{"id":9110,"date":"2021-08-23T00:00:00","date_gmt":"2021-08-22T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/et-les-enfants-dans-lhistoire-sous-la-monarchie-et-lancien-regime\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:07","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:07","slug":"et-les-enfants-dans-lhistoire-sous-la-monarchie-et-lancien-regime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/et-les-enfants-dans-lhistoire-sous-la-monarchie-et-lancien-regime\/","title":{"rendered":"Et les enfants, dans l\u2019Histoire\u00a0? (sous la monarchie et l\u2019Ancien R\u00e9gime)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Au d\u00e9but de la monarchie et sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il y a les enfants du peuple et les petits rois.<\/p>\n<p>On ne pense aux premiers qu\u2019en cas de disette ou de famine, pour d\u00e9plorer la cruaut\u00e9 de leur sort. Le reste du temps, ils doivent travailler comme leurs parents. Seuls, les petits rois monopolisent l\u2019int\u00e9r\u00eat des contemporains et des historiens. Mais ils n\u2019ont pas la vie facile\u00a0!<\/p>\n<p>Exception \u00e0 la r\u00e8gle, la cour sous Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>. Les enfants y sont trait\u00e9s comme tels, le Bon Roi s\u2019en occupe personnellement et les b\u00e2tards royaux sont pour la premi\u00e8re fois l\u00e9gitim\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Le petit roi peut \u00eatre fianc\u00e9 bien avant ses 10 ans et le mariage (souvent avec une princesse \u00e9trang\u00e8re) n\u2019est pas une question d\u2019amour \u2013 la raison d\u2019\u00c9tat s\u2019impose. Majeur \u00e0 13 ans, il apprend ce m\u00e9tier depuis la prime enfance. \u00c0 5 ans, le Parlement s\u2019adresse \u00e0 lui comme \u00e0 un adulte. \u00c0 8 ans, terrifi\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de subir le m\u00eame sort, le petit Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> doit se conduire en roi devant le corps de son p\u00e8re Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> assassin\u00e9 par Ravaillac. La r\u00e9gence s\u2019impose, elle va se passer tr\u00e8s mal sous le r\u00e8gne de sa m\u00e8re Marie de M\u00e9dicis. Mais peu de r\u00e9gences sont heureuses.<\/p>\n<p>Seul Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019en tire bien\u00a0: roi \u00e0 4 ans, d\u00e9j\u00e0 impatient de r\u00e9gner, initi\u00e9 par Mazarin et seul roi de l\u2019Histoire vraiment fait pour \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb. L\u00e0 est le secret d\u2019une vie r\u00e9ussie, comme dans la plupart des m\u00e9tiers.<\/p>\n<p>Autre souci qui tourne \u00e0 l\u2019obsession en monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0: la succession. Il faut avoir un fils et ce n\u2019est pas toujours facile. Encore faut-il qu\u2019il survive \u00e0 une mortalit\u00e9 infantile tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e (aggrav\u00e9e par la consanguinit\u00e9 dans les familles royales), au danger d\u2019une guerre o\u00f9 il est engag\u00e9 d\u2019office ou \u00e0 sa situation d\u2019otage quand il remplace son p\u00e8re prisonnier (les deux fils de Fran\u00e7ois Ier vaincu \u00e0 Pavie).<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9ducation des enfants commence \u00e0 se poser au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle et l\u2019\u00e9ducation des filles vaut d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, un seul philosophe s\u2019en pr\u00e9occupe\u00a0: Rousseau. M\u00eame s\u2019il abandonne ses cinq enfants naturels aux Enfants-trouv\u00e9s, son trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation fait \u00e9cole aupr\u00e8s des parents. Mais la petite fille n\u2019est pas trait\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gale des gar\u00e7ons.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la R\u00e9volution\u2026 tout change, ou presque. Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> (fils de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>) sera le dernier dauphin martyr de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la succession se posera une fois encore sous l\u2019Empire h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0: Napol\u00e9on divorce de Jos\u00e9phine pour devenir enfin p\u00e8re. Mais son Aiglon ador\u00e9 aura une vie br\u00e8ve et malheureuse.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9ducation est r\u00e9gl\u00e9 de mani\u00e8re dictatoriale et quasi militaire par l\u2019Empereur. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique s\u2019y int\u00e9ressera passionn\u00e9ment, les lois Ferry cr\u00e9ant l\u2019\u00e9ducation nationale, gratuite et obligatoire \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. La politique de l\u2019\u00e9ducation fera chuter bien des ministres sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, preuve que le sujet reste conflictuel\u00a0!<\/p>\n<p>La natalit\u00e9 devient pour la premi\u00e8re fois un probl\u00e8me majeur \u2013 la d\u00e9natalit\u00e9 \u00e9tant l\u2019une des causes de la guerre perdue en 1939. P\u00e9tain s\u2019empare du probl\u00e8me \u00e0 sa mani\u00e8re, de Gaulle fait de m\u00eame et le \u00ab\u00a0r\u00e8gle\u00a0\u00bb \u00e9tonnamment vite et bien en 1946. <br>L\u2019enfant et l\u2019enfance con\u00e7us en tant que tels concernent de plus en plus d\u2019auteurs et leur r\u00e9alit\u00e9 infiniment diverse et complexe s\u2019impose dans l\u2019histoire au quotidien.<\/p>\n<p>Seul point commun \u00e0 toutes les \u00e9poques, la m\u00e9taphore de l\u2019enfant et de l\u2019enfance fait symbole et multiplie les all\u00e9gories po\u00e9tiques et populaires \u2013 surtout en temps de crise, de guerres ou de r\u00e9volutions. La France est notre m\u00e8re malade et nous sommes ses enfants depuis la Renaissance. De m\u00eame face au P\u00e8re, le roi dont le peuple attend tout et d\u2019abord le pain nourricier.<\/p>\n<p>Le mythe de Saturne d\u00e9vorant ses enfants ressuscite sous la R\u00e9volution et repara\u00eet pour fustiger le travail au nom du socialisme utopique n\u00e9 au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Aujourd\u2019hui encore, nous restons les \u00ab\u00a0enfants de la patrie\u00a0\u00bb avec la <em>Marseillaise<\/em>, hymne national toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center\">I. Sous la monarchie et l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1-10.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai de beaux enfants, par la Sainte M\u00e8re de Dieu\u00a0! Je les mettrai en gage, car je trouverai bien quelqu\u2019un qui me pr\u00eatera dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"202\" class=\"cit-num\">202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANCHE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">CASTILLE<\/span> (1188-1252), au roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> Auguste, janvier\u00a01217. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tonnant chantage de la part d\u2019une femme de t\u00eate capable de tout\u2026 et qui deviendra une m\u00e8re abusive par exc\u00e8s d\u2019attachement au futur Saint Louis\u00a0!<\/p>\n<p>Femme du Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>) et belle-fille du roi, Blanche s\u2019irrite de ce qu\u2019il lui refuse argent ou hommes pour aider le prince Louis \u00e0 prendre la couronne d\u2019Angleterre. Louis peut y pr\u00e9tendre et les grands barons anglais la lui offrent, r\u00e9volt\u00e9s contre Jean sans Terre, roi d\u00e9plorable et malade caract\u00e9riel. La situation se complique apr\u00e8s la mort de ce roi et le changement d\u2019attitude de la nation. H\u00e9ritier du tr\u00f4ne de France, Louis risque m\u00eame de p\u00e9rir en terre \u00e9trang\u00e8re, dans cette aventure mal engag\u00e9e. Il est battu le 20\u00a0mai\u00a01217 par les troupes royales, command\u00e9es par le r\u00e9gent d\u2019Angleterre Guillaume le Mar\u00e9chal (70\u00a0ans), r\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0le meilleur chevalier du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le roi de France craint des complications diplomatiques avec l\u2019Angleterre, s\u2019il intervient\u00a0! Mais le chantage aux h\u00e9ritiers du tr\u00f4ne va porter ses fruits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez vos enfants et puisez \u00e0 votre gr\u00e9 dans mon tr\u00e9sor.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"203\" class=\"cit-num\">203<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> Auguste (1165-1223), c\u00e9dant \u00e0 sa belle-fille, Blanche\u00a0de Castille. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Heureux et pacifique \u00e9pilogue. Par le trait\u00e9 de Kingston, 1er\u00a0septembre 1217, Louis, dauphin de France, renonce au tr\u00f4ne d\u2019Angleterre et se retire du pi\u00e8ge anglais contre une forte indemnit\u00e9 \u2013 10\u00a0000 marcs. La couronne anglaise est aussit\u00f4t reprise par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>Blanche de Castille s\u2019affirme d\u00e9j\u00e0 en femme de caract\u00e8re, mais son attachement au futur Saint Louis passera les bornes de l\u2019amour maternel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aventurer ses armes, c\u2019est mettre en aventure la parure de ses enfants et de son lignage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"270\" class=\"cit-num\">270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MARCHE<\/span> (1426-1502), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chroniqueur et po\u00e8te du temps, il se pla\u00eet \u00e0 rapporter les exploits des chevaliers dans les joutes et tournois. La coutume veut que le tournoyeur ne porte pas sur lui les armes de sa famille, mais des armes de fantaisie, pour ne pas compromettre l\u2019honneur des siens en cas de d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Le tournoi, \u00e0 la fois spectacle et sport, culmine au <span class=\"caps\">XV<\/span>e si\u00e8cle quand la chevalerie cesse d\u2019\u00eatre un ordre militaire, apr\u00e8s les terribles d\u00e9faites de Cr\u00e9cy, Poitiers et Azincourt, face \u00e0 la pi\u00e9taille des archers anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vit des p\u00e8res tuer leurs enfants, des enfants tuer leur p\u00e8re\u00a0; on vit des malheureux d\u00e9tacher les corps suspendus aux gibets, pour se procurer une ex\u00e9crable nourriture. Des hameaux disparurent jusqu\u2019au dernier homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"291\" class=\"cit-num\">291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chronique du temps. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la peste de 1348, voici la famine de 1349. Par suite de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, dans la plupart des provinces il n\u2019y a eu ni moissons, ni labours, ni semailles. Le peuple, d\u00e9j\u00e0 appauvri, meurt litt\u00e9ralement de faim.<\/p>\n<p>La mort est \u00e0 ce point pr\u00e9sente que les \u00e9glises s\u2019ornent de danses macabres. La Mort symbolique (squelette arm\u00e9 d\u2019une faux) entra\u00eene tous les hommes, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, innocents ou coupables. Au total, la guerre de Cent Ans fera beaucoup moins de victimes que ces deux ann\u00e9es terribles\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e8re, gardez-vous \u00e0 droite, p\u00e8re, gardez-vous \u00e0 gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"296\" class=\"cit-num\">296<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Bourgogne, dit le Hardi (1342-1404), \u00e0 Jean\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, bataille de Poitiers, 19\u00a0septembre 1356. <em>Histoire de France<\/em> (1868), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dernier fils du roi, \u00e0\u00a0 peine \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, tente de d\u00e9tourner les coups pour sauver son p\u00e8re. Le jeune prince ne r\u00e9gnera pas, mais il recevra pour son courage la Bourgogne en apanage\u2026 et le surnom de Philippe le Hardi.<\/p>\n<p>Jean le Bon (ou le Brave) aligne 15\u00a0000 hommes. Face \u00e0 lui, 7\u00a0000 Anglais et \u00e0 leur t\u00eate, le Prince Noir \u2013 prince de Galles, redoutable chef de guerre. Les archers anglais, bien plac\u00e9s, criblent de fl\u00e8ches par le c\u00f4t\u00e9 nos chevaliers fran\u00e7ais qui ne sont arm\u00e9s et prot\u00e9g\u00e9s que de face. La d\u00e9faite de Cr\u00e9cy, dix ans plus t\u00f4t, n\u2019a pas servi de le\u00e7on et les Anglais renouvellent leur tactique gagnante, archers anglais contre chevaliers fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait d\u2019elle la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est bien un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 et d\u2019abord \u00e0 son roi.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-14.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">GUERRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">RELIGION<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi, notre souverain seigneur [\u2026] justement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0le P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb [\u2026] donne satisfaction \u00e0 votre requ\u00eate, il veut que le mariage se fasse de Madame Claude, sa fille, et de Monseigneur de Valois [d\u2019Angoul\u00eame].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"432\" class=\"cit-num\">432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal d\u2019<span class=\"caps\">AMBOISE<\/span> (1460-1510), \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, 16\u00a0mai 1506. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour l\u2019heure, on n\u2019en est qu\u2019aux fian\u00e7ailles ratifi\u00e9es par les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux des deux cousins,<strong> un gar\u00e7on de 12\u00a0ans avec une petite fille de 7\u00a0ans<\/strong>\u00a0! Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> l\u2019emporte sur sa femme Anne de Bretagne, voulant \u00ab\u00a0n\u2019allier ses souris qu\u2019aux rats de son grenier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le cardinal, Premier ministre du roi, honn\u00eate administrateur et sage conseiller qui fit beaucoup pour la popularit\u00e9 de Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>, prend la parole en son nom. Claude de France n\u2019\u00e9pousera pas le futur Charles Quint \u2013 ce qui aurait chang\u00e9 la suite de l\u2019histoire de France. Le mariage de Fran\u00e7ois (h\u00e9ritier du tr\u00f4ne, aussi longtemps que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> est sans fils) avec Claude de France assurera le maintien de la Bretagne dans la suzerainet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gros gar\u00e7on g\u00e2tera tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"435\" class=\"cit-num\">435<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XII<\/span> (1462-1515). <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et Fran\u00e7ois\u00a0Ier ou M\u00e9moires pour servir \u00e0 une nouvelle histoire de leur r\u00e8gne<\/em> (1825), Pierre Louis R\u0153derer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle-il de son cousin et successeur, le futur Fran\u00e7ois\u00a0Ier \u00e0 qui il a fianc\u00e9 sa fille Claude. Son exub\u00e9rante et folle jeunesse doit effrayer le \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb. La mort de la reine Anne (9\u00a0janvier 1514) va permettre la c\u00e9l\u00e9bration de ce mariage qui la contrariait si fort.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> \u00e0 peine veuf \u00e9pouse lui-m\u00eame la tr\u00e8s jeune Marie d\u2019Angleterre (Marie Tudor), s\u0153ur du roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Il ne profitera pas longtemps des charmes de cette troisi\u00e8me femme\u00a0: il meurt le 1er\u00a0janvier 1515.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le trait\u00e9 qu\u2019il lui faut ce jour signer au profit de l\u2019Empereur, il l\u2019a fait et le fait pour \u00e9viter les maux et inconv\u00e9nients qui pourraient advenir \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 et \u00e0 son royaume, et c\u2019est par force et contrainte, d\u00e9tention et longueur de prison, que tout ce qui est convenu sera et demeurera nul et de nul effet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"459\" class=\"cit-num\">459<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), \u00e0 ses conseillers, avant de signer le trait\u00e9 de Madrid du 14\u00a0janvier 1526. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour se lib\u00e9rer, il renonce \u2013 sur le papier \u2013 \u00e0 toute pr\u00e9tention sur l\u2019Italie, la Flandre et l\u2019Artois. Il s\u2019engage aussi \u00e0 c\u00e9der la Bourgogne \u00e0 Charles Quint et \u00e0 \u00e9pouser sa s\u0153ur, \u00c9l\u00e9onore de Habsbourg (sa femme Claude \u00e9tant morte en 1524). Enfin, <strong>il laisse en otage ses deux fils, Fran\u00e7ois et Henri<\/strong> (futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), le 17\u00a0avril 1526. Henri <span class=\"caps\">II<\/span> restera marqu\u00e9 par cette \u00e9preuve, mais cette pratique \u00e9tait bien admise \u00e0 l\u2019\u00e9poque et Fran\u00e7ois Ier n\u2019est donc pas un p\u00e8re indigne. Il r\u00e9cup\u00e8rera ses fils sur la Bidassoa en 1530. En attendant, le voil\u00e0 libre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu qui avait frapp\u00e9 le p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u0153il a frapp\u00e9 le fils \u00e0 l\u2019oreille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"496\" class=\"cit-num\">496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CALVIN<\/span> (1509-1564). <em>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1986), Emmanuel Bourassin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0pape de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb fait en ces termes l\u2019oraison fun\u00e8bre de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort \u00e0 16\u00a0ans d\u2019une infection \u00e0 l\u2019oreille, le 5\u00a0d\u00e9cembre 1560 \u2013 un an et demi apr\u00e8s Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort d\u2019un \u0153il crev\u00e9 dans un tournoi.<\/p>\n<p><strong>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> lui succ\u00e8de \u00e0 10\u00a0ans<\/strong> et sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis se retrouve r\u00e9gente. Protestants et catholiques d\u00e9plorent\u00a0 que le pouvoir politique \u00e9chappe aux hommes\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux-l\u00e0 ont sagement pourvu \u00e0 leur \u00c9tat qui ont ordonn\u00e9 que les femmes ne vinssent jamais \u00e0 r\u00e9gner\u00a0\u00bb, selon Th\u00e9odore de B\u00e8ze, grand th\u00e9oricien protestant rappelant la loi salique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu m\u2019a laiss\u00e9e avec trois enfants petits et un royaume tout divis\u00e9, n\u2019y ayant aucun \u00e0 qui je puisse enti\u00e8rement me fier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"499\" class=\"cit-num\">499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 sa fille \u00c9lisabeth, janvier\u00a01561. <em>Le Si\u00e8cle de la Renaissance<\/em> (1909), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle n\u2019a plus qu\u2019une ambition\u00a0: assurer le r\u00e8gne de ses fils dont la sant\u00e9, min\u00e9e par la tuberculose, justifiera de sombres pr\u00e9dictions. Elle va man\u0153uvrer entre les partis, intriguer avec les intrigants contre d\u2019autres intrigants\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Divide ut regnes.<\/em>\u00a0\u00bb Michel de L\u2019Hospital, promu chancelier, sera son principal ministre. La vraie religion de ce grand juriste est la tol\u00e9rance. Mais les guerres de Religion l\u2019emporteront bient\u00f4t sur toute raison\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez comme un bon Prince amoureux de la gloire,<br>Et faites que de vous se remplisse une histoire,<br>Du temps victorieux, vous faisant immortel,<br>Comme Charles le Grand [Charlemagne] ou bien Charles Martel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"399\" class=\"cit-num\">399<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, Ronsard devient \u00ab\u00a0le prince des po\u00e8tes\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0le po\u00e8te des princes\u00a0\u00bb, sans \u00eatre jamais bassement courtisan. Sinc\u00e8rement patriote, il \u00e9labore un art de gouverner \u00e0 l\u2019intention du<strong> roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, alors \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans<\/strong>. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une v\u00e9ritable amiti\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort (pr\u00e9coce) du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ce n\u2019est pas tout que d\u2019\u00eatre Roi de France,<br>Il faut que la vertu honore votre enfance\u00a0:<br>Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,<br>Qui ne lui sert sinon d\u2019un fardeau dans la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"505\" class=\"cit-num\">505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te esquisse un plan d\u2019\u00e9ducation en alexandrins, puis passe \u00e0 l\u2019art de gouverner et aux devoirs du tr\u00e8s jeune roi, dans une France d\u00e9chir\u00e9e par la guerre civile. L\u2019auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de la Pl\u00e9iade adopte un ton de g\u00e9n\u00e9reuse gravit\u00e9 et de sollicitude inqui\u00e8te qui tranche sur les vers galants et l\u2019\u00e9picurisme de son <em>Ode \u00e0 Cassandre<\/em> (\u00ab\u00a0Mignonne, allons voir si la rose\u2026\u00a0\u00bb) ou plus tard des <em>Sonnets pour H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (\u00ab\u00a0Quand vous serez bien vieille, le soir \u00e0 la chandelle\u2026\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, tomb\u00e9 litt\u00e9ralement sous le charme de Ronsard, lui am\u00e9nagera un appartement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son palais. Dans l\u2019histoire, d\u2019autres grands noms des lettres seront pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des princes ou dauphins, et prendront cette t\u00e2che fort \u00e0 c\u0153ur, comme Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux peindre la France une m\u00e8re afflig\u00e9e,<br>Qui est, entre ses bras, de deux enfants charg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"545\" class=\"cit-num\">545<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630), <em>Les Tragiques<\/em> (1616)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>L\u2019all\u00e9gorie<\/strong> (politique et po\u00e9tique) entre en sc\u00e8ne. La France est \u00ab\u00a0une m\u00e8re\u00a0\u00bb comme le Roi sera \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb. Dans les deux cas, cette m\u00e9taphore hautement symbolique renvoie \u00e0 la notion d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb (de la Patrie, sous la R\u00e9volution). Nous la retrouverons presque toujours en temps de guerre et de crise majeure.<\/p>\n<p>T\u00e9moin \u00e0 8\u00a0ans des horreurs de la guerre civile qui commence \u00e0 d\u00e9chirer le pays et jurant \u00e0 son p\u00e8re calviniste de venger les pendus d\u2019Amboise en 1560, Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 mourra \u00e0 78\u00a0ans, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>. Combattant aussi farouche l\u2019\u00e9p\u00e9e ou la plume \u00e0 la main, il entreprend cette \u00e9pop\u00e9e de la foi en 1577 \u2013 long po\u00e8me de sept livres, publi\u00e9 en 1616, quand le fond et la forme en appara\u00eetront totalement anachroniques. Cri de haine contre les catholiques, hymne \u00e0 la gloire des protestants, chant d\u2019amour \u00e0 la France incarn\u00e9e en femme.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-14.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tez-vous de me faire ce fils, de sorte que je puisse vous faire une fille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"651\" class=\"cit-num\">651<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Henriette d\u2019Entragues, marquise de Verneuil, 1601.<em> Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1933), Georges Slocombe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous le r\u00e8gne du bon roi Henri, les enfants vont occuper une place plus importante que jamais avant ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort brutale de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es (1599), il se dit inconsolable\u00a0: \u00ab\u00a0La racine de mon c\u0153ur est morte et ne rejettera [repoussera] plus.\u00a0\u00bb Trois mois apr\u00e8s, il tombe fou de la nouvelle favorite et lui \u00e9crit une promesse de mariage fort bien libell\u00e9e, car il va se s\u00e9parer de Margot, sa premi\u00e8re femme toujours sans enfant.<\/p>\n<p>Ce que roi veut\u2026 Henriette sa favorite accouche de ce fils et, deux ans apr\u00e8s, d\u2019une fille. Entre-temps et pour raison d\u2019\u00c9tat, le roi a \u00e9pous\u00e9 Marie de M\u00e9dicis, fille du grand-duc de Toscane, Fran\u00e7ois de M\u00e9dicis \u2013 banquier de l\u2019Europe depuis le <em>Quattrocento<\/em>. (Renaissance italienne au <span class=\"caps\">XV<\/span>e \u00a0si\u00e8cle.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous faites tout ce que je veux\u00a0; c\u2019est le vrai moyen de me gouverner\u00a0: aussi ne veux-je jamais \u00eatre gouvern\u00e9 que de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"652\" class=\"cit-num\">652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, 27\u00a0janvier 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e9crivain<\/em> (1855), Eug\u00e8ne Yung<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Marie de M\u00e9dicis, sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9e, lui fait le fils qui devait lui succ\u00e9der\u00a0: le dauphin Louis<\/strong> na\u00eet \u00e0 Fontainebleau le 27\u00a0septembre 1601. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019h\u00e9ritera pas de la sant\u00e9 du p\u00e8re. Mais la joie du roi et du royaume est grande\u00a0: on attendait un h\u00e9ritier depuis quarante ans\u00a0! Cette obsession de la succession \u00ab\u00a0hyst\u00e9rise\u00a0\u00bb logiquement le d\u00e9sir et le besoin d\u2019enfants (m\u00e2les, de surcro\u00eet).<\/p>\n<p>Henriette d\u2019Entragues la favorite en titre se f\u00e2che et traite Marie de \u00ab\u00a0grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 fine allusion \u00e0 la dot de la reine, 600\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or, la plus grosse dot de l\u2019Histoire. Elle va comploter contre le roi, d\u00e9j\u00e0 au lit d\u2019autres femmes. Car la reine lui donne peu de plaisir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne trouve ni agr\u00e9able compagnie, ni r\u00e9jouissance, ni satisfaction chez ma femme [\u2026] faisant une mine si froide et si d\u00e9daigneuse lorsqu\u2019arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de d\u00e9pit de la quitter l\u00e0 et de m\u2019en aller chercher quelque r\u00e9cr\u00e9ation ailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"653\" class=\"cit-num\">653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Sully. <em>Lettres intimes de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1876), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis n\u2019a pas le temp\u00e9rament de la reine Margot, sa premi\u00e8re femme\u00a0(r\u00e9put\u00e9e nymphomane)\u00a0! Ce mariage florentin fut un sacrifice \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat \u2013 mais les rois ne se mariaient pas par amour, pour cela, ils avaient les ma\u00eetresses. La belle-famille est tr\u00e8s riche et tr\u00e8s catholique\u00a0: deux raisons qui auraient d\u00fb faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n\u2019en est rien.<\/p>\n<p>La vie priv\u00e9e du roi justifie sa r\u00e9putation de Vert Galant et la prog\u00e9niture d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est \u00e0 l\u2019image de sa sant\u00e9 amoureuse, exceptionnelle. <strong>Il l\u00e9gitime souvent ses enfants n\u00e9s hors mariage<\/strong> \u2013 premier roi de France qui ose cela. Quant au nombre de favorites, sur un temps de vie et de r\u00e8gne plus court, il bat largement les deux autres grands amoureux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. On avance le nombre de 73.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne traiteriez pas ainsi vos b\u00e2tards\u00a0!<br>\u2014 Mes b\u00e2tards peuvent \u00eatre \u00e0 tout moment corrig\u00e9s par le Dauphin, s\u2019ils sont m\u00e9chants, mais qui corrigera le Dauphin si je ne le fais moi-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"656\" class=\"cit-num\">656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), r\u00e9pondant \u00e0 Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642). <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sc\u00e8nes sont fr\u00e9quentes entre les deux \u00e9poux. Marie est jalouse des ma\u00eetresses du roi fort g\u00e9n\u00e9reux et galant avec toutes ces dames, alors qu\u2019il a peu d\u2019\u00e9gard pour la reine.<\/p>\n<p>Elle lui reproche ici de frapper avec sa canne le petit Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>). Il est vrai que le bon roi n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer les p\u00e8res Fouettard, \u00ab\u00a0sachant bien qu\u2019il n\u2019y a rien au monde qui lui fasse plus de profit\u00a0; car \u00e9tant de son \u00e2ge, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fort fouett\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Selon Jean H\u00e9roard m\u00e9decin du roi, le Dauphin est un enfant gai, \u00e0 l\u2019esprit vif, sachant prendre parti avec courage et d\u2019une grande pi\u00e9t\u00e9. Mais il remarque sa timidit\u00e9 devant les filles, ce qui n\u2019est certes pas un h\u00e9ritage paternel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis. <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sait-il que sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre, au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur l\u2019Ambassadeur, avez-vous des enfants\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"658\" class=\"cit-num\">658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610). <em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique d\u2019anecdotes modernes, anciennes, fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em> (1872), Victor Fournel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dialogue est banal, c\u2019est l\u2019image qui frappe, souvent reproduite dans les livres d\u2019histoire. Elle perp\u00e9tue dans la m\u00e9moire des \u00e9coliers le personnage du bon roi, p\u00e8re de famille\u00a0: l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne ouvre une porte et tombe sur Sa Majest\u00e9, marchant \u00e0 quatre pattes, portant son fils (le Dauphin) sur son dos. \u00ab\u00a0Monsieur l\u2019Ambassadeur, avez-vous des enfants\u00a0? \u2014\u00a0Oui, Sire. \u2014\u00a0En ce cas, je peux achever le tour de la chambre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le non-formalisme de la cour est typique de ce r\u00e8gne. On imagine mal Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> dans cette situation, non plus que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> ou Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0! La pr\u00e9sence des enfants \u00e0 la cour est tout aussi remarquable. D\u2019habitude, on les cache, ou on les d\u00e9guise en petits adultes.<\/p>\n<p>Outre ses nombreux b\u00e2tards, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> eut six enfants en dix ans de mariage avec Marie de M\u00e9dicis\u00a0: le Dauphin, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, trois filles qui \u00e9pouseront chacune un roi, un petit Nicolas de France mort \u00e0 4\u00a0ans, et Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, le fr\u00e8re redoutablement comploteur du futur roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais n\u2019\u00eatre point roi et que mon fr\u00e8re le f\u00fbt plut\u00f4t\u00a0: car j\u2019ai peur qu\u2019on me tue, comme on a fait du roi mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"663\" class=\"cit-num\">663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), le soir du 14\u00a0mai 1610.<em> Journal pour le r\u00e8gne de Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (posthume, 1960), Pierre de L\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>L\u2019enfant n\u2019a pas 9\u00a0ans<\/strong>. Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> vient d\u2019\u00eatre poignard\u00e9 par Ravaillac\u00a0: l\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal, chez Sully son ministre et ami souffrant. Le corps a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9 au Louvre. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> restera traumatis\u00e9 \u00e0 jamais par ce drame o\u00f9 sa m\u00e8re est sans doute compromise.<\/p>\n<p>La plupart des enfances royales furent \u00e9prouvantes \u00e0 vivre. Les enfants de pauvres avaient naturellement des conditions de vie physiquement tr\u00e8s rudes, mais les dauphins ou les tr\u00e8s jeunes rois ont \u00e9galement souffert pour d\u2019autres raisons, la palme du martyre revenant \u00e0 \u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb, mort \u00e0 la prison du Temple \u00e0 la fin de la R\u00e9volution, \u00e2g\u00e9 de 10 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 m\u2019excusera. Les rois ne meurent point en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"664\" class=\"cit-num\">664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas Brulart de <span class=\"caps\">SILLERY<\/span> (1544-1624), 14\u00a0mai 1610. <em>Le Mercure fran\u00e7ais<\/em> (1611), Jean Richier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le chancelier devant le petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, cependant que la reine Marie de M\u00e9dicis se lamente bien fort face au\u00a0 corps du roi et que les conseillers la prient instamment d\u2019agir \u00ab\u00a0en homme et en roi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En juriste, Sillery rappelle un tr\u00e8s ancien pr\u00e9cepte de la monarchie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi de France ne meurt jamais\u00a0\u00bb, de sorte que le tr\u00f4ne ne soit jamais vacant, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi est mort. Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On m\u2019a fait, six ans durant, fouetter les mulets aux Tuileries. Il est temps qu\u2019enfin je fasse mon m\u00e9tier de roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"674\" class=\"cit-num\">674<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), apr\u00e8s la mort de Concini et le d\u00e9part de Marie de M\u00e9dicis, avril 1617. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu<\/em> (1855), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi a 16 ans, mais sa m\u00e8re r\u00e9gente, soucieuse de garder le pouvoir apr\u00e8s sa majorit\u00e9 (13 ans), pla\u00e7ait ses conseillers indignes et incomp\u00e9tents. Pour une fois, le romancier est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire et le mot de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> est souvent repris. L\u2019heure de sa revanche a sonn\u00e9. Mais pour faire son m\u00e9tier de roi qu\u2019il prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> aura toujours besoin d\u2019un second.<\/p>\n<p>En attendant de trouver Richelieu, Luynes \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, promu duc, pair, conn\u00e9table de France, gouverneur de Picardie, va diriger les affaires du royaume. Belle promotion pour le fauconnier royal \u2013 il est vrai que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> adore la chasse. Mais quand m\u00eame, tant d\u2019honneurs et de pouvoir, cela fait jaser.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, que vous \u00eates grandi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"678\" class=\"cit-num\">678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, rappel\u00e9e d\u2019exil, 5\u00a0septembre 1619. <em>L\u2019Ancienne France\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1886), Paul Lacroix (dit S\u00e9bastien Jacob)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Terme provisoire \u00e0 la premi\u00e8re \u00ab\u00a0guerre de la m\u00e8re et du fils\u00a0\u00bb\u00a0: la reine m\u00e8re reconna\u00eet d\u2019une certaine mani\u00e8re que le roi est bien Roi.<\/p>\n<p>Le 22\u00a0f\u00e9vrier, elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de sa prison au ch\u00e2teau de Blois d\u2019une mani\u00e8re rocambolesque, pour prendre la t\u00eate d\u2019un soul\u00e8vement contre son fils. Le trait\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame, n\u00e9goci\u00e9 par Richelieu, apaise le conflit. Mais quelques mois plus tard, la m\u00e8re repartira en guerre contre le fils, en ralliant les Grands du royaume.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019aime pas sa m\u00e8re et il a quelques raisons, mais il est assez intelligent pour comprendre que, tenue de force \u00e9loign\u00e9e de la cour, elle ne cessera de comploter contre lui. Cette r\u00e9conciliation et quelques autres sont n\u00e9goci\u00e9es par le tr\u00e8s habile Richelieu, qui se rapproche ainsi du pouvoir. Apr\u00e8s la mort de Luynes (favori du roi et hostile \u00e0 tout nouvel ambitieux), la reine m\u00e8re le fit nommer cardinal, puis entrer au Conseil du roi en 1624, esp\u00e9rant avoir un alli\u00e9 en la place.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons un Dauphin, <br>Le bonheur de la France,<br>Rions, buvons sans fin <br>\u00c0 l\u2019heureuse naissance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"725\" class=\"cit-num\">725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">AMANT<\/span> (1594-1661), <em>La Naissance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1638), chanson. <em>Des chansons populaires chez les anciens et chez les Fran\u00e7ais<\/em> (1867), Charles Nisard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La naissance d\u2019un enfant royal est toujours une occasion de f\u00eates pour le peuple. Quand c\u2019est un fils, attendu depuis plus de vingt ans, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est salu\u00e9 par une explosion de joie, ce 5\u00a0septembre 1638\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait rien que jeux, feux et lanternes\u00a0\/ On couchait dans les tavernes [\u2026] On fit un si grand feu\u00a0\/ Qu\u2019on eut en grande peine\u00a0\/ \u00c0 sauver la Samaritaine\u00a0\/ Et d\u2019emp\u00eacher de br\u00fbler la Seine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et toujours chantant, le peuple pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque ce Dieu-Donn\u00e9\u00a0\/ Aura pris sa croissance\u00a0\/ Il sera couronn\u00e9\u00a0\/ Le plus grand roi de France.\u00a0\/ L\u2019Espagne, l\u2019empereur et l\u2019Italie,\u00a0\/ Le Croate et le roi d\u2019Hongrie\u00a0\/ En mourront de peur et d\u2019envie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi \u00e9tant peu empress\u00e9 aupr\u00e8s de la reine, les bonnes \u00e2mes murmurent les noms d\u2019amants suppos\u00e9s. Un doute planera toujours sur la filiation entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et ce petit Dieudonn\u00e9 qui deviendra Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment vous appelez-vous \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0?<br>\u2014 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, mon papa.<br>\u2014 Pas encore, mon fils, pas encore, mais ce sera peut-\u00eatre pour bient\u00f4t.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"739\" class=\"cit-num\">739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), au futur roi qui n\u2019a pas 5\u00a0ans, 21\u00a0avril 1643. <em>Archives curieuses de l\u2019histoire de France, depuis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> jusqu\u2019\u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><\/em> (1837), F\u00e9lix Danjou<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine \u00e2g\u00e9 de 40\u00a0ans, le roi n\u2019a plus que deux mois \u00e0 vivre. Mais sa pi\u00e9t\u00e9 lui enl\u00e8ve toute crainte. C\u2019est un fait assez rare dans l\u2019histoire et son fils, l\u2019heure et le jour venus (en 1715), fera preuve du m\u00eame courage. Ce sera surtout l\u2019enfant roi le plus dou\u00e9 pour le m\u00e9tier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"745\" class=\"cit-num\">745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>La Fronde<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien cite le mot \u00e0 la mode\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1649 on verra la population de Paris tenir en \u00e9chec le gouvernement royal et le mettre en fuite sans d\u2019ailleurs penser \u00e0 le mettre bas, on dira\u00a0: Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Et le mot est adopt\u00e9.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb sera quand m\u00eame assez s\u00e9rieux pour faire fuir hors de Paris et \u00e0 plusieurs reprises, non seulement le gouvernement mais aussi la famille royale, la Fronde parlementaire \u00e9tant relay\u00e9e par celle des princes, \u00e0 partir de 1650, et les \u00e9meutes populaires \u00e9clatant un peu partout en province. Jeu dangereux qui aurait pu d\u00e9boucher sur une r\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il importe \u00e0 la gloire de Votre Majest\u00e9 que nous soyons des hommes libres et non pas des esclaves. Il y a, Sire, des ans que la campagne est ruin\u00e9e, les paysans r\u00e9duits \u00e0 coucher sur la paille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"769\" class=\"cit-num\">769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Omer <span class=\"caps\">TALON<\/span> (1595-1652) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, 15\u00a0janvier 1648. <em>Un magistrat de l\u2019Ancien r\u00e9gime\u00a0: Omer Talon<\/em> (1902), Hubert Mailfait<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris s\u2019adresse au roi qui n\u2019a pas encore 10\u00a0ans, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un lit de justice qui va enregistrer de force de nouveaux \u00e9dits, pour les annuler le lendemain.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des \u00e9pisodes de la lutte qui oppose Mazarin au Parlement, amendant ou rejetant syst\u00e9matiquement chaque ann\u00e9e les \u00e9dits financiers aggravant la fiscalit\u00e9, frappant les paysans aussi bien que les bourgeois, les rentiers et les \u00ab\u00a0robins\u00a0\u00bb (hommes de robe). Le pouvoir fait ainsi l\u2019unanimit\u00e9 contre lui. Mazarin va man\u0153uvrer habilement et finalement l\u2019emporter au bout de cinq ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui n\u2019admire l\u2019enfance<br>D\u2019un jeune Roi plus beau que le jour,<br>Soit qu\u2019il chante ou qu\u2019il danse<br>Les dames pour lui br\u00fblent d\u2019amour<br>Et tout bas disent avec rougeur\u00a0:<br>Qu\u2019il est beau, que n\u2019est-il majeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"786\" class=\"cit-num\">786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Qui n\u2019admire l\u2019enfance<\/em> (1650), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fronde des princes fait rage, cela n\u2019emp\u00eache pas le peuple d\u2019adorer le petit Louis. Cette chanson date de ses 12\u00a0ans, on \u00e9pie l\u2019adolescent, on le jauge, on \u00e9value non sans tendresse la pouss\u00e9e de ses jeunes forces.