{"id":9215,"date":"2022-02-14T00:00:00","date_gmt":"2022-02-13T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/galerie-presidentielle-iii-de-1879-a-la-grande-guerre\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:05","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:05","slug":"galerie-presidentielle-iii-de-1879-a-la-grande-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-iii-de-1879-a-la-grande-guerre\/","title":{"rendered":"Galerie pr\u00e9sidentielle (III. De 1879 \u00e0 la Grande Guerre)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sents dans notre <em>Histoire en citations<\/em>, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">III<\/span>. S\u00e9rie de pr\u00e9sidents r\u00e9put\u00e9s plus ou moins originaux et insignifiants, confront\u00e9s \u00e0 des faits tragiquement signifiants jusqu\u2019\u00e0 la Grande Guerre\u00a0: Gr\u00e9vy, Sadi Carnot, Casimir-P\u00e9rier, F\u00e9lix Faure, Loubet, Falli\u00e8res, Poincar\u00e9.<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-22.jpg\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 4. Jules Gr\u00e9vy.<\/strong><\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jules_grevy.jpg\" width=\"400\" height=\"481\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soumis avec sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la grande loi du r\u00e9gime parlementaire, je n\u2019entrerai jamais en lutte contre la volont\u00e9 nationale exprim\u00e9e par ses organes constitutionnels.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2462\" class=\"cit-num\">2462<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891), succ\u00e9dant \u00e0 Mac-Mahon, 30\u00a0janvier 1879. <em>Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mac-Mahon a d\u00e9missionn\u00e9 de la pr\u00e9sidence, les r\u00e9publicains ayant la majorit\u00e9 au S\u00e9nat. Les r\u00e9publicains gouvernent d\u00e9sormais la R\u00e9publique, mais ils se divisent pour des raisons personnelles et institutionnelles.<\/p>\n<p>Gr\u00e9vy est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Gambetta qui se jugeant trop jeune ne se porte d\u2019ailleurs pas candidat. Ce septuag\u00e9naire tr\u00e8s \u00ab\u00a0bourgeois moyen\u00a0\u00bb rassure l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u2013 S\u00e9nat et Chambre des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9unis pour \u00e9lire le pr\u00e9sident. Le lendemain, Gambetta est logiquement nomm\u00e9 pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9publique pr\u00e9sidentielle, version Mac-Mahon, le nouveau pr\u00e9sident opte clairement pour une r\u00e9publique parlementaire\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0Constitution Gr\u00e9vy\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs est rompu au b\u00e9n\u00e9fice de la Chambre et les d\u00e9put\u00e9s, trop s\u00fbrs que le pr\u00e9sident n\u2019osera plus jouer de la dissolution, vont d\u00e9sormais user et abuser de ce pouvoir, faisant tomber les minist\u00e8res et se succ\u00e9der les crises. Tel est le vice inh\u00e9rent au r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos ministres\u00a0? De simples num\u00e9ros d\u2019ordre sortis au hasard de la foule repr\u00e9sentative que nous d\u00e9corons du beau nom de Parlement\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2464\" class=\"cit-num\">2464<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1879.<em> La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fulmine d\u00e9j\u00e0, le 5\u00a0f\u00e9vrier 1879, contre les d\u00e9put\u00e9s et les ministres du nouveau gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Dans trois mois, ils iront rejoindre dans les sous-sols de la vie publique les inconnus engendr\u00e9s par le scrutin d\u2019arrondissement. Ils v\u00e9g\u00e9teront jusque-l\u00e0, ne disant rien, ne faisant rien, <em>ex nihilo nihil<\/em>.\u00a0\u00bb Cl\u00e9menceau tiendra le m\u00eame langage, fond et forme.<\/p>\n<p>De fait, avec Gr\u00e9vy \u00e0 la pr\u00e9sidence commence le syst\u00e8me des crises minist\u00e9rielles qui va caract\u00e9riser, paralyser, empoisonner le r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2465\" class=\"cit-num\">2465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), Jean Jacques Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune, jusqu\u2019\u00e0 perdre son \u0153il de verre en tapant trop fort du poing sur la table (d\u00e9fendant la loi Ferry, du nom de son ami). Gr\u00e9vy l\u2019\u00e9cartera vite du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux.<\/p>\n<p>Dans les premiers temps, l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e9lit des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil eux-m\u00eames assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage. Gambetta n\u2019aura jamais ses chances \u00e0 la pr\u00e9sidence, mort (sans doute accidentellement) \u00e0 44 ans. Clemenceau mort \u00e0 88 ans ratera pour la m\u00eame raison ce dernier combat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jadis on \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9 et content. Aujourd\u2019hui on n\u2019est d\u00e9cor\u00e9 que comptant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2486\" class=\"cit-num\">2486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">CAPUS<\/span> (1857-1922), <em>Le Gaulois<\/em>, 7\u00a0octobre 1887<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journal, comme bien d\u2019autres, d\u00e9nonce le scandale de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La corruption tant reproch\u00e9e aux r\u00e9publicains au pouvoir atteint la famille du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Son gendre, Daniel Wilson, est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services.<\/p>\n<p>Ce trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre\u00a01887, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur. La chanson d\u2019\u00c9mile Carr\u00e9 r\u00e9sume la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre [\u2026]<br>Avec lui, j\u2019en ai vu de grises,<br>Fallait qu\u2019j\u2019emploie \u00e0 chaque instant<br>Mon nom, mon cr\u00e9dit, mon argent<br>\u00c0 r\u00e9parer toutes ses sottises.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2487\" class=\"cit-num\">2487<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">CARR\u00c9<\/span> (1829-1892), <em>Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre<\/em> (1887), chanson.<em> Jules Gr\u00e9vy, ou la R\u00e9publique debout<\/em> (1991), Pierre Jeambrun<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi fait-on chanter le vieux pr\u00e9sident de la R\u00e9publique,\u00a0r\u00e9\u00e9lu pour un second mandat\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019suis un honn\u00eate p\u00e8re de famille\u00a0\/ Ma seule passion, c\u2019est l\u2019jeu de billard\u00a0\/ Un blond barbu, joli gaillard\u00a0\/ Une fois m\u2019demande la main d\u2019ma fille [\u2026]\u00a0\/ Y sont mari\u00e9s, mais c\u2019que j\u2019m\u2019en repens\u00a0!\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous regretterez le beau temps des crises<br>Quand, pauvres sans pain et riches gav\u00e9s<br>Nous serons aux prises\u00a0! [\u2026]<br>Profitez-en bien du beau temps des crises<br>O\u00f9 le peuple je\u00fbne et pense en r\u00eavant<br>Aux terres promises\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2488\" class=\"cit-num\">2488<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887), <em>Le Temps des crises<\/em> (1886), chanson reprenant l\u2019air du<em> Temps des cerises<\/em>. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019instabilit\u00e9 des gouvernements est devenue un jeu politique qui lasse d\u00e9j\u00e0 l\u2019opinion publique, mais aussi une tactique encourag\u00e9e par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy, jusqu\u2019\u00e0 sa chute provoqu\u00e9e par la crise qui l\u2019atteint personnellement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous promets une de ces crises comme on n\u2019en a pas encore vu dans le monde parlementaire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2489\" class=\"cit-num\">2489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>L\u2019Affaire Wilson et la chute du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy<\/em> (1936), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb qui se ressemblent tous \u2013 \u00ab\u00a0il s\u2019agit toujours du m\u00eame\u00a0\u00bb, dira-t-il, puisque les m\u00eames hommes reviennent toujours, changeant seulement de portefeuille.<\/p>\n<p>Clemenceau le radical (incarnant la gauche pure et dure, comme jadis Gambetta mort pr\u00e9matur\u00e9ment) ne va pas rater cette occasion. Le gouvernement qui a soutenu Daniel Wilson (le gendre) est renvers\u00e9 le 20\u00a0novembre\u00a01887.<\/p>\n<p><em>Le Figaro<\/em> du 21\u00a0novembre vise plus haut\u00a0: \u00ab\u00a0La crise, c\u2019est M.\u00a0Gr\u00e9vy\u00a0; c\u2019est par son obstination qu\u2019elle s\u2019est ouverte, c\u2019est par sa d\u00e9mission qu\u2019elle peut finir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019en appelle \u00e0 la France\u00a0! Elle dira que, pendant neuf ann\u00e9es, mon gouvernement a assur\u00e9 la paix, l\u2019ordre et la libert\u00e9. Elle dira qu\u2019en retour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 du poste o\u00f9 sa confiance m\u2019avait plac\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2490\" class=\"cit-num\">2490<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9mission forc\u00e9e, le 2\u00a0d\u00e9cembre 1887. Il reste comme \u00ab\u00a0le Jules-au-gendre\u00a0\u00bb \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 le pr\u00e9nom est tr\u00e8s port\u00e9\u00a0: Jules Gr\u00e9vy, Jules Ferry, Jules Favre, Jules Simon, mais aussi Jules M\u00e9line (ministre de l\u2019Agriculture et pr\u00e9sident du Conseil) et Jules Dufaure (moins connu et pourtant plusieurs fois d\u00e9put\u00e9, ministre, pr\u00e9sident du Conseil). C\u2019est la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, sous-entendu aussi des copains et des coquins.<\/p>\n<p>Jules Ferry est candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique pour remplacer Gr\u00e9vy, mais les radicaux d\u00e9testent ce r\u00e9publicain opportuniste et les r\u00e9publicains opportunistes ont besoin de l\u2019appui des radicaux pour gouverner. On se rabat sur un autre homme \u2013 un compromis.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sadi_carnot-1.jpg\" width=\"400\" height=\"551\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 5. Sadi Carnot.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votons pour Carnot, c\u2019est le plus b\u00eate, mais il porte un nom r\u00e9publicain\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2491\" class=\"cit-num\">2491<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est Marie Fran\u00e7ois Sadi Carnot\u00a0(1837-1894)\u00a0: petit-fils de Lazare Carnot (\u00ab\u00a0le Grand Carnot\u00a0\u00bb, c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9volutionnaire), fils de Lazare Hippolyte Carnot (ministre du gouvernement provisoire sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique), neveu de Nicolas L\u00e9onard Sadi Carnot (physicien qui laisse son nom \u00e0 un th\u00e9or\u00e8me), il est lui-m\u00eame polytechnicien, ing\u00e9nieur des ponts et chauss\u00e9es, pr\u00e9fet, puis d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 et plusieurs fois ministre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B\u00eate\u00a0\u00bb n\u2019est pas le qualificatif le plus appropri\u00e9, mais le Tigre (l\u2019un des surnoms de Clemenceau) a la dent dure et l\u2019humour f\u00e9roce. Fran\u00e7ois Mauriac a donn\u00e9 une explication \u00e0 cet argument d\u2019ailleurs repris en 1912 contre Pams (ministre de l\u2019Agriculture)\u00a0: \u00ab\u00a0Je vote pour le plus b\u00eate, la boutade fameuse de Clemenceau, n\u2019est cruelle qu\u2019en apparence. Elle signifiait\u00a0: Je vote pour le plus inoffensif.\u00a0\u00bb (<em>Bloc-notes<\/em>, I).<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, \u00e9lu le 3\u00a0d\u00e9cembre 1887 avec une confortable majorit\u00e9 face \u00e0 Jules Ferry, Sadi Carnot va jouir d\u2019une popularit\u00e9 personnelle au cours d\u2019une pr\u00e9sidence particuli\u00e8rement mouvement\u00e9e\u00a0: l\u2019agitation boulangiste met en p\u00e9ril les institutions de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et le scandale de Panama en 1892 provoquera la d\u00e9mission d\u2019une partie de son gouvernement. La m\u00eame ann\u00e9e commence une vague d\u2019attentats anarchistes dans Paris, doubl\u00e9e de mouvements syndicaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dissolution, R\u00e9vision, Constituante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2492\" class=\"cit-num\">2492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), Mot d\u2019ordre de sa campagne \u00e9lectorale, printemps 1888. <em>Histoire politique de l\u2019Europe contemporaine<\/em> (1897), Charles Seignobos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le scandale des d\u00e9corations \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e en 1887 a transform\u00e9 la vague de sentimentalit\u00e9 populaire en mouvement politique\u00a0: le boulangisme, devenu \u00ab\u00a0syndicat des m\u00e9contents\u00a0\u00bb, hostile aux (r\u00e9publicains) opportunistes d\u00e9tenant le pouvoir menace le r\u00e9gime parlementaire. Il rassemble des radicaux qui veulent depuis toujours la r\u00e9vision de la Constitution (Rochefort, Naquet), des patriotes de droite qui ne r\u00eavent que revanche (D\u00e9roul\u00e8de), mais aussi des royalistes et des bonapartistes devenus minoritaires, mais toujours actifs.<\/p>\n<p>Boulanger se pose en champion d\u2019une R\u00e9publique nouvelle et cr\u00e9e son Parti r\u00e9publicain national. Clemenceau qui l\u2019a d\u2019abord soutenu se m\u00e9fie, voyant poindre un nouveau Bonaparte \u2013 comme Hugo face \u00e0 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous que j\u2019aille conqu\u00e9rir ill\u00e9galement le pouvoir quand je suis s\u00fbr d\u2019y \u00eatre port\u00e9 dans six mois par l\u2019unanimit\u00e9 de la France\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2496\" class=\"cit-num\">2496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), r\u00e9ponse aux manifestants, 27\u00a0janvier 1889. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sa r\u00e9ponse aux manifestants qui lui crient\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchent vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot fait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Boulanger choisit la l\u00e9galit\u00e9, s\u00fbr d\u2019avoir ses chances comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il choisit aussi d\u2019\u00e9couter son c\u0153ur et les conseils de Marguerite de Bonnemains, ma\u00eetresse passionn\u00e9ment aim\u00e9e \u2013 en fait, elle travaillait pour la police et l\u2019espionnait.