{"id":9182,"date":"2021-11-22T00:00:00","date_gmt":"2021-11-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-mots-de-la-fin-des-artistes-et-scientifiques\/"},"modified":"2026-03-30T14:39:20","modified_gmt":"2026-03-30T12:39:20","slug":"les-mots-de-la-fin-des-artistes-et-scientifiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin-des-artistes-et-scientifiques\/","title":{"rendered":"Les Mots de la fin des artistes et scientifiques."},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9182\" class=\"elementor elementor-9182\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-744ea48d e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"744ea48d\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-40d7adde elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"40d7adde\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p><p>La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle comme aujourd\u2019hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, dramaturge ou acteur, artiste ou scientifique, d\u2019o\u00f9 le classement th\u00e9matique en neuf cat\u00e9gories. Le sexe ou l\u2019\u00e2ge ne jouent gu\u00e8re et certaines \u00ab\u00a0morts \u00e0 contremploi\u00a0\u00bb surprennent.<\/p><p>Quelques personnages cumulent deux ou trois mots de la fin\u00a0: J\u00e9sus, Voltaire, Hugo\u2026 Une p\u00e9riode se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement riche, la R\u00e9volution\u00a0: pendant six ans, la guillotine tue beaucoup plus que la maladie ou la vieillesse et la situation donne du talent, voire du g\u00e9nie (improvis\u00e9 ou pas).<\/p><p>Quelques mots sont biss\u00e9s au fil des si\u00e8cles, le plus fr\u00e9quent \u00e9tant le plus \u00e9mouvant\u00a0: \u00ab\u00a0Maman.\u00a0\u00bb<\/p><p>Au final, on notera l\u2019\u00e9tonnante vari\u00e9t\u00e9 de tons et de styles, entre le drame et l\u2019humour, le courage et la peur, le lyrisme ou la pudeur, la simplicit\u00e9 quotidienne ou la pause pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Reste une impression dominante\u00a0: la sinc\u00e9rit\u00e9 de ces derniers instants. \u00c0 vous de juger, dans cet \u00e9dito en quatre semaines.<\/p><h3><span class=\"caps\">IV<\/span>. Artistes (cr\u00e9ateurs et interpr\u00e8tes), scientifiques.<\/h3><h4><span class=\"caps\">ARTISTES<\/span> (peintres, dessinateurs, photographes, compositeurs\u2026 et acteurs, chefs d\u2019orchestre\u2026).<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai offens\u00e9 Dieu et l\u2019humanit\u00e9 parce que mon travail n\u2019a pas atteint la qualit\u00e9 qu\u2019il aurait d\u00fb avoir.\u00a0\u00bb <span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9onard de <span class=\"caps\">VINCI<\/span> (1452-1519). <em>Museo Leonardo da Vinci, Piazza del Popolo<\/em> et<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Leonardo da Vinci est reconnu comme l\u2019un des plus grands artistes, inventeurs, scientifiques et penseurs de tous les temps. Son g\u00e9nie en tant que peintre et sculpteur de la Renaissance fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9 de son vivant. Il am\u00e9liore la technique du <em>sfumato<\/em> (impression de brume) \u00e0 un point de raffinement jamais atteint. Apr\u00e8s sa Vierge aux rochers pour la chapelle San Francesco Grande de Milan et la <em>Statue \u00e9questre de Francesco Sforza<\/em>, toute l\u2019Italie est s\u00e9duite. Sa Joconde fascinera le monde, en partie pour le myst\u00e8re de son sourire qui interroge encore\u00a0!<\/p><p>Son travail d\u2019ing\u00e9nieur et de scientifique resta longtemps cach\u00e9. Observateur infatigable, acharn\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre tout un\u00a0 \u00e9ventail de probl\u00e8mes complexes, il multipliait des plans et des esquisses pour les inventions dont certaines r\u00e9alis\u00e9es des si\u00e8cles plus tard. Ainsi, la premi\u00e8re machine volante, anc\u00eatre de l\u2019avion.<\/p><p>Il se passionne pour tout \u2013 trait commun \u00e0 la Renaissance et au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Mais il impressionne par son approche m\u00e9thodique du savoir et ses \u00e9tudes approfondies en zoologie, botanique, anatomie, g\u00e9ologie\u00a0: accumulation d\u2019observations d\u00e9taill\u00e9es, de savoirs diss\u00e9min\u00e9s, pour tendre vers un surpassement tendant \u00e0 la perfection. Pour preuve, ses innombrables croquis, notes et trait\u00e9s dans un souci encyclop\u00e9dique avant l\u2019heure.<\/p><p>En 1516, invit\u00e9 d\u2019honneur \u00e0 la cour de Fran\u00e7ois Ier vainqueur \u00e0 Marignan, apr\u00e8s un voyage de deux mois sur les sentiers muletiers, apportant \u00e0 la France sa tr\u00e8s ch\u00e8re <em>Joconde<\/em>, il participe \u00e0 des projets d\u2019urbanisme. Malgr\u00e9 un <span class=\"caps\">AVC<\/span> en 1517, il continue d\u2019\u0153uvrer et meurt deux ans apr\u00e8s \u00e0 Amboise, insatisfait de ne pas avoir assez fait\u00a0!<\/p><p>L\u00e9onard de Vinci est le peintre le plus cot\u00e9 sur le march\u00e9 de l\u2019art\u00a0: son <em>Salvator Mundi (Sauveur du monde)<\/em>, petite peinture \u00e0 l\u2019huile sur bois qui lui est seulement \u00ab\u00a0attribu\u00e9e\u00a0\u00bb vers 1500, a \u00e9t\u00e9 vendue aux ench\u00e8res chez Christie\u2019s au prince h\u00e9ritier d\u2019Arabie saoudite 450 millions de \u20ac (5 novembre 2017).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4tez-moi ce crucifix\u00a0! Comment un artiste a-t-il pu rendre aussi mal les traits de Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">WATTEAU<\/span> (-1721) \u00e0 37 ans, au moment o\u00f9 un pr\u00eatre lui tend la croix.<em> Archives historiques et litt\u00e9raires du Nord de la France<\/em>, Bureau des Archives (1834), Aim\u00e9 Nicolas Leroy, Arthur Dinaux, Andr\u00e9 Joseph Ghislain Le Glay.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019artiste repr\u00e9sente le mouvement rocaille (style rococo), inspir\u00e9 de l\u2019allure contourn\u00e9e des coquillages et des rochers, forme de raffinement qui symbolise un art de vivre d\u00e9licat et s\u00e9duit les \u00e9lites au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Inspir\u00e9 aussi par la<em> commedia dell\u2019arte<\/em>, Watteau aime repr\u00e9senter le th\u00e9\u00e2tre dans ses tableaux, \u00e0 travers les lourds rideaux et les th\u00e8mes \u00e0 la mode, dans l\u2019air du temps et de la th\u00e9\u00e2tromanie qui fait fureur \u00e0 son \u00e9poque.<\/p><p>Malgr\u00e9 une carri\u00e8re br\u00e8ve, il produit une \u0153uvre consid\u00e9rable \u2013 des milliers de dessins et plus de deux cents tableaux que les princes d\u2019Europe et les collectionneurs priv\u00e9s s\u2019arrachent. Parmi les plus remarquables, son <em>Pierrot<\/em> (anciennement intitul\u00e9 Gilles), deux <em>P\u00e8lerinages \u00e0 l\u2019\u00eele de Cyth\u00e8re<\/em> et nombre de \u00ab\u00a0f\u00eates galantes\u00a0\u00bb o\u00f9 la musique et les musiciens sont\u00a0 mis en sc\u00e8ne de mani\u00e8re originale et th\u00e9\u00e2trale.<\/p><p>Il meurt \u00e0 36 ans de la tuberculose \u2013 le \u00ab\u00a0mal du si\u00e8cle\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque romantique d\u00e9cime depuis longtemps la jeunesse et atteint toutes les classes sociales, des familles royales aux classes populaires. Son mot de la fin est \u00e0 son image d\u2019artiste d\u00e9licat, choqu\u00e9 par la vulgarit\u00e9 des formes et des choses ordinaires.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que diable me chantez-vous l\u00e0, Monsieur le cur\u00e9\u00a0! Vous avez la voix fausse.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Philippe <span class=\"caps\">RAMEAU<\/span> (1683-1764 ) au pr\u00eatre venu lui apporter le r\u00e9confort de la religion. <em>Lettres in\u00e9dites de Voltaire \u00e0 Mlle Quinault, \u00e0 M. d\u2019Argental, au Pr\u00e9sident H\u00e9nault\u2026 et autres personnages remarquables<\/em> (1822), Renouard.<\/p><\/blockquote><p>Pas de religion qui tienne, le compositeur a l\u2019oreille toujours aussi fine \u00e0 80 ans\u00a0!<\/p><p>L\u2019\u0153uvre lyrique de Rameau marque l\u2019apog\u00e9e du classicisme fran\u00e7ais qui s\u2019oppose aux canons de la musique italienne jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle. Son chef d\u2019\u0153uvre le plus spectaculaire\u00a0:<em> Les Indes galantes<\/em> (1735). Cet op\u00e9ra-ballet symbolise l\u2019\u00e9poque insouciante vou\u00e9e aux plaisirs et \u00e0 la galanterie \u2013 on parlera plus tard de d\u00e9bauche. Pass\u00e9 de mode et oubli\u00e9 pendant deux si\u00e8cles, le spectacle est red\u00e9couvert et mont\u00e9 avec bonheur au Palais Garnier, l\u2019op\u00e9ra de Paris \u00e9tant l\u2019\u00e9crin parfait pour ce genre.