{"id":9077,"date":"2021-09-27T00:00:00","date_gmt":"2021-09-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:06","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:06","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un surnom est le plus irr\u00e9futable des arguments.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">William <span class=\"caps\">HAZLITT<\/span> (1778-1830 ), <em>On nicknames<\/em> (essai)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Qui est qui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>69 rois de France se succ\u00e8dent, dont 28 <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> \u2013 le pr\u00e9nom en majuscules vaut patronyme pour tous les souverains. Contemporains et historiens les surnomment pour les distinguer d\u2019un simple adjectif. Le sens n\u2019est pas toujours \u00e9vident et il y a des doublons, mais l\u2019on voit tout de suite l\u2019utilit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019habitude \u00e9tant prise, la plupart des personnages marquants \u00e0 la cour et \u00e0 la ville sont concern\u00e9s, politiciens, ministres et pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, r\u00e9volutionnaires, militaires, artistes, philosophes, favorites, etc.<\/p>\n<p><strong>Qui fait quoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La tentation est grande de r\u00e9sumer l\u2019action, l\u2019\u0153uvre, le caract\u00e8re en un, deux ou trois mots \u2013 pour informer, louer ou critiquer, voire encenser ou insulter, sans craindre la censure, vu l\u2019anonymat. Tous les personnages historiques \u00e0 tel ou tel titre y ont droit \u2013 exception incroyable, Victor Hugo\u00a0!<\/p>\n<p>Le surnom est la ran\u00e7on de la gloire, avant de devenir le prix de la notori\u00e9t\u00e9. La quantit\u00e9 augmente au d\u00e9triment de la qualit\u00e9. M\u00eame sans \u00ab\u00a0faire les poubelles\u00a0\u00bb, tout n\u2019est pas de bon go\u00fbt ni de bonne foi. Le surnom tourne vite au sobriquet et les r\u00e9seaux sociaux en rajoutent. L\u2019humour fran\u00e7ais sauve quand m\u00eame l\u2019honneur historien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au surnom conna\u00eet-on l\u2019homme\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Proverbe fran\u00e7ais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beaucoup de surnoms valent portraits\u00a0(ou croquis). \u00c9tonnants, terrifiants, dr\u00f4les, cruels, excessifs\u2026 mais toujours \u00e9vocateurs. Exemples\u00a0(entre 1 000)\u00a0par ordre d\u2019apparition sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>le Fl\u00e9au de Dieu, le Faiseur de rois, le Dogue noir de Broc\u00e9liande, Docteur Sublime, l\u2019Universelle aragne, Bras de Fer, le Vert galant, le Sphinx rouge, le Cul pourri, le L\u00e9gislateur du Parnasse, la Chiure de souris, l\u2019Aigle de Meaux, le Cygne de Cambrai, le Tapissier de Notre-Dame, le Rousseau du ruisseau, Vide-Gousset, Monsieur D\u00e9ficit, le H\u00e9ros des Deux-Mondes, la Torche de Provence, la Chandelle d\u2019Arras, le Mitrailleur de Lyon, le Missionnaire de la Terreur, le Boucher de l\u2019Europe, Jambe de Bois, le Diable boiteux, le Roi fauteuil, le Pr\u00eatre en bonnet rouge, Sainte-B\u00e9vue, le Marquis aux talons rouges, Foutriquet, le Grand f\u00e9cal, l\u2019Homme aux semelles de vent, le Clochard c\u00e9leste, Docteur Dieu, Fou-fou-train-train, le G\u00e9n\u00e9ral Micro, Pique-la-lune, le Mage de Monboudif, l\u2019Agit\u00e9 du bocal, le Ch\u00e2telain de Montretout, la langue de Blois, le grand Ballamouchi, \u00ab\u00a0trois minutes douche comprise\u00a0\u00bb, Nabol\u00e9on, Tsarkozy, le Ministre pipi, le Capitaine de p\u00e9dalo, Choupinet Ier, Jupiter.<\/p>\n<p>Et parmi les femmes\u00a0: Berthe au Grand pied (ou aux Grands pieds), la Dame de Beaut\u00e9, la Duchesse d\u2019Ordures, Oc\u00e9an d\u2019encre, la Grosse banqui\u00e8re, Notre-Dame des amours, la Vieille touffe, Maman putain, Madame D\u00e9ficit, la Bonne Dame de Nohant, la Vache \u00e0 encre, la Vierge rouge, la Pompe fun\u00e8bre, la M\u00e8re la Chaise,\u00a0 Notre-Dame de Sartre, l\u2019Aragonzesse, la Saint-Just des Trotskistes, la pintade \u00e0 roulettes, la garde des Sceaux \u00e0 Champagne, Miss P\u00e9tard, Titine de fer, la Ch\u00e2telaine de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>Quelques surnoms g\u00e9n\u00e9riques et \u00e9vocateurs marquent l\u2019Histoire\u00a0: les Jacques, les Mignons, les vaincre ou courir, les sans-culottes, les Marie-Louise, les Gilets rouges, les poilus, les Boches, les gueules cass\u00e9es, les P\u00e8res de l\u2019Europe, les gilets jaunes. Au final, la France elle-m\u00eame est d\u00e9sign\u00e9e par six surnoms qui r\u00e9sument son histoire.<\/p>\n<p>Enfin, une suggestion\u00a0: jouez au jeu des surnoms, cr\u00e9ez votre Quizz, pi\u00e9gez vos amis, \u00e9tonnez les amateurs, amusez les enfants\u00a0! C\u2019est l\u2019\u00e9dito le plus ludique et en m\u00eame temps, on apprend tout en s\u2019amusant, dans l\u2019esprit de<em> l\u2019Histoire en citations<\/em> qui se renouvelle \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<h3>Les surnoms<\/h3>\n<h3><span class=\"caps\">IV<\/span>. Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/h3>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, les philosophes prennent la parole sinon le premier r\u00f4le, laissant aux rois et \u00e0 ceux qui les entourent le r\u00f4le ingrat\u00a0: les surnoms r\u00e9sument cette \u00e9volution confuse qui m\u00e8ne \u00e0 la R\u00e9volution.\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-8.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><\/p>\n<h4>Philippe d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0: le R\u00e9gent<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aura tous les talents, except\u00e9 celui d\u2019en faire usage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1070\" class=\"cit-num\">1070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), parlant de son fils, le R\u00e9gent, et \u00ab\u00a0citant\u00a0\u00bb avec humour la mauvaise f\u00e9e venue lui jeter un sort, lors de ses couches. <em>Histoire de France<\/em> (1852), Augustin Challamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On conna\u00eet le franc-parler des quelque 60\u00a0000 lettres de la Palatine, surnomm\u00e9e Oc\u00e9an d\u2019encre. Elle est injuste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son fils, surnomm\u00e9 le R\u00e9gent et donnant son nom \u00e0 la R\u00e9gence (1715-1723). Cette situation s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e une trentaine de fois dans l\u2019histoire\u00a0de France, mais\u00a0c\u2019est la seule \u00e9poque o\u00f9 elle se trouve nomm\u00e9e en tant que telle et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une forme de reconnaissance \u2013 comme pour la R\u00e9volution, dans un pays aux r\u00e9volutions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<p>Les historiens jugent diversement l\u2019action du R\u00e9gent. Il travaille beaucoup, tr\u00e8s t\u00f4t le matin et jusque dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Il a de bonnes id\u00e9es, mais peu de r\u00e9ussites durables. Deux exemples\u00a0pr\u00e9cis. Il cr\u00e9e la polysynodie pour guider le souverain, autrement dit des Conseils en forme de minist\u00e8res coll\u00e9giaux, travaillant sur la Guerre, la Marine, le Commerce, les Finances, la Conscience (affaires morales et religieuses)\u2026 Il encourage le syst\u00e8me de Law qui remplace les pi\u00e8ces d\u2019or et d\u2019argent par du papier-monnaie \u00e0 la circulation plus rapide, toute l\u2019\u00e9conomie profitant de cette forme de cr\u00e9dit moderne. Ces deux innovations \u00e9chouent, la France y reviendra plus tard.<\/p>\n<p>La Palatine admire l\u2019intelligence du R\u00e9gent, ses succ\u00e8s militaires. Mais elle reproche \u00e0 son fils sa libert\u00e9 de m\u0153urs\u00a0: \u00ab\u00a0Son amour ne consiste que dans la d\u00e9bauche.\u00a0\u00bb Le R\u00e9gent ne se cache pas, disons m\u00eame qu\u2019il s\u2019exhibe. Il multiplie les blasph\u00e8mes, les beuveries (voire les orgies) et les b\u00e2tards, se plaisant en mauvaise compagnie (avec ses \u00ab\u00a0rou\u00e9s\u00a0\u00bb, bons pour le supplice de la roue), lui-m\u00eame soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019inceste (avec sa fille), de sorcellerie et d\u2019empoisonnement (sur la personne de ses cousins). Son go\u00fbt de la provocation le pousse \u00e0 toujours afficher ses pires c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parbleu\u00a0! voil\u00e0 un foutu royaume bien gouvern\u00e9, par un ivrogne, par une putain, par un fripon, et par un maquereau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1074\" class=\"cit-num\">1074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723) r\u00e9pondant \u00e0 un ministre venu lui demander de signer un d\u00e9cret. <em>L\u2019Amour au temps des libertins<\/em> (2011), Patrick Wald Lasowski<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent (l\u2019ivrogne) soupe et boit avec une de ses ma\u00eetresses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, Madame\u00a0de Parab\u00e8re (la putain) surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0mon gigot\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mon aloyau\u00a0\u00bb, en compagnie de John Law (le fripon), banquier \u00e9cossais qui fait la politique financi\u00e8re de la France, et de l\u2019abb\u00e9 Dubois (le maquereau), v\u00e9nal et libertin, mais sup\u00e9rieurement intelligent, responsable de la politique ext\u00e9rieure \u2013 le \u00ab\u00a0maquereau\u00a0\u00bb deviendra bient\u00f4t \u00ab\u00a0rouget\u00a0\u00bb, autrement dit cardinal, de mani\u00e8re non orthodoxe\u2026 Il est dans un tel \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne peut m\u00eame pas signer le d\u00e9cret, il tend la plume \u00e0 ses trois comp\u00e8res et finalement s\u2019ex\u00e9cute, \u00e9tant malgr\u00e9 tout le R\u00e9gent de ce \u00ab\u00a0foutu royaume\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Que la f\u00eate commence\u00a0!<\/em> (1975). Le film de Bertrand Tavernier est une chronique fid\u00e8le de cette \u00e9poque ou de l\u2019id\u00e9e qu\u2019on s\u2019en fait\u00a0: exemple type et quasi caricatural du m\u00e9lange entre la petite et la grande histoire, avec la difficult\u00e9 de d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux (ou du fantasme).