{"id":9074,"date":"2021-10-04T00:00:00","date_gmt":"2021-10-03T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-punchlines-cinquieme-republique-sous-de-gaulle\/"},"modified":"2026-07-15T12:02:30","modified_gmt":"2026-07-15T10:02:30","slug":"les-punchlines-cinquieme-republique-sous-de-gaulle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-cinquieme-republique-sous-de-gaulle\/","title":{"rendered":"Les punchlines (Cinqui\u00e8me R\u00e9publique sous de Gaulle)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9074\" class=\"elementor elementor-9074\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-130b99da e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"130b99da\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-550f1a19 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"550f1a19\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\">\n<h4>Parole, c\u2019est historique\u00a0!<\/h4>\n<p>Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia).<\/p>\n<p>En <span class=\"caps\">VO<\/span>\u00a0: \u201c<em>The final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.<\/em>\u201d (Oxford Languages)<\/p>\n<p>Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit sous le terme de \u00ab\u00a0fin (d\u2019une plaisanterie)\u00a0\u00bb. Il s\u2019applique \u00e0 une r\u00e9plique (en anglais\u00a0: <em>line<\/em>) comique et percutante (en anglais\u00a0: <em>punchy<\/em>), constituant la \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un dialogue de com\u00e9die.<\/p>\n<p>On peut finalement traduire par\u00a0\u00ab\u00a0mot choc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la chose existe bien avant le mot\u00a0!<\/p>\n<p>En exag\u00e9rant \u00e0 peine, disons que l\u2019esprit gaulois a invent\u00e9 la punchline. Elle s\u2019est diversifi\u00e9e au Moyen \u00c2ge, s\u2019adaptant \u00e0 maintes circonstances politiques, militaires, sociales, avant de devenir un moyen d\u2019expression tr\u00e8s fran\u00e7ais, sous la Renaissance. Chaque p\u00e9riode en a us\u00e9, la R\u00e9volution est en cela exemplaire, qui rebondit de punchline en punchline h\u00e9ro\u00efques. L\u2019Empire continue sur cette lanc\u00e9e, mais toute l\u2019histoire contemporaine se compla\u00eet dans ce genre de joute verbale dont les R\u00e9publiques usent et abusent.<\/p>\n<p>Au final, une bonne moiti\u00e9 de l\u2019Histoire en (3500) citations se joue en punchline.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en huit \u00e9pisodes vous en donne un \u00e9chantillon au 1\/10eme.<\/p>\n<p>Sur le podium des punchlineurs, on retrouve les trois auteurs-acteurs les plus cit\u00e9s\u00a0: Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo. Clemenceau se pr\u00e9sente en outsider surdou\u00e9 sous la Troisi\u00e8me, avec Gambetta dans un autre style. Invit\u00e9s surprise, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, pour leur humour en situation. Nos derniers pr\u00e9sidents arrivent en bonne place, sous \u00a0la Cinqui\u00e8me\u00a0: humour franchouillard et d\u00e9complex\u00e9 de Chirac, franc-parler popu et brutalit\u00e9 visc\u00e9rale de Sarkozy.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab\u00a0le peuple\u00a0\u00bb se trouve au rendez-vous\u00a0 de tous les mouvements de fronde, de r\u00e9volte ou de contestation, en chansons et slogans le plus souvent anonymes, h\u00e9ros majeur sous la R\u00e9volution, acteur talentueux de Mai 68. <\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9finir les punchlines \u00e0 la fran\u00e7aise, malgr\u00e9 leur extr\u00eame diversit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sont souvent des mots brefs, emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire en (1000) tweets, dans le \u00ab\u00a0Bonus\u00a0\u00bb de notre site. Certains mots \u00ab\u00a0jokers\u00a0\u00bb sont r\u00e9utilisables \u00e0 volont\u00e9, d\u2019autres \u00e9tant devenus proverbes.<\/p>\n<p>L\u2019humour, l\u2019ironie sont des atouts majeurs, y compris dans les moments dramatiques. Le ton souvent agressif, mena\u00e7ant, tueur, cynique, se fait bienveillant, optimiste et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les punchlines rel\u00e8vent de toutes les formes\u00a0historiques\u00a0: discours, appel, proclamation, correspondance, mot de la fin, po\u00e8me, loi, pamphlet, slogan, chant et chanson, devise, dicton, titre dans la presse \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019improvisation dans le feu de l\u2019action alterne avec la r\u00e9flexion. Les meilleurs mots sont \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9volte, r\u00e9volution, guerre, ou discours \u00e0 la tribune, chef militaire parlant \u00e0 ses troupes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c\u2019est l\u2019Histoire plus vivante que jamais qui vous parle de la condition humaine.<\/p>\n<p>Toutes ces punchlines sont tir\u00e9es de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et apparaissent dans le m\u00eame ordre chronologique, avec leurs commentaires plus ou moins d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">VII<\/span>. Cinqui\u00e8me R\u00e9publique sous de Gaulle. (1958-1969)<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_10-14.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"272\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un des caract\u00e8res essentiels de la Constitution de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, c\u2019est qu\u2019elle donne une t\u00eate \u00e0 l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2932\" class=\"cit-num\">2932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 20\u00a0septembre 1962.<em> Les Grands Textes de la pratique institutionnelle de la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1992), Documentation fran\u00e7aise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est cette autorit\u00e9 qui a tant manqu\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente R\u00e9publique et qui est indispensable pour r\u00e9gler \u00ab\u00a0les trois affaires qui dominent notre situation\u00a0: l\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019\u00e9quilibre financier et \u00e9conomique, la r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, dira de Gaulle \u00e0 la radio, peu de temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir en 1958. Il y aura quasi-identification entre cette R\u00e9publique et cette t\u00eate, aussi longtemps que de Gaulle en sera le pr\u00e9sident. Ensuite et au-del\u00e0 des institutions, le g\u00e9n\u00e9ral demeure une r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vienne la paix des braves et je suis s\u00fbr que les haines iront en s\u2019effa\u00e7ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2981\" class=\"cit-num\">2981<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Matignon, 23\u00a0octobre 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? Simplement ceci\u00a0: que ceux qui ont ouvert le feu le cessent et qu\u2019ils retournent sans humiliation \u00e0 leur famille et \u00e0 leur travail\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Front de Lib\u00e9ration nationale (<span class=\"caps\">FLN<\/span>)\u00a0a affirm\u00e9 le 25 septembre sa volont\u00e9 de n\u00e9gociations politiques aussi bien que militaires et deux mois plus tard, il cr\u00e9e le Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne (<span class=\"caps\">GPRA<\/span>). De Gaulle posera bient\u00f4t comme seule condition aux n\u00e9gociations de laisser le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb. Mais la paix des braves, sur le terrain comme dans un trait\u00e9, est encore loin d\u2019\u00eatre conclue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2984\" class=\"cit-num\">2984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration \u00e0 Pierre Laffont, directeur de <em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 29\u00a0avril 1959. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais que sera l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019avenir\u00a0? Le pr\u00e9sident est trop pragmatique, l\u2019Alg\u00e9rie trop d\u00e9chir\u00e9e par la guerre et les \u00e9v\u00e9nements trop incertains pour que soit fix\u00e9e une ligne politique\u00a0! De Gaulle attend la mi-septembre pour lancer le mot, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0autod\u00e9termination\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 trois solutions possibles\u00a0: s\u00e9cession pure et simple, francisation compl\u00e8te dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, \u00ab\u00a0de Dunkerque \u00e0 Tamanrasset\u00a0\u00bb, ou gouvernement des Alg\u00e9riens par les Alg\u00e9riens en union \u00e9troite avec la France. En France, la droite qui veut l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise commence \u00e0 se diviser\u00a0; en Alg\u00e9rie, le <span class=\"caps\">GPRA<\/span> veut des n\u00e9gociations pr\u00e9alables et l\u2019arm\u00e9e va vivre bien des d\u00e9chirements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, il n\u2019est pas chaud, le contingent. Pour tout dire, il n\u2019a pas d\u2019allant. Il est m\u00eame but\u00e9 comme un \u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2985\" class=\"cit-num\">2985<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">COURNOT<\/span> (1922-2007),<em> L\u2019Express<\/em> (1959).