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand deviendra l\u2019un des plus brillants danseurs de son si\u00e8cle, s\u2019exhibant volontiers dans des ballets consacrant la gloire du Roi-Soleil, et m\u00eame ses ennemis salueront sa prestance.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations-7.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces agitations terribles avant et apr\u00e8s ma majorit\u00e9, une guerre \u00e9trang\u00e8re o\u00f9 les troubles domestiques firent perdre \u00e0 la France mille et mille avantages, un prince de mon sang et d\u2019un tr\u00e8s grand nom [Cond\u00e9] \u00e0 la t\u00eate de mes ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"797\" class=\"cit-num\">797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jamais le roi n\u2019oubliera l\u2019humiliation et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de sa jeunesse. Le souvenir de la Fronde vue et v\u00e9cue par l\u2019enfant commande et explique bien des aspects de la politique int\u00e9rieure du roi.<\/p>\n<p>La France n\u2019oublie pas non plus le bilan d\u00e9sastreux de cette guerre civile, aggrav\u00e9e par la guerre \u00e9trang\u00e8re et l\u2019appui des Espagnols aux rebelles\u00a0: famines et pestes end\u00e9miques ont fait mourir dans la seule ann\u00e9e 1652 un quart de la population, dans certains villages en \u00cele-de-France, Champagne et Picardie\u00a0! Le commerce ext\u00e9rieur est d\u00e9sorganis\u00e9, la marine ruin\u00e9e. Le pays doit penser\u00a0: tout plut\u00f4t que cette anarchie. Il est pr\u00eat pour une monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"840\" class=\"cit-num\">840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne. <em>La Vie quotidienne sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1964), Georges Mongr\u00e9dien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce t\u00e9moignage date de 1709. Le Grand Hiver hantera les m\u00e9moires\u00a0: la Seine g\u00e8le, de Paris \u00e0 son embouchure\u00a0! Les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces. Hors ces circonstances exceptionnelles qui aggravent une \u00e9conomie de guerre d\u00e9j\u00e0 insupportable pour le peuple, les t\u00e9moignages sont unanimes\u00a0: la France profonde a beaucoup souffert de la mis\u00e8re et des famines, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Le roi lui-m\u00eame en a douloureusement conscience, \u00e0 la fin de sa vie. Notons que les paysans des autres pays moins riches \u00e9taient sans doute plus malheureux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Horoscope de Louis de France. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Il n\u2019est <strong>pas s\u00fbr qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9<\/strong>, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits.<\/p>\n<p>Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>\u00a0Ad usum Delphini.<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019usage du Dauphin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"874\" class=\"cit-num\">874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nom donn\u00e9 aux \u00e9ditions des classiques latins destin\u00e9es au Grand Dauphin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le seul des six enfants de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui ne soit pas mort en bas \u00e2ge. Bossuet devient son <strong>pr\u00e9cepteur<\/strong> en 1670 et durant dix ans, il renonce \u00e0 pr\u00eacher pour pr\u00e9parer au m\u00e9tier de roi cet \u00e9l\u00e8ve m\u00e9diocre et mou, que rien n\u2019int\u00e9resse. Il se charge de tout lui enseigner (sauf les math\u00e9matiques), r\u00e9dige lui-m\u00eame les cours de religion, latin, philosophie, droit romain, physique, histoire naturelle. \u00ab\u00a0<em>Ad usum Delphini\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9signe les \u00e9ditions dont on a retranch\u00e9 quelques passages trop crus.<\/p>\n<p>Par la suite, on emploiera ironiquement cette formule (\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019usage du Dauphin\u00a0\u00bb) \u00e0 propos de publications expurg\u00e9es ou arrang\u00e9es, pour diverses raisons de censure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00e9lever vos bourgeoises en bourgeoises. Il n\u2019est pas question de leur orner l\u2019esprit\u00a0; il faut leur pr\u00eacher les devoirs de la famille, l\u2019ob\u00e9issance pour le mari, le soin des enfants [\u2026] La lecture fait plus de mal que de bien aux jeunes filles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"904\" class=\"cit-num\">904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire critique des doctrines de l\u2019\u00e9ducation en France depuis le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1880), Gabriel Compayr\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet esprit, elle fonde en 1686 la maison d\u2019\u00e9ducation de Saint-Cyr, destin\u00e9e aux jeunes filles nobles et sans fortune \u2013 ce qui a \u00e9t\u00e9 son cas.<strong> L\u2019\u00e9ducation des filles<\/strong> est une question qui agite le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle. Moli\u00e8re dans ses <em>Femmes savantes<\/em> (1672) trahit l\u2019angoisse qui accompagne tout changement de m\u0153urs dans une soci\u00e9t\u00e9. Sans doute se situait-il entre Chrysale (tr\u00e8s \u00ab\u00a0bas-bleu\u00a0\u00bb, fa\u00e7on Saint-Cyr) et les femmes savantes, style B\u00e9lise et Armande (trop savantes et un peu ridicules), dans le juste milieu repr\u00e9sent\u00e9 par Henriette et Clitandre\u00a0: \u00ab\u00a0Je consens qu\u2019une femme ait des clart\u00e9s de tout,\u00a0\/ Mais je ne lui veux point la passion choquante\u00a0\/ De se rendre savante afin d\u2019\u00eatre savante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus n\u00e9glig\u00e9 que l\u2019\u00e9ducation des filles. La coutume et le caprice des m\u00e8res y d\u00e9cident souvent de tout. On suppose qu\u2019on doit donner \u00e0 ce sexe peu d\u2019instruction. L\u2019\u00e9ducation des gar\u00e7ons passe pour une des principales affaires par rapport au bien public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"905\" class=\"cit-num\">905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Trait\u00e9 de l\u2019\u00c9ducation des filles<\/em> (1687)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce trait\u00e9 \u00e9crit quelques ann\u00e9es avant sa publication pour la duchesse de Beauvilliers, une des filles de Colbert dont il est le directeur spirituel, F\u00e9nelon professe des id\u00e9es p\u00e9dagogiques en avance sur son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Accabl\u00e9 des plus funestes revers et d\u2019une cruelle famine, hors de pouvoir de continuer la guerre, ni d\u2019obtenir la paix [\u2026], ce prince vit p\u00e9rir sous ses yeux son fils unique, une princesse qui seule fit toute sa joie, ses deux petits-fils, deux de ses arri\u00e8re-petits-fils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"940\" class=\"cit-num\">940<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Triste fin de r\u00e8gne, en contraste avec les temps si longtemps florissants. La princesse en question est Marie-Ad\u00e9la\u00efde de Savoie, femme de l\u2019a\u00een\u00e9 de ses petits-fils, le duc de Bourgogne. Les \u00e9poux mourront de la rougeole \u00e0 six jours d\u2019intervalle en f\u00e9vrier\u00a01712. Suivis un mois apr\u00e8s par leur fils a\u00een\u00e9, Louis, duc de Bretagne. Au terme de tous ces d\u00e9c\u00e8s, l\u2019h\u00e9ritier de la couronne sera l\u2019arri\u00e8re-petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, n\u00e9 \u00e0 Versailles le 15\u00a0f\u00e9vrier 1710.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, vous allez \u00eatre un grand roi. Ne m\u2019imitez pas dans le go\u00fbt que j\u2019ai eu pour les b\u00e2timents ni dans celui que j\u2019ai eu pour la guerre. T\u00e2chez de soulager vos peuples, ce que je suis malheureux pour n\u2019avoir pu faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"943\" class=\"cit-num\">943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), au futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, 26\u00a0ao\u00fbt 1715. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi re\u00e7oit une derni\u00e8re fois le petit Dauphin dans sa chambre. <strong>Cet arri\u00e8re-petit-fils n\u2019a que 5\u00a0ans<\/strong>, seul h\u00e9ritier survivant apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe familiale, mal\u00e9diction de cette fin de r\u00e8gne. Le roi lui donne une ultime le\u00e7on.<\/p>\n<p>Le marquis de Dangeau, m\u00e9morialiste, nous a laiss\u00e9 un <em>Journal de la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> qui retrace avec minutie les derniers jours. Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait preuve d\u2019autant de dignit\u00e9 que d\u2019humilit\u00e9. La guerre, entreprise et soutenue par souci de grandeur mais aussi par vanit\u00e9, cause de la ruine des peuples, semble \u00eatre son grand remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon neveu, je vous fais R\u00e9gent du royaume. Vous allez voir un roi dans le tombeau et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la m\u00e9moire de l\u2019un et des int\u00e9r\u00eats de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"945\" class=\"cit-num\">945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, Testament, 1715. <em>Histoire de la R\u00e9gence pendant la minorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, volume\u00a0I (1922), Henri Leclercq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte sera lu au lendemain de sa mort. Le roi a institu\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence dont le R\u00e9gent en titre est pr\u00e9sident, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir allant au duc du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Maintenon). Son neveu, dont il se m\u00e9fie non sans raison, ne s\u2019en satisfera pas et le roi mourant a peu d\u2019illusion sur l\u2019avenir de ses derni\u00e8res volont\u00e9s royales.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-10.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je viens rendre mes devoirs \u00e0 Votre Majest\u00e9, comme le premier de ses sujets. Voil\u00e0 la principale noblesse de votre royaume, qui vient vous assurer de sa fid\u00e9lit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1608\" class=\"cit-num\">1608<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723), au petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> de 5\u00a0ans, 1er\u00a0septembre 1715. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1989), Michel Antoine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa Majest\u00e9 de 5 ans pleure \u00e0 chaudes larmes, le jour de la mort de son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, devant la foule des princes, princesses, ducs et pairs, mar\u00e9chaux et grands officiers, \u00e9v\u00eaques et autres courtisans venus en foule saluer le nouveau roi et le futur R\u00e9gent, Philippe d\u2019Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 2\u00a0septembre, le R\u00e9gent obtient tous les pouvoirs du Parlement et, en \u00e9change, lui redonne le droit de remontrance. Du m\u00eame coup, il en devient l\u2019otage. Jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, pouvoir royal et magistrature ne cesseront de s\u2019affronter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1085\" class=\"cit-num\">1085<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROY<\/span> (ou <span class=\"caps\">VILLEROI<\/span>) (1644-1730), au petit roi \u00e2g\u00e9 de 10\u00a0ans, 25\u00a0ao\u00fbt 1720. <em>Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami d\u2019enfance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, militaire fameux pour ses d\u00e9faites plus que ses victoires, moqu\u00e9 \u00e0 la cour et chansonn\u00e9 dans la rue, il n\u2019en est pas moins gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> enfant. Il lui d\u00e9signe, d\u2019un balcon des Tuileries, la foule venue le voir et l\u2019acclamer, le jour de la Saint Louis (anniversaire de la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>).<\/p>\n<p>Le vieux courtisan se distingue surtout comme professeur de maintien, accablant l\u2019enfant-roi de parades, audiences, revues, d\u00e9fil\u00e9s, autant de corv\u00e9es fastueuses qui vont donner au futur roi, et pour la vie, l\u2019horreur de la foule, des ovations et des grands mouvements de peuple.<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence de cette \u00e9ducation, soulign\u00e9e par Chateaubriand l\u2019opposant \u00e0 \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> [qui] courait pieds nus et t\u00eate nue avec les petits paysans sur les montagnes du B\u00e9arn\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019enfant du tr\u00f4ne est compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 des enfants de la patrie, ce qui le rend \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esprit du si\u00e8cle et aux peuples sur lesquels il va r\u00e9gner. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Cela explique les temps, les hommes et les destin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je supplie Votre Majest\u00e9 de ne pas \u00eatre effray\u00e9e de ce qu\u2019elle n\u2019entendra pas d\u2019abord [\u2026] Chaque chose se d\u00e9veloppera l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre d\u2019elle-m\u00eame, et sans qu\u2019Elle s\u2019en aper\u00e7oive, les affaires o\u00f9 Elle croira n\u2019entendre rien lui deviendront insensiblement famili\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1089\" class=\"cit-num\">1089<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723).<em> Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1980), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune roi atteint l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 l\u00e9gale (13\u00a0ans) et le R\u00e9gent, son oncle, commence \u00e0 l\u2019initier \u00e0 son m\u00e9tier de roi\u00a0: le 22\u00a0ao\u00fbt 1722, \u00e0 dix heures et demie du matin.<\/p>\n<p>Le cardinal Dubois dirige la r\u00e9daction des le\u00e7ons royales confi\u00e9es \u00e0 d\u2019\u00e9minents sp\u00e9cialistes dont la sagesse est grande. Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi ne peut \u00eatre riche qu\u2019autant que ses sujets le sont.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O\u00f9 trouver une fille charmante<br>Pour donner au roi Louis\u00a0?<br>O\u00f9 trouver une ligue puissante<br>Contre tous ses ennemis\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1093\" class=\"cit-num\">1093<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>O\u00f9 trouver une fille charmante\u00a0?<\/em> (1725), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple qui adore son petit roi chante, tandis que la cour cherche\u2026 l\u2019alliance la plus profitable.<\/p>\n<p>C\u2019est tout un feuilleton. Trois ans pour aligner rien moins que 17 princesses\u00a0! Encore furent-elles choisies parmi 99 possibilit\u00e9s. On \u00e9vitera (dit la chanson) \u00ab\u00a0la Salp\u00eatri\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 la fille du roi du Portugal, \u00ab\u00a0d\u2019une famille dont l\u2019esprit est d\u00e9rang\u00e9\u00a0\u00bb, selon le rapport. On renverra sa cousine germaine, l\u2019infante d\u2019Espagne, vraiment trop jeune \u2013 fianc\u00e9e \u00e0 3\u00a0ans, elle en a 7, Louis est de sant\u00e9 fragile, sa mort sans descendance donnerait la couronne au duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils du R\u00e9gent, ennemi des Cond\u00e9, mais l\u2019affront fait \u00e0 l\u2019Espagne est pr\u00e8s de provoquer une guerre. Et on la trouvera (dit la chanson) \u00ab\u00a0dans une chaumi\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0: autrement dit, on se rabat sur la plus pauvre, fille d\u2019un roi (de Pologne) sans royaume, Marie Leczinska. Au grand dam des autres cours d\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi d\u00e9clara hier son mariage et je vous assure que l\u2019on ne peut \u00eatre plus gai ni d\u00e9sirer plus vivement l\u2019arriv\u00e9e de la princesse\u00a0; il nous a promis que dix mois apr\u00e8s son mariage, il serait p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1094\" class=\"cit-num\">1094<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em>\u00a0(posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019adolescent, tr\u00e8s pieux, se r\u00e9serve pour sa femme, mais son sang Bourbon bouillonne, face \u00e0 toutes les jeunes beaut\u00e9s de la cour, impatientes de lui plaire. En attendant le mariage, la chasse est l\u2019exutoire de sa vitalit\u00e9 et restera plus tard, avec l\u2019amour, son passe-temps favori. Des bruits courent cependant, dans cette cour qui se fait l\u2019\u00e9cho de tous les ragots\u00a0: Marie est, dit-on, affreuse, avec des pieds palm\u00e9s, des crises d\u2019\u00e9pilepsie et des sueurs froides. Plus s\u00e9rieusement, on assure que le mariage a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par la jolie Mme\u00a0de Prie, ma\u00eetresse de M. le Duc de Bourbon (Premier ministre plus ou moins soumis \u00e0 la dame), et qu\u2019elle a voulu la future reine sotte et laide, afin de mieux la dominer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenez parole avec Peira pour un gar\u00e7on.