<\/p><p>Ses \u0153uvres pour clavecin, par nature plus confidentielles, n\u2019ont jamais quitt\u00e9 le r\u00e9pertoire\u00a0: <em>Le Tambourin, Le Rappel des Oiseaux, La Poule<\/em> furent jou\u00e9es au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (au piano) \u00e0 l\u2019\u00e9gal du r\u00e9pertoire de Bach, Couperin ou Scarlatti.<br>Rameau reste aussi comme le premier th\u00e9oricien de l\u2019harmonie classique\u00a0: ses trait\u00e9s font toujours figure de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le ciel m\u2019avait accord\u00e9 encore dix ans de vie, ou m\u00eame cinq, j\u2019aurais pu devenir un v\u00e9ritable peintre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Katsushika <span class=\"caps\">HOKUSA\u00cf<\/span> (1760-1849). Mus\u00e9e Hokusai-DozoDomo.<\/p><\/blockquote><p>On ose \u00e0 peine imaginer le r\u00e9sultat\u2026 Mais il faut saluer l\u2019incroyable modestie du \u00ab\u00a0vieillard fou de dessin\u00a0\u00bb, universellement c\u00e9l\u00e8bre pour sa \u00ab\u00a0vague bleue\u00a0\u00bb (<em>Cent vues du mont Fuji<\/em>).<\/p><p>Le ma\u00eetre japonais de l\u2019ukiyo-e (estampe) eut une vie longue et bien remplie de peintre, dessinateur et graveur, \u00e9galement auteur d\u2019\u00e9crits populaires. En soixante-dix ans de carri\u00e8re, il r\u00e9alise une \u0153uvre consid\u00e9rable\u00a0: quelque 3 000 tirages couleur, des illustrations pour plus de 200 livres, des centaines de dessins et plus de 1 000 peintures. Ses <em>Trente-six vues du mont Fuji<\/em> (1831-1833) offrent en r\u00e9alit\u00e9 46 estampes dont<em> La Grande Vague de Kanagawa<\/em>.<\/p><p>Il influen\u00e7a nombre d\u2019artistes europ\u00e9ens, en particulier Gauguin, van Gogh, Claude Monet, Alfred Sisley, et tout le mouvement artistique appel\u00e9 \u00ab\u00a0japonisme\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c2g\u00e9 de 84 ans, il effectue un dernier voyage \u00e0 Obuse pour ex\u00e9cuter encore quelques fresques et dessins. La ville cr\u00e9a en hommage \u00e0 son illustre visiteur un mus\u00e9e avec des expositions temporaires, ainsi les \u00ab\u00a0Trente-six vues du Mont Fuji\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Hokusai Manga\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, je suis \u00e0 la source du bonheur.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">CHOPIN<\/span> (1810-1849). <em>Chr\u00e9tiens et hommes c\u00e9l\u00e8bres au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1892) Armand Baraud.<\/p><\/blockquote><p>Chopin est n\u00e9 \u00e0 Varsovie o\u00f9 il \u00e9tudia le droit. \u00c0 21 ans, il quitte la Pologne d\u00e9j\u00e0 opprim\u00e9e par les Russes et vient en France (son p\u00e8re est lorrain) pour se fixer \u00e0 Paris, capitale artistique. Il y rencontrera George Sand, le couple vivra une liaison passionn\u00e9e, cr\u00e9atrice, paradoxale (avec inversion des r\u00f4les de l\u2019homme et de la femme) et fatalement difficile\u2026<\/p><p>Surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0po\u00e8te du piano\u00a0\u00bb, il gagne sa vie comme interpr\u00e8te tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 dans les salons (qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re aux grandes salles de concert ch\u00e8res \u00e0 son ami Liszt au style flamboyant). Mais c\u2019est surtout un compositeur in\u00e9gal\u00e9 qui r\u00e9unit\u00a0 tradition classique et innovation romantique, force et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, gr\u00e2ce sentimentale et r\u00e9volte violente\u00a0 d\u2019un \u00e9corch\u00e9 vif \u2013 devant le sort fait \u00e0 sa pauvre Pologne ou les injustices inh\u00e9rentes \u00e0 la condition humaine.<\/p><p>Tuberculeux et souffrant toute sa vie des poumons, il v\u00e9cut une agonie terrible. Il supplie les m\u00e9decins s\u2019effor\u00e7ant de prolonger sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Laissez-moi mourir en paix. Dieu m\u2019a pardonn\u00e9, le voici qui m\u2019appelle. Laissez-moi, je voudrais tant mourir\u00a0!\u00a0\u00bb Apr\u00e8s une pause pour respirer, il poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00a0! la belle science que savoir faire durer la douleur\u00a0! Encore si on le faisait pour le bien, pour accomplir un sacrifice\u00a0; mais m\u2019accabler et me tourmenter avec tous ceux qui m\u2019aiment\u00a0!\u00a0\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 son mot de la fin qui exprime le soulagement \u00e0 la fois physique et moral d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 au terme de de tout.<\/p><p>Chopin continue de vivre en artiste toujours aim\u00e9 du public et ador\u00e9 des interpr\u00e8tes. Sa signature musicale est unique\u00a0: on reconna\u00eet Chopin en trois ou quatre notes. Mais il influencera toute une lign\u00e9e de compositeurs\u00a0: Faur\u00e9, Debussy, Ravel, Rachmaninov ou Olivier Messiaen.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Quel talent je vais avoir demain \u2026 On va enfin jouer ma musique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Hector <span class=\"caps\">BERLIOZ<\/span> (1803-1869). <em>Dictionnaire Larousse.<\/em><\/p><\/blockquote><p>Compositeur et chef d\u2019orchestre, critique musical et \u00e9crivain, l\u2019artiste fut particuli\u00e8rement tourment\u00e9\u00a0: par son caract\u00e8re\u2026 et sa difficult\u00e9 \u00e0 faire carri\u00e8re. Les probl\u00e8mes se cumulent\u00a0: orgueil publiquement bless\u00e9, difficult\u00e9s financi\u00e8res permanentes, provocations maladroites\u2026 et conscience aigu\u00eb de son g\u00e9nie.<\/p><p>L\u2019\u00e9chec de son <em>Benvenuto Cellini<\/em> lui ferme les portes de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, en 1838. Non sans mal, son op\u00e9ra-comique <em>B\u00e9atrice et B\u00e9n\u00e9dict<\/em> sera cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Baden-Baden en 1862 et son chef-d\u2019\u0153uvre lyrique, Les Troyens, n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 une cr\u00e9ation partielle \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique, en 1863. Qu\u2019elles qu\u2019en soient les raisons, c\u2019est insupportable \u00e0 l\u2019artiste d\u2019\u00eatre si mal reconnu dans son pays et de voir sa cr\u00e9ation publiquement amput\u00e9e.<\/p><p>Il invente plusieurs genres\u00a0entre l\u2019op\u00e9ra (profane)\u00a0 et l\u2019oratorio (religieux)\u00a0: \u00ab\u00a0monodrame lyrique\u00a0\u00bb (<em>L\u00e9lio ou le Retour \u00e0 la vie<\/em>), \u00ab\u00a0l\u00e9gende dramatique\u00a0\u00bb (<em>La Damnation de Faust<\/em>), \u00ab\u00a0trilogie sacr\u00e9e\u00a0\u00bb (<em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>nfance du Christ<\/em>), \u0153uvres con\u00e7ues pour le concert \u2013 montage moins co\u00fbteux et public plus restreint.<\/p><p>Faisant souvent appel \u00e0 des effectifs consid\u00e9rables dans sa musique symphonique, religieuse et chorale, il organise de grands concerts publics et invente le concept de festival. Il cr\u00e9e le genre de la m\u00e9lodie avec orchestre qui fera \u00e9cole en France (Duparc, Chausson, Ravel et Andr\u00e9 Jolivet) et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (cycles de Wagner, Mahler, Berg, Sch\u00f6nberg, Richard Strauss et Benjamin Britten). Il organise de vastes tourn\u00e9es de concerts et se produit en Allemagne, Europe centrale et jusqu\u2019en Russie, reconnu comme un ma\u00eetre de l\u2019orchestration et un chef d\u2019orchestre novateur. <br>Cumulant tous les paradoxes, repr\u00e9sentant du romantisme europ\u00e9en qui se consid\u00e8re comme un compositeur classique, sa musique fait l\u2019objet de controverses ou de malentendus qu\u2019il tente de dissiper dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p><p>Il faut attendre les c\u00e9l\u00e9brations du centenaire de sa mort (1969) et du bicentenaire de sa naissance (2003) pour une reconnaissance des pouvoirs publics et des professionnels, mais le (grand) public n\u2019est pas souvent au rendez-vous.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re de tout mon c\u0153ur que l\u2019on peut peindre au ciel.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COROT<\/span> (1796-1875).