{"id":9016,"date":"2021-04-05T00:00:00","date_gmt":"2021-04-04T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:09","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:09","slug":"honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Honneur aux perdant(e)s ! (De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques.<\/p>\n<ul>\n<li>Perdre la vie, perdre une bataille ou une place envi\u00e9e, perdre un combat id\u00e9ologique, perdre la confiance du peuple ou d\u2019un partenaire essentiel, perdre la face et l\u2019honneur.<\/li>\n<li>Perdre parce qu\u2019on est faible ou qu\u2019on se croit trop fort, perdre par malchance, par injustice ou par la force des choses et du sens de l\u2019Histoire\u00a0: Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> sous la R\u00e9volution.<\/li>\n<li>Perdre individuellement, mais aussi en groupe (les femmes, les Templiers, les Girondins sous la R\u00e9volution, les canuts de Lyon, la Commune de Paris).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Certains cas semblent anecdotiques ou paradoxaux \u2013 nous assumons, avec des arguments. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, ces perdantes et perdants sont honor\u00e9s \u00e0 des titres divers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante\u00a0\u00bb\u00a0: le Panth\u00e9on leur fait place.<\/p>\n<p>Ils se retrouvent ici et l\u00e0 statufi\u00e9s ou s\u2019inscrivent dans la toponymie de nos rues, nos places, notre environnement quotidien. Ils figurent dans les livres d\u2019histoire et les dictionnaires, renaissent dans des \u0153uvres de fiction litt\u00e9raire, th\u00e9\u00e2trale, lyrique.<\/p>\n<p>La sanctification honore volontiers les femmes, Blandine, Genevi\u00e8ve, Jeanne (d\u2019Arc).<\/p>\n<p>Parfois, les perdants font \u00e9cole, cr\u00e9ant un courant d\u2019id\u00e9es, une th\u00e9orie, voire une religion qui change le monde \u2013 J\u00e9sus-Christ, l\u2019exemple \u00ab\u00a0incroyable mais vrai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Autant de \u00ab\u00a0qui perd gagne\u00a0\u00bb permettant une revanche posthume. <\/p>\n<p>On peut en tirer une petite philosophie de l\u2019Histoire et r\u00e9fl\u00e9chir au travail de m\u00e9moire dont on parle tant. C\u2019est le but de nos \u00e9ditos et la preuve que les citations bien choisies se r\u00e9v\u00e8lent toujours utiles. C\u2019est aussi l\u2019occasion de d\u00e9mentir deux personnages exceptionnellement r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb 2980<br>Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de <span class=\"caps\">STALINE<\/span> dans ses M\u00e9moires de guerre.<\/p>\n<p>(Toutes les citations num\u00e9rot\u00e9es sont comme toujours tir\u00e9es de notre <em>Histoire en citations<\/em>)<\/p>\n<p><strong>Honneur aux perdants, retrouvez nos quatre \u00e9ditos\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-gaule-aux-guerres-de-religion\/\">De la Gaule aux guerres de Religion<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-du-regne-dhenri-iv-a-la-revolution\/\">Du r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\"><span class=\"caps\">IV<\/span><\/span> \u00e0 la R\u00e9volution<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-lempire-a-la-deuxieme-republique\/\">De l\u2019Empire \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/honneur-aux-perdantes-de-la-troisieme-republique-a-nos-jours\/\">De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">IV<\/span>. De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LOUISE<\/span> <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (<span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">COMMUNE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PARIS<\/span>)<\/h4>\n<p>R\u00e9volution manqu\u00e9e, incarn\u00e9e par la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb et des socialistes plus ou moins utopistes et radicaux dont les id\u00e9es vont nourrir nombre de r\u00e9formes \u00e0 venir. Suite \u00e0 la tragique r\u00e9pression, la m\u00e9moire de la \u00ab\u00a0Semaine sanglante\u00a0\u00bb marquera les g\u00e9n\u00e9rations de gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire\u00a0: ex-institutrice, f\u00e9ministe, militante r\u00e9publicaine et anarchiste, surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb, elle appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois\u00a0: \u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes, \/ Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir. \/ Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes, \/ Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On la voit sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du peuple, la Commune est proclam\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2363\" class=\"cit-num\">2363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">RANVIER<\/span> (1828-1879), place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, D\u00e9claration du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre d\u00e9corateur et disciple de Blanqui \u2013 l\u2019\u00e9ternel insurg\u00e9. Les \u00e9lections municipales du 26\u00a0mars n\u2019ont mobilis\u00e9 que la moiti\u00e9 des Parisiens (230\u00a0000 votants), tr\u00e8s majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale\u00a0: 18 \u00e9lus \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb refuseront de si\u00e9ger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 72 r\u00e9volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9finir cette Commune\u00a0? Un conseil municipal de gauche, un contre-gouvernement \u00e9lu, provisoire et rival de celui de Versailles, un exemple devant servir de mod\u00e8le \u00e0 la France\u00a0? La Commune de Paris se veut tout \u00e0 la fois, mais ne vivra pas deux mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris ouvrait \u00e0 une page blanche le livre de l\u2019histoire et y inscrivait son nom puissant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2364\" class=\"cit-num\">2364<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la garde nationale, Proclamation du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire du socialisme<\/em> (1879), Beno\u00eet Malon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En pr\u00e9sence de 200\u00a0000 Parisiens, le comit\u00e9 central de la garde nationale s\u2019efface devant la Commune, le jour de sa proclamation officielle. Le lyrisme s\u2019affiche\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frapp\u00e9 nos yeux, qui ait jamais \u00e9mu notre \u00e2me.\u00a0\u00bb Le mouvement s\u2019\u00e9tend \u00e0 quelques villes\u00a0: Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-\u00c9tienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait revivre ces souvenirs vibrants et tragiques. Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire \u00e0 tendance r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e, et \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Premiers affrontements, le 2\u00a0avril\u00a0: bataille de Courbevoie. Les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (ou Communards) tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles (o\u00f9 l\u2019Assembl\u00e9e nationale s\u2019est repli\u00e9e), mais sont arr\u00eat\u00e9s par le canon du Mont Val\u00e9rien, fort strat\u00e9gique investi par les Versaillais depuis le 21\u00a0mars\u00a0: les r\u00eaveurs de la Commune qualifient les obus qui les \u00e9crasent de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb\u00a0! 17 tu\u00e9s (dont les 5 premiers fusill\u00e9s de la Commune) et 25 prisonniers chez les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Dans l\u2019arm\u00e9e versaillaise, 5 morts et 21 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons la mission d\u2019accomplir la r\u00e9volution moderne la plus large et la plus f\u00e9conde de toutes celles qui ont illumin\u00e9 l\u2019histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2369\" class=\"cit-num\">2369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Commune<\/em>, D\u00e9claration au peuple fran\u00e7ais, 19\u00a0avril 1871.<em> Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune ne fait pas que se d\u00e9fendre et attaquer. Elle gouverne Paris et prend des mesures importantes qui pr\u00e9figurent l\u2019\u0153uvre de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, instruction la\u00efque, gratuite et obligatoire en projet. Elle est socialiste quand elle \u00ab\u00a0communalise\u00a0\u00bb par d\u00e9cret du 16\u00a0avril les ateliers abandonn\u00e9s par les fabricants en fuite, pour en donner la gestion \u00e0 des coop\u00e9ratives form\u00e9es par les Chambres syndicales ouvri\u00e8res. Ce qui fait \u00e9crire \u00e0 Karl Marx, l\u2019ann\u00e9e m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re r\u00e9volution dans laquelle la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait ouvertement reconnue comme la seule qui f\u00fbt encore capable d\u2019initiatives sociales\u00a0\u00bb (<em>La Guerre civile en France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris, esp\u00e9rant sans trop y croire que ses menaces feront c\u00e9der les Communards.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>Les journalistes, unanimes, condamnent la r\u00e9pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans Le\u00a0Si\u00e8cle, on \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une folie furieuse. On ne distingue plus l\u2019innocent du coupable.\u00a0\u00bb Et dans <em>Paris-Journal<\/em> du 9\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bois de Boulogne que seront ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir les gens condamn\u00e9s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamn\u00e9s d\u00e9passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3\u00a0500 insurg\u00e9s sont fusill\u00e9s sans jugement dans Paris, pr\u00e8s de 2\u00a0000 dans la cour de prison de la Roquette, plusieurs centaines au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, de sinistre m\u00e9moire. Il y aura 400\u00a0000 d\u00e9nonciations \u00e9crites \u2013 sur 2\u00a0millions de Parisiens, ce fort pourcentage de d\u00e9lateurs montre assez la haine accumul\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France pour continuer le combat en militante. \u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire, la Commune en est l\u2019illustration, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019anim\u00e8rent.<\/p>\n<p>Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera le cours, c\u2019est <em>L\u2019Internationale<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0! \/ Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0(\u2026)\u00a0 \u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0; \/ Groupons-nous et demain \/ L\u2019Internationale \/ Sera le genre humain.