{"id":9067,"date":"2021-10-18T00:00:00","date_gmt":"2021-10-17T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-la-revolution\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:12","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:12","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-la-revolution\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (la R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3>Les surnoms<\/h3>\n<h3>V. La R\u00e9volution<\/h3>\n<p>Sous la R\u00e9volution, les personnages se succ\u00e8dent sans se ressembler, se rassemblant et se divisant \u00e0 la vie, \u00e0 la mort\u00a0: la situation leur donne le talent du Verbe et de l\u2019Action, d\u2019o\u00f9 un feu d\u2019artifice de citations et une s\u00e9rie de surnoms \u00e9tonnants.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-9.jpg\" width=\"200\" height=\"269\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<h4>Mirabeau\u00a0: l\u2019Orateur du peuple, la Torche de Provence, le Monstre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conna\u00eet pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n\u2019y a personne qui os\u00e2t m\u2019interrompre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1291\" class=\"cit-num\">1291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Mirabeau<\/em> (1891), Edmond Rousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce physique impressionne tous les contemporains. Il en joue, il trouve belle cette laideur, avec ses traits marqu\u00e9s, cribl\u00e9s de petite v\u00e9role. Il soigne sa toilette, porte une \u00e9norme chevelure artistement arrang\u00e9e, qui grossit encore le volume de sa t\u00eate. Il se place volontiers face au miroir, se regarde parler, \u00e9quarrit ses \u00e9paules. Il cultive son personnage. La puissance du verbe et la solidit\u00e9 de la pens\u00e9e servent \u00e9galement le tribun. Mais pour Marie-Antoinette, c\u2019est juste le Monstre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin.<\/p>\n<p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb, \u00e9crira Michelet. C\u2019est la Torche de Provence et l\u2019Orateur du peuple \u2013 premier r\u00e9volutionnaire port\u00e9 en triomphe deux ans apr\u00e8s au Panth\u00e9on, il sera d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9 quand sa trahison est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Monarchiste constitutionnel, il aurait voulu sauver Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u00a0\u2018est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1321\" class=\"cit-num\">1321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur dramatique a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle. L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Boniface Louis Riqueti, vicomte de Mirabeau\u00a0: Mirabeau-Tonneau, Mirabeau-Cravates<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on a un fr\u00e8re comme le v\u00f4tre aux \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux et qu\u2019on est vous, on laisse parler son fr\u00e8re et l\u2019on garde le silence\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor-Riqueti, marquis de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1715-1789), <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em>, Volume 8, Honor\u00e9-Gabriel de Riqueti, comte de Mirabeau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de p\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 s\u00e9v\u00e8re contre le c\u00e9l\u00e8bre a\u00een\u00e9, mais impitoyable contre le cadet\u00a0!<\/p>\n<p>Fils de grande famille, le vicomte entr\u00e9 en politique se retrouve naturellement d\u00e9put\u00e9 de la noblesse du Limousin aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux. Monarchiste pur et dur, il s\u2019opposera \u00e0 la r\u00e9union des ordres et \u00e0 l\u2019abolition des privil\u00e8ges (4 ao\u00fbt 1789).<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Boniface \u00e9tait presque aussi d\u00e9bauch\u00e9 que son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Ob\u00e8se et caricatur\u00e9 comme tel, son ivrognerie lui vaut le surnom de \u00ab\u00a0Mirabeau-Tonneau\u00a0\u00bb. Conscient de n\u2019\u00eatre que l\u2019ombre de son fr\u00e8re, le malheureux prit acte de sa position avec humour\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une autre famille, je passerais pour un mauvais sujet et un homme d\u2019esprit, dans la mienne je suis un sot et un honn\u00eate homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Boniface Louis Riqueti, vicomte de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span>\u00a0(1754-1792). <em>Les Orateurs de la r\u00e9volution\u00a0: l\u2019Assembl\u00e9e constituante<\/em>, tome1, 1905, Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vicomte se fit pourtant remarquer \u00e0 la Constituante, le jour o\u00f9 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> annon\u00e7a qu\u2019il adoptait les principes de la jeune constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque le roi brise son sceptre, ses serviteurs doivent briser leur \u00e9p\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1361\" class=\"cit-num\">1361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Boniface Louis Riqueti, vicomte de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span>\u00a0(1754-1792), 4\u00a0f\u00e9vrier 1790 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<em> Les Lundis r\u00e9volutionnaires\u00a0: histoire anecdotique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1889), Jean-Bernard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vicomte est furieux. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> vient d\u2019accepter que les d\u00e9put\u00e9s pr\u00eatent serment de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la nation, \u00e0 la loi et \u2013 seulement apr\u00e8s \u2013 au roi. Joignant le geste \u00e0 la parole, il brise son \u00e9p\u00e9e et quitte la s\u00e9ance. Tout est lourd de symboles, dans cette histoire.<\/p>\n<p>Son parti \u00e9tant minoritaire \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante, le d\u00e9put\u00e9 d\u00e9missionne en juin et \u00e9migre en Allemagne. Il s\u2019installe en Pays de Bade et l\u00e8ve la l\u00e9gion des Hussards de la Mort qui fera aux r\u00e9publicains une guerre d\u2019escarmouches sanglantes et inutiles en 1792. Tout commence \u00e0 Perpignan o\u00f9 r\u00e9side le r\u00e9giment de Touraine. Une partie des soldats, soutenus par les patriotes catalans, se r\u00e9volte contre ses officiers. Le maire fait appel au colonel Mirabeau. Impuissant \u00e0 r\u00e9gler le probl\u00e8me,\u00a0 il repart en emportant les \u00ab\u00a0cravates\u00a0\u00bb, insulte gravissime pour les soldats\u00a0: les cravates-rubans qui agr\u00e9mentent la hampe du drapeau ont une valeur symbolique pour le r\u00e9giment. Il meurt bient\u00f4t, suite \u00e0 une attaque d\u2019apoplexie. Sa d\u00e9pouille repose dans un ancien cimeti\u00e8re protestant de Fribourg.<\/p>\n<h4>Camille Desmoulins\u00a0: l\u2019Homme du 14 juillet, Monsieur Hon-Hon<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens\u00a0! Il n\u2019y a pas un moment a\u0300 perdre. Monsieur Necker est renvoy\u00e9. Ce renvoi est le tocsin d\u2019une Saint-Barth\u00e9lemy de patriotes. Ce soir tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous \u00e9gorger. Il ne nous reste qu\u2019une ressource, c\u2019est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconna\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"101\" class=\"cit-num\">101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), <em>Une imposture de Camille Desmoulins<\/em>, Claude Hau, mai 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le renvoi de Necker est connu le 12\u00a0juillet au matin. Le peuple s\u2019amasse au Palais-Royal. Camille Desmoulins, sortant du caf\u00e9 de Foy \u00e9tabli sous les galeries, saute sur une chaise, brandit son \u00e9p\u00e9e d\u2019une main, un pistolet dans l\u2019autre, et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Il improvise son premier discours. Des milliers de voix hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Les manifestations ne vont plus cesser dans les rues\u00a0: la R\u00e9volution est en marche.<\/p>\n<p>Le jeune homme incarne le journalisme sous la R\u00e9volution. Auteur plus qu\u2019orateur, bien vu de ses confr\u00e8res qui ne voient pas en lui un rival, mais un jeune fr\u00e8re talentueux, imp\u00e9tueux et tapageur. Il b\u00e9gaie ses discours (il donnera plusieurs versions de celui-ci). Mais il sait \u00eatre d\u00e9cisif aux moments cruciaux comme ce 12 juillet. Surnomm\u00e9 bient\u00f4t \u00ab\u00a0l\u2019homme du 14 juillet\u00a0\u00bb, il ne cessera de d\u00e9fendre la r\u00e9publique en pr\u00f4nant tr\u00e8s t\u00f4t la mort du roi.<\/p>\n<p>Cela dit, son \u00e9pouse Lucile le surnomme avec une gentille ironie\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur Hon-hon\u00a0\u00bb. Toutes ses phrases commencent par ces \u00ab\u00a0Hon-hon\u00a0\u00bb qui font sourire ses proches. Il a la voix sourde, il b\u00e9gaie, il n\u2019a jamais su improviser. A la Convention, aux Jacobins, ses interventions se borneront a\u0300 quelques mots qu\u2019on entend mal. Mais ce 12 juillet, pour la premi\u00e8re et la derni\u00e8re fois de sa vie, il parle d\u2019abondance, oublie de b\u00e9gayer. Sa voix est assez forte pour couvrir le tumulte du Palais-Royal et subjuguer dix mille braillards.<\/p>\n<h4>La Fayette\u00a0: Pomp\u00e9e, Gilles C\u00e9sar, G\u00e9n\u00e9ral Morph\u00e9e<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, La Fayette prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 surnomm\u00e9 le H\u00e9ros des Deux-Mondes pour avoir particip\u00e9 \u00e0 la guerre d\u2019Ind\u00e9pendances des nouveaux \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique contre l\u2019Angleterre colonisatrice, le jeune marquis conna\u00eet un nouveau jour de gloire, pour ce geste et ce mot\u00a0 parfaitement\u00a0\u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: le voil\u00e0 nouveau Pomp\u00e9e le Grand, illustre g\u00e9n\u00e9ral et consul romain. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup, mais pour La Fayette, ce n\u2019est jamais trop.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Gilles C\u00e9sar\u00a0\u00bb est un trait d\u2019humour sign\u00e9 Mirabeau qui discr\u00e9dite ce r\u00e9volutionnaire situ\u00e9 comme lui dans la droite ligne des monarchistes constitutionnels. Il aura bient\u00f4t l\u2019occasion de forcer le trait contre ce rival toujours dans son clan.