<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0P\u00e8re Corot\u00a0\u00bb passa longtemps pour un peintre amateur ayant tout loisir de voyager. Il part en Italie, pays irr\u00e9sistiblement attirant pour les artistes, o\u00f9 il r\u00e9sida \u00e0 trois reprises. Il parcourt la France, Normandie, Bretagne, Auvergne, cherchant toujours la (bonne) lumi\u00e8re et trouvant sans peine des amis pour l\u2019h\u00e9berger.<\/p><p>Au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations, il ne cesse de peindre des paysages idylliques \u00e9toff\u00e9s de petits personnages, selon les r\u00e8gles du genre. Il reste malgr\u00e9 tout inclassable, \u00e9chappant aux \u00ab\u00a0\u00e9coles\u00a0\u00bb modernes ou n\u00e9o-classiques et m\u00eame \u00e0 la reproduction de la nature peinte \u00ab\u00a0sur le motif\u00a0\u00bb. Cette libert\u00e9 fait tout son charme. \u00c0 la fin de sa vie, reconnu par le march\u00e9 plus que par les Salons (professionnels), il vit tr\u00e8s bien de sa peinture et nombre de ses (jeunes) confr\u00e8res profitent de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il cr\u00e9e l\u2019\u00e9cole de Barbizon et passe pour le \u00ab\u00a0p\u00e8re de l\u2019impressionnisme\u00a0\u00bb, r\u00e9putation paradoxale pour cet artiste qui ne s\u2019est \u00e9panoui que par la libert\u00e9.<\/p><p>Il meurt \u00e0 bout de forces le 22 f\u00e9vrier, tenant entre ses doigts des pinceaux imaginaires et murmurant ses derniers mots \u00ab\u00a0d\u2019une voix saccad\u00e9e, hach\u00e9e par la fi\u00e8vre.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il y a quelque 3\u00a0000 tableaux \u00e0 son catalogue (et autant de dessins et gravures), mais plus de 10\u00a0000 toiles sign\u00e9es Corot dans les collections am\u00e9ricaines \u2013 la proportion des \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb se banalisera que le march\u00e9 de l\u2019art qui prosp\u00e8re, alors que les \u0153uvres sont tellement plus faciles \u00e0 imiter que chez les ma\u00eetres classiques qui travaillaient d\u2019ailleurs en atelier.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon, puisque la tristesse durera \u00e9ternellement\u00a0? Je voudrais que ce soit fini.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890) refusant d\u2019\u00eatre soign\u00e9 apr\u00e8s sa derni\u00e8re tentative de suicide. <em>Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Van Gogh n\u2019aura pas le bonheur, la chance ni le talent d\u2019un Corot. Mais il a du g\u00e9nie et sa cote <em>post mortem<\/em> bat des records sur un march\u00e9 devenu fou. C\u2019est l\u2019arch\u00e9type de l\u2019artiste maudit, la r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe.<\/p><p>Il grandit aux Pays-Bas dans une famille bourgeoise. Il tente de faire carri\u00e8re comme marchand d\u2019art, mais refusant de voir l\u2019art comme une marchandise, il est licenci\u00e9. Il se r\u00eave instituteur, puis pr\u00e9dicateur, veut devenir pasteur, mais \u00e9choue aux examens de th\u00e9ologie. Il d\u00e9cide alors d\u2019\u00eatre peintre \u00e0 27 ans \u2013 cette vocation ne se d\u00e9mentira jamais, malgr\u00e9 les dix ans d\u2019\u00e9preuves et d\u2019\u00e9checs.<\/p><p>Il part pour Amsterdam et peint son premier vrai tableau,<em> Les Mangeurs de pommes de terre<\/em>. Il passe en Belgique, puis vient \u00e0 Paris o\u00f9 vit son fr\u00e8re\u00a0: relation aussi personnelle que professionnelle avec ce marchand d\u2019art reconnu qui ne pourra vendre qu\u2019un seul de ses tableaux. Il explore la peinture et le dessin en autodidacte, mais comprend vite l\u2019utilit\u00e9 des cours, visite les galeries d\u2019art et les mus\u00e9es, pour enrichir sa culture picturale.<\/p><p>Van Gogh admire Rembrandt, Delacroix et autres g\u00e9nies, mais s\u2019inspire de ses confr\u00e8res qu\u2019il fr\u00e9quente, Monet, C\u00e9zanne, Degas\u2026 Il part finalement pour trouver la lumi\u00e8re du Midi qui va d\u00e9sormais irradier sa peinture, comme les fameux <em>Tournesols<\/em> (1888). Il invite son ami Gauguin \u00e0 partager sa vie d\u2019artiste au grand soleil d\u2019Arles, fin 1888. L\u2019aventure ne dure pas deux mois et finit mal \u2013 diverses versions du \u00ab\u00a0fait divers\u00a0\u00bb, Van Gogh l\u2019aurait menac\u00e9 d\u2019un rasoir, avant de retourner l\u2019arme contre lui, se coupant l\u2019oreille\u2026<\/p><p>Intern\u00e9 \u00e0 sa demande dans un asile \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence, ses \u0153uvres traduisent son agitation int\u00e9rieure\u00a0\u2013 <em>La Nuit \u00e9toil\u00e9e<\/em> (1889). Il se r\u00e9fugie enfin \u00e0 Auvers-sur-Oise o\u00f9 vit le docteur Paul Gachet, ami de C\u00e9zanne. Une relation de confiance s\u2019\u00e9tablit entre eux, il r\u00e9alise ses derniers grands tableaux, dont le <em>Portrait du docteur Gachet<\/em>. Mais la d\u00e9pression l\u2019emporte et il se suicide \u2013 selon la th\u00e8se la plus r\u00e9pandue. Son fr\u00e8re Th\u00e9o lui survit six mois, atteint de la syphilis. Ils sont r\u00e9unis dans le cimeti\u00e8re d\u2019Auvers-sur-Oise.<\/p><p>L\u2019artiste est un cas pathologique trait\u00e9 de son vivant (pour acc\u00e8s psychotiques et instabilit\u00e9 mentale), toujours pas r\u00e9solu apr\u00e8s sa mort\u00a0: d\u2019innombrables psychiatres ont tent\u00e9 d\u2019identifier sa maladie\u00a0:\u00a0schizophr\u00e9nie, trouble bipolaire, syphilis, saturnisme, \u00e9pilepsie du lobe temporal, maladie de M\u00e9ni\u00e8re (vertiges). Restent la malnutrition, le surmenage, l\u2019insomnie, l\u2019addiction \u00e0 l\u2019alcool et surtout l\u2019absinthe. La \u00ab\u00a0f\u00e9e verte\u00a0\u00bb (alcool titr\u00e9 \u00e0 plus de 70\u00b0)) fit des ravages dans les milieux artistiques et litt\u00e9raires\u00a0: Verlaine, Rimbaud, Apollinaire et autres \u00ab\u00a0artistes maudits\u00a0\u00bb.<\/p><p>Reste l\u2019\u0153uvre, plus de 2 000 toiles et dessins dat\u00e9s principalement des ann\u00e9es 1880. R\u00e9put\u00e9 inclassable, Van Gogh se situe dans la mouvance postimpressionniste (comme Gauguin), pr\u00e9curseur du fauvisme avec sa palette vive et sa touche exalt\u00e9e, de l\u2019expressionnisme et m\u00eame du symbolisme par sa conception mystique de l\u2019art.<\/p><p>Mort dans la mis\u00e8re, peu connu dans les ann\u00e9es 1890, il est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus grands artistes de tous les temps et les plus cot\u00e9s\u00a0: cinq\u00a0 tableaux sur les 45 vendus aux ench\u00e8res pour plus de 50 millions de $.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je savais bien, papa, que vous ne manqueriez pas l\u2019hallali.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">TOULOUSE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LAUTREC<\/span> (1864-1901). <em>Henri de Toulouse-Lautrec ou les Labyrinthes du Temps<\/em> (2015), G\u00e9rard et Julie Conton.<\/p><\/blockquote><p>Ses derniers mots sont pour son p\u00e8re, venu \u00e0 son chevet au moment de sa mort\u00a0: allusion aux go\u00fbts de cet aristocrate fantasque et passionn\u00e9 de chasse. Les relations entre p\u00e8re et fils ne sont pas claires, le premier devait l\u2019aimer, mais regretter sa \u00ab\u00a0d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0\u00bb sociale et d\u00e9plorer naturellement la maladie g\u00e9n\u00e9tique responsable de l\u2019extr\u00eame fragilit\u00e9 de ses os, d\u2019o\u00f9 son infirmit\u00e9 et sa monstruosit\u00e9.\u00a0<\/p><p>Peintre, dessinateur, lithographe, affichiste et illustrateur fran\u00e7ais, n\u00e9 \u00e0 Albi au sein d\u2019une famille de la plus ancienne noblesse provinciale, il \u00ab\u00a0tourne mal\u00a0\u00bb, devenant artiste et se m\u00ealant aux milieux malfam\u00e9s.<\/p><p>Portraitiste de g\u00e9nie, il immortalise les t\u00eates d\u2019affiche du music-hall, d\u2019Aristide Bruant \u00e0 Jane Avril, Yvette Guilbert. Familier des maisons closes, il s\u2019attache \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne des prostitu\u00e9es. Le th\u00e9\u00e2tre, le vaudeville ou les sc\u00e8nes d\u2019avant-garde pour lesquelles il con\u00e7oit programmes et d\u00e9cors alimentent aussi son go\u00fbt insatiable pour la com\u00e9die humaine. Il m\u00e8ne sa vie au rythme de sa cr\u00e9ation. Son travail acharn\u00e9, li\u00e9 aux plaisirs de la vie festive et \u00e0 l\u2019abus d\u2019alcool alt\u00e8rerons peu \u00e0 peu sa sant\u00e9\u00a0: son cocktail pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, cognac et absinthe dissimul\u00e9 (dit-on) dans sa canne creuse. On retrouve la mal\u00e9fique f\u00e9e verte\u2026<\/p><p>Un autre mot de la fin est pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019artiste\u00a0:<strong> \u00ab\u00a0Maman\u00a0!