{"id":9184,"date":"2021-11-15T00:00:00","date_gmt":"2021-11-14T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-mots-de-la-fin-des-auteurs\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:10","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:10","slug":"les-mots-de-la-fin-des-auteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin-des-auteurs\/","title":{"rendered":"Les Mots de la fin des auteurs"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9184\" class=\"elementor elementor-9184\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6424b8c e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"6424b8c\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-38874ad elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"38874ad\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p><p>La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle comme aujourd\u2019hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, dramaturge ou acteur, artiste ou scientifique, d\u2019o\u00f9 le classement th\u00e9matique en neuf cat\u00e9gories. Le sexe ou l\u2019\u00e2ge ne jouent gu\u00e8re et certaines \u00ab\u00a0morts \u00e0 contremploi\u00a0\u00bb surprennent.<\/p><p>Quelques personnages cumulent deux ou trois mots de la fin\u00a0: J\u00e9sus, Voltaire, Hugo\u2026 Une p\u00e9riode se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement riche, la R\u00e9volution\u00a0: pendant six ans, la guillotine tue beaucoup plus que la maladie ou la vieillesse et la situation donne du talent, voire du g\u00e9nie (improvis\u00e9 ou pas).<\/p><p>Quelques mots sont biss\u00e9s au fil des si\u00e8cles, le plus fr\u00e9quent \u00e9tant le plus \u00e9mouvant\u00a0: \u00ab\u00a0Maman.\u00a0\u00bb<\/p><p>Au final, on notera l\u2019\u00e9tonnante vari\u00e9t\u00e9 de tons et de styles, entre le drame et l\u2019humour, le courage et la peur, le lyrisme ou la pudeur, la simplicit\u00e9 quotidienne ou la pause pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Reste une impression dominante\u00a0: la sinc\u00e9rit\u00e9 de ces derniers instants. \u00c0 vous de juger, dans cet \u00e9dito en quatre semaines.<\/p><h4><span class=\"caps\">III<\/span>. Auteurs (philosophes, po\u00e8tes, \u00e9crivains, dramaturges, journalistes, historiens\u2026)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Criton, nous devons un coq \u00e0 Esculape. Payez cette dette.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SOCRATE<\/span> (470 av J.-C.-399 av J.-C.). <em>Encyclop\u00e9die Universalis<\/em>.<\/p><\/blockquote><p>Sacrifier un coq au dieu de la sant\u00e9 \u00e9tait rituel pour les agonisants dans l\u2019Antiquit\u00e9 grecque. L\u2019animal \u00e9gorg\u00e9 est remis au m\u00e9decin en guise d\u2019honoraires et Socrate voulait respecter la coutume \u00e0 valeur symbolique\u00a0: annonciateur du jour, le coq est garant de l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me.\u00a0<\/p><p>Socrate charge donc Criton et ses amis de cette mission, avant de boire la cigu\u00eb, apr\u00e8s sa condamnation \u00e0 mort qu\u2019il accepte \u00ab\u00a0tout tranquillement, tout facilement\u00a0\u00bb \u00e9crira Platon. \u00c0 sa femme Xantippe pleurant de le voir p\u00e9rir innocent, il avait dit\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Aurais-tu pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que je meure coupable\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong> Autre mot de la fin cit\u00e9.<\/p><p>Socrate est l\u2019un des cr\u00e9ateurs de la philosophie morale, mais il ne laisse aucun \u00e9crit. Ses disciples, Platon et X\u00e9nophon, ont contribu\u00e9 \u00e0 maintenir l\u2019image de leur ma\u00eetre, mis en sc\u00e8ne dans leurs \u0153uvres.<\/p><p>D\u00e9j\u00e0 renomm\u00e9 de son vivant, Socrate deviendra l\u2019un des penseurs les plus illustres dans l\u2019histoire de la philosophie et une ic\u00f4ne sans fin reprise et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine. Au-del\u00e0 de la sph\u00e8re philosophique, c\u2019est un personnage entour\u00e9 de l\u00e9gendes, comparable \u00e0 J\u00e9sus qui doit tant \u00e0 ses disciples.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire aller en enfer et pas au ciel. J\u2019y appr\u00e9cierai la compagnie des papes, des princes et des rois, alors qu\u2019au ciel ne s\u2019y trouvent que les mendiants, les moines et les ap\u00f4tres.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MACHIAVEL<\/span> (1469-1527) refusant l\u2019aide d\u2019un pr\u00eatre. <em>Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Humaniste de la Renaissance, n\u00e9 et mort \u00e0 Florence, po\u00e8te et auteur de th\u00e9\u00e2tre, il reste comme th\u00e9oricien de la politique, de l\u2019histoire et de la guerre. Diplomate en mission aupr\u00e8s de la papaut\u00e9 et de la cour de France, il observe quinze ans durant la m\u00e9canique du pouvoir et le jeu des ambitions concurrentes\u00a0: <em>Le Prince<\/em>,\u00a0 son \u0153uvre majeure d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Laurent <span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, sera nourrie de cette vision r\u00e9aliste. Mais comment faut-il lire\u00a0ces <span class=\"caps\">XXVI<\/span> chapitres \u2013 plus souvent comment\u00e9s\u00a0que lus (comme <em>Le Capital de Marx<\/em>)\u00a0!?<\/p><p>L\u2019auteur s\u00e9pare la politique de la morale et de la religion avec une radicalit\u00e9 machiav\u00e9lienne, sinon machiav\u00e9lique\u00a0! Le machiav\u00e9lisme vu comme volont\u00e9 de tromper donnerait donc une le\u00e7on de cynisme et d\u2019immoralisme. Pour d\u2019autres ex\u00e9g\u00e8tes, son r\u00e9alisme oppose faits politiques et valeurs morales, toute action politique obligeant l\u2019homme d\u2019\u00c9tat \u00e0 trancher entre \u00e9thique de la responsabilit\u00e9 et \u00e9thique de la conviction.<\/p><p>Autre constatation\u00a0: pas de politique sans mouvement, conflits et ruptures violentes. Si le recours \u00e0 la force est admis, la rh\u00e9torique peut servir \u00e0 convaincre l\u2019autre. Reste la \u00ab\u00a0virt\u00f9\u00a0\u00bb, m\u00e9lange d\u2019habilet\u00e9, de puissance individuelle et de flair utiles pour contrer la force aveugle et la mauvaise fortune. Les deux interpr\u00e9tations de Machiavel s\u2019opposent, alors qu\u2019elles devraient se compl\u00e9ter dans le meilleur des mondes possibles \u2013 mais fatalement utopique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai rien, je dois beaucoup, je l\u00e8gue le reste aux pauvres \u2026 La farce est finie\u00a0: tirez le rideau.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (1494-1553). <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Deux mots de la fin en un\u00a0! On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches. Et voici le troisi\u00e8me\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Je pars en qu\u00eate d\u2019un grand peut-\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/strong> Moine (d\u00e9froqu\u00e9) et anticl\u00e9rical, chr\u00e9tien et libre penseur, m\u00e9decin mais bon vivant affich\u00e9, cette riche personnalit\u00e9 a bien et beaucoup v\u00e9cu, \u00e9crit et innov\u00e9 en presque tout pour devenir un classique d\u2019un genre\u2026 unique en son genre. Reste la langue de Rabelais, d\u2019une richesse foisonnante, innovante, affolante\u2026 et r\u00e9volutionnaire. Elle nous \u00e9tonne encore. Bien jou\u00e9, l\u2019artiste\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu, mes chers amis\u00a0; je m\u2019en vais le premier pour vous pr\u00e9parer la place.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585). <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Prince des po\u00e8tes et po\u00e8te des princes\u00a0\u00bb, po\u00e8te engag\u00e9 (catholique et patriote) dans la tourmente des guerres de Religion, cr\u00e9ateur de la Pl\u00e9iade (groupe de huit po\u00e8tes fran\u00e7ais), il a d\u00e9j\u00e0 perdu ses amis et confr\u00e8res Du Bellay, Ba\u00eff, Belleau, Jodelle, mais aussi le jeune roi Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> qui adorait son pr\u00e9cepteur et quelques personnalit\u00e9s politiques.<\/p><p>Outre sa surdit\u00e9 qui l\u2019a emp\u00each\u00e9 de faire carri\u00e8re dans la diplomatie, ses crises de goutte se font de plus en plus invalidantes. Le sexag\u00e9naire s\u2019\u00e9teint dans la nuit du 27 au 28 d\u00e9cembre 1585, entour\u00e9 de ses amis Jean Galland (son \u00e9diteur), Claude Binet (avocat, po\u00e8te et son premier biographe) et Jacques Davy du Perron (diplomate, po\u00e8te et pr\u00e9lat), dans son prieur\u00e9 Saint-Cosme de Tours, au c\u0153ur du Val de Loire qui lui est si cher.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la mort que je crains, mais de mourir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592).<em> Friandises litt\u00e9raires<\/em> (2008), Joseph Vebret.<\/p><\/blockquote><p>Philosophe de la sagesse et de la tol\u00e9rance (vertu rare au temps des guerres de Religion), il pensait dans sa jeunesse \u00e0 la mort en sto\u00efcien pour qui \u00ab\u00a0la grande affaire de l\u2019homme est de se pr\u00e9parer \u00e0 bien mourir.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il finira en sage \u00e9picurien. Il faut suivre la nature sans se soucier de la mort qui viendra toujours \u00e0 son heure\u00a0: \u00ab\u00a0La mort est bien le bout, non pas le but de la vie\u00a0; la vie doit \u00eatre pour elle-m\u00eame son but, son dessein.\u00a0\u00bb Les <em>Essais<\/em> s\u2019ach\u00e8vent sur une invitation au bonheur de vivre. C\u2019est le \u00ab\u00a0<em>Carpe diem<\/em>\u00a0\u00bb cher \u00e0 Ronsard, lui-m\u00eame inspir\u00e9 d\u2019Horace, po\u00e8te latin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai 30\u00a0000 livres de rentes\u2026 et je meurs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">DESPORTES<\/span> (1546-1606). <em>Friandises litt\u00e9raires<\/em> (2008), Joseph Vebret<\/p><\/blockquote><p>Le po\u00e8te eut son heure de gloire, compar\u00e9 m\u00eame \u00e0 Ronsard, ce qui est excessif. Combl\u00e9 d\u2019honneurs et de biens, \u00ab\u00a0le plus courtisan et le plus abb\u00e9 des po\u00e8tes\u00a0\u00bb (selon le critique Sainte-Beuve au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle) dut constater \u00e0 son tour cette \u00e9vidence\u00a0: tout l\u2019or du monde ne peut rien contre l\u2019in\u00e9luctable.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 un pied dans l\u2019\u00e9trier.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Miguel de <span class=\"caps\">CERVANT\u00c8S<\/span> (1547-1616).<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Il fut d\u2019abord soldat, perdant l\u2019usage de sa main gauche (paralys\u00e9e) suite \u00e0 la bataille navale de L\u00e9pante (1571) au large de la Gr\u00e8ce, d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0Manchot de L\u00e9pante\u00a0\u00bb. De retour vers l\u2019Espagne en 1575, l\u2019aventurier est captur\u00e9 par les Barbaresques, fait quatre tentatives d\u2019\u00e9vasion, mais reste captif \u00e0 Alger. En 1580, rachet\u00e9 en m\u00eame temps que d\u2019autres prisonniers espagnols, il regagne enfin son pays.