{"id":9055,"date":"2021-06-21T00:00:00","date_gmt":"2021-06-20T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique-et-second-empire\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:07","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:07","slug":"les-punchlines-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique-et-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-restauration-monarchie-de-juillet-deuxieme-republique-et-second-empire\/","title":{"rendered":"Les punchlines (Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et Second Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4>\n<p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p>\n<p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p>\n<p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p>\n<p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p>\n<p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<\/p>\n<p>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p>\n<p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p>\n<p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">III<\/span>. Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et Second Empire<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span> (1814-1830)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019exactitude est la politesse des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1907\" class=\"cit-num\">1907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>M\u00e9moires de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span><\/em> (1832), \u00c9tienne L\u00e9on Lamothe-Langon (baron de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9\u00a0: d\u2019apr\u00e8s les souvenirs du banquier Jacques Laffitte, c\u2019est la phrase favorite du roi. \u00c9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, il a lui-m\u00eame attendu plus de vingt ans apr\u00e8s la mort de son royal fr\u00e8re (Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>) pour r\u00e9gner \u00e0 son tour. Cas de force majeure, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> fera encore attendre quelques jours la France, ratant son rendez-vous avec l\u2019histoire, clou\u00e9 \u00e0 Calais par une crise de goutte, le 12\u00a0avril 1814.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Congr\u00e8s ne marche pas, mais il danse.\u00a0\u00bb<span id=\"1920\" class=\"cit-num\">1920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814), au Congr\u00e8s de Vienne, 1814. <em>De la r\u00e9organisation de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne<\/em> (1925), Augustin Thierry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9 de 80\u00a0ans, Charles-Joseph de Ligne, feld-mar\u00e9chal autrichien devenu un cosmopolite \u00e9clair\u00e9, li\u00e9 avec toutes les \u00e9lites de son temps, de Voltaire \u00e0 Goethe, parle ainsi du Congr\u00e8s r\u00e9uni \u00e0 Vienne de septembre\u00a01814 \u00e0 juin\u00a01815. Son but\u00a0: \u00e9tablir une paix durable et refaire la carte politique de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Outre les souverains, les princes et les hommes d\u2019\u00c9tat, les diplomates et les observateurs, une foule d\u2019intrigants et de jolies femmes sont au rendez-vous viennois. Le prince de Metternich, chancelier d\u2019Autriche (chef du gouvernement) et ma\u00eetre des lieux, organise une succession de f\u00eates et r\u00e9ceptions, bals et concerts, op\u00e9ras et revues militaires. Le plaisir est roi, mis en sc\u00e8ne \u00e0 la fran\u00e7aise ou \u00e0 la viennoise. Mais le Congr\u00e8s travaille aussi et Talleyrand y veille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb<span id=\"1921\" class=\"cit-num\">1921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au Congr\u00e8s de Vienne, octobre\u00a01814. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1908), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 en fran\u00e7ais, ce mot figure dans beaucoup de dictionnaires \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Il faut solder ce que les historiens appelleront la seconde guerre de Cent Ans\u00a0: de 1688 \u00e0 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l\u2019Angleterre sept grandes guerres qui dur\u00e8rent en tout soixante ans, notre pays \u00e9tant finalement le perdant de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, diplomate \u00e9m\u00e9rite, attentif aux moindres d\u00e9tails, Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un texte. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815.<em> Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent jours, come-back le plus stup\u00e9fiant de l\u2019histoire\u00a0! Napol\u00e9on, de retour de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate, \u00e0 60\u00a0ans. Talleyrand est furieux, cela remet en question le (premier) trait\u00e9 de Paris o\u00f9 il a sauv\u00e9 tout ce qui pouvait l\u2019\u00eatre, en s\u00e9parant les Alli\u00e9s par des man\u0153uvres de coulisses.<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 qui est souvent son complice pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Waterloo, derni\u00e8re d\u00e9faite de sinistre m\u00e9moire. Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable com\u00e9die (de boulevard et non historique) titr\u00e9e Le Mot de Cambronne.<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La garde meurt et ne se rend pas.\u00a0\u00bb<span id=\"1945\" class=\"cit-num\">1945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), paroles grav\u00e9es sur le socle en granit de sa statue \u00e0 Nantes (sa ville natale).<em> La Garde meurt et ne se rend pas\u00a0: histoire d\u2019un mot historique<\/em> (1907), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont bien grav\u00e9s au pied de sa statue \u2013 et non\u00a0: \u00ab\u00a0La garde meurt mais ne se rend pas.\u00a0\u00bb Il n\u2019est cependant pas s\u00fbr que cette phrase ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Waterloo. Cambronne en personne l\u2019a d\u00e9menti\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu dire \u2018la Garde meurt et ne se rend pas\u2019, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Pierre Levot, <em>Biographie bretonne<\/em>, 1900).<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb lanc\u00e9 dans le feu de l\u2019action est sans doute plus authentique, m\u00eame si le g\u00e9n\u00e9ral en refusa \u00e9galement la paternit\u00e9. En tout cas, Napol\u00e9on vaincu dans la \u00ab\u00a0morne plaine\u00a0\u00bb fut contraint d\u2019ordonner la retraite de la garde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Flaubert s\u2019amuse \u00e0 reprendre les deux mots suppos\u00e9s de Cambronne sans \u00e9crire le fameux \u00ab\u00a0Merde\u00a0!\u00a0\u00bb La plus grande d\u00e9faite de Napol\u00e9on fera sa gloire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, droit au c\u0153ur\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1965\" class=\"cit-num\">1965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), commandant lui-m\u00eame son peloton d\u2019ex\u00e9cution, 7\u00a0d\u00e9cembre 1815. Son mot de la fin. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berryer, son avocat, n\u2019a pas pu sauver le \u00ab\u00a0Brave des Braves\u00a0\u00bb, coupable de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur sous les Cent-Jours, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ramener \u00ab\u00a0l\u2019usurpateur dans une cage de fer\u00a0\u00bb. Il est \u00e0 pr\u00e9sent victime d\u00e9sign\u00e9e de la Terreur blanche, cette r\u00e9action ultra qui effraie Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> lui-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France apr\u00e8s les Cent-Jours, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter ce 7\u00a0juillet 1815 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration fut lui-m\u00eame ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, mais Fouch\u00e9 le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide (d\u00e9put\u00e9 de la Convention, il a vot\u00e9 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019a plus gu\u00e8re de r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques<\/em>, Historama (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi parle du futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, il a l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 impopulaire sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il se faisait remarquer par sa conduite l\u00e9g\u00e8re et ses folles d\u00e9penses, \u00e0 l\u2019image de sa belle-s\u0153ur, Marie-Antoinette. De retour en France apr\u00e8s vingt-cinq ans d\u2019exil, il va accumuler les erreurs politiques, sous cette Restauration malgr\u00e9 tout fragile.<\/p>\n<p>Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion \u2013 il deviendra d\u00e9vot, faisant le v\u0153u de chastet\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1804 \u00e0 la mort de sa derni\u00e8re ma\u00eetresse, Louise d\u2019Esparb\u00e8s, grand amour de sa vie. Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, il est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra)\u00a0: \u00ab\u00a0Que voulez-vous\u00a0? Il a conspir\u00e9 contre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il a conspir\u00e9 contre moi, il conspirera contre lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb Encore un mot d\u2019humour de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> parlant au duc de Richelieu, pr\u00e9sident du Conseil en 1821.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aimerais mieux scier du bois que de r\u00e9gner \u00e0 la fa\u00e7on du roi d\u2019Angleterre.\u00a0\u00bb<span id=\"1996\" class=\"cit-num\">1996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire sa volont\u00e9 de s\u2019affranchir de la Charte que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> a certes \u00ab\u00a0octroy\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 ses sujets, mais qui comporte des garanties contre les abus de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019Angleterre reste le mod\u00e8le de cette monarchie constitutionnelle, ch\u00e8re aux philosophes des Lumi\u00e8res du\u00a0 <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X ne s\u2019est jamais initi\u00e9 aux id\u00e9es de son temps et ne saurait se plier aux r\u00e8gles du gouvernement repr\u00e9sentatif. Cet homme charmant, toujours jeune d\u2019allure \u00e0 67\u00a0ans et populaire pendant quelques mois, n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament d\u2019un monarque absolu et moins encore d\u2019un tyran. Mais il reste un homme de l\u2019Ancien R\u00e9gime, entour\u00e9 de courtisans qui font \u00e9cran entre le roi et son peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 chacun selon sa capacit\u00e9, \u00e0 chaque capacit\u00e9 selon ses \u0153uvres, plus d\u2019h\u00e9ritage\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2014\" class=\"cit-num\">2014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>Doctrine de Saint-Simon\u00a0: Exposition. Premi\u00e8re ann\u00e9e<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019initiateur du socialisme (utopique) \u00e0 la fran\u00e7aise est mort depuis quatre ans. Mais le socialisme (dit utopique) fait son chemin petit \u00e0 petit dans le pays o\u00f9 les id\u00e9es nouvelles se diffusent, malgr\u00e9 toutes les censures.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement J\u00e9sus-Christ \u00e9tait fils de Dieu, mais encore il \u00e9tait d\u2019excellente famille du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2000\" class=\"cit-num\">2000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mgr Hyacinthe-Louis de <span class=\"caps\">QU\u00c9LEN<\/span> (1778-1839), 125e archev\u00eaque de Paris (de 1821 \u00e0 sa mort). <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot lui est attribu\u00e9. Chacun a naturellement \u00e0 c\u0153ur de mettre J\u00e9sus dans son camp\u00a0: sous la R\u00e9volution, Chabot, capucin d\u00e9froqu\u00e9, en fit le premier sans-culotte de l\u2019histoire\u00a0! Pour le r\u00e9volutionnaire Camille Desmoulins condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, le plus illustre supplici\u00e9 fut aussi une r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>L\u2019archev\u00eaque de Paris se situe aux antipodes de l\u2019\u00e9chiquier politique. Tr\u00e8s en cour aupr\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, puis de Charles X, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise contre le po\u00e8te et dramaturge Casimir Delavigne en 1824, il attribua cet honneur \u00e0 la religion et non \u00e0 ses titres acad\u00e9miques, dans son discours de r\u00e9ception. Membre de la Chambre des Pairs, incarnation de l\u2019Ancien R\u00e9gime, il l\u00e2cha en plein sermon cette formule propre \u00e0 s\u00e9duire les fid\u00e8les, comme \u00e0 scandaliser lib\u00e9raux et r\u00e9publicains. Moins bien vu sous la Monarchie de Juillet qui le consid\u00e8re comme (trop) l\u00e9gitimiste, il demeure archev\u00eaque, Dieu merci\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Cour rend des arr\u00eats, et non pas des services.\u00a0\u00bb<span id=\"2001\" class=\"cit-num\">2001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">S\u00c9GUIER<\/span> (1768-1848), r\u00e9ponse au garde des Sceaux Peyronnet lui demandant d\u2019arranger les choses,\u00a0 dans un proc\u00e8s contre la presse, janvier\u00a01826.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1839), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier pr\u00e9sident de la Cour de Paris de 1811 \u00e0 1848, il donne une fin de non-recevoir \u00e0 cette requ\u00eate du garde des Sceaux, alors que le gouvernement est pr\u00e9cis\u00e9ment accus\u00e9 d\u2019avoir fait pression sur certains juges. Et il se prononce en faveur des deux journaux impliqu\u00e9s,<em> Le Constitutionnel<\/em> et <em>Le Courrier<\/em>. La Compagnie de J\u00e9sus (les J\u00e9suites) \u00e9tait en cause et le roi avait fait pression en leur faveur, en vain.<\/p>\n<p>La presse lib\u00e9rale est trop heureuse de r\u00e9p\u00e9ter le mot qui a fi\u00e8re allure. Le magistrat niera d\u2019ailleurs l\u2019avoir dit dans une lettre \u00e0 Peyronnet, en 1828. Peut-\u00eatre par crainte d\u2019\u00eatre mal not\u00e9. Car S\u00e9guier n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendant face au pouvoir. Il fit m\u00eame preuve de servilit\u00e9, mais la post\u00e9rit\u00e9 a retenu le meilleur, et le mot est souvent repris, dans les proc\u00e8s qui touchent \u00e0 la politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un m\u00e9chant, un infid\u00e8le, un tra\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2006\" class=\"cit-num\">2006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HUSSEIN<\/span> <span class=\"caps\">DEY<\/span> d\u2019Alger (vers 1765-1838), 30\u00a0avril 1827.<em> La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joignant le geste \u00e0 la parole, il frappe trois fois de son chasse-mouches Pierre Deval, consul de France dont le gouvernement refuse de payer des fournitures de bl\u00e9s qui datent du Consulat et de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Le Dey refuse de pr\u00e9senter des excuses. Ce qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un fait divers va d\u00e9boucher sur la guerre\u00a0:\u00a0\u00a0 l\u2019incident diplomatique venant aggraver des relations d\u00e9j\u00e0 tendues avec l\u2019Alg\u00e9rie sert en effet de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019intervention de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas monter en charrette comme mon fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2012\" class=\"cit-num\">2012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), hant\u00e9 par le souvenir de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> guillotin\u00e9 en 1793.