictionnaire des chansons de la R\u00e9volution<\/em> (1988), Ginette Marty, Georges Marty<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le clerg\u00e9 \u00e9tait une cible habituelle, mais \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, Pie <span class=\"caps\">VI<\/span> en personne est mis en cause. Ce n\u2019est que le d\u00e9but des ennuis pour le 248\u00e8me pape qui verra passer non seulement la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais aussi la campagne d\u2019Italie de Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>Quant au dindon, l\u2019animal a toujours mauvaise presse, dans cette histoire. Du moins est-il pr\u00e9sent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5_revolution-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>\u00ab\u00a0L\u2019aigle marche toujours seul, le dindon fait troupe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1303\" class=\"cit-num\">1303<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793) en r\u00e9ponse \u00e0 Fr\u00e9ron et Desmoulins, septembre\u00a01789<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aigle entre en sc\u00e8ne et va bient\u00f4t voler la vedette aux autres animaux.<\/p>\n<p>Marat est un solitaire, il ne supporte pas la moindre objection. Quand il cr\u00e9e son journal,<em> l\u2019Ami du peuple<\/em> (\u00e0 partir du 12\u00a0septembre\u00a01789), il refuse en ces termes aux deux journalistes r\u00e9volutionnaires de participer \u00e0 la r\u00e9daction. La phrase explique aussi pourquoi cet \u00e9ternel aigri, qui se pose en \u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, n\u2019a pas d\u2019ami. Marat sera tout \u00e0 la fois le grand malade, le grand pers\u00e9cut\u00e9, le grand visionnaire de son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire n\u2019a trop souvent racont\u00e9 les actions que de b\u00eates f\u00e9roces parmi lesquelles on distingue de loin en loin des h\u00e9ros. Il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que nous commen\u00e7ons l\u2019histoire des hommes, celle de fr\u00e8res n\u00e9s pour se rendre mutuellement heureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1324\" class=\"cit-num\">1324<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Discours et opinions de Mirabeau, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une notice sur sa vie<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9volution. L\u2019Orateur du peuple qui s\u2019impose en grand premier r\u00f4le \u00e0 la nouvelle Assembl\u00e9e fait de la fraternit\u00e9 l\u2019invention majeure \u2013 priorit\u00e9 sera plus souvent donn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Avec la conscience de vivre un moment historique et un formidable optimisme \u2013 le bonheur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Marat la \u00ab\u00a0b\u00eate f\u00e9roce\u00a0\u00bb, d\u00e9test\u00e9 de ses confr\u00e8res et de tous les historiens, il avait un grand pouvoir de nuisance en tant qu\u2019\u00ab\u00a0Ami du peuple\u00a0\u00bb \u2013 titre de son journal tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s des sans-culottes. H\u00e9bert va le remplacer, en pire (plus extr\u00e9miste).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 Marie-Antoinette, la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est long. La chronique qui suit continue dans la d\u00e9magogie populaire et animali\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 soldats de l\u2019an deux\u00a0! \u00f4 guerres\u00a0! \u00e9pop\u00e9es\u00a0!<br>Contre les rois tirant ensemble leurs \u00e9p\u00e9es [\u2026]<br>Contre toute l\u2019Europe avec ses capitaines,<br>Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,<br>Avec ses cavaliers,<br>Tout enti\u00e8re debout comme une hydre vivante,<br>Ils chantaient, ils allaient, l\u2019\u00e2me sans \u00e9pouvante<br>Et les pieds sans souliers\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1591\" class=\"cit-num\">1591<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te a raison\u00a0: de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> date la r\u00e9putation des Fran\u00e7ais comme redoutables soldats et la cavalerie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9organis\u00e9e par ordonnance (dite royale) du 1er janvier 1791 en 27 r\u00e9giments de cavalerie de bataille, 25 de chasseurs \u00e0 cheval, 21 de dragons, 12 de hussards et 2 de carabiniers. L\u2019arm\u00e9e nationale fait face victorieusement \u00e0 la premi\u00e8re coalition qui r\u00e9unit Angleterre, Russie, Sardaigne, Espagne, royaume des Deux-Siciles et qui sera bient\u00f4t disloqu\u00e9e par les trait\u00e9s de Paris, B\u00e2le, La\u00a0Haye, en 1795.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-4.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a>\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">GERVAIS<\/span> (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, v\u00eatu de sa redingote grise et \u00e0 dos de mule, en t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal, passant le col des Alpes encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e et sublim\u00e9e par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard<\/em>, portrait \u00e9questre et chef d\u2019\u0153uvre du genre, peint en 1800.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Poser\u00a0? \u00e0 quoi bon\u00a0? croyez-vous que les grands hommes de l\u2019Antiquit\u00e9 dont nous avons les images aient pos\u00e9\u00a0? C\u2019est le caract\u00e8re de la physionomie ce qui l\u2019anime qu\u2019il faut peindre. Personne ne s\u2019informe si les portraits des grands hommes sont ressemblants, il suffit que leur g\u00e9nie y vive.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bonaparte a raison et il va guider le peintre, mais le g\u00e9nie de David d\u00e9passe la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, donnant un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Le tableau s\u2019est mu\u00e9 en image, devenue le symbole m\u00eame des victoires de Napol\u00e9on, alors qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un \u00e9pisode de strat\u00e9gie militaire. Dans l\u2019esprit du public, Napol\u00e9on Bonaparte est avant tout un conqu\u00e9rant et ce tableau synth\u00e9tise le g\u00e9n\u00e9ral, le consul et l\u2019Empereur. Sous cet angle, la propagande bonapartiste a parfaitement fonctionn\u00e9 \u2013 et fonctionne encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1714\" class=\"cit-num\">1714<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, 24\u00a0d\u00e9cembre 1800<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00catre de la poule blanche\u00a0\u00bb, expression corse qui signifie avoir de la chance \u2013 et ce Corse est tr\u00e8s superstitieux. C\u2019est miracle s\u2019il n\u2019est pas mort, ce soir de No\u00ebl 1800. Au passage de son carrosse, explosion de la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb \u2013 tonneau de 200\u00a0livres de poudre, rempli de clous. 22 morts, une cinquantaine de bless\u00e9s, 46\u00a0maisons d\u00e9truites. Le fracas \u00e9branle tout le quartier Saint-Honor\u00e9\u2026 Le Premier Consul est indemne. Empereur, il \u00e9chappera \u00e0 bien d\u2019autres attentats, prot\u00e9g\u00e9 par la poule blanche\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du renard.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1775\" class=\"cit-num\">1775<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). M\u00e9moires du prince de Talleyrand (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand eut tout loisir d\u2019observer l\u2019homme, du Directoire jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019Empire, et d\u2019appr\u00e9cier en connaisseur ses talents.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on est n\u00e9 sous le signe astral du lion, 15\u00a0ao\u00fbt\u00a01769. Le roi des animaux ne peut que le s\u00e9duire, mais il revendique la ruse du renard, face \u00e0 l\u2019adversaire. Pour compl\u00e9ter le bestiaire napol\u00e9onien, il a pris pour symboles l\u2019aigle imp\u00e9rial et les abeilles, qui renvoient \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il commente le mariage imp\u00e9rial en authentique prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps. Le (second) mariage de Napol\u00e9on avec Marie-Louise d\u2019Autriche a lieu le 1er\u00a0avril 1810\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement, plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avri1. Sa femme a 18\u00a0ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble, elle lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome, l\u2019Aiglon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a besoin de r\u00e9tablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son mat\u00e9riel [\u2026] Le repos est son premier besoin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1872\" class=\"cit-num\">1872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 29e Bulletin de la Grande Arm\u00e9e,<em> Le Moniteur<\/em>, 16\u00a0d\u00e9cembre 1812. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du tristement c\u00e9l\u00e8bre Bulletin. La France en est frapp\u00e9e de stupeur.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on, le 5\u00a0d\u00e9cembre, a d\u00e9cid\u00e9 de rentrer, suite \u00e0 la conspiration du g\u00e9n\u00e9ral Malet au le coup d\u2019\u00c9tat manqu\u00e9 de peu\u00a0! D\u2019o\u00f9 cette course folle de treize jours, en tra\u00eeneau, en cabriolet, \u00e0 travers la Pologne, l\u2019Allemagne\u2026 Il ignore le pire\u00a0: la plus atroce d\u00e9route de l\u2019histoire de France commence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-2.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent-Jours. L\u2019empereur de retour d\u2019exil annonce la couleur d\u00e8s le premier jour, se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Restauration avec tous ses symboles d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le \u00ab\u00a0vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb, sur la route Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris \/ Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys, \/ C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays, \/ Crac\u00a0! Il se met en route. \/ En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris. \/ C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 Paris comme au Congr\u00e8s de Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. Et quelque cent jours apr\u00e8s, c\u2019est Waterloo. D\u00e9faite absolue. Fin de l\u2019\u00e9pop\u00e9e c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas une bataille, c\u2019\u00e9tait une boucherie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1941\" class=\"cit-num\">1941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">COIGNET<\/span>, <em>Cahiers<\/em> (1851-1853), bataille de Ligny, derni\u00e8re victoire de la cavalerie imp\u00e9riale avant Waterloo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grognard inspirera le personnage du grenadier Flambeau, dans <em>L\u2019Aiglon<\/em> de Rostand.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque ici la bataille de Ligny, commune de Belgique o\u00f9 les Prussiens de Bl\u00fccher sont battus pour la seconde fois par Napol\u00e9on, le 16\u00a0juin 1815. Les troupes de Ney n\u2019arrivent pas comme pr\u00e9vu, la bataille est ind\u00e9cise, quand Napol\u00e9on d\u00e9cide d\u2019engager la garde imp\u00e9riale, l\u2019arme de la derni\u00e8re chance. \u00ab\u00a0Ce hourra g\u00e9n\u00e9ral de 3\u00a0000 hommes de grosse cavalerie sur un seul point avait quelque chose de prodigieux et d\u2019effrayant\u00a0; il y eut plusieurs chocs des plus violents entre cette cavalerie et la cavalerie prussienne. La terre tremblait sous leurs pieds, le cliquetis des armes et des armures, tout rappelait ces descriptions fabuleuses de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb (t\u00e9moignage de Mauduit, autre grenadier de la Garde).<\/p>\n<p>La fantastique m\u00eal\u00e9e se prolonge jusqu\u2019\u00e0 la nuit. Bilan de cette sanglante journ\u00e9e\u00a0: 20\u00a0000 Prussiens et 13\u00a0000 Fran\u00e7ais bless\u00e9s ou morts. Ligny est l\u2019ultime victoire de Napol\u00e9on, deux jours avant Waterloo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue de l\u2019aventure napol\u00e9onienne. Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes et entre tous, les romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, \u00e0 commencer par Hugo, fascin\u00e9 tr\u00e8s jeune par Napol\u00e9on et promoteur de cette l\u00e9gende de l\u2019aigle.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Edmond Rostand, le dernier de nos auteurs romantiques, c\u2019est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon. Il fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre sera cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphera en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes noirs, d\u2019o\u00f9 sortez-vous\u00a0? \/ Nous sortons de dessous terre,<br>Moiti\u00e9 renards, moiti\u00e9 loups. \/ Notre r\u00e8gle est un myst\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1967\" class=\"cit-num\">1967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre chansonnier contemporain reprend la m\u00e9taphore des renards et des loups. Il vise les j\u00e9suites, de retour avec la monarchie. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> a r\u00e9tabli leur ordre, le 7\u00a0ao\u00fbt 1814. La Charte constitutionnelle reconna\u00eet la libert\u00e9 du culte, mais fait du catholicisme la religion d\u2019\u00c9tat et les p\u00e8res j\u00e9suites pensent avoir le quasi-monopole de l\u2019\u00e9ducation\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes fils de Loyola, \/ Vous savez pourquoi l\u2019on nous exila. \/ Nous rentrons\u00a0; songez \u00e0 vous taire\u00a0! \/ Et que vos enfants suivent nos le\u00e7ons. \/ C\u2019est nous qui fessons, et qui refessons, \/ Les jolis petits, les jolis gar\u00e7ons.\u00a0\u00bb Les deux derniers vers d\u00e9noncent la p\u00e9dophilie pratiqu\u00e9e dans certains coll\u00e8ges.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art de gouverner est r\u00e9duit \u00e0 donner aux frelons la plus forte portion du miel pr\u00e9lev\u00e9 sur les abeilles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1970\" class=\"cit-num\">1970<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>L\u2019Organisateur<\/em> (1819)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous la Restauration, ce socialiste utopique avant la grande \u00e9poque du socialisme d\u00e9veloppe sa fameuse parabole\u00a0: la perte subite des \u00e9lites actives et productives de la nation, du niveau le plus modeste au plus \u00e9lev\u00e9, serait une telle catastrophe que la France aurait besoin d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration pour s\u2019en relever\u00a0; alors que la disparition de la famille royale, des hauts fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat, des grands du clerg\u00e9, recrut\u00e9s essentiellement au sein d\u2019une aristocratie fonci\u00e8re et oisive, serait sans cons\u00e9quence sur la vie et la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays.<\/p>\n<p>Pour cette \u00ab\u00a0fable\u00a0\u00bb, Saint-Simon sera cit\u00e9 en cour d\u2019assises en 1819, mais acquitt\u00e9 en 1820.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-2.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a>\u00ab\u00a0C\u2019est le premier vol de l\u2019Aigle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2224\" class=\"cit-num\">2224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Marie Jean Jacques <span class=\"caps\">DUPIN<\/span> (1783-1865), 22\u00a0janvier\u00a01852<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jouant sur le mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb et remettant l\u2019aigle imp\u00e9rial en sc\u00e8ne, ce magistrat (d\u00e9put\u00e9 sous la <span class=\"caps\">II<\/span>e R\u00e9publique en 1849) parle du d\u00e9cret pris par le prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, portant confiscation des biens de la maison d\u2019Orl\u00e9ans, le 22\u00a0janvier 1852. Le m\u00eame jour, il d\u00e9missionne de ses fonctions \u00e0 la Cour de cassation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851. Le ridicule blesse, s\u2019il ne tue pas. Le coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une assurance au personnage, mais Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une galerie de tableaux o\u00f9 il y a peu d\u2019originaux et beaucoup de copies.\u00a0\u00bb (Tocqueville)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e est la v\u00e9ritable noblesse de notre pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2262\" class=\"cit-num\">2262<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Allocution \u00e0 la garde imp\u00e9riale, 20\u00a0mars 1855.