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Reine a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e, elle promet qu\u2019elle ne le sera plus [\u2026] elle promet d\u2019\u00eatre attach\u00e9e au peuple comme J\u00e9sus-Christ \u00e0 son \u00c9glise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1353\" class=\"cit-num\">1353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), \u00e0 la foule, Versailles, 6\u00a0octobre 1789. <em>Proc\u00e9dure criminelle instruite au Ch\u00e2telet de Paris\u00a0: sur la d\u00e9nonciation des faits arriv\u00e9s \u00e0 Versailles dans la journ\u00e9e du 6\u00a0octobre\u00a01789<\/em> (1790), Assembl\u00e9e nationale constituante<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019adresse \u00e0 la foule qui a forc\u00e9 les grilles, envahi le ch\u00e2teau de Versailles et massacr\u00e9 deux gardes du corps. La Fayette, commandant de la garde nationale, calme le jeu, apparaissant au balcon avec le roi, la reine (en larmes) et le dauphin dans ses bras\u00a0: signe de r\u00e9conciliation symbolique entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et son peuple. Aur\u00e9ol\u00e9 de son aventure am\u00e9ricaine, La Fayette se r\u00eave le Washington d\u2019une d\u00e9mocratie royale et sauve sans doute la vie \u00e0 la famille du roi, ce matin du 6\u00a0octobre. Mais il faut (comme toujours) replacer la citation en situation\u00a0!<\/p>\n<p>La veille, 5 octobre, une foule de femmes et de ch\u00f4meurs marche sur Versailles, arm\u00e9e de piques et de fourches. Une d\u00e9l\u00e9gation est re\u00e7ue le soir du 5\u00a0octobre par le roi. Il promet d\u2019assurer le ravitaillement de Paris o\u00f9 le pain demeure le premier besoin alimentaire du peuple.<\/p>\n<p>La manifestation, d\u2019abord pacifique, va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer apr\u00e8s une nuit de liesse bien arros\u00e9e, alors que La Fayette, pr\u00e9sent \u00e0 Versailles avec ses gardes nationaux, n\u2019a rien vu venir, et dort\u00a0! Mirabeau lui donnera le surnom de G\u00e9n\u00e9ral Morph\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<h4>Abb\u00e9 Siey\u00e8s\u00a0: la taupe de le R\u00e9volution<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils veulent \u00eatre libres, mais ils ne savent pas \u00eatre justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1341\" class=\"cit-num\">1341<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), Constituante, 10\u00a0ao\u00fbt 1789. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Emmanuel Joseph Siey\u00e8s\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019oppose \u00e0 la suppression sans rachat des d\u00eemes eccl\u00e9siastiques, consid\u00e9rant que c\u2019est une spoliation. Cet abb\u00e9 sans vocation religieuse, lecteur fervent des philosophes, rendu c\u00e9l\u00e8bre par son pamphlet <em>Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat\u00a0?<\/em>, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du tiers, n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but d\u2019une longue carri\u00e8re politique, en ces temps o\u00f9 la chose est rare.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident de la Constituante, il votera la mort du roi comme la majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s, se faisant ensuite bien discret\u00a0jusqu\u2019\u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte en qui il voit \u00ab\u00a0le sabre\u00a0\u00bb indispensable pour remettre de l\u2019ordre en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 qui lui demandait bien plus tard ce qu\u2019il avait fait sous la Terreur\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1546\" class=\"cit-num\">1546<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836). <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Emmanuel Joseph Siey\u00e8s\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vie ne tenait qu\u2019\u00e0 un fil \u2013 hasard ou destin. Siey\u00e8s, \u00e2g\u00e9, s\u2019en souvient encore sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<p>Homme de premier plan \u00e0 la Constituante, r\u00e9dacteur du serment du Jeu de paume et de la Constitution, initiateur du club des Jacobins, monarchiste constitutionnel qui vota cependant la mort du roi en janvier\u00a01793, l\u2019abb\u00e9 se fait oublier quand la Convention devient montagnarde, effray\u00e9 du tour pris par les \u00e9v\u00e9nements. Robespierre le d\u00e9teste et l\u2019appelle \u00ab\u00a0la taupe de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Le surnom lui reste chez ses d\u00e9tracteurs. Pendant la Terreur, la taupe se terre dans son trou et survit. On retrouvera l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s tr\u00e8s actif sous le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire.<\/p>\n<h4>Antoine Barnave\u00a0: le Tigre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On veut nous attendrir, Messieurs, en faveur du sang qui a \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 hier \u00e0 Paris\u00a0: ce sang \u00e9tait-il donc si pur\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1339\" class=\"cit-num\">1339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">BARNAVE<\/span> (1761-1793), Constituante, 23\u00a0juillet 1789. <em>Les Martyrs de septembre<\/em> (1919), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Oh\u00a0! le tigre\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame un d\u00e9put\u00e9. Le surnom lui restera.<\/p>\n<p>Avocat et d\u00e9put\u00e9 du tiers, emport\u00e9 dans son \u00e9lan, il a ce mot malheureux au lendemain du massacre de Foullon et Berthier,\u00a0 dans des conditions de sauvagerie extr\u00eame. Foullon, vieillard de 75\u00a0ans, pendu trois fois \u00e0 la lanterne (la corde cassait toujours), puis d\u00e9capit\u00e9 dans l\u2019hyst\u00e9rie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Suite au supplice, sa t\u00eate au bout d\u2019une pique sera exhib\u00e9e devant Berthier (innocent) bient\u00f4t massacr\u00e9, son c\u0153ur arrach\u00e9 de sa poitrine et port\u00e9 devant Bailly, le maire de Paris qui s\u2019en \u00e9vanouit. La Fayette, \u00e9c\u0153ur\u00e9, d\u00e9missionne.<\/p>\n<p>Mais le d\u00e9put\u00e9 exprime une id\u00e9e courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: les violences de la R\u00e9volution en marche sont justifi\u00e9es par celles de l\u2019Ancien R\u00e9gime en d\u00e9clin. Ajoutons pour la m\u00e9moire de Barnave que ce monarchiste constitutionnel, membre du club des Feuillants, est un lib\u00e9ral et un mod\u00e9r\u00e9 qui va le payer de sa vie, sous la Terreur.<\/p>\n<h4>Abb\u00e9 Gr\u00e9goire\u00a0: l\u2019Ami des hommes de toutes les couleurs<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 venaient de faire un grand abattis dans la for\u00eat des abus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1342\" class=\"cit-num\">1342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> (1750-1831). <em>Le Clerg\u00e9 de quatre-vingt-neuf<\/em> (1876), Jean Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre du clerg\u00e9 comme Siey\u00e8s, il r\u00e9sume l\u2019\u0153uvre de la Constituante et notamment les d\u00e9cisions de la nuit du 4\u00a0ao\u00fbt, sanctionn\u00e9es par les d\u00e9crets du 5 et du 11\u00a0ao\u00fbt 1789. C\u2019est l\u2019abolition des privil\u00e8ges (notamment fiscaux) et de tous les droits f\u00e9odaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, il faut tout leur accorder comme individus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1398\" class=\"cit-num\">1398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLERMONT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TONNERRE<\/span> (1757-1792), Constituante, 27\u00a0septembre 1791<em>. La Prison juive<\/em> (2003), Jean Daniel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Juifs (et les \u00ab\u00a0n\u00e8gres\u00a0\u00bb) sont consid\u00e9r\u00e9s comme des sous-hommes. Faut-il, au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, leur accorder la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0? Le cas des juifs est longuement d\u00e9battu, fin d\u00e9cembre\u00a01789.<\/p>\n<p>L\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u2013\u00a0 l\u2019\u00ab\u00a0homme le plus honn\u00eate de France\u00a0\u00bb, dira de lui Stendhal\u00a0\u2013 se fait \u00e0 nouveau le champion courageux de leur cause avec Clermont-Tonnerre et quelques autres d\u00e9put\u00e9s. Deux jours avant de se dissoudre, la Constituante abolit dans toute l\u2019\u00e9tendue du royaume les lois d\u2019exception qui frappaient les juifs.<\/p>\n<p>Il est entr\u00e9 au Panth\u00e9on lors du Bicentenaire de 1989. Mais l\u2019archev\u00eaque de Paris \u00e9tait absent de la c\u00e9r\u00e9monie. C\u2019est que la figure de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, pr\u00eatre et r\u00e9volutionnaire, d\u00e9range encore. Que reprocher \u00e0 l\u203a\u00ab\u00a0Ami des hommes de toutes les couleurs\u00a0\u00bb, surnom qu\u2019il s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame choisi et qui fut repris \u00e0 charge\u00a0! Il faut compter ici avec la \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2trale gestuelle de l\u2019arrachage des masques\u00a0\u00bb. Il n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 qu\u2019un hypocrite convertisseur, voire un des p\u00e8res de l\u2019antis\u00e9mitisme moderne\u00a0! Abolitionniste et militant de la cause des droits des \u00ab\u00a0Noirs et sang-m\u00eal\u00e9s\u00a0\u00bb, il incarnerait le paternalisme, voire le refus de toute diversit\u00e9 culturelle. L\u2019anachronisme et la r\u00e9\u00e9criture de l\u2019histoire est une histoire sans fin\u2026<\/p>\n<h4>Toussaint de Br\u00e9da dit Toussaint-Louverture\u00a0: Louverture (son surnom fait partie de son nom)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis de la couleur de ceux qu\u2019on pers\u00e9cute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1395\" class=\"cit-num\">1395<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TOUSSAINT<\/span> <span class=\"caps\">LOUVERTURE<\/span> (1743-1803). <em>Toussaint Louverture<\/em> (1850), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le h\u00e9ros de ce po\u00e8me dramatique en cinq actes et en vers.<\/p>\n<p>La nuit du 22 au 23\u00a0ao\u00fbt 1791, Fran\u00e7ois Toussaint prend la t\u00eate de la r\u00e9volte des Noirs \u00e0 Saint-Domingue, colonie des Antilles (\u00eele d\u2019Ha\u00efti). Rest\u00e9s esclaves apr\u00e8s le timide d\u00e9cret du 13\u00a0mai, ils veulent les m\u00eames droits que les citoyens blancs. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les colons s\u2019effraient du droit de vote donn\u00e9 aux mul\u00e2tres. L\u2019insurrection aboutit \u00e0 des massacres entre Blancs et Noirs, sucreries et plantations de caf\u00e9 sont d\u00e9vast\u00e9es.