{"id":9190,"date":"2022-03-21T00:00:00","date_gmt":"2022-03-20T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/chronique-de-la-colonisation-francaise-en-25-reperes-3-la-decolonisation\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:05","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:05","slug":"chronique-de-la-colonisation-francaise-en-25-reperes-3-la-decolonisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/chronique-de-la-colonisation-francaise-en-25-reperes-3-la-decolonisation\/","title":{"rendered":"Chronique de la colonisation fran\u00e7aise en 25 rep\u00e8res (3. La d\u00e9colonisation)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Pour comprendre ce th\u00e8me conflictuel toujours \u00e0 la une de l\u2019actu, r\u00e9f\u00e9rons-nous \u00e0 l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Nous vous conseillons d\u2019abord de lire nos \u00e9ditos sur\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/chronique-de-la-colonisation-francaise-en-25-reperes-1-le-premier-empire-colonial-francais\/\">Le premier premier empire colonial fran\u00e7ais.<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/chronique-de-la-colonisation-francaise-en-25-reperes-2-le-second-empire-colonial-francais\/\">Le second empire colonial fran\u00e7ais.<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: center\">Troisi\u00e8me partie\u00a0: la d\u00e9colonisation.<\/h3>\n<h4>\u00a018. Quatri\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: la \u00ab\u00a0question coloniale\u00a0\u00bb trouve r\u00e9ponses dans diverses d\u00e9colonisations plus ou moins probl\u00e9matiques (Maroc, Tunisie, Indochine), \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_9-11.jpg\" width=\"200\" height=\"270\"><\/a>\u00ab\u00a0Les colonies sont faites pour \u00eatre perdues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Henry de <span class=\"caps\">MONTHERLANT<\/span>, <em>Le Maitre de Santiago<\/em> (1947)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9vidence historique et th\u00e9\u00e2trale va s\u2019imposer dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir \u2013 et pas seulement en France\u00a0!<\/p>\n<p>Dans son <em>Journal<\/em> (tome V, 1951), Julien Green salue \u00ab\u00a0une \u0153uvre d\u2019une telle beaut\u00e9, beaut\u00e9 irritante peut-\u00eatre, exasp\u00e9rante m\u00eame, parce que l\u2019auteur avec tout son g\u00e9nie, touche \u00e0 des choses tr\u00e8s graves avec une sorte d\u2019insolence qui fait peur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est le seul grand pays \u00e0 recevoir de plein fouet tous les chocs majeurs de l\u2019apr\u00e8s-guerre\u00a0: ruines, crise mon\u00e9taire, s\u00e9quelles de guerre civile, difficult\u00e9s sociales et surtout guerre froide et d\u00e9colonisation.\u00a0\u00bb<span id=\"2837\" class=\"cit-num\">2837<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Pierre <span class=\"caps\">RIOUX<\/span> (n\u00e9 en 1939), <em>La France de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1980-1983)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien de ce pass\u00e9 proche, il en dresse un tableau politique, \u00e9conomique et social\u00a0: la Quatri\u00e8me \u2013 la plus mal aim\u00e9e de toutes les R\u00e9publiques \u2013 fit face, et pas toujours mal, \u00e0 tous ces probl\u00e8mes, mourant finalement de son impossibilit\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019adversaire a voulu, avant que ne s\u2019ouvre la conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve sur l\u2019Indochine, obtenir la chute de Di\u00ean Bi\u00ean Phu. Il a cru pouvoir porter un coup d\u00e9cisif au moral de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"2889\" class=\"cit-num\">2889<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">LANIEL<\/span> (1889-1975), pr\u00e9sident du Conseil, Assembl\u00e9e nationale, 7\u00a0mai 1954.<em> Jours de gloire et jours cruels, 1908-1958<\/em> (1971), Joseph Laniel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre d\u2019Indochine a commenc\u00e9 fin 1946. Les gouvernements ont \u00e9t\u00e9 maladroits \u00e0 g\u00e9rer l\u2019affaire indochinoise, l\u2019opinion publique se d\u00e9sint\u00e9ressant de ce conflit lointain o\u00f9 ne sont engag\u00e9s que des soldats professionnels et des auxiliaires \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le pays se r\u00e9veille \u00e0 la \u00ab\u00a0gifle de Di\u00ean Bi\u00ean Ph\u00fb\u00a0\u00bb\u00a0: apr\u00e8s une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque de 55 jours, c\u2019est la d\u00e9faite d\u2019une arm\u00e9e fran\u00e7aise encercl\u00e9e dans la cuvette par les forces du Vi\u00eat-minh (Front de l\u2019ind\u00e9pendance du Vietnam). D\u00e8s l\u2019annonce de la chute de Di\u00ean Bi\u00ean Ph\u00fb, les d\u00e9put\u00e9s se l\u00e8vent, de la gauche \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, pour \u00e9couter la suite du discours. Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing \u00e9crira en 1988\u00a0: \u00ab\u00a0Je garde encore le souvenir \u2013 l\u2019illusion\u00a0! \u2013 d\u2019avoir vu un demi-cr\u00e9puscule tomber sur l\u2019h\u00e9micycle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement Laniel est renvers\u00e9 sur la question de l\u2019Indochine et Mend\u00e8s France le remplace, annon\u00e7ant qu\u2019il obtiendra un cessez-le-feu avant le 20\u00a0juillet. Mais un autre front s\u2019impose, un autre feu s\u2019allume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019est la France.\u00a0\u00bb<span id=\"2895\" class=\"cit-num\">2895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Mend\u00e8s France, 5\u00a0novembre 1954.<em> Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit du 31\u00a0octobre au 1er\u00a0novembre, une insurrection \u00e9clate en Alg\u00e9rie. Mitterrand s\u2019associe \u00e0 la position du pr\u00e9sident du Conseil Mend\u00e8s France\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019on n\u2019attende de nous aucun am\u00e9nagement avec la s\u00e9dition, aucun compromis avec elle [\u2026] Les d\u00e9partements de l\u2019Alg\u00e9rie font partie de la R\u00e9publique, ils sont fran\u00e7ais depuis longtemps [\u2026] Entre la population alg\u00e9rienne et la m\u00e9tropole, il n\u2019est pas de s\u00e9cession concevable [\u2026] Jamais la France, jamais aucun Parlement, jamais aucun gouvernement ne c\u00e9dera sur ce principe fondamental.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nul n\u2019imagine \u00e0 cette date la suite du conflit alg\u00e9rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes passent, les n\u00e9cessit\u00e9s nationales demeurent.\u00a0\u00bb<span id=\"2896\" class=\"cit-num\">2896<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Assembl\u00e9e Nationale, nuit du 4 au 5\u00a0f\u00e9vrier 1955. <em>Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e vient de lui refuser la confiance (319 voix contre 273)\u00a0: par peur d\u2019une politique d\u2019\u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb en Afrique du Nord. On l\u2019accuse, dans son discours de Carthage, d\u2019avoir encourag\u00e9 la r\u00e9bellion des Tunisiens et des fellagas d\u2019Alg\u00e9rie, alors qu\u2019il est partisan d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise dont il a renforc\u00e9 la d\u00e9fense. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte \u00e0 la tribune pour justifier son action.<\/p>\n<p>Mend\u00e8s France est rest\u00e9 populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires d\u00e9plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Le \u00ab\u00a0syndicat\u00a0\u00bb des anciens pr\u00e9sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l\u2019h\u00e9micycle et ses coulisses. De Gaulle l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne vous laisseront pas faire\u00a0!\u00a0\u00bb Et Mend\u00e8s France, pour la derni\u00e8re fois \u00e0 la tribune, d\u00e9fie les d\u00e9put\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en marche dans ce pays ne s\u2019arr\u00eatera pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand l\u2019opprim\u00e9 prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l\u2019injustice.\u00a0\u00bb<span id=\"2899\" class=\"cit-num\">2899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00ab\u00a0Les raisons de l\u2019adversaire\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Express<\/em>, 28\u00a0octobre 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 en Alg\u00e9rie, intellectuel \u00e9pris de justice autant que de libert\u00e9, Camus est plus qu\u2019un autre d\u00e9chir\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est, sans doute, la loi de l\u2019histoire. Il n\u2019y a plus d\u2019innocents en Alg\u00e9rie, sauf ceux, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent, qui meurent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>2\u00a0avril 1955, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 pour lutter contre la r\u00e9bellion et les libert\u00e9s publiques sont suspendues. Le gouverneur Soustelle tente une politique de r\u00e9formes, mais l\u2019insurrection dans le Constantinois et les massacres du <span class=\"caps\">FLN<\/span> (Front de lib\u00e9ration nationale) le 20\u00a0ao\u00fbt poussent le gouvernement Edgar Faure \u00e0 appeler les r\u00e9servistes, le 24. Simples op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre\u00a0? La fiction est vite insoutenable. Il s\u2019agit d\u2019une guerre, une sale guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Refusez d\u2019ob\u00e9ir<br>Refusez de la faire<br>N\u2019allez pas \u00e0 la guerre<br>Refusez de partir\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"2900\" class=\"cit-num\">2900<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Boris <span class=\"caps\">VIAN<\/span> (1920-1959), paroles et musique, Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), co-compositeur de la musique, <em>Le D\u00e9serteur<\/em> (1954), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crite \u00e0 la fin de la guerre d\u2019Indochine, chant\u00e9e par Mouloudji le jour de la prise de Di\u00ean Bi\u00ean Ph\u00fb\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident\u00a0\/ Je vous fais une lettre\u00a0\/ Que vous lirez peut-\u00eatre\u00a0\/ Si vous avez le temps\u00a0\/ Je viens de recevoir\u00a0\/ Mes papiers militaires\u00a0\/ Pour partir \u00e0 la guerre\u00a0\/ Avant mercredi soir\u00a0\/ Monsieur le Pr\u00e9sident\u00a0\/ Je ne veux pas la faire\u00a0\/ Je ne suis pas sur terre\u00a0\/ Pour tuer des pauvres gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La chanson est interdite et reprise en 1955, dans une version un peu \u00e9dulcor\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, qu\u2019on nomme grands\u2026\u00a0\u00bb Mais c\u2019est le temps de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: la chanson sera censur\u00e9e dix ans pour \u00ab\u00a0insulte faite aux anciens combattants\u00a0\u00bb. Elle conna\u00eet une diffusion limit\u00e9e et parall\u00e8le\u00a0: siffl\u00e9e par les soldats du contingent qui s\u2019embarquent \u00e0 Marseille, avant de devenir un <em>protest song<\/em> bilingue, puis un succ\u00e8s de la sc\u00e8ne et du disque, reprise par Reggiani et d\u2019autres\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que je vous dise\u00a0\/ Ma d\u00e9cision est prise\u00a0\/ Je m\u2019en vais d\u00e9serter\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire acc\u00e9der le Maroc au statut d\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant uni \u00e0 la France par les liens d\u2019une interd\u00e9pendance librement consentie.