{"id":9042,"date":"2021-07-12T00:00:00","date_gmt":"2021-07-11T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/liberte-egalite-fraternite-la-trilogie-republicaine-fin-de-la-revolution-et-et-chronique-napoleonienne\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:07","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:07","slug":"liberte-egalite-fraternite-la-trilogie-republicaine-fin-de-la-revolution-et-et-chronique-napoleonienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/liberte-egalite-fraternite-la-trilogie-republicaine-fin-de-la-revolution-et-et-chronique-napoleonienne\/","title":{"rendered":"Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 &#8211; la trilogie r\u00e9publicaine (Fin de la R\u00e9volution et et chronique napol\u00e9onienne)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4><span class=\"caps\">II<\/span>. Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 \u2013 la trilogie r\u00e9publicaine<br>Fin de la R\u00e9volution (Convention) et chronique napol\u00e9onienne (Directoire, Consulat, Empire).<\/h4>\n<p>Nouvelle p\u00e9riode \u00e9tonnamment riche en citations, le Verbe se m\u00ealant \u00e0 l\u2019Action en une course folle.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me assembl\u00e9e r\u00e9volutionnaire, la Convention prend acte du fait majeur qui met fin \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est abolie en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1439\" class=\"cit-num\">1439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1900), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fin de la monarchie mill\u00e9naire est vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des 749 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans cette nouvelle assembl\u00e9e, la disposition des d\u00e9put\u00e9s a une signification qui n\u2019est pas que formelle. Les Girondins prennent place \u00e0 droite et les Montagnards \u00e0 gauche \u2013 ils si\u00e9geaient sur les bancs les plus \u00e9lev\u00e9s (la Montagne) dans la pr\u00e9c\u00e9dente assembl\u00e9e. La Convention est majoritairement girondine jusqu\u2019au 2\u00a0juin 1793. Une extr\u00eame gauche minoritaire et une masse de centristes qui forment la Plaine (ou Marais) se rallieront \u00e0 la Montagne. <\/p>\n<p>La Convention va refl\u00e9ter l\u2019emballement des faits et des id\u00e9ologies jusqu\u2019\u00e0 la Terreur \u2013 o\u00f9 le droit au bonheur est paradoxalement invit\u00e9.<\/p>\n<p>Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9, ces trois valeurs r\u00e9publicaines continuent de faire la une dans une actualit\u00e9 de plus en plus violente. Mais elles sont instrumentalis\u00e9es, souvent d\u00e9tourn\u00e9es \u00e0 des fins politiques, au point de perdre leur valeur essentielle, m\u00e9lange de rationalit\u00e9 et d\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on, en arrivant sur la sc\u00e8ne du monde, vit que son r\u00f4le \u00e9tait d\u2019\u00eatre l\u2019ex\u00e9cuteur testamentaire de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1646\" class=\"cit-num\">1646<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873),<em> Id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nombre d\u2019historiens sont de cet avis. Son neveu (troisi\u00e8me fils de Louis Bonaparte, fr\u00e8re de l\u2019empereur) aura lui aussi un (lourd) h\u00e9ritage historique dont il fera plus ou moins bon usage sous le Second Empire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne, exceptionnelle \u00e0 plus d\u2019un titre, impose un recul des valeurs r\u00e9publicaines au nom de l\u2019ordre imp\u00e9rial. L\u2019opposition est pratiquement impossible, la libert\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019expression quasiment nulles en raison de la censure, l\u2019\u00e9ducation dirig\u00e9e \u00e0 sens unique, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes bafou\u00e9e par le Code civil r\u00e9solument misogyne (et par ailleurs remarquable).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><\/p>\n<h3>1. Fin de la R\u00e9volution (Convention)\u00a0: l\u2019emballement des faits et des id\u00e9ologies jusqu\u2019\u00e0 la Terreur.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est an\u00e9antie, la noblesse et le clerg\u00e9 ont disparu, le r\u00e8gne de l\u2019\u00e9galit\u00e9 commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1445\" class=\"cit-num\">1445<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), premier num\u00e9ro des <em>Lettres \u00e0 ses commettants, \u00e0 tous les Fran\u00e7ais<\/em>, 30\u00a0septembre 1792. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1922), Albert Mathiez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la Libert\u00e9, l\u2019\u00c9galit\u00e9 va faire la une de l\u2019activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire, en mots et en actes de plus en plus violents.<\/p>\n<p>Avocat peu \u00e9loquent \u00e0 ses d\u00e9buts (surnomm\u00e9 la Chandelle d\u2019Arras par opposition \u00e0 Mirabeau, la Torche de Provence), d\u00e9put\u00e9 discret sous la Constituante, absent de la L\u00e9gislative, Maximilien (de) Robespierre se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la Convention en nouveau meneur de la R\u00e9volution. Il n\u2019improvise jamais, contrairement \u00e0 Danton\u00a0: il lit, ses discours sont parfois interminables, emphatiques et rh\u00e9toriques, m\u00eame si l\u2019on y trouve toujours mati\u00e8re \u00e0 citation.<\/p>\n<p>Robespierre et les Montagnards se d\u00e9clarent partisans de mesures sociales que l\u2019on pourrait qualifier de socialistes, voire communistes avant la lettre\u00a0: si l\u2019\u00e9galit\u00e9 l\u2019emporte sur la libert\u00e9, on ne parle pas encore de fraternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tous les hommes seront libres, ils seront \u00e9gaux\u00a0; quand ils seront \u00e9gaux, ils seront justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1277\" class=\"cit-num\">1277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794)<em>, L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em> (1791)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mouvement r\u00e9volutionnaire est d\u00e9crit comme un cercle id\u00e9alement vertueux, entra\u00eenant une escalade de progr\u00e8s. Les faits d\u00e9mentent ce genre d\u2019optimisme \u2013 et pas seulement lors de notre R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0!<\/p>\n<p>Cet ouvrage fait de Saint-Just, 24\u00a0ans, l\u2019un des plus jeunes th\u00e9oriciens de la R\u00e9volution et le fr\u00e8re de Robespierre dont il va partager le destin \u00ab\u00a0\u00e0 la vie \u00e0 la mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Ciel qui me donna une \u00e2me passionn\u00e9e pour la libert\u00e9 m\u2019appelle peut-\u00eatre \u00e0 tracer de mon sang la route qui doit conduire mon pays au bonheur. J\u2019accepte avec transport cette douce et glorieuse destin\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1309\" class=\"cit-num\">1309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794).<em> R\u00e9ponse de M. Robespierre aux discours de <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0Brissot et Guadet du 23\u00a0avril\u00a01792, prononc\u00e9e \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de la Constitution le 27 du m\u00eame mois, et imprim\u00e9e par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9<\/em> (27\u00a0avril\u00a01792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui reste deux ans \u00e0 vivre\u00a0: deux ans pour \u00e9liminer les factions et les factieux et marquer la R\u00e9volution de son empreinte. Il met en avant la libert\u00e9 et le bonheur d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9 droit de l\u2019homme en France et aux \u00c9tats-Unis. Mais chacun peut avoir de ces deux mots une conception personnelle et celle de Robespierre se r\u00e9v\u00e8lera pour le moins particuli\u00e8re. Nombre de contemporains en t\u00e9moigneront, avant les historiens toujours divis\u00e9s sur la R\u00e9volution o\u00f9 le pire et le meilleur se c\u00f4toient.