{"id":9186,"date":"2021-11-08T00:00:00","date_gmt":"2021-11-07T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-mots-de-la-fin-des-chefs-detat-hommes-et-femmes-politiques-militaires\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:10","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:10","slug":"les-mots-de-la-fin-des-chefs-detat-hommes-et-femmes-politiques-militaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin-des-chefs-detat-hommes-et-femmes-politiques-militaires\/","title":{"rendered":"Les Mots de la fin des Chefs d\u2019\u00c9tat, hommes et femmes politiques, militaires."},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9186\" class=\"elementor elementor-9186\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5d00882d e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"5d00882d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-173f6564 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"173f6564\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p><p>La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle comme aujourd\u2019hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, dramaturge ou acteur, artiste ou scientifique, d\u2019o\u00f9 le classement th\u00e9matique en neuf cat\u00e9gories. Le sexe ou l\u2019\u00e2ge ne jouent gu\u00e8re et certaines \u00ab\u00a0morts \u00e0 contremploi\u00a0\u00bb surprennent.<\/p><p>Quelques personnages cumulent deux ou trois mots de la fin\u00a0: J\u00e9sus, Voltaire, Hugo\u2026 Une p\u00e9riode se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement riche, la R\u00e9volution\u00a0: pendant six ans, la guillotine tue beaucoup plus que la maladie ou la vieillesse et la situation donne du talent, voire du g\u00e9nie (improvis\u00e9 ou pas).<\/p><p>Quelques mots sont biss\u00e9s au fil des si\u00e8cles, le plus fr\u00e9quent \u00e9tant le plus \u00e9mouvant\u00a0: \u00ab\u00a0Maman.\u00a0\u00bb<\/p><p>Au final, on notera l\u2019\u00e9tonnante vari\u00e9t\u00e9 de tons et de styles, entre le drame et l\u2019humour, le courage et la peur, le lyrisme ou la pudeur, la simplicit\u00e9 quotidienne ou la pause pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Reste une impression dominante\u00a0: la sinc\u00e9rit\u00e9 de ces derniers instants. \u00c0 vous de juger, dans cet \u00e9dito en quatre semaines.<\/p><h3><span class=\"caps\">II<\/span>. Chefs d\u2019\u00c9tat, hommes et femmes politiques, militaires.<\/h3><h4><span class=\"caps\">CHEFS<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">\u00c9TAT<\/span><\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ingrate patrie, tu n\u2019auras pas mes os\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SCIPION<\/span> l\u2019Africain (v. 236-235 av. J.-C. 183 av. J.-C.).<em> Last Words, Last Words\u2026 Out\u00a0!<\/em> (2020) Miguel S.Ruiz.<\/p><\/blockquote><p>Sa vie est un roman d\u2019aventure. Issu d\u2019une grande famille romaine, il incarne l\u2019esprit de conqu\u00eate et le go\u00fbt du luxe de Rome au temps des guerres puniques (contre Carthage, la grande puissance rivale en M\u00e9diterran\u00e9e).<\/p><p>Son p\u00e8re, consul en Espagne, meurt en luttant contre l\u2019empire carthaginois. Le jeune Scipion part le venger, ouvrant un second front contre le fr\u00e8re d\u2019Hannibal qui ravage l\u2019Italie. Il assi\u00e8ge et prend Carthag\u00e8ne, place forte \u00e9conomique vitale pour le camp punique. Sa droiture le rend populaire aupr\u00e8s des indig\u00e8nes lass\u00e9s de l\u2019occupation carthaginoise. Il rallie les Ib\u00e8res \u00e0 sa cause et soumet l\u2019Espagne orientale.<\/p><p>De retour \u00e0 Rome, nomm\u00e9 consul, il utilise la m\u00eame tactique gagnante contre les Carthaginois, massacr\u00e9s \u00e0 la bataille des Grandes Plaines. Hannibal demande la paix \u00e0 Scipion qui la refuse, ces deux grands chefs de guerre s\u2019opposent \u00e0 la bataille de Zama. La d\u00e9faite d\u2019Hannibal marque la fin de la deuxi\u00e8me guerre punique.<\/p><p>Scipion rentre \u00e0 Rome, salu\u00e9 du titre de l\u2019Africain qui lui est rest\u00e9 dans l\u2019histoire. Objet d\u2019un triomphe exceptionnel, \u00e9lu et r\u00e9\u00e9lu consul en respectant l\u2019intervalle de dix ans qui doit s\u00e9parer deux consulats. La pl\u00e8be l\u2019aurait volontiers nomm\u00e9 consul perp\u00e9tuel et dictateur, mais ses ennemis s\u2019organisent, attaquent Scipion et son fr\u00e8re accus\u00e9s de d\u00e9tournement d\u2019un tribut de guerre. Le \u00ab\u00a0proc\u00e8s des Scipions\u00a0\u00bb met fin \u00e0 leur carri\u00e8re politique. Scipion l\u2019Africain, malade, choisit de s\u2019exiler de Rome, se retirant dans sa propri\u00e9t\u00e9 en Campanie o\u00f9 il meurt peu apr\u00e8s. Refusant d\u2019\u00eatre enterr\u00e9 \u00e0 Rome, il fait apposer ces mots sur sa s\u00e9pulture\u00a0: \u00ab\u00a0Ingrate patrie, tu n\u2019auras pas mes os\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 son confesseur qui lui demande de pardonner \u00e0 ses ennemis\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0Je ne m\u2019en connais d\u2019autres [ennemis] que ceux de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), mourant, 6\u00a0d\u00e9cembre 1642. Son mot de la fin. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques<\/em>, Historama (1970).<\/p><\/blockquote><p>Cela fait encore beaucoup d\u2019ennemis au cardinal et \u00ab\u00a0principal ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb qui a dirig\u00e9 la France et le roi pendant vingt ans, d\u00e9test\u00e9 autant que craint et admir\u00e9.<\/p><p>Le cardinal parle en homme d\u2019\u00c9glise qu\u2019il fut avec s\u00e9rieux dans son \u00e9v\u00each\u00e9 de Lu\u00e7on, mais il s\u2019exprime comme il a v\u00e9cu en homme politique, l\u2019un de nos plus grands (reconnu par les historiens et admir\u00e9 en cela par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle). On lui doit la th\u00e9orisation \u2013 sinon l\u2019invention \u2013 de la raison d\u2019\u00c9tat qui date de Machiavel. Elle fera la force et la grandeur du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, apog\u00e9e de la monarchie absolue.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vous dois tout, mais je m\u2019acquitte envers Votre Majest\u00e9 en lui donnant Colbert.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le 9\u00a0mars 1661. C\u2019est son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb politique. Le Plutarque fran\u00e7ais, vie des hommes et femmes illustres de la France (1837), \u00c9douard Mennechet.<\/p><\/blockquote><p>Premier ministre d\u2019Anne d\u2019Autriche, gard\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 sa majorit\u00e9, se donnant tout entier \u00e0 son m\u00e9tier de \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb, il a eu la totalit\u00e9 du pouvoir. Il recommande au roi le financier Jean-Baptiste Colbert qui g\u00e9rait avec succ\u00e8s sa fortune, depuis dix ans. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le gardera \u00e0 son service jusqu\u2019\u00e0 sa mort, durant plus de vingt ans. Il fera de m\u00eame avec la plupart des collaborateurs tout d\u00e9vou\u00e9s dont l\u2019habile Mazarin a su s\u2019entourer.<\/p><p>Mazarin a parall\u00e8lement collectionn\u00e9 les charges et acquis une immense fortune \u2013 impossible \u00e0 estimer, car il est difficile de donner la valeur des tableaux de ma\u00eetre de Vinci, Titien, Rapha\u00ebl, Caravage, des sculptures, des bijoux et m\u00e9dailles, diss\u00e9min\u00e9s dans un grand nombre de palais, et des livres rares de la biblioth\u00e8que Mazarine. C\u2019est sans doute la plus grande fortune priv\u00e9e de tout l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0! Mais Mazarin fut aussi un grand m\u00e9c\u00e8ne et un amoureux des belles choses\u00a0: au moment de mourir il pense aux chefs-d\u2019\u0153uvre qu\u2019il ne verra plus.