\u2026 rien que toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/strong> De fait, il revint mourir le 9 septembre 1901 dans la propri\u00e9t\u00e9 de sa m\u00e8re en Gironde.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sens venir tout de bon le moment de dire\u00a0: ne bougeons plus.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NADAR<\/span> (1820-1910), pseudonyme de F\u00e9lix Tournachon, mourant \u00e0 89 ans. <em>Dictionnaire amoureux de l\u2019Humour<\/em> (2012), Jean-Loup Chiflet.<\/p><\/blockquote><p>Caricaturiste, \u00e9crivain, a\u00e9ronaute (fascin\u00e9 par cette nouvelle technique permettant d\u2019obtenir des clich\u00e9s inimaginables), le photographe le plus c\u00e9l\u00e8bre immortalisa toutes les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de son temps avec un art du portrait remarquable\u00a0: voir Baudelaire, Berlioz, Sarah Bernhardt, Corot, Courbet, Dumas, Hugo, Manet, Mallarm\u00e9, Maupassant, Nerval, Offenbach, Proudhon, Rossini, Jules Verne, Wagner, Zola et tant d\u2019autres saisis dans la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019instant \u2013 encore fallait-il un temps de pause, d\u2019o\u00f9 l\u2019humour bien en situation du mourant.<\/p><p>Renomm\u00e9 pour son \u0153uvre photographique de portraitiste rivalisant avec les peintres \u2013 \u00e0 la fois concurrenc\u00e9s, mais lib\u00e9r\u00e9s de l\u2019obligation de \u00ab\u00a0faire vrai\u00a0\u00bb \u2013 il fut d\u2019abord caricaturiste (genre florissant dans la grande presse), publiant aussi des romans, nouvelles, po\u00e8mes en prose, br\u00e8ves de comptoir, t\u00e9moignages et portraits\u2026 litt\u00e9raires.<\/p><p>Ses relations avec son fr\u00e8re cadet, Adrien Tournachon, d\u00e9fray\u00e8rent un temps la chronique judiciaire\u00a0: le pseudonyme Nadar avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e autour de ce fr\u00e8re, provoquant parfois la confusion. Un arr\u00eat de la Cour imp\u00e9riale de Paris lui en restitua la propri\u00e9t\u00e9 exclusive en 1857, pour signer ses \u00e9crits et toutes ses \u0153uvres, avant d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 par son atelier photographique dirig\u00e9e par son fils Paul. En 1900, celui-ci organise une r\u00e9trospective de son \u0153uvre \u00e0 la grande Exposition universelle de Paris.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mourir, c\u2019est difficile, quand il n\u2019y a pas de public.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOUNET<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1841-1916) \u00e0 son ami \u00c9douard Champion. <em>Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9 dans une famille bourgeoise qui le destinait \u00e0 devenir avocat, il pr\u00e9f\u00e8re suivre sa vocation d\u2019acteur \u2013 les deux m\u00e9tiers ayant d\u2019ailleurs des points communs.<\/p><p>Apr\u00e8s un an au Conservatoire de Paris, il d\u00e9bute \u00e0 l\u2019Od\u00e9on en 1868 dans de petits r\u00f4les. Apr\u00e8s la guerre de 1870,\u00a0 recommand\u00e9 par un ancien ma\u00eetre, il entre \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, d\u00e9butant dans le r\u00f4le d\u2019Oreste d\u00e9chir\u00e9 entre sa folie et sa lucidit\u00e9 au cours du monologue final (<em>Andromaque<\/em> de Racine). Le public applaudit, mais la critique lui reproche son jeu trop peu conventionnel dans cette trag\u00e9die classique. Sa stature imposante, sa gestuelle harmonieuse, sa voix parfaitement timbr\u00e9e vont l\u2019imposer comme le Trag\u00e9dien de sa g\u00e9n\u00e9ration, renouvelant son art \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019un <em>Talma<\/em> (sous l\u2019Empire). Mounet-Sully est une vivante et g\u00e9niale contradiction du <em>Paradoxe<\/em> de Diderot. Pour lui, l\u2019acteur doit incarner le personnage plut\u00f4t que le jouer. Sa partenaire la plus illustre qui fut aussi sa maitresse, Sarah Bernhardt, poussera plus loin encore ce jeu tr\u00e8s personnel.<\/p><p>Nomm\u00e9 soci\u00e9taire d\u00e8s 1874, il est ovationn\u00e9 dans tous les grands r\u00f4les du r\u00e9pertoire\u00a0: Rodrigue dans <em>Le Cid,<\/em> N\u00e9ron dans <em>Britannicus<\/em>, Hippolyte dans <em>Ph\u00e8dre<\/em>, atteignant son apog\u00e9e en 1881 dans<em> \u0152dipe roi,<\/em> repris en 1888 au Th\u00e9\u00e2tre antique d\u2019Orange. Autre triomphe avec <em>Hamlet<\/em>. Il multiplie les prises de r\u00f4le dans le r\u00e9pertoire classique et moderne.<\/p><p>Devenu doyen en 1894, il jouera encore, septuag\u00e9naire et malgr\u00e9 divers maux, jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re (r\u00e9)apparition en Polyeucte. On peut oublier l\u2019auteur dramatique.<\/p><p>Son mot de la fin, qui doit toucher nombre d\u2019artistes interpr\u00e8tes, rappelle la chanson cr\u00e9\u00e9e par Dalida\u00a0: \u00ab\u00a0Moi je veux mourir sur sc\u00e8ne \/ Devant les projecteurs\u2026\u00a0\u00bb mais elle choisit le suicide, comme quelques autres.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois que je commence \u00e0 y comprendre quelque chose\u2026\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">RENOIR<\/span> (1841-1919), mourant d\u2019une congestion pulmonaire \u00e0 78 ans. <em>Pierre-Auguste Renoir, mon p\u00e8re<\/em> (1981), Jean Renoir.<\/p><\/blockquote><p>Mourant d\u2019une congestion pulmonaire qui l\u2019\u00e9puise, il peint jusqu\u2019au bout de ses forces, mains paralys\u00e9es auxquelles on attache ses pinceaux avec des rubans \u2013 peut-\u00eatre une l\u00e9gende, \u00e0 suivre. Il aurait dit aussi, dans le m\u00eame registre\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Je fais encore des progr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/strong> Et plus simplement\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Rendez-moi ma palette\u00a0\u00bb<\/strong> pour peindre le bouquet de fleurs devant la fen\u00eatre.<\/p><p>Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le peintre du bonheur\u00a0\u00bb par le choix des sujets trait\u00e9s, voici l\u2019un des rares artistes de g\u00e9nie qui n\u2019est ni maudit, ni alcoolique, ni tortur\u00e9, ni caract\u00e9riel\u2026 On peut m\u00eame le qualifier de bourgeois assum\u00e9, avec une vie familiale harmonieuse, une ma\u00eetresse qui devient sa femme et son mod\u00e8le, quatre enfants dont deux fils artistes \u2013 le cin\u00e9aste Jean Renoir et Pierre, son fr\u00e8re com\u00e9dien.<\/p><p>Renoir a tout repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: nus, portraits, sc\u00e8nes de groupe, paysages, marines, natures mortes, sc\u00e8nes de genre, et des enfants mod\u00e8les. Il fut aussi pastelliste, graveur, lithographe, sculpteur et dessinateur\u00a0: cumuls de talents fr\u00e9quents.<\/p><p>Impressionniste au d\u00e9but avec ses paysages, il \u00e9volue vers un style plus r\u00e9aliste. Peintre figuratif int\u00e9ress\u00e9 d\u00e9sormais par le portrait et les nus f\u00e9minins \u00e9panouis, il place la gaiet\u00e9 au c\u0153ur de ses toiles marqu\u00e9es par les cons\u00e9quences du progr\u00e8s sur la soci\u00e9t\u00e9, par la mise en sc\u00e8ne du quotidien joyeux dans un cadre urbain ou bucolique, intime ou populaire.<\/p><p>Consid\u00e9r\u00e9e par les collectionneurs de son temps comme inachev\u00e9e, maladroite et b\u00e2cl\u00e9e, sa peinture sera bient\u00f4t per\u00e7ue comme r\u00e9volutionnaire, rompant avec les conventions de l\u2019art officiel de l\u2019\u00e9poque\u00a0! Quand il abandonne le plein air et renoue avec ses ma\u00eetres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, Fragonard, Rapha\u00ebl ou Fran\u00e7ois Boucher, ses anciens \u00ab\u00a0compagnons de route\u00a0\u00bb impressionnistes l\u2019accusent de trahison et lui reprochent de sacrifier \u00e0 la peinture officielle des h\u00e9ritiers de David\u00a0! Et pourtant, l\u2019histoire de l\u2019art consid\u00e8re que cette derni\u00e8re p\u00e9riode du ma\u00eetre, marqu\u00e9e par un retour vers le classicisme, a inspir\u00e9 une jeune g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes, tels Picasso, Matisse ou Bonnard.