{"id":8989,"date":"2021-05-03T13:43:46","date_gmt":"2021-05-03T11:43:46","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/napoleon-super-star-de-lhistoire-2e-episode-un-quinquennat-eblouissant\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:08","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:08","slug":"napoleon-super-star-de-lhistoire-2e-episode-un-quinquennat-eblouissant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-2e-episode-un-quinquennat-eblouissant\/","title":{"rendered":"Napol\u00e9on, super-star de l&#039;histoire (2e \u00e9pisode : un quinquennat \u00e9blouissant)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>La question n\u2019est pas\u00a0: faut-il comm\u00e9morer le bicentenaire\u00a0de sa mort\u00a0? \u00c9videmment oui\u00a0!!!<\/p>\n<p>Mais comment comm\u00e9morer\u00a0? En disant \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb, la l\u00e9gende dor\u00e9e du h\u00e9ros et la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre corse, ses convictions proclam\u00e9es et ses doutes avou\u00e9s, ses contradictions \u00e9videntes et ses pens\u00e9es intimes, avec ce sens du Destin aussi fort que sa superstition de Corse\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 Mme M\u00e8re, ayant \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 l\u2019attentat de la rue St Nicaise (22 morts et\u00a0 46 immeubles d\u00e9truits, No\u00ebl 1800).<\/p>\n<p>Autre pari, r\u00e9sumer cette page capitale du r\u00e9cit national en un \u00e9dito de quatre semaines, tout en paroles et en actions, plus un autoportrait en dix citations\u00a0: aller \u00e0 l\u2019essentiel, avec quelques d\u00e9tails et anecdotes peu connues. Libre \u00e0 vous de plonger ensuite dans la bibliographie pl\u00e9thorique, pour analyser une bataille (Austerlitz ou Waterloo), une institution (Code Civil ou L\u00e9gion d\u2019honneur), explorer les arcanes du personnage plus complexe que nature, passer en revue les partenaires amis ou ennemis, civils ou militaires, interroger les grands t\u00e9moins (Talleyrand, Chateaubriand), p\u00e9n\u00e9trer les coulisses d\u2019une vie priv\u00e9e tumultueuse entre sa grande famille, ses deux \u00e9pouses, l\u2019Aiglon ador\u00e9, une m\u00e8re au fort caract\u00e8re\u2026 et cette misogynie maintes fois affich\u00e9e. <\/p>\n<p>La forme de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> s\u2019impose plus que jamais\u00a0: la Chronique rebondit de mot en mot, l\u2019histoire galope avec cet acteur aussi dou\u00e9 pour le Verbe que pour l\u2019Action.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-8.jpg\" width=\"200\" height=\"273\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a>\u00ab\u00a0Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb dit le vaincu \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. Il p\u00e8che par modestie\u00a0! Sa vie est une \u00e9pop\u00e9e que nul auteur n\u2019aurait imagin\u00e9e, une tragicom\u00e9die dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> donne la cl\u00e9, qualifiant l\u2019adversaire\u00a0en deux mots\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Vigny). Napol\u00e9on a fascin\u00e9 tous les t\u00e9moins, les historiens et le monde entier. Laissons le mot de la fin (provisoire) \u00e0 Chateaubriand, son grand opposant\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme, dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La l\u00e9gende suivra, nourrie par le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> et la nostalgie du si\u00e8cle, les chansons populaires de B\u00e9ranger, les pages d\u2019Hugo fascin\u00e9 par le h\u00e9ros.<\/p>\n<p>L\u2019Histoire rebondit avec le Second Empire\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte s\u2019inspire de l\u2019illustre anc\u00eatre et le Nom lui permet d\u2019acc\u00e9der au pouvoir. Jusqu\u2019\u00e0 la chute, c\u2019est un copi\u00e9-coll\u00e9 de la geste napol\u00e9onienne, sans l\u00e9gende et le g\u00e9nie en moins.<\/p>\n<p>Ces citations sont tir\u00e9es de notre Chronique de citations sur le Directoire, le Consulat et l\u2019Empire (tome 6).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Faites un tour dans la Boutique<\/a>, feuilletez les 20 premi\u00e8res pages de chaque volume et voyez si \u00e7a vaut le co\u00fbt (4 \u20ac le volume)\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Napol\u00e9on, super-star de l\u2019histoire, retrouvez nos quatre \u00e9ditos\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-1er-episode-autoportrait-et-entree-dans-lhistoire\/\">Autoportrait et entr\u00e9e dans l\u2019Histoire<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-2e-episode-un-quinquennat-eblouissant\/\">Un quinquennat \u00e9blouissant<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-3e-episode-lempereur-absolu-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire\/\">L\u2019empereur absolu, pour le meilleur et pour le pire<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/napoleon-super-star-de-lhistoire-4e-episode-des-cent-jours-au-second-empire\/\">Des Cent Jours au Second Empire<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3>Deuxi\u00e8me semaine\u00a0\u2013 un quinquennat \u00e9blouissant.<\/h3>\n<h4><span class=\"caps\">CONSULAT<\/span> (1799-1804)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons fini le roman de la R\u00e9volution\u00a0: il faut en commencer l\u2019histoire\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1683\" class=\"cit-num\">1683<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, le lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire (9 novembre\u00a01799). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1885), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et voir ce qu\u2019il y a de r\u00e9el et de possible dans l\u2019application de ces principes, et non ce qu\u2019il y a de sp\u00e9culatif et d\u2019hypoth\u00e9tique. Suivre aujourd\u2019hui une autre marche, ce serait philosopher et non gouverner.\u00a0\u00bb Autrement dit, au travail\u00a0! Bonaparte va mettre \u00e0 profit quelques mois de tr\u00eave, pour beaucoup et bien travailler avec ses conseillers d\u2019\u00c9tat. Ses collaborateurs assurent qu\u2019il travaille dix-huit heures par jour, et <em>Le Publiciste<\/em> (futur <em>Journal des D\u00e9bats<\/em>) confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais chef d\u2019\u00c9tat n\u2019a plus travaill\u00e9 par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9finir son programme, c\u2019est naturellement se situer face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur qu\u2019il a v\u00e9cu, en t\u00e9moin et en acteur. Et les historiens de discuter \u00e0 l\u2019infini\u00a0: le Bonaparte du Consulat (avant le Napol\u00e9on de l\u2019Empire) est-il le continuateur ou le liquidateur de la R\u00e9volution, voire, pour les plus extr\u00eames, son sauveur ou son fossoyeur\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces cinq ans de Consulat \u2013 l\u2019une des plus belles pages de la plus belle des histoires, l\u2019histoire de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1684\" class=\"cit-num\">1684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire. L\u2019Av\u00e8nement de l\u2019Empire<\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur Napol\u00e9on a suscit\u00e9 des haines profondes, et m\u00eame ses admirateurs ont des raisons de le critiquer. Mais le Bonaparte du Consulat rallie (presque) tous les suffrages, chez les contemporains comme chez les historiens. Cela dit, l\u2019un est n\u00e9 de l\u2019autre, avec une logique qui peut prendre le nom de fatalit\u00e9, ou de destin\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte n\u2019est point grand par ses paroles, ses discours, ses \u00e9crits, par l\u2019amour des libert\u00e9s qu\u2019il n\u2019a jamais eu [\u2026] Il est grand pour avoir cr\u00e9\u00e9 un gouvernement r\u00e9gulier, un code de lois, des cours de justice, des \u00e9coles, une administration forte, active, intelligente [\u2026] Il est grand pour avoir fait rena\u00eetre en France l\u2019ordre au sein du chaos [\u2026] Il est grand surtout pour \u00eatre n\u00e9 de lui seul, pour avoir su, sans autre autorit\u00e9 que celle de son g\u00e9nie, se faire ob\u00e9ir par trente-six millions de sujets [\u2026] Il est grand pour avoir surpass\u00e9 tous les vainqueurs qui le pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, pour avoir rempli dix ann\u00e9es de tels prodiges qu\u2019on a peine aujourd\u2019hui \u00e0 les comprendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1685\" class=\"cit-num\">1685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand, le styliste, manie en ma\u00eetre l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition, en termes de rh\u00e9torique). Les relations personnelles du grand \u00e9crivain et du grand homme se g\u00e2teront sous l\u2019Empire, mais quand l\u2019\u00e9migr\u00e9, enfin radi\u00e9 de la liste, rentre en France en 1800, l\u2019admiration est totale pour Bonaparte \u2013\u00a0 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, en 1804.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De Clovis jusqu\u2019au Comit\u00e9 de salut public, je me sens solidaire de tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1686\" class=\"cit-num\">1686<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821).<em> <span class=\"caps\">JO<\/span> de la R\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0\u00a057 (1988), Maurice Schumann au S\u00e9nat, 9\u00a0d\u00e9cembre 1988<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des principes politiques du nouveau dirigeant de la France, n\u00e9 de la R\u00e9volution et qui a vu ses exc\u00e8s, sans pour autant participer \u00e0 la Terreur et au Comit\u00e9 de salut public, comme certains de ses collaborateurs ou ministres \u2013\u00a0\u00e0 commencer par Carnot, Barras, et surtout Fouch\u00e9, incontournable ministre de sa police.