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dire qu\u2019il va falloir quitter tout cela.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), autre mot de la fin plus personnel, en forme de cri du c\u0153ur. <em>Histoire de la po\u00e9sie fran\u00e7aise<\/em>, tome I (1982), Robert Sabatier.<\/p><\/blockquote><p>Tout cardinal qu\u2019il f\u00fbt \u2013 quoique jamais ordonn\u00e9 pr\u00eatre\u00a0! \u2013 Mazarin \u00e9tait tr\u00e8s attach\u00e9 aux biens de ce monde et notamment aux \u0153uvres d\u2019art accumul\u00e9es en collectionneur et connaisseur. L\u2019essentiel est l\u00e9gu\u00e9 au roi qui refuse \u00e9l\u00e9gamment, de sorte que Mazarin peut encore en disposer, selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s.<\/p><p>Se sentant mourir, il se fit transporter dans sa galerie de peintures et admira longuement les merveilles qu\u2019il y avait rassembl\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Dire qu\u2019il va falloir quitter tout cela.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut servir la France. C\u2019est un pays difficile \u00e0 servir, inconstant et impr\u00e9voyant, mais qu\u2019il faut bien servir, c\u2019est un grand pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"13\" class=\"cit-num\">13<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span>(1787-1874). <em>Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>Il entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Restauration, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de l\u2019\u00e9poque. Il quitte le gouvernement quand les lib\u00e9raux perdent le pouvoir, suspendu de ses cours d\u2019histoire moderne \u00e0 la Sorbonne, en raison de son opposition au r\u00e9gime monarchiste.<\/p><p>Sous la Monarchie de Juillet, Guizot sera longtemps au pouvoir, plusieurs fois ministre, en particulier des Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1840 \u00e0 1848 et pr\u00e9sident du Conseil en 1847, chef du parti de la R\u00e9sistance (r\u00e9sistance au mouvement r\u00e9volutionnaire), d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats de la grande bourgeoisie d\u2019affaires, contribuant \u00e0 accro\u00eetre la mis\u00e8re ouvri\u00e8re et suscitant une opposition de plus en plus dure. Mais il est souvent mal compris.<\/p><p>Exemple le plus connu, 1er mars 1843 \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous\u2026\u00a0\u00bb Rappelons le contexte. Pratiquement chef du gouvernement, il r\u00e9pond aux attaques de l\u2019opposition\u00a0: \u00ab\u00a0Fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, \u00e9clairez-vous, enrichissez-vous, am\u00e9liorez la condition morale et mat\u00e9rielle de notre France.\u00a0\u00bb Il reprendra le mot lors d\u2019un banquet, la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (Le droit de vote \u00e9tait conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.) Louis-Philippe approuve les id\u00e9es de son ministre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ma bouche\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p><p>Guizot joua aussi un r\u00f4le important dans l\u2019histoire de l\u2019\u00e9cole en France, ministre de l\u2019Instruction publique demandant la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9cole primaire par commune et d\u2019une \u00e9cole normale primaire par d\u00e9partement \u2013 loi de 1833. Le m\u00eame homme tombera et entra\u00eenera dans sa chute la Monarchie de Juillet, pour cause de conservatisme excessif. Il sera aussi l\u2019historien de l\u2019irr\u00e9sistible ascension bourgeoise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moi les Turcaillots, en avant\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893) s\u2019imaginant encore dans la bataille. <em>Mac-Mahon<\/em> (2000), Gabriel de Broglie.<\/p><\/blockquote><p>Comme le soulignent la plupart des journaux de l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0la mort de Mac-Mahon est belle comme sa vie.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00c0 85 ans, aux premiers jours d\u2019octobre, sa sant\u00e9 commence \u00e0 s\u2019alt\u00e9rer. Il peine \u00e0 respirer, veill\u00e9 par la mar\u00e9chale, par son fils Patrice et assist\u00e9 de son m\u00e9decin, le docteur Rummet. Le 17 au matin, il fait appeler le cur\u00e9 de Montcresson qui est aussi son ami. Il re\u00e7oit les derniers sacrements \u00e0 8 heures, toujours conscient. Il s\u2019endort, tr\u00e8s calme, ayant retrouv\u00e9 son souffle. Peu avant 10 heures, il rouvre les yeux et lance ses derniers mots. Avant de s\u2019\u00e9teindre sans agonie.<\/p><p>Les cloches de Montcresson sonnent le glas. Les habitants du bourg et des villages proches, les parents et les amis, de nombreux militaires d\u00e9filent, tous frapp\u00e9s par la noblesse et la douceur presque souriante du visage. Une d\u00e9p\u00eache annonce le d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Paris, il s\u2019ensuit une avalanche de t\u00e9l\u00e9grammes, de messages, de fleurs et de couronnes qui apportent des condol\u00e9ances de l\u2019Europe enti\u00e8re. Le 19 octobre, un d\u00e9cret d\u00e9cide de son transfert aux Invalides.<\/p><p>Mac-Mahon est\u00a0 mort en \u00e9voquant son pass\u00e9 militaire \u2013 conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie dont il fut aussi gouverneur. Mais il reste dans l\u2019histoire comme le premier de nos Pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique. De 1873 \u00e0 1879, il tente d\u2019imposer avec toute son \u00e9nergie un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel \u2013 ce que r\u00e9ussira un autre militaire, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. Il\u00a0 devra finalement se soumettre et se d\u00e9mettre en r\u00e9publicain, le r\u00e9gime parlementaire l\u2019emportant alors, avec ses faiblesses, ses crises, ses pr\u00e9sidents souvent insignifiants.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je souffre. Il vaut mieux me laisser.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Sadi <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1837-1894) au m\u00e9decin qui tente l\u2019impossible pour le sauver.<em> M\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie nationale de chirurgie<\/em> (2010), Assassinat de Marie-Fran\u00e7ois-Sadi Carnot \u00e0 Lyon, le 24 juin 1894\u00a0: d\u00e9fi chirurgical et gageure politique d\u2019un martyre.<\/p><\/blockquote><p>Attentat contre le premier magistrat de France\u00a0: le 24 juin 1894, Marie-Fran\u00e7ois Sadi Carnot est assassin\u00e9 \u00e0 Lyon par un jeune anarchiste italien, Santo Caserio. Il est venu visiter l\u2019exposition universelle internationale et coloniale. Apr\u00e8s un banquet en son honneur et se rendant \u00e0 un gala, il est mortellement bless\u00e9 dans sa voiture. C\u2019est le premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7ais tu\u00e9 dans l\u2019exercice de ses fonctions \u2013 Paul Doumer en 1932 conna\u00eetra le m\u00eame sort.<\/p><p><em>Le Figaro<\/em> du 26 juin rapporte que bien des gens \u00e0 Paris refusaient de croire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un tel crime. Peu apr\u00e8s, des boutiques appartenant \u00e0 des Italiens sont attaqu\u00e9es \u00e0 Lyon, saccag\u00e9es, d\u00e9valis\u00e9es. Le 1er juillet, le pr\u00e9sident d\u00e9funt, apr\u00e8s des fun\u00e9railles nationales \u00e0 Notre-Dame, est inhum\u00e9 au Panth\u00e9on, au c\u00f4t\u00e9 de son grand-p\u00e8re Lazare, \u00ab\u00a0l\u2019organisateur de la victoire\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution. C\u2019est le seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e0 y reposer. Son assassin, condamn\u00e9 le 4 ao\u00fbt \u00e0 la peine de mort, est guillotin\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour mes obs\u00e8ques, je ne veux que le strict n\u00e9cessaire, c\u2019est-\u00e0-dire moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929) \u00e0 son m\u00e9decin. <em>Perles de Clemenceau<\/em> (2018), Fran\u00e7ois Jouffa <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Fr\u00e9d\u00e9ric Pouhier.