{"id":9029,"date":"2026-06-15T10:26:58","date_gmt":"2026-06-15T08:26:58","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-renaissance-et-guerres-de-religion\/"},"modified":"2026-06-15T10:26:58","modified_gmt":"2026-06-15T08:26:58","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-renaissance-et-guerres-de-religion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-renaissance-et-guerres-de-religion\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (Renaissance et Guerres de Religion)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3>Les surnoms<\/h3>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. Renaissance et Guerres de Religion<\/h3>\n<p>En un si\u00e8cle et demi, de la Renaissance au r\u00e8gne personnel de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, la France se m\u00e9tamorphose avec une galerie de personnages toujours vivants dans la m\u00e9moire collective et bien typ\u00e9s par leurs surnoms.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-10.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4>Anne de France\u00a0: Anne de Beaujeu, Madame la Grande<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la moins folle femme du monde, car de sage il n\u2019y en a gu\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"413\" class=\"cit-num\">413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483).<em> Les Arts somptuaires\u00a0: histoire du costume et de l\u2019ameublement<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1858), Charles Louandre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le jugement du roi mourant \u2013 et misogyne \u2013 sur sa fille a\u00een\u00e9e Anne de France, 22\u00a0ans, \u00e0 qui il laisse la tutelle du royaume, le 30\u00a0ao\u00fbt 1483. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, est tout juste majeur avec ses 13\u00a0ans et sans grande personnalit\u00e9 (il sera surnomm\u00e9 l\u2019Affable).<\/p>\n<p>Le jugement est s\u00e9v\u00e8re et le choix est bon. Anne de France (1461-1522), dame de Beaujeu \u2013 femme de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, confident de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> \u2013 va en fait gouverner la France (avec son \u00e9poux) jusqu\u2019en 1492, et m\u00e9riter son autre surnom de Madame la Grande\u00a0: intelligence et force de caract\u00e8re lui permettent de continuer l\u2019\u0153uvre paternelle et d\u2019affermir le royaume en ces temps difficiles, ainsi r\u00e9sum\u00e9s par Michelet\u00a0: \u00ab\u00a0Telle \u00e9tait cette France\u00a0: jouir ou tuer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si nous voulons avoir continuellement aupr\u00e8s de nous notre tr\u00e8s ch\u00e8re et tr\u00e8s aim\u00e9e s\u0153ur la dame de Beaujeu et si nous prenons toute enti\u00e8re confiance en elle, personne ne s\u2019en doit merveiller [\u00e9tonner], vu que plus proche ne nous pourrait \u00eatre par lignage ni plus fid\u00e8le par amiti\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"418\" class=\"cit-num\">418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VIII<\/span> l\u2019Affable (1470-1498), Lettre \u00e0 Louis d\u2019Orl\u00e9ans, 30\u00a0janvier 1485.<em> Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu\u00a0: 1483-1491<\/em> (1970), Paul P\u00e9licier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9ponse \u00e0 son cousin lui est dict\u00e9e par Anne et Pierre de Beaujeu. Louis d\u2019Orl\u00e9ans prend alors la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des nobles contre Madame la Grande. La Guerre folle commence, elle va durer trois ans.<\/p>\n<h4>Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span>\u00a0: l\u2019Affable<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis certain que soit de corps, soit d\u2019esprit, [le roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>] vaut peu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"423\" class=\"cit-num\">423<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ambassadeur de Venise (1492). <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement confirm\u00e9 par l\u2019ambassadeur de Florence \u00e0 son gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense le voir, bien que par lui-m\u00eame il ne soit nullement capable de traiter d\u2019affaires s\u00e9rieuses. Il s\u2019y entend si peu, il y prend si peu d\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019ai honte de le dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Charles dit l\u2019Affable (autrement dit, sans personnalit\u00e9) conna\u00eet cependant le latin, aime les arts et les lettres, la chasse et la joute. Mais il souffre \u00e0 coup s\u00fbr de la comparaison avec son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et sa s\u0153ur Anne de Beaujeu. Et comme le dit Commynes en 1492, non sans indulgence pour ses 22\u00a0ans\u00a0: \u00ab\u00a0il ne faisait que saillir de son nid\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>\u00a0: le P\u00e8re du peuple<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne serait pas d\u00e9cent et \u00e0 honneur \u00e0 un roi de France de venger les querelles d\u2019un duc d\u2019Orl\u00e9ans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"429\" class=\"cit-num\">429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XII<\/span> (1462-1515). <em>Chronique<\/em> (posthume), Humbert Vellay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il succ\u00e8de \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, son beau-fr\u00e8re et dernier des Valois directs, mort \u00e0 28\u00a0ans \u2013 accidentellement et sans descendance, le 7\u00a0avril 1498.<\/p>\n<p>Louis d\u2019Orl\u00e9ans, prince frondeur, fait sit\u00f4t place au roi de France et rassure en ces termes ses adversaires d\u2019hier \u2013 en l\u2019occurrence une d\u00e9putation de la ville d\u2019Orl\u00e9ans qui n\u2019a gu\u00e8re soutenu son duc, lors du conflit avec la Couronne.<\/p>\n<p>Le nouveau roi va prendre \u00e0 son service comme lieutenant g\u00e9n\u00e9ral La Tr\u00e9moille qui l\u2019a pourtant combattu en Bretagne, le priant d\u2019\u00eatre loyal \u00e0 son \u00e9gard et le confirmant dans tous ses \u00e9tats, offices et pensions. Il fait d\u00e9j\u00e0 preuve d\u2019un vrai sens de l\u2019\u00c9tat. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>, tr\u00e8s populaire, sera justement nomm\u00e9 \u00ab\u00a0le P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Fran\u00e7ois Ier\u00a0: le Roi chevalier, le Roi guerrier, le P\u00e8re et vrai Restaurateur des lettres, Fran\u00e7ois au Grand nez<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avant moi [Fran\u00e7ois\u00a0Ier], tout \u00e9tait grossier, pauvre, ignorant, gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"387\" class=\"cit-num\">387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715),<em> Dialogues des morts<\/em> (1692-1696)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet auteur de la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle met en sc\u00e8ne et oppose Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et Fran\u00e7ois\u00a0Ier. Baptis\u00e9 par Brant\u00f4me \u00ab\u00a0P\u00e8re et vrai restaurateur des arts et des lettres\u00a0\u00bb, il incarne la Renaissance, avec ses trente-deux ann\u00e9es de r\u00e8gne au c\u0153ur du beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e qui succ\u00e8de au long Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Ce ne sont plus seulement les couvents et les universit\u00e9s qui diffusent la culture, les cours donnent l\u2019exemple, pratiquant le m\u00e9c\u00e9nat, lan\u00e7ant les modes et cultivant le raffinement. \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois\u00a0Ier, d\u00e9courag\u00e9 des guerres lointaines, veuf de son r\u00eave d\u2019Italie, se fait une Italie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (Michelet). Il invite L\u00e9onard de Vinci et sa Joconde (achet\u00e9e 4\u00a0000\u00a0florins d\u2019or, soit 15 kg), puis d\u2019autres artistes prestigieux, Cellini, le Rosso, le Primatice. Favorable \u00e0 l\u2019esprit nouveau et bien que peu instruit (il ne sait pas le latin), il prot\u00e8ge les savants et les \u00e9crivains, second\u00e9 par sa s\u0153ur Marguerite d\u2019Angoul\u00eame (future reine au royaume de Navarre), l\u2019une des femmes les plus cultiv\u00e9es du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>C\u2019est dire que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> se trompait en parlant de son petit-cousin et successeur\u00a0: \u00ab\u00a0Ce gros gar\u00e7on g\u00e2tera tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis votre roi et votre prince. Je suis d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de vivre et mourir avec vous. Voici la fin de notre voyage, car tout sera gagn\u00e9 ou perdu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"438\" class=\"cit-num\">438<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier\u00a0(1494-1547), \u00e0 ses troupes, avant la bataille de Marignan, 13\u00a0septembre 1515. <em>Fran\u00e7ois\u00a0Ier, le souverain politique<\/em> (1937), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec la fougue de ses 21\u00a0ans, le nouveau roi se lance dans la cinqui\u00e8me guerre d\u2019Italie, alli\u00e9 \u00e0 Venise pour la reconqu\u00eate du Milanais pris, puis perdu par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>. Son arm\u00e9e passe les Alpes, forte des meilleurs capitaines, avec 300 canons et 30\u00a0000 hommes\u00a0: chiffres consid\u00e9rables \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Le voil\u00e0 parvenu \u00e0 Marignan, ville de Lombardie (au sud-est de Milan).