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">CHRONIQUE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pouvoir vient d\u2019en haut et la confiance vient d\u2019en bas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1687\" class=\"cit-num\">1687<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836). <em>La Police religieuse dans l\u2019ancienne France<\/em> (2010), Gabriel Le Bras<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien sa volont\u00e9\u00a0: renforcer le pouvoir de l\u2019ex\u00e9cutif pour mettre fin aux d\u00e9bordements populaires qui ont entach\u00e9 la R\u00e9volution et fragilis\u00e9 le Directoire. Bonaparte lui a confi\u00e9 le soin de pr\u00e9parer la nouvelle Constitution. L\u2019id\u00e9e est claire\u00a0: que le peuple s\u2019exprime par le suffrage, mais que le gouvernement n\u2019en d\u00e9pende pas. Cela va entra\u00eener une d\u00e9mocratie de fa\u00e7ade, dans un texte tr\u00e8s technique, lisible des seuls sp\u00e9cialistes de droit public \u2013 comme toute constitution, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>La copie de Siey\u00e8s, revue et corrig\u00e9e par Bonaparte, est r\u00e9dig\u00e9e en onze jours par Pierre Daunou, un r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, press\u00e9 par Bonaparte. Malgr\u00e9 son impatience, la pr\u00e9paration en commissions a dur\u00e9 des semaines de s\u00e9ances et de d\u00e9bats, pour tenir le pari initial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[\u2026] La d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1688\" class=\"cit-num\">1688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution de l\u2019an <span class=\"caps\">VIII<\/span>, publi\u00e9e le 13\u00a0d\u00e9cembre 1799 et promulgu\u00e9e le 25<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certes, mais c\u2019est un peu court\u00a0: il faut replacer la phrase dans son contexte.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Article\u00a041. \u2013\u00a0Le Premier Consul promulgue les lois\u00a0; il nomme et r\u00e9voque \u00e0 volont\u00e9 les membres du Conseil d\u2019\u00c9tat, les ministres, les ambassadeurs et autres agents ext\u00e9rieurs en chef, les officiers de l\u2019arm\u00e9e de terre et de mer, les membres des administrations locales et les commissaires du gouvernement pr\u00e8s les tribunaux. Il nomme tous les juges criminels et civils autres que les juges de paix et les juges de cassation, sans pouvoir les r\u00e9voquer.<\/p>\n<p>Article\u00a042. \u2013\u00a0Dans les autres actes du gouvernement, le second et le troisi\u00e8me consul ont voix consultative\u00a0: ils signent le registre de ces actes pour constater leur pr\u00e9sence\u00a0; et s\u2019ils le veulent, y consignent leurs opinions\u00a0; apr\u00e8s quoi, la d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces six mots donnent donc tout pouvoir \u00e0 Bonaparte. Le Premier Consul nomme aux principales fonctions publiques, il a l\u2019initiative en mati\u00e8re l\u00e9gislative, l\u2019essentiel des pouvoirs sur la diplomatie et l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cet ex\u00e9cutif fort, le l\u00e9gislatif est \u00e9miett\u00e9 entre trois assembl\u00e9es \u2013\u00a0Tribunat, Conseil l\u00e9gislatif, S\u00e9nat conservateur\u00a0\u2013, cependant que le Conseil d\u2019\u00c9tat, purement technique, pr\u00e9pare les lois et les pr\u00e9sente aux assembl\u00e9es.<\/p>\n<p>Le suffrage universel est litt\u00e9ralement escamot\u00e9\u00a0: les \u00e9lections sont supprim\u00e9es, les citoyens pr\u00e9sentant des listes de candidats (\u00ab\u00a0notabilit\u00e9s\u00a0\u00bb) \u00e0 partir desquelles sont nomm\u00e9s ou \u00e9lus, par le gouvernement ou par le S\u00e9nat, les membres des Assembl\u00e9es, les fonctionnaires. Les droits de l\u2019homme sont absents, tout comme les libert\u00e9s individuelles. C\u2019est un \u00ab\u00a0sur-mesure institutionnel\u00a0\u00bb pour le nouveau ma\u00eetre du pays.<\/p>\n<p>Fait rare\u00a0: le nom du Premier Consul figure dans la Constitution \u2013 texte cens\u00e9 s\u2019appliquer au-del\u00e0 de l\u2019esp\u00e9rance de vie politique d\u2019un homme, fut-il Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution est finie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1689\" class=\"cit-num\">1689<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration consulaire (r\u00e9sum\u00e9e), 25\u00a0d\u00e9cembre\u00a01799<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que ces mots furent prononc\u00e9s, mais on peut consid\u00e9rer que c\u2019est bien la derni\u00e8re.<\/p>\n<p>La vraie citation est un peu plus longue\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution est fix\u00e9e aux principes qui l\u2019ont commenc\u00e9e\u00a0: elle est finie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendre la R\u00e9publique ch\u00e8re aux citoyens, respectable aux \u00e9trangers, formidable aux ennemis, telles sont les obligations que nous avons contract\u00e9es en acceptant la premi\u00e8re magistrature.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1690\" class=\"cit-num\">1690<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration consulaire, 25\u00a0d\u00e9cembre 1799.<em> Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s publication de la nouvelle Constitution (13\u00a0d\u00e9cembre), le Premier Consul annonce en ces termes aux Fran\u00e7ais le programme du Consulat, qui doit se d\u00e9marquer en tout du Directoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Venez \u00e0 moi, mon gouvernement sera celui de la jeunesse et de l\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1691\" class=\"cit-num\">1691<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), aux jeunes chefs vend\u00e9ens, fin d\u00e9cembre\u00a01799.<em> La Contre-r\u00e9volution sous la R\u00e9volution, 1789-1815<\/em> (1935), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, et profitant de l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, il veut avant tout r\u00e9concilier les Fran\u00e7ais, dramatiquement d\u00e9chir\u00e9s depuis dix ans. De Gaulle aurait dit de mani\u00e8re imag\u00e9e qu\u2019il a \u00ab\u00a0ramass\u00e9 la France \u00e0 la petite cuill\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S\u2019il s\u2019adresse d\u2019abord aux jeunes chefs vend\u00e9ens, c\u2019est qu\u2019il sait leur valeur, et combien cette guerre civile a fait de victimes sur le terrain, de d\u00e9g\u00e2ts dans les esprits et les c\u0153urs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner par un parti, c\u2019est se mettre t\u00f4t ou tard dans sa d\u00e9pendance. On ne m\u2019y prendra pas. Je suis national.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1692\" class=\"cit-num\">1692<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, fin 1799.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Qu\u2019il l\u2019ait dit \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s ou \u00e0 Thibaudeau (selon les sources), peu importe, et il l\u2019a certainement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 diverses occasions, au d\u00e9but de son Consulat\u00a0: c\u2019est un autre principe de sa politique, et un point fort de sa strat\u00e9gie d\u2019homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La logique des partis fut fatale aux r\u00e9volutionnaires \u2013 au sens litt\u00e9ral, si on se rappelle tous ceux guillotin\u00e9s pour \u00eatre ou ne pas \u00eatre de tel ou tel parti, courant, tendance, nuance, club et autre faction. Le r\u00e9gime des partis se r\u00e9v\u00e9lera \u00e9galement funeste aux R\u00e9publiques qui se suivront et (en cela du moins) se ressembleront, pendant deux si\u00e8cles. De Gaulle lui-m\u00eame, autre g\u00e9n\u00e9ral entr\u00e9 en politique \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9v\u00e9nements dramatiques, n\u2019aura pas de mot assez fort ou m\u00e9prisant pour fustiger les partis, leur jeu, et l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale qui s\u2019ensuit.<\/p>\n<p>Cela dit, les partis sont inh\u00e9rents \u00e0 la d\u00e9mocratie. De Gaulle la respectera, Bonaparte n\u2019a pas ce genre de probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre qui depuis huit ans ravage les quatre parties du monde doit-elle \u00eatre \u00e9ternelle\u00a0? [\u2026] Comment les deux nations les plus \u00e9clair\u00e9es de l\u2019Europe [\u2026] ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la premi\u00e8re des gloires\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1693\" class=\"cit-num\">1693<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Message du Premier Consul au roi d\u2019Angleterre Georges <span class=\"caps\">III<\/span>, 25\u00a0d\u00e9cembre 1799. <em>Histoire de Napol\u00e9on, du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1841), Louis\u00a0Vivien de Saint-Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre manuscrite, et un message dans le m\u00eame esprit est adress\u00e9 le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019empereur d\u2019Autriche. Bonaparte veut-il vraiment la paix, ou le temps pour pr\u00e9parer la guerre\u00a0? En tout cas, l\u2019arm\u00e9e doit se reposer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre ne n\u00e9gociera qu\u2019avec les Bourbons restaur\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1694\" class=\"cit-num\">1694<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lord <span class=\"caps\">GRENVILLE<\/span> (1759-1834), R\u00e9ponse du chef du Foreign Office \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte qui demande la paix, 4\u00a0janvier 1800. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et \u00e0 la m\u00eame question, la r\u00e9ponse de l\u2019Autriche fut aussi d\u00e9cevante que celle de l\u2019Angleterre, ce qui semble logique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait de grandes choses en France qu\u2019en s\u2019appuyant sur les masses\u00a0; d\u2019ailleurs un gouvernement doit aller chercher son point d\u2019appui l\u00e0 o\u00f9 il est.