<\/p><\/blockquote><p>Ce mot de la fin est aussi dans son testament, dat\u00e9 du 26 mars 1929.<\/p><p>Il avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re est mort \u00e0 87 ans, ma m\u00e8re \u00e0 83 ans, \u00e0 mon tour.\u00a0\u00bb On lui doit aussi un mot connu et sans illusion, devenu citation\u00a0: \u00ab\u00a0Les cimeti\u00e8res sont pleins de gens irrempla\u00e7ables qui ont tous \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p>Vend\u00e9en de naissance, de c\u0153ur et de fort caract\u00e8re, le \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb qui fut aussi le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb en 1917-1918 a effray\u00e9 et malmen\u00e9 le personnel politique souvent insignifiant d\u2019une Troisi\u00e8me R\u00e9publique critiquable pour\u00a0 sa faiblesse institutionnelle et ses \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb sans fin. Il n\u2019a jamais pu acc\u00e9der au poste de pr\u00e9sident (\u00e9lu par l\u2019Assembl\u00e9e nationale) qui lui revenait logiquement et qu\u2019il brigua officiellement en fin de carri\u00e8re. Dans la droite ligne de son caract\u00e8re, il refusa donc des fun\u00e9railles nationales.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Goebbels, je vous charge de vous assurer que mon corps et celui de ma femme sont bien br\u00fbl\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Adolf <span class=\"caps\">HITLER<\/span> (1889-1945) \u00e0 son ministre, avant d\u2019aller se tuer avec Eva Braun.<em> Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>Il avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Mon empire vivra mille ans\u00a0!\u00a0\u00bb Il a v\u00e9cu douze ans (1933-1945). Mais au-del\u00e0 de la propagande nazie et de la proph\u00e9tie du \u00ab\u00a0Reich de mille ans\u00a0\u00bb, le F\u00fchrer fut le nouveau messie pour un peuple humili\u00e9, avide de revanche apr\u00e8s la Premi\u00e8re guerre mondiale.<\/p><p>Premi\u00e8re vis\u00e9e, la France, l\u2019ennemie mortelle et vaincue\u00a0: elle subit la domination allemande des deux tiers de son territoire dans la zone occup\u00e9e, avec une zone libre qui le sera de moins en moins, tandis que les trois d\u00e9partements d\u2019Alsace-Lorraine sont annex\u00e9s et les deux d\u00e9partements du Nord et du Pas-de-Calais r\u00e9unis \u00e0 la Belgique \u2013 elle-m\u00eame envahie par les chars d\u2019assaut lors de la Blitzkrieg (guerre \u00e9clair) et pass\u00e9e sous administration allemande, le 15\u00a0septembre 1940.<\/p><p>D\u2019autres pays font les frais de cet imp\u00e9rialisme qui redessine la carte de l\u2019Europe. En vertu du pacte tripartite sign\u00e9 le 27\u00a0septembre 1940, donnant \u00e0 l\u2019Allemagne, \u00e0 l\u2019Italie et au Japon le droit \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0espace vital\u00a0\u00bb dont chacun a besoin et par le jeu des empires coloniaux, c\u2019est le monde que les trois dictateurs, Hitler, Mussolini et Hiro-Hito, veulent se partager. Cette guerre, fatalement, devait devenir mondiale. En un quart de si\u00e8cle, incluant l\u2019instauration de r\u00e9gimes communistes et leur cort\u00e8ge de pers\u00e9cutions, \u00ab\u00a0soixante-dix millions d\u2019Europ\u00e9ens, hommes, femmes et enfants, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s et tu\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00e9crira Albert Camus.<\/p><p>Au regard de cette trag\u00e9die mondiale, le suicide d\u2019Hitler et d\u2019Eva Braun, sa ma\u00eetresse \u00e9pous\u00e9e la veille, fait figure de fait divers politique \u00e0 la fois insignifiant et symbolique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai faim.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">P\u00c9TAIN<\/span> (1856-1951).<em> Les Mots de la fin, 200 adieux historiques<\/em> (2017), Catherine Guennec.<\/p><\/blockquote><p>La nuit du 23 juillet 1951, quelques proches, dont son avocat Me Isorni, veillent le prisonnier. Jug\u00e9 pour intelligence avec l\u2019ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice en juillet 1945, frapp\u00e9 d\u2019indignit\u00e9 nationale, condamn\u00e9 \u00e0 la confiscation de ses biens et \u00e0 la peine de mort, sa peine a \u00e9t\u00e9 commu\u00e9e en emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p><p>Le mar\u00e9chal (vainqueur de Verdun sous la Grande Guerre) a 95 ans et sa sant\u00e9 d\u00e9cline, physiquement, mentalement. Ses moments de lucidit\u00e9 deviennent rares. Il sort soudain de sa torpeur, ouvre les yeux, lance ces deux mots qui r\u00e9sonnent comme un ordre. Et meurt \u00e0 cet instant.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis pr\u00eat \u00e0 rencontrer mon Cr\u00e9ateur. Quant \u00e0 savoir s\u2019il est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de me voir, c\u2019est une autre histoire.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Winston <span class=\"caps\">CHURCHILL<\/span> (1874-1965). <span class=\"caps\">TV5<\/span> Monde, 30 janvier 2015.<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Vieux lion\u00a0\u00bb au sacr\u00e9 caract\u00e8re, carri\u00e8re de militaire, strat\u00e8ge sur le terrain comme en politique, maniant l\u2019humour parfois assassin, on peut le comparer \u00e0 Clemenceau.<\/p><p>L\u2019homme d\u2019\u00c9tat britannique s\u2019est illustr\u00e9 lui aussi sur plusieurs fronts\u00a0: le terrain \u2013 notamment le front de l\u2019Ouest pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale comme commandant du 6e bataillon des Royal Scots Fusiliers -, la politique en tant que Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 \u00e0 1945 o\u00f9 son action se r\u00e9v\u00e9la d\u00e9cisive durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut pour le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle un partenaire pas toujours facile, mais pr\u00e9cieux et surtout fid\u00e8le, remarquable dans l\u2019art oratoire et le courage dans l\u2019action. Il meurt \u00e0 91 ans. Un r\u00e9gime \u00e0 base d\u2019alcool, de cigare et surtout \u00ab\u00a0No sport!\u00a0\u00bb le maintint en forme presque jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de Staline dans ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em><\/p><\/blockquote><p>Malraux reprend cette phrase dans ses <em>Antim\u00e9moires\u00a0: le Miroir des limbes<\/em>. La mort fut certainement omnipr\u00e9sente dans ce dialogue au sommet de l\u2019intelligence qui r\u00e9unit les deux hommes. Jusqu\u2019\u00e0 la mort du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p><p>Cet homme d\u2019\u00c9tat avait au plus haut point le don de la Parole et de l\u2019Action (comme Napol\u00e9on qu\u2019il admirait). Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de son dernier referendum en 1969 et son retrait de la vie politique (\u00ab\u00a0Cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur\u00a0\u00bb selon le gaulliste Fran\u00e7ois Mauriac), il r\u00e9digeait le dernier tome de ses <em>M\u00e9moires<\/em> dans son domaine de la Boisserie \u00e0 Colombey-les-deux \u00c9glises (Haute-Marne). Le 9 novembre 1970, comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e avant le d\u00eener, le G\u00e9n\u00e9ral entame une partie de patience dans la biblioth\u00e8que. Pris d\u2019un malaise (<span class=\"caps\">AVC<\/span>), il meurt avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e de son m\u00e9decin et du cur\u00e9 de Colombey. A-t-il eu le temps de penser \u00e0 la citation de Staline\u00a0? Le lendemain, le pr\u00e9sident Pompidou d\u00e9clare dans une br\u00e8ve allocution radio-t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e que \u00ab\u00a0la France est veuve\u00a0\u00bb.