\u00a0\u00bb Paroles d\u2019Eug\u00e8ne Pottier, mises en musique par Pierre Degeyter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2384\" class=\"cit-num\">2384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume <span class=\"caps\">XI<\/span>, <em>La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s, qui dirige ce travail en 13 volumes juge \u00e0 la fois en historien et en socialiste. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs. N\u2019excluant pas le recours \u00e0 la force insurrectionnelle malgr\u00e9 son pacifisme, il aurait sans doute \u00e9t\u00e9 Communard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2385\" class=\"cit-num\">2385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883),<em> La Guerre civile en France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage du militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves\u00a0! Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">ADOLPHE<\/span> <span class=\"caps\">THIERS<\/span><\/h4>\n<p>R\u00e9publicain de la premi\u00e8re heure et longtemps condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition malgr\u00e9 son go\u00fbt du pouvoir, il rate de peu la pr\u00e9sidence sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et reste impopulaire dans l\u2019histoire pour sa r\u00e9pression de la Commune. Double injustice r\u00e9par\u00e9e par quelques historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la R\u00e9publique, la R\u00e9publique honn\u00eate, sage, conservatrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2060\" class=\"cit-num\">2060<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Manifeste de M.\u00a0Thiers. <em>Portraits historiques<\/em> (1883), H.\u00a0Draussin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apparition d\u2019un homme politique qui va faire carri\u00e8re jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Pour l\u2019heure, Louis Adolphe Thiers est un jeune avocat qui a fr\u00e9quent\u00e9 les milieux lib\u00e9raux et collabor\u00e9 au <em>Constitutionnel<\/em>. En janvier\u00a01830, il cr\u00e9e un autre journal d\u2019opposition (orl\u00e9aniste), <em>Le National<\/em>. Il d\u00e9fend une monarchie constitutionnelle de type anglais et s\u2019oppose aux Doctrinaires, Guizot et Royer-Collard pour qui \u00ab\u00a0le tr\u00f4ne n\u2019est pas un fauteuil vide\u00a0\u00bb. Ces d\u00e9bats agitent l\u2019opinion.<\/p>\n<p>La Charte revue et corrig\u00e9e, approuv\u00e9e le 7\u00a0ao\u00fbt 1830 par une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s (219 contre 33, mais plus de 200 absents), reconna\u00eet certes la libert\u00e9 de la presse, l\u2019abolition de la censure, l\u2019initiative des lois \u00e0 la Chambre, la suppression des justices d\u2019exception, tandis que le catholicisme n\u2019est plus religion d\u2019\u00c9tat. Mais l\u2019on se retrouve quand m\u00eame en monarchie. Le 9\u00a0ao\u00fbt, le duc d\u2019Orl\u00e9ans pr\u00eate serment sur la Charte et devient Louis-Philippe Ier, roi des Fran\u00e7ais (et non plus roi de France). Thiers va cautionner cette monarchie constitutionnelle, comme le tr\u00e8s r\u00e9publicain La Fayette qui s\u2019y est ralli\u00e9. Ministre de Louis-Philippe \u00e0 plusieurs reprises, Thiers tentera de sauver le r\u00e9gime en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique est le gouvernement qui nous divise le moins.\u00a0\u00bb2201<\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 13\u00a0f\u00e9vrier 1850. <em>L\u2019Empire lib\u00e9ral\u00a0: Louis-Napol\u00e9on et le coup d\u2019\u00e9tat<\/em> (1897), \u00c9mile Ollivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le parti de l\u2019Ordre est au pouvoir et cette majorit\u00e9 satisfait ou rassure, sous cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Mais Thiers se m\u00e9fie bient\u00f4t de Louis-Napol\u00e9on devenu pr\u00e9sident de cette R\u00e9publique, avant d\u2019instaurer le Second Empire (suite \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat). Thiers se retrouve dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine et se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pacifier, r\u00e9organiser, relever le cr\u00e9dit, ranimer le travail, voil\u00e0 la seule politique possible et m\u00eame concevable en ce moment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2355\" class=\"cit-num\">2355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), pr\u00e9sentant son minist\u00e8re et son programme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Bordeaux, 19\u00a0f\u00e9vrier 1871. <em>Questions ouvri\u00e8res et industrielles en France sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1907), Pierre \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1871\u00a0: ann\u00e9e de tous les pouvoirs et tous les dangers pour cet homme de 74\u00a0ans, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par 26 d\u00e9partements \u00e0 la fois et devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, le 17\u00a0f\u00e9vrier. Lourde t\u00e2che, dans une France vaincue et d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n<p>En vieux routier de la politique, Thiers s\u2019engage \u00e0 respecter la tr\u00eave des partis et \u00e0 diff\u00e9rer toute discussion sur la forme du r\u00e9gime et la Constitution. Son programme prend le nom de Pacte de Bordeaux. Mais la guerre civile va de nouveau bouleverser le pays et d\u00e9jouer tous les plans politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une solution radicale qui puisse sauver le pays\u00a0: il faut \u00e9vacuer Paris. Je n\u2019abandonne pas la patrie, je la sauve\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2361\" class=\"cit-num\">2361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), aux ministres de son gouvernement, 18\u00a0mars 1871.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir\u00a0avec la Commune et la Terreur qui s\u2019organise dans Paris, affolant une France majoritairement monarchiste et fondamentalement bourgeoise. Ordre est donn\u00e9 de d\u00e9sarmer les quelque 200\u00a0000 gardes nationaux organis\u00e9s en F\u00e9d\u00e9ration et de r\u00e9cup\u00e9rer les 227 canons qui ont servi \u00e0 la d\u00e9fense de Paris contre les Prussiens, \u00e0 pr\u00e9sent regroup\u00e9s \u00e0 Montmartre et Belleville, quartiers populaires.<\/p>\n<p>Les 4\u00a0000 soldats font leur devoir sans enthousiasme. La foule, les femmes surtout s\u2019interposent. Deux g\u00e9n\u00e9raux, l\u2019un charg\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration, l\u2019autre \u00e0 la retraite, mais reconnu, sont arr\u00eat\u00e9s, tra\u00een\u00e9s au Ch\u00e2teau rouge (ancien bal de la rue Clignancourt, devenu quartier g\u00e9n\u00e9ral des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), bless\u00e9s, puis fusill\u00e9s\u00a0: Lecomte et Thomas. Clemenceau, maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement et t\u00e9moin, est atterr\u00e9. \u00ab\u00a0On ne conna\u00eetra jamais les responsables de cette ex\u00e9cution sommaire\u00a0: leur nom est la foule\u00a0\u00bb (Georges Duby). C\u2019est l\u2019\u00e9tincelle qui met le feu \u00e0 Paris, insurg\u00e9 en quelques heures.<\/p>\n<p>Thiers renonce \u00e0 r\u00e9primer l\u2019\u00e9meute \u2013 il dispose de 30\u00a0000 soldats face aux 150\u00a0000 hommes de la garde nationale et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr de leur fid\u00e9lit\u00e9. Il abandonne Paris au pouvoir de la rue et regagne Versailles, ordonnant \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et aux corps constitu\u00e9s d\u2019\u00e9vacuer la place. C\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e de la Commune (au sens d\u2019insurrection)\u00a0: la trag\u00e9die va durer 72 jours. Elle se termine par la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai.<\/p>\n<p>La presse d\u00e9nonce la sauvagerie de la r\u00e9pression, mais Thiers gagne en popularit\u00e9 aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais pour ce r\u00e9tablissement de l\u2019ordre devenu indispensable. L\u2019heure de gloire semble enfin arriv\u00e9e pour le vieux R\u00e9publicain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chef, c\u2019est un qualificatif de cuisinier\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2418\" class=\"cit-num\">2418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le petit homme, surnomm\u00e9 Foutriquet pour sa houppe de cheveux et son m\u00e8tre cinquante-cinq, troque son titre de chef du pouvoir ex\u00e9cutif pour celui, plus prestigieux, de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique autoproclam\u00e9, le 31\u00a0ao\u00fbt 1871, tandis que l\u2019Assembl\u00e9e se proclame Constituante\u00a0: c\u2019est la loi Rivet (d\u00e9put\u00e9 de centre gauche, ami de Thiers). Rappelons que la t\u00e2che institutionnelle avait sagement \u00e9t\u00e9 remise \u00e0 plus tard, en f\u00e9vrier\u00a01871.<\/p>\n<p>Profitant de son prestige, le \u00ab\u00a0lib\u00e9rateur du territoire\u00a0\u00bb s\u2019impose, aussi conservateur que r\u00e9publicain, soutenu par Gambetta lui-m\u00eame, r\u00e9publicain d\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Union r\u00e9publicaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique existe, elle est le gouvernement l\u00e9gal du pays, vouloir autre chose serait une nouvelle r\u00e9volution et la plus redoutable de toutes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2422\" class=\"cit-num\">2422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours de rentr\u00e9e parlementaire, 13\u00a0novembre 1872. <em>Discours parlementaires de M. Thiers\u00a0: 1872-1877<\/em> (posthume, 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il veut d\u00e9fendre \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb R\u00e9publique qui n\u2019est toujours qu\u2019un r\u00e9gime provisoire. Il rappelle que c\u2019est \u00ab\u00a0le r\u00e9gime qui nous divise le moins\u00a0\u00bb (autre id\u00e9e \u00ab\u00a0opportuniste\u00a0\u00bb) et met en garde les monarchistes, majoritaires de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La R\u00e9publique sera conservatrice ou elle ne sera pas.\u00a0\u00bb Il pr\u00eache toujours pour sa paroisse, en l\u2019occurrence sa personne. Et d\u2019insister\u00a0: \u00ab\u00a0Tout gouvernement doit \u00eatre conservateur et nulle soci\u00e9t\u00e9 ne pourrait vivre sans un gouvernement qui ne le serait point.