<\/p>\n<h4>Montesquieu\u00a0: Montesquieu, Un homme heureux<\/h4>\n<p>(Deux erreurs\u00a0!! Wikip\u00e9dia indique Montesquieu comme surnom et comme pseudonyme \u2013 c\u2019est simplement un raccourci de son tr\u00e8s long patronyme. Et <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> invente exceptionnellement un vrai faux surnom, pour distinguer le premier grand philosophe des Lumi\u00e8res)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 pour moi le souverain rem\u00e8de contre les d\u00e9go\u00fbts, n\u2019ayant jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture ne m\u2019ait \u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1001\" class=\"cit-num\">1001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles-Louis de Secondat, baron de la Br\u00e8de et de Montesquieu est un homme qui se pla\u00eet \u00e0 se dire heureux, dans son si\u00e8cle \u00e9pris de bonheur. Paisible magistrat qui \u00e9crit d\u2019abord pour se distraire, il se lib\u00e8re de sa charge parlementaire et sans aucun probl\u00e8me d\u2019argent, peut se consacrer \u00e0 des travaux qui ont le succ\u00e8s et le public esp\u00e9r\u00e9s. Dans ses <em>Cahiers<\/em>, il nous donne un portrait de lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9veille le matin avec une joie secr\u00e8te\u00a0; je vois la lumi\u00e8re avec une esp\u00e8ce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Ah\u00a0! Monsieur est Persan\u00a0! C\u2019est une chose bien extraordinaire\u00a0! Comment peut-on \u00eatre Persan\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1086\" class=\"cit-num\">1086<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier-n\u00e9 des philosophes dits des Lumi\u00e8res, magistrat fortun\u00e9, il \u00e9crit d\u2019abord pour se distraire. Il commence par un petit ouvrage plaisant, publi\u00e9 \u00e0 Amsterdam, anonyme et \u00ab\u00a0persan\u00a0\u00bb\u00a0: trois pr\u00e9cautions valent mieux qu\u2019une pour d\u00e9jouer la censure\u00a0! Le masque ne trompe personne et le subterfuge rend l\u2019auteur c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: sa r\u00e9putation de bel esprit est faite et sa critique des m\u0153urs contemporaines, fort hardie sous l\u2019apparence badine, s\u00e9duit le public des salons.<\/p>\n<p>Ainsi la lettre\u00a0<span class=\"caps\">XXX<\/span> raille la curiosit\u00e9 na\u00efve et indiscr\u00e8te des Parisiens du temps pour tout ce qui sort de l\u2019ordinaire. Cette curiosit\u00e9 \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb sera l\u2019une des qualit\u00e9s du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les lois [\u2026] sont les rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1004\" class=\"cit-num\">1004<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> est la grande \u0153uvre de sa vie, publi\u00e9e en octobre\u00a01648 \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: succ\u00e8s consid\u00e9rable, 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb, dit Madame\u00a0du Deffand \u2013 ce n\u2019est qu\u2019un mot, et c\u2019est injuste.<\/p>\n<p>Montesquieu cr\u00e9e une science des lois\u00a0: il cherche leur \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, discerne un ordre, une raison et s\u2019efforce de comprendre. On lui doit le fameux principe de la s\u00e9paration des pouvoirs\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a point encore de libert\u00e9 si la puissance de juger n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e de la puissance l\u00e9gislative et de l\u2019ex\u00e9cutrice.\u00a0\u00bb La constitution anglaise, monarchique en apparence, r\u00e9publicaine en r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9sente un bon \u00e9quilibre des trois pouvoirs\u00a0: elle s\u00e9duit fort le philosophe qui l\u2019a vu fonctionner sur place. La<em> D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (article\u00a016) consacre cette s\u00e9paration des pouvoirs en 1789.\u00a0 En attendant, la France est une monarchie de droit divin.<\/p>\n<h4>Mar\u00e9chal de Villeroy\u00a0: le Charmant, le Petit marquis<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1085\" class=\"cit-num\">1085<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROI<\/span> (1644-1730), au petit roi \u00e2g\u00e9 de 10\u00a0ans, 25\u00a0ao\u00fbt 1720.<em> Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa carri\u00e8re militaire sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> fut une suite de d\u00e9sastres, sa pr\u00e9somption \u00e9tant \u00e9gale \u00e0 son incapacit\u00e9, d\u2019o\u00f9 ces deux surnoms qui tournent le personnage en ridicule. Il se retrouve pourtant chef du conseil des Finances, membre du conseil de R\u00e9gence (1715) et chef du conseil du Commerce (1716)\u00a0: \u00e0 titre honorifique, vu son incomp\u00e9tence en la mati\u00e8re. Mais il exerce jalousement les fonctions de gouverneur de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<p>D\u2019un balcon du palais des Tuileries, il lui d\u00e9signe la foule venue le voir et l\u2019acclamer, le jour de la Saint Louis (anniversaire de la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>). Le vieux courtisan se distingue surtout comme professeur de maintien, accablant l\u2019enfant-roi de parades, audiences, revues, d\u00e9fil\u00e9s, autant de corv\u00e9es fastueuses qui vont lui donner l\u2019horreur de la foule, des ovations et des grands mouvements de peuple.<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence de cette \u00e9ducation, soulign\u00e9e par Chateaubriand pour l\u2019opposer \u00e0 \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> [qui] courait pieds nus et t\u00eate nue avec les petits paysans sur les montagnes du B\u00e9arn\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019enfant du tr\u00f4ne est totalement s\u00e9par\u00e9 des enfants de la patrie, ce qui le rend \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esprit du si\u00e8cle et au peuple sur lequel il va r\u00e9gner. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Cela explique les temps, les hommes et les destin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>\u00a0: le Petit Dauphin, le Bien Aim\u00e9<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se souviendra longtemps qu\u2019il ressemblait \u00e0 l\u2019Amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1090\" class=\"cit-num\">1090<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019<span class=\"caps\">ARGENSON<\/span> (1694-1757), lors du sacre, en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Reims, 25\u00a0octobre 1722.<em> Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est sous le charme du roi de 13 ans. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> restera \u00ab\u00a0le Bien-Aim\u00e9\u00a0\u00bb pour l\u2019histoire, m\u00eame s\u2019il finit d\u00e9test\u00e9 par le peuple. Les contemporains de son adolescence disent la gr\u00e2ce qu\u2019il met \u00e0 danser, monter \u00e0 cheval, passer les troupes en revue. Devenu plus tard secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, contrecarr\u00e9 par la \u00ab\u00a0diplomatie secr\u00e8te du roi\u00a0\u00bb et les intrigues de la cour, il sera surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019Argenson la b\u00eate\u00a0\u00bb par les courtisans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sentait forc\u00e9 de l\u2019aimer dans l\u2019instant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1118\" class=\"cit-num\">1118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CASANOVA<\/span> (1725-1798), <em>Histoire de ma vie<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De passage en France, l\u2019aventurier et m\u00e9morialiste italien (d\u2019expression fran\u00e7aise) confirme cette impression de prestance et de gr\u00e2ce\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi aller \u00e0 la messe. La t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e9tait belle \u00e0 ravir et plant\u00e9e sur son cou l\u2019on ne pouvait pas mieux. Jamais peintre tr\u00e8s habile ne put dessiner le coup de t\u00eate de ce monarque lorsqu\u2019il se retournait pour regarder quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9\u00a0! Ces femmes de la Halle ont pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade, \u00e0 la sant\u00e9 fragile. Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Madame\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu (petit-neveu du cardinal) embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans. La nouvelle fait scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler, surtout les poissardes connues pour leurs mots orduriers.<\/p>\n<p>Cela ne fera qu\u2019empirer jusqu\u2019\u00e0 la mort de l\u2019ex-Bien Aim\u00e9\u00a0! Vertige du raccourci historique\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami des propos libertins,\u00a0: Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0:\u00a0: Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1774). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans la moindre escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<p>Revenons au d\u00e9but du r\u00e8gne du Bien Aim\u00e9 qui d\u00e9bute sous les meilleures augures.<\/p>\n<h4>Marie Leczinska\u00a0: Notre Bonne Reine<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse de Pologne avait pr\u00e8s de vingt-deux ans, bien faite et aimable de sa personne, ayant d\u2019ailleurs toute la vertu, tout l\u2019esprit, toute la raison qu\u2019on pouvait d\u00e9sirer dans la femme d\u2019un roi qui avait quinze ans et demi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1095\" class=\"cit-num\">1095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725.<em> M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vertu est indiscutable chez la nouvelle reine de France \u2013 et le demeura. Peut-\u00eatre le bonheur la f\u00eet elle jolie un temps, car elle adorait son roi qui en faut aussit\u00f4t \u00e9pris. Mais son propre p\u00e8re, le roi de Pologne, assurait n\u2019avoir jamais connu de reines plus ennuyeuses que sa femme et sa fille\u00a0! Or Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, de nature m\u00e9lancolique, aura surtout besoin de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de gaiet\u00e9, d\u2019esprit. On ne peut donc imaginer couple plus mal assorti.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, apr\u00e8s le mariage (4\u00a0septembre 1725) et toujours selon le t\u00e9moignage de Villars, fringant septuag\u00e9naire \u00ab\u00a0la nuit du 5 au 6 a \u00e9t\u00e9 pour notre jeune roi une des plus glorieuses [\u2026] la nuit du 6 au 7 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Le roi, comme vous croyez bien, est fort content de lui et de la reine, laquelle, en v\u00e9rit\u00e9, est avec raison bien reine de toutes les fa\u00e7ons.