<em> La Cour de Charles\u00a0X<\/em> (1892), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exemple de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 devenu un roi martyr le confortait dans sa politique ultraroyaliste. N\u2019est-ce pas sa faiblesse et ses concessions qui l\u2019ont perdu\u00a0? Charles\u00a0X assimile les Girondins de la R\u00e9volution aux lib\u00e9raux de plus en plus agressifs, sous la Restauration. Sa peur devient obsessionnelle.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span> (1830-1848)<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer.\u00a0\u00bb<span id=\"2061\" class=\"cit-num\">2061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), lithographie publi\u00e9e dans<em> La Caricature<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au centre du dessin, trois morts sortent d\u2019une tombe pour dire ces mots. \u00c0 droite, une croix porte l\u2019inscription \u00ab\u00a0Morts pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 gauche, une colonne affiche la date des \u00ab\u00a027-28-29\u00a0juillet 1830\u00a0\u00bb (\u00e9voquant le G\u00e9nie de la Bastille, monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes de cette r\u00e9volution). Au lointain, on devine une charge furieuse contre des manifestants.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution de 1830 est l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves (les Trois Glorieuses journ\u00e9es) et les moins sanglantes\u00a0: 1\u00a0800 morts chez les insurg\u00e9s, environ 200 dans la troupe. Mais la r\u00e9publique a bel et bien \u00e9t\u00e9 escamot\u00e9e sous le nez des r\u00e9publicains, les cocus de l\u2019histoire qui se rappellent la le\u00e7on et ne rateront pas leur prochaine r\u00e9volution, en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant.\u00a0\u00bb<span id=\"2069\" class=\"cit-num\">2069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9meute des canuts, 22\u00a0novembre\u00a01831. <em>Histoire du mouvement ouvrier<\/em>, tome\u00a0I (1948), \u00c9douard Doll\u00e9ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi la devise inscrite sur leur drapeau noir, symbole de l\u2019anarchie. Mais la r\u00e9volte des ouvriers de la soie est d\u2019origine \u00e9conomique et non politique.<\/p>\n<p>Les soyeux (fabricants) ne respectent pas le nouveau tarif des salaires, sign\u00e9 par leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dont ils contestent le mandat. Commencent alors les \u00ab\u00a0trois glorieuses du prol\u00e9tariat lyonnais\u00a0\u00bb\u00a0: gr\u00e8ve, puis insurrection. Au matin du 22\u00a0novembre, les canuts de la Croix-Rousse descendent sur la ville en criant leur r\u00e9volte. Ils se retrouvent sans le vouloir ma\u00eetres de Lyon, vid\u00e9e de sa garnison qui risquait de pactiser avec les insurg\u00e9s. Premi\u00e8re grande gr\u00e8ve de notre histoire\u00a0: \u00e9chec total, mais elle fera \u00e9cole et reste toujours vivante dans la m\u00e9moire collective, avec la <em>Complainte des canuts<\/em>, chanson d\u2019Aristide Bruant, auteur anarchiste \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019un populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo immortalise dans cette fresque historique la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cr\u00e9ateur du catholicisme social, soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9vangile, Lamennais profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse en 1830, et lance le journal<em> L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique <em>Mirari vos<\/em> (1832). Pour le pape, souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une grave crise de conscience, il rompt avec l\u2019\u00c9glise pour n\u2019\u00eatre plus que socialiste \u2013 ses deux amis se\u00a0 soumettent, sans abandonner leur action g\u00e9n\u00e9reuse. Lamennais publie ses <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> sous forme de versets comme la Bible, et y affirme son socialisme\u00a0: Dieu veut l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 et la fraternit\u00e9 des hommes. \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pain que les peuples doivent gagner \u00e0 la sueur de leur front\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il encore pour encourager le peuple au combat contre tous ceux qui l\u2019oppriment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la Marseillaise du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb, dit-on alors. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage que je n\u2019aie pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9, j\u2019aurais pu faire gr\u00e2ce\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2086\" class=\"cit-num\">2086<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), apr\u00e8s l\u2019attentat de Fieschi, 28\u00a0juillet 1835. <em>Le Roi Louis-Philippe, vie anecdotique<\/em> (1891), marquis de Flers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Giuseppe Fieschi, condamn\u00e9 pour vol et escroquerie en Corse, vint \u00e0 Paris et fut un temps agent secret de la police. Pouss\u00e9 par les r\u00e9publicains, il pr\u00e9pare un attentat. Le jour o\u00f9 Louis-Philippe se rend \u00e0 la Bastille pour f\u00eater sa r\u00e9volution (les Trois Glorieuses de juillet\u00a01830), la machine infernale \u00e9clate et fait 18 morts (dont le mar\u00e9chal Mortier), mais le roi et sa famille ne sont pas touch\u00e9s.<\/p>\n<p>Le parti de la R\u00e9sistance, sous l\u2019impulsion de Thiers, ne va pas rater l\u2019occasion\u00a0: lois r\u00e9pressives de septembre\u00a01835 contre les d\u00e9lits de presse et la propagande anticonstitutionnelle. C\u2019est la fin de la politique lib\u00e9rale, et le v\u00e9ritable tournant du r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne tombe jamais que du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on penche.\u00a0\u00bb<span id=\"2094\" class=\"cit-num\">2094<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0mai 1837. <em>Histoire de la Monarchie de Juillet<\/em> (1888), Paul Thureau-Dangin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Repla\u00e7ons cette phrase dans son contexte, en rappelant d\u2019abord son p\u00e8re, avocat protestant, guillotin\u00e9 sous la Terreur, sa famille forc\u00e9e \u00e0 l\u2019exil et lui-m\u00eame professeur d\u2019histoire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019accepte 1791 et 1792\u00a0; les ann\u00e9es suivantes m\u00eames, je les accepte dans l\u2019histoire, mais je ne les veux pas dans l\u2019avenir [\u2026] et je me fais un devoir, un devoir de conscience, d\u2019avertir mon pays toutes les fois que je le vois pencher de ce c\u00f4t\u00e9. Messieurs, on ne tombe jamais\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces mots, pr\u00e9monitoires de la fin d\u2019un r\u00e9gime qui p\u00e9cha par exc\u00e8s d\u2019ordre, s\u2019appliquent \u00e0 bien d\u2019autres situations politiques et humaines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est une nation qui s\u2019ennuie.