{"id":8981,"date":"2021-05-10T13:43:26","date_gmt":"2021-05-10T11:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/napoleon-super-star-de-lhistoire-4e-episode-des-cent-jours-au-second-empire\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:08","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:08","slug":"napoleon-super-star-de-lhistoire-4e-episode-des-cent-jours-au-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-4e-episode-des-cent-jours-au-second-empire\/","title":{"rendered":"Napol\u00e9on, super-star de l&#039;histoire (4e \u00e9pisode : des Cent Jours au Second Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>La question n\u2019est pas\u00a0: faut-il comm\u00e9morer le bicentenaire\u00a0de sa mort\u00a0? \u00c9videmment oui\u00a0!!!<\/p>\n<p>Mais comment comm\u00e9morer\u00a0? En disant \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb, la l\u00e9gende dor\u00e9e du h\u00e9ros et la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre corse, ses convictions proclam\u00e9es et ses doutes avou\u00e9s, ses contradictions \u00e9videntes et ses pens\u00e9es intimes, avec ce sens du Destin aussi fort que sa superstition de Corse\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 Mme M\u00e8re, ayant \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 l\u2019attentat de la rue St Nicaise (22 morts et\u00a0 46 immeubles d\u00e9truits, No\u00ebl 1800).<\/p>\n<p>Autre pari, r\u00e9sumer cette page capitale du r\u00e9cit national en un \u00e9dito de quatre semaines, tout en paroles et en actions, plus un autoportrait en dix citations\u00a0: aller \u00e0 l\u2019essentiel, avec quelques d\u00e9tails et anecdotes peu connues. Libre \u00e0 vous de plonger ensuite dans la bibliographie pl\u00e9thorique, pour analyser une bataille (Austerlitz ou Waterloo), une institution (Code Civil ou L\u00e9gion d\u2019honneur), explorer les arcanes du personnage plus complexe que nature, passer en revue les partenaires amis ou ennemis, civils ou militaires, interroger les grands t\u00e9moins (Talleyrand, Chateaubriand), p\u00e9n\u00e9trer les coulisses d\u2019une vie priv\u00e9e tumultueuse entre sa grande famille, ses deux \u00e9pouses, l\u2019Aiglon ador\u00e9, une m\u00e8re au fort caract\u00e8re\u2026 et cette misogynie maintes fois affich\u00e9e. <\/p>\n<p>La forme de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> s\u2019impose plus que jamais\u00a0: la Chronique rebondit de mot en mot, l\u2019histoire galope avec cet acteur aussi dou\u00e9 pour le Verbe que pour l\u2019Action.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-6.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a>\u00ab\u00a0Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb dit le vaincu \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. Il p\u00e8che par modestie\u00a0! Sa vie est une \u00e9pop\u00e9e que nul auteur n\u2019aurait imagin\u00e9e, une tragicom\u00e9die dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> donne la cl\u00e9, qualifiant l\u2019adversaire\u00a0en deux mots\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Vigny). Napol\u00e9on a fascin\u00e9 tous les t\u00e9moins, les historiens et le monde entier. Laissons le mot de la fin (provisoire) \u00e0 Chateaubriand, son grand opposant\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme, dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La l\u00e9gende suivra, nourrie par le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> et la nostalgie du si\u00e8cle, les chansons populaires de B\u00e9ranger, les pages d\u2019Hugo fascin\u00e9 par le h\u00e9ros.<\/p>\n<p>L\u2019Histoire rebondit avec le Second Empire\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte s\u2019inspire de l\u2019illustre anc\u00eatre et le Nom lui permet d\u2019acc\u00e9der au pouvoir. Jusqu\u2019\u00e0 la chute, c\u2019est un copi\u00e9-coll\u00e9 de la geste napol\u00e9onienne, sans l\u00e9gende et le g\u00e9nie en moins.<\/p>\n<p>Ces citations sont tir\u00e9es de notre Chronique de citations sur le Directoire, le Consulat et l\u2019Empire (tome 6).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Faites un tour dans la Boutique<\/a>, feuilletez les 20 premi\u00e8res pages de chaque volume et voyez si \u00e7a vaut le co\u00fbt (4 \u20ac le volume)\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Napol\u00e9on, super-star de l\u2019histoire, retrouvez nos quatre \u00e9ditos\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-1er-episode-autoportrait-et-entree-dans-lhistoire\/\">Autoportrait et entr\u00e9e dans l\u2019Histoire<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-2e-episode-un-quinquennat-eblouissant\/\">Un quinquennat \u00e9blouissant<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-3e-episode-lempereur-absolu-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire\/\">L\u2019empereur absolu, pour le meilleur et pour le pire<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-4e-episode-des-cent-jours-au-second-empire\/\">Des Cent Jours au Second Empire<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3>Quatri\u00e8me semaine \u2013 des Cent Jours au Second Empire.<\/h3>\n<h4><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span> et <span class=\"caps\">COME<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BACK<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1892\" class=\"cit-num\">1892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un g\u00e9nie de notre litt\u00e9rature. En politique, Chateaubriand a surtout une vocation d\u2019\u00e9ternel opposant. \u00c9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, s\u00e9v\u00e8re pour Napol\u00e9on Ier \u00e0 qui il ne pardonne pas la mort du duc d\u2019Enghien, il commence par \u00eatre ultraroyaliste sous les Bourbons revenus, ayant bient\u00f4t rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l\u2019opposition au pouvoir en place, aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appartiens \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e avec le\u00a0si\u00e8cle, qui, nourrie de bulletins par l\u2019Empereur, avait toujours devant les yeux une \u00e9p\u00e9e nue et vint la prendre au moment m\u00eame o\u00f9 la France la remettait dans le fourreau des Bourbons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1895\" class=\"cit-num\">1895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863), <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un grand \u00e9crivain de ce temps riche en talents, bien plus que la R\u00e9volution et l\u2019Empire. Vigny traduit ici l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de toute une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes romantiques \u00ab\u00a0bien n\u00e9s\u00a0\u00bb. Ils rallieront l\u2019opposition lib\u00e9rale quand la monarchie selon Charles X deviendra plus ultra que royaliste, \u00e0 la fin de la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il monta p\u00e9niblement ce tr\u00f4ne que son pr\u00e9d\u00e9cesseur avait eu l\u2019air d\u2019escalader.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1904\" class=\"cit-num\">1904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Fran\u00e7ois Marie, comte de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1797-1875).<em> M\u00e9moires de ma vie<\/em>, volume\u00a0I (posthume, 1967), Charles de R\u00e9musat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune collaborateur au <em>Globe<\/em>, journal d\u2019opposition lib\u00e9rale, fils du chambellan de Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons \u00e0 la Restauration, il constate l\u2019\u00e9vidence, en 1814\u00a0: \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degr\u00e9, en outre afflig\u00e9 d\u2019un accent d\u00fb non pas \u00e0 son \u00e9migration prolong\u00e9e, mais \u00e0 une phon\u00e9tique demeur\u00e9e tr\u00e8s Ancien R\u00e9gime, qui \u00f4te toute noblesse \u00e0 sa royale affirmation\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est mou\u00e9 qui suis le rou\u00e9.\u00a0\u00bb Les chansonniers ne vont pas rater \u00ab\u00a0le rou\u00e9\u00a0\u00bb, souvent et m\u00e9chamment brocard\u00e9, au si\u00e8cle de la caricature reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est chang\u00e9 en France, il n\u2019y a qu\u2019un Fran\u00e7ais de plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1912\" class=\"cit-num\">1912<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ARTOIS<\/span> et futur Charles\u00a0X (1757-1836), D\u00e9claration du 12\u00a0avril 1814. <em>M\u00e9moires et Correspondance du Prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fringant et rayonnant, escort\u00e9 de 600 gardes nationaux, ovationn\u00e9 par les Parisiens, il fait son entr\u00e9e dans Paris et regagne le palais des Tuileries d\u2019o\u00f9 la R\u00e9volution le chassa \u2013 il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire, le 17\u00a0juillet 1789. Cette phrase est assez floue et minimaliste pour rassurer la France en \u00e9tat de choc. Elle minore l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la restauration de la monarchie, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019occulte \u00e0 la fois la R\u00e9volution et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Talleyrand raconte comment le pr\u00e9fet Beugnot et le chancelier Pasquier finirent par accoucher du Mot historique qu\u2019il envoya lui-m\u00eame au <em>Moniteur<\/em> (journal officiel) en annon\u00e7ant la rentr\u00e9e du comte d\u2019Artois. Le mot plut \u00e0 Paris et \u00ab\u00a0\u00e0 force de l\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter et admirer, le comte d\u2019Artois finit par \u00eatre sinc\u00e8rement persuad\u00e9 qu\u2019il l\u2019avait dit.\u00a0\u00bb Cependant que le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est \u00e0 Calais, condamn\u00e9 par une crise de goutte \u00e0 diff\u00e9rer son d\u00e9barquement du bateau venu d\u2019Angleterre\u00a0!<\/p>\n<p>Ce mot fait aussi \u00e9cho au dicton cruel \u00e9voquant l\u2019abdication de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t, il n\u2019y aura en France qu\u2019un Fran\u00e7ais de moins.\u00a0\u00bb Le soir m\u00eame, 12\u00a0avril, \u00e0 Fontainebleau, Napol\u00e9on tente de se suicider \u2013 pour la \u00e9ni\u00e8me fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Officiers, sous-officiers et soldats de la vieille garde, je vous fais mes adieux [\u2026] Depuis vingt ans, je suis content de vous. Je vous ai toujours trouv\u00e9s sur le chemin de l\u2019honneur. Je ne puis vous embrasser tous, mais j\u2019embrasserai votre g\u00e9n\u00e9ral.