<\/p><p>Mari\u00e9 puis s\u00e9par\u00e9 de son \u00e9pouse, occupant diverses fonctions, il se voue alors \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Le th\u00e9\u00e2tre ne lui r\u00e9ussit pas, mais il a plus de chance dans le roman pastoral, avant de rencontrer la gloire avec <span class=\"caps\">LE<\/span> personnage de sa vie. Il meurt hant\u00e9 par son<em> Don Quichotte<\/em> (1605-1615), \u00ab\u00a0Chevalier errant \u00e0 la triste figure\u00a0\u00bb. Tous les auteurs ont plus ou moins tendance \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 leurs personnages et dans ce cas, la fronti\u00e8re entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement incertaine.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez plus, votre mauvais style me d\u00e9go\u00fbte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628) interrompant son confesseur. <em>Dictionnaire amoureux de l\u2019Humour<\/em> (2012), Jean-Loup Chiflet.<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te officiel d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et de Marie de M\u00e9dicis, il passe du style baroque au classique et va influencer la langue fran\u00e7aise, l\u2019une des grandes affaires du temps. Puriste \u00e0 l\u2019extr\u00eame, il le reste vraiment jusqu\u2019\u00e0 la fin\u00a0et l\u2019auteur l\u2019emporte ici sur le chr\u00e9tien \u2013 l\u2019inverse \u00e9tant plus courant, surtout \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p><p>Mais le chr\u00e9tien eut aussi son mot de la fin, r\u00e9solu in extremis \u00e0 se confesser \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fera pas un paradis expr\u00e8s pour moi.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2026 Eh bien, Dante m\u2019emmerde\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Lope de <span class=\"caps\">VEGA<\/span> (1562-1635), mot de la fin et cri du c\u0153ur. <em>Vous n\u2019aurez pas le dernier mot\u00a0! Petite anthologie d\u00e9sinvolte des plus belles r\u00e9parties<\/em> (2006), Jean Piat et Patrick Wajsman. \u00c9galement cit\u00e9 dans <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te espagnol cr\u00e9ateur la <em>comedia nueva<\/em> (tragi-com\u00e9die), \u00e9crivain majeur du Si\u00e8cle d\u2019or, surnomm\u00e9 par son confr\u00e8re Cervant\u00e8s \u00ab\u00a0le Ph\u00e9nix\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le Monstre de la nature\u00a0\u00bb, il \u00e9crit quelques 3 000 sonnets, 9 \u00e9pop\u00e9es, des romans, 1 800 pi\u00e8ces profanes, 400 drames religieux, de nombreux interm\u00e8des\u2026 menant dans le m\u00eame \u00e9lan une vie d\u2019aventures o\u00f9 les amours (coupables) se succ\u00e8dent, jusqu\u2019\u00e0 une crise existentielle. Entr\u00e9 dans l\u2019ordre religieux des Hospitaliers, ses besoins amoureux le porteront encore vers d\u2019autres aventures. Bref, une riche nature\u00a0!<\/p><p>Non conformiste jusqu\u2019\u00e0 la fin, il demande au m\u00e9decin si sa mort est certaine, ayant une r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 faire de telle nature qu\u2019apr\u00e8s, la vie deviendrait impossible. \u00ab\u00a0Je vous \u00e9coute, mon fils. Quel est ce lourd secret\u00a0? \u2013 Eh\u00a0! bien Dante m\u2019emmerde et m\u2019a toujours emmerd\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Crime de l\u00e8se-Litt\u00e9rature contre l\u2019auteur de la <em>Divine Com\u00e9die<\/em>, le \u00ab\u00a0P\u00e8re de la langue italienne\u00a0\u00bb, g\u00e9nie incontest\u00e9. Voil\u00e0, c\u2019est dit, et \u00ab\u00a0le Ph\u00e9nix\u00a0\u00bb espagnol meurt.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais ou je m\u2019en va\u2026 L\u2019un et l\u2019autre se dit ou se disent.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VAUGELAS<\/span> (1585-1650).<em> Dictionnaire des curieux<\/em> (1880), Ch. Ferrand.<\/p><\/blockquote><p>Grammairien, c\u2019est en 1634 l\u2019un des premiers membres de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise qui eut l\u2019heur de plaire au cardinal de Richelieu. Il consacrera quinze ans de sa vie au <em>Dictionnaire<\/em>, pri\u00e9 par le cardinal de ne pas oublier le mot \u00ab\u00a0pension\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 quoi il vit.<\/p><p>Comme nombre d\u2019auteurs (et d\u2019artistes en tous genres), la passion de son m\u00e9tier l\u2019a suivi jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Deux si\u00e8cles plus tard, en 1851, \u00c9mile Littr\u00e9 (p\u00e8re du dictionnaire \u00e9ponyme) aura le m\u00eame mot de la fin souvent cit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je l\u00e8gue tous mes biens \u00e0 mon \u00e9pouse, \u00e0 condition qu\u2019elle se remarie. Ainsi, il y aura tout de m\u00eame un homme qui regrettera ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660). <em>Dictionnaire amoureux de l\u2019Humour<\/em> (2012), Jean-Loup Chiflet.<\/p><\/blockquote><p>Auteur du <em>Roman comique<\/em>,\u00a0 pensionn\u00e9 comme \u00ab\u00a0malade de la reine\u00a0\u00bb, c\u2019est l\u2019un des seuls pamphl\u00e9taires osant signer ses mazarinades contre le tout puissant cardinal Mazarin. Infirme en fauteuil roulant (sans doute atteint d\u2019une spondylarthrite ankylosante), il \u00e9pouse\u00a0 \u00e0 42 ans une orpheline sans fortune de 16 ans.<\/p><p>Le\u00a0 premier mari de la future Madame de Maintenon ne pouvait imaginer que le second serait Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> en personne, apparemment tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Madame de Maintenant\u00a0\u00bb, personnage tr\u00e8s discut\u00e9 par les contemporains comme par les historiens. Il est vrai qu\u2019entre temps, la femme avait bien chang\u00e9\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sens autre chose qu\u2019une difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre. Je ne croyais pas faire tant de fa\u00e7ons pour mourir.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FONTENELLE<\/span> (1657-1757), \u00e2g\u00e9 de 99 ans. <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te et philosophe, \u00e9lu en 1691 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, on lui doit cette \u00e9pigramme\u00a0plaisante et toujours valable\u00a0: \u00ab\u00a0Sommes-nous trente-neuf, on est \u00e0 nos genoux, \/ Sommes-nous quarante, on se moque de nous.\u00a0\u00bb Fontenelle fut donc tr\u00e8s courtis\u00e9, ne lib\u00e9rant son fauteuil que soixante-six ans apr\u00e8s. Le mot de la fin de ce quasi-centenaire sera souvent cit\u00e9 par Sacha Guitry qui appr\u00e9ciait ce genre d\u2019humour et mourut fort souffrant.<\/p><p>Le vieil acad\u00e9micien qui se lassait d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0immortel\u00a0\u00bb au temps o\u00f9 l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e9tait beaucoup plus courte dit aussi\u00a0plaisamment\u00a0: \u00ab\u00a0Il est temps que je m\u2019en aille\u00a0! Je commen\u00e7ais \u00e0 voir les choses telles qu\u2019elles sont.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne ha\u00efssant pas mes ennemis, en d\u00e9testant la superstition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18\u00a0f\u00e9vrier 1778. <em>Choix de testaments anciens et modernes<\/em> (1829), Gabriel Peignot.<\/p><\/blockquote><p>Ses derniers mots, soigneusement \u00e9crits de sa plume et destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre publi\u00e9s, sont pour la tol\u00e9rance, le combat de sa vie. Fort \u00e2g\u00e9 et malade, il ne voulait pas rater son mot de la fin, autrement dit sa sortie. Mais il eut l\u2019art de se m\u00e9nager, tout en travaillant avec acharnement \u2013 les \u0152uvres compl\u00e8tes publi\u00e9es par la <em>Voltaire Foundation<\/em> et l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford comptent 203 volumes, dont une <em>Correspondance<\/em> monumentale \u2013 plus de 15 000 lettres sur un total parfois estim\u00e9 \u00e0 40\u00a0000\u00a0! Tout cela naturellement manuscrit.<\/p><p>Voltaire meurt cinq mois plus tard, le 30\u00a0mai \u2013 apr\u00e8s que la Com\u00e9die Fran\u00e7aise ait rendu hommage \u00e0 l\u2019auteur tragique de retour \u00e0 Paris pour l\u2019\u00e9v\u00e9nement, statufi\u00e9 de son vivant et aujourd\u2019hui injouable. Les cendres du plus c\u00e9l\u00e8bre philosophe des Lumi\u00e8res seront transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution \u2013 honneur partag\u00e9 avec Rousseau.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019arr\u00eaterais de mourir, s\u2019il me venait un bon mot ou une bonne id\u00e9e.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778). <em>\u00c9tonnant Sacha Guitry<\/em> (1985), James Harding, Charles Floquet.<\/p><\/blockquote><p>Sacha Guitry collectionnait les mots de la fin et ce (second) mot de Voltaire ne pouvait que l\u2019enchanter par son esprit. Preuve que ce fameux esprit n\u2019a jamais quitt\u00e9 l\u2019homme de g\u00e9nie qui incarne le si\u00e8cle des Lumi\u00e8re, souvent admir\u00e9 mais parfois d\u00e9test\u00e9 \u2013 notamment par Rousseau, son meilleur ennemi, mort quelques mois apr\u00e8s lui.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voyez comme le ciel est pur et serein. J\u2019y vais\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Si peu de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et tant de souffrances dans la vie de ce philosophe\u00a0! Il tranche sur ses confr\u00e8res et fait exception \u00e0 la r\u00e8gle du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res qui affiche son bonheur de vivre \u2013 du moins dans la classe des privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p><p>Rousseau en fut cruellement et personnellement conscient dans sa vie et ses \u0153uvres\u00a0: \u00ab\u00a0On a tout avec de l\u2019argent, hormis des m\u0153urs et des citoyens.\u00a0\u00bb R\u00e9action violente contre la d\u00e9cadence des m\u0153urs d\u2019un pays gris\u00e9 par sa propre civilisation. Il juge en moraliste et philosophe, mais aussi en \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0asocial\u00a0\u00bb, cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019argent devient la mesure de tout, tandis que le plaisir, le luxe, la jouissance et parfois la d\u00e9bauche s\u2019affichent.<\/p><p>Sinc\u00e8rement \u00e9pris de nature et de solitude (en cela d\u00e9j\u00e0 romantique), mais inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution, Jean-Jacques conclut dans un dernier paradoxe de ses<em> R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb De quoi souhaiter un au-del\u00e0 plus cl\u00e9ment\u2026 Que de mourants ont eu la m\u00eame pens\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! mon ami, je m\u2019en vais enfin de ce monde o\u00f9 il faut que le c\u0153ur se brise ou se bronze.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794) \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s. <em>Revue des Deux Mondes<\/em> (1848) Tome <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te et auteur de th\u00e9\u00e2tre (\u00e0 la mode), journaliste et surtout moraliste, enfant naturel qui surmonta ce handicap social pour devenir l\u2019un des \u00e9crivains les plus appr\u00e9ci\u00e9s des salons parisiens o\u00f9 il brille. La quarantaine venue, il vit une liaison passionn\u00e9e avec la veuve d\u2019un m\u00e9decin du comte d\u2019Artois. La mort brutale de cette femme le laisse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p><p>Chamfort sera ensuite s\u00e9duit par la R\u00e9volution, sans pouvoir \u00eatre d\u2019un camp ou d\u2019un autre. Emprisonn\u00e9, lib\u00e9r\u00e9 mais \u00e0 nouveau suspect, pour \u00e9viter la prison, il tente de se suicider au pistolet, puis au couteau \u2013 ratage total, une vraie boucherie\u00a0! On sauve le bless\u00e9 perdant son sang, mais il reste affaibli, mourant quatre mois plus tard.