{"id":9080,"date":"2021-09-20T00:00:00","date_gmt":"2021-09-19T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-le-siecle-de-louis-xiv\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:06","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:06","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-le-siecle-de-louis-xiv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-le-siecle-de-louis-xiv\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (le Si\u00e8cle de Louis XIV)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un surnom est le plus irr\u00e9futable des arguments.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">William <span class=\"caps\">HAZLITT<\/span> (1778-1830 ), <em>On nicknames<\/em> (essai)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Qui est qui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>69 rois de France se succ\u00e8dent, dont 28 <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> \u2013 le pr\u00e9nom en majuscules vaut patronyme pour tous les souverains. Contemporains et historiens les surnomment pour les distinguer d\u2019un simple adjectif. Le sens n\u2019est pas toujours \u00e9vident et il y a des doublons, mais l\u2019on voit tout de suite l\u2019utilit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019habitude \u00e9tant prise, la plupart des personnages marquants \u00e0 la cour et \u00e0 la ville sont concern\u00e9s, politiciens, ministres et pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, r\u00e9volutionnaires, militaires, artistes, philosophes, favorites, etc.<\/p>\n<p><strong>Qui fait quoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La tentation est grande de r\u00e9sumer l\u2019action, l\u2019\u0153uvre, le caract\u00e8re en un, deux ou trois mots \u2013 pour informer, louer ou critiquer, voire encenser ou insulter, sans craindre la censure, vu l\u2019anonymat. Tous les personnages historiques \u00e0 tel ou tel titre y ont droit \u2013 exception incroyable, Victor Hugo\u00a0!<\/p>\n<p>Le surnom est la ran\u00e7on de la gloire, avant de devenir le prix de la notori\u00e9t\u00e9. La quantit\u00e9 augmente au d\u00e9triment de la qualit\u00e9. M\u00eame sans \u00ab\u00a0faire les poubelles\u00a0\u00bb, tout n\u2019est pas de bon go\u00fbt ni de bonne foi. Le surnom tourne vite au sobriquet et les r\u00e9seaux sociaux en rajoutent. L\u2019humour fran\u00e7ais sauve quand m\u00eame l\u2019honneur historien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au surnom conna\u00eet-on l\u2019homme\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Proverbe fran\u00e7ais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beaucoup de surnoms valent portraits\u00a0(ou croquis). \u00c9tonnants, terrifiants, dr\u00f4les, cruels, excessifs\u2026 mais toujours \u00e9vocateurs. Exemples\u00a0(entre 1 000)\u00a0par ordre d\u2019apparition sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>le Fl\u00e9au de Dieu, le Faiseur de rois, le Dogue noir de Broc\u00e9liande, Docteur Sublime, l\u2019Universelle aragne, Bras de Fer, le Vert galant, le Sphinx rouge, le Cul pourri, le L\u00e9gislateur du Parnasse, la Chiure de souris, l\u2019Aigle de Meaux, le Cygne de Cambrai, le Tapissier de Notre-Dame, le Rousseau du ruisseau, Vide-Gousset, Monsieur D\u00e9ficit, le H\u00e9ros des Deux-Mondes, la Torche de Provence, la Chandelle d\u2019Arras, le Mitrailleur de Lyon, le Missionnaire de la Terreur, le Boucher de l\u2019Europe, Jambe de Bois, le Diable boiteux, le Roi fauteuil, le Pr\u00eatre en bonnet rouge, Sainte-B\u00e9vue, le Marquis aux talons rouges, Foutriquet, le Grand f\u00e9cal, l\u2019Homme aux semelles de vent, le Clochard c\u00e9leste, Docteur Dieu, Fou-fou-train-train, le G\u00e9n\u00e9ral Micro, Pique-la-lune, le Mage de Monboudif, l\u2019Agit\u00e9 du bocal, le Ch\u00e2telain de Montretout, la langue de Blois, le grand Ballamouchi, \u00ab\u00a0trois minutes douche comprise\u00a0\u00bb, Nabol\u00e9on, Tsarkozy, le Ministre pipi, le Capitaine de p\u00e9dalo, Choupinet Ier, Jupiter.<\/p>\n<p>Et parmi les femmes\u00a0: Berthe au Grand pied (ou aux Grands pieds), la Dame de Beaut\u00e9, la Duchesse d\u2019Ordures, Oc\u00e9an d\u2019encre, la Grosse banqui\u00e8re, Notre-Dame des amours, la Vieille touffe, Maman putain, Madame D\u00e9ficit, la Bonne Dame de Nohant, la Vache \u00e0 encre, la Vierge rouge, la Pompe fun\u00e8bre, la M\u00e8re la Chaise,\u00a0 Notre-Dame de Sartre, l\u2019Aragonzesse, la Saint-Just des Trotskistes, la pintade \u00e0 roulettes, la garde des Sceaux \u00e0 Champagne, Miss P\u00e9tard, Titine de fer, la Ch\u00e2telaine de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>Quelques surnoms g\u00e9n\u00e9riques et \u00e9vocateurs marquent l\u2019Histoire\u00a0: les Jacques, les Mignons, les vaincre ou courir, les sans-culottes, les Marie-Louise, les Gilets rouges, les poilus, les Boches, les gueules cass\u00e9es, les P\u00e8res de l\u2019Europe, les gilets jaunes. Au final, la France elle-m\u00eame est d\u00e9sign\u00e9e par six surnoms qui r\u00e9sument son histoire.<\/p>\n<p>Enfin, une suggestion\u00a0: jouez au jeu des surnoms, cr\u00e9ez votre Quizz, pi\u00e9gez vos amis, \u00e9tonnez les amateurs, amusez les enfants\u00a0! C\u2019est l\u2019\u00e9dito le plus ludique et en m\u00eame temps, on apprend tout en s\u2019amusant, dans l\u2019esprit de<em> l\u2019Histoire en citations<\/em> qui se renouvelle \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<h3>Les surnoms<\/h3>\n<h3><span class=\"caps\">III<\/span>. Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h3>\n<p>Apog\u00e9e de l\u2019Ancien R\u00e9gime avec la monarchie absolue centr\u00e9e sur un Roi-soleil, une cour de grands hommes, guerriers ou ministres, des artistes de g\u00e9nie classique et les personnages f\u00e9minins les plus \u00e9tonnants.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations-5.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>\n<\/h4><p>Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: le Roi-Soleil, Louis le Grand, Louis Dieudonn\u00e9\n<\/p><blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi \u00e9tant peu empress\u00e9 aupr\u00e8s de la reine, les bonnes \u00e2mes murmuraient les noms d\u2019amants suppos\u00e9s (comme le comte de la Rivi\u00e8re). Un doute planera toujours sur la filiation entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et ce petit Dieudonn\u00e9 (don de Dieu) qui deviendra Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand \u2013 qualificatif le plus fr\u00e9quent de ce si\u00e8cle avide de grandeur, l\u2019exemple venant du Roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Nec pluribus impar.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Sup\u00e9rieur \u00e0 tous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"853\" class=\"cit-num\">853<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), sa devise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Non inf\u00e9rieur (ou\u00a0: in\u00e9gal) \u00e0 plusieurs (ou\u00a0: au plus grand nombre)\u00a0\u00bb \u2013\u00a0c\u2019est litt\u00e9ralement intraduisible. On peut quand m\u00eame essayer, en recourant \u00e0 une litote.<\/p>\n<p>D\u2019autres traductions existent, sign\u00e9es d\u2019historiens. Pierre Larousse, auteur du dictionnaire, pose la question et avoue qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse claire, m\u00eame pas celle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Je suffirai \u00e0 \u00e9clairer encore d\u2019autres mondes.\u00a0\u00bb Ce qui renvoie plut\u00f4t au soleil.<\/p>\n<p>En tout cas, la devise latine accompagne l\u2019embl\u00e8me choisi lors de la f\u00eate du Carrousel, en juin\u00a01662\u00a0: le Soleil. Ainsi se d\u00e9veloppe une mystique d\u2019origine suppos\u00e9e divine, assur\u00e9ment all\u00e9gorique, en r\u00e9alit\u00e9 bien pa\u00efenne du \u00ab\u00a0Roi-Soleil\u00a0\u00bb, personnage supraterrestre dont le culte atteint son apog\u00e9e avec l\u2019installation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 Versailles, en 1682.<\/p>\n<h4>Jean-Baptiste Colbert\u00a0: le Grand Colbert, le Nord<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>\u00a0Pro rege saepe\u00a0; pro patria semper.<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Pour le roi souvent\u00a0; pour la patrie toujours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"862\" class=\"cit-num\">862<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), sa devise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois anoblis (drapiers de Reims), Colbert sera l\u2019un des grands \u00ab\u00a0commis de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb durant vingt-deux ans, restant toujours au second plan pour ne pas faire ombre au Roi-Soleil.<\/p>\n<p>Homme de dossiers, mais aussi de clan et de famille, il place ses hommes et ses fils, marie ses filles \u00e0 des ducs et lutte contre les intrigues du clan Le Tellier, notamment Louvois, ministre de la Guerre.<\/p>\n<p>Travailleur infatigable, Colbert cumule les postes cl\u00e9s avec un ambitieux programme pour enrichir le pays\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir ou cr\u00e9er toutes les industries, m\u00eame de luxe\u00a0; \u00e9tablir le syst\u00e8me protecteur dans les douanes\u00a0; organiser les producteurs et les commer\u00e7ants en corporations\u00a0; restituer \u00e0 la France le transport maritime de ses produits\u00a0; d\u00e9velopper les colonies et les attacher commercialement \u00e0 la France\u00a0; d\u00e9velopper la marine militaire pour prot\u00e9ger la marine marchande.