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1913\" class=\"cit-num\">1913<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Adieux aux soldats de la Vieille Garde, dans la cour du palais de Fontainebleau, 20\u00a0avril\u00a01814. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur vaincu et d\u00e9chu embrasse le g\u00e9n\u00e9ral Petit, puis le drapeau avec l\u2019aigle imp\u00e9rial. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la Jeune Garde et de la Moyenne Garde, les v\u00e9t\u00e9rans de la Vieille Garde, toujours fid\u00e8les \u00e0 Napol\u00e9on, restent comme les plus valeureux soldats de notre histoire. Retrait\u00e9s ou r\u00e9form\u00e9s, on les appelle \u00ab\u00a0les vieux de la Vieille\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019origine de cette expression populaire.<\/p>\n<p>Le 28\u00a0avril, Napol\u00e9on s\u2019embarque \u00e0 Fr\u00e9jus sur une fr\u00e9gate anglaise pour l\u2019\u00eele d\u2019Elbe. Il y d\u00e9barque le 14\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Congr\u00e8s ne marche pas, mais il danse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1920\" class=\"cit-num\">1920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814), au Congr\u00e8s de Vienne, 1814.<em> De la r\u00e9organisation de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne<\/em> (1925), Augustin Thierry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 80\u00a0ans, Charles-Joseph de Ligne, feld-mar\u00e9chal autrichien, devenu un cosmopolite \u00e9clair\u00e9, li\u00e9 avec toutes les \u00e9lites de son temps, de Voltaire \u00e0 Goethe, parle ainsi du Congr\u00e8s r\u00e9uni \u00e0 Vienne de septembre\u00a01814 \u00e0 juin\u00a01815. Son but\u00a0: \u00e9tablir une paix durable et refaire la carte politique de l\u2019Europe totalement boulevers\u00e9e par l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Outre les souverains, les princes et les hommes d\u2019\u00c9tat, les diplomates et les observateurs, une foule d\u2019intrigants et de jolies femmes sont au rendez-vous viennois. Le prince de Metternich, chancelier d\u2019Autriche (chef du gouvernement) et ma\u00eetre des lieux, organise une succession de f\u00eates et r\u00e9ceptions, bals et concerts, op\u00e9ras et revues militaires. Le plaisir est roi, mis en sc\u00e8ne \u00e0 la fran\u00e7aise ou \u00e0 la viennoise et la gastronomie rime bien avec la diplomatie.<\/p>\n<p>Le Congr\u00e8s travaille aussi et Talleyrand y veille. Il faut solder ce que les historiens appelleront la seconde guerre de Cent Ans\u00a0: de 1688 \u00e0 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l\u2019Angleterre sept grandes guerres qui dur\u00e8rent en tout soixante ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l\u2019est pour toujours [\u2026] la France n\u2019est plus isol\u00e9e en Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1922\" class=\"cit-num\">1922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 4\u00a0janvier 1815. <em>Correspondance in\u00e9dite du prince de Talleyrand et du roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pendant le Congr\u00e8s de Vienne, publi\u00e9e sur les manuscrits conserv\u00e9s au D\u00e9p\u00f4t des Affaires \u00c9trang\u00e8res<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Message venu du congr\u00e8s de Vienne o\u00f9 Talleyrand, intrigant comme il sait l\u2019\u00eatre et souvent pour le bien de la France, a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. C\u2019est vraiment un exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons ont commenc\u00e9 par se faire m\u00e9priser et finissent par se faire ha\u00efr.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1923\" class=\"cit-num\">1923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pons de l\u2019H\u00e9rault, 6\u00a0f\u00e9vrier 1815.<em> M\u00e9moire de Pons de l\u2019H\u00e9rault aux puissances alli\u00e9es<\/em> (1899), Andr\u00e9 Pons, L\u00e9on-G. P\u00e9lissier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien inform\u00e9, il sait l\u2019opposition bonapartiste qui s\u2019organise en France contre un r\u00e9gime fragile, semble-t-il. Il parle \u00e0 un compagnon de route r\u00e9cemment acquis \u00e0 sa cause et sa personne.<\/p>\n<p>Le moment est venu pour le \u00ab\u00a0roi de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Les maux de notre pays me d\u00e9chirent l\u2019\u00e2me, j\u2019en ai perdu le repos. Les v\u0153ux de l\u2019arm\u00e9e me rappellent. L\u2019immense majorit\u00e9 de la nation me d\u00e9sire.\u00a0\u00bb Il s\u2019embarque sur l\u2019Inconstant avec 1\u00a0200 hommes (dont 900 grenadiers), le 26\u00a0f\u00e9vrier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0! [\u2026] j\u2019arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1838), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, il parle au pays\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon exil, j\u2019ai entendu vos plaintes et vos v\u0153ux\u00a0: vous r\u00e9clamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb Et le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor Hugo reprend la geste napol\u00e9onienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019sus l\u2019tr\u00f4ne Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> plac\u00e9,<br>Notre Emp\u2019reur que rien n\u2019inqui\u00e8te,<br>Lui dit\u00a0: pour un an j\u2019t\u2019ai laiss\u00e9,<br>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1925\" class=\"cit-num\">1925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815.\u00a0 <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson sera saisie par la police apr\u00e8s les Cent-Jours. La censure n\u2019est pas si terrible, mais l\u2019humour de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> a ses limites et l\u2019humiliation sera grande, durant cent jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont rien oubli\u00e9, ni rien appris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1926\" class=\"cit-num\">1926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le mot \u00e9tant \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Talleyrand. Quoi qu\u2019il en soit, il r\u00e9sume parfaitement la mentalit\u00e9 des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras, plus royalistes que le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur annonce la couleur d\u00e8s le premier jour, se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette cocarde tricolore\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le vol de l\u2019Aigle, sur \u00ab\u00a0la route Napol\u00e9on\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande mesure d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre Bonaparte fut un ordre de \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, sans jambes, \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb le conqu\u00e9rant qui enjambait la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1928\" class=\"cit-num\">1928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, l\u2019auteur qui s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 la Restauration est pass\u00e9 dans l\u2019opposition, ce qui est en fait sa vraie nature. Quant \u00e0 la France, elle est profond\u00e9ment divis\u00e9e, face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Chaque camp a sa chanson.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris<br>Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys,<br>C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays,<br>Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris.<br>C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815<em>. Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le comte d\u2019Artois prend la route de Lyon. Le<em> Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre\u2026 avant de se rallier \u00e0 lui, pour la plupart.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est donc revenu cheux nous<br>C\u2019t\u2019homme qu\u2019on croyait si tranquille\u00a0?<br>J\u2019aurions ben pari\u00e9 deux sous<br>Qu\u2019i n\u2019resterait pas dans son \u00eele,<br>Car c\u2019n\u2019est pas un fait nouveau<br>Qu\u2019les enrag\u00e9s n\u2019aimions pas l\u2019iau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1930\" class=\"cit-num\">1930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Retour de Nicolas<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des chansons royalistes qui surnomment Napol\u00e9on \u00ab\u00a0Nicolas\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Nicod\u00e8me\u00a0\u00bb, autrement dit un sot, en langage de l\u2019\u00e9poque. Mais le futur Charles X ne parvient pas \u00e0 rassembler les r\u00e9giments esp\u00e9r\u00e9s. Quant au congr\u00e8s de Vienne, il ne marche plus, il ne danse plus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours, et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet bien les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules qui veut encore et toujours forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende. C\u2019est de toute mani\u00e8re l\u2019Histoire \u2013 et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus stup\u00e9fiants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi. S\u2019il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1932\" class=\"cit-num\">1932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) ouvrant sa redingote grise et montrant sa poitrine nue aux soldats venus l\u2019arr\u00eater, 7\u00a0mars 1815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Laffrey, pr\u00e8s de Grenoble. L\u2019officier fid\u00e8le au roi a cri\u00e9 \u00ab\u00a0Feu\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e0 ses hommes, Napol\u00e9on a eu ce geste, ce mot. Aucun ne tire, le cri de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 sa voix, tous les soldats jettent les cocardes blanches et remettent les cocardes tricolores remis\u00e9es dans leur sac, il y a un an. Tous se rallient \u00e0 l\u2019empereur, dans la \u00ab\u00a0prairie de la Rencontre\u00a0\u00bb\u00a0: Stendhal raconte la sc\u00e8ne, Steuben (artiste allemand) la peint et l\u2019immortalise.