<\/p><p>Autre mot de la fin pr\u00eat\u00e9 \u00e0 Chamfort refusant l\u2019extr\u00eame-onction de mani\u00e8re plaisante\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Je vais faire semblant de ne pas mourir.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! je n\u2019ai rien fait pour la post\u00e9rit\u00e9\u00a0; et pourtant, j\u2019avais quelque chose l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">CH\u00c9NIER<\/span> (1762-1794), se frappant le front avant de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 25\u00a0juillet 1794. Mot de la fin d\u2019un po\u00e8te.<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0post\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote><p>Le po\u00e8te s\u2019est engag\u00e9 avec enthousiasme dans la R\u00e9volution, avant de s\u2019opposer aux Girondins. Plut\u00f4t que d\u2019\u00e9migrer, il tenta de sauver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. C\u2019\u00e9tait un suspect id\u00e9al\u00a0! Son fr\u00e8re cadet, Marie-Joseph Ch\u00e9nier, lui-m\u00eame suspect, n\u2019a rien pu faire pour le sauver.<\/p><p>C\u2019est l\u2019une des derni\u00e8res victimes de la Terreur (guillotin\u00e9 deux jours avant l\u2019arrestation de Robespierre\u00a0!)\u00a0: avec autant de courage que de talent, de son \u00ab\u00a0c\u0153ur gros de haine, affam\u00e9 de justice\u00a0\u00bb, le po\u00e8te de 32 ans crie jusqu\u2019\u00e0 la fin sa r\u00e9volte contre les exactions, mourant en auteur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de n\u2019avoir pas achev\u00e9 son \u0153uvre. Cette insatisfaction r\u00e9currente et tenaillante se manifesta chez nombre d\u2019artistes et de scientifiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonne nuit tout le monde\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Dernier\u00a0 mot lanc\u00e9 \u00e0 la ronde, quand il va se coucher apr\u00e8s une soir\u00e9e entre amis. On le retrouve le lendemain matin, mort d\u2019une apoplexie foudroyante dans la nuit du 17 mai 1799.<\/p><p>Beaumarchais eut une vie belle et bien remplie\u00a0: aventurier, agent secret, trafiquant d\u2019armes, affairiste tout terrain, proc\u00e9durier souvent gagnant\u2026 et homme de th\u00e9\u00e2tre g\u00e9nial. L\u2019auteur du <em>Barbier de S\u00e9ville<\/em> et du <em>Mariage de Figaro<\/em> battit des records d\u2019audience et de popularit\u00e9 m\u00e9rit\u00e9s \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, dans un si\u00e8cle des Lumi\u00e8res o\u00f9 la th\u00e9\u00e2tromanie fait fureur dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019obstination du g\u00e9nial Voltaire \u00e0 \u00e9crire des trag\u00e9dies, seul genre o\u00f9 la post\u00e9rit\u00e9 ne lui reconna\u00eet aucun talent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est temps de contempler l\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Bel esprit fort caustique vis-\u00e0-vis des beaux esprits de son temps, bient\u00f4t grand \u00e9crivain politique d\u00e9fenseur de la monarchie, il voit la vertu r\u00e9volutionnaire dans les id\u00e9es des philosophes pourtant non r\u00e9volutionnaires et se vante \u00e0 sa mani\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb<\/p><p>Monarchiste et rare humoriste de cette \u00e9poque tragique, Rivarol est un homme d\u2019ordre. Il pressent le risque couru et quitte Paris le 10\u00a0juin 1792, peu de jours avant l\u2019irruption des \u00ab\u00a0brigands\u00a0\u00bb dans sa maison. Esp\u00e9rant rentrer en France sous le Directoire, il fut pr\u00e8s d\u2019y parvenir apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat napol\u00e9onien du 18 brumaire, mais il tombe malade et meurt en exil \u00e0 Berlin, le 11 avril 1801, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 47 ans et sur ce mot de la fin somme toute fataliste\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sens que je quitte la terre et non la vie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Bernardin de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PIERRE<\/span> (1737-1814) r\u00e9confortant ses proches qui l\u2019entourent. <em>Friandises litt\u00e9raires<\/em> (2008), Joseph Vebret.<\/p><\/blockquote><p>\u00c9crivain et botaniste \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 les nouvelles sciences (diffus\u00e9es par <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>) tentent nombre de litt\u00e9raires, il obtient en 1768 un brevet de capitaine-ing\u00e9nieur et part pour l\u2019\u00cele de France (aujourd\u2019hui \u00cele Maurice). De retour \u00e0 Paris, il devient l\u2019un des rares amis de Rousseau dont il partage les valeurs naturelles qui font le charme de son roman le plus connu,<em> Paul et Virginie<\/em> (1788). Il d\u00e9crit avec force les sentiments amoureux et la nostalgie du paradis perdu, inspir\u00e9 par ses amours malheureuses avec Fran\u00e7oise Robin, tr\u00e8s jeune femme du premier intendant des \u00celes de France et de Bourbon.<\/p><p>Au-del\u00e0 du cadre exotique et de la soci\u00e9t\u00e9 idyllique qu\u2019il se pla\u00eet \u00e0 d\u00e9crire, Bernardin de Saint-Pierre expose dans ce roman sa vision pessimiste de l\u2019existence, dans un registre path\u00e9tique et na\u00eff propre \u00e0 l\u2019air du temps.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sens d\u00e9j\u00e0 les fleurs pousser sur moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">John <span class=\"caps\">KEATS<\/span> (1795-1821). <em>Encyclop\u00e9die Universalis.<\/em><\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te anglais romantique, il appartient \u00e0 la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que Lord Byron et Shelley.<\/p><p>Richesse m\u00e9lancolique d\u2019une imagerie sensuelle, imaginaire paroxystique tout en m\u00e9taphore de son inspiration, langage po\u00e9tique et lenteur \u00e9tudi\u00e9e \u2013 cela fait partie de son g\u00e9nie\u2026<\/p><p>Son fr\u00e8re Tom meurt de la tuberculose (le mal du si\u00e8cle) et John apprend qu\u2019il est lui aussi atteint de cette maladie presque toujours mortelle \u2013 comparable au <span class=\"caps\">SIDA<\/span> des ann\u00e9es 1980. Dans un po\u00e8me de jeunesse, il avait demand\u00e9 dix ans de carri\u00e8re po\u00e9tique pour atteindre son but. Le destin en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. M\u00eame la passion amoureuse qui le mine restera inaboutie \u2013 cela se lit dans<em> La Belle Dame sans merci<\/em> (1819), m\u00e9taphore d\u2019un chevalier captif d\u2019une femme-vampire. Sans plus d\u2019espoir d\u2019avenir, il appelle \u00e0 lui la mort\u00a0: \u00ab\u00a0Je sens les fleurs pousser sur moi\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e8te-t-il avant l\u2019heure. Il part en Italie, appel\u00e9 par Shelley, mais choisit de mourir seul \u00e0 Rome. Sa vie et son \u0153uvre repr\u00e9sentent l\u2019arch\u00e9type d\u2019un certain romantisme, aux antipodes de nos Chateaubriand, Hugo et m\u00eame Musset, l\u2019enfant du si\u00e8cle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Mehr Licht\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> <br>\u00ab\u00a0Plus de lumi\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832).<em> L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Telles furent les derniers mots de Goethe, deux fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur son lit de mort. L\u2019anecdote, c\u00e9l\u00e8bre en raison du nom de l\u2019auteur de g\u00e9nie unanimement reconnu, refl\u00e8te l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale entre le visible et les id\u00e9es. Le grand penseur des Lumi\u00e8res souhaitait-il par cette injonction acc\u00e9der \u00e0 un id\u00e9al de connaissance absolue\u00a0? Ou simplement, regard embu\u00e9 par l\u2019\u00e9puisement extr\u00eame, le mourant r\u00e9clamait-il qu\u2019on ouvre les rideaux de sa chambre pour faire entrer la clart\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur trop sombre\u00a0? \u00ab\u00a0Plus de lumi\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Ces derniers mots de Goethe sont devenus une expression allemande synonyme de\u00a0\u00ab\u00a0plus de savoir, plus de v\u00e9rit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb Mais est-ce un espoir, une demande d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, un regret\u2026 Nul ne le saura jamais et ce myst\u00e8re fait la force de ces mots.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Huit jours avec de la fi\u00e8vre\u00a0! J\u2019aurais encore eu le temps d\u2019\u00e9crire un livre.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850) avant son agonie. <em>Dictionnaire de la mort<\/em> (1967), Robert Sabatier.<\/p><\/blockquote><p>En plein d\u00e9lire, il appela l\u2019un des personnages\u00a0de sa monumentale<em> Com\u00e9die humaine<\/em>, m\u00e9decin de son \u00e9tat\u00a0: \u00ab\u00a0Bianchon\u00a0! Appelez Bianchon\u00a0! Lui me sauvera\u00a0!\u00a0\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 la fin, fiction et r\u00e9alit\u00e9 se m\u00ealent chez cet infatigable g\u00e9ant des lettres, mort au tournant de la cinquantaine d\u2019un exc\u00e8s de travail (et de caf\u00e9).<\/p><p>Il a \u00e9crit par passion et feuilletonn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces, mais c\u2019\u00e9tait aussi pour payer ses dettes d\u2019imprimeur, dans une entreprise \u00e9conomique malheureuse. L\u2019argent fut un probl\u00e8me pour bien des artistes au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, si\u00e8cle du capitalisme roi et sauvage. Mais beaucoup profit\u00e8rent aussi du march\u00e9 et de la nouvelle rentabilit\u00e9 des \u0153uvres, lib\u00e9r\u00e9s du m\u00e9c\u00e9nat apr\u00e8s des si\u00e8cles de d\u00e9pendance personnelle parfois humiliante\u00a0! Hugo en est le plus illustre exemple.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi pas, dit-il, c\u2019est son m\u00e9tier\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Heinrich <span class=\"caps\">HEINE<\/span> (1797-1856) importun\u00e9 sur son lit de mort par un pr\u00eatre r\u00e9p\u00e9tant que Dieu lui pardonnerait.<em> L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0dernier po\u00e8te du romantisme\u00a0\u00bb \u00e9leva le langage quotidien au rang de langue po\u00e9tique et le r\u00e9cit de voyage au rang de genre artistique, offrant \u00e0 la litt\u00e9rature allemande une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui lui faisait d\u00e9faut. Pour preuve, peu de po\u00e8tes furent aussi souvent traduits et mis en musique.<\/p><p>Journaliste critique et politiquement engag\u00e9, essayiste, satiriste et pol\u00e9miste, Heine fut aussi admir\u00e9 que redout\u00e9. Ses origines juives ainsi que ses choix politiques lui valurent hostilit\u00e9 et ostracisme. Ce r\u00f4le de marginal marque sa vie, ses \u00e9crits et l\u2019histoire mouvement\u00e9e de la r\u00e9ception de son \u0153uvre, jusqu\u2019au mot de la fin qui reste un d\u00e9fi \u00e0 la religion.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dormir\u00a0! Enfin, je vais dormir\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857). <em>Classiques Garnier<\/em> (en ligne).