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1695\" class=\"cit-num\">1695<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821).<em> Manuel du Chef\u00a0: maximes napol\u00e9oniennes<\/em> (1919), Napol\u00e9on Ier, Jules Bertaut<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aphorisme souvent cit\u00e9. Le nouveau ma\u00eetre de la France a besoin de l\u00e9gitimer son coup d\u2019\u00c9tat de brumaire. La Constitution de l\u2019an <span class=\"caps\">VIII<\/span> sera adopt\u00e9e par pl\u00e9biscite, le 18\u00a0f\u00e9vrier 1800\u00a0: pr\u00e8s de 4\u00a0millions de votants, et seulement 1\u00a0562 non\u00a0! Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9e, depuis le 25\u00a0d\u00e9cembre. Avec quelques amendements, dont le Consulat \u00e0 vie, elle aboutira \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il dans la Constitution\u00a0?<br>\u2014 Il y a Bonaparte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1696\" class=\"cit-num\">1696<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot circule dans Paris en 1800. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, Consulat et Empire, Paul Brousse et Henri Turot, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a compris que Bonaparte a l\u2019essentiel du pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb Les deux autres consuls, Cambac\u00e9r\u00e8s et Lebrun, n\u2019ont qu\u2019une voix consultative. Irresponsable devant les assembl\u00e9es, il nomme ministres et fonctionnaires, a l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gislatif est \u00e9miett\u00e9 en trois assembl\u00e9es qui se neutralisent (S\u00e9nat, Tribunat, Corps l\u00e9gislatif) et le suffrage universel escamot\u00e9. C\u2019est un \u00ab\u00a0sur-mesure institutionnel\u00a0\u00bb pour le nouveau C\u00e9sar \u2013\u00a0le mot de Consulat vient du droit romain, de m\u00eame les s\u00e9natus-consultes, textes promulgu\u00e9s par le S\u00e9nat, autre souvenir de la R\u00e9publique romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817),<em> De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve cette ann\u00e9e-l\u00e0 pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. \u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine, et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Retir\u00e9 de la politique depuis 1790, le septuag\u00e9naire est moins s\u00e9v\u00e8re, dans ses <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)\u00a0: \u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j\u2019ai besoin de Bonaparte pour cela et qu\u2019il ne le pourrait sans moi. G\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Europe vous observe, la gloire vous attend et je suis impatient de rendre la paix \u00e0 mon peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1698\" class=\"cit-num\">1698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de provence (1755-1824), Lettre au Premier Consul, 20\u00a0f\u00e9vrier 1800. <em>La V\u00e9rit\u00e9 sur les Cent-Jours<\/em> (1835), Lucien Bonaparte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte la trouva fort belle, cette lettre, mais il n\u2019y r\u00e9pondra que six mois plus tard\u2026<\/p>\n<p>Le comte de Provence (futur Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>) qui se donna le titre de r\u00e9gent \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, puis de roi \u00e0 la mort (pr\u00e9sum\u00e9e) du dauphin \u00e0 la prison du Temple, en 1795, travaille inlassablement \u00e0 r\u00e9tablir la monarchie en France. Cette prise de contact avec l\u2019usurpateur du pouvoir en personne le prouve. Mais de ses lieux d\u2019exil successifs, il cherche l\u2019appui des puissances europ\u00e9ennes contre Bonaparte, et bient\u00f4t Napol\u00e9on\u00a0Ier. Il forme un r\u00e9seau d\u2019agents royalistes dans le Midi, en Vend\u00e9e, et va soutenir divers complots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019envie votre heureux sort\u00a0; vous allez, avec des braves, faire de belles choses. Je troquerais volontiers ma pourpre consulaire pour une \u00e9paulette de chef de brigade sous vos ordres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1699\" class=\"cit-num\">1699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au g\u00e9n\u00e9ral Moreau, commandant en chef de l\u2019arm\u00e9e du Rhin, 16\u00a0mars 1800. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier Consul, tr\u00e8s actif \u00e0 Paris et pr\u00e9parant d\u2019indispensables r\u00e9formes, avoue au g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il s\u2019ennuie, quand il ne fait pas la guerre \u2013 qui a repris en Italie, face aux Autrichiens. C\u2019est la suite de la deuxi\u00e8me coalition, alliance des puissances europ\u00e9ennes (dont l\u2019Angleterre) contre la France. Deux mois plus tard, trop heureux, il part \u00ab\u00a0\u00e0 grands pas au secours de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie pour lui donner un coup de main\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chez un grand peuple dont les institutions sont fixes, l\u2019\u00e9ducation nationale doit \u00eatre en harmonie avec les institutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1700\" class=\"cit-num\">1700<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1775-1840), Rapport du 22\u00a0mars 1800. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fr\u00e8re de Napol\u00e9on, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, critique \u00ab\u00a0l\u2019instruction \u00e0 peu pr\u00e8s nulle en France\u00a0\u00bb. Un projet de r\u00e9forme va \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 par Chaptal et Fourcroy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avant tout arriver \u00e0 l\u2019unit\u00e9, et qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration tout enti\u00e8re puisse \u00eatre jet\u00e9e dans le m\u00eame moule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1757\" class=\"cit-num\">1757<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) au comte Louis-Mathieu <span class=\"caps\">MOL\u00c9<\/span>. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019enseignement et de l\u2019\u00e9ducation en France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, De la R\u00e9volution \u00e0 l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine (1981), Fran\u00e7ois Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019instruction publique est un moyen de \u00ab\u00a0diriger les opinions publiques et morales\u00a0\u00bb et pour Napol\u00e9on, \u00ab\u00a0tout en d\u00e9pend, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir\u00a0\u00bb. Les premiers lyc\u00e9es sont fond\u00e9s en 1802. La mission assign\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 en 1808 sera \u00e9galement de \u00ab\u00a0former dans le m\u00eame moule une jeunesse bourgeoise d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. L\u2019empereur pr\u00e9tend aussi asservir \u00e0 sa loi philosophes et \u00e9crivains, et c\u2019est un tout autre probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art de la police est de ne pas voir ce qu\u2019il est inutile qu\u2019elle voie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1760\" class=\"cit-num\">1760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Premier Consul, Au citoyen Fouch\u00e9, 24\u00a0mai\u00a01800. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Le Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019adresse au ministre de la Police, \u00e9minence grise et pilier du r\u00e9gime, qui fait souvent couple avec Talleyrand, tout aussi talentueux et d\u00e9testable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">GERVAIS<\/span> (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire en 1793, il fera toutes les campagnes de l\u2019Empire. R\u00e9cit pris sur le vif de vingt ann\u00e9es de guerres en Europe, d\u2019un h\u00e9ros qui ne se prend jamais pour tel, ne demande rien et refuse parfois un avancement.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal, franchissant les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e, et surtout sublim\u00e9e, par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard<\/em>, tableau peint en 1800.<\/p>\n<p>David, conseill\u00e9 par Bonaparte lui-m\u00eame, d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb, et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, pour donner un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit, qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu. Ce passage r\u00e9ussi va permettre de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans cette deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une victoire me laissera ma\u00eetre d\u2019ex\u00e9cuter ce que je voudrai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1702\" class=\"cit-num\">1702<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 son fr\u00e8re Joseph (membre du Corps l\u00e9gislatif et du Conseil d\u2019\u00c9tat), 20\u00a0mai 1800. <em>M\u00e9moires sur Carnot par son fils<\/em> (1863), Hippolyte Carnot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier Consul sait qu\u2019il doit affermir son pouvoir, menac\u00e9 par certaines men\u00e9es royalistes \u2013 le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> voudrait r\u00e9cup\u00e9rer son tr\u00f4ne. Mais le g\u00e9n\u00e9ral Mass\u00e9na, l\u2019\u00ab\u00a0enfant ch\u00e9ri de la victoire\u00a0\u00bb, est en difficult\u00e9 \u00e0 G\u00eanes, assi\u00e9g\u00e9, attendant les renforts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1703\" class=\"cit-num\">1703<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Allocution aux cur\u00e9s de Milan, 5\u00a0juin 1800. <em>Histoire de deux concordats de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise et de la R\u00e9publique Cisalpine conclus en\u00a01801 et\u00a01803 entre Napol\u00e9on Bonaparte et le Saint-Si\u00e8ge<\/em> (1869), Augustin Theiner<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans la ville en vainqueur. Et il ajoute cette id\u00e9e qui lui est ch\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a que la religion qui donne \u00e0 l\u2019\u00c9tat un appui ferme et durable.