{"id":9176,"date":"2021-11-29T00:00:00","date_gmt":"2021-11-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-1-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:34","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:34","slug":"au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-1-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-1-revolution\/","title":{"rendered":"Au Panth\u00e9on\u00a0! Les \u00c9lu(e)s de la Patrie reconnaissante (1. R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/fronton_pantheon2.jpg\" width=\"488\" height=\"344\"><\/p>\n<p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">La petite histoire mouvement\u00e9e du Panth\u00e9on.<\/span><\/p>\n<p>Le Panth\u00e9on (\u00ab\u00a0Temple de tous les dieux\u00a0\u00bb en grec ancien) a son histoire comme tout monument.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e9difi\u00e9e par Soufflot, le vaste sanctuaire est transform\u00e9 en Panth\u00e9on destin\u00e9 \u00e0 recevoir les cendres des grands hommes sous la R\u00e9volution\u00a0: apr\u00e8s Mirabeau (vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9), Voltaire et Rousseau en sont les premiers locataires. L\u2019Empire rend le Panth\u00e9on au culte dans sa partie sup\u00e9rieure, mais la crypte accueille toujours les grands serviteurs de l\u2019\u00c9tat, militaires, scientifiques, hommes politiques et autres\u00a0: une \u00ab\u00a0panth\u00e9onite\u00a0galopante\u00a0\u00bb. Avec la Restauration, l\u2019\u00e9glise re\u00e7oit une nouvelle inscription en latin, hommage \u00e0 sainte Genevi\u00e8ve, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9unis. Sous la Monarchie de Juillet, le Panth\u00e9on redevient Panth\u00e9on et l\u2019inscription repara\u00eet, pour dispara\u00eetre de nouveau \u00e0 la fin de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, quand le b\u00e2timent redevient \u00e9glise.<\/p>\n<p>Depuis 1885 (\u00e0 la mort d\u2019Hugo) et jusqu\u2019\u00e0 nos jours, le Panth\u00e9on est d\u00e9finitivement Panth\u00e9on, temple accueillant les\u00a0 grands hommes \u2013 dont quelques femmes.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">La grande Histoire racont\u00e9e par le Panth\u00e9on.<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat principal et l\u2019originalit\u00e9 de ce monument. \u00c0 travers les entr\u00e9es tr\u00e8s s\u00e9lectives, les nombreuses exclusions de principe dans le pass\u00e9 (femmes, personnages de couleur, \u00e9trangers) et les (rares) d\u00e9panth\u00e9onisations, une v\u00e9ritable mise en abyme de l\u2019Histoire de France se joue de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>30 novembre 2021, la panth\u00e9onisation de Jos\u00e9phine Baker est le meilleur des pr\u00e9textes pour ce nouvel \u00e9dito en quatre \u00e9pisodes.<\/p>\n<h4>Pr\u00e9ambule\u00a0: le 30 novembre 2021, Jos\u00e9phine Baker entre au Panth\u00e9on\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai deux amours\u00a0: mon pays et Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>J\u2019ai deux amours<\/em>, chanson, paroles de G\u00e9o Koger et Henri Varna, musique de Vincent Scotto<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le refrain f\u00e9tiche de Jos\u00e9phine Baker et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, qu\u2019elle entre en sc\u00e8ne, sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision,\u00a0 dans un restaurant ou une bo\u00eete de nuit, l\u2019orchestre se met aussit\u00f4t \u00e0 jouer les premi\u00e8res mesures\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai deux amours \/ Mon pays et Paris \/ Par eux toujours \/ Mon c\u0153ur est ravi \/ Ma savane est belle \/ Mais \u00e0 quoi bon le nier \/ Ce qui m\u2019ensorcelle \/ C\u2019est Paris, Paris tout entier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Panth\u00e9on lui ouvre ses portes le 30 novembre 2021. Elle \u00ab\u00a0coche toutes les cases\u00a0\u00bb comme l\u2019on dit\u00a0: artiste populaire, star mondiale, femme libre, descendante d\u2019esclave noire, bisexuelle assum\u00e9e, naturalis\u00e9e fran\u00e7aise, r\u00e9sistante triplement d\u00e9cor\u00e9e, protectrice des animaux, m\u00e8re de douze enfants adopt\u00e9s et chacun d\u2019ethnie diff\u00e9rente\u2026 Sa vie est un feuilleton dont l\u2019h\u00e9ro\u00efne est dou\u00e9e de tous les talents, avec un sacr\u00e9 caract\u00e8re et une \u00e9nergie hors norme, dont elle a quand m\u00eame abus\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh oui\u00a0! Je danserai, chanterai, jouerai, toute ma vie, je suis n\u00e9e seulement pour cela. Vivre, c\u2019est danser, j\u2019aimerais mourir \u00e0 bout de souffle, \u00e9puis\u00e9e, \u00e0 la fin d\u2019une danse ou d\u2019un refrain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975), <em>Les M\u00e9moires de Jos\u00e9phine Baker recueillies par Marcel Sauvage<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle a tenu parole, ses derni\u00e8res apparitions sont path\u00e9tiques, telle est sa (riche) nature\u00a0! Mais ce n\u2019est pas la raison de sa panth\u00e9onisation et ses racines sont plus profondes. Elle nous donne la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9nigme qu\u2019est sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019habitais dans un pays o\u00f9 j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre noire. C\u2019\u00e9tait un pays r\u00e9serv\u00e9 aux Blancs. Il n\u2019y avait pas de place pour les Noirs. J\u2019\u00e9touffais aux \u00c9tats-Unis. Beaucoup d\u2019entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter \u00e7a\u2026 Je me suis sentie lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975). <em>Alliages culturels\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en transformation<\/em> (2014), Heather Willis Allen, S\u00e9bastien Dubreil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le Paris des Ann\u00e9es folles, l\u2019esth\u00e9tique n\u00e8gre est \u00e0 la mode et la premi\u00e8re exposition d\u2019art n\u00e8gre va influencer les artistes Fauves et Cubistes. Le peintre Fernand L\u00e9ger conseille \u00e0 l\u2019administrateur du Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es de monter un spectacle enti\u00e8rement ex\u00e9cut\u00e9 par des Noirs\u00a0: la Revue n\u00e8gre, vingt-cinq artistes dont douze musiciens parmi lesquels le trompettiste Sidney Bechet, et une danseuse de 19 ans \u00e0 l\u2019incroyable pr\u00e9sence. Paul Colin cr\u00e9e l\u2019affiche de la revue. Jos\u00e9phine Baker y appara\u00eet dans une robe blanche ajust\u00e9e, poings sur les hanches, cheveux courts et gomin\u00e9s, entre deux noirs, l\u2019un portant un chapeau inclin\u00e9 sur l\u2019\u0153il et un n\u0153ud papillon \u00e0 carreaux, l\u2019autre arborant un large sourire. Cette \u0153uvre folklorique est l\u2019une des grandes r\u00e9ussites de l\u2019Art d\u00e9co\u00a0: les d\u00e9formations cubistes rendent admirablement le rythme du jazz, nouveau en France \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0V\u00e9nus