{"id":9050,"date":"2021-06-28T00:00:00","date_gmt":"2021-06-27T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-troisieme-republique-et-premiere-guerre-mondiale\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:07","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:07","slug":"les-punchlines-troisieme-republique-et-premiere-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-troisieme-republique-et-premiere-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"Les punchlines (Troisi\u00e8me R\u00e9publique et Premi\u00e8re Guerre mondiale)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4>\n<p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p>\n<p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p>\n<p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p>\n<p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p>\n<p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<\/p>\n<p>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p>\n<p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p>\n<p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">IV<\/span>. Troisi\u00e8me R\u00e9publique et Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-11.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">1\/ <span class=\"caps\">TROISIEME<\/span> <span class=\"caps\">REPUBLIQUE<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">GUERRE<\/span> <span class=\"caps\">FRANCO<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PRUSSIENNE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">COMMUNE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PARIS<\/span> (1870-1871)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre entre Europ\u00e9ens est une guerre civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2323\" class=\"cit-num\">2323<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Carnets, albums et journaux<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s son retour d\u2019exil, Hugo en appelle aux Allemands pour que cesse ce combat fratricide. Mais la guerre continue, l\u2019ennemi approche, Paris est saisi d\u2019une fi\u00e8vre patriotique et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire, dans chaque quartier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e refuse la parole \u00e0 M.\u00a0Victor Hugo, parce qu\u2019il ne parle pas fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2357\" class=\"cit-num\">2357<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte de <span class=\"caps\">LORGERIL<\/span> (1811-1888), Assembl\u00e9e nationale, Bordeaux, 8\u00a0mars 1871. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 monarchiste et po\u00e8te \u00e0 ses heures coupe la parole \u00e0 l\u2019\u00e9lu de Paris. Hugo le r\u00e9publicain est d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 \u00e0 la tribune pour condamner la paix inf\u00e2me le 1er\u00a0mars, pour d\u00e9plorer que Paris soit d\u00e9capitalis\u00e9e au profit de Bordeaux, le 6. En cette s\u00e9ance houleuse du 8, il se fait insulter pour avoir d\u00e9fendu l\u2019Italien Garibaldi, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 d\u2019Alger\u00a0 (d\u00e9partement fran\u00e7ais)\u00a0: il conteste l\u2019invalidation du vieux r\u00e9volutionnaire italien \u00ab\u00a0venu mettre son \u00e9p\u00e9e au service de la France\u00a0\u00bb dans la guerre contre les Prussiens.<\/p>\n<p>La haine est terrible entre l\u2019Assembl\u00e9e monarchiste, pacifiste, et Paris o\u00f9 les forces r\u00e9volutionnaires, remobilis\u00e9es, refusent de reconna\u00eetre le pouvoir de cette \u00ab\u00a0assembl\u00e9e de ruraux\u00a0\u00bb d\u00e9faitistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volutionnaire anarchiste, elle se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours de la Commune\u00a0: soul\u00e8vement de Paris, cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards et l\u2019h\u00e9ro\u00efne rest\u00e9e la plus populaire. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait revivre ces souvenirs vibrants et tragiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2331\" class=\"cit-num\">2331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). Maxime attribu\u00e9e aussi au journaliste \u00c9mile de Girardin (1806-1881). <em>Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0358 \u00e0\u00a0363 (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique lors des \u00ab\u00a0Trois Glorieuses\u00a0\u00bb et dans le camp des r\u00e9volutionnaires qui renversent Charles X en juillet\u00a01830, Thiers fut plusieurs fois ministre sous la Monarchie de Juillet. Dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire, il se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande. Son nom reste malheureusement attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de la Commune.<\/p>\n<p>1871\u00a0: ann\u00e9e terrible et ann\u00e9e de tous les pouvoirs pour cet homme de 74\u00a0ans, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par vingt-six d\u00e9partements \u00e0 la fois et devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, le 17\u00a0f\u00e9vrier. Lourde t\u00e2che, dans une France vaincue et d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit aujourd\u2019hui non plus de couper les t\u00eates, mais d\u2019ouvrir les intelligences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2371\" class=\"cit-num\">2371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), <em>Le Mot d\u2019ordre<\/em>, 5\u00a0mai 1871. <em>La T\u00eate coup\u00e9e<\/em>, ou <em>La Parole coup\u00e9e<\/em> (1991), Arnaud Aaron Upinsky<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les divergences politiques \u00e9clatent\u00a0: ainsi le 1er\u00a0mai, \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9cret instituant un Comit\u00e9 de salut public dot\u00e9 de larges pouvoirs. Les (n\u00e9o)jacobins et la plupart des blanquistes, majoritaires, sont pour et s\u2019opposent \u00e0 quelques blanquistes, tous les proudhoniens et certains socialistes proches du marxisme. \u00ab\u00a0Anecdotiquement\u00a0\u00bb, la colonne Vend\u00f4me est abattue, suite \u00e0 un vote du Comit\u00e9 de salut public.<\/p>\n<p>Quant au tr\u00e8s r\u00e9publicain Rochefort, en des termes que ne renierait pas Hugo, il refuse une r\u00e9volution aboutissant logiquement \u00e0 une nouvelle Terreur. Mais les divisions se radicalisent. Paris assi\u00e9g\u00e9 devient une poudri\u00e8re pr\u00eate \u00e0 exploser.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris. 70 000 soldats entrent, Paris reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. \u00ab\u00a0Le sol de Paris est jonch\u00e9 de cadavres\u00a0; ce spectacle affreux servira de le\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique \u2013 en comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit aussi Hugo. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est l\u2019illustrations, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019anim\u00e8rent.<\/p>\n<p>Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours\u00a0: <em>L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0;<br>Groupons-nous et demain<br>L\u2019Internationale<br>Sera le genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2527\" class=\"cit-num\">2527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la lutte finale\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase\u00a0\/ Foule esclave, debout\u00a0! debout\u00a0!\u00a0\/ Le monde va changer de base\u00a0\/ Nous ne sommes rien, soyons tout\u00a0!\u00a0\u00bb Mis en musique en 1888 par un ouvrier tourneur Pierre Degeyter, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, ce chant deviendra l\u2019hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais en 1899. C\u2019est un immense succ\u00e8s, dans les classes populaires sensibles \u00e0 ces mots\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0! \/ Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-11.