{"id":9022,"date":"2021-08-16T00:00:00","date_gmt":"2021-08-15T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-quatrieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:07","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:07","slug":"les-punchlines-quatrieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-quatrieme-republique\/","title":{"rendered":"Les punchlines (Quatri\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4>\n<p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p>\n<p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p>\n<p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p>\n<p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p>\n<p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<\/p>\n<p>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p>\n<p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p>\n<p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">VI<\/span>. Quatri\u00e8me R\u00e9publique. (1945-1958)<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_9-5.jpg\" width=\"200\" height=\"270\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut refaire des hommes libres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2831\" class=\"cit-num\">2831<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BERNANOS<\/span> (1888-1948),<em> La Libert\u00e9 pour quoi faire\u00a0?<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Credo qu\u2019il ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter, au lendemain de la Lib\u00e9ration, jetant ses derni\u00e8res forces dans ce combat d\u2019id\u00e9es. Visionnaire et proph\u00e8te, plus soucieux des grandes options qui commandent l\u2019Histoire que des d\u00e9tails institutionnels, ce catholique engag\u00e9, qui refusera tous les postes et tous les honneurs pour rester libre, pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019entends nullement opposer le capitalisme au marxisme [\u2026] deux sympt\u00f4mes d\u2019une m\u00eame civilisation de la mati\u00e8re [\u2026] Le lib\u00e9ralisme capitaliste, comme le collectivisme marxiste, fait de l\u2019homme une esp\u00e8ce d\u2019animal industriel soumis au d\u00e9terminisme des lois \u00e9conomiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime tellement l\u2019Allemagne que je suis ravi qu\u2019il y en ait deux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2856\" class=\"cit-num\">2856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970). <em>Le Temps d\u2019un regard<\/em> (1978), Jacques Chancel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9t\u00e9 1945\u00a0: \u00e0 Berlin, les vainqueurs d\u00e9limitent quatre zones d\u2019occupation. 1949\u00a0: la s\u00e9paration en deux Allemagnes (<span class=\"caps\">RFA<\/span> et <span class=\"caps\">RDA<\/span>) est consacr\u00e9e. R\u00e9sumons la suite de cet \u00e9v\u00e9nement g\u00e9opolitique majeur.<\/p>\n<p>12 au 13\u00a0ao\u00fbt 1961\u00a0: dans la nuit, le mur de la honte, symbole de la division du pays, se met en place pour stopper l\u2019exode massif de Berlin-Est (capitale de la <span class=\"caps\">RDA<\/span>) vers Berlin-Ouest (\u00ab\u00a0vitrine du monde occidental\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>22\u00a0septembre 1984\u00a0: le pr\u00e9sident Mitterrand et le chancelier Kohl (<span class=\"caps\">RFA<\/span>) se retrouvent sur le site de la bataille de Verdun, pour comm\u00e9morer le souvenir des soldats fran\u00e7ais et allemands et sceller l\u2019entente retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>10\u00a0novembre 1989\u00a0: le mur de Berlin tombe, la fronti\u00e8re entre les deux Allemagnes s\u2019ouvre. Pour l\u2019opinion publique fran\u00e7aise et nombre de commentateurs, la r\u00e9unification, effective en octobre\u00a01990, est l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique le plus important, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>11\u00a0novembre 2009\u00a0: le pr\u00e9sident Sarkozy et la chanceli\u00e8re Angela Merkel c\u00e9l\u00e8brent ensemble \u00e0 Paris l\u2019armistice qui mit fin \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, devant la tombe du Soldat inconnu, sous l\u2019Arc de Triomphe de l\u2019\u00c9toile. \u00ab\u00a0L\u2019amiti\u00e9 de la France et de l\u2019Allemagne est un tr\u00e9sor. Nous le devons \u00e0 tous les peuples du monde\u00a0\u00bb, dit le pr\u00e9sident fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1944, les Fran\u00e7ais \u00e9taient malheureux, maintenant ils sont m\u00e9contents. C\u2019est un progr\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2858\" class=\"cit-num\">2858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), de nouveau chef du gouvernement provisoire depuis le 21 octobre\u00a01945. <em>De Gaulle, l\u2019exil int\u00e9rieur<\/em> (2001), Jacques Baumel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France est libre, les nationalisations ont commenc\u00e9, la S\u00e9curit\u00e9 sociale est cr\u00e9\u00e9e par ordonnance, mais les conditions de vie des Fran\u00e7ais restent tr\u00e8s dures\u00a0: pain rationn\u00e9 et cartes d\u2019alimentation pour la plupart des produits, charbon rare et production d\u00e9sorganis\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les n\u00e9ophytes de la r\u00e9volution [\u2026] ont exig\u00e9 des nationalisations imm\u00e9diates. Les nouveaux dieux ont soif.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2861\" class=\"cit-num\">2861<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">LANIEL<\/span> (1889-1975), Assembl\u00e9e nationale constituante, 2\u00a0d\u00e9cembre 1945.<em> Annales, D\u00e9bats<\/em> (1946), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les nationalisations font toujours d\u00e9bat en politique quand la gauche se retrouve au pouvoir, ce qui est le cas en 1945.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 du centre-droit, Laniel s\u2019oppose \u00e0 cette politique\u00a0: \u00ab\u00a0Personne ne sait o\u00f9 elle conduit.\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019ordre du jour, la nationalisation du cr\u00e9dit, mais bien d\u2019autres secteurs sont concern\u00e9s\u00a0: charbonnages, \u00e9lectricit\u00e9 et gaz, usine Renault et a\u00e9ronautique, transports maritimes et a\u00e9riens, assurances.<\/p>\n<p>La vague des nationalisations en 1945-1946, comme hier en 1936 et demain en 1981-1982, rev\u00eat une importance mythique autant que pratique. Pour de Gaulle, la raison principale de cette grande r\u00e9forme de structure est de mettre un instrument d\u00e9cisif \u00ab\u00a0entre les mains de la Nation\u00a0\u00bb. Il y a aussi une volont\u00e9 de revanche sur les puissances d\u2019argent. De Gaulle ne manque pas de rappeler au patronat d\u00e9sorganis\u00e9 son absence \u00e0 Londres et au sein de la R\u00e9sistance. Dans cette conjoncture \u00e9conomique et politique, la droite minoritaire et pas tr\u00e8s fi\u00e8re ne pourra gu\u00e8re s\u2019opposer aux nationalisations voulues par de Gaulle et la gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le choix est simple\u00a0: modernisation ou d\u00e9cadence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2865\" class=\"cit-num\">2865<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MONNET<\/span> (1888-1980), <em>M\u00e9moires<\/em> (1976)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des P\u00e8res de l\u2019Europe, mais aussi le promoteur du premier Plan fran\u00e7ais, dit de modernisation et d\u2019\u00e9quipement, lanc\u00e9 le 27\u00a0novembre 1946.