<\/p>\n<p>Les planteurs vont demander secours \u00e0 l\u2019Espagne et l\u2019Angleterre, mais Toussaint va se rallier \u00e0 la R\u00e9volution en 1794, quand le gouvernement fran\u00e7ais abolit l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Son courage lui vaudra le surnom de Louverture, celui qui ouvre et enfonce les br\u00e8ches dans les troupes adverses\u00a0! Il devient gouverneur de la colonie prosp\u00e8re, les anciens esclaves travaillant comme salari\u00e9s dans les plantations. Il proclame l\u2019autonomie de l\u2019\u00eele en 1801. Bonaparte enverra 25\u00a0000 hommes contre Toussaint qui mourra (de froid) en captif, dans le Jura. L\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Ha\u00efti, premier \u00c9tat noir ind\u00e9pendant en 1804, sera la victoire posthume de ce grand leader noir. Et le 23\u00a0ao\u00fbt est devenu \u00ab\u00a0Journ\u00e9e internationale du souvenir de la traite n\u00e9gri\u00e8re et de son abolition\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Th\u00e9roigne de M\u00e9ricourt\u00a0: la Belle Li\u00e9geoise, la Furie de la Gironde<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et m\u00eame par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inf\u00e9rieures ni en vertus ni en courage [\u2026] Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1408\" class=\"cit-num\">1408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9roigne de <span class=\"caps\">M\u00c9RICOURT<\/span> (1762-1817), Discours prononc\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fraternelle des Minimes, 25\u00a0mars 1792<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours imprim\u00e9 par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9 Fraternelle de patriotes, de l\u2019un <span class=\"amp\">&amp;<\/span> l\u2019autre sexe, de tout \u00e2ge <span class=\"amp\">&amp;<\/span> de tout \u00e9tat, s\u00e9ante aux Jacobins, rue Saint-Honor\u00e9 (1792).<\/p>\n<p>Belge, courtisane et cantatrice, surnomm\u00e9e la Belle Li\u00e9geoise, elle entre en r\u00e9volution comme on entre en religion. Chose fort mal vue de la part d\u2019une femme. Elle devient alors la \u00ab\u00a0Furie de la Gironde\u00a0\u00bb. La voyant fouett\u00e9e, ridiculis\u00e9e, son fr\u00e8re la fait enfermer dans un asile pour qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 la mort. Elle y rencontrera la folie.<\/p>\n<h4>Guillotin\u00a0: cr\u00e9ateur de la guillotine aux multiples surnoms<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guillotin \u2013 M\u00e9decin \u2013 Politique, \/ Imagine un beau matin<br>Que pendre est inhumain \/ Et peu patriotique.<br>Aussit\u00f4t \u2013 Il lui faut \u2013 Un supplice \/ Qui, sans corde ni poteau,<br>Supprime du bourreau \/ L\u2019office.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1413\" class=\"cit-num\">1413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Guillotine<\/em>, chanson.<em> Les Actes des Ap\u00f4tres<\/em> <em>(1789-1791), Un journal royaliste en 1789<\/em> (1873), Marcellin Pellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans\u00e9s sur un air de menuet, ces vers prouvent que tout fut bon \u00e0 chansonner. Mais c\u2019est contre l\u2019avis de Guillotin qu\u2019on baptisa guillotine ces \u00ab\u00a0bois de justice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Premier condamn\u00e9 \u00e0 mort guillotin\u00e9, un voleur de grand chemin, Nicolas Pelletier, ex\u00e9cut\u00e9 en place de Gr\u00e8ve \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville), le 25\u00a0avril 1792.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le supplice que j\u2019ai invent\u00e9 est si doux qu\u2019il n\u2019y a vraiment que l\u2019id\u00e9e de la mort qui puisse le rendre d\u00e9sagr\u00e9able. Aussi, si l\u2019on ne s\u2019attendait pas \u00e0 mourir, on croirait n\u2019avoir senti sur le cou qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re et agr\u00e9able fra\u00eecheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1510\" class=\"cit-num\">1510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph Ignace <span class=\"caps\">GUILLOTIN<\/span> (1738-1814). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle en po\u00e8te de la m\u00e9canique qu\u2019en m\u00e9decin et philanthrope il a fait adopter. Un d\u00e9cret du 13\u00a0juin 1793 installe dans chaque d\u00e9partement un \u00ab\u00a0appareil de justice\u00a0\u00bb. Mais la guillotine est d\u00e9j\u00e0 active \u00e0 Paris, depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle sera d\u00e9sormais affubl\u00e9e de nombreux surnoms et l\u2019humour noir a libre cours\u00a0: la Mirabelle (d\u00e9riv\u00e9 de Mirabeau), la Monte-\u00e0-regret, le Rasoir national, le Moulin \u00e0 silence, la Cravate \u00e0 Capet (apr\u00e8s son emploi sur Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>), la Bascule \u00e0 Charlot (du pr\u00e9nom de Charles-Henri Sanson, bourreau du roi), le Massicot, la B\u00e9cane, la Lucarne (au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), la Veuve\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alors tendant ses longs bras roux<br>Bichonn\u00e9e, ayant fait peau neuve,<br>Elle attend son nouvel \u00e9poux,<br>La Veuve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2513\" class=\"cit-num\">2513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887), <em>La Veuve<\/em> (1887) \u2013 nom de la guillotine en argot, chanson. <em>Les Chansons de l\u2019ann\u00e9e<\/em> (1888), Jules Jouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur finira dans un asile, en camisole de force, hant\u00e9 par le spectacle (public) des ex\u00e9cutions capitales. Chanteuse populaire, Damia cr\u00e9e la chanson (mise en musique par Pierre Larrieu) en 1928\u00a0: \u00ab\u00a0Voici venir son pr\u00e9tendu\u00a0\/ Sous le porche de la Roquette\u00a0\/ Appelant le m\u00e2le attendu\u00a0\/ La Veuve, \u00e0 lui, s\u2019offre coquette.\u00a0\/ Pendant que la foule autour d\u2019eux\u00a0\/ Regarde, frissonnante et p\u00e2le\u00a0\/ Dans un accouplement hideux\u00a0\/ L\u2019homme crache son dernier r\u00e2le.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un d\u00e9cret de 1871 a supprim\u00e9 les ex\u00e9cuteurs de province. Il ne reste plus qu\u2019un \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la dynastie des Sanson (six g\u00e9n\u00e9rations) vint celle des Deibler. Louis Deibler cesse d\u2019exercer \u00e0 79\u00a0ans et meurt en 1904. Il ex\u00e9cuta plus de 1\u00a0000 condamn\u00e9s en une trentaine d\u2019ann\u00e9es. L\u2019ex\u00e9cution cesse d\u2019\u00eatre publique en 1939. La peine de mort sera abolie en 1981.<\/p>\n<h4>Officiers de m\u00e9tier\u00a0: les \u00ab\u00a0vaincre ou courir\u00a0\u00bb<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La patrie est en danger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1418\" class=\"cit-num\">1418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, Proclamation par d\u00e9cret du 11\u00a0juillet 1792. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis la d\u00e9claration de guerre \u00e0 l\u2019Autriche en avril, les d\u00e9faites se succ\u00e8dent aux fronti\u00e8res de l\u2019Est.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de 80\u00a0000 hommes est insuffisante et mal dirig\u00e9e par des officiers surnomm\u00e9s les \u00ab\u00a0vaincre ou courir\u00a0\u00bb, face aux Prussiens command\u00e9s par Brunswick et aux \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais emmen\u00e9s par Cond\u00e9, cependant que la menace d\u2019un complot aristocratique plane sur la France. Chacun se pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019invasion \u00e9trang\u00e8re et l\u2019on soup\u00e7onne le roi d\u2019\u00eatre de connivence avec l\u2019empereur d\u2019Allemagne Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, neveu de Marie-Antoinette l\u2019Autrichienne d\u00e9test\u00e9e.<\/p>\n<p>Vot\u00e9e le 12\u00a0juillet, une loi appellera aux armes 50\u00a0000 soldats et 46 bataillons de volontaires, soit 33\u00a0600 hommes.<\/p>\n<h4>Danton\u00a0: le Mirabeau de la populace<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fin du grand discours est c\u00e9l\u00e9brissime, propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>). Mais c\u2019est le Mirabeau de la populace et des sans-culotte.<\/p>\n<p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p>\n<p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e imminente des Austro-Prussiens\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Il faut purger les prisons et ne pas laisser de tra\u00eetres derri\u00e8re nous en partant pour les fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb Mot d\u2019ordre repris par<em> L\u2019Ami du peuple<\/em> de Marat et <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em> d\u2019H\u00e9bert, dans les premiers jours de septembre\u00a01792. On arr\u00eate 600 suspects, qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison.<\/p>\n<p>Les massacres du 2 au 6\u00a0septembre 1792 feront quelque 1\u00a0500 morts (sur 3\u00a0000 prisonniers). Des \u00ab\u00a0droits commun\u00a0\u00bb sont \u00e9gorg\u00e9s en m\u00eame temps que les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb, nobles et pr\u00eatres.<\/p>\n<h4>Billaud-Varenne\u00a0: le Rectiligne, le Tigre, le Tigre jaune<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectables citoyens, vous venez d\u2019\u00e9gorger des sc\u00e9l\u00e9rats\u00a0; vous avez sauv\u00e9 la patrie\u00a0; la France enti\u00e8re vous doit une reconnaissance \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1432\" class=\"cit-num\">1432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819) aux massacreurs, 3\u00a0septembre 1792. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de Jacobin, membre de la Commune insurrectionnelle de Paris. Il encourage les \u00e9gorgeurs \u00e0 se servir sur le butin et la d\u00e9pouille des cadavres, offre \u00e0 chaque \u00e9gorgeur 24\u00a0livres et les encourage\u00a0: \u00ab\u00a0Continuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de nouveaux hommages.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 la logique de la Terreur avant l\u2019heure. Le Rectiligne l\u2019applique sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me. La sauvagerie fait penser au grand f\u00e9lin redout\u00e9\u00a0: le Tigre. Et le Tigre jaune \u00e9voque la perruque jaun\u00e2tre de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Ce mouvement n\u2019a pas touch\u00e9 la province, sauf lorsque des tueurs parisiens y furent envoy\u00e9s (\u00e0 Versailles, Meaux, Reims, Orl\u00e9ans, Lyon). Certains quartiers de Paris sont rest\u00e9s calmes. La m\u00eame remarque vaudra sous la Grande Terreur. Mais Billaud-Varenne, avocat au Parlement sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, sera l\u2019un des r\u00e9volutionnaires les plus violents, redout\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public \u00e0 Paris, mais aussi dans ses missions en province.<\/p>\n<h4>Dumouriez\u00a0: le petit Tigre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette journ\u00e9e \u00e0 jamais m\u00e9morable couvre la nation fran\u00e7aise d\u2019une gloire immortelle. Il n\u2019est pas un bataillon, ni un escadron, il n\u2019est pas un individu dans l\u2019arm\u00e9e qui ne se soit battu et de tr\u00e8s pr\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1450\" class=\"cit-num\">1450<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DUMOURIEZ<\/span> (1739-1823), Lettre \u00e0 Pache, ministre de la Guerre, 7\u00a0novembre 1792. <em>R\u00e9volutions de Paris, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la Nation<\/em> (1792), Prudhomme \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dumouriez avait renonc\u00e9 au poste de ministre girondin (Affaires \u00e9trang\u00e8res, puis Guerre) sous la L\u00e9gislative pour aller se battre, g\u00e9n\u00e9ral victorieux \u00e0 Valmy (20\u00a0septembre) et bient\u00f4t \u00e0 Jemappes (6\u00a0novembre). Aux environs de Mons, apr\u00e8s quelques heures de canonnades, les troupes se sont lanc\u00e9es contre les Autrichiens au chant de La Marseillaise. Les Fran\u00e7ais ont l\u2019avantage du nombre et l\u2019enthousiasme des patriotes. Les Imp\u00e9riaux ont fui et au prix de quelque 2 000 morts (au total), la route de la Belgique est ouverte.