<em> Les Parachutistes<\/em> (2006), Gilles Perrault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donne l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019un jeune soldat dans la Casbah d\u2019Alger, alors que la pacification est un pr\u00e9alable \u00e0 toute n\u00e9gociation, donc un devoir de l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est dire la sympathie que ce journaliste (tr\u00e8s) intellectuel de gauche \u00e9prouve pour \u00ab\u00a0le contingent\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Le contingent a \u00e9cout\u00e9, et il n\u2019est pas convaincu. Il ne se sent pas tellement chaud pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 en allant au-del\u00e0 des mers tirer \u00e0 coups de canon sur des gaillards en espadrilles\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les peuples sont en train de demander la culture, alors qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2959\" class=\"cit-num\">2959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), ministre de la Culture, Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966. <em>La Culture et le rossignol<\/em> (1970), Marie-Claire Gousseau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sentant le budget de ce minist\u00e8re cr\u00e9\u00e9 pour lui par de Gaulle, il note ce \u00ab\u00a0fait extr\u00eamement myst\u00e9rieux [qui] se produit aujourd\u2019hui dans le monde entier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais les cr\u00e9dits restent d\u00e9risoires face aux ambitions d\u2019une culture de masse digne de ce nom. Comme le dira Jacques Duhamel passant plus tard du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture \u00e0 celui de la Culture\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les m\u00eames chiffres, mais les uns sont libell\u00e9s en nouveaux francs, alors que les autres le sont en anciens francs\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit, cent fois inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis vous assurer que la Loire continuera \u00e0 couler dans son lit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2986\" class=\"cit-num\">2986<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Aux maires du Loiret, \u00e0 Orl\u00e9ans, mai\u00a01959. <em>De Gaulle parle\u00a0: des institutions, de l\u2019Alg\u00e9rie, de l\u2019arm\u00e9e, des affaires \u00e9trang\u00e8res, de la Communaut\u00e9, de l\u2019\u00e9conomie et des questions sociales<\/em> (1962), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0infrahistorique\u00a0\u00bb par son biographe Jean Lacouture. De Gaulle, pour \u00eatre lui-m\u00eame, a besoin de circonstances exceptionnelles et tout pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit prononcer \u00ab\u00a0au quotidien\u00a0\u00bb d\u2019innombrables discours sur tout et sur rien. Dans le m\u00eame esprit, \u00e0 F\u00e9camp\u00a0: \u00ab\u00a0Je salue F\u00e9camp, port de mer et qui entend le rester\u00a0\u00bb et \u00e0 Lyon\u00a0: \u00ab\u00a0Lyon n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi lyonnaise.\u00a0\u00bb Faut-il rappeler le mot d\u2019un autre g\u00e9n\u00e9ral \u00e9galement promu pr\u00e9sident et souvent plus inspir\u00e9, face aux inondations catastrophiques \u00e0 Toulouse\u00a0: \u00ab\u00a0Que d\u2019eau, que d\u2019eau\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, c\u2019est l\u2019Europe depuis l\u2019Atlantique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oural, c\u2019est l\u2019Europe, toutes ces vieilles terres o\u00f9 naquit, o\u00f9 fleurit la civilisation moderne, c\u2019est toute l\u2019Europe qui d\u00e9cidera du destin du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2987\" class=\"cit-num\">2987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Strasbourg, 23\u00a0novembre 1959. <em>De Gaulle et l\u2019Europe<\/em> (1963), Roger Massip<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle, en plus de l\u2019Alg\u00e9rie, va pr\u00e9sider sur tous les fronts et affronter tous les probl\u00e8me. L\u2019Europe est une question toujours en suspense au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Le discours de Strasbourg reste proph\u00e9tique. L\u2019Europe a v\u00e9cu la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne et la r\u00e9conciliation entre les deux pays jadis ennemis, devenus alli\u00e9s. Plus globalement, la guerre froide et le communisme dans sa version sovi\u00e9tique appartiennent \u00e0 un pass\u00e9 r\u00e9volu. De sorte que l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0maison commune\u00a0\u00bb europ\u00e9enne et de cette Europe \u00ab\u00a0de l\u2019Atlantique \u00e0 l\u2019Oural\u00a0\u00bb ne rel\u00e8ve plus de l\u2019utopie.<\/p>\n<p>Mais de quelle Europe s\u2019agit-il\u00a0? Un an plus t\u00f4t, de Gaulle \u00e9crit \u00e0 Paul Reynaud\u00a0: \u00ab\u00a0Vous savez qu\u2019\u00e0 mon sens, on peut voir l\u2019Europe et peut-\u00eatre la faire de deux fa\u00e7ons\u00a0: l\u2019int\u00e9gration par le supranational, ou la coop\u00e9ration des \u00c9tats et des nations. C\u2019est \u00e0 la deuxi\u00e8me que j\u2019adh\u00e8re.\u00a0\u00bb Trois ans plus tard, il pr\u00e9cise sans ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne peut pas y avoir d\u2019autre Europe que celle des \u00c9tats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3009\" class=\"cit-num\">3009<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 15\u00a0mai 1962. <em>Discours et messages<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1970), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pour preuve\u00a0: \u00ab\u00a0Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent \u00e0 toute l\u2019Europe dans la mesure m\u00eame o\u00f9 ils \u00e9taient respectivement et \u00e9minemment Italien, Allemand et Fran\u00e7ais. Ils n\u2019auraient pas beaucoup servi l\u2019Europe s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 des apatrides et s\u2019ils avaient pens\u00e9, \u00e9crit en quelque esperanto ou volap\u00fck int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Du coup, les membres du gouvernement appartenant au <span class=\"caps\">MRP<\/span>, parti tr\u00e8s europ\u00e9en, d\u00e9missionnent, Pierre Pflimlin en t\u00eate, Robert Buron \u00e0 sa suite. Remplac\u00e9s par des Ind\u00e9pendants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vieux franc fran\u00e7ais, si souvent mutil\u00e9 \u00e0 mesure de nos vicissitudes, nous voulons qu\u2019il reprenne une substance conforme au respect qui lui est d\u00fb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2988\" class=\"cit-num\">2988<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours sur la politique de rigueur, 28\u00a0d\u00e9cembre 1958, annon\u00e7ant la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau franc, le 1er\u00a0janvier 1960. <em>De Gaulle vous parle<\/em> (1967), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre probl\u00e8me majeur\u00a0: inflation, d\u00e9valuation de la monnaie, crises mon\u00e9taires. La cr\u00e9ation du nouveau franc 1960, valant 100\u00a0francs anciens, a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e un an plus t\u00f4t. Si le mot \u00ab\u00a0rigueur\u00a0\u00bb n\u2019appara\u00eet pas dans le discours, il le d\u00e9finit bien.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0franc lourd\u00a0\u00bb cause un choc psychologique et lie avec habilet\u00e9 l\u2019avenir de la monnaie et le prestige international du pays, dans le cadre d\u2019une nouvelle politique \u00e9conomique et financi\u00e8re rendant la France plus comp\u00e9titive en Europe. Antoine Pinay, ministre des Finances et des Affaires \u00e9conomiques jouissant d\u2019un immense prestige aupr\u00e8s du Fran\u00e7ais moyen, va cependant d\u00e9missionner en janvier\u00a01960, pour cause de d\u00e9saccord avec le chef de l\u2019\u00c9tat (sur la <span class=\"caps\">CEE<\/span>, Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne cr\u00e9\u00e9e en 1957, origine de l\u2019actuelle <span class=\"caps\">UE<\/span>, Union europ\u00e9enne).<\/p>\n<p>Le vieux franc fran\u00e7ais \u00e9tait n\u00e9 le 5\u00a0d\u00e9cembre 1360, en pleine guerre de Cent Ans. Quarante ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le (nouveau) franc s\u2019effacera devant la monnaie europ\u00e9enne, l\u2019euro, nouvel enjeu \u00e9conomique et strat\u00e9gique, pari globalement r\u00e9ussi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019adresse \u00e0 la France. Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc ensemble encore une fois, face \u00e0 une nouvelle \u00e9preuve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2989\" class=\"cit-num\">2989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960.<em> De Gaulle<\/em> (1964), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Omnipr\u00e9sent sur tous les fronts, le pr\u00e9sident excelle toujours dans la communication directe avec la France et les Fran\u00e7ais. Cette fois, le g\u00e9n\u00e9ral s\u2019est mis en tenue militaire, pour traiter du drame national.<\/p>\n<p>La semaine des Barricades a commenc\u00e9 \u00e0 Alger, le 24\u00a0janvier. La population de souche m\u00e9tropolitaine refuse l\u2019id\u00e9e d\u2019autod\u00e9termination lanc\u00e9e par de Gaulle et s\u2019oppose au renvoi du g\u00e9n\u00e9ral Massu \u2013 qui a affirm\u00e9 dans un journal allemand que l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait pour l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hourra pour la France\u00a0! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fi\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2991\" class=\"cit-num\">2991<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>T\u00e9l\u00e9gramme<\/em>, 13\u00a0f\u00e9vrier 1960. <em>De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re explosion de la bombe\u00a0A(tomique) fran\u00e7aise \u00e0 Reggane (Sahara). Soucieux d\u2019ind\u00e9pendance militaire, le g\u00e9n\u00e9ral se refuse \u00e0 la \u00ab\u00a0docilit\u00e9 atlantique\u00a0\u00bb et veut doter le pays des \u00ab\u00a0moyens modernes de la dissuasion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La France entre ainsi dans le club encore tr\u00e8s ferm\u00e9 des puissances atomiques. Elle refusera de signer le trait\u00e9 de Moscou du 3\u00a0ao\u00fbt 1963, sur la non-prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire. Le 28\u00a0ao\u00fbt 1968, c\u2019est l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe H (\u00e0 hydrog\u00e8ne) dans le Pacifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut qu\u2019avant d\u2019entrer dans la salle [des n\u00e9gociations] on ait d\u00e9pos\u00e9 son couteau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2993\" class=\"cit-num\">2993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), 6\u00a0septembre 1960. <em>De Gaulle<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb devient le pr\u00e9alable de toute n\u00e9gociation. Mais l\u2019on continue de se battre en Alg\u00e9rie, tandis qu\u2019en France, intellectuels et syndicalistes manifestent pour la paix en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> frappe o\u00f9 elle veut, quand elle veut, comme elle veut.