{"id":9165,"date":"2021-12-06T00:00:00","date_gmt":"2021-12-05T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-2-empire-et-restauration\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:34","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:34","slug":"au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-2-empire-et-restauration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-2-empire-et-restauration\/","title":{"rendered":"Au Panth\u00e9on ! Les \u00c9lu(e)s de la Patrie reconnaissante (2. Empire et Restauration)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. Empire (et Restauration)<\/h3>\n<p>43 transferts en moins de dix ans, v\u00e9ritable inflation\u00a0patriotique voulue par Napol\u00e9on dans une h\u00e2te qui n\u2019aura jamais d\u2019\u00e9quivalent\u00a0! Peut-on oser le mot de \u00ab\u00a0panth\u00e9onite\u00a0\u00bb\u00a0galopante\u00a0? Au final, le ma\u00eetre de la France distingue plus de noms que tous les r\u00e9gimes \u00e0 venir en plus de deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Est-ce une volont\u00e9 de marquer l\u2019Histoire, en d\u00e9montrant l\u2019importance de son r\u00e8gne absolu mesurable par le nombre de grands hommes contemporains\u00a0? Toujours d\u00e9finitive, la panth\u00e9onisation est aussi un \u00ab\u00a0hochet post mortem\u00a0\u00bb comparable \u00e0 la L\u00e9gion d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Le choix imp\u00e9rial ob\u00e9it \u00e0 des crit\u00e8res simples\u00a0: militaires de carri\u00e8re (g\u00e9n\u00e9raux de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire n\u2019ayant pas trouv\u00e9 place aux Invalides), juristes d\u2019exp\u00e9rience (d\u00e9j\u00e0 reconnus sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, car le m\u00e9tier ne s\u2019improvise pas), hommes politiques ralli\u00e9s au r\u00e9gime apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire (1799) et tous les s\u00e9nateurs. Restent quelques cas particuliers\u00a0: un \u00e9tranger (Italien), un artiste peintre (seul secteur culturel dont l\u2019Empire peut s\u2019enorgueillir), un cardinal (pour plaire au pape\u00a0?) et quelques scientifiques (encourag\u00e9s par le m\u00e9c\u00e9nat d\u2019\u00c9tat).<\/p>\n<p>Voici les 10 noms les plus remarquables \u2013 connus ou exemplaires.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tronchet.jpg\" width=\"354\" height=\"436\"><\/p>\n<h4>1. Fran\u00e7ois Denis <span class=\"caps\">TRONCHET<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019humanit\u00e9 r\u00e9clamait depuis longtemps en faveur de l\u2019accus\u00e9 une proc\u00e9dure qui, d\u00e9chirant le voile qui cachait \u00e0 l\u2019accus\u00e9 la marche de l\u2019accusateur, p\u00fbt le mettre \u00e0 port\u00e9e de combattre \u00e0 armes \u00e9gales avec l\u2019accusateur et le juge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois-Denis <span class=\"caps\">TRONCHET<\/span> (1726-1806), Rapport sur les difficult\u00e9s concernant le d\u00e9cret relatif \u00e0 la proc\u00e9dure criminelle lors de la s\u00e9ance du 24 d\u00e9cembre 1789 au soir. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 du tiers \u00c9tat \u00e0 la Constituante, l\u2019avocat a d\u00e9j\u00e0 fait une belle carri\u00e8re sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. Il ne dissimule pas son enthousiasme pour les premiers changements r\u00e9volutionnaires apport\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure criminelle. Il se comporte tant\u00f4t en\u00a0 expert, tant\u00f4t en homme politique, m\u00ealant l\u2019expertise du praticien et la force du verbe pour faire triompher ses id\u00e9es. Son refus des extr\u00eames (gauche et droite n\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque) est conforme \u00e0 son pragmatisme acquis en praticien.<\/p>\n<p>Il se r\u00e9v\u00e8lera aussi l\u2019\u00ab\u00a0homme de la transaction\u00a0\u00bb entre modernit\u00e9 et tradition, r\u00e9formateur attach\u00e9 aux valeurs d\u2019\u00e9quilibre ins\u00e9parables de la pratique de sa profession.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019accepterai aucun t\u00e9moignage de reconnaissance de qui que ce soit sur la terre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois-Denis <span class=\"caps\">TRONCHET<\/span> (1726-1806). <em>Fran\u00e7ois Denis Tronchet<\/em> (2016), Philippe Tessier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> l\u2019a d\u00e9sign\u00e9 (avec Malesherbes et De S\u00e8ze) pour lui servir de d\u00e9fenseur devant la Convention, troisi\u00e8me assembl\u00e9e r\u00e9volutionnaire \u00e9rig\u00e9e en tribunal pour l\u2019occasion. Par ces mots prudents, Tronchet veut se prot\u00e9ger de toute accusation, \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb ou interpr\u00e9tation partisane pouvant lui porter pr\u00e9judice. C\u2019est aussi dans sa logique personnelle et professionnelle de vieux sage en qu\u00eate de compromis, d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0Nestor de l\u2019aristocratie\u00a0\u00bb. C\u2019est dire si sa position est d\u00e9licate en ces temps politiquement et litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaires\u00a0!<\/p>\n<p>Devenu suspect, il quitte prudemment Paris pour n\u2019y revenir qu\u2019apr\u00e8s la chute de Robespierre.<\/p>\n<p>Sous le nouveau r\u00e9gime du Directoire, ses comp\u00e9tences vont enfin \u00eatre reconnues \u00e0 leur juste valeur. D\u00e9put\u00e9, puis pr\u00e9sident du Conseil des Anciens, il participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des lois. Sans prendre part au coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire (9 novembre 1799), il l\u2019approuvera \u2013 toujours cette prudence d\u2019un homme qui a beaucoup v\u00e9cu en des temps difficiles.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 \u00e0 la commission charg\u00e9e de r\u00e9diger le Code civil en d\u00e9cembre 1799, il fera pr\u00e9dominer l\u2019esprit du droit coutumier dans cette entreprise juridique sans \u00e9quivalent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil.\u00a0\u00bb<span id=\"1751\" class=\"cit-num\">1751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du ive\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1897), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En exil, l\u2019empereur d\u00e9chu est toujours aussi fier de \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb Code civil. Imagine-t-il l\u2019avenir de ce monument juridique, voulu par lui et men\u00e9 \u00e0 terme gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 politique revenue en fin de Consulat\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est point par une plate flatterie, mais par le plus juste hommage, que le Code civil devait recevoir le nom de \u00ab\u00a0Code Napol\u00e9on\u00a0\u00bb sous lequel il a pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb Louis Madelin,<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire.<\/em> Toujours en vigueur en France, bien que largement modifi\u00e9, le Code a inspir\u00e9 les l\u00e9gislations de nombreux \u00c9tats d\u2019Europe\u00a0: Belgique, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Pologne\u00a0; et au-del\u00e0, Am\u00e9rique du Sud, Moyen-Orient, jusqu\u2019au Japon.<\/p>\n<p>Le Code s\u2019inspire du travail d\u00e9cid\u00e9 par la Constituante et commenc\u00e9 sous la Convention par Cambac\u00e9r\u00e8s, Portalis venant ensuite en \u00ab\u00a0bon g\u00e9nie\u00a0\u00bb attel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction. Bonaparte choisit Tronchet pour pr\u00e9sider la commission de r\u00e9daction qui va travailler quatre ans sans rel\u00e2che. Il sait comme toujours estimer les m\u00e9rites respectifs des noms qui l\u2019entourent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tronchet en \u00e9tait l\u2019\u00e2me [du Code civil] et Napol\u00e9on le d\u00e9monstrateur. Tronchet avait un esprit \u00e9minemment profond et juste\u00a0; mais il sautait par-dessus les d\u00e9veloppements, parlait fort mal, et ne savait pas se d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), mai 1816. <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Emmanuel de Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 ses critiques de forme, Napol\u00e9on sait ce qu\u2019il doit sur le fond \u00e0 ce juriste re\u00e7u avocat en 1745, qui a occup\u00e9 un grand nombre de postes importants, nomm\u00e9 finalement premier pr\u00e9sident de la Cour de cassation et s\u00e9nateur, commandeur de la L\u00e9gion d\u2019honneur et premier panth\u00e9onis\u00e9, inhum\u00e9 le 17 mars 1806.<\/p>\n<p>Au final, Tronchet incarne le \u00ab\u00a0juriste parfait\u00a0\u00bb\u00a0: un homme d\u2019exp\u00e9rience acquise comme avocat confront\u00e9 \u00e0 l\u2019humain et de compromis entre la th\u00e9orie et la pratique, attach\u00e9 \u00e0 la fois aux traditions et aux r\u00e9formes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/portalis.jpg\" width=\"390\" height=\"454\"><\/p>\n<h4>2. Jean-\u00c9tienne-Marie <span class=\"caps\">PORTALIS<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Portalis serait l\u2019orateur le plus fleuri et le plus \u00e9loquent s\u2019il savait s\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>urope pendant le Consulat et l\u2019Empire de Napol\u00e9on<\/em> (1841), Baptiste Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on saura toujours choisir ses collaborateurs et les juger \u00e0 leur juste valeur. Portalis se distingue nettement de Tronchet, son a\u00een\u00e9 de vingt ans. Mais comme lui, il a fait carri\u00e8re sous l\u2019Ancien R\u00e9gime et apporte son exp\u00e9rience, qualit\u00e9 indispensable \u00e0 un grand juriste \u2013 alors qu\u2019un militaire peut faire merveille d\u00e8s son entr\u00e9e dans la carri\u00e8re, un artiste peintre ou po\u00e8te avoir du g\u00e9nie \u00e0 vingt ans.