{"id":9207,"date":"2022-02-21T00:00:00","date_gmt":"2022-02-20T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/galerie-presidentielle-iv-suite-de-lentre-deux-guerres-jusqua-la-fin-du-regime-republicain\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:09","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:09","slug":"galerie-presidentielle-iv-suite-de-lentre-deux-guerres-jusqua-la-fin-du-regime-republicain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-iv-suite-de-lentre-deux-guerres-jusqua-la-fin-du-regime-republicain\/","title":{"rendered":"Galerie pr\u00e9sidentielle (IV. Suite de l\u2019entre-deux-guerres, jusqu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e9gime r\u00e9publicain)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sents dans notre <em>Histoire en citations<\/em>, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">IV<\/span>. Suite de la galerie pr\u00e9sidentielle dans l\u2019entre-deux-guerres, jusqu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e9gime r\u00e9publicain\u00a0: Deschanel, Millerand, Doumergue, Doumer, Lebrun.<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-21.jpg\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 11. Paul Deschanel.<\/strong><\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paul_deschanel.jpg\" width=\"400\" height=\"580\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paul Deschanel n\u2019est pas de ceux dont on dit \u00ab\u00a0il sera ministre\u00a0\u00bb mais plut\u00f4t \u00ab\u00a0il sera acad\u00e9micien.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), <em>Paul Deschanel<\/em> (1991), Thierry Billard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire que l\u2019homme fait bande \u00e0 part dans la galerie pr\u00e9sidentielle et n\u2019a rien du profil politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Pourtant, le jeune intellectuel dipl\u00f4m\u00e9 en lettres et en droit, sous-pr\u00e9fet \u00e0 22 ans et d\u00e9put\u00e9 \u00e0 30 ans, a toujours r\u00eav\u00e9 de ce mandat honorifique.<\/p>\n<p>Mince, dot\u00e9 d\u2019un visage fin et ovale, cheveux et sourcils clairs, nez fin et aquilin, moustache soigneusement peign\u00e9e, il\u00a0 cultive son \u00ab\u00a0look\u00a0\u00bb et sa tenue de dandy (veste longue, chemise blanche \u00e0 faux col, cravate en soie \u00e0 \u00e9pingle de nacre). Paul Morand voit en lui \u00ab\u00a0le dernier r\u00e9publicain bien mis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les r\u00e9ceptions mondaines et les salons litt\u00e9raires, il charme les femmes par sa culture, son allure et ses mani\u00e8res. Son biographe Thierry Billard pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Son apparence est son principal fonds de commerce. Elle attire, envo\u00fbte, tape dans l\u2019\u0153il. La presse d\u2019extr\u00eame droite l\u2019appelle \u00ab\u00a0le pommad\u00e9\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0gravure de mode\u00a0\u00bb\u00a0; la presse d\u2019extr\u00eame gauche \u00ab\u00a0le gommeux de sous-pr\u00e9fecture guind\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le g\u00e9rant de caf\u00e9s chic\u00a0\u00bb. Il joua de sa jeunesse en politique, mais \u00e2g\u00e9 de 55 ans, ses adversaires le comparent aux \u00ab\u00a0jolies femmes qui se fardent, se teignent, s\u2019amincissent pour avoir l\u2019air toujours jeunes, toujours d\u00e9sirables\u00a0\u00bb. En 1909, Adolphe Tabarant, journaliste socialiste, le qualifiera de \u00ab\u00a0mannequin fan\u00e9\u00a0\u00bb et d\u203a\u00ab\u00a0homosexuel de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jeune dr\u00f4le, du nom de Paul Deschanel, s\u2019est permis de baver sur moi hier \u00e0 la Chambre. Je n\u2019ai pas sous les yeux le compte rendu officiel de la s\u00e9ance, mais je ne puis attendre plus longtemps pour lui dire qu\u2019il s\u2019est conduit comme un l\u00e2che et qu\u2019il a effront\u00e9ment menti.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), dans son quotidien <em>La Justice<\/em>, 27 juillet 1894. <em>Paul Deschanel<\/em> (1991), Thierry Billard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce polisson, qui proc\u00e8de par basses insinuations, prof\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Justice des all\u00e9gations qu\u2019il sait mensong\u00e8res. Ce n\u2019est pas tout. Il a mis en cause la politique ext\u00e9rieure que j\u2019ai suivie pendant vingt ans, avec l\u2019approbation de tout son parti, et il a honteusement insinu\u00e9 que je servais un int\u00e9r\u00eat \u00e9tranger\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Insult\u00e9, \u00ab\u00a0le polisson\u00a0\u00bb d\u00e9cide de r\u00e9pondre par un duel \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e. Preuve de courage ou d\u2019inconscience\u00a0: le Tigre, chatouilleux sur les r\u00e8gles de l\u2019honneur, est une fine lame et l\u2019a prouv\u00e9 une douzaine de fois. Comme dit Andr\u00e9 Billy dans <em>L\u2019\u00c9poque 1900<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les duels faisaient partie des m\u0153urs litt\u00e9raires comme l\u2019absinthe, les banquets et les r\u00e9citations po\u00e9tiques.\u00a0\u00bb Deschanel est bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, l\u2019honneur est sauf et ce \u00ab\u00a0bapt\u00eame du fer\u00a0\u00bb fait du mondain quelque peu suspect un politique courageux dans le milieu politicien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme appel\u00e9 au r\u00f4le d\u2019arbitre doit faire taire ses pr\u00e9f\u00e9rences et s\u2019\u00e9lever au-dessus de sa foi m\u00eame [\u2026]. \u00c0 pr\u00e9sent que la lutte \u00e9lectorale est termin\u00e9e, \u00e9levons nos esprits et nos \u00e2mes au-dessus de l\u2019\u00e9troit horizon de nos circonscriptions respectives pour ne plus voir que la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 son entr\u00e9e en fonction, 13 juin 1898,\u00a0 \u00ab\u00a0La premi\u00e8re bataille \u00e0 la Chambre\u00a0: discours de M. Paul Deschanel\u00a0\u00bb, <em>Le Gaulois<\/em>, n\u00b0 6046,\u200e 14 juin 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Figure des R\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, partisan d\u2019une troisi\u00e8me voie entre lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et socialisme, il est \u00e9lu \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sident de la Chambre en 1898.<\/p>\n<p>Lors de sa mont\u00e9e au \u00ab\u00a0perchoir\u00a0\u00bb, Paul Deschanel fait l\u2019objet de vives protestations des radicaux et socialistes qui lui reprochent d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu avec l\u2019appui de la droite, l\u2019emp\u00eachant pendant une dizaine de minutes de prononcer son discours de victoire. C\u2019est le jeu traditionnel des partis sous la Troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>Mais Deschanel ne joue pas sur ce terrain, ou du moins, il se distingue par d\u2019autres armes qui lui sont naturelles\u00a0: courtoisie envers ses adversaires, volont\u00e9 de s\u00e9duire et de ne pas d\u00e9plaire le poussent plusieurs fois \u00e0 refuser d\u2019entrer au gouvernement et \u00e0 ne pas adopter un ton clivant, lors de ses pr\u00e9sidences \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Doit-on accuser\u00a0 un manque de personnalit\u00e9\u00a0? En tout cas, sa capacit\u00e9 de travail et la connaissance des dossiers sont unanimement salu\u00e9es.\u00a0<\/p>\n<p>Une fois \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre, il respectera la traditionnelle impartialit\u00e9 incombant \u00e0 la fonction\u00a0: cherchant \u00e0 \u00e9changer avec tous les groupes politiques, il innove en organisant des repas r\u00e9guliers avec des \u00e9lus de diff\u00e9rents bords. Sa neutralit\u00e9 affich\u00e9e fait qu\u2019il ne prend part \u00e0 aucun vote parlementaire. Cela passe \u00e0 tort ou \u00e0 raison comme une volont\u00e9 d\u2019appara\u00eetre en homme de consensus en vue de se faire \u00e9lire \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique \u2013 son but depuis toujours. Dans la m\u00eame optique, il refuse tout\u00a0 poste minist\u00e9riel (cumul fr\u00e9quents sous la Troisi\u00e8me).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019esprit fran\u00e7ais, c\u2019est la raison en \u00e9tincelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), Discours prononc\u00e9 en 1908 pour le 25e anniversaire de l\u2019Alliance fran\u00e7aise fond\u00e9e en 1883. <em>La Langue fran\u00e7aise<\/em>, revue p\u00e9dagogique, ann\u00e9e 1809<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s apr\u00e8s un long et beau parcours, de sous-pr\u00e9fet \u00e0 d\u00e9put\u00e9 d\u2019Eure-et-Loir \u2013 \u00e9lu \u00e0 30 ans, r\u00e9\u00e9lu 8 fois de suite de 1885 \u00e0 1920 avec plus de 70% des suffrages, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des meilleurs orateurs de sa g\u00e9n\u00e9ration. Il fait l\u2019\u00e9loge de la langue fran\u00e7aise qu\u2019il pratique en \u00e9crivain, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1899 (et \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques en 1914).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le savez-vous assez, vous tous, jeunes gens, et vous, Fran\u00e7aises qui m\u2019\u00e9coutez, que nous avons des devoirs envers notre langue comme envers la patrie m\u00eame, et qu\u2019il faut d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019esprit fran\u00e7ais comme l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire\u00a0? \u2026 Le fran\u00e7ais est la langue de la diplomatie. Elle est aussi celle des \u00e9lites (en divers pays) et chaque jour ses clients deviennent plus nombreux. Elle est par excellence la langue de la conversation, elle a le sourire, la gr\u00e2ce. Il y a des races tristes, m\u00eame sous le soleil\u00a0; la n\u00f4tre est gaie. Le ciel de France est sur nos l\u00e8vres. L\u2019esprit fran\u00e7ais, c\u2019est la raison en \u00e9tincelles\u2026 Et gr\u00e2ces vous soient rendues \u00e0 vous, ap\u00f4tres de l\u2019Alliance Fran\u00e7aise, artisans de raison et de beaut\u00e9, qui sur toute la terre r\u00e9pandez la langue immortelle de la France et son \u00e2me divine\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est un joli r\u00eave et le r\u00e9veil sera brutal, pour la France comme pour l\u2019orateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il suffit qu\u2019au cours des si\u00e8cles un seul homme ait \u00e9t\u00e9 injustement condamn\u00e9 \u00e0 la peine capitale pour que la peine capitale doive dispara\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En bonne compagnie avec Aristide Briand et Georges Clemenceau, Deschanel vote en faveur de l\u2019abolition de la peine de mort en juillet 1908. Mais cette cause ne sera gagn\u00e9e qu\u2019en 1981, sous la pr\u00e9sidence du socialiste Mitterrand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons bien essayer de solutionner votre probl\u00e8me mais il faudrait d\u2019abord nous l\u2019explicationner.