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, les priorit\u00e9s \u00e9conomiques s\u2019imposent\u00a0: reconstruire le pays, moderniser l\u2019outil de production. Le plan est la solution rationnelle \u2013 de Gaulle, revenu au pouvoir, dira que \u00ab\u00a0les objectifs \u00e0 d\u00e9terminer par le Plan rev\u00eatent pour tous les Fran\u00e7ais un caract\u00e8re d\u2019ardente obligation\u00a0\u00bb. Mais la planification \u00e0 la fran\u00e7aise n\u2019est pas dirigiste, se voulant surtout incitative, apr\u00e8s concertation. Pr\u00e8s d\u2019un millier d\u2019acteurs \u00e9conomiques sont consult\u00e9s pendant un an (patrons, syndicalistes, fonctionnaires), de sorte que le plan est bien accept\u00e9, en 1947. Il b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement du plan Marshall, initiative am\u00e9ricaine, au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous avertis loyalement, je ne resterai pas clo\u00eetr\u00e9 dans la maison o\u00f9 vous allez m\u2019emmener. Ayant \u00e9t\u00e9 en prison, je saurai faire des trous dans le mur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2866\" class=\"cit-num\">2866<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">AURIOL<\/span> (1884-1966), pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. D\u00e9claration du 16\u00a0janvier 1947.<em> La France de Vincent Auriol, 1947-1953<\/em> (1968), Gilbert Guilleminault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019exprime ainsi, le jour de son \u00e9lection. En toute occasion, il revendiquera l\u2019importance de son r\u00f4le, \u00ab\u00a0magistrature morale [\u2026] pouvoir de conseil, d\u2019avertissement et de\u00a0conciliation\u00a0\u00bb. Bref\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne serai ni un pr\u00e9sident soliveau, ni un pr\u00e9sident personnel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">RPF<\/span>, c\u2019est le m\u00e9tro \u00e0 6\u00a0heures du soir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2868\" class=\"cit-num\">2868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la propagande du <span class=\"caps\">RPF<\/span>. <em>Malraux\u00a0: une vie dans le si\u00e8cle, 1901-1976<\/em> (1976), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Rassemblement du peuple fran\u00e7ais est cr\u00e9\u00e9 officiellement le 14\u00a0avril 1947 par de Gaulle. Le g\u00e9n\u00e9ral ne veut plus attendre et risquer qu\u2019on l\u2019oublie, cependant que le contexte international fait craindre une troisi\u00e8me guerre mondiale\u00a0! Il va donc rassembler autour de son nom des hommes d\u2019origine sociale et de tendance politique tr\u00e8s diverses\u00a0: \u00ab\u00a0anciens des r\u00e9seaux et de Londres, [\u2026] vaste client\u00e8le \u00e0 ponctionner sur le <span class=\"caps\">MRP<\/span>, le centre et la droite [\u2026] des ouvriers et des petites gens d\u00e9\u00e7us [\u2026] en passant par les h\u00e9ros et les fid\u00e8les, les \u00ab\u00a0compagnons\u00a0\u00bb seront l\u00e9gion\u00a0\u00bb, affirme Malraux. Le <span class=\"caps\">RPF<\/span> triomphe aux prochaines \u00e9lections (municipales d\u2019octobre\u00a01947).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis, c\u2019est la pagaille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2848\" class=\"cit-num\">2848<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 15\u00a0d\u00e9cembre 1965.<em> Discours et messages\u00a0: pour l\u2019effort, ao\u00fbt\u00a01962-d\u00e9cembre\u00a01965<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Constat souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9. La Quatri\u00e8me R\u00e9publique p\u00e8che comme la Troisi\u00e8me par ses partis\u00a0: trop puissants, ou plut\u00f4t impuissants, archa\u00efques, aboutissant \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019assembl\u00e9e tyrannique. Mais il n\u2019y a pas de d\u00e9mocratie digne de ce nom sans pluralit\u00e9 des partis.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0pagaille\u00a0\u00bb de ce r\u00e9gime vient surtout du fait que le gouvernement, pi\u00e9g\u00e9 entre les oppositions gaulliste et communiste, tente de s\u2019appuyer sur une \u00ab\u00a0troisi\u00e8me force\u00a0\u00bb centriste (<span class=\"caps\">MRP<\/span>, socialistes <span class=\"caps\">SFIO<\/span>). De Gaulle, rappel\u00e9 au pouvoir, dressera ce bilan en juin\u00a01958. \u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis [\u2026] se montrait hors d\u2019\u00e9tat d\u2019assurer la conduite des affaires. Non point par incapacit\u00e9 ni par indignit\u00e9 des hommes. Ceux qui ont particip\u00e9 au pouvoir sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique \u00e9taient des gens de valeur, d\u2019honn\u00eatet\u00e9, de patriotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La seule arme qui reste aux travailleurs pour d\u00e9fendre le pain de leurs enfants, quand tous les autres moyens ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, c\u2019est la gr\u00e8ve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2872\" class=\"cit-num\">2872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MARRANE<\/span> (1888-1976), Conseil de la R\u00e9publique, 1er\u00a0d\u00e9cembre 1947. <em>Notes et \u00e9tudes documentaires<\/em>, nos\u00a04871 \u00e0\u00a04873 (1988), Documentation fran\u00e7aise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ramadier, ancien pr\u00e9sident du Conseil, a parl\u00e9 du <span class=\"caps\">PCF<\/span> comme d\u2019un \u00ab\u00a0chef d\u2019orchestre clandestin\u00a0\u00bb, organisant des gr\u00e8ves en mi-juin, alors que les communistes (dont Marrane) ont quitt\u00e9 le gouvernement. Reprise des gr\u00e8ves en septembre, le gouvernement ayant refus\u00e9 d\u2019ent\u00e9riner un accord <span class=\"caps\">CGT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CNPF<\/span> risquant de conduire \u00e0 une hausse excessive des salaires, et donc des prix.<\/p>\n<p>Les manifestations prennent un caract\u00e8re insurrectionnel, d\u00e9but novembre\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0Grande peur d\u2019automne\u00a0\u00bb. Les \u00e9l\u00e9ments non communistes du monde du travail font bloc contre les consignes de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>\u00a0: le travail recommence le 10\u00a0d\u00e9cembre. Le 18, les groupes Force ouvri\u00e8re qui militaient au sein de la <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9cident de prendre leur autonomie\u00a0: ainsi na\u00eetra, en avril\u00a01948, la <span class=\"caps\">CGT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">FO<\/span>, tandis que pour maintenir son unit\u00e9, le F\u00e9d\u00e9ration de l\u2019\u00c9ducation nationale (<span class=\"caps\">FEN<\/span>) devient elle aussi, autonome par rapport \u00e0 la <span class=\"caps\">CGT<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique, ce n\u2019est pas de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, mais de faire taire ceux qui les posent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2875\" class=\"cit-num\">2875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">QUEUILLE<\/span> (1884-1970), nouveau pr\u00e9sident du Conseil, septembre\u00a01948.