<\/p>\n<p>\u00c2ge de cinquante ans pass\u00e9s, un pamphlet flamand l\u2019appellera un<em> kleyn manneke<\/em>, un bout d\u2019homme, et les \u00e9migr\u00e9s le surnommeront le petit Tigre. \u00ab\u00a0Des traits nettement marqu\u00e9s, le teint brun, le front large, le nez aquilin, la bouche grande mais douce, souriante, parfois d\u00e9daigneuse, les yeux noirs et pleins de flamme tel est son signalement. Sa figure respire finesse et r\u00e9solution a\u0300 la fois. Il s\u2019habille avec \u00e9l\u00e9gance, se poudre a\u0300 blanc. De ses mains qu\u2019il a petites et rid\u00e9es il gesticule vivement. Il a des mani\u00e8res ais\u00e9es et courtoises, par instants un peu de brusquerie qui ne messied pas \u00e0\u0300 sa tournure militaire et a\u0300 son air martial. Il voit dans la R\u00e9volution une carri\u00e8re nouvelle qui s\u2019offre a\u0300 son activit\u00e9\u0301.\u00a0\u00bb (<em>Les Guerres de la R\u00e9volution<\/em>, Arthur Chuquet, 1908). Mais Dumouriez tranche avec les autres personnages de r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<h4>Manon Roland\u00a0: Madame Coco, la reine Coco<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le brigand qui pers\u00e9cute, l\u2019homme exalt\u00e9 qui injurie, le peuple tromp\u00e9 qui assassine suivent leur instinct et font leur m\u00e9tier. Mais l\u2019homme en place qui les tol\u00e8re, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, est \u00e0 jamais d\u00e9shonor\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1513\" class=\"cit-num\">1513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), Lettre au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, 20\u00a0juin\u00a01793, prison de l\u2019Abbaye. <em>Lettres de Madame Roland de 1780 \u00e0 1793<\/em> (1902), publi\u00e9es par Claude Perroud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019homme en place\u00a0\u00bb, le ministre s\u2019appelle Garat, il a remplac\u00e9 Roland, son mari. Elle le conna\u00eet et le juge ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0aimable homme de soci\u00e9t\u00e9, homme de lettres m\u00e9diocre et d\u00e9testable administrateur\u00a0\u00bb. Il l\u2019a laiss\u00e9 arr\u00eater et emprisonner \u00e0 l\u2019Abbaye.<\/p>\n<p>Jean-Marie Roland a r\u00e9ussi \u00e0 fuir avec quelques Girondins. Les Montagnards n\u2019ont cess\u00e9 de multiplier leurs attaques en particulier contre Roland surnomm\u00e9 dans <em>le P\u00e8re Duchesne<\/em> \u00ab\u00a0Coco Roland\u00a0\u00bb. Manon Roland devient \u00ab\u00a0Madame Coco\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la reine Coco\u00a0\u00bb. Inutile de dire qu\u2019elle d\u00e9teste ce genre de surnom qui lui vient par ricochet, alors qu\u2019elle a beaucoup plus de temp\u00e9rament (naturel et r\u00e9volutionnaire) que son mari\u00a0! Femme tr\u00e8s active dans son salon r\u00e9volutionnaire qui diffuse les id\u00e9es nouvelles (en l\u2019occurrence girondines) comme au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res les id\u00e9es philosophiques, elle donnera la preuve de son caract\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin. <em>Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant quelques mois plus tard la mort de Manon Roland.<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: Monsieur Veto, Louis Capet, le citoyen Capet\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je fais assez ce que tout le monde d\u00e9sire pour qu\u2019on fasse une fois ce que je veux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1406\" class=\"cit-num\">1406<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), 19\u00a0d\u00e9cembre 1791.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Marie-Antoinette et Madame \u00c9lisabeth\u00a0: lettres et documents in\u00e9dits<\/em> (1866), publi\u00e9s par F\u00e9lix Feuillet de Conches<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soudain, une manifestation de caract\u00e8re\u00a0! Le roi use de son veto suspensif et refuse de sanctionner le d\u00e9cret contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires\u00a0: dans les huit jours et sous peine de prison, ils doivent pr\u00eater serment \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9 (vot\u00e9e le 12\u00a0juillet 1790). La moiti\u00e9 des cur\u00e9s et tous les \u00e9v\u00eaques (sauf quatre, dont Talleyrand) ont rejet\u00e9 cette r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise. Les autres, dits jureurs, asserment\u00e9s ou constitutionnels, sont devenus des fonctionnaires eccl\u00e9siastiques.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est profond\u00e9ment croyant et la R\u00e9volution le choque par ses atteintes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, plus encore que par les limitations au pouvoir royal. L\u2019assembl\u00e9e s\u2019incline devant son refus, car le roi est dans son droit. Mais le peuple d\u00e9nonce \u00ab\u00a0Monsieur Veto\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale renferme dans son sein les d\u00e9vastateurs de ma monarchie, mes d\u00e9nonciateurs, mes juges et probablement mes bourreaux\u00a0! On n\u2019\u00e9claire pas de pareils hommes, on ne les rend pas justes, on peut encore moins les attendrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1461\" class=\"cit-num\">1461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0(1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes \u00e9crite \u00e0 la prison du Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. Lettre <span class=\"caps\">LXXI<\/span>, non dat\u00e9e. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention s\u2019est \u00e9rig\u00e9e en tribunal\u00a0: le proc\u00e8s du roi se tient donc dans la salle du Man\u00e8ge aux Tuileries, toujours ouverte au public, ce qui dramatise encore l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, devenu Louis Capet (dynastie des Cap\u00e9tiens) ou simple citoyen Capet, choisit d\u2019abord un avocat renomm\u00e9, Target qui se d\u00e9robe pour ne pas \u00eatre compromis. Malesherbes (73\u00a0ans) propose ses services, par fid\u00e9lit\u00e9 au ma\u00eetre qui l\u2019honora de sa confiance en tant que ministre \u2013 le roi est fort touch\u00e9 par ce geste. Le proc\u00e8s se d\u00e9roule du 10\u00a0d\u00e9cembre 1792 au 20\u00a0janvier 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le v\u00e9ritable patriote ne conna\u00eet point les personnes, il ne conna\u00eet que les principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1467\" class=\"cit-num\">1467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), 15\u00a0d\u00e9cembre 1792 au proc\u00e8s du roi.<em> \u0152uvres de Camille Desmoulins<\/em> (posthume, 1874), Camille Desmoulins, Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montagnard, membre des Cordeliers et ami de Danton, il exprime la pens\u00e9e devenue majoritaire dans le personnel politique. Le roi qui n\u2019est plus roi, mais seulement Louis Capet, est un justiciable comme les autres dans ce proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la justice a parl\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 doit avoir son tour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1472\" class=\"cit-num\">1472<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Discours du 17\u00a0janvier 1793. <em>Les Grands Orateurs de la R\u00e9volution, Mirabeau, Vergniaud, Danton, Robespierre<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Girondin (du d\u00e9partement de la Gironde), avocat au Parlement de Bordeaux, maintenant \u00e0 la t\u00eate des Girondins de Paris, Vergniaud, pr\u00e9sident de s\u00e9ance, cherche \u00e0 sauver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Les Girondins craignent d\u2019en faire un martyr, d\u2019autres redoutent que la R\u00e9volution se radicalise \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<br>Premi\u00e8re question pos\u00e9e le 15\u00a0janvier\u00a0: Louis Capet est-il \u00ab\u00a0coupable de conspiration contre la libert\u00e9 de la nation et d\u2019attentats contre la s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat\u00a0?\u00a0\u00bb Oui, pour 707 d\u00e9put\u00e9s sur 718 pr\u00e9sents \u2013 les chiffres varient un peu, selon les sources, bizarrerie statistique confirm\u00e9e par le site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. C\u2019est quand m\u00eame la quasi-unanimit\u00e9 pour une culpabilit\u00e9 \u00e9vidente. La \u00ab\u00a0justice a parl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Marie-Antoinette\u00a0: Madame V\u00e9to, la Veuve Capet, la Panth\u00e8re autrichienne<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madam\u2019 Veto avait promis \/ De faire \u00e9gorger tout Paris.<br>Mais son coup a manqu\u00e9 \/ Gr\u00e2ce \u00e0 nos canonniers.<br>Refrain\u00a0:\u00a0 Dansons la carmagnole \/ Vive le son vive le son<br>Dansons la carmagnole \/ Vive le son du canon\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1425\" class=\"cit-num\">1425<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (fin ao\u00fbt\u00a01792), chanson. <em>Chansons populaires de France<\/em> (1865), Librairie du Petit Journal \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De parolier inconnu, cette <em>Carmagnole<\/em> est chant\u00e9e sous les fen\u00eatres du Temple o\u00f9 la famille royale est prisonni\u00e8re. Adopt\u00e9e par tous les patriotes, la <em>Carmagnole<\/em> aura de nombreuses parodies comme tous les chants populaires.<\/p>\n<p>Monsieur Veto est violemment apostroph\u00e9 comme sa femme Madame Veto, qui h\u00e9rite naturellement du surnom. M\u00eame logique pour la Veuve Capet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819), Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de l\u2019Autrichienne devenue la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. En prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, Marie-Antoinette attendait son sort au Temple, avant son transfert \u00e0 la Conciergerie.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0octobre, quand la Convention vient de d\u00e9cr\u00e9ter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1539\" class=\"cit-num\">1539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), apprenant qu\u2019elle va \u00eatre jug\u00e9e par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, d\u00e9but octobre\u00a01793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle est \u00e0 pr\u00e9sent sans illusion, prisonni\u00e8re \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort. Deux chefs d\u2019accusation sont retenus contre elle\u00a0: man\u0153uvres en faveur des ennemis ext\u00e9rieurs de la R\u00e9publique et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter au moins les apparences. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils, 8\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent. Le mot de Marie-Antoinette prendra tout son sens, quand elle subira une vraie torture morale, durant les deux jours de son proc\u00e8s public (14 et 15\u00a0octobre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794),<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793. <em>Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est long. La chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche. Quelle le\u00e7on pour eux, f\u2026!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> le Dauphin\u00a0: Chou d\u2019amour, l\u2019Enfant du Temple<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode de la fuite \u00e0 Varennes, un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple.<\/p>\n<p>La maternit\u00e9 a fait de la reine une autre femme. Elle avoue \u00e0 la duchesse de Polignac\u00a0: \u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, si je pouvais \u00eatre heureuse, je le serais par ces deux petits \u00eatres.\u00a0\u00bb\u00a0! Apr\u00e8s la mort de son premier fils (tuberculeux), elle reporte toute son affection sur son second fils, plus c\u00e2lin, plus aimant, plus expansif que sa fille Madame Royale.<\/p>\n<p>La baronne d\u2019Oberkirch s\u2019\u00e9merveille du caract\u00e8re facile du gar\u00e7on\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait d\u2019une charmante figure, plein d\u2019esprit\u00a0; il avait des mots charmants et une soumission aveugle aux ordres de la reine. Je n\u2019ai pas connu d\u2019enfant d\u2019une humeur plus sereine et plus \u00e9gale.\u00a0\u00bb La reine appr\u00e9cie de voir son cher fils lui t\u00e9moigner tant d\u2019amour en retour. Elle \u00e9crit \u00e0 la duchesse de Polignac, le 29 d\u00e9cembre 1789\u00a0: \u00ab\u00a0Le Chou d\u2019amour est charmant, et je l\u2019aime \u00e0 la folie. Il m\u2019aime beaucoup aussi, \u00e0 sa mani\u00e8re, ne se g\u00eanant pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lors m\u00eame qu\u2019il [Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>] aura cess\u00e9 d\u2019exister, on le retrouvera partout et cette chim\u00e8re servira longtemps \u00e0 nourrir les coupables esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1615\" class=\"cit-num\">1615<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), Discours tenu au nom des Comit\u00e9s de salut public, de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de l\u00e9gislation, Convention, 22\u00a0janvier\u00a01795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire, prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du deuxi\u00e8me anniversaire de la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00c0 la tribune, l\u2019orateur conclut contre la mise en libert\u00e9 de son fils.<\/p>\n<p>Le dauphin Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>, devenu l\u2019Enfant du Temple, mourra officiellement au Temple le 8\u00a0juin de cette ann\u00e9e \u2013 mais est-ce bien lui ou un autre enfant qui aurait pris sa place\u00a0? Ce sera l\u2019\u00e9nigme du Temple, l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019histoire de France, confort\u00e9 par cette phrase \u00e9trange de Cambac\u00e9r\u00e8s, grand juriste qui p\u00e8se toujours ses mots. Ne dirait-on pas que l\u2019enfant a d\u00e9j\u00e0 disparu en janvier\u00a0? Totalement isol\u00e9, il \u00e9tait tr\u00e8s malade.<\/p>\n<h4>Marie-Th\u00e9r\u00e8se Charlotte de France\u00a0: Madame Royale, l\u2019Orpheline du Temple, Mousseline la S\u00e9rieuse<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on avait fait davantage confiance \u00e0 Monsieur de La Fayette, mes parents seraient encore en vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1354\" class=\"cit-num\">1354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Th\u00e9r\u00e8se de France, devenue duchesse d\u2019<span class=\"caps\">ANGOUL\u00caME<\/span> (1778-1851). Phrase non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille a\u00een\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette, c\u2019est la seule survivante des enfants royaux, lib\u00e9r\u00e9e en 1795 \u00e0 17\u00a0ans.\u00a0 Surnomm\u00e9e tr\u00e8s officiellement \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb, elle reconna\u00eetra le r\u00f4le jou\u00e9 par le h\u00e9ros tr\u00e8s populaire de la R\u00e9volution en ses d\u00e9buts, tr\u00e8s discut\u00e9 ensuite par les contemporains comme par les historiens. La reine finira par le prendre en haine (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la fuite \u00e0 Varennes en juin\u00a01791)\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais bien que M. de Lafayette nous prot\u00e8ge, mais qui nous prot\u00e9gera de M. de La Fayette\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ses souffrances sont mont\u00e9es si haut, qu\u2019elles sont devenues une des grandeurs de la r\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Confirmant ce grand t\u00e9moin de l\u2019histoire, la duchesse de Dino affirme en 1833\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est, incontestablement, la personne la plus poursuivie par le sort que l\u2019histoire puisse offrir.\u00a0\u00bb Scrut\u00e9e par ses admirateurs comme par ses d\u00e9tracteurs qui rendent compte de ses faits et gestes quotidiens, \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb devient l\u2019h\u00e9ro\u00efne de chansons, de po\u00e8mes, de r\u00e9cits au go\u00fbt du jour, voire d\u2019insultes. Car elle reste le dernier enfant survivant de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Marie-Antoinette.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb pour la distinguer de l\u2019autre Madame, la comtesse de Provence, belle-s\u0153ur du roi), premier enfant du couple royal, n\u00e9e apr\u00e8s plus de huit ans de mariage, sa m\u00e8re l\u2019appelle \u00ab\u00a0Mousseline la S\u00e9rieuse\u00a0\u00bb, beaucoup plus r\u00e9fl\u00e9chie que \u00ab\u00a0Coco d\u2019amour\u00a0\u00bb, le Dauphin. Les tableaux en t\u00e9moignent.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">\u00c015<\/span> ans, elle tracera sur les murs de sa prison, entre autres graffitis\u00a0: \u00ab\u00a0Marie-Th\u00e9r\u00e8se-Charlotte est la plus malheureuse personne du monde.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019O<\/span>rpheline du Temple\u00a0\u00bb est c\u00e9l\u00e8bre. Ses admirateurs vont jusqu\u2019\u00e0 louer un appartement en face du Temple\u00a0: on la scrute pour rendre compte de ses faits et gestes quotidiens. Elle devient l\u2019h\u00e9ro\u00efne de chansons, po\u00e8mes et r\u00e9cits au go\u00fbt du jour. C\u2019est en m\u00eame temps le meilleur agent de propagande des royalistes, instrument politique, \u00e9galement r\u00e9v\u00e9r\u00e9e et ador\u00e9e de ses partisans. Ce pass\u00e9 tragique va la poursuivre sa vie durant.<\/p>\n<h4>Bar\u00e8re de Vieuzac\u00a0: l\u2019Anacr\u00e9on de la guillotine<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a attach\u00e9 tant de fausses id\u00e9es \u00e0 ce mot de roi, que tant qu\u2019il ne sera pas proscrit de toutes les langues, l\u2019esprit humain n\u2019aura jamais qu\u2019une th\u00e9orie imparfaite de l\u2019art social.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1462\" class=\"cit-num\">1462<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841). <em>Histoire des journaux et des journalistes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1796<\/em> (1845), L\u00e9onard Gallois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots imprim\u00e9s en 1790\u00a0sont un message pr\u00e9monitoire. Constitutionnel mod\u00e9r\u00e9 sous la Constituante, r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention, Bar\u00e8re s\u2019est ralli\u00e9 aux Montagnards, avant de se distinguer au cours de la Terreur. En attendant, et en tant que pr\u00e9sident de la Convention, ii dirige le proc\u00e8s du roi. Peu de doute sur son vote, mais il y a 749 d\u00e9put\u00e9s et l\u2019Assembl\u00e9e reste encore tr\u00e8s partag\u00e9e sur le sort du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arbre de la libert\u00e9 ne saurait cro\u00eetre s\u2019il n\u2019\u00e9tait arros\u00e9 du sang des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1475\" class=\"cit-num\">1475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), \u00e0 la tribune, 20\u00a0janvier\u00a01793. <em>M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la Convention justifie ainsi la condamnation \u00e0 mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, contre la partie la plus mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019assembl\u00e9e qui souhaitait att\u00e9nuer la peine. Il s\u2019est prononc\u00e9 pour la mort, sans appel au peuple, sans sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. On retrouvera Bar\u00e8re en juillet\u00a01793, membre du Comit\u00e9 de salut public (o\u00f9 il d\u00e9tient le record de long\u00e9vit\u00e9\u00a0: dix-sept mois) et l\u2019un des organisateurs les plus z\u00e9l\u00e9s de la Terreur.<\/p>\n<p>Ses discours lui valent un succ\u00e8s prodigieux\u00a0: il est l\u2019a\u00e8de des soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> avec ses carmagnoles et donne un visage aimable aux mesures terroristes du gouvernement r\u00e9volutionnaire, d\u2019o\u00f9 son surnom d\u2019\u00ab\u00a0Anacr\u00e9on de la guillotine\u00a0\u00bb que lui donna son coll\u00e8gue \u00e0 la Convention Charles-Jean-Marie Alquier \u2013 r\u00e9f\u00e9rence au po\u00e8te lyrique de l\u2019Antiquit\u00e9 grecque.<\/p>\n<h4>Robespierre\u00a0: la Chandelle d\u2019Arras, l\u2019Incorruptible<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme ira loin car il croit tout ce qu\u2019il dit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1306\" class=\"cit-num\">1306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau, dit \u00ab\u00a0la torche de Provence\u00a0\u00bb, parle ainsi en 1789 de Robespierre, surnomm\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts \u00ab\u00a0la chandelle d\u2019Arras\u00a0\u00bb\u00a0: bien qu\u2019avocat (de province), ce d\u00e9put\u00e9 du tiers \u00e9tat manque d\u2019\u00e9loquence \u00e0 la Constituante. Mais pour la conviction, il ne craint d\u00e9j\u00e0 personne et sera un jour craint de tous ses adversaires, peu \u00e0 peu \u00e9limin\u00e9s. Rousseau est son philosophe de chevet\u00a0: il emprunte au <em>Contrat social<\/em> ce qui sera, selon Jaur\u00e8s, sa seule id\u00e9e, celle de la nation souveraine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aurait pay\u00e9 pour qu\u2019on lui offr\u00eet de l\u2019or, pour pouvoir dire qu\u2019il l\u2019avait refus\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1308\" class=\"cit-num\">1308<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Louis <span class=\"caps\">ROEDERER<\/span> (1754-1835). <em>\u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.