<\/p><p>Mais que lui importe, il peint ce qu\u2019il aime, enfin reconnu du public et soutenu par le marchand d\u2019art Ambroise Vollard, assur\u00e9 de vivre de son art. Bref, un homme heureux et attach\u00e9 son travail jusqu\u2019\u00e0 la fin, malgr\u00e9 ses mains d\u00e9form\u00e9es par la polyarthrite rhumato\u00efde. Ses ongles p\u00e9n\u00e9trant dans la chair de ses paumes, des bandelettes de gaze talqu\u00e9es les prot\u00e8gent \u2013 d\u2019o\u00f9 la l\u00e9gende du pinceau attach\u00e9 \u00e0 sa main. Mais les deux faits peuvent \u00eatre v\u00e9ridiques.<\/p><p>Il a r\u00e9alis\u00e9 quelque 4\u00a0000 tableaux (plus que Manet, C\u00e9zanne et Degas r\u00e9unis). \u00c0 son catalogue, un grand nombre de titres c\u00e9l\u00e8bres expos\u00e9s dans tous les mus\u00e9es du monde (outre les collections priv\u00e9es)\u00a0: <em>Bal du moulin de la Galette, La Balan\u00e7oire, Paysages Bords de la Seine, Le D\u00e9jeuner des canotiers, Les Grandes Baigneuses, Femme nue couch\u00e9e, La Toilette\u00a0: femme se peignant\u2026<\/em><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme la mort est lente \u00e0 venir\u2026 Je veux des fleurs, beaucoup de fleurs.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERHNARDT<\/span> (1844-1923). <em>Sarah Bernhardt<\/em> (1977), Philippe Jullian<\/p><\/blockquote><p>La diva du th\u00e9\u00e2tre a toujours eu avec la mort une relation personnelle tr\u00e8s originale, sinon malsaine. Par exemple, elle recevait volontiers dans son lit en forme de cercueil. Quant \u00e0 l\u2019abondance de fleurs offerte en bouquets ou corbeilles, voire jet\u00e9es sur sc\u00e8ne au rideau de fin, c\u2019est la preuve pour l\u2019artiste interpr\u00e8te qu\u2019elle est aim\u00e9e du public.<\/p><p>N\u00e9e juive, semi-prostitu\u00e9e pour vivre, \u00ab\u00a0maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb selon son expression, elle imposer sa diction, sa gestuelle et son personnage hors norme.<\/p><p>Star de Paris et mondialement adul\u00e9e, cr\u00e9atrice de<em> l\u2019Aiglon<\/em> (d\u2019Edmond Rostand), interpr\u00e8te des plus grands classiques (Ph\u00e8dre de Racine) et romantiques (<em>la Dame aux cam\u00e9lias<\/em> de Dumas fils, la reine de <em>Ruy Blas<\/em> de Victor Hugo), elle meurt \u00e0 78 ans, amput\u00e9e d\u2019une jambe, ayant toujours refus\u00e9 d\u2019\u00eatre appareill\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0On me portera\u00a0!\u00a0\u00bb dit-elle.<\/p><p>Toute sa vie, elle a forg\u00e9 son personnage, cr\u00e9\u00e9 un style, passionn\u00e9 les foules, us\u00e9 et g\u00e9nialement abus\u00e9 de \u00ab\u00a0la r\u00e9clame\u00a0\u00bb \u2013 on dirait aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0la com\u00a0\u00bb, en un temps o\u00f9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 venait de la sc\u00e8ne \u2013 le sport professionnel n\u2019existait pas et le cin\u00e9ma naissait \u00e0 peine, muet.<\/p><p>Ses <em>M\u00e9moires<\/em> sont un petit chef d\u2019\u0153uvre, forme et fond, le portrait d\u2019une \u00e9poque et un hymne au Th\u00e9\u00e2tre qui a connu sa plus belle \u00e9poque avec elle et quelques autres grands noms (Mounet-Sully, Coquelin, R\u00e9jane\u2026). Deux anecdotes entre mille. Elle partait r\u00e9guli\u00e8rement en tourn\u00e9e \u00ab\u00a0pour remplir la sacoche\u00a0\u00bb, voyageant en train avec sa m\u00e9nagerie qui occupait un wagon\u00a0! En Am\u00e9rique du sud, l\u2019enthousiasme de la foule \u00e9tait tel qu\u2019\u00e0 la sortie des artistes, on d\u00e9telait les chevaux pour avoir l\u2019honneur de porter sa voiture jusqu\u2019\u00e0 son h\u00f4tel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons voir quelle musique on entend l\u00e0-haut.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MESSAGER<\/span> (1853-1929). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec. Ou Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Son nom est quelque peu oubli\u00e9, sa musique pass\u00e9e de mode, mais il reste un tube\u00a0: le duo de l\u2019escarpolette toujours pr\u00e9sent sur You Tube et en plusieurs version. V\u00e9ronique, 1898<\/p><p>Messager fut donc le compositeur heureux de <em>V\u00e9ronique<\/em> (1898) entre autres op\u00e9rettes, le genre \u00e0 la mode\u00a0:<em> La Fauvette du temple, La Basoche, Madame Chrysanth\u00e8me, Les P\u2019tites Michu, Fortunio, Monsieur Beaucaire.<\/em><\/p><p>Il fut aussi chef d\u2019orchestre, d\u00e9butant aux Folies-Berg\u00e8res et se retrouvant (par le jeu des relations) \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-comique o\u00f9 il cr\u00e9e <em>Louise<\/em> de Gustave Charpentier et <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> que Claude Debussy lui a d\u00e9di\u00e9.<\/p><p>Il sera m\u00eame codirecteur de l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Il fait des tourn\u00e9es comme chef aux \u00c9tats-Unis, en Argentine, \u00e9crit quelques symphonies. Bref, une carri\u00e8re \u00e9clectique, mais toujours sous le signe de la musique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, en somme, je meurs gu\u00e9ri.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Louis <span class=\"caps\">FORAIN<\/span> (1852-1931) \u00e0 son m\u00e9decin lui assurant que sa temp\u00e9rature, sa tension, son pouls \u00e9taient normaux. <em>\u00c9tonnant Sacha Guitry<\/em> (1985), James Harding, Charles Floquet.<\/p><\/blockquote><p>Guitry collectionnait les mots de la fin et de pr\u00e9f\u00e9rence, les mots d\u2019esprit. Celui-ci devait plaire au malade qu\u2019il fut longtemps, souffrant mais malgr\u00e9 tout souriant et travaillant.<\/p><p>Forain, peintre et illustrateur attir\u00e9 par Montmartre fr\u00e9quente la Boh\u00e8me parisienne\u00a0 \u00e0 17 ans. Anarchiste dans l\u2019\u00e2me, il est\u00a0 pour les Communards. Son esprit blagueur est appr\u00e9ci\u00e9 au club \u00ab\u00a0zutiste\u00a0\u00bb et aux d\u00eeners des \u00ab\u00a0Vilains Bonshommes\u00a0\u00bb avec Rimbaud et Verlaine. Hiver 1871, il partage avec le jeune Rimbaud un logis de fortune et devient le complice des deux po\u00e8tes qui le baptisent \u00ab\u00a0Gavroche\u00a0\u00bb, pour son esprit narquois et sa gouaille montmartroise.<\/p><p>Sous l\u2019influence des impressionnistes Manet et Degas, il p\u00e9n\u00e8tre le petit monde de l\u2019Op\u00e9ra avec ses danseuses et ses abonn\u00e9s \u2013 devenus th\u00e8me de pr\u00e9dilection. Il participe aux expositions impressionnistes entre 1879 et 1886.<\/p><p>Reconnu pour le trait caustique de ses dessins de presse, il opte pour la satire sociale, fustige l\u2019hypocrisie de la bourgeoisie et les contradictions de la politique de son temps. \u00ab\u00a0O\u00f9 aura lieu votre prochaine exposition\u00a0? \u2013 Dans les kiosques\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pond-il. En 1889, il lance son journal<em> Le Fifre<\/em> pour \u00ab\u00a0conter la vie de tous les jours, montrer le ridicule de certaines douleurs, la tristesse de bien des joies.\u00a0\u00bb Les crises qui bouleversent la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 scandale de Panama, flamb\u00e9e anarchiste, affaire Dreyfus \u2013 l\u2019orientent vers la caricature politique.<\/p><p>Enfant terrible du Tout-Paris, recherch\u00e9 pour ses bons mots, il se retrouve membre de cercles selects \u2013 le Jockey Club ou l\u2019Automobile Club. Il a sa table chez Maxim\u2019s et participe dans aux d\u00eeners d\u2019Ambroise Vollard (grand marchand d\u2019art) aux c\u00f4t\u00e9s de Degas, C\u00e9zanne, Renoir. C\u2019est quasiment la gloire, mais \u00e7a ne change pas son caract\u00e8re ni son inspiration.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi a-t-on \u00e9teint la lumi\u00e8re\u00a0!?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Raoul <span class=\"caps\">DUFY<\/span> (1877-1953), alors qu\u2019il est allong\u00e9 dans sa chambre ensoleill\u00e9e o\u00f9 il meurt d\u2019une crise cardiaque.<em> Piques et r\u00e9pliques de l\u2019Histoire<\/em> (2017), St\u00e9phane Bern<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9 au Havre, il s\u2019expose et s\u2019impose bient\u00f4t \u00e0 Paris comme peintre des Ann\u00e9es folles, boud\u00e9 par la critique mais pris\u00e9 du public s\u00e9duit par sa libert\u00e9 de tons et de traits qui caract\u00e9rise son talent.