\u00a0\u00bb<span id=\"2098\" class=\"cit-num\">2098<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Discours \u00e0 la Chambre, 10\u00a0janvier 1839. <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0ennui\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine, d\u00e9put\u00e9 qui passera du \u00ab\u00a0juste milieu\u00a0\u00bb gouvernemental \u00e0 la gauche (en 1843), s\u2019adresse ici au roi et trouve une raison au mal de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez laiss\u00e9 le pays manquer d\u2019action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ennui est le mal du si\u00e8cle et surtout celui de la g\u00e9n\u00e9ration romantique, qui vibre au souvenir exalt\u00e9 de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire et rejette cette monarchie bourgeoise, soutenue par une classe moyenne, satisfaite d\u2019elle-m\u00eame et visc\u00e9ralement conservatrice.<\/p>\n<p>Dans un discours \u00e0 M\u00e2con, participant \u00e0 la campagne des banquets, le 18\u00a0juillet 1847, Lamartine sera fier de pouvoir dire que cette phrase a fait le tour du monde. Sautant plus d\u2019un si\u00e8cle, on la retrouvera dans Le\u00a0Monde, sous la signature de Viansson-Pont\u00e9, deux mois avant les \u00e9v\u00e9nements de Mai\u00a068.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est d\u2019autant plus irrit\u00e9 par l\u2019opposition de Lamartine qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner. Lamartine conna\u00eetra son heure de gloire politique aux premiers jours de la prochaine r\u00e9volution qui aboutit \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb<span id=\"2101\" class=\"cit-num\">2101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Organisation du travail<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage fait conna\u00eetre le jeune journaliste\u00a0: il y expose un programme de r\u00e9formes socialistes qu\u2019il ne va plus cesser de d\u00e9fendre jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique o\u00f9, fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es, il se retrouve d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol.\u00a0\u00bb<span id=\"2102\" class=\"cit-num\">2102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule choc est un mod\u00e8le de punchline\u00a0! Elle sch\u00e9matise la pens\u00e9e de l\u2019auteur, notre premier socialiste (non utopique) qui en est cependant tr\u00e8s fier\u00a0: \u00ab\u00a0Cette proposition fera le tour du monde et causera plus d\u2019\u00e9moi que la cocarde de La Fayette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est attachant, ne serait-ce que par cet aveu\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais ce que c\u2019est que la mis\u00e8re. J\u2019y ai v\u00e9cu. Tout ce que je sais, je le dois au d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Fils d\u2019une cuisini\u00e8re et d\u2019un tonnelier, c\u2019est le seul th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire issu d\u2019un milieu populaire, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Il critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans <em>La Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846). Marx lui r\u00e9pond dans <em>La Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (1847), le traitant, insulte supr\u00eame, de \u00ab\u00a0petit-bourgeois constamment ballott\u00e9 entre le Travail et le Capital, entre l\u2019\u00e9conomie politique et le communisme\u00a0\u00bb. Dans la guerre des id\u00e9es, les mots ont vite fait de tuer l\u2019adversaire. C\u2019est Proudhon qui succombera sous la force du marxisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on veut abolir la peine de mort, en ce cas que <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0les assassins commencent\u00a0: qu\u2019ils ne tuent pas, on ne les tuera pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2103\" class=\"cit-num\">2103<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">KARR<\/span> (1808-1890), <em>Les Gu\u00eapes<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romancier, journaliste, directeur du <em>Figaro<\/em> (n\u00e9 hebdomadaire de gauche, parisien et satirique), il cr\u00e9e en 1839 la revue satirique mensuelle <em>Les Gu\u00eapes<\/em> dont les pamphlets visent le monde des arts, des lettres et de la politique, jusqu\u2019en 1849.<\/p>\n<p>Sous la Monarchie de Juillet, la presse ne souffre finalement pas trop des lois r\u00e9pressives. Quant \u00e0 la peine de mort, c\u2019est une longue histoire qui commence au Moyen \u00c2ge. L\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la mort est acquise sous la R\u00e9volution avec la guillotine, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abolition en 1981, avec l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir et malgr\u00e9 une opinion publique toujours partag\u00e9e sur la question.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ou la conqu\u00eate, ou l\u2019abandon.\u00a0\u00bb<span id=\"2104\" class=\"cit-num\">2104<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas Robert <span class=\"caps\">BUGEAUD<\/span> (1784-1849), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 15\u00a0f\u00e9vrier 1840. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La politique alg\u00e9rienne de la France est trop h\u00e9sitante, aux yeux du futur mar\u00e9chal. Le trait\u00e9 sign\u00e9 en 1837 entre Bugeaud et l\u2019\u00e9mir Abd el-Kader a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9. La France y faisait pourtant d\u2019importantes concessions, reconnaissant la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9mir des croyants\u00a0\u00bb sur pr\u00e8s des deux tiers de l\u2019Alg\u00e9rie et se contentant d\u2019une occupation du littoral. Abd el-Kader a profit\u00e9 de la tr\u00eave pour se constituer une arm\u00e9e, proclamant en 1839 la guerre sainte contre les Fran\u00e7ais qui occupent l\u2019Alg\u00e9rie depuis 1830. Le militaire met donc les politiques face \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Bugeaud consid\u00e8re pourtant l\u2019Alg\u00e9rie comme \u00ab\u00a0le plus funeste des pr\u00e9sents que la Restauration ait fait \u00e0 la R\u00e9volution de juillet\u00a0\u00bb, pr\u00f4nant l\u2019occupation restreinte de quelques bases strat\u00e9giques pour emp\u00eacher les raids barbaresques. Victor Hugo, le 15\u00a0janvier 1840, balaie ses r\u00e9ticences, entra\u00eenant la France sur la voie de la colonisation par l\u2019\u00e9migration civile massive\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que notre nouvelle conqu\u00eate est chose heureuse et grande. C\u2019est la civilisation qui marche sur la barbarie. C\u2019est un peuple \u00e9clair\u00e9 qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c\u2019est \u00e0 nous d\u2019illuminer le monde. Notre mission s\u2019accomplit. Vous pensez autrement que moi, c\u2019est tout simple. Vous parlez en soldat, en homme d\u2019action. Moi je parle en philosophe et en penseur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enrichissez-vous.\u00a0\u00bb<span id=\"2114\" class=\"cit-num\">2114<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1843. <em>Histoire parlementaire de France\u00a0: recueil complet des discours prononc\u00e9s dans les Chambres de 1819 \u00e0 1848<\/em> (1864), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et pratiquement chef du gouvernement, son mot est souvent cit\u00e9 pour condamner ses conceptions politiques et r\u00e9sumer l\u2019esprit \u00e9go\u00efstement bourgeois de la Monarchie de Juillet. Exemple type de d\u00e9sinformation par utilisation d\u2019une citation tronqu\u00e9e devenant punchline.<\/p>\n<p>Rappelons le contexte. Guizot r\u00e9pond aux attaques de l\u2019opposition\u00a0: \u00ab\u00a0Fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, \u00e9clairez-vous, enrichissez-vous, am\u00e9liorez la condition morale et mat\u00e9rielle de notre France.\u00a0\u00bb Il reprend le mot lors d\u2019un banquet, la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (Le droit de vote \u00e9tait conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle bourgeois quiconque pense bassement.