<em> La Politique imp\u00e9riale expos\u00e9e par les discours et proclamations de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1868), Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019arm\u00e9e doit \u00eatre un appui pour l\u2019empereur \u2013 avec l\u2019\u00c9glise, l\u2019administration et la police. Le 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, elle a ob\u00e9i aux civils qui firent le coup d\u2019\u00c9tat. Il va donc la mettre \u00e0 l\u2019honneur et la rendre bonapartiste\u00a0: mesure la plus notoire, il r\u00e9tablit la garde imp\u00e9riale en 1854. Ce sera le dernier corps d\u2019\u00e9lite et d\u2019essence monarchique poss\u00e9d\u00e9 par la France, associ\u00e9 aux fastes du Second Empire, avec des uniformes aux couleurs \u00e9clatantes, o\u00f9 dominent le rouge des pantalons et le bleu des vestes. Tr\u00e8s beau \u00e0 la parade, trop voyant sur le terrain. Cette noblesse date vraiment d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<p>On retrouve l\u2019essentiel de la structure pens\u00e9e par Napol\u00e9on\u00a0: <strong>cavalerie<\/strong> (chasseurs \u00e0 cheval, cuirassiers, carabiniers, lanciers, dragons, guides, hussards, chasseurs d\u2019Afrique, spahis)\u00a0; infanterie (grenadiers, voltigeurs, chasseurs \u00e0 pied, zouaves)\u00a0; artillerie plusieurs fois r\u00e9organis\u00e9e\u00a0; enfin g\u00e9nie (logistique) et train des \u00e9quipages (transportant mat\u00e9riel, munitions, ravitaillement). Sans oublier les troupes de la marine (quatre r\u00e9giments d\u2019infanterie et un r\u00e9giment d\u2019artillerie).<\/p>\n<p>Les officiers, fiers d\u2019\u00eatre ce qu\u2019ils sont, resteront \u00e0 leur place au lieu de vouloir se m\u00ealer de politique. Et ils feront bien leur m\u00e9tier, dans les premi\u00e8res guerres du Second Empire et d\u2019abord en Crim\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! les braves gens\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2316\" class=\"cit-num\">2316<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0Ier (1797-1888), roi de Prusse, devant les charges h\u00e9ro\u00efques de la cavalerie fran\u00e7aise, quand le g\u00e9n\u00e9ral Margueritte tombe \u00e0 Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>La Bataille de Sedan\u00a0: les v\u00e9ritables coupables<\/em> (1887), Emmanuel-F\u00e9lix de Wimpffen, \u00c9mile Corra<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mac-Mahon, au lieu d\u2019aller d\u00e9fendre Paris, va porter secours \u00e0 Bazaine sur ordre de l\u2019imp\u00e9ratrice qui ne veut pas voir l\u2019empereur revenir vaincu. Ce qui conduit Mac-Mahon \u00e0 Sedan, ville de triste m\u00e9moire dans l\u2019histoire de France. Le mar\u00e9chal d\u00e9fend la ville encercl\u00e9e par les Prussiens. Bless\u00e9, il laisse le commandement au g\u00e9n\u00e9ral Ducrot. \u00c9cras\u00e9s par l\u2019artillerie allemande, les Fran\u00e7ais sont impuissants \u00e0 desserrer l\u2019\u00e9tau. Bilan final\u00a0: 15\u00a0000 morts ou bless\u00e9s fran\u00e7ais et 90\u00a0000 prisonniers.<\/p>\n<p>L\u2019empereur souffre le martyre \u2013 maladie de la pierre, autrement dit calculs dans les reins. Pissant le sang, hiss\u00e9 sur son cheval, il affronte la mitraille d\u2019une allure \u00ab\u00a0morne et indiff\u00e9rente\u00a0\u00bb, cherchant la mort qui se refuse \u00e0 lui. Napol\u00e9on a v\u00e9cu ce drame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2347\" class=\"cit-num\">2347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien de m\u00e9taphorique\u00a0! Et parfois, pire encore, dans<em> Choses vues<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est m\u00eame plus du cheval que nous mangeons. C\u2019est peut-\u00eatre du chien\u00a0? C\u2019est peut-\u00eatre du rat\u00a0? Je commence \u00e0 avoir des maux d\u2019estomac. Nous mangeons de l\u2019inconnu.\u00a0\u00bb\u00a0C\u2019est la terrible r\u00e9alit\u00e9 du si\u00e8ge de Paris pendant la guerre franco-allemande. Hugo reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9. Il souffre des souffrances de la ville \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre), est surnomm\u00e9 Ferry la Famine. Et Trochu, gouverneur de la capitale, est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>Durant ces longs mois de si\u00e8ge, les Parisiens vont manger 70 000 chevaux, des chiens, des chats et m\u00eame des rats d\u2019\u00e9gouts sont vendus dans les boucheries et servis dans les restaurants de la capitale.<\/p>\n<p>Peu avant No\u00ebl 1870, la M\u00e9nagerie du Jardin des Plantes ne peut plus nourrir ses pensionnaires. La plupart d\u2019entre eux, y compris les \u00e9l\u00e9phants Castor et Pollux vendus pr\u00e8s de 27 000 francs, sont abattus et leur viande consomm\u00e9e par les habitants affam\u00e9s. Consid\u00e9r\u00e9s comme trop proches des hommes, les singes sont \u00e9pargn\u00e9s\u00a0; les lions et les tigres, jug\u00e9s trop dangereux, \u00e9chappent \u00e9galement \u00e0 un sort funeste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019vant l\u2019boucher, d\u2019vant l\u2019boulanger, \/ On grelotte dans la rue\u00a0:<br>Ni pain ni viand\u2019 pour changer, \/ Mais quelqu\u2019fois y\u2019a d\u2019la morue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2348\" class=\"cit-num\">2348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Plan de Trochu<\/em>, chanson (1871) \u2013 \u00ab\u00a0\u0153uvre collective des journalistes du Grelot\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris trouve encore la force de rire et de chanter\u00a0! Trochu est sa t\u00eate de Turc favorite. 30 couplets d\u00e9taillent les mis\u00e8res quotidiennes des Parisiens. On voit venir la d\u00e9faite. \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 Paris n\u2019aura\u00a0\/ Plus d\u2019quoi nourrir une puce\u00a0\/ S\u2019disait chacun, l\u2019on fera\u00a0\/ Semblant d\u2019se rendre \u00e0 la Prusse\u00a0\/ \u00c7a doit \u00eatre l\u2019plan de Trochu.\u00a0\u00bb Quand le g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9missionne, Hugo ne va pas manque le jeu de mots\u00a0: \u00ab\u00a0Trochu, participe pass\u00e9 du verbe trop choir\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu des prisonniers sanglants, les oreilles arrach\u00e9es, le visage et le cou d\u00e9chir\u00e9s, comme par des griffes de b\u00eates f\u00e9roces.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2367\" class=\"cit-num\">2367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BARR\u00c8RE<\/span> (1851-1940), t\u00e9moignage en date du 3\u00a0avril\u00a01871.<em> Les Convulsions de Paris\u00a0: \u00c9pisodes de la commune<\/em> (1883), Maxime Du Camp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur ambassadeur \u00e0 Rome, ce Communard est t\u00e9moin des combats, Versaillais contre F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Ce qui le choquera plus que tout, c\u2019est la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e contre les convois de prisonniers ramen\u00e9s \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Le 4\u00a0avril, les Versaillais r\u00e9attaquent du c\u00f4t\u00e9 de Neuilly, s\u2019emparent de Courbevoie et Ch\u00e2tillon. Le 5, les Communards prennent 74 otages, dont l\u2019archev\u00eaque de Paris \u2013 Mgr\u00a0Darboy sera ex\u00e9cut\u00e9 pendant la Semaine sanglante, le 24\u00a0mai, en application du \u00ab\u00a0d\u00e9cret des otages\u00a0\u00bb promulgu\u00e9 par la Commune et faute d\u2019avoir pu \u00eatre \u00e9chang\u00e9 contre Auguste Blanqui. George Sand, bien que souvent le c\u0153ur \u00e0 gauche, est d\u00e9j\u00e0 horrifi\u00e9e par les vols, les pillages. Hugo, de Bruxelles o\u00f9 il d\u00fbt se rendre en ce mois d\u2019avril, condamne la guerre civile, la pratique des otages, avant de se d\u00e9clarer \u00ab\u00a0pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l\u2019application\u00a0\u00bb, pr\u00f4nant en vain \u00ab\u00a0conciliation et r\u00e9conciliation.