{"id":9233,"date":"2022-01-31T00:00:00","date_gmt":"2022-01-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/haro-sur-limpot-une-tragedie-historique-jusqua-la-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:05","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:05","slug":"haro-sur-limpot-une-tragedie-historique-jusqua-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/haro-sur-limpot-une-tragedie-historique-jusqua-la-revolution\/","title":{"rendered":"Haro sur l\u2019imp\u00f4t\u00a0! Une trag\u00e9die historique jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution."},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Il n\u2019existe pas d\u2019\u00c9tat sans fiscalit\u00e9. Sous la Gaule et au Moyen \u00c2ge, il fallait financer les arm\u00e9es, indispensables aux guerres de d\u00e9fense ou de conqu\u00eate. Au fil de l\u2019Histoire, les besoins se diversifient et les imp\u00f4ts augmentent.<\/p>\n<p>En 2022, le budget de l\u2019\u00c9tat atteindra 300 milliards d\u2019euros. Premier poste, l\u2019\u00c9ducation (56,5 milliards). Nul ne conteste l\u2019enseignement gratuit, conqu\u00eate de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Tous les autres minist\u00e8res ont leur utilit\u00e9\u00a0: Agriculture, Arm\u00e9e (D\u00e9fense), Culture, \u00c9cologie, \u00c9conomie et finances, Europe et affaires \u00e9trang\u00e8res, Int\u00e9rieur, Justice, Logement, Pensions et retraites, Recherche et enseignement sup\u00e9rieur, Sant\u00e9, Transports, Travail et emploi.<\/p>\n<p>Mais la phobie fiscale est un mal bien fran\u00e7ais\u00a0! On peut m\u00eame parler de \u00ab\u00a0fiscalite\u00a0\u00bb nationale. Les citations de quelques Anglo-saxons disent assez la diff\u00e9rence de mentalit\u00e9. Il faut pourtant distinguer deux p\u00e9riodes.<\/p>\n<p>I. Au Moyen \u00c2ge et sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, les r\u00e9voltes fiscales des Jacques et autres paysans tournent souvent \u00e0 la trag\u00e9die, avec la mis\u00e8re et l\u2019injustice dont le peuple qui travaille est victime, \u00ab\u00a0taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci\u00a0\u00bb. Ceux qui prient (le clerg\u00e9) et ceux qui combattent (la noblesse) sont exempt\u00e9s d\u2019imp\u00f4t. Ces privil\u00e9gi\u00e9s s\u2019accrochent toujours \u00e0 leurs privil\u00e8ges, au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">II<\/span>. La R\u00e9volution fait \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb (nuit du 4 ao\u00fbt 1789). L\u2019histoire contemporaine sera mouvement\u00e9e et conflictuelle, mais la fiscalit\u00e9 est d\u00e9sormais plus juste, r\u00e9partie sur toutes les classes sociales et progressive avec l\u2019invention de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu (1916). Malgr\u00e9 des progr\u00e8s incontestables,<\/p>\n<p>les contribuables contestent et protestent toujours avec autant de talent que de mauvaise foi, la fraude fiscale \u00e9tant estim\u00e9e \u00e0 80 milliards d\u2019euros. Beaucoup moins de morts et beaucoup plus d\u2019humour dans cette com\u00e9die fiscale\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut demander plus \u00e0 l\u2019imp\u00f4t et moins aux contribuables.\u00a0\u00bb Tel sera le mot de la fin de cet \u00e9dito.<\/p>\n<h4>I. L\u2019imp\u00f4t, trag\u00e9die historique jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les nations ne peuvent pas avoir de tranquillit\u00e9 sans une arm\u00e9e\u00a0; pas d\u2019arm\u00e9e sans une solde\u00a0; pas de solde sans des imp\u00f4ts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TACITE<\/span> (58-120), cit\u00e9 dans la <em>Revue des Deux-Mondes<\/em>, mai 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien et s\u00e9nateur romain au service des empereurs, mais n\u00e9anmoins critique de la tyrannie et empruntant \u00e0 la philosophie grecque l\u2019essentiel de sa sagesse, il justifie la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de la fiscalit\u00e9.