<\/p>\n<p>Le vol de l\u2019Aigle continue, sur la route Napol\u00e9on qui m\u00e8ne de Golfe-Juan \u00e0 Grenoble (aujourd\u2019hui <span class=\"caps\">RN<\/span> 85). Il passe par Grasse, Digne et Gap. Entour\u00e9 d\u2019une poign\u00e9e de fid\u00e8les qui grandit \u00e0 chaque \u00e9tape, il se rend \u00e0 Lyon en traversant les montagnes, pour \u00e9viter les villes royalistes. Il fait 324\u00a0km en six jours. La rapidit\u00e9 est le premier atout de cette exp\u00e9dition. Et pourtant, on va d\u2019abord \u00e0 cheval, et m\u00eame \u00e0 pied sur de mauvaises routes, parfois dans la neige. L\u2019arm\u00e9e bivouaque (campe) comme elle peut. Cambronne est \u00e0 l\u2019avant-garde\u00a0: ordre lui est donn\u00e9 de ne pas tirer. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-garde, le g\u00e9n\u00e9ral Drouot fait imprimer des d\u00e9clarations. Le 10\u00a0mars, l\u2019entr\u00e9e \u00e0 Lyon est triomphale. Napol\u00e9on continue en cal\u00e8che, de mieux en mieux \u00e9quip\u00e9, escort\u00e9. Il \u00e9crit des lettres \u00e0 Marie-Louise et promulgue une s\u00e9rie de d\u00e9crets. Il a pr\u00e9vu d\u2019\u00eatre \u00e0 Paris le 20\u00a0mars.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ram\u00e8nerai l\u2019usurpateur dans une cage de fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1933\" class=\"cit-num\">1933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), au roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<em> Vie du mar\u00e9chal Ney<\/em> (1816), Raymond Balthazar Maizeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 le Brave des braves sous l\u2019Empire, Ney a pouss\u00e9 Napol\u00e9on \u00e0 abdiquer il y a moins d\u2019un an et s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui le fit pair de France. Le roi le charge \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019arr\u00eater le vol de l\u2019Aigle. Ney en fait le serment. Mais il va c\u00e9der \u00e0 son tour au charisme de l\u2019empereur et se rallier \u00e0 lui avec ses troupes, le 13\u00a0mars.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815. <em>Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate \u00e0 60\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Napol\u00e9on d\u00e9clar\u00e9] hors des relations civiles et sociales et livr\u00e9 \u00e0 la vindicte publique comme ennemi et perturbateur du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1935\" class=\"cit-num\">1935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les souverains alli\u00e9s, Congr\u00e8s de Vienne, 13\u00a0mars 1815. <em>Le Moniteur universel<\/em> (1815)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les souverains pr\u00e9sents au Congr\u00e8s de Vienne \u2013\u00a0Fran\u00e7ois Ier l\u2019empereur d\u2019Autriche (beau-p\u00e8re de Napol\u00e9on), le tsar Alexandre de Russie, le roi de Prusse Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u2013 sont unanimes \u00e0 mettre Napol\u00e9on hors-la-loi. Cependant que Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, \u00e0 Paris, tient encore \u00e0 son tr\u00f4ne et joue son r\u00f4le.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai travaill\u00e9 au bonheur de mon peuple. Pourrais-je, \u00e0 soixante ans, mieux terminer ma carri\u00e8re qu\u2019en mourant pour sa d\u00e9fense\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1936\" class=\"cit-num\">1936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9ance du 16\u00a0mars\u00a01815.<em> Histoire de la Restauration et des causes qui ont amen\u00e9 la chute de la branche a\u00een\u00e9e des Bourbons<\/em> (1843), Jean-Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il semble pr\u00eat au sacrifice supr\u00eame pour la Charte qui le fait roi de France. Le comte d\u2019Artois soutient sa r\u00e9solution, les deux fr\u00e8res s\u2019embrassent, unis dans l\u2019\u00e9preuve. Le roi fait encore acte de r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. La victime sera plus grande que le bourreau.\u00a0\u00bb La s\u00e9ance finit dans le d\u00e9lire, avec le serment du souverain rhumatisant. En r\u00e9alit\u00e9 et en coulisses, le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb pr\u00e9pare sa fuite et met en s\u00fbret\u00e9 les joyaux de la Couronne.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, il apprend la d\u00e9fection du mar\u00e9chal Ney \u2013 pour lui, \u00e7a rime avec trahison. Il fait ses malles, mais le secret doit \u00eatre gard\u00e9. Le 19\u00a0mars, un courrier lui annonce que Napol\u00e9on est \u00e0 Auxerre et marche sur Paris. C\u2019est le commencement de la fin de sa (premi\u00e8re) Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que tout est fini [\u2026] Je suis r\u00e9solu \u00e0 partir.\u00a0\u00bb Le soir, il part pour la Belgique. D\u00e9part piteux, pitoyable.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on arrive aux Tuileries dans la nuit. Les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb se m\u00ealent aux injures contre les Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable d\u2019homme m\u2019a g\u00e2t\u00e9 la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1937\" class=\"cit-num\">1937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1969), Georges Lef\u00e8bvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine install\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries le 20\u00a0mars 1815, il enrage contre Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, car il se trouve litt\u00e9ralement assailli de libelles demandant des garanties constitutionnelles, comme le roi a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d\u2019en accorder.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le matin, royaliste,<br>Je dis\u00a0: \u00ab\u00a0vive Louis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Le soir, bonapartiste,<br>Pour l\u2019Empereur j\u2019\u00e9cris,<br>Suivant la circonstance,<br>Toujours changeant d\u2019avis,<br>Je mets en \u00e9vidence<br>L\u2019aigle ou la fleur de lys.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1894\" class=\"cit-num\">1894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Girouette<\/em> (1814), chanson anonyme. <em>Histoire secr\u00e8te de Paris<\/em> (1980), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-titr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Couplet d\u00e9di\u00e9 \u00e0 M. Benjamin Constant, ci-devant royaliste, puis conseiller d\u2019\u00c9tat de Bonaparte, et en dernier r\u00e9sultat redevenu royaliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Benjamin Constant n\u2019est pas le seul \u00e0 faire preuve d\u2019opportunisme, en cette \u00e9poque de changements de r\u00e9gime\u00a0! Mais le personnage particuli\u00e8rement intelligent, irr\u00e9solu, faible jusqu\u2019\u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, romancier de sa propre vie, c\u00e9l\u00e8bre et brillant orateur, est particuli\u00e8rement en vue. Sous la Restauration, il peut \u00eatre rang\u00e9 dans l\u2019opposition de gauche, comme lib\u00e9ral et monarchiste parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 gisait en d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l\u2019h\u00f4tel d\u2019Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon bris\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1938\" class=\"cit-num\">1938<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>M\u00e9moires<\/em> est nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur par Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Gand \u2013 parce que Talleyrand a su l\u2019emp\u00eacher de fuir plus loin\u2026 Le roi a constitu\u00e9 un gouvernement en exil.<\/p>\n<p>Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite \u00e0 lui seul tout le gouvernement, mais il est trop intelligent pour \u00eatre dupe. La situation est assez ridicule, en ce d\u00e9but du mois d\u2019avril\u00a01815.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-ci recommencent \u00e0 dire des b\u00eatises, en attendant qu\u2019ils puissent en faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1939\" class=\"cit-num\">1939<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1755-1837), mai\u00a01815.<em> M\u00e9moires du comte Beugnot, ancien ministre, 1783-1815<\/em> (1866), Jacques-Claude Beugnot (comte)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Finances de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> en exil, le baron parle des \u00e9migr\u00e9s qui s\u2019agitent en Belgique. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours montrant un pays si pr\u00eat \u00e0 changer de r\u00e9gime ne leur servira m\u00eame pas de le\u00e7on. Le baron Joseph Dominique Louis est \u00e0 coup s\u00fbr plus sage\u00a0: de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de Juillet, il m\u00e8nera une carri\u00e8re sans faille, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Talleyrand avec qui il se lia d\u2019amiti\u00e9 au Parlement de Paris o\u00f9 il fut conseiller clerc, avant la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la prosp\u00e9rit\u00e9, dans l\u2019adversit\u00e9, sur le champ de bataille, au conseil, sur le tr\u00f4ne, dans l\u2019exil, la France a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet unique et constant de mes pens\u00e9es et de mes actions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1940\" class=\"cit-num\">1940<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Discours du Champ de Mai, 1er\u00a0juin 1815.<em> M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de la vie priv\u00e9e, du retour et du r\u00e8gne de Napol\u00e9on en 1815<\/em> (1819), Fleury de Chaboulon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur s\u2019adresse aux d\u00e9put\u00e9s des coll\u00e8ges \u00e9lectoraux et pr\u00e9sente les dignitaires de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Le pl\u00e9biscite approuvant le nouveau r\u00e9gime est proclam\u00e9, mais l\u2019abstention est massive (2\/3 des \u00e9lecteurs). L\u2019Acte additionnel aux constitutions de l\u2019Empire, constitution lib\u00e9rale r\u00e9dig\u00e9e par Benjamin Constant, ressemble \u00e0 la Charte. Le r\u00e9dacteur n\u2019est pourtant pas dupe du texte\u00a0: \u00ab\u00a0Les intentions sont lib\u00e9rales\u00a0: la pratique sera despotique\u00a0\u00bb (<em>Journaux intimes<\/em>, 31\u00a0mars 1815). Une Chambre des repr\u00e9sentants, \u00e9lue, se r\u00e9unit le 3\u00a0juin. Mais le probl\u00e8me institutionnel est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p>La septi\u00e8me coalition se forme, ce sera la derni\u00e8re\u00a0: toute l\u2019Europe veut en finir avec Napol\u00e9on et aligne 500\u00a0000 hommes, contre 120\u00a0000 soldats fran\u00e7ais imm\u00e9diatement disponibles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas une bataille, c\u2019\u00e9tait une boucherie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1941\" class=\"cit-num\">1941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">COIGNET<\/span>, <em>Cahiers<\/em> (1851-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grognard, avec ses M\u00e9moires authentiquement pris sur le vif, inspirera le personnage du grenadier Flambeau dans <em>L\u2019Aiglon<\/em> d\u2019Edmond Rostand.