{"id":9153,"date":"2021-12-13T00:00:00","date_gmt":"2021-12-12T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-3-iiie-et-ive-republiques\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:34","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:34","slug":"au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-3-iiie-et-ive-republiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-3-iiie-et-ive-republiques\/","title":{"rendered":"Au Panth\u00e9on ! Les \u00c9lu(e)s de la Patrie reconnaissante (3. IIIe et IVe R\u00e9publiques)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4><span class=\"caps\">III<\/span>e et <span class=\"caps\">IV<\/span>e R\u00e9publiques<\/h4>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique va cr\u00e9er l\u2019Histoire en tant que science (humaine) et inventer le r\u00e9cit national (parfois confondu avec le roman). On l\u2019enseigne aux jeunes gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle \u00e9cole publique, gratuite et obligatoire. De grands historiens vulgarisent leur discipline avec bonheur \u2013 Jules Michelet fut le pionnier du genre.<\/p>\n<p>La panth\u00e9onisation est un autre instrument destin\u00e9 \u00e0 promouvoir le r\u00e9gime r\u00e9publicain\u00a0: choix m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chis avec quelques \u00ab\u00a0rattrapages historiques\u00a0\u00bb. 11 Noms au total.<\/p>\n<p>Notons un grand absent, Georges Clemenceau, ardent r\u00e9publicain depuis la Commune en 1871 et \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb en 1918. Admir\u00e9, mais surtout redout\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9 de ses confr\u00e8res, retir\u00e9 de la vie politique, ce vend\u00e9en de c\u0153ur fut enterr\u00e9 dans sa terre natale le 25 novembre 1929, \u00ab\u00a0sans manifestation, invitation, ou c\u00e9r\u00e9monie\u00a0\u00bb, suivant les termes de son testament. Hommage lui soit rendu.<\/p>\n<p>Le premier panth\u00e9onis\u00e9 s\u2019impose,\u00a0le jour m\u00eame de sa mort en 1885\u00a0: Victor Hugo.<\/p>\n<p>Sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, la liste des panth\u00e9onis\u00e9s s\u2019enrichira de cinq noms et le choix r\u00e9publicain r\u00e9pond aux crit\u00e8res classiques.<\/p>\n<p>Sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, la liste des panth\u00e9onis\u00e9s s\u2019enrichit de cinq noms et le choix r\u00e9publicain r\u00e9pond aux crit\u00e8res classiques.<\/p>\n<h4>1. Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette t\u00eate de l\u2019homme du peuple, cultivez-la [\u2026], \u00e9clairez-la [\u2026], vous n\u2019aurez pas besoin de la couper.\u00a0\u00bb<span id=\"2474\" class=\"cit-num\">2474<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Claude Gueux<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un bref roman de jeunesse, d\u00e9j\u00e0 contre la peine de mort. Ses interventions en faveur de divers condamn\u00e9s prouvent la sinc\u00e9rit\u00e9 absolue de son engagement humain, quel que soit son orientation politique \u2013 monarchiste raisonn\u00e9 devenu r\u00e9publicain passionn\u00e9.<\/p>\n<p>Auteur le plus populaire du si\u00e8cle (et bien au-del\u00e0), romancier et premier d\u00e9fenseur du jeune th\u00e9\u00e2tre romantique (avec Dumas qui le rejoindra au Panth\u00e9on en\u00a02002, il s\u2019engage v\u00e9ritablement dans la politique et cr\u00e9e son journal l\u2019\u00c9v\u00e9nement qui prend pour devise \u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple\u00a0\u00bb sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, pour devenir bient\u00f4t le plus impitoyable adversaire du futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre la gare du Nord et son domicile, la foule qui se presse l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours. L\u2019auteur rentr\u00e9 de vingt ans d\u2019exil est devenu la conscience et la grande voix de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne nous lassons pas, nous les philosophes, de d\u00e9clarer au monde la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2410\" class=\"cit-num\">2410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Discours du 25\u00a0mars 1877, <em>Depuis l\u2019exil<\/em> (1876-1885, fin, posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande voix se taira en 1885 et d\u2019autres voix s\u2019\u00e9l\u00e8veront pour parler de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb, tandis que dans le monde o\u00f9 les philosophes n\u2019ont jamais le pouvoir, une nouvelle guerre se pr\u00e9pare.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo meurt le 22\u00a0mai 1885. Paris lui fait des fun\u00e9railles nationales\u00a0: le cort\u00e8ge populaire (estim\u00e9 \u00e0 deux millions de personnes) va de l\u2019Arc de Triomphe au Panth\u00e9on, monument rouvert et vou\u00e9 au souvenir des grands hommes.<\/p>\n<p>Depuis 1885 et jusqu\u2019\u00e0 nos jours, le Panth\u00e9on est d\u00e9finitivement Panth\u00e9on, temple accueillant les grands hommes \u2013 dont quelques femmes.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lazare-carnot.jpg\" width=\"300\" height=\"374\"><\/p>\n<h4>2. Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span>\u00a0\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons pour principe que tout peuple, quelle que soit l\u2019exigu\u00eft\u00e9 du pays qu\u2019il habite, est absolument ma\u00eetre chez lui\u00a0; qu\u2019il est l\u2019\u00e9gal en droit du plus grand et que nul autre ne peut l\u00e9gitimement attenter \u00e0 son ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb<span id=\"1379\" class=\"cit-num\">1379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Nationalit\u00e9s (Principe des)\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Carnot fait partie d\u2019une \u00ab\u00a0fourn\u00e9e\u00a0\u00bb de quatre Noms panth\u00e9onis\u00e9s en 1889, \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Officier du g\u00e9nie (sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019attaque et la d\u00e9fense des places) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, d\u00e9put\u00e9 de la L\u00e9gislative et de la Convention, il formule ici le droit de tous les peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, l\u2019une des id\u00e9es forces de la politique ext\u00e9rieure de la jeune R\u00e9publique. Le philosophe allemand Emmanuel Kant exprime la m\u00eame id\u00e9e dans l\u2019air des temps nouveaux\u00a0: \u00ab\u00a0Un \u00c9tat n\u2019est pas une propri\u00e9t\u00e9. C\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hommes sur laquelle personne n\u2019a le droit de commander et d\u2019ordonner sinon elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez attaquants, sans cesse attaquants.\u00a0\u00bb<span id=\"1590\" class=\"cit-num\">1590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 du 8 prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0mai 1794), Aux \u00ab\u00a0soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u00bb. Formule attribu\u00e9e \u00e0 Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1984), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfois dat\u00e9 (f\u00e9vrier\u00a01794), c\u2019est le genre de mot \u00ab\u00a0passe-partout\u00a0\u00bb, toujours en situation dans un pays en guerre. La lev\u00e9e en masse du 24 f\u00e9vrier 1793 a mis 750\u00a0000 hommes sous les drapeaux pour sauver \u00ab\u00a0la patrie en danger\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement et de discipline, l\u2019attaque ordonn\u00e9e r\u00e9ussit, les arm\u00e9es de la R\u00e9publique repoussent l\u2019ennemi. En mai\u00a01794, le d\u00e9partement du Nord est reconquis et la Belgique, le mois suivant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les arm\u00e9es victorieuses [\u2026] reculent nos limites jusqu\u2019aux barri\u00e8res que la nature nous a donn\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\"1663\" class=\"cit-num\">1663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823), apr\u00e8s la victoire de Lodi du 10\u00a0mai\u00a01796. <em>R\u00e9impression de l\u2019ancien Moniteur\u00a0: Directoire ex\u00e9cutif<\/em> (1863), A. Ray<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle l\u2019\u00ab\u00a0Organisateur de la victoire\u00a0\u00bb, membre du nouveau Directoire, bient\u00f4t \u00e9limin\u00e9, puis rappel\u00e9 par Bonaparte comme ministre de la Guerre en 1800. Dans la m\u00e9morable campagne d\u2019Italie, Lodi est une date pour l\u2019empereur comme\u00a0 pour la France. Selon Denis Richet\u00a0: \u00ab\u00a0les fronti\u00e8res naturelles\u00a0: non une tradition politique, mais une passion dont on peut certes d\u00e9celer des sources dans l\u2019ancienne France, mais \u00e0 qui seule la R\u00e9volution a donn\u00e9 une puissance explosive.\u00a0\u00bb (<em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>)<\/p>\n<p>Les conqu\u00eates napol\u00e9oniennes montreront que la victoire rend malheureusement irr\u00e9sistible la tentation de franchir ces limites naturelles, en d\u00e9bordant sur les Pays-Bas, la rive gauche du Rhin, le Pi\u00e9mont et la Toscane.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute machine abandonn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame doit s\u2019arr\u00eater, mais j\u2019assigne l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 cela doit arriver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823), <em>Pr\u00e9face de son Essai sur les machines en g\u00e9n\u00e9ral<\/em> (1783)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Grand Carnot\u00a0\u00bb est aussi un scientifique remarquable. Il contredit tous ceux qui croient dans le mouvement perp\u00e9tuel, alors que toute machine a une force d\u2019inertie. Le principe est simple, mais la d\u00e9monstration complexe, d\u2019autant plus qu\u2019il faut d\u00e9finir ce qu\u2019on entend par machine. Il \u00e9tudie les lois g\u00e9n\u00e9rales du choc, pr\u00e9cise l\u2019application du principe de Maupertuis et \u00e9nonce la loi de conservation du travail. Dans sa <em>G\u00e9om\u00e9trie de position \u00e0 l\u2019usage de ceux qui se destinent \u00e0 mesurer les terrains<\/em> (1803), il est aussi l\u2019un des cr\u00e9ateurs de la g\u00e9om\u00e9trie moderne avec Monge, son ma\u00eetre (panth\u00e9onis\u00e9 en 1989).<\/p>\n<p>Enfin, c\u2019est le grand-p\u00e8re de Sadi Carnot, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique assassin\u00e9 et panth\u00e9onis\u00e9 en 1894. La famille Carnot est l\u2019une des plus riches en hommes politiques et scientifiques de renom.