\u00a0\u00bb<span id=\"2053\" class=\"cit-num\">2053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Correspondance<\/em> (1842)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9finir la bourgeoisie pour la critiquer est un exercice bien tentant pour les \u00e9crivains t\u00e9moins de leur temps. Cette d\u00e9finition de la nouvelle classe r\u00e9gnante sous la monarchie de ce roi bourgeois est sign\u00e9e d\u2019un fils de grand bourgeois (p\u00e8re m\u00e9decin-chef de l\u2019H\u00f4tel-Dieu de Rouen), passionn\u00e9 de litt\u00e9rature et particuli\u00e8rement inspir\u00e9 par la sottise bourgeoise qui s\u2019affiche, insolente.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">DEUXIEME<\/span> <span class=\"caps\">REPUBLIQUE<\/span> (1848-1852)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2136\" class=\"cit-num\">2136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883) et Friedrich <span class=\"caps\">ENGELS<\/span> (1820-1895), <em>Manifeste du parti communiste<\/em> (1848)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots de la derni\u00e8re phrase du c\u00e9l\u00e8bre <em>Manifeste\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Puissent les classes dirigeantes trembler \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9volution communiste\u00a0! Les prol\u00e9taires n\u2019ont rien \u00e0 perdre que leurs cha\u00eenes. Ils ont un monde \u00e0 gagner. Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Les classes dirigeantes \u2013 mais aussi une partie des classes populaires bient\u00f4t reprises en main par les notables \u2013 vont si bien trembler que les prol\u00e9taires perdront de nouveau ce combat social, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9pisode de la lutte des classes\u00a0: le <em>Manifeste<\/em> en donne une th\u00e9orie qui va marquer le monde pendant un\u00a0si\u00e8cle et changer plusieurs fois le cours de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019enthousiasme fanatique et double de la R\u00e9publique que je fonde et de l\u2019ordre que je sauve.\u00a0\u00bb<span id=\"2145\" class=\"cit-num\">2145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em><span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les grands auteurs fran\u00e7ais du programme<\/em> (1968), Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique avec la r\u00e9volution de 1830, l\u2019auteur doit continuer d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 et c\u2019est une \u0153uvre d\u2019historien qui le mobilise, son<em> Histoire des Girondins<\/em>. Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur, pendant deux ans.<\/p>\n<p>Depuis son discours du 27\u00a0janvier 1843 qui le mit \u00e0 la t\u00eate de l\u2019opposition de gauche \u00e0 la Monarchie de Juillet, Lamartine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9. Il a conduit le peuple \u00e0 la r\u00e9volution rendue in\u00e9vitable par l\u2019aveuglement des conservateurs et le voil\u00e0 port\u00e9 au pouvoir en f\u00e9vrier\u00a01848, par une sorte d\u2019unanimit\u00e9 dont la fragilit\u00e9 et surtout l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 vont \u00e9clater dans les semaines qui viennent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s\u2019occupe de vous tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"2140\" class=\"cit-num\">2140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">MONTALEMBERT<\/span> (1810-1870),<em> Discours, entretiens et autres sources<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019abord aux c\u00f4t\u00e9s de Lamennais dont il subit l\u2019ascendant comme Lacordaire, il rompt avec l\u2019insoumis. Nomm\u00e9 pair de France en 1835, il poursuit sa lutte pour la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9glise et la conqu\u00eate des libert\u00e9s essentielles. \u00c9lu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante en avril\u00a01848, il se rallie \u00e0 la politique du prince-pr\u00e9sident Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et fait ensuite partie du Corps l\u00e9gislatif jusqu\u2019en 1857.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique a de la chance, elle peut tirer sur le peuple\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2171\" class=\"cit-num\">2171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), exil\u00e9 en Angleterre, apprenant que Cavaignac a fait tirer sur les \u00e9meutiers, le 25\u00a0juin 1848.<em> Louis-Philippe, roi des Fran\u00e7ais<\/em> (1990), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dernier roi de France, comme Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, eut la hantise de faire couler le sang des Fran\u00e7ais et refusa le plan de Thiers (en 1871, il d\u00e9bouchera sur le massacre, pendant la Commune de Paris).<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Cavaignac a pour mission de stopper cette guerre sociale. Des gardes nationaux de province se joignent \u00e0 la troupe et aux gardes mobiles. Ses hommes prennent position dans les quartiers calmes et il laisse la r\u00e9volte s\u2019\u00e9tendre, pour mieux la r\u00e9primer le lendemain, 25\u00a0juin, pi\u00e9geant quelque 40\u00a0000 ouvriers au c\u0153ur de la capitale. La lutte est meurtri\u00e8re, jusqu\u2019au 26. L\u2019archev\u00eaque de Paris, Monseigneur Affre, venu s\u2019interposer sur une barricade du faubourg Saint-Antoine, un crucifix entre les mains, est tu\u00e9 d\u2019une balle perdue. Le g\u00e9n\u00e9ral Br\u00e9a veut parlementer avec les \u00e9meutiers pour leur \u00e9viter le pire\u00a0: il est massacr\u00e9 avec son aide de camp. La fusillade est continue, la r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb<span id=\"2173\" class=\"cit-num\">2173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre. Mais Flaubert rejette dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut aujourd\u2019hui de l\u2019or, beaucoup d\u2019or, pour jouir du droit de parler\u00a0; nous ne sommes pas assez riches. Silence au pauvre.\u00a0\u00bb<span id=\"2177\" class=\"cit-num\">2177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Le Peuple Constituant<\/em>, 11\u00a0juillet 1848<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du 134e et dernier num\u00e9ro du journal qui cesse de para\u00eetre, en raison d\u2019un cautionnement impos\u00e9 \u00e0 la presse. Pr\u00eatre en rupture d\u2019\u00c9glise, Lamennais est devenu un d\u00e9mocrate humaniste. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, il \u00e9tait r\u00e9dacteur en chef de ce journal n\u00e9 avec la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Il se retire de la vie politique et meurt en 1854. Sa derni\u00e8re volont\u00e9, que son corps soit conduit directement au P\u00e8re-Lachaise, pour \u00eatre enterr\u00e9 \u00ab\u00a0au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>George Sand, Michelet, Hugo ont dit ce qu\u2019ils doivent aux id\u00e9es de Lamennais, \u00e0 son c\u0153ur et son courage militant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus \u00e7a change, plus c\u2019est la m\u00eame chose.\u00a0\u00bb<span id=\"2193\" class=\"cit-num\">2193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">KARR<\/span> (1808-1890), titre de deux recueils d\u2019articles,<em> Les Gu\u00eapes<\/em>, janvier\u00a01849<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journaliste multiplie les pamphlets dans sa revue de satire politique, sans savoir \u00e0 quel point l\u2019avenir va lui donner raison\u00a0! \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00e9crira Paul Morand (<em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em>). En vertu de quoi la R\u00e9publique, bient\u00f4t vol\u00e9e aux r\u00e9publicains, d\u00e9bouchera sur l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne comprenons pas plus une femme l\u00e9gislatrice qu\u2019un homme nourrice.