\u00a0\u00bb Il annonce\u2026 et il passe \u00e0 l\u2019action, ce qui tranche avec la plupart des d\u00e9clarations politiques. La France du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle doit son rayonnement international \u00e0 Colbert. Il a donc bien m\u00e9rit\u00e9 son surnom de Grand Colbert.<\/p>\n<p>Son autre surnom, plus anecdotique, est une trouvaille sign\u00e9e Madame de S\u00e9vign\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0le Nord\u00a0\u00bb est d\u2019un abord peu souriant, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de tous les courtisans aimant plaire. Colbert n\u2019aura jamais le temps (ni le don) pour ce superflu parfois n\u00e9cessaire en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9faut des actions \u00e9clatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l\u2019esprit des princes que les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"818\" class=\"cit-num\">818<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>Lettres, instructions et m\u00e9moires de Colbert<\/em> (posthume, 1863)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures (en 1664), Colbert exprime la pens\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et montre l\u2019importance de cette \u00ab\u00a0grandeur\u00a0\u00bb qui est plus qu\u2019un mot, une r\u00e9alit\u00e9 inh\u00e9rente au Grand Si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les seuls b\u00e2timents royaux co\u00fbtent en moyenne 4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat\u00a0: on construit un peu partout, \u00e0 Fontainebleau, Vincennes, Chambord, Saint-Germain, Marly, et surtout Versailles o\u00f9 les travaux commencent d\u00e8s 1661, pour durer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Une r\u00e9union de grands talents (la m\u00eame \u00e9quipe qui n\u2019a que trop bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte, r\u00e9sidence du surintendant Fouquet perdu par tant de magnificence) fait na\u00eetre la plus grande r\u00e9ussite artistique des temps modernes\u00a0: Versailles servira de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe pendant un\u00a0si\u00e8cle, imposant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, l\u2019impopularit\u00e9 de Colbert le poursuivit toute sa vie et jusqu\u2019apr\u00e8s la mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet l\u2019auteur de tous imp\u00f4ts<br>Dont \u00e0 pr\u00e9sent la France abonde.<br>Ne priez point pour son repos<br>Puisqu\u2019il l\u2019\u00f4tait \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"892\" class=\"cit-num\">892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe (anonyme) de Colbert, 1683. <em>Dictionnaire de la mort<\/em> (1967), Robert Sabatier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les ministres des Finances sont souvent impopulaires et Colbert, par sa rigueur, le fut tout particuli\u00e8rement. <em>La Mort de Colbert<\/em> est le titre d\u2019une chanson connue, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1683\u00a0: \u00ab\u00a0Caron \u00e9tant sur le rivage,\u00a0\/ Voyant Colbert, dit aussit\u00f4t\u00a0:\u00a0\/ Ne vient-il pas mettre un imp\u00f4t\u00a0\/ Sur mon pauvre passage.\u00a0\u00bb (Dans la mythologie, Caron avec sa barque permet aux \u00e2mes d\u2019acc\u00e9der au royaume des morts, mais il exige un p\u00e9age, pour franchir le fleuve Styx.)<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">II<\/span> de Bourbon Cond\u00e9\u00a0: le Grand Cond\u00e9<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le grand Cond\u00e9, que le Dieu Mars fit na\u00eetre<br>Pour \u00eatre son second,<br>Aux Francs-Comtois, aujourd\u2019hui fait conna\u00eetre<br>Que son illustre nom,<br>Comme jadis, n\u2019est pas un nom frivole.<br>Il prendrait Fontarabie<br>Comme il a pris D\u00f4le.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"870\" class=\"cit-num\">870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur la prise de la Franche-Comt\u00e9<\/em> (1668), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cond\u00e9 (1621-1686) est avec Turenne un h\u00e9ros de la guerre de D\u00e9volution et tous deux se font ainsi pardonner leur \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb sous la Fronde \u2013 ayant chacun son tour combattu avec l\u2019Espagne contre les troupes royales.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 conquiert en deux semaines la Franche-Comt\u00e9 (capitale, D\u00f4le), province espagnole convoit\u00e9e par la France depuis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>. Mais les Provinces-Unies (nord des Pays-Bas, dont la Hollande) s\u2019inqui\u00e8tent, ayant form\u00e9 d\u00e8s fin janvier\u00a01668 la Triple Alliance de La\u00a0Haye (protestante) avec la Su\u00e8de et l\u2019Angleterre. Les trois pays proposent une m\u00e9diation entre la France et l\u2019Espagne. En fait, ils l\u2019imposent. La guerre s\u2019arr\u00eate (1668), mais la Franche-Comt\u00e9 est perdue \u2013\u00a0elle sera reconquise en 1674\u00a0\u2013 et Bossuet, dans son sermon, foudroiera la \u00ab\u00a0perfide Angleterre\u00a0\u00bb, devenue plus tard \u00ab\u00a0perfide Albion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le voyez-vous comme il vole, ou \u00e0 la victoire, ou \u00e0 la mort\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"766\" class=\"cit-num\">766<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Oraison fun\u00e8bre de Louis de Bourbon, Prince de Cond\u00e9<\/em> (1686)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant fini l\u2019\u00e9ducation du Dauphin (1670-1680), l\u2019infatigable \u00e9v\u00eaque reprend ses activit\u00e9s de pr\u00e9dication \u00e0 Meaux. Il redevient grand orateur devant des auditoires mondains, en certaines occasions solennelles\u00a0: la derni\u00e8re sera la mort de son protecteur et ami, le prince de Cond\u00e9.<\/p>\n<p>Charg\u00e9 \u00e0 21\u00a0ans du commandement des arm\u00e9es du Nord, le quatri\u00e8me prince de Cond\u00e9 remporte l\u2019\u00e9clatante victoire de Rocroi (19\u00a0mai 1643) qui an\u00e9antit l\u2019arm\u00e9e espagnole des Pays-Bas et emp\u00eache l\u2019invasion mena\u00e7ante par les Ardennes\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e commen\u00e7a l\u2019action de gr\u00e2ce\u00a0; toute la France suivit\u00a0; on y \u00e9levait jusqu\u2019au ciel le duc d\u2019Enghien\u00a0: c\u2019en serait assez pour illustrer une autre vie que la sienne, mais pour lui, c\u2019est le premier pas de sa course.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des \u00e9pisodes de la guerre de Trente Ans qui d\u00e9chire l\u2019Allemagne depuis 1618 et dans laquelle la France intervint directement huit ans plus t\u00f4t, jour pour jour, contre l\u2019Espagne et les puissants Habsbourg tent\u00e9s de reconstituer l\u2019Empire de Charles Quint. L\u2019autre h\u00e9ros de cette guerre est Turenne et les deux hommes vont souvent se croiser, amis ou ennemis, selon le camp choisi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un Prince [Cond\u00e9] qui a honor\u00e9 la Maison de France, tout le nom fran\u00e7ais, son\u00a0si\u00e8cle, et pour ainsi dire l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"906\" class=\"cit-num\">906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Oraison fun\u00e8bre de Louis de Bourbon, Prince de Cond\u00e9<\/em> (1686)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On oublie sa Fronde et son alliance avec l\u2019Espagne ennemie, pour ne plus rappeler que le jeune vainqueur de Rocroi et de N\u00f6rdlingen avec Turenne, puis ses campagnes de Franche-Comt\u00e9 et d\u2019Alsace au service de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Le Grand Cond\u00e9 acheva sa vie au ch\u00e2teau de Chantilly, entour\u00e9 de po\u00e8tes et d\u2019\u00e9crivains (Boileau, Racine), \u00e0 l\u2019inverse de Turenne mort au combat au m\u00eame \u00e2ge, 65 ans,<\/p>\n<h4>Henri de La Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne\u00a0: le Grand Turenne<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand un g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9tend n\u2019avoir jamais fait de fautes, il me persuade qu\u2019il n\u2019a jamais fait la guerre longtemps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"768\" class=\"cit-num\">768<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURENNE<\/span> (1611-1675). <em>Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trois si\u00e8cles plus tard, Henry de Montherlant \u00e9crit dans ses <em>Carnets\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Turenne, dans ses lettres, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une victoire, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous l\u2019avons remport\u00e9e\u00a0\u00bb, et lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9faite\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 battu\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. C\u2019est rare d\u2019\u00eatre si beau joueur et bon perdant. C\u2019est aussi et surtout un Grand, un tr\u00e8s grand militaire, \u00e0 l\u2019\u00e9gal de Cond\u00e9.<\/p>\n<p>Henri de La Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne, mar\u00e9chal de France qui a d\u00e9j\u00e0 servi sous Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, sera de toutes les guerres sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> avant de trouver la mort en h\u00e9ros \u00e0 la bataille de Sasbach (en Allemagne).