<\/p><p>Jean Cocteau l\u2019appr\u00e9cie \u00e0 sa juste valeur\u00a0: \u00ab\u00a0Dufy est un bienfaiteur. En un temps o\u00f9 l\u2019on vit dans l\u2019angoisse du lendemain, o\u00f9 les gazettes sont pleines d\u2019affreuses tueries, voici le chantre de la joie, le peintre de la gr\u00e2ce l\u00e9g\u00e8re, de la fra\u00eecheur, de l\u2019all\u00e9gresse. La vue d\u2019une toile de Dufy nous r\u00e9conforte, nous console, \u00e9carte de notre pens\u00e9e les tristesses du r\u00e9el.\u00a0\u00bb Irr\u00e9sistible, indispensable Dufy\u00a0! Ses explosions de couleurs ont fini par s\u00e9duire le monde de l\u2019art jusqu\u2019\u00e0 New York. On a toujours besoin de cette lumi\u00e8re et ses tableaux d\u00e9fient le temps et les modes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on me retire tous ces trucs\u00a0! Vous m\u2019emmerdez tous\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">UTRILLO<\/span> (1883-1955) \u00e0 72 ans, en col\u00e8re et montrant les tuyaux de perfusion qu\u2019il avait dans les bras. <em>Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Peintre de l\u2019\u00c9cole de Paris, n\u00e9 \u00e0 Montmartre qui fit sa gloire et vice versa, c\u2019est le fils naturel de Suzanne Valadon, ex mod\u00e8le et l\u2019une des rares femmes peintres qui fut aussi son professeur.<\/p><p>Apr\u00e8s une enfance difficile o\u00f9 il souffre de la faim et du froid, alcoolique d\u00e8s l\u2019adolescence, il doit \u00eatre soign\u00e9 pour des crises de d\u00e9mence et multiplie les s\u00e9jours \u00e0 l\u2019asile, sa m\u00e8re l\u2019assistant dans ses \u00e9preuves autant qu\u2019il est possible.<\/p><p>Il peint facilement et avec plaisir les rues de Montmartre, mais c\u2019est pour se payer \u00e0 boire et r\u00e9galer ses amis. Il est souvent dans un tel \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il n\u2019ose plus peindre sur motif, craignant d\u2019\u00eatre moqu\u00e9 ou attaqu\u00e9, alors il peint sur carte postale \u2013 des petits tableaux qui seront ensuite reproduits \u00e0 l\u2019infini en cartes postales\u00a0!<\/p><p>Il mourra en cure \u00e0 Dax, avec sa femme. Un destin tragique, une carri\u00e8re difficile et une vie d\u2019artiste sinc\u00e8re, v\u00e9cue dans la douleur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dieu existe, vraiment, il exag\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BRASSENS<\/span> (1921-1981).<em> Ici Paris<\/em>, Sp\u00e9cial <span class=\"caps\">BRASSENS<\/span>, Ses derniers mots, 4 novembre 1981.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est peut-\u00eatre la moins s\u00fbre des sources\u2026 mais une \u00e9vidence s\u2019impose\u00a0: les relations de Brassens avec Dieu font partie int\u00e9grante de son \u0153uvre (\u00e0 travers quelque 200 chansons). L\u2019expression impie en forme d\u2019exclamation plaisante se retrouve d\u2019ailleurs dans l\u2019une d\u2019elle, rarement reprise, \u00ab\u00a0<em>Dieu, s\u2019il existe<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0Au ciel de qui se moque-t-on\u00a0? \/ \u00c9tait-ce utile qu\u2019un orage <br>V\u00eent au pays de Jeanneton \/ Mettre \u00e0 mal son beau p\u00e2turage\u00a0? <br>Pour ses brebis, pour ses moutons, \/ Plus une plante fourrag\u00e8re, <br>Rien d\u2019\u00e9pargn\u00e9 que le chardon\u00a0! \/ Dieu, s\u2019il existe, il exag\u00e8re, \/ Il exag\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p><p>On ne compte plus les textes o\u00f9 Dieu est cit\u00e9, interpell\u00e9, provoqu\u00e9 ou\u00a0 invoqu\u00e9 sur tous les tons. C\u2019est surtout la religion et la bigoterie qui insupportent \u00e0 ce \u00ab\u00a0m\u00e9cr\u00e9ant de Dieu\u00a0\u00bb, cet anarchiste \u00ab\u00a0sans Dieu ni maitre\u00a0\u00bb obs\u00e9d\u00e9 par la mort, bien avant que se d\u00e9clare le cancer qui finit par l\u2019emporter \u00e0 60 ans. Fin octobre 2021, on c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 la fois le centenaire de sa naissance et le soixanti\u00e8me anniversaire de sa mort. D\u2019o\u00f9 le plaisir de r\u00e9entendre l\u2019auteur-compositeur-interpr\u00e8te (<span class=\"caps\">ACI<\/span>) et de comprendre \u00e0 quel point il reste populaire aupr\u00e8s des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations.<\/p><h4><span class=\"caps\">SCIENTIFIQUES<\/span> (m\u00e9decins, astronomes, math\u00e9maticiens, physiciens, chimistes, physiologistes, biologistes, ing\u00e9nieurs\u2026)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne d\u00e9range pas mes cercles\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ARCHIMEDE<\/span> (287-212 av <span class=\"caps\">JC<\/span>) au soldat romain qui d\u00e9range le savant inconscient de la situation et tout \u00e0 son probl\u00e8me scientifique. <em>Vie des Hommes illustres<\/em> (manuscrit dat\u00e9 de 100-120), Plutarque.<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de si\u00e8ge, Syracuse tomba aux mains des Romains. Le g\u00e9n\u00e9ral Marcus Claudius Marcellus souhaitait n\u00e9anmoins \u00e9pargner le savant. Malheureusement, un soldat romain croisa Archim\u00e8de alors que celui-ci tra\u00e7ait des figures g\u00e9om\u00e9triques sur le sol, inconscient de la prise de la ville par l\u2019ennemi. Troubl\u00e9 dans sa concentration par le soldat, Archim\u00e8de lui aurait lanc\u00e9 \u00ab\u00a0Ne d\u00e9range pas mes cercles\u00a0!\u00a0\u00bb Le soldat, vex\u00e9 de ne pas voir obtemp\u00e9rer le vieillard de 75 ans, l\u2019aurait alors tu\u00e9 d\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e. En hommage \u00e0 son g\u00e9nie, Marcellus lui fit de grandes fun\u00e9railles et fit dresser un tombeau d\u00e9cor\u00e9 \u00e0 la demande d\u2019Archim\u00e8de, d\u2019un cylindre renfermant une sph\u00e8re, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu.<\/p><p>Physicien, math\u00e9maticien et ing\u00e9nieur, l\u2019un des plus grands scientifiques de l\u2019Antiquit\u00e9 inventa le principe du levier et laisse son nom au fameux principe sur les corps plong\u00e9s dans un liquide\u00a0: \u00ab\u00a0Eur\u00e8ka\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il quand il a trouv\u00e9.<\/p><p>Autre mot, autre version\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Attendez que j\u2019aie fini mon probl\u00e8me\u00a0\u00bb<\/strong> lance Archim\u00e8de au soldat romain venu l\u2019arr\u00eater.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 sans savoir pourquoi, j\u2019ai v\u00e9cu sans savoir comment, et je meurs sans savoir pourquoi ni comment.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">GASSENDI<\/span> (1592-1655). <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Math\u00e9maticien, philosophe, th\u00e9ologien et astronome fran\u00e7ais. Le 12 ao\u00fbt 1654, Gassendi observe sa derni\u00e8re \u00e9clipse dans le ch\u00e2teau de Montmor, au Mesnil-Saint-Denis. Soign\u00e9 par sept m\u00e9decins, et de nombreux apothicaires, il re\u00e7oit douze saign\u00e9es, sept purges et vingt-deux lavements avant de s\u2019\u00e9teindre le 24 octobre 1655 entre les bras de son \u00e9l\u00e8ve.<\/p><p>Selon le t\u00e9moignage de ses contemporains, Gassendi se levait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 trois heures du matin, jamais plus tard que quatre heures, et quelquefois \u00e0 deux. Il \u00e9tudiait jusqu\u2019\u00e0 onze heures, \u00e0 moins de recevoir une visite et se remettait \u00e0 l\u2019\u00e9tude vers deux ou trois heures apr\u00e8s midi jusqu\u2019\u00e0 huit. Il soupait l\u00e9g\u00e8rement (une tisane ti\u00e8de, des l\u00e9gumes, rarement de la viande) et se couchait entre neuf et dix. On le disait pieux, et pratiquant avec scrupule ses devoirs de pr\u00eatre\u00a0; ses paroissiens l\u2019appelaient le saint pr\u00eatre. Par sa pauvret\u00e9, sa modestie, sa douceur, son humanit\u00e9, sa bienfaisance, sa charit\u00e9 et sa simplicit\u00e9, il faisait figure d\u2019un anachor\u00e8te, vivant dans le monde selon la r\u00e8gle d\u2019un monast\u00e8re. Peu d\u2019auteurs ont imagin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019une posture, ou d\u2019un masque.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art\u00e8re bat \u2026 l\u2019art\u00e8re bat encore \u2026 l\u2019art\u00e8re ne bat plus.