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">2\/ <span class=\"caps\">TROISI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span> <span class=\"caps\">AVANT<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">PREMIERE<\/span> <span class=\"caps\">GUERRE<\/span> <span class=\"caps\">MONDIALE<\/span>\u00a0 (1871-1914)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pensons-y toujours, n\u2019en parlons jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2419\" class=\"cit-num\">2419<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Saint-Quentin, 16\u00a0novembre\u00a01871. <em>Pages d\u2019histoire, 1914-1918, Le Retour de l\u2019Alsace-Lorraine \u00e0 la France<\/em> (1917), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Silence forc\u00e9 de la France\u00a0; silence encore plus forc\u00e9 de l\u2019Alsace.<\/p>\n<p>Comme tous les Fran\u00e7ais, Gambetta pense aux deux provinces s\u0153urs et devenues \u00e9trang\u00e8res, l\u2019Alsace et la Lorraine. Charles Maurras traduira \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019unanimit\u00e9 nationale autour du culte de l\u2019Alsace-Lorraine en parlant de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb. Paul D\u00e9roul\u00e8de, cr\u00e9ant la Ligue des patriotes en 1882, incarnera un patriotisme nationaliste et revanchard qui fera beaucoup de bruit et d\u00e9cha\u00eene pas mal de fureurs, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine guerre.<\/p>\n<p>Mais les milieux gouvernementaux font preuve d\u2019une grande r\u00e9serve, sachant la France trop isol\u00e9e pour mettre la revanche dans les faits. Il faudra beaucoup de temps et d\u2019efforts pour se dresser devant l\u2019Allemagne plus unie que jamais, avec \u00e0 sa t\u00eate Guillaume\u00a0Ier, vainqueur et proclam\u00e9 empereur du nouveau Reich, Bismarck devenant chancelier (\u00e9quivalent de Premier ministre) de cette nouvelle puissance europ\u00e9enne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique sera conservatrice ou elle ne sera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2423\" class=\"cit-num\">2423<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours de rentr\u00e9e parlementaire, 13\u00a0novembre 1872.<em> Les Opportunistes\u00a0: les d\u00e9buts de la R\u00e9publique aux r\u00e9publicains<\/em> (1991), L\u00e9o Hamon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00eache pour sa paroisse, en l\u2019occurrence sa personne. Et d\u2019insister\u00a0: \u00ab\u00a0Tout gouvernement doit \u00eatre conservateur et nulle soci\u00e9t\u00e9 ne pourrait vivre sans un gouvernement qui ne le serait point.\u00a0\u00bb Il vise alors les r\u00e9publicains avanc\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est la tactique classique du \u00ab\u00a0un coup \u00e0 droite, un coup \u00e0 gauche\u00a0\u00bb. Fort de son autorit\u00e9, Thiers veut rassurer le pays et pour faire la R\u00e9publique, jouer l\u2019alliance des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et des orl\u00e9anistes, contre les extr\u00eames\u00a0: l\u00e9gitimistes ultras inconditionnels du drapeau blanc et nostalgiques de la Commune r\u00e9volutionnaire. Le conflit va \u00e9clater quelques mois plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout prendre au s\u00e9rieux, mais rien au tragique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2427\" class=\"cit-num\">2427<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 24\u00a0mai 1873. <em>Annales de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1873), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contest\u00e9 pour son parti pris r\u00e9publicain par les monarchistes majoritaires, Thiers a perdu son droit de parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il ne peut plus s\u2019exprimer que par un message lu, ne donnant lieu \u00e0 aucune discussion (loi de Broglie, du 13\u00a0mars). Il se conforme \u00e0 ce \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial chinois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La veille, de Broglie l\u2019a interpell\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre l\u2019\u00ab\u00a0ordre moral\u00a0\u00bb, des d\u00e9put\u00e9s royalistes lui demandant de faire pr\u00e9valoir une \u00ab\u00a0politique r\u00e9solument conservatrice\u00a0\u00bb. Le 24\u00a0mai au matin, avant la s\u00e9ance \u00e0 la Chambre, il r\u00e9affirme sa position r\u00e9publicaine\u00a0: \u00ab\u00a0La monarchie est impossible\u00a0: il n\u2019y a qu\u2019un tr\u00f4ne, et on ne peut l\u2019occuper \u00e0 trois\u00a0!\u00a0\u00bb Outre le comte de Paris et le comte de Chambord, il y a encore le prince imp\u00e9rial, fils de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, en son absence, par 360 voix contre 334, l\u2019Assembl\u00e9e vote un bl\u00e2me contre Thiers. Il offre sa d\u00e9mission. Il n\u2019y est pas oblig\u00e9, mais il est s\u00fbr qu\u2019on le rappellera et sa position en sera renforc\u00e9e. Le soir, sa lettre est lue \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui proc\u00e8de aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9lection du nouveau pr\u00e9sident. La gauche s\u2019abstient et Mac-Mahon, candidat des royalistes, est \u00e9lu. Thiers a jou\u00e9, et perdu. Beau joueur, il invente une maxime qui vaut proverbe\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tout prendre au s\u00e9rieux, mais rien au tragique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que d\u2019eau, que d\u2019eau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2445\" class=\"cit-num\">2445<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893) \u00e0 la vue des inondations catastrophiques, Toulouse, 26\u00a0juin\u00a01875. <em>Mac-Mahon<\/em> (1895), abb\u00e9 Berry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le maire de la ville sinistr\u00e9e, voulant recevoir dignement le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, s\u2019est lanc\u00e9 dans un long discours. Le mar\u00e9chal, pour couper court \u00e0 ce d\u00e9luge de paroles, regardant les plaines envahies par les eaux, a ce mot pour lequel il sera mal \u00e0 propos plaisant\u00e9. Son militaire \u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste\u00a0\u00bb avait plus fi\u00e8re allure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2441\" class=\"cit-num\">2441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule fameuse, expression du pragmatisme. Mais qui l\u2019eut crue sign\u00e9e du pur et dur r\u00e9publicain, \u00e0 la fois id\u00e9ologue tranchant et d\u00e9magogue bruyant\u00a0? C\u2019est un autre homme qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 ses contemporains\u00a0: un temp\u00e9rament fonci\u00e8rement mod\u00e9r\u00e9, dou\u00e9 d\u2019une saine appr\u00e9ciation des r\u00e9alit\u00e9s. Cette formule fera bient\u00f4t qualifier ses partisans d\u2019\u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb. En 1880, il revendiquera la chose\u00a0: \u00ab\u00a0Ce barbarisme cache une vraie politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 reculons, nous entrons dans la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2444\" class=\"cit-num\">2444<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), <em>La R\u00e9publique fran\u00e7aise. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ironise dans son journal. Mais il l\u2019a voulue, il l\u2019a eue et son opportunisme (mot lanc\u00e9 en 1880) permet que la Constitution passe, sous forme de trois lois constitutionnelles, du 25\u00a0mai au 16\u00a0juillet 1875. Paradoxe de cette r\u00e9publique vot\u00e9e par une assembl\u00e9e monarchiste, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019union des centres qui regroupe une partie des r\u00e9publicains (radicaux exclus) et des conservateurs (l\u00e9gitimistes exclus). On va donc pouvoir gouverner entre \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le texte est plein de compromis et d\u2019incertitudes. Son impr\u00e9cision et sa concision feront d\u2019ailleurs sa force, l\u2019usage permettant de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes \u00e0 mesure qu\u2019ils se posent et de choisir entre r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel ou parlementaire. Cela fonctionnera tant bien que mal, de crise en crise, jusqu\u2019en 1940.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisque nous sommes les plus forts, nous devons \u00eatre mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2447\" class=\"cit-num\">2447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), devant le progr\u00e8s constant des r\u00e9publicains aux \u00e9lections en 1876. <em>Discours et plaidoyers politiques de M.