<\/p><p>De Gaulle avait r\u00e9dig\u00e9 son testament en 1952. En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: <br>\u00ab\u00a0Je veux que mes obs\u00e8ques aient lieu \u00e0 Colombey-les-Deux-\u00c9glises. Si je meurs ailleurs, il faudra transporter mon corps chez moi, sans la moindre c\u00e9r\u00e9monie publique. Ma tombe sera celle o\u00f9 repose d\u00e9j\u00e0 ma fille Anne et o\u00f9, un jour, reposera ma femme. Inscription\u00a0: Charles de Gaulle (1890-\u2026). Rien d\u2019autre. Je ne veux pas d\u2019obs\u00e8ques nationales. Ni pr\u00e9sident, ni ministres, ni bureaux d\u2019assembl\u00e9es, ni corps constitu\u00e9s. Seules, les Arm\u00e9es fran\u00e7aises pourront participer officiellement, en tant que telles\u00a0; mais leur participation devra \u00eatre de dimension tr\u00e8s modeste, sans musiques, ni fanfares, ni sonneries. Aucun discours ne devra \u00eatre prononc\u00e9, ni \u00e0 l\u2019\u00e9glise ni ailleurs. Pas d\u2019oraison fun\u00e8bre au Parlement. Je d\u00e9clare refuser d\u2019avance toute distinction, promotion, dignit\u00e9, citation, d\u00e9coration, qu\u2019elle soit fran\u00e7aise ou \u00e9trang\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois aux forces de l\u2019esprit et je ne vous quitterai pas.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996) \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, 31\u00a0d\u00e9cembre 1994.<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident adresse pour la derni\u00e8re fois ses v\u0153ux \u00e0 la nation, au terme de son second septennat. \u00ab\u00a0L\u2019an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses v\u0153ux. L\u00e0 o\u00f9 je serai, je l\u2019\u00e9couterai, le c\u0153ur plein de reconnaissance pour le peuple fran\u00e7ais qui m\u2019aura si longtemps confi\u00e9 son destin, et plein d\u2019espoir en vous. Je crois aux forces de l\u2019esprit et je ne vous quitterai pas.\u00a0\u00bb<\/p><p>Sa maladie (cancer), de notori\u00e9t\u00e9 publique, dramatise naturellement ce rendez-vous annuel et convenu d\u2019un pr\u00e9sident avec un peuple.<\/p><h4><span class=\"caps\">HOMMES<\/span> et <span class=\"caps\">FEMMES<\/span> <span class=\"caps\">POLITIQUES<\/span> porteurs d\u2019un ultime message.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais fait pour Dieu ce que j\u2019ai fait pour cet homme, je serais sauv\u00e9 dix fois.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683) sur son lit de mort, parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, d\u00e9but septembre\u00a01683.\u00a0<em>Histoire de la vie et de l\u2019administration de Colbert<\/em> (1846), Pierre Cl\u00e9ment.<\/p><\/blockquote><p>Il meurt en ministre, plus qu\u2019en chr\u00e9tien. Mais la France est une monarchie de droit divin, donc \u00ab\u00a0cautionn\u00e9e\u00a0\u00bb par Dieu omnipr\u00e9sent.<\/p><p>Ce grand commis de l\u2019\u00c9tat accomplit une t\u00e2che surhumaine, cumulant les postes d\u2019intendant des Finances, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral, surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures, secr\u00e9taire \u00e0 la Maison du roi et \u00e0 la Marine. En vertu de quoi il dirigea et r\u00e9glementa l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9organisa l\u2019administration, g\u00e9ra les \u00ab\u00a0affaires culturelles\u00a0\u00bb, encouragea le commerce d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0une guerre d\u2019argent\u00a0\u00bb et enrichit le pays au nom d\u2019un mercantilisme qui fait loi \u2013 le \u00ab\u00a0colbertisme\u00a0\u00bb. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit, autant que la France, une part de cette grandeur dont il est si fier. Le Code noir dont on a beaucoup parl\u00e9 refl\u00e8te le colonialisme n\u00e9cessaire \u00e0 toute grande puissance, \u00e0 commencer par l\u2019Angleterre et la France. Seuls quelques philosophes humanistes et visionnaires manifestaient leur opposition \u00e0 ce crime contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00a0\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Lous Dumont.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019un des rares personnages politiques mort de maladie et dans son lit sous la R\u00e9volution\u00a0! Talleyrand est venu visiter le mourant, juste avant son dernier soupir (2\u00a0avril). Assistant \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, il a tout fait pour conserver une monarchie constitutionnelle (\u00e0 l\u2019anglaise). Comme Talleyrand, d\u2019ailleurs. Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait sera prouv\u00e9 en novembre 1792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p><p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on. D\u00e9masqu\u00e9 apr\u00e8s la mort du roi, il sera aussit\u00f4t d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai bien le droit d\u2019\u00eatre curieuse, je n\u2019en avais jamais vu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793) au pied de l\u2019\u00e9chafaud, 17 juillet 1793. <em>M\u00e9moires apocryphes de Sanson<\/em> (1830), en r\u00e9alit\u00e9 dues \u00e0 la plume du jeune Honor\u00e9 de Balzac et de Louis-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">L\u2019H<\/span>\u00e9ritier de l\u2019Ain.<\/p><\/blockquote><p>Geste \u00e9minemment politique que l\u2019assassinat de Marat, pour preuve son \u00ab\u00a0Adresse aux Fran\u00e7ais, amis des lois et de la justice\u00a0\u00bb trouv\u00e9e sur elle\u00a0: \u00ab\u00a0Les factions \u00e9clatent de toutes parts\u00a0: la Montagne triomphe par le crime et par l\u2019oppression\u00a0; quelques monstres abreuv\u00e9s de notre sang conduisent ces d\u00e9testables complots [\u2026] Si je ne r\u00e9ussis pas dans mon entreprise, Fran\u00e7ais, je vous ai montr\u00e9 le chemin\u00a0: vous connaissez vos ennemis. Levez-vous, marchez et frappez.\u00a0\u00bb<\/p><p>Cette jeune normande de 25\u00a0ans est mont\u00e9e \u00e0 Paris pour venger le roi guillotin\u00e9 le 21 janvier et venger la France,\u00a0en assassinant l\u2019abominable Marat qui se pr\u00e9tend l\u2019Ami du peuple, multipliant les appels aux meurtres qui vont aboutir \u00e0 la Terreur.<\/p><p>Le retentissement de ce \u00ab\u00a0fait divers politique\u00a0\u00bb est consid\u00e9rable. En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne de Corneille (un de ses anc\u00eatres normands) et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Andr\u00e9 Ch\u00e9nier le po\u00e8te la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p><p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Fran\u00e7ais meurent aux fronti\u00e8res pour la d\u00e9fense de la patrie\u00a0? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma m\u00e9moire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), guillotin\u00e9 le 31\u00a0octobre\u00a01793. <em>Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019homme si \u00e9l\u00e9gant, s\u00e9ducteur au charme romantique, avocat brillant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, devenu l\u2019un des orateurs les plus dou\u00e9s de la L\u00e9gislative et de la Convention, a perdu toute flamme, us\u00e9 par cinq mois de prison et r\u00e9sign\u00e9 au pire. Il aurait pu fuir comme quelques autres, mais non\u00a0: \u00ab\u00a0Fuir, c\u2019est s\u2019avouer coupable.\u00a0\u00bb Il fait donc partie des 21 Girondins ex\u00e9cut\u00e9s. D\u00e9bord\u00e9 sur sa gauche par les Montagnards, il relativise son martyr, dans une mise en perspective politique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs le jour o\u00f9 le peuple a perdu la raison\u00a0; vous mourrez le jour o\u00f9 il l\u2019aura recouvr\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), mot de la fin, 31\u00a0octobre 1793. <em>Lasource, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention<\/em> (1889), Camille Rabaud.