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Albrecht von <span class=\"caps\">HALLER<\/span> (1708-1777) comptant jusqu\u2019\u00e0 la fin ses pulsations. <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Physiologiste suisse et \u00e9crivain d\u2019expression allemande, il apprend la m\u00e9decine, voyage et enseigne l\u2019anatomie \u00e0 B\u00e2le. Nomm\u00e9 en 1734 professeur d\u2019anatomie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berne, sa ville natale, il part deux ans plus tard pour G\u00f6ttingen o\u00f9, durant dix-sept ans, il enseigne la chirurgie, la botanique (il fonde le Jardin des Plantes) et l\u2019anatomie. En 1751, pr\u00e9sidant le Coll\u00e8ge des chirurgiens, il r\u00e9dige les r\u00e8glements de la Soci\u00e9t\u00e9 royale de G\u00f6ttingen o\u00f9, durant dix-sept ans, il enseigne la chirurgie, la botanique (il fonde le Jardin des Plantes) et l\u2019anatomie.<\/p><p>Sa sant\u00e9 s\u2019alt\u00e9rant, il regagne Berne en 1753, participe \u00e0 l\u2019administration de son pays, r\u00e9organise l\u2019universit\u00e9 de Lausanne, dirige les salines de Roche. Quelques ann\u00e9es plus tard, George <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre, qui avait fond\u00e9 l\u2019Universit\u00e9 de G\u00f6ttingen, lui demande d\u2019y reprendre son enseignement. Mais le \u00ab\u00a0grand Haller\u00a0\u00bb reste fid\u00e8le \u00e0 Berne qui l\u2019honore \u00e0 la mesure de ses m\u00e9rites et y termine une vie tout enti\u00e8re vou\u00e9e au travail.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui\u00a0! Je tremble, mais c\u2019est de froid.\u00a0\u00bb<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), avant son ex\u00e9cution dont les pr\u00e9paratifs s\u2019\u00e9ternisent, 12\u00a0novembre\u00a01793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1869), Louis Blanc.<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9volution fran\u00e7aise. Condamn\u00e9 politique, il attend, dans le froid et sous la pluie. Ex\u00e9cution pr\u00e9vue au centre de l\u2019esplanade, mais l\u2019on d\u00e9cide de transporter la guillotine et de la remonter dans un coin obscur. Cela prend du temps et le vieil homme ne peut r\u00e9primer les tremblements de tout son corps. Un assistant du bourreau se moque\u00a0: \u00ab\u00a0Tu trembles, Bailly\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9ponse.<\/p><p>Ex-pr\u00e9sident de la Constituante et maire de Paris au lendemain de la prise de la Bastille, c\u2019est un grand scientifique, astronome et math\u00e9maticien, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences (1763) et de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (1783).<\/p><p>Mais c\u2019est bien connu, \u00ab\u00a0La R\u00e9publique n\u2019a pas besoin de savants\u00a0!\u00a0\u00bb Lavoisier, 51 ans, demandait qu\u2019on diff\u00e8re l\u2019ex\u00e9cution de quelques jours, le temps de terminer une exp\u00e9rience. Un de ses coll\u00e8gues, le m\u00e9decin Hall\u00e9, \u00e9tait venu pr\u00e9senter au tribunal un rapport \u00e9num\u00e9rant tous les services rendus \u00e0 la patrie par l\u2019illustre chimiste\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que la justice suive son cours\u00a0\u00bb, trancha le vice-pr\u00e9sident du Tribunal r\u00e9volutionnaire avec cet argument sans appel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est dommage de s\u2019en aller, \u00e7a commence \u00e0 devenir dr\u00f4le.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louis-Joseph <span class=\"caps\">GAY<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LUSSAC<\/span> (1778-1850). <em>Encyclop\u00e9die Larousse.<\/em><\/p><\/blockquote><p>Le savant regrettait de quitter la terre alors que la science faisait tant de progr\u00e8s, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0!<\/p><p>Gay-Lussac entre dans l\u2019histoire des sciences par un exploit que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui de sportif\u00a0: le 16 septembre 1804, embarqu\u00e9 \u00e0\u00a0 bord d\u2019un ballon libre, il s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0\u00a0 7 016 m\u00e8tres d\u2019altitude\u00a0! C\u2019est quasiment le d\u00e9but de la conqu\u00eate de l\u2019espace.<\/p><p>\u00c9l\u00e8ve de la promotion 1797 de Polytechnique, ing\u00e9nieur des Ponts (1800), il est choisi comme pr\u00e9parateur par Berthollet et travaille sur la loi de la dilatation des gaz (1802). Il entreprend avec Biot deux voyages a\u00e9rostatiques (1804). Membre du Bureau consultatif des arts et manufactures (1805), il fait avec Humboldt un voyage scientifique en Italie et en Allemagne (1805-06) et pr\u00e9sente avec lui \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences o\u00f9 il est \u00e9lu (1806), le m\u00e9moire sur la loi de combinaison des gaz. Il publie des observations sur le magn\u00e9tisme (1807). Il fait partie des fondateurs de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Arcueil. <br>Devenu professeur de physique en Sorbonne (1809), il se consacre \u00e0 la chimie industrielle. Il d\u00e9couvre le cyanog\u00e8ne et l\u2019acide prussique\u00a0; s\u2019int\u00e9resse aussi aux volcans, nuages, foudre, orages, salinit\u00e9 de la Mer morte. Membre du Comit\u00e9 des poudres et salp\u00eatres (1818), associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de m\u00e9decine (1820), professeur de chimie g\u00e9n\u00e9rale au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle (1832) et pair de France (1839) apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9, il cesse d\u2019enseigner, mais continue ses recherches et publications. Nomm\u00e9 administrateur de la Compagnie des glaces de Saint-Gobain, il\u00a0 cr\u00e9e la \u00ab\u00a0tour Gay-Lussac\u00a0\u00bb permettant de pr\u00e9venir la lib\u00e9ration dans l\u2019atmosph\u00e8re des oxydes d\u2019azote.<\/p><p>Les savants qui ont personnellement connu Gay-Lussac \u00e9voquent tous un personnage \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019antique\u00a0\u00bb, d\u2019une justice absolue dans ses jugements scientifiques. La simplicit\u00e9 de son \u00e2me ne fut jamais alt\u00e9r\u00e9e par toutes les autres dignit\u00e9s qui honor\u00e8rent le savant. Sa personne reste modeste, compar\u00e9e \u00e0 l\u2019importance de son \u0153uvre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait ce que j\u2019ai pu.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PASTEUR<\/span> (1822-1895), mourant d\u2019une seconde attaque c\u00e9r\u00e9brale. <em>Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Physicien et chimiste de formation, il reste c\u00e9l\u00e8bre dans le monde entier pour avoir, le premier, appliqu\u00e9 le concept de vaccination \u00e0 l\u2019homme, en sauvant un jeune Alsacien, Joseph Meister, mordu par un chien enrag\u00e9 (1885). L\u2019enfant ne contracta pas la maladie (mortelle). Il mit au point d\u2019autres vaccins, contre la maladie du charbon, le chol\u00e9ra.<\/p><p>On lui doit beaucoup d\u2019autres d\u00e9couvertes dont l\u2019utilit\u00e9 pratique est \u00e0 la fois universelle et quotidienne.<\/p><p>En 1864, il d\u00e9montre la fausset\u00e9 de la th\u00e9orie de g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, selon laquelle certains \u00eatres vivants, dont les micro-organismes qu\u2019il \u00e9tudie, naissent simplement par l\u2019alliance de facteurs externes et sans recours \u00e0 d\u2019autres substances organiques. En pr\u00e9sentant ses travaux, Pasteur montre que ces organismes sont issus de germes d\u00e9j\u00e0 existants. Le d\u00e9bat qui l\u2019oppose au biologiste F\u00e9lix Archim\u00e8de Pouchet depuis 1858 est cl\u00f4t.<\/p><p>En 1865, nouvelle d\u00e9couverte apr\u00e8s dix ans de travaux\u00a0sur le processus de fermentation et les causes d\u2019acidit\u00e9 dans le vin, la bi\u00e8re et le lait. Ayant d\u00e9couvert que des micro-organismes \u2013 ou bact\u00e9ries \u2013 sont \u00e0 l\u2019origine, il propose une m\u00e9thode pour les d\u00e9truire\u00a0: chauffer le liquide \u00e0 une temp\u00e9rature minimum de 55\u00b0 C, le faire refroidir aussit\u00f4t. C\u2019est le syst\u00e8me de pasteurisation qui permet la conservation alimentaire, tout en pr\u00e9servant la qualit\u00e9 des produits.<\/p><p>Professeur \u00e0 Dijon et Strasbourg, nomm\u00e9 ensuite doyen et professeur de chimie \u00e0 la nouvelle universit\u00e9 de sciences \u00e0 Lille, il fait ce qu\u2019il dit toujours \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut travailler.\u00a0\u00bb Rien ni personne ne peut le d\u00e9tourner de ses travaux.<\/p><p>En 1885, Pasteur refusa de poser sa candidature aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, alors que les paysans de la Beauce, dont il avait sauv\u00e9 les troupeaux gr\u00e2ce au vaccin contre le charbon, l\u2019auraient sans doute port\u00e9 \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s.