<\/p>\n<p>Cela laisse le temps au gouvernement de r\u00e9agir\u00a0: le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ernest Constans, l\u2019accuse de complot contre l\u2019\u00c9tat. Craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il fuit en Belgique. Son prestige s\u2019effondre. Il se suicidera bient\u00f4t sur la tombe de sa ma\u00eetresse, d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9pitaphe cinglante de Clemenceau\u00a0: \u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le boulangisme a v\u00e9cu. Le vrai danger est ailleurs et bien r\u00e9el, dans les attentats anarchistes. Le gouvernement adopte la premi\u00e8re loi restreignant les libert\u00e9s individuelles et Sadi Carnot refusera d\u2019accorder sa gr\u00e2ce aux anarchistes Ravachol et Vaillant responsables des attaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, ces messieurs sauront qu\u2019ils ont toujours une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de leur t\u00eate, ils voteront peut-\u00eatre des lois plus justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2510\" class=\"cit-num\">2510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1861-1894), D\u00e9claration \u00e0 la police qui l\u2019interroge, apr\u00e8s l\u2019attentat qu\u2019il a perp\u00e9tr\u00e9, le 9\u00a0d\u00e9cembre 1893. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em> (1963), Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au proc\u00e8s, il affirme avoir lanc\u00e9 cette bombe pour venger son idole Ravachol, et non pour tuer. Vaillant, 33\u00a0ans, est ex\u00e9cut\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1894. Cela n\u2019emp\u00eache pas, une semaine plus tard, l\u2019explosion d\u2019une autre bombe.<\/p>\n<p>La flamb\u00e9e anarchiste qui frappe la France, inspir\u00e9e de Proudhon et Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l\u2019Europe, tuer l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d\u2019Autriche (c\u00e9l\u00e8bre Sissi), le roi d\u2019Italie Humbert\u00a0Ier, et franchir l\u2019Atlantique, pour atteindre le 25e pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, William McKinley. Le terrorisme est une force de frappe r\u00e9currente, et le monde occidental devra affronter le terrorisme rouge dans les ann\u00e9es 1970, le terrorisme islamique au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Vaillant, ni penseur ni m\u00eame militant, est un marginal qui a surv\u00e9cu en multipliant les petits m\u00e9tiers, se lan\u00e7ant dans la lutte politique pour faire entendre \u00ab\u00a0le cri de toute une classe qui revendique ses droits\u00a0\u00bb. L\u2019inexistence d\u2019un vrai programme social demeure l\u2019une des faiblesses de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 jusqu\u2019en 1936 et l\u2019av\u00e8nement du Front populaire.<\/p>\n<p>Prochaine victime des anarchistes, l\u2019incarnation du pouvoir en place, Sadi Carnot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un geste cynique<br>Il pr\u00e9pare son poignard,<br>Puis il frappe sans retard<br>Le chef de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2512\" class=\"cit-num\">2512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9o <span class=\"caps\">LELI\u00c8VRE<\/span> (1872-1956), <em>Le Crime de Lyon<\/em>, chanson. <em>Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par le chansonnier qui relate l\u2019assassinat de Sadi Carnot.<\/p>\n<p>Le 24 juin 1894, alors qu\u2019il \u00e9tait en visite \u00e0 Lyon, le pr\u00e9sident est assassin\u00e9 par le jeune anarchiste italien Sante Geronimo Caserio qui voulait venger la mort de ses camarades.<\/p>\n<p>C\u2019est le seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique panth\u00e9onis\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0martyr de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, la foule qui l\u2019escorta au Panth\u00e9on le 1er juillet est \u00e9quivalente \u00e0 celle qui rendit hommage \u00e0 Victor Hugo en 1885 \u2013 2 millions de personnes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_casimir-perier.jpg\" width=\"400\" height=\"524\"><\/p>\n<h4>Pr\u00e9sident n\u00b0 6. Jean Casimir-P\u00e9rier.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le poids des responsabilit\u00e9s est trop lourd pour que j\u2019ose parler de ma reconnaissance. J\u2019aime trop ardemment mon pays pour \u00eatre heureux le jour o\u00f9 je deviens son chef. Qu\u2019il me soit donn\u00e9 de trouver dans ma raison et dans mon c\u0153ur la force n\u00e9cessaire pour servir dignement la France.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Message du nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu le 27 juin 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9trange message du nouvel\u00a0\u00e9lu\u00a0! Sadi Carnot voyait en lui son h\u00e9ritier naturel \u2013 il l\u2019avait choisi comme Pr\u00e9sident du Conseil (des ministres). Soutenu par la droite, il h\u00e9site pourtant \u00e0 poser sa candidature, mais se laisse convaincre. Facilement \u00e9lu par le S\u00e9nat et la Chambre (contre le radical Henri Brisson et le r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 Charles Dupuy), p\u00e2le et d\u00e9fait, il \u00e9clate en sanglots. <em>L\u2019Intransigeant<\/em> d\u2019Henri Rochefort titre un entrefilet pr\u00e9monitoire\u00a0: \u00ab\u00a0Premi\u00e8res larmes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 46 ans, c\u2019est le troisi\u00e8me plus jeune pr\u00e9sident (apr\u00e8s Louis-Napol\u00e9on Bonaparte en 1848 et Emmanuel Macron en 2017). Casimir-P\u00e9rier d\u00e9tient surtout le record du mandat pr\u00e9sidentiel le plus court, toutes r\u00e9publiques confondues\u00a0: 6 mois et 20 jours.<\/p>\n<p>La presse satirique de gauche (le <em>Chambard socialiste<\/em> en t\u00eate) le caricature comme il est d\u2019usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: le \u00ab\u00a0criblage caricatural\u00a0\u00bb vise un pr\u00e9sident \u00ab\u00a0descendant de\u00a0\u00bb et fortun\u00e9. Les radicaux et les socialistes font chorus contre le \u00ab\u00a0pr\u00e9sident de la r\u00e9action\u00a0\u00bb. Il appartient \u00e0 la haute bourgeoisie. Propri\u00e9taire de la majeure partie des actions des mines d\u2019Anzin, \u00ab\u00a0Casimir d\u2019Anzin\u00a0\u00bb est trop riche aux yeux de la France d\u00e9mocratique. Les campagnes de presse hostiles se multiplient, parall\u00e8lement aux proc\u00e8s pour offense au chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Casimir-P\u00e9rier prend aussi conscience du faible r\u00f4le r\u00e9serv\u00e9 au pr\u00e9sident. Tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des Affaires \u00e9trang\u00e8res (domaine pourtant r\u00e9serv\u00e9 au chef de l\u2019\u00c9tat), marginalis\u00e9 par le pr\u00e9sident du Conseil Charles Dupuy, il sombre dans l\u2019abattement. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Prisonnier de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0\u00bb, il ne supporte plus cette prison dor\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9cor menteur o\u00f9 l\u2019on ne fait que recevoir des coups sans pouvoir les rendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sous ses allures hautaines, l\u2019homme est sensible, fragile et angoiss\u00e9. Cloitr\u00e9 en son Palais, il n\u2019ose plus sortir dans la rue de peur d\u2019\u00eatre insult\u00e9 ou siffl\u00e9. Il demande aux cochers de retirer leur cocarde tricolore pour qu\u2019on ne remarque pas la voiture pr\u00e9sidentielle dans la capitale. Se croyant espionn\u00e9, il re\u00e7oit ses intimes sur la pelouse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour pouvoir parler librement. Il va d\u00e9missionner au premier pr\u00e9texte, un jour apr\u00e8s son pr\u00e9sident du Conseil avec qui l\u2019entente \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9ment impossible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me r\u00e9signe pas \u00e0 comparer le poids des responsabilit\u00e9s morales qui p\u00e8sent sur moi et l\u2019impuissance \u00e0 laquelle je suis condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Dernier message du Pr\u00e9sident d\u00e9missionnaire, janvier 1895<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoritaire et susceptible, il pr\u00e9sente sa d\u00e9mission en janvier 1895, r\u00e9sumant ainsi le drame de sa situation.