<\/p><\/blockquote><p>Ancien pasteur, acquis \u00e0 la R\u00e9volution, d\u00e9fendant toujours ses convictions avec courage, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 d\u2019accusation, il est jug\u00e9 avec les Girondins auxquels il s\u2019est ralli\u00e9, la derni\u00e8re semaine d\u2019octobre\u00a01793. Les 21 sont condamn\u00e9s \u00e0 mort. Cinq charrettes les m\u00e8nent \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le m\u00eame jour. Dans la derni\u00e8re, il y a le corps de Valaz\u00e9 qui s\u2019est plong\u00e9 un stylet dans le c\u0153ur, \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du verdict. Certains, qui croyaient pouvoir \u00e9chapper \u00e0 la mort, se sont d\u00e9fendus, plut\u00f4t m\u00e9diocrement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon.<\/p><\/blockquote><p>F\u00e9ministe passionn\u00e9e, coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une<em> D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em> d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la reine, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle est arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793. Elle paraphrase le chant national de <em>la Marseillaise<\/em> et lance l\u2019un des plus beaux mots de la fin, dans cette R\u00e9volution qui d\u00e9vore ses enfants \u00e0 la mani\u00e8re de Saturne.<\/p><p>Ridiculis\u00e9e par les Jacobins, tardivement reconnue pour ses qualit\u00e9s humaines et politiques, Olympe de Gouges rate de peu la derni\u00e8re fourn\u00e9e de panth\u00e9onisation r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 quatre R\u00e9sistants et R\u00e9sistantes, en 2015. Ce sera peut-\u00eatre pour la prochaine fois, apr\u00e8s Jos\u00e9phine Baker fin 2021, qui a elle aussi bien m\u00e9rit\u00e9 de la Patrie et de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793.<em> Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier.<\/p><\/blockquote><p>Elle est plus h\u00e9ro\u00efque que son Girondin de mari qui a fui \u00e0 Rouen et se suicidera deux jours apr\u00e8s, en apprenant sa mort. Plus politique aussi, en tout cas plus affirm\u00e9e dans ses convictions \u2013 et beaucoup plus jeune.<\/p><p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses M\u00e9moires, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant, quelques mois plus tard la mort de Manon Roland.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu montreras ma t\u00eate au peuple, elle en vaut bien la peine.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), au bourreau, avant de poser sa t\u00eate sous le couperet de la guillotine, 5\u00a0avril 1794. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est \u00ab\u00a0une gueule\u00a0\u00bb et il en a bien jou\u00e9\u00a0! Personnage \u00e9minemment th\u00e9\u00e2tral, orateur n\u00e9, il a suscit\u00e9 des haines farouches (dont celle de Madame Roland), mais fascin\u00e9 le peuple et l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Son sens de la formule est remarquable, litt\u00e9ralement jusqu\u2019\u00e0 la fin. Son adversaire, Robespierre, n\u2019aura pas cette chance.<\/p><p>Parions pourtant que ce mot de la fin fut pr\u00e9par\u00e9 par notre redoutable improvisateur de discours, en rappelant la d\u00e9finition de Flaubert\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9chafaud. \u2013 S\u2019arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots \u00e9loquents avant de mourir.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai rien \u00e0 me reprocher\u00a0: je me suis toujours conform\u00e9 aux lois, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 la cr\u00e9ature de\u00a0Robespierre\u00a0ni de\u00a0Saint-Just\u00a0; au contraire, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sur le point d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 quatre fois. Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Je suis satisfait\u00a0: plus tard, on reconna\u00eetra mon innocence\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), derni\u00e8res lignes \u00e9crites \u00e0 la Conciergerie la veille de son ex\u00e9cution, 6 mai 1795. <em>Le Tribunal r\u00e9volutionnaire<\/em> (1981), Luc Willette.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019homme est convaincu \u00ab\u00a0de man\u0153uvres et complots tendant \u00e0 favoriser les projets liberticides des ennemis du peuple [\u2026] faisant p\u00e9rir sous la forme d\u00e9guis\u00e9e d\u2019un jugement une foule innombrable de Fran\u00e7ais, de tout \u00e2ge et de tout sexe\u00a0\u00bb. En dix-sept mois, il obtint la t\u00eate de quelque 2\u00a0000 condamn\u00e9s, et parmi eux tous les grands noms de cette histoire. Il se d\u00e9clare \u00ab\u00a0en but \u00e0 la calomnie\u00a0\u00bb et se retranche derri\u00e8re les lois\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 que la hache de la Convention\u00a0; punit-on une hache\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p>Surprenant d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9 prof\u00e9r\u00e9 par le plus terrible des accusateurs publics.<\/p><p>L\u2019ex\u00e9cution de Fouquier-Tinville eut lieu le lendemain matin, place de Gr\u00e8ves. Il fut le dernier guillotin\u00e9 des seize condamn\u00e9s \u00e0 mort, ex\u00e9cut\u00e9 le 6\u00a0mai 1795, apr\u00e8s 41 jours de proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire (r\u00e9form\u00e9). \u00c0 travers Fouquier-Tinville et 23 coaccus\u00e9s, on juge aussi cette justice politique d\u2019exception.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Duc d\u2019enghien (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert.<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on Bonaparte, Premier Consul, sait que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le dernier complot (avec Cadoudal), m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui projette de l\u2019assassiner \u00e0 la veille de l\u2019Empire.<\/p><p>Il le fait condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement et fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. \u00ab\u00a0Pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute\u00a0\u00bb qui lui sera reproch\u00e9e par l\u2019histoire. Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et tous les rois se ligueront bient\u00f4t contre l\u2019empereur. Mais le drame \u00e9meut \u00e9galement la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour \u2013 le mariage \u00e9tait en pr\u00e9paration.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher.<\/p><\/blockquote><p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour).<\/p><p>Authentique homme de gauche, \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule, mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848. Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades.<\/p><p>La journ\u00e9e du 3\u00a0d\u00e9cembre est une r\u00e9action contre le coup d\u2019\u00c9tat du 2. Et le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est fini. Ma femme et moi allons nous suicider. Vous br\u00fblerez nos corps. Pouvez-vous faire cela\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">GOEBBELS<\/span> (1896-1945), ministre de l\u2019\u00c9ducation du peuple et de la Propagande du Reich, \u00e0 son aide de camp. <em>Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019aide de camp ayant dit oui, il lui donne une photo d\u2019Hitler\u00a0: \u00ab\u00a0Voici un cadeau pour vous.