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2998\" class=\"cit-num\">2998<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan de la nouvelle \u00ab\u00a0Organisation Arm\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. <em>L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> et la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1985), M\u2019Hamed Yousfi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premiers tracts lanc\u00e9s d\u00e9but f\u00e9vrier\u00a01961.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e fait son m\u00e9tier en Alg\u00e9rie, avec 400\u00a0000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse (except\u00e9 dans les Aur\u00e8s), mais c\u2019est quand m\u00eame \u00ab\u00a0mission impossible\u00a0\u00bb\u00a0: le terrorisme fait rage et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> multiplie les attentats.<\/p>\n<p>Les Europ\u00e9ens d\u2019Alg\u00e9rie vivent aussi dans la terreur de la n\u00e9gociation qui conduira in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>, choisissant la politique du d\u00e9sespoir, recourt \u00e9galement aux attentats. Ainsi, le maire d\u2019\u00c9vian, Camille Blanc, tu\u00e9 par une charge de plastic le 31\u00a0mars, assassin\u00e9 uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les n\u00e9gociations. Cela n\u2019infl\u00e9chit en rien la politique du pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui est grave dans cette affaire, Messieurs, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas s\u00e9rieuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3000\" class=\"cit-num\">3000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conseil des ministres extraordinaire, r\u00e9uni \u00e0 17\u00a0heures, le 22\u00a0avril 1961. <em>La Fronde des g\u00e9n\u00e9raux<\/em> (1961), Jacques Fauvet, Jean Planchais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La population d\u2019Alger a \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e \u00e0 7\u00a0heures du matin, par ce message lu \u00e0 la radio\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a pris le contr\u00f4le de l\u2019Alg\u00e9rie et du Sahara.\u00a0\u00bb Les g\u00e9n\u00e9raux rebelles font arr\u00eater le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement, et un certain nombre d\u2019autorit\u00e9s civiles et militaires. Quelques r\u00e9giments se rallient aux rebelles. La population europ\u00e9enne, qui se sent abandonn\u00e9e par la m\u00e9tropole, est avec eux. Mais de Gaulle semble serein, devant ses ministres.<\/p>\n<p>Le directoire militaire a quand m\u00eame pris le pouvoir \u00e0 Alger. Les ralliements se multiplient derri\u00e8re les quatre g\u00e9n\u00e9raux, Challe, Zeller, Jouhaud et Salan, qui d\u00e9noncent la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et font le serment de \u00ab\u00a0garder l\u2019Alg\u00e9rie pour que nos morts ne soient pas morts pour rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les insurg\u00e9s tiennent Oran, Constantine le lendemain. Le coup d\u2019\u00c9tat semble r\u00e9ussi. De Gaulle repara\u00eet et va trouver les mots qui tuent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce pouvoir a une apparence\u00a0: un quarteron de g\u00e9n\u00e9raux en retraite. Il a une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: un groupe d\u2019officiers, partisans, ambitieux et fanatiques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3001\" class=\"cit-num\">3001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 23\u00a0avril 1961. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rev\u00eatu de sa tenue de g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est le de Gaulle des grandes heures\u00a0: \u00ab\u00a0Au nom de la France, j\u2019ordonne que tous les moyens soient employ\u00e9s pour barrer partout la route \u00e0 ces hommes-l\u00e0, en attendant de les r\u00e9duire.\u00a0\u00bb Il demande que s\u2019applique l\u2019article\u00a016 de la Constitution (pouvoirs sp\u00e9ciaux)\u00a0: c\u2019est une \u00ab\u00a0dictature r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb, justifi\u00e9e par la situation.<\/p>\n<p>Tous les bidasses entendent cette voix de la France sur leur transistor. Le contingent refuse de suivre le quarteron de g\u00e9n\u00e9raux ovationn\u00e9s par les pieds-noirs sur le Forum d\u2019Alger, entre les cris \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0de Gaulle au poteau\u00a0!\u00a0\u00bb Mais le vent tourne. Challe se livre le 26, suivi par Zeller. Salan et Jouhaud continuent dans la clandestinit\u00e9, l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> r\u00e9siste encore\u00a0: combat d\u2019hommes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, d\u2019autant plus dangereux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il va peser lourd le oui que je demande \u00e0 chacune et \u00e0 chacun de vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3005\" class=\"cit-num\">3005<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 26\u00a0mars 1962. <em>Les Accords d\u2019\u00c9vian, le r\u00e9f\u00e9rendum et la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne<\/em> (1962), Maurice Allais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral, comme \u00e0 son habitude dans les grands moments, en appelle \u00e0 la population. Il donne les r\u00e9sultats des n\u00e9gociations d\u2019\u00c9vian, proclame le cessez-le-feu et annonce le prochain r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut maintenant que s\u2019expriment tr\u00e8s haut l\u2019approbation et la confiance nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais approuveront les accords d\u2019\u00c9vian (sign\u00e9s le 18\u00a0mars). Le oui des Alg\u00e9riens consult\u00e9s le 2 est encore plus massif. Le 3, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et Ben Bella devient pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Juridiquement, la guerre est finie.<\/p>\n<p>La vie politique fran\u00e7aise sera marqu\u00e9e par les s\u00e9quelles de cette guerre non d\u00e9clar\u00e9e qui a \u00e9clat\u00e9 le 1er\u00a0novembre 1954 et mobilis\u00e9 deux millions de jeunes Fran\u00e7ais du contingent. On parlerait aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e\u00a0\u00bb.\u00a0 Bilan\u00a0: 25\u00a0000 tu\u00e9s chez les soldats fran\u00e7ais, 2\u00a0000 morts de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, un millier de disparus et 1\u00a0300 soldats morts des suites de leurs blessures. Environ 270\u00a0000 musulmans alg\u00e9riens sont morts, sur une population de dix millions d\u2019habitants. Et deux millions de musulmans d\u00e9port\u00e9s en camps de regroupement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">La valise ou le cercueil.<span id=\"3006\" class=\"cit-num\">3006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FLN<\/span>, \u00e9crit sur des petits cercueils post\u00e9s aux pieds-noirs. <em>De Gaulle ou l\u2019\u00e9ternel d\u00e9fi\u00a0: 56 t\u00e9moignages<\/em> (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au printemps 1946, le <span class=\"caps\">PPA<\/span> (Parti du peuple alg\u00e9rien luttant pour l\u2019ind\u00e9pendance) diffusait d\u00e9j\u00e0 le slogan \u00e0 Constantine, sur des tracts gliss\u00e9s dans les bo\u00eetes aux lettres.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est au printemps 1962, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, que les attentats sont les plus nombreux, une charge de plastic pouvant faire plus de cent morts et bless\u00e9s\u00a0! Le <span class=\"caps\">FLN<\/span> d\u00e9clenche \u00e9galement \u00e0 la mi-avril une s\u00e9rie d\u2019enl\u00e8vements, pour lutter contre l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> toujours active dans le maquis. Mais ses membres sont prot\u00e9g\u00e9s, en centre-ville, et les victimes sont surtout les colons isol\u00e9s dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La d\u00e9couverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L\u2019exode s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: il y aura beaucoup de valises, et de cercueils aussi, \u00e0 l\u2019issue de cette guerre de huit ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre ne s\u2019est pas termin\u00e9e dans de bonnes conditions, mais c\u2019\u00e9taient les seules conditions possibles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3007\" class=\"cit-num\">3007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), fin avril\u00a01962.<em> Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion du d\u00e9jeuner de la presse anglo-saxonne dont il est l\u2019h\u00f4te d\u2019honneur. Cet homme politique tr\u00e8s actif sous la Troisi\u00e8me et la Quatri\u00e8me R\u00e9publiques a rompu cette ann\u00e9e avec de Gaulle.<\/p>\n<p>Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais ont approuv\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum les accords d\u2019\u00c9vian du 18\u00a0mars. Juridiquement, la guerre est finie et le 3\u00a0juillet, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Mais politiquement, bien des drames vont encore se jouer. Certains jours de printemps, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, les attentats font plus de cent morts.