<\/p>\n<p>Retir\u00e9 de la politique, Casimir Perier consacra la fin de sa vie \u00e0 la gestion de la fortune familiale. Il n\u2019\u00e9voqua jamais plus le souvenir de son bref passage \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<\/p>\n<p>Le\u00e7ons de l\u2019histoire\u00a0?\u00a0 La politique est un m\u00e9tier interdit aux faibles. Et la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 parlementaire\u00a0\u00bb l\u2019emporte\u00a0 une fois de plus au d\u00e9triment de la pr\u00e9sidence toujours rabaiss\u00e9e. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, la famille, fid\u00e8le \u00e0 son v\u0153u, refusa toute c\u00e9r\u00e9monie officielle\u00a0: obs\u00e8ques sans fleurs, ni couronnes, ni discours.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/felix_faure.jpg\" width=\"400\" height=\"532\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 7. F\u00e9lix Faure<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nouveau chef de l\u2019\u00c9tat ne manque ni d\u2019intelligence ni de bon sens ni de finesse\u00a0; l\u00e9gitimement fier de son ascension sociale, peut-\u00eatre appara\u00eet-il un peu trop ouvertement content de soi. L\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de la dignit\u00e9 pr\u00e9sidentielle est tr\u00e8s haute.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime <span class=\"caps\">TANDONNET<\/span> (n\u00e9 en 1958),<em> Histoire des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, F\u00e9lix Faure, l\u2019ombre d\u2019un \u00ab\u00a0pr\u00e9sident-Soleil\u00a0\u00bb<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pareillement insignifiants, les pr\u00e9sidents se suivent, mais ne se ressemblent pas\u00a0!<\/p>\n<p>La presse d\u00e9nonce en F\u00e9lix Faure la \u00ab\u00a0rayonnante sottise\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0contentement de soi\u00a0\u00bb. Fier de sa r\u00e9ussite sociale, il pr\u00e9sente bien, comme l\u2019on dit\u00a0: \u00ab\u00a0Taille exigu\u00eb, barbe blanchissante, teint fleuri, yeux tr\u00e8s clairs, sourire facile, pointe d\u2019accent proven\u00e7al, mise proprette\u00a0: l\u2019homme est plus avenant qu\u2019imposant. Il est d\u2019ailleurs fin, conna\u00eet \u00e0 fond son monde politique et sait \u00e0 point rendre des services. Mod\u00e9r\u00e9 de temp\u00e9rament, socialement plut\u00f4t conservateur, fort peu sectaire, la simplicit\u00e9 de ses mani\u00e8res et sa bonhomie lui valent n\u00e9anmoins beaucoup d\u2019amis \u00e0 gauche\u00a0\u00bb selon Jacques Chastenet (<em>Histoire de la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique<\/em>).<\/p>\n<p>Ironiquement compar\u00e9 \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> en raison de son attachement obsessionnel \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette et de sa fascination pour la cour de Louis le Grand, la presse en fait \u00ab\u00a0le Pr\u00e9sident-Soleil\u00a0\u00bb et la l\u00e9gende veut qu\u2019il ait ambitionn\u00e9 de cr\u00e9er, pour la fonction supr\u00eame, un habit d\u2019apparat chamarr\u00e9 qui puisse rivaliser avec ceux des empereurs et des rois.<\/p>\n<p>Restent \u00e0 son actif la conscience professionnelle, l\u2019application au travail, le patriotisme. Peu connu du grand public lors de son \u00e9lection, il devient vite populaire\u00a0: les foules acclament ce bel homme souriant, cet ancien apprenti tanneur devenu grand seigneur. Il h\u00e9rite d\u2019un autre surnom, confirm\u00e9 par sa fin\u00a0: \u00ab\u00a0le Galant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son septennat abr\u00e9g\u00e9 (1895-1899) est surtout marqu\u00e9 par l\u2019Affaire (majuscule) de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et une d\u00e9chirante question\u00a0: la r\u00e9vision du proc\u00e8s Dreyfus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola, romancier le plus populaire apr\u00e8s Hugo. Avec courage, il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<p>Pour l\u2019opinion, F\u00e9lix Faure est un adversaire du capitaine. Son <em>Journal \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e<\/em> (publi\u00e9 seulement en 2009) apporte une nuance. Convaincu au d\u00e9part de la culpabilit\u00e9 de Dreyfus comme l\u2019immense majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais, il va changer d\u2019avis, se r\u00e9fugiant pourtant dans un \u00ab\u00a0l\u00e9galisme commode\u00a0\u00bb.<br>Son nom reste quand m\u00eame dans l\u2019histoire pour le fait divers final qui d\u00e9fraya la chronique et fit rire plus que pleurer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident a-t-il toujours sa connaissance\u00a0?<br>\u2014 Non, elle est sortie par l\u2019escalier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2522\" class=\"cit-num\">2522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u2019anecdote qui court dans Paris le 16\u00a0f\u00e9vrier 1899. <em>Petit Journal<\/em> (avec illustration), 26\u00a0f\u00e9vrier 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, bel homme de 58\u00a0ans, meurt ce jour-l\u00e0 en galante compagnie. La \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb prit la fuite et le concierge de l\u2019\u00c9lys\u00e9e t\u00e9moigne en ces termes (\u00e0 quelques variantes pr\u00e8s selon les sources), r\u00e9pondant \u00e0 la question du pr\u00eatre appel\u00e9 en h\u00e2te pour confesser F\u00e9lix Faure victime d\u2019une congestion c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>La rumeur murmure le nom de C\u00e9cile Sorel, actrice c\u00e9l\u00e8bre. En fait, la compagne de ses derniers instants est une demi-mondaine, Marguerite Steinheil, bient\u00f4t surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Pompe fun\u00e8bre\u00a0\u00bb. Clemenceau surench\u00e9rit dans l\u2019humour noir, le mot \u00e9tant repris dans la presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il voulait \u00eatre C\u00e9sar, il ne fut que Pomp\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Facile, mais irr\u00e9sistible\u00a0! On lui pr\u00eate aussi ce mot plus politique\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00e9lix Faure est retourn\u00e9 au n\u00e9ant, il a d\u00fb se sentir chez lui.\u00a0\u00bb Toujours cette insignifiance pr\u00e9sidentielle qui pr\u00e9vaut dans la galerie des portraits, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela ne fait pas un homme de moins en France. N\u00e9anmoins, voici une belle place \u00e0 prendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2523\" class=\"cit-num\">2523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>L\u2019Aurore<\/em>, au lendemain de la mort de F\u00e9lix Faure, fin f\u00e9vrier 1899. <em>Contre la justice<\/em> (1900), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot cruel rappelle certaines sorties de sc\u00e8ne historiques plus ou moins rat\u00e9es, mais il faut dire que le bilan du pr\u00e9sident d\u00e9funt est assez nul et qu\u2019il reste comme notoirement antidreyfusard.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Gr\u00e9vy d\u00e9missionnaire pour cause de scandale, Sadi Carnot assassin\u00e9, Jean Casimir-P\u00e9rier d\u00e9missionnaire au bout de six mois, F\u00e9lix Faure est \u00e0 son tour remplac\u00e9 le 18\u00a0f\u00e9vrier par \u00c9mile Loubet \u2013 qui ira au bout de son septennat.