\u00a0\u00bb Le duc de Bourbon confirme par lettre au p\u00e8re de la mari\u00e9e que le roi donna \u00e0 la reine \u00ab\u00a0sept preuves de tendresse\u00a0\u00bb la premi\u00e8re nuit qui avait dur\u00e9 treize heures.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but de la carri\u00e8re amoureuse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et la preuve que les rois n\u2019ont pas de vie priv\u00e9e. Toujours ce m\u00e9lange de petite et grande histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es. Mais elle reste populaire et garde son surnom\u00a0: Notre Bonne Reine. La prochaine, Marie-Antoinette l\u2019Autrichienne, finira en Veuve Capet, d\u00e9chue, ha\u00efe et guillotin\u00e9e.<\/p>\n<h4>Voltaire\u00a0: le Philosophe des Lumi\u00e8res, le Voyageur de l\u2019Europe<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence,<br>Temps fortun\u00e9 marqu\u00e9 par la licence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1069\" class=\"cit-num\">1069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Pucelle<\/em>, chant\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune libertin n\u00e9glige ses \u00e9tudes de droit et se fait une r\u00e9putation de bel esprit dans les salons, au grand dam de son p\u00e8re \u2013 d\u2019o\u00f9 le pseudonyme qu\u2019il prendra pour \u00e9crire et qui n\u2019est en rien un surnom\u00a0!<\/p>\n<p>Il salue le nouveau r\u00e9gime en all\u00e8gres\u00a0d\u00e9casyllabes\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon R\u00e9gent, de son Palais-Royal\u00a0\/ Des volupt\u00e9s donne \u00e0 tous le signal\u2026\u00a0\u00bb L\u2019arriv\u00e9e de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans au pouvoir lib\u00e8re les m\u0153urs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lasse du rigorisme impos\u00e9 par Madame\u00a0de Maintenon \u00e0 la cour, laquelle donnait le ton au pays. Mais la f\u00eate ne concerne que les classes privil\u00e9gi\u00e9es et la licence a des limites. Voltaire l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens deux ans apr\u00e8s, mis au cachot pour exc\u00e8s d\u2019insolence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc en ce lieu de d\u00e9tresse,<br>Embastill\u00e9, log\u00e9 fort \u00e0 l\u2019\u00e9troit,<br>Ne dormant point, buvant chaud,<br>Mangeant froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1071\" class=\"cit-num\">1071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Bastille<\/em> (1717), Po\u00e9sies diverses<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent a fait embastiller l\u2019insolent. D\u00e9j\u00e0 exil\u00e9 deux fois en province pour cause d\u2019\u00e9crits satiriques, l\u2019incorrigible frondeur a r\u00e9cidiv\u00e9 avec une \u00e9pigramme, en latin pour plus de prudence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tout le beau monde parle latin.<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent, Dubois (son principal ministre), les princes du sang, les ducs, les b\u00e2tards, le Parlement, chaque faction paie ses libellistes pour tra\u00eener dans la boue la faction adverse. L\u2019impertinence devient un m\u00e9tier et l\u2019esprit de Voltaire, tant\u00f4t courtisan, tant\u00f4t courageux et parfois les deux, excelle dans cette carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monseigneur,\u00a0 je trouverais tr\u00e8s doux que Sa Majest\u00e9 daign\u00e2t se charger de ma nourriture, mais je supplie Votre Altesse de ne plus s\u2019occuper de mon logement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1072\" class=\"cit-num\">1072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au R\u00e9gent qui vient de le lib\u00e9rer, 1718.<em> Voltaire, sa vie et ses \u0153uvres<\/em> (1867), Abb\u00e9 Maynard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois-Marie Arouet, 24\u00a0ans, prend alors le nom de Voltaire. La renomm\u00e9e s\u2019acquiert en un soir au th\u00e9\u00e2tre et il devient c\u00e9l\u00e8bre comme trag\u00e9dien, avec son <em>\u0152dipe<\/em> (aujourd\u2019hui injouable, comme toute son \u0153uvre dramatique). Ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019une longue vie mouvement\u00e9e. C\u2019est d\u00e9j\u00e0, en verbe et en action, le Philosophe des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Il continue ses insolences face au chevalier de Rohan-Chabot affichant son m\u00e9pris pour un bourgeois \u00ab\u00a0qui n\u2019a m\u00eame pas un nom.\u00a0\u00bb La sc\u00e8ne se passe en public, dans la loge d\u2019Adrienne Lecouvreur \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. R\u00e9plique de Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0Mon nom, je le commence, et vous finissez le v\u00f4tre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, alors qu\u2019il d\u00e9jeune au ch\u00e2teau de Sully, des gaillards viennent donner la bastonnade \u00e0 Voltaire. Ulc\u00e9r\u00e9, l\u2019auteur qui a trente\u00a0ans pass\u00e9s, une jolie fortune h\u00e9rit\u00e9e et bien plac\u00e9e, la faveur de nobles protecteurs, exige une r\u00e9paration par les armes. Une lettre de cachet le renvoie \u00e0 la Bastille, m\u00e9diter sur ce qu\u2019il en co\u00fbte au roturier de r\u00e9pondre \u00e0 un gentilhomme\u00a0! En mai, autoris\u00e9 \u00e0 s\u2019exiler en Angleterre, Voltaire est re\u00e7u \u00e0 bras ouverts par la bonne soci\u00e9t\u00e9 politique et litt\u00e9raire. Trois ans apr\u00e8s, il en rapporte ses<em> Lettres Anglaises<\/em>, source de nouveaux ennuis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sais pourtant lequel est le plus utile \u00e0 un \u00c9tat, ou un seigneur bien poudr\u00e9 qui sait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quelle heure le Roi se l\u00e8ve, \u00e0 quelle heure il se couche et qui se donne des airs de grandeur en jouant le r\u00f4le d\u2019esclave dans l\u2019antichambre d\u2019un ministre, ou un n\u00e9gociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres \u00e0 Surate et au\u00a0Caire, et contribue au bonheur du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1105\" class=\"cit-num\">1105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou<em> Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais et expose les le\u00e7ons que la France peut en tirer. Il publie sans autorisation cette \u00ab\u00a0premi\u00e8re bombe lanc\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb (selon Gustave Lanson). L\u2019imprimeur est embastill\u00e9, le livre condamn\u00e9 par le Parlement \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9, une lettre de cachet du 3\u00a0mai exile l\u2019auteur en Lorraine \u2013 la province ne devient fran\u00e7aise qu\u2019en 1766. Madame du Ch\u00e2telet accueille Voltaire au ch\u00e2teau de Cirey, \u00e0 quelques lieux de la fronti\u00e8re \u2013 et \u00e0\u00a0 la moindre alerte, le Voyageur de l\u2019Europe pourra fuir.<\/p>\n<h4>Marquise \u00c9milie du Ch\u00e2telet\u00a0: Madame Pompon, Pompon Newton, la Divine \u00c9milie<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00a0\u00ab\u00a0Les femmes nulles suivent la mode, les pr\u00e9tentieuses l\u2019exag\u00e8rent, mais les femmes de go\u00fbt pactisent agr\u00e9ablement avec elle.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9milie du <span class=\"caps\">CH\u00c2TELET<\/span> (1706-1749), <em>Discours sur le bonheur<\/em> (posthume, 1779)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Math\u00e9maticienne, femme de lettres et d\u2019esprit, physicienne fran\u00e7aise et acad\u00e9micienne, on a pu dire que la marquise du Ch\u00e2telet fut la lumi\u00e8re beaucoup plus que la ma\u00eetresse du philosophe. Quoique\u2026<\/p>\n<p>Il la surnomme Madame Pompon \u2013 \u00c9milie est coquette, souvent trop maquill\u00e9e, pas sp\u00e9cialement jolie, \u00ab\u00a0grande et s\u00e8che, sans cul, sans hanches, la poitrine \u00e9troite, deux petits t\u00e9tons arrivant de fort loin\u00a0\u00bb dit une rivale. Mais la jeune marquise dont Voltaire s\u2019est \u00e9pris brille de mille \u2039autres feux. Assoiff\u00e9e de connaissances, elle plonge jour et nuit dans l\u2019\u00e9tude de la physique et des math\u00e9matiques. \u00ab\u00a0Elle fut la premi\u00e8re femme scientifique en France\u00a0\u00bb selon \u00c9lisabeth Badinter qui lui a consacr\u00e9 un essai (<em>\u00c9milie, \u00c9milie<\/em>). Mais son nom souvent ignor\u00e9 en fait simplement la \u00ab\u00a0ma\u00eetresse de Voltaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tudie la philosophie de Newton sous les yeux d\u2019\u00c9milie, qui est \u00e0 mon gr\u00e9 encore plus aimable que Newton.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Maupertuis, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences, professeur de math\u00e9matiques et ex-amant d\u2019\u00c9milie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout commence en 1735. L\u2019\u00e9crivain doit quitter la capitale au plus vite. Ses <em>Lettres philosophiques<\/em> ont d\u00e9plu au pouvoir et il veut \u00e9viter un nouveau s\u00e9jour \u00e0 la Bastille. \u00c9perdument amoureuse, \u00c9milie lui ouvre les portes de son ch\u00e2teau de Cirey, dans le duch\u00e9 de Lorraine. Florent Claude du Ch\u00e2telet, le mari qui lui a fait trois enfants, est un militaire toujours absent. Il feint d\u2019ignorer l\u2019adult\u00e8re. Voltaire (41 ans) et Madame du Ch\u00e2telet (29 ans) vont vivre ensemble quatorze ans la plus folle et intellectuelle romance des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>L\u2019exil\u00e9 transforme le ch\u00e2teau \u00e0 ses frais. Il am\u00e9nage une vaste biblioth\u00e8que, un vrai th\u00e9\u00e2tre \u2013 passion et passe-temps favori du philosophe. Dans une galerie, il fait installer pour la scientifique la plus \u00e9clair\u00e9e du si\u00e8cle un vrai laboratoire, \u00e9quip\u00e9 de microscopes, barom\u00e8tres, t\u00e9lescopes. Elle d\u00e9montre exp\u00e9rimentalement la th\u00e9orie du physicien Leibniz, selon laquelle l\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique (dite \u00ab\u00a0force vive\u00a0\u00bb) est proportionnelle \u00e0 la masse et au carr\u00e9 de la vitesse. Renomm\u00e9e pour sa traduction des <em>Principia Mathematica<\/em> de Newton (qui fait toujours autorit\u00e9), Pompon Newton est la plus d\u00e9licieuse des ma\u00eetresses au double sens du terme. Leur complicit\u00e9 intellectuelle est intense. La marquise se r\u00e9veille aux aurores, lit \u00e0 Voltaire des textes en anglais ou en latin. La plus brillante \u00e9l\u00e8ve du grand math\u00e9maticien Maupertuis (qui fut aussi son amant) initie l\u2019\u00e9crivain aux mati\u00e8res scientifiques.