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), \u00e0 Paul Deschanel qui lui avait demand\u00e9 de \u00ab\u00a0solutionner\u00a0\u00bb un probl\u00e8me. <em>Clemenceau<\/em>, \u00e9dition du centenaire (2017), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Tigre qui s\u2019est battu en duel sans plus de fa\u00e7on apr\u00e8s \u00e9change d\u2019insultes se moque de ses mani\u00e8res trop distingu\u00e9es et de son parler alambiqu\u00e9 \u2013 notons que de nos jours, cela passerait inaper\u00e7u, solutionner \u00e9tant synonyme de r\u00e9soudre, probl\u00e8me \u00e9tant abusivement remplac\u00e9 par probl\u00e9matique, pouvoir par \u00ab\u00a0\u00eatre en situation de\u00a0\u00bb, aveugle par \u00ab\u00a0mal voyant\u00a0\u00bb, etc., etc., etc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus facile de faire la guerre que la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2633\" class=\"cit-num\">2633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours de Verdun, 14\u00a0juillet 1919.<em> Discours de paix<\/em> (posthume), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb est toujours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement d\u2019une France \u00e9puis\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve des quatre ans de guerre, m\u00eame si une minorit\u00e9 artiste et privil\u00e9gi\u00e9e f\u00eate la d\u00e9cennie des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Le vieil homme est devenu le \u00ab\u00a0Perd la Victoire\u00a0\u00bb\u00a0: pi\u00e8tre n\u00e9gociateur au trait\u00e9 de Versailles sign\u00e9 le 28\u00a0juin, il a laiss\u00e9 l\u2019Anglais Lloyd George et l\u2019Am\u00e9ricain Wilson l\u2019emporter sur presque tous les points\u2026 Au final, il ne sera pas pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019Assembl\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rant voter en 1920 pour un homme qui ne lui portera pas ombrage, Deschanel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voterons pour Deschanel en criant \u00ab\u00a0vive Clemenceau\u00a0!\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2636\" class=\"cit-num\">2636<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Exclamation d\u2019un d\u00e9put\u00e9. <em>La Vie politique sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0: 1870-1940<\/em> (1984), Jean-Marie Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Qui va remplacer Poincar\u00e9 en fin de septennat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique\u00a0?<\/p>\n<p>Clemenceau, pr\u00e9sident du Conseil, souhaite \u00eatre \u00e9lu, mais le vieux routier de la politique ne pose pas officiellement sa candidature, laissant ses amis la proposer. Par son intransigeance, il s\u2019est fait des ennemis aussi bien \u00e0 gauche qu\u2019\u00e0 droite et le Bloc national (coalition au pouvoir des partis class\u00e9s au centre et \u00e0 droite) lui pr\u00e9f\u00e8re Paul Deschanel, \u00e9lu le 18\u00a0f\u00e9vrier 1920. La France en paix pense pouvoir se passer d\u2019un homme fort et la r\u00e8gle du jeu politique \u00e9loigne de la pr\u00e9sidence tout personnage risquant de contrecarrer le pouvoir parlementaire.. Le vieux Tigre de 79\u00a0ans se retire de la sc\u00e8ne politique et vivra encore pr\u00e8s de dix ann\u00e9es, pass\u00e9es \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 voyager.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce peuple m\u2019acclame mais je ne suis pas digne de lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 17 janvier 1920, dans la voiture qui le ram\u00e8ne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Figure des R\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, partisan d\u2019une troisi\u00e8me voie entre lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et socialisme, il fut d\u00e9j\u00e0 \u00e9lu \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s en 1898. En 1912, il retrouva ce poste qu\u2019il conserve pendant la Grande Guerre, refusant de devenir pr\u00e9sident du Conseil. Deschanel est finalement \u00e9lu au poste supr\u00eame avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu pour ce type d\u2019\u00e9lection sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0!<\/p>\n<p>Mais l\u2019homme est malade et il le sait. \u00c0 peine \u00e9lu et selon un processus connu, il passe de l\u2019excitation \u00e0 un \u00e9tat de d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9 par une m\u00e9lancolie anxieuse, dite neurasth\u00e9nie. Les signes en sont imm\u00e9diats. Au sortir m\u00eame du scrutin, il s\u2019\u00e9crie, tragique\u00a0: \u00ab\u00a0Ce peuple m\u2019acclame et je ne suis pas digne de lui.\u00a0\u00bb Peu apr\u00e8s, recevant les parlementaires dans son bureau de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il lance d\u2019une voix emphatique, ouvrant les bras en croix\u00a0: \u00ab\u00a0Ces murs m\u2019\u00e9crasent\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis bless\u00e9. Je suis monsieur Deschanel, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), nuit du dimanche 24 mai 1920<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait divers historique, relat\u00e9 avec force d\u00e9tails dans toute la presse.<\/p>\n<p>23 mai, quatre mois apr\u00e8s son \u00e9lection, le pr\u00e9sident prend le train, gare de Lyon \u00e0 Paris, destination Montbrison (Loire) o\u00f9 il doit inaugurer un monument aux morts. Fatigu\u00e9, il se retire \u00e0 22h dans la chambre du wagon pr\u00e9sidentiel. Il ne veut pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9 avant son r\u00e9veil \u00e0 7 heures. Comme d\u2019habitude, il peine \u00e0 dormir et la chaleur n\u2019arrange rien. Il va ouvrir la tr\u00e8s large fen\u00eatre pour prendre l\u2019air. Peut-\u00eatre sous l\u2019effet des calmants, il bascule et tombe sur la voie. Le train \u00e9volue \u00e0 faible vitesse, il s\u2019en sort avec quelques contusions et marche le long de la voie.<\/p>\n<p>Il rencontre un cheminot effectuant une ronde de nuit et se pr\u00e9sente, pitoyable\u2026\u00a0 L\u2019autre prend cet homme en pyjama pour un ivrogne ou un fou. Apr\u00e8s une courte marche, ils arrivent chez Gustave Radeau, garde-barri\u00e8re de Mignerette (\u00e0 10 km de Montargis). Une femme t\u00e9moin de l\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9clara\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais bien vu que c\u2019\u00e9tait un Monsieur, il avait les pieds propres\u00a0\u00bb. Le garde-barri\u00e8re donne les premiers soins avant qu\u2019un m\u00e9decin n\u2019identifie le Pr\u00e9sident et le conduise \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture de Montargis. La presse et les humoristes vont se d\u00e9cha\u00eener sur \u00ab\u00a0Fou-fou-train-train\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode rocambolesque confirme les soup\u00e7ons sur la sant\u00e9 mentale du pr\u00e9sident \u2013 on parlerait aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9tat anxio-d\u00e9pressif ou de burn-out. Mis au repos quelques semaines \u00e0 Rambouillet, il revient en juillet, mais craque \u00e0 nouveau. Les rumeurs vont bon train, comme l\u2019on dit. Le contexte est propice aux fake news\u2026 On l\u2019aurait vu plonger \u00e0 l\u2019aube dans le bassin du ch\u00e2teau de Rambouillet pour p\u00eacher des carpes \u00e0 mains nues, grimper en haut d\u2019un arbre du parc de l\u2019\u00c9lys\u00e9e en coassant, recevoir un ambassadeur compl\u00e8tement nu\u00a0! Certains documents officiels seraient revenus sign\u00e9s \u00ab\u00a0Vercing\u00e9torix\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Napol\u00e9on\u00a0\u00bb. Deschanel pouss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mission va c\u00e9der.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon \u00e9tat de sant\u00e9 ne me permet plus d\u2019assumer les hautes fonctions dont votre confiance m\u2019avait investi lors de la r\u00e9union de l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 17 janvier dernier. L\u2019obligation absolue qui m\u2019est impos\u00e9e de prendre un repos complet me fait un devoir de ne pas tarder plus longtemps \u00e0 vous annoncer la d\u00e9cision \u00e0 laquelle j\u2019ai d\u00fb me r\u00e9soudre. Elle m\u2019est infiniment douloureuse et c\u2019est avec un d\u00e9chirement profond que je renonce \u00e0 la noble t\u00e2che dont vous m\u2019avez jug\u00e9 digne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), message du pr\u00e9sident lu aux Chambres le 21 septembre 1920<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il tentera un retour en politique, \u00e9lu au S\u00e9nat le 10 janvier 1921, et meurt d\u2019une pleur\u00e9sie, le 28 avril 1922.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/alexandre_millerand.jpg\" width=\"400\" height=\"529\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 12. Alexandre Millerand.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a l\u2019air idiot, mais m\u00e9chant [\u2026] une t\u00eate carr\u00e9e, ferm\u00e9e \u00e0 tout, des yeux de myope, et pourtant il a des lueurs de bon sens.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>Clemenceau<\/em> (1968) Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le Tigre\u00a0\u00bb qui a toujours la dent dure face aux confr\u00e8res\u00a0croque \u00e0 grands traits ce terrien (comme lui) aux allures de taureau. Il juge d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre le jeune avocat (de gauche) qui va entrer dans l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9daction de son journal, <em>La Justice<\/em>.