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque ici la bataille de Ligny, commune de Belgique o\u00f9 les Prussiens de Bl\u00fccher sont battus pour la seconde fois par Napol\u00e9on, le 16\u00a0juin 1815. Les troupes de Ney n\u2019arrivent pas comme pr\u00e9vu, la bataille est ind\u00e9cise et Napol\u00e9on d\u00e9cide d\u2019engager la garde imp\u00e9riale, l\u2019arme de la derni\u00e8re chance. \u00ab\u00a0Ce hourra g\u00e9n\u00e9ral de 3\u00a0000 hommes de grosse cavalerie sur un seul point avait quelque chose de prodigieux et d\u2019effrayant\u00a0; il y eut plusieurs chocs des plus violents entre cette cavalerie et la cavalerie prussienne. La terre tremblait sous leurs pieds, le cliquetis des armes et des armures, tout rappelait ces descriptions fabuleuses de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb (t\u00e9moignage de Mauduit, autre grenadier de la Garde).<\/p>\n<p>La fantastique m\u00eal\u00e9e se prolonge jusqu\u2019\u00e0 la nuit. Bilan\u00a0: 20\u00a0000 Prussiens et 13\u00a0000 Fran\u00e7ais bless\u00e9s ou morts. Ligny est la derni\u00e8re victoire de Napol\u00e9on. Napol\u00e9on charge Grouchy de poursuivre les Prussiens\u00a0: faute tactique, mais le mar\u00e9chal ob\u00e9it \u00e0 son empereur qui va lui-m\u00eame affronter le duc de Wellington, anglais commandant des arm\u00e9es alli\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le camp sommeille,<br>Le g\u00e9n\u00e9ral veille [\u2026]<br>Son \u0153il embrasse<br>Le vaste espace<br>Et sa main trace<br>L\u2019arr\u00eat du Destin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1942\" class=\"cit-num\">1942<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne de <span class=\"caps\">PRADEL<\/span> (1784-\u00a01857), <em>La Bataille de Waterloo<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cit chant\u00e9 de 19 couplets, dat\u00e9 de 1821, sous-titr\u00e9 <em>Souvenirs d\u2019un vieux militaire<\/em>.\u00a0 Ce 18\u00a0juin 1815 va inspirer bien des vers, des pages, des pens\u00e9es, rendant \u00e0 jamais c\u00e9l\u00e8bre cette petite commune de Belgique\u00a0: Waterloo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Derri\u00e8re un mamelon, la garde \u00e9tait mass\u00e9e.<br>La garde, espoir supr\u00eame, et supr\u00eame pens\u00e9e [\u2026]<br>Tranquille, souriant \u00e0 la mitraille anglaise,<br>La garde imp\u00e9riale entra dans la fournaise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1943\" class=\"cit-num\">1943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em>, L\u2019Expiation (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on engage contre l\u2019anglais Wellington la Vieille Garde (l\u2019\u00e9lite, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Jeune et de la Moyenne Garde). \u00c0 la t\u00eate de l\u2019infanterie alli\u00e9e, le duc de Wellington r\u00e9siste \u00e0 la cavalerie du g\u00e9n\u00e9ral Kellermann (fils du h\u00e9ros de Valmy), tandis que le mar\u00e9chal Ney cause de grosses pertes \u00e0 l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>La Garde, d\u00e9cim\u00e9e, recule en ordre. Elle attend les secours de Grouchy, mais Grouchy ne peut emp\u00eacher la jonction des arm\u00e9es alli\u00e9es. Et c\u2019est Bl\u00fccher qui arrive (feld-mar\u00e9chal autrichien \u00e2g\u00e9 de 72\u00a0ans, surnomm\u00e9 <em>Vorw\u00e4rts<\/em>, \u00ab\u00a0En avant\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Il faut bien parler de trahison\u00a0! Le g\u00e9n\u00e9ral Louis de Bourmont, ancien chef chouan ralli\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on en mai\u00a0dernier, passe aux Prussiens et sera par ailleurs accus\u00e9 (dans le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>) d\u2019avoir communiqu\u00e9 le plan fran\u00e7ais \u00e0 Bl\u00fccher. Les soldats ont r\u00e9pandu le bruit d\u2019autres trahisons de g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: Soult, Vandamme, Dh\u00e9rin (Grouchy lui-m\u00eame sera mis en cause plus tard). D\u2019o\u00f9 les premiers cris de \u00ab\u00a0Sauve-qui-peut\u00a0!\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0Nous sommes trahis\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne se d\u00e9bande pour la premi\u00e8re fois. Seule la partie de la garde command\u00e9e par Cambronne tient encore les lignes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne<\/em>.<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La garde meurt et ne se rend pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1945\" class=\"cit-num\">1945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), paroles grav\u00e9es sur le socle en granit de sa statue \u00e0 Nantes (sa ville natale). <em>La Garde meurt et ne se rend pas\u00a0: histoire d\u2019un mot historique<\/em> (1907), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont bien grav\u00e9s au pied de sa statue \u2013 et non\u00a0: \u00ab\u00a0La garde meurt mais ne se rend pas.\u00a0\u00bb Il n\u2019est cependant pas s\u00fbr que cette phrase ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Waterloo.<\/p>\n<p>Cambronne en personne l\u2019a d\u00e9menti\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu dire \u2018la Garde meurt et ne se rend pas\u2019, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Pierre Levot, <em>Biographie bretonne<\/em>, 1900). Le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb est sans doute plus authentique dans le feu de l\u2019action, m\u00eame si le g\u00e9n\u00e9ral en refusa \u00e9galement la paternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plus grande d\u00e9faite de Napol\u00e9on fera sa gloire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Morne plaine\u00a0!<br>Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,<br>Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,<br>La p\u00e2le mort m\u00ealait les sombres bataillons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1947\" class=\"cit-num\">1947<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents<\/em>, L\u2019Expiation (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on est contraint d\u2019ordonner la retraite\u00a0: perte de 45\u00a0000 hommes (dont 30\u00a0000 Fran\u00e7ais). Waterloo est sans doute la bataille la plus comment\u00e9e au monde, entre mythe, l\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La bataille de Waterloo a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e sur les terrains de jeu d\u2019Eton.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1948\" class=\"cit-num\">1948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">WELLINGTON<\/span> (1769-1852). <em>Revue politique et litt\u00e9raire\u00a0: revue bleue<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Principal artisan de la victoire anglaise, assistant \u00e0 un match de cricket \u00e0 Eton, il t\u00e9moigne de la foi toute patriotique en ce sport national \u2013 m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas lui-m\u00eame grand sportif. Mais grand militaire, assur\u00e9ment. Depuis la tragique guerre d\u2019Espagne, il a multipli\u00e9 les victoires contre les arm\u00e9es napol\u00e9oniennes, jusqu\u2019\u00e0 ce dernier acte du 18\u00a0juin 1815.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo n\u2019est point une bataille\u00a0: c\u2019est le changement de front de l\u2019univers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1949\" class=\"cit-num\">1949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce roman en dix volumes, Hugo brosse une vaste fresque historique, sociale, humaine. Et Waterloo demeure \u00e0 jamais l\u2019un des moments cl\u00e9s de l\u2019histoire de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avais demand\u00e9 vingt ans\u00a0; la destin\u00e9e ne m\u2019en a donn\u00e9 que treize.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1950\" class=\"cit-num\">1950<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au lendemain de Waterloo. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La phrase est exacte, mais pas le compte. En 1802, Napol\u00e9on Bonaparte, Premier Consul, est d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetre de la France et de son destin depuis le coup d\u2019\u00c9tat de Brumaire (1799), et m\u00eame depuis la campagne d\u2019Italie qui lui apporta la gloire et la popularit\u00e9, d\u00e8s 1797. Les historiens parlent g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une aventure de vingt-deux ans.<\/p>\n<p>Paradoxalement, cet \u00e9pisode des Cent-Jours, catastrophique pour la France, va nourrir le mythe\u00a0: Napol\u00e9on est redevenu un h\u00e9ros, il a forc\u00e9 le destin jusqu\u2019\u00e0 la fin\u2026 et la l\u00e9gende va suivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vie politique est termin\u00e9e. Je proclame mon fils, sous le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>, empereur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1951\" class=\"cit-num\">1951<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 22\u00a0juin 1815. <em>Dictionnaire des sciences politiques et sociales<\/em> (1855), Auguste Ott<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il abdique une seconde fois, mais cette fois en faveur de son fils. Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est reconnu empereur le 23\u00a0juin par les Chambres des Cent-Jours. Non sans tumulte\u00a0! Et avec un argument juridique \u00e9tonnant\u00a0: dans le cas contraire, l\u2019abdication serait nulle et Napol\u00e9on pourrait repartir en guerre avec 50\u00a0000 hommes\u2026<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s veulent surtout se d\u00e9barrasser de lui, d\u00e9finitivement. Le vaincu se rend aux Anglais et c\u2019est la d\u00e9portation dans l\u2019\u00eele de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 1\u00a0900\u00a0km, en plein oc\u00e9an Atlantique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-nous notre p\u00e8re de Gand,<br>Rendez-nous notre p\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1952\" class=\"cit-num\">1952<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Notre p\u00e8re de Gand<\/em>, chanson.