<em> \u00c9valuation et d\u00e9mocratie participative<\/em> (2004), Jean-Claude Boval<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La formule lui est pr\u00eat\u00e9e, refl\u00e9tant une tendance tr\u00e8s Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Venu de la Troisi\u00e8me, ministre pr\u00e8s de vingt fois avant 1940, Queuille a pour m\u00e9thode de contourner les difficult\u00e9s. \u00ab\u00a0C\u2019est le docteur tant mieux, le pr\u00e9sident pas de probl\u00e8me\u00a0\u00bb, selon Jacques Fauvet, journaliste du <em>Monde<\/em>. \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019immobilisme\u00a0\u00bb, dit Pleven qui, devenu pr\u00e9sident du Conseil, agira de m\u00eame.<\/p>\n<p>Le premier cabinet Queuille (11\u00a0septembre 1948-5\u00a0octobre 1949) doit faire face \u00e0 des gr\u00e8ves tr\u00e8s dures et proc\u00e9der \u00e0 une d\u00e9valuation du franc. Apr\u00e8s avoir tenu treize mois, presque un record, il tombe, sa majorit\u00e9 \u00e9tant trop composite. Il reviendra deux fois\u00a0: \u00ab\u00a0On prend les m\u00eames et on recommence.\u00a0\u00bb Dicton politique.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime des partis voit s\u2019affronter ceux de gauche (communistes, socialistes <span class=\"caps\">SFIO<\/span>) contre ceux de droite (ind\u00e9pendants et mod\u00e9r\u00e9s inorganis\u00e9s, <span class=\"caps\">RPF<\/span> gaulliste) et les centristes (<span class=\"caps\">MRP<\/span>, radicaux, <span class=\"caps\">UDSR<\/span> issue de la R\u00e9sistance) qui tentent toujours de former une Troisi\u00e8me Force avec divers ralli\u00e9s, lesquels monnaient leur concours plus ou moins provisoire. De Gaulle qui a quand m\u00eame cr\u00e9\u00e9 son propre parti s\u2019exasp\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis, c\u2019est la pagaille.\u00a0\u00bb Ou l\u2019impuissance. Cela va durer encore dix ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On prend les m\u00eames et on recommence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2841\" class=\"cit-num\">2841<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Formule habituelle pour saluer les changements de gouvernement.<em> On prend les m\u00eames et on recommence\u00a0?<\/em> (1978), Jean-Fran\u00e7ois Kahn<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un carrousel politique qui rend l\u2019opinion railleuse, sceptique, puis lass\u00e9e, on retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames hommes jonglant avec les portefeuilles, les places, les probl\u00e8mes. Clemenceau d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, avec ces gouvernements qui se ressemblaient tous, faisant appel au m\u00eame personnel politique. Certains hommes, par leur caract\u00e8re et leur autorit\u00e9 \u2013 tels Antoine Pinay, Pierre Mend\u00e8s France \u2013 ne sont pas comme les autres et ne jouent pas ce jeu politicien, mais\u00a0le syst\u00e8me ne les laisse pas longtemps au pouvoir.<\/p>\n<p>Journaliste, cr\u00e9ateur de <em>Marianne<\/em>, Jean-Fran\u00e7ois Kahn en fait un pamphlet\u00a0: <em>On prend les m\u00eames et on recommence\u00a0?<\/em> comme si la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique reproduisait les d\u00e9fauts des deux pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019avantage de l\u2019instabilit\u00e9 pour un gouvernement, c\u2019est qu\u2019elle ne lui laisse pas le temps de se d\u00e9savouer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2840\" class=\"cit-num\">2840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977), <em>Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oui. Mais l\u2019inconv\u00e9nient est qu\u2019elle ne lui laisse pas le temps de construire. En fait d\u2019instabilit\u00e9, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique est bien la fille de la Troisi\u00e8me\u00a0: 21 gouvernements se succ\u00e9deront de 1947 \u00e0 1958.<\/p>\n<p>Mais sur le plan des id\u00e9es intellectuelles, philosophiques, politiques, sociologiques, la Quatri\u00e8me se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s riche, jusque dans les pol\u00e9miques les plus extr\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent enveloppe le pass\u00e9 et dans le pass\u00e9 toute l\u2019Histoire a \u00e9t\u00e9 faite par des m\u00e2les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2854\" class=\"cit-num\">2854<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone de <span class=\"caps\">BEAUVOIR<\/span> (1908-1986), <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire du f\u00e9minisme, mouvement qui ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 au vote attribu\u00e9 aux femmes, apr\u00e8s la Lib\u00e9ration. Une femme est ministre (\u00e9ph\u00e9m\u00e8re) pour la premi\u00e8re fois en 1947\u00a0: Germaine Poinso-Chapuis (\u00e0 la Sant\u00e9 publique, dans le gouvernement Schuman). Mais c\u2019est la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique qui, dans les ann\u00e9es 1970, verra aboutir l\u2019essentiel des luttes au f\u00e9minin, d\u2019o\u00f9 une \u00e9galit\u00e9 de droit, sinon de fait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moiti\u00e9 victimes, \u00e0 moiti\u00e9 complices, comme tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2876\" class=\"cit-num\">2876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), cit\u00e9 en exergue par Simone de Beauvoir, <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romanci\u00e8re existentialiste dont toutes les \u0153uvres se veulent \u00ab\u00a0signifiantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre-Dame de Sartre\u00a0\u00bb fait scandale avec ce livre. Elle d\u00e9montre que la femme est \u00e0 l\u2019homme ce que le N\u00e8gre est au Blanc, un Autre inf\u00e9rioris\u00e9, irresponsable. Mais les femmes, \u00e0 l\u2019inverse des autres exploit\u00e9s de la terre, colonis\u00e9s ou prol\u00e9taires, sont rest\u00e9es soumises, complices des structures qui les oppriment, tombant dans les pi\u00e8ges du mariage et de la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>Message pr\u00e9monitoire\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration suivante remettra en question le mariage traditionnel, cependant que par la contraception et l\u2019<span class=\"caps\">IVG<\/span>, la femme pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019Histoire aura le droit d\u2019avoir des enfants comme et quand elle le veut.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 est un bagne aussi longtemps qu\u2019un seul homme est asservi sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2832\" class=\"cit-num\">2832<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Les Justes<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em>, il est de ces intellectuels qui se m\u00ealent ardemment \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de leur temps marqu\u00e9 par le totalitarisme, pour crier sa soif de justice, revendiquer dans <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em>, \u00ab\u00a0la libert\u00e9, seule valeur imp\u00e9rissable de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9volte \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je me r\u00e9volte, donc nous sommes.\u00a0\u00bb Se d\u00e9fiant des id\u00e9ologies, Camus s\u2019oppose aux communistes, repousse les mirages de l\u2019absolu et les violences r\u00e9volutionnaires, contrairement \u00e0 Sartre et \u00e0 la revue des <em>Temps modernes<\/em>. L\u2019effondrement des r\u00e9gimes communistes dans l\u2019Europe de l\u2019Est \u00e0 l\u2019automne 1989 l\u2019aurait sans doute combl\u00e9, de m\u00eame que le \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb en 2011.