<\/p>\n<p>Biographe attitr\u00e9 de Millerand, Jean-Louis Rizzo confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Son caract\u00e8re ombrageux, ses obstinations ainsi que ses erreurs \u00e9loign\u00e8rent de lui nombre de ses amis politiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au physique et au mental, Millerand s\u2019oppose \u00e0 Deschanel auquel il succ\u00e8de au poste supr\u00eame, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 son\u00a0pr\u00e9sident du Conseil et assur\u00e9 l\u2019int\u00e9rim pr\u00e9sidentiel du 21 au 23 septembre 1920.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 ses id\u00e9es, elles peuvent \u00eatre simplement r\u00e9sum\u00e9es dans un paysage politique complexe et changeant. En 56 ans\u00a0de carri\u00e8re intense et \u00e0 la \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb des partis, il commence tr\u00e8s \u00e0 gauche et finit tr\u00e8s \u00e0 droite \u2013 sans tomber dans la violence des extr\u00eames. Mais sur le plan institutionnel, Millerand a une id\u00e9e fixe qui remonte \u00e0 Mac-Mahon et aboutira sous de Gaulle\u00a0: il faut renforcer le pouvoir pr\u00e9sidentiel face au Parlement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un r\u00e9gime b\u00e2tard, qui a de la R\u00e9publique le nom et de la monarchie les vices.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943), \u00ab\u00a0Une solution\u00a0\u00bb,\u00a0<em>La Justice<\/em>,\u00a0no\u00a03167,\u200e\u00a015 septembre 1888<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re et \u00e0 contre-courant de la pens\u00e9e dominante, il milite pour la r\u00e9vision des lois constitutionnelles de 1875. Il d\u00e9plore (ici, dans le journal de Clemenceau) ce qui est devenu l\u2019\u00e9vidence et le point faible de la Troisi\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019instabilit\u00e9 dans le pouvoir ex\u00e9cutif (\u2026) des conflits et l\u2019impuissance dans le pouvoir l\u00e9gislatif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019affaire de Panama a montr\u00e9 toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance [\u2026] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle f\u00e9odalit\u00e9 cosmopolite les forteresses qu\u2019ils lui ont ravies pour la dominer\u00a0: la Banque de France, les chemins de fer, les mines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2506\" class=\"cit-num\">2506<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943), Profession de foi aux \u00e9lecteurs du <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0arrondissement, 1893. <em>Les Socialistes ind\u00e9pendants<\/em> (1911), Albert Ory<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019id\u00e9e toujours actuelle du pouvoir de la finance internationale. Sont d\u2019ailleurs cit\u00e9es des entreprises qui seront nationalis\u00e9es apr\u00e8s la Seconde Guerre, en 1945-1946.<\/p>\n<p>Millerand, r\u00e9publicain radical (au sens litt\u00e9ral et premier) devenu socialiste (avec toutes les nuances) avant de finir r\u00e9solument conservateur fait partie de ces hommes nouveaux qui, comme Jean Jaur\u00e8s, se retrouvent d\u00e9put\u00e9s au terme des \u00e9lections de l\u2019\u00e9t\u00e9 1893. La R\u00e9publique reste mod\u00e9r\u00e9e, mais la nouvelle Chambre amorce un tournant \u00e0 gauche avec l\u2019apparition du socialisme parlementaire, encore trop d\u00e9suni pour \u00eatre fort. Quant \u00e0 l\u2019affaire de Panama, la plus grave crise financi\u00e8re de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, elle laisse des traces durables\u00a0: antiparlementarisme et antis\u00e9mitisme accrus, dans une France divis\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni r\u00e9volution, ni r\u00e9action\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2521\" class=\"cit-num\">2521<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), \u00e0 Alexandre Millerand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 14\u00a0juin 1898. <em>Histoire des institutions du droit public fran\u00e7ais au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, 1789-1914<\/em> (1953), Gabriel Lepointe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sident du Conseil (des ministres) qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du redressement \u00e9conomique et financier de la France, M\u00e9line r\u00e9plique \u00e0 Millerand, d\u00e9put\u00e9 socialiste dans l\u2019opposition qui l\u2019attaque sur sa politique g\u00e9n\u00e9rale, lui reprochant de combattre les socialistes et les syndicats \u2013 reconnus par la loi du 21 mars 1884. M\u00e9line tente de repl\u00e2trer son minist\u00e8re, mais refuse de gouverner avec l\u2019appui des socialistes comme des conservateurs et doit d\u00e9missionner le lendemain 15\u00a0juin.<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s, le 23 juin 1899, le groupe socialiste de la Chambre donne son accord de principe \u00e0 une participation minist\u00e9rielle\u00a0: Millerand entre au gouvernement Waldeck-Rousseau comme ministre du Commerce, de l\u2019Industrie, des Postes et T\u00e9l\u00e9graphes. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement, sinon une r\u00e9volution\u00a0: premi\u00e8re nomination d\u2019une personnalit\u00e9 socialiste sous la Troisi\u00e8me. Mais plusieurs de ses alli\u00e9s d\u00e9noncent (d\u00e9j\u00e0) cette collaboration \u00e0 un \u00ab\u00a0gouvernement bourgeois\u00a0\u00bb comme contraire \u00e0 la lutte des classes.<\/p>\n<p>Dans un contexte de graves conflits sociaux, Millerand obtient des r\u00e9sultats concrets l\u00e0 o\u00f9 la Troisi\u00e8me a tant tard\u00e9\u00a0! Il facilite l\u2019acc\u00e8s des ouvriers aux postes d\u2019inspecteurs adjoints du travail et la cr\u00e9ation des conseils de prud\u2019hommes. Pour \u00e9viter des d\u00e9bats parlementaires \u00e0 l\u2019issue incertaine, il prend une s\u00e9rie de d\u00e9crets et circulaires renfor\u00e7ant les missions de l\u2019inspection du travail, l\u2019indemnisation des accidents du travail, les mesures sur l\u2019hygi\u00e8ne et la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs dans l\u2019industrie. La \u00ab\u00a0loi Millerand\u00a0\u00bb du 30 mars 1900 harmonise la dur\u00e9e maximale de travail \u00e0 dix heures par jour (contre douze). Il parvient \u00e0 obtenir le soutien du S\u00e9nat r\u00e9put\u00e9 favorable au patronat, mais il s\u2019ali\u00e8ne les socialistes qui demandent davantage\u2026 ce qu\u2019il obtiendra en partie dans le secteur public\u00a0: journ\u00e9e de travail de huit heures dans les postes et t\u00e9l\u00e9graphes, cr\u00e9ation d\u2019un syndicat ouvrier, temps de repos hebdomadaire, etc.\u00a0<\/p>\n<p>Aux antipodes de cet engagement social, devenu s\u00e9nateur de l\u2019Union r\u00e9publicaine (r\u00e9solument de droite) dans les ann\u00e9es trente et en pleine crise \u00e9conomique, suite au krach de 1929 \u00e0 la Bourse de New York, Millerand affirmera que \u00ab\u00a0le bien-\u00eatre de l\u2019ouvrier est fonction de la prosp\u00e9rit\u00e9 du patron\u00a0\u00bb. C\u2019est dire qu\u2019il est pass\u00e9 de la r\u00e9volution \u00e0 la r\u00e9action.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Taisez-vous\u00a0! M\u00e9fiez-vous\u00a0! Des oreilles ennemies vous \u00e9coutent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2585\" class=\"cit-num\">2585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943). <em>Avant l\u2019oubli\u00a0: la vie de 1900 \u00e0 1940<\/em> (1987), \u00c9douard Bonnefous<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de la Guerre en 1914-1915, il fait placarder des affiches avec ces exhortations \u2013 formule reprise sous la Seconde Guerre mondiale, en vertu de quoi c\u2019est sa citation la plus connue. Rien de parano\u00efaque, mais une simple \u00e9vidence\u00a0: la plupart des \u00ab\u00a0renseignements\u00a0\u00bb ne viennent pas de services sp\u00e9ciaux ni d\u2019espions plus ou moins professionnels, mais de la collecte de tout ce qui se dit et se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 tort ou \u00e0 raison en temps de guerre.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de Millerand qui a enfreint d\u00e8s 1899 la r\u00e8gle de non-participation d\u2019un socialiste \u00e0 tout minist\u00e8re bourgeois, deux membres du Parti socialiste\u00a0apparaissent au gouvernement en ao\u00fbt 1914\u00a0: Marcel Sembat aux Travaux publics et Jules Guesde, ministre d\u2019\u00c9tat, le \u00ab\u00a0socialisme fait homme. C\u2019est l\u2019un des symboles de l\u2019\u00ab\u00a0Union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb devant la patrie en danger. Mais l\u2019union sacr\u00e9e ne durera pas.<\/p>\n<p>Millerand, \u00ab\u00a0socialiste ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb devenu patriote avec la Grande Guerre, cr\u00e9e en 1914 la F\u00e9d\u00e9ration des gauches et dix ans plus tard la Ligue r\u00e9publicaine nationale (<span class=\"caps\">LRN<\/span>) de droite. Entre-temps, pr\u00e9sident du Conseil apr\u00e8s la victoire du Bloc national (de droite) aux l\u00e9gislatives de 1919 (\u00e9lu face au socialiste Gustave Delory), il appelle \u00e0 une r\u00e9vision constitutionnelle pour accro\u00eetre les pr\u00e9rogatives du chef de l\u2019\u00c9tat \u2013 son id\u00e9e force et fixe, mais son grand \u00e9chec politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique trac\u00e9e par Monsieur Millerand d\u00e9couvre sa personne et si demain elle \u00e9tait d\u00e9sapprouv\u00e9e par le suffrage universel, nous aurions s\u00fbrement \u00e0 d\u00e9plorer sa d\u00e9mission.