\u00a0\u00bb Ce n\u2019est donc pas une d\u00e9claration de circonstance, pour plaire \u00e0 son auditoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait chaud, tr\u00e8s chaud\u00a0: les os de nos grenadiers craquaient sous les balles autrichiennes comme un vitrage sous la gr\u00eale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1704\" class=\"cit-num\">1704<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">LANNES<\/span> (1769-1809), \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte venu le f\u00e9liciter, apr\u00e8s la bataille de Montebello, 9\u00a0juin 1800. <em>Dictionnaire d\u2019histoire de France<\/em>, Perrin, collectif<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant de la garde consulaire, Lannes a battu les Autrichiens du g\u00e9n\u00e9ral Ott\u00a0: 18\u00a0000 soldats contre 8\u00a0000 Fran\u00e7ais, et une tr\u00e8s vive r\u00e9sistance, avant de se replier, laissant 3\u00a0000 morts sur le terrain, et abandonnant 5\u00a0000 prisonniers, six pi\u00e8ces de canon, de nombreux drapeaux. G\u00e9n\u00e9ral vainqueur, promu mar\u00e9chal en 1804, Lannes deviendra duc de Montebello, en 1808.<\/p>\n<p>Mais la victoire d\u00e9cisive, c\u2019est quelques jours plus tard, \u00e0 Marengo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime l\u2019oignon frit \u00e0 l\u2019huile,<br>J\u2019aime l\u2019oignon quand il est bon [\u2026]<br>Au pas camarade, au pas camarade,<br>Au pas, au pas, au pas [bis]<br>Et pas d\u2019oignon aux Autrichiens,<br>Non\u00a0! pas d\u2019oignon \u00e0 tous ces chiens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1705\" class=\"cit-num\">1705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson de l\u2019oignon<\/em>, 1800, anonyme et tr\u00e8s populaire. <em>Chants et chansons militaires de la France<\/em> (1887), Eug\u00e8ne Hennebert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Scand\u00e9e par les grenadiers montant \u00e0 l\u2019assaut, lors de la bataille de Marengo (14\u00a0juin 1800). Mass\u00e9na ayant finalement capitul\u00e9 \u00e0 G\u00eanes, Bonaparte a d\u00e9tourn\u00e9 ses divisions pour attaquer les Autrichiens \u00e0 Marengo. Bataille ind\u00e9cise, qui serait perdue sans l\u2019arriv\u00e9e en renfort du g\u00e9n\u00e9ral Desaix, retournant la situation, avant de tomber \u00e0 la t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le seul regret de n\u2019avoir pas assez fait pour la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1706\" class=\"cit-num\">1706<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DESAIX<\/span> (1768-1800), au jeune Lebrun, son aide de camp, mot de la fin \u00e0 Marengo, 14\u00a0juin 1800.<em> L\u2019Honneur fran\u00e7ais, ou Tableau des personnages qui, depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 ce jour, ont contribu\u00e9 \u00e0 quelque titre que ce soit, \u00e0 honorer le nom fran\u00e7ais<\/em> (1808), Jean-Baptiste-Louis Brayer de Beauregard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Frapp\u00e9 d\u2019une balle, au commencement de la charge de sa division, le g\u00e9n\u00e9ral a juste le temps de dire ces mots\u2026 Ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, il se distingua dans l\u2019arm\u00e9e du Rhin. Il accompagnait Bonaparte en \u00c9gypte et fut charg\u00e9 de l\u2019organisation du Fayoum\u00a0: son gouvernement lui valut le surnom de Sultan juste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi ne m\u2019est-il pas permis de pleurer\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1707\" class=\"cit-num\">1707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821) \u00e0 la mort de Desaix, Marengo, 14\u00a0juin 1800.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait un valeureux compagnon de route pour Bonaparte qui a pu appr\u00e9cier l\u2019homme et le militaire, dans la campagne d\u2019\u00c9gypte. Certains historiens d\u00e9nonceront son m\u00e9pris de la vie humaine, mais il ne m\u00e9nage pas la sienne\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme apr\u00e8s tout\u00a0?\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Marengo, les Autrichiens demandent un armistice. L\u2019Italie, pour la seconde fois, est conquise par les Fran\u00e7ais. \u00c0 Milan, capitale de la R\u00e9publique cisalpine, on illumine. Et Paris accueille la nouvelle de cette victoire dans un d\u00e9lire d\u2019enthousiasme. Il n\u2019en fallait pas moins, pas plus, pour assurer la position de Bonaparte, Premier Consul.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nouvelle de l\u2019inconcevable victoire de Marengo vint comme un coup de foudre renverser tous nos projets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1708\" class=\"cit-num\">1708<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis Bernard Emmanuel de <span class=\"caps\">PUYVERT<\/span> (1755-1832).<em> L\u2019Av\u00e8nement de Bonaparte<\/em> (1910), Albert Vandal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le marquis organise l\u2019agitation royaliste en Provence, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de 25\u00a0000 hommes, tandis que \u00ab\u00a0thermidoriens\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0brumairiens\u00a0\u00bb m\u00e9contents pr\u00e9parent chacun de leur c\u00f4t\u00e9 un \u00ab\u00a0gouvernement de rechange\u00a0\u00bb en cas de d\u00e9faite de l\u2019homme fort. La police de Fouch\u00e9 finira par arr\u00eater Puyvert, qui passera de longues ann\u00e9es en prison, sauv\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> et la Restauration.<\/p>\n<p>En fait, Marengo fut \u00ab\u00a0le bapt\u00eame de la puissance personnelle de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb, selon le mot d\u2019Hyde de Neuville (m\u00e9morialiste \u00ab\u00a0conspirateur et diplomate\u00a0\u00bb).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est sur le champ de bataille de Marengo, au milieu des souffrances et environn\u00e9 de quinze mille cadavres, que je conjure Votre Majest\u00e9 d\u2019\u00e9couter le cri de l\u2019humanit\u00e9 et de ne pas permettre qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de deux braves et puissantes nations s\u2019entr\u2019\u00e9gorge pour des int\u00e9r\u00eats qui lui sont \u00e9trangers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1709\" class=\"cit-num\">1709<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre du Premier Consul \u00e0 l\u2019empereur d\u2019Autriche, 25\u00a0d\u00e9cembre 1800.<em> Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0Ier, surnomm\u00e9 le Grand<\/em> (1867), Nicolas Batjin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Marengo, il souhaite transformer l\u2019armistice en paix v\u00e9ritable pour se \u00ab\u00a0donner uniquement \u00e0 l\u2019administration de la France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Face \u00e0 lui, Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (neveu de Marie-Antoinette), empereur d\u2019Allemagne, futur empereur d\u2019Autriche sous le nom de Fran\u00e7ois\u00a0Ier. Il ira de d\u00e9faites militaires en humiliations diplomatiques, jusqu\u2019\u00e0 donner sa fille Marie-Louise en mariage \u00e0 son ennemi, Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je croyais l\u2019empereur Fran\u00e7ois un bon homme\u00a0; je me suis tromp\u00e9\u00a0! C\u2019est un imb\u00e9cile, un paresseux sans cervelle et sans c\u0153ur. Il est d\u00e9pourvu de tout talent. Il ignore l\u2019affection, la sensibilit\u00e9 et la gratitude. En fait, les bonnes qualit\u00e9s lui font compl\u00e8tement d\u00e9faut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant de le m\u00e9priser en ces termes, Bonaparte l\u2019a gratifi\u00e9 d\u2019une belle lettre, vrai plaidoyer pour la paix. Mais apr\u00e8s une courte tr\u00eave, la guerre continue \u2013 au total, vingt-trois ann\u00e9es, puisque le conflit remonte \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est en me faisant catholique que j\u2019ai fini la guerre de Vend\u00e9e, en me faisant musulman que je me suis \u00e9tabli en \u00c9gypte, en me faisant ultramontain que j\u2019ai gagn\u00e9 les esprits en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je r\u00e9tablirais le temple de Salomon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1710\" class=\"cit-num\">1710<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration au Conseil d\u2019\u00c9tat, 1er\u00a0ao\u00fbt 1800.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Principe pragmatique et conception tr\u00e8s utilitaire de la religion\u00a0: il ne faut pas la combattre et la d\u00e9truire comme les r\u00e9volutionnaires, mais s\u2019en servir pour affermir l\u2019\u00c9tat et garantir l\u2019ob\u00e9issance des citoyens au pouvoir civil. Paradoxalement, Danton et Robespierre pensaient de m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole\u00a0\u00bb, a dit Bonaparte aux cur\u00e9s de Milan (5\u00a0juin 1800), apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans la ville en vainqueur. Cette id\u00e9e lui est ch\u00e8re. Et la prochaine signature du Concordat le confirme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l\u2019\u00eatre [\u2026] C\u2019est la mani\u00e8re de reconna\u00eetre la souverainet\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1711\" class=\"cit-num\">1711<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration au Conseil d\u2019\u00c9tat, 1er\u00a0ao\u00fbt 1800. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la m\u00eame d\u00e9claration, il donne une raison plus g\u00e9n\u00e9rale, et sa conception personnelle de la d\u00e9mocratie. En cette ann\u00e9e 1800, il y a entente parfaite entre la volont\u00e9 du peuple et la politique de l\u2019homme au pouvoir. La plupart des probl\u00e8mes viendront quand il y aura divorce entre les deux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800. <em>\u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a sans doute pas une phrase du <em>Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul, et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner d\u2019un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux grands \u00ab\u00a0despotes \u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, le roi de Prusse, et Catherine <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie, ont eu des relations suivies avec Voltaire et Diderot, mais ils \u00e9taient moins \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb que Rousseau, dans leur id\u00e9alisme libertaire et leur th\u00e9orie sociale \u2013\u00a0et dans le premier cas, les deux hommes se sont brouill\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres [\u2026] Sacrifiez votre int\u00e9r\u00eat au repos et au bonheur de la France. L\u2019Histoire vous en tiendra compte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1713\" class=\"cit-num\">1713<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre au comte de Provence, 7\u00a0septembre 1800. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 la lettre que lui a adress\u00e9e le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le 20\u00a0f\u00e9vrier dernier. Pour un homme press\u00e9, il a pris le temps de la r\u00e9flexion. En fait, c\u2019\u00e9tait tout r\u00e9fl\u00e9chi. Ce royaliste ne pensant qu\u2019\u00e0 son tr\u00f4ne ne pouvait en rien lui servir, et d\u2019ailleurs, il multiplie les complots, le ministre de la Police en est inform\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1714\" class=\"cit-num\">1714<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, 24\u00a0d\u00e9cembre 1800.<em> Histoire de la France<\/em> (1986), Andr\u00e9 Bendjebbar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00catre de la poule blanche\u00a0\u00bb est une expression corse qui signifie avoir de la chance, et ce Corse fut toute sa vie tr\u00e8s superstitieux.<\/p>\n<p>C\u2019est miracle s\u2019il n\u2019est pas mort, ce soir de No\u00ebl 1800. Au passage de son carrosse, explosion de la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb \u2013 tonneau de 200\u00a0livres de poudre et rempli de clous. L\u2019attentat fait 22 morts, une cinquantaine de bless\u00e9s, 46\u00a0maisons d\u00e9truites. Le fracas \u00e9branle tout le quartier Saint-Honor\u00e9\u2026 Le Premier Consul est indemne. Il dormait, \u00e9puis\u00e9, toujours prompt \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, avant d\u2019aller \u00e0 <em>La Cr\u00e9ation du monde<\/em> de Joseph Haydn, \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra (alors place Louvois). Il se rendra d\u2019ailleurs au spectacle, sans se soucier de son \u00e9pouse, Jos\u00e9phine (l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9e) dans une autre voiture du cort\u00e8ge, avec sa fille Hortense.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0octobre, et cette fois dans sa loge \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, il a \u00e9chapp\u00e9 de peu au couteau de cinq conjur\u00e9s \u2013 la \u00ab\u00a0conspiration des poignards\u00a0\u00bb. Bonaparte est persuad\u00e9 que cette s\u00e9rie d\u2019attentats contre sa personne est l\u2019\u0153uvre des Jacobins. Mais Fouch\u00e9 a d\u2019autres informations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous ces hommes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pris le poignard \u00e0 la main, mais tous sont universellement connus pour \u00eatre capables de l\u2019aiguiser et de le prendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1715\" class=\"cit-num\">1715<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), ministre de la Police, 1er\u00a0janvier 1801. <em>M\u00e9moires de Joseph Fouch\u00e9, duc d\u2019Otrante<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte lui a demand\u00e9 une liste de 130 \u00ab\u00a0anarchistes\u00a0\u00bb (ou terroristes) \u00e0 d\u00e9porter sans jugement, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de tuer le tyran venait en fait d\u2019extr\u00e9mistes royalistes, et l\u2019ex\u00e9cution fut l\u2019\u0153uvre de trois Chouans. Fouch\u00e9, apr\u00e8s enqu\u00eate, en a la preuve. Cependant, le Premier Consul s\u2019ent\u00eate et veut \u00e9liminer la \u00ab\u00a0vermine jacobine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 5\u00a0janvier 1801, un s\u00e9natus-consulte (d\u00e9cision prise par le S\u00e9nat, 80 membres, dont 60 nomm\u00e9s par Bonaparte) d\u00e9portera aux Seychelles une centaine d\u2019extr\u00e9mistes jacobins qui ne sont pas les vrais coupables \u2013 Fouch\u00e9 en a averti quelques-uns qui ont le temps de s\u2019enfuir.<\/p>\n<p>L\u2019attentat est un bon pr\u00e9texte pour frapper un coup \u00e0 gauche, un coup \u00e0 droite. Les deux chefs royalistes confondus par Fouch\u00e9 seront guillotin\u00e9s. Mais Fouch\u00e9, ayant contredit le Premier Consul, se retrouve s\u00e9nateur (autant dire, au placard). Il reviendra \u00e0 la Police, au lendemain d\u2019un autre attentat (sign\u00e9 Cadoudal). Bonaparte ne pouvait se passer des services d\u2019un homme aussi comp\u00e9tent.<\/p>\n<p>Il va aussi se h\u00e2ter de r\u00e9gler la question religieuse, pour achever la r\u00e9conciliation nationale et avoir la paix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir replac\u00e9 les anciennes limites de la Gaule, il [le peuple fran\u00e7ais] devait rendre \u00e0 la libert\u00e9 des peuples qui lui \u00e9taient unis par une commune origine, par le rapport des int\u00e9r\u00eats et des m\u0153urs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1716\" class=\"cit-num\">1716<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Message au Corps l\u00e9gislatif, 2\u00a0janvier 1801. <em>Napol\u00e9on Bonaparte, sa vie civile et militaire<\/em> (1814), Charles Desrosiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par le trait\u00e9 de Lun\u00e9ville (9\u00a0f\u00e9vrier), la France victorieuse de l\u2019Autriche impose la loi du plus fort\u00a0: cession de la Belgique, reconnaissance de la rive gauche du Rhin et des \u00ab\u00a0r\u00e9publiques s\u0153urs\u00a0\u00bb. C\u2019est la confirmation du trait\u00e9 de Campoformio de 1797.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Regardez maintenant cette carte [de l\u2019Europe], on n\u2019y aper\u00e7oit partout que la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1717\" class=\"cit-num\">1717<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Richard <span class=\"caps\">SHERIDAN<\/span> (1751-1816). <em>30 mars 1814, la bataille de Paris<\/em> (2004), Jean-Pierre Mir<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur dramatique anglais qui abandonna la sc\u00e8ne pour la politique, devenant membre du Conseil priv\u00e9 et tr\u00e9sorier de la marine. Son exclamation devant les Communes s\u2019oppose au mot de Burke qui, dix ans avant, adversaire r\u00e9solu de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, voyait \u00ab\u00a0un vide \u00e0 la place de la France sur la carte de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1718\" class=\"cit-num\">1718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Talleyrand, ministre des Relations ext\u00e9rieures, 19\u00a0avril 1801.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il est bon que l\u2019Angleterre sache que l\u2019opinion du Premier Consul est que l\u2019espace\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela sonne comme une menace. En f\u00e9vrier\u00a01798, le Directoire a soumis \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre. Et sur le conseil de Talleyrand, l\u2019ambitieux a renonc\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019o\u00f9 la campagne d\u2019\u00c9gypte. Mais l\u2019id\u00e9e revient.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les conqu\u00e9rants habiles ne sont jamais brouill\u00e9s avec les pr\u00eatres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1719\" class=\"cit-num\">1719<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Lucien Bonaparte, ambassadeur \u00e0 Madrid, 18\u00a0avril 1801<em>. Courrier litt\u00e9raire, <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1848), \u00c9mile Henriot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet esprit, le Premier Consul signe avec le pape Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Paris par le cardinal Consalvi, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat du Saint-Si\u00e8ge) le Concordat du 15\u00a0juillet 1801, adopt\u00e9 le 8\u00a0avril\u00a01802 par les Assembl\u00e9es. Ce compromis religieux r\u00e8gle les relations entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, jusqu\u2019\u00e0 la loi consacrant leur s\u00e9paration, en 1905.<\/p>\n<p>Une brouille viendra des \u00ab\u00a0Articles organiques\u00a0\u00bb \u00e9labor\u00e9s par Portalis (juriste et directeur des Cultes), ajout\u00e9s unilat\u00e9ralement au Concordat et r\u00e9tablissant en fait l\u2019emprise de l\u2019\u00c9tat sur l\u2019\u00c9glise \u2013 indispensables pour faire passer le Concordat. C\u2019est l\u2019un des nombreux \u00e9pisodes du gallicanisme en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni vainqueurs ni vaincus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1720\" class=\"cit-num\">1720<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), pr\u00e9cepte cher au Premier Consul. <em>Le Comte Boissy d\u2019Anglas<\/em> (2001), Alice Saunier-Se\u00eft\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il veut r\u00e9tablir l\u2019ordre en cr\u00e9ant ce qu\u2019il appelle un \u00ab\u00a0\u00e9quilibre consulaire\u00a0\u00bb, r\u00e9sum\u00e9 par cette formule. Cela vaut de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: la Constitution de l\u2019an <span class=\"caps\">VIII<\/span> et le nouveau r\u00e9gime cherchent \u00e0 trouver le juste milieu entre les opinions, les passions et les instincts antagonistes, sous l\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre de la France.