\u00a0\u00bb Lettre publi\u00e9e dans <em>Le Rappel<\/em> du 28\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes gueux comme des rats d\u2019\u00e9glise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2415\" class=\"cit-num\">2415<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), au gouverneur de la Banque de France, faisant allusion aux finances de l\u2019\u00c9tat, 24 mars 1871<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerre franco-allemande de 1870-1871. Le co\u00fbt total est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 15,6\u00a0milliards de francs. Une ran\u00e7on de 5\u00a0milliards est la condition de la lib\u00e9ration du territoire. Le 27\u00a0juin, Thiers lance un premier emprunt d\u2019\u00c9tat de 4,9\u00a0milliards \u00e0 6,6\u00a0% d\u2019int\u00e9r\u00eat. Les souscriptions massives sont consid\u00e9r\u00e9es comme autant de pl\u00e9biscites en sa faveur. Il travaille au redressement du pays, sans pourtant le doter de finances modernes\u00a0: par conservatisme, il \u00e9carte le projet d\u2019un imp\u00f4t sur le revenu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est assez difficile que M. Mac-Mahon nous dise ce qu\u2019il veut, puisqu\u2019il ne peut m\u00eame pas nous apprendre ce qu\u2019il est. C\u2019est ce qu\u2019on appelle en photographie un n\u00e9gatif, et en histoire naturelle un mulet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2440\" class=\"cit-num\">2440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1874<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus r\u00e9publicain que jamais, le journaliste, d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Noum\u00e9a apr\u00e8s la Commune de Paris, r\u00e9ussit la seule \u00e9vasion du bagne de Nouvelle-Cal\u00e9donie, avec quelques camarades. Il rejoint \u00e0 Londres un groupe de communards exil\u00e9s. <em>La Lanterne<\/em> repara\u00eet de juillet\u00a01874 \u00e0 octobre\u00a01876, diffus\u00e9e clandestinement en France, mariant humour et opposition, et r\u00e9galant les amateurs. Le mulet est une trouvaille.<\/p>\n<p>Avec le recul de l\u2019histoire, il faut pourtant rendre justice \u00e0 Mac-Mahon. Mar\u00e9chal et improbable pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, populaire par sa prestance, sa loyaut\u00e9 et sa franchise, il fera autant pour l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique que Thiers, Gambetta ou Gr\u00e9vy, ses contemporains et adversaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La monture a l\u2019air intelligent, ma foi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2454\" class=\"cit-num\">2454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gende d\u2019un portrait de Mac-Mahon \u00e0 cheval, \u00e9t\u00e9 1877. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal qui publie cette belle image tir\u00e9e d\u2019une brochure de propagande, et l\u2019assortit de ce commentaire, est poursuivi pour offense au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et condamn\u00e9 \u00e0 500\u00a0francs d\u2019amende. On ne compte plus les condamnations pour d\u00e9lits de presse et cris s\u00e9ditieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019insurg\u00e9, son vrai nom c\u2019est l\u2019homme\u00a0!\u00a0 \/ Qui n\u2019est plus la b\u00eate de somme,<br>Qui n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 la raison \/ Et qui marche avec confiance<br>Car le soleil de la science \/ Se l\u00e8ve rouge \u00e0 l\u2019horizon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2407\" class=\"cit-num\">2407<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique,<em> L\u2019Insurg\u00e9<\/em> (1884), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et r\u00e9volutionnaire, chansonnier socialiste le plus important (et sinc\u00e8re) du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, Pottier a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit l\u2019Internationale. Membre de la Commune, r\u00e9fugi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s la Semaine sanglante, il rentre de son exil apr\u00e8s la loi d\u2019amnistie et d\u00e9die cette chanson \u00ab\u00a0\u00e0 Blanqui et aux Communards\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Devant toi, mis\u00e8re sauvage,\u00a0\/ Devant toi, pesant esclavage,\u00a0\/ L\u2019insurg\u00e9 se dresse\u00a0\/ Le fusil charg\u00e9.\u00a0\/ On peut le voir en barricades\u00a0\/ Descendr\u2019 avec les camarades,\u00a0\/ Riant, blaguant, risquant sa peau\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Beaucoup de chansons communistes voient le jour dans les ann\u00e9es 1880\u00a0: lutte des classes, guerre sociale contre les patrons, appel \u00e0 la r\u00e9volte arm\u00e9e des ouvriers, mineurs, paysans. L\u2019agitation sociale conna\u00eetra une nouvelle flamb\u00e9e avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ni l\u2019\u00c9tat, ni les patrons, ni les syndicats fran\u00e7ais de cette \u00e9poque ne sont aptes \u00e0 r\u00e9soudre les conflits sociaux n\u00e9s du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et du capitalisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2465\" class=\"cit-num\">2465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), <span class=\"caps\">JJ<\/span> Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et ce n\u2019est pas un compliment\u00a0! Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9cartera vite du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux.<\/p>\n<p>Dans les premiers temps, l\u2019Assembl\u00e9e nationale prendra des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissons au coq gaulois ces sables \u00e0 gratter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2526\" class=\"cit-num\">2526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SALISBURY<\/span> (1830-1903), Premier ministre anglais, 21\u00a0mars 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand le coq n\u2019est pas associ\u00e9 \u00e0 la poule, il est gaulois, par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 nos anc\u00eatres de la Gaule. Symbole (souvent sportif) de la France, mais jamais reconnu officiellement comme le drapeau ou la Marseillaise.<\/p>\n<p>Salisbury parle du Sahara, \u00e0 la fin des n\u00e9gociations franco-anglaises sur la situation respective des deux grandes puissances en Afrique. C\u2019est la suite de l\u2019\u00ab\u00a0incident de Fachoda\u00a0\u00bb (juillet 1898) qui d\u00e9clencha une anglophobie rappelant la Guerre de Cent Ans\u00a0! La convention franco-anglaise (21\u00a0mars 1899) consacre le renoncement de la France sur le Nil, l\u2019Angleterre lui laissant cependant le Maroc et une portion de d\u00e9sert\u00a0: l\u2019orgueil national est froiss\u00e9, mais la raison l\u2019emporte et l\u2019Entente cordiale sera pr\u00e9cieuse dans les temps \u00e0 venir, contre l\u2019Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont les oies qui ont sauv\u00e9 le Capitole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2544\" class=\"cit-num\">2544<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>La Vie orgueilleuse de Clemenceau<\/em> (1987), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce fait de guerre mythique \u2013 les oies, par leurs cris, ont r\u00e9veill\u00e9 les Romains qui ont alors repouss\u00e9 une attaque nocturne des Gaulois. Et r\u00e9ponse \u00e0 qui lui reproche de ne s\u2019entourer que de personnages falots dans son gouvernement\u00a0: le \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le radical intransigeant des ann\u00e9es 1880 devient \u00e0 65\u00a0ans pr\u00e9sident du Conseil et reste \u00e0 ce poste de 1906 \u00e0 1909, avec un vrai programme de r\u00e9formes sociales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je chante pour mon vallon, en souhaitant que dans chaque vallon un coq en fasse autant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span>, <em>Chantecler<\/em>, pi\u00e8ce en 4 actes cr\u00e9\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Porte-Saint-Martin (1910)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le <em>Roman de Renart<\/em> au Moyen \u00c2ge et les <em>Fables<\/em> de La Fontaine au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, voici la troisi\u00e8me \u0153uvre o\u00f9 les animaux par dizaines s\u2019expriment\u00a0: avec un m\u00e9lange de lyrisme romantique et d\u2019humour critique, d\u2019anthropomorphisme et de faux r\u00e9alisme parfaitement assum\u00e9s.<\/p>\n<p>Le nom de Rostand reste attach\u00e9 \u00e0 deux triomphes, <em>Cyrano<\/em> et <em>L\u2019Aiglon<\/em>. Chantecler est un nouveau coup de th\u00e9\u00e2tre et de g\u00e9nie d\u2019une originalit\u00e9 folle, mine de citations dont la plus connue\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 Soleil\u00a0! Toi sans qui les choses \/ Ne seraient que ce qu\u2019elles sont.\u00a0\u00bb Mais combien d\u2019autres\u00a0aussi touchantes\u00a0: \u00ab\u00a0Rien ne sait regarder pleurer comme un vieux chien\u00a0!