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tourdauvergne.jpg\" width=\"350\" height=\"403\"><\/p>\n<h4>3. Th\u00e9ophile-Malo de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">TOUR<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019AUVERGNE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sais pas faire des lois, je sais seulement les d\u00e9fendre, envoyez-moi aux arm\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile-Malo de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">TOUR<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019AUVERGNE<\/span> (1743-1800).<em> Dictionnaire encyclop\u00e9dique,<\/em> volume 10 (1843), Philippe Le Bas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il refusa plusieurs promotions politiques et honorifiques. \u00c9lu membre du Corps l\u00e9gislatif apr\u00e8s le 18 brumaire, il refusa de si\u00e9ger. Reste le titre de \u00ab\u00a0premier grenadier de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb donn\u00e9 par Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>Il fit toujours preuve d\u2019un patriotisme exemplaire. Quand ses chefs \u00e9migrent pour \u00e9chapper au Tribunal de Robespierre, il \u00ab\u00a0reste en France par devoir.\u00a0\u00bb Il se bat pour l\u00e9gitimer son blason et expose sa vie pour la R\u00e9publique avant de mourir pour Bonaparte. De l\u2019Espagne \u00e0 l\u2019Autriche en passant par la Suisse, il servira tous les r\u00e9gimes avec une \u00e9gale ardeur et une seule ambition\u00a0avou\u00e9e\u00a0: marcher sur les traces de son glorieux anc\u00eatre Henri de la Tour d\u2019Auvergne, mar\u00e9chal de Turenne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai pr\u00e8s de 800 livres de rente, quelques livres, mes manuscrits, de bonnes armes, c\u2019est beaucoup pour un grenadier en campagne, c\u2019est assez pour un homme qui ne s\u2019est pas fait de besoins dans sa retraite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile-Malo de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">TOUR<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019AUVERGNE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CORRET<\/span> (1743-1800). \u200e<em>Dictionnaire historique d\u2019\u00e9ducation<\/em> (1837), Jean-Jacques Fillassier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un d\u00e9put\u00e9 lui vantait son cr\u00e9dit et lui offrait sa protection. \u00ab\u00a0Vous \u00eates donc bien puissant, lui dit La Tour d\u2019Auvergne qui se trouvait alors dans le plus grand d\u00e9nuement. \u2014 Sans doute. \u2014 Eh bien\u00a0! demandez pour moi\u2026 \u2014 Un r\u00e9giment\u00a0? \u2014 Non, une paire de souliers.\u00a0\u00bb Son d\u00e9sint\u00e9ressement \u00e9tait proverbial. Faire son devoir lui suffisait. Il le fit jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>Le 27 juin 1800, vers dix heures du soir, la brigade de l\u2019arm\u00e9e du Rhin est assaillie par la cavalerie adverse. On se bat \u00e0 l\u2019arme blanche. Touch\u00e9 au c\u0153ur par un coup de lance, le \u00ab\u00a0Premier grenadier de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb tombe\u00a0: \u00ab\u00a0Je meurs satisfait\u00a0!\u00a0\u00bb murmure-t-il. Le lendemain, les grenadiers portent son corps et h\u00e9sitent au bord de la fosse. Dans quel sens l\u2019ensevelir\u00a0? \u00ab\u00a0Face \u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!\u00a0\u00bb crie une voix. Lazare Carnot, ministre de la Guerre, dit de lui qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0le plus brave parmi les braves\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Son \u00e9rudition \u00e9gale sa bravoure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823), ministre de la Guerre en 1800, Lettre \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul.<em> Nouveau dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes\u00a0: avec les noms des auteurs ou \u00e9diteurs (3e \u00e9dition), accompagn\u00e9 de notes historiques et critiques. Analyse des origines gauloises de La Tour d\u2019Auvergne<\/em> (1868)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa carri\u00e8re militaire lui valut d\u2019\u00eatre cit\u00e9 sur la 18e colonne de l\u2019Arc de Triomphe sous le nom \u00ab\u00a0L Tr Dauvergne\u00a0\u00bb. Mais pas de panth\u00e9onisation sous Napol\u00e9on. Il faut attendre la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la \u00ab\u00a0fourn\u00e9e de rattrapage\u00a0\u00bb\u00a0: sa d\u00e9pouille, venue de Bavi\u00e8re, fut d\u00e9pos\u00e9e au Panth\u00e9on le 4 ao\u00fbt 1889, lors des c\u00e9r\u00e9monies du centenaire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme il faut qu\u2019en Bretagne rien ne soit comme partout, ce fut un grenadier nomm\u00e9 La Tour d\u2019Auvergne qui d\u00e9couvrit les beaut\u00e9s de la langue bretonne, 1780, sa litt\u00e9rature et ses m\u0153urs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Max <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1876-1944), Lettres \u00e0 Michel Levanti (posthume, 1975)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te, romancier et journaliste, Max Jacob, mort au camp de Drancy \u00e0 la fin de Seconde guerre mondiale, est n\u00e9 \u00e0 Quimper et prit parfois le pseudonyme de Morven le Ga\u00eblique. C\u2019est dire son attachement \u00e0 la Bretagne.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque ici la m\u00e9moire de La Tour d\u2019Auvergne, militaire de m\u00e9tier et de passion, mais \u00e9galement celtisant, amateur d\u2019antiquit\u00e9s gauloises \u00e9tudiant les langues celtiques (principalement le breton).<\/p>\n<p>Il affirme que le celtique est la \u00ab\u00a0langue m\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb. Embarqu\u00e9 en 1794 \u00e0 Bayonne sur un voilier \u00e0 destination de Brest qui naufrage au large de Camaret, fait prisonnier d\u2019une escadre anglaise, intern\u00e9 sur des pontons au sud-ouest de l\u2019Angleterre, il se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un dictionnaire fran\u00e7ais-celtique. On lui devrait les mots \u00ab\u00a0menhir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dolmen\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marceau.jpg\" width=\"400\" height=\"473\"><\/p>\n<h4>4. G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MARCEAU<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le chef, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui con\u00e7oit, pr\u00e9voit, organise tout en fonction de la victoire\u00a0; mais aussi celui qui comprend ses hommes, les aime, se montre \u00e9conome de leur sang. Tel \u00e9tait l\u2019id\u00e9al de Marceau. La maturit\u00e9 de son esprit et sa science y rejoignaient la richesse de son \u00e2me.\u00a0\u00bb<span id=\"\/\" class=\"cit-num\">\/<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">GOBILLOT<\/span> (1882-1978), conservateur honoraire du mus\u00e9e de Chartres. \u00ab\u00a0Marceau, h\u00e9ros chartrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/www.chartres.fr\">https:\/\/www.chartres.fr<\/a>, (Le 1er mars 2019, la Ville organisa une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019occasion du 250e anniversaire de la naissance du g\u00e9n\u00e9ral Marceau.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois S\u00e9verin Marceau-Desgraviers est mis en nourrice le jour de sa naissance et jusqu\u2019\u00e0 10 ans. D\u00e9laiss\u00e9 par sa m\u00e8re, son p\u00e8re procureur toujours absorb\u00e9 par le travail, il se r\u00e9fugie aupr\u00e8s de ses s\u0153urs. Il est plac\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole des pauvres, institution peu co\u00fbteuse, mais dont le savoir dispens\u00e9 est presque inexistant et prodigu\u00e9 \u00e0 force de coups. Il compense une souffrance morale et physique par son go\u00fbt des sciences, mais refuse d\u2019\u00eatre avocat. \u00c0 15 ans, il fugue pour se rendre \u00e0 Paris. Recherch\u00e9 par la police, ramen\u00e9 chez ses parents. il doit attendre ses 16 ans pour s\u2019enr\u00f4ler dans l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Abandonnant son nom de Desgraviers, Marceau s\u2019engage en patriote d\u00e8s le 14 juillet 1789 et la prise de la Bastille, bient\u00f4t int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la garde nationale et nomm\u00e9 aide de camp du jeune g\u00e9n\u00e9ral La Fayette.<\/p>\n<p>En 1793, sur la recommandation de Kl\u00e9ber, Marceau est affect\u00e9 en Vend\u00e9e. \u00c0 24 ans, choisi comme le seul comp\u00e9tent, il est nomm\u00e9 commandant des arm\u00e9es de l\u2019ouest.<\/p>\n<p>Sa bravoure dans la guerre de Vend\u00e9e lui vaut une s\u00e9rie de promotions exceptionnellement rapides\u00a0: simple capitaine le 1er mai, g\u00e9n\u00e9ral de brigade le 16 octobre, g\u00e9n\u00e9ral de division le 10 novembre, g\u00e9n\u00e9ral en chef par int\u00e9rim de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Ouest le 5 d\u00e9cembre 1793. Les jours suivants, il remporte deux victoires d\u00e9cisives au Mans, puis \u00e0 Savenay. Mais il est profond\u00e9ment marqu\u00e9 par les horreurs de cette guerre civile, les Bleus (r\u00e9publicains) contre les Blancs (royalistes, en fait paysans d\u00e9fendant leur terre), d\u2019o\u00f9 quelque 200\u00a0000 morts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la libert\u00e9 et la piti\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois-Joseph <span class=\"caps\">WESTERMANN<\/span>, dit \u00ab\u00a0le boucher des Vend\u00e9ens\u00a0\u00bb, Lettre adress\u00e9e au Comit\u00e9 de Salut Public<em>. Service historique de la D\u00e9fense<\/em> (Archives d\u00e9partementales de Vend\u00e9e)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur ce cahier de 20 pages \u00e9crites au crayon, toutes les phrases sont terriblement \u00e9vocatrices\u00a0de la trag\u00e9die parfois apparent\u00e9e \u00e0 un g\u00e9nocide\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de Vend\u00e9e, citoyens r\u00e9publicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l\u2019enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m\u2019aviez donn\u00e9s, j\u2019ai \u00e9cras\u00e9 les enfants sous les sabots des chevaux, massacr\u00e9 les femmes qui, au moins pour celles-l\u00e0, n\u2019enfanteront plus de brigands. Je n\u2019ai pas un prisonnier \u00e0 me reprocher. J\u2019ai tout extermin\u00e9. (\u2026) Mes hussards ont tous \u00e0 la queue de leurs chevaux des lambeaux d\u2019\u00e9tendards brigands. Les routes sont sem\u00e9es de cadavres. Il y en a tant que, sur plusieurs endroits, ils font pyramides. On fusille sans cesse \u00e0 Savenay, car \u00e0 chaque instant il arrive des brigands qui pr\u00e9tendent se rendre prisonniers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors de la bataille du Mans et \u00e0 Savenay, Marceau et Kl\u00e9ber tenteront de juguler la fureur assassine des soldats r\u00e9publicains, mais en vain. Ils en seront scandalis\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parle pas de mes lauriers, \u00e9crivait-il \u00e0 sa s\u0153ur qui le f\u00e9licitait d\u2019une de ses victoires\u00a0; ils sont tremp\u00e9s de sang humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MARCEAU<\/span> (1769-1796), lettre \u00e0 sa s\u0153ur Jos\u00e9phine D\u00e9sir\u00e9e F\u00e9licit\u00e9 Marceau (1777-1808). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, Fran\u00e7ois S\u00e9verin Marceau-Desgraviers dit Marceau (1769-1796), Jean Massin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mut\u00e9 \u00e0 sa demande comme g\u00e9n\u00e9ral de division dans l\u2019arm\u00e9e des Ardennes (bient\u00f4t arm\u00e9e de Sambre-et-Meuse), il participe aux principales batailles de la campagne de 1794, dont la victoire de Fleurus (26 juin) et la reddition de Coblence (23 octobre) qui permet la jonction avec l\u2019arm\u00e9e de Rhin-et-Moselle. Mais le g\u00e9n\u00e9ral Marceau se retrouve, \u00e0 l\u2019image de ses troupes, ext\u00e9nu\u00e9 physiquement et moralement, mal nourri. Jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re campagne\u2026<\/p>\n<p>Forc\u00e9 de lever le blocus de Mayence qu\u2019il commande en 1796, il est charg\u00e9 de couvrir la retraite de l\u2019arm\u00e9e. Le 19 septembre, en reconnaissance de terrain aux alentours d\u2019Altenkirchen, bless\u00e9 par un chasseur tyrolien, il est recueilli par des g\u00e9n\u00e9raux autrichiens qui tiennent en grande estime leur adversaire. L\u2019archiduc Charles fait prodiguer des secours au jeune g\u00e9n\u00e9ral. Il meurt deux jours plus tard, \u00e0 27 ans. Son corps est remis \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise. Hommage lui est rendu m\u00eame par les ennemis. Il est inhum\u00e9 dans le camp retranch\u00e9 de Coblence au son de l\u2019artillerie des deux arm\u00e9es. Son ami Kl\u00e9ber lui fera \u00e9difier un tombeau en forme de pyramide dans lequel reposent ses cendres. Grav\u00e9e sur la pyramide, une \u00e9pitaphe sollicite \u00ab\u00a0les amis et les ennemis du brave \u00e0 respecter son tombeau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au sein de la guerre, il soulagea les peuples, pr\u00e9serva les propri\u00e9t\u00e9s et prot\u00e9gea le commerce et l\u2019industrie des provinces conquises.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">AMBERT<\/span> (1804-1890), <em>Les G\u00e9n\u00e9raux de la R\u00e9volution<\/em> (1792-1804)\u00a0: Portraits militaires, <span class=\"caps\">BNF<\/span> Collections<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son cercueil sera transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on de Paris le 4 ao\u00fbt 1889, lors des c\u00e9r\u00e9monies du centenaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Dernier hommage \u00e0 un militaire d\u2019exception, pas fait pour ce m\u00e9tier, mais qui le fit si bien\u00a0! C\u2019est sans nul doute le plus jeune panth\u00e9onis\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/baudin.jpg\" width=\"346\" height=\"409\"><\/p>\n<h4>5. Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb<span id=\"2217\" class=\"cit-num\">2217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour).<\/p>\n<p>Authentique homme de gauche, \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule contre le coup d\u2019\u00c9tat de Napol\u00e9on Bonaparte, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique cherchant \u00e0 se maintenir au pouvoir. Mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848.<\/p>\n<p>Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades. Le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, le 2\u00a0d\u00e9cembre, autour d\u2019un pr\u00e9tendant, se sont group\u00e9s des hommes que la France ne connaissait pas jusque-l\u00e0, qui n\u2019avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation [\u2026] de ces gens dont on peut r\u00e9p\u00e9ter ce que Cic\u00e9ron a dit de la tourbe qui entourait Catilina\u00a0: un tas d\u2019hommes perdus de dettes et de crimes\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2218\" class=\"cit-num\">2218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), plaidoirie du 14 novembre 1868. <em>Histoire du Second Empire<\/em> (1916), Pierre de la Gorce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette plaidoirie lancera le jeune Gambetta, farouchement r\u00e9publicain et avocat de Charles Delescluzes, propri\u00e9taire du journal Le R\u00e9veil, accus\u00e9 d\u2019avoir lanc\u00e9 une souscription pour \u00e9lever un monument au d\u00e9put\u00e9 Baudin, martyr de la Libert\u00e9, tomb\u00e9 sur une barricade. Gambetta pronon\u00e7a une diatribe contre l\u2019Empire de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et Baudin devint un symbole r\u00e9publicain face au despotisme. Il fait ainsi partie de la \u00ab\u00a0fourn\u00e9e de rattrapage\u00a0\u00bb des quatre r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4>6. Sadi <span class=\"caps\">CARNOT<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votons pour Carnot, c\u2019est le plus b\u00eate, mais il porte un nom r\u00e9publicain\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2491\" class=\"cit-num\">2491<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est Marie Fran\u00e7ois Sadi Carnot\u00a0(1837-1894)\u00a0: petit-fils de Lazare Carnot (\u00ab\u00a0le Grand Carnot\u00a0\u00bb, c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9volutionnaire), fils de Lazare Hippolyte Carnot (ministre du gouvernement provisoire sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique), neveu de Nicolas L\u00e9onard Sadi Carnot (physicien qui laisse son nom \u00e0 un th\u00e9or\u00e8me), il est lui-m\u00eame polytechnicien, ing\u00e9nieur des ponts et chauss\u00e9es, pr\u00e9fet, puis d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 et plusieurs fois ministre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B\u00eate\u00a0\u00bb n\u2019est sans doute pas le qualificatif le plus appropri\u00e9, mais le Tigre (l\u2019un des surnoms de Clemenceau) a la dent dure et l\u2019humour f\u00e9roce. Fran\u00e7ois Mauriac a donn\u00e9 une explication \u00e0 cet argument d\u2019ailleurs repris en 1912 contre Pams (ministre de l\u2019Agriculture)\u00a0: \u00ab\u00a0Je vote pour le plus b\u00eate, la boutade fameuse de Clemenceau, n\u2019est cruelle qu\u2019en apparence. Elle signifiait\u00a0: Je vote pour le plus inoffensif.\u00a0\u00bb (Bloc-notes, I).<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, \u00e9lu le 3\u00a0d\u00e9cembre 1887 avec une confortable majorit\u00e9, Sadi Carnot va jouir d\u2019une popularit\u00e9 personnelle au cours d\u2019une pr\u00e9sidence mouvement\u00e9e\u00a0: l\u2019agitation boulangiste met en p\u00e9ril les institutions de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et le scandale de Panama en 1892 provoquera la d\u00e9mission d\u2019une partie de son gouvernement. La m\u00eame ann\u00e9e commence une vague d\u2019attentats anarchistes dans Paris, doubl\u00e9e de mouvements syndicaux. Le gouvernement adopte la premi\u00e8re loi restreignant les libert\u00e9s individuelles et Carnot refusera\u00a0 d\u2019accorder sa gr\u00e2ce aux anarchistes Ravachol et Vaillant responsables des attaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un geste cynique<br>Il pr\u00e9pare son poignard,<br>Puis il frappe sans retard<br>Le chef de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<span id=\"2512\" class=\"cit-num\">2512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9o <span class=\"caps\">LELI\u00c8VRE<\/span> (1872-1956), <em>Le Crime de Lyon<\/em>, chanson.<em> Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par le chansonnier qui relate l\u2019assassinat de Sadi Carnot. Le 24 juin 1894, alors qu\u2019il \u00e9tait en visite \u00e0 Lyon, le pr\u00e9sident est assassin\u00e9 par le jeune anarchiste italien Sante Geronimo Caserio qui voulait venger la mort de ses camarades. Jean Casimir-Perier lui succ\u00e9da \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>C\u2019est le seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique panth\u00e9onis\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0martyr de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, on estime que la foule qui l\u2019escorta au Panth\u00e9on le 1er juillet \u00e9tait \u00e9quivalente \u00e0 celle qui rendit hommage \u00e0 Victor Hugo \u2013 2 millions de personnes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/berthelot.jpg\" width=\"400\" height=\"423\"><\/p>\n<h4>7. Marcellin et Sophie <span class=\"caps\">BERTHELOT<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9ducation scientifique nous \u00e9l\u00e8ve en quelque sorte au-dessus de notre propre personnalit\u00e9 par les conceptions et la puissance qui r\u00e9sultent de la connaissance des lois naturelles.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marcellin <span class=\"caps\">BERTHELOT<\/span> (1827-1907), L\u2019enseignement classique et l\u2019enseignement moderne, <em>Le Temps<\/em>, 10 d\u00e9cembre 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chimiste, biologiste, philosophe \u00e9pist\u00e9mologue entr\u00e9 en politique pour faire triompher ses id\u00e9aux, \u00e9lu s\u00e9nateur, nomm\u00e9 ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et ministre de l\u2019Instruction publique, il a encourag\u00e9 l\u2019investissement dans les nouvelles technologies et l\u2019aide aux populations paysannes et ouvri\u00e8res. Il s\u2019int\u00e9ressa aussi \u00e0 la philosophie et \u00e0 l\u2019histoire des sciences en Orient.<\/p>\n<p>Cette notion de \u00ab\u00a0science \u00e9ducatrice\u00a0\u00bb lui est ch\u00e8re, d\u00e9velopp\u00e9e dans son livre <em>Science et morale<\/em> (1897) et mise \u00e0 la port\u00e9e du public dans divers articles et conf\u00e9rences. L\u2019\u00e9ducation scientifique \u00ab\u00a0nous apprend que cette connaissance ne saurait \u00eatre acquise et perp\u00e9tuellement mise en \u0153uvre que par la r\u00e9union et le concours ind\u00e9finiment prolong\u00e9 des efforts individuels de tous les hommes civilis\u00e9s dans le temps et dans l\u2019espace.\u00a0\u00bb Belle mission universelle\u00a0!<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Berthelot a d\u00e9pos\u00e9 quelques 1 200 brevets. Des industriels lui proposent de les racheter \u2013 ses d\u00e9couvertes en pharmacologie ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des sommes d\u2019argent consid\u00e9rables. Mais il refuse\u00a0: il travaille pour la science et fait don de ses brevets, un par un, non seulement \u00e0 l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, mais au monde pour que ses d\u00e9couvertes servent au plus grand nombre. Des actes et pas que de bonnes intentions ou de belles paroles\u00a0! En vertu de quoi son jubil\u00e9 scientifique sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 solennellement devant des scientifiques du monde entier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce temps-l\u00e0, il n\u2019y aura plus dans le monde ni agriculture, ni p\u00e2tres, ni laboureurs\u00a0: le probl\u00e8me de l\u2019existence de la culture du sol aura \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 par la chimie. [\u2026] Dans cet empire universel de la force chimique, la terre deviendra un vaste jardin, arros\u00e9 par l\u2019effusion des eaux souterraines, o\u00f9 la race humaine vivra dans l\u2019abondance et dans la joie du l\u00e9gendaire \u00e2ge d\u2019or.