<\/p>\n<p>1515, date m\u00e9morable, dans l\u2019histoire de France, victoire \u00e9blouissante (et chanceuse) du Roi chevalier.<\/p>\n<p>Dix ans apr\u00e8s, le Roi guerrier toujours \u00e0 la t\u00eate de ses troupes, assi\u00e9geur devenu assi\u00e9g\u00e9, donc pi\u00e9g\u00e9, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019assaut, courageux, mais brouillon et contre l\u2019avis des v\u00e9t\u00e9rans qui l\u2019entouraient. Pi\u00e8tre strat\u00e8ge, il a plac\u00e9 son artillerie, l\u2019une des meilleures d\u2019Europe, derri\u00e8re sa cavalerie, lui \u00f4tant toute efficacit\u00e9. Il sera vaincu et prisonnier \u00e0 Pavie, mais toujours avec panache.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est jeune et \u00e0 la fleur de l\u2019\u00e2ge, lib\u00e9ral, magnanime, exp\u00e9riment\u00e9 et habile \u00e0 la guerre. Il a bonne paix avec tous ses voisins, en sorte qu\u2019il pourra employer au service de Dieu et de la foi sa personne et tout son avoir, sans que nul le d\u00e9tourne et que rien l\u2019emp\u00eache.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"445\" class=\"cit-num\">445<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier\u00a0(1494-1547), autoportrait et d\u00e9claration de candidature, en 1519. <em>Fran\u00e7ois\u00a0Ier<\/em> (1953), duc de L\u00e9vis-Mirepoix<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi briguait la couronne imp\u00e9riale, \u00e0 la mort de Maximilien (12\u00a0janvier\u00a01519). L\u2019adversaire est de taille\u00a0: Charles, prince bourguignon (arri\u00e8re-petit-fils de Charles le T\u00e9m\u00e9raire), devenu prince des Pays-Bas en 1516, puis roi d\u2019Espagne sous le nom de Charles\u00a0Ier, roi de Sicile sous le nom de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, h\u00e9ritant par sa m\u00e8re des possessions espagnoles de l\u2019Am\u00e9rique latine (mines d\u2019or et d\u2019argent in\u00e9puisables) et par son p\u00e8re des terres h\u00e9r\u00e9ditaires des Habsbourg\u00a0!<\/p>\n<p>Charles l\u2019emporte naturellement dans cette comp\u00e9tition par ailleurs \u00ab\u00a0truqu\u00e9e\u00a0\u00bb. Une fois \u00e9lu, il devient empereur du Saint Empire romain germanique, le 28\u00a0juin 1519 \u00e0 la Di\u00e8te de Francfort. Il sera Charles Quint pour l\u2019histoire. Et l\u2019histoire de France en est chang\u00e9e. Le nouvel ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire n\u2019est plus l\u2019Anglais, mais le Habsbourg, trop puissant, r\u00eavant de dominer toute l\u2019Italie et voulant r\u00e9cup\u00e9rer la Bourgogne de ses anc\u00eatres, \u00ab\u00a0tyranniquement et ind\u00fbment d\u00e9tenue et occup\u00e9e par le roi de France\u00a0\u00bb. Face \u00e0 Charles Quint, nos guerres vont devenir plus d\u00e9fensives qu\u2019offensives. Mais Fran\u00e7ois Ier reste l\u2019un de nos plus grands rois.<\/p>\n<p>Quant au \u00ab\u00a0Grand nez\u00a0\u00bb, il n\u2019est qu\u2019\u00e0 regarder ses portraits\u00a0: tous les Bourbons afficheront fi\u00e8rement ce nez \u00ab\u00a0bourbonien\u00a0\u00bb, particuli\u00e8rement visible (surtout de profil\u00a0!) chez Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<h4>Bayard\u00a0: le Chevalier sans peur et sans reproche<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a point de place faible, l\u00e0 o\u00f9 il y a des gens de c\u0153ur pour la d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"449\" class=\"cit-num\">449<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BAYARD<\/span> (vers 1475-1524), \u00e0 Fran\u00e7ois\u00a0Ier, 31\u00a0ao\u00fbt 1521 \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res. <em>Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur g\u00e9nie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes<\/em> (1836), Fran\u00e7ois-Xavier Feller<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pierre du Terrail, seigneur de Bayard, \u00ab\u00a0chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb pour l\u2019Histoire, veut convaincre Fran\u00e7ois Ier de d\u00e9fendre M\u00e9zi\u00e8res contre les troupes de Charles Quint, malgr\u00e9 le mauvais \u00e9tat des fortifications (le nom de la ville d\u00e9rive du latin <em>maceriae<\/em>, murailles). La sixi\u00e8me guerre d\u2019Italie \u2013 premi\u00e8re guerre contre Charles Quint \u2013 commence, le projet d\u2019alliance avec le roi d\u2019Angleterre ayant \u00e9chou\u00e9. Fran\u00e7ois\u00a0Ier a voulu \u00e9blouir Henri\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, d\u00e9ployant tous les fastes de sa cour au camp du Drap d\u2019Or (juin\u00a01520). Il n\u2019a r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 l\u2019humilier.<\/p>\n<p>Bayard, assi\u00e9g\u00e9, va d\u00e9fendre victorieusement la ville contre les Imp\u00e9riaux. Une chanson patriotique salue son exploit\u00a0: \u00ab\u00a0Le comte de Nansault (Nassau)\u00a0\/ Tu es bien abus\u00e9\u00a0\/ De nous donner l\u2019assault.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur, il n\u2019y a point de piti\u00e9 en moi, car je meurs en homme de bien. Mais j\u2019ai piti\u00e9 de vous, de vous voir servir contre votre prince, et votre patrie, et votre serment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"452\" class=\"cit-num\">452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BAYARD<\/span> (vers 1475-1524), \u00e0 l\u2019ex-conn\u00e9table de Bourbon \u2013 son mot de la fin. <em>Trait\u00e9 des \u00c9tudes ou De la mani\u00e8re d\u2019enseigner et d\u2019\u00e9tudier les Belles-Lettres<\/em> (1841), Charles Rollin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mortellement bless\u00e9 en couvrant la retraite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise au passage de la Sesia en Pi\u00e9mont, le 30\u00a0avril\u00a01524, il reproche \u00e0 Charles de Bourbon d\u2019\u00eatre \u00e0 pr\u00e9sent lieutenant de l\u2019ennemi, Charles Quint.<\/p>\n<p>La vie de Bayard sera d\u2019abord \u00e9crite par son \u00e9cuyer qui signe le <em>Loyal Serviteur<\/em>. \u00c0 cette race de \u00ab\u00a0chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb s\u2019applique bien la phrase de Montaigne\u00a0: \u00ab\u00a0La plus volontaire mort, c\u2019est la plus belle.\u00a0\u00bb Dans la litt\u00e9rature de ce <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle qui rena\u00eet et rayonne, entre Moyen \u00c2ge et p\u00e9riode classique, en ce si\u00e8cle plein de bruits, de fureurs, de guerres, la mort revient comme un th\u00e8me obs\u00e9dant.<\/p>\n<h4>Calvin\u00a0: le Pape de Gen\u00e8ve<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9r\u00e9tiques s\u00e9ducteurs, imposteurs maudits, c\u2019est ainsi que le monde et les m\u00e9chants ont coutume d\u2019appeler ceux qui, purement et sinc\u00e8rement, s\u2019efforcent d\u2019insinuer l\u2019\u00c9vangile dans l\u2019\u00e2me des fid\u00e8les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"461\" class=\"cit-num\">461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">COP<\/span> (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, 1er\u00a0novembre 1533.<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte attribu\u00e9 \u00e0 un jeune \u00e9tudiant en h\u00e9breu, grec et th\u00e9ologie au Coll\u00e8ge royal, Jean Cauvin, pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous le nom de Calvin (1509-1564). S\u2019il n\u2019est pas vraiment de sa plume, il l\u2019a du moins influenc\u00e9.<\/p>\n<p>Le discours fait du bruit\u00a0: on parle beaucoup de la R\u00e9forme dans l\u2019\u00c9glise. L\u2019humanisme a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme (diffus\u00e9 par le \u00ab\u00a0cercle de Meaux\u00a0\u00bb \u00e0 pr\u00e9sent dispers\u00e9), mais ce retour aux sources de l\u2019\u00c9vangile risque de mener plus loin\u00a0: au schisme religieux. La tr\u00e8s catholique Sorbonne, conservatrice par nature, voit venir le danger qui a pris visage et doctrine de Luther\u00a0\u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: on a d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 au fer rouge, br\u00fbl\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 quelques luth\u00e9riens \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pl\u00fbt \u00e0 Dieu que dans notre si\u00e8cle malheureux, nous \u00e9tablissions la paix dans l\u2019\u00c9glise sur le fondement de la parole, plut\u00f4t que sur celui du glaive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"462\" class=\"cit-num\">462<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">COP<\/span> (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, 1er\u00a0novembre 1533. <em>La R\u00e9forme en France jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9dit de Nantes<\/em> (1960), Auguste Bailly<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est toujours Calvin qui s\u2019exprime, ou sa pens\u00e9e. Il vient d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la R\u00e9forme venue de Suisse et n\u2019est que trop conscient du p\u00e9ril\u00a0: la conclusion de ce beau texte r\u00e9sonne comme une proph\u00e9tie du \u00ab\u00a0Pape de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb. Le glaive va d\u00e9chirer la France pendant les guerres de Religion (1562-1598), protestants contre catholiques.