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re religieuse, il entend maintenir la balance \u00e9gale entre les deux clerg\u00e9s, h\u00e9rit\u00e9s de la R\u00e9volution, avec la Constitution civile du clerg\u00e9 (1790) et la scission entre pr\u00eatres conventionnels (jureurs, asserment\u00e9s) et r\u00e9fractaires (inserment\u00e9s). Ils sont presque tous confirm\u00e9s dans leurs charges. Le catholicisme est reconnu comme \u00ab\u00a0religion de la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. L\u2019\u00c9tat s\u2019engage dans une politique de tol\u00e9rance vis-\u00e0-vis des protestants et des juifs, mais admet aussi le mariage civil et le divorce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1801 Napol\u00e9on r\u00e9tablit le culte en France, il a fait non seulement acte de justice, mais aussi de grande habilet\u00e9 [\u2026] Le Napol\u00e9on du Concordat, c\u2019est le Napol\u00e9on vraiment grand, \u00e9clair\u00e9, guid\u00e9 par son g\u00e9nie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1721\" class=\"cit-num\">1721<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un grand diplomate, et d\u2019un politicien habile. Son nom est souvent associ\u00e9 \u00e0 celui de Siey\u00e8s et de Fouch\u00e9\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0brelan de pr\u00eatres\u00a0\u00bb, selon l\u2019ironique expression de Carnot.<\/p>\n<p>Rendu boiteux par un accident qui lui interdit la carri\u00e8re militaire, \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun (en 1780) sans vocation religieuse, Talleyrand fut l\u2019un des premiers pr\u00eatres \u00e0 pr\u00eater serment \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9. Il approuve l\u2019ensemble de la politique religieuse, sous le Consulat, \u00e0 commencer par le Concordat avec Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>. Bonaparte s\u2019est ainsi ralli\u00e9 les sympathies des catholiques du monde entier, il a raffermi sur une base solide la puissance catholique, \u00e9branl\u00e9e par la R\u00e9volution, et dont tout gouvernement sens\u00e9\u0301 doit aider le d\u00e9veloppement en France, \u00e0 cette \u00e9poque. Talleyrand sera d\u2019ailleurs l\u2019inspirateur des Articles organiques, pour faire passer le Concordat.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb va faire une tr\u00e8s longue carri\u00e8re, finissant ambassadeur de France au Royaume-Uni sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 Amiens, je croyais de tr\u00e8s bonne foi le sort de la France, celui de l\u2019Europe et le mien fix\u00e9s [\u2026] Pour moi, j\u2019allais me donner uniquement \u00e0 l\u2019administration de la France et je crois que j\u2019eusse enfant\u00e9 des prodiges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1722\" class=\"cit-num\">1722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le trait\u00e9 (ou paix) d\u2019Amiens, sign\u00e9 le 25\u00a0mars 1802, met fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. C\u2019est surtout la paix avec l\u2019Angleterre qui se retrouvait trop seule \u00e0 combattre. D\u00e8s les pr\u00e9liminaires de paix, Londres illumine en apprenant la signature. On crie \u00ab\u00a0Vive Bonaparte\u00a0!\u00a0\u00bb Alors que Paris reste calme (1er\u00a0octobre 1801).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte, tr\u00e8s en col\u00e8re de l\u2019impassibilit\u00e9 de Paris, a dit \u00e0 ses courtisans r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0Que leur faut-il donc\u00a0?\u00a0\u00bb Et personne ne s\u2019est lev\u00e9 pour lui dire\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9, citoyen consul, la libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1723\" class=\"cit-num\">1723<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817).<em> Lettres in\u00e9dites de Mme\u00a0de Sta\u00ebl \u00e0 Henri Meister<\/em> (posthume, 1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e9videmment le genre de v\u00e9rit\u00e9 que le \u00ab\u00a0citoyen consul\u00a0\u00bb et futur empereur ne saurait entendre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 Bonaparte demandant comment \u00e9tait la c\u00e9r\u00e9monie du Te Deum de P\u00e2ques, \u00e0 Notre-Dame\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0Tr\u00e8s belle, il n\u2019y manquait qu\u2019un million d\u2019hommes qui se sont fait tuer pour d\u00e9truire ce que nous r\u00e9tablissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1724\" class=\"cit-num\">1724<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">AUGEREAU<\/span> (1757-1816), 8\u00a0avril 1802.<em> L\u2019Europe pendant le Consulat et l\u2019Empire de Napol\u00e9on<\/em> (1840), Jean-Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte n\u2019appr\u00e9cie gu\u00e8re la r\u00e9ponse\u00a0: il veut que la France redevienne la fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise, apr\u00e8s le Concordat du 15\u00a0juillet 1801, enfin vot\u00e9 par les Assembl\u00e9es ce jour m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est avec des hochets que l\u2019on m\u00e8ne les hommes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1725\" class=\"cit-num\">1725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), D\u00e9claration au Conseil d\u2019\u00c9tat, 8\u00a0mai 1802.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il expose ses id\u00e9es sur la L\u00e9gion d\u2019honneur. Et r\u00e9plique au conseiller d\u2019\u00c9tat Berlier, qui r\u00e9servait aux monarchies les hochets et les rubans, ces distinctions indignes d\u2019une r\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains avaient des patriciens, des chevaliers, des citoyens et des esclaves. Ils avaient pour chaque chose des costumes divers, des m\u0153urs diff\u00e9rentes. Ils d\u00e9cernaient en r\u00e9compense toutes sortes de distinctions, des noms qui rappelaient des services, des couronnes murales, le triomphe\u00a0! Je d\u00e9fie qu\u2019on me montre une r\u00e9publique ancienne ou moderne dans laquelle il n\u2019y ait pas eu de distinctions. On appelle cela des hochets\u00a0! Eh bien\u00a0! c\u2019est avec des hochets que l\u2019on m\u00e8ne les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En vertu de quoi l\u2019ordre de la L\u00e9gion d\u2019honneur est cr\u00e9\u00e9 le 19\u00a0mai 1802, pour r\u00e9compenser les services militaires et civils. Un d\u00e9cret du 11\u00a0juillet 1804 instituera la d\u00e9coration nationale de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Conseil d\u2019\u00c9tat, Tribunat et Corps l\u00e9gislatif n\u2019approuv\u00e8rent l\u2019id\u00e9e du Premier Consul qu\u2019\u00e0 une faible majorit\u00e9. Pourtant, l\u2019ordre existe toujours\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise en est aujourd\u2019hui le grand ma\u00eetre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes trente millions d\u2019hommes r\u00e9unis par les Lumi\u00e8res, la propri\u00e9t\u00e9 et le commerce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1726\" class=\"cit-num\">1726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai 1802. <em>M\u00e9moires sur le Consulat<\/em> (1827), comte Antoine-Claire Thibaudeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 une d\u00e9finition de la nation qu\u2019aurait pu signer Necker, Siey\u00e8s ou Benjamin Constant. Gr\u00e2ce \u00e0 la paix ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure momentan\u00e9ment retrouv\u00e9e, agriculture, industrie et commerce se d\u00e9veloppent, la France se r\u00e9forme (administration, monnaie, fiscalit\u00e9, \u00e9ducation).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais nomme et le S\u00e9nat proclame Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul \u00e0 vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1727\" class=\"cit-num\">1727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le S\u00e9nat, proclamation des r\u00e9sultats du pl\u00e9biscite, 2\u00a0ao\u00fbt 1802<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien le peuple tout entier qui donne ce pouvoir \u00e0 Bonaparte\u00a0: sur plus de 3,5\u00a0millions de votants, gu\u00e8re plus de 8\u00a0000 non. \u00c0 Paris\u00a0: 60 non. En Vend\u00e9e, 6\u00a0! Le consensus national est \u00e9vident, et justifi\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce si\u00e8cle avait deux ans. Rome rempla\u00e7ait Sparte.<br>D\u00e9j\u00e0 Napol\u00e9on per\u00e7ait sous Bonaparte,<br>Et du Premier Consul d\u00e9j\u00e0 par maint endroit<br>Le front de l\u2019empereur brisait le masque \u00e9troit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1728\" class=\"cit-num\">1728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1802. C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te qui domine le si\u00e8cle. Son p\u00e8re deviendra g\u00e9n\u00e9ral et comte d\u2019Empire. Chantre de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne, Hugo jouera \u00e0 ce titre \u2013 et \u00e0 bien d\u2019autres \u2013 un vrai r\u00f4le politique, dans notre histoire de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le second pas fait vers la royaut\u00e9. Je crains que cet homme ne soit comme les dieux d\u2019Hom\u00e8re, qu\u2019au troisi\u00e8me acte il n\u2019atteigne l\u2019Olympe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1729\" class=\"cit-num\">1729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), jugeant l\u2019irr\u00e9sistible ascension du Premier Consul. <em>Bonaparte<\/em> (1977), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain reconnu et opposante r\u00e9solue, elle ironise en ces termes quand le 15\u00a0ao\u00fbt \u2013 anniversaire de Bonaparte, n\u00e9 sous le signe astral du lion \u2013 devient jour de f\u00eate nationale. Le pr\u00e9nom de Napol\u00e9on s\u2019inscrit d\u00e9j\u00e0 sur des pi\u00e8ces de monnaie. Et le s\u00e9natus-consulte du 4\u00a0ao\u00fbt 1802, appel\u00e9 Constitution de l\u2019an X, augmente encore les pouvoirs du Premier Consul \u00e0 vie, au d\u00e9triment du l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>Un agent du comte de Provence (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) constate\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte continue \u00e0 r\u00e9gner avec une pl\u00e9nitude de pouvoirs que ne d\u00e9ploy\u00e8rent jamais nos rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019\u00e0 faire \u00e0 tous la loi,<br>Sans cesse je m\u2019applique,<br>Je puis r\u00e9gner, par ma foi\u00a0!