<\/p><\/blockquote><p>L\u2019\u00ab\u00a0enfant du si\u00e8cle\u00a0\u00bb tra\u00eena une existence d\u00e9senchant\u00e9e, cherchant des stimulants dans la d\u00e9bauche et l\u2019alcool, sans jamais parvenir \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9tourdir sa mis\u00e8re\u00a0\u00bb. Il avoue tr\u00e8s jeune\u00a0: \u00ab\u00a0Ma machine est us\u00e9e\u00a0\u00bb. En 1839, il tente de se suicider, apr\u00e8s un acc\u00e8s de d\u00e9sespoir\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai perdu ma force et ma vie, \/ Et mes amis et ma gaiet\u00e9; \/ J\u2019ai perdu jusqu\u2019\u00e0 la fiert\u00e9 \/ Qui faisait croire \u00e0 mon g\u00e9nie\u00a0\u00bb. \u00c0 partir de 1840, la souffrance physique le traque sans r\u00e9pit\u00a0: crises de nerfs, fi\u00e8vres, pleur\u00e9sie, jusqu\u2019\u00e0 la maladie de c\u0153ur qui l\u2019emporta. Il meurt en laissant \u00e9chapper ce cri de lassitude infinie\u00a0: \u00ab\u00a0Dormir\u00a0! Enfin, je vais dormir\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mais selon certaines sources, son fr\u00e8re Paul de Musset, absent \u00e0 ses derniers instants, aurait invent\u00e9 ce mot de la fin shakespearien, d\u2019ailleurs inspir\u00e9 de Byron. On ne quitte pas la famille romantique et l\u2019implacable logique existentielle qui marque ce si\u00e8cle plus qu\u2019aucun autre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non\u00a0! Cr\u00e9nom\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867). <em>Friandises litt\u00e9raires<\/em> (2008), Joseph Vebret.<\/p><\/blockquote><p>Encore un po\u00e8te us\u00e9, \u00e9puis\u00e9 par tous les exc\u00e8s et les<em> Paradis artificiels<\/em>. Foudroy\u00e9 par plusieurs attaques d\u2019apoplexie, paralys\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 droit, ayant quasiment perdu l\u2019usage de la parole, il ne peut que r\u00e9p\u00e9ter ce mot sur tous les tons. \u00ab\u00a0Comme un enfant, il le g\u00e9missait et le ricanait avec des hoquets de col\u00e8re ou de joie\u00a0\u00bb selon Jules Vall\u00e8s, t\u00e9moin.<\/p><p>Jean Teul\u00e9 reprend le mot dans sa bibliographie du po\u00e8te dit maudit\u00a0: <em>Cr\u00e9nom, Baudelaire\u00a0!<\/em> (2020) Peu avant, insatisfait de lui-m\u00eame et conscient de sa sup\u00e9riorit\u00e9 litt\u00e9raire, il avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Seigneur, mon Dieu si vous existez, accordez-moi la gr\u00e2ce de produire quelques vers qui me prouvent \u00e0 moi-m\u00eame que je ne suis pas inf\u00e9rieur \u00e0 ceux que je m\u00e9prise.\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 a donn\u00e9 raison au po\u00e8te des <em>Fleurs du mal<\/em> devenu tr\u00e8s populaire, quoique sans concession \u00e0 son g\u00e9nie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien dessus, rien dessous.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869). <em>Souvenirs de jeunesse 1830-1850<\/em> (1896), Ars\u00e8ne Houssaye.<\/p><\/blockquote><p>Autrement dit\u00a0: Pas de ciel, pas d\u2019enfer\u2026 Il se fit enterrer civilement, confirmant ce mot de la fin sans appel.<\/p><p>Le personnage est original plus que s\u00e9duisant. M\u00e9decin avort\u00e9, romancier rat\u00e9, Sainte-Beuve devient le critique litt\u00e9raire le plus c\u00e9l\u00e8bre de ce <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle passionn\u00e9ment litt\u00e9raire. Redout\u00e9, parfois ha\u00ef pour sa m\u00e9chancet\u00e9, ses partis pris de \u00ab\u00a0Sainte-B\u00e9vue\u00a0\u00bb et sa misogynie dans l\u2019air du temps \u2013 Sand la \u00ab\u00a0vache \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb en fut la victime attitr\u00e9e -, il sait aussi faire partager ses passions. Romantique par nature (sans en avoir le physique\u00a0!), il se lie avec Hugo, incarnation de ce courant dominant dans le nouveau th\u00e9\u00e2tre des \u00ab\u00a0Gilets rouges\u00a0\u00bb et dans le roman roi \u2013 avant la veine naturaliste de Zola.<\/p><p>Sainte-Beuve inaugure surtout une m\u00e9thode d\u2019analyse critique typiquement fran\u00e7aise\u00a0: la biographie de l\u2019auteur, li\u00e9e au contexte historique, donne les cl\u00e9s de l\u2019\u0153uvre, ce qui permet de la comprendre et de la juger. Point de vue critiquable et critiqu\u00e9, mais payant et souvent utilis\u00e9, avec plus ou moins de talent et d\u2019intelligence.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il va falloir \u00eatre s\u00e9rieux, l\u00e0-haut.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">MONNIER<\/span> (1799-1877). <em>Dictionnaire amoureux de l\u2019Humour<\/em> (2012), Jean-Loup Chiflet.<\/p><\/blockquote><p>Auteur dramatique, caricaturiste et com\u00e9dien, c\u2019est un artiste aux talents multiples.<\/p><p>Connu pour ses nombreuses caricatures r\u00e9unies dans plusieurs recueils, dont <em>Sc\u00e8nes populaires dessin\u00e9es \u00e0 la plume<\/em> et<em> Sc\u00e8nes de la ville et de la campagne<\/em>, auteur d\u2019une dizaine de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre qui ne sont plus jou\u00e9es (ni jouables\u00a0?), c\u2019est le cr\u00e9ateur de Monsieur Prudhomme, personnage grassouillet, conformiste, solennel et stupide qui s\u2019impose selon Balzac comme \u00ab\u00a0l\u2019illustre type des bourgeois de Paris\u00a0\u00bb.<\/p><p>On lui attribue aussi la fameuse boutade\u00a0: \u00ab\u00a0On devrait construire les villes \u00e0 la campagne, l\u2019air y est tellement plus pur\u00a0!\u00a0\u00bb (autre auteur possible, l\u2019humoriste Alphonse Allais).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais ou je m\u2019en vas, car l\u2019un et l\u2019autre se disent ou se dit.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">LITTR\u00c9<\/span> (1801-1881). <em>L\u2019Art de mourir<\/em> (1932), Paul Morand.<\/p><\/blockquote><p>Philosophe, m\u00e9decin, journaliste, traducteur, lexicographe, il est surtout connu pour son <em>Dictionnaire de la langue fran\u00e7aise<\/em> qui fait toujours r\u00e9f\u00e9rence, le <em>Littr\u00e9<\/em>.<\/p><p>Franc ma\u00e7on, il est \u00ab\u00a0baptis\u00e9\u00a0\u00bb <em>in extremis<\/em> par sa femme tr\u00e8s catholique, assist\u00e9e de sa fille Sophie et de la religieuse garde-malade. Il aura donc droit \u00e0 des fun\u00e9railles chr\u00e9tiennes. Sa derni\u00e8re pens\u00e9e fut quand m\u00eame pour la langue fran\u00e7aise \u00e0 laquelle il a tant donn\u00e9, d\u2019o\u00f9 ce mot de la fin aussi attribu\u00e9 en 1650 \u00e0 Vaugelas, autre linguiste obsessionnel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez, sortez\u2002!\u2026 Les derni\u00e8res paroles sont pour les imb\u00e9ciles qui n\u2019en ont pas dit assez.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883) \u00e0 sa femme de chambre qui lui proposait de noter ses derni\u00e8res paroles.<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Philosophe, historien, sociologue, \u00e9conomiste, journaliste, th\u00e9oricien de la r\u00e9volution, socialiste et communiste prussien, Marx a d\u00e9j\u00e0 dit et \u00e9crit l\u2019essentiel. Rappelons les derniers mots du <em>Manifeste du parti communiste<\/em>, cosign\u00e9 avec\u00a0 Engels\u00a0: \u00ab\u00a0Puissent les classes dirigeantes trembler \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9volution communiste\u00a0! Les prol\u00e9taires n\u2019ont rien \u00e0 perdre que leurs cha\u00eenes. Ils ont un monde \u00e0 gagner. Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb Dat\u00e9 de 1848.<\/p><p>Rappelons le contexte historique. Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et printemps des peuples en Europe\u00a0: les classes dirigeantes \u2013 mais aussi une partie des classes populaires reprises en main par les notables en France \u2013 vont si bien trembler que les prol\u00e9taires perdront ce combat social. Ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9pisode de la lutte des classes\u00a0: le <em>Manifeste<\/em> en donne une th\u00e9orie qui va marquer le monde pendant un\u00a0si\u00e8cle et changer plusieurs fois le cours de l\u2019histoire.<\/p><p>Le socialisme de Marx s\u2019oppose \u00e0 celui de Proudhon et la guerre des id\u00e9es s\u2019accompagne d\u2019une guerre des mots entre ces deux penseurs politiques que tout oppose. N\u00e9 utopique au d\u00e9but du si\u00e8cle, plus ou moins r\u00e9volutionnaire \u00e0 la fin, le socialisme reste l\u2019id\u00e9e neuve qui n\u2019en finit pas de se renouveler, jusqu\u2019\u00e0 nos jours o\u00f9 les \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb ont perdu une partie de leur pouvoir \u2013 qu\u2019on s\u2019en r\u00e9jouisse ou qu\u2019on le d\u00e9plore.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est ici le combat du jour et de la nuit.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), dernier alexandrin prononc\u00e9 lors de son agonie. <em><span class=\"caps\">L\u2019\u0152<\/span>uvre litt\u00e9raire de Hugo<\/em> \u2013 <span class=\"caps\">BNF<\/span> \u2013 Expositions virtuelles.<\/p><\/blockquote><p>Immens\u00e9ment populaire de son vivant et aujourd\u2019hui encore, Hugo est le troisi\u00e8me auteur le plus cit\u00e9 dans l\u2019Histoire en citations (apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle) et pour une bonne raison\u00a0: ce po\u00e8te et romancier \u00e0 l\u2019\u0153uvre immense joua un r\u00f4le politique majeur dans la seconde moiti\u00e9 de sa longue vie.<\/p><p>\u00c0 l\u2019heure du tr\u00e9pas, il dit encore\u00a0:<strong> \u00ab\u00a0Je vois la lumi\u00e8re noire\u00a0\u00bb<\/strong> avant de fermer les yeux. Dans la derni\u00e8re phrase de son testament, il \u00e9crivit\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais fermer l\u2019\u0153il terrestre mais l\u2019\u0153il spirituel restera ouvert plus grand que jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il aurait dit aussi\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Allons\u00a0! Il est bien temps que je d\u00e9semplisse le monde.\u00a0\u00bb<\/strong> Victor Hugo avait 83 ans. Il meurt juste \u00e0 temps pour avoir droit au Panth\u00e9on, rouvert en son honneur.<\/p><p>On lui pr\u00eate encore quelques derni\u00e8res paroles grand-paternelles (et banales) pour ce qui lui reste de famille, apr\u00e8s la perte de ses quatre enfants. Il a eu deux fils, Charles mort en 1871 et Fran\u00e7ois-Victor en 1873, sans parler de son premier enfant L\u00e9opold, mort \u00e0 trois (mois (1823). Sa fille L\u00e9opoldine s\u2019est noy\u00e9e \u00e0 Villequier en 1843, \u00e2g\u00e9e de 19 ans et enceinte de trois mois. Ad\u00e8le H. a perdu la raison, intern\u00e9e durant quarante ans et morte en 1915. Restent ses deux petits-enfants et <em>l\u2019Art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu ne pourrais pas faire tes commissions toi-m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">LABICHE<\/span> (1815-1888) \u00e0 son fils qui lui demande de dire \u00e0 son \u00e9pouse morte combien il l\u2019aime toujours. <em>Paraboles d\u2019un cur\u00e9 de campagne<\/em> (2015), Pierre Trevet.<\/p><\/blockquote><p>Vaudevilliste (presque) aussi c\u00e9l\u00e8bre que Feydeau, il nous laisse (entre 176 titres) <em>Un chapeau de paille d\u2019Italie<\/em> (1851), <em>Le Voyage de Monsieur Perrichon<\/em> (1860),<em> La Cagnotte<\/em> (1864). Cruel observateur de la bourgeoisie dont il fait partie, il critique ce petit monde o\u00f9 l\u2019argent est roi, reflet\u00a0 des mentalit\u00e9s sous le Second Empire. Mais apr\u00e8s la guerre de 1870 et la Commune (1871), la mode passe, m\u00eame s\u2019il \u00e9crit encore. \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours pens\u00e9 qu\u2019il y avait quelque chose de plus difficile \u00e0 faire jouer que la premi\u00e8re pi\u00e8ce\u2026 C\u2019est la derni\u00e8re.