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marcellin <span class=\"caps\">BERTHELOT<\/span> (1827-1907), \u00ab\u00a0En l\u2019an 2000\u00a0\u00bb,\u00a0 Discours au banquet de la Chambre syndicale des Produits chimiques, 5 avril 1894, <em>Science et Morale<\/em> (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour de ce discours peut choquer de nos jours o\u00f9 l\u2019industrie chimique a mauvaise r\u00e9putation \u2013 on lui doit quand m\u00eame le p\u00e9trole avec tous ses d\u00e9riv\u00e9s et l\u2019industrie pharmaceutique dont notre civilisation est tributaire.<\/p>\n<p>Berthelot conte \u00e0 son auditoire un r\u00eave digne des romans d\u2019anticipation de l\u2019\u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azot\u00e9e, sa petite motte de mati\u00e8re grasse, son petit morceau de f\u00e9cule ou de sucre, son petit flacon d\u2019\u00e9pices aromatiques, accommod\u00e9s \u00e0 son go\u00fbt personnel\u00a0; tout cela fabriqu\u00e9 \u00e9conomiquement et en quantit\u00e9s in\u00e9puisables par nos usines\u00a0; tout cela ind\u00e9pendant des saisons irr\u00e9guli\u00e8res, de la pluie, ou de la s\u00e9cheresse, de la chaleur qui dess\u00e8che les plantes, ou de la gel\u00e9e qui d\u00e9truit l\u2019espoir de la fructification\u00a0; tout cela enfin exempt de ces microbes pathog\u00e8nes, origine des \u00e9pid\u00e9mies et ennemis de la vie humaine. Ce jour-l\u00e0, la chimie aura accompli dans le monde une r\u00e9volution radicale, dont personne ne peut calculer la port\u00e9e\u00a0; il n\u2019y aura plus ni champs couverts de moissons, ni vignobles, ni prairies remplies de bestiaux. L\u2019homme gagnera en douceur et en moralit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le texte finit par un appel aux scientifiques qui doivent participer au d\u00e9veloppement \u00e9conomique\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, que ces r\u00eaves ou d\u2019autres s\u2019accomplissent, il sera toujours vrai de dire que <strong>le bonheur s\u2019acquiert par l\u2019action<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce discours sera salu\u00e9 par Jacques Testart (biologiste, p\u00e8re du premier \u00ab\u00a0b\u00e9b\u00e9 \u00e9prouvette\u00a0\u00bb, Amandine n\u00e9e en 1984) et certains auteurs y voient en germe les r\u00e9flexions du philosophe Marcel Gauchet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sens que je ne pourrai survivre \u00e0 votre m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marcellin <span class=\"caps\">BERTHELOT<\/span> (1827-1907). <em>Marcellin Berthelot, 1827-1907<\/em> (1927), Augustin Boutaric<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un notaire dans une fratrie de 18 enfants, p\u00e8re de quatre fils, Berthelot est un homme de famille. Il formait m\u00eame un couple fusionnel avec son \u00e9pouse Sophie Berthelot, n\u00e9e Niaudet. Il la savait malade et avait maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 cette phrase \u00e0 ses enfants.<\/p>\n<p>Il meurt quelques minutes apr\u00e8s elle, le 18 mars 1907. Il souffrait d\u2019une angine de poitrine, mais certaines circonstances font penser au suicide. Enterr\u00e9 dans le caveau familial, le gouvernement, d\u00e9sireux d\u2019honorer le grand homme, demande le transfert de ses cendres au Panth\u00e9on. La famille accepte si Sophie l\u2019accompagne. C\u2019est la premi\u00e8re femme, surnomm\u00e9e parfois \u00ab\u00a0l\u2019inconnue du Panth\u00e9on\u00a0\u00bb. Il faudra encore attendre avant qu\u2019une femme ne fasse son entr\u00e9e pour ses m\u00e9rites personnels\u00a0: Marie Curie en 1955 \u2013 mais son \u00e9poux l\u2019accompagne. Dans le cas du couple Veil, les r\u00f4les seront invers\u00e9s\u00a0: c\u2019est Simone qui tend la main \u00e0 Antoine.<\/p>\n<h4>8. \u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche,<\/em> d\u00e9claration au jury. <em>L\u2019Aurore<\/em>, 22 f\u00e9vrier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fait conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a litt\u00e9ralement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Envions-le [Zola], sa destin\u00e9e et son c\u0153ur lui firent le sort le plus grand\u00a0: il fut un moment de la conscience humaine.\u00a0\u00bb<span id=\"2536\" class=\"cit-num\">2536<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), \u00c9loge fun\u00e8bre d\u2019\u00c9mile Zola, 5\u00a0octobre 1902.<em> R\u00e9habilitation d\u2019Alfred Dreyfus par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours prononc\u00e9 au cimeti\u00e8re de Montmartre, lors de l\u2019enterrement de Zola. Anatole France fait naturellement allusion au combat men\u00e9 par son confr\u00e8re pour que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate dans l\u2019affaire Dreyfus. Lui-m\u00eame fit partie de ces intellectuels engag\u00e9s dans le camp des \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb. <br>Zola sera panth\u00e9onis\u00e9 en 1908. N\u2019oublions pas qu\u2019il fut aussi le romancier le plus populaire de son \u00e9poque, apr\u00e8s Hugo.<\/p>\n<h4>9. L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019in\u00e9vitable et vous devriez l\u2019accepter. Vous devriez prendre votre parti de l\u2019existence dans le pays d\u2019une d\u00e9mocratie invincible \u00e0 qui restera certainement le dernier mot.\u00a0\u00bb<span id=\"2442\" class=\"cit-num\">2442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0ao\u00fbt 1874. <em>Les Partis politiques sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1913), L\u00e9on Jacques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0commis voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb hyperactif lors de la guerre de 1870-71 propose une constitution r\u00e9publicaine. L\u00e9gitimistes et conservateurs n\u2019en veulent toujours pas, mais Gambetta va rallier une partie de la gauche \u00e0 la cause du seul r\u00e9gime possible dans la France de cette \u00e9poque\u00a0: une r\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e, qui n\u2019effraie pas le pays (bourgeois et paysans). Une commission de 30 membres d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e va enfin accoucher d\u2019un projet de constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisque nous sommes les plus forts, nous devons \u00eatre mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"2447\" class=\"cit-num\">2447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), devant le progr\u00e8s constant des r\u00e9publicains aux \u00e9lections en 1876. <em>Discours et plaidoyers politiques de M.\u00a0Gambetta<\/em>, volume\u00a0V (1882)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce sont les premi\u00e8res \u00e9lections nationales, sous le signe de la nouvelle Constitution qui fonde la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. D\u2019o\u00f9 leur importance. D\u00e8s le 30\u00a0janvier 1876, \u00f4 surprise, le S\u00e9nat manque de peu d\u2019\u00eatre r\u00e9publicain, malgr\u00e9 un syst\u00e8me \u00e9lectoral prudent qui favorise les communes rurales, et Gambetta fait preuve de sagesse\u00a0: \u00ab\u00a0Comme disait un ancien, il y a quelque chose de plus difficile \u00e0 supporter que l\u2019adversit\u00e9\u00a0: c\u2019est la bonne fortune.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 20\u00a0f\u00e9vrier, les r\u00e9publicains ont une confortable majorit\u00e9 au premier tour des \u00e9lections \u00e0 la Chambre. Gambetta lance des appels \u00e0 la pond\u00e9ration entre les deux tours\u00a0: les r\u00e9publicains, s\u2019ils veulent gouverner, ne doivent pas effaroucher l\u2019opinion. Le second tour du 5\u00a0mars est un grand succ\u00e8s. Jules Gr\u00e9vy est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (avant de succ\u00e9der \u00e0 Mac-Mahon, \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai, le renvoi du pr\u00e9sident du Conseil, et la dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Le Pr\u00e9sident a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et c\u2019est toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb<span id=\"2441\" class=\"cit-num\">2441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule fameuse, expression du pragmatisme. Qui l\u2019eut crue sign\u00e9e du pur et dur r\u00e9publicain, \u00e0 la fois id\u00e9ologue tranchant et d\u00e9magogue bruyant\u00a0? \u00ab\u00a0Vous allez peut-\u00eatre m\u2019accuser d\u2019opportunisme\u00a0! Je sais que le mot est odieux. Pourtant je pousse encore l\u2019audace jusqu\u2019\u00e0 affirmer que ce barbarisme cache une vraie politique.\u00a0\u00bb Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21\u00a0juin 1880. Et un an plus tard, dans un autre discours\u00a0: \u00ab\u00a0Pour une chose mal con\u00e7ue, il fallait un vocable mal con\u00e7u\u00a0: on l\u2019a appel\u00e9e opportunisme.\u00a0\u00bb Le mot va faire fortune en politique, les opportunistes devenant les disciples de Gambetta apr\u00e8s sa mort accidentelle et prochaine, \u00e0 44\u00a0ans (1882). Sans cette fin pr\u00e9matur\u00e9e (sans doute accidentelle), il aurait sans doute fait une carri\u00e8re \u00e0 la Clemenceau, autre grand r\u00e9publicain et grande gueule. Sa panth\u00e9onisation d\u00e9cid\u00e9e par le Cartel de gauches en 1920 est une l\u00e9gitime reconnaissance. Il en sera de m\u00eame pour Jaur\u00e8s.<\/p>\n<h4>10. Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage.\u00a0\u00bb<span id=\"2411\" class=\"cit-num\">2411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914). <em>Le Socialisme selon L\u00e9on Blum<\/em> (2003), David Frapet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste \u00e0 la fois internationaliste et pacifiste, il va vivre dramatiquement l\u2019approche de la guerre de 1914, cherchant appui aupr\u00e8s du mouvement ouvrier pour l\u2019\u00e9viter, avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 le 31\u00a0juillet 1914 par un nationaliste. Ce que n\u2019a pas su faire la R\u00e9publique, cahotant de crises en \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb en scandales, la guerre l\u2019accomplit alors\u00a0: l\u2019union sacr\u00e9e des Fran\u00e7ais, l\u2019unit\u00e9 nationale retrouv\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement par la force des choses que s\u2019accomplira la R\u00e9volution sociale. C\u2019est par la force des hommes.