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gratien <span class=\"caps\">CANDACE<\/span> (1873-1953), revue du <span class=\"caps\">PRDS<\/span> (Parti R\u00e9publicain D\u00e9mocratique et Social) \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1923<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 de Guadeloupe d\u00e9nonce l\u2019attitude du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et annonce le commencement de la fin pour son mandat de plus en plus chahut\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9fendant une application \u00e0 la lettre des lois constitutionnelles, Millerand s\u2019implique dans les affaires du pays, contre la pratique en vigueur sous la Troisi\u00e8me depuis la \u00ab\u00a0Constitution Gr\u00e9vy\u00a0\u00bb limitant le Pr\u00e9sident au r\u00f4le d\u2019arbitre \u2013 et \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019inauguration des chrysanth\u00e8mes\u00a0\u00bb (de Gaulle). Il appelle \u00e0 une r\u00e9vision constitutionnelle pour renforcer les pr\u00e9rogatives du chef de l\u2019\u00c9tat en supprimant les restrictions au droit de dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>En politique ext\u00e9rieure, il s\u2019oppose \u00e0 la d\u00e9tente avec l\u2019Allemagne souhait\u00e9e par Aristide Briand, pr\u00e9sident du Conseil qui va d\u00e9missionner le 12 janvier 1922, remplac\u00e9 par Poincar\u00e9, ex-Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et homme de droite.<\/p>\n<p>Le 14 octobre 1923, dans son discours d\u2019\u00c9vreux, se posant comme chef de la droite, Millerand manifeste clairement son intention de r\u00e9duire le r\u00f4le du Parlement et s\u2019oppose alors \u00e0 Poincar\u00e9 juriste pointilleux, avec cet art de se mettre \u00e0 dos m\u00eame ses alli\u00e9s. En vue des \u00e9lections de mai 1924, il prend position en faveur du Bloc national (groupant mod\u00e9r\u00e9s et conservateurs). Mais le Cartel des gauches va l\u2019emporter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, j\u2019ai l\u2019honneur de vous pr\u00e9senter ma d\u00e9mission de Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943), 11 juin 1924, Lettre lue et adress\u00e9e aux pr\u00e9sident du S\u00e9nat et de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Regroupant les socialistes <span class=\"caps\">SFIO<\/span>, les r\u00e9publicains socialistes, les radicaux-socialistes et la gauche radicale, autrement dit toute l\u2019opposition, le Cartel des gauches remporte une victoire \u00e9lectorale qui lui permet d\u2019acc\u00e9der au pouvoir. Millerand tente l\u2019impossible pour trouver un pr\u00e9sident du Conseil viable et au bout d\u2019un mois, constatant qu\u2019il a \u00ab\u00a0\u00e9puis\u00e9 tous les moyens l\u00e9gaux\u00a0\u00bb et refusant un \u00e9ventuel coup d\u2019\u00c9tat, il pr\u00e9sente sa d\u00e9mission dans une lettre lue aux deux chambres, remplac\u00e9 par son oppos\u00e9 en presque tout, le tr\u00e8s populaire Gaston Doumergue.<\/p>\n<p>Cherchant un nouveau mandat pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une tribune nationale, l\u2019ancien pr\u00e9sident met en avant la r\u00e9vision constitutionnelle, \u00ab\u00a0le seul moyen l\u00e9gal d\u2019en finir avec ce r\u00e9gime dont on ne peut dire s\u2019il inspire au pays plus de lassitude ou plus d\u2019\u00e9c\u0153urement.\u00a0\u00bb Il fustige la \u00ab\u00a0dictature parlementaire\u00a0\u00bb, l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle, le \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb. Il s\u2019oppose naturellement au Front populaire durant la campagne l\u00e9gislative de 1936. Il reste officiellement s\u00e9nateur jusqu\u2019\u00e0 sa mort mais il ne l\u2019est plus de facto apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du mar\u00e9chal P\u00e9tain qui ne r\u00e9unit pas une seule fois le Parlement.<\/p>\n<p>Dans les notes qu\u2019il prend pendant l\u2019Occupation, il critique l\u2019armistice et estime que \u00ab\u00a0les hommes qui ont trait\u00e9 au nom de la France ont commis le crime de ne pas croire en la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il semble que cet homme, fatigu\u00e9 par des ann\u00e9es de lutte, ait manqu\u00e9 de la t\u00e9nacit\u00e9 qui lui aurait permis de mettre en \u00e9chec des adversaires nombreux, mais dont aucun n\u2019avait son envergure. Peut-\u00eatre avait-il compris la vanit\u00e9 de vouloir faire une politique nationale avec un r\u00e9gime parlementaire qui s\u2019y pr\u00eatait si mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>llustration, hebdomadaire du 17 avril 1943, \u00e0 la mort du Pr\u00e9sident Millerand. <em>Alexandre Millerand\u00a0: socialiste discut\u00e9, ministre contest\u00e9 et pr\u00e9sident d\u00e9chu<\/em> (1859-1943) (2013), Jean-Louis Rizzo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette biographie tr\u00e8s document\u00e9e, l\u2019auteur conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9tint v\u00e9ritablement le pouvoir en 1920, il le quitta pour une pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique qui lui apporta davantage de d\u00e9sillusions que de satisfactions. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il fut parfois un pr\u00e9curseur, aussi bien dans l\u2019affirmation d\u2019un socialisme d\u00e9mocratique que dans la volont\u00e9 de voir \u00e9merger un pouvoir ex\u00e9cutif fort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le\u00e7on de l\u2019histoire et du parcours d\u2019un r\u00e9publicain enti\u00e8rement vou\u00e9 \u00e0 la politique. Mais cet homme eut quand m\u00eame une vie priv\u00e9e r\u00e9ussie. Elle s\u2019appelait Jeanne, ils formaient un couple fusionnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une reine que vous avez l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">\u00c9DIMBOURG<\/span> (1875-1938) en visite \u00e0 Paris avec son \u00e9poux le roi Ferdinand Ier de Roumanie, s\u2019adressant au chef du protocole, mai 1924. <em>Les Dames de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0: celles d\u2019hier et de demain<\/em> (1987), Bertrand Meyer-Stabley<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Finissons par une touche <em>glamour<\/em> et <em>people<\/em>, histoire de rappeler que la fonction pr\u00e9sidentielle est largement honorifique et que le Paris de l\u2019entre-deux-guerres brille encore de tous ses feux. La reine de Roumanie salue en ces termes la Premi\u00e8re Dame de France, quelques jours avant la fin d\u2019un mandat pr\u00e9sidentiel \u00e9court\u00e9.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son physique peu s\u00e9duisant et son caract\u00e8re gu\u00e8re s\u00e9ducteur, Millerand fut un pr\u00e9sident parfaitement heureux en m\u00e9nage. Alexandre et Jeanne ont en commun le sens pratique, l\u2019esprit terrien, l\u2019attachement \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, un esprit conservateur. Ils se marient apr\u00e8s quinze ans de vie commune.<\/p>\n<p>\u00c9pouse discr\u00e8te, m\u00e8re attentive \u00e0 leurs quatre enfants, peu encline aux mondanit\u00e9s, elle tient quand m\u00eame son r\u00f4le, participant aux soir\u00e9es du palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Fid\u00e8le au\u00a0 style d\u2019antan, robe longue \u00e0 corset, velours pesant et soies bruissantes, ombrelles et lourds chapeaux fleuris, cette belle et grande femme ignore la haute-couture sign\u00e9e Coco Chanel ou Jeanne Lanvin. Elle autorise les musiques en vogue, mais proscrit le tango. Cette Premi\u00e8re Dame de France d\u00e9pense assez pour bien tenir son r\u00f4le, appr\u00e9cie d\u2019\u00eatre l\u2019intendante du Palais et exerce une certaine influence sur son mari.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gaston_doumergue.jpg\" width=\"400\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 13. Gaston Doumergue.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Celui qui \u00ab\u00a0connut les \u00e9garements et les fureurs de la foule qui hurle la mort et qui veut le sang de ceux qui se refusent \u00e0 flatter ses passions et \u00e0 partager ses erreurs\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937), Discours du 4 juin 1908 \u00e0 l\u2019occasion du transfert des cendres d\u2019\u00c9mile Zola au Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts, il parle au nom du gouvernement Clemenceau et conclut la c\u00e9r\u00e9monie sur l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de l\u2019\u00e9crivain s\u2019engageant tout entier dans la d\u00e9fense de Dreyfus, signant le fameux \u00ab\u00a0J\u2019accuse\u00a0\u00bb dans <em>l\u2019Aurore<\/em> (journal de Clemenceau), le 13 janvier 1898 et d\u00e9clenchant le long processus judiciaire aboutissant \u00e0 la r\u00e9habilitation du capitaine juif.<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame de la c\u00e9r\u00e9monie, des milliers de manifestants crient \u00ab\u00a0Vive Zola\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00c0 bas Zola\u00a0\u00bb et un journaliste d\u2019extr\u00eame-droite tire sur le commandant Dreyfus, l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9. L\u2019Affaire continuera de d\u00e9chirer la France jusque dans l\u2019entre-deux-guerres\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9chapp\u00e9 de la Saint Barthelemy.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917) injuriant en ces termes Gaston Doumergue, ministre de l\u2019Instruction publique, <em>La Libre Parole<\/em>, 30 juin 1908<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent partisan de l\u2019\u00e9cole la\u00efque, Doumergue a d\u00e9clench\u00e9 sans le vouloir la guerre scolaire la plus violente de l\u2019histoire de France, d\u00e9posant en juin 1908 trois projets de loi de \u00ab\u00a0d\u00e9fense la\u00efque\u00a0\u00bb visant \u00e0 punir les familles qui emp\u00eachent leurs enfants de suivre l\u2019enseignement (gratuit et obligatoire), m\u00eame anticatholique.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 le surnom lanc\u00e9 par le pol\u00e9miste ultra-catholique \u00c9douard Drumont dans son journal. Une injure sous sa plume, mais Doumergue le protestant doit appr\u00e9cier de se retrouver aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> particuli\u00e8rement vis\u00e9 par la Saint-Barth\u00e9lemy catholique le jour de ses noces.<\/p>\n<p>Trop clivante, cette d\u00e9fense la\u00efque ne passera pas au Parlement, mais l\u2019enseignement impuls\u00e9 par les lois Ferry progresse lentement et s\u00fbrement dans le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis r\u00e9publicain de gauche. Je ne fais appel qu\u2019aux voix de gauche. J\u2019entends gouverner \u00e0 gauche avec une majorit\u00e9 de gauche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937), Discours du nouveau pr\u00e9sident du Conseil, 9 d\u00e9cembre 1913. <em>L\u2019Appel au p\u00e8re\u00a0: de Clemenceau \u00e0 de Gaulle<\/em> (1992), Jean-Pierre Guichard.