\u00a0Gambetta<\/em>, volume\u00a0V (1882)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8res \u00e9lections nationales sous le signe de la nouvelle Constitution qui fonde la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. D\u2019o\u00f9 leur importance, m\u00eame si c\u2019est la seule Assembl\u00e9e qui sera dissoute, et tr\u00e8s vite.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 30\u00a0janvier 1876, \u00f4 surprise, le S\u00e9nat manque de peu d\u2019\u00eatre r\u00e9publicain, malgr\u00e9 un syst\u00e8me \u00e9lectoral prudent qui favorise les communes rurales. Gambetta fait preuve de sagesse\u00a0: \u00ab\u00a0Comme disait un ancien, il y a quelque chose de plus difficile \u00e0 supporter que l\u2019adversit\u00e9\u00a0: c\u2019est la bonne fortune.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 20\u00a0f\u00e9vrier, les r\u00e9publicains ont une confortable majorit\u00e9 au premier tour des \u00e9lections \u00e0 la Chambre. Gambetta lance des appels \u00e0 la pond\u00e9ration entre les deux tours\u00a0: les r\u00e9publicains, s\u2019ils veulent gouverner, ne doivent pas effaroucher l\u2019opinion. Ils gagnent le second tour du 5\u00a0mars\u00a0: le suffrage universel am\u00e8ne 393 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains de toute tendance, face \u00e0 140 conservateurs orl\u00e9anistes, l\u00e9gitimistes et bonapartistes (sur 533 si\u00e8ges). Jules Gr\u00e9vy est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (avant de succ\u00e9der \u00e0 Mac-Mahon \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai\u00a0: renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Le Pr\u00e9sident a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et c\u2019est toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors.<\/p>\n<p>La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident. Avec la mont\u00e9e r\u00e9publicaine aux deux Chambres, Mac-Mahon se soumet, puis se d\u00e9met (d\u00e9missionne) en 1879. Fin du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel, place au parlementarisme.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2465\" class=\"cit-num\">2465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), Jean Jacques Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, orateur impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9cartera vite du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays et surtout aux ruraux.<\/p>\n<p>Dans les premiers temps, l\u2019Assembl\u00e9e nationale prendra des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil eux-m\u00eames assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit toujours du m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2472\" class=\"cit-num\">2472<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article\u00a0\u00ab\u00a0Gouvernement\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb qui se ressemblent tous, puisque les m\u00eames hommes reviennent, changeant seulement de portefeuille. Les \u00ab\u00a0r\u00e9publicains de gouvernement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb, mod\u00e9r\u00e9s, sont attaqu\u00e9s sur leur droite par les bonapartistes (en perte de prestige apr\u00e8s la mort du prince imp\u00e9rial en 1879) et les monarchistes (avec une client\u00e8le encore importante de ruraux et de catholiques), et sur leur gauche par les radicaux qui, avec Clemenceau et Rochefort, r\u00e9clament le \u00ab\u00a0maximum de R\u00e9publique\u00a0\u00bb, mais sont d\u00e9j\u00e0 talonn\u00e9s sur leur propre gauche par les socialistes.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, conservateurs et radicaux n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 faire alliance pour renverser les minist\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0Ils [les radicaux] ne se distinguent des conservateurs que par l\u2019hypocrisie\u00a0\u00bb, \u00e9crira Jules Guesde dans Le Citoyen du 24\u00a0f\u00e9vrier 1882. Malgr\u00e9 cela, des compromis permettent de faire passer des lois importantes sur l\u2019enseignement public, le divorce, la libert\u00e9 de la presse, les syndicats. Le parlementarisme va de pair avec les jeux politiciens et la faiblesse de l\u2019ex\u00e9cutif, sous cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Clemenceau fait exception \u00e0 la r\u00e8gle, comme Gambetta.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon patriotisme est en France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2478\" class=\"cit-num\">2478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 30\u00a0mars 1885. <em>Affirmation nationale et village plan\u00e9taire<\/em> (1998), Jean Daniel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb fait bloc avec les adversaires de Jules Ferry (d\u00e9test\u00e9 aussi de la droite) et r\u00e9plique au chef du gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne vous connaissons plus, nous ne voulons plus vous conna\u00eetre [\u2026] Ce ne sont plus des ministres que j\u2019ai devant moi [\u2026] Ce sont des accus\u00e9s de haute trahison sur lesquels, s\u2019il subsiste en France un principe de responsabilit\u00e9 et de justice, la main de la loi ne tardera pas \u00e0 s\u2019abattre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour Clemenceau, la politique coloniale de Ferry est \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb, parce qu\u2019elle d\u00e9tourne la France de la ligne bleue des Vosges et rend impossible la revanche. Le pays n\u2019est pas assez riche en hommes et en cr\u00e9dits pour se battre sur deux fronts \u00e0 la fois\u00a0: l\u2019Alsace-Lorraine et des terres lointaines.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re Ferry est renvers\u00e9. Foule immense autour du palais Bourbon\u00a0: Ferry sort par une porte d\u00e9rob\u00e9e. C\u2019est la fin de sa carri\u00e8re politique \u2013 m\u00eame s\u2019il est bient\u00f4t \u00e9lu s\u00e9nateur. Il reste surtout comme un grand ministre de l\u2019Instruction publique, promoteur de l\u2019\u00e9cole la\u00efque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une patrie se compose des morts qui l\u2019ont fond\u00e9e aussi bien que des vivants qui la continuent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2479\" class=\"cit-num\">2479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), R\u00e9ponse au discours de r\u00e9ception de Ferdinand de Lesseps \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, 23\u00a0avril 1885, <em>Discours et Conf\u00e9rences<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre et scandaleux auteur de la<em> Vie de J\u00e9sus<\/em> re\u00e7oit le vicomte octog\u00e9naire, heureux constructeur et administrateur du canal de Suez (qui lui a d\u00e9j\u00e0 ouvert les portes de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences en 1873).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo meurt le 22\u00a0mai 1885. Paris lui fait des fun\u00e9railles nationales, avec un cort\u00e8ge qui va de l\u2019Arc de Triomphe au Panth\u00e9on, monument vou\u00e9 au souvenir des grands hommes et page d\u2019histoire \u00e0 lui tout seul.<\/p>\n<p>Ce vaste sanctuaire, \u00e0 l\u2019origine \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e9difi\u00e9e par Soufflot entre 1755 et 1780, est transform\u00e9 en Panth\u00e9on destin\u00e9 \u00e0 recevoir les cendres des grands hommes sous la R\u00e9volution (1791). Mirabeau, Voltaire et Rousseau en sont les premiers locataires. L\u2019Empire rend le Panth\u00e9on au culte. Avec la Restauration, l\u2019\u00e9glise re\u00e7oit une nouvelle inscription en latin, hommage \u00e0 sainte Genevi\u00e8ve, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9unis. Sous la Monarchie de Juillet, le Panth\u00e9on redevient Panth\u00e9on et l\u2019inscription repara\u00eet, pour dispara\u00eetre de nouveau \u00e0 la fin de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, quand le b\u00e2timent redevient \u00e9glise.