<\/p>\n<p>Pendant la guerre de Trente Ans, \u00e0 trois mois d\u2019intervalle, il venge sa d\u00e9faite de Marienthal (mai\u00a01645) par la victoire de N\u00f6rdlingen (ao\u00fbt) remport\u00e9e avec l\u2019aide du grand Cond\u00e9. Les deux hommes furent adversaires sous la Fronde, l\u2019un passant \u00e0 l\u2019ennemi alors que l\u2019autre restait du c\u00f4t\u00e9 des troupes royales, avant d\u2019inverser les r\u00f4les\u00a0! Folle p\u00e9riode, heureusement r\u00e9volue\u00a0!<\/p>\n<p>Sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, les deux militaires du si\u00e8cle qui m\u00e9ritent l\u2019un et l\u2019autre leur surnom de Grand ont donc l\u2019occasion de se racheter en servant le Roi et la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas qu\u2019il y ait un homme de guerre en repos en France, tant qu\u2019il y aura un Allemand en de\u00e7\u00e0 du Rhin en Alsace.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"882\" class=\"cit-num\">882<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURENNE<\/span> (1611-1675), \u00e0 un officier, avant la bataille de Turckheim, 5\u00a0janvier 1675. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France depuis l\u2019av\u00e8nement de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> jusqu\u2019\u00e0 la paix de Paris conclue en 1763<\/em> (1828), Petitot et Monmerque<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerre de Hollande\u00a0: la France a pour principal alli\u00e9 l\u2019Angleterre, face \u00e0 la Quadruple Alliance (Provinces-Unies, Saint Empire romain germanique, Espagne et Brandebourg).<\/p>\n<p>Une campagne antifran\u00e7aise s\u2019est d\u00e9cha\u00een\u00e9e en Allemagne \u2013 certains historiens ont dat\u00e9 de cette guerre l\u2019antagonisme franco-allemand et la phrase de Turenne, l\u2019un des plus illustres mar\u00e9chaux de France, sera souvent cit\u00e9e entre\u00a01871 et\u00a01914.<\/p>\n<p>Un effort extraordinaire est accompli par le pays, orchestr\u00e9 par Colbert au plan \u00e9conomique et fiscal, tandis que Louvois\u00a0 r\u00e9organise l\u2019arm\u00e9e\u00a0: modernisation de l\u2019armement, discipline (interdiction du pillage), promotion au courage (et pas seulement au titre h\u00e9rit\u00e9). Apr\u00e8s quelques d\u00e9faites, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> reprend la Franche-Comt\u00e9, Cond\u00e9 triomphe de Guillaume d\u2019Orange dans les Pays-Bas et Turenne fait une superbe campagne d\u2019Alsace, rejetant l\u2019ennemi hors du royaume apr\u00e8s la victoire de Turckheim (dans les Vosges). Bataille exemplaire par sa pr\u00e9paration (qui dure un mois), sa connaissance du terrain et du climat, mais aussi le petit nombre de morts (300 ennemis).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort aujourd\u2019hui un homme qui faisait honneur \u00e0 l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"883\" class=\"cit-num\">883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince <span class=\"caps\">MONTECUCOLLI<\/span> (1609-1680), rendant hommage \u00e0 son ennemi Turenne, Salzbach (ou Sasbach), 27\u00a0juillet 1675. <em>L\u2019Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em> (1875), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Turckheim, la foule accueille Turenne \u00e0 Paris comme le lib\u00e9rateur du royaume. Combl\u00e9 d\u2019honneurs et toujours modeste, il souhaite se retirer \u00e0 l\u2019Oratoire, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui donne le commandement de la nouvelle campagne de 1675. \u00c0 64\u00a0ans, le mar\u00e9chal de France retrouve son vieil adversaire Montecucolli\u00a0: g\u00e9n\u00e9ralissime des troupes de l\u2019empereur germanique, \u00e2g\u00e9 de 66\u00a0ans et toujours combattant.<\/p>\n<p>Deux mois durant, ils d\u00e9ploient leurs arm\u00e9es en grands tacticiens. Turenne semble avoir l\u2019avantage et va passer \u00e0 l\u2019offensive, quand il est mortellement bless\u00e9 par un boulet de canon, au cours d\u2019une op\u00e9ration de reconnaissance. Il sera enseveli \u00e0 la basilique de Saint-Denis \u2013 et transf\u00e9r\u00e9 en 1800 aux Invalides, par Bonaparte admiratif.<\/p>\n<h4>Marquise de S\u00e9vign\u00e9\u00a0: Madame de S\u00e9vign\u00e9 (en toute simplicit\u00e9)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nouvelle du si\u00e8ge de Charleroi a fait courir tous les jeunes gens, m\u00eame les boiteux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"869\" class=\"cit-num\">869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, mardi au soir, 10\u00a0ao\u00fbt 1677 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les quelque 1\u00a0500 lettres qui nous restent de la g\u00e9niale comm\u00e8re du si\u00e8cle sont une savoureuse chronique du temps\u00a0: la guerre y figure au m\u00eame titre que le proc\u00e8s de son ami Fouquet, les potins de la cour ou les grandes cr\u00e9ations th\u00e9\u00e2trales. Son humour (rarement m\u00e9chant) fait toujours sourire. La principale destinataire est sa fille tr\u00e8s ch\u00e9rie, Fran\u00e7oise, devenue comtesse de Grignan et vivant \u00e0 l\u2019autre bout de la France avec son mari, gouverneur de Provence. La gazette maternelle la tient fid\u00e8lement inform\u00e9e \u2013 ses r\u00e9ponses ne nous sont pas parvenues.<\/p>\n<p>Madame de S\u00e9vign\u00e9 conte ici un \u00e9pisode de la guerre de Hollande. La ville (aujourd\u2019hui en Belgique francophone) est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 des fins militaires par les Espagnols en 1666 et ainsi nomm\u00e9e en l\u2019honneur de leur nouveau roi, Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019en empare en mai\u00a01667 \u2013 une victoire de Turenne. Vauban renforce les fortifications. Nouveau si\u00e8ge en ao\u00fbt\u00a01677. Le mar\u00e9chal de Luxembourg oblige Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre (prince d\u2019Orange) \u00e0 abandonner la place, le 14\u00a0ao\u00fbt\u00a0: \u00ab\u00a0Le prince d\u2019Orange peut se vanter d\u2019une chose\u00a0: c\u2019est qu\u2019aucun g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 son \u00e2ge n\u2019a lev\u00e9 tant de si\u00e8ges et perdu autant de batailles\u00a0\u00bb, ironise un seigneur anglais \u00e0 l\u2019humour<em> so british<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"884\" class=\"cit-num\">884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fait divers va devenir affaire d\u2019\u00c9tat \u2013 c\u2019est l\u2019affaire des Poisons, premi\u00e8re ombre port\u00e9e au r\u00e8gne du Roi-Soleil. Et l\u2019infatigable \u00e9pistoli\u00e8re nous met dans la confidence, avec gourmandise.<\/p>\n<p>En 1679, le roi institue une cour extraordinaire de justice pour juger de ces crimes\u00a0: Chambre ardente qui si\u00e8ge dans une pi\u00e8ce tendue de draps noirs, \u00e9clair\u00e9e par des flambeaux. On la nomme \u00ab\u00a0cour des poisons\u00a0\u00bb. Louvois ne serait pas f\u00e2ch\u00e9 d\u2019\u00e9liminer ainsi certains de ses ennemis. Mais le scandale \u00e9clabousse la cour\u00a0: la duchesse de Bouillon dont parle Madame\u00a0de S\u00e9vign\u00e9 (la plus jeune des ni\u00e8ces de Mazarin), la comtesse de Soissons (autre \u00ab\u00a0mazarinette\u00a0\u00bb), la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, le duc de Vend\u00f4me, le mar\u00e9chal de Luxembourg (jadis alchimiste amateur), le grand Racine (soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir empoisonn\u00e9 par jalousie sa ma\u00eetresse, la com\u00e9dienne Du Parc)\u2026 et jusqu\u2019\u00e0 la favorite en titre du roi, la Montespan.<\/p>\n<p>L\u2019affaire des Poisons allait compromettre trop de monde \u00e0 la cour et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est horrifi\u00e9\u00a0: sa ma\u00eetresse lui aurait donc fait absorber des filtres d\u2019amour, maniganc\u00e9 la mort de Madame\u00a0de Fontanges (sa nouvelle favorite) et la st\u00e9rilit\u00e9 de la reine\u00a0!\u2026 Il suspend les interrogatoires. L\u2019enqu\u00eate publique est ferm\u00e9e, le roi fait br\u00fbler les dossiers, jetant lui-m\u00eame au feu de la chemin\u00e9e les pages compromettant son ex-favorite. La Chambre ardente aura si\u00e9g\u00e9 trois ans\u00a0! Au final, 36 condamnations \u00e0 mort prononc\u00e9es et appliqu\u00e9es.<\/p>\n<h4>Princesse Palatine\u00a0: Oc\u00e9an d\u2019encre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma taille est monstrueuse, je suis carr\u00e9e comme un d\u00e9, la peau est d\u2019un rouge m\u00e9lang\u00e9 de jaune, je commence \u00e0 grisonner, j\u2019ai les cheveux poivre et sel, le front et le pourtour des yeux sont rid\u00e9s, le nez est de travers comme jadis, mais festonn\u00e9 par la petite v\u00e9role, de m\u00eame que les joues\u00a0; je les ai pendantes, de grandes m\u00e2choires, des dents d\u00e9labr\u00e9es\u00a0; la bouche aussi est un peu chang\u00e9e, car elle est devenue plus grande et les rides sont aux coins\u00a0: voil\u00e0 la belle figure que j\u2019ai, ch\u00e8re Amelise\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse palatine (1652-1722), Lettre \u00e0 sa demi-s\u0153ur, 22 ao\u00fbt 1698<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019une des 60\u00a0000 lettres qui valent \u00e0 son auteur son surnom pour le moins original\u00a0: Oc\u00e9an d\u2019encre. Madame de S\u00e9vign\u00e9 est battue, m\u00eame si les deux femmes ne jouent pas sur le m\u00eame terrain ni avec les m\u00eames armes. L\u2019une cr\u00e9e un genre litt\u00e9raire et le porte \u00e0 la perfection \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, l\u2019autre \u00ab\u00a0d\u00e9balle\u00a0\u00bb au fil de ses emportements et ne s\u2019impose aucune censure de fond ni de forme. C\u2019est un personnage totalement atypique du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Venue de Bavi\u00e8re, la Palatine \u00e9pousa Monsieur, fr\u00e8re du roi (veuf de la premi\u00e8re Madame, Henriette d\u2019Angleterre, morte en 1670 \u00e0 26 ans). Ils firent trois enfants pour assurer la descendance, et ensuite lit \u00e0 part \u2013 lui n\u2019aimait pas les femmes,\u00a0 elle \u00e9tait devenue ob\u00e8se et marqu\u00e9e par la petite v\u00e9role, ainsi qu\u2019elle se d\u00e9crit sans complaisance.