\u00a0\u00bb Suite au relatif \u00e9chec de<em> La Cl\u00e9<\/em> (1877), il n\u2019y aura plus de cr\u00e9ations, mais des reprises bienvenues et son \u00e9lection \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1880 \u2013 reconnaissance de son talent, malgr\u00e9 l\u2019indignation de Ferdinand Bruneti\u00e8re d\u00e9plorant \u00ab\u00a0l\u2019invasion des genres inf\u00e9rieurs\u00a0\u00bb et le refus de Victor Hugo de voter pour lui. En 1886, Labiche encourage le jeune Feydeau lors de la repr\u00e9sentation de sa premi\u00e8re grande pi\u00e8ce,<em> Tailleur pour dames<\/em> qui triomphe au th\u00e9\u00e2tre de la Renaissance.<\/p><p>Souffrant de probl\u00e8mes cardiaques, il meurt \u00e2g\u00e9 de 72 ans, sur un mot d\u2019auteur digne du meilleur boulevard.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh ben\u00a0! je m\u2019en souviendrai de cette plan\u00e8te.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VILLIERS<\/span> de L\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ADAM<\/span> (1838-1889). <em>Friandises litt\u00e9raires<\/em> (2008), Joseph Vebret.<\/p><\/blockquote><p>Mais il dit aussi\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Adieu, les belles choses\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p><p>Atteint d\u2019un cancer, il ne peut plus travailler. Son ami Mallarm\u00e9 doit ouvrir une \u00ab\u00a0cotisation amicale\u00a0\u00bb pour subvenir \u00e0 ses besoins et \u00e0 ceux de sa famille. Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique des Fr\u00e8res Saint-Jean-de-Dieu \u00e0 Paris le 12 juillet 1889, il r\u00e9dige un mois apr\u00e8s son testament pour reconna\u00eetre son fils Victor et il \u00e9pouse la m\u00e8re <em>in extremis.<\/em><\/p><p>Anatole France lui rend un vibrant hommage\u00a0: \u00ab\u00a0Si ce dormeur \u00e9veill\u00e9 a emport\u00e9 avec lui le secret de ses plus beaux r\u00eaves, s\u2019il n\u2019a pas dit tout ce qu\u2019il avait vu dans ce songe qui fut sa vie, il a laiss\u00e9 assez de pages pour nous donner une id\u00e9e de l\u2019originale richesse de son imagination. Il faut le dire, \u00e0 la confusion de ceux qui l\u2019ignoraient tant qu\u2019il a v\u00e9cu\u00a0: Villiers est un \u00e9crivain, et du plus grand style. Quand il n\u2019embarrasse pas ses phrases d\u2019incidences aux intentions trop profondes, quand il ne prolonge pas trop les ironies sourdes, quand il renonce au plaisir de s\u2019\u00e9tonner lui-m\u00eame, c\u2019est un prosateur magnifique, plein d\u2019harmonie et d\u2019\u00e9clat.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire.<\/p><p>Cet auteur participe \u00e0 la naissance du symbolisme fran\u00e7ais. Familier de l\u2019irr\u00e9el, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019occultisme. Id\u00e9aliste imp\u00e9nitent, le r\u00eave seul l\u2019enchante, nuanc\u00e9 d\u2019une ironie sombre et sachant allier \u00ab\u00a0les deux modes en secret correspondants du r\u00eave et du rire\u00a0\u00bb (Mallarm\u00e9). Les jeunes symbolistes saluent leur \u00ab\u00a0initiateur en m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb et le pape du surr\u00e9alisme, Andr\u00e9 Breton, l\u2019accueille dans son <em>Anthologie de l\u2019humour noir.<\/em> Il pr\u00e9figure m\u00eame la science-fiction\u00a0: dans <em>l\u2019\u00c8ve d\u00e9chue,<\/em> il cr\u00e9e l\u2019\u00ab\u00a0Andr\u00e9ide\u00a0\u00bb, r\u00e9plique des automates d\u2019antan con\u00e7ue comme la r\u00e9plique d\u2019un \u00eatre humain.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019irai sous la terre et toi, tu marcheras dans le soleil.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1824-1891) \u00e0 Isabelle sa s\u0153ur cadette, l\u00e9gataire universelle de son fr\u00e8re mort \u00e0 37 ans. Lettre d\u2019Isabelle Rimbaud \u00e0 leur m\u00e8re ( juin 1891).<\/p><\/blockquote><p>Dans une lettre \u00e0 sa m\u00e8re, elle dit de son fr\u00e8re mourant qu\u2019elle dessine\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est plus un pauvre r\u00e9prouv\u00e9 qui va mourir pr\u00e8s de moi. C\u2019est un juste, un saint, un martyr, un \u00e9lu.\u00a0\u00bb Et elle apprend enfin qu\u2019il a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Sans les avoir jamais lues, je connaissais ses \u0153uvres\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Adolescent fugueur de Charleville, boulevers\u00e9 \u00e0 17 ans par la d\u00e9claration de guerre et la r\u00e9pression de la Commune, il\u00a0 chante <em>Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat surpris par la mort et les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale. Le surdou\u00e9 s\u2019inspire des po\u00e8tes admir\u00e9s \u2013 Hugo, Baudelaire, Th\u00e9odore de Bainville \u2013 avant d\u2019innover radicalement, visionnaire d\u2019un univers perceptible \u00e0 lui seul, sacrifiant son int\u00e9grit\u00e9 mentale et physique, bouleversant les codes po\u00e9tiques et sociaux, tout \u00e0 sa qu\u00eate mystique. L\u2019auteur des <em>Illumination<\/em> s\u00e9duit Verlaine \u00e0 la folie, mais \u00e0 20 ans, n\u2019ayant publi\u00e9 (\u00e0 compte d\u2019auteur) qu\u2019un seul recueil, les<em> Saisons en enfer<\/em>, il renonce \u00e0 \u00e9crire. Il a compris l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb.<\/p><p>Devenu l\u2019\u00ab\u00a0Homme aux semelles de vent\u00a0\u00bb, il projette d\u2019improbables voyages et part marcher \u00e0 l\u2019aventure jusqu\u2019en Abyssinie. Explorateur et n\u00e9gociant (quincaillerie, bazar, v\u00eatements, caf\u00e9, etc.), son unique \u00ab\u00a0trafic d\u2019armes\u00a0\u00bb sans cons\u00e9quence politique contribue \u00e0 sa l\u00e9gende. Il s\u2019\u00e9puise sous les soleils exotiques et revient mourir en France, \u00e9chouant \u00e0 Marseille, entrant dans la l\u00e9gende noire des po\u00e8tes maudits. Sa s\u0153ur Isabelle va perp\u00e9tuer sa m\u00e9moire et meurt \u00e0 57 ans, d\u2019un cancer du genou comme son fr\u00e8re. Son mot de la fin reste un myst\u00e8re, comme l\u2019essentiel de sa po\u00e9sie et sa vie m\u00eame\u00a0! Plainte violente et douloureuse, est-ce reproche, g\u00e9missement, injonction\u00a0?<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4tez ce soleil de dessus l\u2019Acropole\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892). <em>La Vie d\u2019Ernest Renan, sage d\u2019Occident<\/em> (1961) Fran\u00e7ois Millepierres.<\/p><\/blockquote><p>\u00c9crivain et philologue (port\u00e9 sur l\u2019allemand), philosophe et historien, curieux de science \u00e0 l\u2019image de son temps, il est s\u00e9duit par les hypoth\u00e8ses de Darwin sur l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces. Une part essentielle de son \u0153uvre se consacre aux religions avec son <em>Histoire des origines du christianisme<\/em> (7 volumes de 1863 \u00e0 1881). Le premier tome, la<em> Vie de J\u00e9sus<\/em>, d\u00e9chire les milieux intellectuels\u00a0: cette biographie doit \u00eatre comprise comme celle de n\u2019importe quel homme et la Bible soumise \u00e0 un examen critique comme tout document historique. D\u2019o\u00f9 la col\u00e8re de l\u2019\u00c9glise encore toute puissante. <br>En 1865, il part en \u00c9gypte, en Asie Mineure et en Gr\u00e8ce\u00a0: \u00ab\u00a0Je savais bien, avant mon voyage, que la Gr\u00e8ce avait cr\u00e9\u00e9 la science, l\u2019art, la philosophie, la civilisation\u202f; mais l\u2019\u00e9chelle me manquait. Quand je vis l\u2019Acropole, j\u2019eus la r\u00e9v\u00e9lation du divin, comme je l\u2019avais eue la premi\u00e8re fois que je sentis vivre l\u2019\u00e9vangile, en apercevant la vall\u00e9e du Jourdain des hauteurs de Casyoun. Le monde entier alors me parut barbare.\u00a0\u00bb <em>Pri\u00e8re sur l\u2019Acropole<\/em> (1865).<\/p><p>Autre texte de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019une nation\u00a0?<\/em> (1882). Renan veut distinguer race et nation. Les nations naissent\u00a0 d\u2019une association volontaire d\u2019individus avec un pass\u00e9 commun\u00a0: ce qui constitue une nation, ce n\u2019est pas de parler la m\u00eame langue, ni d\u2019appartenir \u00e0 un groupe ethnographique commun, c\u2019est d\u203a\u00ab\u00a0avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore\u00a0\u00bb dans l\u2019avenir. Texte \u00e0 m\u00e9diter aujourd\u2019hui encore.<\/p><p>Mais la derni\u00e8re pens\u00e9e\u00a0 de l\u2019intellectuel revient \u00e0 l\u2019Acropole, quand il meurt \u00e0 69 ans\u00a0 \u2013 diverses affections ont raison de lui, en plus d\u2019un embonpoint \u00e0 peine exag\u00e9r\u00e9 par les caricatures. Reste le sens de ce dernier mot. C\u2019est presque du Rimbaud\u2026 et \u00e7a s\u2019oppose \u00e0 son confr\u00e8re Maupassant.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0! Oh\u00a0! des t\u00e9n\u00e8bres.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Guy de <span class=\"caps\">MAUPASSANT<\/span> (1850-1893).<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Li\u00e9 \u00e0 Flaubert et Zola, cet \u00e9crivain et journaliste laisse six romans, notamment <em>Une vie<\/em> et <em>Bel-Ami<\/em>, mais surtout ses nouvelles (parfois intitul\u00e9es contes), dont <em>Boule de Suif<\/em> et <em>Le Horla<\/em>. Force r\u00e9aliste, intervention du fantastique et profond pessimisme, avec une ma\u00eetrise stylistique absolue. Reconnu de son vivant, Maupassant reste par les nombreuses adaptations de ses \u0153uvres au cin\u00e9ma et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p><p>Mais il n\u2019a \u00e9crit que dix ans (1880 \u00e0 1890), avant de devenir quasiment aveugle et de sombrer peu \u00e0 peu dans la folie, pour mourir \u00e0 42 ans. Il se r\u00e9fugie dans la solitude, avec une peur de la mort et une parano\u00efa peut-\u00eatre h\u00e9rit\u00e9es de sa m\u00e8re d\u00e9pressive et de son fr\u00e8re mort fou. La syphilis contract\u00e9e dans sa jeunesse aggrave la situation, tandis que toutes les consultations et les cures ne changent rien.<\/p><p>La nuit du 1er janvier 1892, il tente de se suicider au pistolet (qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9charg\u00e9 par pr\u00e9caution), casse une vitre pour s\u2019\u00e9gorger, mais en vain \u2013 cela rappelle l\u2019infortun\u00e9 Chamfort un si\u00e8cle avant. Il est intern\u00e9 \u00e0 Paris dans la fameuse Maison (clinique) du docteur Blanche \u00e0 Passy. Il meurt de paralysie g\u00e9n\u00e9rale apr\u00e8s dix-huit mois d\u2019inconscience presque totale, le 6 juillet 1893. Les t\u00e9n\u00e8bres auront finalement raison de toutes ses f\u00ealures et ses fragilit\u00e9s.<\/p><p>D\u2019autres auteurs mourants comme ils ont v\u00e9cu trouveront un mot de la fin moins dramatique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous verrez qu\u2019\u00e0 mon enterrement, je ne pourrai pas aller jusqu\u2019au cimeti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">MEILHAC<\/span> (1830-1897). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Il souffre le martyr, clou\u00e9 au lit par une crise de goutte, mais ce c\u00e9libataire bon vivant, amateur de bonne ch\u00e8re et de jolies filles a encore le courage de trouver un \u00ab\u00a0mot d\u2019auteur\u00a0\u00bb comme il en a tant fait, pour le bonheur des amateurs de th\u00e9\u00e2tre dit \u00ab\u00a0de boulevard\u00a0\u00bb.