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre froide avait trouv\u00e9 un point chaud, m\u00eame br\u00fblant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2877\" class=\"cit-num\">2877<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1908-1988), parlant de la guerre de Cor\u00e9e, d\u00e9clar\u00e9e le 25\u00a0juin 1950. <em>M\u00e9moires<\/em> (1982), Edgar Faure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre froide est un \u00e9quilibre de la terreur qui va durer cinquante ans, entre les deux grandes puissances mondiales qui disposent de l\u2019arme atomique, les \u00c9tats-Unis et l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>. Churchill le premier d\u00e9nonce en 1946 le rideau de fer qui est tomb\u00e9 sur le continent europ\u00e9en. L\u2019opinion publique comprend l\u2019\u00e9vidence en 1948, lors du coup de Prague, quand les communistes prennent le pouvoir en Tch\u00e9coslovaquie. L\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019<span class=\"caps\">OTAN<\/span> cr\u00e9e une alliance militaire occidentale et Staline riposte avec le Pacte de Varsovie.<\/p>\n<p>La guerre de Cor\u00e9e est la premi\u00e8re bataille de la guerre froide, bien vue par Edgar Faure (alors ministre des Finances). \u00ab\u00a0La magistrature de Ren\u00e9 Pleven d\u00e9butait dans une p\u00e9riode de cyclone international. L\u2019invasion de la Cor\u00e9e cr\u00e9ait une situation nouvelle pour le monde et bouleversait les donn\u00e9es des probl\u00e8mes pos\u00e9s \u00e0 la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux questions vont polariser l\u2019activit\u00e9 du nouveau gouvernement\u00a0: armement (suppl\u00e9mentaire) de la France, r\u00e9armement \u00ab\u00a0direct ou indirect\u00a0\u00bb de l\u2019Allemagne\u00a0? Pour \u00e9viter un r\u00e9armement purement allemand et satisfaire les Am\u00e9ricains souhaitant que l\u2019Europe participe \u00e0 la d\u00e9fense du monde libre, on pense cr\u00e9er une arm\u00e9e europ\u00e9enne, avec commandement supranational\u00a0: d\u2019o\u00f9 la querelle autour de la fameuse <span class=\"caps\">CED<\/span> (Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de d\u00e9fense) qui va marquer la vie politique en 1951.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendre la culture au peuple et le peuple \u00e0 la culture.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2855\" class=\"cit-num\">2855<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise de l\u2019association Peuple et Culture. <em>Manifeste de Peuple et Culture<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grande et g\u00e9n\u00e9reuse ambition des fondateurs de ce mouvement, h\u00e9ritiers des valeurs du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9publique fran\u00e7aise qui ont presque tous particip\u00e9 au Front populaire de 1936 et \u00e0 la R\u00e9sistance. Mais comment promouvoir la \u00ab\u00a0r\u00e9volution culturelle\u00a0\u00bb r\u00eav\u00e9e, avec un budget culturel inf\u00e9rieur \u00e0 0,10\u00a0% des d\u00e9penses publiques\u00a0? Il faudra attendre le prochain r\u00e9gime pour que l\u2019\u00c9tat commence \u00e0 avoir les moyens de ses ambitions, avec un minist\u00e8re cr\u00e9\u00e9 par de Gaulle pour Malraux, puis l\u2019arriv\u00e9e des socialistes au pouvoir en 1981 et le \u00ab\u00a01\u00a0% pour la culture\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, rappelons cependant le travail des animateurs culturels au sein de l\u2019association Peuple et Culture, la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale anim\u00e9e par Pierre Bourdan et Jeanne Laurent au minist\u00e8re des Beaux-Arts, la floraison des festivals, dont celui d\u2019Avignon lanc\u00e9 dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1947 et le Th\u00e9\u00e2tre national populaire (<span class=\"caps\">TNP<\/span>) de Jean Vilar cr\u00e9\u00e9 en 1951, exemplaire r\u00e9ussite qui marque toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 deux fois\u00a0: la premi\u00e8re, le 4\u00a0d\u00e9cembre 1922, la seconde en juillet\u00a01951, en Avignon, o\u00f9 j\u2019ai eu, gr\u00e2ce \u00e0 Jean Vilar, la r\u00e9v\u00e9lation du vrai th\u00e9\u00e2tre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2878\" class=\"cit-num\">2878<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9rard <span class=\"caps\">PHILIPE<\/span> (1922-1959), Apr\u00e8s la premi\u00e8re du Cid, Festival d\u2019Avignon, 18\u00a0juillet 1951.<em> La France de Vincent Auriol, 1947-1953<\/em> (1968), Gilbert Guilleminault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme les critiques unanimes devant ce \u00ab\u00a0prince en Avignon\u00a0\u00bb, le public du Palais des Papes et bient\u00f4t toute la France, Jean Vilar sous le charme de son acteur dira\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s ce Cid-l\u00e0, aucun metteur en sc\u00e8ne n\u2019osera en faire un autre avant vingt-cinq ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est aussi la naissance d\u2019un fait culturel unique dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre et exemplaire pour le monde\u00a0: le festival d\u2019Avignon, voulu par Vilar en 1947. Une aventure devenue aujourd\u2019hui une institution (du pass\u00e9).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car, enfin, ce tiers-monde ignor\u00e9, exploit\u00e9, m\u00e9pris\u00e9 comme le tiers \u00e9tat, veut, lui aussi, \u00eatre quelque chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2879\" class=\"cit-num\">2879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">SAUVY<\/span> (1898-1990). \u00ab\u00a0Trois Mondes, une plan\u00e8te\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Observateur<\/em> (14\u00a0ao\u00fbt 1952)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots d\u2019un article o\u00f9 cet \u00e9conomiste, sociologue et d\u00e9mographe (directeur de l\u2019<span class=\"caps\">INED<\/span>) qui parle souvent plus vrai et plus fort que ses confr\u00e8res, lance l\u2019expression de \u00ab\u00a0tiers-monde\u00a0\u00bb \u2013 il en revendique la paternit\u00e9 dans son livre de souvenirs, <em>La Vie en plus<\/em> (1981). Mais il la d\u00e9savoue \u00e0 la fin de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Que l\u2019on permette au cr\u00e9ateur de l\u2019expression tiers-monde, il y a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de quarante ans, de la r\u00e9pudier, tant elle fait oublier la diversit\u00e9 croissante des cas. Englober dans le m\u00eame terme les pays d\u2019Afrique noire et \u00ab\u00a0les quatre dragons\u00a0\u00bb [Cor\u00e9e du Sud, Ta\u00efwan, Singapour et Hong Kong] ne peut mener bien loin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019expression fait partie du domaine public.<\/p>\n<p>Tiers-monde, pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s, pays en voie de d\u00e9veloppement, pays les moins avanc\u00e9s (<span class=\"caps\">PMA<\/span>), pays \u00e9mergents, nouveaux pays industrialis\u00e9s, quel que soit le mot, le monde des pays riches prend conscience de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: les trois quarts de la population mondiale souffrent de la faim, la soif, la maladie, l\u2019analphab\u00e9tisme, la subordination \u00e9conomique et l\u2019endettement. C\u2019est d\u2019autant plus r\u00e9voltant que cela se sait, se dit, se voit, s\u2019expose en maintes conf\u00e9rences internationales. La d\u00e9colonisation et la mondialisation n\u2019arrangent rien, l\u2019\u00e9cart entre pauvres et riches augmente, la mont\u00e9e de l\u2019Islam est une solution plus dangereuse que le mal et les risques \u00e9cologiques aggraveront encore le probl\u00e8me, au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans moi, que seriez-vous\u00a0?