`<\/p><p>Une premi\u00e8re\u00a0 attaque c\u00e9r\u00e9brale le rendit h\u00e9mipl\u00e9gique. Il se remet, mais gardera des s\u00e9quelles\u00a0: perte de l\u2019usage de la main gauche et difficult\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer.<\/p><p>Couvert d\u2019honneurs et de d\u00e9corations, l\u2019Institut \u00e0 son nom est inaugur\u00e9 en 1888 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Sadi Carnot. Il se r\u00e9sume en trois chiffres (2020)\u00a0: 144 unit\u00e9s de recherche \u00e0 Paris, 32 instituts dans le monde, 10 prix Nobel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019on me laisse tranquille.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) recevant une derni\u00e8re piq\u00fbre cens\u00e9e la soigner. <em>Marie Curie<\/em> (2008) Henry Gidel.<\/p><\/blockquote><p>Nul ne conteste la valeur et la port\u00e9e des d\u00e9couvertes de Pasteur, \u00e0 l\u2019inverse des travaux de Marie (et Pierre) Curie. La chimie fait peur, que dire de physique et de la radioactivit\u00e9\u00a0! D\u2019ailleurs, Marie Curie va mourir \u00e0 66 ans d\u2019une leuc\u00e9mie, cons\u00e9quences de ses travaux dont elle ne s\u2019\u00e9tait pas suffisamment prot\u00e9g\u00e9e\u00a0!<\/p><p>Physicienne et chimiste polonaise, naturalis\u00e9e fran\u00e7aise par son mariage en 1895\u00a0 avec le physicien Pierre Curie (1859-1906), le couple partage avec Henri Becquerel le prix Nobel de physique r\u00e9compensant leurs recherches sur les radiations (radioactivit\u00e9, rayonnement corpusculaire naturel). En 1911, elle obtient le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le polonium et le radium.<\/p><p>Scientifique d\u2019exception, c\u2019est la premi\u00e8re femme \u00e0 avoir re\u00e7u le prix Nobel et, \u00e0 ce jour, le seul doubl\u00e9. Elle reste aussi un cas unique de r\u00e9compense dans deux domaines scientifiques distincts. Apr\u00e8s la mort accidentelle de Pierre, il lui faudra surmonter ce drame, combattre le machisme du milieu scientifique et le chauvinisme. Mais cette surdou\u00e9e intellectuelle aura tous les courages personnels pour mener \u00e0 bien cette t\u00e2che.<\/p><p>Tr\u00e8s consciente des raisons de son \u00e9puisement final, elle est hospitalis\u00e9e au sanatorium de Sancellemoz en Haute-Savoie, face \u00e0 Saint-Gervais et \u00e0 la cha\u00eene du Mont-Blanc.<\/p><p>Sa fille \u00c8ve l\u2019accompagne et veille au respect de son anonymat.\u2008Le voyage en train est \u00e9prouvant. Sur place, les m\u00e9decins comprennent que la tuberculose n\u2019est pas en cause, tandis que le nombre de globules blancs et rouges diminue rapidement. La temp\u00e9rature d\u00e9passe 40\u00b0. Le 3 juillet la temp\u00e9rature baisse, Marie parvient pour la derni\u00e8re fois \u00e0 lire son thermom\u00e8tre. Son autre fille Ir\u00e8ne Joliot-Curie, accompagn\u00e9e de son mari Fr\u00e9d\u00e9ric, arrivent juste \u00e0 temps pour la voir mourir le 4 au matin, ayant refus\u00e9 tout acharnement th\u00e9rapeutique.<\/p><p>Le directeur de l\u2019h\u00f4pital pr\u00e9cise dans son bulletin que \u00ab\u00a0la maladie est une an\u00e9mie pernicieuse aplastique \u00e0 marche rapide f\u00e9brile. La moelle osseuse n\u2019a pas r\u00e9agi, probablement parce qu\u2019elle \u00e9tait alt\u00e9r\u00e9e par une longue accumulation de rayonnements.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0? Pourquoi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1910-1976), mourant d\u2019une leuc\u00e9mie (comme Marie Curie). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Question tenaillante pour tous les intellectuels, les plus brillantes intelligences comme les plus humbles mortels. Mais un t\u00e9moin confirme\u2026 il l\u2019a bien dit.<\/p><p>Il fait l\u2019essentiel de sa carri\u00e8re \u00e0 l\u2019Institut Pasteur, devient professeur \u00e0 la facult\u00e9 des Sciences de Paris, puis au Coll\u00e8ge de France, enfin directeur de l\u2019Institut Pasteur de 1971 \u00e0 1976. Prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine avec Fran\u00e7ois Jacob et Andr\u00e9 Lwoff pour ses travaux en g\u00e9n\u00e9tique, il lance avec Fran\u00e7ois Jacob le projet de cr\u00e9ation d\u2019un centre de recherche sp\u00e9cialis\u00e9 en biologie mol\u00e9culaire \u2013 Institut Jacques-Monod en 1982.<\/p><p>Son essai<em> Le Hasard et la n\u00e9cessit\u00e9<\/em> (1970) porta les d\u00e9bats en mati\u00e8re de biologie sur la place publique. Monod y expose ses vues sur la nature et le destin de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019univers, concluant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ancienne alliance est rompue\u00a0; l\u2019homme sait enfin qu\u2019il est seul dans l\u2019immensit\u00e9 indiff\u00e9rente de l\u2019Univers, d\u2019o\u00f9 il a \u00e9merg\u00e9 par hasard. Non plus que son destin, son devoir n\u2019est \u00e9crit nulle part. \u00c0 lui de choisir entre le Royaume et les t\u00e9n\u00e8bres.\u00a0\u00bb Adh\u00e9rent au Parti communiste fran\u00e7ais au lendemain de la guerre, il prend ses distances en 1948, au moment de l\u2019affaire Lyssenko.<\/p><p>Ses apports \u00e0 la biologie mol\u00e9culaire sont consid\u00e9rables. Il met en \u00e9vidence l\u2019existence d\u2019une mol\u00e9cule servant de lien entre le g\u00e9nome (<span class=\"caps\">ADN<\/span>) et les prot\u00e9ines\u00a0: l\u2019<span class=\"caps\">ARN<\/span> messager. L\u2019acide ribonucl\u00e9ique messager, <span class=\"caps\">ARN<\/span> messager, est une copie transitoire d\u2019une portion de l\u2019<span class=\"caps\">ADN<\/span> correspondant \u00e0 un ou plusieurs g\u00e8nes. Il est utilis\u00e9 comme interm\u00e9diaire par les cellules pour la synth\u00e8se des prot\u00e9ines. Le concept d\u2019<span class=\"caps\">ARN<\/span> messager a valu le prix Nobel \u00e0 Jacques Monod, Fran\u00e7ois Jacob et leurs collaborateurs \u00e0 l\u2019Institut Pasteur. Son application engendre une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de vaccins, notamment contre la Covid.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Merci la Terre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Haroun <span class=\"caps\">TAZIEFF<\/span> (1914-1998). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Ing\u00e9nieur agronome, ing\u00e9nieur des mines, volcanologue et \u00e9crivain, n\u00e9 russe puis naturalis\u00e9 successivement belge (1936) et fran\u00e7ais (1971, consid\u00e9r\u00e9 en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger comme l\u2019un des cr\u00e9ateurs de la volcanologie moderne.<\/p><p>Explorateur soucieux de vulgarisation scientifique au meilleur sens du terme, il r\u00e9alise<em> Les Rendez-Vous du Diable<\/em>, film prim\u00e9 plusieurs fois.<\/p><p>Il se passionne aussi pour la mer, accompagnant l\u2019autre grand vulgarisateur scientifique Jacques-Yves Cousteau sur la Calypso d\u00e8s 1951. Multipliant les campagnes de terrain, il devient sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9tude sur le vif de la ph\u00e9nom\u00e9nologie des \u00e9ruptions, r\u00e9v\u00e9lant l\u2019importance des \u00e9ruptions sous-marines qu\u2019il fut le premier \u00e0 observer, d\u00e9crire et analyser aux A\u00e7ores.<\/p><p>Fondateur de la volcanologie moderne, il plaide pour le d\u00e9veloppement multidisciplinaire. Ses innovations concernent autant les concepts que les instruments de mesure, les moyens d\u2019acc\u00e8s aux bouches \u00e9ruptives actives, la protection des chercheurs de terrain et la pr\u00e9vention des risques pour les populations locales \u2013 science naturellement inexacte, d\u2019o\u00f9 certaines pol\u00e9miques sur les injonctions qu\u2019il donna parfois. Il valide aussi la fameuse th\u00e9orie de la tectonique des plaques entre continents.<\/p><p>\u00c0 sa mort, la presse grand public et les sp\u00e9cialistes sont unanimes \u00e0 lui dire merci.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans l\u2019Histoire en citations. La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au XIXe si\u00e8cle comme aujourd&#8217;hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":233,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9182"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9182\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15731,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9182\/revisions\/15731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}