<\/p><p>Auteur dramatique, librettiste d\u2019op\u00e9rettes et d\u2019op\u00e9ras, Meilhac rencontre Ludovic Hal\u00e9vy en 1860. Ils feront \u00e9quipe pr\u00e8s de vingt ans. Cette division du travail bien rod\u00e9e donne les livrets des grandes op\u00e9rettes d\u2019Offenbach\u00a0: <em>La Belle H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1864),<em> La Vie parisienne<\/em> (1866), <em>La Grande-duchesse de G\u00e9rolstein<\/em> (1867) et <em>La P\u00e9richole<\/em> (1868), sans oublier l\u2018op\u00e9ra-comique mondialement c\u00e9l\u00e8bre de Bizet, <em>Carmen<\/em> (1875).<\/p><p>Henri Meilhac apportait en propre une fantaisie irr\u00e9sistible, fr\u00f4lant la loufoquerie. Gagnant beaucoup d\u2019argent, il en d\u00e9pensait tout autant, cherchant l\u2019inspiration dans les restaurants mondains, les cigares et le champagne. La vie parisienne a beaucoup fait pour l\u2019art et les artistes de l\u2019\u00e9poque.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs vraiment au-dessus de mes moyens.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Oscar <span class=\"caps\">WILDE<\/span> (1854-1900), mourant et ruin\u00e9, recevant la note de frais de son m\u00e9decin.<em> Dictionnaire amoureux de l\u2019Humour<\/em> (2012), Jean-Loup Chiflet.<\/p><\/blockquote><p>\u00c9crivain, romancier, auteur dramatique et po\u00e8te irlandais, mort \u00e0 Paris le 30 novembre 1900.<\/p><p>Apr\u00e8s ses \u00e9tudes, il s\u2019installe \u00e0 Londres o\u00f9 il parvient \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 et les cercles cultiv\u00e9s. Au fa\u00eete de la gloire, alors que sa pi\u00e8ce ma\u00eetresse <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>mportance d\u2019\u00eatre constant<\/em> (1895) triomphe \u00e0 Londres, il poursuit le p\u00e8re de son amant Alfred Douglas pour diffamation \u2013 il a entrepris de faire scandale sur son homosexualit\u00e9. Au terme de trois proc\u00e8s retentissants, Oscar Wilde est condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0grave immoralit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 deux ans de travaux forc\u00e9s\u00a0!<\/p><p>Ruin\u00e9, il \u00e9crit en prison <em>De Profundis<\/em>, longue lettre \u00e0 son amant dont la noirceur contraste avec sa philosophie affich\u00e9e du plaisir. Lib\u00e9r\u00e9 en mai 1897, accueilli en France, il ach\u00e8ve<em> La Ballade de la ge\u00f4le de Reading<\/em> (1898), long po\u00e8me sur l\u2019exp\u00e9rience destructrice de la vie en prison. L\u2019homme jadis f\u00eat\u00e9 meurt dans le d\u00e9nuement, \u00e2g\u00e9 de quarante-six ans.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut m\u00eame pas compter sur la mort\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MOR\u00c9AS<\/span> (1856-1910) alors que son agonie se prolonge. <em>Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes, fils de magistrat, Mor\u00e9as re\u00e7oit une \u00e9ducation fran\u00e7aise et vient \u00e0 Paris en 1875 pour faire ses \u00e9tudes de droit. Il fr\u00e9quente les cercles litt\u00e9raires, notamment les Hydropathes \u2013 \u00e9tymologiquement, ceux que l\u2019eau rend malades.<\/p><p>Il publie ses premiers recueils po\u00e9tiques, <em>Les Syrtes<\/em> (1884) et <em>Cantil\u00e8nes<\/em> (1886). Inspir\u00e9s de Verlaine, ils pourraient se rattacher au mouvement d\u00e9cadent si l\u2019auteur ne revendiquait pas l\u2019\u00e9tiquette \u00ab\u00a0symboliste\u00a0\u00bb. Mais il se d\u00e9tourne du symbolisme pour rompre avec l\u2019herm\u00e9tisme, opposant \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 et aux brumes du nord la lumi\u00e8re du monde gr\u00e9co-latin. Il rompt ensuite avec ce \u00ab\u00a0romanisme\u00a0\u00bb pour \u00e9pouser le n\u00e9o-classicisme. Son recueil le plus c\u00e9l\u00e8bre, <em>Stances<\/em> (1899), illustre cette nouvelle ambition, dans une langue d\u2019une puret\u00e9 classique qui rappelle Andr\u00e9 Ch\u00e9nier. \u00c9ternel retour\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marinette\u00a0! Pour la premi\u00e8re fois, je vais te faire une grosse, une tr\u00e8s grosse peine.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1864-1910). <em>Tout sur tout\u00a0: Petit dictionnaire de l\u2019insolite et du sourire<\/em> (1986), Claude Gagni\u00e8re<\/p><\/blockquote><p>Marinette, \u00e9pouse fid\u00e8le et bien aim\u00e9e \u2013 mais d\u00e9test\u00e9e des \u00ab\u00a0renardiens\u00a0\u00bb, ayant d\u00e9truit des passages du Journal comme bien des \u00ab\u00a0veuves abusives\u00a0\u00bb usant et abusant de leur droit moral pour respecter l\u2019image souhait\u00e9e du d\u00e9funt.<\/p><p>Cruel observateur de la soci\u00e9t\u00e9, Jules Renard n\u2019\u00e9pargne personne, pas plus le monde litt\u00e9raire auquel il appartient en marginal assum\u00e9, que celui des ouvriers et de la mis\u00e8re qu\u2019il critique en connaissance de cause. Il a v\u00e9cu pauvrement, et surtout malheureux, dans la peau de <em>Poil de carotte<\/em>, roman autobiographique d\u2019un enfant martyr \u00e0 force d\u2019\u00eatre mal aim\u00e9, mais qui lui apporta finalement le succ\u00e8s et l\u2019argent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tirez, tirez, nom de\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1872-1914) dans l\u2019attaque qui pr\u00e9c\u00e8de la bataille de la Marne, 5 septembre 1914.<em> Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>Debout, exhortant sa compagnie \u00e0 ne pas c\u00e9der un pouce de terre fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019ennemi, il vient de commander le tir \u00e0 volont\u00e9, tandis que ses hommes le supplient de se coucher. Il tombe, tu\u00e9 d\u2019une balle en plein front. Selon un de ses camarades de combat, il aurait eu le temps de murmurer\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Oh mon Dieu, mes enfants\u2026\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>D\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0mort pour la France\u00a0\u00bb, il a fini en militaire, mais P\u00e9guy reste comme auteur, po\u00e8te, intellectuel engag\u00e9 et chr\u00e9tien \u00e9corch\u00e9 vif. L\u2019humaniste souffrit plus que nul autre de la politique politicienne n\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, t\u00e9moignant \u00e0 la fois contre le mat\u00e9rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les man\u0153uvres des politiques, la morale fig\u00e9e des bien-pensants.<\/p><p>Rejet\u00e9 de tous les groupes constitu\u00e9s parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise comme au parti socialiste, isol\u00e9 par son intransigeance et ignor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort du grand public, c\u2019est l\u2019un des rares intellectuels de l\u2019\u00e9poque \u00e9chappant aux \u00e9tiquettes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sauvez-moi, docteur\u00a0!\u00a0Je veux vivre, j\u2019ai tant \u00e0 faire\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"..\" class=\"cit-num\">..<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Derniers mots, ultime pri\u00e8re du \u00ab\u00a0po\u00e8te combattant\u00a0\u00bb de la Grande Guerre, gri\u00e8vement bless\u00e9 au combat, tr\u00e9pan\u00e9, tr\u00e8s affaibli et mort de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant la signature de l\u2019armistice. En raison de son engagement durant la guerre, il est d\u00e9clar\u00e9 mort pour la France.<\/p><p>Il publie en 1913 <em>Alcools<\/em>, recueil de 50 po\u00e8mes (\u00e9crits de 1898 \u00e0 1913). R\u00e9sumons les trois premiers\u00a0: <em>Zone<\/em>, dernier \u00e9crit, met \u00e0 l\u2019honneur le Paris moderne \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la seconde r\u00e9volution industrielle. <em>Le Pont Mirabeau<\/em>, sur le th\u00e8me de l\u2019eau, aborde le temps qui passe et son amour parti. L\u2019image du pont symbolise le lien entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent, et les amours (ici avec Marie Laurencin). <em>La Chanson du mal aim\u00e9<\/em> d\u00e9taille la vie sentimentale du po\u00e8te souffrant de ne pas \u00eatre aim\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, inspir\u00e9 par l\u2019\u00e9chec de sa relation avec une gouvernante anglaise, Annie Playden.<\/p><p><span class=\"caps\">MAIS<\/span>\u2026 si dou\u00e9, si attachant soit-il, Apollinaire (n\u00e9 Polonais) usait et abusait comme presque tous ses confr\u00e8res parisiens de \u00ab\u00a0cocktails carabin\u00e9s\u00a0\u00bb, m\u00e9langes explosifs d\u2019origine norv\u00e9gienne\u00a0: d\u00e9coction de viande dans du stout ou du porto, grog d\u2019absinthe et de jus de citron m\u00e9lang\u00e9 par moiti\u00e9 de geni\u00e8vre. L\u2019absinthe, la \u00ab\u00a0f\u00e9e verte\u00a0\u00bb, alcool bon march\u00e9 titrant plus de 70\u00b0, fit tant de ravages dans le peuple qu\u2019ont l\u2019interdit en 1915. Ses deux plus c\u00e9l\u00e8bres victimes, incontestables g\u00e9nies\u00a0: le peintre Van Gogh mort fou et suicid\u00e9, Verlaine le po\u00e8te (ami de Rimbaud), autre \u00ab\u00a0mal aim\u00e9\u00a0\u00bb dont la femme battue finit par fuir le domicile conjugal avec leur fille recueillies par Hugo. \u00ab\u00a0Faits divers\u00a0\u00bb inadmissibles un si\u00e8cle apr\u00e8s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un peu t\u00f4t\u00a0! Vous auriez d\u00fb me pr\u00e9venir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Edmond <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1868-1918). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>De sant\u00e9 fragile, il meurt \u00e0 50 ans de la grippe espagnole qui fit plus de victimes que la Grande Guerre\u00a0!<\/p><p>Son mot de la fin n\u2019est pas sans panache, rappelant les derniers mot de <em>Cyrano<\/em> (1897), pi\u00e8ce qui l\u2019a rendu c\u00e9l\u00e8bre avec le grand Coquelin dans le r\u00f4le-titre. Il doit aussi beaucoup \u00e0 Sarah Bernhardt, star du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais qui a cr\u00e9\u00e9<em> l\u2019Aiglon<\/em> en 1900 \u2013 elle incarne en travesti et \u00e0 plus de 50 ans le fils de Napol\u00e9on, jeune prince mort de tuberculose \u00e0 21 ans.<\/p><p>Rostand cesse d\u2019\u00e9crire apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec (relatif) de <em>Chantecler<\/em> (1910). Patriote, il veut s\u2019engager en 1914, mais c\u2019est impossible en raison de son \u00e2ge et de son \u00e9tat physique. Po\u00e8te national adul\u00e9, il en fut profond\u00e9ment bless\u00e9, mais il s\u2019engagera \u00e0 sa fa\u00e7on, soutenant activement les Poilus qu\u2019il va visiter sur le front, \u00e9crivant des lettres aux soldats, multipliant\u00a0 les textes patriotiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924).<em> Petit dictionnaire de l\u2019insolite et du sourire, Tout sur tout<\/em> (1986), Claude Gagni\u00e8re<\/p><\/blockquote><p>Bien qu\u2019\u00e2g\u00e9 de 80 ans, l\u2019un des \u00e9crivains les plus c\u00e9l\u00e8bres sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la conscience de son temps murmura plusieurs fois le plus beau nom pour un enfant\u00a0: \u00ab\u00a0Maman\u00a0!\u00a0\u00bb tout simplement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de\u00a0\u2026<strong> \u00ab\u00a0C\u2019est donc cela, mourir, c\u2019est bien long\u00a0!\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><p>\u00ab\u00a0Maman\u00a0\u00bb fut le dernier mot attribu\u00e9 \u00e0 Jules de Goncourt, Marcel Proust, le peintre Toulouse-Lautrec, le compositeur Moussorgsky \u2026 et sans doute nombre de mourants sans t\u00e9moins. Restent tous ceux qui l\u2019ont pens\u00e9 sans le dire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! je m\u2019ennuie d\u00e9j\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Francis de <span class=\"caps\">CROISSET<\/span> (1877-1937) \u00e0 sa femme. <em>Brutales<\/em> (1993), Philippe Cousin.