<\/p>\n<p>Re\u00e7u avocat en 1765, Portalis d\u00e9bute au barreau d\u2019Aix et va s\u2019imposer parmi les jurisconsultes de Provence. Il se fait aussit\u00f4t remarquer par la simplicit\u00e9 de ses plaidoiries rompant avec les traditions. Il s\u2019en vante, sans m\u00eame y mettre les formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le barreau qui a besoin de changer d\u2019allure, et non pas moi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-\u00c9tienne Marie <span class=\"caps\">PORTALIS<\/span> (1746-1807) r\u00e9pondant aux vieux avocats bl\u00e2mant le ton du d\u00e9butant. <em>Histoire des sciences sous Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (2018), Georges Barral<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, il se forge une r\u00e9putation dans deux proc\u00e8s retentissants. En 1774, il gagne contre Beaumarchais, futur auteur du <em>Mariage de Figaro<\/em>, mais aventurier d\u00e9j\u00e0 connu par ses trafics, accus\u00e9 cette fois d\u2019un faux en \u00e9criture pour r\u00e9clamer 15 000 livres \u00e0 un h\u00e9ritier de P\u00e2ris Duverney, grand financier. En 1783, Portalis d\u00e9fend la comtesse de Mirabeau en s\u00e9paration de corps contre son mari, mauvais sujet d\u2019ailleurs reni\u00e9 par la noblesse et par son propre p\u00e8re. Bon orateur et avocat de m\u00e9tier, la future \u00ab\u00a0Torche de Provence\u00a0\u00bb se d\u00e9fendit lui-m\u00eame, perdit et en voudra toujours \u00e0 l\u2019avocat adverse. On parlera de ce proc\u00e8s et de Portalis jusqu\u2019\u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Le Code civil reste pourtant son principal titre de gloire\u00a0: science, clart\u00e9, \u00e9l\u00e9gance et puret\u00e9 de style, on reconna\u00eet ses qualit\u00e9s dans le texte. Un seul exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Tout fait quelconque de l\u2019homme, qui cause \u00e0 autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arriv\u00e9 \u00e0 le r\u00e9parer.\u00a0\u00bb Aux dires de nombreux juristes, cette d\u00e9finition concise et g\u00e9n\u00e9rale de la responsabilit\u00e9 civile est le plus lumineux passage du Code. Il le pr\u00e9sente d\u2019ailleurs lui-m\u00eame en artiste du Barreau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un Code civil\u00a0? C\u2019est un corps de lois destin\u00e9es \u00e0 diriger et \u00e0 fixer les relations de sociabilit\u00e9, de famille et d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ont entre eux des hommes qui appartiennent \u00e0 la m\u00eame cit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-\u00c9tienne Marie <span class=\"caps\">PORTALIS<\/span> (1746-1807), <em>Discours pr\u00e9liminaire prononc\u00e9 lors de la pr\u00e9sentation du projet de Code civil en 1801<\/em> (3 frimaire an X)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choisi pour son esprit de mod\u00e9ration et d\u2019\u00e9quilibre, charg\u00e9 de la r\u00e9daction du Code civil avec Tronchet, Bigot de Pr\u00e9ameneu et Maleville, Portalis incarne le \u00ab\u00a0philosophe\u00a0\u00bb de la commission.<\/p>\n<p>Principal r\u00e9dacteur de l\u2019expos\u00e9 des motifs, c\u2019est aussi l\u2019auteur du discours pr\u00e9liminaire destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter le projet de Code devant le Conseil d\u2019\u00c9tat. En quelques mots qui valent citations, on peut juger ses qualit\u00e9s du juriste, fond et forme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut point de lois inutiles\u00a0; elles affaibliraient les lois n\u00e9cessaires\u00a0\u00bb.<br>\u00ab\u00a0Il faut toujours pr\u00e9sumer le bien quand le mal n\u2019est pas prouv\u00e9.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Quand la raison n\u2019a point de frein, l\u2019erreur n\u2019a point de bornes.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il est utile de conserver tout ce qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de d\u00e9truire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-\u00c9tienne Marie <span class=\"caps\">PORTALIS<\/span> (1746-1807), Discours pr\u00e9liminaire prononc\u00e9 lors de la pr\u00e9sentation du projet de Code civil en 1801 (3 frimaire an X)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citations souvent reprises dans des textes juridiques ou relatifs \u00e0 l\u2019enseignement du droit \u2013 on les trouve ici en feu d\u2019artifice et l\u2019on retrouve l\u2019\u00ab\u00a0orateur le plus fleuri\u00a0\u00bb dont parle Napol\u00e9on. Mais le fond vaut la forme et Portalis n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 parler politique en ces temps troubl\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Nous appelons esprit r\u00e9volutionnaire le d\u00e9sir exalt\u00e9 de sacrifier violemment tous les droits \u00e0 un but politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience prouve que les hommes changent plus facilement de domination que de lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-\u00c9tienne Marie <span class=\"caps\">PORTALIS<\/span> (1746-1807), Discours pr\u00e9liminaire prononc\u00e9 lors de la pr\u00e9sentation du projet de Code civil en 1801 (le 3 frimaire an X)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pourrait \u00eatre la conclusion de cette vie bien remplie\u00a0! Il a vu le passage de l\u2019Ancien R\u00e9gime au\u00a0nouveau monde, les chaos de la R\u00e9volution, le d\u00e9fil\u00e9 des ma\u00eetres de la France chaque fois pl\u00e9biscit\u00e9s par le peuple, au propre comme au figur\u00e9\u00a0: Mirabeau, Danton, Robespierre, puis Bonaparte premier Consul et finalement Napol\u00e9on empereur.<\/p>\n<p>Class\u00e9 comme monarchiste mod\u00e9r\u00e9, il fuit en Suisse puis en Allemagne apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Il rejoint la France apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire (1799) et Bonaparte le nomme commissaire du\u00a0 gouvernement pr\u00e8s le Conseil des Prises maritimes.<\/p>\n<p>Ministre des cultes en 1801, il participe \u00e0 la n\u00e9gociation du Concordat avec le pape Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, autre r\u00e9ussite du Consulat qui r\u00e8gle en France la question religieuse (15 juillet 1801).<\/p>\n<p>Membre de la L\u00e9gion d\u2019honneur, Grand officier de l\u2019ordre et Grand aigle, Portalis entre en 1803 \u00e0 l\u2019Institut. Il termine sa carri\u00e8re, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur en 1804.<\/p>\n<p>Souffrant de c\u00e9cit\u00e9, op\u00e9r\u00e9 de la cataracte en 1806 par le meilleur chirurgien de l\u2019\u00e9poque, il voit un bref moment\u00a0avant de devenir quasiment aveugle. D\u2019o\u00f9 ce joli mot de grand-p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019importe. J\u2019ai pu voir mes petits-enfants\u00a0\u00bb. Il meurt un an plus tard, le 25 ao\u00fbt 1807. Panth\u00e9onis\u00e9 un jour seulement apr\u00e8s ses obs\u00e8ques nationales \u2013 un record\u00a0! \u2013 Napol\u00e9on fera \u00e9riger sa statue aux Tuileries l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cabanis.jpg\" width=\"389\" height=\"448\"><\/p>\n<h4>3. Pierre Jean Georges <span class=\"caps\">CABANIS<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je b\u00e9nirai nos l\u00e9gislateurs quand ils croiront pouvoir abolir une peine que j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9e comme un grand crime social, et qui, suivant moi, n\u2019en pr\u00e9vient jamais aucun.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Jean-Georges <span class=\"caps\">CABANIS<\/span> (1757-1808), Notes sur le supplice de la guillotine (nombreuses \u00e9ditions pendant et apr\u00e8s la R\u00e9volution).<em> \u0152uvres compl\u00e8tes de Cabanis, Lettre et Notes sur le supplice de la guillotine et contre la peine de mort<\/em>, 1823<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cabanis, c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9decin et physiologiste au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, ami de Mirabeau, d\u2019Holbach, d\u2019Alembert, Diderot, Condorcet, Condillac, Siey\u00e8s, des am\u00e9ricains Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et prot\u00e9g\u00e9 du ministre Turgot, ne pouvait rester \u00e9tranger \u00e0 la politique en cette \u00e9poque ultra politis\u00e9e \u2013 ne serait-ce que pour exister en tant que scientifique et faire pr\u00e9valoir ses id\u00e9es citoyennes, en accord avec ses recherches scientifiques et ses intimes convictions humaines.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de R\u00e9volution, l\u2019une des questions d\u2019actualit\u00e9 ardemment d\u00e9battue est la peine de mort avec la nouvelle guillotine, sign\u00e9e Ignace Guillotin\u00a0: \u00ab\u00a0La machine immortelle\u00a0: la m\u00e9canique tombe comme la foudre, la t\u00eate vole, le sang jaillit, l\u2019homme n\u2019est plus.