<\/p>\n<h4>Catherine de M\u00e9dicis\u00a0: la <em>duchessina<\/em>, l\u2019Italienne, la Banqui\u00e8re, la Fille de marchands<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Divide ut regnes.<\/em>\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Divise, afin de r\u00e9gner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"498\" class=\"cit-num\">498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), maxime politique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre formulation et m\u00eame signification\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Divide et Impera.<\/em>\u00a0\u00bb Maxime du S\u00e9nat romain, \u00e9nonc\u00e9e par Machiavel, adopt\u00e9e par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et reprise en 1560\u00a0 par la nouvelle r\u00e9gente.<\/p>\n<p>Unique h\u00e9riti\u00e8re de la consid\u00e9rable fortune des M\u00e9dicis, elle prit le titre de duchesse d\u2019Urbino qui lui valut son premier\u00a0 surnom de <em>duchessina<\/em> (la petite duchesse) donn\u00e9 par les Florentins.<\/p>\n<p>En France, c\u2019est l\u2019Italienne plus ou moins bien accueillie qui apporte le raffinement d\u2019un pays dont la Renaissance a un si\u00e8cle d\u2019avance.\u00a0 Pour les courtisans toujours jaloux, c\u2019est la Banqui\u00e8re ou la Fille des marchands, riche d\u2019une dot de 100 000 \u00e9cus d\u2019argent et 28 000 \u00e9cus de bijoux. Le mariage avec le dauphin (futur Henri <span class=\"caps\">II<\/span>)\u00a0 fut \u00ab\u00a0arrang\u00e9\u00a0\u00bb entre Fran\u00e7ois Ier et le pape, mais apr\u00e8s sa mort, la dette ne sera jamais pay\u00e9e.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la\u00a0\u00ab\u00a0l\u00e9gende noire\u00a0\u00bb qui \u00e9crit toujours l\u2019histoire \u00e0 sa fa\u00e7on, c\u2019est une femme intelligente et cultiv\u00e9e qui devient reine de France \u00e0 la mort de Fran\u00e7ois Ier. Apr\u00e8s presque trente ann\u00e9es d\u2019effacement derri\u00e8re le roi Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, les favorites (Diane de Poitiers en t\u00eate) et les conseillers, Catherine de M\u00e9dicis se retrouve veuve, suite \u00e0 la mort accidentelle du roi (blessure \u00e0 l\u2019\u0153il d\u2019un coup de lance, donn\u00e9 par le comte de Montgom\u00e9ry, capitaine des gardes et r\u00e9gicide involontaire). Elle va gouverner la France pendant pr\u00e8s de trente autres ann\u00e9es, marqu\u00e9es par les guerres de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu m\u2019a laiss\u00e9e avec trois enfants petits et un royaume tout divis\u00e9, n\u2019y ayant aucun \u00e0 qui je puisse enti\u00e8rement me fier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"499\" class=\"cit-num\">499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 sa fille \u00c9lisabeth, janvier\u00a01561.<em> Le Si\u00e8cle de la Renaissance<\/em> (1909), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(\u00c9lisabeth de France est reine d\u2019Espagne, par son mariage avec Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui l\u2019a fait venir en sa cour, la destinant d\u2019abord \u00e0 son fils Don Carlos. C\u2019est tout le drame de l\u2019op\u00e9ra <em>Don Carlo<\/em>, de Verdi.)<\/p>\n<p>Catherine de M\u00e9dicis n\u2019a plus qu\u2019une ambition\u00a0: assurer le r\u00e8gne de ses fils dont la sant\u00e9, min\u00e9e par la tuberculose, justifiera de sombres pr\u00e9dictions. Elle va man\u0153uvrer entre les partis, intriguer avec les intrigants contre d\u2019autres intrigants\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Divide ut regnes.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle commence par renvoyer les Guise (catholiques ultra). Antoine de Navarre (protestant, mais sans vraie conviction comme son fils, le futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>) devient lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume et catholique opportuniste. Michel de L\u2019Hospital, promu chancelier, sera son principal ministre. La vraie religion de ce grand juriste est la tol\u00e9rance. R\u00eave impossible, comme le prouvera le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy, ses pr\u00e9misses et ses cons\u00e9quences. \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<h4>Pierre de Ronsard\u00a0: Prince des po\u00e8tes et po\u00e8te des princes<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ce n\u2019est pas tout que d\u2019\u00eatre Roi de France,<br>Il faut que la vertu honore votre enfance\u00a0:<br>Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,<br>Qui ne lui sert sinon d\u2019un fardeau dans la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"505\" class=\"cit-num\">505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le principal po\u00e8te de la Pl\u00e9iade esquisse un plan d\u2019\u00e9ducation en alexandrins, puis passe \u00e0 l\u2019art de gouverner et aux devoirs d\u2019un roi \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans, dans une France d\u00e9chir\u00e9e par la guerre civile. Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, tomb\u00e9 litt\u00e9ralement sous le charme de Ronsard, lui am\u00e9nagera un appartement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son palais.<\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire, d\u2019autres grands noms des lettres seront pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des princes ou dauphins et prendront cette t\u00e2che fort \u00e0 c\u0153ur, comme Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis donner la mort,<br>Toi l\u2019immortalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"517\" class=\"cit-num\">517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Ronsard\u00a0:<em> Ton esprit est, Ronsard\u2026<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8me royal commence ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Ton esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien\u00a0;\u00a0\/ Mais mon corps est plus jeune et plus fort que le tien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rendant hommage au po\u00e8te engag\u00e9 et enflamm\u00e9 des <em>Discours<\/em>, il continue\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019art de faire des vers, d\u00fbt-on s\u2019en indigner,\u00a0\/ Doit \u00eatre \u00e0 plus haut prix que celui de r\u00e9gner.\u00a0\/ Tous deux \u00e9galement nous portons des couronnes\u00a0;\u00a0\/ Mais roi, je la re\u00e7us\u00a0; po\u00e8te, tu la donnes.\u00a0\u00bb Le jeune roi se sait malade et mourra \u00e0 24\u00a0ans de la tuberculose. Ronsard lui survit et conna\u00eetra une demi-disgr\u00e2ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivez, si m\u2019en croyez, n\u2019attendez \u00e0 demain\u00a0:<br>Cueillez d\u00e8s aujourd\u2019hui les roses de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"546\" class=\"cit-num\">546<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Sonnet \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1578)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te s\u2019est retir\u00e9 de la cour apr\u00e8s la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> ayant ramen\u00e9 de Pologne o\u00f9 il r\u00e9gnait provisoirement\u00a0 son po\u00e8te favori, le jeune Desportes. Renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019engagement politique, Ronsard chante ici une fille d\u2019honneur de Catherine de M\u00e9dicis, H\u00e9l\u00e8ne de Surg\u00e8res, aussi remarquable en beaut\u00e9 qu\u2019en vertu et en intelligence, inconsolable d\u2019avoir perdu son fianc\u00e9 dans une guerre de Religion en 1570. La reine invite Ronsard \u00e0 l\u2019immortaliser.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit d\u2019abord \u00ab\u00a0par ordre\u00a0\u00bb, puis reprend go\u00fbt \u00e0 ce genre p\u00e9trarquiste, comme \u00e0 l\u2019amour qui lui inspire alors ses plus beaux po\u00e8mes \u00e0 l\u2019automne de sa vie\u00a0: <em>les Amours d\u2019H\u00e9l\u00e8ne<\/em>. Ce \u00ab\u00a0<em>\u00a0carpe diem<\/em>\u00a0\u00bb inspir\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9 est symbolique du style de la Renaissance et de tout ce si\u00e8cle si press\u00e9 de vivre, de \u00ab\u00a0jouir ou tuer\u00a0\u00bb (Jules Michelet), aussi obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de la mort qu\u2019enchant\u00e9 par l\u2019amour. Ronsard mourra le 27\u00a0d\u00e9cembre 1585 \u00e0 Saint-Cosme.<\/p>\n<p>Deux mois plus tard, \u00e0 Paris, il a droit \u00e0 des fun\u00e9railles solennelles, premier po\u00e8te fran\u00e7ais \u00e0 \u00eatre ainsi honor\u00e9. Il m\u00e9rite bien son double surnom\u00a0: Prince des po\u00e8tes et po\u00e8te des Princes.