{"id":9064,"date":"2021-10-25T00:00:00","date_gmt":"2021-10-24T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-lepopee-napoleonienne\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:11","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:11","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-lepopee-napoleonienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-lepopee-napoleonienne\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3>Les surnoms de l\u2019histoire<\/h3>\n<h3><span class=\"caps\">VI<\/span>. L\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne<\/h3>\n<p>Du Directoire aux Cents jours, en passant par le Consulat et l\u2019Empire, la star de l\u2019Histoire occupe la sc\u00e8ne\u00a0: personnage indissociable de la Grande Arm\u00e9e et de sa famille qu\u2019il impose. Restent les grands ennemis europ\u00e9ens, le cas Talleyrand et quelques invit\u00e9s surprise.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6-13.jpg\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a><\/p>\n<h4>Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0:\u00a0de Ribulione \u00e0 Nicolas, en passant par le Petit Tondu, le Grand g\u00e9n\u00e9ral et Buonaparte<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jeune homme de vingt-six ans se trouve avoir effac\u00e9 en une ann\u00e9e les Alexandre, les C\u00e9sar, les Annibal, les Fr\u00e9d\u00e9ric. Et, comme pour consoler l\u2019humanit\u00e9 de ces succ\u00e8s sanglants, il joint aux lauriers de Mars l\u2019olivier de la civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1647\" class=\"cit-num\">1647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842), <em>Vie de Napol\u00e9on<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lui-m\u00eame \u00e2g\u00e9 de 26\u00a0ans en 1795, engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e de Bonaparte, le futur \u00e9crivain d\u00e9couvre l\u2019Italie avec un \u00e9merveillement dont son \u0153uvre sera plus tard le reflet. Il \u00e9crit cet essai \u00e0 Milan en 1817-1818, pour r\u00e9pondre \u00e0 Mme de Sta\u00ebl\u00a0: dans ses<em> Consid\u00e9rations sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, elle attaquait l\u2019homme \u00e0 qui Stendhal voue une v\u00e9ritable passion. Ce qui n\u2019exclut pas la critique.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on Bonaparte (1769-1821) vit en vingt ans une fulgurante carri\u00e8re avec une personnalit\u00e9 qui se remarque tr\u00e8s t\u00f4t et ne fera que grandir pour le meilleur et\/ou le pire.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Ribulione<\/span>, c\u2019est le perturbateur au temp\u00e9rament ardent et batailleur parmi les gamins d\u2019Ajaccio, n\u00e9 le 15 ao\u00fbt 1769 sous le signe astrologique du lion.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Nabulio<\/span> est le surnom donn\u00e9 au petit Napol\u00e9on par sa m\u00e8re Letizia Ramolino.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">la Paille-au-nez<\/span> est son surnom \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Brienne, ses camarades se moquant de son accent corse quand Napol\u00e9on pronon\u00e7ait son pr\u00e9nom \u00ab\u00a0Napoillion\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le G\u00e9n\u00e9ral Vend\u00e9miaire<\/span>\u00a0: Bonaparte \u00e9tant intervenu lors de l\u2019insurrection royaliste du 13 vend\u00e9miaire an <span class=\"caps\">IV<\/span>,\u00a0 il est ainsi nomm\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9raux de la R\u00e9publique, m\u00e9prisant ce fait d\u2019armes de r\u00e9pression int\u00e9rieure sur des civils royalistes.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Petit Caporal<\/span>\u00a0: fait caporal dans sa (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie (1796-1797), Bonaparte y gagne ce surnom, ayant franchi le pont de Lodi sur le P\u00f4 qui ouvre la route de Milan et assure la conqu\u00eate de la Lombardie. C\u2019est l\u2019une de ses premi\u00e8res grandes victoires. Le Petit Caporal restera associ\u00e9 \u00e0 la Grande Arm\u00e9e, au m\u00eame titre que le Grand G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Patron<\/span>\u00a0: l\u2019empereur qui s\u2019impose en tout et \u00e0 tous, surnom venu de l\u2019argot militaire, mine de surnoms expressifs et populaires, souvent \u00ab\u00a0couillus\u00a0\u00bb et volontiers vulgaires sur lesquelles nous reviendrons \u00e0 la fin.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Chapeau<\/span>, ou <span style=\"text-decoration: underline;\">le Petit Chapeau<\/span>, c\u2019est le bicorne souvent port\u00e9 par l\u2019empereur, devenu indissociable de sa silhouette l\u00e9gendaire, immortalis\u00e9e sur nombre de tableaux c\u00e9l\u00e8bres .<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">l\u2019Aigle<\/span> est l\u2019un des symboles imp\u00e9riaux (rappelant Charlemagne). Tr\u00e8s cher \u00e0 Napol\u00e9on, il sera associ\u00e9 aux Cents-Jours \u2013 \u00ab\u00a0le Vol de l\u2019Aigle\u00a0\u00bb \u2013 mais aussi \u00e0 son fils, l\u2019Aiglon.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Petit Tondu<\/span>\u00a0: le Petit Tondu\u00a0: deux explications. <br>Le G\u00e9n\u00e9ral Bonaparte se trouvait au Caire en 1799 (campagne d\u2019\u00c9gypte), lorsqu\u2019il fit couper ses cheveux longs pour ne plus \u00eatre g\u00ean\u00e9 au combat. Ses soldats qui tous portaient des cheveux nou\u00e9s sur la nuque lui donn\u00e8rent aussit\u00f4t ce sobriquet de \u00ab\u00a0Petit Tondu\u00a0\u00bb, avant d\u2019\u00eatre eux-m\u00eames oblig\u00e9s de se faire raser. Seul des tous les mar\u00e9chaux, Lannes refusa obstin\u00e9ment. <br>Sous l\u2019Empire, Napol\u00e9on servant d\u2019exemple, le port des cheveux ainsi coup\u00e9s va se g\u00e9n\u00e9raliser avec la coupe a\u0300 la Titus, a\u0300 la Brutus ou a\u0300 la Caracalla.<br>Avant la bataille d\u2019Austerlitz, sa plus grande victoire (2 d\u00e9cembre 1805), les soldats de Napol\u00e9on auraient cri\u00e9 \u00ab\u00a0Vive l\u2019Empereur, vive le Petit Tondu\u00a0!\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa coupe de cheveux tr\u00e8s particuli\u00e8re pour l\u2019\u00e9poque. Ce surnom populaire et familier lui est rest\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Grand G\u00e9n\u00e9ral<\/span>\u00a0: nul besoin d\u2019expliquer ce surnom, mais il peut \u00eatre entendu au premier degr\u00e9 comme un hommage et au second degr\u00e9 comme une raillerie pour l\u2019importance excessive qu\u2019il a ou qu\u2019il se donne.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Boney<\/span>\u00a0: sobriquet donn\u00e9 par les caricaturistes britanniques, diminutif de Bonaparte. Mais <em>bony<\/em> en anglais signifie osseux, d\u00e9charn\u00e9\u0301, c\u2019est donc aussi une fa\u00e7on de se moquer du visage maigre et anguleux du jeune g\u00e9n\u00e9ral ennemi de l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">l\u2019Usurpateur<\/span>, surnom donn\u00e9 par les milieux royalistes \u00e0 partir de l\u2019Empire, Napol\u00e9on pr\u00e9tendant d\u00e9sormais accaparer le pouvoir souverain. Il repara\u00eet au r\u00e9tablissement des Bourbons en 1814, puis en 1815 lors des Cent-Jours.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Tyran, l\u2019Ogre corse<\/span>\u00a0: surnoms donn\u00e9s couramment par les adversaires et les caricaturistes \u00e0 la fin de l\u2019Empire, quand la conscription devient toujours plus insupportable.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le Boucher de l\u2019Europe<\/span>\u00a0: surnom donn\u00e9 surtout par les royalistes fran\u00e7ais mais aussi europ\u00e9ens, devant le carnage sur tous les des champs de bataille, total estim\u00e9 \u00e0 deux millions de morts (chiffre \u00e9norme, mais souvent surestim\u00e9).<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">le P\u00e8re-la-Violette<\/span>\u00a0: avant son d\u00e9part pour l\u2019exil a\u0300 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en 1814, Napol\u00e9on d\u00e9clara qu\u2019il reviendrait avec les violettes, ces petites fleurs de retour au printemps\u2026 ce qui arrive aux Cent-Jours en 1815. La violette restera un signe de ralliement des bonapartistes, apr\u00e8s la Seconde Restauration.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Jean de l\u2019\u00c9p\u00e9e<\/span>\u00a0: c\u2019est le surnom du g\u00e9n\u00e9ral qui a tout gagn\u00e9 \u00e0 la pointe de l\u2019\u00e9p\u00e9e, mais c\u2019est aussi le sobriquet donn\u00e9 par certains soldats de la Grande Arm\u00e9e et jusque dans la Garde imp\u00e9riale, au retour de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Nicolas ou Nicod\u00e8me<\/span>\u00a0: surnom utilis\u00e9 par les royalistes du Midi de la France o\u00f9 le Diable est parfois d\u00e9nomm\u00e9 ainsi. Mais Nicolas est \u00e9galement synonyme d\u2019idiot.