noire\u00a0\u00bb est lanc\u00e9e en 1925\u00a0: elle a le diable au corps, v\u00eatue d\u2019une ceinture de plumes blanches, dansant\u00a0 le charleston avec son partenaire Joe Alex. Scandale et succ\u00e8s imm\u00e9diat. La salle affiche complet. Forte de sa renomm\u00e9e, Jos\u00e9phine devient la meneuse des Folies Berg\u00e8re en 1926\u00a0: les plumes laissent place \u00e0 la ceinture de bananes. Encore plus provoquant. Le tout Paris des Ann\u00e9es folles n\u2019a plus que ce nom \u00e0 la bouche\u00a0: Jos\u00e9phine Baker. D\u2019autres artistes afro-am\u00e9ricains vont s\u00e9journer en Europe\u00a0: peintres, sculpteurs, po\u00e8tes, romanciers trouvent \u00e0 Paris le lieu o\u00f9 prolonger la \u00ab\u00a0renaissance n\u00e8gre\u00a0\u00bb de Harlem et y appr\u00e9cient une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale qui ignore la s\u00e9gr\u00e9gation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la France qui m\u2019a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance \u00e9ternelle. La France est douce, il fait bon y vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu\u2019il n\u2019y existe pas de pr\u00e9jug\u00e9s racistes. Ne suis-je pas devenue l\u2019enfant ch\u00e9rie des Parisiens. Ils m\u2019ont tout donn\u00e9, en particulier leur c\u0153ur. Je leur ai donn\u00e9 le mien. Je suis pr\u00eate, capitaine, \u00e0 leur donner aujourd\u2019hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l\u2019entendez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975) \u00e0 Jacques Abtey chef du contre-espionnage militaire \u00e0 Paris qui la cite dans \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais Libres\u00a0\u00bb.<em> La Guerre secr\u00e8te de Josephine Baker<\/em> (1948), Jacques Abtey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Septembre 1939. Le capitaine Abtey est charg\u00e9 de recruter des \u00ab\u00a0Honorables Correspondants\u00a0\u00bb susceptibles de se rendre partout sans \u00e9veiller les soup\u00e7ons afin de recueillir des renseignements sur l\u2019activit\u00e9 des agents allemands. Elle se pr\u00e9sente \u00e0 lui en toute simplicit\u00e9, lors de leur premi\u00e8re rencontre, villa Beau Ch\u00eane au V\u00e9sinet. Elle expliquera ensuite sa m\u00e9thode pour faire passer des messages secrets\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s pratique d\u2019\u00eatre Jos\u00e9phine Baker. D\u00e8s que je suis annonc\u00e9e dans une ville, les invitations pleuvent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. A S\u00e9ville, \u00e0 Madrid, \u00e0 Barcelone, le sc\u00e9nario est le m\u00eame. J\u2019affectionne les ambassades et les consulats qui fourmillent de gens int\u00e9ressants. Je note soigneusement en rentrant\u2026 Ces papiers seraient sans doute compromettants si on les trouvait. Mais qui oserait fouiller Jos\u00e9phine Baker jusqu\u2019\u00e0 la peau\u00a0? Ils sont bien mis \u00e0 l\u2019abri, attach\u00e9s par une \u00e9pingle de nourrice (\u00e0 son soutien-gorge). D\u2019ailleurs mes passages de douane s\u2019effectuent toujours dans la d\u00e9contraction\u2026 Les douaniers me font de grands sourires et me r\u00e9clament effectivement des papiers\u2026 mais ce sont des autographes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors de son passage \u00e0 Alger en 1943, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, reconnaissant pour ses actions dans la R\u00e9sistance, lui offre une petite Croix de Lorraine en or \u2013 qu\u2019elle vendra aux ench\u00e8res pour la somme de 350.000 francs au profit exclusif de la R\u00e9sistance. Titulaire d\u2019un brevet de pilote, pour masquer son engagement dans le contre-espionnage, elle rejoint les Infirmi\u00e8res Pilotes Secouristes de l\u2019Air (<span class=\"caps\">IPSA<\/span>) et accueille des r\u00e9fugi\u00e9s de la Croix Rouge.<\/p>\n<p>\u00c0 ses fun\u00e9railles en 1975, c\u2019est la premi\u00e8re femme d\u2019origine am\u00e9ricaine \u00e0 recevoir les honneurs militaires. Et le Panth\u00e9on\u00a0? Id\u00e9e \u00e9mise par l\u2019\u00e9crivain R\u00e9gis Debray dans une tribune du <em>Monde<\/em>, 16 d\u00e9cembre 2013. Son pass\u00e9 de r\u00e9sistante, sur lequel la V\u00e9nus noire fut toujours discr\u00e8te, ainsi que son combat contre le racisme\u00a0 beaucoup plus m\u00e9diatis\u00e9, m\u00e9ritent de rester dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle importance y a-t-il \u00e0 ce que je sois noire, blanche, jaune ou rouge\u00a0? (\u2026) Dieu, en nous cr\u00e9ant, n\u2019a pas fait de diff\u00e9rence. Pourquoi l\u2019homme voudrait-il le surpasser en cr\u00e9ant des lois auxquelles Dieu m\u00eame n\u2019a pas song\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975), Discours du 28 d\u00e9cembre 1953 \u2013 Meeting de la <span class=\"caps\">LICA<\/span> (Ligue internationale contre l\u2019antis\u00e9mitisme) (<span class=\"caps\">LICA<\/span>) devenue en 1980 <span class=\"caps\">LICRA<\/span> (Ligue internationale contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son ch\u00e2teau des Milandes (o\u00f9 elle perd tout l\u2019argent gagn\u00e9 en tourn\u00e9es), elle est fi\u00e8re de sa \u00ab\u00a0tribu arc-en-ciel\u00a0\u00bb. Faute de pouvoir \u00eatre m\u00e8re, elle a adopt\u00e9 ses douze enfants, chacun d\u2019une ethnie diff\u00e9rente\u00a0(cor\u00e9en, finnois, fran\u00e7ais, japonais, ivoirien,\u00a0 colombien, canadien, alg\u00e9rien, marocain, v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, juif fran\u00e7ais\u2026).<\/p>\n<p>Elle retourne aux <span class=\"caps\">USA<\/span> en 1963 et participe \u00e0 la Marche sur Washington pour l\u2019emploi et la libert\u00e9 organis\u00e9e par Martin Luther King \u2013 elle prononce un discours, v\u00eatue de son ancien uniforme de l\u2019Arm\u00e9e de l\u2019air fran\u00e7aise et de ses m\u00e9dailles de r\u00e9sistante. Tout le reste de sa vie, elle mettra sa popularit\u00e9 au service de ses id\u00e9es inlassablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Je combats la discrimination raciale, religieuse et sociale n\u2019importe o\u00f9 je la trouve, car je suis profond\u00e9ment contre et je ne puis rester insensible aux malheurs de celui qui ne peut pas se d\u00e9fendre dans ce domaine. Du reste, je suis navr\u00e9e d\u2019\u00eatre oblig\u00e9e de combattre car, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous vivons, de telles situations ne devraient pas exister. Je lutte de toutes mes forces pour faire abolir les lois existantes dans diff\u00e9rents pays qui soutiennent la discrimination raciale et religieuse parce que ces lois font croire \u00e0 ces citoyens qu\u2019ils ont raison d\u2019\u00e9lever leurs enfants dans cet esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bref, une belle personne, \u00e0 tout point de vue, et bienvenue au Panth\u00e9on. Cet \u00e9v\u00e9nement est pour nous l\u2019occasion de vous pr\u00e9senter l\u2019histoire du Panth\u00e9on, depuis les origines, \u00e0 commencer par la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<h3>I. R\u00e9volution<\/h3>\n<p>Cette p\u00e9riode unique en son genre nous \u00e9tonnera toujours\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re s\u00e9rie de panth\u00e9onisations se fait dans un contexte hors norme, m\u00e9lange de pagaille, panique, parano\u00efa et patriotisme pouss\u00e9s au paroxysme.