<\/p>\n<h4>Henri de Guise\u00a0: le Balafr\u00e9, le Roi de Paris<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>Quand ses partisans \u00e9voquaient les menaces sur sa vie venant du camp du roi\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0Il n\u2019oserait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"565\" class=\"cit-num\">565<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1550-1588), parlant du roi, fin 1588. Fi\u00e8re r\u00e9plique, reprise par Alexandre Dumas,<em> Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et sa cour<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire r\u00e9cente donnait pourtant l\u2019exemple de grands chefs de parti assassin\u00e9s, protestants comme catholiques, \u00e0 commencer par son p\u00e8re Fran\u00e7ois de Guise (1563) \u2013 \u00e9galement surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Balafr\u00e9\u00a0\u00bb, gri\u00e8vement bless\u00e9 au si\u00e8ge de Boulogne en 1544, avant son fils, Balafr\u00e9 \u00e0 la bataille de Dormans en 1575. Ces cicatrices au visage port\u00e9es \u00e0 l\u2019arme blanche \u00e9taient fr\u00e9quentes \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Autres assassinats, le prince de Cond\u00e9 (1569), l\u2019amiral de Coligny (1572). Avant que vienne le tour des rois, Henri <span class=\"caps\">III<\/span> et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/p>\n<p>Mais l\u2019orgueil aveugle Henri de Guise qui m\u00e9prise Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u2019autant plus qu\u2019il jouit d\u2019une grande popularit\u00e9 dans la capitale, surnomm\u00e9 le Roi de Paris apr\u00e8s la journ\u00e9e des Barricades, 15 mai 1588. Son r\u00f4le dans cette insurrection pousse le roi \u00e0 le faire \u00e9liminer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu qu\u2019il est grand\u00a0! Il para\u00eet encore plus grand mort que vivant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"566\" class=\"cit-num\">566<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), face au corps du duc de Guise, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588. <em>Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a os\u00e9\u00a0: ordre donn\u00e9 aux Quarante-Cinq (garde personnelle du roi, immortalis\u00e9e par le roman de Dumas) d\u2019assassiner Henri le Balafr\u00e9, ainsi que son fr\u00e8re Louis, cardinal de Lorraine \u2013 arr\u00eat\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 le lendemain dans sa prison.<\/p>\n<h4>Henri <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Roi de la basoche<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les autres ne sont rien o\u00f9 nous ne parlons point.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"541\" class=\"cit-num\">541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589). Lettres de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de France, recueillies par Pierre Champion. <em>Revue d\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise de France<\/em>, ann\u00e9e 1960, n\u00b0\u00a0143<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Affirmation de puissance de la Majest\u00e9 royale. On croirait presque entendre Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, mais le temps de la monarchie absolue n\u2019est pas encore venu et Henri <span class=\"caps\">III<\/span> n\u2019a pas la force de caract\u00e8re de Louis le Grand.<\/p>\n<p>Le personnage est diversement jug\u00e9, par les contemporains comme par les historiens. Brave, intelligent, travailleur, cultiv\u00e9, il veut faire l\u2019unit\u00e9 de la France autour de lui. On lui doit d\u2019importantes r\u00e9formes judiciaires et institutionnelles qui lui valent le surnom de Roi de la basoche. La grande ordonnance de Blois (mai\u00a01579) reprend et clarifie toutes les lois ant\u00e9rieures sur l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise, la justice, l\u2019enseignement, la fiscalit\u00e9, le commerce, le gouvernement des provinces, etc. Le \u00ab\u00a0code Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u00bb (1587) se veut recueil \u00ab\u00a0des ordonnances fran\u00e7aises r\u00e9duites en sommaires \u00e0 la forme et mod\u00e8le du droit romain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le roi est trop souvent ind\u00e9cis et son homosexualit\u00e9 (suppos\u00e9e) lui fait accorder un cr\u00e9dit excessif \u00e0 ses Mignons, \u00c9pernon et Joyeuse. Les d\u00e9sordres du temps ne favorisent pas non plus l\u2019autorit\u00e9 royale. Il va devoir affronter les quatre derni\u00e8res guerres de Religion, chaque paix sign\u00e9e relan\u00e7ant la suivante\u00a0! Heureusement, le parti des \u00ab\u00a0Politiques\u00a0\u00bb vient \u00e0 son secours\u00a0: un de leur manifeste fait appara\u00eetre l\u2019expression de \u00ab\u00a0lois fondamentales du royaume\u00a0\u00bb en 1575.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis propos\u00e9 pour unique fin le bien, salut et repos de mes sujets. En cette intention, j\u2019ai finalement pris la voie de douceur et r\u00e9conciliation, de laquelle l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 recueilli ce fruit qu\u2019elle a \u00e9teint le feu de la guerre dont tout ce royaume \u00e9tait enflamm\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"544\" class=\"cit-num\">544<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0(1551-1589), Discours aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Blois, 6\u00a0d\u00e9cembre 1576. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, les d\u00e9buts de la Ligue, 1574-1578<\/em> (1887), Berthold Zellar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La volont\u00e9 royale ne fait pas de doute, mais son pouvoir est insuffisant et le temps n\u2019est pas encore venu de la mod\u00e9ration et des Politiques. Les princes protestants ont battu l\u2019arm\u00e9e royale. Par la paix de Monsieur \u2013\u00a0ou paix de Beaulieu, en mai\u00a01576\u00a0\u2013, ils gagnent la libert\u00e9 de culte (hors Paris) et de nombreuses places fortes dans le Midi. Les victimes de la Saint-Barth\u00e9lemy sont r\u00e9habilit\u00e9es, leurs biens restitu\u00e9s aux familles. D\u2019autres mesures financi\u00e8res vident le Tr\u00e9sor, Catherine de M\u00e9dicis met ses bijoux en gage, mais \u00e7a ne suffit pas\u00a0! D\u2019o\u00f9 la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>Cette paix m\u00e9contente les ultra-catholiques. Des ligues de d\u00e9fense de la religion se cr\u00e9ent en Picardie, puis un peu partout, bient\u00f4t unies en Ligue (Sainte Ligue ou Sainte Union), derri\u00e8re le duc de Guise, avec l\u2019appui du pape et du roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne. La sixi\u00e8me guerre de Religion commence.<\/p>\n<h4>Anne de Joyeuse, \u00c9pernon et autres compagnons du roi\u00a0: les Mignons<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont eux [les mignons] qui \u00e0 la guerre ont \u00e9t\u00e9 les premiers aux assauts, aux batailles et aux escarmouches, et s\u2019il y avait deux coups \u00e0 recevoir ou \u00e0 donner, ils en voulaient avoir un pour eux, et mettaient la poussi\u00e8re ou la fange \u00e0 ces vieux capitaines qui causaient [raillaient] tant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"559\" class=\"cit-num\">559<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614). <em>Lexique des \u0153uvres de Brant\u00f4me<\/em> (1880), Ludovic Lalanne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de cour autant que de guerre, il d\u00e9fend ici, en t\u00e9moin direct, la r\u00e9putation des mignons du roi.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> les couvrit de biens et d\u2019honneurs, ils furent en retour fid\u00e8les au roi et vaillants au combat. Quand ils mouraient l\u2019arme \u00e0 la main, le roi \u00e9tait affect\u00e9 plus que de raison \u2013 avec des t\u00e9moignages d\u2019une passion tournant parfois au mysticisme, exposant leur corps sur un lit de parade et conservant leur chevelure en relique. Ses adversaires nombreux d\u00e9noncent ses mani\u00e8res eff\u00e9min\u00e9es comme ses m\u0153urs frivoles \u2013 entre homo, h\u00e9t\u00e9ro, bisexuel dirait-on aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Michelet confirme pourtant le t\u00e9moignage de Brant\u00f4me dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque ce mot de mignon est arriv\u00e9 sous ma plume, je dois dire pourtant que je ne crois ni certain ni vraisemblable le sens que tous les partis, acharn\u00e9s contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, s\u2019acharn\u00e8rent \u00e0 lui donner [\u2026]<\/p>\n<p>Plusieurs des pr\u00e9tendus mignons furent les premi\u00e8res \u00e9p\u00e9es de France.\u00a0\u00bb Ainsi, le duc Anne de Joyeuse qui meurt \u00e0 26\u00a0ans, \u00e0 la t\u00eate des ligueurs\u00a0: la bataille de Coutras (20\u00a0octobre 1587) est une victoire pour Henri de Navarre. Mais la Ligue bat un peu plus tard les protestants alli\u00e9s \u00e0 des mercenaires allemands et suisses \u2013 \u00e0 Vimory et Auneau. La violence r\u00e9pond toujours \u00e0 la violence, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dit de pacification sign\u00e9 \u00e0 Nantes par\u00a0 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1598).<\/p>\n<p>Notons que sous la monarchie \u00e0 venir, les \u00ab\u00a0mignons\u00a0\u00bb deviendront les \u00ab\u00a0favoris\u00a0\u00bb \u2013 et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sexuelle se posera chez Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>. L\u2019histoire (petite ou grande) est un \u00e9ternel recommencement.