\u00a0\u00bb . Et il se tue d\u2019un coup de revolver. Selon les traductions\u00a0: \u00ab\u00a0Tout est fini\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0tout est perdu\u00a0\u00bb. Mais le sens est clair. Et sa femme confirme par la parole et par le geste\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voyez, nous avons une fin honorable.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Magda <span class=\"caps\">GOEBBELS<\/span> \u00e0 l\u2019aide camp (1899-1945), la femme de Goebbels ayant d\u00e9j\u00e0 fait tuer leurs six enfants, elle va s\u2019empoisonner. <em>Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>Magda Quandt milite au <span class=\"caps\">NSDAP<\/span> o\u00f9 elle trouve bient\u00f4t un travail qui la rapproche de Joseph Goebbels. Fascin\u00e9e par le propagandiste du mouvement et par le dirigeant nazi Adolf Hitler, elle s\u2019\u00e9prend du premier qu\u2019elle \u00e9pouse en 1931, et devient une proche du second. Elle suit son \u00e9poux au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 dans son aventure politique, lorsque le parti nazi acc\u00e8de au pouvoir. En mars 1933, Joseph Goebbels devient ministre de la Propagande. Magda Goebbels joue alors un r\u00f4le de \u00ab\u00a0Premi\u00e8re dame\u00a0\u00bb du Troisi\u00e8me Reich, participant \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies officielles, des r\u00e9ceptions, des visites d\u2019\u00c9tat et se posant dans la propagande du r\u00e9gime nazi comme la \u00ab\u00a0plus grande m\u00e8re du Reich\u00a0\u00bb.<\/p><p>En priv\u00e9, elle tente de mener une existence libre, s\u2019affranchissant de l\u2019interdiction de se maquiller ou de porter des v\u00eatements de luxe et s\u2019int\u00e9ressant de pr\u00e8s \u00e0 la politique, mais sans jouer de r\u00f4le pr\u00e9cis. Fanatique nazie, elle suit son mari dans les derniers jours du Reich, en s\u2019installant dans le bunker du F\u00fchrer \u00e0 Berlin. Avant de se suicider avec son \u00e9poux, elle tue leurs six enfants et \u00e9crit \u00e0 son premier fils, Harald Quandt, combattant dans la Luftwaffe\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde qui va venir apr\u00e8s le F\u00fchrer et le national-socialisme ne vaut plus la peine qu\u2019on y vive\u00a0\u00bb. C\u2019est aussi un mot de la fin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un pr\u00e9sident du Conseil de France meurt debout. Je rassemblerai ce qui me reste de force pour tenir la seconde qu\u2019il faudra\u2026 Vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LAVAL<\/span> (1883-1945)<em>. Les Grands proc\u00e8s<\/em>, pr\u00e9face de Jacques Verg\u00e8s (2015) Daniel Amson, Andr\u00e9 Damien.<\/p><\/blockquote><p>Maire d\u2019Aubervilliers et parlementaire, plusieurs fois ministre et pr\u00e9sident du Conseil sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il sera\u00a0 durant la Seconde Guerre mondiale la personnalit\u00e9 la plus importante du r\u00e9gime de Vichy avec Philippe P\u00e9tain, et le principal ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de la politique de collaboration avec l\u2019Allemagne nazie.<\/p><p>D\u2019abord vice-pr\u00e9sident du Conseil et dauphin d\u00e9sign\u00e9 du Mar\u00e9chal jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9viction soudaine, le 13 d\u00e9cembre 1940, il revient ensuite au pouvoir comme chef du gouvernement, du 18 avril 1942 au 19 ao\u00fbt 1944. D\u00e9test\u00e9 des autres ministres, tr\u00e8s impopulaire dans le pays, Laval se croira jusqu\u2019\u00e0 la fin plus fort ou plus malin qu\u2019Hitler dont il faisait le jeu.<\/p><p>En fuite \u00e0 la Lib\u00e9ration, il est arr\u00eat\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort pour haute trahison et complot contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019\u00c9tat par la Haute Cour de justice. Il tente de se suicider, mais il est finalement ranim\u00e9. Habill\u00e9 et apparemment r\u00e9tabli, il marche d\u2019un pas ferme jusqu\u2019\u00e0 la porte de la prison et monte dans le fourgon le conduisant derri\u00e8re la prison de Fresnes,\u00a0 devant une butte qui pendant la guerre avait servi aux Allemands de lieu d\u2019ex\u00e9cution. Il refusa l\u2019escabeau qu\u2019on lui proposait pour s\u2019asseoir, se laissa lier au poteau et mourut, fusill\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois, j\u2019entends venir quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), mot de la fin. <em>L\u2019\u00c9glise, le Sillon et l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> (1998), Hugues Petit.<\/p><\/blockquote><p>Dans ses <em>M\u00e9moires int\u00e9rieures<\/em>, le tr\u00e8s croyant Fran\u00e7ois Mauriac note\u00a0ce petit miracle, ce mot, \u00ab\u00a0le plus beau que l\u2019approche de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 e\u00fbt jamais inspir\u00e9 \u00e0 un homme aux oreilles ferm\u00e9es depuis l\u2019enfance.\u00a0\u00bb Le pape Pie X avait tr\u00e8s exactement annonc\u00e9 ce qui devait se passer\u00a0: \u00ab\u00a0Il se convertira, mais in extremis, et il ne sera d\u00e9j\u00e0 presque plus de ce monde.\u00a0\u00bb De fait, au dernier moment, Maurras avait demand\u00e9 l\u2019assistance du chanoine Cornier\u00a0: \u00ab\u00a0Il est temps que vous m\u2019aidiez \u00e0 accomplir ce qu\u2019il faut que je fasse\u2026 Il s\u2019agissait de recevoir l\u2019extr\u00eame onction.<\/p><p>Rappelons que <em>l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> de Maurras fut mise \u00e0 l\u2019Index par le pape Pie <span class=\"caps\">XI<\/span> en 1926. Lui-m\u00eame eut une attitude complexe et changeante face \u00e0 la religion, avec des \u00e9lans mystiques qui se traduisent par ses relations avec le Carmel de Lisieux\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 Th\u00e9r\u00e8se, Illuminez votre p\u00e8lerin et sanctifiez le dans la v\u00e9rit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par St\u00e9phane Giocanti, sp\u00e9cialiste de la pens\u00e9e maurrassienne)<\/p><p>Mais on peut se poser une autre question plus fondamentale encore \u00e0 propos de l\u2019homme \u2013 \u00e9crivain, po\u00e8te, journaliste, essayiste brillant \u2013 qui eut une si grande influence sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, \u00e0 la fois royaliste, nationaliste et contre-r\u00e9volutionnaire, maitre \u00e0 penser du mouvement intellectuel et politique d\u2019extr\u00eame droite, doctrinaire pr\u00f4nant une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, tout en se revendiquant antis\u00e9mite, antiprotestante, antima\u00e7onnique et x\u00e9nophobe. Son aveuglement face \u00e0 la \u00ab\u00a0mont\u00e9e des p\u00e9rils\u00a0\u00bb partout d\u00e9nonc\u00e9e, sa coupure avec la r\u00e9alit\u00e9 relevant d\u2019une forme d\u2019autisme intellectuel n\u2019est-elle pas li\u00e9e \u00e0 son infirmit\u00e9 physique, une surdit\u00e9 qui frappe l\u2019adolescent de 14 ans, lui fait perdre la foi, provoque une tentative de suicide et l\u2019engage dans un parcours m\u00e9taphysique complexe\u00a0? Cela recouperait le mot de Mauriac qui admirait Maurras sans partager ses id\u00e9es.<\/p><h4><span class=\"caps\">MILITAIRES<\/span><\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne regrette en mourant que de n\u2019avoir pas chass\u00e9 tout \u00e0 fait les Anglais du royaume comme je l\u2019avais esp\u00e9r\u00e9\u00a0; Dieu en a r\u00e9serv\u00e9 la gloire \u00e0 quelque autre qui en sera plus digne que moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Du <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span> (1320-1380), le 13\u00a0juillet 1380. <em>Histoire de Bertrand du Guesclin<\/em> (1787), Guyard de Berville.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est aussi un chr\u00e9tien qui parle, mais avant tout un formidable capitaine\u2026 Le conn\u00e9table assi\u00e8ge la place forte de Ch\u00e2teauneuf-de-Randon (Loz\u00e8re). Victime d\u2019une congestion brutale, il remet son \u00e9p\u00e9e au mar\u00e9chal de Sancerre, pour qu\u2019il la rende au roi dont il demeure \u00ab\u00a0serviteur et le plus humble de tous\u00a0\u00bb. Restent aux Anglais la Guyenne (Aquitaine), Brest, Cherbourg, Calais.