<\/p>\n<p>Au final, sur six candidats \u00ab\u00a0nomin\u00e9\u00a0\u00bb pour bons et loyaux services \u00e0 la nation, il n\u2019en restera que deux \u00e9lus\u2026 Paradoxe r\u00e9volutionnaire, ils sont associ\u00e9s \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime. Voltaire et Rousseau, fr\u00e8res ennemis du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, se retrouvent contraints \u00e0 cohabiter pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<br>Mirabeau et Marat, nouveaux h\u00e9ros de l\u2019\u00e9poque, port\u00e9s au Panth\u00e9on dans l\u2019enthousiasme, en seront jug\u00e9s indignes et bient\u00f4t sortis.<\/p>\n<p>Saint-Fargeau et Dampierre, deux personnages relativement inconnus et \u00ab\u00a0nomin\u00e9s\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9lan, seront finalement perdants. Leur \u00e9chec refl\u00e8te le climat r\u00e9volutionnaire exacerb\u00e9 par la guerre civile et la guerre \u00e9trang\u00e8re. Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, leur m\u00e9saventure donne le climat de l\u2019\u00e9poque et vaut d\u2019\u00eatre cont\u00e9e.<\/p>\n<p>Danton vaut d\u2019\u00eatre cit\u00e9\u00a0: il r\u00eavait de panth\u00e9onisation, mais apr\u00e8s avoir eu quasiment tous les pouvoirs en 1792-1793, il est discr\u00e9dit\u00e9 au point d\u2019\u00eatre mis en accusation et r\u00e9ussit \u00e0 placer un dernier mot (improvis\u00e9 ou pr\u00e9par\u00e9) dont ce grand orateur fut prodigue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma demeure sera bient\u00f4t dans le n\u00e9ant\u00a0; quant \u00e0 mon nom, vous le trouverez dans le panth\u00e9on de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"1582\" class=\"cit-num\">1582<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), r\u00e9ponse au Tribunal r\u00e9volutionnaire lui demandant son nom et ses qualit\u00e9s, 2\u00a0avril\u00a01794. <em>Proc\u00e8s historiques, Le proc\u00e8s de Danton<\/em>, Histoire et patrimoine [en ligne], minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>1. <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin.<\/p>\n<p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb \u00e9crira Jules Michelet.\u00a0 Victor Hugo lui-m\u00eame est sensible \u00e0 cette citation d\u2019ailleurs c\u00e9l\u00e8bre \u2013 surtout replac\u00e9e dans son contexte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u00a0\u2018est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb<span id=\"1321\" class=\"cit-num\">1321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur dramatique responsable de la \u00ab\u00a0bataille d\u2019Hernani\u00a0\u00bb \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb. Et la post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire n\u2019a trop souvent racont\u00e9 les actions que de b\u00eates f\u00e9roces parmi lesquelles on distingue de loin en loin des h\u00e9ros. Il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que nous commen\u00e7ons l\u2019histoire des hommes, celle de fr\u00e8res n\u00e9s pour se rendre mutuellement heureux.\u00a0\u00bb<span id=\"1324\" class=\"cit-num\">1324<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Discours et opinions de Mirabeau, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une notice sur sa vie<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre qualit\u00e9 propre \u00e0 la premi\u00e8re star du temps et en cela aussi\u00a0 remarquable\u00a0: l\u2019Orateur du peuple fait de la fraternit\u00e9 l\u2019invention majeure de la R\u00e9volution \u2013 priorit\u00e9 sera plus souvent donn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Il affiche cette conscience de vivre un moment historique, avec un formidable optimisme \u2013 le bonheur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, la monarchie est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1368\" class=\"cit-num\">1368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la reine, Ch\u00e2teau de Saint-Cloud, 3\u00a0juillet 1790. <em>M\u00e9moires sur Mirabeau et son \u00e9poque, sa vie litt\u00e9raire et priv\u00e9e, sa conduite politique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, et ses relations avec les principaux personnages de son temps<\/em> (posthume, 1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Introduit \u00e0 la cour par son ami le prince d\u2019Arenberg et conscient de l\u2019incomp\u00e9tence du roi Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 persuader la reine Marie-Antoinette par son \u00e9loquence\u00a0: il veut sauver la monarchie.<\/p>\n<p>Une question se pose, sans r\u00e9ponse des historiens\u00a0: Mirabeau croit-il vraiment que la monarchie peut \u00eatre sauv\u00e9e\u00a0? Cet homme si bien inform\u00e9 de tout s\u2019illusionne-t-il encore sur les chances d\u2019un r\u00e9gime condamn\u00e9\u2026 mais qui peut du moins le sauver de ses cr\u00e9anciers\u00a0? En tout cas, une certitude\u00a0: le premier h\u00e9ros (\u2026 et h\u00e9raut) de la R\u00e9volution cherchait secr\u00e8tement \u00e0 sauver la monarchie\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait sera prouv\u00e9 en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de Provence, premier personnage marquant de la R\u00e9volution, est logiquement le premier des \u201cgrands hommes\u201d \u00e0 conna\u00eetre les fun\u00e9railles nationales et les honneurs du Panth\u00e9on, en date du 5 avril 1791. Le peuple a litt\u00e9ralement pris le deuil de son grand homme panth\u00e9onis\u00e9.<\/p>\n<p>Notons que Rivarol avait d\u00e9j\u00e0 rectifi\u00e9 l\u2019image avec cet humour qui le caract\u00e9rise\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame esprit, rappelons cet autre mot\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb (<em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em>, publi\u00e9 en 1790).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Comit\u00e9 vous propose d\u2019exclure Mirabeau du Panth\u00e9on fran\u00e7ais, afin d\u2019inspirer une terreur salutaire aux ambitieux et aux hommes vils dont la conscience est \u00e0 prix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Choix de rapports, opinions et discours prononc\u00e9s \u00e0 la Tribune nationale de 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em>. Volume 13 (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 5 frimaire de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> (25 novembre 1793), les conclusions du Comit\u00e9 d\u2019instruction publique tenu devant la Convention sont sans appel. Exit Mirabeau.<\/p>\n<p>Moralit\u00e9 de l\u2019Histoire, fort bien vue par Tocqueville, historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas de grands hommes sans vertu\u00a0; sans respect des droits il n\u2019y a pas de grand peuple.