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se positionne r\u00e9solument \u00e0 la t\u00eate de son gouvernement et ces mots feront date. Il pr\u00e9sente le projet d\u2019imp\u00f4t sur le revenu (sign\u00e9 Joseph Caillaux) ardemment soutenu par cette majorit\u00e9 socialiste et le S\u00e9nat conservateur qui s\u2019y oppose depuis cinq ans finit par c\u00e9der, en juillet 1914. Mais comme ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, il d\u00e9fend loyalement la loi militaire dite des Trois ans contre les radicaux\u00a0: \u00ab\u00a0Nul d\u2019entre vous n\u2019attend que nous rouvrions le d\u00e9bat\u00a0: c\u2019est la loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Raymond Poincar\u00e9 avait choisi Doumergue comme conciliateur capable de former un cabinet \u00ab\u00a0d\u2019entente r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, il s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 concilier les revendications du parti radical et l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays, dans un horizon international qui s\u2019obscurcit\u00a0: l\u2019homme d\u2019\u00c9tat a pris le pas sur l\u2019homme de parti.<\/p>\n<p>L\u2019opinion lui saura gr\u00e9, \u00e0 la veille de la Grande Guerre, de d\u00e9passer les querelles partisanes et d\u2019imposer avec clairvoyance et fermet\u00e9 la politique de d\u00e9fense dont la nation a besoin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une d\u00e9mocratie bien organis\u00e9e, Doumergue serait juge de paix en province.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">VIVIANI<\/span> (1863-1925), nouveau pr\u00e9sident du Conseil, 3 ao\u00fbt 1914<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jour m\u00eame o\u00f9 l\u2019Allemagne d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France \u2013 d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale -, Viviani appelle Gaston Doumergue pour le remplacer aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, dans son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et premier gouvernement. Il deviendra ensuite ministre des Colonies.<\/p>\n<p>Dans l\u2019esprit de Viviani, c\u2019est un compliment, la reconnaissance d\u2019un sens pratique et d\u2019un bon sens qui font d\u00e9faut \u00e0 tant de politiciens. Pr\u00e9cisons que Doumergue, avocat de profession (comme la plupart des politiciens de la Troisi\u00e8me) fut juge de paix \u00e0 Alger en 1893, tandis que Viviani, n\u00e9 en Alg\u00e9rie (fran\u00e7aise), y fut avocat avant de venir en m\u00e9tropole pour faire carri\u00e8re en politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectueux de la Constitution dont je dois \u00eatre le gardien, je resterai toujours dans le r\u00f4le qu\u2019elle m\u2019assigne. Ce r\u00f4le exige que je sois au-dessus des partis, afin d\u2019\u00eatre un arbitre impartial et indiscut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937), Discours d\u2019investiture du nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, 13 juin 1924. <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>lys\u00e9e, coulisses et secrets d\u2019un palais<\/em> (2012), Patrice Duhamel et Jacques Santamaria<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019oppose \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur Millerand qui n\u2019a cess\u00e9 de vouloir imposer ses positions au Parlement, contrairement \u00e0 la r\u00e8gle du jeu institutionnel en vigueur depuis 1875 et avec une brutalit\u00e9 souvent maladroite.<\/p>\n<p>Son septennat sera marqu\u00e9 par une instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle chronique dans le contexte politique chaotique de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0: il nommera 15 gouvernements diff\u00e9rents\u00a0! Mais ce pr\u00e9sident n\u00b013 d\u00e9joue le mal\u00e9fice du nombre et s\u2019affiche en homme heureux, dans un r\u00f4le qui convient \u00e0 son caract\u00e8re et qu\u2019il joue apparemment sans effort, d\u2019o\u00f9 sa popularit\u00e9 \u00e0 la fois imm\u00e9diate et durable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rose et noir \u2013 de noir v\u00eatu, rose du front au menton \u2013 sa joue reluit, peinte aux couleurs de la pomme d\u2019hiver. Un sang vif garnit le bout charnu de l\u2019oreille. L\u2019\u0153il, o\u00f9 danse un point d\u2019or, rit d\u2019un rire moins familier que la bouche. Ce Romain affable fixe lui-m\u00eame les bornes de sa propre liesse et doit savoir limiter celle d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>L\u2019\u00c9lys\u00e9e, histoire d\u2019un palais<\/em> (2010), Georges Poisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La romanci\u00e8re attentive \u00e0 la vie politique \u00ab\u00a0croque\u00a0\u00bb le nouveau chef de l\u2019\u00c9tat, \u00e9galement sensible \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tonnante prestesse d\u2019expression qui maintient la jeunesse sur ce visage m\u00e9ridional.\u00a0\u00bb Tr\u00e8s aim\u00e9 dans le pays, ce c\u00e9libataire qui fait exception \u00e0 la r\u00e8gle pr\u00e9sidentielle et ne peut afficher aucune Premi\u00e8re Dame de France, class\u00e9 homosexuel (ou bisexuel) pla\u00eet beaucoup aux femmes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates notre Gastounet national\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Anna de <span class=\"caps\">NOAILLES<\/span> (1876-1933).<em> Gaston Doumergue. Du mod\u00e8le r\u00e9publicain au sauveur supr\u00eame<\/em> (1992), Jean Rives<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romanci\u00e8re et po\u00e9tesse d\u2019origine roumaine, premi\u00e8re femme \u00e9lev\u00e9e au grade de commandeur de la L\u00e9gion d\u2019honneur, ic\u00f4ne immens\u00e9ment riche de la Belle-\u00c9poque et de l\u2019entre-deux-guerres, son salon de l\u2019avenue Hoche attire l\u2019\u00e9lite intellectuelle, litt\u00e9raire et artistique\u00a0: Edmond Rostand, Francis Jammes, Paul Claudel, Colette, Andr\u00e9 Gide, Maurice Barr\u00e8s, Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral, Paul Val\u00e9ry, Jean Cocteau, L\u00e9on Daudet, Pierre Loti, ou encore Max Jacob, Robert Vallery-Radot et Fran\u00e7ois Mauriac. C\u2019est \u00e9galement une amie de Clemenceau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur le pr\u00e9sident, c\u2019est dans mon temp\u00e9rament. <br>\u2013 Monsieur le ministre, quand on veut commander aux autres, il faut d\u2019abord se commander soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937), pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient Pr\u00e9sidents\u00a0: Gaston Doumergue\u00a0\u00bb, Histoire, mars 2017, <em>Contrepoints<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Doumergue r\u00e9pond \u00e0 Joseph Caillaux jouant du monocle et vitup\u00e9rant contre ses successeurs aux Finances. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique soulignait combien la pol\u00e9mique n\u2019a pas sa place dans un projet de loi. Rappelons que ce ministre fit passer non sans mal l\u2019imp\u00f4t sur le revenu, \u00e0 la veille de la Grande Guerre.<\/p>\n<p>Le septennat pr\u00e9sidentiel (1924-1931) est marqu\u00e9 par un petit miracle \u00e9conomique d\u00fb \u00e0 Poincar\u00e9 qu\u2019il encourage et par l\u2019aboutissement d\u2019une utopie g\u00e9opolitique d\u2019Aristide Briand qu\u2019il ne contrarie pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9conciliation des enfants au chevet de la m\u00e8re malade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2652\" class=\"cit-num\">2652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957), parlant avec ironie du nouveau gouvernement Poincar\u00e9, 23\u00a0juillet 1926. <em>Histoire de France<\/em> (1954), Marcel R. Reinhard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre de 1914-1918, l\u2019agriculture et l\u2019industrie se redress\u00e8rent vite et bien, mais pas les finances. L\u2019inflation galope, les possesseurs de capitaux se m\u00e9fient d\u2019un gouvernement de gauche soutenu par les socialistes partisans de l\u2019imp\u00f4t sur le capital. En 1925, chute du franc sur le march\u00e9 des changes\u00a0: la livre, 90\u00a0francs en d\u00e9cembre\u00a01924, vaudra 240\u00a0francs le 21\u00a0juillet 1926. On manifeste devant la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Le nouveau gouvernement Herriot est renvers\u00e9 le jour m\u00eame de sa pr\u00e9sentation \u2013 par 288 voix contre 243. La crise financi\u00e8re a eu raison du Cartel des gauches. Herriot s\u2019en va, Poincar\u00e9 revient. Le partant salue ainsi le gouvernement Poincar\u00e9 d\u2019Union nationale \u2013 socialistes exclus. Poincar\u00e9 annonce aussit\u00f4t un train de mesures financi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut croire que les difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e9taient en partie artificielles et politiques. D\u00e8s que le minist\u00e8re Poincar\u00e9 est constitu\u00e9, tout p\u00e9ril imm\u00e9diat dispara\u00eet comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2653\" class=\"cit-num\">2653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957). <em>Jadis\u00a0: d\u2019une guerre \u00e0 l\u2019autre, 1914-1936<\/em> (1952), \u00c9douard Herriot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la seconde fois que Poincar\u00e9 rassure \u2013 d\u00e9j\u00e0 en 1924. Herriot fait ici l\u2019\u00e9loge de la confiance et reconna\u00eet en m\u00eame temps l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: \u00ab\u00a0Les porteurs de bons, les banquiers de France ou d\u2019ailleurs \u00e9taient, au-dessus des hommes politiques, les ma\u00eetres, toujours invisibles, mais toujours pr\u00e9sents de la France.\u00a0\u00bb Herriot se retrouvera membre du minist\u00e8re Poincar\u00e9 (\u00e0 l\u2019Instruction publique de 1926 \u00e0 1928). Sous la R\u00e9publique des camarades et au fil des gouvernements, les m\u00eames noms reviennent \u00e0 des postes diff\u00e9rents ou pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes, nos diff\u00e9rends n\u2019ont pas disparu, mais, d\u00e9sormais, c\u2019est le juge qui dira le droit [\u2026] Arri\u00e8re les fusils, les mitrailleuses, les canons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2654\" class=\"cit-num\">2654<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Discours du 10\u00a0septembre 1926. <em>Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de Doumergue et de Poincar\u00e9 qui incarnent la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>. On sait la suite de ce r\u00eave fracass\u00e9 face \u00e0 Hitler et l\u2019arm\u00e9e du Reich.