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\">Naissance de la monarchie absolue<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-10.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4>Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: le Grand, le Vert Galant<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> <br>Vive ce roi vaillant\u00a0!<br>Ce diable \u00e0 quatre <br>A le triple talent<br>De boire et de se battre <br>Et d\u2019\u00eatre un Vert Galant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"605\" class=\"cit-num\">605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em>, chanson anonyme. <em>Chansons populaires du pays de France<\/em> (1903), Jean-Baptiste Weckerlin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce premier couplet est contemporain du roi. Au fil des ann\u00e9es et des si\u00e8cles, d\u2019autres s\u2019ajoutent, \u00e0 mesure qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devient l\u2019un des mythes de l\u2019histoire de France. Le culte du bon roi Henri atteint son apog\u00e9e au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle. <em>La Partie de chasse d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1774), pi\u00e8ce de Charles Coll\u00e9 qui reprend la chanson fait un triomphe, apr\u00e8s les foudres de la censure \u2013 la comparaison se fait fatalement au d\u00e9savantage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> qui n\u2019est plus le Bien-Aim\u00e9 en fin de r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re public des amours royales d\u00e9passe la m\u00e9diatisation qu\u2019en fera la presse <em>people<\/em>. Que ce soit pour applaudir ou m\u00e9dire, pour dire la v\u00e9rit\u00e9 ou r\u00e9pandre la rumeur, chansons et pamphlets (souvent anonymes) sont les premiers m\u00e9dias populaires. Mais la vie priv\u00e9e du roi justifie sa r\u00e9putation de Vert Galant. Sa prog\u00e9niture est \u00e0 l\u2019image de sa sant\u00e9 amoureuse, exceptionnelle, et il l\u00e9gitime souvent ses enfants n\u00e9s hors mariage \u2013 premier roi de France qui ose cela. Quant au nombre de favorites, sur un temps de vie et de r\u00e8gne plus court, il bat largement les deux autres grands amoureux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. On avance le nombre de 73.<\/p>\n<p>L\u2019amour des femmes est aussi le point faible du roi. Il mettra en danger la paix du royaume pour litt\u00e9ralement courir apr\u00e8s sa derni\u00e8re ma\u00eetresse, Charlotte Marguerite de Montmorency\u00a0: elle a 15\u00a0ans et lui 56.<\/p>\n<p>Mais le Vert Galant, si plaisant qu\u2019il soit et si pr\u00e9sent dans la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb, ne doit pas faire oublier l\u2019essentiel. Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> m\u00e9rite son autre surnom\u00a0: le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le personnage du B\u00e9arnais grandit en Majest\u00e9 d\u00e9bonnaire et naturelle au fur et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9tend le r\u00f4le qui lui est d\u00e9volu par l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"604\" class=\"cit-num\">604<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">ROY<\/span> <span class=\"caps\">LADURIE<\/span> (n\u00e9 en 1929), <em>L\u2019\u00c9tat royal\u00a0: de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, 1460-1610<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La personnalit\u00e9 d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est forg\u00e9e par les circonstances, notamment la situation tr\u00e8s particuli\u00e8re et difficile dans laquelle ce \u00ab\u00a0roi de droit et fort peu de fait\u00a0\u00bb prendra possession du royaume. Il lui faut tout simplement le conqu\u00e9rir, ce qui lui demandera dix ans\u00a0!<\/p>\n<p>Indulgent et politique, g\u00e9n\u00e9reux et sachant pardonner, m\u00ealant l\u2019humour \u00e0 la bonhomie, mais autoritaire, versatile et capable des pires coups de t\u00eate, il a \u2013 dirait-on aujourd\u2019hui \u2013 un \u00e9vident charisme. Aisance personnelle d\u00e9concertante, panache militaire \u00e9clatant, prise directe sur les hommes, telles seront les cl\u00e9s de la r\u00e9ussite du nouveau roi.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9ment discut\u00e9 de son vivant, adul\u00e9 des B\u00e9arnais de Paris qu\u2019il couvre de ses faveurs, il devient l\u2019objet d\u2019un culte national, apr\u00e8s sa mort. L\u2019assassinat par Ravaillac y contribue. Si la popularit\u00e9 se mesure au ton et au nombre des chansons, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est le premier de nos rois. Il a aussi le sens du Verbe autant que de l\u2019Action, indispensable aux grands personnages.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis votre chef, mon royaume est mon corps, vous avez cet honneur d\u2019\u00eatre les membres, d\u2019ob\u00e9ir et d\u2019y apporter la chair, le sang, les os et tout ce qui en d\u00e9pend.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"579\" class=\"cit-num\">579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), au Parlement de Bordeaux.<em> Lettres et n\u00e9gociation de Paul Choart\u2026 et de Fran\u00e7ois d\u2019Aerssen\u2026, 1598-1599<\/em> (1846), Paul Choart de Buzanval, baron Fran\u00e7ois van Aerssen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s des rois faibles et \u00e0 travers la tourmente d\u2019une derni\u00e8re guerre de Religion qui occupera la moiti\u00e9 de son r\u00e8gne, il\u00a0incarne ce pouvoir royal qu\u2019il doit r\u00e9affirmer face \u00e0 bien des formes d\u2019opposition\u00a0: les Grands qui agissent encore en f\u00e9odaux, les assembl\u00e9es de notables indisciplin\u00e9s, les Parlements rebelles. Selon les circonstances, il use habilement de la menace ou de la bonhomie, de l\u2019autoritarisme ou de l\u2019ironie, pour neutraliser ces corps interm\u00e9diaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le preux Henry, le monarque fran\u00e7ois,<br>\u00c0 qui Mars a c\u00e9d\u00e9 tout l\u2019honneur de la guerre,<br>Rien n\u2019importe qu\u2019ici tu n\u2019entendes sa voix<br>Quand le bruit de ses faits remplit toute la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"609\" class=\"cit-num\">609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Quatrain sous une gravure d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1599). \u00ab\u00a0The Politics of Promiscuity\u00a0: Masculinity and Heroic Representation at the Court of Henry <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0\u00bb, Katherine B.\u00a0Crawford, <em>French Historical Studies<\/em> (printemps 2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un signe qui ne trompe pas\u00a0: le roi est souvent repr\u00e9sent\u00e9 comme un chevalier de la Renaissance, galopant, \u00e9p\u00e9e point\u00e9e sur l\u2019ennemi. On le voit aussi en <em>imperator<\/em> romain couronn\u00e9 de lauriers, quand ce n\u2019est pas en Hercule gaulois ou en Atlas portant la Terre. En attendant le Roi Soleil et Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand \u00e0 qui nul ne conteste ce surnom, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> m\u00e9rite d\u2019\u00eatre le Grand dans l\u2019Histoire de France.<\/p>\n<h4>Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es\u00a0: la Duchesse d\u2019Ordures, la Presque reine<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me passerais mieux de dix ma\u00eetresses comme vous, que d\u2019un serviteur comme lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"647\" class=\"cit-num\">647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), \u00e0 Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, 1599.<em> Dictionnaire historique, critique et bibliographique<\/em> (1822), Louis Ma\u00efeul Chaudon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa belle ma\u00eetresse vient de se plaindre de Sully qu\u2019elle appelle un \u00ab\u00a0valet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Maximilien de B\u00e9thune, baron de Rosny, duc de Sully (et bient\u00f4t premier au Conseil et pair de France), un de ses plus vieux compagnons de route, est d\u00e9j\u00e0 grand voyer de France (contr\u00f4lant toutes les voies de communication), superintendant des Fortifications et B\u00e2timents, grand ma\u00eetre de l\u2019artillerie, charg\u00e9 de l\u2019agriculture, surintendant des Finances. Il s\u2019acquitte de ses t\u00e2ches avec autant de loyaut\u00e9 que d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es est la plus aim\u00e9e des femmes pr\u00e9sentes. Bien que d\u00e9test\u00e9e du peuple, d\u2019o\u00f9 son surnom litt\u00e9ralement ordurier, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> projetait de l\u2019\u00e9pouser, apr\u00e8s annulation en cour de Rome de son mariage avec Marguerite de Valois\u00a0: c\u2019est donc aussi la Presque reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La racine de mon c\u0153ur est morte et ne rejettera [repoussera] plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"648\" class=\"cit-num\">648<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), inconsolable \u00e0 la mort de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, 1599. <em>Lettres in\u00e9dites d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de plusieurs personnages c\u00e9l\u00e8bres<\/em> (1802), pr\u00e9face de A.S\u00e9rieys<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Favorite d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, de ses 20\u00a0ans jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s, Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es (1573-1599)\u00a0souhaite tr\u00e8s t\u00f4t devenir reine de France en lieu et place de Marguerite de Valois. Elle donne de nombreux enfants \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, dont plusieurs sont l\u00e9gitim\u00e9s princes du royaume, tel C\u00e9sar, duc de Vend\u00f4me.