<\/p><\/blockquote><p>Auteur dramatique, romancier et librettiste \u00ab\u00a0bien fran\u00e7ais\u00a0\u00bb \u2013 quoique juif, n\u00e9 belge et d\u2019origine allemande \u2013 tout ce qu\u2019il sut faire oublier pour s\u2019int\u00e9grer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 parisienne de son temps avec talent. Il recherchait le scandale avec des com\u00e9dies d\u2019une audace calcul\u00e9e, devenant omnipr\u00e9sent dans la presse du temps par son \u0153uvre et sa vie priv\u00e9e. La \u00ab\u00a0com\u00a0\u00bb a toujours exist\u00e9, le th\u00e9\u00e2tre en a profit\u00e9 plus que tout autre genre. \u00c9l\u00e9gant, brillant et mondain, il inspire \u00e0 Marcel Proust un personnage d\u2019<em>\u00c0 la recherche du temps perdu.<\/em><\/p><p>Reste \u00e0 signaler un petit chef d\u2019\u0153uvre du genre\u00a0: <em>Ciboulette<\/em>, op\u00e9rette en 3 actes et 4 tableaux, co-\u00e9crite avec Robert de Flers, musique Reynaldo Hahn, Th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s, 7 avril 1923.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2026\u00a0Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l\u2019aurore apr\u00e8s la longue nuit\u00a0! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Stefan <span class=\"caps\">ZWEIG<\/span> (1881-1942), P\u00e9tropolis (au Br\u00e9sil), 22 f\u00e9vrier 1942, derniers mots de sa lettre d\u2019adieu.<em> Petropolis 1942 Ou la Derni\u00e8re Nuit de Stefan Zweig<\/em> (2006), Alain Pastor.<\/p><\/blockquote><p>Juif n\u00e9 \u00e0 Vienne, il repr\u00e9sente l\u2019\u00e9lite viennoise fin-de-si\u00e8cle. Il r\u00e9ussit dans tous les genres (roman, th\u00e9\u00e2tre, nouvelle, essai, biographie), mais la mont\u00e9e du nazisme va tout d\u00e9truire. Conscient du danger que repr\u00e9sente Hitler plus t\u00f4t que la plupart de ses amis, il quitte l\u2019Autriche pour l\u2019Angleterre, avant d\u2019\u00eatre accueilli par le Br\u00e9sil.<\/p><p>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par les nouvelles et les ravages de la guerre, inconsolable d\u2019avoir perdu le \u00ab\u00a0Monde d\u2019hier\u00a0\u00bb avec l\u2019\u00e9chec de la civilisation et la fin de l\u2019\u00e2ge d\u2019or, d\u00e9pressif dit-on (mais on le serait \u00e0 moins\u2026), il d\u00e9cide de s\u2019empoisonner au v\u00e9ronal. Son \u00e9pouse ne veut pas lui survivre. Le lendemain, le couple est retrouv\u00e9 sans vie, main dans la main, avec cette lettre simple et bouleversante\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0Avant de quitter la vie de ma propre volont\u00e9 et avec ma lucidit\u00e9, j\u2019\u00e9prouve le besoin de remplir un dernier devoir\u00a0: adresser de profonds remerciements au Br\u00e9sil, ce merveilleux pays qui m\u2019a procur\u00e9, ainsi qu\u2019\u00e0 mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j\u2019ai appris \u00e0 l\u2019aimer davantage et nulle part ailleurs je n\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9difier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l\u2019Europe, s\u2019est d\u00e9truite elle-m\u00eame. Mais \u00e0 soixante ans pass\u00e9s, il faudrait avoir des forces particuli\u00e8res pour recommencer sa vie de fond en comble. Les miennes sont \u00e9puis\u00e9es par les longues ann\u00e9es d\u2019errance. Aussi, je pense qu\u2019il vaut mieux mettre fin \u00e0 temps, et la t\u00eate haute, \u00e0 une existence o\u00f9 le travail intellectuel a toujours \u00e9t\u00e9 la joie la plus pure et la libert\u00e9 individuelle le bien supr\u00eame de ce monde.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Foutaise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945). <em>Secr\u00e8tes araign\u00e9es<\/em> (1996), Andr\u00e9 Brincourt.<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Un mot de pierre brute pour d\u00e9molir tous les mots en stuc.\u00a0\u00bb Rappelons l\u2019un des plus connus\u00a0: \u00ab\u00a0Le temps du monde fini commence.\u00a0\u00bb<em> Regards sur le monde actuel<\/em> (1931). \u00ab\u00a0Esp\u00e8ce de po\u00e8te d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (dit-il de lui-m\u00eame), croulant sous les honneurs, il fut toujours lucide au monde. D\u00e8s 1919, la paix revenue, il lan\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 ce cri d\u2019alarme qui trouve un grand \u00e9cho\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.\u00a0\u00bb <br>Finir sur ce \u00ab\u00a0Foutaise\u00a0!\u00a0\u00bb peut \u00eatre une mani\u00e8re de prendre distance avec tout, y compris lui-m\u00eame\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous essayez de me garder en vie comme un vieil objet de curiosit\u00e9, mais je suis fini, je suis \u00e0 bout, je vais mourir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges-Bernard <span class=\"caps\">SHAW<\/span> (1856-1950) \u00e0 son infirmi\u00e8re.<em> Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9 en Irlande et mort en Angleterre, critique musical, dramaturge, sc\u00e9nariste, essayiste, acerbe et provocateur, pacifiste et anticonformiste, il obtient le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1925. Militant politique s\u00e9duit par le marxisme, il continue sa carri\u00e8re d\u2019auteur tout terrain, se marie, mais doit restreindre son activit\u00e9 pour cause de surmenage et renoncer \u00e0 sa vie de boh\u00e8me \u2013 \u00e0 l\u2019inverse d\u2019autres talents ou g\u00e9nies. Il n\u2019en reste pas moins actif et meurt \u00e0 94 ans des suites d\u2019une mauvaise chute, refusant tout acharnement th\u00e9rapeutique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai peur que mes phrases ne deviennent grammaticalement incorrectes. C\u2019est toujours la lutte entre le raisonnable et ce qui ne l\u2019est pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951).<em> Mes \u00e9toiles \u2013 les rencontres qui ont \u00e9clair\u00e9 mon chemin<\/em> (2018). Micha\u00ebl Lonsdale.<\/p><\/blockquote><p>Les honneurs pleuvent sur le Gide d\u2019apr\u00e8s-guerre, ma\u00eetre \u00e0 penser de sa g\u00e9n\u00e9ration, prix Nobel de litt\u00e9rature en 1947 pour son \u00ab\u00a0intr\u00e9pide amour de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Il a rompu avec le communisme en 1937 (au retour de son voyage en <span class=\"caps\">URSS<\/span>) et v\u00e9cu la guerre comme une apocalypse (abandonnant la <span class=\"caps\">NRF<\/span> et quasiment l\u2019\u00e9criture, se repliant sur la C\u00f4te d\u2019Azur, puis en Afrique du Nord).<\/p><p>D\u00e9sormais, il ne songe plus qu\u2019\u00e0 sauver la culture de toute menace de totalitarisme et contrairement \u00e0 Sartre, il ne croit pas que la litt\u00e9rature doive \u00eatre politiquement engag\u00e9e.<\/p><p>Malade despotique entour\u00e9 de ses fid\u00e8les, victime d\u2019une congestion pulmonaire \u00e0 81 ans, il s\u2019achemine finalement vers une mort calme, d\u00e9nu\u00e9e d\u2019angoisse et sans le sursaut religieux que certains guettaient toujours. Son mot de la fin demeure d\u00e9finitivement herm\u00e9tique\u2026 Reste l\u2019autre mot\u00a0repris officiellement en titre par Roger St\u00e9phane pour sa chronique \u00e9dit\u00e9e en 1989\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Tout est bien\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfer n\u2019existe pas. Stop. Donne-toi du bon temps. Stop. Pr\u00e9viens Claudel.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> ( 1869-1951), t\u00e9l\u00e9gramme re\u00e7u par Roger Nimier qui l\u2019envoie \u00e0 Fran\u00e7ois Mauriac quelques jours apr\u00e8s la mort de son \u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb.<em> Dieu est humour<\/em>, tome 2 (2011) Bernard Peyrous, Marie-Ange Pompignoli.<\/p><\/blockquote><p>Post-scriptum post mortem\u00a0? Rappelons que Gide et Mauriac v\u00e9curent douloureusement le conflit entre la morale religieuse et leur penchant homosexuel (plus cach\u00e9, c\u00f4t\u00e9 Mauriac toujours inquiet de son propre salut). Quant \u00e0 Claudel, lui aussi tr\u00e8s chr\u00e9tien et tortur\u00e9 de nature (mais g\u00e9nial), c\u2019est un autre cas.<\/p><p>En fait, ce t\u00e9l\u00e9gramme mis en vente \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Drouot et qui fit beaucoup parler\u2026 est un canular d\u00fb \u00e0 Roger Nimier ou \u00e0 Anne-Marie Cazalis (journaliste et po\u00e8te, vedette des nuits parisiennes \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on me laisse tranquille\u00a0! Je n\u2019ai pas peur.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1868-1955). <em>La Croix<\/em> du 24 f\u00e9vrier 1955, La mort de Paul Claudel.<\/p><\/blockquote><p>Claudel s\u2019est converti au catholicisme, touch\u00e9 par la gr\u00e2ce aux v\u00eapres de No\u00ebl 1886. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais debout, pr\u00e8s du deuxi\u00e8me pilier, \u00e0 droite, du c\u00f4t\u00e9 de la sacristie. Les enfants de la ma\u00eetrise \u00e9taient en train de chanter ce que je sus plus tard \u00eatre le Magnificat. En un instant mon c\u0153ur fut touch\u00e9 et je crus.\u00a0\u00bb<\/p><p>Sa vie en fut chang\u00e9e, mais le personnage reste contradictoire entre tous, admir\u00e9 pour son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale passionn\u00e9ment\u00a0\u00a0 lyrique et mystique (<em>Le Soulier de satin, L\u2019Annonce faite \u00e0 Marie<\/em>\u2026) autant que d\u00e9test\u00e9, accus\u00e9 de tous les conservatismes et tous les aveuglements (y compris pendant la Seconde guerre), fr\u00e8re attentif ou indiff\u00e9rent au drame de sa s\u0153ur Camille Claudel intern\u00e9e comme folle. \u00c9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1946, sans concurrent, \u00e0 presque quatre-vingts ans, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2ge de la pubert\u00e9 acad\u00e9mique\u00a0\u00bb dit-il, Claudel n\u2019avait effectu\u00e9 aucune des visites rituelles, ni m\u00eame fait acte de candidature.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, foutez-moi la paix\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">L\u00c9AUTAUD<\/span> (1872-1956).<em> Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Personnage atypique, plus sinc\u00e8re que sympathique, original assurant parfaitement son emploi dans ou hors le milieu litt\u00e9raire. Il quitte l\u2019\u00e9cole \u00e0 15 ans, exerce des petits boulots pour vivre, s\u2019\u00e9duque en lisant tard le soir les grands auteurs \u2013 mais il rejette la philosophie, le romantisme, n\u2019aime pas les romans contemporains (ni Proust, ni C\u00e9line), se m\u00e9fie des po\u00e8tes. Il restera toujours ferm\u00e9 \u00e0 la musique, la peinture, la science.<\/p><p>Connu confidentiellement du milieux litt\u00e9raires, ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet le rendent c\u00e9l\u00e8bre en 1950\u00a0! Il publie peu, d\u00e9testant la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature alimentaire\u00a0\u00bb. Solitaire et misogyne, recueillant les animaux abandonn\u00e9s dans son pavillon de Fontenay-aux-Roses et vivant pauvrement, il se consacre \u00e0 son <em>Journal\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai v\u00e9cu que pour \u00e9crire. Je n\u2019ai senti, vu, entendu les choses, les sentiments, les gens que pour \u00e9crire. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 cela au bonheur mat\u00e9riel, aux r\u00e9putations faciles. J\u2019y ai m\u00eame sacrifi\u00e9 mon plaisir du moment, mes plus secrets bonheurs et affections, m\u00eame le bonheur de quelques \u00eatres, pour \u00e9crire ce qui me faisait plaisir \u00e0 \u00e9crire. Je garde de tout cela un profond bonheur.