<\/p>\n<p>L\u2019exode vers la m\u00e9tropole sera plus massif que pr\u00e9vu et dans des conditions plus p\u00e9nibles\u00a0: on attendait 350\u00a0000 rapatri\u00e9s en cinq ans, ils seront 700\u00a0000 en quatre mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui ou demain, envers et contre tous, le tra\u00eetre de Gaulle sera abattu comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3010\" class=\"cit-num\">3010<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Tract <span class=\"caps\">CNR<\/span> (nouveau Conseil national de la r\u00e9sistance, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>) re\u00e7u par tous les d\u00e9put\u00e9s, apr\u00e8s l\u2019attentat du Petit-Clamart, ao\u00fbt\u00a01962. <em>Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est encore une retomb\u00e9e de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, aux cons\u00e9quences importantes et surtout inattendues. Au soir du 22 ao\u00fbt, de Gaulle \u00e9chappe par miracle \u00e0 l\u2019attentat au carrefour du Petit-Clamart, pr\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport militaire de Villacoublay. Sa <span class=\"caps\">DS<\/span>\u00a019 est cribl\u00e9e de 150 balles et seul le sang-froid du chauffeur, acc\u00e9l\u00e9rant malgr\u00e9 les pneus crev\u00e9s, sauve la vie au g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 Mme\u00a0de Gaulle.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, est fusill\u00e9 le 11\u00a0mars 1963 \u2013 dernier cas en France.<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain de l\u2019attentat, de Gaulle profite de l\u2019\u00e9motion des Fran\u00e7ais pour faire passer une r\u00e9forme qui lui tient \u00e0 c\u0153ur\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. S\u2019il devait mourir, cela donnerait plus de poids \u00e0 son successeur, et plus de l\u00e9gitimit\u00e9. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste (<span class=\"caps\">UNR<\/span>) et une minorit\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendants (Giscard d\u2019Estaing en t\u00eate). Le seul pr\u00e9c\u00e9dent historique est f\u00e2cheux\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e9lu du suffrage universel, transforma vite ce coup d\u2019essai en coup d\u2019\u00c9tat. De Gaulle annonce un r\u00e9f\u00e9rendum pour le 28\u00a0octobre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez scell\u00e9 la condamnation du r\u00e9gime d\u00e9sastreux des partis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3014\" class=\"cit-num\">3014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 7\u00a0novembre 1962. <em>La Vie politique sous la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend acte du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb et se satisfait d\u2019un taux d\u2019approbation plut\u00f4t moyen \u00e0 son r\u00e9f\u00e9rendum. Sans faire de la politique-fiction, il serait sans doute tr\u00e8s sup\u00e9rieur aujourd\u2019hui\u00a0: les Fran\u00e7ais se sont appropri\u00e9 cette \u00e9lection de leur pr\u00e9sident au suffrage universel.<\/p>\n<p>De Gaulle pr\u00e9sente son bilan\u00a0: \u00ab\u00a0La nation est\u00a0maintenant en plein essor, les caisses remplies, le franc plus fort qu\u2019il ne le fut jamais, la d\u00e9colonisation achev\u00e9e, le drame alg\u00e9rien termin\u00e9, l\u2019arm\u00e9e rentr\u00e9e tout enti\u00e8re dans la discipline, le prestige fran\u00e7ais replac\u00e9 au plus haut dans l\u2019univers, bref tout danger imm\u00e9diat \u00e9cart\u00e9 et la situation de la France bien \u00e9tablie au-dedans et au-dehors.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9lan, il annonce les prochaines \u00e9lections des 18 et 25\u00a0novembre. C\u2019est un triomphe\u00a0: 233 membres sur 482 si\u00e8ges \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e pour l\u2019<span class=\"caps\">UNR<\/span>. Aucun parti en France n\u2019a fait un tel score, depuis la Lib\u00e9ration. Entre les deux tours, de Gaulle dit en Conseil des ministres\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9clar\u00e9 la guerre aux partis. Je me garde bien de d\u00e9clarer la guerre aux chefs des partis. Les partis sont irr\u00e9cup\u00e9rables. Mais les chefs de partis ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u2026 Il leur suffit de r\u00e9cup\u00e9rer un portefeuille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La t\u00e9l\u00e9vision, c\u2019est le gouvernement dans la salle \u00e0 manger de chaque Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2955\" class=\"cit-num\">2955<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alain <span class=\"caps\">PEYREFITTE<\/span> (1925-1999).<em> La T\u00e9l\u00e9vision et ses promesses<\/em> (1960), Andr\u00e9 Brincourt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du ministre de l\u2019Information. C\u2019est un mot qui date\u00a0! On pourrait presque parler d\u2019\u00ab\u00a0Ancien r\u00e9gime\u00a0\u00bb. Le m\u00eame ministre pr\u00e9cisera plus diplomatiquement l\u2019ann\u00e9e suivante que \u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">JT<\/span> n\u2019est pas au gouvernement, mais au public.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les <em>mass media<\/em>, t\u00e9l\u00e9 en t\u00eate, vont faire pour le pire et le meilleur la r\u00e9volution culturelle des temps modernes. La \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9cratie\u00a0\u00bb, fait de soci\u00e9t\u00e9 aussi indiscutable que discut\u00e9, c\u2019est d\u2019abord le <span class=\"caps\">JT<\/span> (Journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9) devenu grand-messe (bi)quotidienne. C\u2019est aussi 15\u00a0millions de spectateurs pour une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre le samedi soir, 4\u00a0milliards de spectateurs pour 475 films de cin\u00e9ma diffus\u00e9s (en 1982). Et plus de temps pass\u00e9 devant le petit \u00e9cran qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, par les enfants des ann\u00e9es 1980. Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, la multiplication des cha\u00eenes rend l\u2019offre pl\u00e9thorique, cependant que l\u2019ordinateur et Internet changent la donne, en cr\u00e9ant une collection de micro-m\u00e9dias et de r\u00e9seaux \u00e0 la fois d\u00e9centralis\u00e9s et interconnect\u00e9s. Un autre monde na\u00eet ainsi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la girouette qui tourne, c\u2019est le vent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3018\" class=\"cit-num\">3018<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1908-1988), \u00e0 qui lui reprochait de souvent changer d\u2019avis.<em> Edgar Faure\u00a0: le virtuose de la politique<\/em> (2006), Raymond Krakovitch<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ralli\u00e9 \u00e0 de Gaulle, trop heureux de retrouver des responsabilit\u00e9s, il est officieusement charg\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement des relations diplomatiques avec la Chine populaire en 1963 \u2013 mission r\u00e9ussie. Elles prendront effet le 27\u00a0janvier 1964. Raymond Cartier saluera l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019initiative du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019int\u00e8gre dans un plan grandiose qu\u2019il poursuit avec son go\u00fbt du secret, son amour du risque, son sens des coups de th\u00e9\u00e2tre et sa monumentale t\u00e9nacit\u00e9. C\u2019est du r\u00e9alignement du monde qu\u2019il s\u2019agit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Edgar Faure se retrouvera ministre de l\u2019Agriculture en 1966. \u00ab\u00a0C\u2019est un trait de mon caract\u00e8re, que le go\u00fbt des honneurs et l\u2019attachement aux titres.\u00a0\u00bb Cette passion pour le pouvoir, revendiqu\u00e9e pendant quarante ans, pousse le d\u00e9put\u00e9 \u00e0 \u00eatre plusieurs fois ministre et m\u00eame chef de gouvernement. Politiquement inclassable, sinon comme opportuniste, ses adversaires eux-m\u00eames appr\u00e9cient son humour et ses \u00e9l\u00e8ves de Sciences Po auront \u00e0 commenter un de ses aphorismes\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019immobilisme est en marche et rien ne pourra l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb L\u2019homme ne se prend pas au s\u00e9rieux, mais jusqu\u2019\u00e0 sa mort, il prendra tr\u00e8s au s\u00e9rieux ses fonctions et ses missions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlez-vous franglais\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2958\" class=\"cit-num\">2958<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">\u00c9TIEMBLE<\/span> (1909-2002), titre d\u2019un essai (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce linguiste promeut le mondialisme litt\u00e9raire comme traducteur, critique, directeur de collection et universitaire, encourageant les \u00e9changes avec les \u00e9crivains et intellectuels de tous les pays et l\u2019accueil des \u00e9tudiants \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Mais dans cet essai \u00ab\u00a0best-seller\u00a0\u00bb (n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 son auteur), il lutte contre la colonisation langagi\u00e8re qui n\u2019a pas fini de mettre en p\u00e9ril le fran\u00e7ais dans l\u2019hexagone et la francophonie dans le monde. L\u2019anglais, porte-parole de la civilisation anglo-saxonne, gagne irr\u00e9sistiblement du terrain. Aurait-il approuv\u00e9 notre d\u00e9finition de la punchline\u00a0: mot choc\u00a0? En tout cas, son titre r\u00e9pond \u00e0 cette d\u00e9finition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le temps des croisades est termin\u00e9, celui de l\u2019intelligence arrive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3022\" class=\"cit-num\">3022<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">SERVAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SCHREIBER<\/span> (1924-2006), patron de <em>L\u2019Express<\/em>, \u00e9t\u00e9 1964. <em>L\u2019Express<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1965, ann\u00e9e o\u00f9 les hebdos font peau neuve. L\u2019Alg\u00e9rie avait monopolis\u00e9 les \u00e9nergies et mobilis\u00e9 les