\u00a0\u00bb M\u00e9decin philanthrope, professeur d\u2019anatomie et d\u00e9put\u00e9 sous la Constituante comme Cabanis, il d\u00e9crit la machine dont il a demand\u00e9 la cr\u00e9ation pour l\u2019ex\u00e9cution des condamn\u00e9s \u00e0 mort. Elle servira beaucoup, associ\u00e9e \u00e0 la Terreur. Rappelons que la peine de mort sera abolie en France avec l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir, en 1981. Le beau discours de Robert Badinter, avocat et ministre de la Justice, fera \u00e9cho \u00e0 Cabanis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9ritable \u00e9ducation m\u00e9dicale se fait au lit du malade\u00a0 [\u2026] On lit trop au lieu d\u2019observer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Jean Georges <span class=\"caps\">CABANIS<\/span> \/ (1757- 1808), Coup d\u2019\u0153il sur les r\u00e9volutions et la r\u00e9forme de la m\u00e9decine \u00e0 Paris (1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le praticien se montre tr\u00e8s soucieux de la formation donn\u00e9e aux futurs m\u00e9decins\u00a0: les sciences fondamentales ne devraient y avoir qu\u2019une place mesur\u00e9e. Pourtant, le probl\u00e8me n\u2019est pas simple\u00a0: plus les h\u00f4pitaux croissaient en nombre et en importance , plus ils \u00e9taient b\u00e9n\u00e9fiques pour la science et mal\u00e9fiques pour les malades\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les grands h\u00f4pitaux, les plaies les plus simples deviennent graves\u00a0; les plaies graves deviennent mortelles et les grandes op\u00e9rations ne r\u00e9ussissent presque jamais.\u00a0\u00bb Pour un praticien responsable et un homme de c\u0153ur, cette constatation est naturellement insupportable.<\/p>\n<p>Mais le savant poursuit ses recherches et ses r\u00e9flexions vont \u00e9voluer \u2013 c\u2019est d\u2019ailleurs tout \u00e0 son honneur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La physiologie, l\u2019analyse des id\u00e9es et la morale ne sont que les trois branches d\u2019une seule et m\u00eame science, qui peut s\u2019appeler, \u00e0 juste titre, la science de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Jean-Georges <span class=\"caps\">CABANIS<\/span>, <em>Rapports du physique et du moral de l\u2019homme<\/em> (1805)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cabanis se range alors dans l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cole sensualiste\u00a0\u00bb qui rel\u00e8ve de la philosophie mat\u00e9rialiste. Mais ses derniers travaux le m\u00e8neront au courant spiritualiste. C\u2019est encore et toujours la d\u00e9marche d\u2019un grand scientifique en qu\u00eate de sens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M. Cabanis, int\u00e9ressant et clair avec profondeur, en comparant l\u2019homme physique et l\u2019homme moral, a soumis la m\u00e9decine \u00e0 l\u2019entendement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Joseph <span class=\"caps\">CH\u00c9NIER<\/span> (1764-1811), <em>Mercure de France<\/em>, volume 31, 1808<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son \u0153uvre philosophique majeure fait logiquement suite \u00e0 toutes ses observations\u00a0: <em>Rapports du physique et du moral de l\u2019homme<\/em> (1802). Cabanis soutient une th\u00e8se mat\u00e9rialiste et \u00e9labore une philosophie de la gen\u00e8se des id\u00e9es sous l\u2019angle de la physiologie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous concluons avec la m\u00eame certitude que le cerveau dig\u00e8re en quelque sorte les impressions\u00a0: qu\u2019il fait organiquement la s\u00e9cr\u00e9tion de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb Peut-on d\u00e9j\u00e0 parler de psychosomatique\u00a0?<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 aux Cinq-Cents et s\u00e9nateur de l\u2019Empire, Cabanis prendra finalement ses distances avec la politique imp\u00e9riale. Mais jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, il se distingue par sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 constante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pauvres qu\u2019il soigne gratuitement, faisant l\u2019admiration de tout son entourage et malgr\u00e9 une sant\u00e9 de plus en plus pr\u00e9caire, aggrav\u00e9e par une premi\u00e8re attaque c\u00e9r\u00e9brale (aujourd\u2019hui <span class=\"caps\">AVC<\/span>).<\/p>\n<p>Cabanis est le premier savant entr\u00e9 au Panth\u00e9on. C\u2019est l\u2019occasion de rappeler l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 la science et \u00e0 ses repr\u00e9sentants\u00a0: \u00ab\u00a0Si je n\u2019\u00e9tais pas devenu g\u00e9n\u00e9ral en chef, je me serais jet\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des sciences exactes. J\u2019aurais fait mon chemin dans la route des Galil\u00e9e, des Newton. Et puisque j\u2019ai r\u00e9ussi constamment dans mes grandes entreprises, eh bien, je me serais hautement distingu\u00e9 par des travaux scientifiques. J\u2019aurais laiss\u00e9 le souvenir de belles d\u00e9couvertes. Aucune autre gloire n\u2019aurait pu tenter mon ambition.\u00a0\u00bb Propos cit\u00e9s par Arago, astronome, physicien et homme politique.<\/p>\n<p>Le m\u00e9c\u00e9nat d\u2019\u00c9tat scientifique au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle explique en partie la prosp\u00e9rit\u00e9 de la science fran\u00e7aise au moment o\u00f9 le Premier Consul s\u2019installe au pouvoir et Napol\u00e9on encouragera la science en d\u00e9veloppement tout au long de sa vie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vien.jpg\" width=\"437\" height=\"479\"><\/p>\n<h4>4. Joseph-Marie <span class=\"caps\">VIEN<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, les critiques sont de sottes gens\u00a0! Pardon\u00a0! monsieur Vien, pardon\u00a0! Vous avez fait dix tableaux charmants\u00a0; tous m\u00e9ritent les plus grands \u00e9loges par leur pr\u00e9cieux dessin et le style d\u00e9licat dans lequel vous les avez trait\u00e9s. Que ne suis-je possesseur du plus faible de tous\u00a0! Je le regarderais souvent, et il serait couvert d\u2019or lorsque vous ne seriez plus.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Denis <span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1763<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, le philosophe initie en m\u00eame temps un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art, au fil de ses brillants comptes rendus. Il \u00e9crit ces mots, s\u00e9duit par<em> La Marchande \u00e0 la toilette<\/em>. Joseph-Marie Vien, artiste quasi quinquag\u00e9naire qui peinait \u00e0 s\u2019imposer, est lanc\u00e9 comme \u00ab\u00a0le restaurateur de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0\u00bb tentant d\u2019allier l\u2019imitation de la nature et des maitres anciens.<\/p>\n<p>La Du Barry remplace aussit\u00f4t tous ses Fragonard par des \u0153uvres du nouveau peintre \u00e0 la mode \u2013 l\u2019histoire ne dit pas si la jeune favorite de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> regretta ce choix\u2026 les cotes des deux peintres ne peuvent se comparer, pas plus que leur talent. Mais Vien va se distinguer comme enseignant. Par son grand talent p\u00e9dagogique, il entra\u00eena l\u2019\u00e9volution de la peinture fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque rococo vers le n\u00e9o-classicisme.<\/p>\n<p>Par son int\u00e9grit\u00e9 personnelle, il obtint aussi tous les postes acad\u00e9miques\u00a0: membre de l\u2019Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture, directeur de l\u2019Acad\u00e9mie de France \u00e0 Rome, directeur de l\u2019Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture, enfin Premier peintre du Roi (Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Gr\u00e2ce \u00e0 sa r\u00e9putation et soutenu par David le peintre officiel, l\u2019octog\u00e9naire surmonta tant bien que mal les troubles de la R\u00e9volution et continua sa carri\u00e8re sous le Consulat et l\u2019Empire\u00a0: nomm\u00e9 s\u00e9nateur en 1799, chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1803, commandeur en 1804, comte de l\u2019Empire en 1808. \u00c0 sa mort en 1809, Napol\u00e9on lui fait l\u2019honneur de fun\u00e9railles nationales au Panth\u00e9on o\u00f9 il est le seul artiste peintre \u00e0 reposer jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>On peut penser qu\u2019\u00e0 travers lui, Napol\u00e9on rend hommage \u00e0 son plus illustre \u00e9l\u00e8ve, Jacques-Louis David, surdou\u00e9 capable d\u2019assumer avec g\u00e9nie le r\u00f4le de peintre officiel sous la R\u00e9volution aussi bien que sous l\u2019Empire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle belle t\u00eate il a\u00a0! C\u2019est pur, c\u2019est grand, c\u2019est beau comme l\u2019antique\u00a0! \u2026 C\u2019est un homme auquel on aurait \u00e9lev\u00e9 des autels dans l\u2019Antiquit\u00e9 \u2026 Bonaparte est mon h\u00e9ros.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques-Louis <span class=\"caps\">DAVID<\/span> \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, hiver 1797, quand Bonaparte posait pour un portrait dans l\u2019atelier du ma\u00eetre. <em>Un Louvre inconnu\u00a0\u2013 Quand l\u2019\u00c9tat y logeait ses artistes, 1608-1806<\/em> (1985), Yvonne Singer-Lecocq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un authentique coup de foudre artistique \u2013 Bonaparte a s\u00e9duit d\u2019autres Noms majuscules, \u00e0 commencer par le diplomate Talleyrand. Apr\u00e8s sa glorieuse campagne d\u2019Italie, le personnage avait tout pour plaire, la beaut\u00e9, l\u2019intelligence, la passion, la jeunesse et un charisme qui agissait sur les plus jolies femmes comme sur les militaires.