\u00a0\u00bb<em> De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em> (1835).<\/p>\n<p>La d\u00e9pouille du tribun autrefois adul\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un ch\u00e2timent posthume exemplaire\u00a0: le 21 septembre 1794, Mirabeau est remplac\u00e9 par Marat, l\u2019Ami du peuple. Le s\u00e9jour du d\u00e9put\u00e9 montagnard sera plus court encore\u00a0:\u00a0 moins de cinq mois. L\u2019Histoire s\u2019emballe \u00e0 un rythme fou. Voltaire va b\u00e9n\u00e9ficier de cet engouement, sans p\u00e2tir par la suite du retournement de l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_pantheon.jpg\" width=\"800\" height=\"578\"><\/p>\n<h4>2. <span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire.<\/p>\n<p>Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme, sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lit ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite.<\/p>\n<p>Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, Voltaire s\u2019est battu pour une r\u00e9forme de la justice, il a d\u00e9nonc\u00e9 les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clamait que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit. C\u2019\u00e9tait loin d\u2019\u00eatre la r\u00e8gle sous l\u2019Ancien R\u00e9gime et l\u2019histoire marque un incontestable progr\u00e8s en ce domaine\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je s\u00e8me un grain qui pourra produire un jour une moisson.\u00a0\u00bb<span id=\"1176\" class=\"cit-num\">1176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ce trait\u00e9 pour Calas (d\u00e9j\u00e0 mort) et pour que justice soit rendue. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Attendons tout du temps, de la bont\u00e9 du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l\u2019esprit de raison qui commence \u00e0 r\u00e9pandre partout sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, multipliant les protestations et faisant jouer ses relations, il obtient la r\u00e9habilitation de Calas\u00a0! Les m\u00eames mots se retrouvent alors dans ses <em>Lettres<\/em>, avec cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a donc de la justice et de l\u2019humanit\u00e9 chez les hommes.\u00a0\u00bb Le Grand Conseil, le 9\u00a0mars 1765, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des quarante juges, s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. Au terme de trois ans de lutte, c\u2019est une victoire personnelle du philosophe et le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes, d\u2019autant plus partiales dans ce cas que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019auteur va continuer de s\u2019engager dans les grandes affaires de son temps. \u00c0 60\u00a0ans pass\u00e9s, Voltaire sait abandonner une \u0153uvre en cours pour sauver un innocent, ou du moins sa m\u00e9moire. Alors que Rousseau, auteur de l\u2019\u00c9mile, trait\u00e9 r\u00e9volutionnaire sur l\u2019\u00e9ducation, abandonne \u00e0 l\u2019Assistance publique les cinq enfants qu\u2019il fit \u00e0 une servante illettr\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle foule pour vous acclamer\u00a0!<br>\u2014 H\u00e9las, elle serait aussi nombreuse pour assister \u00e0 mon supplice.\u00a0\u00bb<span id=\"1228\" class=\"cit-num\">1228<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), 30\u00a0mars\u00a01778. <em>Voltaire<\/em> (1935), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le patriarche de Ferney, de retour \u00e0 Paris \u00e2g\u00e9 de 84\u00a0ans, est re\u00e7u comme un roi, f\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, statufi\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise (avec son buste sur la sc\u00e8ne) et ovationn\u00e9 pour sa derni\u00e8re trag\u00e9die, <em>Ir\u00e8ne<\/em> (aujourd\u2019hui injouable). Certes sensible \u00e0 cette gloire, le vieil homme n\u2019est pas tout \u00e0 fait dupe.<\/p>\n<p>Mais il ne pouvait pr\u00e9voir la suite\u00a0: la R\u00e9volution qu\u2019il pressentait mais ne souhaitait pas vraiment va faire de lui son h\u00e9ros, pour ses luttes citoyennes\u2026 et jouer ses injouables trag\u00e9dies.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les mortels sont \u00e9gaux, ce n\u2019est pas la naissance<br>C\u2019est la seule vertu qui fait la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<span id=\"1029\" class=\"cit-num\">1029<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Mahomet ou Le Fanatisme<\/em> (1741)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux vers seront \u00ab\u00a0la citation reine de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb (Mona Ozouf).<\/p>\n<p>Pour les r\u00e9volutionnaires, tout n\u2019est pas bon \u00e0 prendre chez ce courtisan port\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00e9donisme et fort peu enclin \u00e0 la d\u00e9mocratie, l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale, la r\u00e9volution du genre \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb. Cela dit, on met volontiers Voltaire en slogans, prenant de-ci de-l\u00e0, dans des trag\u00e9dies aujourd\u2019hui oubli\u00e9es, quelques vers bien frapp\u00e9s, sonores comme des m\u00e9dailles\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte dans mon c\u0153ur\u00a0\/ La libert\u00e9 grav\u00e9e et les rois en horreur.\u00a0\u00bb Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019homme a des tyrans, il doit les d\u00e9tr\u00f4ner.\u00a0\u00bb Et dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 tous les c\u0153urs bien n\u00e9s, que la patrie est ch\u00e8re.\u00a0\u00bb On ne citerait pas ainsi Montesquieu ou Rousseau, auteurs de syst\u00e8mes plus coh\u00e9rents sur le fond et pesants dans leur forme.<\/p>\n<p>La (premi\u00e8re) panth\u00e9onisation ne tarde pas. Le 30 mai 1790, douze ans apr\u00e8s la mort de Voltaire et non sans d\u00e9bats, l\u2019Assembl\u00e9e nationale d\u00e9cr\u00e8te que \u00ab\u00a0ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es de l\u2019\u00e9glise de Romilly \u00e0 celle de Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e0 Paris\u00a0\u00bb, autrement dit le Panth\u00e9on. Les r\u00e9volutionnaires veulent donner le plus grand lustre \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Le peintre officiel Jacques-Louis David est charg\u00e9 de la mise\u00a0 en sc\u00e8ne, le po\u00e8te Marie-Joseph Ch\u00e9nier (auteur du<em> Chant du d\u00e9part<\/em> et fr\u00e8re d\u2019Andr\u00e9, bient\u00f4t guillotin\u00e9) \u00e9crit un hymne et le compositeur officiel Fran\u00e7ois-Joseph Gossec mettra tout cela en musique.<\/p>\n<p>Le transfert est programm\u00e9 pour le 11 juillet 1791. D\u00e8s le 6, le catafalque quitte Romilly escort\u00e9 par la Garde nationale. Tout au long du parcours, le peuple se presse et acclame la d\u00e9pouille du philosophe. Le cort\u00e8ge parvient \u00e0 Paris le 10, accueilli par le maire, Bailly. On s\u2019arr\u00eate \u00e0 la Bastille, sur l\u2019emplacement de la forteresse d\u00e9mantel\u00e9e o\u00f9 l\u2019impertinent Voltaire fut lui-m\u00eame enferm\u00e9 sur lettre de cachet, soixante ans auparavant.