\u00a0\u00bb<span id=\"2548\" class=\"cit-num\">2548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume 1, La Constituante (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s s\u2019est inclin\u00e9 devant la loi du parti socialiste\u00a0: pas de participation au gouvernement \u2013 et des hommes comme lui manqueront \u00e0 la R\u00e9publique radicale. C\u2019est donc en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition qu\u2019il m\u00e8ne les grands combats pour les lois ouvri\u00e8res. Sans \u00e9carter le recours \u00e0 la force insurrectionnelle (ce que veut la <span class=\"caps\">CGT<\/span>), il croit que la r\u00e9volution sociale peut et doit passer par une \u00e9volution de la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine en d\u00e9mocratie socialiste. Le renforcement de la classe ouvri\u00e8re en est la condition.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911). Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux. Il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg [\u2026] Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes [\u2026] Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9.\u00a0\u00bb L\u2019\u0153uvre fait scandale. L\u2019auteur suscite des haines au sein de la droite nationaliste. Il en mourra, assassin\u00e9 trois ans plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le courage, c\u2019est de chercher la v\u00e9rit\u00e9 et de la dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Citation mise en exergue de <em>l\u2019Anthologie d\u2019un inconnu c\u00e9l\u00e8bre<\/em> (2014) qui rassemble diff\u00e9rents textes de Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tudi\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9, r\u00e9f\u00e9rence pour la classe politique de gauche, il demeure pr\u00e9sent un si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort. Tout au long de sa vie, il ne cessa d\u2019\u00e9crire. Apr\u00e8s sa th\u00e8se de philosophie, il se lance dans une grande histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, tout en restant politiquement engag\u00e9 avec des centaines d\u2019articles publi\u00e9s dans les journaux de son temps. Ces \u00e9crits dessinent le portrait d\u2019un homme aux multiples visages\u00a0: penseur, homme politique, citoyen engag\u00e9 et d\u00e9fenseur de la paix. Mais toujours courageux et parlant vrai, ce qui justifie sa panth\u00e9onisation dix ans apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paul_painleve.jpg\" width=\"350\" height=\"477\"><\/p>\n<h4>11. Paul <span class=\"caps\">PAINLEV\u00c9<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la Science qui assurera aux soci\u00e9t\u00e9s humaines des lois et une organisation justes et rationnelles. Elle r\u00e9soudra les probl\u00e8mes sociaux en multipliant les forces industrielles de l\u2019homme et son emprise sur la nature, en cr\u00e9ant sans cesse de nouvelles richesses qui n\u2019auront \u00e9t\u00e9 ravies \u00e0 personne, cependant qu\u2019elle am\u00e8nera l\u2019adoucissement d\u00e9finitif des m\u0153urs par ses le\u00e7ons de fraternit\u00e9 et par le d\u00e9veloppement des intelligences.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">PAINLEV\u00c9<\/span> (1863-1933), Discours \u00e0 l\u2019inauguration du monument \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Marcellin Berthelot devant le Coll\u00e8ge de France, 20 mai 1917.<em> Paroles et \u00e9crits \/ Paul Painlev\u00e9\u00a0; publi\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Paul Painlev\u00e9,<\/em> Texte de 664 pages, \u00e9dit\u00e9 en 1936<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Mention particuli\u00e8re \u00e0 ce passionnant document en acc\u00e8s libre sur gallica.bnf.fr, notre source pour faire revivre ce personnage pas assez connu ni cit\u00e9.)<\/p>\n<p>Notons l\u2019\u00e9vidente parent\u00e9 de Painlev\u00e9 avec Marcellin Berthelot, lui aussi grand scientifique entr\u00e9 en politique pour le triomphe de ses id\u00e9es\u00a0: \u00e9vidente fraternit\u00e9 intellectuelle et humaine entre ces deux noms r\u00e9unis au Panth\u00e9on, anim\u00e9s d\u2019une confiance absolue dans la science. Ils nous obligent \u00e0 corriger le jugement trop critique port\u00e9 sur cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique toujours \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La passion de Painlev\u00e9 se manifestait en divers domaines, l\u2019aviation naissante le rendant particuli\u00e8rement lyrique\u00a0: \u00ab\u00a0Le plus grand d\u00e9fi que la nature avait port\u00e9 \u00e0 l\u2019homme enfin relev\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Honneur \u00e0 l\u2019oiseau merveilleux qui nous vient d\u2019Am\u00e9rique, \u00e0 l\u2019homme-oiseau plus audacieux, plus rapide, plus ma\u00eetre de l\u2019air et plus s\u00fbr de son vol que l\u2019albatros et le condor, au fr\u00e8re de ces jeunes hommes qui, d\u00e8s le d\u00e9but de la grande guerre, vous vous en souvenez G\u00e9n\u00e9ral Pershing, vinrent planer sur nos champs de bataille, avec leurs amis de France, au premier cri d\u2019alarme de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">PAINLEV\u00c9<\/span> (1863-1933), ministre de\u00a0la Guerre, Allocution prononc\u00e9e le 27 mai 1927 au cours d\u2019un d\u00e9jeuner donn\u00e9 au minist\u00e8re de la Guerre en l\u2019honneur de Lindbergh. <em>Paroles et \u00e9crits \/ Paul Painlev\u00e9\u00a0; publi\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Paul Painlev\u00e9<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Comme chef de l\u2019arm\u00e9e, au nom des camarades de Nungesser et de Coli, je suis fier, Charles Lindbergh, de vous adresser le salut le plus enthousiaste de l\u2019aviation militaire fran\u00e7aise (\u2026) Vous avez relev\u00e9 le d\u00e9fi, r\u00e9alis\u00e9 l\u2019impossible r\u00eave, agrandi l\u2019h\u00e9ro\u00efsme humain aux dimensions de la plan\u00e8te\u00a0; vous avez au-dessus de l\u2019Oc\u00e9an, jet\u00e9 entre nos deux villes, entre nos deux nations, entre nos deux continents, un invisible lien que rien ne rompra plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la disparition d\u2019Aristide Briand, Painlev\u00e9 rend superbement et litt\u00e9rairement hommage \u00e0 l\u2019infatigable combattant pour la paix dans le monde, magnifique utopie \u00e0 laquelle on pouvait encore croire dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au lendemain de la mort d\u2019un grand penseur, Lamartine \u00e9crivait\u00a0: \u2018Le niveau de l\u2019intelligence humaine a baiss\u00e9 cette nuit\u2019. L\u2019apr\u00e8s-midi o\u00f9 le c\u0153ur lass\u00e9 de Briand a cess\u00e9 de battre, on aurait pu dire \u00e9galement\u00a0: \u2018 L\u2019esprit d\u2019humanit\u00e9 a baiss\u00e9 aujourd\u2019hui en Europe.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">PAINLEV\u00c9<\/span> (1863-1933) en 1932. <em>Paroles et \u00e9crits \/ Paul Painlev\u00e9\u00a0; publi\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Paul Painlev\u00e9<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et pourquoi seulement en Europe\u00a0? Dans le monde entier\u00a0; car, si les circonstances ont fait de Briand le guide de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 le promoteur de l\u2019union europ\u00e9enne, jamais il n\u2019a perdu de vue un instant l\u2019Am\u00e9rique. Le jour o\u00f9, \u00e0 Paris, il mit sa signature au bas du pacte Kellogg, fut pour lui un jour de joie et de triomphe. La paix, d\u2019apr\u00e8s lui, ne pouvait \u00eatre solidement \u00e9tablie que par un accord efficace et loyal de toutes les nations civilis\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame foi en la politique qu\u2019en la science, les deux passions \u00e0 qui Painlev\u00e9 a consacr\u00e9 sa vie. Il meurt un an apr\u00e8s, \u00e9puis\u00e9 d\u2019avoir tant donn\u00e9 en se battant sur tous les fronts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fut successivement et avec une \u00e9gale aisance un grand savant, un cr\u00e9ateur dans le domaine de la pens\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 son g\u00e9nie math\u00e9matique lucide et profond, un orateur et un \u00e9crivain remarquable par sa sensibilit\u00e9, par la force et la beaut\u00e9 de son expression, et enfin un homme d\u2019action d\u2019une grande clart\u00e9 d\u2019esprit et d\u2019un courage \u00e0 toute \u00e9preuve. Il joignait \u00e0 ces qualit\u00e9s un amour ardent de la justice, une bont\u00e9 agissante et une chaleur de c\u0153ur qui en faisaient le plus charmant et le meilleur des amis. C\u2019est un homme, au sens le plus plein, le plus \u00e9lev\u00e9 et le plus complet du mot, que nous venons d\u2019avoir la douleur de perdre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> (1872-1946), Paul Painlev\u00e9, le savant. Mots prononc\u00e9s \u00e0 sa mort, novembre 1933.\u00a0 <em>Paroles et \u00e9crits \/ Paul Painlev\u00e9\u00a0; publi\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Paul Painlev\u00e9<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>4 novembre 1933. Le gouvernement de la R\u00e9publique, en vertu d\u2019une loi vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 par la Chambre et le S\u00e9nat, lui fait des obs\u00e8ques nationales. Tout un peuple l\u2019accompagne au Panth\u00e9on.<\/p>\n<p>Fort de sa triple l\u00e9gitimit\u00e9 \u2013 sp\u00e9cialiste des questions militaires unanimement reconnu, leader r\u00e9publicain socialiste (Cartel des gauches) et savant r\u00e9put\u00e9 \u2013 il prit part aux grands d\u00e9bats de son temps, toujours passionn\u00e9, sinc\u00e8re et vibrant. M\u00eame us\u00e9 en fin de vie, le politique n\u2019a jamais \u00e9clips\u00e9 l\u2019intellectuel avec ses responsabilit\u00e9s de savant. L\u2019homme public fut soumis \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9\u00a0: la politique, ponctu\u00e9e par les \u00e9lections, les d\u00e9bats \u00e0 la Chambre, les crises minist\u00e9rielles ou les rencontres internationales\u00a0; la science, avec les heures consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019enseignement, les r\u00e9unions pour r\u00e9nover les savoirs universitaires et d\u00e9velopper la recherche.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique poursuit la m\u00eame logique de panth\u00e9onisation avec des choix r\u00e9publicains et des variantes th\u00e9matiques classiques.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/langevin.jpg\" width=\"390\" height=\"503\"><\/p>\n<h4>12. Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comprendre va plus loin que conna\u00eetre. Le jeune savant, quelque abstraites que doivent \u00eatre ses pr\u00e9occupations ult\u00e9rieures, ne doit pas perdre pr\u00e9matur\u00e9ment le contact avec les faits, ni le sens concret des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles ou humaines.