<\/p>\n<p>David a su l\u2019immortaliser dans <em>Bonaparte franchissant le Grand-Saint Bernard<\/em> (1800), admirable tableau de propagande dict\u00e9 par le mod\u00e8le et rendu plus vrai que nature par l\u2019artiste. M\u00eame r\u00e9ussite absolue avec <em>Le Sacre de Napol\u00e9on<\/em>, fresque peinte entre 1805 et 1807 qui enchanta l\u2019empereur s\u2019exclamant\u00a0devant l\u2019\u0153uvre expos\u00e9e au Salon\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous salue, David\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En honorant son vieux ma\u00eetre, Joseph-Marie Vien, Napol\u00e9on panth\u00e9onise par procuration David toujours bien vivant et peignant (mort en 1825), chef de file incontest\u00e9 de l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-classique. C\u2019est aussi une mani\u00e8re d\u2019exposer la seule r\u00e9ussite artistique de l\u2019Empire. \u00c0 part la peinture (\u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9e par Antoine Jean Gros et Fran\u00e7ois G\u00e9rard), son r\u00e9gime fut un \u00e9chec culturel qu\u2019il d\u00e9plorait le premier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui para\u00eet est mis\u00e9rable\u00a0! cela d\u00e9go\u00fbte.\u00a0\u00bb<span id=\"1758\" class=\"cit-num\">1758<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Journal\u00a0: notes intimes et politiques d\u2019un familier des Tuileries<\/em> (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur a souvent ce mot, comme d\u00e9j\u00e0 le Premier Consul, d\u00e9\u00e7u par la production litt\u00e9raire de son temps. Sans doute veut-il trop diriger la pens\u00e9e des cr\u00e9ateurs et des intellectuels. La plupart d\u2019entre eux sont dociles et les \u00ab\u00a0best-sellers\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les amateurs de romans et de po\u00e8mes abondent sont aujourd\u2019hui illisibles.<\/p>\n<p>Les seuls grands talents seront des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable \u00e0 ses yeux d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on Bonaparte inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale.<\/p>\n<p>M\u00eame pauvret\u00e9 dans le domaine th\u00e9\u00e2tral. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c\u2019est le m\u00e9lodrame. Napol\u00e9on m\u00e9prise le \u00ab\u00a0m\u00e9lo\u00a0\u00bb, il n\u2019aime que le genre noble, la trag\u00e9die (\u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), mais aucun auteur ne peut rivaliser, m\u00eame de tr\u00e8s loin, avec les dramaturges du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il a quand m\u00eame trouv\u00e9 son grand acteur, Talma. Reste le domaine des Beaux-arts o\u00f9 Napol\u00e9on eut plus de chance.<\/p>\n<h4>5. Jean <span class=\"caps\">LANNES<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lannes, le plus brave de tous les hommes, \u00e9tait assur\u00e9ment un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter\u2026 L\u2019esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il \u00e9tait devenu un g\u00e9ant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOLEON<\/span> (1769-1821) \u00e0 Las Cases, Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mort \u00e0 la bataille d\u2019Essling en 1809, voici le premier d\u2019une longue liste de militaires panth\u00e9onis\u00e9s par Napol\u00e9on \u2013 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tous ceux port\u00e9s aux Invalides.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un gar\u00e7on d\u2019\u00e9curie, n\u00e9 dans un petit village du Gers, la R\u00e9volution lui ouvre la porte d\u2019un destin exceptionnel\u00a0: \u00e0 23 ans, r\u00e9pondant au premier appel de \u00ab\u00a0la patrie en danger\u00a0\u00bb (1793), il s\u2019engage avec enthousiasme dans un bataillon de volontaires. Il fait ses classes dans l\u2019arm\u00e9e de Bonaparte lors de la (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie et participe activement aux succ\u00e8s du futur empereur. \u00c0 Arcole, il se jette sur les lignes ennemies pour encourager ses hommes \u00e0 aller de l\u2019avant. Bless\u00e9 par deux balles, il refusera pour autant d\u2019arr\u00eater de se battre. Il fera toujours preuve de ce courage physique et moral.<\/p>\n<p>Bonaparte d\u00e9cide d\u2019emmener en \u00c9gypte ce chef courageux qui a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 le surnom de \u00ab\u00a0Roland de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie\u00a0\u00bb. En 1799, il est gri\u00e8vement bless\u00e9 lors du si\u00e8ge de Saint Jean d\u2019Acre, puis \u00e0 la bataille d\u2019Aboukir o\u00f9 son courage est exceptionnel. Au retour, il participe aux pr\u00e9paratifs du coup d\u2019\u00e9tat du 18 brumaire. Quelques mois plus tard, la deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie commence et Lannes va encore une fois s\u2019illustrer lors des victoires de Montebello (ce qui lui vaudra le titre de duc de Montebello sous l\u2019Empire) et de Marengo. Le Premier Consul le nomme commandant de la garde consulaire, r\u00e9compensant un de ses plus brillants officiers, devenu aussi un ami.<\/p>\n<p>Le 19 mai 1804, Lannes est d\u00e9sign\u00e9 \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal d\u2019Empire\u00a0\u00bb avec dix-sept autres g\u00e9n\u00e9raux \u2013 la premi\u00e8re et magnifique \u00ab\u00a0fourn\u00e9e\u00a0\u00bb. Il participe ensuite \u00e0 tous les succ\u00e8s du nouvel Empire, Austerlitz, I\u00e9na, Friedland, gagnant ses trois autres surnoms\u00a0: l\u2019Ajax fran\u00e7ais, l\u2019Achille de la Grande Arm\u00e9e, le Brave des Braves (avant Ney). Plusieurs fois bless\u00e9, il ne renonce jamais. La guerre est son m\u00e9tier, son destin, sa passion\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que tous les officiers paraissent sur le champ de bataille, aux yeux du soldat, comme s\u2019ils \u00e9taient \u00e0 la noce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces exploits \u00e0 la fois collectifs et personnels, les combats incessants feront na\u00eetre chez ce grand soldat un v\u00e9ritable d\u00e9go\u00fbt de la guerre qu\u2019il ose exprimer. Ce sentiment s\u2019accentue en 1808, \u00e9tant missionn\u00e9 en Espagne pour combattre dans l\u2019une des plus sanglantes guerre de l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel m\u00e9tier que celui que nous faisons ici\u00a0! Saragosse ne sera bient\u00f4t plus qu\u2019un tas de ruines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LANNES<\/span> (1769-1809), Lettre \u00e0 sa femme en 1808. <em>Dictionnaire Napol\u00e9on<\/em> (1987), Jean Tulard.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours intr\u00e9pide, vainqueur \u00e0 la bataille de Tudela et menant le si\u00e8ge de Saragosse, il se confie \u00e0 sa femme et bient\u00f4t\u00a0 \u00e0 l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Cette guerre me fait horreur.\u00a0\u00bb L\u2019ann\u00e9e suivante, peu de temps avant sa mort, il avouera\u00a0: \u00ab\u00a0Je crains la guerre, le premier bruit de guerre me fait frissonner\u2026 On \u00e9tourdit les hommes pour mieux les mener \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb Cit\u00e9 par Andr\u00e9 Laffargue,\u00a0 Jean Lannes\u00a0: mar\u00e9chal de France, duc de Montebello. Malgr\u00e9 tout, appel\u00e9 par Napol\u00e9on, il repart l\u2019ann\u00e9e suivante pour sa derni\u00e8re campagne d\u2019Allemagne et d\u2019Autriche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! cet affreux spectacle me poursuivra donc toujours\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LANNES<\/span> (1769-1809) sur le champ de bataille d\u2019Essling, fin mai 1809.<em> Dictionnaire Napol\u00e9on<\/em> (1987), Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La bataille d\u2019Essling se termine victorieusement apr\u00e8s des combats particuli\u00e8rement difficiles, le mar\u00e9chal arpente le champ de bataille en compagnie de son ami le g\u00e9n\u00e9ral Rouzet \u2013 qui s\u2019\u00e9croule mortellement touch\u00e9 par une balle. Boulevers\u00e9, Lannes exprime clairement sa pens\u00e9e devenue obsession, puis s\u2019\u00e9loigne et s\u2019assoit sur un petit monticule. Touch\u00e9 \u00e0 son tour par un boulet autrichien, il faut l\u2019amputer de la jambe gauche. Il agonise plusieurs jours avant de mourir le 31 mai 1809. Lannes, toujours invaincu, est le premier des mar\u00e9chaux mort au combat.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>mpereur accourut au chevet de celui qui fut sans doute son meilleur ami. On \u00e9voque un dernier \u00e9change entre les deux hommes \u2013 peu vraisemblable, Lannes \u00e9tant totalement inconscient. Napol\u00e9on \u00e9voquera souvent le souvenir de son ami lors de son exil \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019un des militaires les plus distingu\u00e9s qu\u2019a eus la France\u00a0! Chez Lannes, le courage l\u2019emportait d\u2019abord sur l\u2019esprit, mais l\u2019esprit montait chaque jour pour se mettre en \u00e9quilibre. Je l\u2019avais pris pygm\u00e9e, je l\u2019ai perdu g\u00e9ant\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/caprara.jpg\" width=\"347\" height=\"353\"><\/p>\n<h4>6. Giovanni Battista <span class=\"caps\">CAPRARA<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Dio me l\u2019ha data, guai a chi la tocchera\u00a0!\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Dieu me l\u2019a donn\u00e9e, gare \u00e0 qui la touchera\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1802\" class=\"cit-num\">1802<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), couronn\u00e9 roi d\u2019Italie, 26\u00a0mai 1805. <em>Dictionnaire g\u00e9ographique universel, contenant la description de tous les lieux du globe<\/em> (1839), A.