\u00a0\u00bb et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Sache donc cette triste et rassurante chose \/ Que nul, Coq du matin ou Rossignol du soir \/ N\u2019a tout \u00e0 fait le chant qu\u2019il r\u00eaverait d\u2019avoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sumons l\u2019histoire. Chantecler r\u00e8gne sur sa basse-cour, persuad\u00e9 que son chant fait se lever le soleil. Mais une Poule Faisane bouleverse sa vie\u00a0: l\u2019amour est tel qu\u2019il en oublie de chanter. Le Soleil se l\u00e8ve pourtant\u00a0! Le coq devient la ris\u00e9e de tous les animaux domestiques et sauvages\u00a0: les Hiboux, cr\u00e9atures de la nuit qui le d\u00e9testent,\u00a0 forcent le coq \u00e0 accepter un combat public avec un autre coq.<\/p>\n<p>Le combat a lieu dans le salon litt\u00e9raire de Dame Pintade. Vainqueur apr\u00e8s avoir fr\u00f4l\u00e9 la mort, Chantecler vole au secours de sa basse-cour menac\u00e9e par l\u2019\u00c9pervier. Il recouvre une part de son prestige. Injustement d\u00e9laiss\u00e9e, la Poule Faisane comprend que la vanit\u00e9 l\u2019emporte sur l\u2019amour, chez un coq bien n\u00e9. Pourtant, elle est pr\u00eate \u00e0 se sacrifier pour lui, se portant au-devant d\u2019un chasseur. Le coup part, c\u2019est le Rossignol \u00e0 la voix d\u2019or qui tombe, bless\u00e9 \u00e0 mort. Et Chantecler reste seul \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer l\u2019aurore.<\/p>\n<p>Plus de 70 personnages, pr\u00e8s de 200 costumes pour 35 000 heures de travail, des stars \u00e0 l\u2019affiche\u00a0: Lucien Guitry dans le r\u00f4le-titre, Madame Simone en Poule Faisane, Jean Coquelin en Chien Patou \u2026 On ne peut rien refuser \u00e0 l\u2019auteur de <em>Cyrano\u00a0<\/em>! Rostand con\u00e7oit lui-m\u00eame les costumes et les maquettes des d\u00e9cors. Probl\u00e8mes de sant\u00e9 et crises d\u2019angoisse retardent la cr\u00e9ation d\u2019autant plus attendue. Les spectateurs du monde entier se pressent \u00e0 la premi\u00e8re\u2026 Un \u00e9chec relatif \u2013 impossible d\u2019amortir le co\u00fbt d\u2019un tel montage et l\u2019\u0153uvre est rarement reprise.<\/p>\n<p>Citons pour le plaisir une cinquantaine de personnages entourant le coq Chantecler\u00a0: La Faisane et le Faisan, Patou le chien, Le Merle, La Pintade, Le Paon, Le Rossignol, Les Crapauds, Les Oiseaux de la Nuit, Chabert le Chat, Le Grand Duc, Le Pivert, Le Dindon, Le Pintadeau, Un Chapon, Le Jars, Un Poulet, Un autre Poulet, Un vieux Poulet, Le Rossignol, La Poule blanche, La Poule grise, La Poule noire, La Poule beige, Une petite Poule, La vieille Poule, La Dinde, La Taupe, Premi\u00e8re Fauvette, Deuxi\u00e8me Fauvette, L\u2019Araign\u00e9e, Le Chat huant, Le Paon, Le Pigeon voyageur, Le Coq de combat, Le Canard, Le Cygne, Le Rat, Le Coucou, Deux Poussins, Premier Lapin, Deuxi\u00e8me Lapin, Les Crapauds, Le Geai, L\u2019\u00c9pervier. De quoi faire une bande dessin\u00e9e fabuleuse et fantastique\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019armistice vient d\u2019\u00eatre sign\u00e9 par Lloyd George qui ressemble \u00e0 un caniche, par Wilson qui ressemble \u00e0 un colley et par Clemenceau qui ressemble \u00e0 un dogue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2614\" class=\"cit-num\">2614<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GIRAUDOUX<\/span> (1882-1944), <em>Suzanne et le Pacifique<\/em> (1921)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Un vrai chenil politique au rendez-vous de la victoire.<\/p>\n<p>Diplomate et romancier, puis auteur dramatique, Giraudoux fait carri\u00e8re aux Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1910 \u00e0 1940. L\u2019armistice est sign\u00e9 le 11\u00a0novembre 1918, dans un wagon-salon pr\u00e8s de la gare de Rethondes. Il impose \u00e0 l\u2019Allemagne l\u2019\u00e9vacuation des territoires envahis, de la rive gauche du Rhin, ainsi que d\u2019une zone de 10\u00a0km sur la rive droite\u00a0; la livraison de mat\u00e9riel de guerre (canons, mitrailleuses, sous-marins, navires) pour pr\u00e9venir toute reprise des hostilit\u00e9s\u00a0; la restitution imm\u00e9diate des prisonniers de guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a ri longtemps de ce m\u00e9lodrame o\u00f9 l\u2019auteur faisait dire \u00e0 des soldats de Bouvines\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres, chevaliers de la guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb. C\u2019est fort bien fait, mais il faut donc rire de nous-m\u00eames\u00a0: nos jeunes gens s\u2019intitulaient \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0\u00bb quatre ans avant l\u2019accord de Munich.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2668\" class=\"cit-num\">2668<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Munich, octobre\u00a01938. Quatre ans plus t\u00f4t, l\u2019Europe assiste \u00e0 la mont\u00e9e au pouvoir d\u2019Adolf Hitler. Autrichien naturalis\u00e9 allemand, port\u00e9 au pouvoir par la crise des ann\u00e9es 1930 qui jette les millions d\u2019ouvriers ch\u00f4meurs et de petits rentiers ruin\u00e9s vers les partis extr\u00eames, manipulant l\u2019arm\u00e9e et les puissances financi\u00e8res, devenant chancelier du Reich le 30\u00a0janvier 1933, puis F\u00fchrer, ma\u00eetre absolu, dictateur en 1934. Pl\u00e9biscit\u00e9, promettant \u00e0 son pays de le lib\u00e9rer du Diktat de Versailles, mais annon\u00e7ant de gros sacrifices en \u00e9change\u00a0: \u00ab\u00a0Des canons plut\u00f4t que du beurre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cheval est dangereux devant, dangereux derri\u00e8re et inconfortable au milieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sir Winston <span class=\"caps\">CHURCHILL<\/span> (1874-1965), citation tr\u00e8s connue, mais non sourc\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne respecte plus rien, m\u00eame pas \u00ab\u00a0la plus noble conqu\u00eate de l\u2019homme\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Buffon et historiquement glorieuse\u00a0autant qu\u2019utile\u00a0! Mais cet Anglais, peu sportif et ne reculant jamais pour faire un mot d\u2019humour\u2026 anglais, se rattrape quand m\u00eame par une m\u00e9taphore\u00a0: \u00ab\u00a0On consid\u00e8re le chef d\u2019entreprise comme un homme \u00e0 abattre, ou une vache \u00e0 traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_9-1.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"270\"><\/a>\u00ab\u00a0Ami, entends-tu \/ Le vol noir \/ Des corbeaux \/ Sur nos plaines\u00a0?<br>Ami, entends-tu \/ Ces cris sourds \/ Du pays \/ Qu\u2019on encha\u00eene\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2798\" class=\"cit-num\">2798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">KESSEL<\/span> (1898-1979) et Maurice <span class=\"caps\">DRUON<\/span> (1918-2009), neveu de Kessel, paroles, et Anna <span class=\"caps\">MARLY<\/span> (1917-2006), musique,<em> Le Chant des partisans<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seconde Guerre mondiale. Oiseaux de malheur, les corbeaux sont de retour dans cette marche au rythme lancinant\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00e9 Partisans\u00a0\/ Ouvriers\u00a0\/ Et paysans\u00a0\/ C\u2019est l\u2019alarme\u00a0\/ Ce soir l\u2019ennemi\u00a0\/ Conna\u00eetra\u00a0\/ Le prix du sang\u00a0\/ Et des larmes\u2026\u00a0\u00bb La R\u00e9sistance, devenue un ph\u00e9nom\u00e8ne national, m\u00eale tous les milieux, tous les courants d\u2019opinion, toutes les r\u00e9gions, recr\u00e9ant une union sacr\u00e9e contre l\u2019ennemi dont la pr\u00e9sence se fait insupportable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il vous pla\u00eet\u2026 dessine-moi un mouton\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">EXUP\u00c9RY<\/span> (1900-1944), <em>Le Petit Prince<\/em> (1943, <span class=\"caps\">USA<\/span> et 1946, France), Chapitre 2<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conte po\u00e9tique et philosophique en 27 chapitres, \u00ab\u00a0roman graphique\u00a0\u00bb illustr\u00e9 par l\u2019auteur,<em> Le Petit Prince<\/em> est l\u2019ouvrage de litt\u00e9rature fran\u00e7aise le plus lu et le plus vendu dans le monde et le plus traduit, apr\u00e8s la Bible et le Coran\u00a0! En prime, les animaux y ont leur place. Cela enrichit notre bestiaire.<\/p>\n<p>Un aviateur (comme Saint-Ex) se retrouve dans le d\u00e9sert du Sahara. Il rencontre le petit prince\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il vous pla\u00eet\u2026 dessine-moi un mouton\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0L\u2019aviateur voudrait savoir qui il est, d\u2019o\u00f9 il vient. Pas de r\u00e9ponse. Mais au fil des chapitres et des jours, il reconstitue l\u2019histoire du gar\u00e7on aux cheveux d\u2019or.