\u00a0\u00bb Il vise alors les r\u00e9publicains avanc\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est la tactique classique du \u00ab\u00a0un coup \u00e0 droite, un coup \u00e0 gauche\u00a0\u00bb. Fort de son autorit\u00e9, Thiers veut rassurer le pays et pour faire la R\u00e9publique, jouer l\u2019alliance des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et des orl\u00e9anistes, contre les extr\u00eames\u00a0: l\u00e9gitimistes ultras inconditionnels du drapeau blanc et nostalgiques de la Commune r\u00e9volutionnaire. Le conflit va \u00e9clater quelques mois plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout prendre au s\u00e9rieux, mais rien au tragique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2427\" class=\"cit-num\">2427<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 24\u00a0mai 1873.<em> Annales de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1873), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contest\u00e9 pour son parti pris r\u00e9publicain par les monarchistes majoritaires, Thiers a perdu son droit de parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il ne peut plus s\u2019exprimer que par un message lu, ne donnant lieu \u00e0 aucune discussion (loi de Broglie, du 13\u00a0mars). Il se conforme \u00e0 ce \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial chinois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La veille, de Broglie l\u2019a interpell\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre l\u2019\u00ab\u00a0ordre moral\u00a0\u00bb, des d\u00e9put\u00e9s royalistes lui demandant de faire pr\u00e9valoir une \u00ab\u00a0politique r\u00e9solument conservatrice\u00a0\u00bb. Le 24\u00a0mai au matin, avant la s\u00e9ance \u00e0 la Chambre, il r\u00e9affirme sa position r\u00e9publicaine\u00a0: \u00ab\u00a0La monarchie est impossible\u00a0: il n\u2019y a qu\u2019un tr\u00f4ne, et on ne peut l\u2019occuper \u00e0 trois\u00a0!\u00a0\u00bb Outre le comte de Paris et le comte de Chambord, il y a encore le prince imp\u00e9rial, fils de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, en son absence, par 360 voix contre 334, l\u2019Assembl\u00e9e vote un bl\u00e2me contre Thiers. Il offre sa d\u00e9mission. Il n\u2019y est pas oblig\u00e9, mais il est s\u00fbr qu\u2019on le rappellera et sa position en sera renforc\u00e9e. Le soir, sa lettre est lue \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui proc\u00e8de aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9lection du nouveau pr\u00e9sident. La gauche s\u2019abstient\u2026 et le mar\u00e9chal Mac-Mahon, candidat des royalistes, est \u00e9lu. Thiers a jou\u00e9, et perdu. Saluons son humour\u00a0devenu proverbe\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tout prendre au s\u00e9rieux, mais rien au tragique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique, c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2455\" class=\"cit-num\">2455<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Discours parlementaires de M. Thiers\u00a0: 1872-1877<\/em> (posthume, 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier message du vieux r\u00e9publicain. Il meurt le 3\u00a0septembre 1877. Sa famille refuse les obs\u00e8ques officielles. Mais 384 villes sont repr\u00e9sent\u00e9es et une foule estim\u00e9e \u00e0 un million assiste \u00e0 ses fun\u00e9railles parisiennes.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9motion nationale atteste \u00e0 la fois l\u2019immense prestige du petit homme et son incontestable r\u00e9ussite\u00a0: son ralliement \u00e0 la R\u00e9publique a su rallier le pays \u00e0 ce r\u00e9gime et r\u00e9concilier les Fran\u00e7ais avec les r\u00e9publicains. Le presse t\u00e9moigne de sa popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce vieillard, dont l\u2019histoire \u00e9tait celle du pays depuis pr\u00e8s de soixante ans, apparaissait d\u00e9j\u00e0 comme un personnage l\u00e9gendaire et, cependant, avec le pass\u00e9, il repr\u00e9sentait pour nous, pour la France r\u00e9publicaine et lib\u00e9rale, un avenir long et utile\u2026 Il avait encore des services \u00e0 rendre, des conseils \u00e0 donner, des hommes \u00e0 \u00e9clairer\u00a0\u00a0; sa grande exp\u00e9rience, sa clairvoyance inalt\u00e9rable, sa passion du bien public donnaient \u00e0 ses avis une autorit\u00e9 tout \u00e0 fait unique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\">Journal <em>Le Temps<\/em>, 5 septembre 1877, r\u00e9sumant la carri\u00e8re de Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 viendra plus tard, par ignorance de l\u2019histoire (certes complexe) qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019av\u00e8nement de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et par le culte de la Commune qui ne va cesser de grandir.<\/p>\n<p>En 1990, l\u2019historien Fran\u00e7ois Roth r\u00e9sume bien\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut d\u00e9barrasser la m\u00e9moire de Thiers des l\u00e9gendes qui l\u2019obscurcissent. La plupart de ses contemporains l\u2019ont port\u00e9 aux nues et n\u2019ont pas tari d\u2019\u00e9loges sur \u00ab\u00a0l\u2019illustre n\u00e9gociateur\u00a0\u00bb, sur l\u2019\u00e9minente sagesse de \u00ab\u00a0l\u2019illustre homme d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. Les historiens du d\u00e9but du [<span class=\"caps\">XX<\/span>e] si\u00e8cle ont baiss\u00e9 un peu le ton tout en l\u2019approuvant. Puis un courant d\u2019opinion amorc\u00e9 par les ouvrages d\u2019Henri Guillemin l\u2019a rejet\u00e9. Pour les insurg\u00e9s de 1968 et les c\u00e9l\u00e9brants intellectuels du centenaire de la Commune, le cas de Thiers n\u2019est m\u00eame plus plaidable [\u2026] Il faut toujours revenir au contexte de f\u00e9vrier 1871. Avec ce qui restait d\u2019arm\u00e9e, la reprise de la guerre \u00e9tait une totale illusion. [\u2026] Thiers a \u00e9t\u00e9 suivi, la mort dans l\u2019\u00e2me, par l\u2019immense majorit\u00e9 de ses compatriotes.\u00a0\u00bb <em>La Guerre de 70<\/em>, Fayard, 1990.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019aimais pas ce roi des prud\u2019hommes. N\u2019importe\u00a0! compar\u00e9 aux autres, c\u2019est un g\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2456\" class=\"cit-num\">2456<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), \u00e0 la mort de Thiers, <em>Correspondance<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et puis il avait une vertu rare\u00a0: le patriotisme. Personne n\u2019a r\u00e9sum\u00e9 comme lui la France, de l\u00e0 l\u2019immense effet de sa mort.\u00a0\u00bb Flaubert, un an plus t\u00f4t, s\u2019exclamait pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Rugissons contre M. Thiers\u00a0! Peut-on voir un plus triomphant imb\u00e9cile, un cro\u00fbtard plus abject, un plus \u00e9troniforme bourgeois\u00a0! Non, rien ne peut donner l\u2019id\u00e9e du vomissement que m\u2019inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa b\u00eatise sur le fumier de la bourgeoisie\u00a0! Il me semble \u00e9ternel comme la m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet hommage posthume et du bout de la plume prendra encore plus de valeur par la suite\u00a0: le personnel politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique fut \u2013 sauf exceptions \u2013 d\u2019une grande m\u00e9diocrit\u00e9.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">CLEMENT<\/span> <span class=\"caps\">ADER<\/span><\/h4>\n<p>Inventeur tout terrain, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique ne l\u2019a pas soutenu au m\u00eame titre que d\u2019autres noms. Il reste quand m\u00eame dans la m\u00e9moire collective comme le premier aviateur de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont \u00e9trangl\u00e9 avec la cravate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2537\" class=\"cit-num\">2537<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">ADER<\/span> (1841-1925). <em>Lettre ouverte \u00e0 mon grand-p\u00e8re qui avait le tort d\u2019avoir raison<\/em> (1995), Marcel Jullian<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le pionnier de l\u2019aviation avec le premier vol au monde d\u2019un m\u00e8tre de haut et cinquante de long sur <em>\u00c9ole\u00a0I<\/em>, petit monomoteur, en octobre\u00a01890. Une nouvelle d\u00e9monstration au camp de Satory en 1897 \u00e9choue en raison d\u2019un vent violent et le ministre de la Guerre ne donne pas suite \u00e0 sa commande. L\u2019ing\u00e9nieur et inventeur par ailleurs touche-\u00e0-tout renonce en 1903, d\u00e9courag\u00e9 par l\u2019incompr\u00e9hension des politiques.<\/p>\n<p>Il a ce mot bien plus tard, quand on veut le consoler avec la \u00ab\u00a0cravate\u00a0\u00bb en le nommant commandeur de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Louis Bl\u00e9riot vengera Ader en traversant la Manche en avion (juillet\u00a01909) et Roland Garros, la M\u00e9diterran\u00e9e (septembre\u00a01913).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vol des oiseaux et des insectes m\u2019a toujours pr\u00e9occup\u00e9\u2026 J\u2019avais essay\u00e9 tous les genres d\u2019ailes d\u2019oiseaux, de chauve-souris et d\u2019insectes, dispos\u00e9es en ailes battantes, ou ailes fixes avec h\u00e9lice\u2026 je d\u00e9couvris l\u2019importante courbe universelle du vol ou de sustentation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">ADER<\/span> (1841-1925),<em> <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>\u00e9roplane \u00c9ole<\/em>, 1893<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il consacra une partie de sa vie \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un r\u00eave d\u2019enfant\u00a0: faire voler un \u00ab\u00a0plus lourd que l\u2019air autopropuls\u00e9\u00a0\u00bb. Ses travaux et recherches pour y parvenir co\u00fbtaient cher. Il trouva d\u2019abord un parrain \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9reux et avis\u00e9, l\u2019homme d\u2019affaires Isaac Pereire, cr\u00e9ateur de la banque moderne avec son fr\u00e8re Isaac-Jacob sous le Second Empire. Pendant la guerre de 1870, employ\u00e9 comme scientifique, Cl\u00e9ment Ader tente sans succ\u00e8s de r\u00e9aliser un cerf-volant capable d\u2019emporter un homme.<\/p>\n<p>En 1874, il construit un planeur de neuf m\u00e8tres d\u2019envergure, pesant 24 kg et capable de recevoir un moteur. Certaines photographies de son ami Nadar en t\u00e9moignent. Des \u00e9tudes men\u00e9es au Mus\u00e9e de l\u2019air et de l\u2019espace du Bourget tendraient \u00e0 montrer que cette machine \u00e9tait capable de s\u2019\u00e9lever dans les airs.<\/p>\n<p>Par la suite, ayant convaincu le ministre de la Guerre de financer ses travaux, Ader (aid\u00e9 de Ferdinand Morel, ing\u00e9nieur qui dessina les plans de l\u2019avion <em>Chauve-souris<\/em>) mit au point des prototypes aux voilures inspir\u00e9es d\u2019observations naturalistes, imitant l\u2019aile de la chauve-souris. Ader pensait qu\u2019une fois le vol ma\u00eetris\u00e9, une aile rigide comme celle des oiseaux serait plus efficace et plus solide. Mais il ne fallait pas tenter de reproduire le battement des ailes d\u2019oiseau, le concept de voilure fixe \u00e9tant plus appropri\u00e9. Entre 1890 et 1897, il r\u00e9alisa trois appareils\u00a0: <em>l\u2019\u00c9ole<\/em>, financ\u00e9 par lui-m\u00eame, le <em>Z\u00e9phyr<\/em> (Ader Avion <span class=\"caps\">II<\/span>) et l\u2019<em>Aquilon<\/em> (Ader Avion <span class=\"caps\">III<\/span>) subventionn\u00e9s par l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-7.