\u00a0Lacrosse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La couronne \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 Joseph, pour que Napol\u00e9on ne cumule pas deux couronnes \u2013 apr\u00e8s sa campagne d\u2019Italie et la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique cisalpine, s\u0153ur de la R\u00e9publique fran\u00e7aise sous le Directoire. Mais son fr\u00e8re entre dans des arguties juridiques en cas de succession au tr\u00f4ne de France (redevenu h\u00e9r\u00e9ditaire). Louis, autre fr\u00e8re, s\u2019en m\u00eale. Cela ridiculise la diplomatie fran\u00e7aise, consterne Talleyrand, exasp\u00e8re Napol\u00e9on. Finalement, il va prendre la couronne et renouveler \u00e0 l\u2019identique la c\u00e9r\u00e9monie du sacre de Notre-Dame qui l\u2019a combl\u00e9, le 2 d\u00e9cembre 1804.<\/p>\n<p>Dans la cath\u00e9drale Saint-Ambroise (le D\u00f4me) de Milan, l\u2019archev\u00eaque Caprara lui offre la couronne de fer des rois lombards qu\u2019il enfonce sur sa t\u00eate avec la formule consacr\u00e9e. Il prononce ensuite le serment\u00a0: \u00ab\u00a0Je jure de maintenir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du royaume, de respecter et de faire respecter la religion de l\u2019\u00c9tat, de respecter et de faire respecter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, la libert\u00e9 politique et civile, l\u2019irr\u00e9vocabilit\u00e9 des ventes de biens nationaux, de ne lever aucun imp\u00f4t, de n\u2019\u00e9tablir aucune taxe qu\u2019en vertu de la loi, de gouverner dans la seule vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat, du bonheur et de la gloire du peuple italien.\u00a0\u00bb Les Italiens ont quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 faire admettre quelques conditions \u00e0 la transformation de la R\u00e9publique en royaume.<\/p>\n<p>Ces journ\u00e9es de Milan furent un grand moment pour l\u2019empereur \u00ab\u00a0rayonnant de joie\u00a0\u00bb aux dires des t\u00e9moins. Cinq ans apr\u00e8s, les relations avec Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> se sont dramatiquement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es. Mais peut-\u00eatre en m\u00e9moire de ce jour, il fait de l\u2019archev\u00eaque Caprara mort \u00e0 Paris en 1810 le premier \u00e9tranger inhum\u00e9 au Panth\u00e9on. C\u2019est aussi avec ce diplomate, nomm\u00e9 l\u00e9gat du pape, qu\u2019il n\u00e9gocia et conclut le Concordat de 1801, incontestable r\u00e9ussite religieuse et politique.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la panth\u00e9onisation, le c\u0153ur du d\u00e9funt archev\u00eaque fut d\u00e9pos\u00e9 dans la cath\u00e9drale de Milan et sous le Second Empire, en 1861, son corps r\u00e9clam\u00e9 par sa famille quitte Paris pour Rome.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Italie sortait de son sommeil et se souvenait de son g\u00e9nie comme d\u2019un r\u00eave divin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre premier grand auteur romantique se fait souvent historien et salue un \u00ab\u00a0grand peuple r\u00e9veill\u00e9\u00a0\u00bb en cette m\u00e9morable ann\u00e9e 1805. La r\u00e9alit\u00e9 sera plus complexe. \u00ab\u00a0Le bon peuple milanais ne savait pas que la pr\u00e9sence d\u2019une arm\u00e9e, m\u00eame lib\u00e9ratrice, est toujours une calamit\u00e9.\u00a0\u00bb \u00e9crira Stendhal. Admirateur des hauts faits, des discours et des gestes de Bonaparte, engag\u00e9 \u00e0 26 ans dans son arm\u00e9e, l\u2019\u00e9crivain adorateur de l\u2019Italie demeure critique, en tant que t\u00e9moin et fin observateur de la situation. Les Fran\u00e7ais ne furent pas que des lib\u00e9rateurs\u00a0: indiscipline de l\u2019arm\u00e9e, barbare cupidit\u00e9 des administrateurs militaires. L\u2019espoir se changea en d\u00e9sillusion chez bien des Italiens et des r\u00e9voltes antifran\u00e7aises se manifest\u00e8rent tr\u00e8s t\u00f4t, dans cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique s\u0153ur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Reste cette originale panth\u00e9onisation \u00e0 l\u2019italienne, de par la volont\u00e9 imp\u00e9riale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ordener.jpg\" width=\"375\" height=\"450\"><\/p>\n<h4>7. Michel <span class=\"caps\">ORDENER<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit d\u2019un Allemand (j\u2019atte\u0301nue d\u2019un germanophone), tr\u00e8s brave, il a 40 ans, il est grand, fort, se\u0301rieux, terrible en combat, excellent meneur d\u2019hommes, impr\u00e9gn\u00e9\u0301 de son m\u00e9tier, connaissant l\u2019histoire et la g\u00e9ographie. De\u0300s l\u2019abord, il appara\u00eet Capitaine de brigands\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), <em>Histoires de ma vie<\/em> (1855)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 Michel Ortner en 1755 dans le duch\u00e9 de Lorraine (jadis rattach\u00e9 au Saint Empire romain germanique) int\u00e9gr\u00e9 au royaume de France en 1766), Ordener (nom francis\u00e9) entre dans la cavalerie comme mar\u00e9chal-des-logis et gravit tous les \u00e9chelons de la carri\u00e8re militaire jusqu\u2019au g\u00e9n\u00e9ral de division.<\/p>\n<p>Bourru et sinc\u00e8re, d\u2019une moralit\u00e9\u0301 exemplaire, toujours respectueux des r\u00e8glements, Napol\u00e9on le fera comte de l\u2019Empire \u2013 cette noblesse imp\u00e9riale aux allures de\u00a0\u00ab\u00a0parvenue\u00a0\u00bb voisinera plus ou moins bien \u00e0 la cour avec les h\u00e9ritiers des vieilles familles de l\u2019Ancien R\u00e9gime dont les anc\u00eatres remontent parfois au Moyen \u00c2ge. Mais au combat, tous ces hommes se retrouvent \u00e9gaux et fr\u00e8res d\u2019armes au service de l\u2019empereur\u2026 qui garde un faible pour ces parvenus magnifiques. Ils lui doivent tout et il leur doit tant\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a011 blessures, 5 chevaux tue\u0301s sous lui, 7 drapeaux, 20 canons, 400 voitures, 2 400 chevaux pris et 6 000 prisonniers faits (\u2026) Nous certifions les nombreux hauts faits du citoyen Ordener, son brillant courage et sa comp\u00e9tence a\u0300 la te\u0302te de ses chasseurs faisant d\u2019eux des he\u0301ros.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tats de service en date du 15 juillet 1804. <em>Le g\u00e9n\u00e9ral Michel Ordener, Comte de l\u2019Empire, s\u00e9nateur<\/em> (1987), Lucien Henrion, Acad\u00e9mie nationale de Metz<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on Bonaparte, premier Consul, a cr\u00e9\u00e9 l\u2019Ordre de la L\u00e9gion d\u2019honneur le 19 mai 1802, la premi\u00e8re remise de d\u00e9corations ayant lieu le 15 juillet 1804. Ordener fait partie de cette promotion, la plus envi\u00e9e. L\u2019acte le nommant fait ressortir ses \u00e9tats de services qui se r\u00e9sument en chiffres. Le document poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous certifions les nombreux hauts faits du citoyen Ordener, son brillant courage et sa comp\u00e9tence a\u0300 la t\u00eate de ses chasseurs faisant d\u2019eux des h\u00e9ros.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Non mentionn\u00e9e, la participation du g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019arrestation nocturne (ill\u00e9gale et secr\u00e8te) du duc d\u2019Enghien, suivie le lendemain de son ex\u00e9cution (ou assassinat) dans les foss\u00e9s de Vincennes, le 21 mars 1804\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute\u00a0\u00bb dit-on, mais Ordener ne faisait qu\u2019ob\u00e9ir aux ordres du Premier Consul et il ne participa ni au jugement sommaire, ni \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa vie donn\u00e9e a\u0300 son Pays et a\u0300 son Prince. Ses me\u0301rites, ses vertus. Ordener, ne\u0301 du peuple, s\u2019est voue\u0301 au me\u0301tier des armes. Engage\u0301 comme simple soldat, il se hisse aux sommets apre\u0300s de hauts faits sans pareils. Officier de qualite\u0301, sa te\u0301me\u0301rite\u0301 est le\u0301gendaire sur tous les champs de bataille. Son seul souci\u00a0: son empereur, qui le lui rend bien. Il est a\u0300 son service jusqu\u2019a\u0300 son dernier souffle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEFEBVRE<\/span> (1755-1820), pronon\u00e7ant l\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre de Michel Ordener. <em>Le g\u00e9n\u00e9ral Michel Ordener, Comte de l\u2019Empire, s\u00e9nateur<\/em> (1987), Lucien Henrion, Acad\u00e9mie nationale de Metz<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte prononc\u00e9 par le tr\u00e8s populaire mar\u00e9chal Lefebvre, duc de Dantzig, compatriote d\u2019Ordener, alsacien de Rouffach et mari\u00e9 \u00e0 la fameuse \u00ab\u00a0Madame Sans-G\u00eane\u00a0\u00bb, blanchisseuse n\u00e9e Catherine H\u00fcbscher, originaire de Goldbach-Altenbach en Alsace, dont il aura 14 enfants (13 morts en bas \u00e2ge).