<\/p>\n<p>Le pape ayant annul\u00e9 le mariage d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de la \u00ab\u00a0reine Margot\u00a0\u00bb, les noces avec la \u00ab\u00a0presque reine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0blonde, dor\u00e9e, d\u2019une taille admirable, d\u2019un teint d\u2019une blancheur \u00e9clatante\u00a0\u00bb (Mlle de Guise) sont pr\u00e9vues pour le 10\u00a0avril\u00a01599. Elle est alors enceinte de six mois. Dans la nuit du 9 au 10\u00a0avril, apr\u00e8s avoir bu une citronnade, prise de convulsions, elle meurt quelques heures plus tard. On soup\u00e7onne un empoisonnement, l\u2019apoplexie foudroyante restant l\u2019hypoth\u00e8se la plus probable.<\/p>\n<p>Certains affirment qu\u2019elle fut \u00e9trangl\u00e9e par le diable, tant son agonie est atroce et son apparence physique \u00e9pouvantable. Les t\u00e9moins racontent que son visage r\u00e9vuls\u00e9 noircit au point de la rendre totalement m\u00e9connaissable. On arr\u00eate le roi \u00e0 Villejuif, alors qu\u2019il accourt pour la voir de Fontainebleau o\u00f9 il s\u00e9journe, afin de lui \u00e9viter un spectacle si horrible.<\/p>\n<p>Au lendemain de sa mort, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Mon affliction est aussi incomparable que l\u2019\u00e9tait le sujet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m\u2019accompagneront jusqu\u2019au tombeau. La racine de mon c\u0153ur est morte et ne rejettera plus\u2026\u00a0\u00bb Elle a droit \u00e0 des fun\u00e9railles royales. <br>D\u2019autres femmes consoleront le roi. Mais pas sa seconde femme. Le mariage (par procuration, le 5\u00a0octobre 1600) avec Marie de M\u00e9dicis sera un second \u00e9chec conjugal \u2013 sans \u00eatre pour autant une r\u00e9ussite politique.<\/p>\n<h4>Marie de M\u00e9dicis\u00a0: la Grosse banqui\u00e8re<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous faites tout ce que je veux\u00a0; c\u2019est le vrai moyen de me gouverner\u00a0: aussi ne veux-je jamais \u00eatre gouvern\u00e9 que de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"652\" class=\"cit-num\">652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, 27\u00a0janvier 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e9crivain<\/em> (1855), Eug\u00e8ne Yung<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis (1575-1642), sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9e, lui fait le fils qui devait lui succ\u00e9der\u00a0: le dauphin Louis na\u00eet \u00e0 Fontainebleau le 27\u00a0septembre 1601. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019h\u00e9ritera pas de la sant\u00e9 du p\u00e8re. Mais la joie du roi et du royaume est grande\u00a0: on attendait un h\u00e9ritier depuis quarante ans\u00a0!<\/p>\n<p>Henriette d\u2019Entragues se f\u00e2che et traite Marie de \u00ab\u00a0grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 fine allusion \u00e0 la dot de la reine, 600\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or, la plus grosse dot de l\u2019Histoire. Elle va comploter contre le roi, d\u00e9j\u00e0 au lit d\u2019autres femmes. Car la reine lui donne peu de plaisir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne trouve ni agr\u00e9able compagnie, ni r\u00e9jouissance, ni satisfaction chez ma femme [\u2026] faisant une mine si froide et si d\u00e9daigneuse lorsqu\u2019arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de d\u00e9pit de la quitter l\u00e0 et de m\u2019en aller chercher quelque r\u00e9cr\u00e9ation ailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"653\" class=\"cit-num\">653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Sully. <em>Lettres intimes de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1876), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis n\u2019a pas le temp\u00e9rament de la reine Margot, sa premi\u00e8re femme\u00a0! Ce mariage florentin fut un sacrifice \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat \u2013 les rois ne se marient pas par amour, pour cela, ils ont les ma\u00eetresses. La belle-famille est tr\u00e8s riche et tr\u00e8s catholique\u00a0: deux raisons qui auraient d\u00fb faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n\u2019en fut rien.<\/p>\n<p>Marie de M\u00e9dicis laisse un mauvais souvenir, dans l\u2019Histoire. \u00c0 l\u2019inverse de Catherine de M\u00e9dicis dont elle n\u2019est qu\u2019une tr\u00e8s lointaine cousine, ce fut une \u00e9pouse, une reine, une m\u00e8re, une r\u00e9gente d\u00e9testable et d\u00e9test\u00e9e, perp\u00e9tuelle intrigante au si\u00e8cle de tous les complots. L\u2019ex-reine parcourt l\u2019Europe et finit dans le ridicule\u2026 et dans le d\u00e9nuement. Exil\u00e9e, r\u00e9fugi\u00e9e dans une maison pr\u00eat\u00e9e par son ami Rubens \u00e0 Cologne, la Grosse banqui\u00e8re meurt ruin\u00e9e (mais toujours grosse d\u2019apr\u00e8s son dernier portrait) quelques mois avant son fils et Richelieu qui pein\u00e8rent \u00e0 se d\u00e9barrasser d\u2019elle.<\/p>\n<p>\u00c0 son cr\u00e9dit pourtant, une politique de m\u00e9c\u00e9nat artistique h\u00e9rit\u00e9e des M\u00e9dicis \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 de Rubens, peintre f\u00e9cond et diplomate actif en Europe.<\/p>\n<h4>Fran\u00e7ois de la Noue\u00a0: Bras de Fer, Bayard protestant<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un grand homme de guerre et encore plus un grand homme de bien. On ne peut assez regretter qu\u2019un petit ch\u00e2teau ait fait p\u00e9rir un capitaine qui valait mieux que toute une province.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"619\" class=\"cit-num\">619<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), ao\u00fbt\u00a01591.<em> Mus\u00e9e des protestants c\u00e9l\u00e8bres<\/em> (1824), Guillaume Tell Doin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi vient d\u2019apprendre la mort de Fran\u00e7ois de La Noue (1531-1591), capitaine huguenot, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front, alors qu\u2019il levait la visi\u00e8re de son heaume, au si\u00e8ge de Lamballe (C\u00f4te du-Nord), le 4\u00a0ao\u00fbt 1591.<\/p>\n<p>Son courage lui a valu le double surnom de Bayard protestant (souvenir du \u00ab\u00a0chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb) et de Bras de fer (bless\u00e9 en pleine guerre de Religion, amput\u00e9, appareill\u00e9, il continua de se battre jusqu\u2019\u00e0 ses 60\u00a0ans). Mais sa tol\u00e9rance, son sens de l\u2019honneur \u00e9taient tout aussi dignes d\u2019estime, aux yeux du bon roi.<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: le Juste<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je dois la justice \u00e0 mes sujets, et en cet endroit je dois pr\u00e9f\u00e9rer la justice \u00e0 la mis\u00e9ricorde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"694\" class=\"cit-num\">694<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), \u00e0 la femme du baron de Gu\u00e9madeuc, cit\u00e9 dans Le Mercure fran\u00e7ais. <em>Histoire du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, roi de France, et des principaux \u00e9v\u00e8nemens arrivez pendant ce r\u00e8gne dans tous les pa\u00efs du monde<\/em> (1716), Jacques Le Cointe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9fiant l\u2019\u00e9dit royal, Gu\u00e9madeuc a tu\u00e9 en duel le baron de Nevet. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le fait compara\u00eetre devant un tribunal qui le condamne \u00e0 mort. Il refuse la gr\u00e2ce \u00e0 sa femme. Il est d\u00e9capit\u00e9 en 1627.<\/p>\n<p>Le 22\u00a0juin de la m\u00eame ann\u00e9e, Montmorency-Boutteville et Des Chapelles bravent \u00e0 leur tour l\u2019\u00e9dit en plein Paris, leur sort est identique. Richelieu ne veut pas que le courage de la noblesse se perde en des jeux f\u00e9odaux, futiles et meurtriers\u00a0: le service de l\u2019\u00c9tat et du roi les requiert pour d\u2019autres devoirs. Et Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> adopte la politique de son Principal ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Appauvri d\u2019\u00e2me et de sang, le fils [d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>] tra\u00eena, b\u00e2illa sa vie\u00a0; et le plus grand service qu\u2019il ait rendu \u00e0 la France est d\u2019avoir maintenu Richelieu au pouvoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"679\" class=\"cit-num\">679<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLAZE<\/span> de <span class=\"caps\">BURY<\/span> (1813-1888), <em>Revue des deux mondes<\/em> (15\u00a0ao\u00fbt 1876)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comprenant les vertus politiques de Richelieu, le roi le soutiendra envers et contre tout et tous, y compris Marie de M\u00e9dicis devenue sa plus tenace ennemie. L\u2019ardente amiti\u00e9 du jeune roi devient confiance totale, estime immense.