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><span class=\"caps\">G\u00c9N\u00c9RAL<\/span> <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span><\/h4>\n<p>Le Brav\u2019 g\u00e9n\u00e9ral jouit d\u2019une incroyable popularit\u00e9 qui met en danger la R\u00e9publique, avant de sombrer dans le ridicule \u2013 aid\u00e9 par Clemenceau. Il laisse quand m\u00eame son nom au \u00ab\u00a0boulangisme\u00a0\u00bb, pr\u00e9curseur du populisme de plus en plus r\u00e9pandu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La popularit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger est venue trop t\u00f4t \u00e0 quelqu\u2019un qui aimait trop le bruit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2481\" class=\"cit-num\">2481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929).<em> Le Boulangisme<\/em> (1946), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Boulanger est impos\u00e9 au gouvernement le 7\u00a0janvier 1886 par les radicaux, Clemenceau en t\u00eate, avec qui les r\u00e9publicains opportunistes doivent compter. Le nouveau ministre de la Guerre devient vite le \u00ab\u00a0brav\u2019g\u00e9n\u00e9ral Boulanger\u00a0\u00bb pour l\u2019arm\u00e9e, sachant se rendre populaire par diverses r\u00e9formes qui am\u00e9liorent l\u2019ordinaire du conscrit. Sa popularit\u00e9 va gagner les rangs des innombrables m\u00e9contents du r\u00e9gime. Le 14\u00a0juillet 1886 sera la premi\u00e8re apoth\u00e9ose de sa fulgurante ascension.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il reviendra quand le tambour battra,<br>Quand l\u2019\u00e9tranger m\u2019na\u00e7\u2019ra notre fronti\u00e8re<br>Il reviendra et chacun le suivra<br>Pour cort\u00e8ge il aura la France enti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2485\" class=\"cit-num\">2485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Refrain populaire en l\u2019honneur du g\u00e9n\u00e9ral Revanche<\/em> (1887), chanson.\u00a0 <em>Le G\u00e9n\u00e9ral Boulanger jug\u00e9 par ses partisans et ses adversaires<\/em> (1888), Georges Grison<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 8\u00a0juillet 1887, la foule se masse \u00e0 la gare de Lyon pour emp\u00eacher le d\u00e9part de son idole. La popularit\u00e9 de Boulanger devenait g\u00eanante pour les (r\u00e9publicains) opportunistes qui ont par ailleurs jaug\u00e9 le personnage, irresponsable et bien l\u00e9ger. En mai, il a perdu son portefeuille sous le nouveau minist\u00e8re Rouvier. Le voil\u00e0 exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Clermont-Ferrand pour commander le 13e corps d\u2019arm\u00e9e. Mais le voil\u00e0 aussi \u00e9ligible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dissolution, R\u00e9vision, Constituante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2492\" class=\"cit-num\">2492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), Mot d\u2019ordre de sa campagne \u00e9lectorale, printemps 1888.<em> Histoire politique de l\u2019Europe contemporaine<\/em> (1897), Charles Seignobos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le scandale des d\u00e9corations \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e a transform\u00e9 la vague de sentimentalit\u00e9 populaire en mouvement politique\u00a0: le boulangisme, devenu \u00ab\u00a0syndicat des m\u00e9contents\u00a0\u00bb, hostile aux (r\u00e9publicains) opportunistes au pouvoir, menace le r\u00e9gime parlementaire. Il rassemble des radicaux qui veulent depuis toujours la r\u00e9vision de la Constitution (Rochefort, Naquet), des patriotes de droite qui ne r\u00eavent que revanche (D\u00e9roul\u00e8de), mais aussi des royalistes et des bonapartistes.<\/p>\n<p>Boulanger se pose en champion d\u2019une R\u00e9publique nouvelle et cr\u00e9e son Parti r\u00e9publicain national. Clemenceau se m\u00e9fie, voyant poindre un nouveau Bonaparte, et Charles Floquet, pr\u00e9sident du Conseil, dans son discours \u00e0 la Chambre du 19\u00a0avril 1888, qualifie le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger de \u00ab\u00a0manteau trou\u00e9 de la dictature\u00a0\u00bb, avant de le blesser dans un duel \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e, le 13\u00a0juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous que j\u2019aille conqu\u00e9rir ill\u00e9galement le pouvoir quand je suis s\u00fbr d\u2019y \u00eatre port\u00e9 dans six mois par l\u2019unanimit\u00e9 de la France\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2496\" class=\"cit-num\">2496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), r\u00e9ponse aux manifestants, 27\u00a0janvier 1889. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux manifestants qui lui crient\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchent vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot fait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Boulanger choisit la l\u00e9galit\u00e9 ce 27\u00a0janvier 1889, il choisit aussi d\u2019\u00e9couter les conseils de sa ma\u00eetresse passionn\u00e9ment aim\u00e9e, Marguerite de Bonnemains\u2013 il ignore qu\u2019elle travaille pour la police.<\/p>\n<p>Cela laisse le temps au gouvernement de r\u00e9agir\u00a0: le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ernest Constans, accuse Boulanger de complot contre l\u2019\u00c9tat. Craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il fuit en Belgique. Son prestige s\u2019effondre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, mais la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, l\u2019a condamn\u00e9 par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Sa ma\u00eetresse, Mme\u00a0de Bonnemains, meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re,<br>Grand-m\u00e8re, parlez-nous de lui\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2500\" class=\"cit-num\">2500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NAB<\/span> (1856-1889), <em>Les Souvenirs du populo<\/em>, chanson. <em>Chansons du chat noir<\/em> (1890), Camille Baron, Maurice Mac-Nab<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parodie de la c\u00e9l\u00e8bre chanson de B\u00e9ranger, comme si Bonaparte et Boulanger \u00e9taient \u00e9galement sensibles au c\u0153ur du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la photographie\u00a0\/ D\u2019un militaire \u00e0 cheval\u00a0\/ En habit de g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\/ Songeait une femme attendrie.\u00a0\/ Ses quatre petits-enfants\u00a0\/ Disaient \u00ab\u00a0Quel est donc cet homme\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\/ \u00ab\u00a0Mes fils, ce fut dans le temps\u00a0\/ Un brave g\u00e9n\u00e9ral comme\u00a0\/ On n\u2019en voit plus aujourd\u2019hui\u00a0\/ Son image m\u2019est bien ch\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne Boulanger aura dur\u00e9 trois ans. Mais le nationalisme revanchard va lui survivre dans les milieux de droite. Il porte un nom\u00a0: le boulangisme. Il a surtout un h\u00e9ritier, le populisme.<\/p>\n<p>En France, nous aurons Pierre Poujade et le poujadisme sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, Le Pen et le Front national tr\u00e8s pr\u00e9sent sous la Cinqui\u00e8me. Citons aussi Silvio Berlusconi et Matteo Salvini (Italie), Donald Trump (\u00c9tats-Unis) et Jair Bolsonaro (Br\u00e9sil). Le populisme est toujours le signe d\u2019une d\u00e9mocratie malade\u00a0o\u00f9 les hommes politiques s\u2019adressent directement aux classes populaires, sans jouer le jeu des institutions r\u00e9publicaines. Certains historiens s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne ont trouv\u00e9 un pr\u00e9c\u00e9dent en la personne de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Mais l\u2019on doit pouvoir remonter plus avant, aussi vrai que l\u2019Histoire se r\u00e9p\u00e8te fatalement, pour le pire et le meilleur.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span><\/h4>\n<p>Chr\u00e9tien mystique, politicien atypique, po\u00e8te \u00e9corch\u00e9 vif, penseur engag\u00e9, volontaire pour la Grande Guerre, il meurt aux premiers jours. Son nom reste, litt\u00e9ralement inclassable \u00e0 l\u2019image de l\u2019homme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ordre, et l\u2019ordre seul, fait en d\u00e9finitive la libert\u00e9. Le d\u00e9sordre fait la servitude.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2540\" class=\"cit-num\">2540<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>Cahiers de la Quinzaine<\/em>, 5\u00a0novembre 1905<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rejet\u00e9 de tous les groupes constitu\u00e9s, parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise comme au parti socialiste, isol\u00e9 par son intransigeance et ignor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort du grand public, c\u2019est l\u2019un des rares intellectuels de l\u2019\u00e9poque \u00e9chappant aux \u00e9tiquettes. Voyant d\u2019abord pour seul \u00ab\u00a0rem\u00e8de au mal universel l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique socialiste universelle\u00a0\u00bb, il cr\u00e9e ses <em>Cahiers de la Quinzaine<\/em> pour y traiter tous les probl\u00e8mes du temps, y publier ses \u0153uvres et celles d\u2019amis (Romain Rolland, Julien Benda, Andr\u00e9 Suar\u00e8s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mystique r\u00e9publicaine, c\u2019est quand on mourait pour la R\u00e9publique, la politique r\u00e9publicaine, c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019on en vit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2556\" class=\"cit-num\">2556<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>Notre jeunesse<\/em> (1910)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et \u00ab\u00a0l\u2019essentiel est que [\u2026] la mystique ne soit point d\u00e9vor\u00e9e par la politique \u00e0 laquelle elle a donn\u00e9 naissance\u00a0\u00bb. C\u2019est dire si P\u00e9guy, l\u2019humaniste qui se voudra toujours engag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort (aux premiers jours de la prochaine guerre), doit souffrir de la politique politicienne n\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. De plus en plus isol\u00e9, il t\u00e9moigne \u00e0 la fois contre le mat\u00e9rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les man\u0153uvres des politiques, la morale fig\u00e9e des bien-pensants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0!