\u00a0\u00bb<span id=\"2901\" class=\"cit-num\">2901<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">PINAY<\/span> (1891-1994), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, et <span class=\"caps\">MOHAMMED<\/span> V (1909-1961), sultan du Maroc, D\u00e9claration de la Celle Saint-Cloud, 6\u00a0novembre 1955.<em> Histoire du continent africain, de 1939 \u00e0 nos jours<\/em> (1996), Jean Jolly<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule de \u00ab\u00a0l\u2019ind\u00e9pendance dans l\u2019interd\u00e9pendance\u00a0\u00bb qui mariait les contraires reste l\u2019un des symboles des contradictions de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Le Maroc obtiendra son ind\u00e9pendance totale, le 3\u00a0mars 1956.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenir et renforcer l\u2019union indissoluble entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France m\u00e9tropolitaine [\u2026], en m\u00eame temps reconna\u00eetre et respecter la personnalit\u00e9 alg\u00e9rienne et r\u00e9aliser l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique totale de tous les habitants de l\u2019Alg\u00e9rie.\u00a0\u00bb<span id=\"2904\" class=\"cit-num\">2904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guy <span class=\"caps\">MOLLET<\/span> (1905-1975), D\u00e9claration d\u2019investiture, Assembl\u00e9e nationale, 31\u00a0janvier 1956. <em>La Constitution de la <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publique \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la guerre<\/em> (1963), Jean Barale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement de Guy Mollet, laborieusement constitu\u00e9, est investi triomphalement\u00a0: 420 voix pour, face \u00e0 83 abstentions (les mod\u00e9r\u00e9s) et 71 voix contre (droite et extr\u00eame droite). C\u2019est un beau succ\u00e8s et ce sera le record de long\u00e9vit\u00e9 sous cette R\u00e9publique (seize mois). On attend de lui qu\u2019il en finisse avec le cauchemar alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>Le 6\u00a0f\u00e9vrier, il se rend sur place\u00a0: les Fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie le bombardent de tomates \u00e0 Alger. Il prend conscience du drame et de l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 en sortir. Pacification, \u00e9lections, n\u00e9gociations, tel est le programme. Mais le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre va se r\u00e9v\u00e9ler impossible, malgr\u00e9 l\u2019envoi de 400\u00a0000 soldats\u00a0! Pour la premi\u00e8re fois depuis la derni\u00e8re guerre, toutes les familles fran\u00e7aises se sentent concern\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On doit aborder de front l\u2019argument majeur de ceux qui ont pris leur parti de la torture\u00a0: celle-ci a peut-\u00eatre permis de retrouver trente bombes, au prix d\u2019un certain honneur, mais elle a suscit\u00e9 du m\u00eame coup cinquante terroristes nouveaux qui, op\u00e9rant autrement et ailleurs, feront mourir plus d\u2019innocents encore.\u00a0\u00bb<span id=\"2908\" class=\"cit-num\">2908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958<\/em>, sous titr\u00e9es <em>Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre\u00a01955 et\u00a01958, comme beaucoup d\u2019intellectuels et d\u2019autant plus concern\u00e9 qu\u2019il est n\u00e9 en Alg\u00e9rie dans le d\u00e9partement (fran\u00e7ais) de Constantine, Camus s\u2019interroge sur l\u2019insupportable et insoluble probl\u00e8me de la torture et du terrorisme en Alg\u00e9rie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous devons condamner avec la m\u00eame force et sans pr\u00e9cautions de langage le terrorisme appliqu\u00e9 par le <span class=\"caps\">FLN<\/span> aux civils fran\u00e7ais comme d\u2019ailleurs, et dans une proportion plus grande, aux civils arabes. Ce terrorisme est un crime, qu\u2019on ne peut ni excuser ni laisser se d\u00e9velopper.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019osent \u00e9crire qu\u2019une police qui torture, si bl\u00e2mable qu\u2019elle soit, c\u2019est une police qui fait son m\u00e9tier, une police sur laquelle on peut compter.\u00a0\u00bb<span id=\"2909\" class=\"cit-num\">2909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, I, 1952-1957<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ils ne l\u2019\u00e9crivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes\u2026\u00a0\u00bb En 1952, Mauriac, \u00e9crivain catholique, re\u00e7ut le prix Nobel de litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas pris position dans la guerre d\u2019Indochine, mais il s\u2019engage d\u00e9sormais en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, puis de l\u2019Alg\u00e9rie, et condamne l\u2019usage de la torture par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Dans une m\u00e9ditation douloureuse et br\u00fblante intitul\u00e9e <em>Imitation des bourreaux de J\u00e9sus-Christ<\/em>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00c9tat tortionnaire et non plus seulement l\u2019\u00c9tat policier, lors de l\u2019allocution de cl\u00f4ture de la Semaine des intellectuels catholiques \u00e0 Florence, en novembre\u00a01954. Il s\u2019investit de plus en plus dans le drame alg\u00e9rien qu\u2019il commentera jusqu\u2019en 1958, convaincu que seul de Gaulle peut d\u00e9nouer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France conduisant elle-m\u00eame la Tunisie vers l\u2019ind\u00e9pendance r\u00e9alisera une conqu\u00eate des c\u0153urs plus efficace que celle qui r\u00e9sulte du trait\u00e9 du Bardo.\u00a0\u00bb<span id=\"2910\" class=\"cit-num\">2910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Habib Ben Ali <span class=\"caps\">BOURGUIBA<\/span> (1903-2000). <em>Habib Bourguiba<\/em> (1969), Jean Rous<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie, le 20\u00a0mars 1956, suit de peu celle du Maroc. Ce militant nationaliste qui a choisi de n\u00e9gocier avec la Quatri\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise devient le premier pr\u00e9sident de la toute jeune R\u00e9publique tunisienne \u2013 de 1957 \u00e0 1987. C\u2019est l\u2019\u00e9pilogue d\u2019une longue histoire.<\/p>\n<p>12\u00a0mai 1881. Le bey de Tunis avait \u00e9t\u00e9 contraint de signer le trait\u00e9 du Bardo\u00a0: la Tunisie passait sous protectorat fran\u00e7ais. R\u00e9sistance nationale imm\u00e9diate\u00a0: plusieurs fois bris\u00e9e, toujours renaissante, elle poursuit son combat jusqu\u2019\u00e0 la formation du N\u00e9o-Destour, parti compos\u00e9 de jeunes intellectuels occidentalis\u00e9s et dirig\u00e9s par Bourguiba, leader du mouvement nationaliste en 1934. Reprise de la lutte en 1951, arrestation de Bourguiba. Devant l\u2019ampleur du terrorisme, Mend\u00e8s France a reconnu en 1954 l\u2019autonomie interne et d\u00e9bloqu\u00e9 la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Occident qui, en dix ans, a donn\u00e9 l\u2019autonomie \u00e0 une dizaine de colonies, m\u00e9rite \u00e0 cet \u00e9gard plus de respect et, surtout, de patience que la Russie qui, dans le m\u00eame temps, a colonis\u00e9 ou plac\u00e9 sous un protectorat implacable une douzaine de pays de grande et ancienne civilisation.\u00a0\u00bb<span id=\"2911\" class=\"cit-num\">2911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958<\/em>, sous titr\u00e9es<em> Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958), Avant-propos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 bonne \u00e0 dire, mais inaudible pour toute la gauche inconditionnellement communiste.<\/p>\n<p>L\u2019expos\u00e9 des motifs de la loi-cadre du 23\u00a0juin 1956 sur les territoires d\u2019outre-mer, appel\u00e9e loi Defferre, annonce clairement la couleur\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas se laisser devancer et dominer par les \u00e9v\u00e9nements pour ensuite c\u00e9der aux revendications lorsqu\u2019elles s\u2019expriment sous une forme violente. Il importe de prendre en temps utile les dispositions qui permettent d\u2019\u00e9viter des conflits graves.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette loi facilitera une \u00e9volution rapide et paisible, passant par la Communaut\u00e9 de 1958, pour aboutir en 1960 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb, sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique et la pr\u00e9sidence de De Gaulle. Cette d\u00e9colonisation amorc\u00e9e doit \u00eatre port\u00e9e \u00e0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps sain et vigoureux de notre pays est atteint par un mal purement politique qui nous interdit de plus en plus d\u2019accomplir les grandes t\u00e2ches de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"2915\" class=\"cit-num\">2915<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">GAILLARD<\/span> (1919-1970), D\u00e9claration d\u2019investiture, Assembl\u00e9e nationale, 5\u00a0novembre 1957. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique\u00a0: revue chronologique des principaux faits politiques, \u00e9conomiques et sociaux de la France<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s deux longues crises minist\u00e9rielles depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, le nouveau gouvernement est investi par 357 voix contre 173. Le pr\u00e9sident du Conseil \u00e9num\u00e8re les grandes t\u00e2ches\u00a0: \u00ab\u00a0Nous allons jouer dans les mois qui viennent [\u2026] une partie dont d\u00e9pendent \u00e0 la fois la sauvegarde de notre monnaie et la prosp\u00e9rit\u00e9 de notre \u00e9conomie, l\u2019avenir de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Communaut\u00e9 franco-africaine, la possibilit\u00e9 d\u2019organiser une d\u00e9mocratie vraiment efficace et d\u2019entrer comme des partenaires majeurs dans l\u2019Europe qui s\u2019unit.\u00a0\u00bb D\u00e9claration ambitieuse.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes sont toujours les m\u00eames et c\u2019est l\u2019Alg\u00e9rie qui fera tomber F\u00e9lix Gaillard, comme son pr\u00e9d\u00e9cesseur Bourg\u00e8s-Maunaury, sans lui laisser le temps de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019indispensable r\u00e9forme institutionnelle.<\/p>\n<h4>19. La guerre d\u2019Alg\u00e9rie tourne \u00e0 la guerre civile et devient trag\u00e9die nationale, mena\u00e7ant le r\u00e9gime qui se r\u00e9v\u00e8le impuissant dans cette \u00e9preuve.