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les maximes actuelles ne tendent qu\u2019\u00e0 d\u00e9truire. Elles ont d\u00e9j\u00e0 ruin\u00e9 les riches, sans enrichir les pauvres\u00a0; et au lieu de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des biens, nous n\u2019avons encore que l\u2019\u00e9galit\u00e9 des mis\u00e8res et des maux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1446\" class=\"cit-num\">1446<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Journal politique national. Rivarol et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise pendant la R\u00e9volution et l\u2019\u00e9migration, \u00e9tudes et portraits<\/em> (1883), Mathurin de Lescure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un exil\u00e9 qui s\u2019exprime, au nom de nombreux \u00e9migr\u00e9s.<\/p>\n<p>Voltaire le saluait comme \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais par excellence\u00a0\u00bb et Burke (d\u00e9put\u00e9 irlandais et philosophe) en fait \u00ab\u00a0le Tacite de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Rivarol collabore au <em>Journal<\/em> et ses articles, publi\u00e9s sous forme de <em>M\u00e9moires<\/em>, sont une chronique pr\u00e9cieuse, tr\u00e8s intelligente et moins partisane que celle d\u2019autres opposants au nouveau r\u00e9gime \u2013 il critique d\u2019ailleurs l\u2019Ancien R\u00e9gime, la cour, les nobles. Plus pr\u00e8s de nous, Jean Cocteau reprendra la m\u00eame id\u00e9e dans son<em> Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1955)\u00a0: \u00ab\u00a0La France a toujours cru que l\u2019\u00e9galit\u00e9 consistait \u00e0 trancher ce qui d\u00e9passe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au sein m\u00eame de la Convention, les Girondins repr\u00e9sentant et surtout d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats de la grande bourgeoisie d\u2019affaires, s\u2019opposent eux aussi aux projets de r\u00e9forme \u00e9conomique et sociale des Montagnards. Mais tous les d\u00e9put\u00e9s, Montagnards comme Girondins, ont la m\u00eame origine bourgeoise, ais\u00e9e \u2013 il y a un seul d\u00e9put\u00e9 ouvrier et 15 cultivateurs \u00e0 la Convention.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Convention nationale d\u00e9clare au nom de la nation fran\u00e7aise qu\u2019elle accordera fraternit\u00e9 et secours \u00e0 tous les peuples qui voudront recouvrer leur libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1451\" class=\"cit-num\">1451<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 19\u00a0novembre\u00a01792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dans la logique du grand discours de Danton, en date du 28\u00a0septembre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons le droit de dire aux peuples\u00a0: vous n\u2019aurez plus de rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette promesse solennelle va pousser la France \u00e0 se lancer dans une suite de guerres que les historiens se demandent encore comment justifier\u00a0: annexion au nom de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles, cr\u00e9ation d\u2019un glacis de r\u00e9publiques s\u0153urs ou v\u00e9ritable croisade pour la libert\u00e9\u00a0?<br>Il faut se replacer en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1792\u00a0: les r\u00e9volutionnaires vivent dans la peur de l\u2019agression, ayant lanc\u00e9 un formidable d\u00e9fi \u00e0 l\u2019ordre ancien de l\u2019Europe. Quant aux peuples d\u00e9sireux de recouvrer leur libert\u00e9, nos r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais s\u2019illusionnent\u00a0: soci\u00e9t\u00e9s de paysans au degr\u00e9 d\u2019alphab\u00e9tisation tr\u00e8s bas, elles ne sont pas touch\u00e9es par des id\u00e9aux que les rois et les empereurs n\u2019ont nul int\u00e9r\u00eat \u00e0 diffuser. Reste la minorit\u00e9 de lettr\u00e9s et la force des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>D\u00e8s que la R\u00e9publique \u00ab\u00a0une et indivisible\u00a0\u00bb est proclam\u00e9e aux premiers jours de la Convention (21 et 25 septembre), la guerre de d\u00e9fense va se transformer en guerre d\u2019id\u00e9ologie et bient\u00f4t de conqu\u00eate, ce qui provoquera la riposte des rois et empereurs voisins coalis\u00e9s contre la France.<br>Avec le recul de l\u2019histoire, on peut dire que cette R\u00e9volution, forte de ses bonnes intentions, va inventer la \u00ab\u00a0guerre totale\u00a0\u00bb, visant la destruction compl\u00e8te de l\u2019ennemi avec recours \u00e0 la mobilisation en masse, entra\u00eenant le peuple dans une spirale infernale. Mais vu par Hugo, c\u2019est lyrique et magnifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution leur criait\u00a0: \u00ab\u00a0Volontaires,<br>Mourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb <br>Contents, ils disaient oui.<br>\u00ab\u00a0Allez, mes vieux soldats, mes g\u00e9n\u00e9raux imberbes\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Et l\u2019on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes<br>Sur le monde \u00e9bloui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1452\" class=\"cit-num\">1452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res\u00a0\u00bb\u00a0: Libert\u00e9 et fraternit\u00e9 se retrouvent ici associ\u00e9es. Le po\u00e8te oppose l\u2019arm\u00e9e nationale et sa gloire immortelle \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier (r\u00e9duite \u00e0 de basses besognes politiques, notamment lors du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 qu\u2019il a v\u00e9cu comme un drame).<\/p>\n<p>Michelet, plus pr\u00e9cis, n\u2019est pas moins lyrique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Six cent mille volontaires inscrits veulent marcher \u00e0 la fronti\u00e8re [\u2026] Ils restent tous marqu\u00e9s d\u2019un signe qui les met \u00e0 part dans l\u2019histoire\u00a0; ce signe, cette formule, ce mot n\u2019est autre que leur simple nom\u00a0: Volontaires de 92.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mal \u00e9quip\u00e9s, pas form\u00e9s, ces jeunes viennent de toute la France pour r\u00e9pondre aux appels passionn\u00e9s de la R\u00e9publique. 400\u00a0000 pour l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1792, 300\u00a0000 de plus en f\u00e9vrier\u00a01793. Mais le volontariat ne sera pas \u00e9ternellement suffisant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu pour principe qu\u2019un peuple qui s\u2019\u00e9lance vers la libert\u00e9 doit \u00eatre inexorable envers les conspirateurs\u00a0; qu\u2019en pareil cas, la faiblesse est cruelle, l\u2019indulgence est barbare.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1276\" class=\"cit-num\">1276<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Lettre, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (1840), Maximilien Robespierre, Albert Laponneraye, Armand Carrel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devenu l\u2019avocat du peuple, absolument sinc\u00e8re et le plus extr\u00eame de tous (en attendant d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 sur sa gauche par Marat et\u00a0H\u00e9bert), il parle ici au nom du salut public. Ainsi la R\u00e9volution aboutit-elle logiquement \u00e0 la Terreur. Mais la lutte contre les factions et les factieux n\u2019aura de fin qu\u2019avec la mort de Robespierre et ses amis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, si un monarque est parmi vous plus difficile \u00e0 punir qu\u2019un citoyen coupable\u00a0; si votre s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 est en raison inverse de la grandeur du crime et de la faiblesse de celui qui l\u2019a commis, vous \u00eates aussi loin de la libert\u00e9 que jamais\u00a0; vous avez l\u2019\u00e2me et les id\u00e9es des esclaves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1459\" class=\"cit-num\">1459<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Sur le parti \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 3\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (1840), Maximilien Robespierre, Albert Laponneraye, Armand Carrel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant la Convention \u00e9rig\u00e9e en tribunal de la nation, l\u2019avocat parle ici au nom de la libert\u00e9 fatalement bafou\u00e9e par le roi, d\u2019o\u00f9 sa fameuse sentence prononc\u00e9e avant m\u00eame le d\u00e9but du proc\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Louis doit mourir pour que la patrie vive.