<\/p>\n<p>Le 23\u00a0f\u00e9vrier, \u00e0 la fin des obs\u00e8ques du pr\u00e9sident dont la mort fait encore scandale, Paul D\u00e9roul\u00e8de, d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame droite, tente avec ses amis le coup d\u2019\u00c9tat refus\u00e9 dix ans plus t\u00f4t par Boulanger attendant plus raisonnablement son heure pr\u00e9sidentielle. Ils essaient de soulever l\u2019arm\u00e9e contre la R\u00e9publique parlementaire et d\u2019entra\u00eener \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e les troupes qui venaient de d\u00e9filer, escortant le cercueil. Le putsch \u00e9choue et D\u00e9roul\u00e8de, condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de bannissement, s\u2019installe en Espagne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/emile_loubet.jpg\" width=\"400\" height=\"535\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 8. \u00c9mile Loubet.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne serai ni s\u00e9nateur, ni d\u00e9put\u00e9, ni m\u00eame conseiller municipal. Rien, absolument rien.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">LOUBET<\/span> (1838-1924), quittant l\u2019\u00c9lys\u00e9e en 1906. <em>Archives des hommes politiques<\/em> (1999), Jacques Borg\u00e9 et Nicolas Viasnoff<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Satisfait \u00e0 juste titre du travail accompli au cours de son septennat, c\u2019est un sage qui revient \u00e0 la vie civile, heureux \u00e0 l\u2019id\u00e9e de vivre une retraite dor\u00e9e et bien m\u00e9rit\u00e9e. C\u2019est aussi le premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 avoir termin\u00e9 son mandat sans \u00eatre pouss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mission ou assassin\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Loubet a men\u00e9 la carri\u00e8re la plus classique et la plus compl\u00e8te\u00a0: fils d\u2019un paysan de la Dr\u00f4me, affable et modeste, bon \u00e9l\u00e8ve en droit devenu avocat (m\u00e9tier le plus courant chez les politiques), \u00e9lu en 1870 maire de Mont\u00e9limar (capitale du nougat, d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0Nougateux\u00a0\u00bb), d\u00e9put\u00e9 en 1876, s\u00e9nateur en 1885, ministre des Travaux publics, mais aussi pr\u00e9sident du Conseil (chef du gouvernement), pr\u00e9sident du S\u00e9nat\u2026 et finalement \u00e9lu \u00e0 71 ans pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, deux jours apr\u00e8s la mort \u00ab\u00a0accidentelle\u00a0\u00bb de F\u00e9lix Faure. Son adversaire malheureux est Jules M\u00e9line, connu pour ses convictions protectionnistes et antidreyfusardes. Lui-m\u00eame est accus\u00e9 par ses adversaires d\u2019\u00eatre le candidat des \u00ab\u00a0dreyfusards et des panamistes\u00a0\u00bb. En temps de crises, tout est bon pour attaquer. Mais le nouveau pr\u00e9sident n\u2019est pas du style boxeur.<\/p>\n<p>Mod\u00e9r\u00e9, soutenu par Clemenceau qui annonce dans son journal <em>l\u2019Aurore<\/em> \u00ab\u00a0Je vote pour Loubet\u00a0\u00bb, il parvient \u00e0 ce poste dans les derniers mois du scandale de Panama (feuilleton politico-financier associ\u00e9 au percement de l\u2019isthme par de Lesseps, p\u00e8re et fils), accueilli au cri de\u00a0de \u00ab\u00a0Loubet d\u00e9mission\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Loubet Panama\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est l\u2019Affaire Dreyfus qui va marquer son septennat. \u00c9lu par les partisans de la r\u00e9vision, il g\u00e8re avec tact l\u2019Affaire qui d\u00e9chire la France et gracie le capitaine en 1906, dans un climat toujours passionn\u00e9.<\/p>\n<p>Il cultive l\u2019art de conqu\u00e9rir tous les c\u0153urs. Il pr\u00e9side avec bonheur les festivit\u00e9s exceptionnelles du passage au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle et, lors de l\u2019Exposition universelle de 1900, il re\u00e7oit dix mille maires de France venus saluer la tour Eiffel, participant au banquet g\u00e9ant dans le jardin des Tuileries.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La constitution qui arbitre le pays depuis vingt-six ans ne peut \u00eatre boulevers\u00e9e \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re\u00a0; il ne faut proc\u00e9der qu\u2019\u00e0 de prudentes r\u00e9parations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">LOUBET<\/span> (1838-1924), Discours au banquet des maires, 24 mai 1901. <em>Les Pr\u00e9sidents de 1870 \u00e0 nos jours<\/em> (2017), Rapha\u00ebl Piastra<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un an apr\u00e8s le fastueux banquet des dix mille, il r\u00e9unit \u00e0 nouveau les maires de la France profonde qui lui est famili\u00e8re, t\u00e9moignant une fois de plus de son habilet\u00e9 politique et de cette mod\u00e9ration qui explique la stabilit\u00e9 de son septennat. Il expose ici sa conception institutionnelle.<\/p>\n<p>Il a inaugur\u00e9 la premi\u00e8re ligne de m\u00e9tro \u00e0 Paris (19 juillet 1900) et joue bien le jeu de la \u00ab\u00a0Belle \u00c9poque\u00a0\u00bb. Au cours de ses nombreux voyages \u00e0 travers la France, sa bonhomie, son accent m\u00e9ridional plaisent \u00e0 ses interlocuteurs qui appr\u00e9cient \u00e9galement son visage avenant et malicieux, orn\u00e9 d\u2019une barbe poivre et sel. Parfait diplomate, il participe au rapprochement avec l\u2019Angleterre et la Russie, scell\u00e9 par la signature de l\u2019Entente cordiale en 1904. Bref, un homme heureux.<\/p>\n<p>La fin de son mandat est plus difficile\u00a0pour ce partisan de la mani\u00e8re douce\u00a0: rupture des relations avec le Saint-Si\u00e8ge en lien avec la politique anticl\u00e9ricale d\u2019\u00c9mile Combes qu\u2019il d\u00e9sapprouve. Il voit la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat d\u00e9finitivement act\u00e9e en 1905, ce qui d\u00e9chire la France presque autant que l\u2019Affaire Dreyfus.<\/p>\n<p>Au final, le Nougateux a bien m\u00e9rit\u00e9 sa retraite sur ses terres \u00e0 Marsanne, proche de Mont\u00e9limar dans la Dr\u00f4me.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/armand_fallieres.jpg\" width=\"400\" height=\"561\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 9. Armand Falli\u00e8res.\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c7a, rien\u00a0? Mais c\u2019est tout un programme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2521\" class=\"cit-num\">2521<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). le mot du jour quand Armand Falli\u00e8res r\u00e9cemment \u00e9lu appelle au gouvernement Ferdinand Sarrien, radical sans \u00e9clat. <em>Clemenceau<\/em> (2007), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand homme politique (et jamais pr\u00e9sident), Clemenceau est de surcro\u00eet le meilleur humoriste de son temps, avec le mot juste, souvent cruel et toujours en situation. Jouant ici sur le nom du nouveau pr\u00e9sident du Conseil d\u00e9sign\u00e9 par Falli\u00e8res et d\u00e9non\u00e7ant \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u2013 l\u2019insignifiance de Sarrien, il ne risquait pas de devenir \u00ab\u00a0Cl\u00e9ment Sot\u00a0\u00bb\u00a0: trop m\u00e9chant et trop intelligent pour \u00e7a. Pour preuve, la suite de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Clemenceau sait le d\u00e9sir de Ferdinand Sarrien\u00a0: avoir Aristide Briand comme ministre de l\u2019Instruction publique et des Cultes, pour faire passer la loi de S\u00e9paration (des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat). De son c\u00f4t\u00e9, Briand pr\u00e9f\u00e8re voir Clemenceau dans l\u2019\u00e9quipe gouvernementale plut\u00f4t que dans l\u2019opposition, en redoutable \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Clemenceau se rend donc chez Sarrien o\u00f9 se trouvent d\u00e9j\u00e0 quelques futurs ministres, le verre \u00e0 la main. \u00ab\u00a0Que prendrez-vous, cher ami, demande le ma\u00eetre de maison\u00a0? _ L\u2019Int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb Sarrien convoitait le minist\u00e8re en plus de la pr\u00e9sidence du Conseil. Il se rabattra sur la Justice et Clemenceau acc\u00e8de enfin \u00e0 un poste de responsabilit\u00e9\u2026 Bien