<br>Ayant d\u00e9j\u00e0 l\u2019air d\u2019un roi<br>De pique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1730\" class=\"cit-num\">1730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les M\u00e9rites de Bonaparte<\/em>, chanson.\u00a0 <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les royalistes\u00a0ont cru un temps que Bonaparte les aiderait dans leur entreprise de restauration de la monarchie, mais apr\u00e8s le pl\u00e9biscite et le s\u00e9natus-consulte de 1802, ils d\u00e9chantent \u2013\u00a0comme le comte de Provence, pri\u00e9 poliment de rester hors de France \u2013\u00a0et ils chantent en ironisant sur les \u00ab\u00a0m\u00e9rites de Bonaparte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1731\" class=\"cit-num\">1731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique depuis 1790, install\u00e9 en Suisse \u00e0 Coppet, sur les bords du lac L\u00e9man, avec sa fille Mme\u00a0de Sta\u00ebl, le septuag\u00e9naire, partisan de toujours du gouvernement anglais, revient sur son pr\u00e9jug\u00e9 contre la R\u00e9volution \u00e0 la fran\u00e7aise et ses effets.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que, pour ce qui regarde la France, la Suisse soit fran\u00e7aise comme tous les pays qui confinent \u00e0 la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1732\" class=\"cit-num\">1732<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Allocution aux cinq d\u00e9put\u00e9s de la Suisse \u00e0 Saint-Cloud, 11\u00a0d\u00e9cembre 1802. <em>Cours politique et diplomatique de Napol\u00e9on Bonaparte comme g\u00e9n\u00e9ral en chef des arm\u00e9es r\u00e9publicaines, comme premier Consul, et comme empereur et roi<\/em> (1816), Lewis Goldsmith<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et la Suisse devient un protectorat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>C\u2019est la R\u00e9volution qui a impos\u00e9 l\u2019occupation fran\u00e7aise et l\u2019\u00e9tat unitaire et centralis\u00e9. Les conflits opposent r\u00e9guli\u00e8rement f\u00e9d\u00e9ralistes et centralisateurs, mais quand les troupes fran\u00e7aises se retirent \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1802, c\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des b\u00e2tons\u00a0\u00bb, r\u00e9volte f\u00e9d\u00e9raliste, contre la R\u00e9publique helv\u00e9tique \u00ab\u00a0une et indivisible\u00a0\u00bb. Le gouvernement se r\u00e9fugie \u00e0 Lausanne. Napol\u00e9on Bonaparte convoque une d\u00e9l\u00e9gation helv\u00e9tique, puis met de l\u2019ordre et impose une nouvelle constitution. La Suisse accueillait des opposants et des comploteurs, ils seront d\u00e9sormais sous contr\u00f4le. C\u2019est surtout l\u2019Angleterre qui est soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019envoyer des \u00e9missaires, et accus\u00e9e publiquement par Bonaparte de nuire autant \u00e0 la France qu\u2019\u00e0 la Suisse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voulez la guerre. Nous nous sommes battus pendant quinze ans. C\u2019en est d\u00e9j\u00e0 trop. Mais vous voulez la guerre quinze ann\u00e9es encore et vous m\u2019y forcez\u00a0! [\u2026] Si vous armez, j\u2019armerai aussi. Vous pouvez peut-\u00eatre tuer la France, mais l\u2019intimider, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1733\" class=\"cit-num\">1733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), apostrophant Lord Whitworh, ambassadeur d\u2019Angleterre \u00e0 Paris, 13\u00a0mars 1803. <em>La France, l\u2019Angleterre et Naples, de 1803 \u00e0 1806<\/em> (1904), Charles Auriol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe aux Tuileries, devant deux cents t\u00e9moins, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Talleyrand et le corps diplomatique p\u00e9trifi\u00e9s. Bonaparte est furieux\u00a0: l\u2019Angleterre n\u2019a pas rempli les conditions du trait\u00e9 de paix d\u2019Amiens (25\u00a0mars 1802) mettant fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. Elle refuse notamment d\u2019\u00e9vacuer l\u2019\u00eele de Malte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette paix [d\u2019Amiens] n\u2019avait pas encore re\u00e7u sa compl\u00e8te ex\u00e9cution, qu\u2019il jetait d\u00e9j\u00e0 les semences de nouvelles guerres qui devaient, apr\u00e8s avoir accabl\u00e9 l\u2019Europe et la France, le conduire lui-m\u00eame \u00e0 sa ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1734\" class=\"cit-num\">1734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre des Relations ext\u00e9rieures a tent\u00e9 de minimiser cette d\u00e9claration peu diplomatique du 13\u00a0mars\u00a01803, mais il se rend \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et rendra Bonaparte responsable de la suite des \u00e9v\u00e9nements, quand sera venu le temps de t\u00e9moigner face \u00e0 l\u2019histoire.<\/p>\n<p>De toute mani\u00e8re, les Affaires \u00e9trang\u00e8res rel\u00e8vent du Premier Consul, et Talleyrand joue le second r\u00f4le comme il peut, y trouvant des avantages financiers plus ou moins occultes. Le diable boiteux est malin.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Angleterre s\u2019inqui\u00e8te de la politique expansionniste de la France\u00a0: Bonaparte s\u2019est fait \u00e9lire pr\u00e9sident de la R\u00e9publique cisalpine (l\u2019Italie), avant de transformer la Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique en protectorat fran\u00e7ais (pour mieux contr\u00f4ler les men\u00e9es antifran\u00e7aises qui s\u2019y trament).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu prot\u00e8ge la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1735\" class=\"cit-num\">1735<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise grav\u00e9e sur certaines pi\u00e8ces de monnaie fran\u00e7aise, par d\u00e9cret du 28\u00a0mars 1803, 7 germinal an\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le napol\u00e9on est la nouvelle pi\u00e8ce de monnaie d\u2019or. Cette devise appara\u00eet sur la tranche. Remplac\u00e9e sous la Restauration par le <em>Domine salvum fac regem<\/em> de l\u2019Ancien R\u00e9gime, r\u00e9tablie sous Louis-Philippe, abolie par la Commune, finalement remplac\u00e9e par les mots \u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9\u00a0\u00bb (loi du 5\u00a0janvier 1907). C\u2019est l\u2019occasion de rappeler que pendant ce si\u00e8cle, et sans compter le bref \u00e9pisode des Cent-Jours, la France conna\u00eetra sept r\u00e9gimes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais dans l\u2019histoire on n\u2019avait vendu un continent si bon march\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1736\" class=\"cit-num\">1736<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">LAVISSE<\/span> (1842-1922), <em>Histoire de la France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019historien. Bonaparte a besoin d\u2019argent, et la Louisiane occidentale, r\u00e9troc\u00e9d\u00e9e \u00e0 la France en 1800, pouvait devenir une occasion de conflit avec l\u2019Angleterre install\u00e9e sur la rive droite du Mississippi. La France c\u00e8de donc \u00e0 la jeune r\u00e9publique des \u00c9tats-Unis, en vertu du trait\u00e9 du 30\u00a0avril 1803, un immense territoire (une bonne partie de l\u2019\u00ab\u00a0Ouest\u00a0\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui) pour une \u00ab\u00a0poign\u00e9e de dollars\u00a0\u00bb (15\u00a0millions). Apr\u00e8s diverses d\u00e9ductions, l\u2019affaire ne rapportera que 50\u00a0millions de francs au Tr\u00e9sor.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais hasarder l\u2019entreprise la plus difficile, mais la plus f\u00e9conde en r\u00e9sultats effrayants que la politique ait con\u00e7ue. En trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes peuvent me rendre ma\u00eetre de Londres, du parlement, de la Banque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1737\" class=\"cit-num\">1737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au marquis de Lucchesini, 16\u00a0mai 1803.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e le hantait depuis le Directoire qui projetait cette attaque par la Manche. Le Premier Consul s\u2019en ouvre au ministre pl\u00e9nipotentiaire du roi de Prusse. Quatre jours plus tard, c\u2019est la rupture de la paix d\u2019Amiens, annonc\u00e9e aux assembl\u00e9es. Il accuse l\u2019Angleterre et dit ne se r\u00e9soudre \u00e0 la guerre \u00ab\u00a0qu\u2019avec la plus grande r\u00e9pugnance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e de cette femme, comme celle d\u2019un oiseau de mauvais augure, a toujours \u00e9t\u00e9 le signal de quelque trouble. Mon intention n\u2019est pas qu\u2019elle reste en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1738\" class=\"cit-num\">1738<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Grand Juge R\u00e9gnier (ministre de la Justice). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019apprendre le retour de Mme\u00a0de Sta\u00ebl pr\u00e8s de Beaumont-sur-Oise, le 3\u00a0octobre 1803. Il lui donne cinq jours pour partir, sinon, il la fera reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re par la gendarmerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un foss\u00e9 qui sera franchi lorsqu\u2019on aura l\u2019audace de le tenter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1739\" class=\"cit-num\">1739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, Boulogne, 16\u00a0novembre\u00a01803.