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est difficile de garder l\u2019Alg\u00e9rie, il est difficile de la perdre, il est encore plus difficile de la donner.\u00a0\u00bb<span id=\"2916\" class=\"cit-num\">2916<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">GAILLARD<\/span> (1919-1970), pr\u00e9sident du Conseil, d\u00e9but 1958. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot dit le dilemme et traduit \u00e0 la fois l\u2019ind\u00e9cision du pouvoir et l\u2019incertitude de l\u2019opinion publique m\u00e9tropolitaine dans sa grande majorit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soussign\u00e9s [\u2026] somment les pouvoirs publics, au nom de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em>, de condamner sans \u00e9quivoque l\u2019usage de la torture qui d\u00e9shonore la cause qu\u2019elle pr\u00e9tend servir.\u00a0\u00bb<span id=\"2917\" class=\"cit-num\">2917<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Protestation solennelle adress\u00e9e au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avril\u00a01958. Sign\u00e9e Andr\u00e9 Malraux (1901-1976), Roger Martin du Gard (1881-1958), Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), Jean-Paul Sartre (1905-1980), parue dans la presse et appelant les Fran\u00e7ais \u00e0 se joindre \u00e0 eux. <em>Les Porteurs de valise\u00a0: la r\u00e9sistance fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1979), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cause r\u00e9currente. Cette fois, l\u2019occasion est donn\u00e9e par le livre d\u2019Henri Alleg, <em>La Question<\/em>, r\u00e9cit d\u2019un tortur\u00e9, saisi par la police le 25\u00a0mars. Tous les intellectuels engag\u00e9s s\u2019expriment sur cet insupportable et insoluble probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cadavre bafouille.\u00a0\u00bb<span id=\"2918\" class=\"cit-num\">2918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubert <span class=\"caps\">BEUVE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (1902-1989) citant Maurice Barr\u00e8s (1862-1923). <em>Le Suicide de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1958), Hubert Beuve-M\u00e9ry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France vit \u00e0 l\u2019heure alg\u00e9rienne et la plupart des familles sont concern\u00e9es. Le pouvoir, donc le r\u00e9gime, est dans une situation sans issue\u00a0: aucune majorit\u00e9 stable possible, ni \u00e0 gauche, ni au centre, ni \u00e0 droite, face au drame national.<\/p>\n<p>La guerre divise les Fran\u00e7ais et les consciences \u2013 m\u00eame si on la nomme \u00ab\u00a0lutte contre la r\u00e9bellion\u00a0\u00bb. \u00c0 Paris, on parle de \u00ab\u00a0bons offices\u00a0\u00bb anglo-am\u00e9ricains en vue de la paix. F\u00e9lix Gaillard tombe, Pflimlin arrive, Alger craint d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9e\u2026 et c\u2019est l\u2019arm\u00e9e qui r\u00e9agit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, d\u2019une fa\u00e7on unanime, sentirait comme un outrage l\u2019abandon de ce patrimoine national [l\u2019Alg\u00e9rie]. On ne saurait pr\u00e9juger sa r\u00e9action de d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb<span id=\"2919\" class=\"cit-num\">2919<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">SALAN<\/span> (1899-1984), commandant sup\u00e9rieur en Alg\u00e9rie, T\u00e9l\u00e9gramme au g\u00e9n\u00e9ral \u00c9ly, chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, 9\u00a0mai 1958.<em> Le Si\u00e8cle dernier\u00a0: 1918-2002<\/em> (2003), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e en Alg\u00e9rie est troubl\u00e9e par le sentiment de sa responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes qui combattent [\u2026] \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la population fran\u00e7aise de l\u2019int\u00e9rieur qui se sent abandonn\u00e9e. [\u2026] Je vous demande de vouloir bien appeler l\u2019attention du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur notre angoisse, que seul un gouvernement fermement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 maintenir notre drapeau en Alg\u00e9rie peut effacer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Arm\u00e9e au pouvoir\u00a0! Tous au <span class=\"caps\">GG<\/span>\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2920\" class=\"cit-num\">2920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris de la foule, Alger, manifestation du 13\u00a0mai 1958.<em> L\u2019Appel au p\u00e8re\u00a0: de Clemenceau \u00e0 de Gaulle<\/em> (1992), Jean-Pierre Guichard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">GG<\/span>\u00a0\u00bb, c\u2019est le palais du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, devenu depuis 1956 celui du ministre r\u00e9sident. Il est le symbole du pouvoir et, en tant que tel, pris d\u2019assaut, pill\u00e9. Un Comit\u00e9 de salut public se constitue, m\u00ealant Fran\u00e7ais et musulmans, civils et militaires en une coalition tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclite, pr\u00e9sid\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Massu\u00a0: c\u2019est le putsch d\u2019Alger, ou coup d\u2019\u00c9tat du 13\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Deux pouvoirs s\u2019instaurent\u00a0: le pouvoir l\u00e9gal \u00e0 Paris et le pouvoir militaire \u00e0 Alger. Un troisi\u00e8me, le pouvoir moral, celui du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, est encore \u00e0 Colombey.\u00a0\u00bb<span id=\"2921\" class=\"cit-num\">2921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">FAUVET<\/span> (1914-2002), <em>La Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle, retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique peu apr\u00e8s la guerre (20 janvier 1946), tr\u00e8s hostile au r\u00e9gime des partis de la Quatri\u00e8me, se tient en r\u00e9serve de la R\u00e9publique et sent son heure enfin revenue\u00a0: oui, la France a besoin de lui\u00a0! On imagine comme il a d\u00fb peser chaque mot de son premier communiqu\u00e9 \u00e0 la presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nagu\u00e8re, le pays, dans ses profondeurs, m\u2019a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu\u2019\u00e0 son salut. Aujourd\u2019hui, devant les \u00e9preuves qui montent de nouveau vers lui, qu\u2019il sache que je me tiens pr\u00eat \u00e0 assumer les pouvoirs de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<span id=\"2922\" class=\"cit-num\">2922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Communiqu\u00e9 remis \u00e0 la presse le 15\u00a0mai 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce 15\u00a0mai, au Forum d\u2019Alger, Salan crie \u00ab\u00a0Vive de Gaulle\u00a0!\u00a0\u00bb Cependant que le g\u00e9n\u00e9ral se pr\u00e9sente comme sauveur de la Nation, apr\u00e8s avoir fait un sombre et juste diagnostic de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9gradation de l\u2019\u00c9tat entra\u00eene infailliblement l\u2019\u00e9loignement des peuples associ\u00e9s, les troubles de l\u2019arm\u00e9e au combat, la dislocation nationale, la perte de l\u2019ind\u00e9pendance. Depuis douze ans, la France, aux prises avec des probl\u00e8mes trop rudes pour le r\u00e9gime des partis, est engag\u00e9e dans ce processus d\u00e9sastreux.\u00a0\u00bb Il pourrait ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous l\u2019avais bien dit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous qu\u2019\u00e0 67 ans je commence une carri\u00e8re de dictateur\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"2923\" class=\"cit-num\">2923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 19\u00a0mai 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral tient \u00e0 tranquilliser une opinion \u00e9mue par sa d\u00e9claration du 15\u00a0mai. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit ce que j\u2019avais \u00e0 dire. \u00c0 pr\u00e9sent, je vais rentrer dans mon village et m\u2019y tiendrai \u00e0 la disposition du pays.\u00a0\u00bb Il repart \u00e0 Colombey.<\/p>\n<p>Le pays, divis\u00e9, boulevers\u00e9, est par ailleurs sensible \u00e0 toutes les rumeurs. Les r\u00e9seaux sociaux n\u2019ont rien invent\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958<em>, Bloc-notes, 1958-1960<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, la rumeur s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise alg\u00e9rienne par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va pr\u00e9cipiter la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son <em>Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s qui entonnent La Marseillaise \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le plaisir et l\u2019honneur que j\u2019ai de me trouver parmi vous\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"2928\" class=\"cit-num\">2928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), premiers mots de sa d\u00e9claration, Assembl\u00e9e nationale, s\u00e9ance de nuit du 1er au 2\u00a0juin 1958.<em> Le Crapouillot<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son discours d\u2019investiture du 1er\u00a0juin, \u00ab\u00a0pr\u00e9sident du Conseil d\u00e9sign\u00e9\u00a0\u00bb par le Pr\u00e9sident Coty, il a d\u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0la cause profonde de nos \u00e9preuves [\u2026] la confusion et, par l\u00e0 m\u00eame, l\u2019impuissance des pouvoirs\u00a0\u00bb et s\u2019est \u00ab\u00a0propos\u00e9 pour tenter de conduire une fois de plus le salut du pays, l\u2019\u00c9tat, la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, en r\u00e9clamant les pleins pouvoirs. Il est sorti de l\u2019h\u00e9micycle.<\/p>\n<p>L\u2019investiture est vot\u00e9e par 329 voix contre 224 (communistes, radicaux amis de Mitterrand et de Mend\u00e8s France). Il a obtenu ce qu\u2019il voulait\u00a0: les pleins pouvoirs en m\u00e9tropole et des pouvoirs sp\u00e9ciaux en Alg\u00e9rie, avec la modification de l\u2019article\u00a090 de la Constitution, pour lui permettre d\u2019en pr\u00e9parer une nouvelle.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 1er au 2, il revient entour\u00e9 de ses ministres et les pr\u00e9sente aux parlementaires, leur faisant ainsi une faveur inhabituelle, d\u2019autant plus \u00e9tonnante qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 de vilipender le r\u00e9gime et son \u00ab\u00a0personnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous verrez, apr\u00e8s la musique de chambre, ce sera la musique militaire.\u00a0\u00bb<span id=\"2929\" class=\"cit-num\">2929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BIDAULT<\/span> (1899-1983), dans les couloirs du Parlement, apr\u00e8s la s\u00e9ance de nuit du 1er au 2\u00a0juin 1958. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et les communistes r\u00e9sument\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration s\u00e9dition, c\u2019est l\u2019op\u00e9ration s\u00e9duction.