<\/p>\n<p>Encore faut-il la rendre supportable au peuple et aussi \u00e9quitable que possible. Et \u00e7a, c\u2019est toute l\u2019histoire de la politique fiscale\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tellement grande \u00e9tait devenue la multitude de ceux qui recevaient en comparaison du nombre de ceux qui devaient payer, telle l\u2019\u00e9normit\u00e9 des imp\u00f4ts, que les forces manquaient aux laboureurs, les champs devenaient d\u00e9serts et les cultures se changeaient en for\u00eats.\u00a0\u00bb<span id=\"34\" class=\"cit-num\">34<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LACTANCE<\/span> (vers 260-vers 325). <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">Gaule romaine.<\/span><\/p>\n<p>Rh\u00e9teur latin converti au christianisme, pr\u00e9cepteur du fils de l\u2019empereur Constantin, il nous donne ce t\u00e9moignage sur la crise de l\u2019Empire romain au <span class=\"caps\">III<\/span>e si\u00e8cle et les r\u00e9percussions en Gaule.<\/p>\n<p>Famines et mis\u00e8re entra\u00eenent des r\u00e9voltes\u00a0: les Bagaudes, bandes de paysans, ch\u00f4meurs, esclaves et d\u00e9serteurs, se soul\u00e8vent contre l\u2019administration fiscale et les grands propri\u00e9taires. Le m\u00eame sc\u00e9nario, plus ou moins tragique, se reproduira jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1-12.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto;vertical-align: middle\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent.\u00a0\u00bb<span id=\"52\" class=\"cit-num\">52<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9v\u00eaques <span class=\"caps\">ADALB\u00c9RON<\/span> de Laon (??\u2013v.1030) et <span class=\"caps\">ANSELME<\/span> (1033-1109). <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span>, Le Temps des principaut\u00e9s. De l\u2019An mil \u00e0 1515 (1992), Jean Favier (entre autres sources)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">Moyen \u00c2ge.<\/span><\/p>\n<p>Cette claire d\u00e9finition des trois ordres sociaux repr\u00e9sente le fondement de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale telle que la concevaient les envahisseurs germaniques. Elle va s\u2019imposer au Moyen \u00c2ge et sous l\u2019Ancien R\u00e9gime en France, avec des cons\u00e9quences fiscales majeures. Le clerg\u00e9 \u2013 ceux qui prient \u2013 est exempt\u00e9. La noblesse \u2013 ceux qui combattent \u2013 paie l\u2019imp\u00f4t du sang. Le peuple \u2013 ceux qui travaillent \u2013 doit s\u2019acquitter d\u2019une multitude d\u2019imp\u00f4ts en nature ou en esp\u00e8ces qui vont devenir de plus en plus lourds et injustes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 France, tourment\u00e9e par les agents du fisc, tu as eu \u00e0 supporter de dures lois et de terribles moments\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"139\" class=\"cit-num\">139<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GILLES<\/span> de Paris (1162-1220). <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1975), collectif<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apostrophe lanc\u00e9e au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle par le pr\u00e9cepteur du fils de Philippe Auguste, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> de France dit le Lion. La politique d\u2019expansion de Philippe Auguste est assur\u00e9ment co\u00fbteuse, mais en plus de quarante ans de r\u00e8gne, il fait de la France le plus puissant royaume de l\u2019Occident chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9crimination sur la lourdeur des imp\u00f4ts reviendra comme un refrain tout au long de notre histoire, allant jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9clencher la R\u00e9volution de 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et pour ce qu\u2019il avait entendu, que les sujets du royaume se tenaient fortement aggrav\u00e9s de la mutation des monnaies, [Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon] offrit \u00e0 faire bonne monnaie et durable, mais que l\u2019on f\u00eet autre aide qui f\u00fbt suffisante pour faire la guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"294\" class=\"cit-num\">294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re de Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, instaura en 1341 ce qui allait devenir la principale ressource du fisc royal\u00a0: la gabelle, imp\u00f4t sur le sel (essentiel pour la conservation des aliments). Cependant, les guerres ont englouti tout l\u2019argent dont le roi Jean peut disposer. Il convoque alors \u00e0 Paris les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de langue d\u2019o\u00efl, le 2\u00a0d\u00e9cembre\u00a01355.<\/p>\n<p>Le roi promet de ne plus toucher \u00e0 la valeur de la monnaie\u00a0: de\u00a01350 \u00e0\u00a01355, rien moins que 85 ordonnances de d\u00e9valuation avaient \u00f4t\u00e9 \u00e0 la monnaie royale pr\u00e8s des trois quarts de sa valeur en m\u00e9tal pr\u00e9cieux \u2013 vertigineuse d\u00e9valuation.<\/p>\n<p>En \u00e9change de cette promesse, les d\u00e9put\u00e9s, avec \u00e0 leur t\u00eate \u00c9tienne Marcel, le pr\u00e9v\u00f4t des marchands de Paris, acceptent de g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019application de la gabelle et de cr\u00e9er une taxe sur les marchandises \u2013 remplac\u00e9e l\u2019ann\u00e9e suivante par la capitation, imp\u00f4t par t\u00eate plus facile \u00e0 percevoir. Ils exigent aussi d\u2019importantes r\u00e9formes judiciaires et des garanties sur le droit des personnes\u00a0: la Grande Ordonnance du 28\u00a0d\u00e9cembre 1355, limitant les pouvoirs du roi, est comparable \u00e0 la Grande Charte anglaise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 ceux qui travaillaient la terre,<br>La terre doit appartenir,<br>R\u00e9compense \u00e0 la vie aust\u00e8re<br>D\u2019un illustre peuple martyr\u00a0:<br>Et de baraques en baraques<br>Se lev\u00e8rent les paysans,<br>Les va-nu-pieds, les artisans,<br>Les rudes gars qu\u2019on nommait Jacques.\u00a0\u00bb<span id=\"301\" class=\"cit-num\">301<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">VACHER<\/span> (1842-1897), chanson \u00e9voquant la Jacquerie de 1358.<em> Voix d\u2019en bas\u00a0: la po\u00e9sie ouvri\u00e8re du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1979), Edmond Thomas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ardent r\u00e9publicain sous le Second Empire, ce chansonnier populaire cr\u00e9era le premier Caveau st\u00e9phanois en 1869, lieu de po\u00e9sie, de chansons et d\u2019expression libre, avant de s\u2019enr\u00f4ler en 1870 comme franc-tireur r\u00e9publicain. Une rue de Saint-\u00c9tienne porte son nom.<\/p>\n<p>Fils de paysan et lui-m\u00eame artisan menuisier, Vacher \u00e9voque le m\u00e9contentement du \u00ab\u00a0petit peuple\u00a0\u00bb dans les campagnes au Moyen \u00c2ge. Les paysans ont d\u00e9j\u00e0 d\u00fb payer l\u2019\u00e9quipement de leurs seigneurs qui se firent battre \u00e0 Cr\u00e9cy, puis \u00e0 Poitiers. Il faut \u00e0 pr\u00e9sent donner pour leur ran\u00e7on, car ils sont prisonniers des Anglais. D\u00e9cim\u00e9s il y a dix ans par la peste noire et la famine, les voil\u00e0 \u00e9galement pill\u00e9s par les bandes anglo-navarraises, comme par les soldats du dauphin Charles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fisc d\u2019une part, la f\u00e9odalit\u00e9 de l\u2019autre semblaient lutter pour l\u2019abrutir [le peuple] sous la pesanteur des maux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> 1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, Michelet a connu la mis\u00e8re dans sa jeunesse. Il en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0<\/em>: une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e. Les plus belles pages concernent le peuple\u00a0: \u00ab\u00a0La terre est \u00e0 peine remise en \u00e9tat, et le fisc fond dessus.