<\/p><p>Le gouverneur anglais de la ville avait dit qu\u2019il ne se rendrait qu\u2019\u00e0 lui\u00a0: il d\u00e9posera les clefs de la cit\u00e9, sur son cercueil. Du Guesclin voulait \u00eatre enterr\u00e9 dans sa Bretagne natale, mais Charles\u00a0V ordonne que sa d\u00e9pouille rejoigne celle des rois de France, en la basilique de Saint-Denis. Insigne et ultime honneur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu crois qu\u2019un homme qui a su vivre pendant presque quatre-vingts ans avec honneur ne sait pas mourir en un quart d\u2019heure\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Duc Anne de <span class=\"caps\">MONTMORENCY<\/span> (1493-1567) \u00e0 un pr\u00eatre venu l\u2019assister (Souvent cit\u00e9, mais jamais sourc\u00e9)<\/p><\/blockquote><p>Conn\u00e9table, duc et pair de France, mar\u00e9chal puis grand ma\u00eetre de France, ami intime des rois Fran\u00e7ois Ier et Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, m\u00e9c\u00e8ne fastueux et homme extr\u00eamement puissant, il symbolise la Renaissance fran\u00e7aise.<\/p><p>Il meurt (\u00e2g\u00e9 de 74 ans, mais toujours battant et combattant) \u00e0 la seconde bataille de Saint-Denis (fin de la Deuxi\u00e8me guerre de Religion), ayant refus\u00e9 de se rendre et gravement bless\u00e9 (dans le dos).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si c\u2019\u00e9tait un homme du moins\u00a0! C\u2019est un goujat\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572), dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572, veille de la Saint-Barth\u00e9lemy. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, Guerres de religion<\/em> (1856), Jules Michelet.<\/p><\/blockquote><p>Coligny toise l\u2019homme qui va le frapper, un sbire des Guise, m\u00eame pas un seigneur digne de lui\u00a0! Cette exclamation de m\u00e9pris peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb, avec le regret de n\u2019\u00eatre m\u00eame pas mort en soldat\u00a0!<\/p><p>Ce grand militaire a servi tous les rois de France, depuis Fran\u00e7ois\u00a0Ier, particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres, quitt\u00e9 plusieurs fois la cour pour fuir ses intrigues, toujours rappel\u00e9 pour ses qualit\u00e9s de courage, de diplomatie et m\u00eame de tol\u00e9rance, quand il se convertit \u00e0 la religion r\u00e9form\u00e9e. Sa fin \u00e0 53\u00a0ans est des plus humiliantes\u00a0: surpris dans son lit, achev\u00e9 \u00e0 coups de dague, son corps jet\u00e9 par la fen\u00eatre, \u00e9ventr\u00e9, \u00e9mascul\u00e9, d\u00e9capit\u00e9, puis port\u00e9 au gibet de Montfaucon, exhib\u00e9, pendu par les pieds, expos\u00e9 \u00e0 d\u2019autres s\u00e9vices, pour finir \u00e0 nouveau pendu place de Gr\u00e8ve.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai jur\u00e9 de mourir libre, la libert\u00e9 est perdue, je meurs.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PROVANT<\/span> (??-1791), apr\u00e8s le massacre du Champ de Mars, 17\u00a0juillet 1791. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853), Jules Michelet.<\/p><\/blockquote><p>Garde national du bataillon de Saint-Nicolas, il \u00e9crit ces mots et se br\u00fble la cervelle, juste apr\u00e8s le drame.<\/p><p>Paris est en \u00e9bullition, entre les p\u00e9titions \u00e0 signer pour d\u00e9cider du sort du roi, et l\u2019anniversaire de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer. Le drapeau rouge de la loi martiale est d\u00e9ploy\u00e9 sur ordre du g\u00e9n\u00e9ral La Fayette, commandant de la garde nationale. La confusion devient totale. Un coup de feu part d\u2019on ne sait o\u00f9, et La Fayette fait tirer sur la foule.<\/p><p>En fait, il y aura 15 morts (50, selon d\u2019autres sources). Ce n\u2019est pas consid\u00e9rable. Et pour \u00e9viter le pire, voyant des officiers pr\u00eats \u00e0 employer l\u2019artillerie, La Fayette a pouss\u00e9 son cheval face \u00e0 la gueule des canons, un geste qu\u2019il faut porter \u00e0 son cr\u00e9dit.<\/p><p>Malgr\u00e9 tout, le choc est immense\u00a0: pour la premi\u00e8re fois, la milice bourgeoise a fait feu contre le peuple. Du jour au lendemain, La Fayette le h\u00e9ros est d\u00e9test\u00e9. Le drapeau rouge fait son entr\u00e9e dans l\u2019histoire de France \u2013 mais il aura une signification oppos\u00e9e, quand il sera d\u00e9ploy\u00e9 par les r\u00e9volutionnaires contre l\u2019ordre \u00e9tabli. Et le foss\u00e9 se creuse entre les d\u00e9put\u00e9s constitutionnels mod\u00e9r\u00e9s et les autres, de plus en plus pr\u00e9sents.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avance, suivez-moi\u00a0; si je meurs, vengez-moi\u00a0; si je recule, tuez-moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Henri de la <span class=\"caps\">ROCHEJAQUELEIN<\/span> (1772-1794), aux milliers de paysans qui le proclament leur chef, 13\u00a0avril 1793.<em> Le Dernier des Chouans\u00a0: Louis Stanislas Sortant<\/em> (2007), Bernard Coquet, pr\u00e9face de Jean Tulard.<\/p><\/blockquote><p>Peut-on parler d\u2019un mot de la fin pr\u00e9monitoire\u00a0?<\/p><p>Comte, membre de la garde de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il re\u00e7ut le bapt\u00eame du feu en d\u00e9fendant le palais des Tuileries, le 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Ayant perdu son roi (emprisonn\u00e9), il regagne ses terres de Vend\u00e9e. C\u2019est l\u2019un des chefs de l\u2019insurrection vend\u00e9enne qui commence le 10\u00a0mars 1793. La mort du roi, ex\u00e9cut\u00e9 le 21\u00a0janvier, le d\u00e9cide \u00e0 prendre les armes et \u00e0 encadrer militairement les paysans et les m\u00e9tayers, r\u00e9volt\u00e9s par le d\u00e9cret sur la lev\u00e9e de 300\u00a0000 hommes rendu par la Convention le 24\u00a0f\u00e9vrier. Les pr\u00eatres r\u00e9fractaires se joindront \u00e0 cette contre-r\u00e9volution arm\u00e9e.<\/p><p>La Rochejaquelein semble pressentir la chute des Blancs (royalistes) contre les Bleus (r\u00e9publicains) beaucoup plus nombreux et organis\u00e9s. Le 4 mars 1794, la garnison de Cholet sort pour incendier le bourg voisin de Nuaill\u00e9. La Rochejaquelein s\u2019avance \u00e0 cheval dans les rangs ennemis, veut les interroger, malgr\u00e9 les mises en garde des officiers de sa suite. L\u2019un des deux grenadiers qui a entendu prononcer le nom du g\u00e9n\u00e9ral royaliste l\u2019ajuste et tire \u00e0 bout portant, avant d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame tu\u00e9 quasi-instantan\u00e9ment par des officiers. La balle frappe le front de La Rochejaquelein, qui tombe et expire aussit\u00f4t, le 28 janvier 1794, \u00e0 21 ans.<\/p><p>Au total, la guerre de Vend\u00e9e et la guerre des Chouans (m\u00eames causes, m\u00eames effets, en Bretagne et Normandie) feront quelque 600\u00a0000 morts, dont 210\u00a0000 civils ex\u00e9cut\u00e9s, 300\u00a0000 morts de faim et de froid (100\u00a0000 enfants). Ce g\u00e9nocide (mot employ\u00e9 par certains historiens) est, sans conteste, le plus lourd bilan \u00e0 porter au passif de la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le seul regret de n\u2019avoir pas assez fait pour la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DESAIX<\/span> (1768-1800), au jeune Lebrun, son aide de camp, mot de la fin \u00e0 Marengo, 14\u00a0juin 1800. <em>L\u2019Honneur fran\u00e7ais, ou Tableau des personnages qui, depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 ce jour, ont contribu\u00e9 \u00e0 quelque titre que ce soit, \u00e0 honorer le nom fran\u00e7ais<\/em> (1808), Jean-Baptiste-Louis Brayer de Beauregard.