<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Ordener, sa vie, sa mort et son caract\u00e8re sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des grands g\u00e9n\u00e9raux dont l\u2019Histoire garde m\u00e9moire. Au tournant de la cinquantaine, cet homme de famille p\u00e8re de six enfants (bien vivants) souffre de divers maux (suite aussi \u00e0 ses blessures) et d\u00e9cide de quitter l\u2019arm\u00e9e. <br>Ne pouvant se s\u00e9parer de ce serviteur d\u00e9vou\u00e9, l\u2019Empereur le fait premier \u00c9cuyer de l\u2019imp\u00e9ratrice. Effray\u00e9\u00a0 par la vie de cour, habitu\u00e9 qu\u2019il est \u00e0 celle des camps, Ordener est rassur\u00e9 par l\u2019accueil affable de Jos\u00e9phine et du prince Eug\u00e8ne, fils de l\u2019imp\u00e9ratrice et vice-roi d\u2019Italie. L\u2019Empereur veut \u00ab\u00a0dans le salon dor\u00e9 des Tuileries, au milieu d\u2019un cercle brillant de courtisans, cette figure de soldat, cette \u00e2me loyale et pure, ignorante du mensonge et des flatteries de salons. \u00c0 voir passer Ordener, de son pas pesant et avec ses allures emprunt\u00e9e, personne ne sourit et \u00e0 personne ne vient l\u2019id\u00e9e d\u2019une moquerie. Cet admirable serviteur de la patrie en impose aux plus grands et le Ma\u00eetre est l\u00e0, d\u2019ailleurs, qui parle lui-m\u00eame au grenadier avec ce ton de tendresse\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le jugement de l\u2019Histoire est plus r\u00e9serv\u00e9\u00a0: comme beaucoup d\u2019autres g\u00e9n\u00e9raux de cavalerie, Ordener n\u2019\u00e9tait ni un strat\u00e8ge ni un tacticien, mais un tr\u00e8s bon ex\u00e9cutant. Int\u00e9grit\u00e9, honn\u00eatet\u00e9, fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on, totales et sans faille. Bravoure incroyable. Traits de caract\u00e8re\u00a0: pr\u00e9cis, m\u00e9thodique, ob\u00e9issant, froid, discret, redoutablement efficace, ne laissant rien au hasard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai perdu mon premier officier et un de mes plus chers amis, et vous d\u00e9plorez un p\u00e8re excellent. Je veux le remplacer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) \u00e0 Michel Ordoner son fils n\u00e9 en 1787 portant le m\u00eame pr\u00e9nom et d\u00e9sormais orphelin. <em>Le g\u00e9n\u00e9ral Michel Ordener, Comte de l\u2019Empire, s\u00e9nateur<\/em> (1987), Lucien Henrion, Acad\u00e9mie nationale de Metz<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur avait une tendresse particuli\u00e8re pour ses g\u00e9n\u00e9raux d\u2019Empire dont la moiti\u00e9 \u00e9taient partis de si bas et mont\u00e9s si haut dans l\u2019\u00e9chelle des valeurs humaines et militaires.<\/p>\n<p>Bon sang ne saurait mentir\u00a0: trois fils Ordener seront militaires \u2013 dont l\u2019a\u00een\u00e9, Michel qui mourra g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 75 ans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bougainville.jpg\" width=\"350\" height=\"467\"><\/p>\n<h4>8. Louis-Antoine de <span class=\"caps\">BOUGAINVILLE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous les avions crus presque \u00e9gaux entre eux, ou du moins jouissant d\u2019une libert\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait soumise qu\u2019aux lois \u00e9tablies pour le bonheur de tous.\u00a0Je me trompais, la distinction des rangs est fort marqu\u00e9e \u00e0 Tahiti et la disproportion cruelle.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Antoine de <span class=\"caps\">BOUGAINVILLE<\/span> (1729-1811), <em>Voyage autour du monde<\/em> (1771)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le comte Louis-Antoine de Bougainville, n\u00e9 et mort \u00e0 Paris, officier de la (Marine) Royale, navigateur, explorateur et \u00e9crivain, dirigea comme capitaine le premier tour du monde fran\u00e7ais (1766 \u00e0 1769), encourag\u00e9 par Choiseul, ministre d\u2019\u00c9tat (chef du gouvernement) de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> pour assurer la ma\u00eetrise de nouvelles voies maritimes et conqu\u00e9rir des terres inconnues au nom du roi.<\/p>\n<p>Parti de Brest sur sa fr\u00e9gate La Boudeuse, il aborde aux \u00eeles Malouines puis \u00e0 Rio de Janeiro au Br\u00e9sil, fait escale \u00e0 Montevideo, franchit le d\u00e9troit de Magellan, traverse le Pacifique en passant par Tahiti (\u00e9tape la plus marquante), explore les Nouvelles-H\u00e9brides (Vanuatu), les \u00eeles Salomon, la Nouvelle-Irlande et la c\u00f4te nord de la Nouvelle-Guin\u00e9e, pour revenir en France par l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019\u00eele de France (\u00eele Maurice), Le Cap (Afrique du Sud). Il d\u00e9barque \u00e0 Saint-Malo le 16 mars 1769. Lors de cette grande premi\u00e8re, il compte le minimum de pertes (sept morts).<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, il publie le r\u00e9cit de ce voyage, sit\u00f4t traduit en anglais. Ce journal de bord fait sensation dans une Europe passionn\u00e9ment curieuse de tout, au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le caract\u00e8re de la nation nous a paru \u00eatre doux et bienfaisant. Il ne semble pas qu\u2019il y ait dans l\u2019\u00eele (Tahiti) aucune guerre civile, aucune haine particuli\u00e8re. [\u2026] Chacun cueille les fruits sur le premier arbre qu\u2019il rencontre, en prend dans la maison ou\u0300 il entre. Il para\u00eetrait que pour les choses absolument n\u00e9cessaires a\u0300 la vie, il n\u2019y a point de propri\u00e9t\u00e9 et que tout est \u00e0tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Antoine de <span class=\"caps\">BOUGAINVILLE<\/span> (1729-1811), <em>Voyage autour du monde<\/em> (1771)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bougainville va inspirer nombre de navigateurs, artistes, \u00e9crivains et philosophes \u2013 Diderot publiera son <em>Suppl\u00e9ment au Voyage de Bougainville<\/em> en 1772. Esprit scientifique et humaniste, c\u2019est l\u2019un de nos premiers ethnographes.<\/p>\n<p>Mais contrairement \u00e0 l\u2019opinion commune, Bougainville ne cr\u00e9e pas le mythe du \u00ab\u00a0Bon sauvage\u00a0\u00bb. Il existe d\u00e9j\u00e0 dans les Essais de Montaigne (<em>Des Cannibales<\/em>), le <em>Voyage au Canada<\/em> de Jacques Cartier \u2013 et un si\u00e8cle avant, chez les Portugais et les Espagnols d\u00e9couvrant l\u2019Am\u00e9rique, avec ses \u00ab\u00a0Sauvages\u00a0\u00bb nus et innocents, pr\u00eats \u00e0 partager leurs richesses et \u00e0 se faire chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Bougainville va quand m\u00eame relancer le mythe et Rousseau, le plus associable de tous les philosophes, lui fait \u00e9cho dans ses <em>Dialogues\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0La nature a fait l\u2019homme heureux et bon, mais [\u2026] la soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9prave et le rend mis\u00e9rable.\u00a0\u00bb On retrouve sa pens\u00e9e politis\u00e9e dans le<em> Contrat social<\/em> (1762), livre de chevet avou\u00e9 de Robespierre.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e8s de nous et dans une tout autre logique, l\u2019ethnographe et anthropologue Claude L\u00e9vi-Strauss relancera le mythe dans<em> Tristes Tropiques<\/em>\u00a0(1955), best-seller mondial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude de l\u2019homme est celle qui nous int\u00e9resse le plus. \u00c0 la honte des Europ\u00e9ens, on s\u2019est plus attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire qu\u2019\u00e0 civiliser les habitants du Nouveau Monde [\u2026]. Presque toutes les pages de cette histoire sont teintes de sang.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Antoine de <span class=\"caps\">BOUGAINVILLE<\/span> (1729-1811), Discours prononc\u00e9 devant les membres de l\u2019Institut, 26 juillet 1799. Association des Amis de Louis-Antoine de Bougainville.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vingt ans apr\u00e8s son tour du monde, c\u2019est un r\u00e9quisitoire humaniste contre l\u2019esclavage dont Diderot se fait l\u2019\u00e9cho\u00a0: \u00ab\u00a0Si un Ta\u00eftien [Tahitien] d\u00e9barquait un jour sur vos c\u00f4tes et s\u2019il gravait sur une de vos pierres ou sur l\u2019\u00e9corce d\u2019un de vos arbres\u00a0: ce pays appartient aux habitants de Ta\u00efti [Tahiti], qu\u2019en penserais-tu\u00a0?\u00a0\u00bb D\u2019autres philosophes remettent plus clairement en question l\u2019esclavage, tels Montesquieu et l\u2019abb\u00e9 Raynal.<\/p>\n<p>De ce grand voyage, Bougainville assist\u00e9 de nombreux scientifiques, rapporte des milliers d\u2019esp\u00e8ces de plantes nouvelles, d\u2019insectes, de poissons et d\u2019oiseaux qui furent offerts au Jardin du roi. Une fleur exotique collect\u00e9e au Br\u00e9sil est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019explorateur \u2013 le bougainvillier. Il en fait l\u2019honneur \u00e0 Jos\u00e9phine de Beauharnais, la jolie Cr\u00e9ole devenue imp\u00e9ratrice qui les collectionne dans les serres chaudes de la Malmaison.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on Bonaparte, fascin\u00e9 par les mers autant que passionn\u00e9 pour les sciences, comblera Bougainvilliers de dignit\u00e9s\u00a0: s\u00e9nateur en 1799, grand officier de la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1804, comte d\u2019Empire en 1808. Il pr\u00e9side le conseil de guerre qui juge les responsables de la bataille de Trafalgar en 1809. Ce sera sa derni\u00e8re fonction officielle. Mort de dysenterie \u00e0 81 ans, apr\u00e8s des fun\u00e9railles nationales, il est inhum\u00e9 une semaine apr\u00e8s au Panth\u00e9on. Aucune h\u00e9sitation, il a m\u00e9rit\u00e9 cet ultime honneur.<\/p>\n<h4>9. Auguste Jean-Gabriel de <span class=\"caps\">CAULAINCOURT<\/span>\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de division comte de Caulaincourt, commandant le 2e corps de cavalerie, se porta \u00e0 la t\u00eate du 5e r\u00e9giment de cuirassiers, culbuta tout, entra dans la redoute de gauche par la gorge. D\u00e8s ce moment la bataille fut gagn\u00e9e. Le comte de Caulaincourt, qui venait de se distinguer par cette belle charge, avait termin\u00e9 ses destin\u00e9es\u00a0: il tomba frapp\u00e9 par un boulet. Mort glorieuse et digne d\u2019envie\u00a0!