esprits, donn\u00e9 mati\u00e8re aux journaux d\u2019opinion et fait monter leurs tirages. <span class=\"caps\">JJSS<\/span>, qui a cr\u00e9\u00e9 <em>L\u2019Express<\/em> en 1953 pour soutenir Mend\u00e8s France, est le premier \u00e0 comprendre qu\u2019il faut une certaine d\u00e9politisation, un appui des annonceurs publicitaires, des photos, des infos, du beau papier, de la quadrichromie, bref, tout ce qui fait le succ\u00e8s de <em>Time<\/em>, <em>Newsweek<\/em> ou <em>Der Spiegel<\/em>. L\u2019hebdo de cet agitateur d\u2019id\u00e9es va gagner en grande diffusion, mais perdre en grandes signatures. Il se g\u00e9n\u00e9ralise de plus en plus, devenant le reflet des changements de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le gaullisme depuis qu\u2019issu de l\u2019insurrection il s\u2019est empar\u00e9 de la nation\u00a0? Un coup d\u2019\u00c9tat de tous les jours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3020\" class=\"cit-num\">3020<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pamphlet sign\u00e9 du leader de la gauche socialiste, ministre du gouvernement Mend\u00e8s France et fid\u00e8le opposant \u00e0 de Gaulle (ayant vot\u00e9 contre son investiture, le 1er\u00a0juin 1958). C\u2019est aussi un \u00e9crivain\u00a0: \u00ab\u00a0Le gaullisme vit sans loi, il avance au flair. D\u2019un coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019autre, il pr\u00e9tend construire un \u00c9tat, ignorant qu\u2019il n\u2019a r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 sacraliser l\u2019aventure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 24\u00a0avril 1964, dans un grand d\u00e9bat institutionnel \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Mitterrand d\u00e9clare que la responsabilit\u00e9 du gouvernement devant le Parlement \u00e9tant vid\u00e9e de substance, la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique est un r\u00e9gime de pouvoir personnel. Pompidou, Premier ministre, lui r\u00e9pond que l\u2019opposition, en refusant de s\u2019adapter aux institutions de la Cinqui\u00e8me, n\u2019a aucun avenir.<\/p>\n<p>Son temps venu, en mai 1981, l\u2019inconditionnel adversaire du g\u00e9n\u00e9ral s\u2019accommodera fort bien de cette Constitution\u00a0: \u00ab\u00a0Les institutions n\u2019\u00e9taient pas faites \u00e0 mon intention. Mais elles sont bien faites pour moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne vais pas mal. Mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3021\" class=\"cit-num\">3021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 4\u00a0f\u00e9vrier 1965. <em>De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nul ne sait encore s\u2019il sera candidat \u00e0 sa propre succession, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Cette \u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9sidentielle ravive l\u2019int\u00e9r\u00eat du public pour la politique. \u00c0 74 ans, il assure, il rassure. Mais\u2026 \u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne\u00a0\u00bb, mot de Staline, souvent cit\u00e9 par de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle se tient sous le regard du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui l\u2019observe, qui le juge, qui l\u2019admire d\u2019\u00eatre si diff\u00e9rent de tous les autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2976\" class=\"cit-num\">2976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>De Gaulle<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romancier t\u00e9moin de son temps, redevenu un fervent gaulliste depuis 1958, sans \u00eatre jamais du style \u00ab\u00a0godillot\u00a0\u00bb, ni dans le fond, ni dans la forme\u00a0: \u00ab\u00a0Que de Gaulle se voie lui-m\u00eame comme un personnage de Shakespeare et comme le h\u00e9ros d\u2019une grande histoire, cela se manifeste clairement chaque fois (et c\u2019est souvent) qu\u2019il parle de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne.\u00a0\u00bb On doit \u00e0 Mauriac l\u2019une des plus originales d\u00e9finitions de l\u2019homme\u00a0en juin 1940\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si grand que soit le verre que l\u2019on nous tend du dehors, nous pr\u00e9f\u00e9rons boire dans le n\u00f4tre, tout en trinquant aux alentours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3023\" class=\"cit-num\">3023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 27\u00a0avril 1965. <em>Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et la construction de l\u2019Europe, 1940-1966<\/em> (1967), Edmond Jouve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident fait le bilan de son action sur ce th\u00e8me qui lui tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur, l\u2019ind\u00e9pendance nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Le fait capital de ces sept derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est que nous avons r\u00e9sist\u00e9 aux sir\u00e8nes de l\u2019abandon et choisi l\u2019ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb En f\u00e9vrier\u00a01966, la France reste membre du Pacte atlantique, mais se retire du dispositif militaire int\u00e9gr\u00e9 (<span class=\"caps\">OTAN<\/span>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a jamais cru que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, \u00e9tant appel\u00e9 \u00e0 la barre, devrait se contenter d\u2019inaugurer les chrysanth\u00e8mes\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3024\" class=\"cit-num\">3024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 9\u00a0septembre 1965. <em>De Gaulle ou l\u2019\u00e9ternel d\u00e9fi\u00a0: 56 t\u00e9moignages<\/em> (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9fute l\u2019accusation de \u00ab\u00a0pouvoir personnel\u00a0\u00bb\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a seulement \u00ab\u00a0pris personnellement les d\u00e9cisions qu\u2019il lui incombait de prendre\u00a0\u00bb. Sera-t-il candidat\u00a0? Il n\u2019est pas encore entr\u00e9 en campagne, cependant qu\u2019un fait constitutionnel change la vie politique en France\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident aura lieu pour la premi\u00e8re fois au suffrage universel (suite \u00e0 l\u2019attentat du Petit-Clamart qui aurait pu \u00eatre fatal \u00e0 de Gaulle en 1962). Et \u00ab\u00a0l\u2019inauguration des chrysanth\u00e8mes\u00a0\u00bb va devenir c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p>Le tr\u00e8s s\u00e9rieux Institut national de l\u2019audiovisuel (<span class=\"caps\">INA<\/span>) archive les \u00ab\u00a0petites phrases\u00a0\u00bb, punchlines et autres mots choc, de Gaulle figurant en bonne place dans la rubrique, avec ses rendez-vous m\u00e9diatiques entre improvisation et pr\u00e9paration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Contre le r\u00e9gime du pouvoir personnel, il faut recr\u00e9er la r\u00e9publique des citoyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3025\" class=\"cit-num\">3025<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Conf\u00e9rence de presse, 21\u00a0septembre 1965. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique et sociale en France<\/em> (1966)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le leader socialiste a \u00e9crit <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em> (1964) pour prouver que de Gaulle est un dictateur. Candidat d\u2019une union de la gauche qui ne dit pas encore son nom, il se pose plus que jamais en opposant majeur du grand homme et fait campagne pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, fix\u00e9e aux 5 et 19\u00a0d\u00e9cembre 1965.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi ou le chaos.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3026\" class=\"cit-num\">3026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), r\u00e9sum\u00e9 lapidaire de la d\u00e9claration du 4\u00a0novembre 1965. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident annonce enfin sa candidature, disant qu\u2019en cas d\u2019\u00e9chec \u00ab\u00a0personne ne peut douter que [la r\u00e9publique nouvelle] s\u2019\u00e9croulera aussit\u00f4t et que la France devra subir, cette fois sans recours possible, une confusion de l\u2019\u00c9tat plus d\u00e9sastreuse encore que celle qu\u2019elle connut autrefois\u00a0\u00bb. On reprochera au fondateur du r\u00e9gime de croire si peu \u00e0 sa construction qu\u2019elle tienne \u00e0 ce point \u00e0 un homme\u00a0! <em>L\u2019Express<\/em>, contre de Gaulle candidat, titre\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle \u00e0 vie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>S\u00fbr de son succ\u00e8s, il ne se donne pas la peine de courtiser la France, d\u00e9daignant son temps de parole \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ne croyant pas les deux grands instituts de sondage (Ifop et Sofres) qui assurent que rien n\u2019est gagn\u00e9 pour lui. Le suspense est \u00e0 son comble \u2013 on doit \u00e0 de Gaulle ce fait constitutionnel qui a chang\u00e9 la vie politique en France, l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Centre existe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3027\" class=\"cit-num\">3027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LECANUET<\/span> (1920-1993), au premier tour des pr\u00e9sidentielles, 5\u00a0d\u00e9cembre 1965. <em>La M\u00eal\u00e9e pr\u00e9sidentielle<\/em> (2007), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Divine surprise\u00a0: m\u00eame sans le tr\u00e8s populaire Antoine Pinay, le centre, avec ce nouveau leader, obtient pr\u00e8s de 16\u00a0% des voix. Mitterrand qui rassemble les gauches fait 32\u00a0%. Trois autres candidats ont dispers\u00e9 les voix de droite\u00a0: Jean-Louis Tixier-Vignancour (extr\u00eame droite), Pierre Marcilhacy (centre-droit), Marcel Barbu (sans \u00e9tiquette). De Gaulle, avec 45 %, se retrouve en ballottage. Furieux, mais logiquement r\u00e9\u00e9lu au second tour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, les masses ont droit au th\u00e9\u00e2tre, au mus\u00e9e. Il faut faire pour la culture ce que Jules Ferry faisait pour l\u2019instruction.