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ouf\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937) se levant \u00e0 la fin de son dernier Conseil des ministres.\u00a0 quittant l\u2019\u00c9lys\u00e9e le 12 juin 1931. \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient Pr\u00e9sidents\u00a0: Gaston Doumergue\u00a0\u00bb, Histoire, mars 2017, <em>Contrepoints<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec sa cote de popularit\u00e9, notre \u00ab\u00a0Gastounet\u00a0\u00bb pouvait solliciter le renouvellement de son septennat. Il n\u2019en fit rien. En bon r\u00e9publicain, il avait \u0153uvr\u00e9 pour la \u00ab\u00a0chose publique\u00a0\u00bb et une bonne raison de quitter l\u2019\u00c9lys\u00e9e l\u2019attendait\u00a0: son amour d\u2019enfance, Jeanne Marie Jos\u00e9phine Gaussal, quinquag\u00e9naire, riche et veuve.<\/p>\n<p>Le vieux c\u00e9libataire avait convol\u00e9 le 1er juin dernier, dans le salon vert au premier \u00e9tage du palais. Le personnel de l\u2019\u00c9lys\u00e9e attendait les mari\u00e9s avec les bras charg\u00e9s de fleurs. Doumergue qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 discret en fut surpris. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019Ambassade d\u2019Angleterre qui nous a pr\u00e9venus\u00a0\u00bb lui r\u00e9pondit-on. Un pr\u00e9sident n\u2019a pas vraiment de vie priv\u00e9e. Il partit donc pour vivre une retraite heureuse et dor\u00e9e dans la maison de Tournefeuille (Haute-Garonne). Mais la Politique ne l\u00e2che pas ses pratiquants.<\/p>\n<p>6\u00a0f\u00e9vrier 1934, journ\u00e9e dramatique pour la R\u00e9publique, attaqu\u00e9e jusqu\u2019au sein du Palais-Bourbon. 30\u00a0000 manifestants d\u2019extr\u00eame-droite protestent contre les \u00ab\u00a0voleurs\u00a0\u00bb (d\u00e9put\u00e9s complices de l\u2019escroc Stavisky) et la r\u00e9vocation du pr\u00e9fet de police Jean Chiappe, favorable \u00e0 la droite. La garde mobile tire. L\u2019\u00e9meute fait 17 morts, plus de 1\u00a0000 bless\u00e9s (la moiti\u00e9 sont des policiers et soldats). Le gouvernement Daladier d\u00e9missionne\u00a0: sous la pression de la rue et par impuissance du r\u00e9gime, la gauche doit rendre le pouvoir \u00e0 la droite. Albert Lebrun, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, se tourne vers \u00ab\u00a0le sage de Tournefeuille\u00a0\u00bb et l\u2019invite \u00e0 former un gouvernement pour assurer le redressement du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de M. Doumergue offre \u00e0 ce r\u00e9gime l\u2019occasion \u00e0 la fois de se maintenir, de s\u2019amender et par l\u00e0-m\u00eame de se sauver [ ] C\u2019est sans doute le dernier barrage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019\u0152uvre<\/em>, 11 f\u00e9vrier 1934. \u00ab\u00a0H\u00e9ros de la normalit\u00e9\u00a0\u00bb et circonstances inhabituelles\u00a0: l\u2019incapacit\u00e9 de Gaston Doumergue \u00e0 r\u00e9former l\u2019\u00c9tat \u00e0 la suite du 6 f\u00e9vrier 1934.<em> Revue fran\u00e7aise de droit constitutionnel<\/em> 2005\/4 (n\u00b0 64) Christopher Charles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gaston Doumergue constitue un gouvernement d\u2019Union nationale allant de la droite nationale \u00e0 la gauche n\u00e9o-socialiste. Souhaitant la \u00ab\u00a0tr\u00eave\u00a0\u00bb entre les partis, son cabinet r\u00e9unit des hommes d\u2019exp\u00e9rience, dont six anciens pr\u00e9sidents du Conseil, mais l\u2019opinion publique sera bient\u00f4t d\u00e9\u00e7ue. Les \u00ab\u00a0vieux chevaux de parade\u00a0\u00bb du parlementarisme ne sont pas les mieux \u00e0 m\u00eame de relever l\u2019image d\u00e9grad\u00e9e du r\u00e9gime, malgr\u00e9 la caution d\u2019\u00c9douard Herriot, chef du Cartel des gauches, maire \u00ab\u00a0\u00e0 vie\u00a0\u00bb de Lyon, et la pr\u00e9sence d\u2019Andr\u00e9 Tardieu, d\u00e9fenseur d\u2019une r\u00e9forme constitutionnelle qui devait fournir \u00e0 la gauche de bonnes raisons pour entraver l\u2019action gouvernementale. Les relations deviennent ex\u00e9crables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le minist\u00e8re Doumergue aura dur\u00e9 neuf mois jour pour jour. Mais pendant le temps d\u2019une grossesse normale, il n\u2019a enfant\u00e9 que le n\u00e9ant. [ ] M. Doumergue n\u2019a rien fait parce qu\u2019il \u00e9tait in\u00e9gal au r\u00f4le o\u00f9 l\u2019avait juch\u00e9 un caprice de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950)\u00a0 savourant sa victoire, <em>Le Populaire<\/em>, 9 novembre 1934. <em>Andr\u00e9 Tardieu<\/em> (2019) Maxime Tandonnet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bref <em>come-back<\/em> perdant. Doumergue a laiss\u00e9 passer les derni\u00e8res chances d\u2019une r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat et du r\u00e9gime parlementaire. Erreur de calendrier, il ne profite pas de l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce pour prendre les mesures d\u2019urgence et entreprendre la r\u00e9forme institutionnelle. Erreur de \u00ab\u00a0casting\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9quipe gouvernementale \u00e9tant mal compos\u00e9e au d\u00e9part et mal g\u00e9r\u00e9e par la suite. Erreur de m\u00e9thode, il semble h\u00e9siter entre une pratique bonapartiste et monarchiste du pouvoir.<\/p>\n<p>La campagne de L\u00e9on Blum a port\u00e9 ses fruits. Le <span class=\"caps\">PRS<\/span> s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 ses positions, rejetant la r\u00e9forme propos\u00e9e par Doumergue et lui demandant d\u2019y renoncer. Face \u00e0 son refus, les radicaux quittent le gouvernement le 8 novembre, provoquant la d\u00e9mission du pr\u00e9sident du Conseil.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paul-doumer.jpg\" width=\"400\" height=\"480\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 14. Paul Doumer.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu peux devenir pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Le moyen en est simple, il suffit que tu sois le premier partout.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GIRAUDOUX<\/span> (1882-1944), <em>Simon le Path\u00e9tique<\/em> (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate et romancier, puis auteur dramatique, il fait une longue carri\u00e8re aux Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1910 \u00e0 1940. Fils d\u2019un petit fonctionnaire, Giraudoux est un \u00ab\u00a0boursier\u00a0\u00bb. Rien ne lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au d\u00e9part. Comment ne pas croire qu\u2019il ait lui-m\u00eame entendu le discours qu\u2019un p\u00e8re imaginaire tient \u00e0 <em>Simon le path\u00e9tique<\/em>. Discours qui justifie cette m\u00e9ritocratie qu\u2019a longtemps \u00e9t\u00e9 notre R\u00e9publique, jusque sous la Cinqui\u00e8me. Plus exceptionnelle, l\u2019ascension sociale de Paul Doumer, fils d\u2019ouvrier devenu chef de l\u2019\u00c9tat, n\u2019a sans doute pas d\u2019\u00e9quivalent dans l\u2019histoire de France.<\/p>\n<p>Il travaille \u00e0 douze ans comme coursier, puis ouvrier graveur. Il fut ensuit enseignant, journaliste, \u00e9lu municipal, puis d\u00e9put\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il fallait g\u00e9n\u00e9ralement une manne financi\u00e8re personnelle consid\u00e9rable. En raison de son parcours \u00ab\u00a0m\u00e9ritant\u00a0\u00bb, Paul Doumer va prouver que l\u2019instruction et le m\u00e9rite jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la promotion sociale, m\u00eame s\u2019il a aussi profit\u00e9 de ses relations franc-ma\u00e7onnes et coloniales \u2013 tr\u00e8s bien vues \u00e0 l\u2019\u00e9poque.\u2019autres<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du jour o\u00f9 les fils de France cesseraient d\u2019\u00eatre de vaillants soldats, ils pourraient s\u2019attendre \u00e0 voir leur pays ray\u00e9 de la carte du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1857-1932), <em>Une ascension en R\u00e9publique\u00a0: Paul Doumer (1857-1932), d\u2019Aurillac \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e<\/em> (2013), Amaury Lorin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait capital\u00a0dans son parcours\u00a0: il perdra quatre de ses cinq fils dans la Grande Guerre.<\/p>\n<p>Sp\u00e9cialiste des questions de d\u00e9fense, il consid\u00e8re la puissance militaire comme le seul moyen de sauvegarder la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Il v\u00e9n\u00e8re Jeanne d\u2019Arc qui participe du roman national plus que du r\u00e9cit. Patriote au sens plein du mot, il ne cessera de le dire et de le prouver de toutes les mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en politique comme radical socialiste, plusieurs fois \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 entre 1888 et 1910, il est nomm\u00e9 gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Indochine fran\u00e7aise en 1896, dans le cadre de la politique coloniale men\u00e9e par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Cinq ans \u00e0 ce poste, il se rend sur le terrain, administre sans chercher \u00e0 gouverner et gagne son surnom (flatteur)\u00a0: \u00ab\u00a0Colbert de l\u2019Indochine\u00a0\u00bb. Pour comprendre l\u2019autre surnom, \u00ab\u00a0Barbe en zinc\u00a0\u00bb, il suffit de regarder ses photos\u00a0: la barbe est \u00e0 la mode dans la galerie pr\u00e9sidentielle, mais la sienne est spectaculairement sculpt\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme n\u2019est grand que s\u2019il a vu la mort de pr\u00e8s et l\u2019a regard\u00e9e en face, froid et impassible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1857-1932), <em>Livre de mes fils<\/em> (1906)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00e9sente cet essai qui tient tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur\u00a0au p\u00e8re de huit enfants\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne doit pas \u00eatre un nouveau trait\u00e9 de morale et de civisme, mais simplement le r\u00e9sum\u00e9 du langage tenu par les p\u00e8res \u00e0 leurs enfants, sous mille formes, \u00e0 tout instant, au hasard des conversations familiales. Ce sera le livre de mes fils, le livre des jeunes gens qui arrivent \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019homme et que la vie appelle (\u2026) Je souhaite qu\u2019ils se forment une id\u00e9e \u00e9lev\u00e9e de l\u2019homme du vingti\u00e8me si\u00e8cle, du bon Fran\u00e7ais, du citoyen de notre R\u00e9publique, et que, les yeux fix\u00e9s sur ce mod\u00e8le, ils s\u2019attachent \u00e0 l\u2019imiter, \u00e0 r\u00e9aliser en eux-m\u00eames les qualit\u00e9s et les vertus qu\u2019ils auront mise en lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sache vouloir\u00a0; fais ce que dois\u00a0! Fais ton devoir\u00a0! Sois en tout et toujours homme de devoir\u00a0!