<\/p>\n<p>Le lendemain, un cort\u00e8ge solennel emmen\u00e9 par les \u00e9l\u00e8ves des Beaux-Arts tenant un buste couronn\u00e9 de Voltaire et\u00a0 accompagn\u00e9s d\u2019une foule bigarr\u00e9e, part en direction de la colline Sainte-Genevi\u00e8ve. On passe sur les actuels Grands Boulevards pour s\u2019arr\u00eater devant l\u2019Acad\u00e9mie de musique. On descend jusqu\u2019aux Tuileries, sous le nez de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> prisonnier apr\u00e8s sa fuite \u00e0 Varennes. On traverse la Seine et on s\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau sous un arc de verdure d\u2019o\u00f9 descendent des roses, devant l\u2019h\u00f4tel de Villette, sur l\u2019actuel quai Voltaire \u2013 on voit aujourd\u2019hui la plaque rappelant qu\u2019il y v\u00e9cut et y mourut. La marquise de Villette, h\u00f4tesse des lieux, fameuse \u00ab\u00a0belle et bonne\u00a0\u00bb de Voltaire qui la consid\u00e9rait comme sa fille et l\u2019avait sortie du couvent, s\u2019avance tr\u00e8s \u00e9mue avec sa petite fille et ceint le buste d\u2019une \u00ab\u00a0couronne civique\u00a0\u00bb avant de l\u2019enlacer sous les acclamations. On passe ensuite devant l\u2019ancienne Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, rue des Foss\u00e9s Saint-Germain o\u00f9 une autre inscription dit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 17 ans, il fit \u0152dipe.\u00a0\u00bb Devant le th\u00e9\u00e2tre de la Nation, devenu th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, une affiche lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Il fit Ir\u00e8ne \u00e0 83 ans.\u00a0\u00bb On arrive enfin au Panth\u00e9on, cette \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve o\u00f9 l\u2019on ne voit ce jour- l\u00e0 aucun membre du clerg\u00e9\u2026 Voltaire y repose toujours, grand homme qui a bien m\u00e9rit\u00e9 la reconnaissance de la Patrie. Son \u00e9pitaphe vaut la peine d\u2019\u00eatre cit\u00e9e, pour un mot qui peut \u00e9tonner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il combattit les ath\u00e9es et les fanatiques <br>Il inspira la tol\u00e9rance<br>Il r\u00e9clama les droits de l\u2019homme contre la servitude de la f\u00e9odalit\u00e9. <br>Po\u00e8te, historien, philosophe, il agrandit l\u2019esprit humain, et lui apprit \u00e0 \u00eatre libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe entour\u00e9e de deux anges sur le tombeau en pierre de Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019occasion de r\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 parfois m\u00e9connue. Voltaire \u00e9tait d\u00e9iste\u00a0fervent\u00a0: \u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb <em>\u00c9p\u00eetres<\/em>. Il s\u2019oppose aux encyclop\u00e9distes ath\u00e9es (Diderot, d\u2019Holbach). Il croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0architecte du monde\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers m\u2019embarrasse et je ne puis songer\u00a0\/ Que cette horloge existe et n\u2019ait pas d\u2019horloger.\u00a0\u00bb Il trouve par ailleurs une grande utilit\u00e9 \u00e0 Dieu qui fonde la morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux que mon procureur, mon tailleur, mes valets croient en Dieu\u00a0; et je m\u2019imagine que j\u2019en serai moins vol\u00e9.\u00a0\u00bb Mais il s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re originalit\u00e9\u00a0: le c\u0153ur de Voltaire (parfaitement authentifi\u00e9) repose \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, apr\u00e8s un long parcours et un s\u00e9jour dans son ch\u00e2teau de Ferney.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lepeletier.jpg\" width=\"400\" height=\"449\"><\/p>\n<h4>3. Louis-Michel <span class=\"caps\">LEPELETIER<\/span>, marquis de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">FARGEAU<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout citoyen devra porter le nom de sa famille r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple portion.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Michel <span class=\"caps\">LEPELETIER<\/span>, marquis de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">FARGEAU<\/span> (1760-1793). Loi du 21 juin 1790<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En vertu de quoi nombre de ses confr\u00e8res feront dispara\u00eetre la particule de leur patronyme, \u00e0 commencer par Maximilien (de) Robespierre, n\u00e9 dans la bourgeoisie provinciale d\u2019Arras, mais qui se veut l\u2019avocat du peuple, et d\u2019Anton d\u00e9sormais devenu Danton, le marquis de Saint-Fargeau s\u2019effor\u00e7ant de n\u2019\u00eatre plus que Michel Lepeletier.<\/p>\n<p>Avocat du roi en 1777, d\u00e9put\u00e9 de la noblesse aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Paris en 1789, il n\u2019h\u00e9site pas longtemps avant de renier ses origines pour devenir avec enthousiasme l\u2019avocat de la cause du peuple \u00e0 la Constituante. Pas \u00e9ligible \u00e0 la L\u00e9gislative qui ne veut que des hommes nouveaux, mais \u00e9lu \u00e0 la Convention le 21 septembre 1792, il rejoint les Montagnards, se distinguant par des projets de loi r\u00e9ellement r\u00e9publicains et r\u00e9volutionnaires, notamment dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de cinq ans jusqu\u2019\u00e0 douze pour les gar\u00e7ons, et jusqu\u2019\u00e0 onze pour les filles, tous les enfants sans distinction et sans exception seront \u00e9lev\u00e9s en commun, aux d\u00e9pens de la R\u00e9publique\u00a0; et tous, sous la sainte loi de l\u2019\u00e9galit\u00e9, recevront m\u00eames v\u00eatements, m\u00eame nourriture, m\u00eame instruction, m\u00eames soins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Michel <span class=\"caps\">LEPELETIER<\/span>, marquis de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">FARGEAU<\/span> (1760-1793). \u00ab\u00a0Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau\u00a0: l\u2019oubli\u00e9 des journ\u00e9es des 20 et 21 janvier 1793\u00a0\u00bb (2015), Matthieu Bertozzo, Revue g\u00e9n\u00e9rale du droit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autrement dit, de cinq \u00e0 douze ans, les enfants devaient appartenir \u00e0 l\u2019\u00c9tat et non plus aux parents afin de \u00ab\u00a0donner une \u00e9ducation vraiment et universellement nationale\u00a0\u00bb. Solution radicale.