\u00a0\u00bb De Gaulle aura presque tous les partis contre lui et presque toujours le peuple avec lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous ai compris\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2930\" class=\"cit-num\">2930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours au balcon du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Alger, 4\u00a0juin 1958. <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome\u00a0I, <em>Le Renouveau, 1958-1962<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que n\u2019a-t-on dit sur ces quatre mots\u00a0! Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, le G\u00e9n\u00e9ral explique\u00a0: \u00ab\u00a0Mots apparemment spontan\u00e9s dans la forme, mais au fond bien calcul\u00e9s, dont je veux qu\u2019elle [la foule] s\u2019enthousiasme, sans qu\u2019ils m\u2019emportent plus loin que je n\u2019ai r\u00e9solu d\u2019aller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au journaliste du <em>Monde<\/em> Andr\u00e9 Passeron, il confiera le 6\u00a0mai 1966,\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours su et d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il faudrait donner \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie son ind\u00e9pendance. Mais imaginez, qu\u2019en 1958, quand je suis revenu au pouvoir, je disais sur le Forum d\u2019Alger qu\u2019il fallait que les Alg\u00e9riens prennent eux-m\u00eames leur gouvernement, il n\u2019y aurait plus eu de De Gaulle imm\u00e9diatement\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus ici, je le proclame en son nom [la France] et je vous en donne ma parole, que des Fran\u00e7ais \u00e0 part enti\u00e8re, des compatriotes, des concitoyens, des fr\u00e8res qui marcheront d\u00e9sormais dans la vie en se tenant la main [\u2026] Vive l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2931\" class=\"cit-num\">2931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Mostaganem, 6\u00a0juin 1958. <em>De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 Mostaganem, il confirme le fameux discours d\u2019Alger. De Gaulle fera cinq fois le voyage Paris-Alg\u00e9rie, en 1958. Il joue de son charisme qui est immense. Il veut montrer qu\u2019il prend l\u2019affaire alg\u00e9rienne en main, qu\u2019il y a un pouvoir et qu\u2019il l\u2019incarne. Bref, que c\u2019en est fini des m\u0153urs de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<h4>20. De Gaulle, rappel\u00e9 au pouvoir en 1958 pour r\u00e9gler la question alg\u00e9rienne, cr\u00e9\u00e9e la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique qui donne un chef \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Le pr\u00e9sident se r\u00e9sout \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable rupture avec l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise et trouve des solutions de compromis pour les autres territoires, la d\u00e9colonisation restant le ma\u00eetre mot.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin: 10px;float: left\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_10-17.jpg\" width=\"200\" height=\"272\"><\/a>\u00ab\u00a0Un des caract\u00e8res essentiels de la Constitution de la Ve\u00a0R\u00e9publique, c\u2019est qu\u2019elle donne une t\u00eate \u00e0 l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"2932\" class=\"cit-num\">2932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 20\u00a0septembre 1962. <em>Les Grands Textes de la pratique institutionnelle de la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1992), Documentation fran\u00e7aise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est cette autorit\u00e9 qui a tant manqu\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente R\u00e9publique et qui est indispensable pour r\u00e9gler \u00ab\u00a0les trois affaires qui dominent notre situation\u00a0: l\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019\u00e9quilibre financier et \u00e9conomique, la r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, dira de Gaulle \u00e0 la radio, quelques jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir en 1958.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation est notre int\u00e9r\u00eat et par cons\u00e9quent notre politique. Pourquoi resterions-nous accroch\u00e9s \u00e0 des dominations co\u00fbteuses, sanglantes et sans issue, alors que notre pays est \u00e0 renouveler de fond en comble\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"2939\" class=\"cit-num\">2939<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961. <em>Paroles de chefs, 1940-1962<\/em> (1963), Claude Cy, Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est son intime conviction, plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. Il a reconnu auparavant que la France a r\u00e9alis\u00e9 outre-mer une grande \u0153uvre humaine qui, malgr\u00e9 des abus ou des erreurs, lui fait pour toujours honneur. La Quatri\u00e8me\u00a0R\u00e9publique qui a commenc\u00e9 la d\u00e9colonisation (Indochine, Maroc, Tunisie, Afrique noire en cours) a rappel\u00e9 de Gaulle au pouvoir pour r\u00e9soudre l\u2019\u00ab\u00a0affaire alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb. Ce qu\u2019il fera, en lui donnant l\u2019ind\u00e9pendance inscrite dans le cours de l\u2019histoire. De Gaulle, grand politique, sait se montrer grand pragmatique \u00e0 l\u2019occasion. Mais que de difficult\u00e9s \u00e0 venir, sur ce parcours\u00a0! R\u00e9sumons-le en quelques citations qui font date.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vienne la paix des braves et je suis s\u00fbr que les haines iront en s\u2019effa\u00e7ant.\u00a0\u00bb<span id=\"2981\" class=\"cit-num\">2981<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Matignon, 23\u00a0octobre 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? Simplement ceci\u00a0: que ceux qui ont ouvert le feu le cessent et qu\u2019ils retournent sans humiliation \u00e0 leur famille et \u00e0 leur travail\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas ce que veut le Front de Lib\u00e9ration nationale (<span class=\"caps\">FLN<\/span>)\u00a0: le 25\u00a0septembre, il a affirm\u00e9 sa volont\u00e9 de n\u00e9gociations politiques aussi bien que militaires et deux mois plus tard, il cr\u00e9e le Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne (<span class=\"caps\">GPRA<\/span>). De Gaulle posera bient\u00f4t comme seule condition aux n\u00e9gociations de laisser le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb. Mais la paix des braves, sur le terrain comme dans un trait\u00e9, est encore loin d\u2019\u00eatre conclue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle.\u00a0\u00bb<span id=\"2984\" class=\"cit-num\">2984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration \u00e0 Pierre Laffont, directeur de <em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 29\u00a0avril 1959. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais que sera l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019avenir\u00a0? Le pr\u00e9sident est trop pragmatique, l\u2019Alg\u00e9rie trop d\u00e9chir\u00e9e par la guerre et les \u00e9v\u00e9nements trop incertains pour que soit fix\u00e9e une ligne politique.<\/p>\n<p>De Gaulle attend la mi-septembre pour lancer le mot, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0autod\u00e9termination\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 trois solutions possibles\u00a0: s\u00e9cession pure et simple, francisation compl\u00e8te dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, \u00ab\u00a0de Dunkerque \u00e0 Tamanrasset\u00a0\u00bb, ou gouvernement des Alg\u00e9riens par les Alg\u00e9riens en union \u00e9troite avec la France.<\/p>\n<p>En France, la droite qui veut l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise commence \u00e0 se diviser\u00a0; en Alg\u00e9rie, le <span class=\"caps\">GPRA<\/span> veut des n\u00e9gociations pr\u00e9alables et l\u2019arm\u00e9e va vivre bien des d\u00e9chirements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, il n\u2019est pas chaud, le contingent. Pour tout dire, il n\u2019a pas d\u2019allant. Il est m\u00eame but\u00e9 comme un \u00e2ne.\u00a0\u00bb<span id=\"2985\" class=\"cit-num\">2985<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">COURNOT<\/span> (1922-2007), <em>L\u2019Express<\/em> (1959).<em> Les Parachutistes<\/em> (2006), Gilles Perrault<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donne l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019un jeune soldat dans la Casbah d\u2019Alger, alors que la pacification est un pr\u00e9alable \u00e0 toute n\u00e9gociation, donc un devoir de l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est dire la sympathie que ce journaliste (tr\u00e8s) intellectuel de gauche \u00e9prouve pour \u00ab\u00a0le contingent\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Le contingent a \u00e9cout\u00e9, et il n\u2019est pas convaincu. Il ne se sent pas tellement chaud pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 en allant au-del\u00e0 des mers tirer \u00e0 coups de canon sur des gaillards en espadrilles\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019adresse \u00e0 la France. Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc ensemble encore une fois, face \u00e0 une nouvelle \u00e9preuve.\u00a0\u00bb<span id=\"2989\" class=\"cit-num\">2989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960. <em>De Gaulle<\/em> (1964), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Omnipr\u00e9sent sur tous les fronts, le pr\u00e9sident excelle dans la communication directe avec la France et les Fran\u00e7ais. Cette fois, le g\u00e9n\u00e9ral s\u2019est mis en tenue militaire pour traiter du drame national. Le costume va lui resservir\u00a0\u00e0 plusieurs occasions\u00a0!<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb a commenc\u00e9 \u00e0 Alger, le 24\u00a0janvier. La population de souche m\u00e9tropolitaine refuse l\u2019id\u00e9e d\u2019autod\u00e9termination lanc\u00e9e par de Gaulle et s\u2019oppose au renvoi du g\u00e9n\u00e9ral Massu \u2013 qui a affirm\u00e9 dans un journal allemand que l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait pour l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Attitude inacceptable pour le g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, que deviendrait-elle, sinon un ramas anarchique et d\u00e9risoire de f\u00e9odalit\u00e9s militaires, s\u2019il arrivait que des \u00e9l\u00e9ments mettent des conditions \u00e0 leur loyalisme\u00a0? [\u2026] Aucun soldat ne doit, sous peine de faute grave, s\u2019associer \u00e0 aucun moment, m\u00eame passivement, \u00e0 l\u2019insurrection.\u00a0\u00bb<span id=\"2990\" class=\"cit-num\">2990<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960.<em> De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral, en tenue de g\u00e9n\u00e9ral, en appelle enfin \u00e0 la discipline des soldats et sauve la situation par ce discours. Selon Raymond Aron (<em>Preuves<\/em>, mars\u00a01960)\u00a0: \u00ab\u00a0Durant ces cinq jours, rien n\u2019existait plus, ni le r\u00e9gime, ni la Constitution, ni moins encore le gouvernement, h\u00e9sitant et divis\u00e9\u00a0: il ne restait plus rien qu\u2019un homme, et un homme seul.