<br>\u2014 Sans vous, je serais ministre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2882\" class=\"cit-num\">2882<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond <span class=\"caps\">BARRACHIN<\/span> (1900-1975), d\u00e9put\u00e9 <span class=\"caps\">RPF<\/span>, au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (1890-1970), juillet\u00a01952. <em>Recueil des textes authentiques des programmes et engagements \u00e9lectoraux des d\u00e9put\u00e9s proclam\u00e9s \u00e9lus \u00e0 la suite des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales<\/em> (1956), Assemble nationale, Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le parti du g\u00e9n\u00e9ral fait long feu. Le Rassemblement se disperse. De Gaulle reproche \u00e0 ses troupes de pactiser avec l\u2019ennemi, en l\u2019occurrence le syst\u00e8me de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, notamment sous le gouvernement Pinay. L\u2019\u00e9tat-major durcit sa position, les dissidences se multiplient.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut camper sur une position en attendant la soupe, mais on ne peut remporter la victoire sans combattre. Ceux qui ne voulaient pas combattre sont all\u00e9s \u00e0 la soupe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2883\" class=\"cit-num\">2883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration d\u2019octobre\u00a01952. <em>La Vie politique en France de 1940 \u00e0 1958<\/em> (1984), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral fustige en ces termes militaires l\u2019int\u00e9gration progressive des d\u00e9put\u00e9s <span class=\"caps\">RPF<\/span> au syst\u00e8me. Le 6\u00a0mai 1953, au lendemain d\u2019un grave \u00e9chec aux municipales, de Gaulle dresse un bilan d\u00e9sabus\u00e9 de son action et signe la fin du Rassemblement agissant en son nom\u00a0: \u00ab\u00a0Au Parlement, il [le <span class=\"caps\">RPF<\/span>] ne saurait non plus prendre part, en corps et \u00e8s qualit\u00e9s, \u00e0 la s\u00e9rie des combinaisons, marchandages, vote de confiance, investitures, qui sont les jeux, les poisons et les d\u00e9lices du syst\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est choisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2885\" class=\"cit-num\">2885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Discours \u00e0 l\u2019Assemble nationale, 3\u00a0juin 1953. <em>Gouverner, c\u2019est choisir<\/em> (1958), Pierre Mend\u00e8s France<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c\u2019est la multiplicit\u00e9 et le poids des t\u00e2ches qu\u2019il entend assumer \u00e0 la fois\u00a0: reconstruction, modernisation et \u00e9quipement, d\u00e9veloppement des pays d\u2019outre-mer, am\u00e9lioration du niveau de vie et r\u00e9formes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante arm\u00e9e en Europe, etc. Or, l\u2019\u00e9v\u00e9nement a confirm\u00e9 ce que la r\u00e9flexion permettait de pr\u00e9voir\u00a0: on ne peut pas tout faire \u00e0 la fois. Gouverner, c\u2019est choisir, si difficiles que soient les choix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette formule emprunt\u00e9e (involontairement\u00a0?) au duc Gaston de L\u00e9vis (<em>Maximes politiques<\/em>, 1808) accompagne d\u00e9sormais l\u2019homme politique qui sera bient\u00f4t au pouvoir. Quelques jours plus t\u00f4t, dans le premier num\u00e9ro de L\u2019Express (16\u00a0mai 1953), Mend\u00e8s France \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 pr\u00e9tendre tout faire, nous n\u2019avons r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer notre monnaie, sans satisfaire aucun de nos objectifs [\u2026] Ce n\u2019est pas sur des conf\u00e9rences diplomatiques, mais sur la vigueur \u00e9conomique que l\u2019on fait une grande nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, devant la d\u00e9route fran\u00e7aise dans la guerre d\u2019Indochine, il ajoutera\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes en 1788\u00a0\u00bb, cependant que Paul Reynaud voit alors en la France \u00ab\u00a0l\u2019homme malade de l\u2019Europe\u00a0\u00bb. Mend\u00e8s qui soldera la guerre d\u2019Indochine ne va tenir que 7 mois et 17 jours. On peut parler d\u2019un \u00ab\u00a0perdant magnifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019est la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2895\" class=\"cit-num\">2895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Mend\u00e8s France, 5\u00a0novembre 1954. <em>Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit du 31\u00a0octobre au 1er\u00a0novembre, une insurrection \u00e9clate en Alg\u00e9rie. Mitterrand s\u2019associe \u00e0 la position du pr\u00e9sident du Conseil, Mend\u00e8s France\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019on n\u2019attende de nous aucun am\u00e9nagement avec la s\u00e9dition, aucun compromis avec elle [\u2026] Les d\u00e9partements de l\u2019Alg\u00e9rie font partie de la R\u00e9publique, ils sont fran\u00e7ais depuis longtemps [\u2026] Entre la population alg\u00e9rienne et la m\u00e9tropole, il n\u2019est pas de s\u00e9cession concevable [\u2026] Jamais la France, jamais aucun Parlement, jamais aucun gouvernement ne c\u00e9dera sur ce principe fondamental.\u00a0\u00bb Nul n\u2019imagine \u00e0 cette date la suite du conflit alg\u00e9rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, au secours\u00a0! [\u00a0]\u00a0 Chaque nuit dans Paris, ils sont plus de deux mille \u00e0 geler dans la nuit, sans toit, sans pain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2887\" class=\"cit-num\">2887<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">PIERRE<\/span> (1912-2007), Premiers mots de l\u2019appel lanc\u00e9 \u00e0 la radio dans l\u2019hiver 1954<em>. Emma\u00fcs et l\u2019abb\u00e9 Pierre<\/em> (2008), Axelle Brodiez-Dolino<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1er\u00a0f\u00e9vrier. Ce soir-l\u00e0, dans un grand \u00e9lan de col\u00e8re, l\u2019abb\u00e9 Pierre fonce \u00e0 Radio Luxembourg et s\u2019empare du micro. Ce pr\u00eatre catholique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sistant pendant la guerre, et d\u00e9put\u00e9 <span class=\"caps\">MRP<\/span> jusqu\u2019en 1951, avant de renouer avec sa vocation premi\u00e8re de pr\u00eatre aum\u00f4nier, dans le cadre du Mouvement Emma\u00fcs, organisation caritative la\u00efque, cr\u00e9\u00e9e en 1949.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mes amis, au secours\u00a0! Une femme vient de mourir de froid sur le trottoir du boulevard de S\u00e9bastopol. Elle serrait dans ses mains le papier par lequel on l\u2019avait expuls\u00e9e de son logement.\u00a0Chaque nuit dans Paris, ils sont plus de deux mille \u00e0 geler dans la nuit, sans toit, sans pain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019abb\u00e9 Pierre demande que le soir m\u00eame, dans tous les quartiers de Paris, s\u2019ouvrent des centres de d\u00e9pannage, qu\u2019on y apporte couvertures, paille, pour accueillir tous ceux qui souffrent quels qu\u2019ils soient, et qu\u2019ils puissent y dormir, y manger, reprendre espoir, savoir qu\u2019on les aime, et qu\u2019on ne les laissera pas mourir. C\u2019est la mis\u00e8re des laiss\u00e9s-pour-compte de la croissance \u00e9conomique. Trente ans plus tard, Coluche lancera ses \u00ab\u00a0Restos du c\u0153ur\u00a0\u00bb. Le quart-monde existe toujours et chaque \u00e9poque cr\u00e9e ses nouveaux pauvres, en d\u00e9pit des minima sociaux et des secours publics.