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3031\" class=\"cit-num\">3031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966. <em>Andr\u00e9 Malraux, une vie dans le si\u00e8cle<\/em> (1973), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle a cr\u00e9\u00e9 le minist\u00e8re de la Culture pour Malraux. Leur dialogue au sommet, que seule la mort interrompra, est l\u2019une des rencontres du si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ministre des Affaires culturelles de 1958 \u00e0 1968, chaque automne, lors de la discussion du budget, Malraux enchante d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs par des interventions commun\u00e9ment qualifi\u00e9es d\u2019\u00e9blouissantes sur les cr\u00e9dits de son d\u00e9partement \u2013 en fait notoirement insuffisants au regard des ambitions proclam\u00e9es pour une v\u00e9ritable culture de masse. Il faudra attendre l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir pour que ce minist\u00e8re fr\u00f4le le 1\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Malraux d\u00e9finit ici la mission des maisons de la Culture implant\u00e9es dans les villes moyennes, lieux de rencontre, de cr\u00e9ation, de vie, charg\u00e9es de donner \u00e0 chacun les \u00ab\u00a0cl\u00e9s du tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. Ce r\u00eave de d\u00e9mocratie culturelle est toujours actuel, \u00e0 la fois vital et irr\u00e9alisable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique de la France ne se fait pas \u00e0 la corbeille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3032\" class=\"cit-num\">3032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 28\u00a0octobre 1966. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse un peu courte \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0le pr\u00e9sident, \u00e0 quoi attribuez-vous la baisse de la Bourse, alors qu\u2019on dit que l\u2019\u00e9conomie va bien\u00a0? \u2014 Je dirai un mot de la Bourse, puisque vous m\u2019en parlez. En 1962, elle \u00e9tait exag\u00e9r\u00e9ment bonne, en 1966, elle est exag\u00e9r\u00e9ment mauvaise. Monsieur, vous savez, la politique de la France ne se fait pas \u00e0 la corbeille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi parler de corbeille ? Car \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les \u00e9changes boursiers ne se faisaient pas sur ordinateur. Au palais Brongniart, les agents de change se r\u00e9unissaient pour acheter et vendre les actions \u00e0 la cri\u00e9e. Leur emplacement \u00e9tait d\u00e9limit\u00e9 par une balustrade circulaire qui ressemblait \u00e0 une grande corbeille : d\u2019o\u00f9 son surnom. Par extension, \u00ab la corbeille \u00bb en est venue \u00e0 d\u00e9signer la Bourse elle-m\u00eame.<\/p>\n<div><span style=\"font-style: inherit; font-weight: inherit;\">La France, reconstruite apr\u00e8s la guerre et devenue soci\u00e9t\u00e9 de consommation, vit sans complexe le miracle \u00e9conomique des Vingt Glorieuses (expression plus juste que les Trente Glorieuses). Ce qu\u2019on appellera aussi la plus grande \u00e9pop\u00e9e pacifique de la France\u00a0: de 1954 \u00e0 1974, tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment entre la fin de la reconstruction et le d\u00e9but de la crise p\u00e9troli\u00e8re, le pouvoir d\u2019achat des Fran\u00e7ais est multipli\u00e9 par 2, la richesse nationale (<\/span><span class=\"caps\" style=\"font-style: inherit; font-weight: inherit;\">PIB<\/span><span style=\"font-style: inherit; font-weight: inherit;\">, produit int\u00e9rieur brut) par 3.<\/span><\/div>\n<p>Dans le m\u00eame esprit, mais en d\u2019autres circonstances et sur un autre ton, \u00c9dith Cresson, premi\u00e8re femme Premier ministre (de Mitterrand) dira en 1991\u00a0: \u00ab\u00a0La Bourse, j\u2019en ai rien \u00e0 cirer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u201cOui\u201d \u00e0 la majorit\u00e9, \u201cmais\u201d avec la ferme volont\u00e9 de peser sur ses orientations.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3033\" class=\"cit-num\">3033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), conf\u00e9rence de presse, 10\u00a0janvier 1967. <em>Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fameux \u00ab\u00a0Oui, mais\u2026\u00a0\u00bb pr\u00e9cise le r\u00f4le des r\u00e9publicains ind\u00e9pendants (35 d\u00e9put\u00e9s) au sein de la majorit\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections l\u00e9gislatives de mars\u00a01967. \u00ab\u00a0Notre mais n\u2019est pas une contradiction, mais une addition [\u2026] dans trois directions\u00a0: celle d\u2019un fonctionnement plus lib\u00e9ral des institutions, celle de la mise en \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable politique \u00e9conomique et sociale moderne, celle de la construction de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne gouverne pas avec des \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3034\" class=\"cit-num\">3034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Riposte \u00e0 Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing, Conseil des ministres, 11\u00a0janvier 1967. <em>Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques<\/em>, n\u00b0\u00a0170 (1971)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La majorit\u00e9 sortante sera reconduite \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, mais d\u2019extr\u00eame justesse, gr\u00e2ce aux voix d\u2019outre-mer. Pompidou reste Premier ministre. Et le gouvernement va gouverner sans \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb, sans d\u00e9bats parlementaires, par ordonnances en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale (cr\u00e9ation de l\u2019<span class=\"caps\">ANPE<\/span>, int\u00e9ressement des travailleurs, r\u00e9forme de la S\u00e9curit\u00e9 sociale). Les motions de censure d\u00e9pos\u00e9es n\u2019y peuvent rien, la majorit\u00e9 est soud\u00e9e, m\u00eame si Giscard d\u2019Estaing d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u2019exercice solitaire du pouvoir\u00a0\u00bb et critique son successeur aux Finances, Michel Debr\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019il y aura des dictatures, je n\u2019aurai pas le c\u0153ur \u00e0 critiquer une d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3035\" class=\"cit-num\">3035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977),<em> Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 de d\u00e9bats politiques et constitutionnels parfois partisans, ce grand savant sait replacer nos querelles franco-fran\u00e7aises \u00e0 leur niveau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Montr\u00e9al\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec libre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3036\" class=\"cit-num\">3036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Montr\u00e9al, 25\u00a0juillet 1967. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019orateur encha\u00eene et termine par\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le Canada fran\u00e7ais et vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb Le monde entier est \u00e9bahi. Et Pompidou, Premier ministre, dira du discours\u00a0: \u00ab\u00a0Celui-l\u00e0, il ne me l\u2019avait pas montr\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Gaulle r\u00e9pondra, pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait bien que je parle aux Fran\u00e7ais du Canada. Nos rois les avaient abandonn\u00e9s\u00a0\u00bb \u2013 allusion \u00e0 cette Nouvelle-France d\u00e9couverte sous Fran\u00e7ois\u00a0Ier, colonis\u00e9e depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, avant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> ne c\u00e8de les \u00ab\u00a0quelques arpents de neige\u00a0\u00bb du Canada \u00e0 l\u2019Angleterre (en 1763).<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache, cette harangue d\u00e9clenche une crise entre le Canada et la France, qui semble soutenir les ind\u00e9pendantistes qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Juifs [\u2026] \u00e9taient rest\u00e9s ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 de tout temps, c\u2019est-\u00e0-dire un peuple d\u2019\u00e9lite, s\u00fbr de lui-m\u00eame et dominateur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3037\" class=\"cit-num\">3037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 27\u00a0novembre 1967. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre des Six Jours a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aube du 5\u00a0juin 1967\u00a0: attaque des Isra\u00e9liens, fulgurante\u00a0; d\u00e9faite des Arabes, humiliante. En France, l\u2019opinion publique est divis\u00e9e, au-del\u00e0 des traditionnels clivages gauche-droite. La majorit\u00e9 gaulliste ren\u00e2cle, les intellectuels de gauche sont crucifi\u00e9s\u00a0: militants de la cause arabe et de l\u2019anticolonialisme, ils ne peuvent trahir la solidarit\u00e9 sacr\u00e9e avec le peuple juif victime du g\u00e9nocide et avec le petit \u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>En pr\u00e9face au num\u00e9ro sp\u00e9cial des <em>Temps modernes<\/em> pr\u00e9par\u00e9 sur le conflit isra\u00e9lo-arabe depuis plus d\u2019un an et qui sort en juillet\u00a01967, Jean-Paul Sartre qui est encore le ma\u00eetre \u00e0 penser d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration et prend position tranch\u00e9e sur presque tout, avoue\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9chir\u00e9s, nous n\u2019osons rien faire et rien dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ann\u00e9e 1968, je la salue avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3038\" class=\"cit-num\">3038<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 31\u00a0d\u00e9cembre 1967. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les v\u0153ux de l\u2019\u00c9lys\u00e9e sont de tradition, en fin d\u2019ann\u00e9e. Cependant, l\u2019ann\u00e9e 1968 va \u00e9branler le r\u00e9gime et la soci\u00e9t\u00e9, mais \u00e9galement le Pr\u00e9sident, sans doute trop \u00e2g\u00e9 pour ce genre d\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France s\u2019ennuie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3039\" class=\"cit-num\">3039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">VIANSSON<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PONT\u00c9<\/span> (1920-1979), titre de son article, <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 15\u00a0mars 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Inspir\u00e9 du mot de Lamartine en 1839, d\u00e9put\u00e9 sous la Monarchie de Juillet\u00a0: \u00ab\u00a0La France est une nation qui s\u2019ennuie.\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>La France est calme. Les conflits sociaux sont isol\u00e9s. Seul, le monde \u00e9tudiant s\u2019agite un peu partout dans le monde, en ce printemps 1968, de Tokyo \u00e0 Mexico et de Berlin \u00e0 Berkeley \u2013 aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, la contestation est surtout dirig\u00e9e contre la guerre du Vietnam, d\u00e8s avril\u00a01967.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, tout commence par Nanterre, donc en banlieue. Cette universit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1964 se voulait mod\u00e8le, mais le campus ouvert aux \u00e9migr\u00e9s des alentours tourne au bidonville. Apr\u00e8s diverses manifestations contre la r\u00e9forme (sign\u00e9e Fouchet, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur), le 22\u00a0mars, des \u00e9tudiants r\u00e9volutionnaires occupent la tour du b\u00e2timent de l\u2019administration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">M\u00e9tro-boulot-dodo.<span id=\"2949\" class=\"cit-num\">2949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">B\u00c9ARN<\/span> (1902-2004), <em>Couleurs d\u2019usine<\/em>, po\u00e8mes (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019expression est emprunt\u00e9e \u00e0 ce po\u00e8me publi\u00e9 chez Seghers. Une strophe d\u00e9crivait ainsi la monotonie quotidienne du travail en usine\u00a0: \u00ab\u00a0Au d\u00e9boul\u00e9 gar\u00e7on pointe ton num\u00e9ro \/ Pour gagner ainsi le salaire\u00a0\/ D\u2019un \u00e9norme jour utilitaire \/ M\u00e9tro, boulot, bistrot, m\u00e9gots, dodo, z\u00e9ro.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le texte, tir\u00e9 \u00e0 2 000 exemplaires au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, est distribu\u00e9 \u00e0 la foule des \u00e9tudiants. Quelques meneurs d\u2019opinion vont expurger le dernier vers de trois mots pouvant \u00eatre mal interpr\u00e9t\u00e9s\u00a0: bistrot, m\u00e9gots, z\u00e9ro. Reste la trilogie qui va enrichir les graffiti peints sur les murs de Paris, r\u00e9sumant le cercle infernal propre \u00e0 des millions de travailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00e9tro, boulot, dodo\u00a0\u00bb. On r\u00eave forc\u00e9ment d\u2019une autre vie. C\u2019est l\u2019une des raisons de l\u2019explosion sociale de Mai\u00a068. Autres slogans de m\u00eame inspiration\u00a0: On ne tombe pas amoureux d\u2019un taux de croissance \u2013 J\u2019emmerde la soci\u00e9t\u00e9, mais elle me le rend bien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jour J [3\u00a0mai] et heure H [16\u00a0h\u00a050], embarquement des \u00e9tudiants de la Sorbonne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3041\" class=\"cit-num\">3041<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">GRIMAUD<\/span> (1913-2009),<em> En mai, fais ce qu\u2019il te pla\u00eet<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9fet de police de Paris en mai\u00a01968, selon lui tout commence alors. Un meeting de protestation est pr\u00e9vu dans la cour du plus c\u00e9l\u00e8bre b\u00e2timent universitaire de Paris, au c\u0153ur du Quartier latin\u00a0: contre la convocation devant le conseil de discipline de l\u2019universit\u00e9 de Nanterre des meneurs du 22\u00a0mars, dont Cohn-Bendit.<\/p>\n<p>La police, appel\u00e9e par le recteur, intervient pour emp\u00eacher le meeting et \u00e9vacue les lieux sans faire le d\u00e9tail\u00a0: 500 personnes embarqu\u00e9es, manifestants et meneurs m\u00eal\u00e9s aux badauds et curieux. La nouvelle se r\u00e9pand. 2\u00a0000 manifestants accourent au Quartier latin. Des lyc\u00e9ens, des \u00e9tudiants d\u00e9couvrent l\u2019ivresse de la violence. Et c\u2019est le sc\u00e9nario qui va devenir classique\u00a0: pav\u00e9s, cocktails Molotov, grenades lacrymog\u00e8nes, matraques.<\/p>\n<p>Bilan officiel du 3\u00a0mai\u00a0: 805 bless\u00e9s dont 345 parmi les forces de police. Le bilan officieux est plus accablant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement a perdu le contr\u00f4le de ses facult\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3042\" class=\"cit-num\">3042<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Canard encha\u00een\u00e9<\/em>, manchette de l\u2019hebdomadaire satirique, 8\u00a0mai 1968. <em>Le Canard encha\u00een\u00e9\u00a0: histoire d\u2019un journal satirique, 1915-2005<\/em> (2005), Laurent Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme la plupart de leurs confr\u00e8res, les journalistes du <em>Canard<\/em> sont surpris par la soudainet\u00e9 et la violence des \u00e9meutes de mai. Le num\u00e9ro du 8\u00a0mai consacre sa une au premier \u00e9pisode de la r\u00e9volte \u00e9tudiante. Pendant un mois, les journaux vont faire assaut de titres chocs, mais le talent va surtout exploser en slogans, scand\u00e9s dans les manifs ou \u00e9crits sur les murs, les affiches, les tracts. L\u2019\u00e9cole des Beaux-Arts de Paris (rue Bonaparte, sixi\u00e8me arrondissement) travaille jour et nuit pour composer et sortir les affiches. C\u2019est un d\u00e9ferlement de punchlines v\u00e9ritablement inspir\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Sous les pav\u00e9s, la plage.<br>L\u2019aboutissement de toute pens\u00e9e, c\u2019est le pav\u00e9.<span id=\"3044\" class=\"cit-num\">3044<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans de la nuit du 10 au 11\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re nuit d\u2019\u00e9meute, dite nuit des Barricades\u00a0: des dizaines se dressent, barrant petites rues et grandes art\u00e8res du Quartier latin (boulevard Saint-Michel, rue Gay-Lussac), entassements de voitures et pav\u00e9s, arbres et palissades, mat\u00e9riaux vol\u00e9s aux chantiers voisins.<\/p>\n<p>Le samedi\u00a011, aux aurores et en trois heures de combat, la police vient \u00e0 bout de la r\u00e9sistance \u00e9tudiante\u00a0: centaines de bless\u00e9s, d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels consid\u00e9rables. L\u2019opinion bascule du c\u00f4t\u00e9 des jeunes et juge la police plus s\u00e9v\u00e8rement que les manifestants. R\u00e9cits vibrants, rumeurs incontr\u00f4lables, fracas de gu\u00e9rilla sur les ondes radio font croire au pays que le c\u0153ur de Paris est en guerre\u00a0:\u00a0: \u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris \/ Qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb (Louis Aragon).<\/p>\n<p>Les centrales ouvri\u00e8res et la <span class=\"caps\">FEN<\/span> (F\u00e9d\u00e9ration de l\u2019\u00e9ducation nationale, appel\u00e9e la forteresse enseignante pour son pouvoir) appellent \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour le surlendemain, lundi 13\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Soyez r\u00e9alistes, demandez l\u2019impossible.<br>Aux examens, r\u00e9pondez par des questions.<span id=\"3051\" class=\"cit-num\">3051<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans \u00e0 Censier (annexe de la Sorbonne), 14\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que r\u00e9pondre \u00e0 cette logique\u00a0!? Les professeurs, les politiques, les commentateurs sont d\u00e9pass\u00e9s, mais les acteurs et les auteurs de Mai\u00a068 ne le sont pas moins. Ils l\u2019avoueront apr\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Tout est dada.<br>L\u2019art, c\u2019est de la merde.<br>Cours, camarade, le vieux monde est derri\u00e8re toi.<span id=\"3054\" class=\"cit-num\">3054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans, nuit du 15\u00a0mai 1968 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit, la cr\u00e9ation s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie. Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, codirectrice, voient leur rideau de fer se couvrir de ces graffitis. Jean-Louis d\u00e9cha\u00eene une ovation qui fait trembler les lustres en d\u00e9clarant\u00a0: \u00ab\u00a0Barrault n\u2019est plus le directeur de ce th\u00e9\u00e2tre, mais un com\u00e9dien comme les autres. Barrault est mort, mais il reste un homme vivant. Alors que faire\u00a0?\u00a0\u00bb Mai 68 fait salle pleine plusieurs jours de suite.<\/p>\n<p>Malraux, ministre, lui retirera la direction du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: ni l\u2019Od\u00e9on ni Barrault ne s\u2019en remettront. Le monde du spectacle est tout entier gagn\u00e9 par la contestation. Et les ouvriers encha\u00eenent, entre gr\u00e8ves sauvages et gr\u00e8ves officielles, organis\u00e9es par les syndicats plus ou moins d\u00e9pass\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9cr\u00e9ation est finie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3056\" class=\"cit-num\">3056<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Orly, samedi 18\u00a0mai 1968. <em>Mai\u00a068 et la question de la r\u00e9volution<\/em> (1988), Pierre Hempel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9barquant d\u2019avion, de retour de Roumanie avec douze heures d\u2019avance. Il dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Ces jeunes gens sont pleins de vitalit\u00e9. Envoyez-les donc construire des routes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9forme, oui, la chienlit, non.