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> (1872-1946), Discours prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du cinquantenaire de l\u2019\u00c9cole sup\u00e9rieure de physique et de chimie industrielles de Paris, 27 avril 1933, Grand Amphith\u00e9\u00e2tre de la Sorbonne, Paris, <em>Cinquante ann\u00e9es de science appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019industrie<\/em> (1933), Hippolyte Copaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Physicien, philosophe des sciences et p\u00e9dagogue, il est connu pour sa th\u00e9orie du magn\u00e9tisme et son apport au mouvement brownien (associ\u00e9 au nom de Robert Brown), l\u2019invention du sonar, l\u2019introduction de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 d\u2019Albert Einstein en France et le plan Langevin-Wallon de r\u00e9forme de l\u2019enseignement. <\/p>\n<p>N\u00e9 un an apr\u00e8s la Commune de Paris dans une famille r\u00e9publicaine, fils d\u2019un ouvrier dans le b\u00e2timent et d\u2019une institutrice, il se distingue d\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire en \u00e9l\u00e8ve surdou\u00e9 et motiv\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re qui avait d\u00fb, malgr\u00e9 lui, interrompre ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans, m\u2019a inspir\u00e9 le d\u00e9sir de savoir\u00a0; lui et ma m\u00e8re, t\u00e9moins oculaires du si\u00e8ge et de la sanglante r\u00e9pression de la Commune, m\u2019ont mis au c\u0153ur l\u2019horreur de la violence et le d\u00e9sir passionn\u00e9 de la justice sociale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Attir\u00e9 par l\u2019univers scientifique et conseill\u00e9 par Pierre Curie, il choisit la recherche et l\u2019enseignement plut\u00f4t qu\u2019une carri\u00e8re d\u2019ing\u00e9nieur. Boursier de la Ville de Paris, il va travailler un an au laboratoire Cavendish de Cambridge, foyer de la physique moderne. C\u2019est en m\u00eame temps un militant de gauche\u00a0: signataire d\u00e8s 1898 de la p\u00e9tition visant \u00e0 innocenter Alfred Dreyfus, pacifiste et antifasciste, il participe \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations cr\u00e9\u00e9e apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale et prend position contre les armes chimiques et biologiques.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l\u2019homme de 1944 \u00e0 1946, il devient comme beaucoup d\u2019intellectuels un \u00ab\u00a0compagnon de route\u00a0\u00bb du Parti communiste, li\u00e9 par une profonde amiti\u00e9 avec trois autres panth\u00e9onis\u00e9s \u00e0 suivre, les Curie (Pierre et Marie) et Jean Perrin, mais aussi \u00c9mile Borel (math\u00e9maticien renomm\u00e9, professeur et d\u00e9put\u00e9).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire des id\u00e9es nous fait appara\u00eetre la science comme vivante\u00a0; c\u2019est celle que nous devons enseigner plut\u00f4t que la science morte des r\u00e9sultats techniques dans laquelle se confine trop souvent l\u2019enseignement scientifique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> (1872-1946), <em>Le probl\u00e8me de la culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (1932). <em>Paul Langevin \u2013 Propos d\u2019un physicien engag\u00e9 pour mettre la science au service de tous<\/em>, textes pr\u00e9sent\u00e9s et annot\u00e9s par Bernadette Bensaude-Vincent, \u00e9d. Vuibert, <span class=\"caps\">SFHST<\/span>, 2007, p. 237<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 mesure que la complexit\u00e9 scientifique augmente, la vulgarisation devient une probl\u00e9matique r\u00e9currente depuis le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et une question jamais (bien) r\u00e9solue. La plupart des grands scientifiques ayant aussi vocation politique vont se confronter \u00e0 ce probl\u00e8me qui concerne le (grand) public, mais aussi l\u2019enfant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9ducations nouvelles sont issues de l\u2019observation \u00e0 la fois pr\u00e9cise, affectueuse et tendre des r\u00e9actions de l\u2019enfant devant la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> (1872-1946), Paul Langevin \u2013<em> Propos d\u2019un physicien engag\u00e9 pour mettre la science au service de tous<\/em>, textes pr\u00e9sent\u00e9s et annot\u00e9s par Bernadette Bensaude-Vincent (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026\u00a0Ces r\u00e9actions enregistr\u00e9es de mani\u00e8re v\u00e9ritablement scientifique, calme et humaine, sans cesser d\u2019\u00eatre pr\u00e9cise, ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour d\u00e9terminer la mani\u00e8re dont nous devons traiter, \u00e9lever et \u00e9duquer l\u2019enfant. Je ne crois pas exag\u00e9rer en disant que cette grande d\u00e9couverte est un des r\u00e9sultats de l\u2019introduction de l\u2019esprit scientifique dans la solution des probl\u00e8mes de l\u2019\u00e9ducation comme nous consid\u00e9rons qu\u2019il doit \u00eatre introduit dans la solution de tous les probl\u00e8mes d\u2019ordre humain.\u00a0\u00bb Toute sa vie et l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de sa mort, outre tous ses travaux scientifiques, cette obsession a aussi des raisons et des cons\u00e9quences politiques. En 2021, en pleine \u00ab\u00a0crise sanitaire\u00a0\u00bb, le probl\u00e8me fait toujours d\u00e9bat et la mise en garde de Langevin est plus que jamais actuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il devait arriver que seuls quelques initi\u00e9s puissent participer \u00e0 la joie de comprendre et \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019agir, notre humanit\u00e9 courrait un grand danger. Le gouvernement des savants auquel pensait Renan serait, en effet, aussi dangereux que toute autre sorte de dictature d\u2019un homme ou d\u2019une oligarchie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">LANGEVIN<\/span> (1872-1946), <em>La Pens\u00e9e et l\u2019action<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion de cette conf\u00e9rence ultime\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience nous montre qu\u2019un homme disposant d\u2019une puissance excessive, politique ou financi\u00e8re, se d\u00e9s\u00e9quilibre. Les savants ne feraient pas exception et deviendraient aussi des fous dangereux. Il faut donc qu\u2019\u00e0 l\u2019effort de construire la science nous joignions celui de la rendre accessible, de sorte que l\u2019humanit\u00e9 poursuive sa marche en formation serr\u00e9e, sans avant-garde perdue ni arri\u00e8re-garde tra\u00eenante.\u00a0\u00bb Dont acte\u00a0!<\/p>\n<p>Le transfert des cendres au Panth\u00e9on de Paul Langevin se fait d\u00e8s 1948, avec celles de son ami et confr\u00e8re Jean Perrin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_perrin.jpg\" width=\"350\" height=\"460\"><\/p>\n<h4>13. Jean <span class=\"caps\">PERRIN<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La science remplace du visible compliqu\u00e9 par de l\u2019invisible simple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">PERRIN<\/span> (1870-1942). <em>Questions aux savants<\/em> (1969), Pierre-Henri Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Lille, fils d\u2019un officier d\u2019infanterie issu d\u2019une famille de paysans, dou\u00e9 pour les lettres comme pour les sciences, il termine ses \u00e9tudes \u00e0 Paris au lyc\u00e9e Janson, dans la classe tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e de \u00ab\u00a0maths sp\u00e9\u00a0\u00bb (Math\u00e9matiques Sp\u00e9ciales). Entr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure en 1891, il d\u00e9bute dans la recherche par un coup d\u2019\u00e9clat, apportant la premi\u00e8re preuve directe de l\u2019existence des \u00e9lectrons. Pendant la guerre de 1914-1918, officier du G\u00e9nie, il cr\u00e9e plusieurs appareils st\u00e9r\u00e9o-acoustiques pour localiser les batteries d\u2019artillerie et les sous-marins ennemis.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, charg\u00e9 de cr\u00e9er l\u2019enseignement de la Chimie physique \u00e0 la Sorbonne, il professe jusqu\u2019en 1940. Il multiplie livres et articles destin\u00e9s aux \u00e9tudiants et au grand public. Parall\u00e8lement, il s\u2019investit corps et \u00e2me dans l\u2019organisation et la valorisation de la recherche scientifique, comme conseiller, puis comme Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Recherche Scientifique dans le minist\u00e8re L\u00e9on Blum du Front populaire (1936-1937)\u00a0: il cr\u00e9e l\u2019Observatoire de Haute-Provence en 1936, le Palais de la d\u00e9couverte en 1937 et le Centre national de la recherche scientifique (<span class=\"caps\">CNRS<\/span>) en 1939, destin\u00e9 \u00e0 la recherche fondamentale qu\u2019il a toujours d\u00e9fendue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9couverte de l\u2019inconnu doit \u00eatre poursuivie sans pr\u00e9occupation pratique, pr\u00e9cis\u00e9ment si l\u2019on veut en tirer de grands r\u00e9sultats. Ce n\u2019est pas en se donnant pour probl\u00e8me de voir nos organes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de notre corps qu\u2019on e\u00fbt pu d\u00e9couvrir les rayons X [\u2026] Ce n\u2019est pas en cherchant \u00e0 communiquer avec les antipodes qu\u2019on e\u00fbt pu d\u00e9couvrir les ondes hertziennes\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">PERRIN<\/span> (1870-1942), <em>Les Atomes<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce livre sera son \u0153uvre majeure. Dressant un \u00e9tat des connaissances en sciences physiques, il inclut ses propres d\u00e9couvertes. Cette synth\u00e8se lui vaut une renomm\u00e9e internationale.<\/p>\n<p>Associant toujours rigueur scientifique et clart\u00e9 didactique, il expose les lois atomiques, la structure mol\u00e9culaire, le mouvement brownien, les probl\u00e8mes de la lumi\u00e8re et des quanta. Le premier, il donne une valeur pr\u00e9cise au nombre d\u2019Avogadro et apporte la confirmation de l\u2019existence des atomes. Henri Poincar\u00e9 (fr\u00e8re de Raymond, l\u2019homme politique), sceptique sur leur existence, avoue que \u00ab\u00a0l\u2019atome des chimistes est devenu r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Perrin recevra le prix Nobel de physique en 1926 pour avoir valid\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se atomiste, mettant un terme d\u00e9finitif \u00e0 la longue bataille sur l\u2019existence r\u00e9elle des mol\u00e9cules.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation du <span class=\"caps\">CNRS<\/span> (loi du 19 octobre 1939) sera l\u2019aboutissement de vingt ans de travail, de conception et de concertation avec ses coll\u00e8gues, de p\u00e9dagogie et de persuasion vis-\u00e0-vis des politiques. Huit mois plus tard, il prend sa retraite et tente de quitter la France occup\u00e9e pour combattre de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0: \u00ab\u00a0En ce qui me concerne, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 de ceux qui savaient pouvoir rendre plus de services hors de France que sous l\u2019emprise allemande.