<\/p>\n<p>\u00c0 deux, un roi absolu et un ministre fid\u00e8le qui agit en son nom et en accord avec lui, ils inventent une forme de gouvernement\u00a0: le minist\u00e9riat. Ce qui implique que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste n\u2019est pas le roi fantoche parfois d\u00e9peint. Mais il fait partie de la longue liste de \u00ab\u00a0ces malades qui nous gouvernent\u00a0\u00bb. La tuberculose dont il mourra l\u2019\u00e9puise presque tout au long de sa vie.<\/p>\n<h4>Richelieu\u00a0: le Sphinx \u00e0 robe rouge, le Cul pourri<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand une fois j\u2019ai pris ma r\u00e9solution, je vais droit \u00e0 mon but, je renverse tout, je fauche tout, et ensuite je couvre tout de ma robe rouge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"684\" class=\"cit-num\">684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Histoire du minist\u00e8re du cardinal de Richelieu<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span> (1816), Antoine Jay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Michelet fait un saisissant portrait du \u00ab\u00a0Sphinx \u00e0 robe rouge\u00a0\u00bb\u00a0dans un style digne de Saint-Simon un si\u00e8cle plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Que de contrastes en lui\u00a0! Si dur, si souple, si entier, si bris\u00e9\u00a0! Par combien de tortures doit-il avoir \u00e9t\u00e9 p\u00e9tri, form\u00e9 et d\u00e9form\u00e9, disons mieux, d\u00e9sarticul\u00e9, pour \u00eatre devenu cette chose \u00e9minemment artificielle qui marche sans marcher, qui avance sans qu\u2019il y paraisse et sans faire de bruit, comme glissant sur un tapis sourd, puis, arriv\u00e9, renverse tout. Il vous regarde du fond de son myst\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Myst\u00e8re en vertu de quoi l\u2019\u00ab\u00a0homme rouge\u00a0\u00bb est tr\u00e8s diversement jug\u00e9 par les contemporains comme par les historiens. Son <em>Testament politique<\/em> nous donne quelques pistes, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas enti\u00e8rement \u00e9crit de sa main.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle trag\u00e9die plus sombre que sa personne m\u00eame\u00a0! Aupr\u00e8s Macbeth est gai [\u2026] Le plus souvent il ravalait le fiel et la fureur, couvrait tout de respect, de d\u00e9cence eccl\u00e9siastique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"688\" class=\"cit-num\">688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sens et le go\u00fbt du secret reviennent souvent dans les lettres sign\u00e9es Richelieu. Il adore le th\u00e9\u00e2tre et se pique d\u2019\u00e9crire.\u00a0 Dans une trag\u00e9die qui lui est attribu\u00e9e \u2013 <em>Mirame<\/em> \u2013 se trouve cet alexandrin\u00a0: \u00ab\u00a0Savoir dissimuler est le savoir des rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Richelieu avait foudroy\u00e9 plut\u00f4t que gouvern\u00e9 les humains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"690\" class=\"cit-num\">690<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talentueux m\u00e9morialiste, mais pi\u00e8tre politicien, Paul de Gondi, cardinal de Retz, s\u2019opposera surtout \u00e0 Mazarin. Il se vante pourtant d\u2019avoir voulu assassiner Richelieu.<\/p>\n<p>L\u2019originalit\u00e9 du personnage n\u2019est pas dans l\u2019adh\u00e9sion au principe de la monarchie absolue \u2013 tous les l\u00e9gistes du temps sont d\u2019accord sur cette question. Mais pour rendre aussi absolue que possible dans les faits cette monarchie dont il est le ministre (\u00e9tymologiquement, le serviteur), Richelieu s\u2019est battu comme nul autre, il a oblig\u00e9 tout un peuple \u00ab\u00a0l\u00e9ger\u00a0\u00bb, frondeur, rebelle \u00e0 ob\u00e9ir au roi, il a \u00e9cras\u00e9 les r\u00e9sistances, \u00e9limin\u00e9 les adversaires, brav\u00e9 l\u2019impopularit\u00e9.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> lui doit son r\u00e8gne et il pr\u00e9pare la France de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Il acheva ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> avait commenc\u00e9. Il rendit le pouvoir absolu\u00a0\u00bb, selon l\u2019historien Buchez. De Gaulle l\u2019admira sans r\u00e9serve, mais son impopularit\u00e9 fut presque aussi grande que celle de son successeur, Mazarin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces animaux sont \u00e9tranges. On croit quelquefois qu\u2019ils ne sont pas capables d\u2019un grand mal, parce qu\u2019ils ne le sont d\u2019aucun bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"717\" class=\"cit-num\">717<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Richelieu tel qu\u2019en lui-m\u00eame<\/em> (1997), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cardinal, onctueusement misogyne, fait allusion aux trahisons d\u2019Anne d\u2019Autriche et de la duchesse de Chevreuse.<\/p>\n<p>La femme de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, alli\u00e9e \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, chercha \u00e0 obtenir du roi la disgr\u00e2ce du principal ministre jusqu\u2019\u00e0 la fameuse journ\u00e9e des Dupes (10\u00a0novembre\u00a01630). Elle est aussi accus\u00e9e de correspondance secr\u00e8te avec son fr\u00e8re, Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne en guerre \u00ab\u00a0couverte\u00a0\u00bb et bient\u00f4t \u00ab\u00a0ouverte\u00a0\u00bb avec la France, dans le cadre de la guerre de Trente Ans.<\/p>\n<p>Marie de Rohan-Montbazon, ancienne \u00e9pouse de Luynes (premier favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>), puis du duc de Chevreuse, fut\u00a0 surintendante de la maison de la Reine. Sa vie est un roman o\u00f9 les intrigues politiques se m\u00ealent sans fin aux aventures galantes.<\/p>\n<p>Ces deux femmes qui d\u00e9testent Richelieu le surnomment Cul pourri \u2013 <em>Essai sur les m\u0153urs et l\u2019esprit des nations<\/em> (1756) sign\u00e9 Voltaire, historien bien inform\u00e9. Il fut s\u00fbrement insult\u00e9 des pires mani\u00e8res par toutes celles et ceux qui d\u00e9siraient sa mort, au fil des complots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle mal ou bien du fameux cardinal<br>Ma prose ni mes vers n\u2019en diront jamais rien\u00a0:<br>Il m\u2019a fait trop de bien pour en dire du mal,<br>Il m\u2019a fait trop de mal pour en dire du bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"737\" class=\"cit-num\">737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, apr\u00e8s le triomphe de ses trois r\u00e9centes trag\u00e9dies (<em>Horace, Cinna, Polyeucte<\/em>), il compose ce quatrain \u00e0 l\u2019occasion de la mort du cardinal de Richelieu (1642). Il se rappelle la protection dont il b\u00e9n\u00e9ficia, alors qu\u2019il \u00e9tait totalement inconnu et que le cardinal fit ouvrir un second th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris (Le Marais, rival de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne) pour jouer ses premi\u00e8res pi\u00e8ces. Mais il ne peut oublier la m\u00e9chante cabale mont\u00e9e contre lui par le cardinal et la \u00ab\u00a0querelle du <em>Cid\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb qui s\u2019ensuivit, en 1637.<\/p>\n<p>Le m\u00e9c\u00e9nat artistique, devenu v\u00e9ritable politique culturelle avant le si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, va encourager les cr\u00e9ateurs dans tous les domaines\u00a0: lettres, th\u00e9\u00e2tre, musique, peinture, architecture. L\u2019art classique nait \u00e0 cette \u00e9poque, contribuant au rayonnement de la France en Europe.<\/p>\n<h4>Henri Co\u00ebffier de Ruz\u00e9 d\u2019Effiat, marquis de Cinq-Mars\u00a0: Cinq Mars, Monsieur le Grand<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant plus on t\u00e9moigne l\u2019aimer et le flatter, tant plus il se hausse et s\u2019emporte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"729\" class=\"cit-num\">729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643). <em>Cinq-Mars ou la passion et la fatalit\u00e9<\/em> (1962), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi parle \u00e0 Richelieu de son favori. Cinq-Mars va conspirer contre Richelieu, avec son ami et complice le magistrat de Thou, le duc de Bouillon et l\u2019in\u00e9vitable fr\u00e8re du roi, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans qui a cherch\u00e9 alliance aupr\u00e8s des Espagnols. L\u2019affaire Cinq-Mars, dernier complot du r\u00e8gne, attriste les derniers mois du cardinal, litt\u00e9ralement \u00e9puis\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che et\u00a0 rong\u00e9 par un ulc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me rends, parce que je veux mourir, mais je ne suis pas vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"730\" class=\"cit-num\">730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CINQ<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MARS<\/span> (1620-1642). <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le h\u00e9ros revu, corrig\u00e9, id\u00e9alis\u00e9, immortalis\u00e9 par Alfred de Vigny dans son roman historique, <em>Cinq-Mars, ou une conjuration sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1826), inspir\u00e9 de Walter Scott.