<\/p>\n<p>Cela fait partie de son plan d\u2019\u00e9ducation dans son discours posthume, prononc\u00e9 par Robespierre \u00e0 la Convention le 13 juillet 1793. Il d\u00e9fend par ailleurs un monopole d\u2019\u00c9tat sur l\u2019instruction du premier degr\u00e9, financ\u00e9 par tous avec la progressivit\u00e9 de l\u2019imp\u00f4t. Persuad\u00e9 \u00e0 juste titre que la collectivit\u00e9 tout enti\u00e8re retirerait profit de l\u2019instruction de la population, il estime fond\u00e9 en justice d\u2019exiger des \u00ab\u00a0contributions\u00a0\u00bb in\u00e9gales au nom de l\u2019\u00e9quit\u00e9 fiscale\u00a0: \u00ab\u00a0Le pauvre met tr\u00e8s peu, le riche met beaucoup\u00a0; mais lorsque le d\u00e9p\u00f4t est form\u00e9, il se partage ensuite \u00e9galement entre tous\u00a0; chacun en retire m\u00eame avantage, l\u2019\u00e9ducation de ses enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son plan d\u2019\u00e9ducation sera vot\u00e9 le 13 ao\u00fbt 1793 par la Convention, mais pas ex\u00e9cut\u00e9. Nombre de ses id\u00e9es se retrouveront au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle dans la politique de Jules Ferry, \u00e0 commencer par l\u2019\u00e9ducation gratuite et obligatoire qui enlevait aux familles paysannes les enfants travaillant aux champs \u2013 r\u00e9alit\u00e9 pas toujours comprise\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vot\u00e9 selon ma conscience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Michel <span class=\"caps\">LEPELETIER<\/span>, marquis de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">FARGEAU<\/span> (1760-1793), 20 janvier 1793. <em>Opinion de <span class=\"caps\">L. M.<\/span> Lepeletier, sur le jugement de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, ci-devant Roi des Fran\u00e7ois,<\/em> publi\u00e9 par l\u2019Imprimerie nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oppos\u00e9 \u00e0 la peine de mort en tant qu\u2019avocat de m\u00e9tier et non sans avoir h\u00e9sit\u00e9 en son \u00e2me et conscience, il se ravise (comme son confr\u00e8re Robespierre) et vote la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, le 20 janvier 1793.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, soupant dans un restaurant du Palais-Royal, il est apostroph\u00e9 publiquement par Philippe Nicolas Marie de P\u00e2ris, ex \u00ab\u00a0chevalier du poignard\u00a0\u00bb (autrement dit ancien garde du roi)\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est toi, sc\u00e9l\u00e9rat de Lepeletier, qui as vot\u00e9 la mort du roi\u00a0?\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 sa r\u00e9ponse, en conscience. <br>P\u00e2ris lui enfonce alors son \u00e9p\u00e9e dans le c\u00f4t\u00e9 en lan\u00e7ant\u00a0: \u00ab\u00a0Tiens, voil\u00e0 pour ta r\u00e9compense\u00a0\u00bb, avant de s\u2019enfuir. Gravement bless\u00e9, le d\u00e9put\u00e9 r\u00e9gicide de 33 ans meurt le soir du 20 janvier, quelques heures avant l\u2019ex\u00e9cution du roi.\u00a0<\/p>\n<p>La r\u00e9cup\u00e9ration politique de sa mort va servir de r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale au culte des \u00ab\u00a0h\u00e9ros r\u00e9volutionnaires tomb\u00e9s pour l\u2019exemple\u00a0\u00bb dont Marat sera quelques mois plus l\u2019art l\u2019arch\u00e9type.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, voici votre fille\u00a0! Enfant, voici tes p\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794) \u00e0 la tribune de la Convention, parlant de Suzanne Lepeletier, fin janvier 1793. <em>Une f\u00eate en larmes<\/em> (2005), Jean d\u2019Ormesson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean d\u2019Ormesson, notre acad\u00e9micien le plus amateur de citations, ne pouvait rater cette \u00ab\u00a0perle\u00a0\u00bb dont il devait \u00eatre fier, \u00e9tant lui-m\u00eame l\u2019un des descendants de cet authentique aristocrate r\u00e9volutionnaire\u00a0!<\/p>\n<p>Le contexte est th\u00e9\u00e2tral\u00a0: Robespierre a pris l\u2019enfant dans ses bras et pr\u00e9sente aux d\u00e9put\u00e9s la premi\u00e8re \u00ab\u00a0Pupille de la nation\u00a0\u00bb\u00a0: occasion unique pour cet orateur connu par son implacable rh\u00e9torique et ses tirades doctrinales d\u2019avoir soudain un \u00ab\u00a0mot d\u2019auteur\u00a0\u00bb en situation et venu du c\u0153ur. <br>Les fun\u00e9railles eurent lieu Place Vend\u00f4me, le 24 janvier 1793. La c\u00e9r\u00e9monie, mise en sc\u00e8ne par le peintre David, fut\u00a0 grandiose. L\u2019artiste officiel peignit la fin tragique\u00a0sous le titre \u00ab\u00a0<em>Les Derniers moments de Michel Lepeletier ou Lepelletier de Saint-Fargeau sur son lit de mort\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb. Le tableau porte aux angles les mots\u00a0: \u00ab\u00a0Premier martyr de la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Expos\u00e9 dans la salle de la Convention nationale o\u00f9 devait le rejoindre plus tard son pendant, <em>La Mort de Marat<\/em>, c\u2019est le premier tableau achev\u00e9 de la R\u00e9volution, \u0153uvre capitale d\u2019un point de vue iconographique et d\u2019une grande modernit\u00e9, con\u00e7ue pour un public \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national. Que Lepeletier ait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 un 20 janvier, jour de la saint S\u00e9bastien, a favoris\u00e9 son interpr\u00e9tation, entre autres, comme saint S\u00e9bastien r\u00e9volutionnaire \u2013 mani\u00e8re de la\u00efciser une imagerie chr\u00e9tienne s\u00e9culaire, en s\u2019inspirant de mod\u00e8les romains chers \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Sur proposition du conventionnel Bar\u00e8re, on d\u00e9cr\u00e9ta que le corps reposerait au Panth\u00e9on\u2026 Mais les \u00e9v\u00e9nements historiques se bousculent, le d\u00e9cret de la Convention fut rapport\u00e9 le 8 f\u00e9vrier 1795 et le corps finalement retir\u00e9 de l\u2019\u00e9difice sous le Directoire, pour \u00eatre rendu \u00e0 sa famille et finalement transf\u00e9r\u00e9 dans la chapelle du ch\u00e2teau de Saint-Fargeau.<\/p>\n<p>Le marquis fut ainsi la victime collat\u00e9rale de la R\u00e9action thermidorienne violemment antijacobine qui suivit le coup d\u2019\u00c9tat et la mort de Robespierre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dampierre.jpg\" width=\"317\" height=\"310\"><\/p>\n<h4>4. Marquis de <span class=\"caps\">DAMPIERRE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avez-vous vu ce fou avec ses mani\u00e8res prussiennes\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0 <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) \u00e0 M. de Gontaut-Biron, commandant des gardes fran\u00e7aises.<em> Les G\u00e9n\u00e9raux de la R\u00e9volution (1792-1804)\u00a0: Portraits militaires<\/em> (1892), Joachim Ambert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 en 1756 dans une famille de militaires, officier dans les gardes fran\u00e7aises, le jeune marquis de Dampierre \u00e9tudie la tactique prussienne \u00e0 Berlin et admire le roi Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>. L\u2019admiration tourne \u00e0 la passion. De retour en France, il parut \u00e0 une revue du roi avec le chapeau \u00e0 la prussienne, la longue queue de cheval et la raideur des soldats de Postdam. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> le remarqua et commenta la chose en ces termes\u2026 Il n\u2019en fallait pas plus pour briser une carri\u00e8re. Toute la cour, les ministres, les g\u00e9n\u00e9raux les gens en place et les solliciteurs d\u2019emplois s\u2019empress\u00e8rent de r\u00e9p\u00e9ter le mot, pour le plaisir de faire mal.