<br>Il habite l\u2019ast\u00e9ro\u00efde B 612 o\u00f9 il y a trois volcans, o\u00f9 poussent des baobabs et une rose compliqu\u00e9e. Un matin, il quitte sa plan\u00e8te et visite quelques ast\u00e9ro\u00efdes o\u00f9 il rencontre un roi, un vaniteux, un ivrogne, un businessman, un allumeur de r\u00e9verb\u00e8res et un g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>Finalement, il arrive sur la Terre en Afrique et parle avec un serpent. Il parcourt la Terre et fait la connaissance du renard. Qui lui apprend que pour avoir des amis, il faut les apprivoiser. Et que l\u2019on devient responsable pour toujours de ce que l\u2019on a apprivois\u00e9. Au huiti\u00e8me jour, l\u2019aviateur et le petit prince marchent \u00e0 la recherche d\u2019un puits, jusqu\u2019\u00e0 la nuit tomb\u00e9e. La nuit prochaine, cela fera un an que le petit prince a quitt\u00e9 sa plan\u00e8te. Il veut la rejoindre et prie un serpent de le mordre, pour le d\u00e9barrasser de son corps trop lourd. Il rassure l\u2019aviateur\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais l\u2019air d\u2019\u00eatre mort et ce ne sera pas vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 chez lui, l\u2019aviateur pense au petit prince\u00a0: \u00ab\u00a0Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j\u2019habiterai dans l\u2019une d\u2019elles, puisque je rirai dans l\u2019une d\u2019elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les \u00e9toiles. Tu auras toi des \u00e9toiles qui savent rire\u00a0!\u2026 Et quand tu seras consol\u00e9 (on se console toujours) tu seras content de m\u2019avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fen\u00eatre, comme \u00e7a, pour le plaisir\u2026 Ce sera comme si je t\u2019avais donn\u00e9, au lieu d\u2019\u00e9toiles, des tas de petits grelots qui savent rire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Saint-Ex ne conna\u00eetra pas le destin de son <em>Petit Prince<\/em>. 31 juillet 1944, il prend place dans le Lightning n\u00b0223 pour une mission de reconnaissance sur la r\u00e9gion de Grenoble et Annecy. \u00c0 8h35, il d\u00e9colle de la base de Borgo \u2013 dixi\u00e8me mission dont il ne reviendra jamais. Le livre est publi\u00e9 deux ans apr\u00e8s sa mort, chez Gallimard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_10-7.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"272\"><\/a>\u00ab\u00a0Notre syst\u00e8me, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est b\u00e2tard, est peut-\u00eatre plus souple qu\u2019un syst\u00e8me logique. Les \u00ab\u00a0corniauds\u00a0\u00bb sont souvent plus intelligents que les chiens de race.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2935\" class=\"cit-num\">2935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), <em>Le N\u0153ud gordien<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Premier ministre sous de Gaulle (p\u00e8re de la Cinqui\u00e8me) et conscient de cette particularit\u00e9 institutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Notre Constitution est \u00e0 la fois parlementaire et pr\u00e9sidentielle, \u00e0 la mesure de ce que nous commandent \u00e0 la fois les besoins de notre \u00e9quilibre et les traits de notre caract\u00e8re.\u00a0\u00bb Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961. R\u00e9ponse \u00e0 qui reproche au nouveau r\u00e9gime de n\u2019\u00eatre ni parlementaire \u2013 type Troisi\u00e8me ou Quatri\u00e8me\u00a0R\u00e9publique \u2013 ni pr\u00e9sidentielle comme aux \u00c9tats-Unis. Quant aux chiens, ils reviennent fid\u00e8lement dans notre histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le coq gaulois faisait l\u2019autruche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3167\" class=\"cit-num\">3167<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">CHEVRILLON<\/span> (n\u00e9 en 1929),<em> Le Point<\/em>, 14\u00a0avril 1980<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019autruche fait son apparition, associ\u00e9e au coq national. Le journaliste d\u00e9nonce l\u2019insouciance du gouvernement apr\u00e8s le premier choc p\u00e9trolier de 1973 et sa volont\u00e9 de sauver \u00e0 tout prix le pouvoir d\u2019achat, ce qui co\u00fbte cher \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Spirale suicidaire\u00a0: gonflement des salaires nominaux, laminage des profits (donc des capacit\u00e9s de reconversion), d\u00e9ficit du commerce ext\u00e9rieur, effondrement certain, \u00e0 terme, du niveau de vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la droite, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 celle du renard dans le poulailler.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3242\" class=\"cit-num\">3242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MAUROY<\/span> (1928-2013), Congr\u00e8s du <span class=\"caps\">PS<\/span> \u00e0 Bourg-en-Bresse, 29-30 octobre 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour la gauche revenue au pouvoir en 1981 avec Mitterrand, le temps est venu de la rigueur. Il faut galvaniser les troupes sur un sujet porteur\u00a0: la libert\u00e9 de la presse. Le groupe Hersant est vis\u00e9. D\u00e8s fin novembre, le Conseil des ministres adopte un projet de \u00ab\u00a0loi antitrust pour assurer le pluralisme et la transparence de la presse\u00a0\u00bb. L\u2019opposition flaire une loi sc\u00e9l\u00e9rate et liberticide. L\u2019Assembl\u00e9e conna\u00eet \u00e0 nouveau des d\u00e9bats passionn\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu\u2019on ait pu livrer aux chiens l\u2019honneur d\u2019un homme et, finalement, sa vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3306\" class=\"cit-num\">3306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Discours aux fun\u00e9railles de Pierre B\u00e9r\u00e9govoy, 4\u00a0mai 1993<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident d\u00e9fend la m\u00e9moire de son ex-Premier ministre et ami\u00a0: B\u00e9r\u00e9govoy s\u2019est tir\u00e9 une balle dans la t\u00eate le 1er\u00a0mai, apr\u00e8s un acharnement m\u00e9diatique injuste. La presse reprochait \u00e0 cet homme honn\u00eate, luttant contre la corruption et les corrompus, un pr\u00eat sans int\u00e9r\u00eat pour une somme relativement modeste (un million de francs). Cet ancien militant, fid\u00e8le \u00e0 ses convictions comme \u00e0 ses amis, mais attaqu\u00e9, puis l\u00e2ch\u00e9 par les siens et notoirement d\u00e9prim\u00e9, se reprochait surtout la d\u00e9faite de la gauche, aux l\u00e9gislatives de mars\u00a01993.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas blesser une b\u00eate\u00a0: on la caresse ou on la tue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3309\" class=\"cit-num\">3309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019). <em>M\u00e9moires<\/em>, tome I, <em>Chaque pas doit \u00eatre un but<\/em> (2009), Jacques Chirac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chirac a lui-m\u00eame beaucoup tu\u00e9. Dans les couloirs de l\u2019Assembl\u00e9e, \u00e0 la veille de la prochaine pr\u00e9sidentielle (2002), Balladur pr\u00e9viendra Jospin\u00a0: \u00ab\u00a0Chirac a tu\u00e9 Chaban-Delmas, il a ensuite tu\u00e9 Giscard, puis il a tu\u00e9 Barre, et enfin il m\u2019a tu\u00e9. M\u00e9fiez-vous.\u00a0\u00bb Il a bless\u00e9 aussi. Son biographe, Franz-Olivier Giesbert, \u00e9crit qu\u2019il ne garde rien, \u00ab\u00a0m\u00eame pas ses amis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Normal\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde politique est une jungle\u00a0\u00bb, selon Chirac. Chirac et Sarkozy sont deux \u00ab\u00a0fauves\u00a0\u00bb, pas de la m\u00eame taille, pas de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration. Mais leur rivalit\u00e9 marquera la vie politique fran\u00e7aise et Chirac ne pardonnera jamais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous saviez le plaisir que j\u2019ai pu \u00e9prouver \u00e0 passer pour un blaireau, surtout au milieu de corniauds.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3321\" class=\"cit-num\">3321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019),<em> Dans la peau de Jacques Chirac<\/em> (2006), Karl Z\u00e9ro et Michel Royer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le blaireau, petit mammif\u00e8re carnassier aux poils hirsutes et familier des terriers, est une trouvaille fort bien plac\u00e9e, avec son double sens argotique d\u2019idiot minable.