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes passent, les n\u00e9cessit\u00e9s nationales demeurent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2896\" class=\"cit-num\">2896<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Assembl\u00e9e Nationale, nuit du 4 au 5\u00a0f\u00e9vrier 1955.<em> Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e vient de lui refuser la confiance (319 voix contre 273)\u00a0: par peur d\u2019une politique d\u2019\u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb en Afrique du Nord. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte \u00e0 la tribune pour justifier son action.<\/p>\n<p>Mend\u00e8s France reste tr\u00e8s populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires d\u00e9plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Le \u00ab\u00a0syndicat\u00a0\u00bb des anciens pr\u00e9sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l\u2019h\u00e9micycle et ses coulisses. De Gaulle l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne vous laisseront pas faire\u00a0!\u00a0\u00bb Et Mend\u00e8s France, pour la derni\u00e8re fois \u00e0 la tribune, d\u00e9fie les d\u00e9put\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en marche dans ce pays ne s\u2019arr\u00eatera pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand l\u2019opprim\u00e9 prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l\u2019injustice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2899\" class=\"cit-num\">2899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00ab\u00a0Les raisons de l\u2019adversaire\u00a0\u00bb,<em> L\u2019Express<\/em>, 28\u00a0octobre 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 en Alg\u00e9rie, intellectuel \u00e9pris de justice autant que de libert\u00e9, Camus est plus qu\u2019un autre d\u00e9chir\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est, sans doute, la loi de l\u2019histoire. Il n\u2019y a plus d\u2019innocents en Alg\u00e9rie, sauf ceux, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent, qui meurent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 2\u00a0avril 1955, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence est vot\u00e9 pour lutter contre la r\u00e9bellion, les libert\u00e9s publiques sont suspendues. Le gouverneur Soustelle tente une politique de r\u00e9formes, mais l\u2019insurrection dans le Constantinois et les massacres du <span class=\"caps\">FLN<\/span> le 20\u00a0ao\u00fbt poussent le gouvernement Edgar Faure \u00e0 appeler les r\u00e9servistes, le 24. Simples op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre\u00a0? La fiction est vite insoutenable. Il s\u2019agit d\u2019une guerre, une sale guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Refusez d\u2019ob\u00e9ir<br>Refusez de la faire<br>N\u2019allez pas \u00e0 la guerre<br>Refusez de partir\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2900\" class=\"cit-num\">2900<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Boris <span class=\"caps\">VIAN<\/span> (1920-1959), paroles et musique, Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), co-compositeur de la musique,<em> Le D\u00e9serteur<\/em> (1954), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crite \u00e0 la fin de la guerre d\u2019Indochine, chant\u00e9e par Mouloudji le jour de la prise de Di\u00ean Bi\u00ean Ph\u00fb\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident\u00a0\/ Je vous fais une lettre\u00a0\/ Que vous lirez peut-\u00eatre\u00a0\/ Si vous avez le temps\u00a0\/ Je viens de recevoir\u00a0\/ Mes papiers militaires\u00a0\/ Pour partir \u00e0 la guerre\u00a0\/ Avant mercredi soir\u00a0\/ Monsieur le Pr\u00e9sident\u00a0\/ Je ne veux pas la faire\u00a0\/ Je ne suis pas sur terre\u00a0\/ Pour tuer des pauvres gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chanson interdite, reprise en 1955, dans une version un peu \u00e9dulcor\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, qu\u2019on nomme grands\u2026\u00a0\u00bb Mais c\u2019est le temps de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: la chanson sera censur\u00e9e dix ans pour \u00ab\u00a0insulte faite aux anciens combattants\u00a0\u00bb. Elle conna\u00eet une diffusion limit\u00e9e et parall\u00e8le\u00a0: siffl\u00e9e par les soldats du contingent qui s\u2019embarquent \u00e0 Marseille, avant de devenir un <em>protest song<\/em> bilingue, puis un succ\u00e8s de la sc\u00e8ne et du disque, reprise par Reggiani et d\u2019autres\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que je vous dise\u00a0\/ Ma d\u00e9cision est prise\u00a0\/ Je m\u2019en vais d\u00e9serter\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Sortez les sortants\u00a0!<span id=\"2902\" class=\"cit-num\">2902<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">POUJADE<\/span> (1920-2003), slogan. <em>Les Ann\u00e9es Poujade, 1953-1958<\/em> (2006), Thierry Bouclier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Edgar Faure, dont le gouvernement a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 deux fois, dissout l\u2019Assembl\u00e9e le 2\u00a0d\u00e9cembre 1955 \u2013 aucun pr\u00e9sident du Conseil n\u2019a os\u00e9, depuis 1877. Les d\u00e9put\u00e9s se d\u00e9chirent sur l\u2019Alg\u00e9rie. Quand Poujade d\u00e9barque, agitateur rassemblant les m\u00e9contents, exploitant un antiparlementarisme toujours latent, ameutant l\u2019opinion contre le fisc, rassurant les petits commer\u00e7ants et artisans effray\u00e9s par le capitalisme, la concurrence \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Populisme\u00a0! Poujadisme\u00a0! Les professionnels de la politique s\u2019insurgent et s\u2019inqui\u00e8tent de cette popularit\u00e9 qui complique encore le jeu des partis. En janvier\u00a01956, Poujade r\u00e9ussira \u00e0 faire \u00e9lire 52 d\u00e9put\u00e9s, dont un p\u00e2tissier, un blanchisseur, deux m\u00e9caniciens, un charcutier, un mara\u00eecher\u2026 et un \u00e9tudiant en droit, de retour des guerres d\u2019Indochine et d\u2019Alg\u00e9rie, Jean-Marie Le Pen, \u00e9lu \u00e0 27\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2907\" class=\"cit-num\">2907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), \u00ab\u00a0d\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb <em>Nekrassov<\/em>, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Antoine, 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot apocryphe ou, plus exactement, tour de passe-passe. <em>Nekrassov<\/em> est un malentendu\u00a0: pi\u00e8ce \u00e0 message, jug\u00e9e communiste par les anticommunistes, et anticommuniste par les communistes, c\u2019est un \u00e9chec th\u00e9\u00e2tral. Le mot est aussi un bel exemple de \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb, ce que Sartre d\u00e9teste et nomme \u00ab\u00a0le baiser de la mort\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est une manipulation, donc la preuve de l\u2019importance du texte. Il a \u00e9crit deux r\u00e9pliques\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer les pauvres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0D\u00e9sesp\u00e9rons Billancourt\u00a0\u00bb. La contraction des deux donne cette fameuse phrase. Qu\u2019il n\u2019aurait jamais dite, m\u00eame si le mot lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9, en mai\u00a01968.