<\/p>\n<p>Richissime, Dampierre se retire sur ses terres mais reprend du service \u00e0 la R\u00e9volution. Il s\u2019illustre \u00e0 Valmy, devient c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 Jemappes. Courageux et souvent t\u00e9m\u00e9raire, il commet des erreurs tactiques. Il remplace Dumouriez qui a trahi, il tente de reprendre Valenciennes aux Autrichiens, mais meurt des suites d\u2019une grave blessure (jambe arrach\u00e9e par un boulet de canon). Il avait 36 ans.<\/p>\n<p>Quelques mois apr\u00e8s, il \u00ab\u00a0re\u00e7oit les honneurs du Panth\u00e9on\u00a0\u00bb, autrement dit, il se retrouve dans l\u2019antichambre de la gloire posthume, mais il est suspect \u00e0 certains d\u00e9put\u00e9s de la Convention, \u00e0 commencer par le redoutable Couthon, homme de pouvoir et de grande influence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019avait manqu\u00e9 \u00e0 Dampierre que quelques jours pour trahir son pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">COUTHON<\/span> (1755-1794) \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e. <em>Biographie nouvelle des contemporains ou Dictionnaire historique et raisonn\u00e9 de tous les\u00a0 hommes qui, depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ont acquis de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 par leurs actions, leurs \u00e9crits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays \u00e9trangers<\/em> (1825), Antoine Vincent Arnault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Co-cr\u00e9ateur du Tribunal r\u00e9volutionnaire et membre actif du Comit\u00e9 de salut public avec Robespierre et Saint-Just, Couthon fait r\u00e9gner la Terreur avec un z\u00e8le sans piti\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le d\u00e9lai pour punir les ennemis de la patrie ne doit \u00eatre que le temps de les reconna\u00eetre\u00a0; il s\u2019agit moins de les punir que de les an\u00e9antir\u2026 Il n\u2019est pas question de donner quelques exemples, mais d\u2019exterminer les implacables satellites de la tyrannie ou de p\u00e9rir avec la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb Il finira guillotin\u00e9 avec eux le 10 juillet 1794 (lendemain du coup d\u2019\u00e9tat de Thermidor).<\/p>\n<p>Mais Dampierre n\u2019ira pas au Panth\u00e9on. Modeste consolation, depuis 1868, la rue Dampierre porte son nom (dans l\u2019actuel 19e arrondissement de Paris).<\/p>\n<h4>5. Jean-Paul <span class=\"caps\">MARAT<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a une ann\u00e9e que cinq ou six cents t\u00eates abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd\u2019hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-\u00eatre en abattrez-vous cent mille, et vous ferez \u00e0 merveille\u00a0: car il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb<span id=\"1380\" class=\"cit-num\">1380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), L\u2019Ami du peuple, d\u00e9cembre\u00a01790. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 populaire aupr\u00e8s du petit peuple parisien, mais d\u00e9test\u00e9 de toute la classe politique, Marat joue au \u00ab\u00a0proph\u00e8te de malheur\u00a0\u00bb dans le journal quotidien qu\u2019il publie et qui est pour l\u2019heure sa seule tribune. Ici, c\u2019est un v\u00e9ritable appel au meurtre, alors que la guillotine n\u2019est pas encore entr\u00e9e en sc\u00e8ne et que la Terreur est une notion inconnue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est par la violence que doit s\u2019\u00e9tablir la libert\u00e9, et le moment est venu d\u2019organiser momentan\u00e9ment le despotisme de la libert\u00e9 pour \u00e9craser le despotisme des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1495\" class=\"cit-num\">1495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, 13\u00a0avril 1793. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Claude Manceron, Anne Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son journal presque quotidien et tr\u00e8s populaire, il justifie le Tribunal r\u00e9volutionnaire qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 rendre plus exp\u00e9ditif, pour s\u2019opposer \u00e0 la contre-r\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9nonce au sein m\u00eame de la Convention nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Levons-nous, oui, levons-nous tous\u00a0! Mettons en \u00e9tat d\u2019arrestation tous les ennemis de notre R\u00e9volution et toutes les personnes suspectes. Exterminons sans piti\u00e9 tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas \u00eatre extermin\u00e9s nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus encore que la rh\u00e9torique et la rigueur d\u2019un Robespierre, ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9crit, dans son roman <em>Quatre-vingt-treize\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trop, c\u2019est trop\u00a0! Et l\u2019accusateur se retrouvera bient\u00f4t accus\u00e9, devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Mais sa popularit\u00e9 est telle aupr\u00e8s du peuple qu\u2019il est pratiquement intouchable et port\u00e9 par la foule, il retrouve sa place \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est Charlotte Corday, jeune normande digne du grand Corneille dont elle descend, qui \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb \u00e0 Paris pour poignarder Marat dans sa baignoire \u2013 souffrant d\u2019une maladie de peau qui contribuait \u00e0 sa laideur repoussante, il n\u2019\u00e9prouvait de soulagement qu\u2019au contact de l\u2019eau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour les sans-culottes de Paris qui lui vouent un v\u00e9ritable culte, c\u2019est un h\u00e9ros qu\u2019il convient d\u2019honorer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici repose Marat, l\u2019Ami du Peuple, assassin\u00e9 par les ennemis du peuple, le 13\u00a0juillet 1793.\u00a0\u00bb<span id=\"1520\" class=\"cit-num\">1520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marat.<em> Marat, l\u2019ami du peuple<\/em> (1865), Alfred Bougeart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Double rappel\u00a0: son journal s\u2019intitulait<em> L\u2019Ami du peuple<\/em> et l\u2019homme ha\u00ef (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res \u00e9tait idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes. Sa gloire posthume fut \u00e9clatante, mais br\u00e8ve.<\/p>\n<p>Le 25 juillet 1793, la rue des Cordeliers, o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 Marat \u00e0 son domicile, est baptis\u00e9e rue Marat, en m\u00eame temps que l\u2019on renomme la rue de l\u2019Observance\u00a0: place de l\u2019Ami du Peuple. De nombreuses manifestations eurent lieu en son honneur, 58 localit\u00e9s chang\u00e8rent leur nom en celui de Marat et le 21 septembre 1794, son corps fut transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on.