\u00a0\u00bb R\u00e9sum\u00e9 des multiples pr\u00e9ceptes \u00e0 donner pour r\u00e8gles de la vie. C\u2019est l\u00e0 le commandement sup\u00e9rieur, la prescription morale qui dominera la conduite de l\u2019homme. Mais pour s\u2019y conformer, il ne faut pas seulement d\u00e9sirer le faire\u00a0; il faut \u00eatre capable de le faire\u00a0; il faut avoir la volont\u00e9 et la force\u00a0; il faut \u00eatre ma\u00eetre de soi. Et Doumer sera en cela aussi exemplaire.<br>\u00ab\u00a0Je veillerai au maintien et au perfectionnement de nos institutions d\u00e9mocratiques, auxquelles le pays est ardemment attach\u00e9. L\u2019instruction, lib\u00e9ralement dispens\u00e9e, doit permettre aux travailleurs sans distinction de gravir l\u2019\u00e9chelle sociale, suivant leurs m\u00e9rites et leurs aptitudes. La d\u00e9mocratie n\u2019admet ni privil\u00e8ges, ni castes, et elle a le devoir d\u2019assurer \u00e0 tous les citoyens une \u00e9gale libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1857-1932), Message du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique aux Chambres, le jour de son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<em> Le Figaro<\/em>, 17 juin 1931<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Personnage atypique se pr\u00e9sentant comme ind\u00e9pendant des partis bien qu\u2019il ne puisse totalement s\u2019en \u00e9carter, radical ayant \u00e9volu\u00e9 \u00e0 droite, c\u2019est plus un technicien et un pragmatique qu\u2019un politique ou un th\u00e9oricien. Le radical s\u2019est quand m\u00eame \u00e9loign\u00e9 de la gauche pour rejoindre le centre et la droite.<\/p>\n<p>Doumer est \u00e9lu au second tour de scrutin, ayant devanc\u00e9 au premier tour Aristide Briand, candidat de gauche et figure du pacifisme. Durant son mandat tragiquement \u00e9court\u00e9, Doumer sera tr\u00e8s populaire, appelant \u00e0 l\u2019union nationale, critiquant l\u2019attitude partisane des partis politiques et d\u00e9fendant le renforcement de la puissance militaire fran\u00e7aise. Rappelons le contexte g\u00e9opolitique de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0: la \u00ab\u00a0mont\u00e9e des p\u00e9rils\u00a0\u00bb (fascismes allemand, espagnol et italien) provoque une tension internationale croissante, \u00e9galement ressentie au niveau national.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mon \u00e2ge, ce serait une belle fin de mourir assassin\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1857-1932) \u00e0 L\u00e9on No\u00ebl, avril 1932. <em>Un \u00ab\u00a0r\u00e9gicide r\u00e9publicain\u00a0\u00bb\u00a0: Paul Doumer, le pr\u00e9sident assassin\u00e9 (6 mai 1932)<\/em> (2011), Amaury Lorin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 75 ans, inaugurant une exposition sur l\u2019aviation en Seine-et-Marne, il s\u2019\u00e9tonne de l\u2019importance du dispositif de s\u00e9curit\u00e9 qui l\u2019entoure. N\u00e9gligeant les mises en garde du service d\u2019ordre, le chef de l\u2019\u00c9tat continue de se m\u00ealer aux foules lors des manifestations auxquelles il participe.<\/p>\n<p>Moins d\u2019un an apr\u00e8s le d\u00e9but de son septennat, inaugurant \u00e0 Paris un salon d\u2019\u00e9crivains anciens combattants, le Pr\u00e9sident est assassin\u00e9 \u00e0 coup de pistolet par Paul Gorgulov, immigr\u00e9 sovi\u00e9tique aux motivations confuses. L\u2019\u00e9motion est consid\u00e9rable, en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Qualifi\u00e9 \u00e0 la fois de \u00ab\u00a0r\u00e9gicide r\u00e9publicain\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Sarajevo de la Seconde Guerre mondiale\u00a0\u00bb par les contemporains, le 6\u00a0mai 1932 est un \u00e9v\u00e9nement charni\u00e8re\u00a0: quatorze ans apr\u00e8s la \u00ab\u00a0der des ders\u00a0\u00bb, la France passe de l\u2019apr\u00e8s-guerre \u00e0 un nouvel avant-guerre, en pleine et inexorable mont\u00e9e des fascismes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la seconde fois en soixante-et-un ans, la R\u00e9publique a la douleur de conduire au tombeau son chef assassin\u00e9.\u00a0Crime odieux crime absurde, et par la fonction qu\u2019il vise, et par l\u2019homme qu\u2019il atteint car la fonction est d\u2019arbitrage et de conciliation\u00a0; l\u2019homme \u00e9tait de paix, de sagesse et de bont\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">TARDIEU<\/span> (1876-1945), Discours du pr\u00e9sident du Conseil aux fun\u00e9railles nationale du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. <em>Le Figaro<\/em>, 13 mai 1932<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le discours r\u00e9sume parfaitement le personnage, son parcours\u00a0et son image\u00a0: \u00ab\u00a0Paul Doumer, pour trois quarts de si\u00e8cle, fut le vivant t\u00e9moignage de ce qu\u2019est et de ce que peut la d\u00e9mocratie. Fils du peuple, c\u2019est le peuple entier qu\u2019il repr\u00e9sentait. Et c\u2019est aussi le peuple entier qu\u2019ont frapp\u00e9 les balles qui l\u2019ont tu\u00e9. Des rigueurs, que la vie inflige \u00e0 tous les hommes, et celles aussi qu\u2019elle r\u00e9serve aux humbles, il n\u2019a rien ignor\u00e9. [\u2026] Patriote, au sens plein du mot, il l\u2019\u00e9tait dans les fibres de son \u00eatre. Son intimit\u00e9 de jeunesse avec ce grand historien de la France que fut Henri Martin suffirait \u00e0 le prouver, si l\u2019histoire de sa vie n\u2019en apportait l\u2019\u00e9clatante d\u00e9monstration. [\u2026] Pour assurer le succ\u00e8s des solutions qu\u2019il croyait sages, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 sortir des traditions et des rites.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils me l\u2019ont pris toute sa vie, ils me l\u2019ont tu\u00e9. Je veux au moins \u00eatre avec lui dans la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Blanche <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1859-1933) <em>Une ascension en R\u00e9publique\u00a0: Paul Doumer, 1857-1932<\/em> (2013), Amaury Lorin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les autorit\u00e9s proposent \u00e0 Blanche Doumer d\u2019inhumer son mari au Panth\u00e9on, la veuve s\u2019y oppose.<\/p>\n<p>Elle a\u00a0 perdu quatre de ses cinq fils \u00ab\u00a0morts pour la France\u00a0\u00bb pendant la Grande Guerre et l\u2019une de ses trois filles, Lucile,\u00a0 en mourra de chagrin. Femme aust\u00e8re, elle se r\u00e9fugie au foyer. Quand son \u00e9poux septuag\u00e9naire acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence, plus asc\u00e8te et travailleur que jamais, le couple se retrouve le soir avec leurs filles H\u00e9l\u00e8ne et Germaine, dans les appartements priv\u00e9s du palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0; Ils continuent de mener une vie simple, se prom\u00e8nent souvent avec leurs filles et petits-enfants, dans le parc de Saint-Cloud ou au bois de Boulogne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les fun\u00e9railles et l\u2019inhumation dans le caveau familial du cimeti\u00e8re de Vaugirard, Blanche Doumer se retire dans son appartement du 16eme. Elle survit moins d\u2019un an \u00e0 Paul Doumer. La presse rend <span class=\"caps\">UN<\/span> hommage unanime \u00e0 \u00ab\u00a0une grande Fran\u00e7aise, une m\u00e8re admirable, dont les services rendus \u00e0 la patrie se comptent par autant de deuils\u00a0\u00bb (<em>Le Figaro<\/em>). Elle est inhum\u00e9e avec son \u00e9poux et ses enfants au cimeti\u00e8re de Vaugirard.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/albert_lebrun.jpg\" width=\"400\" height=\"437\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 15. Albert Lebrun.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme chef de l\u2019\u00c9tat, deux choses lui avaient manqu\u00e9\u00a0: qu\u2019il f\u00fbt un chef\u00a0; qu\u2019il y e\u00fbt un \u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2662\" class=\"cit-num\">2662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 propos d\u2019Albert Lebrun, <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Le Salut, 1944-1946 (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans notre galerie pr\u00e9sidentielle, voici sans doute l\u2019un des moins originaux ou des plus insignifiants. Mais cette citation bien connue est \u2013 plus que jamais\u00a0! \u2013 \u00e0 replacer dans son contexte.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019a que des pr\u00e9rogatives limit\u00e9es, le pouvoir ex\u00e9cutif \u00e9tant surtout d\u00e9tenu par le pr\u00e9sident du Conseil nomm\u00e9 par lui. Et l\u2019effondrement de l\u2019\u00c9tat en 1940 s\u2019explique par la Seconde Guerre mondiale, par des d\u00e9cennies politiquement d\u00e9sastreuses, par l\u2019affrontement des partis extr\u00eames, les menaces des dictatures \u00e0 nos fronti\u00e8res et au-del\u00e0 dans le monde.<\/p>\n<p>Enfin, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle tenait \u00e0 une nouvelle Constitution renfor\u00e7ant les pouvoirs du chef de l\u2019\u00c9tat \u2013 raison d\u2019\u00eatre de sa Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfant du peuple aimant le monde des travailleurs, celui de la terre, de la mine et de l\u2019usine, pla\u00e7ant la libert\u00e9 de conscience en t\u00eate de toutes les libert\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">LEBRUN<\/span> (1871-1950,)\u00a0Profession de foi d\u00e9cembre 1900.