<\/p><\/blockquote><p>Frapp\u00e9 d\u2019une balle, au commencement de la charge de sa division, le g\u00e9n\u00e9ral a juste le temps de dire ces mots\u2026 Ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, il se distingua dans l\u2019arm\u00e9e du Rhin. Il accompagnait Bonaparte en \u00c9gypte et fut charg\u00e9 de l\u2019organisation du Fayoum\u00a0: son gouvernement lui valut le surnom de Sultan juste.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, j\u2019ai bien fait mon devoir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Amiral <span class=\"caps\">NELSON<\/span> (1758-1805), touch\u00e9 \u00e0 mort, \u00e0 bord du Victory, 21\u00a0octobre 1805. <em>Bibliographie universelle<\/em> (1842), Louis Gabriel Michaud.<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on, voulant d\u00e9barquer en Angleterre, a charg\u00e9 l\u2019amiral Villeneuve d\u2019attirer la flotte anglaise de Nelson vers les Antilles, avant de revenir en Manche. Ce plan a \u00e9chou\u00e9. Villeneuve se retrouve bloqu\u00e9 \u00e0 Cadix. Sur ordre de l\u2019empereur, Villeneuve va sortir, mais Nelson fait de m\u00eame. La <em>Nelson touch<\/em>, autrement dit le \u00ab\u00a0coup de Trafalgar\u00a0\u00bb, man\u0153uvre habile, permettra \u00e0 l\u2019amiral anglais de triompher, le 21\u00a0octobre 1805.<\/p><p>La flotte fran\u00e7aise est an\u00e9antie. Cette victoire navale assure d\u00e9sormais la ma\u00eetrise des mers \u00e0 l\u2019Angleterre. Mais sur terre, Napol\u00e9on encha\u00eenera les victoires avec la Grande Arm\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, droit au c\u0153ur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), commandant lui-m\u00eame son peloton d\u2019ex\u00e9cution, 7\u00a0d\u00e9cembre 1815.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p><\/blockquote><p>Berryer, son avocat, n\u2019a pas pu sauver le \u00ab\u00a0Brave des Braves\u00a0\u00bb, coupable de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur sous les Cent-Jours, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ramener \u00ab\u00a0l\u2019usurpateur dans une cage de fer\u00a0\u00bb. Il est \u00e0 pr\u00e9sent victime d\u00e9sign\u00e9e de la Terreur blanche, cette r\u00e9action ultra qui effraie le roi lui-m\u00eame.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891.<em> Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, mais la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable.<\/p><p>Le gouvernement a r\u00e9agi apr\u00e8s ce qui aurait tourn\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat, si Boulanger avait os\u00e9, le 27\u00a0janvier 1889\u00a0\u00a0! La foule des manifestants portaient leur idole en criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchaient vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot faisait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Le populisme semblait gagnant, mais Boulanger n\u2019osa pas\u2026 et choisit la l\u00e9galit\u00e9, s\u00fbr d\u2019\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident six mois apr\u00e8s, tant sa popularit\u00e9 \u00e9tait grande.<\/p><p>Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat, craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse (de m\u00e8che avec la police). Son prestige s\u2019effondre aussit\u00f4t. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p><p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb<\/strong>. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong> Ce sont en quelque sorte ses deux mots de la fin.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas fait beaucoup de mal dans ma vie, et j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ma femme.\u00a0\u00bb <span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">JOFFRE<\/span> (1852-1931) \u00e0 son confesseur le 3 janvier 1931.<em> Les Mots de la fin<\/em> (1957), Claude Aveline.<\/p><\/blockquote><p>Grand militaire \u00e0 la fois honor\u00e9 et contest\u00e9, ici, c\u2019est l\u2019homme et surtout le chr\u00e9tien qui s\u2019exprime.<\/p><p>Apr\u00e8s un d\u00e9but de carri\u00e8re dans les exp\u00e9ditions coloniales (Tonkin, Soudan fran\u00e7ais et Madagascar), il est nomm\u00e9 en 1911 chef d\u2019\u00c9tat-Major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Arm\u00e9e. En 1914, commandant en chef des arm\u00e9es, il met en \u0153uvre le plan de mobilisation et de concentration (le plan <span class=\"caps\">XVII<\/span>), puis fait appliquer le principe de l\u203a\u00ab\u00a0offensive \u00e0 outrance\u00a0\u00bb enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole de guerre\u00a0: \u00ab\u00a0Je tordrai les Boches avant deux mois\u00a0!\u00a0\u00bb assure-t-il en ao\u00fbt. Le plan fran\u00e7ais (plan <span class=\"caps\">XVII<\/span>) qu\u2019il a \u00e9labor\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le extr\u00eamement co\u00fbteux en vies humaines, notamment lors de la bataille des Fronti\u00e8res qui va se d\u00e9rouler selon le plan allemand (plan Schlieffen)\u00a0: gros effectifs et artillerie lourde pour la tactique, et pour la strat\u00e9gie, invasion de la Belgique. Joffre sera ensuite l\u2019artisan de la victoire alli\u00e9e lors de la (premi\u00e8re) bataille de la Marne.<\/p><p>Confront\u00e9 \u00e0 l\u2019impasse de la guerre de position sur le front Ouest, ses offensives de l\u2019hiver 1914-1915 (en Champagne), du printemps 1915 (en Artois), de l\u2019automne 1915 (de nouveau en Artois et en Champagne) et de l\u2019\u00e9t\u00e9 1916 (sur la Somme) \u00e9chouent. On peut quand m\u00eame parler d\u2019une \u00ab\u00a0dictature de fait\u00a0\u00bb de Joffre sans aucun contr\u00f4le de Millerand, ministre de la Guerre et tr\u00e8s vivement contest\u00e9e par Clemenceau\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb<\/p><p>Fin 1916, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de mar\u00e9chal de France, il est remplac\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Nivelle. Malgr\u00e9 tout, il jouira d\u2019une grande popularit\u00e9 nationale et internationale, \u00e0 l\u2019heure de la victoire finale et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Il \u00e9crit ses M\u00e9moires, il perd son ami Foch au parcours militaire assez comparable, il inaugure sa propre statue \u00e0 Chantilly (lieu de son <span class=\"caps\">QG<\/span> pendant la Grande Guerre) \u2013 derni\u00e8re apparition en public (juin 1931), avant qu\u2019une art\u00e9rite tr\u00e8s invalidante n\u2019entra\u00eene l\u2019amputation de la jambe droite. Il meurt \u00e0 78 ans, apr\u00e8s quelques jours dans le coma. Sa femme ch\u00e9rie meurt \u00e0 92 ans.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin-des-auteurs\/\">Lire la suite\u00a0: les Mots de la fin des auteurs<\/a><\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelque 200 Mots, parfois apocryphes, mais toujours sourc\u00e9s comme dans l\u2019Histoire en citations. La pr\u00e9sentation chronologique montre qu\u2019on ne mourait pas sous l\u2019Antiquit\u00e9 ni m\u00eame au XIXe si\u00e8cle comme aujourd&#8217;hui. Autre le\u00e7on de l\u2019histoire, on meurt souvent comme on a v\u00e9cu, roi ou empereur, chef d\u2019\u00c9tat ou militaire, chr\u00e9tien ou ath\u00e9e, po\u00e8te ou philosophe, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":179,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9186","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9186","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9186"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9186\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16270,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9186\/revisions\/16270"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9186"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9186"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9186"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}