\u00a0\u00bb Comme en juin 1940, dans une autre guerre. L\u2019Histoire se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>La semaine des Barricades aura des suites importantes\u00a0: gouvernement remani\u00e9, affaires alg\u00e9riennes prises encore plus directement en main par l\u2019\u00c9lys\u00e9e. De Gaulle se rend sur place d\u00e9but mars pour reprendre contact avec l\u2019arm\u00e9e \u2013 c\u2019est la \u00ab\u00a0tourn\u00e9e des popotes\u00a0\u00bb o\u00f9 les d\u00e9clarations restent officieuses et contradictoires. Il parlera publiquement de \u00ab\u00a0R\u00e9publique alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb le 4\u00a0novembre prochain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est tout \u00e0 fait naturel qu\u2019on ressente la nostalgie de ce qui \u00e9tait l\u2019Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes \u00e0 huile, la splendeur de la marine \u00e0 voile, le charme du temps des \u00e9quipages. Mais, quoi\u00a0? Il n\u2019y a pas de politique qui vaille en dehors des r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"2992\" class=\"cit-num\">2992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 14\u00a0juin 1960. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre le drame de l\u2019Alg\u00e9rie, apr\u00e8s la guerre d\u2019Indochine, l\u2019affaire tunisienne, puis l\u2019imbroglio marocain r\u00e9gl\u00e9s sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, il restait encore \u00e0 achever la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique noire et de Madagascar, en germe dans la loi Defferre de 1956. L\u2019opinion publique y est moins sensible qu\u2019au probl\u00e8me alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>De Gaulle pense d\u2019abord \u00e0 une Communaut\u00e9 avec d\u00e9fense, politique \u00e9trang\u00e8re et politique \u00e9conomique communes. Sous la pression des \u00e9v\u00e9nements, il opte pour la d\u00e9colonisation et accorde en 1960 l\u2019ind\u00e9pendance, qui n\u2019exclut pas le maintien de liens privil\u00e9gi\u00e9s entre la m\u00e9tropole et ses ex-colonies africaines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut qu\u2019avant d\u2019entrer dans la salle [des n\u00e9gociations] on ait d\u00e9pos\u00e9 son couteau.\u00a0\u00bb<span id=\"2993\" class=\"cit-num\">2993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), 6\u00a0septembre 1960. <em>De Gaulle<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retour au drame alg\u00e9rien. Le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb devient le pr\u00e9alable de toute n\u00e9gociation. Mais l\u2019on continue de se battre en Alg\u00e9rie, tandis qu\u2019en France, intellectuels et syndicalistes manifestent pour la paix en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, Zola deviendrait l\u00e9gion, et quotidien J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2994\" class=\"cit-num\">2994<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">DUBY<\/span> (1919-1996), <em>Histoire de la France<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion au combat de Zola dans l\u2019affaire Dreyfus et \u00e0 son c\u00e9l\u00e8bre article dans<em> L\u2019Aurore<\/em> du 13\u00a0janvier 1898.<\/p>\n<p>Nombre d\u2019intellectuels de gauche se sont politiquement engag\u00e9s dans l\u2019affaire alg\u00e9rienne. Exemple\u00a0: le \u00ab\u00a0Manifeste des 121\u00a0\u00bb, sign\u00e9 par des professeurs et des \u00e9crivains, des artistes et des com\u00e9diens, publi\u00e9 le 6\u00a0septembre 1960, d\u00e9non\u00e7ant la torture en Alg\u00e9rie et r\u00e9clamant le \u00ab\u00a0droit \u00e0 l\u2019insoumission\u00a0\u00bb. C\u2019est une fa\u00e7on de soutenir le r\u00e9seau Jeanson, d\u00e9mantel\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, dont le proc\u00e8s commence devant le tribunal des forces arm\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gauche est impuissante et elle le restera si elle n\u2019accepte pas d\u2019unir ses efforts \u00e0 la seule force qui lutte aujourd\u2019hui r\u00e9ellement contre l\u2019ennemi commun des libert\u00e9s alg\u00e9riennes et des libert\u00e9s fran\u00e7aises. Et cette force est le <span class=\"caps\">FLN<\/span>.\u00a0\u00bb<span id=\"2995\" class=\"cit-num\">2995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Lettre au proc\u00e8s Jeanson (5\u00a0septembre-1er\u00a0octobre 1960). <em>La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: des complots du 13\u00a0mai \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance<\/em> (1981), Henri Alleg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains Fran\u00e7ais ne se contentent plus de prendre position en faveur de la paix en Alg\u00e9rie et de n\u00e9gociations avec le <span class=\"caps\">FLN<\/span>, ils apportent une aide directe \u00e0 ses membres, c\u2019est-\u00e0-dire aux dirigeants de la r\u00e9bellion, participant m\u00eame \u00e0 des faits de guerre ou de terrorisme.<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau Jeanson regroupe 6 Alg\u00e9riens et 17 Fran\u00e7ais de m\u00e9tropole accus\u00e9s, entre autres, de transporter des fonds, des faux papiers, du mat\u00e9riel de propagande \u2013 d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0porteurs de valises\u00a0\u00bb donn\u00e9 par Sartre. Il est personnellement li\u00e9 \u00e0 Francis Jeanson (en fuite et donc absent au proc\u00e8s). Ne pouvant se pr\u00e9senter lui-m\u00eame au tribunal (retenu au Br\u00e9sil pour une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences), l\u2019\u00e9crivain exprime sa solidarit\u00e9 par une longue lettre, se r\u00e9f\u00e9rant au Manifeste des 121 qu\u2019il a naturellement sign\u00e9.<\/p>\n<p>26 avocats (dont Roland Dumas) d\u00e9fendent les inculp\u00e9s, faisant durer le proc\u00e8s et ridiculisant le tribunal, strat\u00e9gie payante face \u00e0 l\u2019opinion publique. Jeanson sera reconnu coupable de haute trahison et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de r\u00e9clusion \u2013 amnisti\u00e9 en 1966. La majorit\u00e9 des autres membres du r\u00e9seau sont condamn\u00e9s plus ou moins s\u00e9v\u00e8rement, et neuf acquitt\u00e9s. <em>Le\u00a0Monde<\/em>, en septembre\u00a02000, rend justice \u00e0 \u00ab\u00a0ces tra\u00eetres qui sauv\u00e8rent l\u2019honneur de la France\u00a0\u00bb (Dominique Vidal).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique alg\u00e9rienne existera un jour.\u00a0\u00bb<span id=\"2996\" class=\"cit-num\">2996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 4\u00a0novembre 1960. <em>La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie et les intellectuels fran\u00e7ais<\/em> (1991), Jean-Pierre Rioux, Jean-Fran\u00e7ois Sirinelli<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la guerre s\u2019\u00e9ternise, il relance la politique alg\u00e9rienne, annon\u00e7ant un r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019autod\u00e9termination, parlant pour la premi\u00e8re fois de \u00ab\u00a0R\u00e9publique alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb, fustigeant les \u00ab\u00a0deux meutes ennemies, celle de l\u2019immobilisme st\u00e9rile et celle de l\u2019abandon vulgaire\u00a0\u00bb. <br>Le pr\u00e9sident part en Alg\u00e9rie le 12\u00a0d\u00e9cembre, pour lancer la campagne sur le r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: \u00e9meutes \u00e0 Alger, Oran. Le Front de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise se heurte aux musulmans brandissant le drapeau vert du <span class=\"caps\">FLN<\/span>\u00a0: 120 morts, et c\u2019en est fini du mythe de la fraternisation entre les communaut\u00e9s.<\/p>\n<h4>21. 1961. Autod\u00e9termination accept\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum, pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Mais l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> se bat pour garder l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, un \u00ab\u00a0quarteron de g\u00e9n\u00e9raux\u00a0\u00bb ovationn\u00e9 par les pieds-noirs tente un coup d\u2019\u00c9tat et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> alg\u00e9rien multiplie les attentats. 1962. Accords d\u2019\u00c9vian sur l\u2019ind\u00e9pendance approuv\u00e9s \u00e0 plus de 90% par r\u00e9f\u00e9rendums en France et en Alg\u00e9rie\u2026 o\u00f9 la terreur redouble. Exode de 700\u00a0000 rapatri\u00e9s en quatre mois et attentat manqu\u00e9 de peu contre de Gaulle au Petit-Clamart (22 ao\u00fbt 1962).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais [\u2026] j\u2019ai besoin de savoir ce qu\u2019il en est dans les esprits et dans les c\u0153urs, c\u2019est pourquoi je me tourne vers vous par-dessus tous les interm\u00e9diaires. En v\u00e9rit\u00e9, qui ne le sait, l\u2019affaire est entre chacune de vous, chacun de vous et moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"2997\" class=\"cit-num\">2997<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 6\u00a0janvier 1961. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re apparition pr\u00e9sidentielle, avant le r\u00e9f\u00e9rendum du 8 qui demande au peuple fran\u00e7ais d\u2019approuver le principe de l\u2019autod\u00e9termination du peuple alg\u00e9rien. \u00ab\u00a0Oui\u00a0\u00bb\u00a0: plus de 75\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s. Les \u00e9lecteurs n\u2019ont pas suivi les consignes des partis politiques et, comme de Gaulle, ont n\u00e9glig\u00e9 ces interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>Le choc est dur, chez les Europ\u00e9ens d\u2019Alg\u00e9rie (\u00e9galement consult\u00e9s et qui ont r\u00e9pondu majoritairement \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb)\u00a0: ils ne se savaient pas \u00e0 ce point coup\u00e9s de la m\u00e9tropole, autant dire abandonn\u00e9s. D\u2019o\u00f9 le durcissement de leur position, alors que des n\u00e9gociations sont annonc\u00e9es entre la France et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> \u00e0 \u00c9vian.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> frappe o\u00f9 elle veut, quand elle veut, comme elle veut.\u00a0\u00bb<span id=\"2998\" class=\"cit-num\">2998<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan de la nouvelle \u00ab\u00a0Organisation Arm\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb.<em> L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> et la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1985), M\u2019Hamed Yousfi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premiers tracts lanc\u00e9s d\u00e9but f\u00e9vrier\u00a01961. L\u2019arm\u00e9e fait son m\u00e9tier en Alg\u00e9rie, avec 400\u00a0000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse (except\u00e9 dans les Aur\u00e8s), mais le terrorisme fait rage et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> multiplie les attentats.