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9pargne pas non plus les gens de la cour \u2013 sauf son beau-fr\u00e8re, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, par respect d\u00fb au roi. Il lui en voudra des abominables surnoms donn\u00e9s \u00e0 sa seconde \u00e9pouse, Madame de Maintenon, mais \u00e0 la mort de son fr\u00e8re (Monsieur) et contrairement \u00e0 la r\u00e8gle, il autorisera la veuve Palatine \u00e0 conserver son rang, ses r\u00e9sidences et ses appartements au ch\u00e2teau de Versailles.<\/p>\n<p>Elle nous laisse un t\u00e9moignage litt\u00e9ralement extraordinaire de la vie \u00e0 la Cour du Roi Soleil, alliant un humour rare et une insolente\u00a0 franchise qui manquent aux m\u00e9moire de Saint Simon dont l\u2019envie et l\u2019aigreur alt\u00e8rent parfois le jugement. M\u00e8re du R\u00e9gent, on la retrouvera sous la R\u00e9gence, jugeant son fils sans le m\u00e9nager. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, condamnant la m\u00e9salliance, elle le gifle devant la cour \u00e0 l\u2019annonce de son mariage avec Mlle\u00a0de Blois, fille l\u00e9gitim\u00e9e du roi et de la Montespan, mais malgr\u00e9 tout b\u00e2tarde et \u00ab\u00a0qui ressemble \u00e0 un cul comme deux gouttes d\u2019eau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Ninon de Lenclos\u00a0: Notre Dame des Amours<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus difficile de bien faire l\u2019amour que de bien faire la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"767\" class=\"cit-num\">767<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ninon de <span class=\"caps\">LENCLOS<\/span> (1616-1706), <em>Lettres<\/em> (\u00e9dition posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Belle dame aux m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res, elle v\u00e9cut tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e en un si\u00e8cle tr\u00e8s guerrier et parle en connaissance de cause.<\/p>\n<p>S\u00e9ductrice aux \u00ab\u00a0mille amants\u00a0\u00bb et surnomm\u00e9e Notre Dame des Amours, \u00e9picurienne et lettr\u00e9e, tenant salon chaque jour et visit\u00e9e de cinq \u00e0 neuf par tout Paris, elle devient friande de jeunes gentilshommes et de pr\u00e9lats, sur le tard\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais eu que l\u2019\u00e2ge du c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En ce si\u00e8cle guerrier, cette femme libre aura naturellement nombre d\u2019amants c\u00e9l\u00e8bres et combattants. \u00c0 qui songe-t-elle en \u00e9crivant ces mots\u00a0? Au marquis et mar\u00e9chal d\u2019Estr\u00e9es, \u00e0 Coligny, au duc de La Rochefoucauld ou au duc d\u2019Enghien, devenu pour l\u2019histoire le Grand Cond\u00e9\u00a0?<\/p>\n<h4>Pierre Corneille\u00a0: le Grand Corneille ou Corneille l\u2019A\u00een\u00e9<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En vain, contre Le Cid, un ministre se ligue\u00a0;<br>Tout Paris pour Chim\u00e8ne a les yeux de Rodrigue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"721\" class=\"cit-num\">721<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>Satire <span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1668)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prot\u00e9g\u00e9 de Richelieu, Corneille (1606-1684) connut la gloire \u00e0 30\u00a0ans. <em>Le Cid<\/em> fut jou\u00e9 fin d\u00e9cembre\u00a01636, dans le th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 du cardinal (pr\u00e8s de 1 000 places pour les invit\u00e9s) et en janvier\u00a01637, au th\u00e9\u00e2tre du Marais. Cela explique l\u2019une et l\u2019autre date donn\u00e9es pour sa cr\u00e9ation, selon les sources les plus s\u00fbres (dictionnaires compris)\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande trag\u00e9die classique (ou plut\u00f4t, tragicom\u00e9die) est ovationn\u00e9e pour son g\u00e9nie propre et pour ses allusions \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 \u2013 le combat contre les Maures fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019invasion espagnole de cette ann\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> anoblit l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Mais Richelieu ne lui pardonne pas son refus de participer \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de cinq auteurs (avec Boisrobert, Colletet, L\u2019Estoile et Rotrou) charg\u00e9s de composer des pi\u00e8ces sur ses id\u00e9es\u00a0! C\u2019est le petit c\u00f4t\u00e9 d\u2019un grand homme, par ailleurs passionn\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre et m\u00e9c\u00e8ne actif.<\/p>\n<p>Le cardinal forme une cabale et l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, docile, suit, accable le jeune po\u00e8te de critiques jalouses et de propos p\u00e9dants. Corneille en souffre. Mais comme l\u2019\u00e9crira Boileau\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Acad\u00e9mie en corps a beau le censurer,\u00a0\/ Le public en r\u00e9volte s\u2019obstine \u00e0 l\u2019admirer.\u00a0\u00bb La \u00ab\u00a0querelle du Cid\u00a0\u00bb va \u00e9mouvoir Paris, toute l\u2019ann\u00e9e 1637.<\/p>\n<p>Mais quand Boileau \u00e9crit pour vanter le grand Corneille en 1668, la faveur du public se d\u00e9tourne de lui et Racine devient\u00a0 le nouveau trag\u00e9dien du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, encore plus riche au plan culturel que sous le minist\u00e9riat conjoint de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019<em>Ag\u00e9silas<\/em>,<br>H\u00e9las\u00a0!<br>Mais apr\u00e8s l\u2019<em>Attila<\/em>,<br>Hol\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"867\" class=\"cit-num\">867<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>\u00c9pigramme<\/em> (1667)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin du r\u00e8gne sans partage du Grand Corneille, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de ces deux trag\u00e9dies cr\u00e9\u00e9es \u00e0 un an d\u2019intervalle (1666 et 1667). Son premier surnom est confirm\u00e9 par le second, Corneille l\u2019A\u00een\u00e9, oppos\u00e9 au cadet, Thomas Corneille (1625-1709). La post\u00e9rit\u00e9 n\u2019a pas retenu son nom, et pourtant\u2026 De presque vingt ans son cadet, il suit son exemple, juriste et dramaturge. Son <em>Timocrate<\/em> (1656) est le triomphe th\u00e9\u00e2tral du si\u00e8cle, avec 80 repr\u00e9sentations de suite \u2013 du jamais vu \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Corneille le Grand, le moins courtisan de tous les artistes de si\u00e8cle, est \u00ab\u00a0remplac\u00e9\u00a0\u00bb par le jeune et ambitieux Racine, trag\u00e9dien de g\u00e9nie qui va conna\u00eetre dix ans de triomphe, jusqu\u2019\u00e0 la chute de sa <em>Ph\u00e8dre<\/em>, victime d\u2019une cabale en 1677, cependant que Moli\u00e8re est roi dans la com\u00e9die. Lully, le plus courtisan des hommes de th\u00e9\u00e2tre et le plus d\u00e9test\u00e9 aussi, invente l\u2019op\u00e9ra \u00e0 la fran\u00e7aise. Belle et grande \u00e9poque culturelle.<\/p>\n<p>Mais Corneille continue d\u2019\u00e9crire, collaborant et cosignant (souvent) avec Moli\u00e8re, avec Lully. En 1670, il se retrouve en concurrence directe avec son rival, Racine, auteur l\u00e9gitimement applaudi de <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quoi, Rome ne veut pas quand vous avez voulu\u00a0? <br>Que faites-vous, Seigneur, du pouvoir absolu\u2026 <br>Ah! si j\u2019en puis juger sur ce qu\u2019on voit para\u00eetre, <br>Vous en \u00eates l\u2019esclave encore plus que le ma\u00eetre\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684), <em>Tite et\u00a0 B\u00e9r\u00e9nice<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est plus tout \u00e0 fait le Grand Corneille, mais sa passion d\u2019\u00e9crire le pousse encore, jusqu\u2019\u00e0 <em>Sur\u00e9na<\/em> (1674). Succ\u00e8s mitig\u00e9, les ex\u00e9g\u00e8tes y trouvant encore des progr\u00e8s dans l\u2019\u00e9volution du sentiment amoureux dans la trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Il ne renoncera jamais au th\u00e9\u00e2tre (comme Racine), mais il est malade, il finira par ne plus venir aux s\u00e9ances de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Son fr\u00e8re Thomas sera \u00e9lu \u00e0 son fauteuil\u2026 et c\u2019est Racine qui prononce le discours de r\u00e9ception le 2 janvier 1685\u00a0: un vibrant \u00e9loge du Grand Corneille. On dit toujours que \u00ab\u00a0le th\u00e9\u00e2tre est une grande famille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Moli\u00e8re\u00a0: le Peintre<\/h4>\n<p>(Moli\u00e8re est le pseudonyme qu\u2019il s\u2019est choisi en d\u00e9but de carri\u00e8re pour ne pas g\u00eaner sa famille, comme Voltaire au si\u00e8cle suivant. Wikip\u00e9dia fera la m\u00eame confusion dans les deux cas. Son vrai surnom lui sera donn\u00e9 pour son art de portraiturer ses contemporains)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien savoir si la grande r\u00e8gle de toutes les r\u00e8gles n\u2019est pas de plaire et si une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui a attrap\u00e9 son but n\u2019a pas suivi un bon chemin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"822\" class=\"cit-num\">822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>La Critique de l\u2019\u00c9cole des femmes<\/em> (1663)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre g\u00e9nie du si\u00e8cle, Jean-Baptiste Poquelin dit Moli\u00e8re, auteur, acteur, metteur en sc\u00e8ne, chef de troupe, ne peut vivre et s\u2019exprimer \u00e0 peu pr\u00e8s librement qu\u2019avec la protection du roi\u00a0: contre les d\u00e9vots, les bourgeois, les parvenus, les p\u00e9dants qu\u2019il va peindre (presque) sans concession. Il reste \u00e0 ce jour l\u2019auteur dramatique fran\u00e7ais le plus aim\u00e9, le plus jou\u00e9 au monde.