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re ann\u00e9e de sa vie, elle s\u2019\u00e9prend d\u2019un jeune po\u00e8te et militaire tout en restant l\u2019amie de Voltaire. Elle meurt \u00e0 42 ans d\u2019une fi\u00e8vre puerp\u00e9rale, quelques jours apr\u00e8s l\u2019accouchement. Mais Voltaire n\u2019oubliera jamais la Divine \u00c9milie.<\/p>\n<h4>Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse\u00a0: le Roi-Sergent ou Roi-Soldat, \u00ab\u00a0Luc\u00a0\u00bb<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vois bien qu\u2019on a press\u00e9 l\u2019orange, il faut penser \u00e0 sauver l\u2019\u00e9corce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1133\" class=\"cit-num\">1133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Madame Denis, 18\u00a0d\u00e9cembre 1752. <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion spirituelle au mot du roi qui lui fut rapport\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurai besoin de lui encore un an, tout au plus\u00a0; on presse l\u2019orange et on jette l\u2019\u00e9corce\u00a0\u00bb (2\u00a0septembre 1751).<\/p>\n<p>Voltaire, invit\u00e9 fastueusement \u00e0 Berlin alors que la cour de France le boude, sera d\u00e9\u00e7u par le Roi-Sergent ou Roi-Soldat (selon les traductions du surnom que lui donne son cousin et beau-fr\u00e8re, Georges <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre). Le despote \u00e9clair\u00e9 fait de lui son otage et Voltaire se vengera \u00e0 sa mani\u00e8re en lui donnant le sobriquet de Luc, dans la correspondance adress\u00e9e \u00e0 ses amis \u2013 l\u2019anagramme est clairement \u00ab\u00a0cul\u00a0\u00bb et il ne saurait le lui dire en face.\u00a0<\/p>\n<p>Dans ce si\u00e8cle fou de communication, Voltaire \u00e9crira plus de 10\u00a0000 lettres adress\u00e9es \u00e0 plus de 700 correspondants, \u00e9chelonn\u00e9es de\u00a01711 \u00e0\u00a01778\u00a0: elles jettent sur l\u2019\u00e9poque une lumi\u00e8re souvent juste, parfois partisane.<\/p>\n<h4>Catherine de Russie\u00a0: Catherine la Grande, \u00ab\u00a0Ma Catau\u00a0\u00bb<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chez nous, il est d\u00e9fendu de pers\u00e9cuter. Nous avons, il est vrai, des fanatiques qui, faute de pers\u00e9cution, se br\u00fblent eux-m\u00eames, mais si ceux des autres pays en faisaient autant, il n\u2019y aurait pas grand mal, le monde n\u2019en serait que plus tranquille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 Voltaire, 28 novembre 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catherine s\u2019est sinc\u00e8rement passionn\u00e9e pour l\u2019\u0153uvre de Voltaire, au risque d\u2019encourir les foudres de son \u00e9poux Pierre <span class=\"caps\">III<\/span> de Russie. Elle r\u00e9ussit \u00e0 faire d\u00e9tr\u00f4ner l\u2019empereur de 34 ans qui s\u2019est fait d\u00e9tester apr\u00e8s six mois de r\u00e8gne \u2013 jet\u00e9 en prison et sans doute \u00e9trangl\u00e9. Devenue imp\u00e9ratrice, elle est surnomm\u00e9e Catherine la Grande pour ses qualit\u00e9s souveraines.<\/p>\n<p>En France, Voltaire d\u00e9fend l\u2019action de cette \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb en raison de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle porte aux philosophes, avec une ouverture d\u2019esprit qui manque trop souvent \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Il va logiquement entrer en relation \u00e9pistolaire avec celle qu\u2019il surnomme famili\u00e8rement \u00ab\u00a0Ma Catau\u00a0\u00bb. Ce diminutif de Catherine est aussi une variante de \u00ab\u00a0catin\u00a0\u00bb et ce n\u2019est sans doute pas un hasard. L\u2019Imp\u00e9ratrice aux 21 favoris (en 35 ans de r\u00e8gne) \u00e9tait connue pour collectionner les amants\u2026 Mais, prudent, le \u00ab\u00a0voyageur de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se risquera pas en Russie.<\/p>\n<p>Diderot fera le voyage \u00e0 P\u00e9tersbourg (octobre 1773 \u2013 mars 1774), apr\u00e8s une longue correspondance avec Catherine la Grande et un arrangement financier tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux, qui lui permet de vivre dans l\u2019aisance ses derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<h4>Mandrin\u00a0: Belle Humeur, Renard<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a trois mois, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un voleur\u00a0; c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1136\" class=\"cit-num\">1136<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 la duchesse de Saxe-Gotha, 14\u00a0janvier 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et quatre mois apr\u00e8s, Louis Mandrin (1725-1755) entrera dans la l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Bandit de grand chemin, prenant la t\u00eate de contrebandiers et de faux saulniers (faisant le trafic du sel), il forme une troupe disciplin\u00e9e qui s\u2019attaque aux fermes g\u00e9n\u00e9rales et aux greniers \u00e0 sel avec une incroyable audace. \u00ab\u00a0On pr\u00e9tend que Mandrin est \u00e0 la t\u00eate de 6\u00a0000 hommes d\u00e9termin\u00e9s\u00a0; que les soldats d\u00e9sertent pour se ranger sous ses drapeaux et qu\u2019il se verra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate d\u2019une grande arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit encore Voltaire.<\/p>\n<p>En 1754, il a men\u00e9 six campagnes contre les fermiers g\u00e9n\u00e9raux, collecteurs d\u2019imp\u00f4ts ha\u00efs du peuple, qui pr\u00e9l\u00e8vent des taxes sur les marchandises et en gardent les trois-quarts \u2013 la plus connue est la gabelle sur le sel, indispensable \u00e0 la conservation des aliments.<br>Il faudra plusieurs d\u00e9tachements d\u2019Argoulets (troupe sp\u00e9ciale) envoy\u00e9s ill\u00e9galement en Savoie (royaume sarde) pour que Mandrin soit pris, sit\u00f4t jug\u00e9, et rou\u00e9 vif, le 26\u00a0mai 1755 \u2013 il meurt \u00e0 30\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions vingt ou trente\u00a0\/ Brigands dans une bande,<br>Tous habill\u00e9s de blanc,\u00a0\/ \u00c0 la mode des\u2026\u00a0\/ Vous m\u2019entendez\u00a0?<br>Tous habill\u00e9s de blanc\u00a0 \/ \u00c0 la mode des marchands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1137\" class=\"cit-num\">1137<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Complainte de Mandrin<\/em> (1755), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur est anonyme, mais le texte est dat\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e de sa mort. Tout est fait pour rendre le bandit sympathique \u00e0 l\u2019image de son surnom Belle Humeur, humain, proche du peuple et malin comme Renard\u00a0: \u00ab\u00a0La premi\u00e8re volerie\u00a0\/ Que je fis dans ma vie\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9,\u00a0\/ La bourse d\u2019un\u2026\u00a0\/ Vous m\u2019entendez\u00a0?\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9\u00a0\/ La bourse d\u2019un cur\u00e9\u2026\u00a0\u00bb Un couplet le fait mourir pendu sur la place du march\u00e9. Petite erreur historique.<\/p>\n<p>Le personnage de Mandrin entre dans la l\u00e9gende et y demeure, avec la complicit\u00e9 de chanteurs populaires, comme Yves Montand\u00a0: \u00ab\u00a0Compagnons de mis\u00e8re,\u00a0\/ Allez dire \u00e0 ma m\u00e8re,\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant, vous m\u2019entendez\u2026\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant perdu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Robert-Fran\u00e7ois Damiens\u00a0: Robert le Diable<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je suis bien f\u00e2ch\u00e9 d\u2019avoir eu le malheur de vous approcher\u00a0; mais si vous ne prenez pas le parti de votre peuple, avant qu\u2019il soit quelques ann\u00e9es d\u2019ici, vous et Monsieur le Dauphin et quelques autres p\u00e9riront.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1143\" class=\"cit-num\">1143<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DAMIENS<\/span> (1715-1757), premiers mots de sa lettre au roi \u00e9crite dans son cachot, apr\u00e8s l\u2019attentat du 5\u00a0janvier 1757.<em> Si\u00e8cles de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (posthume, 1820), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfant turbulent, ses fr\u00e8res et s\u0153urs le surnommaient Robert le Diable, sans se douter qu\u2019il entrerait ainsi dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> ne fut que l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 par le couteau (simple canif). Mais il est fort choqu\u00e9\u00a0par l\u2019attentat\u00a0: outre qu\u2019il redoute effroyablement l\u2019enfer, il comprend soudain qu\u2019il n\u2019est plus le bien-aim\u00e9 de ses sujets. Cet attentat manqu\u00e9 accrut la m\u00e9lancolie et la m\u00e9fiance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, isolant davantage encore le roi de son entourage et de son peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monstre est un chien qui aura entendu aboyer quelques chiens [\u2026] et qui aura pris la rage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1144\" class=\"cit-num\">1144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Madame de Lutzelbourg, 20\u00a0janvier 1757, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Damiens a servi comme domestique chez plusieurs magistrats du Parlement de Paris, dont certains tr\u00e8s virulents contre le roi. Il se vanta d\u2019ailleurs d\u2019avoir voulu donner une le\u00e7on au roi, pour que d\u00e9sormais il obtemp\u00e9r\u00e2t aux remontrances.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> voulut d\u2019abord pardonner et le fit savoir\u00a0: \u00ab\u00a0Les sentiments de religion dont nous sommes p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s et les mouvements de notre c\u0153ur nous portaient \u00e0 la cl\u00e9mence.\u00a0\u00bb Il tente ensuite de minimiser la publicit\u00e9 faite \u00e0 ce geste \u2013 un acte isol\u00e9, \u00e0 n\u2019en pas douter. Mais chaque conseiller donne un avis diff\u00e9rent. Damiens sera finalement jug\u00e9 pour crime de l\u00e8se-majest\u00e9, devant la grande chambre du Parlement.