\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">18e bulletin de la Grande Arm\u00e9e, dat\u00e9 de Moja\u00efsk (petite ville de Russie, \u00e0 13 km de Borodino),<em> Le Moniteur<\/em>,\u00a027 septembre 1812. \u00ab\u00a0Auguste Jean-Gabriel de Caulaincourt\u00a0\u00bb (1777-1812), <em>Biographie des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s militaires des arm\u00e9es de terre et de mer de 1789 \u00e0 1850<\/em>, (tome <span class=\"caps\">II<\/span>), <span class=\"caps\">M.C.<\/span> Mulli\u00e9,1852<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bref compte rendu d\u2019un authentique fait d\u2019armes mettant fin \u00e0 la carri\u00e8re militaire d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, \u00e0 la veille de ses 35 ans.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1777 d\u2019une grande famille picarde, c\u2019est le fr\u00e8re cadet d\u2019Armand Augustin Louis de Caulaincourt, 5e marquis de Caulaincourt et 1er duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Engag\u00e9 volontaire au service de \u00ab\u00a0la patrie en danger\u00a0\u00bb, il sert dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie et s\u2019illustre par son intr\u00e9pidit\u00e9 \u00e0 Marengo (14 juin 1800) \u2013 bless\u00e9 d\u2019un coup de feu \u00e0 la t\u00eate. Nomm\u00e9 chef d\u2019escadron par le g\u00e9n\u00e9ral en chef Mass\u00e9na, confirm\u00e9 dans ce grade, il se distingue en enlevant avec ses 40 dragons le village de Vedelago, d\u00e9fendu par 400 hommes d\u2019infanterie autrichienne qui mettent bas les armes et sont ramen\u00e9s prisonniers \u2013 un exploit. D\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019honneur, aide de camp du prince Louis-Napol\u00e9on (fr\u00e8re de Napol\u00e9on nomm\u00e9 roi de Hollande), remarqu\u00e9 \u00e0 Austerlitz (2 d\u00e9cembre 1805), devenu baron d\u2019Empire, il fait la terrible guerre d\u2019Espagne en 1808, multiplie les faits d\u2019armes comme g\u00e9n\u00e9ral de brigade, puis g\u00e9n\u00e9ral de division. De retour en France pour raison de sant\u00e9 en 1810, mari\u00e9 en 1812 \u00e0 Henriette Blanche d\u2019Aubusson de La Feuillade, il rejoint la Grande Arm\u00e9e qu\u2019il suit en Russie, tu\u00e9 par un boulet lors de l\u2019assaut de la grande redoute \u00e0 la Moskova. Biographie classique dans l\u2019histoire imp\u00e9riale\u2026<\/p>\n<p>Mais pas une citation, pas un trait de caract\u00e8re, pas une anecdote \u2013 hormis le fait que sa veuve, sans post\u00e9rit\u00e9 apr\u00e8s trois mois de mariage, resta fid\u00e8le \u00e0 sa m\u00e9moire. M\u00eame son portrait (anonyme) ne r\u00e9v\u00e8le rien du personnage au visage \u00e9tonnamment lisse, sans expression.<\/p>\n<p>On interroge en vain les <em>M\u00e9moires<\/em> de son fr\u00e8re pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: Armand Augustin Louis de Caulaincourt, aide de camp de Bonaparte en 1802, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur, ambassadeur en Russie de\u00a01807 \u00e0\u00a01811, nous d\u00e9voile un Napol\u00e9on \u00ab\u00a0inconnu\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Quand j\u2019ai besoin de quelqu\u2019un, je n\u2019y regarde pas de si pr\u00e8s, je le baiserais au cul.\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis.\u00a0\u00bb Mais sur son cadet, rien de m\u00e9morable.<\/p>\n<p>Restent ses armoiries, son nom grav\u00e9 sous l\u2019arc de Triomphe de l\u2019\u00c9toile et sa panth\u00e9onisation, dernier sur la liste des militaires ainsi honor\u00e9 par Napol\u00e9on. Ce qui n\u2019est pas rien.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lagrange.jpg\" width=\"323\" height=\"420\"><\/p>\n<h4>10. Joseph-Louis <span class=\"caps\">LAGRANGE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul n\u2019atteindra la gloire de Newton, car il n\u2019y avait qu\u2019un monde \u00e0 d\u00e9couvrir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis de <span class=\"caps\">LAGRANGE<\/span> (1736-1813) ou Joseph-Louis (de) <span class=\"caps\">LAGRANGE<\/span>.<em> \u00c9tudes progressives d\u2019un naturaliste pendant les ann\u00e9es 1834-1835<\/em>, \u00c9tienne Geoffroy Saint-Hilaire, 1835<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joseph Louis de Lagrange (en italien Giuseppe Luigi Lagrangia ou aussi Giuseppe Ludovico De la Grange Tournier) na\u00eet \u00e0 Turin de parents fran\u00e7ais. Descendant de Descartes, math\u00e9maticien, physicien, m\u00e9canicien et astronome, il cr\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9 scientifique (future Acad\u00e9mie des sciences) o\u00f9 il enseigne. \u00c0 trente ans, il quitte l\u2019Italie pour Berlin, invit\u00e9 par Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, despote \u00e9clair\u00e9. Il y s\u00e9journe vingt ans. Il s\u2019installe enfin \u00e0 Paris et prend la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise en 1802.<\/p>\n<p>Son ouvrage le plus connu,<em> La M\u00e9canique analytique<\/em> (1788), part de la deuxi\u00e8me loi de Newton. Elle inspirera la m\u00e9canique quantique, th\u00e9orie math\u00e9matique et physique d\u00e9crivant la structure et l\u2019\u00e9volution dans le temps et l\u2019espace des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019atome et les \u00e9changes d\u2019\u00e9nergie entre la lumi\u00e8re et la mati\u00e8re \u00e0 cette \u00e9chelle et dans tous les d\u00e9tails. Plusieurs noms lui sont associ\u00e9s, \u00e0 commencer par l\u2019allemand Max Planck et Albert Einstein. C\u2019est dire que la Science est une grande famille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne leur a fallu qu\u2019un moment pour faire tomber cette t\u00eate, et cent ann\u00e9es peut-\u00eatre ne suffiront pas pour en produire une semblable.\u00a0\u00bb<span id=\"1588\" class=\"cit-num\">1588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis de <span class=\"caps\">LAGRANGE<\/span> (1736-1813), \u00e0 J.-B. Delambre, d\u00e9plorant la mort de Lavoisier au lendemain de son ex\u00e9cution, le 9\u00a0mai\u00a01794. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Antoine Laurent de Lavoisier\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Confr\u00e8re du chimiste Lavoisier devenu l\u2019un de ses meilleurs amis \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, Lagrange s\u2019\u00e9meut \u00e0 juste titre. La science paie un lourd tribut \u00e0 la R\u00e9volution avec Lavoisier, guillotin\u00e9 apr\u00e8s Bailly, et Condorcet (suicid\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud). Rappelons le mot terrible d\u2019un membre du Tribunal r\u00e9volutionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique n\u2019a pas besoin de savants.\u00a0\u00bb Mais la science est \u00e9galement honor\u00e9e. \u00c0 l\u2019initiative du math\u00e9maticien Gaspard Monge, l\u2019\u00c9cole polytechnique est cr\u00e9\u00e9e le 11\u00a0mars 1794. Sa devise\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la patrie, les sciences et la gloire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lagrange ne cesse de travailler pour le gouvernement r\u00e9volutionnaire. Il n\u2019est pas personnellement inqui\u00e9t\u00e9 et doit sans doute \u00e0 son g\u00e9nie d\u2019\u00e9chapper aux mesures de r\u00e9pression visant les \u00e9trangers. Il participe \u00e0 la Commission des Poids et Mesures et devient l\u2019un des p\u00e8res du syst\u00e8me m\u00e9trique, de la d\u00e9finition du kilogramme et de la division d\u00e9cimale des unit\u00e9s officialis\u00e9e par la loi du 18 germinal an <span class=\"caps\">III<\/span> (7 avril 1795).<\/p>\n<p>Ses travaux \u00e9chappent au lecteur non initi\u00e9, mais avec Fabre d\u2019\u00c9glantine, il cr\u00e9e le calendrier r\u00e9volutionnaire, instrument politique au service de la jeune R\u00e9publique. Les nouveaux mois sont \u00e9vocateurs et po\u00e9tiques\u00a0: Vend\u00e9miaire, brumaire, frimaire renvoient aux vendanges, aux brumes, aux frimas de l\u2019automne. Niv\u00f4se, pluvi\u00f4se et vent\u00f4se \u00e9voquent neiges, pluies et vents d\u2019hiver. Les mois du printemps leur succ\u00e8dent, germinal, flor\u00e9al, prairial, associ\u00e9s \u00e0 germination, floraison et prairies. Enfin, l\u2019\u00e9t\u00e9 de messidor, thermidor et fructidor, qui rappellent moissons, chaleur et fruits.<\/p>\n<p>L\u2019homme se montre accessible et sympathique\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse l\u2019estimait et le voyait souvent, l\u2019appelant \u00ab\u00a0mon philosophe sans fracas\u00a0\u00bb en raison de son caract\u00e8re flegmatique et paisible. Mais en France, le math\u00e9maticien Joseph Fourier d\u00e9nonce le pi\u00e8tre professeur\u00a0: voix monocorde et accent ex\u00e9crable, il se moque du niveau de son auditoire et choisit le sujet de son cours qu\u2019il aborde comme s\u2019il s\u2019adressait \u00e0 des coll\u00e8gues acad\u00e9miciens, \u00e0 la stupeur g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Pour finir, une anecdote amusante pr\u00e9cise le profil du \u00ab\u00a0savant type\u00a0\u00bb, dans une biographie sign\u00e9e d\u2019un de ses compatriotes italiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00cates-vous s\u00fbr d\u2019aimer la musique\u00a0?