<\/p>\n<p>Il fallut d\u2019interminables discussions juridiques pour que, malgr\u00e9 l\u2019inviolabilit\u00e9 constitutionnelle du roi et les r\u00e9ticences des Girondins, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> soit d\u00e9clar\u00e9 jugeable, ce 3\u00a0d\u00e9cembre. Le proc\u00e8s commence une semaine plus tard. C\u2019est une victoire des Montagnards, Robespierre en t\u00eate. Il va avoir l\u2019occasion de d\u00e9velopper sa rh\u00e9torique, dans un m\u00e9lange de passion et d\u2019abstraction. Ce discours reste l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres, forme et fond.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, le peuple fran\u00e7ais vous accuse d\u2019avoir commis une multitude de crimes pour \u00e9tablir la tyrannie en d\u00e9truisant la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1464\" class=\"cit-num\">1464<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Acte d\u2019accusation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 11\u00a0d\u00e9cembre 1792.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chefs d\u2019accusation les plus graves\u00a0: haute trahison, double jeu politique avec les assembl\u00e9es, complot avec l\u2019ennemi autrichien, tentative de fuite \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Varennes), responsabilit\u00e9 des morts aux journ\u00e9es d\u2019octobre (1789) et \u00e0 la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791).<\/p>\n<p>Le lendemain, la Convention accorde trois d\u00e9fenseurs au roi. Mais il n\u2019y aura aucun t\u00e9moin, ni \u00e0 charge ni \u00e0 d\u00e9charge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arbre de la libert\u00e9 ne saurait cro\u00eetre s\u2019il n\u2019\u00e9tait arros\u00e9 du sang des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1475\" class=\"cit-num\">1475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), \u00e0 la tribune, 20\u00a0janvier\u00a01793.<em> M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours la m\u00eame id\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime qui pr\u00e9vaut en France depuis le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la Convention, dans l\u2019effervescence g\u00e9n\u00e9rale, justifie ainsi la condamnation \u00e0 mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> contre la partie la plus mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019assembl\u00e9e qui souhaitait att\u00e9nuer la peine. Lui-m\u00eame s\u2019est prononc\u00e9 pour la mort, sans appel au peuple, sans sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. On retrouvera Bar\u00e8re en juillet\u00a01793, membre du Comit\u00e9 de salut public et l\u2019un des organisateurs les plus z\u00e9l\u00e9s de la Terreur, surnomm\u00e9 l\u2019Anacr\u00e9on de la guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ons plus de roi dans la France [\u2026]<br>\u00c0 pr\u00e9sent tout ira bien<br>\u00c0 Paris comme \u00e0 la guerre.<br>Je n\u2019craindrons plus le venin<br>Qui g\u00e2tait toute c\u2019t\u2019affaire,<br>J\u2019aurons vraiment la libert\u00e9<br>En soutenant l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1485\" class=\"cit-num\">1485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Citoyenne Veuve <span class=\"caps\">FERRAND<\/span> (fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle),<em> Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> (d\u00e9but 1793), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque \u00e9v\u00e9nement historique est ponctu\u00e9 de paroles et musique. Cette <em>Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> est assur\u00e9ment une \u00ab\u00a0chanson de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0qui f\u00eate la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0: tout ira bien apr\u00e8s la mort du roi. Au-del\u00e0 de cette joie, le choc est immense pour la France majoritairement royaliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la France soit libre et que mon nom soit fl\u00e9tri\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1491\" class=\"cit-num\">1491<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 10\u00a0mars 1793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le conventionnel \u00e0 la tribune est exc\u00e9d\u00e9 par les contradicteurs et les soup\u00e7ons. \u00c0 l\u2019inverse de Robespierre, la vertu n\u2019est pas plus dans ses m\u0153urs que dans ses mots et d\u00e8s la fin de 1792, Danton est soup\u00e7onn\u00e9 pour diverses raisons.<\/p>\n<p>Les Girondins l\u2019accusent de concussion. L\u2019homme est trop riche pour \u00eatre honn\u00eate et incapable de montrer les comptes des fonds secrets, alors qu\u2019il est ministre de la Justice et que Roland, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, les lui r\u00e9clame avec insistance. Certains d\u00e9put\u00e9s montagnards, notamment<\/p>\n<p>Robespierre, lui reprochent de couvrir les man\u0153uvres de Dumouriez en Belgique. Envoy\u00e9 en mission, Danton ne le d\u00e9non\u00e7a que lorsque la trahison fut connue et manifeste \u2013 le g\u00e9n\u00e9ral avait livr\u00e9 aux Autrichiens les commissaires envoy\u00e9s par la Convention pour enqu\u00eater sur sa conduite.<br>Danton a aussi des probl\u00e8mes familiaux, une certaine lassitude de la politique, peut-\u00eatre une envie d\u2019\u00eatre heureux ailleurs et autrement, ce que ne peuvent concevoir les r\u00e9volutionnaires totalement engag\u00e9s dans l\u2019action.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a cherch\u00e9 \u00e0 consommer la R\u00e9volution par la terreur\u00a0; j\u2019aurais voulu la consommer par l\u2019amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1493\" class=\"cit-num\">1493<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Convention, 10\u00a0avril 1793. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1902), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amour est synonyme de fraternit\u00e9 dans la bouche de cet avocat girondin, grand orateur apr\u00e8s Mirabeau et Danton.<\/p>\n<p>La Terreur n\u2019est pas encore mise par d\u00e9cret \u00e0 l\u2019ordre du jour, mais les Girondins la voient venir\u00a0: le Tribunal r\u00e9volutionnaire, juridiction d\u2019exception, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 le 28\u00a0mars pour juger les tra\u00eetres et les gens suppos\u00e9s tels et le Comit\u00e9 de salut public cr\u00e9\u00e9 le 6\u00a0avril pour surveiller l\u2019ex\u00e9cutif. Voici les deux outils forg\u00e9s pour la dictature jacobine.<\/p>\n<p>D\u00e9non\u00e7ant \u00ab\u00a0cette inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise\u00a0\u00bb, Vergniaud lui oppose son r\u00eave de fraternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est par la violence que doit s\u2019\u00e9tablir la libert\u00e9, et le moment est venu d\u2019organiser momentan\u00e9ment le despotisme de la libert\u00e9 pour \u00e9craser le despotisme des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1495\" class=\"cit-num\">1495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793),<em> L\u2019Ami du peuple<\/em>, 13\u00a0avril 1793.