<\/p>\n<p>Racine, si diff\u00e9rent de lui pourtant, a la m\u00eame \u00e9thique professionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0La principale r\u00e8gle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir \u00e0 cette premi\u00e8re\u00a0\u00bb (Pr\u00e9face de <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>). Com\u00e9die oblige, Moli\u00e8re ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une \u00e9trange entreprise que celle de faire rire les honn\u00eates gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le scandale du monde est ce qui fait l\u2019offense,<br>Et ce n\u2019est pas p\u00e9cher que p\u00e9cher en silence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"872\" class=\"cit-num\">872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), Tartuffe (1669)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 5\u00a0f\u00e9vrier 1669, la pi\u00e8ce peut enfin se jouer en public, \u00e9pilogue d\u2019un \u00e9puisant combat de cinq ann\u00e9es, reflet de la censure au Grand\u00a0Si\u00e8cle\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re version en trois actes de la pi\u00e8ce \u2013 dont une \u00e9bauche a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par le roi \u2013 est jou\u00e9e le 12\u00a0mai 1664. Influenc\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Paris, il interdit les repr\u00e9sentations publiques, mais ne va pas jusqu\u2019\u00e0 suivre le cur\u00e9 Roull\u00e9 qui demande un b\u00fbcher pour y br\u00fbler l\u2019auteur\u00a0! Moli\u00e8re a des appuis en haut lieu \u2013\u00a0Madame et Monsieur, Cond\u00e9, le l\u00e9gat du pape (cardinal Chigi), mais la \u00ab\u00a0cabale des d\u00e9vots\u00a0\u00bb est la plus forte et son Tartuffe ne se joue qu\u2019en priv\u00e9 (chez Monsieur, fr\u00e8re du roi).<\/p>\n<p>Moli\u00e8re ne peut s\u2019y r\u00e9soudre et \u00e9crit une deuxi\u00e8me version \u00e9dulcor\u00e9e. Il rectifie le portrait, habille son faux d\u00e9vot en homme du si\u00e8cle et profite de l\u2019absence du roi (guerroyant dans l\u2019arm\u00e9e des Flandres) pour pr\u00e9senter<em> Panulphe ou l\u2019Imposteur<\/em>. Lamoignon, premier pr\u00e9sident du Parlement, interdit la pi\u00e8ce, l\u2019archev\u00eaque de Paris excommunie les spectateurs, Moli\u00e8re tombe malade.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me version triomphe enfin en 1669, avec la b\u00e9n\u00e9diction du roi et cinquante repr\u00e9sentations (chiffre consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque, le record \u00e9tant battu par le <em>Timocrate<\/em> de Thomas Corneille). Moli\u00e8re devient alors le pourvoyeur des divertissements royaux \u00e0 toutes les f\u00eates, suscitant bien des jalousies et des cabales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Presque tous les hommes meurent de leurs rem\u00e8des et non pas de leurs maladies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"879\" class=\"cit-num\">879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>Le Malade imaginaire<\/em> (1673)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier faux auto portrait du Peintre, mise en abyme bouleversante\u00a0: r\u00e9ellement malade d\u2019une tuberculose que les m\u00e9decins du temps sont impuissants \u00e0 gu\u00e9rir (par les saign\u00e9es et les lavements), affect\u00e9 par la mort de son fils et de sa vieille amie Madeleine B\u00e9jart, \u00e9puis\u00e9 de travail \u00e0 la t\u00eate de sa troupe et au service du roi, supplant\u00e9 par l\u2019intrigant Lully aupr\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Moli\u00e8re, 51\u00a0ans, est pris d\u2019une d\u00e9faillance sur la sc\u00e8ne de son th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal, alors qu\u2019il joue pour la quatri\u00e8me fois le r\u00f4le du Malade. Il meurt chez lui quelques heures plus tard, crachant le sang. Armande, sa femme, devra faire intervenir personnellement Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour obtenir de l\u2019archev\u00eaque de Paris des fun\u00e9railles (nocturnes) et une s\u00e9pulture chr\u00e9tienne, le 21\u00a0f\u00e9vrier 1673.<\/p>\n<p>Ceci pour d\u00e9mentir la l\u00e9gende\u00a0: Moli\u00e8re mort en sc\u00e8ne et son cadavre jet\u00e9 \u00e0 la fosse commune. Il n\u2019est pas non plus mort dans la mis\u00e8re. Son train de vie et sa fortune personnelle en attestent, m\u00eame s\u2019ils ne sont en rien comparables \u00e0 ceux de son dernier rival, Lully.<\/p>\n<h4>Jean-Baptiste Lully\u00a0: le Florentin<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On\u00a0doit\u00a0immoler\u00a0tout,\u00a0jusqu\u2019\u00e0\u00a0la\u00a0vertu\u00a0m\u00eame\u00a0;<br>Qu\u2019on\u00a0ne\u00a0saurait\u00a0trop\u00a0t\u00f4t\u00a0se\u00a0laisser\u00a0enflammer\u00a0;<br>Qu\u2019on\u00a0n\u2019a\u00a0re\u00e7u\u00a0du\u00a0ciel\u00a0un\u00a0c\u0153ur\u00a0que\u00a0pour\u00a0aimer\u00a0;<br>Et\u00a0tous\u00a0ces\u00a0lieux\u00a0communs\u00a0de\u00a0morale\u00a0lubrique<br>Que\u00a0Lulli r\u00e9chauffa\u00a0des\u00a0sons\u00a0de\u00a0sa\u00a0musique\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>Satire X, Sur les femmes<\/em> (1694)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a connu Boileau plus ais\u00e9 dans la Satire et moins laborieux dans l\u2019hommage.<\/p>\n<p>L\u2019Italie a invent\u00e9 l\u2019op\u00e9ra \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle \u2013 un genre populaire. Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, Verdi \u00e9tait un dieu vivant. La France est moins m\u00e9lomane et c\u2019est le Florentin Giovanni Battista Lulli (1637-1682), devenu Jean-Baptiste Lully, qui va imposer le genre avec la com\u00e9die-ballet et la trag\u00e9die en musique, autrement dit l\u2019op\u00e9ra (baroque).<\/p>\n<p>Le jeune Florentin arrive en France \u00e0 dix ans. Ambitieux et surdou\u00e9, il apprend le violon, entre au service du jeune Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> comme danseur de ballet en 1652 et un an apr\u00e8s, le voil\u00e0 compositeur de la cour. Naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1661, Lully se marie (quoique pr\u00e9f\u00e9rant les hommes) et devient surintendant de la Musique royale. Il collabore avec Moli\u00e8re pour le <em>Bourgeois gentilhomme<\/em> et une dizaine d\u2019autres com\u00e9dies-ballets, jusqu\u2019\u00e0 <em>Psych\u00e9<\/em> (1671), trag\u00e9die-ballet sur un livret de Moli\u00e8re, Corneille et Philippe Quinault. Belle affiche, grand spectacle, immense succ\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, ses intrigues qui l\u2019ont brouill\u00e9 avec Moli\u00e8re lui permettent d\u2019obtenir la direction et l\u2019exploitation exclusive de l\u203a Acad\u00e9mie d\u2019Op\u00e9ra dont les pr\u00e9c\u00e9dents responsables (le po\u00e8te Pierre Perrin, le musicien Robert Cambert et le marquis de Soud\u00e9ac, machiniste r\u00e9put\u00e9, mais escroc notoire) sont en faillite ou en prison\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Interdiction \u00e0 toute personne \u00ab\u00a0de faire chanter aucune pi\u00e8ce enti\u00e8re en France, soit en vers fran\u00e7ais ou autres langues, sans la permission par \u00e9crit dudit sieur Lully, \u00e0 peine de dix mille livres d\u2019amende, et de confiscation des th\u00e9\u00e2tres, machines, d\u00e9corations, habits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lettres patentes cr\u00e9ant l\u2019Acad\u00e9mie royale de musique<\/em> (1672)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fort de ce monopole, Lully donne chaque ann\u00e9e un op\u00e9ra (ou trag\u00e9die lyrique) par an, \u00e0 commencer par<em> Cadmus et Hermione<\/em> (1673), sur un livret de Philippe Quinault qui devient son librettiste attitr\u00e9. Le roi assiste \u00e0 la premi\u00e8re et d\u00e8s le lendemain, il met \u00e0 la disposition de son prot\u00e9g\u00e9 la salle du Palais-Royal, occup\u00e9e par la troupe de Moli\u00e8re mort l\u2019an dernier \u2013 associ\u00e9s \u00e0 la troupe du Marais, install\u00e9s dans la Salle du Jeu de Paume, les com\u00e9diens fusionneront \u00e0 la demande du roi pour devenir la Com\u00e9die fran\u00e7aise, en 1680.<\/p>\n<p>Travailleur acharn\u00e9 et fort de son monopole comme directeur de l\u2019Op\u00e9ra, subventionn\u00e9 \u00e0 la hauteur de ses ambitions, Lully \u00e9clipse tous les compositeurs de l\u2019\u00e9poque (Marc-Antoine Charpentier, Andr\u00e9 Campra, Louis-Nicolas Cl\u00e9rambault). En 1681, le surintendant de la Musique devient aussi le secr\u00e9taire du Roi. Sa carri\u00e8re atteint son apog\u00e9e.