<\/p>\n<p>Il devient d\u00e9finitivement Panth\u00e9on le 28\u00a0mai\u00a01885, juste \u00e0 temps pour recevoir les cendres du grand homme du si\u00e8cle, g\u00e9nie universel, po\u00e8te, romancier, dramaturge, pamphl\u00e9taire, orateur, \u00e9ternel combattant qui finit S\u00e9nateur \u2013 si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, d\u00e9fenseur de valeurs toujours actuelles, libert\u00e9 et humanit\u00e9, justice et tol\u00e9rance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne nous lassons pas, nous les philosophes, de d\u00e9clarer au monde la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2410\" class=\"cit-num\">2410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours du 25\u00a0mars 1877, <em>Depuis l\u2019exil<\/em> (1876-1885, fin, posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande voix s\u2019est tue et d\u2019autres voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour parler de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb, cependant que dans le monde o\u00f9 les philosophes n\u2019ont jamais le pouvoir une nouvelle guerre se pr\u00e9pare.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jadis on \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9 et content. Aujourd\u2019hui on n\u2019est d\u00e9cor\u00e9 que comptant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2486\" class=\"cit-num\">2486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">CAPUS<\/span> (1857-1922), <em>Le Gaulois<\/em>, 7\u00a0octobre 1887. <em>La Chanson en son temps\u00a0: de B\u00e9ranger au juke-box<\/em> (1969), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journal, comme bien d\u2019autres, d\u00e9nonce le dernier scandale de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La corruption, tant reproch\u00e9e aux (r\u00e9publicains) opportunistes qui sont au pouvoir, atteint la famille du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Son gendre, Daniel Wilson, est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services. Ce juteux trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre\u00a01887, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Le temps des crises parlementaires va de pair avec celui des sales affaires et le personnel politique est gravement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votons pour Carnot, c\u2019est le plus b\u00eate, mais il porte un nom r\u00e9publicain\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2491\" class=\"cit-num\">2491<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est Marie Fran\u00e7ois Sadi Carnot\u00a0: petit-fils de Lazare Carnot (le Grand Carnot, c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9volutionnaire), fils de Lazare Hippolyte Carnot (d\u00e9put\u00e9, ministre, s\u00e9nateur), neveu de Sadi Carnot (physicien qui laisse son nom \u00e0 un th\u00e9or\u00e8me), il est lui-m\u00eame polytechnicien, ing\u00e9nieur des ponts et chauss\u00e9es, pr\u00e9fet, puis d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 et plusieurs fois ministre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B\u00eate\u00a0\u00bb n\u2019est pas le qualificatif le plus appropri\u00e9, mais le Tigre (l\u2019un des surnoms de Clemenceau) a la dent dure, et l\u2019humour f\u00e9roce. \u00c0 qui lui reproche de ne s\u2019entourer que de personnages falots dans son gouvernement, il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les oies qui ont sauv\u00e9 le Capitole.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Mauriac a donn\u00e9 une autre explication \u00e0 cet argument d\u2019ailleurs repris en 1912\u00a0pour une autre pr\u00e9sidentielle\u00a0: \u00ab\u00a0Je vote pour le plus b\u00eate, la boutade fameuse de Clemenceau, n\u2019est cruelle qu\u2019en apparence. Elle signifiait\u00a0: Je vote pour le plus inoffensif\u00a0\u00bb (<em>Bloc-notes<\/em>, I).<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, \u00e9lu le 3\u00a0d\u00e9cembre 1887, Sadi Carnot aura une pr\u00e9sidence mouvement\u00e9e \u2013 interrompue par son assassinat. Pour l\u2019heure, le probl\u00e8me du pr\u00e9sident Carnot a nom Boulanger. Un g\u00e9n\u00e9ral que Clemenceau visera bient\u00f4t, comprenant le danger du boulangisme qui rime avec populisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux organes inutiles\u00a0: la prostate et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2391\" class=\"cit-num\">2391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Histoire des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique\u00a0: de Louis Napol\u00e9on Bonaparte \u00e0 Charles de Gaulle<\/em> (1960), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des raisons de la faiblesse du r\u00e9gime\u00a0: le Pr\u00e9sident n\u2019est l\u00e0 que pour \u00ab\u00a0inaugurer les chrysanth\u00e8mes\u00a0\u00bb. L\u2019expression est du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et c\u2019est d\u2019ailleurs lui qui va changer le fonctionnement des institutions fran\u00e7aises sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, en redonnant le pouvoir ex\u00e9cutif au Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>L\u2019insignifiance du pr\u00e9sident est d\u2019ailleurs moins grave, si le Parlement travaille. \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, voire des copains et des coquins, nous lui devons quand m\u00eame le r\u00e9gime r\u00e9publicain et son apprentissage, mais aussi l\u2019expansion coloniale qui est alors un atout national\u00a0; l\u2019enseignement la\u00efc, gratuit et obligatoire que les lois Ferry imposent au peuple\u00a0; la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, autre combat r\u00e9publicain\u00a0; et le divorce, les syndicats, la libert\u00e9 de la presse, le progr\u00e8s des sciences et des techniques d\u00fbment financ\u00e9es\u2026 entre autres acquis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2387\" class=\"cit-num\">2387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0juin 1888. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920-1922), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe punchline, trop peu connue\u00a0! Avec des accents hugoliens, Clemenceau s\u2019oppose au g\u00e9n\u00e9ral Boulanger (qu\u2019il a d\u2019abord soutenu), voyant poindre en lui un nouveau Bonaparte, accus\u00e9 de \u00ab\u00a0faire dispara\u00eetre la politique de parti et le parlementarisme\u00a0\u00bb. Mais la citation vaut bien au-del\u00e0 de son contexte.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9, Clemenceau se d\u00e9clare solidaire de l\u2019histoire du parti r\u00e9publicain et de ses luttes depuis un si\u00e8cle et proclame son attachement \u00e0 un r\u00e9gime de libre discussion\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019honneur de la R\u00e9publique est dans la libre parole avec ses risques et ses inconv\u00e9nients.\u00a0\u00bb C\u2019est rendre hommage \u00e0 ce r\u00e9gime si souvent d\u00e9cri\u00e9, y compris par lui-m\u00eame. Vingt ans apr\u00e8s, devenu pr\u00e9sident du Conseil, il se plaindra des d\u00e9bats sans fin \u00e0 la Chambre\u00a0: \u00ab\u00a0On perd trop de temps en de trop longs discours.\u00a0\u00bb<br>Ce dilemme est inh\u00e9rent au r\u00e9gime parlementaire\u00a0: comment assurer la libre expression des forces politiques repr\u00e9sent\u00e9es dans les assembl\u00e9es sans paralyser le fonctionnement de l\u2019institution parlementaire\u00a0? Le Parlement, lieu o\u00f9 l\u2019on vote, est aussi et par d\u00e9finition celui o\u00f9 l\u2019on parle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La science n\u2019a pas de patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2494\" class=\"cit-num\">2494<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PASTEUR<\/span> (1822-1895), Discours pour l\u2019inauguration de l\u2019Institut Pasteur, 14\u00a0novembre\u00a01888.<em> La Vie de Pasteur<\/em> (1907), Ren\u00e9 Vallery-Radot. (Premi\u00e8re biographie du grand savant, \u00e9crite par son gendre.