<\/p>\n<p>Plus fou que r\u00e9gicide, Robert le Diable est vraisemblablement \u00e9pileptique et simple d\u2019esprit. Il sera condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0parricide\u00a0\u00bb \u00e0 la s\u00e9rie des supplices jadis inflig\u00e9s \u00e0 Ravaillac. L\u2019ex\u00e9cution se fera devant la foule, en place de Gr\u00e8ve. Toutes les fen\u00eatres sont lou\u00e9es \u00e0 prix d\u2019or et le supplice de cet homme robuste reste comme l\u2019un des plus atroces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La journ\u00e9e sera rude\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1145\" class=\"cit-num\">1145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DAMIENS<\/span> (1715-1757), \u00e0 qui sa condamnation est lue, 28\u00a0mars 1757. <em>Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em>, volume\u00a0X (1855), Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur l\u2019\u00e9chafaud dress\u00e9, il sera donc\u00a0: \u00ab\u00a0tenaill\u00e9 aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, br\u00fbl\u00e9e au feu de soufre, et sur les endroits o\u00f9 il sera tenaill\u00e9, jet\u00e9 du plomb fondu, de l\u2019huile bouillante, de la poix r\u00e9sine br\u00fblante, de la cire et souffre fondus et ensuite son corps tir\u00e9 et d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 quatre chevaux et ses membres et corps consum\u00e9s au feu, r\u00e9duits en cendres et ses cendres jet\u00e9es au vent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sentence ex\u00e9cut\u00e9e le jour m\u00eame par le bourreau Sanson (Charles-Henri, p\u00e8re du futur ex\u00e9cuteur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et rien moins que seize assistants. Le supplice dure plus de deux heures et l\u2019on remarque la r\u00e9sistance des femmes \u00e0 ce spectacle. Damiens est jet\u00e9 mourant sur le b\u00fbcher.<br>Les cheveux du supplici\u00e9, de ch\u00e2tain, sont devenus d\u2019un blanc immacul\u00e9, signe d\u2019une terreur extr\u00eame. L\u2019atrocit\u00e9 et la dur\u00e9e du supplice contribueront \u00e0 l\u2019abolition de cet acte barbare, sous la R\u00e9volution\u00a0: la guillotine sera, de fait, un progr\u00e8s, en attendant l\u2019abolition de la peine de mort que certains demandent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<h4>Abb\u00e9 Terray, contr\u00f4leur des Finances\u00a0: Vide-Gousset<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La banqueroute est n\u00e9cessaire, une fois tous les si\u00e8cles, afin de mettre l\u2019\u00c9tat au pair\u00a0; et le roi ne risque rien \u00e0 emprunter parce qu\u2019il est le ma\u00eetre de ne plus payer les anciennes rentes quand elles ont \u00e9t\u00e9 servies assez longtemps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">TERRAY<\/span> (1769-1774), nomm\u00e9 contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances en 1769<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, l\u2019abb\u00e9 n\u2019a d\u2019eccl\u00e9siastique que les rentes qu\u2019il tire de son \u00e9tat. Face \u00e0 la situation catastrophique du Royaume, il annonce\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne vois plus pour payer les dettes de l\u2019\u00c9tat qu\u2019une Banqueroute g\u00e9n\u00e9rale, qu\u2019il faut avoir l\u2019adresse de faire en d\u00e9tail, de fa\u00e7on qu\u2019en quelques ann\u00e9es, le roi soit quitte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il prend des mesures extr\u00eames et naturellement impopulaires, s\u2019attaquant aux Tontines (anc\u00eatres de l\u2019assurance vie) et m\u00eame au clerg\u00e9 (acte courageux\u00a0!) Il r\u00e9duit les rentes alimentaires, d\u2019o\u00f9 ce dialogue avec un p\u00e8re de 16 enfants\u00a0: \u00ab\u00a0Faudrait-il donc que j\u2019\u00e9gorge mes enfants\u00a0?\u00a0\u00bb et le ministre de lui r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre leur rendriez-vous service\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un jour, le panneau de la rue Vide-Gousset est remplac\u00e9 par \u00ab\u00a0rue Terray\u00a0\u00bb, montrant combien la population est remont\u00e9e contre le Contr\u00f4leur qui a cependant am\u00e9lior\u00e9 la situation financi\u00e8re. Profitant de la suspension du privil\u00e8ge de la Compagnie des Indes, Terray d\u00e9gage de quoi financer les f\u00eates du mariage du Dauphin. Il se lance m\u00eame dans une vraie r\u00e9forme fiscale destin\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer le rendement des imp\u00f4ts, tout en corrigeant leur iniquit\u00e9.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, \u00e0 son av\u00e8nement aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je le garderais bien, mais c\u2019est un trop grand coquin\u00a0!\u00a0\u00bb Vingt ans apr\u00e8s sa mort, le Directoire d\u00e9cr\u00e8tera\u00a0 la Grande Banqueroute dite des deux- tiers, en r\u00e9alit\u00e9 totale. Derni\u00e8re banqueroute fran\u00e7aise de l\u2019histoire. Mais la dette existe toujours.<\/p>\n<h4>Carlo Goldoni\u00a0: le Moli\u00e8re italien<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est un monde. Tout y est grand\u00a0: beaucoup de mal et beaucoup de bien. Aller aux spectacles, aux promenades, aux endroits de plaisir, tout est plein. Aller aux \u00e9glises, il y a foule partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"980\" class=\"cit-num\">980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Italien de Paris, auteur dramatique adopt\u00e9 par la capitale, il profite du go\u00fbt des Parisiens pour les spectacles. Les salles de th\u00e9\u00e2tre se multiplient, ainsi que les superbes h\u00f4tels particuliers voisinant des immeubles de rapport cossus. Le tr\u00e8s fran\u00e7ais Montesquieu confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais Versailles parce que tout le monde y est petit\u00a0; j\u2019aime Paris parce que tout le monde y est grand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre,<em> La Locandier<\/em>a. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur qui d\u00e9fend la tradition de la <em>commedia dell\u2019arte<\/em> \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<h4>La Pompadour\u00a0: Maman putain, Reinette, Pompon, Pomponette<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour. <em>Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve m\u00eame certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0(1721-1764)\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes passantes et durant vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>Mais le Dauphin qui la d\u00e9teste l\u2019appelle\u00a0: Maman putain. Au couvent des Ursulines de Poissy o\u00f9 elle fut plac\u00e9e \u00e0 cinq ans et malheureuse de se croire abandonn\u00e9e par ses parents, on la surnomme gentiment Reinette, petite reine. Tr\u00e8s jeune, son esprit et sa beaut\u00e9 la font remarquer dans les salons litt\u00e9raires (notamment chez Madame du Tencin et Madame Geoffrin). Relations aidant, elle rencontre le roi, d\u00e9guis\u00e9e en Diane Chasseresse lors d\u2019un bal masqu\u00e9 o\u00f9 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> la remarque. D\u00e8s que l\u2019int\u00e9r\u00eat du roi se confirme, la cour parle en bien ou en mal de Pompon, Pomponette. Au si\u00e8cle suivant, <em>Pomponette et Pompadour<\/em> devient une com\u00e9die-vaudeville de Mol\u00e9-Gentilhomme, cr\u00e9\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s en 1850.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle avait le grand art de distraire l\u2019homme du royaume le plus difficile \u00e0 amuser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte <span class=\"caps\">DUFORT<\/span> de <span class=\"caps\">CHEVERNY<\/span> (1731-1802), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9morialiste et introducteur des ambassadeurs (officier du service des C\u00e9r\u00e9monies de la Maison du roi, charg\u00e9 de conduire les \u00e9trangers \u00e0 l\u2019audience royale \u2013 \u00e9quivalent du Directeur du Protocole au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res), il r\u00e9sume parfaitement le r\u00f4le de la Pompadour.<\/p>\n<p>Mais la vie de favorite royale, surtout sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, est un m\u00e9tier ingrat, malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi fait place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750, et la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes, log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re \/ L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re \/ Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux aupr\u00e8s des s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La marquise n\u2019aura pas beau temps pour son voyage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1173\" class=\"cit-num\">1173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), voyant le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa favorite quitter Versailles sous la pluie battante, 17\u00a0avril 1764.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1890), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son valet de chambre \u00e9voque la sc\u00e8ne et t\u00e9moigne d\u2019une peine r\u00e9elle. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> se mit sur le balcon malgr\u00e9 l\u2019orage, nue t\u00eate, pleura et murmura ainsi d\u00e9couvert\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 les seuls devoirs que j\u2019ai pu lui rendre. Une amie de vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon d\u2019autres t\u00e9moins, le roi fut seulement indiff\u00e9rent et la reine elle-m\u00eame en fut choqu\u00e9e, car elle aimait bien la marquise. Madame\u00a0de Pompadour est morte d\u2019\u00e9puisement, \u00e0 42\u00a0ans (le 15\u00a0avril). Elle savait qu\u2019elle ne vivrait pas vieille. Cardiaque, d\u2019une maigreur mal dissimul\u00e9e sous la toilette, elle continuait sa vie tr\u00e9pidante. Les fameux courants d\u2019air de Versailles ont aussi leur part dans sa congestion pulmonaire. Derni\u00e8re faveur du roi, il lui a permis de mourir au ch\u00e2teau \u2013 privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux rois et princes du sang. Sit\u00f4t apr\u00e8s, le cort\u00e8ge devait quitter les lieux.<\/p>\n<h4>Cardinal de Bernis\u00a0: Babet la Bouqueti\u00e8re<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 obtenir tout ce que je d\u00e9sirai fortement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">BERNIS<\/span> (1715-1794), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 d\u2019une lign\u00e9e ancienne, mais fort pauvre, Fran\u00e7ois Joachim de\u00a0Bernis\u00a0\u00e9crit plusieurs recueils de petits vers galants qui lui valurent son surnom\u2026 et un fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de vingt-neuf ans. Il doit une bonne partie de sa carri\u00e8re \u00e0 la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lui conseillai de prot\u00e9ger les gens de lettres. Ce furent eux qui donn\u00e8rent le nom de Grand \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1128\" class=\"cit-num\">1128<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">BERNIS<\/span> (1715-1794), conseil \u00e0 son amie la marquise de Pompadour. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bel esprit, il commence sa carri\u00e8re en s\u2019attirant les faveurs de la favorite qui le fait entrer au Conseil du roi, en 1752. La marquise est m\u00e9c\u00e8ne des peintres, amie des \u00e9crivains et des philosophes \u2013 elle r\u00e9concilie le roi avec Voltaire et d\u00e9fend les Encyclop\u00e9distes contre le Parlement et les j\u00e9suites (qu\u2019elle d\u00e9teste).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les affaires qui peuvent agiter le Parlement, et surtout celles qui tiennent \u00e0 la religion, doivent \u00eatre \u00e9touff\u00e9es d\u00e8s leur naissance et d\u00e9truites dans leur germe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1139\" class=\"cit-num\">1139<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">BERNIS<\/span> (1715-1794), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Babet la Bouqueti\u00e8re sait \u00eatre s\u00e9rieux\u00a0quand la situation l\u2019impose. En 1756, le roi sent son pouvoir absolu menac\u00e9. L\u2019agitation parlementaire recommence avec la \u00ab\u00a0th\u00e9orie des classes\u00a0\u00bb \u2013 selon laquelle tous les Parlements forment un corps unique \u2013 et la cr\u00e9ation d\u2019un deuxi\u00e8me vingti\u00e8me en mati\u00e8re fiscale. L\u2019agitation se communique au pays. Le clerg\u00e9, qui a gagn\u00e9 sa guerre du (premier) vingti\u00e8me contre le ministre Machault d\u2019Arnouville (pass\u00e9 en 1754 des Finances \u00e0 la Marine), va relancer une guerre d\u2019un autre temps. Les privil\u00e9gi\u00e9s seront les premiers responsables de la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4>La du Barry\u00a0: Mademoiselle Ange<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! la France, ton caf\u00e9 fout le camp.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1185\" class=\"cit-num\">1185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse\u00a0<span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">BARRY<\/span> (1743-1793), s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Anecdotes sur la comtesse du Barry<\/em> (1775), Pidansat de Mairobert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle favorite depuis 1768, elle a trente-trois ans de moins que le roi vieillissant, toujours s\u00e9ducteur et encore s\u00e9duisant, aussit\u00f4t charm\u00e9 par sa joie de vivre et ses 25\u00a0ans.<\/p>\n<p>Jeanne B\u00e9cu a beaucoup \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb, avant de se retrouver au centre des intrigues de la cour. Son \u00e9ducation chez les s\u0153urs ne l\u2019a pas d\u00e9barrass\u00e9e d\u2019un parl\u00e9 peu protocolaire et les courtisans collectionnent les perles pour se moquer de cette fausse noble. Ainsi, elle traitait le roi comme un valet de com\u00e9die, l\u2019appelant \u00ab\u00a0la France\u00a0\u00bb et le tutoyant. Occup\u00e9e \u00e0 se poser des mouches devant sa psych\u00e9 quand l\u2019infusion en bouillant tomba sur le feu, elle aurait cri\u00e9 ce mot souvent cit\u00e9.<\/p>\n<p>M\u00e9pris\u00e9e ouvertement du vivant du roi, chass\u00e9e de la cour \u00e0 sa mort, exil\u00e9e dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Louveciennes, elle sera rattrap\u00e9e par l\u2019histoire sous la R\u00e9volution, jug\u00e9e comme conspiratrice contre la R\u00e9publique et guillotin\u00e9e pendant la Terreur, avec ce joli mot de la fin qui lui est pr\u00eat\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Encore un moment, monsieur le bourreau\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Voltaire\u00a0: le Roi Voltaire, l\u2019Ap\u00f4tre de la tol\u00e9rance, l\u2019Homme aux Calas, l\u2019Aubergiste de l\u2019Europe, le Malingre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait du sexag\u00e9naire, de sant\u00e9 pr\u00e9caire mais sachant se m\u00e9nager en se refusant tout exc\u00e8s. Il se surnommait le Malingre et ses portraits t\u00e9moignent de ce physique fr\u00eale, apparemment fragile \u2013 en r\u00e9alit\u00e9, une \u00ab\u00a0mauvaise sant\u00e9 de fer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, \u00e9pistoli\u00e8re, th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique, et naturellement philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, quel que soit le nom dont on le nomme<br>C\u2019est un cycle vivant, c\u2019est un\u00a0si\u00e8cle fait homme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1016\" class=\"cit-num\">1016<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Premi\u00e8re m\u00e9ditation<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec des accents hugoliens, le po\u00e8te du si\u00e8cle suivant rend justice \u00e0 l\u2019homme et au philosophe. Le Roi Voltaire a tout vu, tout v\u00e9cu dans le si\u00e8cle\u00a0: la cour et ses plaisirs, mais aussi ses d\u00e9sillusions, la Bastille et ses cachots, l\u2019exil, les salons et les succ\u00e8s mondains et financiers, l\u2019Europe avec le bonheur en Angleterre, le pi\u00e8ge en Prusse, la vie de ch\u00e2teau \u00e0 Ferney o\u00f9 il joue l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, la lutte incessante pour ses id\u00e9es (libert\u00e9, justice, tol\u00e9rance) et la d\u00e9fense des victimes de l\u2019arbitraire, ce qui en fait le premier Ap\u00f4tre de la tol\u00e9rance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec Rousseau), sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0Homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite.<\/p>\n<p>Dans son<em> Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, il se bat pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit. La R\u00e9volution exaucera (en th\u00e9orie) la plupart de ces v\u0153ux.<\/p>\n<h4>Jean-Jacques Rousseau\u00a0: \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un surnom\u2026 une citation de Voltaire<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet ennemi du genre humain, \/ Singe manqu\u00e9 de l\u2019Ar\u00e9tin, <br>Qui se croit celui de Socrate\u00a0; \/ Ce charlatan trompeur en vain, <br>Changeant cent fois son mithridate\u00a0; \/ Ce basset hargneux et mutin, <br>B\u00e2tard du chien de Diog\u00e8ne, \/ Mordant \u00e9galement la main <br>Ou qui le fesse, ou qui l\u2019encha\u00eene, \/ Ou qui lui pr\u00e9sente du pain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Sur Jean-Jacques Rousseau<\/em> (1766)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est son meilleur ennemi qui s\u2019exprime. Rousseau (1712-1778) est \u00ab\u00a0le moins aimable\u00a0\u00bb de tous les philosophes, dans ce si\u00e8cle qui cultive la sociabilit\u00e9 comme l\u2019un des beaux-arts de la vie. Il aura naturellement ses admirateurs, \u00e0 commencer par Robespierre qui approuve les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires du <em>Contrat social<\/em>, mais aussi le parcours du personnage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours aux Jacobins (1792). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se situe aux antipodes du courtisan Voltaire ou de Montesquieu le seigneur. Si La Bruy\u00e8re a dit \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre peuple\u00a0\u00bb, Rousseau l\u2019a prouv\u00e9. Sa vie sociale en accord avec sa philosophie est sa principale d\u00e9fense contre qui l\u2019attaque.<\/p>\n<p>Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe tous ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra encore plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800.<em> \u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a pas une phrase du <em>Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner d\u2019un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses<em> Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Diderot\u00a0: le Philosophe, Pantophile, Fr\u00e8re Tonpla<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes l\u2019univers entier. Vrai ou faux, j\u2019aime ce syst\u00e8me qui m\u2019identifie avec tout ce qui m\u2019est cher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1054\" class=\"cit-num\">1054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres, \u00e0 Falconet. <em>M\u00e9moires, correspondance et ouvrages in\u00e9dits de Diderot<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, \u00ab\u00a0Pantophile\u00a0\u00bb aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il l\u2019est aussi par son don de bonheur\u00a0qui l\u2019apparente \u00e0 Montesquieu\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019un devoir, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureux [\u2026] ma pente naturelle, invincible, inali\u00e9nable, est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes, ou quand les philosophes seront rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1058\" class=\"cit-num\">1058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Philosophe\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot cite ici l\u2019empereur Antonin. Affichant son humanisme, il cite aussi (en latin)\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis homme, et rien d\u2019humain ne me para\u00eet \u00e9tranger.\u00a0\u00bb Sa morale n\u2019est plus individuelle, mais sociale\u00a0: c\u2019est la seule qui importe, qui contribue au bonheur de l\u2019esp\u00e8ce, de \u00ab\u00a0la grande famille humaine\u00a0\u00bb. <br>Sa philosophie devenue humaniste est tr\u00e8s moderne par son anarchie m\u00eame. Diderot pose des antinomies\u00a0: c\u0153ur et raison, individu et soci\u00e9t\u00e9. Il renonce \u00e0 les r\u00e9soudre et \u00e0 forger des certitudes\u00a0: la dignit\u00e9 de l\u2019homme est dans la recherche plus que dans la d\u00e9couverte de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point o\u00f9 en sont les philosophes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1066\" class=\"cit-num\">1066<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> (1753)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot, qui initie un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art, par ses brillants comptes rendus (Salons), est avant tout le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il signe plus de mille articles sur les sujets les plus divers\u00a0: philosophie et litt\u00e9rature, morale et religion, politique et \u00e9conomie, arts appliqu\u00e9s. Le plus grand agitateur d\u2019id\u00e9es du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle aura une influence consid\u00e9rable sur ses contemporains, sur le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Voltaire qu\u2019il doit ses trois surnoms. Le Philosophe est le plus simple. Pantophile renvoie \u00e0 la pantophilie, celui qui aime tout et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 tout. Quant \u00e0 Fr\u00e8re Tonpla, c\u2019est du verlan \u2013 r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Platon.