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1099\" class=\"cit-num\">1099<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), \u00e0 la reine, 28\u00a0juillet 1728. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie Leczinska vient d\u2019accoucher d\u2019une fille, apr\u00e8s les jumelles de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Elle pleure de n\u2019avoir toujours pas donn\u00e9 le Dauphin esp\u00e9r\u00e9 \u00e0 la France et au roi tant aim\u00e9. Lequel ne se permet pas d\u2019autre reproche et s\u2019en remet \u00e0 Peira, l\u2019accoucheur. Le fils ardemment d\u00e9sir\u00e9 na\u00eet le 4\u00a0septembre 1729 et met fin \u00e0 la rivalit\u00e9 dynastique avec l\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Dans une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, la naissance d\u2019un h\u00e9ritier (m\u00e2le) est une obsession nationale. La mortalit\u00e9 infantile \u00e9lev\u00e9e, une esp\u00e9rance de vie relativement br\u00e8ve rendent la situation plus dramatique encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est sans doute apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, elle n\u2019a pu dire cela. Mais elle a d\u00fb le penser. En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse, et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait de grandes pertes\u00a0; mon fils le Dauphin, sa femme, la reine, mes filles a\u00een\u00e9es\u00a0; je vieillis et par mon \u00e2ge, je serais le p\u00e8re de la moiti\u00e9 de mes sujets\u00a0; par mon affection, je le suis de tous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1181\" class=\"cit-num\">1181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), au roi de Danemark en visite \u00e0 Paris.<em> Souvenirs du marquis de Valfons<\/em> (posthume, 1860)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Confidence du roi de France, \u00e2g\u00e9 de 57\u00a0ans \u2013 la moyenne de vie passe en France de 21\u00a0ans en 1680 \u00e0 32\u00a0ans en 1774 (la mortalit\u00e9 infantile reste \u00e9lev\u00e9e, ce qui infl\u00e9chit lourdement cette statistique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le seul des grands philosophes qui s\u2019int\u00e9resse vraiment aux enfants et \u00e0 leur \u00e9ducation, lui-m\u00eame marqu\u00e9 par une enfance difficile.<\/p>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb Immense succ\u00e8s de ce trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation qui aura d\u2019heureux effets imm\u00e9diats\u00a0: des m\u00e8res se mettent \u00e0 allaiter leurs enfants, on cesse d\u2019emmailloter les nouveau-n\u00e9s comme des momies et d\u2019imposer les baleines aux corps des petites filles. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb, dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788. Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants trouv\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme est faite pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019homme et pour supporter m\u00eame son injustice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1051\" class=\"cit-num\">1051<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peut-on parler d\u2019une ombre \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, dans un\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 les femmes, reines en leurs salons litt\u00e9raires, ont une influence dans la politique et l\u2019art\u00a0?<\/p>\n<p>Rousseau pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation des femmes doit \u00eatre relative aux hommes. Leur plaire, leur \u00eatre utiles, se faire aimer et honorer d\u2019eux, les \u00e9lever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agr\u00e9able et douce\u00a0: voil\u00e0 les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu\u2019on doit leur apprendre d\u00e8s l\u2019enfance.\u00a0\u00bb Autrement dit, la petite Sophie ne partira pas avec les m\u00eames chances dans la vie que le petit \u00c9mile\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me r\u00e9p\u00e9ter. C\u2019est comme si l\u2019on me disait\u00a0: proposez de faire ce que l\u2019on fait [\u2026] P\u00e8res, m\u00e8res, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1052\" class=\"cit-num\">1052<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute la R\u00e9volution va marcher dans l\u2019\u00e9lan de ce \u00ab\u00a0vouloir, c\u2019est pouvoir\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9 aux choses politiques, et comparable deux si\u00e8cles plus tard au fier slogan de Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez r\u00e9alistes, demandez l\u2019impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les corps des enfants ne sont plus oppress\u00e9s par des ressorts de baleine, si leur esprit n\u2019est plus surcharg\u00e9 de pr\u00e9ceptes, si leurs premi\u00e8res ann\u00e9es du moins \u00e9chappent \u00e0 l\u2019esclavage et \u00e0 la g\u00eane, c\u2019est \u00e0 Rousseau qu\u2019ils le doivent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1193\" class=\"cit-num\">1193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794), en 1774. <em>Lettres d\u2019un th\u00e9ologien, \u0152uvres compl\u00e8tes de Condorcet<\/em>, volume X (1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Disciple des physiocrates, auteur de plusieurs articles d\u2019\u00e9conomie politique dans <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, ce philosophe et math\u00e9maticien, qui jouera un r\u00f4le politique sous la R\u00e9volution, rend ainsi hommage \u00e0 l\u2019auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em> (publi\u00e9 en 1762). Les id\u00e9es des philosophes parfois ont chang\u00e9 la vie, avant de r\u00e9volutionner la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne parlez point allemand, Monsieur\u00a0; \u00e0 dater de ce jour, je n\u2019entends plus d\u2019autre langue que le fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1186\" class=\"cit-num\">1186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> d\u2019Autriche (1755-1793), \u00e0 M.\u00a0d\u2019Antigny, chef de la Cit\u00e9 (Strasbourg), 7\u00a0mai 1770. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui adressait la bienvenue en allemand.<strong> La jeune \u00ab\u00a0princesse accomplie\u00a0\u00bb \u00e0 peine \u00e2g\u00e9e de 14 ans<\/strong> va \u00e0 la rencontre de son fianc\u00e9 le dauphin Louis (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et de toute la cour qui l\u2019attend \u00e0 Compi\u00e8gne. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb, selon l\u2019\u00e9tiquette de la cour, se d\u00e9pouiller de tout ce qui pouvait la rattacher \u00e0 son ancienne patrie, pour s\u2019habiller \u00e0 la mode fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>On parle couramment le fran\u00e7ais dans toutes les cours d\u2019Europe. C\u2019est aussi la langue de la diplomatie. Marie-Antoinette, est sans doute l\u2019une des princesses les moins couramment francophones, vue son \u00e9ducation imparfaite \u00e0 la cour d\u2019Autriche. Le mariage fut n\u00e9goci\u00e9 par le ministre Choiseul et la m\u00e8re de la mari\u00e9e, \u00e9galement soucieux de r\u00e9concilier les Bourbons et les Habsbourg. L\u2019alliance autrichienne renforce la position de la France en Europe, en cas de guerre avec l\u2019Angleterre ou la Prusse. Tout cela repose sur les fr\u00eales \u00e9paules d\u2019une femme-enfant.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/et-les-enfants-dans-lhistoire-de-la-revolution-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: Et les enfants, dans l\u2019Histoire\u00a0? (de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours)<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au d\u00e9but de la monarchie et sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il y a les enfants du peuple et les petits rois. On ne pense aux premiers qu\u2019en cas de disette ou de famine, pour d\u00e9plorer la cruaut\u00e9 de leur sort. Le reste du temps, ils doivent travailler comme leurs parents. 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