<\/p>\n<p>Bisexuel, Lully entretient des relations intimes avec des femmes comme avec des hommes. Vu leurs relations privil\u00e9gi\u00e9s, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ferme les yeux (et son fr\u00e8re, Monsieur, est notoirement homosexuel). Mais sous l\u2019influence de Madame de Maintenon, il tol\u00e8re de moins en moins l\u2019homosexualit\u00e9, le \u00ab\u00a0vice italien\u00a0\u00bb. En 1685, c\u2019est le scandale de trop. Lully a nou\u00e9 une liaison avec un jeune page de la Chapelle, Brunet. Il perd son cr\u00e9dit aupr\u00e8s du roi qui n\u2019assiste pas aux repr\u00e9sentations d\u2019<em>Armide<\/em> en 1686. On imagine l\u2019effet \u00e0 la Cour, d\u2019autant que Lully s\u2019est fait beaucoup d\u2019ennemis.<\/p>\n<p>Le 8 janvier 1687, son<em> Te Deum<\/em> chant\u00e9 avec 150 musiciens doit f\u00eater la gu\u00e9rison du roi atteint d\u2019une fistule anale \u2013 tout se sait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Lors d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition, Lully s\u2019emporte comme souvent. Cette fois, il se blesse un orteil avec le lourd b\u00e2ton de direction dont on frappe le sol pour battre la mesure. Sa jambe va s\u2019infecter. \u00c9tant danseur, il refuse l\u2019amputation. La gangr\u00e8ne se propage au reste du corps. Ainsi finit le Florentin, mort \u00e0 54 ans d\u2019un \u00ab\u00a0accident du travail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Boileau\u00a0: le L\u00e9gislateur (ou le R\u00e9gent) du Parnasse<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019en un lieu, qu\u2019en un jour, un seul fait accompli<br>Tienne jusqu\u2019\u00e0 la fin le th\u00e9\u00e2tre rempli.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"821\" class=\"cit-num\">821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711),<em> L\u2019Art po\u00e9tique<\/em> (1674)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand codificateur des lettres, le L\u00e9gislateur du Parnasse donne, avec la \u00ab\u00a0r\u00e8gle des trois unit\u00e9s\u00a0\u00bb, la d\u00e9finition de la trag\u00e9die classique, genre n\u00e9 et mort au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle (malgr\u00e9 les trag\u00e9dies de Voltaire qui se croira trag\u00e9dien) et port\u00e9 \u00e0 la perfection par le jeune Racine supplantant le Grand Corneille.<\/p>\n<p>Boileau, historiographe du roi, auteur de satires et d\u2019\u00e9p\u00eetres, est le th\u00e9oricien de l\u2019esth\u00e9tique classique. Dans la<em> Querelle des Anciens et des Modernes<\/em> (1687), il d\u00e9fend les auteurs de l\u2019Antiquit\u00e9 qu\u2019il juge insurpassables, contre Charles Perrault, partisan des modernes dans <em>Le Si\u00e8cle de Louis le Grand<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Et l\u2019on peut comparer, sans crainte d\u2019\u00eatre injuste,\u00a0\/ Le si\u00e8cle de Louis au beau si\u00e8cle d\u2019Auguste.\u00a0\u00bb Ces guerres entre critiques passionnent les beaux esprits.<\/p>\n<p>D\u00e9cennie prodigieuse de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise, floraison de chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0: c\u2019est la plus belle \u00e9poque du m\u00e9c\u00e9nat artistique dans notre pays et tous les arts en profitent. Dans une Europe encore baroque, voil\u00e0 le triomphe du classicisme fran\u00e7ais. Et la r\u00e9ussite (exceptionnelle dans l\u2019histoire) d\u2019un art officiel, dirig\u00e9, pensionn\u00e9, administr\u00e9, voulu par le roi. En ce domaine, Napol\u00e9on \u00e9chouera.<\/p>\n<h4>Jean de La Fontaine\u00a0: le Bonhomme<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9finis la cour un pays o\u00f9 les gens,<br>Tristes, gais, pr\u00eats \u00e0 tout, \u00e0 tout indiff\u00e9rents,<br>Sont ce qu\u2019il pla\u00eet au prince, ou, s\u2019ils ne peuvent l\u2019\u00eatre<br>T\u00e2chent au moins de le para\u00eetre\u00a0:<br>Peuple cam\u00e9l\u00e9on, peuple singe du ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"824\" class=\"cit-num\">824<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables<\/em>. Les Obs\u00e8ques de la lionne (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse bien des loisirs pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin. Fouquet est son m\u00e9c\u00e8ne ami et \u00e0 la chute du surintendant (1661), La Fontaine trouve d\u2019autres riches protecteurs \u2013 surtout protectrices, duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Madame\u00a0de la Sabli\u00e8re, Marie-Anne Mancini, etc. Le Bonhomme est sympathique et surtout atypique. Courtisan \u00e0 la cour, il est cependant \u00e9pris de libert\u00e9 et fort habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort.<\/p>\n<p>Une carri\u00e8re finalement r\u00e9ussie et heureuse pour un g\u00e9nie toujours appr\u00e9ci\u00e9 pour ses <em>Fables<\/em> \u2013 des grands plus que des enfants. Ses <em>Contes<\/em> (pour adultes) restent lisibles pour quelques passages anecdotiques, mais les auteurs du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle feront mieux dans le genre\u00a0\u00e9rotique.<\/p>\n<h4>Marquise de Montespan\u00a0: la Sultane reine, Ath\u00e9na\u00efs<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9loge le plus flatteur qu\u2019on puisse faire \u00e0 une femme, c\u2019est de dire beaucoup de mal de sa rivale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame de <span class=\"caps\">MONTESPAN<\/span> (1640-1707), citation non sourc\u00e9e , reprise presque mot pour mot par Delphine de Girardin dans ses <em>Lettres parisiennes<\/em>, 24 mai 1837<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e Fran\u00e7oise de Rochechouart de Mortemart, elle \u00e9pouse le marquis de Montespan et gardera le nom et le titre. Elle s\u2019auto-pr\u00e9nomme aussi Ath\u00e9na\u00efs, jouant avec talent la pr\u00e9cieuse pas du tout ridicule dans les salons du Marais o\u00f9 elle aime briller. Son mari \u00e9tant ruin\u00e9, elle use de ses relations bien plac\u00e9es pour devenir dame d\u2019honneur de la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se et bient\u00f4t amie et confidente de sa future rivale, Madame de Maintenon. Le \u00ab\u00a0grand monde\u00a0\u00bb est petit et tout le monde conna\u00eet tout le monde, pour en dire du bien ou du mal. La suite de l\u2019histoire le prouve.<\/p>\n<p>Elle rencontre le roi qui n\u2019a d\u2019yeux que pour sa ma\u00eetresse, Louise de la Valli\u00e8re. Mais quand celle-ci prend la Montespan comme confidente, le roi la remarque. Elle a tout pour plaire, l\u2019esprit et la beaut\u00e9, la nouveaut\u00e9, une mani\u00e8re de dire du mal des gens, mais sans m\u00e9chancet\u00e9, juste pour s\u2019amuser et amuser le roi. Grand amoureux, il s\u2019\u00e9prend de cette nouvelle ma\u00eetresse, le mari apprend la v\u00e9rit\u00e9, va faire scandale \u00e0 la cour. Le cocu le plus c\u00e9l\u00e8bre de France se retrouve exil\u00e9 sur ses terres, en Gascogne.<\/p>\n<p>La Valli\u00e8re souffre discr\u00e8tement de cette rivale, devenue le paravent des nouvelles amours royales et la ris\u00e9e de la cour. Seule la reine ignore (apparemment) la v\u00e9rit\u00e9. Elle finit par quitter la place et entre au couvent des Carm\u00e9lites.<\/p>\n<p>En 1674, la Montespan devient la Favorite en titre, d\u00e9sormais expos\u00e9e \u00e0 tous les regards, cible de toutes les jalousies. Elle donnera sept enfants au roi, dont six seront l\u00e9gitim\u00e9s. Mais elle redoute les filles d\u2019honneur de la reine, chacune \u00e9tant une rivale en puissance. Elle fait supprimer le poste.<br>Elle r\u00e8gne vraiment sur le roi pendant dix ans et c\u2019est la plus belle \u00e9poque du Roi-Soleil qui offre \u00e0 Ath\u00e9na\u00efs tout ce dont une femme peut r\u00eaver, diamants, ch\u00e2teaux, honneurs divers. M\u00e9c\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e, elle prot\u00e8ge personnellement La Fontaine, Moli\u00e8re, Lully, Quinault (son librettiste). La Sultane reine sera la plus grande favorite de l\u2019histoire durant une d\u00e9cennie magnifique, exer\u00e7ant tous ses talents \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la monarchie culmine.