\u00a0\u00bb<span id=\"2197\" class=\"cit-num\">2197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865),<em> Le Peuple<\/em>, mai 1849. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit aussi, en janvier 1849, dans <em>L\u2019Opinion des femmes<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La femme ne peut \u00eatre que m\u00e9nag\u00e8re ou courtisane.\u00a0\u00bb Bien que vrai socialiste, Proudhon s\u2019inscrit dans la logique de son temps particuli\u00e8rement misogyne et de cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Il persiste et signe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne savons si, en fait d\u2019aberrations \u00e9tranges, le si\u00e8cle o\u00f9 nous sommes est appel\u00e9 \u00e0 voir se r\u00e9aliser \u00e0 quelque degr\u00e9 celle-ci\u00a0: l\u2019\u00e9mancipation des femmes. Nous croyons que non.\u00a0\u00bb (<em>La Libert\u00e9<\/em>, 15 avril 1848).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis leur chef, il fallait bien les suivre.\u00a0\u00bb<span id=\"2198\" class=\"cit-num\">2198<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEDRU<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ROLLIN<\/span> (1807-1874), au lendemain de l\u2019insurrection du 13\u00a0juin 1849.<em> Ledru-Rollin<\/em> (1859), Eug\u00e8ne de Mirecourt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette biographie \u00e0 charge tend \u00e0 ridiculiser ou minimiser le personnage, mais la r\u00e9plique, souvent cit\u00e9e, tr\u00e8s pris\u00e9e des dictionnaires \u00e9trangers, est quand m\u00eame celle d\u2019un antih\u00e9ros, conscient des limites de son r\u00f4le dans l\u2019histoire. R\u00e9sumons la situation.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les termes de la Constitution du 12\u00a0novembre\u00a01848 (qui \u00ab\u00a0respecte les nationalit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et n\u2019emploie jamais la force contre la libert\u00e9 d\u2019aucun peuple\u00a0\u00bb), le parti de l\u2019Ordre soutient le pape chass\u00e9 de Rome o\u00f9 s\u2019\u00e9tait \u00e9tablie une r\u00e9publique\u00a0: d\u2019o\u00f9 l\u2019exp\u00e9dition fran\u00e7aise contre Rome, le 24\u00a0avril 1849.<\/p>\n<p>Ledru-Rollin, le chef des d\u00e9mocrates, met le minist\u00e8re en accusation pour viol de la Constitution, le 11\u00a0juin. Accusation rejet\u00e9e le lendemain, mais le 13, une manifestation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en \u00e9meute, tandis qu\u2019un groupe de d\u00e9put\u00e9s tente de former un gouvernement provisoire. Ledru-Rollin a-t-il \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9 par \u00ab\u00a0ses troupes\u00a0\u00bb\u00a0? D\u00e9chu de son mandat de d\u00e9put\u00e9, fuyant en Angleterre, condamn\u00e9 par contumace, il ne rentre en France que sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Exemple de \u00ab\u00a0non-carri\u00e8re\u00a0\u00bb politique, son nom reste n\u00e9anmoins dans la liste des hommes de gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique est le gouvernement qui nous divise le moins.\u00a0\u00bb<span id=\"2201\" class=\"cit-num\">2201<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 13\u00a0f\u00e9vrier 1850. <em>L\u2019Empire lib\u00e9ral\u00a0: Louis-Napol\u00e9on et le coup d\u2019\u00e9tat<\/em> (1897), \u00c9mile Ollivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule finalement adopt\u00e9e par Thiers, d\u2019apr\u00e8s la citation initiale\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis pas [\u2026] un ennemi de la R\u00e9publique aujourd\u2019hui. Elle a un titre \u00e0 mes yeux\u00a0: elle est, de tous les gouvernements, celui qui nous divise le moins.\u00a0\u00bb Le parti de l\u2019Ordre est au pouvoir et cette majorit\u00e9 satisfait ou rassure, sous cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Signalons sa particularit\u00e9 constitutionnelle, le monocam\u00e9risme du seul r\u00e9gime de notre histoire \u00e0 chambre unique. Le bicam\u00e9risme est de r\u00e8gle depuis le Directoire en 1795, avec un Parlement compos\u00e9 d\u2019une chambre basse \u00e9lue au suffrage universel direct \u2013 aujourd\u2019hui l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u2013 et une chambre haute \u00e9lue au suffrage universel indirect, r\u00e9put\u00e9e plus conservatrice \u2013 le S\u00e9nat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le b\u00e2timent va, tout va.\u00a0\u00bb<span id=\"2202\" class=\"cit-num\">2202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martin <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1815-1898), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 5\u00a0mai 1850. <em>M\u00e9moires de L\u00e9onard, ancien gar\u00e7on ma\u00e7on<\/em> (1895), Martin Nadaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une vie exemplaire, comme il y en a peu en politique, un personnage qui a \u00e9mu George Sand et qui aurait pu \u00eatre le h\u00e9ros d\u2019un de ses romans humanitaires.<\/p>\n<p>Ouvrier ma\u00e7on de la Creuse, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dure, mont\u00e9 \u00e0 Paris (\u00e0 pied) avec son p\u00e8re, autodidacte suivant les cours du soir tout en exer\u00e7ant son m\u00e9tier, faisant des journ\u00e9es de travail de douze \u00e0 quinze heures, accident\u00e9 plusieurs fois sur des chantiers p\u00e9rilleux, militant r\u00e9publicain sous la Monarchie de Juillet, il est \u00e9lu de la Creuse le 13\u00a0mai 1849, d\u00e9put\u00e9 montagnard (socialiste) assez actif pour \u00eatre arr\u00eat\u00e9, apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de 1851. Banni, il s\u2019exile sous le Second Empire, et rentre en France \u00ab\u00a0avec la libert\u00e9\u00a0\u00bb, comme Hugo. De nouveau \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 de la Creuse, il participe \u00e0 la relance du b\u00e2timent. Et meurt \u00e0 85\u00a0ans, de retour dans la Creuse.<\/p>\n<p>Sa petite phrase est devenue un mot historique souvent cit\u00e9. Dans sa bouche, la port\u00e9e en \u00e9tait moins g\u00e9n\u00e9rale et la forme moins concise\u00a0: \u00ab\u00a0Vous le savez, \u00e0 Paris, lorsque le b\u00e2timent va, tout profite de son activit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autre expression d\u2019une France agricole en voie d\u2019industrialisation\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019agriculture manque de bras.\u00a0\u00bb Alphonse de Rainneville, ministre de l\u2019Agriculture.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-14.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SECOND<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span> (1852-1870)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Punchline de luxe, devenue proverbe.<\/p>\n<p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur, \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef de lui. Le po\u00e8te qui se veut \u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et conscience de son\u00a0si\u00e8cle refusera de rentrer en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie. \u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du seul honn\u00eate homme dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019aventuriers qui pr\u00e9para le 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne), fort belle, moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<p>La Princesse Mathilde fait chorus\u00a0: \u00ab\u00a0On peut tomber amoureux de Mlle de Montijo, mais on ne l\u2019\u00e9pouse pas.\u00a0\u00bb Mais Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> l\u2019aime et l\u2019\u00e9pousera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb<span id=\"2257\" class=\"cit-num\">2257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots. Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle et refusera de rentrer apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le pamphlet politique contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, parlant au nom du Peuple, est le messager qui annonce l\u2019espoir, avec la venue de temps meilleurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne lis jamais les journaux fran\u00e7ais, ils n\u2019impriment que ce que je veux.\u00a0\u00bb<span id=\"2259\" class=\"cit-num\">2259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873). <em>Le Guide de la presse<\/em> (1990), Office universitaire de presse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur ne manque pas d\u2019humour, \u00e0 l\u2019occasion. Et il parle vrai. Depuis le 23\u00a0f\u00e9vrier 1852, un syst\u00e8me de p\u00e9nalit\u00e9s gradu\u00e9es va de l\u2019avertissement \u00e0 la suppression, en passant par la suspension. Mais l\u2019autocensure suffit souvent, surtout que la presse d\u2019opposition n\u2019existe plus \u2013 des quelque 200 journaux \u00e0 Paris en 1848, il en reste 11 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb<span id=\"2264\" class=\"cit-num\">2264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), au fort de Malakoff, surplombant la citadelle de S\u00e9bastopol, 8\u00a0septembre 1855. <em>Le Mar\u00e9chal de Mac-Mahon, duc de Magenta<\/em> (1960), Jacques Silvestre de Sacy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral qui a fini par prendre le fort de Malakoff et ne veut pas le rendre, alors que les Russes annoncent qu\u2019ils vont le faire sauter. Le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol durait depuis 350 jours, quand Mac-Mahon prend la t\u00eate des colonnes d\u2019assaut et part \u00e0 l\u2019attaque, entour\u00e9 de ses zouaves.<br>Le commandant de l\u2019arm\u00e9e de Crim\u00e9e, P\u00e9lissier, va y gagner son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, le titre de duc de Malakoff, sa place au S\u00e9nat, une pension annuelle de 100\u00a0000\u00a0francs et divers honneurs. Mac-Mahon, pour ce mot et ce fait de guerre, entre dans l\u2019histoire \u2013 il aura d\u2019autres occasions de se manifester, devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sous le prochain r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la libert\u00e9 rentrera en France, je rentrerai.\u00a0\u00bb<span id=\"2277\" class=\"cit-num\">2277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), D\u00e9claration, Hauteville-House, Guernesey, 18\u00a0ao\u00fbt 1859.<em> Actes et Paroles. Pendant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Exil\u00e9 au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de soulever le peuple de Paris, plus opposant et r\u00e9publicain que jamais, Hugo refuse de profiter du d\u00e9cret d\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale pour les condamn\u00e9s politiques\u00a0: \u00ab\u00a0Personne n\u2019obtiendra de moi que, en ce qui me concerne, j\u2019accorde un moment d\u2019attention \u00e0 la chose appel\u00e9e amnistie. Dans la situation o\u00f9 est la France, protestation absolue, inflexible, \u00e9ternelle, voil\u00e0 pour moi le devoir. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019engagement que j\u2019ai pris vis-\u00e0-vis de ma conscience, je partagerai jusqu\u2019au bout l\u2019exil de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb Rappelons cet alexandrin de l\u2019exil\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u00a0 L\u2019exil volontaire commence, il saura en tirer parti.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> reste un \u00ab\u00a0aventurier heureux\u00a0\u00bb \u00e0 qui tout r\u00e9ussit\u00a0: la diplomatie et la guerre, l\u2019\u00e9conomie et la politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos c\u0153urs ont suivi le cours de nos rivi\u00e8res.\u00a0\u00bb<span id=\"2280\" class=\"cit-num\">2280<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parole des Savoyards, devenu proverbe, printemps 1860.<em> Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: le z\u00e9nith imp\u00e9rial, 1853-1860<\/em> (1976), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon les sources, la forme peut varier\u00a0: \u00ab\u00a0Nos c\u0153urs vont l\u00e0 o\u00f9 vont nos rivi\u00e8res\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre c\u0153ur va du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 coulent nos rivi\u00e8res\u00a0\u00bb, etc. Pour dire que les Savoyards votent leur rattachement \u00e0 la France, par pl\u00e9biscite des 22 et 23\u00a0avril 1860, en vertu du trait\u00e9 de Turin du 24\u00a0mars 1860 (\u00e9pilogue de la campagne d\u2019Italie de 1859). Avec 250\u00a0000 oui, contre seulement 230 non\u00a0!<\/p>\n<p>Ce pl\u00e9biscite peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019application du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames. Mais les Savoyards ont en fait ratifi\u00e9 une cession de territoire, d\u00e9cid\u00e9e en 1858 par accord secret lors de l\u2019entrevue de Plombi\u00e8res du 20\u00a0juillet \u2013 Cavour, au nom du roi Victor-Emmanuel <span class=\"caps\">II<\/span>, se rend dans cette station thermale des Vosges o\u00f9 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> est en cure. Ils conviennent d\u2019un troc, dans le cadre des n\u00e9gociations diplomatiques relatives \u00e0 l\u2019unification de l\u2019Italie\u00a0: en \u00e9change de l\u2019aide diplomatique et militaire pour lib\u00e9rer la p\u00e9ninsule de l\u2019occupation autrichienne, le comt\u00e9 de Nice et le duch\u00e9 de Savoie reviennent \u00e0 la France.<\/p>\n<p>Les Ni\u00e7ois feront le m\u00eame choix, le 15\u00a0avril 1860. Ces conqu\u00eates pacifiques sont \u00e0 porter au cr\u00e9dit du Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque, un pr\u00e9tendant au pouvoir tint \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. \u00c0 25\u00a0ans, le spectacle de la mis\u00e8re frappe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur Tout-le-monde est plus riche que Monsieur de Rothschild.\u00a0\u00bb<span id=\"2236\" class=\"cit-num\">2236<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">GERMAIN<\/span> (1824-1905), maxime du cr\u00e9ateur du Cr\u00e9dit Lyonnais en 1863. <em>Les Grandes \u00c9tapes de l\u2019histoire \u00e9conomique<\/em> (2002), Yves Carsalade<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la banque suisse protestante et de la banque juive allemande qui, comme les Rothschild, travaillent avec les grosses fortunes, de nouveaux organismes financiers se cr\u00e9ent et font appel au grand public.<\/p>\n<p>Le Cr\u00e9dit mobilier des fr\u00e8res Pereire donne l\u2019exemple en 1852\u00a0: premi\u00e8re grande banque d\u2019affaires moderne qui jusque dans ses d\u00e9boires financiers servira de le\u00e7on. Citons aussi le Cr\u00e9dit foncier (1852) sp\u00e9cialis\u00e9 dans les pr\u00eats \u00e0 l\u2019agriculture et \u00e0 la construction immobili\u00e8re, le Cr\u00e9dit lyonnais (1863), la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (1864). Les \u00e9pargnants qui portent leur argent \u00e0 ces banques de d\u00e9p\u00f4ts leur ach\u00e8tent des actions et obligations n\u00e9gociables en Bourse. Ce m\u00e9canisme financier, sur fond de forte croissance \u00e9conomique, permet au petit capitaliste de s\u2019enrichir.<\/p>\n<p>Malheureusement, sans contre-pouvoir, sans syndicat et sans m\u00e9canismes correcteurs du march\u00e9, ce capitalisme triomphant enrichit les riches et la classe moyenne, mais n\u2019am\u00e9liore pas la condition des pauvres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, dit l\u2019Almanach imp\u00e9rial, contient trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de m\u00e9contentement.