<br>Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2588\" class=\"cit-num\">2588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u00c8ve<\/em> (1914)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux derniers alexandrins d\u2019un po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Le po\u00e8te appelle de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front, \u00e0 Villeroy, le 5\u00a0septembre, veille de la bataille de la Marne.<\/p>\n<p>Un site lui est d\u00e9di\u00e9, pour faire vivre sa m\u00e9moire. En exergue, une citation qui le d\u00e9finit bien\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a quelque chose de pire qu\u2019une mauvaise pens\u00e9e. C\u2019est d\u2019avoir une pens\u00e9e toute faire.\u00a0\u00bb \u00c0 m\u00e9diter.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_9-4.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"270\"><\/a><span class=\"caps\">JEAN<\/span> <span class=\"caps\">MOULIN<\/span><\/h4>\n<p>Chef de la R\u00e9sistance ralli\u00e9 \u00e0 de Gaulle, volontaire pour les missions difficiles, martyre panth\u00e9onis\u00e9 avec tous les honneurs dus \u00e0 sa m\u00e9moire, c\u2019est un Nom qui symbolise l\u2019h\u00e9ro\u00efsme sous la Seconde guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne savais pas que c\u2019\u00e9tait si simple de faire son devoir quand on est en danger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2748\" class=\"cit-num\">2748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MOULIN<\/span> (1899-1943), Lettre \u00e0 sa m\u00e8re et \u00e0 sa s\u0153ur, 15\u00a0juin 1940.<em> Vies et morts de Jean Moulin<\/em> (1998), Pierre P\u00e9an<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-pr\u00e9fet \u00e0 27\u00a0ans, charg\u00e9 en 1936 d\u2019acheminer vers l\u2019Espagne r\u00e9publicaine le mat\u00e9riel de guerre sovi\u00e9tique, il est pr\u00e9fet d\u2019Eure-et-Loir et refusera, le 17\u00a0juin, de signer une d\u00e9claration accusant de crimes de guerre les troupes coloniales engag\u00e9es dans le secteur de Chartres. R\u00e9voqu\u00e9 comme franc-ma\u00e7on par le gouvernement de Vichy en juillet, il rejoindra de Gaulle \u00e0 Londres en automne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort\u00a0? D\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, comme des milliers de Fran\u00e7ais, je l\u2019ai accept\u00e9e. Depuis, je l\u2019ai vue de pr\u00e8s bien des fois, elle ne me fait pas peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2785\" class=\"cit-num\">2785<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MOULIN<\/span> (1899-1943).<em> Vies et morts de Jean Moulin<\/em> (1998), Pierre P\u00e9an<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9fet ayant refus\u00e9 la politique de Vichy, il rejoint Londres \u00e0 l\u2019automne 1940. Parachut\u00e9 en France dans les Alpilles le 1er\u00a0janvier 1942 comme \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle\u00a0\u00bb, il a pour mission d\u2019unifier les trois grands r\u00e9seaux de r\u00e9sistants de la zone sud (Combat, Lib\u00e9ration, Franc-Tireur). R\u00f4le difficile, vue l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 des sensibilit\u00e9s, tendances et courants\u00a0; action \u00e0 haut risque qu\u2019il paiera bient\u00f4t de sa vie. Pierre Brossolette qui agit dans la zone nord, lui aussi arr\u00eat\u00e9, se suicidera pour ne pas livrer de secrets sous la torture.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bafou\u00e9, sauvagement frapp\u00e9, la t\u00eate en sang, les organes \u00e9clat\u00e9s, il atteint les limites de la souffrance humaine, sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2796\" class=\"cit-num\">2796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Laure <span class=\"caps\">MOULIN<\/span> (1892-1974), s\u0153ur et collaboratrice de Jean Moulin, t\u00e9moignage.<em> Antim\u00e9moires\u00a0: Le Miroir des limbes<\/em>, volume\u00a0I (1976), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charg\u00e9 d\u2019unifier les r\u00e9seaux de la zone sud, Jean Moulin a obtenu le ralliement des communistes, particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux par leur discipline et leur exp\u00e9rience de la clandestinit\u00e9. Le 27\u00a0mai 1943, il cr\u00e9e \u00e0 Paris le Conseil national de la R\u00e9sistance (<span class=\"caps\">CNR<\/span>), mais il est livr\u00e9 aux Allemands le 21\u00a0juin \u00e0 Caluire (Rh\u00f4ne), emprisonn\u00e9 au fort de Montluc (\u00e0 Lyon).\u00a0 Il meurt des suites de tortures, dans le train qui l\u2019emm\u00e8ne en Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Battus, br\u00fbl\u00e9s, aveugl\u00e9s, rompus, la plupart des r\u00e9sistants n\u2019ont pas parl\u00e9\u00a0; ils ont bris\u00e9 le cercle du Mal et r\u00e9affirm\u00e9 l\u2019humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2718\" class=\"cit-num\">2718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prisonnier, lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un subterfuge, Sartre l\u2019\u00e9ternel engag\u00e9 participe \u00e0 la constitution d\u2019un r\u00e9seau de r\u00e9sistance. Activit\u00e9 clandestine \u00e0 haut risque\u00a0: en France, 30\u00a0000 r\u00e9sistants fusill\u00e9s, plus de 110\u00a0000 d\u00e9port\u00e9s, dont la plupart morts dans les camps, ou \u00e0 leur retour. Jean Moulin en fut \u00e0 la fois le chef (pr\u00e9sident du Conseil national de la R\u00e9sistance), le h\u00e9ros, le martyr et le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pauvre roi supplici\u00e9 des ombres, regarde ton peuple d\u2019ombres se lever dans la nuit de juin constell\u00e9e de tortures.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2797\" class=\"cit-num\">2797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours au Panth\u00e9on, lors du transfert des cendres de Jean Moulin, 19\u00a0d\u00e9cembre 1964.<em> Andr\u00e9 Malraux et la politique\u00a0: L\u2019\u00eatre et l\u2019Histoire<\/em> (1996), Dominique Villemot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le corps fut renvoy\u00e9 \u00e0 Paris en juillet\u00a01943, incin\u00e9r\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise. Ses cendres (suppos\u00e9es telles) ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on. Cette \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb, reconnaissance supr\u00eame de la patrie \u00e0 ses h\u00e9ros, est l\u2019acte final des c\u00e9l\u00e9brations du 20e anniversaire de la Lib\u00e9ration.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">ROBERT<\/span> <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span><\/h4>\n<p>C\u2019est v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0un cas\u00a0\u00bb. Peut-on lui rendre honneur\u00a0? Oui, au titre de son indiscutable talent, reconnu par ses pairs et m\u00eame par de Gaulle\u00a0! Mais le g\u00e9n\u00e9ral refuse sa gr\u00e2ce au collaborateur et au d\u00e9lateur responsable de nombreux morts durant la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En finira-t-on avec les relents de pourriture parfum\u00e9e qu\u2019exhale encore la vieille putain agonisante, la garce v\u00e9rol\u00e9e, fleurant le patchouli et la perte blanche, la R\u00e9publique toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours l\u00e0, la mal blanchie, elle est toujours l\u00e0, la craquel\u00e9e, la l\u00e9zard\u00e9e, sur le pas de sa porte, entour\u00e9e de ses mich\u00e9s et de ses petits jeunots, aussi acharn\u00e9s que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapport\u00e9 de billets dans ses jarretelles\u00a0; comment auraient-ils le c\u0153ur de l\u2019abandonner, malgr\u00e9 les blennorragies et les chancres\u00a0? Ils en sont pourris jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2781\" class=\"cit-num\">2781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Je suis partout<\/em>, 7 f\u00e9vrier 1942<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain de talent et d\u2019autant plus responsable, il s\u2019est engag\u00e9 politiquement dans l\u2019entre-deux-guerres avec l\u2019<em>Action fran\u00e7aise<\/em> (le mouvement et le journal), mais c\u2019est comme r\u00e9dacteur en chef de <em>Je suis partout<\/em> qu\u2019il va se faire remarquer. Il pr\u00f4ne un \u00ab\u00a0fascisme \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Sa haine du Front populaire et de la R\u00e9publique va de pair avec celle des juifs, notamment ceux au pouvoir, comme L\u00e9on Blum et Georges Mandel (n\u00e9 Rothschild), ex ministre et d\u00e9put\u00e9, dont il demande r\u00e9guli\u00e8rement la mise \u00e0 mort et qui sera assassin\u00e9 par la Milice fran\u00e7aise, en juillet 1944.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est un autre droit que nous revendiquons, c\u2019est d\u2019indiquer ceux qui trahissent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2794\" class=\"cit-num\">2794<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945).<em> La Force de l\u2019\u00e2ge<\/em> (1960), Simone de Beauvoir<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La d\u00e9lation est la forme la plus inf\u00e2me, parce que la plus l\u00e2che de la collaboration. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des trafiquants trop contents de faire des affaires sur le march\u00e9 noir, d\u2019autres ont des raisons politiques. Faiblesse devant le vainqueur admir\u00e9, calcul pour \u00eatre du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb c\u00f4t\u00e9 au jour de la victoire escompt\u00e9e, mais aussi et plus rarement, conviction id\u00e9ologique m\u00ealant souvent anticommunisme, antis\u00e9mitisme, anglophobie. Brasillach est de ce camp.<\/p>\n<p>Pass\u00e9 de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> \u00e0 <em>Je suis partout<\/em>, il participe \u00e0 la chasse aux r\u00e9sistants, de plus en plus nombreux et organis\u00e9s, qui se radicalise en janvier\u00a01943 avec la Milice, police suppl\u00e9tive de volontaires charg\u00e9s de les traquer. Le Service du travail obligatoire (<span class=\"caps\">STO<\/span>) institu\u00e9 en f\u00e9vrier va augmenter consid\u00e9rablement le nombre de \u00ab\u00a0ceux qui trahissent\u00a0\u00bb pour ne pas aller travailler en Allemagne. D\u00e9nonc\u00e9s fr\u00e9n\u00e9tiquement par Brasillach et ses amis, la r\u00e9sistance devient une activit\u00e9 clandestine \u00e0 haut risque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2821\" class=\"cit-num\">2821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), refusant la gr\u00e2ce de Robert Brasillach. <em>M\u00e9moires de Guerre,<\/em> tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>,<em> Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur 2\u00a0071 recours pr\u00e9sent\u00e9s, de Gaulle en acceptera 1\u00a0303.