<\/p>\n<h4>Restif de la Bretonne\u00a0: le Rousseau du ruisseau, le Vieux hibou de Paris<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9pravation suit le progr\u00e8s des lumi\u00e8res. Chose tr\u00e8s naturelle que les hommes ne puissent s\u2019\u00e9clairer sans se corrompre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RESTIF<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">BRETONNE<\/span> (1734-1806),<em> Le Pornographe<\/em> (1769)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res encore plus atypique que Rousseau, premier \u00e9crivain paysan, c\u2019est un homme attachant, inclassable, original et marginal qui va conna\u00eetre de grands succ\u00e8s populaires, des joies et des malheurs, pour finir dans la mis\u00e8re. D\u2019o\u00f9 son premier surnom.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Lecteur, j\u2019\u00e9cris pour \u00eatre votre ami; pour vous dire des choses, et non pour vous faire entendre des sons.\u00a0Vous allez voir, dans cet Ouvrage v\u00e9h\u00e9ment, passer en revue les Abus, les Vices, les Crimes, les Vicieux, les Coupables, les Sc\u00e9l\u00e9rats, les Infortun\u00e9es Victimes du sort et des passions d\u2019Autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RESTIF<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">BRETONNE<\/span> (1734-1806), <em>Les Nuits de Paris<\/em>, ou <em>le Spectateur nocturne<\/em> (1788-1794)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berger, typographe, \u00e9crivain, r\u00e9formateur, philosophe, libertin, visionnaire, il fut tout cela \u00e0 la fois, d\u2019o\u00f9 les opinions contradictoires port\u00e9es d\u00e8s son vivant sur l\u2019homme et sur son \u0153uvre foisonnante.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Sacy en basse Bourgogne, premier n\u00e9 d\u2019une famille de neuf enfants, il m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 douze ans la vie d\u2019un petit paysan, berger amoureux de la nature. De sant\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9licate, il semble destin\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise, mais c\u2019est un coureur de jupons pr\u00e9coce, ce qui le fait renoncer \u00e0 la pr\u00eatrise. Dou\u00e9 pour les lettres, avec une sensibilit\u00e9 port\u00e9e en m\u00eame temps vers la r\u00eaverie et la r\u00e9flexion, il se retrouve \u00e0 dix-sept ans, apprenti puis compagnon typographe \u00e0 Auxerre. Ce m\u00e9tier lui assurera plus tard son gagne-pain. \u00c0 21 ans, il arrive \u00e0 Paris o\u00f9 il vivra jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, avec de fr\u00e9quents s\u00e9jours \u00e0 Sacy.<\/p>\n<p>Paysan devenu citadin, Restif gardera cette double empreinte. Ses \u0153uvres portent la nostalgie de son enfance paysanne et l\u2019illumination \u00e9quivoque de sa rencontre avec Paris. Lieu de perversion, la capitale est propice aux passions \u2013 celle des femmes et celle de l\u2019\u00e9criture. Il aura plus d\u2019une centaine de ma\u00eetresses (\u00e0 en croire son Calendrier) et il \u00e9crira 194 volumes totalisant pr\u00e8s de 10 000 pages. La gloire lui vient en 1775 avec <em>Le Paysan perverti<\/em>, suivi en 1784 de <em>La Paysanne pervertie<\/em>. \u00c0 qui lui reproche le choix de tels sujets, il r\u00e9pond qu\u2019il ne peut peindre des m\u0153urs pures puisque le si\u00e8cle a des m\u0153urs corrompues. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 tant d\u2019\u0153uvres fadement libertines remplissent les boudoirs et les salons, un certain\u00a0 public se prend de passion pour des romans qui portent le cachet de la v\u00e9rit\u00e9 et de la sinc\u00e9rit\u00e9. Sade poussera et pratiquera \u00e0 l\u2019extr\u00eame cette veine sulfureuse.\u00a0<\/p>\n<p>Parcourant de nuit les rues de Paris et l\u2019\u00eele Saint-Louis, il se surnomme \u00ab\u00a0le hibou\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le Vieux hibou de Paris\u00a0\u00bb, \u00e9crivant sur les ponts et les murs\u00a0! Il semble que Restif travaillait pour la police royale\u00a0: dans ses<em> Nuits de Paris<\/em>, il se prom\u00e8ne arm\u00e9 de pistolets et v\u00eatu d\u2019un uniforme bleu, il menace ceux qu\u2019il interpelle d\u2019en appeler \u00e0 l\u2019autorit\u00e9, se rend sans cesse au corps de garde, etc.<\/p>\n<p>\u00c0 la R\u00e9volution, la chute de l\u2019assignat le ruine et l\u2019\u00e9criture le fait \u00e0 peine vivre. Sous la Terreur, il fr\u00f4le l\u2019arrestation. En 1795, la Convention thermidorienne lui vient en aide en lui versant deux mille francs. Il parle ostensiblement dans le sens du nouveau pouvoir, mais ses amiti\u00e9s aristocratiques et sa r\u00e9putation le font tomber en disgr\u00e2ce. Il entre au minist\u00e8re de la Police, mais sa mauvaise sant\u00e9 l\u2019oblige \u00e0 prendre sa retraite. Il meurt peu apr\u00e8s dans la mis\u00e8re.<\/p>\n<h4>Marquis de Sade\u00a0: le Divin Marquis, l\u2019Ange noir des Lumi\u00e8res, l\u2019Insupportable<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814).<em> L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes ou r\u00e9solument ath\u00e9es, Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte et sera condamn\u00e9 \u00e0 mort pour violences sexuelles, d\u00e8s 1772. Il passera trente ann\u00e9es en prison. Dans la <em>Philosophie dans le boudoir<\/em>, il \u00e9crit comme pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb On peut se demander aujourd\u2019hui si un \u00e9diteur prendrait le risque de diffuser cette philosophie sign\u00e9e d\u2019un autre que Sade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814), <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. Il passera au total trente ann\u00e9es en prison.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles, incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs.\u00a0\u00bb (Le Robert) Tr\u00e8s connu sous le surnom de Divin marquis, il est bien d\u00e9fini par les deux autres\u00a0: l\u2019Ange noir des Lumi\u00e8res se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son talent, l\u2019Insupportable r\u00e9sume la r\u00e9alit\u00e9 de ses faits criminels.<\/p>\n<h4>La Fayette\u00a0: le H\u00e9ros des Deux-mondes<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1224\" class=\"cit-num\">1224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), profession de foi adolescente. <em>M\u00e9moires, correspondance et manuscrits du g\u00e9n\u00e9ral Lafayette<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Issu d\u2019une grande et riche famille dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, il se veut militaire et va s\u2019engager dans l\u2019aventure am\u00e9ricaine pour aider les <em>Insurgents<\/em> contre l\u2019Angleterre, avec les premiers volontaires fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">\u00c019<\/span>\u00a0ans, contre l\u2019avis de sa famille et du roi, il s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777, se joignant aux troupes de Virginie. Nomm\u00e9 \u00ab\u00a0major g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, le jeune marquis paie de sa personne au combat. Il s\u2019enthousiasme pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et pour le civisme des citoyens, avec l\u2019intuition de vivre un \u00e9v\u00e9nement qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res de ce pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est au bras de la noblesse de France que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine a fait son entr\u00e9e dans le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1225\" class=\"cit-num\">1225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1868-1955), ambassadeur de France aux \u00c9tats-Unis, prenant la parole devant la soci\u00e9t\u00e9 des Cincinnati. <em>La France et l\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine<\/em> (1975), duc de Castries<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De retour en France en 1779, triomphalement accueilli, La Fayette pousse le gouvernement \u00e0 s\u2019engager ouvertement dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance. Devan\u00e7ant un premier corps exp\u00e9ditionnaire de 6\u00a0000 hommes, il repart et se distingue \u00e0 nouveau en Virginie contre les Anglais. 3\u00a0000 Fran\u00e7ais trouvent la mort dans ce combat d\u2019outre-Atlantique qui finit par la d\u00e9faite anglaise, en 1783. Le fougueux marquis gagne son titre de \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb. C\u2019est la plus brillante p\u00e9riode de sa longue vie. On le retrouvera sous la R\u00e9volution, commandant de la Garde nationale.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis se rappelleront cette dette historique, s\u2019engageant en avril\u00a01917 dans la Grande Guerre. Le 4 juillet, jour anniversaire de l\u2019Ind\u00e9pendance, deux g\u00e9n\u00e9raux vont s\u2019incliner sur sa tombe parisienne\u00a0: \u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: Louis le D\u00e9sir\u00e9, le Gros Louis, le Restaurateur de la libert\u00e9<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, \u00e9coutez, petits et grands, \/ L\u2019histoire d\u2019un roi de vingt ans<br>Qui va nous ramener en France \/ Les bonnes m\u0153urs et l\u2019abondance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1206\" class=\"cit-num\">1206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783),<em> Or, \u00e9coutez, petits et grands<\/em>, chanson (mai\u00a01774). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise en chansons<\/em>, anthologie, Le Chant du Monde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple c\u00e9l\u00e8bre la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, surnomm\u00e9 Louis le D\u00e9sir\u00e9. C\u2019est dire les espoirs mis en lui, r\u00e9sum\u00e9s par la chanson patriotique du nouvel auteur dramatique \u00e0 la mode. Avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, on peut encore r\u00eaver. Comme avec Marie-Antoinette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Marie-Antoinette, d\u2019un an sa cadette, est aussi peu faite pour \u00eatre reine et pas du tout pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 ce r\u00f4le.<br>Premier acte politique\u00a0: le roi, non sans regret (d\u00e9j\u00e0\u00a0!), renvoie le triumvirat de combat (Maupeou-Terray-d\u2019Aiguillon) qui tentait les indispensables r\u00e9formes, ce qui l\u2019a rendu terriblement impopulaire \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Le sur nom de Gros Louis (vu son physique de grand pataud) est signe d\u2019affection populaire plus que de moquerie.<\/p>\n<p>On retrouvera Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> sous la R\u00e9volution, devenu Monsieur Veto, Louis Capet.