\u00a0<\/span>Roederer\u00a0: histoire contemporaine, 1789-1815<\/em> (1854), Pierre Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 n\u2019appr\u00e9cie pas vraiment l\u2019Incorruptible avec ses m\u0153urs au-dessus de tout soup\u00e7on et cette vertu \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me qu\u2019il voudra imposer \u00e0 tous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui a des culottes dor\u00e9es est l\u2019ennemi de tous les sans-culottes. Il n\u2019existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1502\" class=\"cit-num\">1502<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), au club des Jacobins, 8\u00a0mai 1793. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (posthume, de 1912 \u00e0 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans les nommer, l\u2019Incorruptible d\u00e9nonce les Girondins. Rappelons qu\u2019ils sont issus de la m\u00eame classe bourgeoise que les amis de Robespierre, lui-m\u00eame toujours tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatu. Ce manich\u00e9isme est donc simpliste, mais efficace. Il oppose les riches aux pauvres.<\/p>\n<h4>Saint-Just\u00a0: l\u2019Archange de la R\u00e9volution, l\u2019Archange de la Terreur<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osez\u00a0! Ce mot renferme toute la politique de votre r\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1271\" class=\"cit-num\">1271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Rapport sur les suspects incarc\u00e9r\u00e9s, 26\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1828), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus jeune th\u00e9oricien de la R\u00e9volution, pass\u00e9 \u00e0 l\u2019action, repr\u00e9sente le courant pur et dur\u00a0de cette \u00e9poque. Il se fait remarquer par la violence de ses mots et de ses id\u00e9es, partageant jusqu\u2019\u00e0 la fin le sort de son ami Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui constitue une R\u00e9publique, c\u2019est la destruction totale de ce qui lui est oppos\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1576\" class=\"cit-num\">1576<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span>\u00a0(1767-1794), Convention, Rapport du 26\u00a0f\u00e9vrier 1794 (premier d\u00e9cret de vent\u00f4se).<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours le froid langage de la Terreur. Edgar Quinet, l\u2019un des (rares) historiens fascin\u00e9s par le personnage qui va prendre une importance croissante durant les derniers mois de la R\u00e9volution \u00e9crit dans <em>La R\u00e9volution\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Et Saint-Just, que n\u2019\u00e9tait-il pas\u00a0? Accusateur, inquisiteur, \u00e9crivain, administrateur, financier, utopiste, t\u00eate froide, t\u00eate de feu, orateur, g\u00e9n\u00e9ral, soldat\u00a0! [\u2026] Cela ne s\u2019\u00e9tait pas vu depuis les Romains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonheur est une id\u00e9e neuve en Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1578\" class=\"cit-num\">1578<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span>\u00a0(1767-1794), Convention, Rapport du 3\u00a0mars 1794 (second d\u00e9cret de vent\u00f4se, le 13). <em>Saint-Just et la force des choses<\/em> (1954), Albert Ollivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devenu tr\u00e8s jeune pr\u00e9sident de la Convention en f\u00e9vrier, il tente de donner au pouvoir r\u00e9volutionnaire une base \u00e9conomique et sociale par deux d\u00e9crets de vent\u00f4se\u00a0: sur la confiscation des biens des \u00e9migr\u00e9s (26\u00a0f\u00e9vrier) et sur leur redistribution aux patriotes indigents (3\u00a0mars). \u00ab\u00a0Que l\u2019Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire fran\u00e7ais\u00a0; que cet exemple fructifie sur la terre\u00a0; qu\u2019il y propage l\u2019amour des vertus et le bonheur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La citation, devenue c\u00e9l\u00e8bre, a une port\u00e9e plus g\u00e9n\u00e9rale. Le \u00ab\u00a0bonheur de tous\u00a0\u00bb est inscrit comme un but dans la<em> D\u00e9claration des droits<\/em> de 1789. La <em>D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis<\/em> de 1776, encore plus explicite, fait de la recherche du bonheur un droit inali\u00e9nable des hommes, au m\u00eame titre que la vie et la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a pourtant un double paradoxe dans cette phrase\u00a0: dat\u00e9e de cette p\u00e9riode tragique de la Terreur, elle associe la notion de bonheur au personnage de Saint-Just qui n\u2019en est pas le vivant symbole. Mais son doux visage d\u2019ange justifie ces deux \u00e9tranges surnoms\u00a0associ\u00e9s au fond de sa pens\u00e9e\u00a0: l\u2019Archange de la R\u00e9volution, l\u2019Archange de la Terreur.<\/p>\n<h4>Marat\u00a0: l\u2019Ami du Peuple<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1301\" class=\"cit-num\">1301<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la galerie de portraits r\u00e9volutionnaires, Marat est le m\u00e9chant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un h\u00e9ros. Pas un th\u00e9oricien pour se dire \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb, comme on peut \u00eatre dantoniste ou robespierriste. Marat fut pourtant l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, jouissant d\u2019une incroyable popularit\u00e9 aupr\u00e8s des sans-culottes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La classe des infortun\u00e9s, que la richesse insolente d\u00e9signe sous le nom de canaille, est la partie la plus saine de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1377\" class=\"cit-num\">1377<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, 7\u00a0octobre 1790<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a fond\u00e9 ce journal tr\u00e8s r\u00e9volutionnaire en septembre\u00a01789 et tient \u00e0 en \u00eatre le seul r\u00e9dacteur, donc le seul responsable. La violence de ses propos l\u2019expose \u00e0 des poursuites et \u00e0 la prison \u2013 d\u00e8s le lendemain des deux journ\u00e9es d\u2019octobre\u00a01789.<\/p>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1790, il r\u00e9appara\u00eet en mai pour attaquer Necker et La Fayette, et entre au club des Cordeliers (cr\u00e9\u00e9 en mai\u00a01790 par Danton). Son extr\u00e9misme n\u2019est encore que verbal, en attendant la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fanatique \u00e9nergum\u00e8ne nous inspirait \u00e0 nous-m\u00eames une sorte de r\u00e9pugnance et de stupeur [\u2026] Ses v\u00eatements en d\u00e9sordre, sa figure livide, ses yeux hagards avaient je ne sais quoi de rebutant et d\u2019\u00e9pouvantable qui contristait l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1302\" class=\"cit-num\">1302<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEVASSEUR<\/span> de la Sarthe (1747-1834). <em>M\u00e9moires de R. Levasseur de la Sarthe, ex-conventionnel<\/em> (1829), Ren\u00e9 Levasseur, Francis Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un montagnard robespierriste qui ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on me le montra pour la premi\u00e8re fois, s\u2019agitant avec violence au sommet de la Montagne, je le consid\u00e9rai avec cette curiosit\u00e9 inqui\u00e8te qu\u2019on \u00e9prouve en contemplant certains insectes hideux.\u00a0\u00bb Marat, \u00e0 l\u2019inverse de Mirabeau ou de Danton, est afflig\u00e9 d\u2019une laideur irr\u00e9m\u00e9diablement repoussante, en raison d\u2019une dermatose chronique qui l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans son bain \u2013 c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il sera surpris et assassin\u00e9 par Charlotte Corday.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a une ann\u00e9e que cinq ou six cents t\u00eates abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd\u2019hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-\u00eatre en abattrez-vous cent mille, et vous ferez \u00e0 merveille\u00a0: car il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1380\" class=\"cit-num\">1380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01790. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 populaire aupr\u00e8s du petit peuple parisien, mais d\u00e9test\u00e9 de toute la classe politique, Marat joue au \u00ab\u00a0proph\u00e8te de malheur\u00a0\u00bb dans le journal quotidien qu\u2019il publie et qui est sa premi\u00e8re tribune. Ici, c\u2019est un v\u00e9ritable appel au meurtre, alors que la guillotine n\u2019est pas encore entr\u00e9e en sc\u00e8ne et que la Terreur est une notion inconnue.<\/p>\n<h4>Charlotte Corday\u00a0: l\u2019Ange de l\u2019assassinat<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille de 25 ans devient une h\u00e9ro\u00efne corn\u00e9lienne \u2013 descendante de Corneille, elle a aussi beaucoup lu Plutarque, Tacite, et Rousseau. Elle compte parmi les figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb Mais rien ni personne ne pouvait plus freiner cette marche programm\u00e9e vers la Terreur. D\u2019autant que les Girondins, \u00ab\u00a0l\u00e9gion de penseurs\u00a0\u00bb, ne sont plus l\u00e0 pour contrer les Montagnards, ce \u00ab\u00a0groupe d\u2019athl\u00e8tes\u00a0\u00bb Deux beaux surnoms, sign\u00e9s Hugo dans<em> Quatre-vingt-treize<\/em>, grande fresque historique.<\/p>\n<h4>H\u00e9bert\u00a0: le P\u00e8re Duchesne<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Foutre\u00a0! [\u2026] Il est bon que le peuple souverain s\u2019accoutume \u00e0 juger les rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1463\" class=\"cit-num\">1463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son journal dont le nom serait inspir\u00e9 par un marchand de fourneaux qui jurait et sacrait \u00e0 chaque phrase, ne perd pas cette occasion \u2013 le proc\u00e8s du roi \u2013 pour surench\u00e9rir. H\u00e9bert s\u2019exasp\u00e8re de tant de lenteurs et craint que \u00ab\u00a0le plus grand sc\u00e9l\u00e9rat qui e\u00fbt jamais exist\u00e9 reste impuni\u00a0\u00bb, entre jurons et injures contre les Conventionnels, les tra\u00eetres, l\u2019\u00ab\u00a0ivrogne Capet\u00a0\u00bb et tous les \u00ab\u00a0capons\u00a0\u00bb. Il incarne son journal dont le nom lui sert de surnom \u2013 comme pour Marat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mettre \u00e0 la gueule du canon tous les accapareurs, les financiers, les avocats, les calotins, et tous les bougres qui n\u2019ont v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que pour le malheur public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1523\" class=\"cit-num\">1523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, fin juillet\u00a01793.<em> Anthologie de la subversion carabin\u00e9e<\/em> (2008), No\u00ebl Godin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9bert a pris le relais de Marat, en plus extr\u00eame. Dans son journal, il \u00e9largit la notion de suspect, multiplie les appels aux meurtres et adopte le programme des Enrag\u00e9s. <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, seul grand journal populaire apr\u00e8s la disparition de Marat et de <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, aura jusqu\u2019\u00e0 200\u00a0000 lecteurs. C\u2019est dire l\u2019influence de tels propos.