<\/p>\n<p>Reste le nom de Bonaparte\u00a0: <span style=\"text-decoration: underline;\">Buonaparte<\/span> est son patronyme de naissance. <br>Sa famille de petite noblesse corse est d\u2019origine italienne et son nom (<em>Buona parte<\/em>, Bon parti en fran\u00e7ais ) renvoie aux querelles m\u00e9di\u00e9vales entre guelfes et gibelins qui secou\u00e8rent la p\u00e9ninsule \u2013 les fortes affinit\u00e9s de Napol\u00e9on avec l\u2019Italie expliqueront sa popularit\u00e9 dans ce pays. <br>Toujours divis\u00e9e en de nombreux clans, la Corse devient fran\u00e7aise en 1768\u00a0: la R\u00e9publique de G\u00eanes, lass\u00e9e des r\u00e9voltes sans fin, vend cette grande et belle \u00eele au roi Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, justement int\u00e9ress\u00e9 par son importance strat\u00e9gique en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Carlo-Maria Buonaparte, le p\u00e8re de Napol\u00e9on, francisera son nom en Charles-Marie Bonaparte. Mais Buonaparte deviendra le surnom de Napol\u00e9on dans la bouche de ses adversaires, y compris Talleyrand sous les Cent-Jours\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9\u00a0\u00bb dit-il au Congr\u00e8s de Vienne r\u00e9uni pour redessiner la carte de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Certains sites d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la geste imp\u00e9riale arrivent \u00e0 citer une cinquantaine de surnoms plus anecdotiques et souvent militaires (Spartacus, Tib\u00e8re, le dieu Mars, le moderne Attila\u2026) En tout cas, aucun personnage historique au monde n\u2019aura \u00e9t\u00e9 autant popularis\u00e9 et m\u00e9diatis\u00e9.<\/p>\n<h4>Babeuf\u00a0: Gracchus<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple\u00a0! R\u00e9veille-toi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1643\" class=\"cit-num\">1643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gracchus <span class=\"caps\">BABEUF<\/span> (1760-1797), <em>Le Tribun du Peuple<\/em>, 30\u00a0novembre 1795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 Fran\u00e7ois-No\u00ebl Babeuf, ce r\u00e9volutionnaire passe une partie de la Terreur en prison et fonde son journal au lendemain du 9 thermidor an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0juillet 1794). Il signe ses articles Ca\u00efus Gracchus, d\u2019o\u00f9 son nouveau pr\u00e9nom devenu surnom, en\u00a0 hommage \u00e0 Ca\u00efus Gracchus (n\u00e9 en 154 av. J.-C.)\u00a0 \u00e9lu au tribunat de la pl\u00e8be dix ans apr\u00e8s son fr\u00e8re Tiberius. Ces deux hommes d\u2019\u00c9tat romains tent\u00e8rent d\u2019imposer au S\u00e9nat des r\u00e9formes agraires et judiciaires allant contre les int\u00e9r\u00eats de l\u2019aristocratie. Les Gracques, devenus tr\u00e8s populaires, furent massacr\u00e9s avec leurs partisans au cours d\u2019\u00e9meutes sanglantes.<\/p>\n<p>Babeuf expose ses th\u00e9ories d\u00e9j\u00e0 communistes, privil\u00e9giant la notion de lutte des classes et visant \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9gaux. Il va passer \u00e0 l\u2019action pour fomenter l\u2019un des nombreux complots contre le nouveau pouvoir.<\/p>\n<h4>Maria Letizia Bonaparte\u00a0: Madame M\u00e8re<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu que cela dure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1848\" class=\"cit-num\">1848<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame <span class=\"caps\">M\u00c8RE<\/span>, alias Marie Letizia (ou Laetitia) Ramolino (1750-1836). <em>Mercure de France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">CXXXI<\/span> (1919), publi\u00e9 par Alfred Louis Edmond Vallettee<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La m\u00e8re de Napol\u00e9on eut treize enfants. Mari\u00e9e \u00e0 14\u00a0ans et morte \u00e0 97, cette forte femme vivra modestement, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la cour. On peut imaginer ce qu\u2019elle pensait, devant l\u2019incroyable ascension du plus c\u00e9l\u00e8bre de ses fils qui ne manque pas une occasion de distribuer des titres et des terres \u00e0 toute sa grande famille, fr\u00e8res, s\u0153urs et conjoints. Non sans probl\u00e8mes de jalousies, mesquineries, f\u00e2cheries que Napol\u00e9on r\u00e8gle en chef de clan.<\/p>\n<p>Elle refuse l\u2019\u00e9tiquette impos\u00e9e par son fils qui exige qu\u2019on lui baise la main. Napol\u00e9on a beau temp\u00eater, tr\u00e9pigner\u00a0: \u00ab\u00a0Mais je suis l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb, il se verra r\u00e9pondre un superbe et d\u00e9daigneux\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais vous \u00eates mon fils.\u00a0\u00bb Elle refuse absolument de participer \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Sacre, trop pompeuse \u00e0 son go\u00fbt et interminable (cinq heures\u00a0!), mais elle est surtout f\u00e2ch\u00e9e de sa brouille avec Lucien, le plus s\u00e9rieux de ses fr\u00e8res. Madame M\u00e8re figure pourtant en bonne place dans <em>Le Sacre<\/em> peint par David\u00a0: c\u2019est donc \u00ab\u00a0un faux\u00a0\u00bb magnifique.<\/p>\n<h4>Joseph Bonaparte\u00a0: P\u00e9p\u00e9 Botella, le Fournisseur de la Junte, le Capitaine d\u2019Habillement\u00a0\u00bb, el Rey intruso<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Joseph, si notre p\u00e8re nous voyait\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1798\" class=\"cit-num\">1798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re le jour du sacre, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0La jeunesse de Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s p\u00e2le, l\u2019empereur se tourne vers son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s lors de la c\u00e9r\u00e9monie, pour murmurer ces mots.<\/p>\n<p>Leur p\u00e8re, Carlo Maria Buonaparte qui a francis\u00e9 son nom en Charles-Marie Bonaparte, a tout fait pour que ses cinq fils suivent de bonnes \u00e9tudes (si possible dans l\u2019arm\u00e9e) aux frais du roi, \u00e9tant peu fortun\u00e9 et d\u00e9pensier. Il est mort en 1785, d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019estomac \u2013\u00a0comme Napol\u00e9on. Ses quatre fr\u00e8res eurent une prodigieuse fortune politique et un destin exceptionnel alors que rien, dans leur caract\u00e8re ni leur \u00e9ducation, ne les pr\u00e9disposait \u00e0 une telle renomm\u00e9e.<\/p>\n<p>Joseph Bonaparte (1768-1844) est l\u2019a\u00een\u00e9 et sans doute le seul v\u00e9ritable ami de Napol\u00e9on qui se confie \u00e0 lui volontiers, souvent par lettres. C\u2019est le premier qu\u2019il fait roi d\u2019un \u00c9tat europ\u00e9en, plac\u00e9 l\u00e0 comme une marionnette pour servir ses desseins g\u00e9opolitiques\u00a0: Naples (1806-1808) o\u00f9 il se sent mal accept\u00e9 du peuple, puis Espagne (1808-1813) o\u00f9 ce sera pire\u00a0! Surnomm\u00e9 le roi intrus (<em>el Rey intruso<\/em>) et d\u00e9test\u00e9 du peuple, Fournisseur de la Junte ou Capitaine d\u2019Habillement, c\u2019est aussi P\u00e9p\u00e9 Bottella (qui\u00a0 fait distribuer du vin). Pi\u00e8tre militaire, sa royaut\u00e9 impos\u00e9e ne pouvait finir que par un d\u00e9sastre. Les trois autres fr\u00e8res jouent aussi leur r\u00f4le dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Lucien Bonaparte (1775-1840)\u00a0: Rom\u00e9o<\/span><\/p>\n<p>Forte personnalit\u00e9 \u00e0 qui Napol\u00e9on doit la r\u00e9ussite de son coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire. Mais il se heurte trop souvent aux volont\u00e9s imp\u00e9riales et doit s\u2019exiler\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019honore, je le respecte, je l\u2019admire comme chef de gouvernement, je ne l\u2019aime plus comme un fr\u00e8re\u00a0\u00bb dira-t-il \u00e0 Roederer. Jeune amoureux \u00e9conduit de la belle Juliette R\u00e9camier qu\u2019il couvrit de lettres \u00e0 d\u00e9faut de baisers, il prit le surnom de Rom\u00e9o. Toute la fratrie Bonaparte peut se vanter d\u2019une vie sexuelle intense.