\u00a0 <em>Chansonnier royal ou passe-temps des bons Fran\u00e7ais<\/em> (1815), Dentu \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson royaliste rappelle de ses v\u0153ux Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Chass\u00e9 par le retour de Napol\u00e9on, il a voulu repartir pour l\u2019Angleterre. Fin mars 1815, il fallut l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un Talleyrand et du Congr\u00e8s de Vienne pour le convaincre de s\u2019arr\u00eater \u00e0 Gand, en Belgique. \u00ab\u00a0Notre p\u00e8re de Gand\u00a0\u00bb sera souvent surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0notre paire de gants\u00a0\u00bb et tourn\u00e9 en d\u00e9rision par les autres partis. L\u2019humiliation des Cent-Jours p\u00e8se lourd, sur ce roi d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, au roi qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration est lui-m\u00eame ministre \u2013 de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, Fouch\u00e9 le perd en 1816 pour devenir un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide (rappelons que d\u00e9put\u00e9 de la Convention, il a vot\u00e9 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019a pratiquement plus aucun r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 une maladresse qui va nous co\u00fbter cher\u00a0! Le malheureux\u00a0! En se laissant prendre, il va nous faire plus de mal qu\u2019il ne nous en a fait le 13\u00a0mars en passant \u00e0 Bonaparte\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1954\" class=\"cit-num\">1954<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), le 7\u00a0juillet\u00a01815. <em>La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est furieux. Il vient d\u2019apprendre l\u2019arrestation du mar\u00e9chal Ney par les hommes de la police de Fouch\u00e9. Rappelons que Ney est coupable aux yeux du nouveau r\u00e9gime de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur, cet \u00ab\u00a0usurpateur\u00a0\u00bb qu\u2019il avait promis de ramener \u00ab\u00a0dans une cage de fer\u00a0\u00bb au d\u00e9but des Cent-Jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, cent jours se sont \u00e9coul\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1955\" class=\"cit-num\">1955<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHABROL<\/span> (1773-1843), pr\u00e9fet de la Seine, accueillant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 8\u00a0juillet 1815.<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e imp\u00e9riale, d\u2019Ajaccio \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1865), Jules Maz\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le comte Gilbert-Joseph-Gaspard Chabrol de Volvic attend \u00e0 la barri\u00e8re Saint-Denis le roi qui rentre dans sa \u00ab\u00a0bonne ville de Paris\u00a0\u00bb et lui fait cette adresse\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, cent jours se sont \u00e9coul\u00e9s depuis le moment fatal o\u00f9 Votre Majest\u00e9, forc\u00e9e de s\u2019arracher \u00e0 ses affections les plus ch\u00e8res, quitta sa capitale au milieu des larmes et de la consternation publique\u2026\u00a0\u00bb Premier paradoxe\u00a0: l\u2019expression appara\u00eet le jour o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve la p\u00e9riode des Cent-Jours. Elle est toujours utilis\u00e9e, y compris par les historiens. Second paradoxe\u00a0: il y a erreur de calcul. Le roi a fui le 20\u00a0mars et cent neuf jours se sont donc \u00e9coul\u00e9s depuis le moment fatal o\u00f9\u2026 Les mots d\u2019histoire ne font pas toujours bon m\u00e9nage avec les chiffres. Mais si le mot est bon, qu\u2019importe si le calcul ne l\u2019est pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais au contraire, j\u2019ai plaisir \u00e0 marcher dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1956\" class=\"cit-num\">1956<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), aux chambellans qui s\u2019excusent, 8\u00a0juillet 1815. <em>L\u2019Esprit de tout le monde<\/em> (1893), Lor\u00e9dan Larchey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est revenu si pr\u00e9cipitamment pour cette \u00ab\u00a0seconde entr\u00e9e triomphale\u00a0\u00bb que les chambellans du ch\u00e2teau des Tuileries n\u2019ont pas eu le temps d\u2019enlever les tapis sem\u00e9s d\u2019abeilles et d\u2019aigles, symboles de l\u2019Empire. Ils s\u2019en excusent. Mais ce jour-l\u00e0, tout fait bonheur \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je viens, comme Th\u00e9mistocle, m\u2019asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je r\u00e9clame de Votre Altesse Royale, comme celles du plus constant, du plus g\u00e9n\u00e9reux de mes ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1957\" class=\"cit-num\">1957<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre au r\u00e9gent d\u2019Angleterre, 13\u00a0juillet 1815.<em> Le Plutarque fran\u00e7ais\u00a0: vies des hommes et femmes illustres de la France<\/em> (1847), \u00c9douard Mennechet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vaincu s\u2019adresse au vainqueur, le futur Georges <span class=\"caps\">IV<\/span> \u2013 en fait, le r\u00e9gent exerce le pouvoir, son p\u00e8re Georges <span class=\"caps\">III<\/span> \u00e9tant devenu d\u00e9finitivement fou en 1810. Diverses destinations furent envisag\u00e9es pour l\u2019exil, notamment les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique. Cela ne s\u2019est pas fait, pour diverses raisons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, Napol\u00e9on est en route pour Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1958\" class=\"cit-num\">1958<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), Lettre \u00e0 Marie-Louise, 13\u00a0ao\u00fbt 1815. <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019apog\u00e9e de sa carri\u00e8re politique. Ministre autrichien des Affaires \u00e9trang\u00e8res depuis 1809, artisan du mariage de Napol\u00e9on avec la fille de l\u2019empereur d\u2019Autriche qui scellait une politique d\u2019alliance avec la France, il ne s\u2019entendit pas avec Napol\u00e9on qui, de surcro\u00eet, mena\u00e7ait trop l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en tel qu\u2019il l\u2019entend, pour le bien de l\u2019Autriche. Metternich a donc favoris\u00e9 le retour des Bourbons, \u00e9tant l\u2019un des personnages importants du congr\u00e8s de Vienne qui s\u2019est achev\u00e9 le 9\u00a0juin 1815, donnant toutes satisfactions territoriales et morales \u00e0 l\u2019Autriche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on le traitera avec bont\u00e9 et douceur, et je vous prie, tr\u00e8s cher papa, d\u2019y contribuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1959\" class=\"cit-num\">1959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), Lettre \u00e0 son p\u00e8re l\u2019empereur d\u2019Autriche, 15\u00a0ao\u00fbt 1815. <em>Revue historique<\/em>, 28e ann\u00e9e, volume\u00a0<span class=\"caps\">LXXXII<\/span> (1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme de l\u2019empereur d\u00e9chu ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la seule pri\u00e8re que je puisse oser pour lui et la derni\u00e8re fois que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indiff\u00e9rence dans laquelle il m\u2019a laiss\u00e9e vivre, au lieu de me rendre malheureuse.\u00a0\u00bb Ce sont vraiment des paroles de fille et d\u2019\u00e9pouse soumises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019on \u00e9gorge\u00e2t mon fils ou qu\u2019il f\u00fbt noy\u00e9 dans la Seine plut\u00f4t que de le voir jamais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne comme prince autrichien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1960\" class=\"cit-num\">1960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette fin d\u2019ann\u00e9e 1815, le p\u00e8re ignore encore que l\u2019Aiglon sera pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Vienne par son grand-p\u00e8re maternel comme un prince autrichien, sous le nom de duc de Reichstadt \u2013 c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0assassinat moral\u00a0\u00bb tant redout\u00e9 par le p\u00e8re pour son fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes, et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais tout-puissant, [les rois] brigu\u00e8rent ma protection et l\u2019honneur de mon alliance, ils l\u00e9ch\u00e8rent la poussi\u00e8re dessous mes pieds\u00a0; maintenant, dans mon vieil \u00e2ge, ils m\u2019oppriment et m\u2019enl\u00e8vent ma femme et mon fils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1962\" class=\"cit-num\">1962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait le monde sous ses pieds et il n\u2019en a tir\u00e9 qu\u2019une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conqu\u00eates et d\u2019une portion du vieux sol fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, \u00e9crira de son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand dans ses<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>.<\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on entre vivant dans l\u2019histoire et la l\u00e9gende. Il s\u2019en charge le premier, confiant ses souvenirs et ses pens\u00e9es \u00e0 Emmanuel de Las Cases, auteur du <em>M\u00e9morial<\/em> \u2013 plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vu son succ\u00e8s, chaque \u00e9dition \u00e9tant revue et augment\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs de la Sainte-Alliance,<br>Vous partez donc\u00a0? Ah\u00a0! quel chagrin\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1964\" class=\"cit-num\">1964<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Adieu des Fran\u00e7ais aux troupes alli\u00e9es<\/em> (1815), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson ironise sur le d\u00e9part des Alli\u00e9s, salu\u00e9 comme une lib\u00e9ration au terme du second trait\u00e9 de Paris, sign\u00e9 le 20\u00a0novembre 1815. Apr\u00e8s les Cent-Jours, la note \u00e0 payer par la France s\u2019est pourtant alourdie\u00a0: ran\u00e7on de 700\u00a0millions de francs, restitution des \u0153uvres d\u2019art prises par Napol\u00e9on en Italie, perte de ce qu\u2019on avait pu sauver au premier trait\u00e9 (Sarre, Landau, Chamb\u00e9ry, Annecy, etc.) et entretien d\u2019une arm\u00e9e d\u2019occupation de 150\u00a0000 hommes dans le nord et l\u2019est du pays, pendant trois ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, droit au c\u0153ur\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1965\" class=\"cit-num\">1965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), commandant lui-m\u00eame son peloton d\u2019ex\u00e9cution, 7\u00a0d\u00e9cembre 1815. Son mot de la fin. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berryer, son avocat, n\u2019a pas pu sauver le \u00ab\u00a0Brave des Braves\u00a0\u00bb, coupable de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur sous les Cent-Jours, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ramener \u00ab\u00a0l\u2019usurpateur dans une cage de fer\u00a0\u00bb. Il est \u00e0 pr\u00e9sent victime d\u00e9sign\u00e9e de la Terreur blanche, cette r\u00e9action ultra qui effraie le roi lui-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1782\" class=\"cit-num\">1782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), juin\u00a01816. <em>Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0: itin\u00e9raire de Napol\u00e9on Bonaparte, 1769-1821<\/em> (1947), Louis Garros<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pop\u00e9e aura dur\u00e9 un peu plus de vingt ans. Le 5\u00a0mai\u00a01821, \u00e0 la veille de sa mort, le proscrit de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne d\u00e9clare \u00e0 Las Cases\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019adversit\u00e9 manquait \u00e0 ma carri\u00e8re. Gr\u00e2ce au malheur, on pourra me juger \u00e0 nu.\u00a0\u00bb Ces six ans de captivit\u00e9 vont encore servir sa l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Le personnage est source d\u2019inspiration in\u00e9puisable pour les historiens, les \u00e9crivains, les cin\u00e9astes et jusqu\u2019aux cr\u00e9ateurs de jeux vid\u00e9o. Le culte napol\u00e9onien se voit dans les mus\u00e9es du monde entier, dans les collections de soldats de plomb, les dictionnaires de citations. Sur Internet, au seul mot de Napol\u00e9on, 22\u202f600\u202f000 r\u00e9sultats s\u2019inscrivent en 0,88 seconde (avril 2021) \u2013 ce qui aurait combl\u00e9 l\u2019homme press\u00e9, obs\u00e9d\u00e9 par son image. C\u2019est aussi une mani\u00e8re de passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivant, il a manqu\u00e9 le monde\u00a0; mort, il le poss\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1783\" class=\"cit-num\">1783<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), Vie de Napol\u00e9on, livres\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> \u00e0\u00a0<span class=\"caps\">XXIV<\/span> des<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moin et acteur de l\u2019histoire, pour lui, la plus belle conqu\u00eate de Napol\u00e9on n\u2019est pas l\u2019Europe, mais celle de l\u2019imagination des g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi l\u2019Empire. Il ne cessera d\u2019\u00eatre fascin\u00e9 par l\u2019empereur, alors qu\u2019il le combat en opposant r\u00e9solu\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme, dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire aujourd\u2019hui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont dans son testament dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous savez la mort de Bonaparte. Qui nous aurait dit, il y a dix ans, que cette mort serait un si petit \u00e9v\u00e9nement\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1983\" class=\"cit-num\">1983<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Astolphe de <span class=\"caps\">CUSTINE<\/span> (1790-1857), Lettre au marquis de La Grange, 8\u00a0juillet 1821.<em> Lettres in\u00e9dites au marquis de La Grange<\/em> (posthume, 1925), Astolphe Custine (marquis de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quelle \u00e9tonnante machine que le monde\u00a0!\u00a0\u00bb ajoute de Custine, homme de lettres homosexuel dont la vie familiale est tr\u00e8s marqu\u00e9e par tous les \u00e9v\u00e9nements historiques, depuis la R\u00e9volution. Napol\u00e9on est mort, mais sa l\u00e9gende va rester vivante dans les esprits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On parlera de sa gloire,<br>Sous le chaume bien longtemps [\u2026]<br>Bien, dit-on, qu\u2019il nous ait nui,<br>Le peuple encore le r\u00e9v\u00e8re, oui, le r\u00e9v\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui, Grand-m\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1984\" class=\"cit-num\">1984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857),<em> Les Souvenirs du peuple<\/em> (1828), chanson. <em>L\u2019Empereur<\/em> (1853), Victor Auger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des plus belles et simples chansons de ce parolier tr\u00e8s populaire, \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb (Chateaubriand), \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve).<\/p>\n<p>Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve). Le souvenir de l\u2019empereur sera bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition au roi. La dynastie au pouvoir n\u2019est pas si solide.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-4.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832. <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 pour lui par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois\u00a0Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier \u2013 m\u00eame si l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9, et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, Les Chants du cr\u00e9puscule)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo\u2026 et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> le Petit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e napol\u00e9onienne n\u2019est point une id\u00e9e de guerre, mais une id\u00e9e sociale, industrielle, commerciale, humanitaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2100\" class=\"cit-num\">2100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> Id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous l\u2019influence des saint-simoniens et des s\u00e9jours qu\u2019il fit en Angleterre, le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, entre deux coups de force (Strasbourg en 1836 et Boulogne en 1840), porte un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux qui agitent et divisent la France.<\/p>\n<p>Mais sans aucun doute, c\u2019est <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">NOM<\/span> qu\u2019il porte qui va lui permettre d\u2019acc\u00e9der au pouvoir, pl\u00e9biscit\u00e9 par le peuple fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me prosterne pas devant cette m\u00e9moire\u00a0; je ne suis pas de cette religion napol\u00e9onienne, de ce culte de la force que l\u2019on veut substituer dans l\u2019esprit de la nation \u00e0 la religion s\u00e9rieuse de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2105\" class=\"cit-num\">2105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), \u00e0 l\u2019occasion du retour des cendres de Napol\u00e9on, Discours \u00e0 la Chambre, 26\u00a0mai\u00a01840.<em> La France parlementaire (1834-1851)\u00a0: \u0153uvres oratoires et \u00e9crits politiques<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1864), Alphonse de Lamartine, Louis Ulbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les cendres de Napol\u00e9on sont rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville (fils du roi Louis-Philippe) sur la<em> Belle-Poule<\/em> et transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides, le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, revenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le 1er\u00a0mars 1840, flatte la vanit\u00e9 nationale r\u00e9pandue dans le peuple et la bourgeoisie, par cette d\u00e9cision prise en mai. Le d\u00e9put\u00e9 Lamartine y est hostile, proph\u00e9tisant le Second Empire \u2013 po\u00e8te et politicien, il a souvent une \u00e9trange prescience de l\u2019avenir.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-4.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">SUITE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> L\u2019<span class=\"caps\">HISTOIRE<\/span>\u2026<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span> (1965-1967) dans le journal <em>L\u2019Express<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo n\u2019aurait pas mieux dit contre le second, mais son culte pour le premier l\u2019a rendu encore plus cruel. Sa marche au pouvoir, son Empire et sa chute pr\u00e9sentent malgr\u00e9 tout un air de parent\u00e9 avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e imp\u00e9riale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2179\" class=\"cit-num\">2179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours du 21\u00a0septembre 1848. <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> fait un pas de plus dans l\u2019histoire\u00a0avec son attachement r\u00e9it\u00e9r\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique qu\u2019il va bient\u00f4t abolir (comme Napol\u00e9on). R\u00e9\u00e9lu dans cinq d\u00e9partements, il choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et commence \u00e0 faire campagne pour le scrutin pr\u00e9sidentiel fix\u00e9 aux 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). <em>Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un bon historien peut faire erreur sur son temps. C\u2019est la R\u00e9publique qui va dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Mais les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme particuli\u00e8rement falot \u2013 tout le contraire de l\u2019Autre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tribune est fatale aux m\u00e9diocrit\u00e9s et aux impuissants. Nous ne voulons pas \u00eatre trop cruels envers un homme condamn\u00e9 \u00e0 cet accablant contraste, en sa propre personne, d\u2019une telle insuffisance et d\u2019un tel nom.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2182\" class=\"cit-num\">2182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le National<\/em>, 10\u00a0octobre 1848. <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La veille, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s sur ses intentions. \u00ab\u00a0Il avait le regard mal assur\u00e9, comme un \u00e9colier qui n\u2019est pas certain d\u2019avoir bien r\u00e9cit\u00e9 sa le\u00e7on\u00a0\u00bb. Lors de sa pr\u00e9sentation au palais Bourbon le 26\u00a0septembre, il fit d\u00e9j\u00e0 mauvaise impression, montant \u00e0 la tribune pour lire un papier chiffonn\u00e9. Verdict de Ledru-Rollin\u00a0: \u00ab\u00a0Quel imb\u00e9cile, il est coul\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Et Lamartine l\u2019appelle \u00ab\u00a0un chapeau sans t\u00eate\u00a0\u00bb. Rien de commun avec l\u2019illustre anc\u00eatre, vrai g\u00e9nie du Verbe (et de l\u2019Action).