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique ne se r\u00e9sume pas en crises, affaires, scandales. C\u2019est aussi le temps des grands savants pour la France qui se retrouve en bonne place dans le monde, avec des hommes tels que Louis Pasteur (microbiologie, vaccins), Marcellin Berthelot (chimie de synth\u00e8se, thermochimie), Claude Bernard (physiologie, m\u00e9decine exp\u00e9rimentale). L\u2019Universit\u00e9 n\u2019est plus, comme sous le Second Empire, le lieu de conf\u00e9rences mondaines pour grand public. Les \u00e9tudiants viennent nombreux, les professeurs font des cours magistraux qui honorent l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, la recherche r\u00e9alise des progr\u00e8s qui vont changer la vie quotidienne des hommes en une ou deux g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Pour les applications directes de ses travaux (dont la pasteurisation appliqu\u00e9e au vin), pour la passion qu\u2019il y a mise et pour l\u2019Institut qui porte son nom, Pasteur demeure le plus populaire de tous les savants du monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, mais la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9agi apr\u00e8s ce qui aurait tourn\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat, si Boulanger avait os\u00e9\u00a0! Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat, craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril 1889 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse Marguerite de Bonnemain (de m\u00e8che avec la police). Son prestige s\u2019effondre aussit\u00f4t. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande flibusterie du si\u00e8cle\u2026 De l\u2019or, de la boue et du sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2505\" class=\"cit-num\">2505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Libre Parole<\/em>, septembre\u00a01892.<em> Marinoni\u00a0: le fondateur de la presse moderne, 1823-1904<\/em> (2009), \u00c9ric Le Ray<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle affaire, nouveau scandale. Journaliste catholique, Drumont a d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 la finance juive dans un essai d\u2019histoire contemporaine en forme de pamphlet,<em> La France juive<\/em> (1886). Il fonde ensuite un journal d\u2019inspiration nationaliste et antis\u00e9mite, <em>La Libre Parole<\/em> (sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0La France aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb) et d\u00e9nonce le scandale de Panama. \u00ab\u00a0De l\u2019or, de la boue et du sang\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019affaire et titre du livre qu\u2019il lui consacrera (1896).<\/p>\n<p>De Lesseps a cr\u00e9\u00e9 en 1881 une compagnie pour le percement de l\u2019isthme. Des difficult\u00e9s techniques et bancaires l\u2019obligent \u00e0 demander de nouveaux fonds. Pour se lancer sur le march\u00e9 des obligations, il lui faut une loi \u2013 il ach\u00e8te les voix de parlementaires et de ministres. Trop tard. Sa compagnie est liquid\u00e9e (f\u00e9vrier\u00a01889), 800\u00a0000 souscripteurs sont touch\u00e9s. On tente d\u2019\u00e9touffer le scandale, mais une enqu\u00eate pour abus de confiance et escroquerie est lanc\u00e9e contre de Lesseps, p\u00e8re et fils.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 19 au 20\u00a0novembre\u00a01892, le suicide du baron Reinach, interm\u00e9diaire entre la Compagnie de Panama et le monde politique, met le feu aux poudres. \u00c0 la tribune de la Chambre, le d\u00e9put\u00e9 royaliste Jules Delahaye accuse sans les nommer 150 d\u00e9put\u00e9s d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s. La presse d\u00e9nonce les \u00ab\u00a0ch\u00e9quards\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0panamistes\u00a0\u00bb, dont Clemenceau. C\u2019est le plus gros scandale financier de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils [les ministres] tomberont de si bas que leur chute m\u00eame ne leur fera pas de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2507\" class=\"cit-num\">2507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Les Opinions de M. J\u00e9r\u00f4me Coignard<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps des crises s\u2019\u00e9ternise sous cette R\u00e9publique (surtout de\u00a01885 \u00e0\u00a01905) et le r\u00e9gime s\u2019y \u00e9puise lentement mais s\u00fbrement. Le personnel politique est toujours aussi m\u00e9diocre et l\u2019opinion publique se lasse des jeux de ces politiciens professionnels, \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb copains et coquins, secou\u00e9e de scandales p\u00e9riodiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2408\" class=\"cit-num\">2408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), titre de son journal cr\u00e9\u00e9 en 1877<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique il y a juste un demi-si\u00e8cle (sous la Restauration), arr\u00eat\u00e9 en 1871, condamn\u00e9 \u00e0 mort et amnisti\u00e9, cet infatigable socialiste reprend son activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00e0 72\u00a0ans. Son \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb deviendra la devise des anarchistes qui troubleront la Troisi\u00e8me pendant un quart de\u00a0si\u00e8cle. Les causes\u00a0? Souvenir de la Commune (1871), hostilit\u00e9 envers les partis politiques de gauche, haine et m\u00e9pris pour la bourgeoisie affairiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos mains sont couvertes de sang.<br>\u2014 Comme l\u2019est votre robe rouge\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2511\" class=\"cit-num\">2511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">HENRY<\/span> (1872-1894), r\u00e9pondant au pr\u00e9sident du tribunal, 27\u00a0avril 1894. <em>Historia<\/em> (octobre\u00a01968), \u00ab\u00a0L\u2019\u00c8re anarchiste\u00a0\u00bb, Maurice Duplay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois, il \u00e9pouse la cause anarchiste par id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout. Il a 19\u00a0ans quand sa bombe port\u00e9e pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose\u00a0: 5 morts, le 8\u00a0novembre\u00a01892. Nouvelle bombe au caf\u00e9 Terminus de la gare Saint-Lazare\u00a0: un mort, 20 bless\u00e9s, le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894.<\/p>\n<p>\u00c0 son proc\u00e8s, il proclame que l\u2019anarchie \u00ab\u00a0est n\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pourrie qui se disloque. Elle est partout, c\u2019est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et vous tuer.\u00a0\u00bb \u00c9mile Henry sera guillotin\u00e9 le 21\u00a0mai\u00a01894, criant \u00ab\u00a0Courage, camarades\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Le Figaro<\/em>, 25\u00a0novembre 1897<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zola commente la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, complexe et longue, commence fin septembre\u00a01894, quand une femme de m\u00e9nage fran\u00e7aise de l\u2019ambassade allemande, travaillant pour le Service de renseignements, d\u00e9couvre un bordereau prouvant la trahison d\u2019un officier de l\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais. Le 10\u00a0octobre, le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, ministre de la Guerre, met en cause Alfred Dreyfus. On lui fait faire une dict\u00e9e, il y a similitude entre son \u00e9criture et celle du bordereau en cause. Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894.<\/p>\n<p>Ni lui ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb. Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s sont ensuite mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue contre lui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897. <em>Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la plus grave crise pour le r\u00e9gime, divisant une France patriote et majoritairement antis\u00e9mite.<\/p>\n<p>M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse retentissante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation. \u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb dit Zola. Dreyfus sera graci\u00e9 (1899) et finalement r\u00e9habilit\u00e9 (1906) par le pr\u00e9sident \u00c9mile Loubet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissons au coq gaulois ces sables \u00e0 gratter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2526\" class=\"cit-num\">2526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SALISBURY<\/span> (1830-1903), Premier ministre anglais, 21\u00a0mars 1899.<em> Les Forces politiques au Cameroun r\u00e9unifi\u00e9<\/em> (1989), Joseph-Marie Zang-Atangana<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle du Sahara, \u00e0 la fin des n\u00e9gociations franco-anglaises sur la situation respective des deux grandes puissances en Afrique. C\u2019est la suite de l\u2019\u00ab\u00a0incident de Fachoda\u00a0\u00bb, en juillet\u00a01898.