<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Claude Manceron, Anne Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot de libert\u00e9 n\u2019a d\u00e9cid\u00e9ment plus le m\u00eame sens lib\u00e9rateur qu\u2019au d\u00e9but de la R\u00e9volution\u00a0! Il renvoie \u00e0 la Terreur pas encore d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e, mais d\u00e9j\u00e0 en vigueur.<\/p>\n<p>Dans son journal presque quotidien et tr\u00e8s populaire,<em> l\u2019Ami du peuple<\/em>, Marat justifie le Tribunal r\u00e9volutionnaire qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 rendre plus exp\u00e9ditif pour s\u2019opposer \u00e0 la contre-r\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9nonce au sein m\u00eame de la Convention nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Levons-nous, oui, levons-nous tous\u00a0! Mettons en \u00e9tat d\u2019arrestation tous les ennemis de notre R\u00e9volution et toutes les personnes suspectes. Exterminons sans piti\u00e9 tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas \u00eatre extermin\u00e9s nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus encore que la rh\u00e9torique et la rigueur d\u2019un Robespierre, ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9crit, dans son roman <em>Quatre-vingt-treize<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb Trop, c\u2019est trop\u00a0! Et l\u2019accusateur se retrouve bient\u00f4t accus\u00e9 devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, arguant de la libert\u00e9 pour se d\u00e9fendre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, ce n\u2019est pas un coupable qui para\u00eet devant vous\u00a0: c\u2019est l\u2019ap\u00f4tre et le martyr de la libert\u00e9\u00a0! Ce n\u2019est qu\u2019un groupe de factieux et d\u2019intrigants qui a port\u00e9 un d\u00e9cret d\u2019accusation contre moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1498\" class=\"cit-num\">1498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793) au Tribunal r\u00e9volutionnaire, 24\u00a0avril 1793. <em>Histoire de la Terreur, 1792-1794, d\u2019apr\u00e8s des documents authentiques et in\u00e9dits<\/em> (1868), Mortimer Ternaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9apparu le 23\u00a0avril quand les sections parisiennes manifestaient pour l\u2019Ami du peuple, Marat a pr\u00e9par\u00e9 sa d\u00e9fense. Il se pose en victime devant ses juges. Au terme d\u2019une parodie de justice, devant un jury acquis d\u2019avance, il retourne la situation \u2013 \u00ab\u00a0factieux\u00a0\u00bb est l\u2019injure parlementaire la plus redoutable, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Marat est acquitt\u00e9 par un ex-procureur au Ch\u00e2telet, devenu accusateur public et bient\u00f4t c\u00e9l\u00e8bre, Fouquier-Tinville.<\/p>\n<p>Couronn\u00e9 de lauriers, port\u00e9 en triomphe, le d\u00e9put\u00e9 est ramen\u00e9 \u00e0 son banc de la Convention aux cris de \u00ab\u00a0Vive la libert\u00e9, vive Marat\u00a0!\u00a0\u00bb Le peuple des sans-culottes en a fait un homme intouchable. La Gironde accuse le coup. Marat, au club des Jacobins, se vante de leur avoir \u00ab\u00a0mis la corde au cou\u00a0\u00bb. Vergniaud va bient\u00f4t appeler au secours ses amis de Bordeaux, au nom de la fraternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais vote la libert\u00e9 du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1284\" class=\"cit-num\">1284<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, 24\u00a0avril\u00a01793. <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe principe, inscrit au chapitre \u00ab\u00a0Des relations ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1793. Que de guerres s\u2019ensuivront, dont la puret\u00e9 id\u00e9ologique est parfois discutable\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fr\u00e8res et Amis [\u2026] Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! [\u2026] Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent la guerre civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1501\" class=\"cit-num\">1501<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), appel au secours du 4\u00a0mai 1793. <em>Histoire de Bordeaux<\/em> (1839), Pierre Bernadau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vergniaud pressent le pire et demande soutien \u00e0 son d\u00e9partement au nom de la fraternit\u00e9 politique, \u00e9crivant au club des Amis de la Constitution de Bordeaux et usant de l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition)\u00a0: \u00ab\u00a0Paris, le 4\u00a0mai\u00a01793, sous le couteau. Fr\u00e8res et Amis, vous avez \u00e9t\u00e9 instruits de l\u2019horrible pers\u00e9cution exerc\u00e9e contre nous et vous nous avez abandonn\u00e9s\u00a0! Hommes de la Gironde, levez-vous\u00a0! La Convention n\u2019a \u00e9t\u00e9 faible que parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e, soutenez-la contre tous les furieux qui la menacent [\u2026] Hommes de la Gironde, il n\u2019y a pas un moment \u00e0 perdre\u00a0! Si vous d\u00e9veloppez une grande \u00e9nergie, vous forcerez \u00e0 la paix des hommes qui provoquent \u00e0 la guerre civile [\u2026] La proscription et l\u2019assassinat circulent autour de nous et l\u2019on s\u2019appr\u00eate pour aller \u00e0 la barre nationale demander nos t\u00eates. Quel est donc notre crime, citoyens\u00a0? C\u2019est d\u2019avoir fait entendre la voix de l\u2019humanit\u00e9 au milieu des horreurs [\u2026] c\u2019est d\u2019avoir voulu vous garantir de la tyrannie de Marat [\u2026] Nous ne craignons pas la mort, mais il est cruel, alors qu\u2019on se sacrifie, de ne pas emporter au tombeau la certitude qu\u2019on laisse au moins quelques regrets \u00e0 ceux pour lesquels on s\u2019immole.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ses Fr\u00e8res et Amis de Bordeaux vont envoyer des p\u00e9titionnaires \u00e0 Paris pour faire comprendre \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e que la r\u00e9gion ne supportera pas longtemps que ses d\u00e9put\u00e9s soient pers\u00e9cut\u00e9s, que si la Convention ne condamne pas les d\u00e9magogues, elle l\u00e8vera une arm\u00e9e pour la combattre. Ces menaces vagues ne servent \u00e0 rien\u00a0: le temps de voir arriver ces secours, les d\u00e9put\u00e9s Girondins seront d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la merci des \u00e9meutiers parisiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pouvoir qui appartient \u00e0 l\u2019homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d\u2019autrui\u00a0; elle a pour principe la nature, pour r\u00e8gle la justice, pour sauvegarde la loi\u00a0; sa limite morale est dans cette maxime\u00a0: Ne fais pas \u00e0 autrui ce que tu ne veux pas qu\u2019il te soit fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution du 24\u00a0juin 1793, article\u00a06.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec cette d\u00e9finition de la libert\u00e9, la nouvelle Constitution reprend\u00a0la <em>D\u00e9claration des Droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> de 1789\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0: ainsi, l\u2019exercice des droits naturels de chaque homme n\u2019a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la soci\u00e9t\u00e9 la jouissance de ces m\u00eames droits. Ces bornes ne peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es que par la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0Constitution de l\u2019an I\u00a0\u00bb n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e du fait de la \u00ab\u00a0Terreur d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0\u00bb le 5 septembre,\u00a0 qui instaure un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire. Constitution m\u00e9morable \u00e0 divers titres\u00a0: approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum au suffrage universel, tr\u00e8s d\u00e9mocratique et d\u00e9centralisatrice, proclamant de nouveaux droits \u00e9conomiques et sociaux (dont l\u2019instruction), consacrant la souverainet\u00e9 populaire, le recours au r\u00e9f\u00e9rendum\u2026 et le droit \u00e0 l\u2019insurrection, consid\u00e9r\u00e9 comme un devoir.