<em> Albert Lebrun\u00a0: le dernier Pr\u00e9sident de la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique<\/em> (2013), \u00c9ric Freysselinard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 29 ans, il devient le plus jeune parlementaire de France, \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1932, apr\u00e8s l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Paul Doumer et au terme d\u2019un parcours politique m\u00e9ritant, typique de cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Peu charismatique, fuyant les affrontements partisans et les honneurs, il n\u2019envisageait pas une carri\u00e8re politique, affirmant que c\u2019est la politique qui s\u2019empara de lui. R\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, il \u00e9voluera vers la droite, comme la plupart de ses confr\u00e8res. D\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur et m\u00eame pr\u00e9sident du S\u00e9nat, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre de la Guerre et des Colonies, son premier septennat est surtout marqu\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement du Front populaire. Suite aux l\u00e9gislatives de 1936 gagn\u00e9es par les gauches, il se r\u00e9sout \u00e0 nommer L\u00e9on Blum \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, avant de signer \u00ab\u00a0la mort dans l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb les grands textes de la nouvelle majorit\u00e9. R\u00e9\u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ce sera l\u2019\u00e9preuve de la guerre et la fin de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est revenu un espoir, un go\u00fbt du travail, un go\u00fbt de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2681\" class=\"cit-num\">2681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), constat du chef du gouvernement du Front populaire, 31\u00a0d\u00e9cembre 1936. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 La France a une autre mine et un autre air. Le sang coule plus vite dans un corps rajeuni. Tout fait sentir qu\u2019en France, la condition humaine s\u2019est relev\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Georges Duby confirme, dans son <em>Histoire de la France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le Front populaire, ce n\u2019est pas seulement un catalogue de lois ou une coalition parlementaire. C\u2019est avant tout l\u2019intrusion des masses dans la vie politique et l\u2019\u00e9closion chez elle d\u2019une immense esp\u00e9rance [\u2026] Il y a une exaltation de 1936 faite de foi dans l\u2019homme, de croyance au progr\u00e8s, de retour \u00e0 la nature, de fraternit\u00e9 et qu\u2019on retrouve aussi bien dans les films de Renoir que dans ce roman de Malraux qui relate son aventure espagnole et justement s\u2019appelle<em> L\u2019Espoir.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2733\" class=\"cit-num\">2733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), Allocution \u00e0 la radio, 10\u00a0septembre 1939. <em>Mythologie de notre temps<\/em> (1965), Alfred Sauvy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0septembre, la France et la Grande-Bretagne ont d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne qui a envahi la Pologne. Le 2, un cr\u00e9dit extraordinaire (69\u00a0milliards de francs) pour la D\u00e9fense nationale a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 sur proposition de Paul Reynaud, ministre des Finances. Il annonce \u00e0 la radio les mesures fatalement impopulaires, et termine par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Nous vaincrons\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement Daladier, accus\u00e9 de mollesse dans la conduite de la guerre, est tomb\u00e9. Paul Reynaud (inclassable politiquement et li\u00e9 \u00e0 de Gaulle) devient pr\u00e9sident du Conseil et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u2013 et prend Daladier \u00e0 la D\u00e9fense nationale, dans la plus pure tradition d\u2019une Troisi\u00e8me R\u00e9publique dont Lebrun est le pr\u00e9sident tout aussi traditionnellement inexistant. Dernier gouvernement du r\u00e9gime, il va tenir trois mois.<\/p>\n<p>Paul Reynaud semble soudain l\u2019homme de la situation analys\u00e9e comme une suite de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, avec des accents gaulliens\u00a0: \u00ab\u00a0La France est engag\u00e9e dans la guerre totale. Par le fait m\u00eame, l\u2019enjeu de cette guerre totale est un enjeu total. Vaincre, c\u2019est tout sauver, succomber, c\u2019est perdre tout.\u00a0\u00bb Et il part \u00e0 Londres, pour signer avec notre alli\u00e9 anglais le pacte du 28\u00a0mars\u00a01940\u00a0: ni trait\u00e9, ni armistice s\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p>Mais les blind\u00e9s allemands de Guderian foncent sur Paris, Amiens est pris le 20\u00a0mai. C\u2019est la bataille de France, guerre \u00e9clair qui s\u00e8me la panique dans la population civile. Et c\u2019est le d\u00e9but de l\u2019exode.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on venait me dire un jour que seul un miracle peut sauver la France, ce jour-l\u00e0 je dirais\u00a0: je crois au miracle, parce que je crois en la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2742\" class=\"cit-num\">2742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), S\u00e9nat, 21\u00a0mai 1940. <em>1940, l\u2019ann\u00e9e terrible<\/em> (1990), Jean-Pierre Az\u00e9ma<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul Reynaud a donn\u00e9 sa d\u00e9mission, le pr\u00e9sident Lebrun l\u2019a refus\u00e9. Le 18\u00a0mai, il remanie son gouvernement dans le sens de l\u2019Union nationale, les royalistes y c\u00f4toient les socialistes \u2013 les communistes restent exclus (cons\u00e9quence du pacte germano-sovi\u00e9tique).<\/p>\n<p>P\u00e9tain (84\u00a0ans), vainqueur historique de Verdun, devient vice-pr\u00e9sident du Conseil, de Gaulle est nomm\u00e9 sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense, le 5\u00a0juin. Mais il n\u2019y a pas de miracle\u00a0: du 4 au 8\u00a0juin, le front \u00e9tabli sur la Somme et sur l\u2019Aisne est enfonc\u00e9. La bataille de France est finie, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise pratiquement an\u00e9antie\u00a0: plus de 100\u00a0000 militaires morts en un mois, 2\u00a0millions de prisonniers. L\u2019exode des populations affol\u00e9es se poursuit, vers le sud.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement aura toujours avantage pour n\u00e9gocier librement [l\u2019armistice] \u00e0 se trouver hors de port\u00e9e des troupes ennemies .\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Albert <span class=\"caps\">LEBRUN<\/span> (1871-1950). <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>nvasion 1940<\/em>, ouvrage collectif (1978), \u00e9ditions Tallandier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident souhaite s\u2019embarquer sur le Massilia en partance vers l\u2019Afrique du nord avec un certain nombre de parlementaires, P\u00e9tain refuse. Le 21 juin, il pr\u00e9pare ses bagages, Pierre Laval lui demande de rester et de ne pas trahir le gouvernement. Le 23 juin, il signe le d\u00e9cret annulant la promotion de De Gaulle au grade de g\u00e9n\u00e9ral et le mettant \u00e0 la retraite. Il quitte l\u2019\u00c9lys\u00e9e, part pour Vichy le 1er juillet, s\u2019installe au pavillon S\u00e9vign\u00e9 qui accueille un premier Conseil des ministres, d\u00e8s le lendemain.<\/p>\n<p>Le 4 juillet, Pierre Laval pr\u00e9sente le projet de loi qui met fin \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique en confiant les pleins pouvoirs constituants au mar\u00e9chal P\u00e9tain. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est contraint de r\u00e9unir en Assembl\u00e9e nationale, au th\u00e9\u00e2tre du Grand Casino de Vichy, la Chambre des d\u00e9put\u00e9s et le S\u00e9nat qui votent la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940. Il\u00a0 signe ce texte qui \u00ab\u00a0donne tout pouvoir au gouvernement de la R\u00e9publique [\u2026] de promulguer [\u2026] une nouvelle constitution de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais [qui] devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.\u00a0\u00bb. C\u2019est officiellement la fin de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et le d\u00e9but du r\u00e9gime de Vichy.<\/p>\n<p>Le 14 juillet, Lebrun se rend \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du Parc pour rencontrer le mar\u00e9chal et obtenir la possibilit\u00e9 d\u2019adresser un message au pays, mais sa demande est refus\u00e9e. Il ne signe pas sa d\u00e9mission, mais il se retire. Les assembl\u00e9es vont le contourner en votant les pleins pouvoirs \u00e0 P\u00e9tain. Albert Lebrun se retire ensuite en province, est bri\u00e8vement captif en Allemagne en 1943 et rencontre de Gaulle, pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> (Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise) et pratiquement chef de l\u2019\u00c9tat,\u00a0 le 11 octobre 1944.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Formellement, je n\u2019ai jamais donn\u00e9 ma d\u00e9mission. \u00c0 qui d\u2019ailleurs l\u2019aurais-je remise, puisqu\u2019il n\u2019existait plus d\u2019Assembl\u00e9e nationale qualifi\u00e9e pour me remplacer\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">LEBRUN<\/span> (1871-1950)\u00a0\u00e0 de Gaulle, 11 octobre 1944.<em> L\u2019\u00c9lys\u00e9e fant\u00f4me \u2013 les Ann\u00e9es noires<\/em> (2011), Fran\u00e7ois d\u2019Orcival<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les d\u00e9tails de cette rencontre font l\u2019objet de diverses versions. Les historiens peuvent toujours en d\u00e9battre, le r\u00e9cit historique de la Troisi\u00e8me est \u00e9crit, mais chaque p\u00e9riode est l\u2019objet de controverses, de r\u00e9visions et de \u00ab\u00a0relectures\u00a0\u00bb. Restent les faits, les personnages et le naufrage de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-v-quatrieme-republique-et-charles-de-gaulle\/\"><strong>D\u00e9couvrez la suite de notre galerie pr\u00e9sidentielle<\/strong><\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Pr\u00e9sents dans notre Histoire en citations, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution. IV. 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