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s est b\u00e2cl\u00e9, de nombreux confr\u00e8res tentent de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux que l\u2019on m\u00e8ne au poteau<br>Dans le petit matin glac\u00e9,<br>Au front la p\u00e2leur des cachots,<br>Au c\u0153ur le dernier chant d\u2019Orph\u00e9e,<br>Tu leur tends la main sans un mot,<br>O mon fr\u00e8re au col d\u00e9graf\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2822\" class=\"cit-num\">2822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Po\u00e8mes de Fresnes, Chant pour Andr\u00e9 Ch\u00e9nier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ch\u00e9nier, po\u00e8te ex\u00e9cut\u00e9 sous la R\u00e9volution \u00e0 la fin de la Terreur, presque au m\u00eame \u00e2ge.\u00a0 Jean Luchaire (journaliste, directeur des <em>Nouveaux Temps<\/em>) et Jean H\u00e9rold-Paquis (de Radio-Paris) subiront le m\u00eame sort, parmi quelque 3\u00a0000 condamn\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire est \u00e9crite par les vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2826\" class=\"cit-num\">2826<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Les Fr\u00e8res ennemis<\/em> (dialogue \u00e9crit \u00e0 Fresnes fin 1944, posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 \u00c9crite par les vivants plus que par les vainqueurs et Brasillach ne sera pas fusill\u00e9 pour cause de d\u00e9faite, mais de trahison. L\u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale, cette page d\u2019histoire de France encore si sensible et m\u00eame br\u00fblante, fut d\u2019ailleurs r\u00e9\u00e9crite tant de fois que les vaincus ont eu, l\u00e9gitimement, le droit de t\u00e9moigner aux c\u00f4t\u00e9s des vainqueurs.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">PIERRE<\/span> <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span><\/h4>\n<p>Premier ministre sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, personnalit\u00e9 atypique du monde politique, il ne r\u00e9siste \u00e0 l\u2019opposition que 7 mois et 7 jours, mais reste une r\u00e9f\u00e9rence indiscutable pour les socialistes fran\u00e7ais en mal de rep\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est choisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2885\" class=\"cit-num\">2885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Discours \u00e0 l\u2019Assemble nationale, 3\u00a0juin 1953. <em>Gouverner, c\u2019est choisir<\/em> (1958), Pierre Mend\u00e8s France<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c\u2019est la multiplicit\u00e9 et le poids des t\u00e2ches qu\u2019il entend assumer \u00e0 la fois\u00a0: reconstruction, modernisation et \u00e9quipement, d\u00e9veloppement des pays d\u2019outre-mer, am\u00e9lioration du niveau de vie et r\u00e9formes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante arm\u00e9e en Europe, etc. Or, l\u2019\u00e9v\u00e9nement a confirm\u00e9 ce que la r\u00e9flexion permettait de pr\u00e9voir\u00a0: on ne peut pas tout faire \u00e0 la fois. Gouverner, c\u2019est choisir, si difficiles que soient les choix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette formule emprunt\u00e9e (involontairement\u00a0?) au duc Gaston de L\u00e9vis (<em>Maximes politiques<\/em>, 1808) accompagne d\u00e9sormais l\u2019homme politique bient\u00f4t au pouvoir. Quelques jours avant, dans le premier num\u00e9ro de <em>L\u2019Express<\/em> (16\u00a0mai 1953), Mend\u00e8s France \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 pr\u00e9tendre tout faire, nous n\u2019avons r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer notre monnaie, sans satisfaire aucun de nos objectifs [\u2026] Ce n\u2019est pas sur des conf\u00e9rences diplomatiques, mais sur la vigueur \u00e9conomique que l\u2019on fait une grande nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, devant la d\u00e9route fran\u00e7aise dans la guerre d\u2019Indochine, il ajoutera\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes en 1788\u00a0\u00bb, cependant que Paul Reynaud voit en la France \u00ab\u00a0l\u2019homme malade de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie, c\u2019est d\u2019abord un \u00e9tat d\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2890\" class=\"cit-num\">2890<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982),<em> La R\u00e9publique moderne<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement Laniel est renvers\u00e9 sur la question de l\u2019Indochine. Mend\u00e8s France le remplace, annon\u00e7ant qu\u2019il obtiendra un cessez-le-feu avant le 20\u00a0juillet.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9claration d\u2019investiture \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale (17\u00a0juin 1954) est plut\u00f4t muscl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Je ferai appel [\u2026] \u00e0 des hommes capables de servir, \u00e0 des hommes de caract\u00e8re, de volont\u00e9 et de foi. Je le ferai sans aucune pr\u00e9occupation de dosage [\u2026] Il n\u2019y aura pas de ces n\u00e9gociations interminables que nous avons connues\u00a0; je n\u2019admettrai ni exigence ni vetos. Le choix des ministres, en vertu de la Constitution, appartient au pr\u00e9sident du Conseil investi, et \u00e0 lui seul. Je ne suis pas dispos\u00e9 \u00e0 transiger sur les droits que vous m\u2019auriez donn\u00e9s par votre investiture.\u00a0\u00bb Bref, Mend\u00e8s France refuse d\u2019embl\u00e9e de devenir un homme du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Dans son cabinet, il prend des gaullistes (le g\u00e9n\u00e9ral Koenig \u00e0 la D\u00e9fense), des radicaux (Fran\u00e7ois Mitterrand \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur). Edgar Faure reste aux Finances et Mend\u00e8s prend le portefeuille des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ce jour anniversaire qui est aussi celui o\u00f9 j\u2019assume de si lourdes responsabilit\u00e9s, je revis les hautes le\u00e7ons de patriotisme et de d\u00e9vouement au bien public que votre confiance m\u2019a permis de recevoir de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2891\" class=\"cit-num\">2891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), T\u00e9l\u00e9gramme au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, 18\u00a0juin 1954.<em> Mend\u00e8s France au pouvoir<\/em> (1965), Pierre Rouanet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son premier jour au pouvoir co\u00efncide avec celui de l\u2019Appel, il y a quatorze. Mend\u00e8s France avoue alors avoir trois grands hommes comme mod\u00e8le\u00a0: Poincar\u00e9, Blum et de Gaulle.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me homme est sceptique sur les chances du nouveau chef du gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Vous verrez, ils ne vous laisseront pas aller jusqu\u2019au bout\u00a0\u00bb, lui dira-t-il le 13\u00a0octobre. <em>Sept mois et dix-sept jours<\/em>\u00a0: le titre donn\u00e9 par Mend\u00e8s France au recueil de ses discours dit tr\u00e8s exactement la dur\u00e9e de son minist\u00e8re, renvers\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1955.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il cherche plut\u00f4t \u00e0 trancher qu\u2019\u00e0 s\u2019accommoder, ce qui lui vaut, surtout aupr\u00e8s des jeunes, un prestige certain. Quand on l\u2019aura vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre, on s\u2019apercevra qu\u2019il est dans sa mani\u00e8re de prendre les probl\u00e8mes l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, en quelque sorte \u00e0 la gorge, sans s\u2019y attarder. Son attitude est celle d\u2019un liquidateur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2892\" class=\"cit-num\">2892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">SIEGFRIED<\/span> (1875-1959), Pr\u00e9face \u00e0 <em>l\u2019Ann\u00e9e politique 1954<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mend\u00e8s France prend l\u2019affaire indochinoise \u00e0 bras-le-corps\u00a0: il s\u2019engage \u00e0 en finir avant le 20\u00a0juillet, sinon il d\u00e9missionnera. Les accords de Gen\u00e8ve sont sign\u00e9s dans la nuit du 20 au 21\u00a0juillet 1954. Le Vietnam est partag\u00e9 en deux zones, le Nord \u00e9tant abandonn\u00e9 au communisme et \u00e0 l\u2019influence chinoise (et bient\u00f4t sovi\u00e9tique), l\u2019influence occidentale (et bient\u00f4t am\u00e9ricaine) pr\u00e9valant dans le Sud.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Six ans et demi de guerre, 3\u00a0000\u00a0milliards de francs, 92\u00a0000 morts et 114\u00a0000 bless\u00e9s\u00a0\u00bb, tel est le bilan de cette guerre, dress\u00e9 par Jacques Fauvet (<em>La Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em>). <em>Le Figaro<\/em> parle d\u2019un \u00ab\u00a0deuil\u00a0\u00bb pour la France, mais l\u2019opinion soulag\u00e9e sait d\u2019abord gr\u00e9 \u00e0 Mend\u00e8s d\u2019avoir sorti le pays de ce gu\u00eapier o\u00f9 les <span class=\"caps\">USA<\/span> vont s\u2019enliser. Plus tard, il sera pourtant trait\u00e9 de \u00ab\u00a0bradeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes passent, les n\u00e9cessit\u00e9s nationales demeurent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2896\" class=\"cit-num\">2896<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Assembl\u00e9e Nationale, nuit du 4 au 5\u00a0f\u00e9vrier 1955. <em>Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e vient de lui refuser la confiance (319 voix contre 273)\u00a0: par peur d\u2019une politique d\u2019\u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb en Afrique du Nord. On l\u2019accuse, dans son discours de Carthage, d\u2019avoir encourag\u00e9 la r\u00e9bellion des Tunisiens et des fellagas d\u2019Alg\u00e9rie, alors qu\u2019il est partisan d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise dont il a renforc\u00e9 la d\u00e9fense. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte \u00e0 la tribune pour justifier son action.<\/p>\n<p>Mend\u00e8s France est rest\u00e9 populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires d\u00e9plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la Quatri\u00e8me. Le \u00ab\u00a0syndicat\u00a0\u00bb des anciens pr\u00e9sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l\u2019h\u00e9micycle et ses coulisses. De Gaulle l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne vous laisseront pas faire\u00a0!