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Louis Bonaparte (1778-1846)\u00a0: <em>Caput Mortuum<\/em><\/span><\/p>\n<p>Enti\u00e8rement port\u00e9 par Napol\u00e9on qui le fait roi (marionnette) de Hollande en 1808, il se f\u00e2chera avec lui lors du Blocus continental contre l\u2019Angleterre qui ruine son pays. Il finit par abdiquer en 1810. D\u00e8s lors, il devient \u00e0 moiti\u00e9 fou pour d\u2019obscures raisons, d\u2019o\u00f9 son surnom synonyme de \u00ab\u00a0t\u00eate morte\u00a0\u00bb. Tr\u00e8s malade en 1813, il est pr\u00e8s du suicide \u2013 tentation par ailleurs r\u00e9currente chez son illustre fr\u00e8re. La seconde partie de sa vie sera plus simple, nomm\u00e9 pair de France sous Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et mari d\u2019Hortense de Beauharnais, la fille de Jos\u00e9phine. On se retrouve en famille.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">J\u00e9r\u00f4me Bonaparte\u00a0(1784-1860)\u00a0: J\u00e9r\u00f4me Pointu, K\u00f6nig Loustic<\/span><\/p>\n<p>Ainsi surnomm\u00e9 pour son \u00e9go\u00efsme et son sale caract\u00e8re, c\u2019est en m\u00eame temps l\u2019\u00ab\u00a0animal de luxe de\u00a0\u00bb la famille (selon l\u2019historien Jacques Bainville). Il veut imiter son illustre fr\u00e8re en recr\u00e9ant la cour imp\u00e9riale dans son trop modeste royaume de Westphalie, d\u2019o\u00f9 la col\u00e8re de Napol\u00e9on. Pi\u00e8tre g\u00e9n\u00e9ral, rel\u00e9gu\u00e9 au rang de subordonn\u00e9 du mar\u00e9chal Davout, il se f\u00e2che avec l\u2019empereur et abandonne \u00ab\u00a0l\u2019Arm\u00e9e des Vingt Nations\u00a0\u00bb. Il se rach\u00e8te par son ralliement lors des Cent-Jours et fait preuve de courage \u00e0 Waterloo\u00a0: \u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, je regrette de vous avoir connu si tard\u00a0\u00bb dira Napol\u00e9on. Dernier survivant de la fratrie, on le retrouve sous le Second Empire de son neveu Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<h4>Jos\u00e9phine de Beauharnais\u00a0: la Consulesse, Notre-Dame des Victoires<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je gagne les batailles, c\u2019est toi qui gagnes les c\u0153urs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), phrase souvent cit\u00e9e, jamais sourc\u00e9e, mais tr\u00e8s vraisemblable<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie Jos\u00e8phe Rose Tascher de La Pagerie doit son patronyme \u00e0 son premier mari, Alexandre de Beauharnais guillotin\u00e9 sous la Terreur en 1794. Bonaparte simplifie la s\u00e9rie des pr\u00e9noms du grand amour de sa vie et la baptise Jos\u00e9phine.<\/p>\n<p>Division du travail parfaite entre les deux \u00e9poux. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire an <span class=\"caps\">VIII<\/span> (9 novembre 1799) met fin au Directoire et donne les pleins pouvoirs au g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte avec le titre de Premier Consul. Le 11 novembre, le couple quitte la petite maison de la rue de la Victoire pour s\u2019installer au palais du Luxembourg. La g\u00e9n\u00e9rale Bonaparte prend alors le titre de Consulesse (de charme) et devient la premi\u00e8re dame de France. Bonaparte a pris conscience de la fascination que la jolie Cr\u00e9ole exerce sur ceux qu\u2019elle fr\u00e9quente et il a besoin d\u2019elle pour r\u00e9ussir son ascension sociale<\/p>\n<p>Consciente de son nouveau r\u00f4le, elle suit d\u00e9sormais l\u2019\u00e9toile de Napol\u00e9on, abandonnant (apparemment) sa vie aventureuse pour devenir Notre-Dame des Victoires, beau surnom pour un r\u00f4le de composition qu\u2019elle assume tant bien que mal\u00a0: imp\u00e9ratrice. Napol\u00e9on en restera toujours amoureux quoique tr\u00e8s jaloux, ne se s\u00e9parant de sa femme que pour avoir un h\u00e9ritier qu\u2019elle n\u2019est plus en \u00e2ge de lui donner.<\/p>\n<h4>L\u2019arm\u00e9e de Napol\u00e9on\u00a0: la Grande Arm\u00e9e<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait la Grande Arm\u00e9e, sinon une France guerri\u00e8re d\u2019hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la R\u00e9publique, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1763\" class=\"cit-num\">1763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Extraits historiques<\/em> (posthume, 1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la d\u00e9finition humaine et romantique.<\/p>\n<p>Sur le plan institutionnel, la \u00ab\u00a0Grande Arm\u00e9e\u00a0\u00bb est d\u2019abord le nom g\u00e9n\u00e9rique donn\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019invasion, bas\u00e9e \u00e0 Boulogne pour attaquer l\u2019Angleterre en franchissant la Manche \u2013 projet abandonn\u00e9 apr\u00e8s Trafalgar (1805) et l\u2019an\u00e9antissement de la flotte fran\u00e7aise. Il se rabattra en 1808 sur le Blocus continental, plus ou moins efficace contre l\u2019ennemie num\u00e9ro un de la France (les historiens parleront de la \u00ab\u00a0seconde Guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb, de 1688 \u00e0 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l\u2019Angleterre sept grandes guerres qui dur\u00e8rent en tout soixante ans.)<\/p>\n<p>La Grande Arm\u00e9e d\u00e9signe ensuite l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne, la meilleure du monde\u00a0: grande par le nombre des soldats, plus d\u2019un million et cent mille hommes de r\u00e9serve\u00a0; grande aussi par la qualit\u00e9, l\u2019organisation, les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019exception. Elle est initialement compos\u00e9e de sept corps d\u2019arm\u00e9e, les sept \u00ab\u00a0torrents\u00a0\u00bb command\u00e9s par les mar\u00e9chaux Augereau, Bernadotte, Davout, Lannes, Ney, Soult, et par le g\u00e9n\u00e9ral Marmont\u00a0: ce sont \u00ab\u00a0les Grands Chapeaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous passerons en revue les vingt mar\u00e9chaux et g\u00e9n\u00e9raux les plus c\u00e9l\u00e8bres la semaine prochaine \u2013 Napol\u00e9on leur doit beaucoup et c\u2019est une autre mani\u00e8re de conter l\u2019\u00e9pop\u00e9e imp\u00e9riale \u00e0 travers les surnoms, particuli\u00e8rement imag\u00e9s.<\/p>\n<p>1. Augereau\u00a0: le Fier brigand<br>2. Bernadotte\u00a0: le Gascon, le sergent Belle-Jambe<br>3. Carnot\u00a0: le Grand Carnot, l\u2019Organisateur de la victoire<br>4. Caulaincourt\u00a0: Caulain qui court, Grand \u00e9cuyer tranchant <br>5. Davout\u00a0: le Mar\u00e9chal de fer, la B\u00eate de Hambourg<br>6. Desaix\u00a0: le Sultan juste, le Spartiate de l\u2019Arm\u00e9e du Rhin<br>7. Duroc\u00a0: l\u2019Ombre de l\u2019Empereur<br>8. Gouvion Saint-Cyr\u00a0: le Hibou, le Mauvais coucheur, l\u2019Homme de Glace, le Spartiate de l\u2019Arm\u00e9e du Rhin <br>9. Junot\u00a0: Junot la Temp\u00eate, le Sergent la Temp\u00eate\u00a0\u00a0 \u00a0<br>10. Kellermann\u00a0: le H\u00e9ros (le Vainqueur) de Valmy, le Nestor des Arm\u00e9es<br>11. Lannes\u00a0: le Roland de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, l\u2019Ajax fran\u00e7ais, l\u2019Achille de la Grande Arm\u00e9e, le Brave des Braves <br>12. Marmont\u00a0: Marmont Ier, le Roi Marmont, Monsieur de Culfier <br>13. Mass\u00e9na\u00a0: l\u2019Enfant ch\u00e9ri de la Victoire, l\u2019Enfant pourri de la Victoire<br>14. Moncey\u00a0: Fabius<br>15. Murat\u00a0: le Sabreur, le Roi Franconi, le Roi des Braves et le plus brave des Rois<br>16. Ney\u00a0: le Brave des braves, le Lion rouge, le Rougeaud, Michel le Rouge, l\u2019Infatigable, le H\u00e9ros de la Retraite<br>17. Oudinot\u00a0: le Bayard Moderne, le Bayard de l\u2019Arm\u00e9e Fran\u00e7aise, le Mar\u00e9chal aux trente-cinq blessures<br>18. Poniatowski\u00a0: le Bayard polonais<br>19. Soult\u00a0: le Premier man\u0153uvrier d\u2019Europe, Bras de Fer, le Roi Nicolas <br>20. Suchet\u00a0: le mar\u00e9chal de la guerre d\u2019Espagne, <em>El Hombre justo<\/em> (l\u2019Homme juste) \u00a0<\/p>\n<h4>La mar\u00e9chale Lefebvre\u00a0: Madame Sans-G\u00eane<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mme Lefebvre \u00e9tait la digne femme du mar\u00e9chal\u00a0: la doublure valait l\u2019\u00e9toffe.\u00a0\u00bb<span id=\"\/\" class=\"cit-num\">\/<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jugement d\u2019un contemporain, le comte Roquet (pr\u00e9sent dans le film historique de Christian-Jaque, 1961, tir\u00e9 de la pi\u00e8ce \u00e9ponyme\u00a0 <em>Madame Sans-G\u00eane<\/em> de Victorien Sardou)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mar\u00e9chal de mari n\u2019a pas gagn\u00e9 de surnom, elle sauve donc l\u2019honneur de la famille.<\/p>\n<p>Catherine H\u00fcbscher (1753-1835) n\u00e9e en Alsace, ex-cantini\u00e8re devenue blanchisseuse, \u00e9pouse \u00e0 30 ans Fran\u00e7ois-Joseph Lefebvre, simple sergent irr\u00e9sistiblement sympathique. Elle va suivre le brave homme dans sa glorieuse ascension.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur le duc de Dantzig, l\u2019Empereur des Fran\u00e7ais vous salue et vous adresse ses chaleureuses f\u00e9licitations.