\u00a0 Bref s\u00e9jour et gloire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Apr\u00e8s la Terreur, Marat n\u2019\u00e9tait plus un mod\u00e8le r\u00e9publicain.<\/p>\n<p><em>Le Moniteur<\/em> du 16 pluvi\u00f4se an <span class=\"caps\">III<\/span> (4 f\u00e9vrier 1795) relate comment, deux jours plus t\u00f4t, \u00ab\u00a0des enfants ont promen\u00e9\u00a0\u00bb un buste de Marat \u00ab\u00a0en l\u2019accablant de reproches [et] l\u2019ont ensuite jet\u00e9 dans l\u2019\u00e9gout, en lui criant\u00a0: \u2018Marat, voil\u00e0 ton Panth\u00e9on\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb Le monument \u00e9lev\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire sur la place du Carrousel est d\u00e9truit.<\/p>\n<p>Le 8 f\u00e9vrier 1795, un d\u00e9cret le d\u00e9panth\u00e9onise en pr\u00e9cisant que l\u2019image d\u2019aucun citoyen ne figurera plus dans l\u2019Assembl\u00e9e ou en un lieu public quelconque que dix ans apr\u00e8s sa mort \u2013 prudence pour \u00e9viter toute pr\u00e9cipitation. <br>Reste heureusement une \u00ab\u00a0valeur s\u00fbre\u00a0\u00bb comparable \u00e0 Voltaire, un Nom rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour de bonnes raisons r\u00e9publicaines.<\/p>\n<h4>6. Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est n\u00e9 libre et partout il est dans les fers.\u00a0\u00bb<span id=\"1039\" class=\"cit-num\">1039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em>, Pr\u00e9ambule (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019\u0153uvre de sa vie, le constat de l\u2019\u00e9chec des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Et d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Comment ce changement s\u2019est-il fait\u00a0? Je l\u2019ignore. Qu\u2019est-ce qui peut le rendre l\u00e9gitime\u00a0? Je crois pouvoir r\u00e9soudre cette question.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Le philosophe m\u00e9ditait depuis longtemps de livrer le message de son id\u00e9al politique\u00a0: selon Edgar Quinet, le <em>Contrat social<\/em> est le \u00ab\u00a0livre de la loi\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution et Rousseau \u00ab\u00a0est lui-m\u00eame \u00e0 cette R\u00e9volution ce que le germe est \u00e0 l\u2019arbre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019un peuple est contraint d\u2019ob\u00e9ir et qu\u2019il ob\u00e9it, il fait bien\u00a0; sit\u00f4t qu\u2019il peut secouer le joug et qu\u2019il le secoue, il fait encore mieux.\u00a0\u00bb<span id=\"1047\" class=\"cit-num\">1047<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le droit \u00e0 l\u2019insurrection et m\u00eame le devoir, quand le contrat social est viol\u00e9. Il sera reconnu dans l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Constitution de 1793, texte inappliqu\u00e9 et inapplicable pour des raisons conjoncturelles, mais aussi juridiques. Restent d\u2019autres le\u00e7ons dont l\u2019Histoire va tirer profit et une raison d\u2019admirer le philosophe qui tranche sur tous ses confr\u00e8res au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours aux Jacobins (1792).<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage se situe aux antipodes du courtisan Voltaire, ou de Montesquieu le seigneur. Si La Bruy\u00e8re a dit \u00ab\u00a0je veux \u00eatre peuple\u00a0\u00bb, Rousseau l\u2019a prouv\u00e9. Sa vie sociale, en accord avec sa philosophie, est sa meilleure d\u00e9fense contre qui l\u2019attaque.<\/p>\n<p>Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe tous ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra encore plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant souvent contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Rousseau est logiquement le philosophe de chevet de Robespierre\u00a0: il emprunte au <em>Contrat social<\/em> ce qui sera, selon Jean Jaur\u00e8s, sa seule id\u00e9e, celle de la nation souveraine. Voil\u00e0 pourquoi la Convention vote l\u2019entr\u00e9e de Rousseau au Panth\u00e9on le 14 avril 1794. L\u2019hommage solennel de la nation fran\u00e7aise a lieu le 11 octobre. Ses cendres sont transf\u00e9r\u00e9es d\u2019Ermenonville au Panth\u00e9on \u00e0 Paris, o\u00f9 il repose en face de Voltaire, mort moins de deux mois avant lui.<\/p>\n<p>Ironie du sort\u00a0: les fr\u00e8res ennemis vont se retrouver unis au nom de la Patrie reconnaissante. Et le prochain ma\u00eetre de la France aura la bonne id\u00e9e de ne <span class=\"caps\">PAS<\/span> d\u00e9panth\u00e9oniser ces deux grands hommes pr\u00e9sum\u00e9s r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800.<em> \u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a sans doute pas une phrase du <em>Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul, et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner d\u2019un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste un troisi\u00e8me homme, autre philosophe de l\u2019Ancien R\u00e9gime tout aussi c\u00e9l\u00e8bre que Voltaire et Rousseau\u00a0: Descartes, r\u00e9volutionnaire \u00e0 plus d\u2019un titre avec son <em>Discours de la m\u00e9thode<\/em> (1637) affirmant qu\u2019il faut v\u00e9rifier par le raisonnement toutes les id\u00e9es ou v\u00e9rit\u00e9s re\u00e7ues. C\u2019est cela, l\u2019essentiel de sa m\u00e9thode. Mais c\u2019est une rupture avec tout ce qui est enseign\u00e9 dans les universit\u00e9s. Le cart\u00e9sianisme aura des vertus d\u00e9stabilisantes et des cons\u00e9quences scientifiques que l\u2019auteur ne soup\u00e7onnait pas\u00a0!<\/p>\n<p>Suite \u00e0 l\u2019action de Marie-Joseph Ch\u00e9nier, la Convention \u00e9mit deux d\u00e9crets (2 et 4 octobre 1793) ordonnant le transfert du corps au Panth\u00e9on. Ces d\u00e9crets n\u2019ont toujours pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s. Descartes attend toujours \u2013 un bon candidat parmi d\u2019autres Noms \u00e0 suivre.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/au-pantheon-les-elues-de-la-patrie-reconnaissante-2-empire-et-restauration\/\">Lire la suite\u00a0: le Panth\u00e9on, Empire et Restauration<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.2480 Inscription au fronton du Panth\u00e9on La petite histoire mouvement\u00e9e du Panth\u00e9on. Le Panth\u00e9on (\u00ab\u00a0Temple de tous les dieux\u00a0\u00bb en grec ancien) a son histoire comme tout monument. \u00c0 l\u2019origine \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e9difi\u00e9e par Soufflot, le vaste sanctuaire est transform\u00e9 en Panth\u00e9on destin\u00e9 \u00e0 recevoir les cendres des grands hommes [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":122,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9176","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9176"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9176\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12277,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9176\/revisions\/12277"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}