<\/p>\n<p>Les Europ\u00e9ens d\u2019Alg\u00e9rie vivent aussi dans la terreur de la n\u00e9gociation qui conduira in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Et l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>, choisissant la politique du d\u00e9sespoir, recourt \u00e9galement aux attentats. Ainsi, le maire d\u2019\u00c9vian, Camille Blanc, tu\u00e9 par une charge de plastic le 31\u00a0mars, assassin\u00e9 uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les n\u00e9gociations. Cela n\u2019infl\u00e9chit en rien la politique du pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet \u00c9tat sera ce que les Alg\u00e9riens voudront. Pour ma part, je suis persuad\u00e9 qu\u2019il sera souverain au-dedans et au-dehors. Et, encore une fois, la France n\u2019y fait aucun obstacle.\u00a0\u00bb<span id=\"2999\" class=\"cit-num\">2999<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle annonce qu\u2019il envisage l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0avec un c\u0153ur parfaitement tranquille\u00a0\u00bb. Rappelons ses mots, ce m\u00eame jour, et son intime conviction\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation est notre int\u00e9r\u00eat et par cons\u00e9quent notre politique. Pourquoi resterions-nous accroch\u00e9s \u00e0 des dominations co\u00fbteuses, sanglantes et sans issue, alors que notre pays est \u00e0 renouveler de fond en comble\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais onze jours plus tard, c\u2019est le (second) putsch, dans la nuit du 21 au 22\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui est grave dans cette affaire, Messieurs, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas s\u00e9rieuse.\u00a0\u00bb<span id=\"3000\" class=\"cit-num\">3000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conseil des ministres extraordinaire, r\u00e9uni \u00e0 17\u00a0heures, le 22\u00a0avril 1961. <em>La Fronde des g\u00e9n\u00e9raux<\/em> (1961), Jacques Fauvet, Jean Planchais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La population d\u2019Alger a \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e \u00e0 7\u00a0heures du matin par ce message lu \u00e0 la radio\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a pris le contr\u00f4le de l\u2019Alg\u00e9rie et du Sahara.\u00a0\u00bb Les g\u00e9n\u00e9raux rebelles font arr\u00eater le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement et un certain nombre d\u2019autorit\u00e9s civiles et militaires. Quelques r\u00e9giments se rallient aux rebelles. La population europ\u00e9enne, qui se sent abandonn\u00e9e par la m\u00e9tropole, est avec eux. Mais de Gaulle semble serein, devant ses ministres.<\/p>\n<p>Le directoire militaire a quand m\u00eame pris le pouvoir \u00e0 Alger. Les ralliements se multiplient derri\u00e8re les quatre g\u00e9n\u00e9raux, Challe, Zeller, Jouhaud et Salan qui d\u00e9noncent la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et font le serment de \u00ab\u00a0garder l\u2019Alg\u00e9rie pour que nos morts ne soient pas morts pour rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les insurg\u00e9s tiennent Oran, Constantine le lendemain. Le coup d\u2019\u00c9tat semble r\u00e9ussi. De Gaulle repara\u00eet et va trouver les mots qui tuent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce pouvoir a une apparence\u00a0: un quarteron de g\u00e9n\u00e9raux en retraite. Il a une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: un groupe d\u2019officiers, partisans, ambitieux et fanatiques.\u00a0\u00bb<span id=\"3001\" class=\"cit-num\">3001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 23\u00a0avril 1961. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rev\u00eatu de sa tenue de g\u00e9n\u00e9ral, revoil\u00e0 le de Gaulle des grandes heures\u00a0: \u00ab\u00a0Au nom de la France, j\u2019ordonne que tous les moyens soient employ\u00e9s pour barrer partout la route \u00e0 ces hommes-l\u00e0, en attendant de les r\u00e9duire.\u00a0\u00bb Il demande que s\u2019applique l\u2019article\u00a016 de la Constitution (pouvoirs sp\u00e9ciaux)\u00a0: c\u2019est une \u00ab\u00a0dictature r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb, justifi\u00e9e par la situation.<\/p>\n<p>Tous les bidasses entendent cette voix de la France sur leur transistor. Le contingent refuse de suivre le quarteron de g\u00e9n\u00e9raux ovationn\u00e9s par les pieds-noirs sur le Forum d\u2019Alger, entre les cris \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0de Gaulle au poteau\u00a0!\u00a0\u00bb <br>Cependant, le vent tourne. Challe se livre le 26, suivi par Zeller. Salan et Jouhaud continuent dans la clandestinit\u00e9, l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> r\u00e9siste encore\u00a0: combat d\u2019hommes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, d\u2019autant plus dangereux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s lors que l\u2019\u00c9tat et la nation ont choisi leur chemin, le devoir militaire est fix\u00e9 une fois pour toutes. Hors de ses r\u00e8gles, il ne peut y avoir, il n\u2019y a que des soldats perdus.\u00a0\u00bb<span id=\"3003\" class=\"cit-num\">3003<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours \u00e0 Strasbourg, 23\u00a0novembre 1961. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors d\u2019une grande manifestation militaire, il s\u2019exprime solennellement devant les cadres de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019automne et l\u2019hiver sont dramatiques, les passions s\u2019exasp\u00e9rant de part et d\u2019autre. L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> multiplie les attentats, en Alg\u00e9rie comme en m\u00e9tropole\u00a0: le plastic vise de Gaulle lui-m\u00eame (9\u00a0septembre \u00e0 Pont-sur-Seine), Malraux et divers intellectuels. Les manifestations pro-<span class=\"caps\">FLN<\/span>, musulmanes, syndicales, entra\u00eenent contre-manifestations, charges de police et morts. Ils sont neuf \u00e0 la station de m\u00e9tro Charonne. 300\u00a0000 personnes suivront leur enterrement, le 13\u00a0f\u00e9vrier 1962. L\u2019opinion est mobilis\u00e9e, mais de plus en plus lasse aussi. Il faut en finir avec cette sale guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il va peser lourd le oui que je demande \u00e0 chacune et \u00e0 chacun de vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"3005\" class=\"cit-num\">3005<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 26\u00a0mars 1962. <em>Les Accords d\u2019\u00c9vian, le r\u00e9f\u00e9rendum et la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne<\/em> (1962), Maurice Allais<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral, comme \u00e0 son habitude dans les grands moments, en appelle \u00e0 la population. Il donne les r\u00e9sultats des n\u00e9gociations d\u2019\u00c9vian, proclame le cessez-le-feu et annonce le prochain r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut maintenant que s\u2019expriment tr\u00e8s haut l\u2019approbation et la confiance nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais approuveront les accords d\u2019\u00c9vian (sign\u00e9s le 18\u00a0mars). Le oui des Alg\u00e9riens consult\u00e9s le 2 avril est encore plus massif. Le 3, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et Ben Bella devient pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Juridiquement, la guerre est finie.<\/p>\n<p>La vie politique fran\u00e7aise sera marqu\u00e9e par les s\u00e9quelles de cette guerre non d\u00e9clar\u00e9e qui a \u00e9clat\u00e9 le 1er\u00a0novembre 1954 et mobilis\u00e9 deux millions de jeunes Fran\u00e7ais du contingent. Bilan\u00a0: 25\u00a0000 tu\u00e9s chez les soldats fran\u00e7ais, 2\u00a0000 morts de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, un millier de disparus et 1\u00a0300 soldats morts des suites de leurs blessures. Environ 270\u00a0000 musulmans alg\u00e9riens sont morts, sur une population de dix millions d\u2019habitants. Deux millions de musulmans sont d\u00e9port\u00e9s en camps de regroupement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">La valise ou le cercueil.<span id=\"3006\" class=\"cit-num\">3006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FLN<\/span>, \u00e9crit sur des petits cercueils post\u00e9s aux pieds-noirs. <em>De Gaulle ou l\u2019\u00e9ternel d\u00e9fi\u00a0: 56 t\u00e9moignages<\/em> (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au printemps 1946, le <span class=\"caps\">PPA<\/span> (Parti du peuple alg\u00e9rien luttant pour l\u2019ind\u00e9pendance) diffusait d\u00e9j\u00e0 le slogan \u00e0 Constantine, sur des tracts gliss\u00e9s dans les bo\u00eetes aux lettres. Mais c\u2019est au printemps 1962, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, que les attentats sont les plus nombreux \u2013 une charge de plastic peut faire plus de cent morts et bless\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Le <span class=\"caps\">FLN<\/span> d\u00e9clenche \u00e9galement \u00e0 la mi-avril une s\u00e9rie d\u2019enl\u00e8vements pour lutter contre l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> toujours active dans le maquis. Mais ses membres sont prot\u00e9g\u00e9s en centre-ville et les victimes sont surtout les colons isol\u00e9s dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La d\u00e9couverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L\u2019exode s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: il y aura beaucoup de valises, et de cercueils aussi, \u00e0 l\u2019issue de cette guerre de huit ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre ne s\u2019est pas termin\u00e9e dans de bonnes conditions, mais c\u2019\u00e9taient les seules conditions possibles.\u00a0\u00bb<span id=\"3007\" class=\"cit-num\">3007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), fin avril\u00a01962. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019exprime \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9jeuner de la presse anglo-saxonne dont il est l\u2019h\u00f4te d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais ont approuv\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum les accords d\u2019\u00c9vian du 18\u00a0mars. Juridiquement, la guerre est finie et le 3\u00a0juillet, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Mais politiquement, bien des drames vont encore se jouer. Certains jours de printemps, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, les attentats font plus de cent morts.<\/p>\n<p>L\u2019exode vers la m\u00e9tropole sera plus massif que pr\u00e9vu et dans des conditions plus p\u00e9nibles\u00a0: on attendait 350\u00a0000 rapatri\u00e9s en cinq ans, ils seront 700\u00a0000 en quatre mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui ou demain, envers et contre tous, le tra\u00eetre de Gaulle sera abattu comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"3010\" class=\"cit-num\">3010<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Tract <span class=\"caps\">CNR<\/span> (nouveau Conseil national de la r\u00e9sistance, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>) re\u00e7u par tous les d\u00e9put\u00e9s, apr\u00e8s l\u2019attentat du Petit-Clamart, ao\u00fbt\u00a01962.