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1824\" class=\"cit-num\">1824<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au mar\u00e9chal Lefebvre, 1er\u00a0juin 1807. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quatri\u00e8me coalition. Lefebvre vient de prendre Dantzig, derni\u00e8re place forte prussienne. Ce si\u00e8ge tr\u00e8s difficile doit pr\u00e9parer le passage de la Grande Arm\u00e9e, trois semaines durant lesquelles il r\u00e9p\u00e8te \u00e0 ses artilleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019entends rien \u00e0 votre affaire, mais fichez-moi un trou et j\u2019y passerai\u00a0!\u00a0\u00bb Et il passe, avec plus moins de casse\u00a0: les assi\u00e9g\u00e9s ont perdu quelque 11 000 hommes, les Fran\u00e7ais moins de 400.<\/p>\n<p>En r\u00e9compense, Lefebvre devient le premier duc d\u2019Empire. Les distinctions ne vont plus cesser de pleuvoir sur les mar\u00e9chaux. Le couple toujours modeste et populaire qu\u2019il forme avec Madame Sans-G\u00eane irrite quelque peu l\u2019empereur quand il para\u00eet \u00e0 la cour, mais cela n\u2019emp\u00eache pas une belle carri\u00e8re sous l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis plus \u00e0 l\u2019aise sous la mitraille qu\u2019entour\u00e9 d\u2019un essaim de jolies filles d\u00e9collet\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1825\" class=\"cit-num\">1825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEFEBVRE<\/span> (1755-1820), \u00e0 Talleyrand, confidence lors d\u2019une soir\u00e9e \u00e0 la cour des Tuileries.<em> Le Dictionnaire des citations du monde entier<\/em> (1960), Karl Petit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9flexion donne le climat de cette cour imp\u00e9riale, cr\u00e9\u00e9e en m\u00eame temps que l\u2019Empire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tiquette imp\u00e9riale est stricte et quasi militaire, mais l\u2019on y rencontre des personnages venus de toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: bourgeoisie (Bernadotte, Berthier, Jourdan, Junot, Mass\u00e9na, Soult) et peuple (Augereau, Carnot, Lannes, Lefebvre, Murat, Ney), mal \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 la vieille noblesse (Brissac, La Rochefoucauld, Montesquiou, Talleyrand) et aux dames.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0femme \u00e0 Lefebvre\u00a0\u00bb comme elle s\u2019annon\u00e7ait elle-m\u00eame, devenue duchesse de Dantzig, garde \u00e0 la cour son franc-parler. Victorien Sardou l\u2019immortalisera en 1893 dans une de ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre justement titr\u00e9e \u00ab\u00a0Madame Sans-G\u00eane\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 ses mani\u00e8res \u00e9tranges, ses na\u00efvet\u00e9s, ses archa\u00efsmes et ses locutions vulgaires qui divertirent les salons d\u2019alors, la mar\u00e9chale Lefebvre suivit pas \u00e0 pas son mari dans sa glorieuse ascension militaire. Jamais il ne rougit d\u2019elle\u00a0! Bien au contraire, il la fit toujours respecter, l\u2019entourant jusqu\u2019au dernier jour de toute son affection.<\/p>\n<p>La mar\u00e9chale \u00e9tait elle-m\u00eame la meilleure des cr\u00e9atures. On cite des traits de bont\u00e9 et de d\u00e9licatesse dont les femmes mieux n\u00e9es n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 capables. Un exemple t\u00e9moigne de la fa\u00e7on dont cette \u00ab\u00a0poissarde\u00a0\u00bb entendait la reconnaissance\u00a0: \u00ab\u00a0Un jour, se pr\u00e9sentant chez la veuve du marquis de Valady, fameux dans la d\u00e9fection des gardes en 1789, leur ancien capitaine, \u00e0 qui elle et son mari avaient donn\u00e9 des soins domestiques, elle lui dit, moiti\u00e9 en fran\u00e7ais, moiti\u00e9 en argot qui \u00e9tait son langage usit\u00e9\u00a0: Mais savez-vous que vous n\u2019\u00eates pas bons et que vous avez bien peu de c\u0153ur, entre vous autres, gens comme il faut\u00a0! Nous, tout b\u00eatement soldats, nous agissons mieux. On vient de nous apprendre que monsieur un tel, un de nos anciens officiers et le camarade de votre mari, vient d\u2019arriver de son \u00e9migration et qu\u2019on le laisse ici mourir de faim\u00a0; ce serait grande honte\u2026 Nous craindrions, nous autres, de l\u2019offenser si nous venions \u00e0 son secours\u00a0; mais vous, c\u2019est autre chose\u00a0: vous ne pouvez que lui faire plaisir. Portez-lui donc cela de notre part.\u00a0\u00bb Et elle lui remit un rouleau de cent louis d\u2019or.<\/p>\n<h4>Amiral Nelson\u00a0: Lord Nelson<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, j\u2019ai bien fait mon devoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1806\" class=\"cit-num\">1806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral <span class=\"caps\">NELSON<\/span> (1758-1805), touch\u00e9 \u00e0 mort, \u00e0 bord du Victory, 21\u00a0octobre 1805. Mot de la fin. <em>Bibliographie universelle<\/em> (1842), Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de la Marine (Decr\u00e8s) avait transmis \u00e0 Villeneuve, amiral de la flotte, le message de l\u2019empereur. Napol\u00e9on, voulant d\u00e9barquer en Angleterre, chargeait l\u2019amiral d\u2019attirer la flotte anglaise de Nelson vers les Antilles, avant de revenir en Manche. Le plan ayant \u00e9chou\u00e9, Villeneuve se retrouve bloqu\u00e9 \u00e0 Cadix.<\/p>\n<p>Sur cet ordre de l\u2019empereur, il va sortir, mais Nelson fait de m\u00eame. La <em>Nelson touch<\/em>, autrement dit le \u00ab\u00a0coup de Trafalgar\u00a0\u00bb, man\u0153uvre habile, permet \u00e0 l\u2019amiral anglais de triompher. La flotte fran\u00e7aise est an\u00e9antie. Cette victoire navale assure d\u00e9sormais la ma\u00eetrise des mers \u00e0 l\u2019Angleterre, tandis que sur terre Napol\u00e9on encha\u00eene les victoires avec la Grande Arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Nelson fait partie de ces grands militaires morts au combat et n\u00e9anmoins victorieux. Son courage physique, ses qualit\u00e9s humaines, son respect pour les hommes qu\u2019il commande et qui lui sont en retour totalement d\u00e9vou\u00e9s en font un personnage v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la population britannique. Consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros, \u00ab\u00a0Lord Nelson\u00a0\u00bb a droit aux fun\u00e9railles nationales. De nombreux monuments c\u00e9l\u00e8brent sa m\u00e9moire, notamment la colonne Nelson au c\u0153ur de Trafalgar Square, \u00e0 Londres.<\/p>\n<h4>Metternich\u00a0: le Gendarme de l\u2019Europe<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il [Napol\u00e9on] est le Souverain de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1840\" class=\"cit-num\">1840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), 1809. <em>M\u00e9moires, documents et \u00e9crits divers laiss\u00e9s par le prince de Metternich, chancelier de cour et d\u2019\u00c9tat<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ironie de l\u2019Histoire et saisissant raccourci\u00a0: quelques ann\u00e9es plus tard, Metternich devenu tout puissant sera surnomm\u00e9 le Gendarme de l\u2019Europe. En attendant, c\u2019est Napol\u00e9on le ma\u00eetre de l\u2019Europe et il parle en connaisseur.<\/p>\n<p>Ambassadeur d\u2019Autriche en France depuis 1806, le prince de Metternich est nomm\u00e9 chancelier et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en octobre\u00a01809, signant \u00e0 ce titre l\u2019humiliant trait\u00e9 (ou paix) de Vienne. Il choisit alors de s\u2019allier \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 pour mieux l\u2019abattre le moment venu. Et c\u2019est lui qui va n\u00e9gocier son mariage avec Marie-Louise d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Cette domination de Napol\u00e9on culminera en 1811\u00a0: le Grand Empire comporte 130 d\u00e9partements qui r\u00e9uniront 45\u00a0millions de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, plus 40\u00a0millions d\u2019habitants des \u00c9tats vassaux\u00a0: Italie, Espagne, Naples, duch\u00e9 de Varsovie, Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique.<\/p>\n<h4>Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">II<\/span>, empereur des Romains, devenu Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche\u00a0: Beau-Papa<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous, Fran\u00e7ois le premier, par la gr\u00e2ce de Dieu empereur d\u2019Autriche\u00a0; roi de J\u00e9rusalem, Hongrie, Boh\u00eame, Dalmatie, Croatie, Slavonie, Galicie, et Lodomirie\u00a0; archiduc d\u2019Autriche\u00a0; duc de Lorraine, Salzbourg, Wurtzbourg, Franconie, Styrie, Carinthie et Carniole\u00a0; grand-duc de Cracovie\u00a0; prince de Transylvanie\u00a0; margrave de Moravie\u00a0; duc de Sandomir, Masovie, Lublin, haute et basse Sil\u00e9sie, Auschwitz et Zator, Teschen et Frioul\u00a0; prince de Berchtesgaden et Mergentheim\u00a0; prince-comte de Habsbourg, Gorice et Gradisce et de Tyrol\u00a0; et margrave des haute et basse Lusace et d\u2019Istrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la signature de Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">II<\/span> (1768-1835) dont le titre d\u2019usage resta n\u00e9anmoins celui d\u203a\u00ab\u00a0empereur d\u2019Autriche\u00a0\u00bb. Neveu de la reine Marie-Antoinette de France, empereur d\u2019Allemagne, futur empereur d\u2019Autriche sous le nom de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, il ira de d\u00e9faites militaires en humiliations diplomatiques, jusqu\u2019\u00e0 donner sa fille Marie-Louise en mariage \u00e0 son grand ennemi Napol\u00e9on, en 1810. D\u2019o\u00f9 son surnom de Beau-papa.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fut tr\u00e8s fier de ce mariage n\u00e9goci\u00e9 par Metternich\u2026 et qui fera sa perte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me donne des anc\u00eatres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1844\" class=\"cit-num\">1844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, 27\u00a0mars 1810. <em>Metternich<\/em> (1965), Henry Vallotton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ivre d\u2019impatience, ivre de f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise\u00a0: archiduchesse d\u2019Autriche, descendante de l\u2019empereur Charles Quint et petite-ni\u00e8ce de Marie-Antoinette. Napol\u00e9on, de petite noblesse corse (d\u2019origine g\u00e9noise), \u00e9voque volontiers \u00ab\u00a0ma malheureuse tante Marie-Antoinette\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon pauvre oncle Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0\u00bb. Cette union flatte son orgueil.<\/p>\n<p>Il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 en f\u00e9vrier, dans une h\u00e2te qui a fort embarrass\u00e9 l\u2019ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris (Schwarzenberg, successeur de Metternich \u00e0 ce poste)\u00a0: m\u00eame pas le temps de pr\u00e9venir l\u2019empereur d\u2019Autriche, avant que Napol\u00e9on annonce sa d\u00e9cision aux Fran\u00e7ais\u00a0! Mais personne ne peut rien refuser \u00e0 Napol\u00e9on, m\u00eame pas sa fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Ligne commente le mariage imp\u00e9rial en vieux prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0? Le mariage de Marie-Louise et de Napol\u00e9on a lieu le 1er avril 1810.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on dira plus tard pis que pendre de Beau-Papa qu\u2019il a d\u2019abord bien trait\u00e9, sinon flatt\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je croyais l\u2019empereur Fran\u00e7ois un bon homme\u00a0; je me suis tromp\u00e9\u00a0! C\u2019est un imb\u00e9cile, un paresseux sans cervelle et sans c\u0153ur. Il est d\u00e9pourvu de tout talent. Il ignore l\u2019affection, la sensibilit\u00e9 et la gratitude. En fait, les bonnes qualit\u00e9s lui font compl\u00e8tement d\u00e9faut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Marie-Louise d\u2019Autriche\u00a0: l\u2019Autrichienne, la Bonne duchesse<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1846\" class=\"cit-num\">1846<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement, plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avril 1810. Marie-Louise a 18\u00a0ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome.<\/p>\n<p>C\u2019est peu dire que la nouvelle imp\u00e9ratrice est impopulaire dans son pays d\u2019adoption. \u00c0 la cour, toutes les s\u0153urs et belles-s\u0153urs de Napol\u00e9on se refusent \u00e0 porter la tra\u00eene de \u00ab\u00a0l\u2019Autrichienne\u00a0\u00bb\u00a0: m\u00eame accueil et m\u00eame surnom que pour Marie-Antoinette la dauphine et future reine. Mais la famille imp\u00e9riale n\u2019aimait pas davantage Jos\u00e9phine la coquette Cr\u00e9ole, ex imp\u00e9ratrice r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9.<\/p>\n<p>Marie-Louise qui tient surtout \u00e0 sa tranquillit\u00e9 (mot r\u00e9current dans ses lettres et trait de caract\u00e8re constant) semble ignorer ce qu\u2019on dit d\u2019elle dans tout Paris\u00a0: les bonapartistes pr\u00e9f\u00e8rent Jos\u00e9phine, les r\u00e9publicains la ha\u00efssent en sa qualit\u00e9 de ni\u00e8ce de la reine d\u00e9capit\u00e9e, les monarchistes ne peuvent accepter le semblant de l\u00e9gitimit\u00e9 que ce mariage donne \u00e0 la famille.<\/p>\n<p>Pendant quatre ans, elle joue dignement le r\u00f4le de premi\u00e8re dame. Elle donne le fils attendu \u00e0 Napol\u00e9on, p\u00e8re combl\u00e9, fou de joie\u00a0! Mais les \u00e9preuves \u00e0 venir pour son \u00e9poux et pour son pays d\u2019adoption la France sont trop fortes pour cette jeune femme. \u00c9cras\u00e9e par le d\u00e9sespoir, elle se confie \u00e0 Hortense de Beauharnais (fille de Jos\u00e9phine et femme de Louis, fr\u00e8re de Napol\u00e9on)\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malchance partout o\u00f9 je vais. Tous ceux avec qui j\u2019ai eu affaire ont \u00e9t\u00e9 plus ou moins touch\u00e9s, et depuis l\u2019enfance je n\u2019ai fait que passer ma vie \u00e0 fuir.\u00a0\u00bb On croirait entendre Marie-Antoinette sous la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa vie en France se termine en 1814, quand Napol\u00e9on part en exil \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe. Elle a renonc\u00e9 \u00e0 le suivre. Les Cent-Jours seront un nouveau drame v\u00e9cu de loin. Au second exil de Napol\u00e9on, elle \u00e9crit \u00e0 son p\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on le traitera avec bont\u00e9 et douceur, et je vous prie, tr\u00e8s cher papa, d\u2019y contribuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1959\" class=\"cit-num\">1959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), Lettre \u00e0 son p\u00e8re l\u2019empereur d\u2019Autriche, 15\u00a0ao\u00fbt 1815. <em>Revue historique<\/em>, 28e ann\u00e9e, volume\u00a0<span class=\"caps\">LXXXII<\/span> (1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme de l\u2019empereur d\u00e9chu ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la seule pri\u00e8re que je puisse oser pour lui et la derni\u00e8re fois que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indiff\u00e9rence dans laquelle il m\u2019a laiss\u00e9e vivre, au lieu de me rendre malheureuse.\u00a0\u00bb Ce sont vraiment des paroles de fille et d\u2019\u00e9pouse soumise, aspirant toujours \u00e0 la tranquillit\u00e9.<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder \u00e0 Marie-Louise le duch\u00e9 de Parme, en Italie. Elle va vivre une seconde existence plus heureuse. L\u2019entr\u00e9e officielle a lieu le 18 avril 1816. Elle \u00e9crit \u00e0 son p\u00e8re sur un tout autre ton\u00a0: \u00ab\u00a0Les gens m\u2019ont accueillie avec tant d\u2019enthousiasme que j\u2019ai eu les larmes aux yeux.\u00a0\u00bb (Franz Herre, <em>Marie-Louise \u2013 Le destin d\u2019une Habsbourg de Paris \u00e0 Parme<\/em>, 1997).<\/p>\n<p>Marie-Louise s\u2019installe avec son amant Neipperg \u00e0 qui elle laisse le soin d\u2019administrer ses territoires. Il le fait d\u2019une main de fer, tandis que la duchesse s\u2019attache \u00e0 cr\u00e9er des h\u00f4pitaux, des monuments et des mus\u00e9es. Elle m\u00e9rite et appr\u00e9cie son nouveau surnom\u00a0: la Bonne duchesse.<br>Avant de partir en Italie, Marie-Louise a d\u00fb laisser \u00e0 Vienne son fils, devenu duc de Reichstadt \u00e0 sa demande\u00a0: il lui fallut\u00a0 renoncer \u00e0 vivre avec son enfant, mais elle a insist\u00e9 pour qu\u2019il puisse avoir ce titre et des terres, afin d\u2019\u00eatre plus tard libre de choisir sa vie\u2026 Mais\u00a0 le roi de Rome meurt de la tuberculose \u00e0 21 ans, dans les bras de sa m\u00e8re qui s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e \u00e0 Vienne pour vivre les derniers instants de ce fils qu\u2019elle aura peu connu, mais beaucoup pleur\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Napol\u00e9on \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, le 5 mai 1821, elle a pu \u00e9pouser Neipperg le 8 ao\u00fbt suivant. Le couple aura\u00a0 quatre enfants avant que Neipperg ne meure en 1829. Suite aux \u00e9meutes \u00e0 Parme en 1831, Marie-Louise, r\u00e9put\u00e9e trop laxiste et na\u00efve dans la gestion de ses sujets, \u00e9pouse en 1834 le comte Charles-Ren\u00e9 de Bombelles, charg\u00e9 de reprendre l\u2019administration par la puissance autrichienne qui domine ce territoire italien. Destin de femme malmen\u00e9e par l\u2019Histoire qui n\u2019\u00e9pargne personne, en ces temps boulevers\u00e9s.