<\/p>\n<p>Trait de caract\u00e8re original\u00a0: aucun pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019a pu tenir ce genre de propos, \u00e0 l\u2019humour assum\u00e9, rigolard et franchouillard. \u00ab\u00a0Moi, vous savez, je n\u2019aime que deux choses\u00a0: la trompette de cavalerie et les romans policiers.\u00a0\u00bb Il cultive ce personnage populaire, \u00e7a l\u2019amuse et \u00e7a pla\u00eet, c\u2019est bon pour sa cote de popularit\u00e9\u2026 Mais Chirac est plus cultiv\u00e9 qu\u2019il ne veut para\u00eetre, contrairement \u00e0 tous ceux qui pratiquent la m\u00e9thode inverse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Buvons \u00e0 nos femmes, \u00e0 nos chevaux, et \u00e0 ceux qui les montent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3322\" class=\"cit-num\">3322<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), cit\u00e9 dans <em>Marianne<\/em> n\u00b0\u00a0184 (mars\u00a02012)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Politiquement incorrect, assez macho et un peu cavalier \u2013 la source est d\u2019ailleurs dans la tradition de la cavalerie fran\u00e7aise. Mais il n\u2019y a que Chirac pour oser et afficher cette image publique, voire pr\u00e9sidentielle. Sa popularit\u00e9 conna\u00eet des hauts et des bas, mais sa libert\u00e9 de ton et son c\u00f4t\u00e9 bon vivant le rendent malgr\u00e9 tout sympathique. Plus encore sa retraite politique et sa vieillesse malade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fascination, d\u00e9fiance, r\u00e9pulsion\u2026 l\u2019omnipr\u00e9sent pr\u00e9sident de la R\u00e9publique nourrit depuis longtemps un lien puissant, passionn\u00e9, quasi obsessionnel, au monde m\u00e9diatique. B\u00eate de sc\u00e8ne, il est n\u00e9 et a grandi avec la t\u00e9l\u00e9, qu\u2019il aime et qu\u2019il regarde. Il en conna\u00eet les codes par c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3333\" class=\"cit-num\">3333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuelle <span class=\"caps\">ANIZON<\/span> (n\u00e9e en1968), <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, 12\u00a0mars 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce <em>show-man<\/em> virtuose, dou\u00e9 d\u2019une vitalit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, avec le bagou et le charisme canaille d\u2019un Bernard Tapie, fait comme lui exploser l\u2019audimat et s\u2019en vante. <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> en t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0Direct, vivant, faussement spontan\u00e9, Nicolas Sarkozy est un bon client. Pour la t\u00e9l\u00e9, comme pour la presse \u00e9crite, qui s\u2019est laiss\u00e9e prendre \u00e0 ses <em>off<\/em>, son tutoiement, sa familiarit\u00e9, ses confidences, main sur l\u2019\u00e9paule. \u00c0 son agenda fr\u00e9n\u00e9tique, aussi. \u00ab\u00a0Comment ne pas parler de Sarko\u00a0?\u00a0\u00bb se demandaient les r\u00e9dactions, prises en otage par les d\u00e9placements \/ \u00e9v\u00e9nements quotidiens de l\u2019infatigable ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, devenu candidat en 2006.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Critique des innombrables discours, d\u00e9codage des moindres faits et gestes, on sait tout, on dit tout. La pratique du <em>off<\/em> embrouille plus qu\u2019elle n\u2019\u00e9claire, avec les propos distill\u00e9s suivant une d\u00e9rive syst\u00e9matique et un emballement qui masque les vrais probl\u00e8mes, \u00e0 coup de petites phrases blessantes et de vraies fausses confidences. Cela fait partie d\u2019un \u00ab\u00a0plan de com\u00a0\u00bb pour cr\u00e9er du buzz et capter l\u2019attention des lecteurs, auditeurs et t\u00e9l\u00e9spectateurs en \u00ab\u00a0enfumant\u00a0\u00bb la presse. Et \u00e7a passe, ou \u00e7a casse\u00a0: \u00ab\u00a0Aller au bout de soi-m\u00eame, c\u2019est toujours ce que j\u2019ai voulu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les vaches folles rendent les bouchers anxieux.<br>\u2014 Un malheur n\u2019arrive jamais seul\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3339\" class=\"cit-num\">3339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roland <span class=\"caps\">TOPOR<\/span> (1938-1997), <em>Jach\u00e8re Party<\/em> (1996)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Humour d\u00e9cal\u00e9, humour noir, absurde, et tout terrain\u00a0: th\u00e9\u00e2tre, cin\u00e9ma, dessin, peinture, roman, po\u00e9sie, radio\u2026 et pataphysique. La vache folle est soudain promue vedette d\u2019un feuilleton dramatique.<\/p>\n<p>Fin 1995, des bovins de plus en plus nombreux meurent en Angleterre de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (<span class=\"caps\">MCJ<\/span>), d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du syst\u00e8me nerveux. Le <em>Mirror<\/em> d\u00e9voile le lien potentiel entre l\u2019<span class=\"caps\">ESB<\/span> (enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine) et la <span class=\"caps\">MCJ<\/span>, transmissible \u00e0 l\u2019homme. La crise de la \u00ab\u00a0vache folle\u00a0\u00bb est lanc\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019angoisse alimentaire est un sujet hypersensible, en France. Le monde agricole s\u2019affole devant la chute des ventes. La presse fait chorus\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ira le poison anglais\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>La Vie<\/em>, juin\u00a01996). Et Chirac s\u00e8me un grain de bon sens pr\u00e9sidentiel\u00a0: \u00ab\u00a0On ferait mieux de parler moins de la vache folle et plus de la presse folle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les farines animales donn\u00e9es aux bovins naturellement v\u00e9g\u00e9tariens, incrimin\u00e9es, sont d\u00e9sormais interdites. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie est finie. Mais en 2009, la grippe (ou peste) aviaire va jeter l\u2019opprobre sur les oiseaux et les volailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut d\u00e9graisser le mammouth.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3344\" class=\"cit-num\">3344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">ALL\u00c8GRE<\/span> (n\u00e9 en 1937), ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale, 24\u00a0juin 1997<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9e en force du mastodonte, pav\u00e9 dans la mare m\u00e9diatique. En clair, il faut r\u00e9duire les effectifs\u2026<\/p>\n<p>All\u00e8gre est un chercheur reconnu, m\u00e9daill\u00e9 et prim\u00e9, m\u00eame si ses prises de position \u00e9cologiques sur le climat seront \u00ab\u00a0politiquement incorrectes\u00a0\u00bb. Il pr\u00e9voit une r\u00e9forme des lyc\u00e9es, pour \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la diversit\u00e9\u00a0\u00bb des fili\u00e8res. Il veut changer les horaires, d\u00e9velopper des \u00ab\u00a0activit\u00e9s culturelles et citoyennes\u00a0\u00bb. Projets mal re\u00e7us, mais c\u2019est surtout son langage qui choque le milieu enseignant.<\/p>\n<p>L\u2019image fait mouche, le mammouth devient l\u2019embl\u00e8me de la contestation. On r\u00e9fute ses chiffres (sur l\u2019absent\u00e9isme des professeurs, la dur\u00e9e de leurs cong\u00e9s), et ses jugements tranch\u00e9s sur diverses mati\u00e8res (les maths d\u00e9valu\u00e9es par les machines \u00e0 calculer, l\u2019anglais qui ne doit plus \u00eatre une langue \u00e9trang\u00e8re pour les Fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>Le mammouth qui fait image est quand m\u00eame la plus grosse erreur de langage. Le ministre revient sur sa petite phrase, pr\u00e9cisant qu\u2019elle visait l\u2019administration centrale, et non les professeurs. Il va d\u2019ailleurs ajouter 70\u00a0000 emplois au million existant. Mais en mars\u00a02000, Lionel Jospin devra sacrifier son ami All\u00e8gre et rappeler \u00e0 l\u2019\u00c9ducation nationale le tr\u00e8s consensuel et populaire Jack Lang.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien ne sera plus jamais comme avant au Parti socialiste\u00a0! Fini le temps des \u00e9l\u00e9phants r\u00e9volus, et place aux jeunes lions\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3423\" class=\"cit-num\">3423<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arnaud <span class=\"caps\">MONTEBOURG<\/span> (n\u00e9 en 1962), <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 18\u00a0juin 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9\u00e9lu d\u00e9put\u00e9, il se pose en leader du p\u00f4le des r\u00e9novateurs au <span class=\"caps\">PS<\/span>. Tous les partis ont leurs jeunes loups (ou lions) aux dents ac\u00e9r\u00e9es. La plupart des dirigeants souhaitent \u00e0 pr\u00e9sent r\u00e9former le <span class=\"caps\">PS<\/span>, mais dans quel sens\u00a0? En faire un parti social-d\u00e9mocrate qui accepte l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 (Dominique Strauss-Kahn) ou se repositionner \u00e0 gauche (Laurent Fabius, Jean-Luc M\u00e9lenchon)\u00a0? Mais Fran\u00e7ois Hollande reste Premier secr\u00e9taire. Et la droite a gagn\u00e9 les \u00e9lections, Sarkozy est pr\u00e9sident jusqu\u2019en 2012.