<\/p>\n<p>Le 17\u00a0septembre, la loi des Suspects permet d\u2019arr\u00eater \u00ab\u00a0tous ceux qui doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9favorables au r\u00e9gime nouveau\u00a0\u00bb. La Terreur sera alors l\u00e9galis\u00e9e.<\/p>\n<h4>Jacques Roux\u00a0: le Petit Marat, le Cur\u00e9 rouge, le Pr\u00eatre des sans-culottes<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sarmez les citoyens ti\u00e8des et suspects, mettez \u00e0 prix la t\u00eate des \u00e9migr\u00e9s conspirateurs [\u2026] Prenez en otage les femmes, les enfants des tra\u00eetres \u00e0 la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1411\" class=\"cit-num\">1411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794), 17\u00a0mai 1792. <em>Jacques Roux et le Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em> (1948), Maurice Dommanget<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours prononc\u00e9 \u00e0 Notre-Dame, imprim\u00e9, vendu au profit des pauvres. Le chef des Enrag\u00e9s conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Rappelez-vous surtout que l\u2019Angleterre ne se sauva qu\u2019en rougissant les \u00e9chafauds du sang des rois tra\u00eetres et parjures.\u00a0\u00bb L\u2019escalade de la pens\u00e9e terroriste est claire. C\u2019est le langage de la terreur, avant la Terreur.<\/p>\n<p>Au club des Cordeliers (celui des extr\u00e9mistes), on appelle Jacques Roux le Petit Marat. C\u2019est aussi le Cur\u00e9 rouge et le Pr\u00eatre des sans-culottes \u2013 vicaire, il fut l\u2019un des premiers \u00ab\u00a0jureurs\u00a0\u00bb \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9. Pr\u00eatre bien not\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie \u00e0 la veille de 1789, idol\u00e2tr\u00e9 de ses fid\u00e8les pour sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, il est en quelque sorte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 la politique par la prise de la Bastille et converti \u00e0 la R\u00e9volution. Il prononce alors son premier \u00ab\u00a0pr\u00eache civique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00e9curseur d\u2019une forme de socialisme et pr\u00e9curseur de l\u2019anarchisme, applaudi par les paroissiens et les gardes nationaux, mais aussit\u00f4t suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise, il est bient\u00f4t r\u00e9voqu\u00e9, frapp\u00e9 d\u2019interdit par l\u2019\u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand une classe d\u2019hommes peut affamer l\u2019autre impun\u00e9ment\u00a0; l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand le riche exerce le droit de vie et de mort sur ses semblables.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1517\" class=\"cit-num\">1517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794), <em>Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em>, Convention, 25\u00a0juin 1793. <em>1789, l\u2019An un de la libert\u00e9\u00a0: \u00e9tudes historiques, textes originaux<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vicaire ultra-r\u00e9volutionnaire aux premi\u00e8res heures de 1789, le chef des Enrag\u00e9s n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni \u00e9lu \u00e0 la Convention ni nomm\u00e9 au Tribunal r\u00e9volutionnaire. Le Cur\u00e9 rouge m\u00e8ne donc son combat r\u00e9volutionnaire en marge du parlementarisme, cherchant \u00e0 dresser le pays r\u00e9el contre le pays l\u00e9gal. \u00ab\u00a0Les riches seuls ont profit\u00e9 depuis quatre ans des avantages de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb Il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u2019aristocratie marchande plus terrible que l\u2019aristocratie nobiliaire et sacerdotale\u00a0\u00bb. Favorable \u00e0 un vrai terrorisme \u00e9conomique, il demande la peine de mort contre les accapareurs.<\/p>\n<p>Son manifeste \u2013 dont le constat est en partie exact \u2013 soul\u00e8ve contre lui tous les d\u00e9put\u00e9s, m\u00eame son ami Marat qui le traite de \u00ab\u00a0patriote de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0! De plus en plus isol\u00e9, arr\u00eat\u00e9 en septembre, il se poignarde, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre jug\u00e9 par le Tribunal r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<h4>R\u00e9volutionnaires extr\u00eames du peuple de Paris\u00a0: les sans-culottes<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre aux tyrans\u00a0! Guerre aux aristocrates\u00a0! Guerre aux accapareurs\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1531\" class=\"cit-num\">1531<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots d\u2019ordre des sections populaires des sans-culottes, 5\u00a0septembre 1793. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un long cort\u00e8ge d\u2019\u00e9meutiers, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de Pache (\u00e9lu maire de Paris), encadr\u00e9 par les H\u00e9bertistes et les Enrag\u00e9s, s\u2019\u00e9branle de l\u2019H\u00f4tel de Ville \u00e0 la Convention. Les sans-culottes n\u2019ont pas besoin de violence pour faire plier l\u2019Assembl\u00e9e comme au 2\u00a0juin (insurrection populaire ayant abouti \u00e0 l\u2019arrestation des d\u00e9put\u00e9s girondins). Elle c\u00e9dera \u00e0 la plupart de leurs revendications \u00e9conomiques, mais pas \u00e0 la destitution des nobles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1532\" class=\"cit-num\">1532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793. <em>Mouvement populaire et gouvernement r\u00e9volutionnaire en l\u2019An\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 1793-1794<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pression populaire est impressionnante. Une d\u00e9putation du club des Jacobins soutient les sans-culottes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e, la Convention c\u00e8de en se pla\u00e7ant sur le plan du droit. Une Premi\u00e8re Terreur (six semaines) avait succ\u00e9d\u00e9 au 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur et m\u00e9riter bient\u00f4t le nom de Grande Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut raccourcir les g\u00e9ants<br>Et rendre les petits plus grands,<br>Tout \u00e0 la m\u00eame hauteur<br>Voil\u00e0 le vrai bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1597\" class=\"cit-num\">1597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Portrait du sans-culotte<\/em>, chanson anonyme. <em>Les Sans-culottes parisiens en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1968), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019homme nouveau vu par la sans-culotterie. C\u2019est le r\u00e8gne de l\u2019\u00e9galit\u00e9 prise au pied de la lettre\u00a0! C\u2019est aussi la n\u00e9gation du grand homme, du h\u00e9ros en tant qu\u2019individu, au b\u00e9n\u00e9fice du h\u00e9ros collectif, le peuple, incarn\u00e9 par le sans-culotte. \u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb Jules Michelet, <em>Le Peuple<\/em>.<\/p>\n<h4>Carrier\u00a0: le Missionnaire de la Terreur, le Tigre de l\u2019Ouest<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les monstres\u00a0! Ils voudraient briser les \u00e9chafauds\u00a0; mais, citoyens, ne l\u2019oublions jamais, ceux-l\u00e0 ne veulent point de guillotine qui sentent qu\u2019ils sont dignes de la guillotine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1565\" class=\"cit-num\">1565<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CARRIER<\/span> (1756-1794), fin 1793.<em> La Justice r\u00e9volutionnaire<\/em> (1870), Charles Berriat-Saint-Prix<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention, membre actif aux Cordeliers et aux Jacobins, il parle sans les nommer des mod\u00e9r\u00e9s\u00a0: Danton et Camille Desmoulins souhaitent que cesse le r\u00e9gime de la Terreur et que vienne le temps de l\u2019indulgence.<\/p>\n<p>C\u2019est le moment o\u00f9 Carrier va m\u00e9riter son surnom de \u00ab\u00a0missionnaire de la Terreur\u00a0\u00bb (Jules Michelet) et de Tigre de l\u2019Ouest. Envoy\u00e9 dans l\u2019ouest de la France pour mater l\u2019insurrection des Chouans et autres contre-r\u00e9volutionnaires de la guerre de Vend\u00e9e, il arrive en un seul jour au chiffre de 800 morts \u00e0 Nantes (la veille de No\u00ebl 1793). Un record, pour l\u2019\u00e9poque. Au total et en fin de mission, quand viendra pour lui le temps du jugement et du ch\u00e2timent, on lui reprochera 10\u00a0000 morts\u00a0: fusill\u00e9s, guillotin\u00e9s, noy\u00e9s, victimes du typhus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nantes, dans une paix profonde \/ Jouissait de la libert\u00e9<br>Lorsque Carrier, cette \u00e2me immonde, \/ Trouble cette heureuse cit\u00e9.<br>Depuis que tu parus \u00e0 Nantes, \/ Le fleuve autrefois si vant\u00e9,<br>N\u2019a roul\u00e9 que des eaux sanglantes \/ \u00c0 l\u2019oc\u00e9an \u00e9pouvant\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1566\" class=\"cit-num\">1566<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Tout est lugubre dans l\u2019histoire<\/em>, d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1794, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-titr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Complainte sur les horreurs de la guerre commises \u00e0 Nantes par Carrier\u00a0\u00bb. Ce sont les fameuses noyades.<\/p>\n<p>Carrier, en z\u00e9l\u00e9 missionnaire de la Terreur, parle de \u00ab\u00a0d\u00e9portation verticale\u00a0\u00bb et la Loire, sous sa plume, m\u00e9rite le nom de \u00ab\u00a0fleuve r\u00e9publicain\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0baignoire nationale\u00a0\u00bb. Les pr\u00eatres r\u00e9fractaires sont les premiers vis\u00e9s par ces noyades collectives. Autre pratique, les \u00ab\u00a0mariages r\u00e9publicains\u00a0\u00bb\u00a0: un homme est accoupl\u00e9 avec une femme, ou un cur\u00e9 avec une s\u0153ur, ligot\u00e9s dans des postures obsc\u00e8nes et plong\u00e9s dans le fleuve. Les enfants ne sont pas \u00e9pargn\u00e9s, ni les nourrissons \u00e0 la mamelle ni les vieillards. La vue de ces atrocit\u00e9s \u00e9gara, dit-on, la raison de Carrier, d\u00e9j\u00e0 compromise par l\u2019alcoolisme.<\/p>\n<p>Le massacreur a des ex\u00e9cutants efficaces et d\u00e9vou\u00e9s. Fusillades, mitraillades, canonnades, incendies pallient les lenteurs de la guillotine \u2013 qui reste l\u2019instrument de supplice le plus quotidien et symbolique de la R\u00e9volution devenue Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est coupable ici, jusqu\u2019\u00e0 la sonnette du pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1613\" class=\"cit-num\">1613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BAPTISTE<\/span> <span class=\"caps\">CARRIER<\/span> (1756-1794), au Tribunal r\u00e9volutionnaire qui l\u2019accuse d\u2019exc\u00e8s, 27\u00a0novembre\u00a01794. <em>Fouquier-Tinville, accusateur public<\/em> (1961), Pierre Labracherie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au proc\u00e8s, cet authentique criminel de guerre se montre \u00e0 la fois indigne et maladroit, niant toute culpabilit\u00e9, chargeant ses ex\u00e9cutants et mena\u00e7ant l\u2019Assembl\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0proscription in\u00e9vitable\u00a0\u00bb, s\u2019il \u00e9tait condamn\u00e9. Envoy\u00e9 en mission en Normandie, puis en Bretagne, il fit fusiller ou noyer tous les suspects des prisons.