jou\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Falli\u00e8res (avec Sarrien) aura au moins quatre personnalit\u00e9s au minist\u00e8re, noms historiques \u00e0 divers titres\u00a0: Clemenceau (devenu le \u00ab\u00a0Premier Flic de France\u00a0\u00bb pour r\u00e9primer les gr\u00e8ves dures marquant l\u2019agitation sociale), Briand (orateur hors pair qui d\u00e9bute une longue carri\u00e8re, 21 fois ministre, promoteur de la nouvelle la\u00efcit\u00e9 en France, artisan de la paix et co-cr\u00e9ateur de la <span class=\"caps\">SDN<\/span> apr\u00e8s la Grande Guerre), Caillaux (cr\u00e9ateur de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu) et Poincar\u00e9 (prochain pr\u00e9sident de la R\u00e9publique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vote pour Pams parce que c\u2019est le plus b\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2560\" class=\"cit-num\">2560<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>La L\u00e9gende du si\u00e8cle\u00a0: l\u2019Est r\u00e9publicain, 1889-1989<\/em> (1989), Michel Caffier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019argument a d\u00e9j\u00e0 servi contre, ou plut\u00f4t pour un autre pr\u00e9sident, Sadi Carnot, \u00e9lu en 1887. Alors que Poincar\u00e9, pr\u00e9sident du Conseil et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, fait campagne en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1912 pour succ\u00e9der \u00e0 Armand Falli\u00e8res qui ne se repr\u00e9sentera pas \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, Clemenceau, son ennemi politique, choisit de voter pour Pams, ministre de l\u2019Agriculture, homme aimable, tr\u00e8s riche et inoffensif, propos\u00e9 par les groupes de gauche. Mais l\u2019argument ne passe pas et Poincar\u00e9 l\u2019emporte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La place n\u2019est pas mauvaise, mais il n\u2019y a pas d\u2019avancement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2561\" class=\"cit-num\">2561<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">FALLI\u00c8RES<\/span> (1841-1931), \u00e0 Raymond Poincar\u00e9 re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, 17\u00a0janvier 1913<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Falli\u00e8res, huiti\u00e8me pr\u00e9sident de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, \u00e9lu \u00e0 65 ans, fit une carri\u00e8re politique classique, consciencieuse et discr\u00e8te\u00a0: maire, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, plusieurs fois ministre, pr\u00e9sident du Conseil. Il avait le physique de l\u2019emploi\u00a0: la barbe et la moustache, le ventre \u2013 un embonpoint qui lui vaut le surnom d\u2019\u00ab\u00a0Hippopotame\u00a0\u00bb \u2013 et une assurance tranquille. Ce fut aussi \u00ab\u00a0le P\u00e8re Falli\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De son septennat, retenons la r\u00e9int\u00e9gration de Dreyfus dans l\u2019arm\u00e9e et la cr\u00e9ation de l\u2019isoloir pour assurer le secret des votes. Sagement, le septuag\u00e9naire choisit de ne pas se repr\u00e9senter. Poincar\u00e9 est \u00e9lu, avec une carri\u00e8re et un physique comparables \u00e0 Falli\u00e8res. Son premier septennat sera boulevers\u00e9 par la plus grande trag\u00e9die du si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/raymond_poincare.jpg\" width=\"400\" height=\"537\"><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 10. Raymond Poincar\u00e9.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas un homme qui triomphe, ce n\u2019est pas un parti. C\u2019est une id\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2562\" class=\"cit-num\">2562<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Journal<\/em>, 18\u00a0janvier 1913.<em> La Troisi\u00e8me R\u00e9publique, 1870-1940<\/em> (2000), Paul M. Bouju, Henri Dubois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lendemain de l\u2019\u00e9lection de Raymond Poincar\u00e9, nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui, d\u00e9put\u00e9 ou ministre, s\u2019est toujours tenu prudemment \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, hors du Bloc et des radicaux.<\/p>\n<p>C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019une nouvelle alliance\u00a0: celle de la droite traditionnelle, des r\u00e9publicains de gouvernement et d\u2019une partie des radicaux touch\u00e9s par le renouveau nationaliste et sensibles aux mots d\u2019ordre d\u2019union, de patrie. Caillaux, plus clairvoyant, proph\u00e9tise\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la guerre.\u00a0\u00bb Mais qui peut le croire\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne croyez pas \u00e0 la bonn\u2019 R\u00e9publique<br>Si Poincar\u00e9 veut s\u2019mettre \u00e0 gouverner,<br>Il devra l\u2019l\u2019endemain quitter la boutique<br>Comm\u2019 Mac-Mahon et Casimir-P\u00e9rier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2563\" class=\"cit-num\">2563<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Vive Poincar\u00e9\u00a0!<\/em> chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson de l\u2019Action fran\u00e7aise\u00a0: le titre est naturellement ironique. M\u00eame si Poincar\u00e9, en mai\u00a01912, a \u00e9rig\u00e9 la f\u00eate de Jeanne d\u2019Arc en f\u00eate nationale et s\u2019est ralli\u00e9 d\u2019indispensables suffrages de droite, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019est pas engag\u00e9 pour Dreyfus au temps de l\u2019Affaire et vient de mener une politique de fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, ce n\u2019est pas encore assez pour l\u2019extr\u00eame droite qui se moque donc\u00a0: \u00ab\u00a0Qui donc parlait de renverser la gueuse\u00a0?\u00a0\/ Il n\u2019y a plus pour nous en s\u00e9parer\u00a0\/ Que tout\u2019 l\u2019\u00e9tendu\u2019 d\u2019la question religieuse\u00a0\/ Mais\u2026 vive Poincar\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est possible \u00e0 un peuple d\u2019\u00eatre efficacement pacifique qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2564\" class=\"cit-num\">2564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), message aux Chambres, 20\u00a0f\u00e9vrier 1913.<em> Histoire illustr\u00e9e de la guerre de 1914<\/em> (1915), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant donn\u00e9 sa version du \u00ab\u00a0<em>\u00a0si vis pacem, para bellum<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb), le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une France diminu\u00e9e, une France expos\u00e9e, par sa faute, \u00e0 des d\u00e9fis, \u00e0 des humiliations, ne serait plus la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors que Jaur\u00e8s le pacifiste d\u00e9clare \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb, Poincar\u00e9 va renforcer l\u2019alliance avec la Russie, mais aussi l\u2019arm\u00e9e. Ce pr\u00e9sident de la R\u00e9publique reste dans l\u2019Histoire sous le surnom de \u00ab\u00a0Poincar\u00e9-la-Guerre\u00a0\u00bb. Pour la petite histoire, \u00ab\u00a0Pointu\u00a0\u00bb est juste un jeu de mot avec son patronyme, Poincar\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre grand pays veut la paix, mais seulement la paix qui s\u2019accorde avec sa fiert\u00e9 et sa dignit\u00e9, non la paix n\u00e9e de la peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2565\" class=\"cit-num\">2565<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BARTHOU<\/span> (1862-1934).<em> L\u2019Illustration<\/em>, nos\u00a03658 \u00e0\u00a03696 (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sident du Conseil de mars \u00e0 d\u00e9cembre\u00a01913, il fait voter en juillet la loi dite \u00ab\u00a0des trois ans\u00a0\u00bb, qui allonge d\u2019une ann\u00e9e la dur\u00e9e du service militaire (r\u00e9duit \u00e0 deux ans en 1905). Il s\u2019attire du m\u00eame coup l\u2019hostilit\u00e9 des radicaux et des socialistes.