\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9tonne un de ses amis qui le voit ravi \u00e0 la fin d\u2019un concert particuli\u00e8rement \u00e9prouvant.<br>\u00ab\u00a0Pas vraiment, apr\u00e8s cinq ou six mesures, je me perds dans mes pens\u00e9es. Ce que j\u2019aime, c\u2019est que personne ne parle pendant que l\u2019on joue. Cela me permet de r\u00e9fl\u00e9chir en toute tranquillit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis de <span class=\"caps\">LAGRANGE<\/span> (1736-1813). <em>La Modernisation de la m\u00e9canique\u00a0: Lagrange<\/em> (2018), Luis Fernando Are\u00e1n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on saura l\u2019honorer comme il se doit. En 1799, il est nomm\u00e9 au S\u00e9nat avec Monge et Laplace. Combl\u00e9 d\u2019honneurs sous l\u2019Empire (L\u00e9gion d\u2019honneur, noblesse imp\u00e9riale), c\u2019est le dernier grand scientifique panth\u00e9onis\u00e9 par l\u2019empereur \u2013 en attendant le chimiste Marcellin Berthelot en 1907.<\/p>\n<h3>Restauration<\/h3>\n<p>Quand la Restauration rendit le Panth\u00e9on au culte, il fut question d\u2019expulser les restes de Voltaire, cet incroyant notoire. Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> s\u2019y opposa, avec son humour bien connu.<strong> \u00ab\u00a0Laissez\u00a0! Il sera bien assez puni d\u2019entendre la messe chaque matin.\u00a0\u00bb<\/strong> Ainsi \u00e9chappa-t-il au d\u00e9shonneur d\u2019une d\u00e9panth\u00e9onisation\u00a0!<\/p>\n<p>Mais la Restauration eut une initiative heureuse\u00a0: \u00e0 la fin du r\u00e8gne de Charles X, elle inaugure les \u00ab\u00a0panth\u00e9onisations de rattrapage\u00a0\u00bb qui vont faire flor\u00e8s sous les R\u00e9publiques \u00e0 venir. Soufflot, l\u2019architecte des lieux, se retrouve alors comme chez lui, dans la monumentale \u00e9glise qu\u2019il projeta \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/soufflot.jpg\" width=\"390\" height=\"513\"><\/p>\n<h4>11. Jean-Jacques <span class=\"caps\">SOUFFLOT<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le principal objet de M. Soufflot, en b\u00e2tissant son \u00e9glise, a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9unir sous une des plus belles formes la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la construction des \u00e9difices gothiques avec la puret\u00e9 et la magnificence de l\u2019architecture grecque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maximilien <span class=\"caps\">BR\u00c9BION<\/span> (1716-1897), <em>M\u00e9moire \u00e0 Monsieur le comte de la Billarderie Angiviller<\/em>, 1780, publi\u00e9 par Michael Petzel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle son plus proche collaborateur qui reprit \u00e0 sa mort le chantier avec Jean-Baptiste Rondelet.<\/p>\n<p>La vie de Jacques-Germain Soufflot (1713-1780) se r\u00e9sume en deux voyages en Italie et deux villes, Lyon, Paris. Soutenu en haut lieu (politique et franc ma\u00e7onnerie), mais naturellement tr\u00e8s envi\u00e9 et critiqu\u00e9, humainement fragile, romantique avant l\u2019heure, il s\u2019est peut-\u00eatre suicid\u00e9 \u00e0 67 ans. On pense aussi \u00e0 un \u00e9puisement physique et nerveux d\u00fb \u00e0 l\u2019ampleur des t\u00e2ches et des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un avocat de province, r\u00e9solument autodidacte (contrairement \u00e0 la majorit\u00e9 des architectes), le jeune homme \u00e9tudie l\u2019Antiquit\u00e9 en observant les monuments italiens, mais aussi la Renaissance avec les chefs d\u2019\u0153uvre de Palladio.<\/p>\n<p>\u00c0 Lyon o\u00f9 il s\u2019installe durant neuf ans avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019archev\u00eaque et la protection du gouverneur Villeroy, il r\u00e9alise notamment le Temple du Change (Bourse de commerce), la majestueuse fa\u00e7ade de l\u2019H\u00f4tel-Dieu sur le Rh\u00f4ne et le Grand Th\u00e9\u00e2tre (aujourd\u2019hui disparu). Ces \u0153uvres majeures sont remarqu\u00e9es par Abel-Fran\u00e7ois Poisson, marquis de Marigny, directeur g\u00e9n\u00e9ral des B\u00e2timents du roi (et fr\u00e8re de la Pompadour, favorite de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>) qui va favoriser sa carri\u00e8re parisienne.<\/p>\n<p>\u00c7a commence mal\u00a0! Son projet pour l\u2019am\u00e9nagement de la place Louis-<span class=\"caps\">XV<\/span> (actuelle place de la Concorde) est refus\u00e9. Mais il prend sa revanche avec l\u2019\u00e9glise au sommet de la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve, l\u2019emportant sur Gabriel, l\u2019autre grand architecte du temps, plus classique et mesur\u00e9. C\u2019est une aventure de trente ans et Soufflot mourra sans en conna\u00eetre le d\u00e9nouement.<\/p>\n<p>Son plan initial a la forme d\u2019une croix grecque\u00a0: quatre branches courtes de dimensions \u00e9gales et un d\u00f4me de 83 m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s catholiques exigent le retour \u00e0 la croix latine, d\u2019o\u00f9 un b\u00e2timent long de 110 m\u00e8tres et large de 84 m\u00e8tres. Une crypte exceptionnellement vaste est pr\u00e9vue pour accueillir 300 s\u00e9pultures \u2013 80 personnalit\u00e9s y reposent \u00e0 ce jour. Soufflot innove en m\u00ealant plusieurs styles\u00a0: le gothique (de la nef vo\u00fbt\u00e9e) et le classique (coupoles \u00e9galement byzantines) le p\u00e9ristyle de six colonnes et le fronton triangulaire reproduisant un mod\u00e8le grec antique, avec un go\u00fbt prononc\u00e9 pour le style monumental \u2013 retour au \u00ab\u00a0grand go\u00fbt\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1750 qui tranche sur le rococo \u00e0 la mode et l\u2019art rocaille. Claude Perrault, architecte de la colonnade du Louvre, en sera un autre exemple. Le g\u00e9nie de Soufflot, c\u2019est de marier tous ces styles, pr\u00e9figuration de l\u2019\u00e9clectisme et du syncr\u00e9tisme \u00e0 venir \u2013 un si\u00e8cle plus tard, l\u2019Op\u00e9ra-Garnier en sera l\u2019exemple absolu.<\/p>\n<p>Soufflot innove aussi en armant de structures m\u00e9talliques les pierres provenant des carri\u00e8res du bassin parisien \u2013 on parlera plus tard de l\u2019indispensable b\u00e9ton arm\u00e9. Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> pose la premi\u00e8re pierre le 6 septembre 1764. Les ennuis commencent en 1770.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus d\u2019un rival jaloux qui fut son ennemi<br>S\u2019il e\u00fbt connu son c\u0153ur e\u00fbt \u00e9t\u00e9 son ami.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe de Jean-Germain Soufflot (1713-1780). <em>Dictionnaire historique et bibliographique portatif<\/em> (plusieurs r\u00e9\u00e9ditions), Jean-Baptiste Ladvocat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soufflot qui ne pouvait se r\u00e9signer \u00e0 avoir des ennemis aurait voulu forcer leur sympathie comme en t\u00e9moigne son \u00e9pitaphe. Mais les jalousies sont constantes, dans ce m\u00e9tier d\u2019architecte sans doute le plus difficile de tous les arts et\u00a0 touchant \u00e0 l\u2019urbanisme (am\u00e9nagement des espaces urbains). La part technique est incontournable, la libert\u00e9 ch\u00e8re aux artistes \u00e9tant ici inconcevable. Il faut tenir compte du lieu, de la mode, de la praticabilit\u00e9 du monument. Pour les grands chantiers, les places sont rares et ch\u00e8res, la concurrence acharn\u00e9e. La r\u00e9alisation peut s\u2019\u00e9terniser sur des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles\u2026 On d\u00e9pend \u00e0 la fois des d\u00e9cideurs au pouvoir et de l\u2019opinion publique\u00a0: rien ne sera simple pour le baron Haussmann, Charles Garnier ou Viollet-le-Duc, grands architectes du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 cette monumentale \u00e9glise devenue Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution, les premi\u00e8res critiques apparaissent en 1770 dans un m\u00e9moire sign\u00e9 Pierre Patte, architecte de renomm\u00e9e internationale\u00a0: \u00ab\u00a0Il est question de prouver que les piliers d\u00e9j\u00e0 ex\u00e9cut\u00e9s et destin\u00e9s \u00e0 porter cette coupole [de Sainte-Genevi\u00e8ve] n\u2019ont point les dimensions n\u00e9cessaires pour esp\u00e9rer d\u2019y \u00e9lever un pareil ouvrage avec solidit\u00e9\u00a0\u00bb. Soufflot a heureusement ses d\u00e9fenseurs, dont Perronet, le directeur de la toute jeune \u00c9cole des ponts et chauss\u00e9es. Et il poursuit l\u2019\u00e9dification de son chef d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Il meurt en 1780, la construction prendra fin dix ans plus tard. En 1791, l\u2019assembl\u00e9e constituante transforme l\u2019\u00e9glise Sainte Genevi\u00e8ve\u00a0 en \u201cPanth\u00e9on des grands hommes\u201d. Et l\u2019Histoire ne fait que (re)commencer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-3-iiie-et-ive-republiques\/\">Lire la suite\u00a0: le Panth\u00e9on, <span class=\"caps\">III<\/span>e et <span class=\"caps\">IV<\/span>e R\u00e9publiques<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II. Empire (et Restauration) 43 transferts en moins de dix ans, v\u00e9ritable inflation\u00a0patriotique voulue par Napol\u00e9on dans une h\u00e2te qui n\u2019aura jamais d\u2019\u00e9quivalent\u00a0! Peut-on oser le mot de \u00ab\u00a0panth\u00e9onite\u00a0\u00bb\u00a0galopante&nbsp;? Au final, le ma\u00eetre de la France distingue plus de noms que tous les r\u00e9gimes \u00e0 venir en plus de deux si\u00e8cles. 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