\u00a0\u00bb<span id=\"2294\" class=\"cit-num\">2294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), <em>La Lanterne<\/em>, 1er\u00a0juin 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase du premier num\u00e9ro. Cette punchline annonce un vent de libert\u00e9 sur l\u2019Empire. C\u2019en est fini du r\u00e9gime de la presse de 1852.\u00a0Depuis le 9\u00a0mai 1868, l\u2019autorisation pr\u00e9alable et le syst\u00e8me des avertissements sont supprim\u00e9s \u2013 au grand m\u00e9contentement des bonapartistes autoritaires, mais sans r\u00e9elle satisfaction des r\u00e9publicains, car la libert\u00e9 de la presse souffre encore de restrictions. Gouverner, c\u2019est m\u00e9contenter, doit penser l\u2019empereur qui prendra d\u2019autres mesures lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>L\u2019opposition ne d\u00e9sarme pas. Son expression plus libre la renforce et la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration aspire \u00e0 plus de libert\u00e9. Le socialisme r\u00e9cup\u00e8re et politise une agitation ouvri\u00e8re qui multiplie les gr\u00e8ves dures (la premi\u00e8re en date fut celle des typographes parisiens, en mars\u00a01862).<\/p>\n<p>Des journaux socialistes apparaissent\u00a0: <em>La R\u00e9forme<\/em> et <em>Le Travail<\/em>. De nouveaux titres r\u00e9publicains, sign\u00e9s de noms connus\u00a0: <em>L\u2019\u00c9lecteur libre<\/em> de Jules Favre, <em>Le R\u00e9veil<\/em> de Delescluze, <em>Le Rappel<\/em>, inspir\u00e9 par Hugo, <em>La Lanterne<\/em> (hebdomadaire) et <em>La Marseillaise<\/em> (quotidien) de Rochefort, plume ac\u00e9r\u00e9e qui a fait ses classes au <em>Charivari<\/em> et au <em>Figaro<\/em> (journal de gauche, \u00e0 l\u2019origine).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tout faire avec des ba\u00efonnettes, except\u00e9 s\u2019asseoir dessus\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2300\" class=\"cit-num\">2300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> (1822-1891), septembre\u00a01869. Mot \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Clemenceau (1841-1929) et au Feld-mar\u00e9chal autrichien Schwarzenberg (1771-1820), d\u00e9plorant la fragilit\u00e9 du r\u00e9gime en 1814 (Restauration). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (Forcade Laroquette, homme de droite) affirme que l\u2019Empire est assez fort pour vaincre ses opposants. \u00ab\u00a0Plon-Plon\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9ternel frondeur de la famille, r\u00e9plique \u00e0 juste titre qu\u2019un pouvoir assis sur la force de ses ba\u00efonnettes n\u2019est pas stable.<\/p>\n<p>De fait, le r\u00e9gime est doublement \u00e9branl\u00e9. Sur le front politique, l\u2019opposition profite de la presse lib\u00e9r\u00e9e et des \u00e9lections plus loyales du 24\u00a0mai\u00a0: 3,5\u00a0millions de voix (contre 4,4\u00a0millions aux bonapartistes). Sur le front social, c\u2019est la crise et les syndicats tol\u00e9r\u00e9s depuis 1866 poussent \u00e0 des gr\u00e8ves qui prennent un caract\u00e8re dramatique \u2013 Firminy en juin\u00a01869, Carmaux en octobre.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u00e9cide d\u2019aller plus avant sur la voie lib\u00e9rale. \u00c9mile Ollivier, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, se rallie \u00e0 l\u2019Empire. Il est charg\u00e9 de former le nouveau cabinet pour satisfaire les hommes du centre gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb<span id=\"2306\" class=\"cit-num\">2306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb Ces mots posent le personnage, surnomm\u00e9 le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>.<\/p>\n<p>Bismarck a d\u00e9j\u00e0 ravi \u00e0 l\u2019Autriche sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex-Conf\u00e9d\u00e9ration germanique\u00a0: la d\u00e9faite autrichienne \u00e0 Sadowa (1866) fut un \u00ab\u00a0coup de tonnerre\u00a0\u00bb en Europe. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse. Pour cela, il lui faut prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr. Il man\u0153uvre pour monter contre elle les \u00c9tats du sud de l\u2019Allemagne et les rassembler dans sa Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Face au futur chancelier du Reich, il y a Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb, disait Bismarck en 1864. C\u2019est surtout un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et maladivement ind\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes pr\u00eats et archipr\u00eats, il ne manque pas \u00e0 notre arm\u00e9e un bouton de gu\u00eatre.\u00a0\u00bb<span id=\"2310\" class=\"cit-num\">2310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEB\u0152UF<\/span> (1809-1888), lors du vote de la mobilisation et des cr\u00e9dits de guerre, Corps L\u00e9gislatif, 15\u00a0juillet 1870. <em>Revue des deux mondes<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de la Guerre et major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e, il r\u00e9pond au doute de Thiers\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eats.\u00a0\u00bb Et il insiste\u00a0: \u00ab\u00a0De Paris \u00e0 Berlin, ce serait une promenade la canne \u00e0 la main.\u00a0\u00bb C\u2019est une illusion et Bismarck, bien inform\u00e9 par son chef d\u2019\u00e9tat-major, conna\u00eet les forces ou plut\u00f4t les faiblesses de la France. Ses canons de bronze se chargent par la gueule et non par la culasse comme les canons Krupp en acier\u00a0; les traditions tactiques de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique sont impropres \u00e0 une guerre europ\u00e9enne et l\u2019exp\u00e9dition du Mexique a d\u00e9sorganis\u00e9 l\u2019administration militaire\u00a0; ses g\u00e9n\u00e9raux sont vieux et routiniers\u00a0; enfin, le Corps l\u00e9gislatif n\u2019a jamais vot\u00e9 les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est un peu tard pour se rattraper, alors que la Prusse pr\u00e9pare cette guerre depuis quatre ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019acceptons le c\u0153ur l\u00e9ger.\u00a0\u00bb<span id=\"2311\" class=\"cit-num\">2311<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">OLLIVIER<\/span> (1825-1913), Corps l\u00e9gislatif, le jour de la d\u00e9claration de guerre \u00e0 la Prusse, 19\u00a0juillet 1870. <em>Les Causes politiques du d\u00e9sastre<\/em> (1915), L\u00e9on de Montesquiou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Port\u00e9 par l\u2019opinion publique, le pr\u00e9sident du Conseil et garde des Sceaux accepte la responsabilit\u00e9 de la guerre, alors que des intervenants (r\u00e9publicains et pacifistes) \u00e9voquaient le sang bient\u00f4t vers\u00e9. Il insiste sur ces mots qui lui seront reproch\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0: \u00c9mile Ollivier reste \u00e0 jamais pour l\u2019histoire \u00ab\u00a0l\u2019homme au c\u0153ur l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-troisieme-republique-et-premiere-guerre-mondiale\/\">Lire la suite\u00a0: les punchlines (Troisi\u00e8me R\u00e9publique et Premi\u00e8re Guerre mondiale)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0! Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia). En VO&nbsp;: \u201cThe final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.\u201d (Oxford Languages) Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":409,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9055","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9055"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9055\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12698,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9055\/revisions\/12698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}