<\/p>\n<h4>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0: l\u2019Aiglon, le roi de Rome<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832. <em>Les Errants de la gloire<\/em> (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 pour lui par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on Ier \u2013 m\u00eame si l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9 et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on. Sacr\u00e9e famille\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, le Petit. Rappelons le mot de Fran\u00e7ois Mauriac dans son<em>\u00a0Bloc-notes<\/em> du journal <em>L\u2019Express<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Talleyrand\u00a0: le Diable boiteux<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation est parfaitement en situation, le 28\u00a0janvier\u00a01809, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se venge de l\u2019affront public, avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs, toujours \u00e0 propos de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807 \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb, dit Fouch\u00e9 en apprenant cet honneur.<\/p>\n<p>Le plus habile diplomate de notre histoire est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes, mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, pr\u00e9visible d\u00e8s 1809.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne dites jamais de mal de vous. Vos amis s\u2019en chargeront toujours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1787\" class=\"cit-num\">1787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Jean-Yves Dournon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot qui lui est attribu\u00e9 va bien \u00e0 ce cynique, sans illusion sur les hommes. Mais il se moque de tout ce qu\u2019on peut dire de lui et confie \u00e0 Lamartine\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0On me croit immoral et machiav\u00e9lique, je ne suis qu\u2019impassible et d\u00e9daigneux\u2026 Mirabeau \u00e9tait un grand homme, mais il lui manquait le courage d\u2019\u00eatre impopulaire. Sous ce rapport, voyez, je suis plus homme que lui\u00a0: je livre mon nom \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations et \u00e0 tous les outrages de la foule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Chateaubriand\u00a0: l\u2019Enchanteur<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration est lui-m\u00eame ministre \u2013 de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, ray\u00e9 de la liste des ministres d\u2019\u00c9tat, il perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. D\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb S\u2019il fallait inventer un surnom politique \u00e0 Chateaubriand, ce serait l\u2019\u00c9ternel opposant.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est avant tout un styliste de g\u00e9nie, surnomm\u00e9 en tant que tel l\u2019Enchanteur, apr\u00e8s la publication d\u2019<em>Atala<\/em> (1801) et <em>Ren\u00e9<\/em> (1802). Pr\u00e9romantisme et pr\u00e9figuration du mal du si\u00e8cle, le \u00ab\u00a0vague \u00e0 l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb aboutira au \u00ab\u00a0spleen\u00a0\u00bb baudelairien.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 dans les <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, le style \u00ab\u00a0cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb\u00a0: on voit s\u2019avancer les deux personnages redoutables et ha\u00efssables, acteurs majeurs en cette \u00e9poque o\u00f9 Napol\u00e9on a vocation de tout \u00e9craser. R\u00e9sultat logique\u00a0: aucun autre auteur digne de ce nom n\u2019existe sous Napol\u00e9on qui s\u2019en plaint \u2013 notons que<em> les M\u00e9moires<\/em> de Chateaubriand sont comme leur titre l\u2019indique \u00ab\u00a0posthumes\u00a0\u00bb, donc \u00e9dit\u00e9es apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui para\u00eet est mis\u00e9rable\u00a0! cela d\u00e9go\u00fbte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1758\" class=\"cit-num\">1758<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> Journal\u00a0: notes intimes et politiques d\u2019un familier des Tuileries<\/em> (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur a souvent ce mot, comme d\u00e9j\u00e0 le Premier Consul, d\u00e9\u00e7u par la production litt\u00e9raire de son temps. Sans doute veut-il trop diriger la pens\u00e9e des cr\u00e9ateurs et des intellectuels. La plupart d\u2019entre eux sont dociles et les \u00ab\u00a0best-sellers\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les amateurs de romans et de po\u00e8mes abondent sont aujourd\u2019hui illisibles. Les seuls grands talents seront des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on Bonaparte inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale.<\/p>\n<p>M\u00eame pauvret\u00e9 dans le domaine th\u00e9\u00e2tral. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c\u2019est le m\u00e9lodrame. Napol\u00e9on m\u00e9prise le \u00ab\u00a0m\u00e9lo\u00a0\u00bb, il n\u2019aime que le genre noble, la trag\u00e9die (\u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), mais nul auteur ne peut rivaliser, m\u00eame de tr\u00e8s loin, avec les dramaturges du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il a quand m\u00eame trouv\u00e9 son grand acteur, Talma.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a plus de chance dans le domaine des beaux-arts\u00a0: David, peintre officiel, d\u2019ailleurs issu de la R\u00e9volution, reste magnifiquement inspir\u00e9, dans le parcours impos\u00e9 par le nouveau ma\u00eetre de la France\u00a0: voir <em>Le Sacre<\/em>, chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique.<\/p>\n<p>Reste Chateaubriand, t\u00e9moin de son temps \u00f4 combien pr\u00e9cieux \u2013 comme Hugo qui va lui succ\u00e9der et d\u00e9passer son ma\u00eetre, lui qui disait \u00e0 seize ans \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Koutousov\u00a0: Smolensko\u00ef<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on est comme un torrent. Moscou sera l\u2019\u00e9ponge qui l\u2019absorbera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1862\" class=\"cit-num\">1862<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Feld-mar\u00e9chal <span class=\"caps\">KOUTOUZOV<\/span> (1745-1813), exposant son coup de poker militaire \u00e0 son \u00e9tat-major, d\u00e9but septembre\u00a01812. <em>La Guerre patriotique de 1812<\/em> (2008), \u00c9mile Grenier Robillard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole proph\u00e9tique du g\u00e9n\u00e9ral en chef russe, alors que l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne est en marche vers Moscou. \u00c9t\u00e9 1812, la guerre a donc repris\u00a0: c\u2019est la sixi\u00e8me coalition qui dressera bient\u00f4t l\u2019Europe contre Napol\u00e9on. Tout commence avec la Russie.<\/p>\n<p>Alexandre\u00a0Ier est ulc\u00e9r\u00e9 par l\u2019annexion du duch\u00e9 d\u2019Oldenbourg, fief appartenant \u00e0 son cousin et devenu au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin un des 130 d\u00e9partements fran\u00e7ais, sous le nom de Bouches-du-Weser. La Russie souffre par ailleurs du Blocus continental et renoue avec l\u2019Angleterre. De son c\u00f4t\u00e9, Napol\u00e9on est tent\u00e9\u00a0: cette nouvelle conqu\u00eate manque \u00e0 son Empire\u00a0! Il comprendra \u2013 mais trop tard \u2013 cette erreur fatale.<\/p>\n<p>Et Koutousov expose son plan\u00a0: plut\u00f4t que d\u2019affronter ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e, il ordonne la retraite de Moscou, sans combat. Ses officiers sont totalement d\u00e9concert\u00e9s. Certains pleurent, arrachent leurs d\u00e9corations, d\u2019autres parlent de trahison, mais le mar\u00e9chal sera ob\u00e9i. Et il \u00e9crit au tsar, pour le rassurer. La perte de Moscou est r\u00e9parable et doit sauver la Patrie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812.<em> Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde, sans savoir l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p>\n<p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p>\n<p>Les combats de Dorogobouj et la bataille de Krasno\u00ef, o\u00f9 le nombre \u00e9crase pourtant la valeur, valent \u00e0 Koutouzov le surnom de Smolensko\u00ef et le grand cordon de Saint-Georges. Lors du passage de la B\u00e9r\u00e9zina, les d\u00e9bris de la Grande Arm\u00e9e lui \u00e9chappent de justesse.