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rassembler les centristes, c\u2019est comme conduire une brouette pleine de grenouilles\u00a0: elles sautent dans tous les sens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3450\" class=\"cit-num\">3450<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">BAYROU<\/span> (n\u00e9 en 1951), mars\u00a02011, avant de d\u00e9clarer sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9taphore animale dans l\u2019esprit du B\u00e9arnais tel qu\u2019il s\u2019affiche et s\u00e9duit\u00a0: \u00ab\u00a0Moi et mes amis, on n\u2019est pas la jet-society, on est la tractor-society.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019image est \u00e9vocatrice d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 bien connue par Bayrou\u00a0! Pr\u00e9sident de l\u2019ex-<span class=\"caps\">UDF<\/span>, il a cr\u00e9\u00e9 le Modem (Mouvement d\u00e9mocrate) face \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">UMP<\/span>, au lendemain de la pr\u00e9sidentielle de 2007, cependant qu\u2019il rame depuis 2002 pour rassembler, entre les deux p\u00f4les solidement ancr\u00e9s d\u2019une France plus que jamais bipolaris\u00e9e. Vocation de troisi\u00e8me homme ou mal\u00e9diction\u00a0? Il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une cote de popularit\u00e9 qui le met en t\u00eate de tous les candidats \u00e0 la pr\u00e9sidence. Mais seul Giscard d\u2019Estaing a r\u00e9ussi le pari de gouverner au centre. Et sans un parti uni et fort, un homme seul a peu de chance d\u2019\u00eatre \u00e9lu \u00e0 la candidature supr\u00eame. Il sera donc battu. Et les grenouilles \u00ab\u00a0grenouillent\u00a0\u00bb plus que jamais\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand c\u2019est flou, c\u2019est qu\u2019il y a un loup.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3460\" class=\"cit-num\">3460<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martine <span class=\"caps\">AUBRY<\/span> (n\u00e9e en 1950), citant sa grand-m\u00e8re, pour critiquer Fran\u00e7ois Hollande, son principal concurrent dans les primaires socialistes, 13\u00a0septembre 2011 sur <span class=\"caps\">RTL<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Candidate \u00e0 la primaire socialiste, elle a trouv\u00e9 du \u00ab\u00a0flou\u00a0\u00bb chez Hollande, lors du d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 qui les opposait la veille. \u00ab\u00a0J\u2019ai bien compris qu\u2019il essayait de passer entre les gouttes quand je lui posais un certain nombre de questions\u2026 Ma grand-m\u00e8re disait\u00a0: \u00ab\u00a0Quand c\u2019est flou, c\u2019est qu\u2019il y a un loup\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, a-t-elle poursuivi. \u00ab\u00a0J\u2019ai essay\u00e9 de mettre le doigt sur certains de ses loups.\u00a0\u00bb Elle l\u2019accuse aussi d\u2019avoir employ\u00e9 \u00ab\u00a0des mots de droite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En tout cas, le dicton de la grand-m\u00e8re court les m\u00e9dias et pimente les discours d\u2019un brin de bon sens populaire. Ainsi na\u00eet une vraie citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la vieille chenille vient de sortir un beau papillon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3461\" class=\"cit-num\">3461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arnaud <span class=\"caps\">MONTEBOURG<\/span> (n\u00e9 en 1962), interview dans <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 14\u00a0octobre 2011<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0jeune lion\u00a0\u00bb s\u2019est battu contre les \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9phants r\u00e9volus\u00a0\u00bb et file toujours la m\u00e9taphore animale avec bonheur. Le \u00ab\u00a0troisi\u00e8me homme\u00a0\u00bb de ces primaires citoyennes ouvertes \u00e0 tous les futurs \u00e9lecteurs se reconnaissant dans les valeurs de gauche affiche sa fiert\u00e9, entre les deux tours (9 et 16\u00a0octobre). \u00ab\u00a0Cette primaire, que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 imposer au <span class=\"caps\">PS<\/span>, a cr\u00e9\u00e9 une situation nouvelle et extraordinaire. M\u00eame la droite nous envie cette innovation d\u00e9mocratique majeure.\u00a0\u00bb Il est \u00e9galement fier de son score\u00a0: son projet r\u00e9formateur (<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0R\u00e9publique, d\u00e9mocratie nouvelle, d\u00e9mondialisation) et son parler franc lui ont valu 17\u00a0% des voix. S\u00e9gol\u00e8ne Royal est la grande perdante, avec moins de 7\u00a0%, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet tenant le r\u00f4le de petits candidats.<\/p>\n<p>Montebourg veut maintenant \u00ab\u00a0faire gagner la gauche et battre Nicolas Sarkozy. \u00c0 titre exclusivement personnel, je voterai donc pour Fran\u00e7ois Hollande, arriv\u00e9 en t\u00eate du premier tour, \u00e0 mes yeux meilleur rassembleur.\u00a0\u00bb Ministre tr\u00e8s m\u00e9diatique, le \u00ab\u00a0jeune\u00a0lion\u00a0\u00bb doit quitter le gouvernement, mais annonce son retour en politique, au printemps 2016. Face \u00e0 un \u00ab\u00a0jeune loup\u00a0\u00bb qui s\u00e9duit beaucoup l\u2019opinion avide de sang neuf, Emmanuel Macron.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec les hommes, j\u2019ai toujours l\u2019impression d\u2019appara\u00eetre d\u00e9guis\u00e9. Seuls les chevaux me voient tel que je suis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BARTABAS<\/span> (n\u00e9 en 1957), <em>D\u2019un cheval l\u2019autre<\/em> (2020)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Histoire d\u2019amour-passion et de communion avec les chevaux, pour le repr\u00e9sentant d\u2019un art \u00e9questre singulier.<\/p>\n<p>Cr\u00e9ateur du Th\u00e9\u00e2tre Zingaro en 1984 et de l\u2019Acad\u00e9mie du spectacle \u00e9questre \u00e0 la Grande \u00c9curie du ch\u00e2teau de Versailles en 2003, install\u00e9 en 1989 au Fort d\u2019Aubervilliers (banlieue nord de Paris), il fait plusieurs tours du monde avec ses cr\u00e9ations et ses acteurs\u00a0: d\u2019Akim \u00e0 Zurbaran, en passant par Angelo, Barychnikov, Chamaco, Dominguin, Edwin, Farinelli, Herm\u00e8s, Lucifer, Mazeppa, Pollock, Swann et Terminator.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque son premier cheval achet\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je viens d \u2039adopter un enfant de six cents kilos\u00a0: ce solide animal aux origines plus ou moins espagnoles, \u00e0 la robe isabelle et au regard si doux se nomme Hildalgo\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Zingaro (1982 \u2013 d\u00e9cembre 1998 ), \u00ab\u00a0perle noire\u00a0\u00bb, \u00e9talon de race Frison, donna son nom au th\u00e9\u00e2tre \u00e9questre de Bartabas, participant \u00e0 tous ses spectacles, jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame confession et la m\u00eame veine litt\u00e9raire, on peut lire avec \u00e9motion ces mots\u00a0d\u2019amour pour cette race\u00a0: <br>\u00ab\u00a0Monter \u00e0 cheval, c\u2019est partager sa solitude.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est pr\u00e9somptueux de croire que les chevaux sont n\u00e9s pour les hommes, et vain de chercher celui que l\u2019on voudrait parfait. Il me faudra toujours les accepter tels qu\u2019ils sont, les adopter, m\u2019appliquer \u00e0 faire \u00e9clore les tr\u00e9sors qu\u2019ils rec\u00e8lent et parfois m\u00eame c\u00e9l\u00e9brer leurs d\u00e9fauts. Cette philosophie guidera d\u00e9sormais mon approche des chevaux\u2026et des hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le dernier mot est un hommage plus g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la race animale\u00a0: \u00ab\u00a0Les animaux sont des m\u00e9diums, ils captent l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 des \u00e2mes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aimez-vous les b\u00eates\u00a0? 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