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3057\" class=\"cit-num\">3057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Bureau de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, dimanche matin, 19\u00a0mai 1968. <em>Le Printemps des enrag\u00e9s<\/em> (1968), Christian Charri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule rapport\u00e9e par Georges Gorse, ministre de l\u2019Information, et confirm\u00e9e par Georges Pompidou, Premier ministre. Le pr\u00e9sident r\u00e9unit les responsables de l\u2019ordre qui n\u2019existe plus, demande le nettoyage imm\u00e9diat de la Sorbonne et de l\u2019Od\u00e9on. Cela risque de d\u00e9clencher un engrenage de violences et ses interlocuteurs obtiennent un sursis d\u2019ex\u00e9cution. Il faut \u00e9viter l\u2019irr\u00e9parable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">La chienlit, c\u2019est lui.<span id=\"3058\" class=\"cit-num\">3058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan sous une marionnette en habit de g\u00e9n\u00e9ral aux Beaux-Arts, 20\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chienlit\u00a0? Ce sont surtout 6 \u00e0 10\u00a0millions de gr\u00e9vistes. Et tout ce qui s\u2019ensuit\u00a0: usines occup\u00e9es, essence rationn\u00e9e, centres postaux bloqu\u00e9s, banques ferm\u00e9es. Les m\u00e9nag\u00e8res stockent. Les caf\u00e9s sont pleins. La parole se d\u00e9cha\u00eene jusque dans les \u00e9glises. La moindre petite ville a son mini-Od\u00e9on et sa micro-Sorbonne. \u00ab\u00a0En France, depuis le 3\u00a0mai 1968, il n\u2019y a plus d\u2019\u00c9tat et ce qui en tient lieu ne dispose m\u00eame pas des apparences du pouvoir [\u2026] Il convient d\u00e8s maintenant de constater la vacance du pouvoir et d\u2019organiser la succession.\u00a0\u00bb Mitterrand, 28 mai, conf\u00e9rence de presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque chose comme trente ans que j\u2019ai affaire \u00e0 l\u2019histoire, il m\u2019est arriv\u00e9 quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3072\" class=\"cit-num\">3072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Folle journ\u00e9e du 29\u00a0mai 1968\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral a disparu. Conseil des ministres de 10\u00a0heures d\u00e9command\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute. De Gaulle a quitt\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais il n\u2019est pas \u00e0 Colombey\u00a0: \u00ab\u00a0Oui\u00a0! le 29\u00a0mai, j\u2019ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en m\u00eame temps, j\u2019ai pens\u00e9 que, si je partais, la subversion mena\u00e7ante allait d\u00e9ferler et emporter la R\u00e9publique. Alors, une fois de plus, je me suis r\u00e9solu\u00a0\u00bb (Entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 7\u00a0juin).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00c9lections, trahison.<br>\u00c9lections-pi\u00e8ge \u00e0 con.<span id=\"3078\" class=\"cit-num\">3078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans des gauchistes, juin\u00a01968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les deux slogans resserviront, comme beaucoup de mots n\u00e9s de Mai\u00a068. De Gaulle \u00e0 dissout l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections des 23 et 30\u00a0juin 1968 donnent 293 si\u00e8ges sur 487 \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span> (Union pour la d\u00e9fense de la R\u00e9publique, c\u2019est-\u00e0-dire la majorit\u00e9 gouvernementale)\u00a0: majorit\u00e9 absolue, triomphe du pouvoir. De Gaulle parle des \u00ab\u00a0\u00e9lections de la trouille\u00a0\u00bb et Viansson-Pont\u00e9 (<em>Le\u00a0Monde<\/em>) du \u00ab\u00a0groupe le plus nombreux qui ait jamais forc\u00e9 la porte d\u2019une Assembl\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Autrement dit, le pr\u00e9sident a vol\u00e9 la R\u00e9volution aux r\u00e9volt\u00e9s de Mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En mai dernier, on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3080\" class=\"cit-num\">3080<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">CERTEAU<\/span> (1925-1986), \u00ab\u00a0Pour une nouvelle culture\u00a0: prendre la parole\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes<\/em>, juin-juillet (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La f\u00eate est finie. Les ex\u00e9g\u00e8ses ne font que commencer. Une chose est s\u00fbre\u00a0: tout le monde a eu droit \u00e0 l\u2019expression, presque tout le monde en a profit\u00e9. Le meilleur a c\u00f4toy\u00e9 le pire, \u00e9clairs de g\u00e9nie po\u00e9tique et discours soporifiques. Foire aux id\u00e9es, fraternit\u00e9 universelle, d\u00e9mocratie directe, soci\u00e9t\u00e9 sans classe, spectacle permanent, happening. \u00c9tait-ce si neuf\u00a0?<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier\u00a01848, Tocqueville, grand t\u00e9moin de son temps, \u00e9crit \u00e0 propos de la br\u00e8ve r\u00e9volution d\u2019alors\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais sans cesse l\u2019impression qu\u2019ils \u00e9taient en train de repr\u00e9senter la R\u00e9volution fran\u00e7aise bien plut\u00f4t que de la continuer.\u00a0\u00bb Et Proudhon\u00a0: \u00ab\u00a0La nation fran\u00e7aise est une nation de com\u00e9diens.\u00a0\u00bb La comparaison avec la R\u00e9volution (majuscule) est r\u00e9currente dans notre histoire riche en coups de col\u00e8re, en frondes, en r\u00e9voltes, en \u00e9meutes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Portons donc en terre les diables qui nous ont tourment\u00e9s pendant l\u2019ann\u00e9e qui s\u2019ach\u00e8ve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3083\" class=\"cit-num\">3083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 31\u00a0d\u00e9cembre 1968.<em> Les Discours de v\u0153ux des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique\u00a0: la France au fond des yeux<\/em> (1992), Fran\u00e7oise Finniss-Boursin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019agitation recommence en janvier, \u00e9tudiants et surtout lyc\u00e9ens manifesteront dans les mois, les ann\u00e9es \u00e0 venir \u2013 les Ann\u00e9es de poudre, plus violentent, succ\u00e8dent aux Ann\u00e9es de r\u00eave. Les diables de Mai\u00a068 appartiennent au pass\u00e9<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le caract\u00e8re, c\u2019est d\u2019abord de n\u00e9gliger d\u2019\u00eatre outrag\u00e9 ou abandonn\u00e9 par les siens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2979\" class=\"cit-num\">2979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident ressentira dramatiquement l\u2019\u00e9chec de son r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019avril 1969. Au-del\u00e0 du S\u00e9nat ou des r\u00e9gions (les deux questions en cause), c\u2019\u00e9tait une question de confiance entre lui et le pays. Il d\u00e9missionne aussit\u00f4t et retourne \u00e0 Colombey-les-Deux-\u00c9glises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3087\" class=\"cit-num\">3087<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), \u00e0 propos du r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019avril\u00a01969.<em> De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle part en Irlande, pour ne pas \u00eatre impliqu\u00e9 dans la campagne pr\u00e9sidentielle \u2013 il votera par procuration. Il regagne ensuite Colombey pour s\u2019enfermer dans sa propri\u00e9t\u00e9 de la Boisserie, le temps d\u2019un dernier face \u00e0 face avec l\u2019histoire\u00a0: la r\u00e9daction quelque peu d\u00e9senchant\u00e9e, quoique sereine, de ses <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chez de Gaulle, il n\u2019y a pas de Charles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2725\" class=\"cit-num\">2725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976). <em>Tout est bien<\/em> (1989), Roger St\u00e9phane<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chronique prend pour titre le mot de la fin d\u2019Andr\u00e9 Gide.<\/p>\n<p>Roger St\u00e9phane, citant le mot de Malraux, doute personnellement qu\u2019il y ait un Andr\u00e9 chez Malraux. La vie priv\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral reste tr\u00e8s priv\u00e9e \u2013 et sa famille tr\u00e8s discr\u00e8te. La pudeur de De Gaulle passe souvent pour de l\u2019orgueil. M\u00eame tr\u00e8s populaire, le personnage en impose \u00e0 tous. C\u2019est le Fran\u00e7ais le plus c\u00e9l\u00e8bre apr\u00e8s Napol\u00e9on, deuxi\u00e8me sur le podium de notre Histoire en citations. Fond et forme, ces mots marquent l\u2019Histoire et notre m\u00e9moire collective.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-punchlines-cinquieme-republique-apres-de-gaulle\/\">Lire la suite\u00a0: Les punchlines (Cinqui\u00e8me R\u00e9publique apr\u00e8s de Gaulle)<\/a><\/p>\n<\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parole, c\u2019est historique\u00a0! Punchline\u00a0: anglicisme d\u00e9signant une phrase portant un message fort ou choc (Wikip\u00e9dia). En VO&nbsp;: \u201cThe final phrase or sentence of a joke or story, providing the humour or some other crucial element.\u201d (Oxford Languages) Absent du Larousse de la langue fran\u00e7aise, le mot figure dans le dictionnaire bilingue fran\u00e7ais\/anglais\u00a0: il est traduit [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":237,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9074","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9074","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9074"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9074\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16627,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9074\/revisions\/16627"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9074"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9074"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9074"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}