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le 21 janvier 1956, sentant ses forces diminuer, il noie sa guenon Guenette pour qu\u2019elle ne soit malheureuse et confie \u00e0 des amis les chats qui lui restent, quitte son pavillon pour s\u2019installer dans une maison de sant\u00e9. Il meurt un mois plus tard, sur un dernier mot qui lui ressemble.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019ont vraiment pas l\u2019air d\u2019Am\u00e9ricains\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Boris <span class=\"caps\">VIAN<\/span> (1920-1959) \u00e0 un ami, 23 juin 1959, cin\u00e9ma le Marbeuf aux Champs-\u00c9lys\u00e9es, projection priv\u00e9e. <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Il meurt d\u2019une (derni\u00e8re) crise cardiaque au d\u00e9but de la projection de\u00a0<em>J\u2019irai cracher sur vos tombes<\/em>, tir\u00e9 de son roman \u00e0 succ\u00e8s et scandale (sign\u00e9 d\u2019un pseudo, Vernon Sullivan). Les producteurs ont refus\u00e9 son adaptation, il craint le pire et les premi\u00e8res images le mettent hors de lui\u00a0: l\u2019interpr\u00e9tation vaut trahison. Voyant son nom au g\u00e9n\u00e9rique, malgr\u00e9 sa volont\u00e9 et contre son droit moral d\u2019auteur, il se l\u00e8ve pour sortir de la salle et retombe, mort. Il avait 39 ans.<\/p><p>\u00c9crivain, po\u00e8te, chroniqueur, nouvelliste, sc\u00e9nariste, parolier, chanteur, critique musical, directeur artistique, traducteur (anglais, am\u00e9ricain), conf\u00e9rencier, \u00e0 l\u2019occasion acteur, peintre et dessinateur, inventeur, mais aussi trompettiste de jazz connu dans les clubs de Saint-Germain\u2026 et ing\u00e9nieur form\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole centrale.<\/p><p>Dou\u00e9 en tout, Boris Vian a v\u00e9cu tant de vies, sachant que la sienne serait br\u00e8ve. Il est mort \u00e0 39 ans, comme Blaise Pascal, autre surdou\u00e9 en tout (mais pas dans le m\u00eame genre). Pr\u00e9sum\u00e9 pessimiste, Vian s\u2019amusait de tout, adorait faire la f\u00eate chaque nuit \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s avec sa bande de copains, contraint \u00e0 travailler chaque jour pour gagner sa vie, bien conscient qu\u2019il a \u00ab\u00a0un pied dans la tombe et l\u2019autre qui ne bat que d\u2019une aile.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il fait une carri\u00e8re posthume. Les jeunes adorent <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cume des jours<\/em>, roman devenu un classique de la litt\u00e9rature, \u00e9tudi\u00e9 dans les coll\u00e8ges et lyc\u00e9es. Ses chansons\u00a0attirent de bons interpr\u00e8tes, mais la voix de l\u2019auteur continue de chanter <em>Le D\u00e9serteur, Je bois, Je suis snob, On n\u2019est pas l\u00e0 pour se faire engueuler, la Java des bombes atomiques.<\/em><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas de m\u00e9decin\u00a0! Pas de piq\u00fbre\u00a0! Pas d\u2019h\u00f4pital.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louis-Ferdinand <span class=\"caps\">C\u00c9LINE<\/span> (1894-1961). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Auteur sulfureux, consid\u00e9r\u00e9 comme un g\u00e9nie qui r\u00e9volutionne la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019\u00e9gal de Proust, m\u00e9decin des pauvres en banlieue, engag\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, mais surtout \u00e9gar\u00e9 par sa haine des juifs, il meurt \u00e0 67 ans dans sa villa de Meudon, petit pavillon vieillot. Selon son souhait, ses rares amis tiennent sa mort secr\u00e8te et Lucette Destouches (sa femme) ob\u00e9it \u00e0 sa promesse, n\u2019avertir personne, mais elle n\u2019avait m\u00eame pas compris qu\u2019il \u00e9tait mort\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une interminable corv\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976). <em>Andr\u00e9 Malraux, l\u2019hommage de Strasbourg, le Blog-Notes<\/em>, 20 novembre 2006, Robert Grossmann.<\/p><\/blockquote><p>T\u00e9moin et acteur de son si\u00e8cle, il appartient \u00e0 la derni\u00e8re grande g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais faisant rimer aventure et litt\u00e9rature\u00a0: Malraux et Montherlant, Camus et Saint-Exup\u00e9ry, Sartre et Aragon, d\u2019autres noms encore, chacun suivant un itin\u00e9raire personnel. Malraux a travers\u00e9 le si\u00e8cle, de l\u2019aventurier (plus ou moins) mythomane au gaulliste politiquement engag\u00e9 sur tous les fronts, depuis la Seconde guerre au minist\u00e8re de la Culture cr\u00e9\u00e9 pour lui.<\/p><p>Le professeur Bertagna le rassurait \u00e0 propos de meilleurs examens du laboratoire\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans Courteline\u00a0\u00bb, dit-il douloureusement ironique. Sa grande amie Sophie (Louise) de Vilmorin lui demanda juste avant qu\u2019il ne sombre dans le coma\u00a0: \u00ab\u00a0Souffrez-vous\u00a0?\u00a0\u00bb Il r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une interminable corv\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb Terrible le\u00e7on de mort de celui qui tenta sa vie durant de juguler et de d\u00e9fier le destin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous aime beaucoup, mon petit castor.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),\u00a0 mourant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Broussais de Paris. Sartre et Beauvoir, <em>La farce des choses<\/em> (2019), Emmanuel Hecht<\/p><\/blockquote><p>(Castor est le surnom donn\u00e9 \u00e0 son amie Simone en 1929 par un professeur de philosophie attach\u00e9 culturel \u00e0 Londres, en pensant \u00e0 <em>beaver<\/em>, castor en anglais, qui se prononce presque comme Beauvoir).<\/p><p>Sartre et Beauvoir ont form\u00e9 un couple c\u00e9l\u00e8bre, (tr\u00e8s) libre dans leurs amours respectives, mais tr\u00e8s unis dans leurs engagements politiques. Ils fondent avec d\u2019autres intellectuels de gauche la revue des <em>Temps Modernes<\/em> pour faire connaitre l\u2019existentialisme, le courant philosophique qu\u2019ils d\u00e9fendent. Elle refusera le mariage par principe, une institution bourgeoise aussi r\u00e9pugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en \u00e9chapper. Il la soutient dans son f\u00e9minisme et c\u2019est lui qui a trouv\u00e9 le titre du<em> Deuxi\u00e8me sexe.<\/em><\/p><p>Il part le premier, malade depuis longtemps, presque aveugle, toujours actif, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u0153d\u00e8me pulmonaire. Elle lui survit, toujours tr\u00e8s droite dans ses bottes imaginaires, de plus en plus raide et fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame, enturbann\u00e9e sur toutes ses photos. Ils seront r\u00e9unis dans la m\u00eame tombe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au journal\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">ARON<\/span> (1905-1983). <em>Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>Le philosophe quittant le palais de Justice o\u00f9 il a t\u00e9moign\u00e9 dans un proc\u00e8s doit se rendre au plus vite dans les bureaux de l\u2019Express. Il se pr\u00e9cipite dans sa voiture et lance l\u2019ordre au chauffeur \u2013 avant de s\u2019\u00e9crouler sur la banquette arri\u00e8re. \u00c0 78 ans, c\u2019est toujours la m\u00eame passion du m\u00e9tier. Sociologie, historien, politologue\u2026 et journaliste, il reste connu surtout pour son antagonisme intellectuel avec le ma\u00eetre \u00e0 penser de l\u2019\u00e9poque, Jean-Paul Sartre.<\/p><p>Le 17 octobre 1983, le journaliste et politologue Raymond Aron mourait d\u2019une crise cardiaque en quittant le palais de justice de Paris. R\u00e9sistant pendant la derni\u00e8re guerre, l\u2019auteur de L\u2019opium des intellectuels se fera promoteur du lib\u00e9ralisme et tr\u00e8s critique face au mouvement pacifiste, bienveillant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9gimes communistes. Le politologue aura influenc\u00e9 des penseurs tels que Pierre Bourdieu ou encore Andr\u00e9 Glucksmann.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il doit bien y avoir un paradis quelque part.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">Marguerite <span class=\"caps\">YOURCENAR<\/span> (1903-1987). <em>Yourcenar, carte d\u2019identit\u00e9<\/em> (2016), Henriette Levillain.<\/p><\/blockquote><p>En tout cas, c\u2019est la premi\u00e8re immortelle \u00e9lue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1980, avec la b\u00e9n\u00e9diction du tr\u00e8s f\u00e9ministe et souriant Jean d\u2019Ormesson.<\/p><p>C\u00e9l\u00e8bre en 1951 par ses <em>M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em> (prix Femina), puis par <em>L\u2019\u0152uvre au Noir<\/em> (1968), Marguerite Yourcenar est\u00a0 class\u00e9e de son vivant parmi les grands \u00e9crivains fran\u00e7ais classiques\u00a0: \u00e9rudite, impersonnelle, ma\u00eetris\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s dans le style et les passions, acad\u00e9mique avant l\u2019heure. Une autre femme se r\u00e9v\u00e8le, \u00e0 travers ses \u0153uvres intimes, <em>M\u00e9moires, Correspondances<\/em>, essais. Entre ironie et\u00a0 attendrissements, orgueil et humilit\u00e9, pessimisme grandissant et id\u00e9al de bont\u00e9, misogynie \u00e9vidente et homosexualit\u00e9 affich\u00e9e.<\/p><p>Elle quitte l\u2019Europe en 1939, pour fuir la guerre et retrouver aux \u00c9tats-Unis la femme de sa vie, Grace Frick, professeur de litt\u00e9rature britannique \u00e0 New York, rencontr\u00e9e par hasard \u00e0 Paris, h\u00f4tel Wagram, deux ans avant. Grace renonce \u00e0 sa carri\u00e8re universitaire, soutient financi\u00e8rement et psychologiquement Marguerite, traduit son \u0153uvre en anglais. Le couple s\u2019installe en 1950 sur l\u2019\u00eele des Monts D\u00e9serts, dans le Maine. Grace organise leur vie (entre l\u2019\u00e9criture de Marguerite et ses longs voyages) et doit toujours rassurer sa compagne hypocondriaque, sujette \u00e0 d\u00e9pression. Elle meurt\u00a0 d\u2019un cancer du sein en 1979. Marguerite Yourcenar vivra ensuite avec le jeune r\u00e9alisateur am\u00e9ricain Jerry Wilson, son dernier secr\u00e9taire et compagnon mort du sida en 1986. Solitaire et secr\u00e8te, elle meurt le 17 d\u00e9cembre 1987 sur ce mot d\u2019espoir\u00a0: \u00ab\u00a0Il doit bien y avoir un paradis quelque part.\u00a0\u00bb<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin-des-artistes-et-scientifiques\/\">Lire la suite\u00a0: les Mots de la fin des artistes et scientifiques.<\/a><\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans l\u2019Histoire en citations. La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au XIXe si\u00e8cle comme aujourd&#8217;hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":414,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9184","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9184","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9184"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9184\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16269,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9184\/revisions\/16269"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9184"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9184"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9184"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}