<\/p>\n<h4>120\u00a0000 conscrits des classes 1814 et 1815\u00a0: les Marie-Louise<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu vos troupes, il n\u2019y a que des enfants. Vous avez fait p\u00e9rir une g\u00e9n\u00e9ration. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1874\" class=\"cit-num\">1874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), \u00e0 Napol\u00e9on qui le re\u00e7oit comme m\u00e9diateur \u00e0 Dresde, 26\u00a0juin 1813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on cherche une impossible tr\u00eave. La Prusse pactise d\u00e9j\u00e0 avec la Russie et d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France, le 17\u00a0mars 1813. La sixi\u00e8me coalition se forme. L\u2019Autriche propose sa m\u00e9diation\u00a0: c\u2019est l\u2019occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de jouer un r\u00f4le diplomatique de premier plan.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait le compte des soldats dont il peut disposer, et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter par anticipation des \u00ab\u00a0Marie-Louise\u00a0\u00bb (du nom de l\u2019imp\u00e9ratrice), jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, pratiquement sans formation militaire \u2013 ils savent \u00e0 peine charger un fusil.<\/p>\n<p>Metternich n\u2019est pas dupe de la d\u00e9monstration. Napol\u00e9on, furieux, lui reproche les ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique. Ce qui va jeter l\u2019Autriche dans le camp ennemi. Le mariage cens\u00e9 garantir la paix n\u2019aura servi \u00e0 rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019en est fini de Bonaparte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1875\" class=\"cit-num\">1875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), Lettre \u00e0 son ami Hudelist (conseiller d\u2019\u00c9tat), apr\u00e8s son entrevue avec Napol\u00e9on, 26\u00a0juin\u00a01813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chancelier d\u2019Autriche vient de terminer son dialogue avec Napol\u00e9on, en abandonnant son ton diplomatique\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates perdu, Sire\u00a0! Je m\u2019en doutais en venant ici, maintenant je le sais\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il en est s\u00fbr, malgr\u00e9 la victoire de Napol\u00e9on sur les Prussiens (L\u00fctzen) et sur les Russes (Bautzen). L\u2019armistice, sign\u00e9 \u00e0 Pleiswitz le 4\u00a0juin, n\u2019est qu\u2019un cessez-le-feu qui permet aux coalis\u00e9s de resserrer les rangs et \u00e0 l\u2019Autriche de Fran\u00e7ois Ier d\u2019entrer dans la sixi\u00e8me coalition. La guerre reprend. Apr\u00e8s la campagne de Russie et avant la campagne de France, c\u2019est la campagne d\u2019Allemagne. Napol\u00e9on repart, laissant la r\u00e9gence \u00e0 Marie-Louise.<\/p>\n<h4>G\u00e9n\u00e9ral Daumesnil\u00a0: Jambe de Bois<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1885\" class=\"cit-num\">1885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DAUMESNIL<\/span> (1776-1832), aux Alli\u00e9s assi\u00e9geant Vincennes, d\u00e9but avril\u00a01814. <em>Daumesnil\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes\u00a0\u00bb<\/em> (1970), Henri de Clairval<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Volontaire sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, g\u00e9n\u00e9ral et baron d\u2019Empire multipliant les actions d\u2019\u00e9clat, surnomm\u00e9 Jambe de bois, il a perdu une jambe \u00e0 Wagram (1809). Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il r\u00e9siste au si\u00e8ge des troupes coalis\u00e9es, alors que la capitale d\u00e9j\u00e0 est aux mains des Alli\u00e9s. Sa garnison se compose d\u2019un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0mon Jeu de quilles\u00a0\u00bb. Un stock de munitions consid\u00e9rable (\u00e9valu\u00e9 \u00e0 80\u00a0millions de francs) fait du donjon une poudri\u00e8re en puissance. La nuit du 30 au 31\u00a0mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont rafl\u00e9 \u00e0 Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener \u00e0 l\u2019abri dans Vincennes. Les Alli\u00e9s lui proposent une forte somme pour sa reddition. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique.<\/p>\n<p>Il n\u00e9gociera la capitulation avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, apr\u00e8s l\u2019exil de Napol\u00e9on. En 1830, quinquag\u00e9naire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours r\u00e9sistant contre les r\u00e9volutionnaires de Juillet, il r\u00e9pond aux menaces des assaillants\u00a0: \u00ab\u00a0Je me fais sauter avec le ch\u00e2teau et nous nous rencontrerons en l\u2019air.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Bl\u00fccher\u00a0: G\u00e9n\u00e9ral en avant (ou <em>Marschall Vorw\u00e4rts<\/em>)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitaine de Bl\u00fccher est autoris\u00e9 \u00e0 quitter son poste, et il peut aller au diable si cela lui convient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FREDERIC<\/span> le Grand (1712-1786) signant la d\u00e9mission demand\u00e9e. <em>Biographie universelle\u00a0: ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur g\u00e9nie<\/em> (1847), Fran\u00e7ois-Xavier Feller<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gebhard Leberecht von Bl\u00fccher (1742-1819), incorpor\u00e9 de force dans les troupes du roi de Prusse, devenu capitaine, se fit remarquer par son courage et donna sa d\u00e9mission \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un passe-droit.<\/p>\n<p>Rappel\u00e9 au service quinze ans apr\u00e8s par Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>, il alla combattre sur le Rhin, ses qualit\u00e9s militaires lui valurent bient\u00f4t le grade de g\u00e9n\u00e9ral-major, puis de lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral. Il participa ensuite aux guerres de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et du Premier Empire, alternant \u00e9checs et victoires avec une constance remarquable et jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9.<\/p>\n<p>En 1813, quand la Prusse reprit la guerre contre Napol\u00e9on, charg\u00e9 du commandement des arm\u00e9es prussiennes pendant la campagne d\u2019Allemagne. Vainqueur \u00e0 Leipzig, il fut fait feld-mar\u00e9chal le 19 octobre. Il fut l\u2019un des premiers \u00e0 entrer en France pendant la campagne de France (1814). Le 30 mars, bien que malade et alit\u00e9, il re\u00e7ut le commandement nominal des troupes prussiennes et russes de l\u2019arm\u00e9e de Sil\u00e9sie lors de la bataille de Paris, qui voit l\u2019entr\u00e9e des troupes coalis\u00e9es dans la capitale fran\u00e7aise et marque la chute de l\u2019Empire par la premi\u00e8re abdication de Napol\u00e9on. L\u2019ann\u00e9e suivante, il participe \u00e0 la bataille de Ligny.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas une bataille, c\u2019\u00e9tait une boucherie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1941\" class=\"cit-num\">1941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">COIGNET<\/span>, <em>Cahiers<\/em> (1851-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grognard, avec ses M\u00e9moires authentiquement pris sur le vif, inspirera le personnage du grenadier Flambeau, dans <em>L\u2019Aiglon<\/em> de Rostand.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque ici la bataille de Ligny, commune de Belgique o\u00f9 les Prussiens de Bl\u00fccher sont battus pour la seconde fois par Napol\u00e9on, le 16\u00a0juin 1815. Les troupes de Ney n\u2019arrivent pas comme pr\u00e9vu, la bataille est ind\u00e9cise, quand Napol\u00e9on d\u00e9cide d\u2019engager la garde imp\u00e9riale, l\u2019arme de la derni\u00e8re chance. \u00ab\u00a0Ce hourra g\u00e9n\u00e9ral de 3\u00a0000 hommes de grosse cavalerie sur un seul point avait quelque chose de prodigieux et d\u2019effrayant\u00a0; il y eut plusieurs chocs des plus violents entre cette cavalerie et la cavalerie prussienne. La terre tremblait sous leurs pieds, le cliquetis des armes et des armures, tout rappelait ces descriptions fabuleuses de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb (t\u00e9moignage de Mauduit, autre grenadier de la Garde).