<\/p>\n<p>Le Bloc des gauches, reconstitu\u00e9 pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives (26\u00a0avril et 10\u00a0mai 1914), fait campagne contre \u00ab\u00a0la folie des armements\u00a0\u00bb et obtient 300 \u00e9lus \u00e0 la Chambre, contre 260 d\u00e9put\u00e9s du centre et de la droite. C\u2019est un d\u00e9saveu pour le pr\u00e9sident qui se soumet et prend pour pr\u00e9sident du Conseil un socialiste, Ren\u00e9 Viviani.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne suffit pas d\u2019\u00eatre des h\u00e9ros. Nous voulons \u00eatre des vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2568\" class=\"cit-num\">2568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>L\u2019Homme libre<\/em>, 15\u00a0juillet 1914. <em>Clemenceau<\/em> (1968), Gaston Monnerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clemenceau exprime ses id\u00e9es dans son journal d\u2019opposition cr\u00e9\u00e9 en 1913 (rebaptis\u00e9 <em>L\u2019Homme encha\u00een\u00e9<\/em> pendant la guerre). Hostile \u00e0 la politique de Poincar\u00e9 et de ses gouvernements successifs, il aura l\u2019occasion de mettre en pratique ses id\u00e9es quand le pr\u00e9sident appellera son adversaire fin\u00a01917 pour mener la France \u00e0 la victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mobilisation n\u2019est pas la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2580\" class=\"cit-num\">2580<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), Appel au pays, 1er\u00a0ao\u00fbt 1914. <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait afficher cet appel sur les murs des communes de France, en m\u00eame temps que l\u2019ordre de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. \u00ab\u00a0Poincar\u00e9-la-Guerre\u00a0\u00bb a pouss\u00e9 le gouvernement russe \u00e0 faire preuve de fermet\u00e9 sur les Balkans, face \u00e0 l\u2019Autriche. Surestimant la puissance du \u00ab\u00a0rouleau compresseur\u00a0\u00bb de notre alli\u00e9 russe, il pense reconqu\u00e9rir l\u2019Alsace-Lorraine en quelques semaines.<\/p>\n<p>Cette croyance en une guerre courte pr\u00e9vaut en France, mais aussi en Allemagne. D\u00e8s juillet\u00a01914, 170\u00a0000 hommes stationn\u00e9s en Afrique du Nord ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s. \u00c0 la mi-ao\u00fbt, ils seront plus de 4\u00a0millions sous les drapeaux. Pratiquement pas de d\u00e9serteurs, contrairement aux craintes du gouvernement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la guerre qui s\u2019engage, la France [\u2026] sera h\u00e9ro\u00efquement d\u00e9fendue par tous ses fils dont rien ne brisera, devant l\u2019ennemi, l\u2019union sacr\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2581\" class=\"cit-num\">2581<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), Message aux Chambres, 4\u00a0ao\u00fbt 1914. <em>La R\u00e9publique souveraine\u00a0: la vie politique en France, 1879-1939<\/em> (2002), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Allemagne a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la France le 3\u00a0ao\u00fbt, envahissant la Belgique pour arriver aux fronti\u00e8res fran\u00e7aises\u00a0: selon le chancelier allemand Bethmann-Hollweg, le trait\u00e9 international garantissant la neutralit\u00e9 de ce pays n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00ab\u00a0chiffon de papier\u00a0\u00bb. La violation de la Belgique, en exposant directement les c\u00f4tes anglaises, a pour effet de pousser cet alli\u00e9 \u00e0 entrer en guerre.<\/p>\n<p>La guerre va bouleverser l\u2019\u00e9chiquier politique en France. L\u2019\u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb, c\u2019est le gouvernement qui \u00e9largit sa base avec l\u2019arriv\u00e9e de ministres socialistes. C\u2019est surtout la volont\u00e9 de tous les Fran\u00e7ais de servir la patrie\u00a0: royalistes, princes d\u2019Orl\u00e9ans et princes Bonaparte s\u2019engagent, tout comme les militants d\u2019extr\u00eame gauche, hier encore pacifistes et internationalistes.<\/p>\n<p>Signalons que \u00ab\u00a0Poincar\u00e9-la-guerre\u00a0\u00bb se rendra plusieurs fois sur le front, parfois m\u00eame au p\u00e9ril de sa vie, pour encourager les soldats. Clemenceau prendra le relais, encore plus pr\u00e9sent et plus m\u00e9diatis\u00e9. C\u2019est \u00ab\u00a0de bonne guerre\u00a0\u00bb entre ces deux adversaires politiques, l\u2019essentiel \u00e9tant la victoire finale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Parlement est le plus grand organisme qu\u2019on ait invent\u00e9 pour commettre des erreurs politiques, mais elles ont l\u2019avantage sup\u00e9rieur d\u2019\u00eatre r\u00e9parables, et ce, d\u00e8s que le pays en a la volont\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2603\" class=\"cit-num\">2603<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), S\u00e9nat, 22\u00a0juillet 1917.<em> Discours de guerre<\/em> (1968), Georges Clemenceau, Soci\u00e9t\u00e9 des amis de Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours dans l\u2019opposition, il met en cause Malvy, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur depuis le d\u00e9but de la guerre, accus\u00e9 de \u00ab\u00a0d\u00e9faitisme\u00a0\u00bb, en l\u2019occurrence trop de mollesse et de n\u00e9gligence pour r\u00e9primer tant des affaires de trahison caract\u00e9ris\u00e9es que des men\u00e9es pacifistes. Clemenceau se pose en recours. Et Poincar\u00e9 va se r\u00e9soudre \u00e0 appeler l\u2019homme de la derni\u00e8re chance, quels que soient ses pr\u00e9jug\u00e9s sur le Tigre, le Tombeur de minist\u00e8res\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 76\u00a0ans, il est appel\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement et en dernier recours, par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917). Jusque-l\u00e0, il s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires\u00a0: tr\u00e8s oppos\u00e9 \u00e0 la dictature de fait du mar\u00e9chal Joffre, le grand homme de la France jusqu\u2019en 1916, comme aux ministres de la Guerre qui se succ\u00e8dent \u2013\u00a0Millerand le premier, qui couvrait Joffre sans le contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, et devenue d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9, \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays et m\u00e9ritera son nouveau surnom de \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons vaincre pour \u00eatre justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2604\" class=\"cit-num\">2604<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9claration minist\u00e9rielle du 20\u00a0novembre 1917. <em>Discours de guerre<\/em> (1968), Georges Clemenceau, Soci\u00e9t\u00e9 des amis de Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il forme un nouveau gouvernement, accept\u00e9 par une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s. Pour devenir le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb, il exerce une v\u00e9ritable dictature, avec supr\u00e9matie du pouvoir civil sur le militaire. Il incarne une r\u00e9publique jacobine, au patriotisme ardent, anim\u00e9 par la volont\u00e9 de se battre jusqu\u2019au bout, mais autrement. Il commence, en d\u00e9cembre, par poursuivre les politiciens d\u00e9faitistes, Malvy, mais aussi et surtout Caillaux, ex-pr\u00e9sident du Conseil, accus\u00e9 d\u2019intelligence avec l\u2019ennemi. Plus grave, il exclura le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 des n\u00e9gociations de paix.