<\/p>\n<p>Cet article \u00e9tait inapplicable\u00a0: \u00ab\u00a0Le droit \u00e0 l\u2019insurrection, incontestable en th\u00e9orie, est en fait d\u00e9pourvu d\u2019efficacit\u00e9. La loi constitutionnelle d\u2019un pays ne peut le reconna\u00eetre sans jeter dans ce pays un ferment d\u2019anarchie. C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Boissy d\u2019Anglas que la Constitution de 1793 avait organis\u00e9 l\u2019anarchie\u00a0\u00bb (L\u00e9on Duguit, <em>Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1516\" class=\"cit-num\">1516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise sur les flammes des drapeaux. <em>Cahier noir<\/em> (1944), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette devise appara\u00eet fin juin\u00a01793, quand les arm\u00e9es de la R\u00e9publique font face \u00e0 la coalition des arm\u00e9es imp\u00e9riales et royales de l\u2019Europe. Un peu plus tard, elle sera grav\u00e9e sur les bagues des drapeaux et remplacera la trilogie pass\u00e9e de mode\u00a0: \u00ab\u00a0La Nation, le Roi, la Loi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle appara\u00eet aussi sur les murs de la capitale\u00a0: le maire de la commune de Paris, Jean-Nicolas Pache, fait peindre cette devise et en province, d\u2019autres villes suivent la capitale, mais l\u2019injonction sera abandonn\u00e9e progressivement avec la fin de la R\u00e9volution\u00a0: elle \u00e9voquait plus la Terreur que la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand une classe d\u2019hommes peut affamer l\u2019autre impun\u00e9ment\u00a0; l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand le riche exerce le droit de vie et de mort sur ses semblables.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1517\" class=\"cit-num\">1517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794),<em> Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em>, Convention, 25\u00a0juin 1793. <em>1789, l\u2019An un de la libert\u00e9\u00a0: \u00e9tudes historiques, textes originaux<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vicaire ultra-r\u00e9volutionnaire aux premi\u00e8res heures de 1789, le chef des Enrag\u00e9s n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni \u00e9lu \u00e0 la Convention ni nomm\u00e9 au Tribunal r\u00e9volutionnaire. Surnomm\u00e9 le Cur\u00e9 rouge, il m\u00e8ne son combat en marge du parlementarisme, cherchant \u00e0 dresser le pays r\u00e9el contre le pays l\u00e9gal. \u00ab\u00a0Les riches seuls ont profit\u00e9 depuis quatre ans des avantages de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb Il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u2019aristocratie marchande plus terrible que l\u2019aristocratie nobiliaire et sacerdotale\u00a0\u00bb. Favorable \u00e0 un vrai terrorisme \u00e9conomique, il demande la peine de mort contre les accapareurs.<\/p>\n<p>Son manifeste \u2013 dont le constat est en partie exact \u2013 soul\u00e8ve contre lui tous les d\u00e9put\u00e9s, m\u00eame son ami Marat qui le traite de \u00ab\u00a0patriote de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0! De plus en plus isol\u00e9, arr\u00eat\u00e9 en septembre, il se poignarde plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre jug\u00e9 par le Tribunal r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Abolissons l\u2019or et l\u2019argent, tra\u00eenons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la R\u00e9publique, et \u00e9tablir le culte des vertus aust\u00e8res de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1548\" class=\"cit-num\">1548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Avilissons l\u2019or et l\u2019argent\u2026\u00a0\u00bb En tout cas, il a bien retenu la le\u00e7on des nouveaux ma\u00eetres de la France, Robespierre et Saint-Just.<\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s actif contre le culte \u00e9tabli, Fouch\u00e9 vient de rafler d\u2019autorit\u00e9 les m\u00e9taux de la Ni\u00e8vre arrach\u00e9s aux \u00e9glises. Il \u00e9crit ces mots \u00e0 la Convention, affectant un superbe d\u00e9dain pour la richesse. La Convention recevra ces tr\u00e9sors le 7\u00a0novembre 1793. Le z\u00e8le des patriotes locaux impose un peu partout l\u2019\u00e9change des m\u00e9taux contre les assignats. Un emprunt forc\u00e9 du 3\u00a0septembre (sur les \u00ab\u00a0riches \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb) n\u2019a pas suffi \u00e0 assainir les finances d\u2019une R\u00e9volution \u00e0 qui la guerre co\u00fbte tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de la profession de foi de Fouch\u00e9 est plus que douteuse. Selon la rumeur, une partie des tr\u00e9sors ainsi r\u00e9quisitionn\u00e9s fut d\u00e9tourn\u00e9e, servant de d\u00e9but \u00e0 son immense fortune. L\u2019homme, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, se r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019une intelligence et d\u2019une habilet\u00e9 hors pair, d\u2019o\u00f9 sa carri\u00e8re politique sous l\u2019Empire \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin.<em> Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des plus belles et simples citations, parfaitement mise en situation par une authentique h\u00e9ro\u00efne de l\u2019\u00e9poque. Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une rare \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant quelques mois plus tard la mort de Manon Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution est la guerre de la libert\u00e9 contre ses ennemis, la constitution est le r\u00e9gime de la libert\u00e9 victorieuse et paisible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1564\" class=\"cit-num\">1564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Rapport sur les principes du gouvernement r\u00e9volutionnaire, fait au nom du Comit\u00e9 de salut public, Convention, 25\u00a0d\u00e9cembre\u00a01793.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: depuis 1789 jusqu\u2019en 1814<\/em> (1838), Albert Laponneraye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e est de nouveau affirm\u00e9e, la Constitution de 1793 \u00e9tant toujours suspendue en attendant des temps meilleurs. Ce discours de Robespierre sur les principes du gouvernement r\u00e9volutionnaire est destin\u00e9 aux mod\u00e9r\u00e9s d\u2019une Assembl\u00e9e divis\u00e9e \u00e0 propos de la Terreur.<\/p>\n<p>Celui qui va devenir la t\u00eate et l\u2019\u00e2me de la \u00ab\u00a0dictature jacobine\u00a0\u00bb peut \u00eatre satisfait\u00a0: la Terreur a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019ordre du jour le 5\u00a0septembre, le Tribunal r\u00e9volutionnaire de mars\u00a01793 est r\u00e9organis\u00e9 selon ses v\u0153ux en septembre, le Comit\u00e9 de salut public lui a ouvert ses portes le 27\u00a0juillet. La redoutable machine est pr\u00eate et les hommes sont en place.