\u00a0\u00bb Mend\u00e8s France, pour la derni\u00e8re fois \u00e0 la tribune, d\u00e9fie les d\u00e9put\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en marche dans ce pays ne s\u2019arr\u00eatera pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faudrait \u00eatre bien inattentif pour croire que l\u2019action de Pierre Mend\u00e8s France fut limit\u00e9e aux quelque sept mois et dix-sept jours pass\u00e9s de juin\u00a01954 \u00e0 f\u00e9vrier\u00a01955 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement de la R\u00e9publique. Un \u00e9t\u00e9, un automne, quelques jours. L\u2019Histoire ne fait pas ces comptes-l\u00e0. L\u00e9on Blum pour un an, Gambetta et Jaur\u00e8s, pour si peu, pour jamais, pour toujours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2897\" class=\"cit-num\">2897<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Cour d\u2019honneur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Discours du 27\u00a0octobre 1982. <em>Le Pouvoir et la rigueur\u00a0: Pierre Mend\u00e8s France, Fran\u00e7ois Mitterrand<\/em> (1994), Raymond Krakovitch<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel sera l\u2019hommage solennel de Mitterrand, devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, \u00e0 la mort de Pierre Mend\u00e8s France.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_10-9.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"200\" height=\"272\"><\/a><span class=\"caps\">JACQUES<\/span> <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span><\/h4>\n<p>Brillant Premier ministre qui lance l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, il \u00e9choue \u00e0 faire vraiment couple avec Pompidou, pr\u00e9sident plus pragmatique que social. Sportif aguerri, il se pr\u00e9cipite trop vite dans la course \u00e0 sa succession. Il se rattrapera un peu comme maire de Bordeaux pendant 48 ans (avec cumul des mandats).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce r\u00e9gime, tout ce qui est r\u00e9ussi l\u2019est gr\u00e2ce au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Tout ce qui ne va pas est imput\u00e9 au Premier ministre\u2026 mais je ne l\u2019ai compris qu\u2019au bout d\u2019un certain temps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2937\" class=\"cit-num\">2937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000). <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une loi qui se d\u00e9gage \u00e0 mesure que passent les gouvernements\u00a0: les \u00ab\u00a0fusibles\u00a0\u00bb sont faits pour sauter. Chaban-Delmas l\u2019a \u00e9prouv\u00e9 en \u00e9tant le \u00ab\u00a0second\u00a0\u00bb de Pompidou \u2013\u00a0pr\u00e9sident de la R\u00e9publique apr\u00e8s de Gaulle\u00a0\u2013 sortant vaincu de ce duo qui tourna au duel et (injustement) \u00e0 son d\u00e9savantage.<\/p>\n<p>Pourtant, la cote de popularit\u00e9 d\u2019un pr\u00e9sident peut chuter au-dessous de celle de son Premier ministre (durablement, dans le cas de Sarkozy) et au terme d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum manqu\u00e9 (de Gaulle) ou d\u2019une \u00e9lection perdue (Giscard d\u2019Estaing), il lui arrive de c\u00e9der sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne parvenons pas \u00e0 accomplir des r\u00e9formes autrement qu\u2019en faisant semblant de faire des r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2953\" class=\"cit-num\">2953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969. <em>M\u00e9moires pour demain<\/em> (1997), Jacques Chaban-Delmas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier ministre songe naturellement aux \u00e9v\u00e9nements de Mai\u00a068, constatant de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale que \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019est pas encore parvenue \u00e0 \u00e9voluer autrement que par crises majeures\u00a0\u00bb. C\u2019est un mal fran\u00e7ais, maintes fois diagnostiqu\u00e9. Contre les \u00ab\u00a0conservatismes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0blocages\u00a0\u00bb, il propose sa \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre des R\u00e9publiques est termin\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3113\" class=\"cit-num\">3113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), pr\u00e9sentant son gouvernement le 23\u00a0juin 1969.<em> La Guerre de succession<\/em> (1969), Roger-G\u00e9rard Schwartzenberg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span> soutient ce \u00ab\u00a0baron\u00a0\u00bb du gaullisme, r\u00e9sistant pendant la guerre et en m\u00eame temps un des piliers de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. On lui passe m\u00eame quelques gestes d\u2019ouverture en direction d\u2019anciens adversaires du G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Mais la guerre n\u2019est pas finie entre les partis\u00a0! Et les tentatives de s\u00e9duction du tr\u00e8s s\u00e9duisant Premier ministre vont \u00e9chouer. Les centristes d\u2019opposition continueront de d\u00e9noncer la dictature de l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9tat <span class=\"caps\">UDR<\/span>\u00a0\u00bb, tandis que la gauche socialiste et communiste fourbit les armes de l\u2019union qui fera un jour sa force.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a peu de moments dans l\u2019existence d\u2019un peuple o\u00f9 il puisse autrement qu\u2019en r\u00eave se dire\u00a0: Quelle est la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle je veux vivre\u00a0? J\u2019ai le sentiment que nous abordons un de ces moments. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3116\" class=\"cit-num\">3116<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aucun discours parlementaire de Premier ministre n\u2019eut plus de retentissement, sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. La d\u00e9nonciation du \u00ab\u00a0conservatisme\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0blocages\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise annonce un programme ambitieux de r\u00e9formes \u2013 ma\u00eetre mot des quatre prochains pr\u00e9sidents, mais malheureusement pas de Pompidou, aux priorit\u00e9s plus concr\u00e8tes que soci\u00e9tales\u00a0!<\/p>\n<p>Chaban-Delmas, dans <em>L\u2019Ardeur<\/em> (1975), donne de sa \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb deux d\u00e9finitions\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019une politique, c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 qui tend vers plus de justice et de libert\u00e9 [\u2026] L\u2019autre sociologique, c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chacun consid\u00e8re chacun comme un partenaire\u00a0\u00bb. Comment ne pas souscrire\u00a0\u00e0 un tel projet\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tandis que vous parliez, je vous regardais et je ne doutais pas de votre sinc\u00e9rit\u00e9. Et puis, je regardais votre majorit\u00e9 et je doutais de votre r\u00e9ussite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3117\" class=\"cit-num\">3117<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969. <em>La Pr\u00e9sidence de Georges Pompidou\u00a0: essai sur le r\u00e9gime pr\u00e9sidentialiste fran\u00e7ais<\/em> (1979), Fran\u00e7oise Decaumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019opposition ne fait pas mauvais accueil au programme du Premier ministre, sur le principe, mais elle doute de sa r\u00e9alisation\u00a0: \u00ab\u00a0On ne b\u00e2tit pas une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 sur des v\u0153ux pieux.\u00a0\u00bb Les difficult\u00e9s viendront surtout du scepticisme du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, aux convictions \u00e9conomiques plus que sociologiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne tire pas sur une ambulance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3149\" class=\"cit-num\">3149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>L\u2019Express<\/em>, 24\u00a0avril 1974<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le trait d\u2019une charit\u00e9 sans piti\u00e9 vise Chaban-Delmas dont la cote ne cesse de baisser dans les sondages, d\u00e9but mai\u00a01974. Jeudi 4\u00a0avril, avant m\u00eame la fin du discours d\u2019hommage d\u2019Edgar Faure, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, au pr\u00e9sident d\u00e9funt, Chaban-Delmas avait annonc\u00e9 par un communiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ayant \u00e9t\u00e9 trois ans Premier ministre sous la haute autorit\u00e9 de Georges Pompidou et dans la ligne trac\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Je compte sur l\u2019appui des formations politiques de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Candidature lanc\u00e9e trop t\u00f4t\u00a0? Pas assez solide face \u00e0 Mitterrand \u00e0 gauche\u00a0? Concurrenc\u00e9e par d\u2019autres candidats \u00e0 droite\u00a0?<\/p>\n<p>Et Fran\u00e7oise Giroud de commenter\u00a0: \u00ab\u00a0Alors que <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0Giscard d\u2019Estaing et Mitterrand provoquent des mouvements intenses d\u2019admiration ou d\u2019hostilit\u00e9, parfois d\u2019admiration et d\u2019hostilit\u00e9 m\u00eal\u00e9es, on a envie de demander, sans acrimonie, \u00e0 M. Chaban-Delmas\u00a0: \u00ab\u00a0Et vous, qu\u2019est-ce que vous faites au juste dans cette affaire\u00a0?\u00a0\u00bb Il encombre. Comment le battant a-t-il vir\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien combattant\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il redevient d\u00e9put\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, toujours sportif et hyperactif, et il retrouve sa mairie de Bordeaux \u2013 surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la belle endormie\u00a0\u00bb. \u00c2g\u00e9 de 80 ans et presque toujours aussi jeune d\u2019allure, il soutient la candidature d\u2019Alain Jupp\u00e9 et se retire de la vie politique qu\u2019il aura tant aim\u00e9e, avec ce constant d\u00e9sir de plaire qui irrita Pompidou.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">ALAIN<\/span> <span class=\"caps\">JUPP\u00c9<\/span><\/h4>\n<p>Premier ministre de Chirac qui le d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0le meilleur d\u2019entre nous\u00a0\u00bb, homme de droite toujours droit dans ses bottes, il paie pour ceux de son camp en assumant diverses malversations. Apr\u00e8s une carri\u00e8re politique presque aussi longue que Chaban, il lui succ\u00e8de \u00e0 la mairie de Bordeaux pour dix ans et un marathon des travaux qui r\u00e9veille la \u00ab\u00a0belle endormie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis droit dans mes bottes et je crois en la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3336\" class=\"cit-num\">3336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alain <span class=\"caps\">JUPP\u00c9<\/span> (n\u00e9 en 1945), Premier ministre, <span class=\"caps\">TF1<\/span>, 6\u00a0juillet 1995<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un mois apr\u00e8s son entr\u00e9e en fonction, le plus fid\u00e8le ami de Chirac doit r\u00e9pondre sur le loyer de son appartement parisien, trop bas pour \u00eatre honn\u00eate, et la baisse de loyer demand\u00e9e pour l\u2019appartement de son fils Laurent.