<\/p>\n<h4>Marie-Antoinette\u00a0: l\u2019Autrichienne<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer, \/ Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer, \/ Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb, confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775. Pour l\u2019heure et pour trois ans encore, le peuple adore sa reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine \/ Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline, \/ Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet contre la reine.<\/em> Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier de la reine va renforcer ce sentiment, m\u00eame si elle n\u2019a jamais voulu ce bijou et n\u2019est pour rien dans le proc\u00e8s pour escroquerie qui va suivre.<\/p>\n<p>En marge des \u0153uvres sign\u00e9es des philosophes, les \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondent le march\u00e9 clandestin du livre et sapent les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette est la cible privil\u00e9gi\u00e9e. Sous la R\u00e9volution, elle va devenir Madame D\u00e9ficit, Madame Veto, la Veuve Capet.<\/p>\n<h4>Calonne\u00a0: l\u2019Enchanteur, Monsieur D\u00e9ficit<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, si c\u2019est possible, c\u2019est fait\u00a0; impossible, cela se fera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1233\" class=\"cit-num\">1233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), ministre des Finances r\u00e9pondant \u00e0 une demande de Marie-Antoinette, 1784.<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856), Alexis de Tocqueville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Succ\u00e9dant \u00e0 deux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res contr\u00f4leurs des Finances, Charles-Alexandre de Calonne, intendant de Flandre et d\u2019Artois, arrive en novembre\u00a01783\u00a0: intrigant et intelligent, s\u00e9ducteur et cynique, il cherche non pas \u00e0 faire des \u00e9conomies pour diminuer la dette, mais \u00e0 r\u00e9tablir le cr\u00e9dit de l\u2019\u00c9tat en inspirant confiance. On parlerait aujourd\u2019hui d\u2019une politique de relance quasi keyn\u00e9sienne, avec lancement de grands travaux publics. \u00c0 coup d\u2019emprunts et d\u2019exp\u00e9dients divers, il semble r\u00e9ussir\u00a0: on le surnomme l\u2019Enchanteur. Marie-Antoinette, parlant plus tard de l\u2019\u00e9poque Calonne, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Comment aurais-je pu me douter que les finances \u00e9taient en si mauvais \u00e9tat\u00a0? Quand je demandais cinquante mille livres, on m\u2019en apportait cent mille\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est du Necker tout pur que vous me donnez l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1245\" class=\"cit-num\">1245<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), lisant le m\u00e9moire de Calonne, d\u2019ordinaire moins rigoureux dans sa gestion publique. <em>Histoire de France<\/em> (1874), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019\u00e9tonne du changement de politique propos\u00e9 par son ministre. Plus que \u00ab\u00a0du Necker\u00a0\u00bb, c\u2019est du Turgot. Face \u00e0 la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re qui s\u2019aggrave, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances propose au roi un projet radical pour unifier l\u2019administration des provinces et \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 fiscale.<\/p>\n<p>Contre Vergennes (qui fait office de Premier ministre depuis la mort de Maurepas et m\u00e9nage les coteries de la cour), Calonne va convaincre le roi de convoquer une Assembl\u00e9e des notables pour leur pr\u00e9senter son projet, au d\u00e9but de 1787. C\u2019est le type m\u00eame de la fausse bonne id\u00e9e. Ils sont tous attach\u00e9s \u00e0 leurs privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>Dans un second temps, Calonne propose un plan audacieux de r\u00e9formes qui aurait pu sauver la monarchie, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 soutenu par le roi. Mais le peuple qui l\u2019accuse \u00e0 pr\u00e9sent de vouloir augmenter les imp\u00f4ts le surnomme Monsieur D\u00e9ficit. La joie est g\u00e9n\u00e9rale le jour de son renvoi, en mai 1787. Disgr\u00e2ce d\u00e9finitive pour l\u2019ex Enchanteur.<\/p>\n<h4>Jacques Necker\u00a0: le Petit commis marchand, Roi de France<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela ressemble \u00e0 mes id\u00e9es [\u2026] comme un moulin \u00e0 vent ressemble \u00e0 la lune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1227\" class=\"cit-num\">1227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), prenant connaissance du projet de Necker, Lettre \u00e0 Dupont de Nemours, f\u00e9vrier\u00a01778<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre en charge des Finances en fait sinon en titre, Necker est salu\u00e9 comme un nouveau Colbert qui va moderniser l\u2019\u00e9conomie de la France. Banquier suisse ayant pr\u00eat\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Terray (aux Finances en 1772), il esp\u00e9rait lui succ\u00e9der en 1774, mais Turgot l\u2019a \u00e9vinc\u00e9.<br>Necker veut emprunter des sommes consid\u00e9rables pour faire face, sans nouveaux imp\u00f4ts, aux d\u00e9penses militaires. Reprenant un projet de Turgot pour limiter le r\u00f4le des intendants, il tente une d\u00e9centralisation qui multiplie les compromis \u2013 et m\u00e9contentera finalement tout le monde. Marie-Antoinette se moque en le surnommant le Petit commis marchand.<\/p>\n<p>En fait, les deux ministres sont l\u2019un et l\u2019autre honn\u00eates et comp\u00e9tents, mais Turgot, proche des physiocrates, pr\u00f4ne une politique \u00e9conomique lib\u00e9rale, alors que Necker propose un interventionnisme \u00e9conomique de l\u2019\u00c9tat \u00e0 la mani\u00e8re de Colbert, sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il y a aussi opposition de caract\u00e8re\u00a0: le doctrinaire Turgot passe en force, Necker, philanthrope et diplomate, cherche la conciliation. Mais Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> met fin au (premier) minist\u00e8re Necker le 19 mai 1781.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance \/ De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0: \/ Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, le roi va rappeler Necker toujours soutenu par l\u2019opinion publique. La reine semble changer d\u2019avis et pousse \u00e0 cette d\u00e9cision, mais elle tremble d\u00e9j\u00e0 et ne sait plus que conseiller au roi. La situation est r\u00e9ellement inextricable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1258\" class=\"cit-num\">1258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1788. <em>Necker<\/em> (1938), \u00c9douard Chapuisat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il ironise au rappel de Necker qui devient ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat)\u00a0: c\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour cette monarchie. Le banquier suisse pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle, en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Et il convoque une seconde Assembl\u00e9e des notables, pour novembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 perd l\u2019homme du monde qui lui \u00e9tait le plus tendrement d\u00e9vou\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1327\" class=\"cit-num\">1327<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 11\u00a0juillet 1789<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi a invit\u00e9 son directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances \u00e0 \u00ab\u00a0sortir momentan\u00e9ment du royaume\u00a0\u00bb. Exiler ce financier sage et honn\u00eate, l\u2019un des hommes les plus populaires du royaume, est une absurdit\u00e9. Sans doute le juge-t-il trop lib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le renvoi de Necker est connu le 12\u00a0juillet au matin. Le peuple s\u2019amasse au Palais-Royal. Camille Desmoulins, sortant du caf\u00e9 de Foy \u00e9tabli sous les galeries, saute sur une chaise, brandit son \u00e9p\u00e9e d\u2019une main, un pistolet dans l\u2019autre, et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Il improvise son premier discours\u00a0: \u00ab\u00a0Necker est chass\u00e9\u00a0; c\u2019est le tocsin d\u2019une Saint-Barth\u00e9lemy de patriotes. Ce soir m\u00eame, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous \u00e9gorger. Une ressource nous reste, c\u2019est de courir aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Des milliers de voix hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Les manifestations ne vont plus cesser dans les rues\u00a0: la R\u00e9volution est en marche.<\/p>\n<p>Necker sera rappel\u00e9 par le roi apr\u00e8s la prise de la Bastille (le 16) pour apaiser les r\u00e9volutionnaires. L\u2019opposition de la premi\u00e8re Assembl\u00e9e nationale mettra fin \u00e0 ce troisi\u00e8me minist\u00e8re Necker. Tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce, il donne sa d\u00e9mission le 3\u00a0septembre\u00a01790. Retir\u00e9 au ch\u00e2teau de Coppet, il va d\u00e9sormais \u00e9crire pour justifier sa gestion depuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> l\u2019a appel\u00e9 au gouvernement et exposer ses id\u00e9es sur l\u2019administration des finances de la France.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-la-revolution\/\">Lire la suite\u00a0: Les Surnoms \u2013 jeu de mots entre petite et grande Histoire (R\u00e9volution)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Un surnom est le plus irr\u00e9futable des arguments.\u00a0\u00bb William HAZLITT (1778-1830 ), On nicknames (essai) Qui est qui\u00a0? 69 rois de France se succ\u00e8dent, dont 28 LOUIS &#8211; le pr\u00e9nom en majuscules vaut patronyme pour tous les souverains. Contemporains et historiens les surnomment pour les distinguer d\u2019un simple adjectif. Le sens n\u2019est pas toujours \u00e9vident [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":172,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9077","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9077","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9077"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9077\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12684,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9077\/revisions\/12684"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9077"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9077"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9077"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}