<\/p>\n<p>La France a envoy\u00e9 la mission Marchand sur le haut Nil (quelques grad\u00e9s et 250 travailleurs s\u00e9n\u00e9galais) pour devancer au Soudan l\u2019Angleterre (qui mobilise une arm\u00e9e anglo-\u00e9gyptienne de 20\u00a0000 hommes). Marchand, arriv\u00e9 le premier, a lev\u00e9 le drapeau tricolore \u00e0 Fachoda, mais suite \u00e0 un ultimatum de Londres, Delcass\u00e9, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, d\u00e9cide d\u2019\u00e9vacuer les lieux.<\/p>\n<p>Une vague d\u2019anglophobie rappelle la guerre de Cent Ans\u00a0! Mais la France a quand m\u00eame d\u2019autres probl\u00e8mes \u2013 \u00e0 commencer par l\u2019Affaire (Dreyfus). La convention franco-anglaise sign\u00e9e le 21\u00a0mars 1899 consacre le renoncement de la France sur le Nil, l\u2019Angleterre lui laissant cependant le Maroc et une portion de d\u00e9sert\u00a0: l\u2019orgueil national est froiss\u00e9, mais la raison l\u2019emporte et l\u2019Entente cordiale sera pr\u00e9cieuse dans les temps \u00e0 venir, contre l\u2019Allemagne qui est l\u2019adversaire commun des deux pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui les s\u00e9pare\u00a0? Leurs id\u00e9es. Ils en ont si peu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2535\" class=\"cit-num\">2535<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), ironisant \u00e0 la vue de deux d\u00e9put\u00e9s f\u00e2ch\u00e9s \u00e0 mort, ce qui ne les emp\u00eache pas de trinquer \u00e0 la buvette du Palais-Bourbon. <em>Nouveaux paysages de campagne<\/em> (1997), Philippe Alexandre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui les s\u00e9pare\u00a0? Leurs id\u00e9es. C\u2019est si peu de chose.\u00a0\u00bb Mais cela signifie exactement la m\u00eame chose, dans l\u2019esprit de Clemenceau.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique des d\u00e9put\u00e9s devient \u00ab\u00a0<em>La R\u00e9publique des camarades<\/em>\u00a0\u00bb. Comme l\u2019\u00e9crira Robert de Jouvenel dans ce livre dat\u00e9 de 1914\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a moins de diff\u00e9rence entre deux d\u00e9put\u00e9s dont l\u2019un est r\u00e9volutionnaire et l\u2019autre ne l\u2019est pas, qu\u2019entre deux r\u00e9volutionnaires, dont l\u2019un est d\u00e9put\u00e9 et l\u2019autre ne l\u2019est pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mod\u00e9r\u00e9e, puis radicale, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique a cr\u00e9\u00e9 tout \u00e0 la fois les r\u00e8gles du jeu parlementaire et le m\u00e9tier de d\u00e9put\u00e9 comme de ministre. D\u00e9cri\u00e9e, souvent compromise par les crises, scandales et autres affaires, elle constitue un \u00e9trange microcosme de camaraderie et de rivalit\u00e9s, voire de haines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont \u00e9trangl\u00e9 avec la cravate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2537\" class=\"cit-num\">2537<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">ADER<\/span> (1841-1925). <em>Lettre ouverte \u00e0 mon grand-p\u00e8re qui avait le tort d\u2019avoir raison<\/em> (1995), Marcel Jullian<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pionnier de l\u2019aviation avec le premier vol au monde d\u2019un m\u00e8tre de haut sur cinquante de long, sur <em>\u00c9ole\u00a0I<\/em>, petit monomoteur, en octobre\u00a01890. Une nouvelle d\u00e9monstration au camp de Satory en 1897 \u00e9choue en raison d\u2019un vent violent et le ministre de la Guerre ne donne pas suite \u00e0 sa commande. L\u2019ing\u00e9nieur et inventeur renonce en 1903, d\u00e9courag\u00e9 par l\u2019incompr\u00e9hension des politiques.<\/p>\n<p>Il a ce mot bien plus tard, quand on veut le consoler avec la \u00ab\u00a0cravate\u00a0\u00bb en le nommant commandeur de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Louis Bl\u00e9riot vengera Ader en traversant la Manche en avion (juillet\u00a01909) et Roland Garros, la M\u00e9diterran\u00e9e (septembre\u00a01913).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907.<em> La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fera partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc.<\/p>\n<p>Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, le gouvernement d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant Briand, devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb, alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau en personne, personnage bien diff\u00e9rent de Briand\u00a0! \u00c9tant au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc, radical d\u2019extr\u00eame gauche, impitoyable \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Donc, dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame et qu\u2019il assume\u00a0: \u00ab\u00a0premier flic de France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est b\u00eate, pue et crache partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2553\" class=\"cit-num\">2553<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1864-1910), <em>Journal<\/em>, 27 mars 1908<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On est loin de l\u2019empathie de Victor Hugo dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (et dans son parcours politique), ou d\u2019\u00c9mile Zola dans toute son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Cruel observateur de la soci\u00e9t\u00e9, Jules Renard n\u2019\u00e9pargne personne, pas plus le monde litt\u00e9raire dont il fait partie en marginal, que celui des ouvriers et de la mis\u00e8re qu\u2019il critique en connaissance de cause. Il a v\u00e9cu pauvrement et surtout malheureux, dans la peau de <em>Poil de carotte<\/em>, roman autobiographique d\u2019un enfant martyr \u00e0 force d\u2019\u00eatre mal aim\u00e9, mais qui lui apporta finalement le succ\u00e8s et l\u2019argent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2411\" class=\"cit-num\">2411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914). <em>Le Socialisme selon L\u00e9on Blum<\/em> (2003), David Frapet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste \u00e0 la fois internationaliste et pacifiste, il va vivre dramatiquement l\u2019approche de la guerre de 1914, cherchant appui aupr\u00e8s du mouvement ouvrier pour l\u2019\u00e9viter, avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 le 31\u00a0juillet 1914 par un nationaliste. Ce que n\u2019a pas su faire la R\u00e9publique, cahotant de crises en \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb en scandales, la guerre l\u2019accomplit alors\u00a0: l\u2019union sacr\u00e9e des Fran\u00e7ais, l\u2019unit\u00e9 nationale retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-11.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">3\/ <span class=\"caps\">PREMIERE<\/span> <span class=\"caps\">GUERRE<\/span> <span class=\"caps\">MONDIALE<\/span> (1914-1918)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 76\u00a0ans, il est appel\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement et en dernier recours par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917). Jusque-l\u00e0, le Tigre s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires\u00a0: tr\u00e8s oppos\u00e9 \u00e0 la dictature de fait du mar\u00e9chal Joffre, le grand homme de la France jusqu\u2019en 1916, comme aux ministres de la Guerre qui se succ\u00e8dent \u2013\u00a0Millerand le premier, qui couvrait Joffre sans le contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, et devenue d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9, \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays et m\u00e9ritera son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu que les civils tiennent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2572\" class=\"cit-num\">2572<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Louis <span class=\"caps\">FORAIN<\/span> (1852-1931), l\u00e9gende d\u2019une caricature. <em>La Guerre lib\u00e9ratrice<\/em> (1918), Alexandre Millerand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Propos souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 pendant la guerre de 1914-1918\u00a0: ironie, certes, mais dans un pays en guerre, le moral de l\u2019arri\u00e8re est aussi important que celui du front. Il varie beaucoup, passant du meilleur au pire (en 1917), avant de se ressaisir. Presque tous les pays connaissent \u00e0 peu pr\u00e8s en m\u00eame temps cette \u00e9volution. Au total, 10\u00a0millions de civils p\u00e9riront directement ou indirectement de cette guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon centre c\u00e8de, ma droite recule, situation excellente, j\u2019attaque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2590\" class=\"cit-num\">2590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">FOCH<\/span> (1851-1929), Message au <span class=\"caps\">GQG<\/span> (Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral), pendant la premi\u00e8re bataille de la Marne, du 6 au 9\u00a0septembre 1914. <em>Le Mar\u00e9chal Foch<\/em> (1918), Contamine de Latour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour Foch, une bataille se perd moralement, mais se gagne de m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Une bataille gagn\u00e9e, c\u2019est une bataille dans laquelle on ne veut pas s\u2019avouer vaincu.