<\/p>\n<p>Affaire d\u00e9risoire, mais symbolique. Jupp\u00e9 devient vite impopulaire\u00a0: sa \u00ab\u00a0cote d\u2019avenir\u00a0\u00bb passe de 63\u00a0% en juin \u00e0 37\u00a0% en novembre (barom\u00e8tre <span class=\"caps\">TNS<\/span> Sofres pour <em>Le Figaro Magazine<\/em>). Sa d\u00e9fense para\u00eet rigide, illustr\u00e9e par l\u2019expression qui le poursuivra (emprunt\u00e9e \u00e0 la cavalerie militaire)\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis droit dans mes bottes.\u00a0\u00bb Autrement dit, je ne plie pas, j\u2019ai ma conscience pour moi.<\/p>\n<p>En d\u00e9saccord avec son ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances, Alain Madelin, il doit faire face \u00e0 sa d\u00e9mission, le 26\u00a0ao\u00fbt 1995, et le remplace par Jean Arthuis. Mais il reste Premier ministre, droit dans ses bottes. En 1996, Andr\u00e9 Santini, d\u00e9put\u00e9 de droite et grand faiseur de petites phrases, re\u00e7oit le prix d\u2019excellence d\u00e9cern\u00e9 par le tr\u00e8s s\u00e9rieux Club de l\u2019humour politique, pour avoir d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Alain Jupp\u00e9 voulait un gouvernement ramass\u00e9, il n\u2019est pas loin de l\u2019avoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un Premier ministre, on le l\u00e8che, on le l\u00e2che, on le lynche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3383\" class=\"cit-num\">3383<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alain <span class=\"caps\">JUPP\u00c9<\/span>\u00a0(n\u00e9 en 1945). <em>La Mal\u00e9diction Matignon<\/em> (2006), Bruno Dive, Fran\u00e7oise Fressoz<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a v\u00e9cu un court \u00e9tat de gr\u00e2ce, Premier ministre (1995-1997) et maire de Bordeaux. Reconnu plusieurs fois par Chirac comme \u00ab\u00a0le meilleur d\u2019entre les hommes de droite\u00a0\u00bb, il se rend vite impopulaire par le projet de r\u00e9forme des retraites, le gel des salaires des fonctionnaires, la d\u00e9route des Juppettes (huit femmes d\u00e9barqu\u00e9es du gouvernement apr\u00e8s quelques mois d\u2019exercice) et cette raideur de l\u2019homme qui se dit lui-m\u00eame \u00ab\u00a0droit dans ses bottes.\u00a0\u00bb Mais le pire est \u00e0 venir.<\/p>\n<p>En 1998, il est mis en examen pour \u00ab\u00a0abus de confiance, recel d\u2019abus de biens sociaux et prise ill\u00e9gale d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb \u2013 pour des faits commis en tant que secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du <span class=\"caps\">RPR<\/span> et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 \u00e0 1995. Le 30\u00a0janvier 2004, le tribunal correctionnel de Nanterre le condamne lourdement\u00a0: dix-huit mois de prison avec sursis dans l\u2019affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris et dix ans d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9. L\u2019appel interjet\u00e9 suspend l\u2019application de la peine, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel. Le 1er\u00a0d\u00e9cembre 2004, condamnation r\u00e9duite \u00e0 quatorze mois de prison avec sursis et un an d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9. Jupp\u00e9 vit une travers\u00e9e du d\u00e9sert qui passe par le Canada\u2026<\/p>\n<p>Nombre de commentateurs bien inform\u00e9s estiment qu\u2019il paie pour Chirac, reconnu comme responsable moralement.<\/p>\n<p>Il finira en beaut\u00e9, maire de Bordeaux, succ\u00e9dant \u00e0 Chaban et lui rendant \u00e9l\u00e9gamment hommage en baptisant l\u2019un des grands travaux que lui doit la ville\u00a0: le fameux pont Jacques Chaban-Delmas qui relie les deux rives de la Garonne.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LIONEL<\/span> <span class=\"caps\">JOSPIN<\/span><\/h4>\n<p>Premier ministre socialiste de cohabitation avec Chirac pr\u00e9sident de droite, il se r\u00e9v\u00e8le beau joueur dans l\u2019\u00e9chec majeur de la gauche aux pr\u00e9sidentielles de 2002. Son retrait (d\u00e9finitif) de la vie politique devient paradoxalement son premier titre de gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nation est non seulement la r\u00e9alit\u00e9 vivante \u00e0 laquelle nous sommes tous attach\u00e9s, mais surtout le lieu o\u00f9 bat le c\u0153ur de la d\u00e9mocratie, l\u2019ensemble o\u00f9 se nouent les solidarit\u00e9s les plus profondes. La France, ce n\u2019est pas seulement le bonheur des paysages, une langue enrichie des \u0153uvres de l\u2019esprit\u00a0; c\u2019est d\u2019abord une histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3343\" class=\"cit-num\">3343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lionel <span class=\"caps\">JOSPIN<\/span> (n\u00e9 en 1937), Premier ministre, D\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, 19\u00a0juin 1997<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cohabitation va durer cinq ans \u2013 un record sous la Cinqui\u00e8me\u00a0R\u00e9publique. Le pouvoir du chef de l\u2019\u00c9tat s\u2019en trouve limit\u00e9, mais sur la sc\u00e8ne internationale, avec les deux t\u00eates de l\u2019ex\u00e9cutif pr\u00e9sentes aux grands rendez-vous, la France parle d\u2019une seule voix, la sienne.<\/p>\n<p>Pour commencer \u00e0 \u00e9crire la suite de l\u2019histoire de la France, Jospin forme un gouvernement d\u2019union, centr\u00e9 sur quelques proches\u00a0: Martine Aubry, Claude All\u00e8gre, Dominique Strauss-Kahn. Principale promesse de campagne\u00a0: les 35\u00a0heures (pay\u00e9es 39) pour favoriser le partage du travail. C\u2019est la mesure la plus populaire, la plus contest\u00e9e aussi. Martine Aubry, ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarit\u00e9, reste \u00e0 jamais la \u00ab\u00a0Dame des 35\u00a0heures\u00a0\u00bb, m\u00eame si Strauss-Kahn fut le premier \u00e0 pr\u00e9coniser la r\u00e9duction du temps de travail (<span class=\"caps\">RTT<\/span>).<\/p>\n<p>Ancien professeur, Jospin affirme que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cole est le berceau de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb et son ami All\u00e8gre s\u2019attelle \u00e0 la r\u00e9forme, souhaitant \u00ab\u00a0d\u00e9graisser le mammouth\u00a0\u00bb. Mot maladroit qui entra\u00eenera sa d\u00e9mission. Pas de parcours politique sans \u00e9chec. Celui de Jospin aux prochaines pr\u00e9sidentielles sera particuli\u00e8rement cruel \u2013 et sans doute injuste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019assume pleinement la responsabilit\u00e9 de cet \u00e9chec et j\u2019en tire les conclusions, en me retirant de la vie politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3373\" class=\"cit-num\">3373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lionel <span class=\"caps\">JOSPIN<\/span> (n\u00e9 en 1937), D\u00e9claration du 21\u00a0avril 2002, au soir du premier tour des pr\u00e9sidentielles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La gauche est hors-jeu et litt\u00e9ralement <span class=\"caps\">KO<\/span>, la pr\u00e9sidentielle va se jouer \u00e0 droite toute. Lionel Jospin se pr\u00e9sente \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et devant ses troupes, visage d\u00e9fait, voix blanche\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Le r\u00e9sultat du premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle vient de tomber comme un coup de tonnerre. Voir l\u2019extr\u00eame droite repr\u00e9senter 20\u00a0% des voix dans notre pays et son principal candidat affronter celui de la droite au second tour est un signe tr\u00e8s inqui\u00e9tant pour la France et pour notre d\u00e9mocratie. Ce r\u00e9sultat, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de travail gouvernemental enti\u00e8rement vou\u00e9 au service de notre pays, est profond\u00e9ment d\u00e9cevant pour moi et ceux qui m\u2019ont accompagn\u00e9 dans cette action. Je reste fier du travail accompli. Au-del\u00e0 de la d\u00e9magogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j\u2019assume pleinement la responsabilit\u00e9 de cet \u00e9chec et j\u2019en tire les cons\u00e9quences en me retirant de la vie politique apr\u00e8s la fin de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce 21\u00a0avril est l\u2019une des dates chocs des ann\u00e9es 1990-2020 \u2013 avec les attentats du 11\u00a0septembre (2001) aux \u00c9tats-Unis, le Non au r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019Europe (29 mai 2005), l\u2019attentat hyper-m\u00e9diatique contre Charlie Hebdo (7 janvier 2015).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma mission \u00e0 moi \u00e9tait de conduire la gauche \u00e0 la victoire pr\u00e9sidentielle. Et l\u00e0, on pourrait dire que l\u2019\u00e9quipage de la gauche a abandonn\u00e9 son capitaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3375\" class=\"cit-num\">3375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lionel <span class=\"caps\">JOSPIN<\/span> (n\u00e9 en 1937), \u00e0 propos du 21\u00a0avril 2002.<em> Lionel raconte Jospin<\/em> (2010), Lionel Jospin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le bilan du parti socialiste \u00e9tait honorable, mais son programme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide\u00a0: aucune proposition propre \u00e0 faire r\u00eaver les classes populaires d\u00e9boussol\u00e9es ou les jeunes avides d\u2019id\u00e9al. La campagne, mal conduite, devint une foire d\u2019empoigne entre les 16 candidats, huit \u00e0 gauche, huit \u00e0 droite, chacun s\u2019effor\u00e7ant d\u2019engranger un maximum de voix en pr\u00e9vision des \u00e9lections l\u00e9gislatives de juin. Le 21\u00a0avril fut parfois analys\u00e9 comme une nouvelle pouss\u00e9e d\u2019extr\u00eame-droite, surtout ressenti comme tel par la jeunesse qui manifestait en masse, vent debout. C\u2019est davantage une d\u00e9mobilisation de la droite traditionnelle et plus encore de la gauche socialiste.<\/p>\n<p>Le <span class=\"caps\">PS<\/span> va pro\ufb01ter de ce choc citoyen, des remords du corps \u00e9lectoral et d\u2019un r\u00e9\ufb02exe de vote utile pour s\u2019af\ufb01rmer comme la seule force autour de laquelle la gauche peut s\u2019organiser. En attendant, Chirac est r\u00e9\u00e9lu avec l\u2019alliance de toute la classe politique (hormis les extr\u00eames droite et gauche) et un score sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: 82,21\u00a0% des voix.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici 46 cas, autant de situations diff\u00e9rentes et souvent dramatiques. Perdre la vie, perdre une bataille ou une place envi\u00e9e, perdre un combat id\u00e9ologique, perdre la confiance du peuple ou d\u2019un partenaire essentiel, perdre la face et l\u2019honneur. 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