<em> Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est encore une retomb\u00e9e de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, aux cons\u00e9quences importantes et surtout inattendues.<br>De Gaulle \u00e9chappe par miracle \u00e0 l\u2019attentat, le soir du 22\u00a0ao\u00fbt, au carrefour du Petit-Clamart, pr\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport militaire de Villacoublay. Sa <span class=\"caps\">DS<\/span>\u00a019 est cribl\u00e9e de 150 balles et seul le sang-froid du chauffeur, acc\u00e9l\u00e9rant malgr\u00e9 les pneus crev\u00e9s, a sauv\u00e9 la vie au g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 Mme\u00a0de Gaulle. Condamn\u00e9 \u00e0 mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, est fusill\u00e9 le 11\u00a0mars 1963 \u2013 dernier cas en France.<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain de l\u2019attentat, de Gaulle profite de l\u2019\u00e9motion des Fran\u00e7ais pour faire passer une r\u00e9forme qui lui tient \u00e0 c\u0153ur\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. S\u2019il devait mourir, cela donnerait plus de poids et plus de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 son successeur. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste (<span class=\"caps\">UNR<\/span>) et une minorit\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendants (Giscard d\u2019Estaing en t\u00eate). Le seul pr\u00e9c\u00e9dent historique est f\u00e2cheux\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e9lu du suffrage universel, transforma vite ce coup d\u2019essai en coup d\u2019\u00c9tat. De Gaulle annonce un r\u00e9f\u00e9rendum pour le 28\u00a0octobre. Il le gagnera et la vie r\u00e9publicaine en sera chang\u00e9e.<\/p>\n<h4>22. La force des mots pr\u00e9sidentiels.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Montr\u00e9al\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec libre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"3036\" class=\"cit-num\">3036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Montr\u00e9al, 25\u00a0juillet 1967.<em> De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019orateur encha\u00eene et termine par\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le Canada fran\u00e7ais et vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb Le monde entier est \u00e9bahi. Pompidou, Premier ministre, dira du discours\u00a0: \u00ab\u00a0Celui-l\u00e0, il ne me l\u2019avait pas montr\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Gaulle r\u00e9pondra, pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait bien que je parle aux Fran\u00e7ais du Canada. Nos rois les avaient abandonn\u00e9s\u00a0\u00bb \u2013 allusion \u00e0 cette Nouvelle-France d\u00e9couverte sous Fran\u00e7ois\u00a0Ier, colonis\u00e9e depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, avant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> ne c\u00e8de les \u00ab\u00a0quelques arpents de neige\u00a0\u00bb du Canada \u00e0 l\u2019Angleterre (en 1763).<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache, cette harangue d\u00e9clenche une crise entre le Canada et la France qui semble soutenir les ind\u00e9pendantistes qu\u00e9b\u00e9cois \u2013 sujet toujours sensible\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Juifs [\u2026] \u00e9taient rest\u00e9s ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 de tout temps, c\u2019est-\u00e0-dire un peuple d\u2019\u00e9lite, s\u00fbr de lui-m\u00eame et dominateur.\u00a0\u00bb<span id=\"3037\" class=\"cit-num\">3037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 27\u00a0novembre 1967. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre des Six Jours a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aube du 5\u00a0juin 1967\u00a0: attaque des Isra\u00e9liens, fulgurante\u00a0; d\u00e9faite des Arabes, humiliante.<\/p>\n<p>L\u2019opinion publique est divis\u00e9e en France, au-del\u00e0 des traditionnels clivages gauche-droite. La majorit\u00e9 gaulliste ren\u00e2cle. Les intellectuels de gauche sont crucifi\u00e9s\u00a0: militants de la cause arabe et de l\u2019anticolonialisme, ils ne peuvent trahir la solidarit\u00e9 sacr\u00e9e avec le peuple juif victime du g\u00e9nocide et avec le petit \u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl. En pr\u00e9face au num\u00e9ro sp\u00e9cial des <em>Temps modernes<\/em> pr\u00e9par\u00e9 sur le conflit isra\u00e9lo-arabe depuis plus d\u2019un an et qui sort en juillet\u00a01967, Jean-Paul Sartre, qui est encore le ma\u00eetre \u00e0 penser d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration et prend position tranch\u00e9e sur presque tout, avoue\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9chir\u00e9s, nous n\u2019osons rien faire et rien dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"3093\" class=\"cit-num\">3093<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0Ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De tous les pr\u00e9sidents de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, c\u2019est le seul \u00e0 avoir explicitement consid\u00e9r\u00e9 le pass\u00e9 comme un poids dont il faut se lib\u00e9rer. Pour preuve, en 1975, il supprime la comm\u00e9moration du 8\u00a0mai 1945 (r\u00e9tablie par son successeur, Mitterrand, d\u00e8s 1981).<\/p>\n<p>Giscard d\u2019Estaing, pr\u00e9sident le plus jeune avant Macron (\u00e9lu \u00e0 48\u00a0ans), se veut moderne et sensible au d\u00e9sir de changement dans le pays. Il pense qu\u2019une nation ne peut se tourner vers l\u2019avenir si elle ressasse constamment son histoire\u00a0: \u00ab\u00a0Conduisons-nous comme un peuple jeune et fier, ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les autres pr\u00e9sidents assignent \u00e0 l\u2019histoire, \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, une fonction p\u00e9dagogique, voire th\u00e9rapeutique, depuis de Gaulle qui \u00e9voquait la grandeur pass\u00e9e alors que le pays devait faire le deuil de son empire colonial, jusqu\u2019\u00e0 Nicolas Sarkozy pour qui l\u2019\u00e9vocation des heures glorieuses doit conjurer le spectre du \u00ab\u00a0d\u00e9clinisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les droits de l\u2019homme ne valent que parce qu\u2019ils sont universels.\u00a0\u00bb<span id=\"3346\" class=\"cit-num\">3346<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), Discours pour le 150e anniversaire de l\u2019abolition de l\u2019esclavage, 23\u00a0avril 1998<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour exister vraiment en p\u00e9riode de cohabitation, le pr\u00e9sident va prendre de la hauteur. L\u2019occasion est belle. La France est universellement reconnue comme la \u00ab\u00a0patrie des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb. Ils sont n\u00e9s au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, la R\u00e9volution les a inscrits dans le marbre de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, avec la D\u00e9claration de 1789.<\/p>\n<p>Mais l\u2019homme noir a d\u00fb attendre\u00a0: aboli par un d\u00e9cret de 1794, l\u2019esclavage fut r\u00e9tabli sous le Consulat de Bonaparte et d\u00e9finitivement aboli par la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, en 1848. En 2001, la loi Taubira reconna\u00eetra l\u2019esclavage et la traite en tant que crimes contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<h4>23. Les grands discours de Sarkozy pr\u00e9sident concernent l\u2019Afrique\u00a0: souvent \u00e9crits par Henri Guaino\u00a0 et inspir\u00e9s de Victor Hugo (mission civilisatrice de la France), mais r\u00e9duits \u00e0 des citations tronqu\u00e9es, souvent mal compris, ils illustrent la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9crire l\u2019Histoire sur certains th\u00e8mes toujours sensibles, comme la colonisation.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la France, europ\u00e9enne et m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e0 la fois, de prendre l\u2019initiative avec le Portugal, l\u2019Espagne, l\u2019Italie, la Gr\u00e8ce et Chypre, d\u2019une Union M\u00e9diterran\u00e9enne comme elle prit jadis l\u2019initiative de construire l\u2019Union europ\u00e9enne.\u00a0\u00bb<span id=\"3407\" class=\"cit-num\">3407<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), Discours de Toulon, 7 f\u00e9vrier 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En campagne pr\u00e9sidentielle \u2013 et d\u00e9j\u00e0 avec les mots d\u2019Henri Guaino, \u00ab\u00a0la plume\u00a0\u00bb de ses grands discours pr\u00e9sidentiels -, il annonce l\u2019un des axes de sa politique \u00e9trang\u00e8re. Faisant d\u2019une pierre deux coups, il remet en question le Processus de Barcelone (1995) engag\u00e9 par l\u2019<span class=\"caps\">UE<\/span> \u00e0 l\u2019initiative de Jacques Chirac et s\u2019appr\u00eate \u00e0 lancer son Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e, qui prendra forme institutionnelle et intergouvernementale \u00e0 Paris\u00a0o\u00f9 se tient le sommet fondateur de l\u2019<span class=\"caps\">UPM<\/span> (13 juillet 2008).<\/p>\n<p>Cette initiative va irriter les autres partenaires europ\u00e9ens, Allemagne en t\u00eate, cependant que des pays jadis colonis\u00e9s peuvent redouter les intentions \u00ab\u00a0missionnaires\u00a0\u00bb de la France. Cet ambitieux projet n\u2019aboutira \u00e0 rien. Car rien n\u2019est simple dans cette histoire, comme l\u2019a r\u00e9sum\u00e9 Fernand Braudel\u00a0: \u00ab\u00a0La M\u00e9diterran\u00e9e, c\u2019est [\u2026] mille choses \u00e0 la fois. Non pas un paysage, mais d\u2019innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superpos\u00e9es [\u2026] La M\u00e9diterran\u00e9e est un carrefour antique. Depuis des mill\u00e9naires, tout conflue vers cette mer, bouleversant et enrichissant son histoire.\u00a0\u00bb (<em>La M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019espace et l\u2019histoire<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le monde qui aient tant \u0153uvr\u00e9 pour la civilisation et le d\u00e9veloppement et si peu pour l\u2019exploitation. On peut condamner le principe du syst\u00e8me colonial et avoir l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de reconna\u00eetre cela.\u00a0\u00bb<span id=\"3412\" class=\"cit-num\">3412<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), Discours \u00e0 Caen, 9\u00a0mars 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il traite de l\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise, de la sp\u00e9cificit\u00e9 et la grandeur de la France. Il s\u2019inscrit en faux contre la \u00ab\u00a0mode ex\u00e9crable\u00a0\u00bb de la repentance. 