\u00a0\u00bb La d\u00e9faite semblait certaine. Il la refuse. D\u2019o\u00f9 ce t\u00e9l\u00e9graphe envoy\u00e9 \u00e0 Joffre.<\/p>\n<p>Au moment le plus critique, le g\u00e9n\u00e9ralissime l\u2019a mis \u00e0 la t\u00eate de la <span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0arm\u00e9e. Quatre jours de bataille acharn\u00e9e, auxquels participent les fameux taxis de la Marne\u00a0: 1\u00a0100 chauffeurs r\u00e9quisitionn\u00e9s ont conduit sur le front 5\u00a0000 hommes de la 7e\u00a0<span class=\"caps\">DI<\/span> (division d\u2019infanterie). Le Tr\u00e9sor public versera 70\u00a0102\u00a0francs \u00e0 la compagnie des taxis <span class=\"caps\">G7<\/span>, appartenant au comte Andr\u00e9 Walewski (petit-fils de Napol\u00e9on\u00a0Ier)\u00a0: c\u2019est lui qui a qui a eu l\u2019id\u00e9e de cette op\u00e9ration, parfaitement men\u00e9e par Gallieni, gouverneur de Paris.<\/p>\n<p>Cette victoire sauve de justesse la capitale de l\u2019assaut allemand, et redonne tout son prestige \u00e0 Joffre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout les morts\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2593\" class=\"cit-num\">2593<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adjudant <span class=\"caps\">P\u00c9RICARD<\/span> (1876-1944) du 95e <span class=\"caps\">RI<\/span> (r\u00e9giment d\u2019infanterie), 8\u00a0avril 1915. Fait rapport\u00e9 par Maurice Barr\u00e8s,<em> L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em> du 18\u00a0novembre 1915<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019attaque de la Wo\u00ebvre (plaine \u00e0 l\u2019ouest de la Lorraine), les Allemands ont envahi la tranch\u00e9e, les soldats fran\u00e7ais gisent \u00e0 terre. De cet amas de bless\u00e9s et de cadavres, soudain un homme se soul\u00e8ve et crie. \u00c0 cet appel, les bless\u00e9s se redressent et chassent l\u2019envahisseur.<\/p>\n<p>Par cette citation \u00e9pique et mystique, l\u2019adjudant de 36\u00a0ans, engag\u00e9 volontaire, entre dans la l\u00e9gende en h\u00e9ros. Durant l\u2019entre-deux-guerres, devenu p\u00e8re de dix enfants, c\u2019est un \u00ab\u00a0ancien combattant\u00a0\u00bb qui r\u00e9unit 6\u00a0000 t\u00e9moignages de poilus dans un ouvrage collectif\u00a0: <em>Verdun 1914-1918.<\/em><\/p>\n<p>Joffre doit rompre le front pour reprendre la guerre de mouvement en terrain libre et il multiplie les attaques. Bilan des op\u00e9rations, en 1915\u00a0: 250\u00a0000 morts fran\u00e7ais (autant de bless\u00e9s et de prisonniers), pour des gains de terrain insignifiants\u00a0: \u00ab\u00a0Je les grignote.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Verdun est le c\u0153ur de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2595\" class=\"cit-num\">2595<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1859-1941), empereur d\u2019Allemagne, 14\u00a0f\u00e9vrier 1916. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de Verdun, 1917<\/em> (1917), Gaston Jollivet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1916. Nouvelle ann\u00e9e de batailles ind\u00e9cises et sanglantes dont le plus terrible exemple est Verdun. Le g\u00e9n\u00e9ral en chef allemand Falkenhayn a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019en emparer. Le Kaiser adresse \u00e0 ses troupes une proclamation glorifiant l\u2019attaque imminente\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, Guillaume, je vois la Patrie allemande contrainte \u00e0 l\u2019offensive. Le peuple veut la paix\u00a0; mais pour \u00e9tablir la paix, il faut savoir clore la guerre par une bataille d\u00e9cisive. C\u2019est \u00e0 Verdun, c\u0153ur de la France, que vous cueillerez le fruit de vos peines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi, Verdun\u00a0? Raisons\u00a0tactiques, strat\u00e9giques, logistiques, politiques\u2026 et psychologiques. La prise de Verdun, ce serait l\u2019effondrement du moral de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Verdun n\u2019est pas seulement la grande forteresse de l\u2019Est destin\u00e9e \u00e0 barrer la route \u00e0 l\u2019invasion, c\u2019est le boulevard moral de la France\u00a0\u00bb, dira le mar\u00e9chal P\u00e9tain.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais d\u00e9fient les Allemands\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne passeront pas.\u00a0\u00bb L\u2019offensive commence le 21 f\u00e9vrier. D\u00e9luge de feu. La perc\u00e9e allemande \u00e9choue de peu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courage\u00a0! On les aura\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2597\" class=\"cit-num\">2597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">P\u00c9TAIN<\/span> (1856-1951), derniers mots de l\u2019Ordre du jour r\u00e9dig\u00e9 le 10\u00a0avril 1916.<em> Verdun, 1914-1918<\/em> (1996), Alain Denizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0arm\u00e9e, P\u00e9tain prend la direction des op\u00e9rations apr\u00e8s la premi\u00e8re offensive allemande, r\u00e9organise le commandement et le ravitaillement des troupes par la Voie sacr\u00e9e (qui relie Verdun \u00e0 Bar-le-Duc). L\u2019\u00e9quilibre des forces est r\u00e9tabli et la br\u00e8che colmat\u00e9e. Il redonne confiance aux \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb et m\u00eame s\u2019il n\u2019obtient pas les renforts demand\u00e9s, il impose que les troupes soient p\u00e9riodiquement remplac\u00e9es \u2013 syst\u00e8me du \u00ab\u00a0tourniquet\u00a0\u00bb en vertu de quoi 70\u00a0% de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb Verdun.<\/p>\n<p>Dix mois de batailles de tranch\u00e9es, bombes, lance-flammes, gaz asphyxiants. Chaque jour, 500\u00a0000 obus de la Ve\u00a0arm\u00e9e allemande pour \u00ab\u00a0saigner \u00e0 blanc l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, 80\u00a0% des pertes venant de l\u2019artillerie. Chaque unit\u00e9 perdra plus de la moiti\u00e9 de ses effectifs \u2013 162\u00a0000 morts et 216\u00a0000 bless\u00e9s, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. Saign\u00e9e comparable chez l\u2019ennemi. Dans l\u2019\u00ab\u00a0enfer de Verdun\u00a0\u00bb \u2013 le mot est juste\u00a0-, la r\u00e9sistance fran\u00e7aise devient aux yeux du monde un exemple d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de t\u00e9nacit\u00e9, demeurant une page de l\u2019histoire de France et un symbole pour des g\u00e9n\u00e9rations. Cependant que P\u00e9tain reste comme le vainqueur de Verdun. Mais pour \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb ainsi les Allemands, la guerre d\u2019usure a d\u00e9pass\u00e9 les forces physiques, morales, militaires du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2602\" class=\"cit-num\">2602<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Colonel Charles E. <span class=\"caps\">STANTON<\/span> (1859-1933), Cimeti\u00e8re de Picpus (Paris), 4\u00a0juillet 1917. \u00c9galement attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral Pershing (1860-1948). <em>La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0: l\u2019entr\u00e9e en guerre des \u00c9tats-Unis, avril\u00a01917<\/em> (2007), Minist\u00e8re de la D\u00e9fense<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019Am\u00e9rique venue payer sa dette d\u2019honneur \u00e0 la France des Lumi\u00e8res, le jour de la f\u00eate nationale des \u00c9tats-Unis (<em>Independence Day<\/em>). Phrase prononc\u00e9e sur la tombe de La Fayette, le H\u00e9ros des deux mondes, g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais volontaire dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine en 1777. La solidarit\u00e9 franco-am\u00e9ricaine va de nouveau jouer, dans la d\u00e9fense de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 28\u00a0juin, la premi\u00e8re division am\u00e9ricaine d\u00e9barque \u00e0 Saint-Nazaire\u00a0: 14\u00a0500 hommes, qui seront 365\u00a0000 en d\u00e9cembre. Intervention d\u00e9cisive en cette ann\u00e9e charni\u00e8re o\u00f9 tous les pays en guerre sont en crise (morale, politique, sociale, militaire).