<\/p>\n<p>Le comte de Vigny, jeune officier et po\u00e8te romantique, en fait le symbole de la noblesse humili\u00e9e par la monarchie absolue\u00a0: grand \u00e9cuyer, favori de la Reine, passionn\u00e9ment attach\u00e9 aux pr\u00e9rogatives de sa caste, bravant les \u00e9dits de Richelieu (comme t\u00e9moin \u00e0 un duel interdit), il s\u2019appr\u00eate, avec la complicit\u00e9 des Espagnols et l\u2019appui de la reine Anne d\u2019Autriche, \u00e0 \u00e9carter le trop puissant cardinal qui a tout pouvoir sur un roi trop faible \u2013 cet argument a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9, dans la journ\u00e9e des Dupes.<\/p>\n<p>La conjuration est d\u00e9nonc\u00e9e. Le cardinal triomphe. \u00ab\u00a0Cinq-Mars sourit avec tristesse et sans amertume, parce qu\u2019il n\u2019appartenait d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 la terre. Ensuite, regardant Richelieu avec m\u00e9pris\u00a0\u00bb, il a cette phrase. La r\u00e9alit\u00e9 est quelque peu diff\u00e9rente du roman, mais pas moins dramatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien voir la grimace que Monsieur le Grand doit faire \u00e0 cette heure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"731\" class=\"cit-num\">731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), \u00e0 Paris, apprenant l\u2019ex\u00e9cution de son favori \u00e0 Lyon. <em>Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monsieur le Grand, c\u2019est donc Cinq-Mars. Il a 22\u00a0ans. Condamn\u00e9 \u00e0 mort, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9 \u00e0 Lyon, le 12\u00a0septembre 1642.<\/p>\n<p>C\u2019est Richelieu qui organisa la rencontre trois ans plus t\u00f4t, pour distraire un souverain fatigu\u00e9, malade. Le jeune homme est combl\u00e9 d\u2019honneurs, mais ce n\u2019est jamais assez. Il c\u00e8de alors \u00e0 la tentation du complot, avec le soutien de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne, toujours en guerre contre la France. En \u00e9change, les conjur\u00e9s lui promettent la restitution de toutes les villes conquises, et la victoire\u00a0! On projette aussi de s\u2019emparer du cardinal et m\u00eame de le tuer.<\/p>\n<p>Cinq-Mars recule au dernier moment \u2013 Richelieu \u00e9tant avec son capitaine des gardes. Mais une copie du trait\u00e9 f\u00e9lon l\u2019accuse. Richelieu en fait part \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et le roi ne peut pardonner une si grave tra\u00eetrise \u00e0 son favori.<\/p>\n<h4>Mazarin\u00a0: Rinzama, Nunzinicardo, le Bougeron, le Mascarin<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En tout cas, pour ma consolation, il me reste de savoir qu\u2019au galant homme tout pays est patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"724\" class=\"cit-num\">724<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), Lettre \u00e0 de Montagu, septembre\u00a01637, Londres. <em>Mazarin et ses amis<\/em> (1968), Georges Dethan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate au service du pape Urbain <span class=\"caps\">VIII<\/span>, il rencontre au cours d\u2019une mission en France Richelieu qui remarque <em>Rinzama<\/em> (anagramme de Mazarin) en1630. Nonce \u00e0 Paris en 1635-1636, il est de nouveau appr\u00e9ci\u00e9 de Richelieu qui l\u2019appelle <em>Nunzinicardo<\/em> (cher petit nonce) et le fait nommer cardinal, alors qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 pr\u00eatre.<\/p>\n<p>Devenu son principal collaborateur, il prend la place du p\u00e8re Joseph \u00e0 sa mort, en 1638. Et celle de Richelieu quand il mourra en 1642, entrant au Conseil du roi, le 5\u00a0d\u00e9cembre. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> l\u2019appr\u00e9ciera bient\u00f4t \u00e0 sa juste valeur.<\/p>\n<p>Mazarin sera pourtant l\u2019un des personnages les plus d\u00e9test\u00e9s de l\u2019histoire et les plus brocard\u00e9s par le peuple qui ne manque pas d\u2019esprit. Les mazarinades, comme toutes les chansons, donnent le pouls de l\u2019opinion publique \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la presse est purement officielle et la censure vigilante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mazarin, ce bougeron <br>Dit qu\u2019il n\u2019aime pas les cons <br>C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat <br>C\u2019est un bougre ingrat\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter et les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot. L\u2019attaque vise aussi la reine r\u00e9gente, Anne d\u2019Autriche (m\u00e8re du petit Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>)\u00a0soup\u00e7onn\u00e9e de relations avec Mazarin (lui-m\u00eame soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019homosexualit\u00e9)\u00a0: \u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler \/ Notre pute de Reine\u00a0!\u00a0\/ \u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un vent de Fronde <br>S\u2019est lev\u00e9 ce matin<br>Je crois qu\u2019il gronde <br>Contre le Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"744\" class=\"cit-num\">744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fronde est une guerre civile qui va durer cinq ans. Tout-puissant ministre, le Mazarin devient l\u2019homme d\u2019\u00c9tat le plus durement chansonn\u00e9 de l\u2019histoire de France, Paul Scarron \u00e9tant l\u2019un des rares auteurs osant signer ses mazarinades. Celle-ci, selon d\u2019autres sources, est parfois attribu\u00e9e \u00e0 Barillon l\u2019a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>Le coup de force du Parlement de Paris, exploitant la crise financi\u00e8re et le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral, a mis le feu aux poudres. Les causes du mouvement sont profondes, \u00e0 la fois politiques, \u00e9conomiques, sociales. Sous la r\u00e9gence d\u2019Anne d\u2019Autriche et sur fond de guerre \u00e9trang\u00e8re avec l\u2019Espagne, la France fragilis\u00e9e, Paris en t\u00eate, se d\u00e9cha\u00eene dans un tourbillon r\u00e9volutionnaire o\u00f9 les parlements, le peuple et les Grands se relaient.<\/p>\n<p>La cible num\u00e9ro un est pourtant le cardinal au pouvoir, l\u2019amant (suppos\u00e9) de la Reine, l\u2019Italien n\u00e9 Mazarini (naturalis\u00e9), le parvenu (enrichi), l\u2019homme \u00e0 abattre\u00a0: Mazarin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Avec un certain courage et une habilet\u00e9\u00a0 remarquable, le ministre bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vous dois tout, mais je m\u2019acquitte envers Votre Majest\u00e9 en lui donnant Colbert.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"805\" class=\"cit-num\">805<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le 9\u00a0mars 1661. C\u2019est son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb politique.<em> Le Plutarque fran\u00e7ais, vie des hommes et femmes illustres de la France<\/em> (1837), \u00c9douard Mennechet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier ministre d\u2019Anne d\u2019Autriche, gard\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 sa majorit\u00e9, se donnant tout entier \u00e0 son m\u00e9tier de \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb, il a eu la totalit\u00e9 du pouvoir. Il a parall\u00e8lement collectionn\u00e9 les charges et acquis une immense fortune \u2013 impossible \u00e0 estimer, car il est difficile de donner la valeur des tableaux de ma\u00eetre sign\u00e9s Vinci, Titien, Rapha\u00ebl, Caravage, des sculptures, bijoux et m\u00e9dailles diss\u00e9min\u00e9s dans un grand nombre de palais, et des livres rares de la biblioth\u00e8que Mazarine. Sans doute la plus grande fortune priv\u00e9e de tout l\u2019Ancien R\u00e9gime. Disons au passage que Mazarin fut aussi un grand m\u00e9c\u00e8ne et qu\u2019au moment de mourir, il pense aux chefs-d\u2019\u0153uvre qu\u2019il ne verra plus\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut quitter tout cela\u00a0\u00bb, dit-il. L\u2019essentiel est l\u00e9gu\u00e9 au roi qui refuse \u00e9l\u00e9gamment, de sorte que Mazarin peut encore en disposer, selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s.<\/p>\n<p>Il recommande au roi le financier Jean-Baptiste Colbert qui g\u00e9rait avec succ\u00e8s sa fortune, depuis dix ans. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le gardera \u00e0 son service jusqu\u2019\u00e0 sa mort, durant plus de vingt ans. Il fera de m\u00eame avec la plupart des collaborateurs tout d\u00e9vou\u00e9s dont l\u2019habile Mazarin a su s\u2019entourer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-le-siecle-de-louis-xiv\/\">Lire la suite\u00a0: Les Surnoms \u2013 jeu de mots entre petite et grande Histoire (le Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les surnoms II. Renaissance et Guerres de Religion En un si\u00e8cle et demi, de la Renaissance au r\u00e8gne personnel de Louis XIV, la France se m\u00e9tamorphose avec une galerie de personnages toujours vivants dans la m\u00e9moire collective et bien typ\u00e9s par leurs surnoms. 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