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous travaillons pour les g\u00e9n\u00e9rations futures, lan\u00e7ons la libert\u00e9 dans les colonies\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1568\" class=\"cit-num\">1568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794. <em>M\u00e9moires de Levasseur de la Sarthe<\/em> (1830), Ren\u00e9 Levasseur, Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton va faire l\u2019unanimit\u00e9 \u2013 fait rarissime, surtout dans cette Assembl\u00e9e nationale \u00e0 l\u2019image de la France, divis\u00e9e, boulevers\u00e9e. Il a l\u2019habilet\u00e9 d\u2019associer la libert\u00e9 des esclaves avec la volont\u00e9 de ruiner l\u2019Angleterre. Il salue aussi l\u2019entr\u00e9e, la veille, de deux nouveaux d\u00e9put\u00e9s de couleur (venus de Saint-Domingue) et place l\u2019abolition sous le signe philosophique du \u00ab\u00a0flambeau de la raison\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0compas des principes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9crets pour la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des N\u00e8gres avaient d\u00e9\u00e7u leurs espoirs et la situation devenait dramatique dans les colonies\u00a0: Toussaint Louverture s\u2019est rendu ma\u00eetre de Saint-Domingue, les esclaves noirs massacrent les colons blancs, incendient r\u00e9coltes et plantations. \u00ab\u00a0La Convention, sur la proposition de Gr\u00e9goire, avait, en 1793, aboli la prime pour la traite des N\u00e8gres. Le 4\u00a0f\u00e9vrier 1794, elle d\u00e9cr\u00e9ta, par acclamation, l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies\u00a0\u00bb, \u00e9crit Alfred Rambaud dans son <em>Histoire de la civilisation contemporaine en France<\/em> (1888).<\/p>\n<p>L\u2019esclavage, r\u00e9tabli en 1802, sera d\u00e9finitivement aboli apr\u00e8s la R\u00e9volution de f\u00e9vrier\u00a01848, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement de la R\u00e9volution est le despotisme de la libert\u00e9 contre la tyrannie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1569\" class=\"cit-num\">1569<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours \u00ab\u00a0Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention\u00a0\u00bb, Convention, 5\u00a0f\u00e9vrier 1794. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et le quasi-dictateur d\u00e9finit la d\u00e9mocratie\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie est un \u00c9tat o\u00f9 le Peuple souverain, guid\u00e9 par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-m\u00eame tout ce qu\u2019il peut bien faire, et par des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s tout ce qu\u2019il ne peut pas faire lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour le fond, c\u2019est Montesquieu et Rousseau. Pour la forme, c\u2019est un expos\u00e9 doctrinal, lu comme un pr\u00eache plus que parl\u00e9 comme un discours. Et pourtant, quelle efficacit\u00e9 dans ce magist\u00e8re de la parole\u00a0! Louvet de Couvray, conventionnel girondin \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la charrette de 1793, t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9taient plus des applaudissements, c\u2019\u00e9taient des tr\u00e9pignements convulsifs, c\u2019\u00e9tait un enthousiasme religieux, c\u2019\u00e9tait une sainte fureur.\u00a0\u00bb Cela explique la dictature qui va relancer la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont le premier Peuple du monde qui ait \u00e9tabli la v\u00e9ritable d\u00e9mocratie, en appelant tous les hommes \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et \u00e0 la pl\u00e9nitude des droits du citoyen\u00a0; et c\u2019est l\u00e0, \u00e0 mon avis, la v\u00e9ritable raison pour laquelle tous les tyrans ligu\u00e9s contre la R\u00e9publique seront vaincus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1574\" class=\"cit-num\">1574<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours \u00ab\u00a0Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention\u00a0\u00bb, Convention, 7\u00a0f\u00e9vrier 1794<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve la le\u00e7on d\u00e9mocratique du premier philosophe des Lumi\u00e8res, Montesquieu. Quant \u00e0 la forme, c\u2019est tout le contraire des grands tribuns r\u00e9volutionnaires\u00a0: rab\u00e2chage \u00e9ternel d\u00e9nonc\u00e9 par ses adversaires, le rythme incantatoire allant de pair avec la rigueur du raisonnement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, souviens-toi que si dans la R\u00e9publique la justice ne r\u00e8gne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l\u2019amour de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la patrie, la libert\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1600\" class=\"cit-num\">1600<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Convention, Discours du 26\u00a0juillet 1794. <em>Grands moments d\u2019\u00e9loquences parlementaire<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le 8 thermidor an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, veille de sa chute. Robespierre s\u2019est fait discret depuis quelques jours et on l\u2019attend. Cette longue p\u00e9roraison est son \u00ab\u00a0discours testament\u00a0\u00bb. Il termine en mena\u00e7ant\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n\u2019est point arriv\u00e9 o\u00f9 les hommes de bien peuvent servir impun\u00e9ment la patrie\u00a0: les d\u00e9fenseurs de la libert\u00e9 ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La R\u00e9volution ne finira jamais, si un th\u00e9oricien d\u2019une telle rigueur garde le pouvoir absolu de mettre ses principes en pratique. Rien non plus ne peut d\u00e9sarmer son ami Saint-Just qui proclamait comme un d\u00e9fi, le 15\u00a0avril, juste avant la Grande Terreur d\u00e9j\u00e0 programm\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est rien de plus doux pour l\u2019oreille de la libert\u00e9 que le tumulte et les cris d\u2019une assembl\u00e9e du peuple.\u00a0\u00bb Le tumulte sera terrible, le 9 thermidor, et fatal aux deux hommes. C\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat qui met fin \u00e0 la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce qu\u2019on a coutume d\u2019appeler la R\u00e9volution fran\u00e7aise, il y a eu, en r\u00e9alit\u00e9, deux r\u00e9volutions parfaitement distinctes, quoique dirig\u00e9es toutes les deux contre l\u2019ancien principe d\u2019autorit\u00e9. L\u2019une s\u2019est op\u00e9r\u00e9e au profit de l\u2019individualisme\u00a0; elle porte la date de 89. L\u2019autre n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019essay\u00e9e tumultueusement au nom de la fraternit\u00e9\u00a0; elle est tomb\u00e9e le 9 Thermidor.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1638\" class=\"cit-num\">1638<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1878)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une fa\u00e7on parmi tant d\u2019autres de nuancer son jugement sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais c\u2019est surtout l\u2019analyse d\u2019un historien de gauche (politiquement tr\u00e8s engag\u00e9), reprise par nombre d\u2019historiographes. Il faudra attendre le socialisme naissant au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle pour que la fraternit\u00e9 revienne dans les discours et se concr\u00e9tise plus tardivement dans les lois sociales.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-12.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a><\/p>\n<h4>2. Chronique napol\u00e9onienne (Directoire, Consulat, Empire)\u00a0: recul des valeurs r\u00e9publicaines au nom de l\u2019ordre imp\u00e9rial.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Montagne enfante un Directoire<br>Applaudissons \u00e0 son dernier succ\u00e8s\u00a0!<br>Car sous ce nom inconnu dans l\u2019histoire<br>Cinq rois nouveaux gouvernent les Fran\u00e7ais [\u2026]<br>En adoptant un luxe ridicule<br>Ils font g\u00e9mir la sainte \u00c9galit\u00e9\u00a0;<br>\u00c0 leur aspect la Libert\u00e9 recule<br>Et dans leur c\u0153ur plus de Fraternit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1641\" class=\"cit-num\">1641<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Directoire<\/em> (1795), chanson.<em> Po\u00e9sies r\u00e9volutionnaires et contre-r\u00e9volutionnaires<\/em> (1821), \u00c0 la Librairie historique \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France vit une transition entre la R\u00e9volution et l\u2019Empire. Ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current\u00a0: apr\u00e8s le Moyen \u00c2ge vint la Renaissance o\u00f9 \u00ab\u00a0le monde rit au monde\u00a0\u00bb (Marot)\u00a0; apr\u00e8s Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et une fin de r\u00e8gne tr\u00e8s sombre, le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence rimait avec licence\u00a0; apr\u00e8s les horreurs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les Ann\u00e9es folles se d\u00e9cha\u00eeneront. Et en 1795, au lendemain de la Terreur, la jouissance est \u00e0 l\u2019ordre du jour, pour la bonne soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le Directoire, nouveau r\u00e9gime n\u00e9 de la Constitution du 5 fructidor an\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (22\u00a0ao\u00fbt\u00a01795) pr\u00e9sente deux inventions, une mauvaise et une bonne. Les \u00ab\u00a0cinq rois\u00a0\u00bb qui gouvernent, appel\u00e9s Directeurs, ne vont cesser de se disputer, ce qui fragilise ou paralyse le pouvoir ex\u00e9cutif. \u00c0 l\u2019inverse, le bicam\u00e9risme cher \u00e0 Montesquieu, pouvoir l\u00e9gislatif confi\u00e9 \u00e0 deux Chambres sur le mod\u00e8le anglais, instaure une formule toujours reprise (hors la br\u00e8ve Deuxi\u00e8me R\u00e9publique)\u00a0: la Chambre basse (\u00e9lue au suffrage direct par le peuple) est temp\u00e9r\u00e9e par la Chambre haute (\u00e9lue au suffrage indirect, repr\u00e9sentant les r\u00e9gions et les d\u00e9partements). En 1795, on a le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens \u2013\u00a0sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, la Chambre des d\u00e9put\u00e9s et le S\u00e9nat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous pr\u00e9tendons d\u00e9sormais vivre et mourir \u00e9gaux comme nous sommes n\u00e9s\u00a0; nous voulons l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle ou la mort\u00a0: voil\u00e0 ce qu\u2019il nous faut.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1664\" class=\"cit-num\">1664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvain <span class=\"caps\">MAR\u00c9CHAL<\/span> (1750-1803)<em>, Manifeste des \u00c9gaux<\/em> (1801). <em>Gracchus Babeuf et la Conjuration des \u00c9gaux<\/em> (1869), Philippe Buonarroti, Arthur Ranc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La police cueille les conspirateurs, le 11\u00a0mai 1796. Pour l\u2019opinion, c\u2019est la chute d\u2019une nouvelle faction terroriste, dernier sursaut du jacobinisme dont il faut d\u00e9barrasser le pays. Le gouvernement du Directoire montre sa force, mais l\u2019opposition royaliste se trouve renforc\u00e9e, reprenant espoir dans un r\u00e9tablissement de la monarchie.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s de Vend\u00f4me, l\u2019ann\u00e9e suivante, la plupart des 65 inculp\u00e9s seront acquitt\u00e9s. Babeuf et Darth\u00e9 sont condamn\u00e9s \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9s\u00a0; 7 autres sont d\u00e9port\u00e9s, dont Buonarroti. Lib\u00e9r\u00e9 par Napol\u00e9on, il \u00e9crira trente ans apr\u00e8s <em>La Conspiration pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, dite de Babeuf<\/em> qui influencera le socialiste Auguste Blanqui. Babeuf a d\u2019autres h\u00e9ritiers au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: Karl Marx et Friedrich Engels reconnaissent en lui le pr\u00e9curseur du communisme et le premier militant de la cause. Rosa Luxembourg le saluera comme l\u2019initiateur des soul\u00e8vements r\u00e9volutionnaires du prol\u00e9tariat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous vous avons donn\u00e9 la libert\u00e9\u00a0; sachez la conserver.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1666\" class=\"cit-num\">1666<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation au peuple cisalpin, Quartier g\u00e9n\u00e9ral de Milan, 11\u00a0novembre\u00a01797. <em>\u0152uvres de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (posthume, 1822), Napol\u00e9on Empereur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie est achev\u00e9e. En un an, le jeune g\u00e9n\u00e9ral a d\u00e9truit quatre arm\u00e9es autrichiennes, donn\u00e9 \u00e0 la France une partie du Pi\u00e9mont, fond\u00e9 deux r\u00e9publiques en Lombardie et conquis l\u2019Italie.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique cisalpine est form\u00e9e en juin\u00a01797 avec Milan pour capitale et reconnue par l\u2019Autriche au trait\u00e9 de Campoformio (17\u00a0octobre)\u00a0: c\u2019est la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime dans l\u2019ensemble de la P\u00e9ninsule qui re\u00e7oit des institutions sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais, c\u2019est aussi la victoire des lib\u00e9raux italiens\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates le premier exemple, dans l\u2019histoire, d\u2019un peuple qui devient libre, sans factions, sans r\u00e9volutions et sans d\u00e9chirements [\u2026] Vous \u00eates, apr\u00e8s la France, la R\u00e9publique la plus riche, la plus populeuse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une fois encore s\u2019allait justifier le mot de Saint-\u00c9vremond\u00a0: \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais est surtout jaloux de la libert\u00e9 de se choisir son ma\u00eetre\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1682\" class=\"cit-num\">1682<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956),<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire, Le Consulat, 18 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un si\u00e8cle plus tard, il tire la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire et de ses suites. L\u2019historien cite le moraliste du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pr\u00e9figurateur de la philosophie des Lumi\u00e8res, type m\u00eame de l\u2019\u00ab\u00a0honn\u00eate homme\u00a0\u00bb ironique et sceptique. Sp\u00e9cialiste de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, Madelin va d\u2019abord approuver le choix du nouveau ma\u00eetre de la France, tel qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le sous le prochain r\u00e9gime du Consulat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve en 1800 pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. \u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine, et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir, impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re retir\u00e9 de la politique depuis 1790. Le septuag\u00e9naire se montre moins s\u00e9v\u00e8re, dans ses <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)\u00a0: \u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte, tr\u00e8s en col\u00e8re de l\u2019impassibilit\u00e9 de Paris, a dit \u00e0 ses courtisans r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0Que leur faut-il donc\u00a0?\u00a0\u00bb Et personne ne s\u2019est lev\u00e9 pour lui dire\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9, citoyen consul, la libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1723\" class=\"cit-num\">1723<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817). <em>Lettres in\u00e9dites de Mme\u00a0de Sta\u00ebl \u00e0 Henri Meister<\/em> (posthume, 1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e9videmment le genre de v\u00e9rit\u00e9 que le \u00ab\u00a0citoyen consul\u00a0\u00bb et futur empereur ne saurait entendre, surtout de la bouche d\u2019une femme de lettres et de t\u00eate\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je jure de maintenir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire de la R\u00e9publique [\u2026] de respecter et de faire respecter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, la libert\u00e9 politique et civile [\u2026] de gouverner dans la seule vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat, du bonheur et de la gloire du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1797\" class=\"cit-num\">1797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, le jour de son sacre par Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804.