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce foss\u00e9, c\u2019est la Manche qui s\u00e9pare la France des c\u00f4tes d\u2019Angleterre, visibles des hauteurs d\u2019Ambleteuse (d\u00e9partement du Pas-de-Calais). Et c\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente, sinon une obsession. Le 19\u00a0avril 1801, il \u00e9crivait \u00e0 Talleyrand\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les vraies colonies d\u2019un peuple commer\u00e7ant, ce sont les peuples ind\u00e9pendants de toutes les parties du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1740\" class=\"cit-num\">1740<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">SAY<\/span> (1767-1832), <em>Trait\u00e9 d\u2019\u00e9conomie politique ou simple exposition de la mani\u00e8re dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses<\/em> (1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9conomiste et journaliste, il pr\u00eache un anticolonialisme intelligent et pr\u00e9curseur. L\u2019ind\u00e9pendance rend les peuples plus industrieux et plus riches, d\u2019o\u00f9 davantage d\u2019occasions et de facilit\u00e9s pour les \u00e9changes, alors que les colonies sont une charge pr\u00e9sente et deviendront bient\u00f4t une honte.<\/p>\n<p>Le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique de Say rime avec optimisme, au contraire de ses c\u00e9l\u00e8bres confr\u00e8res anglais, Malthus et Ricardo. Mais il contrarie Napol\u00e9on Bonaparte qui songe au Blocus continental pour ruiner l\u2019Angleterre. Il lui demande de r\u00e9\u00e9crire certains passages et de mettre en exergue l\u2019\u00e9conomie de guerre fond\u00e9e sur le protectionnisme.<\/p>\n<p>L\u2019auteur refuse, ne peut r\u00e9\u00e9diter son <em>Trait\u00e9<\/em>, est r\u00e9voqu\u00e9 du Tribunat, interdit de journalisme. Il devient entrepreneur et fait fortune dans le coton. L\u2019\u00e9conomiste retrouve sa libert\u00e9 d\u2019expression apr\u00e8s l\u2019Empire, devient c\u00e9l\u00e8bre et inaugure la chaire d\u2019\u00e9conomie politique, au Coll\u00e8ge de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p>\n<p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis dans une d\u00e9fiance continuelle. Chaque jour, on voit \u00e9clore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1742\" class=\"cit-num\">1742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re Joseph. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas une parano\u00efa de dictateur. De son propre aveu, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re du comte de Provence et futur Charles\u00a0X) entretenait 60 assassins dans Paris. Et c\u2019est lui qui a nomm\u00e9 Cadoudal, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es du roi, en 1800.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re, au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice, et de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9, qui vit pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars, par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement arr\u00eate que le ci-devant duc d\u2019Enghien, pr\u00e9venu [\u2026] de faire partie des complots tram\u00e9s [\u2026] contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de la R\u00e9publique, sera traduit devant une commission militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1744\" class=\"cit-num\">1744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. <em>M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien<\/em> (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince, qui pr\u00e9parait son mariage et ne comprend rien \u00e0 ce qui lui arrive, se retrouve enferm\u00e9 au ch\u00e2teau de Vincennes. Le soir m\u00eame, il est jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ENGHIEN<\/span> (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte a maintenant la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner.<\/p>\n<p>De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Et Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Et dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera comme un crime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime, et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis prince sanguin, mon cousin,<br>On en a preuve s\u00fbre,<br>Prince du sang d\u2019Enghien, mon cousin\u00a0;<br>Oh\u00a0! la bonne aventure [\u2026]<br>On n\u2019est pas \u00e0 la fin, mon cousin,<br>De sang, je vous l\u2019assure,<br>J\u2019en pr\u00e9tends prendre un bain, mon cousin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1748\" class=\"cit-num\">1748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Je suis prince sanguin<\/em>, chanson. <em>L\u2019\u00c9cho des salons de Paris depuis la restauration\u00a0: ou, recueil d\u2019anecdotes sur l\u2019ex-empereur Buonaparte, sa cour et ses agents<\/em> (1815), Jacques Thomas Verneur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Post\u00e9rieure \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, la chanson r\u00e9sonne lugubrement, jouant sur le sang dont le criminel se vante d\u2019\u00eatre doublement impr\u00e9gn\u00e9. Allusion y est faite \u00e0 une lettre adress\u00e9e par Napol\u00e9on aux \u00e9v\u00eaques de France qu\u2019il appelle individuellement \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb comme il \u00e9tait de tradition pour le roi, et o\u00f9 il leur demande de faire chanter un Te Deum pour son sacre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme doit ob\u00e9issance \u00e0 son mari.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1749\" class=\"cit-num\">1749<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Code civil (21\u00a0mars 1804), article\u00a0213<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la condition f\u00e9minine qui p\u00e2tit le plus de la nouvelle l\u00e9gislation, reflet de la position sociale des femmes et d\u2019une \u00e9vidente misogynie. Trois ans plus tard, la chose est claire\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien [\u2026] Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants [\u2026] Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Code, 2\u00a0281 articles r\u00e9unis en 36 lois, vaut naturellement aux yeux de la post\u00e9rit\u00e9 pour d\u2019autres raisons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout fait quelconque de l\u2019homme, qui cause \u00e0 autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arriv\u00e9 \u00e0 le r\u00e9parer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1750\" class=\"cit-num\">1750<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Code civil (21\u00a0mars 1804), article\u00a01382<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux dires de nombreux juristes, cette d\u00e9finition concise et g\u00e9n\u00e9rale de la responsabilit\u00e9 civile est le plus lumineux passage du Code Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Il est promulgu\u00e9 le jour m\u00eame de la mort du duc d\u2019Enghien, enlev\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 au m\u00e9pris de toutes les lois. Impossible de ne pas rapprocher ces deux aspects antinomiques du personnage de Napol\u00e9on Bonaparte, et de son r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1751\" class=\"cit-num\">1751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1897), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En exil, l\u2019empereur d\u00e9chu imagine-t-il l\u2019avenir de ce monument juridique, voulu par lui et men\u00e9 \u00e0 terme gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 politique revenue en fin de Consulat\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du Code civil, mais par le Code civil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1752\" class=\"cit-num\">1752<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">SALEILLES<\/span> (1855-1912). \u00ab\u00a0La M\u00e9thode du droit civil\u00a0: analyse des conceptions fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, Andr\u00e9 Tunc, <em>Revue internationale de droit compar\u00e9<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXVII<\/span>, n\u00b0\u00a04 (1975)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule d\u2019un grand historien du droit compar\u00e9 dit l\u2019importance du Code Napol\u00e9on\u00a0: fondement du droit civil, et point de d\u00e9part pour des d\u00e9veloppements juridiques ult\u00e9rieurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est [\u2026] point par une plate flatterie, mais par le plus juste hommage, que le Code civil devait recevoir le nom de \u00ab\u00a0Code Napol\u00e9on\u00a0\u00bb sous lequel il a pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1753\" class=\"cit-num\">1753<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956),<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire. Le Consulat<\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Code s\u2019inspire du travail d\u00e9cid\u00e9 par la Constituante et commenc\u00e9 sous la Convention par Cambac\u00e9r\u00e8s, Portalis venant ensuite en \u00ab\u00a0bon g\u00e9nie\u00a0\u00bb attel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction. Il fait suite \u00e0 l\u2019entreprise de codification pr\u00e9par\u00e9e par les ordonnances de l\u2019Ancien R\u00e9gime, et unifie le droit pour tout le pays.<\/p>\n<p>Toujours en vigueur en France, bien que largement modifi\u00e9, le Code a inspir\u00e9 les l\u00e9gislations de nombreux \u00c9tats d\u2019Europe\u00a0: Belgique, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Pologne\u00a0; et au-del\u00e0, Am\u00e9rique du Sud, Moyen-Orient, jusqu\u2019au Japon.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question n\u2019est pas\u00a0: faut-il comm\u00e9morer le bicentenaire\u00a0de sa mort&nbsp;? \u00c9videmment oui\u00a0!!! Mais comment comm\u00e9morer\u00a0? 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