<\/p>\n<p>La haine entre les deux hommes est attest\u00e9e par un \u00e9change de lettres et Poincar\u00e9 n\u2019est pas le plus fort, dans ce duel. Il le sait et se retire. Seule certitude, chacun n\u2019avait qu\u2019un but\u00a0: la victoire de la France (et des Alli\u00e9s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2635\" class=\"cit-num\">2635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Axiome lanc\u00e9 apr\u00e8s la Grande Guerre. <em>Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, le Bloc national a fond\u00e9 sa campagne sur ce slogan pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 16\u00a0novembre 1919. C\u2019est aussi la r\u00e9ponse de Clemenceau, chef du gouvernement, interpell\u00e9 sur les difficult\u00e9s de la reconstruction. Et la confirmation de Klotz, son ministre des Finances\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Et jusqu\u2019au dernier penny\u00a0!\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit Lloyd George, le Premier ministre anglais pouss\u00e9 par son opinion publique.<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne paiera, oui, mais mal\u00a0: le paiement de la dette est un long et d\u00e9cevant feuilleton. Et l\u2019axiome va justifier les prodigalit\u00e9s financi\u00e8res du Bloc national. Comptant sur ces r\u00e9parations, l\u2019\u00c9tat multiplie les d\u00e9penses publiques et les finance par l\u2019emprunt au lieu de l\u2019imp\u00f4t. L\u2019accroissement consid\u00e9rable de la dette publique et de la monnaie en circulation engendre l\u2019inflation\u00a0: prix multipli\u00e9s par 6,5 de 1914 \u00e0 1928\u00a0! Le \u00ab\u00a0franc Poincar\u00e9\u00a0\u00bb sauvera heureusement les finances et l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voterons pour Deschanel en criant \u00ab\u00a0vive Clemenceau\u00a0!\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2636\" class=\"cit-num\">2636<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Exclamation d\u2019un d\u00e9put\u00e9. <em>La Vie politique sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0: 1870-1940<\/em> (1984), Jean-Marie Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Qui va remplacer Poincar\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique\u00a0? Il ne se repr\u00e9sente pas, soulag\u00e9 d\u2019en finir avec ce septennat tout entier marqu\u00e9 par la plus grande trag\u00e9die de l\u2019Histoire et les responsabilit\u00e9s \u00e9crasantes.<\/p>\n<p>Clemenceau, pr\u00e9sident du Conseil, souhaite \u00eatre \u00e9lu, mais ne pose pas officiellement sa candidature, laissant ses amis la proposer. Par son intransigeance naturelle, il s\u2019est fait des ennemis aussi bien \u00e0 gauche qu\u2019\u00e0 droite et le Bloc national va lui pr\u00e9f\u00e9rer Paul Deschanel, \u00e9lu le 18\u00a0f\u00e9vrier 1920. La France en paix pense pouvoir se passer d\u2019un homme fort et la r\u00e8gle du jeu politique \u00e9loigne de la pr\u00e9sidence tout personnage risquant de porter ombrage au pouvoir parlementaire. Le vieux Tigre de 79\u00a0ans vivra encore pr\u00e8s de dix ann\u00e9es, pass\u00e9es \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 voyager.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Poincar\u00e9, apr\u00e8s sa pr\u00e9sidence, il continue sa carri\u00e8re politique\u00a0! La suite de l\u2019histoire lui donne raison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La commission est un minist\u00e8re au petit pied et aux grandes pr\u00e9tentions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2644\" class=\"cit-num\">2644<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), \u00e0 propos de la commission des Finances, en 1922. <em>Essai sur le travail parlementaire et le syst\u00e8me des commissions<\/em> (1934), Joseph Barth\u00e9l\u00e9my<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici l\u2019ex-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de retour en pr\u00e9sident du Conseil \u2013 \u00e0 deux reprises et au total plus de cinq ans, entre\u00a01922 et\u00a01929. Cas exceptionnel de long\u00e9vit\u00e9 minist\u00e9rielle. D\u2019habitude, les gouvernements changent si souvent que le vrai pouvoir revient aux commissions parlementaires (Finances et Affaires \u00e9trang\u00e8res notamment).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9conciliation des enfants au chevet de la m\u00e8re malade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2652\" class=\"cit-num\">2652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957), parlant avec ironie du nouveau gouvernement Poincar\u00e9, 23\u00a0juillet 1926.<em> Histoire de France<\/em> (1954), Marcel R. Reinhard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, l\u2019agriculture et l\u2019industrie se redress\u00e8rent vite et bien, pas les finances. L\u2019inflation galope, les possesseurs de capitaux se m\u00e9fient d\u2019un gouvernement de gauche, soutenu par les socialistes partisans de l\u2019imp\u00f4t sur le capital. En 1925, chute du franc sur le march\u00e9 des changes\u00a0: la livre, 90\u00a0francs en d\u00e9cembre\u00a01924, vaudra 240\u00a0francs le 21\u00a0juillet 1926. On manifeste devant la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Le nouveau gouvernement Herriot est renvers\u00e9, le jour m\u00eame de sa pr\u00e9sentation \u2013 par 288 voix contre 243. La crise financi\u00e8re a eu raison du Cartel des gauches.<\/p>\n<p>Herriot s\u2019en va, Poincar\u00e9 revient. Le partant salue ainsi le gouvernement Poincar\u00e9 d\u2019Union nationale (socialistes exclus) le 23\u00a0juillet. Poincar\u00e9 annonce un train de mesures financi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut croire que les difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e9taient en partie artificielles et politiques. D\u00e8s que le minist\u00e8re Poincar\u00e9 est constitu\u00e9, tout p\u00e9ril imm\u00e9diat dispara\u00eet comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2653\" class=\"cit-num\">2653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957).<em> Jadis\u00a0: d\u2019une guerre \u00e0 l\u2019autre, 1914-1936<\/em> (1952), \u00c9douard Herriot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour la seconde fois, Poincar\u00e9 rassure comme chef du gouvernement. Herriot fait ici l\u2019\u00e9loge de la confiance et reconna\u00eet en m\u00eame temps l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 politique m\u2019apparaissait une fois de plus terriblement r\u00e9duite. Les porteurs de bons, les banquiers de France ou d\u2019ailleurs \u00e9taient, au-dessus des hommes politiques, les ma\u00eetres, toujours invisibles, mais toujours pr\u00e9sents de la France.\u00a0\u00bb Herriot se retrouvera membre du minist\u00e8re Poincar\u00e9 (\u00e0 l\u2019Instruction publique de 1926 \u00e0 1928).<\/p>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique de l\u2019entre-deux-guerres va enrichir la galerie pr\u00e9sidentielle de cinq noms, avant d\u2019\u00eatre remplac\u00e9e par le nouveau \u00ab\u00a0r\u00e9gime de Vichy\u00a0\u00bb, en fait une dictature. La R\u00e9publique et la France seront finalement sauv\u00e9es par de Gaulle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-iv-suite-de-lentre-deux-guerres-jusqua-la-fin-du-regime-republicain\/\">D\u00e9couvrez la suite de notre galerie pr\u00e9sidentielle<\/a><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Pr\u00e9sents dans notre Histoire en citations, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution. III. S\u00e9rie [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":164,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9215","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9215"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9215\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12673,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9215\/revisions\/12673"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9215"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}