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a tout d\u2019un proph\u00e8te, sa foi dans la science est bel et bien d\u2019origine religieuse. Il n\u2019en disconvenait pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pascal <span class=\"caps\">ORY<\/span> (n\u00e9 en 1948). Biblioth\u00e8que <span class=\"caps\">INSA<\/span> Lyon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien rend un hommage posthume \u00e0 l\u2019homme, au professeur inspir\u00e9, au confr\u00e8re militant dont le visage christique nous interroge encore. Humainement, ce fut un \u00eatre particuli\u00e8rement attachant.<\/p>\n<p>Au sein de l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure et dans le contexte de l\u2019affaire Dreyfus, Jean Perrin s\u2019entoura tr\u00e8s t\u00f4t d\u2019un groupe d\u2019amis, socialisants et dreyfusards, Pierre et Marie Curie, Paul Langevin, \u00c9mile Borel. Ils militent \u00e0 la Ligue des droits de l\u2019homme d\u00e8s sa fondation et participent aux premi\u00e8res universit\u00e9s populaires. Le clan Borel, Curie, Langevin et Perrin restera toujours soud\u00e9. Ils soutiendront Marie Curie apr\u00e8s la mort accidentelle de Pierre Curie en 1906 et lors de l\u2019affaire Curie-Langevin,\u00a0Marie la \u00ab\u00a0Veuve radieuse\u00a0\u00bb \u00e9tant accus\u00e9e d\u2019\u00eatre sa ma\u00eetresse, dans un contexte nationaliste (elle est n\u00e9e Polonaise) et sexiste (particuli\u00e8rement dans le milieu scientifique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Passant, laisse ton pas s\u2019alanguir, le soleil <br>L\u00e0-bas ach\u00e8ve de descendre. <br>Viens r\u00eaver un instant, sans fun\u00e8bre appareil. <br>D\u2019un grand humain voici la cendre. <br>Il n\u2019avait d\u2019autre foi que sa ferme raison \/ Et ne ha\u00efssait que la haine. <br>Son g\u00e9nie \u00e9tait vaste, aventureux, divers. \/ Pas d\u2019audace qu\u2019il n\u2019ait os\u00e9e.<br>Il comptait des milliards de milliards d\u2019univers \/ Dans une goutte de ros\u00e9e. <br>Il croyait \u00e0 la Vie, au Progr\u00e8s, au Bonheur \/ Et donnait avec all\u00e9gresse <br>A tous, autour de lui, les fruits de son labeur \/ Et le tr\u00e9sor de sa tendresse. <br>Il aimait son pays, mais quand la Libert\u00e9 \/ Y fut dans la honte \u00e9gorg\u00e9e <br>Il pr\u00e9f\u00e9ra l\u2019exil o\u00f9 dans l\u2019adversit\u00e9 \/ Son \u00e2me restait inchang\u00e9e. <br>Il est mort dans la lutte en nous criant Espoir\u00a0!<br>La France rena\u00eetra plus belle <br>Dans un monde plus juste, apr\u00e8s le gouffre noir, \u00a0<br>Car la lumi\u00e8re est \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe anonyme de Jean Perrin, \u00e9crite par l\u2019un de ses collaborateurs et amis, cit\u00e9e par Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses cendres furent transport\u00e9es au Panth\u00e9on en 1948, avec celles de son confr\u00e8re Paul Langevin.<\/p>\n<h4>14. Victor et Marc <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Noirs ne sont pas stupides parce qu\u2019ils sont noirs, mais parce qu\u2019ils sont esclaves.\u00a0\u00bb<span id=\"&lt;\" class=\"cit-num\">&lt;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span> (1804-1893). <em>Esclavage et colonisation<\/em> (1948), recueil de textes choisis de Victor Sch\u0153lcher, publi\u00e9 pour le centenaire de l\u2019abolition<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son p\u00e8re Marc Sch\u0153lcher, originaire de Fessenheim en Alsace, poss\u00e8de une usine de fabrication de porcelaine. Il envoie son fils au Mexique, aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 Cuba en 1828-1830, comme repr\u00e9sentant commercial de l\u2019entreprise familiale. C\u2019est \u00e0 Cuba qu\u2019il est r\u00e9volt\u00e9 par l\u2019esclavage. Mais son discours abolitionniste va \u00e9voluer.<\/p>\n<p><em>De l\u2019esclavage des Noirs et de la l\u00e9gislation coloniale\u00a0<\/em>(1833) est un r\u00e9quisitoire contre l\u2019esclavage et pour son abolition renvoy\u00e9e \u00e0 un \u00ab\u00a0futur incident r\u00e9volutionnaire que j\u2019appelle de mes v\u0153ux.\u00a0\u00bb En attendant, il propose d\u2019humaniser la condition des esclaves.<\/p>\n<p>De mai 1840 \u00e0 juin 1841, il retourne aux Antilles et visite le Trou-Vaillant (Saint-James) o\u00f9 les esclaves appartiennent \u00e0 l\u2019\u00c9tat. D\u00e9sormais, il va se battre pour une abolition imm\u00e9diate et compl\u00e8te. Rappelons que l\u2019esclavage, aboli sous la R\u00e9volution et par acclamation\u00a0 le 4 f\u00e9vrier 1794, fut r\u00e9tabli par Napol\u00e9on le 20 mai 1802, une grande partie de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise d\u00e9pendant des plantations de cannes \u00e0 sucre dans les colonies. Mais \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il reconnut son erreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le seul, l\u2019unique rem\u00e8de aux maux incalculables de la servitude c\u2019est la libert\u00e9. Il est impossible d\u2019introduire l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019esclavage. Il n\u2019existe qu\u2019un moyen d\u2019am\u00e9liorer r\u00e9ellement le sort des n\u00e8gres, c\u2019est de prononcer l\u2019\u00e9mancipation compl\u00e8te et imm\u00e9diate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span> (1804-1893),<em> Histoire de l\u2019esclavage pendant ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, conclusion du pr\u00e9ambule<\/em> (1847)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il regroupe ces articles dans ce livre et conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde est d\u2019accord sur la saintet\u00e9 du principe de l\u2019abolition (car) le sort des esclaves n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019\u00eatre horrible, atroce, d\u00e9gradant, inf\u00e2me, malgr\u00e9 les lois, les ordonnances, les r\u00e8glements faits pour l\u2019all\u00e9ger.\u00a0\u00bb La notori\u00e9t\u00e9 de Sch\u0153lcher est telle qu\u2019il est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique par la Martinique et la Guadeloupe. Il opte pour la Martinique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Attentat contre la dignit\u00e9 humaine, violation flagrante du dogme r\u00e9publicain\u00a0: Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2160\" class=\"cit-num\">2160<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span> (1804-1893),<em> Le Moniteur,<\/em> 2\u00a0mai\u00a01848<em>. Victor Sch\u0153lcher et l\u2019abolition de l\u2019esclavage<\/em> (2004), Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat dans le gouvernement provisoire, il plaide contre l\u2019esclavage et voit l\u2019aboutissement de sa lutte\u00a0: \u00ab\u00a0Par les d\u00e9crets du 27\u00a0avril 1848, rendus sur l\u2019initiative de Sch\u0153lcher, l\u2019esclavage, aboli une premi\u00e8re fois par la Convention (4 f\u00e9vrier 1794), a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement supprim\u00e9 dans nos colonies primitives.\u00a0\u00bb (Alfred Rambaud, <em>Histoire de la civilisation contemporaine<\/em>)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sch\u0153lcher d\u00e9passe l\u2019abolitionnisme et rejoint la lign\u00e9e de l\u2019homme r\u00e9volutionnaire\u00a0: celui qui se situe r\u00e9solument dans le r\u00e9el et oriente l\u2019histoire vers sa fin (\u2026) Victor Sch\u0153lcher, un des rares souffles d\u2019air pur qui ait souffl\u00e9 sur une histoire de meurtres, de pillage et d\u2019exactions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Aim\u00e9 <span class=\"caps\">CESAIRE<\/span> (1913-2008),<em> Introduction de Esclavage et colonisation<\/em>, recueil de textes de Victor Sch\u0153lcher publi\u00e9 aux <span class=\"caps\">PUF<\/span> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Disons-nous et disons \u00e0 nos enfants que tant qu\u2019il restera un esclave sur la surface de la Terre, l\u2019asservissement de cet homme est une injure permanente faite \u00e0 la race humaine tout enti\u00e8re.\u00a0\u00bb Tel est le message final de Sch\u0153lcher.<\/p>\n<p>Enterr\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise, son corps est transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on le 20 mai 1949, par d\u00e9cision de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et du Pr\u00e9sident du Conseil de la R\u00e9publique, Gaston Monnerville. Victor Sch\u0153lcher ayant d\u00e9sir\u00e9 reposer pr\u00e8s de son p\u00e8re, le p\u00e8re et le fils se retrouvent au Panth\u00e9on (fait unique).<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour et tr\u00e8s symboliquement, le Guyanais F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 devient le premier noir inhum\u00e9 au Panth\u00e9on.\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/eboue.jpg\" width=\"400\" height=\"329\"><\/p>\n<h4>15. F\u00e9lix <span class=\"caps\">\u00c9BOU\u00c9<\/span>\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sch\u0153lcher avait dit\u00a0: \u2018Aux Noirs lib\u00e9r\u00e9s, la R\u00e9publique donne pour patrie la France.\u2019 F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 a justifi\u00e9 ce geste.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">MONNERVILLE<\/span> (1897-1991), Allocution \u00e0 la radio, 19 mai 1949<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 d\u2019une famille issue de \u00ab\u00a0nouveaux libres\u00a0\u00bb (esclaves \u00e9mancip\u00e9s par l\u2019abolition de 1848) et lib\u00e9rateur de la France, F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 va logiquement se retrouver avec Sch\u0153lcher, lib\u00e9rateur des esclaves \u2013 tous deux ardents r\u00e9publicains (et francs-ma\u00e7ons), propos\u00e9s en m\u00eame temps pour la panth\u00e9onisation par le Guyanais Gaston Monnerville, dans l\u2019ambiance du centenaire de la R\u00e9volution de 1848.<\/p>\n<p>Gaston Monnerville, n\u00e9 \u00e0 Cayenne en Guyane fran\u00e7aise, mul\u00e2tre, d\u00e9put\u00e9 de Guyane de 1932 \u00e0 1940, sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Colonies de 1937 \u00e0 1938, se retrouve pr\u00e9sident du Conseil de la R\u00e9publique de 1947 \u00e0 1958. Avocat, franc-ma\u00e7on, engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, il deviendra pr\u00e9sident du S\u00e9nat de 1958 \u00e0 1968 et opposant \u00e0 de Gaulle dont il avait\u00a0 souhait\u00e9 le retour au pouvoir \u2013 lui reprochant une d\u00e9rive monocratique contre l\u2019esprit de la Constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est [un] message d\u2019humanit\u00e9 qui a guid\u00e9 F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9, et nous tous, R\u00e9sistants d\u2019outre-mer, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le fanatisme bestial mena\u00e7ait d\u2019\u00e9teindre les lumi\u00e8res de l\u2019esprit et o\u00f9, avec la France, risquait de sombrer la libert\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">MONNERVILLE<\/span> (1897-1991), Pr\u00e9sident du conseil de la R\u00e9publique.