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Corse d\u2019origine,<br>Je suis Anglais pour le ton,<br>Suisse d\u2019\u00e9ducation<br>Et Cosaque pour la mine [\u2026]<br>J\u2019ai la redingote grise,<br>Et j\u2019ai le petit chapeau\u00a0;<br>Ce costume est assez beau,<br>On admire cette mise.<br>Seul le g\u00e9nie est absent<br>Pour faire un bon pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2188\" class=\"cit-num\">2188<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Louis-Napol\u00e9on pour compl\u00e9ter sa profession de foi<\/em> (1848), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il dut souffrir de toutes ces chansons qui le brocard\u00e8rent. Mais bien que chansonn\u00e9 et ridiculis\u00e9, sous-estim\u00e9, malmen\u00e9, le candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a toutes ses chances\u00a0: port\u00e9 par la l\u00e9gende napol\u00e9onienne qui enchante le peuple et l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait d\u00e9put\u00e9, il rassure les bourgeois terrifi\u00e9s par le \u00ab\u00a0p\u00e9ril rouge\u00a0\u00bb aux derni\u00e8res \u00e9meutes r\u00e9publicaines de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le citoyen Bonaparte \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2189\" class=\"cit-num\">2189<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">MARRAST<\/span> (1801-1852), pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, D\u00e9claration du 20\u00a0d\u00e9cembre 1848. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9sultats du scrutin des 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre. Triomphe pour le \u00ab\u00a0citoyen Bonaparte\u00a0\u00bb \u00e9lu au suffrage universel (masculin) par 75\u00a0% des votants, (5,5\u00a0millions de voix). D\u00e9route de Lamartine (17\u00a0914 voix), les voix r\u00e9publicaines se dispersant entre Cavaignac, Ledru-Rollin et Raspail , trois candidats relativement ignor\u00e9s hors Paris et la minorit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On craint une folie imp\u00e9riale. Le peuple la verrait tranquillement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2200\" class=\"cit-num\">2200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lise <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1818-1880), n\u00e9e Dosne. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pouse de Thiers t\u00e9moigne, apr\u00e8s avoir vu Louis-Napol\u00e9on Bonaparte passer en revue les troupes, le 4\u00a0novembre 1849. Le pr\u00e9sident est particuli\u00e8rement populaire dans l\u2019arm\u00e9e\u00a0: il multiplie les grandes revues, augmente la solde des sous-officiers. Celui qu\u2019on commence \u00e0 appeler le \u00ab\u00a0prince Louis-Napol\u00e9on\u00a0\u00bb m\u00e8ne une politique personnelle, se fait acclamer en province, cr\u00e9e son propre parti, ses journaux. Les craintes de Mme\u00a0Thiers sont justifi\u00e9es et la carri\u00e8re politique de son mari marquera un temps d\u2019arr\u00eat, r\u00e9publicain dans l\u2019opposition sous le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lu de six millions de suffrages ex\u00e9cute les volont\u00e9s du peuple, il ne les trahit pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2208\" class=\"cit-num\">2208<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Lyon, 15\u00a0ao\u00fbt 1850. <em>Le Prince, le peuple et le droit\u00a0: autour des pl\u00e9biscites de\u00a01851 et\u00a01852<\/em> (2000), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tape d\u2019un voyage triomphal de six mois \u00e0 travers la France. Fort des 75\u00a0% de Fran\u00e7ais qui l\u2019ont \u00e9lu pr\u00e9sident le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848, il r\u00e9ussit \u00e0 se poser en d\u00e9fenseur dudit suffrage et donc de la vraie d\u00e9mocratie, contre la Chambre et ses conservateurs avec lesquels il prend ses distances. C\u2019est bien jou\u00e9, pour celui qu\u2019on qualifiait deux ans avant d\u2019imb\u00e9cile et d\u2019impuissant. Il apprend son m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Comme du temps de Napol\u00e9on, la propagande est parfaitement organis\u00e9e\u00a0: par ses hommes (fid\u00e8les bonapartistes comme Persigny, lib\u00e9raux non ralli\u00e9s au parti de l\u2019Ordre, hommes d\u2019affaires, banquiers et Morny son demi-fr\u00e8re), par ses journaux (<em>Le Pays, Le 10-D\u00e9cembre, Le Napol\u00e9on<\/em>) et son parti (noyaut\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 du 10-D\u00e9cembre) regroupant boutiquiers, ouvriers, petits rentiers qui assurent une claque bruyante \u00e0 chacune de ses apparitions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an pass\u00e9, ils adoraient le sabre. Les voil\u00e0 maintenant qui adorent le gourdin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2209\" class=\"cit-num\">2209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mots pr\u00e9monitoires, dat\u00e9s de novembre\u00a01849. <em>Actes et Paroles<\/em>. Avant l\u2019exil (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo constate les progr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9sistible ascension du prince Louis-Napol\u00e9on. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d\u2019Italie, le second s\u2019offre une campagne de France. La \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb redout\u00e9e par Mme\u00a0Thiers se pr\u00e9cise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gouvernement, je le caract\u00e9rise d\u2019un mot\u00a0: la police partout, la justice nulle part.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2211\" class=\"cit-num\">2211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, avril\u00a01851. <em>L\u2019\u00c9volution de la pens\u00e9e politique et sociale de Victor Hugo<\/em> (1973), Michel Granet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo avait mis son journal, <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, au service du second Bonaparte. Il est d\u00e9sormais son principal opposant. Le lib\u00e9ral en lui est r\u00e9volt\u00e9\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique manipule l\u2019opinion et exploite \u00e0 son profit la peur \u2013 peur de la r\u00e9volution, peur d\u2019un vaste complot d\u00e9mocratique, peur de l\u2019incertitude n\u00e9e de la Constitution qui emp\u00eache sa r\u00e9\u00e9lection en 1852. Des troubles dans le pays affolent le bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution et la R\u00e9publique sont indivisibles. L\u2019une est la m\u00e8re, l\u2019autre est la fille. L\u2019une est le mouvement humain qui se manifeste, l\u2019autre est le mouvement humain qui se fixe. La R\u00e9publique, c\u2019est la R\u00e9volution fond\u00e9e [\u2026] On ne s\u00e9pare pas l\u2019aube du soleil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2214\" class=\"cit-num\">2214<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, Discours du 17\u00a0juillet 1851. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours violent et c\u00e9l\u00e8bre, prononc\u00e9 devant une assembl\u00e9e houleuse. Hugo est contre la r\u00e9vision de la Constitution qui est d\u00e9battue \u2013 l\u2019article\u00a045 interdisant la r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9 du pr\u00e9sident. Le 19\u00a0juillet, elle ne r\u00e9unit pas la majorit\u00e9 requise. Les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dupes, la man\u0153uvre a \u00e9chou\u00e9. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a plus le choix.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9pare son coup d\u2019\u00c9tat, avec ses hommes bien plac\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e, la police. Il pr\u00e9pare aussi l\u2019opinion, entretient la peur, d\u00e9nonce l\u2019imminence du complot\u00a0: <em>Le Spectre rouge<\/em> de 1852 (brochure sign\u00e9e Romieu) en dit assez par son titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre de la d\u00e9mocratie est de s\u2019incarner dans un homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2215\" class=\"cit-num\">2215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis- Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), \u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat.<em> Le Second Empire\u00a0: innovation et r\u00e9action<\/em> (1973), Alice G\u00e9rard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>2\u00a0d\u00e9cembre 1851, le jour est choisi\u00a0: l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz\u00a0! Il a voulu personnellement et ardemment ce coup d\u2019\u00c9tat, il en ressentira plus tard une r\u00e9elle culpabilit\u00e9. Mais il r\u00e9ussit son coup sans trop de \u00ab\u00a0casse\u00a0\u00bb \u2013 comme Napol\u00e9on. \u00ab\u00a0Une op\u00e9ration de police un peu rude\u00a0\u00bb selon le duc de Morny, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (et demi-fr\u00e8re de Louis-Napol\u00e9on). L\u00e0 encore, la famille a aid\u00e9.