<\/p>\n<p>91 autres bourreaux sont jug\u00e9s apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de Thermidor contre la dictature de Robespierre. Trois seulement seront ex\u00e9cut\u00e9s, Pinard, Grandmaison et Carrier.<\/p>\n<h4>Fouquier-Tinville\u00a0: le Pourvoyeur de la guillotine<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les t\u00eates tombaient comme des ardoises.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1595\" class=\"cit-num\">1595<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), apr\u00e8s la loi du 22\u00a0prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (10\u00a0juin 1794). <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019accusateur public, charg\u00e9 de tous les grands proc\u00e8s sous la Terreur \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s la f\u00eate de l\u2019\u00catre supr\u00eame cher \u00e0 Robespierre, la loi de Prairial \u00e9num\u00e8re tous les ennemis du peuple promis \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et justiciables du Tribunal r\u00e9volutionnaire. Ce n\u2019est plus qu\u2019une parodie de justice\u00a0: l\u2019instruction est supprim\u00e9e (article\u00a012), l\u2019accus\u00e9 priv\u00e9 du secours d\u2019un avocat (article\u00a016), l\u2019audition des t\u00e9moins n\u2019est plus n\u00e9cessaire, s\u2019il y a une preuve mat\u00e9rielle ou simplement \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb (article\u00a013).<\/p>\n<p>Fouquier-Tinville se r\u00e9jouit du nombre de t\u00eates et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que \u00e7a aille mieux encore la d\u00e9cade prochaine, il m\u2019en faut quatre cent cinquante au moins.\u00a0\u00bb Pour cela, on passe commande aux \u00ab\u00a0moutons\u00a0\u00bb, charg\u00e9s d\u2019espionner les suspects dans les prisons.<\/p>\n<p>C\u2019est la Grande Terreur\u00a0: plus de 1\u00a0300 ex\u00e9cutions \u00e0 Paris, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet (9 thermidor). Selon une \u00e9tude de Donald Greer qui fait r\u00e9f\u00e9rence, 16\u00a0600 victimes sont ex\u00e9cut\u00e9es en France apr\u00e8s condamnation par une cour de justice r\u00e9volutionnaire \u2013 avec pr\u00e8s de 500\u00a0000 arrestations, de mars \u00e0 juillet\u00a01794.<\/p>\n<h4>Fouch\u00e9\u00a0: le Mitrailleur de Lyon<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort est un sommeil \u00e9ternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1547\" class=\"cit-num\">1547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), octobre\u00a01793. <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9difiante inscription qu\u2019il impose sur les portes des cimeti\u00e8res o\u00f9 il fait dispara\u00eetre tout symbole chr\u00e9tien, dans les provinces plac\u00e9es sous son contr\u00f4le. Missionn\u00e9 par Marat, en ao\u00fbt dans la Ni\u00e8vre o\u00f9 il agit de concert avec Chaumette, il supprime \u00e9galement toutes les \u00ab\u00a0enseignes religieuses\u00a0\u00bb qui se trouvent sur les routes, sur les places et autres lieux publics, dans le cadre d\u2019une politique de d\u00e9christianisation syst\u00e9matique, au nom du culte de la Raison.<\/p>\n<p>Ancien \u00e9l\u00e8ve des Oratoriens qui deviendra ministre de la police sous le Directoire et le restera sous l\u2019Empire, il s\u2019est ralli\u00e9 aux id\u00e9es r\u00e9volutionnaires en 1789. \u00c9lu \u00e0 la Convention, il va r\u00e9primer l\u2019insurrection f\u00e9d\u00e9raliste et royaliste en novembre\u00a01793 \u00e0 Lyon (avec Collot d\u2019Herbois). Son ardeur lui vaudra le surnom de Mitrailleur de Lyon, le canon rempla\u00e7ant la guillotine trop lente pour ex\u00e9cuter les condamn\u00e9s par centaines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Abolissons l\u2019or et l\u2019argent, tra\u00eenons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la R\u00e9publique, et \u00e9tablir le culte des vertus aust\u00e8res de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1548\" class=\"cit-num\">1548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Avilissons l\u2019or et l\u2019argent\u2026\u00a0\u00bb En tout cas, il a bien retenu la le\u00e7on des nouveaux ma\u00eetres de la France, Robespierre et Saint-Just.<\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s actif contre le culte \u00e9tabli, Fouch\u00e9 vient de rafler d\u2019autorit\u00e9 les m\u00e9taux de la Ni\u00e8vre arrach\u00e9s aux \u00e9glises. Il \u00e9crit ces mots \u00e0 la Convention, affectant un superbe d\u00e9dain pour la richesse. La Convention recevra ces tr\u00e9sors le 7\u00a0novembre 1793. Le z\u00e8le des patriotes locaux impose un peu partout l\u2019\u00e9change des m\u00e9taux contre les assignats. Un emprunt forc\u00e9 du 3\u00a0septembre (sur les \u00ab\u00a0riches \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb) n\u2019a pas suffi \u00e0 assainir les finances d\u2019une R\u00e9volution \u00e0 qui la guerre ext\u00e9rieure co\u00fbte tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de la profession de foi de Fouch\u00e9 est plus que douteuse. Selon la rumeur, une partie des tr\u00e9sors ainsi r\u00e9quisitionn\u00e9s fut d\u00e9tourn\u00e9e, servant de d\u00e9but \u00e0 son immense fortune. L\u2019homme, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, se r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019une intelligence et d\u2019une habilet\u00e9 hors pair, d\u2019o\u00f9 sa carri\u00e8re politique.<\/p>\n<h4>Madame Tallien\u00a0: Notre Dame de Bon Secours, Notre Dame de Thermidor<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9r\u00e9sa <span class=\"caps\">CABARRUS<\/span>, dite Madame <span class=\"caps\">TALLIEN<\/span> (1773-1835),<em> Michel Peyramaure, La Reine de Paris<\/em> (2008)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beaucoup de personnages historiques ont pu le penser. Napol\u00e9on l\u2019a \u00e9crit. Le jeune Napol\u00e9on Bonaparte a d\u2019ailleurs rencontr\u00e9e Madame Tallien, s\u00e9duit par cette femme aussi belle que spirituelle, certes un peu trop libre \u00e0 son go\u00fbt (la \u00ab\u00a0putain de Paris\u00a0\u00bb est alors la maitresse de Barras), mais il a finalement \u00e9pous\u00e9 l\u2019une de ses amies tout aussi frivole, Jos\u00e9phine de Beauharnais qui fr\u00e9quentait les m\u00eames salons tr\u00e8s mondains.<\/p>\n<p>L\u2019originalit\u00e9 v\u00e9ritablement historique de Madame Tallien est ailleurs, r\u00e9sum\u00e9e par ces deux surnoms qui disent sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, une qualit\u00e9 rare (surtout \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Gr\u00e2ce \u00e0 quoi la petite histoire va changer le cours de l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur, si vous m\u2019aidez, je vous serais \u00e9ternellement reconnaissante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9r\u00e9sa <span class=\"caps\">CABARRUS<\/span>, dite Madame <span class=\"caps\">TALLIEN<\/span> (1773-1835), lettre \u00e0 Tallien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune aristocrate espagnole s\u00e9duite par les id\u00e9aux des Lumi\u00e8res, elle a cru que la R\u00e9volution \u00e9tait un jeu, un passionnant sujet de conversation en soci\u00e9t\u00e9. Elle a tenu salon dans son h\u00f4tel du Marais \u00e0 Paris. Entra\u00een\u00e9e par ses amis, elle s\u2019est inscrite au Club de 1789 o\u00f9 se fa\u00e7onnaient toutes les id\u00e9es progressistes. Elle recevait les \u00e9lites r\u00e9volutionnaires, Mirabeau, La Fayette, Rivarol, Lepeltier de Saint-Fargeau son amant de l\u2019\u00e9poque. Elle s\u2019amusait du tutoiement citoyen et se coiffait de la cocarde tricolore. Grande, \u00e9lanc\u00e9e, brune, elle se flattait \u00e0 vingt ans d\u2019\u00eatre l\u2019une des attractions de cette \u00e9poque exalt\u00e9e.<\/p>\n<p>Au printemps 1793, la proscription des Girondins par la Montagne marque la fin de l\u2019insouciance. Elle \u00e9migre avec sa fille vers Bordeaux, pour retrouver ses deux fr\u00e8res. D\u00e9j\u00e0 g\u00e9n\u00e9reuse et d\u00e9testant l\u2019injustice, elle intervient aupr\u00e8s de r\u00e9volutionnaires pour faire lib\u00e9rer sa famille et les premi\u00e8res victimes de la Terreur. Elle tombe sous le coup de la loi des suspects, vot\u00e9e par la Convention.<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9e, \u00e0 la veille d\u2019\u00eatre guillotin\u00e9e, elle en appelle \u00e0 Tallien dont tout d\u00e9pend\u00a0: c\u2019est l\u2019homme charg\u00e9 de faire appliquer les d\u00e9crets du Comit\u00e9 de salut public. Il vient la voir dans sa ge\u00f4le du ch\u00e2teau du H\u00e2, pr\u00e8s de Bordeaux\u00a0: pour lui, c\u2019est un coup de foudre qui va changer sa vie\u2026 et sauver la sienne. Il la fait lib\u00e9rer, il va l\u2019installer chez lui. Il lui offre une vie fastueuse, il lui fait un enfant et lui permet de prot\u00e9ger nombre de suspects, avec une telle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qu\u2019on la surnomme Notre-Dame de Bon-Secours.<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 \u00e0 Lyon et Carrier \u00e0 Nantes ont des r\u00e9sultats beaucoup plus \u00ab\u00a0satisfaisants\u00a0\u00bb, alors que trop de suspects sont acquitt\u00e9s \u00e0 Bordeaux. Tallien est convoqu\u00e9 \u00e0 Paris par le Comit\u00e9 de salut public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs d\u2019appartenir \u00e0 un l\u00e2che.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9r\u00e9sa <span class=\"caps\">CABARRUS<\/span>, dite Madame <span class=\"caps\">TALLIEN<\/span> (1773-1835), lettre \u00e0 Tallien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Accus\u00e9e d\u2019avoir une trop grande influence sur lui, Th\u00e9r\u00e9sa se retrouve\u00a0 emprisonn\u00e9e \u00e0 La Force et risque de nouveau la guillotine. Furieuse que son amant n\u2019intervienne pas pour la sauver et n\u2019ose tenir t\u00eate \u00e0 Robespierre, elle lui \u00e9crit ces mots.\u00a0 Piqu\u00e9 au vif, Tallien r\u00e9agit. Il entre dans la conjuration contre Robespierre et s\u2019illustre \u00e0 la Convention, le 27 juillet (9 Thermidor an <span class=\"caps\">II<\/span>), emp\u00eachant Saint-Just de prendre la parole pour d\u00e9fendre la ligne dure de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Lib\u00e9r\u00e9e, Th\u00e9r\u00e9sa est d\u00e9sormais surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0Notre-Dame de Thermidor\u00a0\u00bb, car la r\u00e9volution thermidorienne sauve de nombreuses vies. William Pitt, le plus jeune Premier ministre d\u2019Angleterre (premier pays de monarchie constitutionnelle), apprenant l\u2019attitude de la jeune femme qui poussa Tallien \u00e0 agir aura ce mot superbe\u00a0: \u00ab\u00a0Cette femme serait capable de fermer les portes de l\u2019enfer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-lepopee-napoleonienne\/\">Lire la suite\u00a0: Les Surnoms \u2013 jeu de mots entre petite et grande Histoire (L\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les surnoms V. 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