<em> Le Moniteur<\/em>, phrase du journal officiel de l\u2019\u00e9poque, reprise dans toutes les bonnes biographies de l\u2019empereur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, bonheur\u2026 Napol\u00e9on manie parfaitement l\u2019art oratoire. La c\u00e9r\u00e9monie dure cinq heures, entre la marche guerri\u00e8re et le <em>Te Deum<\/em>, un premier serment religieux de Napol\u00e9on, la messe, l\u2019<em>All\u00e9luia<\/em>, les oraisons, les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb et ce nouveau serment sur les \u00c9vangiles. C\u2019est l\u2019instant le plus heureux des relations entre le pape et l\u2019empereur. L\u2019histoire a voulu que se croisent ces deux hommes qui ont la m\u00eame volont\u00e9 de fer.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9 sa volont\u00e9 durant le sacre, il a pris la couronne pr\u00e9sent\u00e9e, l\u2019a pos\u00e9e lui-m\u00eame sur sa t\u00eate, avant de couronner son \u00e9pouse Jos\u00e9phine. C\u2019est \u00e0 cet instant qu\u2019il s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, pour la seule \u00ab\u00a0improvisation\u00a0\u00bb (authentique) de cette spectaculaire c\u00e9r\u00e9monie\u00a0: \u00ab\u00a0Joseph, si notre p\u00e8re nous voyait\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publique fran\u00e7aise, Napol\u00e9on Empereur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1793\" class=\"cit-num\">1793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">En-t\u00eate sur les actes officiels, \u00e0 dater du 18\u00a0mai 1804.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9trange inscription, oxymore institutionnel. Rouget de l\u2019Isle, officier et auteur de <em>la Marseillaise<\/em>, ose pr\u00e9dire et \u00e9crire \u00e0 l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte, vous vous perdez, et ce qu\u2019il y a de pire, vous perdez la France avec vous\u00a0!\u00a0\u00bb Mais l\u2019on entend surtout et partout les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sous l\u2019Empire, aucun des trois id\u00e9aux r\u00e9publicains d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9s \u00e0 la fin de la R\u00e9volution ne sera respect\u00e9 par Napol\u00e9on qui n\u2019a par ailleurs aucune estime pour les philosophes des Lumi\u00e8res. Il faut parfois faire semblant.\u00a0Bonaparte\u00a0disait\u00a0: \u00ab\u00a0De Clovis jusqu\u2019au Comit\u00e9 de salut public, je me sens solidaire de tout.\u00a0\u00bb De tout, mais pas de \u00e7a\u00a0: Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9. \u00ab\u00a0Napol\u00e9on, en arrivant sur la sc\u00e8ne du monde, vit que son r\u00f4le \u00e9tait d\u2019\u00eatre l\u2019ex\u00e9cuteur testamentaire de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb \u00e9crira son neveu, le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> en 1839 (<em>Id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em>). Nombre d\u2019historiens sont de cet avis, mais il choisira d\u2019autres pi\u00e8ces de l\u2019h\u00e9ritage, \u00e0 commencer par la politique ext\u00e9rieure \u00ab\u00a0lib\u00e9ratrice\u00a0\u00bb ou conqu\u00e9rante, et le Code civil avec toutes les notions r\u00e9volutionnaires qui en font partie, rompant d\u00e9finitivement avec l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la pens\u00e9e est la premi\u00e8re conqu\u00eate du si\u00e8cle. L\u2019Empereur veut qu\u2019elle soit conserv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1811\" class=\"cit-num\">1811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821),<em> Le Moniteur<\/em>, 22\u00a0janvier 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Flagrant d\u00e9lit de mensonge\u00a0! Pr\u00e9cisons que le <em>Moniteur<\/em> est un journal tr\u00e8s officiel\u2026 et il n\u2019en reste plus d\u2019autres. Apr\u00e8s les quelque 1\u00a0500 p\u00e9riodiques n\u00e9s au d\u00e9but de la R\u00e9volution, plus de 70 paraissaient encore \u00e0 Paris sous le Directoire. Ils ne seront plus que 4 en 1811. En 1810, un seul journal par d\u00e9partement \u2013 reproduisant les pages politiques du <em>Moniteur<\/em>, sous contr\u00f4le du pr\u00e9fet.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de pens\u00e9e est r\u00e9duite comme celle de la presse. M\u00eame les trag\u00e9dies classiques, r\u00e9pertoire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l\u2019empereur, sont \u00e9pur\u00e9es\u00a0: les habitu\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais, brochure en main, s\u2019amusent \u00e0 traquer les nouvelles coupes impos\u00e9es par la censure imp\u00e9riale \u00e0 Racine et Corneille. Les contemporains sont dociles, d\u2019o\u00f9 la faiblesse de la production litt\u00e9raire et th\u00e9\u00e2trale. Sauf exception. Chateaubriand est hostile au r\u00e9gime (depuis l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien). Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, il veut faire l\u2019\u00e9loge de la libert\u00e9. Napol\u00e9on le lui interdit. Mme\u00a0de Sta\u00ebl est plus gravement pers\u00e9cut\u00e9e\u00a0: l\u2019exil punit sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien [\u2026] Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants [\u2026] Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1823\" class=\"cit-num\">1823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cr\u00e9ation de la maison d\u2019\u00e9ducation des jeunes filles de la L\u00e9gion d\u2019honneur d\u2019\u00c9couen, le 15\u00a0mai 1807, est une occasion parmi d\u2019autres de manifester sa misogynie, en r\u00e9action contre un <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle relativement \u00e9mancipateur et une id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire d\u00e9mocratique. Bref, selon une note de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9levez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses.\u00a0\u00bb Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle se montrera tr\u00e8s majoritairement sexiste et misogyne, y compris les socialistes fervents d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/liberte-egalite-fraternite-la-trilogie-republicaine-de-la-restauration-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 \u2013 la trilogie r\u00e9publicaine (de la Restauration \u00e0 nos jours)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II. Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 &#8211; la trilogie r\u00e9publicaineFin de la R\u00e9volution (Convention) et chronique napol\u00e9onienne (Directoire, Consulat, Empire). Nouvelle p\u00e9riode \u00e9tonnamment riche en citations, le Verbe se m\u00ealant \u00e0 l\u2019Action en une course folle. Troisi\u00e8me assembl\u00e9e r\u00e9volutionnaire, la Convention prend acte du fait majeur qui met fin \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime. \u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est abolie en [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":78,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9042","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9042","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9042"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9042\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12695,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9042\/revisions\/12695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9042"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9042"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9042"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}