11\u00a0000 pr\u00e9sents \u00e0 ce meeting y sont sensibles, \u00e0 l\u2019image du pays qui va l\u2019\u00e9lire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au bout du compte, nous avons tout lieu d\u2019\u00eatre fiers de notre pays, de son histoire, de ce qu\u2019il a incarn\u00e9, de ce qu\u2019il incarne encore aux yeux du monde. Car la France n\u2019a jamais c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la tentation totalitaire. Elle n\u2019a jamais extermin\u00e9 un peuple. Elle n\u2019a pas invent\u00e9 la solution finale, elle n\u2019a pas commis de crime contre l\u2019humanit\u00e9, ni de g\u00e9nocide. Elle a commis des fautes qui doivent \u00eatre r\u00e9par\u00e9es, et je pense d\u2019abord aux harkis et \u00e0 tous ceux qui se sont battus pour la France et vis-\u00e0-vis desquels la France a une dette d\u2019honneur qu\u2019elle n\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9e, je pense aux rapatri\u00e9s qui n\u2019ont eu le choix au moment de la d\u00e9colonisation qu\u2019entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes innocentes de toutes les pers\u00e9cutions dont elle doit honorer la m\u00e9moire\u2026 La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le monde qui aient tant \u0153uvr\u00e9 pour la civilisation et le d\u00e9veloppement et si peu pour l\u2019exploitation. On peut condamner le principe du syst\u00e8me colonial et avoir l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de reconna\u00eetre cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notons que c\u2019est un th\u00e8me propre \u00e0 s\u00e9duire les \u00e9lecteurs du <span class=\"caps\">FN<\/span>, mais sans injurier l\u2019avenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drame de l\u2019Afrique, c\u2019est que l\u2019homme africain n\u2019est pas assez entr\u00e9 dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<span id=\"3425\" class=\"cit-num\">3425<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), Discours de Dakar (S\u00e9n\u00e9gal), 26\u00a0juillet 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand discours, \u00e9crit par Henri Guaino, gaulliste de gauche, la plume (le n\u00e8gre) du pr\u00e9sident, d\u00e9sormais charg\u00e9 de donner \u00e0 sa pens\u00e9e une forme pr\u00e9sidentielle. L\u2019opinion ne retient que cette phrase qui fait pol\u00e9mique\u00a0: relent de racisme sur fond d\u2019ancienne colonisation, assorti d\u2019une confusion entre civilisation et progr\u00e8s technique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le paysan africain, qui depuis des mill\u00e9naires vit avec les saisons, dont l\u2019id\u00e9al de vie est d\u2019\u00eatre en harmonie avec la nature, ne conna\u00eet que l\u2019\u00e9ternel recommencement du temps rythm\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition sans fin des m\u00eames gestes et des m\u00eames paroles. Dans cet imaginaire o\u00f9 tout recommence toujours, il n\u2019y a de place ni pour l\u2019aventure humaine ni pour l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. Dans cet univers o\u00f9 la nature commande tout, l\u2019homme \u00e9chappe \u00e0 l\u2019angoisse de l\u2019histoire qui tenaille l\u2019homme moderne, mais l\u2019homme reste immobile au milieu d\u2019un ordre immuable o\u00f9 tout semble \u00eatre \u00e9crit d\u2019avance.<\/p>\n<p>[\u2026] Le probl\u00e8me de l\u2019Afrique, c\u2019est qu\u2019elle vit trop le pr\u00e9sent dans la nostalgie du paradis perdu de l\u2019enfance. [\u2026] Le probl\u00e8me de l\u2019Afrique, ce n\u2019est pas de s\u2019inventer un pass\u00e9 plus ou moins mythique pour s\u2019aider \u00e0 supporter le pr\u00e9sent, mais de s\u2019inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. [\u2026] Le probl\u00e8me de l\u2019Afrique, c\u2019est de rester fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame sans rester immobile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux femmes, n\u00e9es \u00e0 Dakar, r\u00e9pondront \u00e0 ce discours. La candidate socialiste, S\u00e9gol\u00e8ne Royal, le 6\u00a0avril 2009\u00a0: \u00ab\u00a0Quelqu\u2019un est venu ici vous dire que \u00ab\u00a0l\u2019homme africain n\u2019est pas entr\u00e9 dans l\u2019Histoire\u00a0\u00bb. Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n\u2019auraient jamais d\u00fb \u00eatre prononc\u00e9es et qui n\u2019engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l\u2019histoire, vous l\u2019avez faite bien avant la colonisation, vous l\u2019avez faite pendant, et vous la faites depuis.\u00a0\u00bb Et le 26\u00a0octobre 2010, Rama Yade, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat dans le gouvernement Fillon, prend ses distances avec le sarkozysme en affirmant que \u00ab\u00a0l\u2019homme africain est le premier \u00e0 \u00eatre entr\u00e9 dans l\u2019Histoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, selon les oracles \u00e9conomiques, l\u2019Afrique d\u00e9colle enfin, devenant le dernier \u00ab\u00a0march\u00e9 \u00e9mergent\u00a0\u00bb, alors que la crise frappe le monde et surtout l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au monde m\u00e9diterran\u00e9en qui n\u2019a pas cess\u00e9 depuis des si\u00e8cles d\u2019\u00eatre \u00e9cartel\u00e9 entre l\u2019esprit des croisades et l\u2019esprit du dialogue, qui n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019\u00eatre tiraill\u00e9 entre la haine et la fraternit\u00e9, qui n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019h\u00e9siter finalement entre la civilisation et la barbarie, je veux dire que le temps n\u2019est plus au dialogue puisqu\u2019il est \u00e0 l\u2019action, qu\u2019il n\u2019est plus temps de parler parce qu\u2019il est venu le temps d\u2019agir.\u00a0\u00bb<span id=\"3426\" class=\"cit-num\">3426<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), Discours de Tanger, 23 octobre 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve les accents \u00e0 la Guaino du dernier discours de Dakar et le projet euro-m\u00e9diterran\u00e9en du discours de Toulon, le 7 f\u00e9vrier dernier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qui se joue l\u00e0 est absolument d\u00e9cisif pour l\u2019\u00e9quilibre du monde. Pas seulement d\u00e9cisif pour l\u2019avenir des peuples riverains, d\u00e9cisif pour l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9. En M\u00e9diterran\u00e9e, se d\u00e9cidera si oui ou non les civilisations et les religions se feront la plus terrible des guerres. En M\u00e9diterran\u00e9e se d\u00e9cidera de savoir si oui ou non le Nord et le Sud vont s\u2019affronter, en M\u00e9diterran\u00e9e se d\u00e9cidera de savoir si oui ou non le terrorisme, l\u2019int\u00e9grisme, le fondamentalisme r\u00e9ussiront \u00e0 imposer au monde leur registre de violence et d\u2019intol\u00e9rance. Ici on gagnera tout, ou on perdra tout. <br>Car l\u2019avenir de l\u2019Europe, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 le dire, il est au Sud. En tournant le dos \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais \u00e9galement de son futur. Car c\u2019est en M\u00e9diterran\u00e9e que l\u2019Europe gagnera sa prosp\u00e9rit\u00e9, sa s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019elle retrouvera l\u2019\u00e9lan que ses p\u00e8res fondateurs lui avaient donn\u00e9. C\u2019est \u00e0 travers la M\u00e9diterran\u00e9e que l\u2019Europe pourra de nouveau faire entendre son message \u00e0 tous les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien au-del\u00e0 du projet avort\u00e9 de l\u2019Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e (<span class=\"caps\">UPM<\/span>), c\u2019est peu dire que le suspense reste entier dans les ann\u00e9es suivantes, sur fond de r\u00e9volutions arabes, de guerres africaines et de terrorisme djihadiste.<\/p>\n<h4>24. Fran\u00e7ois Hollande revient sur l\u2019Alg\u00e9rie et ce pass\u00e9 encore si pr\u00e9sent.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sommes-nous capables d\u2019\u00e9crire ensemble une nouvelle page de notre histoire\u00a0? Je le crois. Je le souhaite. Je le veux. Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l\u2019oubli et encore moins dans le d\u00e9ni\u00a0\u00bb<span id=\"3500\" class=\"cit-num\">3500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">HOLLANDE<\/span> (n\u00e9 en 1954), 20 d\u00e9cembre 2012, \u00e0 la tribune du Parlement alg\u00e9rien, cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hollande fait son m\u00e9tier de pr\u00e9sident, dans cet exercice incontestablement d\u00e9licat et obligatoirement consensuel.<\/p>\n<p>Pas question de repentance, pour \u00e9viter la pol\u00e9mique \u00e0 son retour en France. Mais il y a publiquement reconnaissance des crimes coloniaux\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant 132 ans, l\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 un syst\u00e8me profond\u00e9ment injuste et brutal. Ce syst\u00e8me a un nom\u00a0: c\u2019est la colonisation. Et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a inflig\u00e9es au peuple alg\u00e9rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est un discours sur l\u2019histoire, un discours pour l\u2019histoire, dans le but de solder le pass\u00e9 compliqu\u00e9 de la France et de l\u2019Alg\u00e9rie, avec un appel au devoir de v\u00e9rit\u00e9 qui p\u00eache par un certain anachronisme, in\u00e9vitable sur ce th\u00e8me de la colonisation.<\/p>\n<p>L\u2019attente des parlementaires alg\u00e9riens n\u2019est pas totalement combl\u00e9e, l\u2019accueil populaire pas d\u00e9lirant, mais le minimum a \u00e9t\u00e9 fait et bien fait, constate la presse. M\u00eame constat, sur un point concret, \u00f4 combien important\u00a0: le pr\u00e9sident fran\u00e7ais a promis de \u00ab\u00a0mieux accueillir\u00a0\u00bb les Alg\u00e9riens demandant des visas pour se rendre en France, tout en rappelant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9quilibrer les flux migratoires. Apr\u00e8s six mois de pr\u00e9sidence, Hollande se montre plus \u00e0 l\u2019aise \u00e0 l\u2019international que dans les d\u00e9bats franco-fran\u00e7ais d\u2019ordre politique, \u00e9conomique, social ou soci\u00e9tal. Qui l\u2019e\u00fbt cru\u00a0?<\/p>\n<h4>25. Soixante ans apr\u00e8s, Emmanuel Macron en fin de mandat \u00e9vite les mots pol\u00e9miques, multiplie les gestes symboliques et tente de r\u00e9concilier les m\u00e9moires fran\u00e7aises et alg\u00e9riennes.<\/h4>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour comprendre ce th\u00e8me conflictuel toujours \u00e0 la une de l\u2019actu, r\u00e9f\u00e9rons-nous \u00e0 l\u2019Histoire.Nous vous conseillons d\u2019abord de lire nos \u00e9ditos sur\u00a0:Le premier premier empire colonial fran\u00e7ais.Le second empire colonial fran\u00e7ais.Troisi\u00e8me partie\u00a0: la d\u00e9colonisation.\u00a018. Quatri\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: la \u00ab\u00a0question coloniale\u00a0\u00bb trouve r\u00e9ponses dans diverses d\u00e9colonisations plus ou moins probl\u00e9matiques (Maroc, Tunisie, Indochine), \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":57,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9190","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9190"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9190\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12668,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9190\/revisions\/12668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}