<\/p>\n<p>Il le pense peut-\u00eatre, le 4\u00a0novembre 1956, quand 2\u00a0500 chars sovi\u00e9tiques interviennent en Hongrie pour \u00e9craser la tentative de lib\u00e9ralisation du r\u00e9gime. Le 9, dans une interview \u00e0 <em>L\u2019Express<\/em>, il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0la faillite compl\u00e8te du socialisme en tant que marchandise import\u00e9e d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>\u00a0\u00bb et se tourne vers d\u2019autres communismes, voulant pr\u00e9server l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re en France. \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019osent \u00e9crire qu\u2019une police qui torture, si bl\u00e2mable qu\u2019elle soit, c\u2019est une police qui fait son m\u00e9tier, une police sur laquelle on peut compter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2909\" class=\"cit-num\">2909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, I, 1952-1957<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ils ne l\u2019\u00e9crivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1952, Mauriac, \u00e9crivain catholique, re\u00e7oit le prix Nobel de litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine\u00a0\u00bb. Il n\u2019a pas pris position dans la guerre d\u2019Indochine, mais il s\u2019engage d\u00e9sormais en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, puis de l\u2019Alg\u00e9rie, et condamne l\u2019usage de la torture par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Dans une m\u00e9ditation douloureuse et br\u00fblante intitul\u00e9e <em>Imitation des bourreaux de J\u00e9sus-Christ<\/em>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00c9tat tortionnaire, et non plus seulement l\u2019\u00c9tat policier, lors de l\u2019allocution de cl\u00f4ture de la Semaine des intellectuels catholiques, \u00e0 Florence, en novembre\u00a01954. Il s\u2019investit de plus en plus dans le drame alg\u00e9rien, qu\u2019il commentera jusqu\u2019en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut d\u00e9nouer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la justice, mais je d\u00e9fendrai ma m\u00e8re avant la justice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2913\" class=\"cit-num\">2913<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00e0 Stockholm, 5\u00a0octobre 1957. <em>Albert Camus ou la m\u00e9moire des origines<\/em> (1998), Maurice Weyembergh<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 un \u00e9tudiant alg\u00e9rien, partisan du <span class=\"caps\">FLN<\/span>, qui l\u2019interpelle lors de sa remise du prix Nobel. Le mot sera bient\u00f4t retourn\u00e9 contre son auteur, non sans injustice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terre est le berceau de l\u2019humanit\u00e9, mais personne ne passe toute sa vie au berceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2914\" class=\"cit-num\">2914<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constantin <span class=\"caps\">TSIOLKOVSKI<\/span> (1857-1935). <em>Visions du futur\u00a0: une histoire des peurs et des espoirs de l\u2019humanit\u00e9<\/em> (2000), Annie Caubet, Zeev Gourarier, Jean Hubert Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce savant et ing\u00e9nieur russe travaillant sur les fus\u00e9es au d\u00e9but du\u00a0si\u00e8cle est l\u2019un des p\u00e8res de l\u2019astronautique contemporaine. Le 4\u00a0octobre 1957, <em>Spoutnik\u00a01<\/em>, premier satellite artificiel sovi\u00e9tique, ouvre \u00e0 l\u2019homme les portes du ciel. Des millions de terriens entendent le bip-bip de ce b\u00e9b\u00e9 Lune qui tourne autour de la Terre, pendant trois mois.<\/p>\n<p>Le premier homme de l\u2019espace sera russe, Youri Gagarine, 12\u00a0avril 1961. L\u2019Am\u00e9ricain Alan Shepard le suit de peu (5\u00a0mai). Le premier homme marchant sur la Lune est l\u2019Am\u00e9ricain Neil Armstrong, le 21\u00a0juillet 1969. Le premier cosmonaute fran\u00e7ais, Jean-Loup Chr\u00e9tien, volera le 24\u00a0juin 1982 dans un vaisseau spatial sovi\u00e9tique. L\u2019aventure continue au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle. On vise la plan\u00e8te Mars, on r\u00eave plus loin encore, la <span class=\"caps\">NASA<\/span> vient de d\u00e9couvrir sept plan\u00e8tes hors du syst\u00e8me solaire\u2026 et l\u2019on cherche toujours des traces de vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la France n\u2019a plus qu\u2019une seule ambition\u00a0: celle de son niveau de vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2851\" class=\"cit-num\">2851<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Tout est bien<\/em> (1989), Roger St\u00e9phane<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, elle \u00e9tait constamment tendue vers la r\u00e9alisation d\u2019ambitions nationales. Elle a eu l\u2019ambition de son unit\u00e9, l\u2019ambition de ses fronti\u00e8res naturelles, puis l\u2019ambition de conqu\u00e9rir l\u2019Europe, la volont\u00e9 de se lib\u00e9rer de ses trait\u00e9s de 1815 et apr\u00e8s 70, il y a eu l\u2019id\u00e9e, la grande id\u00e9e de la revanche, depuis plus rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il ne faut pourtant pas m\u00e9priser la grande am\u00e9lioration des conditions mat\u00e9rielles de vie\u00a0: le taux de croissance annuel moyen de 5\u00a0% dans les ann\u00e9es 1950-1960 \u00e9tonne dans les ann\u00e9es 1980 et plus encore en 2012. C\u2019est \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, situant la France avant les <span class=\"caps\">USA<\/span> et la Grande-Bretagne, mais derri\u00e8re l\u2019Allemagne et le Japon, pays des miracles \u00e9conomiques succ\u00e9dant \u00e0 leur d\u00e9faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les hommes ne choisissent pas, les \u00e9v\u00e9nements choisissent pour eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2845\" class=\"cit-num\">2845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">ARON<\/span> (1905-1983), <em>Immuable et changeante. De la <span class=\"caps\">IV<\/span>e \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Passivit\u00e9 des citoyens, isolement de la classe politique, tels sont les vices intimes du r\u00e9gime qui semble tourner en rond et s\u2019autod\u00e9truire \u2013 \u00ab\u00a0le cadavre bafouille\u00a0\u00bb. On a pu dire qu\u2019en se privant d\u2019un de Gaulle, d\u00e8s ses premiers mois, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique se condamnait \u00e0 terme plus ou moins rapide. Mais l\u2019on ne r\u00e9\u00e9crit pas l\u2019Histoire qui nous r\u00e9serve toujours de vraies surprises, bonnes ou mauvaises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est difficile de garder l\u2019Alg\u00e9rie, il est difficile de la perdre, il est encore plus difficile de la donner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2916\" class=\"cit-num\">2916<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">GAILLARD<\/span> (1919-1970), pr\u00e9sident du Conseil, d\u00e9but 1958. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot traduit \u00e0 la fois l\u2019ind\u00e9cision du pouvoir et l\u2019incertitude de l\u2019opinion publique m\u00e9tropolitaine dans sa grande majorit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cadavre bafouille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2918\" class=\"cit-num\">2918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubert Beuve-<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (1902-1989) citant Maurice Barr\u00e8s (1862-1923). <em>Le Suicide de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1958), Hubert Beuve-M\u00e9ry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France vit d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019heure alg\u00e9rienne. Le pouvoir, donc le r\u00e9gime, est dans une situation sans issue\u00a0: aucune majorit\u00e9 stable possible, ni \u00e0 gauche, ni au centre, ni \u00e0 droite, face au drame national.<\/p>\n<p>La guerre divise les Fran\u00e7ais et les consciences \u2013 m\u00eame si on la nomme \u00ab\u00a0lutte contre la r\u00e9bellion\u00a0\u00bb. \u00c0 Paris, on parle de \u00ab\u00a0bons offices\u00a0\u00bb anglo-am\u00e9ricains en vue de la paix\u00a0! F\u00e9lix Gaillard tombe, Pflimlin arrive, Alger craint d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Arm\u00e9e au pouvoir\u00a0! Tous au <span class=\"caps\">GG<\/span>\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2920\" class=\"cit-num\">2920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris de la foule, Alger, manifestation du 13\u00a0mai 1958.<em> L\u2019Appel au p\u00e8re\u00a0: de Clemenceau \u00e0 de Gaulle<\/em> (1992), Jean-Pierre Guichard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <span class=\"caps\">GG<\/span>, c\u2019est le palais du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, devenu, depuis 1956, celui du ministre r\u00e9sident. Il est le symbole du pouvoir et, en tant que tel, pris d\u2019assaut, pill\u00e9. Un Comit\u00e9 de salut public se constitue, m\u00ealant Fran\u00e7ais et musulmans, civils et militaires, en une coalition tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclite, pr\u00e9sid\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Massu\u00a0: c\u2019est le putsch d\u2019Alger, ou coup d\u2019\u00c9tat du 13\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous qu\u2019\u00e0 67 ans je commence une carri\u00e8re de dictateur\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2923\" class=\"cit-num\">2923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 19\u00a0mai 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral tient \u00e0 tranquilliser une opinion \u00e9mue par sa d\u00e9claration du 15\u00a0mai\u00a0: \u00ab\u00a0Nagu\u00e8re, le pays, dans ses profondeurs, m\u2019a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu\u2019\u00e0 son salut. Aujourd\u2019hui, devant les \u00e9preuves qui montent de nouveau vers lui, qu\u2019il sache que je me tiens pr\u00eat \u00e0 assumer les pouvoirs de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il conclut sa conf\u00e9rence de presse, exercice politique o\u00f9 il excelle\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit ce que j\u2019avais \u00e0 dire. \u00c0 pr\u00e9sent, je vais rentrer dans mon village et m\u2019y tiendrai \u00e0 la disposition du pays.\u00a0\u00bb Le pays, divis\u00e9, boulevers\u00e9, est par ailleurs sensible \u00e0 toutes les rumeurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958, <em>Bloc-notes, 1958-1960<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, l\u2019id\u00e9e s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va pr\u00e9cipiter la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son <em>Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958.<em> Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s qui entonnent <em>La Marseillaise<\/em> \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages, et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle appara\u00eet comme le moindre mal, la moins mauvaise chance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2926\" class=\"cit-num\">2926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubert <span class=\"caps\">BEUVE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (alias <span class=\"caps\">SIRIUS<\/span>) (1902-1989), \u00ab\u00a0L\u2019am\u00e8re v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 29\u00a0mai 1958<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Pierre Brisson dans <em>Le Figaro<\/em> du 30\u00a0mai\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait maintenant o\u00f9 situer le dernier recours de nos libert\u00e9s.\u00a0\u00bb Les deux directeurs de conscience de la \u00ab\u00a0presse bourgeoise\u00a0\u00bb ne prennent la plume, chacun dans son journal, que dans les grandes occasions. Depuis quelques jours, ils ne cessent pas et se montrent de plus en plus pour (ou de moins en moins contre) de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous ai compris\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2930\" class=\"cit-num\">2930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours au balcon du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Alger, 4\u00a0juin 1958. <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome\u00a0I, <em>Le Renouveau, 1958-1962<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que n\u2019a-t-on dit sur ces quatre mots\u00a0! Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, le G\u00e9n\u00e9ral explique\u00a0: \u00ab\u00a0Mots apparemment spontan\u00e9s dans la forme, mais au fond bien calcul\u00e9s, dont je veux qu\u2019elle [la foule] s\u2019enthousiasme, sans qu\u2019ils m\u2019emportent plus loin que je n\u2019ai r\u00e9solu d\u2019aller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et il poursuit, face \u00e0 la foule\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que la route que vous avez ouverte en Alg\u00e9rie, c\u2019est celle de la r\u00e9novation et de la fraternit\u00e9 [\u2026] Jamais plus qu\u2019ici et jamais plus que ce soir, je n\u2019ai compris combien c\u2019est beau, combien c\u2019est grand, combien c\u2019est g\u00e9n\u00e9reux, la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au journaliste du <em>Monde<\/em>, Andr\u00e9 Passeron, le 6\u00a0mai 1966, il confiera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours su et d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il faudrait donner \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie son ind\u00e9pendance. Mais imaginez qu\u2019en 1958, quand je suis revenu au pouvoir, je disais sur le Forum d\u2019Alger qu\u2019il fallait que les Alg\u00e9riens prennent eux-m\u00eames leur gouvernement, il n\u2019y aurait plus eu de De Gaulle imm\u00e9diatement\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, ce tweet si souvent et diversement comment\u00e9, cette punchline ou ce mot-choc demeure l\u2019un des messages les plus \u00e9nigmatiques de l\u2019histoire contemporaine. La suite du drame alg\u00e9rien va en aligner beaucoup d\u2019autres, avec le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui s\u2019impose en grand premier r\u00f4le politique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-cinquieme-republique-sous-de-gaulle\/\">Lire la suite\u00a0: Les punchlines (Cinqui\u00e8me R\u00e9publique sous de Gaulle)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0!Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).En VO\u00a0: \u201cThe final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.\u201d (Oxford Languages)Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit 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