<em> \u00ab\u00a0F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 1884-1944\u00a0\u00bb [archive], sur cheminsdememoire.gouv.fr, Minist\u00e8re des Arm\u00e9es.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 est le premier gouverneur noir nomm\u00e9 par le Front populaire. Humaniste, franc-ma\u00e7on, membre de la <span class=\"caps\">SFIO<\/span>, sit\u00f4t la France occup\u00e9e par les arm\u00e9es du <span class=\"caps\">III<\/span>e Reich, il entend l\u2019appel du 18 juin 1940 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<p>R\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, le 26 ao\u00fbt \u00e0 la mairie de Fort-Lamy, il proclame, avec le colonel Pierre Marchand (commandant militaire du territoire) le ralliement officiel du Tchad au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, donnant ainsi \u00ab\u00a0le signal de redressement de l\u2019Empire tout entier\u00a0\u00bb et une l\u00e9gitimit\u00e9 politique d\u2019\u00c9tat souverain \u00e0 la France libre, jusqu\u2019alors d\u00e9pourvue de tout territoire\u00a0! Le 15 octobre, il re\u00e7oit de Gaulle \u00e0 Fort-Lamy, pour \u00eatre nomm\u00e9 un mois apr\u00e8s gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-\u00c9quatoriale fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme d\u2019intelligence et de c\u0153ur, ce Noir ardemment fran\u00e7ais, ce philosophe humaniste, r\u00e9pugnait de tout son \u00eatre \u00e0 la soumission de la France et au triomphe du racisme nazi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 avait pour mission d\u2019assurer la protection de la voie strat\u00e9gique vers le Congo fran\u00e7ais. Il fait construire les routes qui permettront \u00e0 la colonne Leclerc de remonter rapidement en janvier 1941 \u00e0 travers le Tibesti vers l\u2019Afrique du Nord. Le 29 janvier, il re\u00e7oit la croix de l\u2019ordre de la Lib\u00e9ration. Cest le troisi\u00e8me Compagnon de la Lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Devenu gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">AEF<\/span> (Afrique \u00c9quatoriale Fran\u00e7aise), il entame un programme de r\u00e9formes administratives et sociales tout en \u0153uvrant \u00e0 l\u2019effort de guerre de la France.<\/p>\n<p>Refusant la fatalit\u00e9 de la d\u00e9faite, se sacrifiant au travail, in\u00e9branlable dans sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 de Gaulle malgr\u00e9 les calomnies visant ce haut-fonctionnaire qui a \u00ab\u00a0trahi\u00a0\u00bb, \u00e9puis\u00e9 et malade, il meurt au Caire le 17 mai 1944, avant d\u2019avoir pu f\u00eater la lib\u00e9ration de la France et la victoire.<\/p>\n<p>Cet homme d\u2019action et d\u2019honneur reste aussi pour un discours c\u00e9l\u00e8bre qui vaut citation \u00e0 plus d\u2019un titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 cette jeunesse que l\u2019on sent inqui\u00e8te, si incertaine devant les mis\u00e8res de ces temps qui sont les mis\u00e8res de tous les temps\u00a0; \u00e0 cette jeunesse, devant les soucis mat\u00e9riels \u00e0 conjuguer\u00a0; \u00e0 cette jeunesse dont on veut de part et d\u2019autre, exploiter les inqui\u00e9tudes pour l\u2019embrigader\u00a0; \u00e0 cette jeunesse, g\u00e9n\u00e9reuse et spontan\u00e9e, n\u2019ai-je pas le devoir, me tournant vers elle, de l\u2019adjurer \u00e0 mon tour de rester ind\u00e9pendante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">\u00c9BOU\u00c9<\/span> (1884-1944), Discours, prononc\u00e9 \u00e0 la distribution des prix du lyc\u00e9e Carnot \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre, 1er juillet 1937<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9tonnante actualit\u00e9 du propos refl\u00e8te l\u2019homme de c\u0153ur et de foi en ces valeurs fran\u00e7aises, humaines et universelles\u00a0: \u00ab\u00a0Jouer le jeu, c\u2019est fuir avec horreur l\u2019unanimit\u00e9 des adh\u00e9sions dans la poursuite de son labeur. C\u2019est comprendre Descartes et admettre saint Thomas\u00a0; c\u2019est dire\u00a0: \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0?\u00a0\u00bb avec Montaigne, et \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre\u00a0!\u00a0\u00bb avec Rabelais. C\u2019est trouver autant d\u2019agr\u00e9ment \u00e0 l\u2019audition d\u2019un chant populaire qu\u2019aux savantes compositions musicales. C\u2019est s\u2019\u00e9lever si haut que l\u2019on se trouve partout \u00e0 son aise, dans les somptueux palais comme dans la modeste chaumi\u00e8re de l\u2019homme du peuple\u00a0; c\u2019est ne pas voir un exc\u00e8s d\u2019honneur quand on est admis l\u00e0, et ne pas se sentir g\u00ean\u00e9 quand on est accueilli ici. [\u2026]\u00a0 Jouer le jeu, enfin, c\u2019est m\u00e9riter votre lib\u00e9ration et signifier la saintet\u00e9, la puret\u00e9 de votre esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La France, par la loi du 28 septembre 1948 ordonne que soient inhum\u00e9s au Panth\u00e9on les restes du premier r\u00e9sistant de la France d\u2019Outre-Mer. La d\u00e9pouille mortelle de F\u00e9lix \u00c9bou\u00e9 est d\u00e9barqu\u00e9e le 2 mai 1949 \u00e0 Marseille qui lui fait un \u00e9mouvant accueil. Le vendredi 20 mai 1949, il entre au Panth\u00e9on en compagnie de Victor Sch\u0153lcher.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re personne noire panth\u00e9onis\u00e9e. La seconde sera Jos\u00e9phine Baker, en 2021<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/braille.jpg\" width=\"384\" height=\"397\"><\/p>\n<h4>16. Louis <span class=\"caps\">BRAILLE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Proc\u00e9d\u00e9 pour \u00e9crire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points, \u00e0 l\u2019usage des aveugles.\u00a0\u00bb<span id=\"\" class=\"cit-num\"><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BRAILLE<\/span> (1809-1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis Braille est connu et m\u00eame c\u00e9l\u00e8bre dans le monde entier pour avoir perfectionn\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame une m\u00e9thode de lecture et d\u2019\u00e9criture relativement simple pour les aveugles ou les mal voyants \u2013 il y a plus qu\u2019une nuance entre les deux cat\u00e9gories que l\u2019on a tendance \u00e0 confondre\u00a0!<\/p>\n<p>Sa vie fut tragiquement simple et relativement courte. \u00c0 trois ans, il se blesse \u00e0 l\u2019\u0153il droit en bricolant maladroitement dans l\u2019atelier de son p\u00e8re bourrelier. La blessure (gratt\u00e9e) s\u2019infecte et l\u2019infection s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019\u0153il gauche, d\u2019o\u00f9 la c\u00e9cit\u00e9. Entr\u00e9 \u00e0 dix ans \u00e0 l\u2019Institut des jeunes aveugles, il y passe toute sa vie, hormis quelques s\u00e9jours dans sa famille. \u00c0 16 ans, il perfectionne une m\u00e9thode d\u00e9j\u00e0 existante, utilisant le sens du toucher tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 chez les aveugles et condensant tous les caract\u00e8res de l\u2019alphabet sur une figure \u00e0 six points saillants. Il permet aussi de lire et d\u2019\u00e9crire la musique, si importante dans la vie des aveugles. C\u2019est \u00ab\u00a0le braille\u00a0\u00bb qui finit par s\u2019imposer, malgr\u00e9 diverses oppositions.<\/p>\n<p>Outre cette invention g\u00e9niale par sa simplicit\u00e9 et sa praticabilit\u00e9,\u00a0 Braille fut aussi enseignant \u00e0 l\u2019Institut des aveugles et organiste de talent, titulaire de l\u2019orgue dans deux \u00e9glises parisiennes, Saint-Nicolas-des-Champs et Saint-Vincent-de-Paul en 1845.<\/p>\n<p>Il meurt \u00e0 42 ans d\u2019une tuberculose probablement contract\u00e9e dans les locaux tr\u00e8s insalubres de l\u2019Institut. Cette maladie infectieuse faisait des ravages jusqu\u2019\u00e0 une autre invention simple et g\u00e9niale\u00a0: la vaccination par le <span class=\"caps\">BCG<\/span> (Bacille de Calmette et Gu\u00e9rin) mis au point \u00e0 l\u2019Institut Pasteur au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ses cendres sont transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on un si\u00e8cle plus tard, en 1952. Mais ses mains restent inhum\u00e9es dans son village natal de Coupvray dans une urne, qui tr\u00f4ne au-dessus de sa tombe avec l\u2019inscription suivante\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La commune de Coupvray garde pieusement dans cette urne les mains du g\u00e9nial inventeur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La Journ\u00e9e Mondiale du braille (4 janvier, anniversaire de sa naissance) rend un juste hommage \u00e0 cet homme discret qui a chang\u00e9 la vie de millions d\u2019aveugles dans le monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivez sans voir, mais soyez ce que vous \u00eates.\u00a0\u00bb<br><em>\u201cLive without seeing, but be what you are.\u201d<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BRAILLE<\/span> (1809-1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette devise inscrite sur des tee-shirts rappelle cette r\u00e8gle de vie sign\u00e9e d\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres aveugles de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Avec Hom\u00e8re, po\u00e8te \u00e9pique et l\u00e9gendaire de la Gr\u00e8ce ancienne et Ray Charles, pianiste et musicien noir am\u00e9ricain, aveugle \u00e0 7 ans, compositeur des standards de la musique pop, de blues et de country.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-4-ve-republique\/\">Lire la suite\u00a0: le Panth\u00e9on, Ve R\u00e9publique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IIIe et IVe R\u00e9publiques La Troisi\u00e8me R\u00e9publique va cr\u00e9er l\u2019Histoire en tant que science (humaine) et inventer le r\u00e9cit national (parfois confondu avec le roman). On l\u2019enseigne aux jeunes gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle \u00e9cole publique, gratuite et obligatoire. De grands historiens vulgarisent leur discipline avec bonheur \u2013 Jules Michelet fut le pionnier du genre. La [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":136,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9153","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9153","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9153"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9153\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12275,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9153\/revisions\/12275"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9153"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9153"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}