<\/p>\n<p>La fantastique m\u00eal\u00e9e se prolonge jusqu\u2019\u00e0 la nuit. Bilan de cette sanglante journ\u00e9e\u00a0: 20\u00a0000 Prussiens et 13\u00a0000 Fran\u00e7ais bless\u00e9s ou morts. Ligny est la derni\u00e8re victoire de Napol\u00e9on, deux jours avant Waterloo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Derri\u00e8re un mamelon, la garde \u00e9tait mass\u00e9e.<br>La garde, espoir supr\u00eame, et supr\u00eame pens\u00e9e [\u2026]<br>Tranquille, souriant \u00e0 la mitraille anglaise,<br>La garde imp\u00e9riale entra dans la fournaise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1943\" class=\"cit-num\">1943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em>, L\u2019Expiation (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on engage contre l\u2019anglais Wellington la Vieille Garde (l\u2019\u00e9lite, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Jeune et de la Moyenne Garde). \u00c0 la t\u00eate de l\u2019infanterie alli\u00e9e, le duc de Wellington r\u00e9siste \u00e0 la cavalerie du g\u00e9n\u00e9ral Kellermann (fils du h\u00e9ros de Valmy), tandis que le mar\u00e9chal Ney cause de grosses pertes \u00e0 l\u2019ennemi.<br>La Garde, d\u00e9cim\u00e9e, recule en ordre. Elle attend les secours de Grouchy, mais Grouchy ne peut emp\u00eacher la jonction des arm\u00e9es alli\u00e9es. Et c\u2019est Bl\u00fccher qui arrive, le feld-mar\u00e9chal autrichien \u00e2g\u00e9 de 72\u00a0ans, fid\u00e8le \u00e0 son surnom et \u00e0 sa tactique.<\/p>\n<p>La tactique de Bl\u00fccher \u00e9tait toujours la m\u00eame\u00a0: assaillir l\u2019ennemi avec imp\u00e9tuosit\u00e9, se retirer s\u2019il fait une r\u00e9sistance trop opini\u00e2tre, se rallier \u00e0 quelque distance, suivre apr\u00e8s ses mouvements, saisir la moindre faute\u00a0; fondre, sur lui, le culbuter, lui enlever des prisonniers, se retirer rapidement. Cette tactique offensive et cette intr\u00e9pidit\u00e9 constante lui valent le surnom de G\u00e9n\u00e9ral ou Mar\u00e9chal en avant, qui a donn\u00e9 l\u2019expression allemande \u00ab\u00a0avancer comme Bl\u00fccher\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer un temp\u00e9rament agressif et batailleur, \u00e0 la ville comme \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p>Mais ici, \u00e0 Waterloo, il faut bien parler de trahison\u00a0! Le g\u00e9n\u00e9ral Louis de Bourmont, ancien chef chouan ralli\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on en mai\u00a0dernier, passe aux Prussiens et sera par ailleurs accus\u00e9 (dans le<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>) d\u2019avoir communiqu\u00e9 le plan fran\u00e7ais \u00e0 Bl\u00fccher. Les soldats ont r\u00e9pandu le bruit d\u2019autres trahisons de g\u00e9n\u00e9raux. D\u2019o\u00f9 les premiers cris de \u00ab\u00a0Sauve-qui-peut\u00a0!\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0Nous sommes trahis\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne se d\u00e9bande, pour la premi\u00e8re fois.<br>Seule la partie de la garde command\u00e9e par Cambronne tient encore les lignes.<\/p>\n<h4>Cambronne\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral du \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne<\/em>.<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde, qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La garde meurt et ne se rend pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1945\" class=\"cit-num\">1945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), paroles grav\u00e9es sur le socle en granit de sa statue \u00e0 Nantes (sa ville natale).<em> La Garde meurt et ne se rend pas\u00a0: histoire d\u2019un mot historique<\/em> (1907), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont bien grav\u00e9s au pied de sa statue \u2013 et non\u00a0: \u00ab\u00a0La garde meurt mais ne se rend pas.\u00a0\u00bb Il n\u2019est cependant pas s\u00fbr que cette phrase ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Waterloo, Cambronne en personne l\u2019a d\u00e9menti\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu dire \u2018la Garde meurt et ne se rend pas\u2019, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Pierre Levot, <em>Biographie bretonne<\/em>, 1900).<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb est sans doute plus authentique, dans le feu de l\u2019action, m\u00eame si le g\u00e9n\u00e9ral en refusa \u00e9galement la paternit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plus grande d\u00e9faite de Napol\u00e9on fera sa gloire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo.<\/p>\n<h4>Wellington\u00a0: le Duc de fer, le Vilain jeton<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La bataille de Waterloo a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e sur les terrains de jeu d\u2019Eton.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1948\" class=\"cit-num\">1948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">WELLINGTON<\/span> (1769-1852).<em> Revue politique et litt\u00e9raire\u00a0: revue bleue<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Principal artisan de la victoire anglaise de Waterloo, assistant \u00e0 un match de cricket \u00e0 Eton, il t\u00e9moigne de la foi toute patriotique en ce sport national \u2013 m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas personnellement un grand sportif. Mais c\u2019est un grand militaire. Depuis la tragique guerre d\u2019Espagne, il a multipli\u00e9 les victoires contre les arm\u00e9es napol\u00e9oniennes, jusqu\u2019\u00e0 ce dernier acte du 18\u00a0juin 1815.<\/p>\n<p>Sa Gr\u00e2ce le duc de Wellington n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement tendre et m\u00e9ritait son surnom\u00a0: le Duc de fer. L\u2019homme qui venait de vaincre \u00e0 Waterloo, l\u2019implacable ennemi de Napol\u00e9on, e\u00fbt pu aussi \u00eatre appel\u00e9 le duc de glace, culott\u00e9 de chamois, tous ses ordres sur la poitrine, ras\u00e9, poudr\u00e9 de frais, plein de morgue quand il accueillit\u00a0 Cambronne. En argot militaire du grognard, il porte le surnom de Vilain jeton \u2013 est-ce pour cette raison\u00a0?<\/p>\n<p>Pour finir en beaut\u00e9, voici quelques perles emprunt\u00e9es \u00e0 cette langue savoureuse\u00a0qui aurait plu \u00e0 Michel Audiard, brillant dialoguiste et volontiers anarchiste (de droite)\u00a0:<\/p>\n<p>le Patron, c\u2019est Napol\u00e9on et le Mois-Napol\u00e9on, le 13e mois de solde.<\/p>\n<p>Le canon est surnomm\u00e9 le brutal, le bronze, et quand il tire, \u00ab\u00a0il tousse\u00a0\u00bb. Le fusil, c\u2019est le repoussant, le sabre \u00e9tant la c\u00f4te de b\u0153uf.<\/p>\n<p>Dur \u00e0 cuire , vrai bougre, vieille moustache, briscard, brave \u00e0 trois poils, Vieille culotte, Fameux lapin, ce sont les soldats. C\u00e2lin, un soldat chevronn\u00e9. Marche \u00e0 terre, pousse-caillou, Sous-pieds de gu\u00eatres, Tourlourous\u00a0: ce sont les fantassins. Gros talons, gilets de fer\u00a0: les cuirassiers. Les Immortels, c\u2019est La Garde. Mettre sa vaisselle \u00e0 l\u2019air, c\u2019est arborer ses d\u00e9corations.<\/p>\n<p>Marche \u00e0 regret est un conscrit r\u00e9fractaire. Un rafal\u00e9, un frileux, un B\u00eache\u00a0: le soldat qui a peur. Joue des jambes\u00a0: le soldat qui se sauve en courant lors d\u2019une attaque. Un Amateur\u00a0: celui qui s\u2019\u00e9carte durant une marche. Chagrin\u00e9 de service\u00a0: le soldat qui a trop\u00a0 de travail. Un tapin\u00a0: apprenti tambour ou mauvais tambour. Et un Enfant de la giberne, c\u2019est l\u2019enfant naturel d\u2019un militaire et d\u2019une cantini\u00e8re.<\/p>\n<p>Les Cavaliers du patatras\u00a0: ce sont les cavaliers inexp\u00e9riment\u00e9s de la fin de l\u2019Empire. Preuve que les militaires de l\u2019Empire eurent de l\u2019humour en toute circonstance.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les surnoms de l\u2019histoireVI. L\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienneDu Directoire aux Cents jours, en passant par le Consulat et l\u2019Empire, la star de l\u2019Histoire occupe la sc\u00e8ne\u00a0: personnage indissociable de la Grande Arm\u00e9e et de sa famille qu\u2019il impose. Restent les grands ennemis europ\u00e9ens, le cas Talleyrand et quelques invit\u00e9s surprise.Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0:\u00a0de Ribulione \u00e0 Nicolas, en passant par [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":265,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9064","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9064"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9064\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16272,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9064\/revisions\/16272"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}