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons vaincre pour \u00eatre justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2604\" class=\"cit-num\">2604<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9claration minist\u00e9rielle du 20\u00a0novembre 1917. <em>Discours de guerre<\/em> (1968), Georges Clemenceau, Soci\u00e9t\u00e9 des amis de Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 16 novembre, appel\u00e9 en dernier recours par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9, il forme un nouveau gouvernement, accept\u00e9 par une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s, le 20\u00a0novembre. Clemenceau le \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb va devenir \u00e0 76 ans le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb, exer\u00e7ant une v\u00e9ritable dictature, avec supr\u00e9matie du pouvoir civil sur le militaire. Il incarne une r\u00e9publique jacobine, au patriotisme ardent, anim\u00e9 par la volont\u00e9 de se battre jusqu\u2019au bout, mais autrement. Il commence, en d\u00e9cembre, par poursuivre les politiciens d\u00e9faitistes, Malvy, mais aussi et surtout Caillaux, ex-pr\u00e9sident du Conseil, accus\u00e9 d\u2019intelligence avec l\u2019ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma formule est la m\u00eame partout. Politique int\u00e9rieure\u00a0? Je fais la guerre. Politique \u00e9trang\u00e8re\u00a0? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2606\" class=\"cit-num\">2606<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 8\u00a0mars 1918. <em>Le V\u00e9ritable Clemenceau<\/em> (1920), Ernest Judet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019exprime, \u00e0 la tribune\u00a0: \u00ab\u00a0Moi aussi j\u2019ai le d\u00e9sir de la paix le plus t\u00f4t possible et tout le monde la d\u00e9sire, il serait un grand criminel celui qui aurait une autre pens\u00e9e, mais il faut savoir ce qu\u2019on veut. Ce n\u2019est pas en b\u00ealant la paix qu\u2019on fait taire le militarisme prussien.\u00a0\u00bb Un tel discours, dans un tel moment, ce n\u2019est plus un homme politique qui parle en orateur, mais un boulet de canon qui vise l\u2019ennemi. Il r\u00e9pond ici \u00e0 une interpellation d\u2019\u00c9mile Constant, au sujet de proc\u00e8s intent\u00e9s pour d\u00e9faitisme et de campagnes de presse men\u00e9es contre tel ou tel d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>La situation est de nouveau grave. L\u2019Allemagne, sur le front ouest, a re\u00e7u le renfort des 700\u00a0000 hommes lib\u00e9r\u00e9s du front russe (apr\u00e8s l\u2019armistice des Soviets). Hindenburg et Ludendorff vont d\u00e9clencher la grande bataille de France, sans attendre que l\u2019Entente (France et Angleterre) re\u00e7oive la suite des renforts am\u00e9ricains pr\u00e9vus pour juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Allemagne peut \u00eatre battue, l\u2019Allemagne doit \u00eatre battue, l\u2019Allemagne sera battue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2607\" class=\"cit-num\">2607<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">PERSHING<\/span> (1860-1948), au g\u00e9n\u00e9ralissime Foch. <em>The Story of General Pershing<\/em> (2009), Everett Titsworth Tomlinson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant en chef de l\u2019<span class=\"caps\">AEF<\/span> (<em>American Expeditionary Force<\/em>, corps exp\u00e9ditionnaire am\u00e9ricain) \u00e0 partir de novembre\u00a01917, il s\u2019adresse \u00e0 Foch qui reprend le commandement de toutes les forces alli\u00e9es avec l\u2019appui de Clemenceau, le 26\u00a0mars 1918.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 de commandement s\u2019imposait, pour contrer l\u2019assaut allemand du 21\u00a0mars qui a rompu le front des alli\u00e9s sur 50\u00a0km, avec une perc\u00e9e \u00ab\u00a0en \u00e9ventail\u00a0\u00bb cr\u00e9ant la poche de Montdidier. Preuve que la guerre peut encore \u00eatre perdue\u00a0! Mais ce sera un mal pour un bien\u00a0: l\u2019Am\u00e9rique accepte de servir sous les ordres d\u2019une autre arm\u00e9e, avant d\u2019acqu\u00e9rir son autonomie sur une op\u00e9ration militaire parfaitement organis\u00e9e, \u00e0 la bataille du Saillant de Saint-Mihiel en septembre. Un cimeti\u00e8re am\u00e9ricain rappelle les 4\u00a0518 soldats de l\u2019<span class=\"caps\">AEF<\/span> inhum\u00e9s en Meurthe-et-Moselle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me battrai devant Paris, je me battrai dans Paris, je me battrai derri\u00e8re Paris\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2609\" class=\"cit-num\">2609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), printemps 1918. <em>Les Grandes Heures de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Robert Aron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019offensive allemande du 27\u00a0mai sur le Chemin des Dames (lieu de sanglante m\u00e9moire) enfonce en quelques heures les positions franco-anglaises, fait une avanc\u00e9e de 20\u00a0km en un jour, franchit bient\u00f4t l\u2019Aisne et la Marne, cr\u00e9ant une nouvelle \u00ab\u00a0poche\u00a0\u00bb de 70\u00a0km sur 50.<\/p>\n<p>Foch, un moment contest\u00e9, est sauv\u00e9 par Clemenceau. Et les Alli\u00e9s re\u00e7oivent d\u2019Am\u00e9rique les renforts pr\u00e9vus, en hommes et en mat\u00e9riel. D\u2019o\u00f9 la contre-offensive men\u00e9e par Foch\u00a0: seconde bataille de la Marne, d\u00e9clench\u00e9e le 18\u00a0juillet. Les chars d\u2019assaut (tanks) sont pour la premi\u00e8re fois utilis\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle. Ils enfoncent les barbel\u00e9s allemands en un rien de temps. Cette fois, la victoire est plus rapide qu\u2019esp\u00e9r\u00e9\u00a0: la guerre d\u2019usure a physiquement et moralement atteint l\u2019arm\u00e9e allemande. D\u00e9faite le 8\u00a0ao\u00fbt \u00e0 Montdidier, elle commence une retraite g\u00e9n\u00e9rale. Malgr\u00e9 tout, ce ne sera jamais la d\u00e9b\u00e2cle, seulement le recul pied \u00e0 pied, sur le terrain peu \u00e0 peu reconquis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Honneur \u00e0 nos grands morts [\u2026] Gr\u00e2ce \u00e0 eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd\u2019hui soldat de l\u2019humanit\u00e9, sera toujours soldat de l\u2019id\u00e9al.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2613\" class=\"cit-num\">2613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours \u00e9crit et parl\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 11\u00a0novembre 1918. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1979), Paul Ducatel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour la France, c\u2019est le P\u00e8re la Victoire, qui lui a donn\u00e9 le courage de vaincre. Pour les Alli\u00e9s, la France qui a fourni l\u2019effort de guerre essentiel ressort aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019un immense prestige.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-fin-de-la-troisieme-republique-et-seconde-guerre-mondiale\/\">Lire la suite\u00a0: les punchlines de la fin de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 la Seconde Guerre mondiale<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0! Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia). 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