<\/p>\n<p>Hugo, exil\u00e9 politique, rend compte du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre dans<em> L\u2019Histoire d\u2019un crime<\/em> et <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>, pamphlet d\u00e9non\u00e7ant les ambitions dictatoriales du nouveau ma\u00eetre de la France. Il joue le r\u00f4le de Chateaubriand contre Napol\u00e9on le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France a compris que je n\u2019\u00e9tais sorti de la l\u00e9galit\u00e9 que pour entrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m\u2019absoudre\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2220\" class=\"cit-num\">2220<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), pl\u00e9biscit\u00e9 les 21 et 22\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1998), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pays (au suffrage universel r\u00e9tabli) approuve massivement le coup d\u2019\u00c9tat\u00a0: 7\u00a0439\u00a0216 oui contre 640\u00a0737 non. Mais c\u2019est un scrutin sous haute surveillance et l\u2019opinion publique est manipul\u00e9e. Comme sous Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une constitution doit \u00eatre faite uniquement pour la nation \u00e0 laquelle on veut l\u2019adapter. Elle doit \u00eatre comme un v\u00eatement qui, pour \u00eatre bien fait, ne doit aller qu\u2019\u00e0 un seul homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2223\" class=\"cit-num\">2223<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873). <em>Les Trois coups d\u2019\u00c9tat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1906), Andr\u00e9 Lebey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Constitution de 1852, r\u00e9dig\u00e9e en quelques jours, promulgu\u00e9e le 14\u00a0janvier, est un sur-mesure\u00a0: le pr\u00e9sident re\u00e7oit \u00ab\u00a0le gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise pour dix ans [\u2026] avec l\u2019initiative et la promulgation des lois\u00a0\u00bb. On retrouve le syst\u00e8me des deux assembl\u00e9es, Corps l\u00e9gislatif et S\u00e9nat, aux pouvoirs tr\u00e8s r\u00e9duits. C\u2019est un \u00ab\u00a0copi\u00e9-coll\u00e9\u00a0\u00bb de la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, celle du Consulat n\u00e9 du coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire. L\u2019histoire, d\u00e9cid\u00e9ment, se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est beaucoup d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois une gloire nationale, une garantie r\u00e9volutionnaire et un principe d\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2227\" class=\"cit-num\">2227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique et historien, il r\u00e9sume l\u2019alchimie du vote avec \u00ab\u00a0la force du parti bonapartiste, ou pour dire plus vrai du nom de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections au Corps l\u00e9gislatif, le 29\u00a0f\u00e9vrier 1852. Les opposants n\u2019ayant aucun moyen de faire campagne (pas une affiche imprim\u00e9e, pas une r\u00e9union \u00e9lectorale\u00a0!), ils obtiennent 800\u00a0000 voix et les candidats officiels plus de 5\u00a0millions. D\u2019o\u00f9 253 bonapartistes, face \u00e0 7 royalistes et 3 r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la remarque de Guizot explique la facilit\u00e9 avec laquelle le futur empereur va arriver \u00e0 son but, le pouvoir, et les difficult\u00e9s que le r\u00e9gime conna\u00eetra plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aidez-moi tous \u00e0 asseoir sur cette terre, boulevers\u00e9e par tant de r\u00e9volutions, un gouvernement stable qui ait pour base la religion, la propri\u00e9t\u00e9, la justice, l\u2019amour des classes souffrantes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2232\" class=\"cit-num\">2232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 1er\u00a0d\u00e9cembre 1852.<em> \u0152uvres de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, discours, proclamations, messages<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lendemain, 2\u00a0d\u00e9cembre, l\u2019Empire est proclam\u00e9. C\u2019est encore l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, la plus grande victoire de l\u2019oncle prestigieux, le souvenir vivant de Napol\u00e9on\u00a0Ier. Respectant l\u2019Aiglon, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, le prince Louis-Napol\u00e9on prend le nom de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique \u00e0 votre vote expire<br>Devant Machin, votre unanime \u00e9lu.<br>Soyez heureux\u00a0: vous poss\u00e9dez l\u2019Empire,<br>Soyez-en fiers, car vous l\u2019avez voulu.<br>De ce succ\u00e8s dont votre \u00e2me s\u2019enivre<br>Peut-\u00eatre un jour vous vous mordrez les doigts\u00a0:<br>Votre empereur, dit-on, aime bien vivre\u00a0!<br>Et vous paierez la carte, bons bourgeois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2233\" class=\"cit-num\">2233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GILLE<\/span> (1820-1856),<em> La Carte \u00e0 payer<\/em>, chanson.<em> La R\u00e9publique clandestine (1840-1856)\u00a0: les chansons de Charles Gille <\/em>(posthume, 2002)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La presse d\u2019opposition n\u2019existe pratiquement plus, depuis le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851, mais la chanson reste un moyen d\u2019expression et l\u2019humour se fait cinglant. Charles Gille, po\u00e8te et ouvrier d\u00e9j\u00e0 pers\u00e9cut\u00e9, \u00e9crase de son m\u00e9pris cette bourgeoisie qui a de nouveau trahi la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur [Napol\u00e9on Ier] doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le messie des id\u00e9es nouvelles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2246\" class=\"cit-num\">2246<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> Des id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa bible, c\u2019est le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>, revu, corrig\u00e9, influenc\u00e9 par le saint-simonisme et ses s\u00e9jours en Angleterre qui le font s\u2019int\u00e9resser aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux. Pour lui, \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e napol\u00e9onienne n\u2019est point une id\u00e9e de guerre, mais une id\u00e9e sociale, industrielle, commerciale, humanitaire.\u00a0\u00bb L\u2019empereur conservera le double id\u00e9al de sa jeunesse, Napol\u00e9on et la libert\u00e9, \u00ab\u00a0les deux grandes choses du\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, comme dit Hugo. Le drame, c\u2019est qu\u2019elles sont inconciliables et le \u00ab\u00a0c\u00e9sarisme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb est une utopie de plus, voire un oxymore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Napol\u00e9on se croyait fermement l\u2019homme de la destin\u00e9e et l\u2019homme n\u00e9cessaire. S\u2019il avait une sorte d\u2019adoration abstraite pour le peuple, il ressentait tr\u00e8s peu de go\u00fbt pour la libert\u00e9 [\u2026] Il lui fallait des croyants en son \u00e9toile et des adorateurs de sa fortune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2247\" class=\"cit-num\">2247<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>Souvenirs<\/em> (posthume, 1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entour\u00e9 d\u2019une \u00e9quipe de fid\u00e8les plus ou moins valables, l\u2019empereur n\u2019est plus le personnage falot de ses d\u00e9buts politiques. Son nom, sa foi affich\u00e9e dans les \u00ab\u00a0id\u00e9es napol\u00e9oniennes\u00a0\u00bb, sa certitude de les incarner avec un sens du destin tr\u00e8s napol\u00e9onien ont permis au personnage de s\u2019imposer et d\u2019acqu\u00e9rir une vraie popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s\u2019opposer par la force des pav\u00e9s, avant de s\u2019en remettre \u00e0 la force des mots. On sait que le ridicule blesse, s\u2019il ne tue pas \u00e0 tout coup. M\u00eame si le coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une soudaine assurance au personnage, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira toujours de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une galerie de tableaux o\u00f9 il y a peu d\u2019originaux et beaucoup de copies.\u00a0\u00bb Ce jugement de Tocqueville, d\u2019ailleurs ant\u00e9rieur au Second Empire, s\u2019applique particuli\u00e8rement bien \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur, vous n\u2019avez rien de lui\u00a0!<br>\u2014 Tu te trompes, mon cher, j\u2019ai sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2269\" class=\"cit-num\">2269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873) \u00e0 son cousin germain J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on Bonaparte (1856). <em>Histoire de la France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1958), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on, dit Prince Napol\u00e9on, fils de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier) et fr\u00e8re de la princesse Mathilde, mettait ainsi en doute l\u2019ascendance paternelle de l\u2019empereur. Sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais (fille de Jos\u00e9phine), avait eu avant sa naissance en 1808 bien des amants\u00a0: un \u00e9cuyer, son premier chambellan qui \u00e9tait comte, un marquis, un amiral hollandais. Les historiens ignoreront toujours si Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> est bien le fils de son p\u00e8re Louis Bonaparte, roi de Hollande. Une seule chose est s\u00fbre\u00a0: le doute devait empoisonner l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Sa famille n\u2019est pas non plus un cadeau, surtout ce cousin germain, chef de la branche cadette, \u00ab\u00a0Napol\u00e9on V\u00a0\u00bb surnomm\u00e9 Plon-Plon (diminutif affectueux de sa m\u00e8re, devenu ridicule avec l\u2019\u00e2ge), qui affiche ses convictions anticl\u00e9ricales et jacobines. L\u2019empereur se m\u00e9fie de ce \u00ab\u00a0C\u00e9sar d\u00e9class\u00e9\u00a0\u00bb, impulsif et vell\u00e9itaire, en \u00e9tat de fronde perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, n\u2019ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu\u2019\u00e0 remettre mon \u00e9p\u00e9e entre les mains de Votre Majest\u00e9. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re, Napol\u00e9on.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2318\" class=\"cit-num\">2318<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Lettre \u00e0 Guillaume\u00a0Ier, Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>La D\u00e9b\u00e2cle<\/em> (1893), \u00c9mile Zola<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre port\u00e9e au vainqueur qui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, en regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j\u2019accepte l\u2019\u00e9p\u00e9e de Votre Majest\u00e9, et je la prie de vouloir bien nommer un de vos officiers muni de vos pleins pouvoirs, pour traiter de la capitulation de l\u2019arm\u00e9e qui s\u2019est si bravement battue sous vos ordres. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai d\u00e9sign\u00e9 le mar\u00e9chal de Moltke, \u00e0 cet effet. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb Sign\u00e9, Guillaume Ier.<\/p>\n<p>La capitulation est sign\u00e9e au ch\u00e2teau de Bellevue, dans la nuit du 1er\u00a0septembre 1870. Conditions terribles\u00a0: toute l\u2019arm\u00e9e de Sedan sera intern\u00e9e en Allemagne, y compris l\u2019empereur d\u00e9sormais prisonnier. La capitulation est publi\u00e9e le 2, rendue effective le 3. La fin du Second Empire est une p\u00e2le copie du Premier. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te ou plut\u00f4t, elle b\u00e9gaie.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question n\u2019est pas\u00a0: faut-il comm\u00e9morer le bicentenaire\u00a0de sa mort&nbsp;? \u00c9videmment oui\u00a0!!! Mais comment comm\u00e9morer\u00a0? 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