<\/p>\n<p>Mais avec le temps, l\u2019\u00e2ge et les maternit\u00e9s, elle prend de l\u2019embonpoint. Le roi, peut-\u00eatre las de cette vie trop brillante et de tous ces plaisirs fatigants, devient sensible au langage de sagesse de Madame de Maintenon, autre marquise charg\u00e9e de l\u2019\u00e9ducation des enfants royaux l\u00e9gitim\u00e9s. La jalousie entre ces deux femmes de caract\u00e8re oblige le roi \u00e0 intervenir. On imagine les rumeurs \u00e0 la cour et \u00e0 la ville. Une troisi\u00e8me marquise s\u2019en fait naturellement l\u2019\u00e9cho\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde croit que l\u2019\u00e9toile de Madame de Montespan p\u00e2lit\u2026 Les uns tremblent, les autres se r\u00e9jouissent, les uns souhaitent l\u2019immutabilit\u00e9, les autres un changement de th\u00e9\u00e2tre\u2026 On regarde, on observe, on s\u2019imagine, on trouve des rayons de lumi\u00e8re sur des visages que l\u2019on trouvait indignes, il y a un mois, d\u2019\u00eatre compar\u00e9s aux autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 11 septembre 1676<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle d\u00e9crit la situation qui se complique encore \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Mlle de Fontanges, 17 ans, prot\u00e9g\u00e9e de la Montespan qui l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e au roi pour mieux le retenir. Jeu dangereux, mal jou\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Il tombe fou amoureux, elle se retrouve enceinte et accouche d\u2019un pr\u00e9matur\u00e9 qui ne survit pas. Elle-m\u00eame va mourir d\u2019un mal myst\u00e9rieux \u2013 en pleine Affaire des Poisons\u00a0!! Madame de Montespan est soup\u00e7onn\u00e9e du pire, mais aussi d\u2019avoir donn\u00e9 des filtres d\u2019amour pour retenir le roi. Il se d\u00e9tourne d\u00e9finitivement d\u2019elle qui finira dans la d\u00e9votion. Mais la belle-s\u0153ur du roi ne d\u00e9sarme pas pour autant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame de Montespan a la peau comme quand les enfants s\u203a amusent \u00e0 jouer avec du papier, \u00e0 le plier et \u00e0 le replier\u00a0: tout son visage est recouvert de petites rides si rapproch\u00e9es des unes des autres que c\u2019en est \u00e9tonnant\u00a0; ses beaux cheveux sont blancs comme la neige, et toute la figure est rouge\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), Lettre \u00e0 la duchesse de Hanovre, Versailles, 29 d\u00e9cembre 1701<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impitoyable pour l\u2019ex-Sultane reine d\u00e9chue, elle n\u2019\u00e9pargne pas davantage le fruit de ses amours royales.<\/p>\n<h4>Comte de Toulouse (Louis Alexandre de Bourbon)\u00a0: la Chiure de souris<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme fort court, avec un accueil aussi gracieux qu\u2019un froid naturel, mais glacial, le pouvait permettre\u00a0; de la valeur et de l\u2019envie de faire, mais par les bonnes voies, et en qui le sens droit et juste, pour le tr\u00e8s ordinaire, suppl\u00e9ait \u00e0 l\u2019esprit\u00a0; fort appliqu\u00e9 d\u2019ailleurs \u00e0 savoir sa marine de guerre et de commerce et l\u2019entendant tr\u00e8s bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il d\u00e9crit le dernier fils de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la Montespan, l\u00e9gitim\u00e9 en 1681 et recevant \u00e0 l\u2019occasion le titre de comte de Toulouse, celui de duc de Penthi\u00e8vre en 1697, duc de Rambouillet en 1711. Tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 la cour, il gagne les c\u0153urs par sa douceur et ses mani\u00e8res agr\u00e9ables, par son sens de la justice et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il a surtout un <span class=\"caps\">CV<\/span> \u00e9tonnant\u00a0!<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 amiral de France \u00e0 cinq ans (!), il en a douze quand il accompagne son p\u00e8re en Hollande o\u00f9 il est bless\u00e9 au si\u00e8ge de Namur. En 1702, il prend la t\u00eate d\u2019une escadre qui lutte \u00e0 Messine et \u00e0 Palerme pour faire valoir les droits du petit-fils de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la couronne d\u2019Espagne sous le nom de Philippe V. Le 24 ao\u00fbt 1704, il combat les Britanniques \u00e0 Malaga et leur inflige de lourdes pertes, quoique sans victoire d\u00e9cisive. Dans toutes ses batailles, il fait preuve de courage. Plus \u00e9tonnant, il fait un mariage d\u2019amour avec la marquise de Gondrin, l\u2019une des plus belles et intelligentes femmes de la cour, qui pr\u00e9side un c\u00e9l\u00e8bre salon. Leur fille, mari\u00e9e au duc de Chartres, donnera naissance au futur roi Louis-Philippe.<\/p>\n<p>Bref, rien que du beau et du grand monde. Pourtant, le comte de Toulouse ne s\u2019int\u00e9resse gu\u00e8re aux intrigues de palais et reste un simple membre du Conseil de r\u00e9gence de 1715 \u00e0 1723. Cette institution l\u2019autorise \u00e0 restaurer la marine, mission bien accomplie.<\/p>\n<p>Mais la Palatine m\u00e9prise les b\u00e2tards, fussent-ils royaux et l\u00e9gitim\u00e9s. D\u2019o\u00f9 le surnom dont elle gratifia le fils de la Montespan\u00a0: Chiure de souris. Avec la prochaine femme du roi, ce sera pire, mais elle n\u2019est pas seule \u00e0 en m\u00e9dire.<\/p>\n<h4>Madame de Maintenon\u00a0: la Veuve Scarron, Madame Quatorze, Madame de Maintenant, l\u2019Ordure du roi, la Vieille touffe, la Ripop\u00e9e, la Vieille conne, la Vieille guenon, Sainte Fran\u00e7oise<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand roi du monde, couvert de gloire, \u00e9pouser la veuve Scarron\u00a0? Voulez-vous vous d\u00e9shonorer\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"894\" class=\"cit-num\">894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUVOIS<\/span> (1639-1691), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui lui fait part de son projet de mariage, 1683.<em> M\u00e9moires et r\u00e9flexions sur les principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1715), marquis de la Fare<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ose reprocher au roi son intention d\u2019\u00e9pouser Madame\u00a0de Maintenon, veuve d\u2019un boh\u00e8me des lettres.<\/p>\n<p>Sans ressources, la \u00ab\u00a0veuve Scarron\u00a0\u00bb \u00e9tait devenue gouvernante des enfants de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Madame\u00a0de Montespan. La gouvernante supplanta la ma\u00eetresse. Apr\u00e8s la mort de sa femme Marie-Th\u00e9r\u00e8se (30\u00a0juillet 1683), le roi va \u00e9couter son c\u0153ur, plut\u00f4t que son ministre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Il \u00e9pouse secr\u00e8tement (en 1683 ou 1684) Madame\u00a0de Maintenon qui ne pardonnera jamais \u00e0 Louvois\u00a0: il sera disgraci\u00e9 sur son intervention, apr\u00e8s la chute de Mayence (en 1689).<\/p>\n<p>Madame Quatorze et Madame de Maintenant sont deux autres surnoms spirituels et \u00e0 propos, mais la Palatine ne supporte pas cette femme bien-pensante devenue la ma\u00eetresse du roi, puis son \u00e9pouse, exer\u00e7ant sur lui une influence grandissante\u00a0: c\u2019est l\u2019Ordure du roi, la Vieille touffe, la Ripop\u00e9e, la Vieille conne, la Vieille guenon\u2026 Il y a quand m\u00eame une bonne raison \u00e0 tant de haine\u00a0chez la Palatine\u00a0: Madame de Maintenon est en partie responsable de la d\u00e9vastation du Palatinat par les troupes fran\u00e7aises en 1688-1689, au d\u00e9but de la guerre de la Ligue d\u2019Augsbourg\u00a0: l\u2019une des plus grandes erreurs du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, avec la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et les dragonnades contre les protestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu se sert de tous les moyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"899\" class=\"cit-num\">899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire de Madame de Maintenon et des principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1849), duc Paul de Noailles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi et au nom de la foi, elle se r\u00e9signe \u00e0 la brutalit\u00e9 des dragonnades, avec les enfants syst\u00e9matiquement enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents. Impossible qu\u2019elle n\u2019en ait pas eu connaissance, m\u00eame si les historiens en discutent encore.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, Madame de Maintenon \u2013\u00a0n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9\u00a0\u2013 est petite-fille du protestant Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 qui s\u2019est battu toute sa vie pour sa religion et d\u00e9plorait que l\u2019\u00e9dit de Nantes, sign\u00e9 par son ami Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, ne f\u00eet pas la part assez belle aux r\u00e9form\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> appr\u00e9cie cette femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, se range souvent \u00e0 ses avis, redevient \u00ab\u00a0bon chr\u00e9tien\u00a0\u00bb et la baptise (sans ironie\u00a0?) Sainte Fran\u00e7oise. Le peuple va bient\u00f4t la d\u00e9tester.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e<br>Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e<br>Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit maintenant les faiblesses, le peuple prend cette femme pour bouc \u00e9missaire, cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires aussi m\u00e9diocres que La Feuillade, Marcin, Villeroi.<\/p>\n<p>L\u2019influence de cette femme de t\u00eate sur le roi vieillissant fait de plus en plus jaser en fin de r\u00e8gne, m\u00eame si les historiens s\u2019interrogent l\u00e0 encore sur son pouvoir r\u00e9el.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes ne doivent\u00a0 jamais oublier qu\u2019elles sont l\u2019esclave de l\u2019opinion publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se plaint avec dignit\u00e9 de ce fait \u00e9vident, mais il n\u2019est pas en son pouvoir de rien changer. Le roi lui-m\u00eame est expos\u00e9 \u00e0 la critique sur ce qu\u2019il a pr\u00e9sentement de plus cher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, avec sa charmante, <br>Enferm\u00e9 dans Trianon,<br>Sur la mis\u00e8re pr\u00e9sente, <br>Se lamente sur ce ton\u00a0:<br>Et allons, ma tourlourette<br>Et allons, ma tourlouron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"934\" class=\"cit-num\">934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Louis avec sa charmante<\/em>, chanson. <em>Le Nouveau Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Choix de chansons historiques et satiriques<\/em> (1857), Gustave Brunet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale ronge le pays et m\u00eame \u00e0 la cour, les marchands exigent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s comptant, pour livrer au roi le linge \u00e0 son usage personnel.<\/p>\n<p>1709. Ann\u00e9e terrible. Le Grand Hiver est une catastrophe nationale qui hantera longtemps les m\u00e9moires. La Seine a gel\u00e9 de Paris \u00e0 son embouchure, les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces. Rappelons le t\u00e9moignage toujours cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons\u00a0\u00bb (procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne). C\u2019est la derni\u00e8re grande famine de notre histoire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, trouve un r\u00e9confort moral aupr\u00e8s de Madame\u00a0de Maintenon, mais il est de plus en plus conscient de la gravit\u00e9 de la situation. Il cherche \u00e0 n\u00e9gocier la paix pour mettre fin \u00e0 la tragique guerre de Succession d\u2019Espagne. Malheureusement, la coalition europ\u00e9enne impose des clauses inacceptables (restitution ou d\u00e9militarisation de villes fran\u00e7aises). Le roi va r\u00e9ussir l\u2019impossible. Il se pose en p\u00e8re de son peuple, en appelant pour la premi\u00e8re fois et directement \u00e0 ses sujets, persuad\u00e9 qu\u2019ils s\u2019opposeraient eux-m\u00eames \u00e0 une paix assortie de conditions contraires \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019honneur du nom fran\u00e7ais. Cet appel \u00e9mouvant et solennel est lu dans toutes les \u00e9glises du royaume, le 12\u00a0juin 1709. L\u2019adh\u00e9sion populaire est \u00e9vidente et la guerre continue. La situation va peu \u00e0 peu se redresser. Villars, mar\u00e9chal de France \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Flandre, redonne confiance aux troupes. Le si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> n\u2019est pas encore fini.<\/p>\n<h4>Bossuet\u00a0: l\u2019Aigle de Meaux<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre de l\u2019h\u00e9r\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire de celui qui a une opinion particuli\u00e8re, est de s\u2019attacher \u00e0 ses propres pens\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"903\" class=\"cit-num\">903<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Histoire des variations des \u00c9glises protestantes<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 plus de 60\u00a0ans, il continue de se battre contre les protestants, tout en travaillant \u00e0 l\u2019union des \u00c9glises comme en t\u00e9moigne sa correspondance avec le philosophe protestant Leibnitz. L\u2019histoire condamnera la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes aux cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour la France. Mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, mal conseill\u00e9, mal inform\u00e9, ne les a pas pr\u00e9vues. Ses motivations sont religieuses et politiques\u00a0: en \u00e9liminant l\u2019h\u00e9r\u00e9sie, il veut se poser en champion de la chr\u00e9tient\u00e9 en Europe, r\u00e9ussir ce que Charles Quint a manqu\u00e9 en Allemagne et affermir son autorit\u00e9 de Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien et de droit divin, dans une France catholique.<\/p>\n<p>Bossuet, nomm\u00e9 \u00e9v\u00eaque de Meaux en 1681, th\u00e9oricien de la monarchie absolue dans toute sa splendeur et sa rigueur, va \u00e9galement s\u2019opposer dans une querelle religieuse violente \u00e0 son confr\u00e8re F\u00e9nelon, l\u2019archev\u00eaque de Cambrai.<\/p>\n<h4>F\u00e9nelon\u00a0: le Cygne de Cambrai<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Bossuet touchant le pur amour<br>\u00c0 F\u00e9nelon est si contraire<br>Il parle en \u00e9v\u00eaque de Cour<br>Qui ne conna\u00eet que l\u2019amour mercenaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"920\" class=\"cit-num\">920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Bossuet et F\u00e9nelon<\/em> (1698), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> a charg\u00e9 Bossuet d\u2019enqu\u00eater sur le qui\u00e9tisme, doctrine mystique du \u00ab\u00a0pur amour\u00a0\u00bb qui pr\u00f4ne une contemplation passive, au d\u00e9triment de la pratique religieuse\u00a0: l\u2019\u00e2me impr\u00e9gn\u00e9e de Dieu, en \u00e9tat de \u00ab\u00a0qui\u00e9tude\u00a0\u00bb et d\u2019oraison, ne saurait p\u00e9cher, m\u00eame si le corps semble enfreindre les commandements.<\/p>\n<p>Cette h\u00e9r\u00e9sie venue d\u2019Espagne, r\u00e9pandue en France par Madame\u00a0Guyon, est soutenue par F\u00e9nelon, s\u00e9duit par cet amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de Dieu. Strict l\u00e9galiste, Bossuet craint que cette doctrine ne d\u00e9tourne les croyants de la pratique religieuse et des dogmes, pour aboutir au d\u00e9isme. En vertu de quoi il condamne l\u2019h\u00e9r\u00e9sie dans sa<em> Relation sur le qui\u00e9tisme<\/em> (1698).<\/p>\n<p>F\u00e9nelon r\u00e9plique, les deux pr\u00e9lats jadis amis s\u2019opposent publiquement et Bossuet l\u2019emporte. L\u2019Aigle de Meaux est plus fort que le Cygne de Cambrai au temp\u00e9rament doux et fuyant, mais surtout annonciateur de l\u2019esprit tol\u00e9rant des Lumi\u00e8res \u00e0 venir. Le pape condamne F\u00e9nelon dont Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> va pr\u00e9cipiter la disgr\u00e2ce, lui ayant jadis confi\u00e9 l\u2019\u00e9ducation de son petit-fils, \u00e9ventuel successeur au tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00eatre toujours pr\u00eat \u00e0 faire la guerre, pour n\u2019\u00eatre jamais r\u00e9duit au malheur de la faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"921\" class=\"cit-num\">921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715),<em> Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque<\/em>, fils d\u2019Ulysse (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation para\u00eet quand F\u00e9nelon a fini son r\u00f4le de pr\u00e9cepteur aupr\u00e8s de Louis de France, duc de Bourgogne et fils du Grand Dauphin. Madame\u00a0de Maintenon l\u2019avait recommand\u00e9 au roi, quand il \u00e9tait son conseiller spirituel. Il s\u2019applique \u00e0 insuffler au petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, enfant de sept\u00a0ans, toutes les vertus d\u2019un prince et d\u2019un chr\u00e9tien. Mission accomplie, F\u00e9nelon est nomm\u00e9 archev\u00eaque de Cambrai.<\/p>\n<p>Mais la disgr\u00e2ce est proche. Il d\u00e9pla\u00eet au tout-puissant Bossuet sur la question th\u00e9ologique br\u00fblante du qui\u00e9tisme. Ensuite, et contre sa volont\u00e9, des copies du <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em> circulent, avant une publication d\u2019abord anonyme. La critique du r\u00e8gne autoritaire et belliciste frappe l\u2019opinion. Ces vues politiques hardies vont d\u00e9plaire au roi et achever de discr\u00e9diter F\u00e9nelon \u00e0 ses yeux. Exil\u00e9 dans son dioc\u00e8se, l\u2019archev\u00eaque de Cambrai pr\u00eache et pratique si g\u00e9n\u00e9reusement la charit\u00e9 qu\u2019il se ruinera pour les pauvres.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort du duc de Bourgogne (1712), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait br\u00fbler tous ses \u00e9crits trouv\u00e9s dans les papiers du prince. Mais le <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em> sera l\u2019un des livres les plus lus par les jeunes, jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<h4>Mar\u00e9chal de Luxembourg\u00a0: le Tapissier de Notre-Dame<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelque drapeau, quelque canon<br>Nous attirent des <em>Te Deum<\/em><br>Qu\u2019on couchera dans notre histoire.<br>Mais entre nous je vous le dis\u00a0:<br>On m\u00eale \u00e0 ces chants de victoire<br>Un peu trop de <em>De Profundis<\/em>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"914\" class=\"cit-num\">914<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur la bataille de Steinkerque o\u00f9 il y eut beaucoup de monde tu\u00e9<\/em> (1692), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre est souvent glorieuse, mais le peuple commence \u00e0 \u00eatre las de ces victoires acquises au prix de trop de vies humaines \u2013 comme Steinkerque o\u00f9 Luxembourg et Vauban battent Guillaume d\u2019Orange. Le mar\u00e9chal de Luxembourg (1628-1696) sera surnomm\u00e9 le Tapissier de Notre-Dame, tant sont nombreux les drapeaux qu\u2019il a pris \u00e0 l\u2019ennemi et qu\u2019on y expose.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-siecle-des-lumieres\/\">Lire la suite\u00a0: Les Surnoms \u2013 jeu de mots entre petite et grande Histoire (si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Un surnom est le plus irr\u00e9futable des arguments.\u00a0\u00bb William HAZLITT (1778-1830 ), On nicknames (essai) Qui est qui\u00a0? 69 rois de France se succ\u00e8dent, dont 28 LOUIS &#8211; le pr\u00e9nom en majuscules vaut patronyme pour tous les souverains. Contemporains et historiens les surnomment pour les distinguer d\u2019un simple adjectif. Le sens n\u2019est pas toujours \u00e9vident [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":99,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9080","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9080"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9080\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12685,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9080\/revisions\/12685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}