\u00a0\u00bb<em> Le Peuple<\/em>, h\u00e9ros de ce livre \u00e9ponyme.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Taillable et corv\u00e9able\u00a0\u00bb \u00e0 merci, l\u2019expression doit \u00eatre prise \u00e0 la lettre. Au Moyen Age, la \u00ab\u00a0taille\u00a0\u00bb est l\u2019imp\u00f4t que le serf doit verser au seigneur \u2013 les bourgeois, les gens d\u2019\u00e9glises et les nobles ne sont pas redevables. Il doit \u00e9galement des journ\u00e9es de travail \u00e0 son ma\u00eetre. Dans ces conditions, le serf est totalement \u00e0 la merci du seigneur qui d\u00e9cide de tout. C\u2019est de ce principe que vient l\u2019expression toujours utilis\u00e9e, m\u00eame si la fiscalit\u00e9 est devenue plus juste\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mani\u00e8re et ordre de vivre des gens d\u2019armes afin de faire cesser la pillerie qui longuement a eu cours au royaume.\u00a0\u00bb<span id=\"356\" class=\"cit-num\">356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9ambule de la Grande Ordonnance, publi\u00e9e le 26 mai\u00a01445.<em> Jean de Bueil\u00a0: comte de Sancerre, amiral de France<\/em> (1994), Jacques Faugeras<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La permanence de l\u2019imp\u00f4t (consentie \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> par les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux r\u00e9unis en 1435, 1436 et 1439) rend possible la permanence de l\u2019arm\u00e9e. Elle est instaur\u00e9e par la Grande Ordonnance qui permet en outre de r\u00e9cup\u00e9rer et de payer les mercenaires laiss\u00e9s sans emploi par la tr\u00eave de Tours (1444) et d\u2019\u00e9viter qu\u2019ils ne redeviennent bandits de grands chemins ou \u00ab\u00a0routiers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, bien conseill\u00e9 par son conn\u00e9table Richemont, cr\u00e9e les \u00ab\u00a0compagnies d\u2019ordonnance du roi\u00a0\u00bb (cavalerie), puis une milice de \u00ab\u00a0francs archers\u00a0\u00bb (infanterie), soit un homme par 50 feux (foyers), roturiers dispens\u00e9s de la taille. La r\u00e9organisation des effectifs s\u2019accompagne d\u2019une nouvelle utilisation de l\u2019artillerie\u00a0: jadis r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019attaque et la d\u00e9fense des places fortes, elle va d\u00e9sormais servir sur les champs de bataille. La tr\u00eave de Tours qui va durer quatre ans est encore mise \u00e0 profit pour r\u00e9organiser le royaume, r\u00e9tablir une monnaie saine, perfectionner la fiscalit\u00e9 directe et indirecte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le royaume est paisible et tranquille au point que les marchandises peuvent librement circuler [\u2026] Les imp\u00f4ts sont lourds\u00a0? Je ne les emploie que pour le bien et honneur du royaume et les diminuerai d\u00e8s que je le pourrai. N\u2019y ai-je pas le plus grand int\u00e9r\u00eat, puisque je suis le chef et le p\u00e8re de la chose publique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"372\" class=\"cit-num\">372<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), 10 mars\u00a01465. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin du Moyen \u00c2ge. Heureux effet de la paix et contraste saisissant avec la France de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Quant aux imp\u00f4ts que Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> contribua \u00e0 fixer, certes utilis\u00e9s dans le cadre d\u2019une bonne gestion, ils ne seront jamais diminu\u00e9s\u00a0! \u00c0 mesure que la monarchie s\u2019affirme et se centralise, elle assume des t\u00e2ches de police, justice, intervention \u00e9conomique (routes, ports, canaux, marine marchande, manufactures, b\u00e2timents) n\u00e9cessitant des rentr\u00e9es publiques toujours croissantes. \u00c0 quoi s\u2019ajouteront les guerres sans cesse recommenc\u00e9es, de plus en plus lourdes en hommes et mat\u00e9riel.<\/p>\n<h4>Naissance de la monarchie absolue<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2-17.jpg\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On tient les paysans en France dans une telle suj\u00e9tion qu\u2019on n\u2019ose pas leur donner des armes [\u2026] On leur laisse \u00e0 peine de quoi se nourrir.\u00a0\u00bb<span id=\"588\" class=\"cit-num\">588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sir George <span class=\"caps\">CAREW<\/span>(??-1613), ambassadeur anglais (1609). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, roi de France et de Navarre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que la \u00ab\u00a0poule au pot\u00a0\u00bb du dimanche, qualifi\u00e9e de l\u00e9gende par les historiens. Sully privil\u00e9gie l\u2019agriculture (politique \u00e9conomique classique dans une France agricole \u00e0 plus de 90\u00a0%) et prend des mesures pour pallier les injustices et les mis\u00e8res les plus criantes, chez les petits paysans ruin\u00e9s par l\u2019usure et les ravages des soldats et contraints de c\u00e9der leurs parcelles \u00e0 vil prix. Ainsi, il r\u00e9duit la taille. Mais il faut augmenter les gabelles et avec l\u2019ordre revenu, les d\u00eemes sont plus rigoureusement per\u00e7ues.<\/p>\n<p>La fiscalit\u00e9 \u00e9crase \u00e0 ce point la masse paysanne qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de r\u00e9voltes continuelles, depuis celle des \u00ab\u00a0croquants\u00a0\u00bb du Limousin, du P\u00e9rigord et de Guyenne (1594). Les disettes c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, \u00e0 partir de 1617, se r\u00e9p\u00e8tent tous les quatre ou cinq ans, jusqu\u2019en 1643.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les peuples \u00e9taient trop \u00e0 leur aise, il serait impossible de les contenir dans les r\u00e8gles de leur devoir.\u00a0\u00bb<span id=\"590\" class=\"cit-num\">590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642),<em> Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> s\u2019inqui\u00e9tait, dit-on, plus que son ministre des efforts demand\u00e9s au peuple.<\/p>\n<p>De\u00a01624 \u00e0\u00a01643, chaque ann\u00e9e conna\u00eet de graves soul\u00e8vements populaires, urbains aussi bien que paysans, et aucune province n\u2019est \u00e9pargn\u00e9e. C\u2019est comme une interminable r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde \u00e0 venir\u00a0: intendants malmen\u00e9s, maisons des fermiers d\u2019imp\u00f4ts pill\u00e9es, attaques des agents du fisc, milices d\u2019insurg\u00e9s, r\u00e9voltes des Va-Nu-Pieds, col\u00e8res de tous les croquants et autres Jacques de France et de Navarre. \u00c0 partir de 1635, la guerre avec l\u2019Espagne alourdit encore la fiscalit\u00e9, aggravant la mis\u00e8re et l\u2019impopularit\u00e9 du cardinal. Qu\u2019importe\u00a0: la grandeur de la France avant tout\u00a0! Les sujets\u00a0? \u00ab\u00a0Il faut les comparer aux mulets qui, \u00e9tant accoutum\u00e9s \u00e0 la charge, se g\u00e2tent par un long repos plus que par le travail.\u00a0\u00bb Homme de devoir, Richelieu mourra lui-m\u00eame d\u2019\u00e9puisement \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il importe \u00e0 la gloire de Votre Majest\u00e9 que nous soyons des hommes libres et non pas des esclaves. Il y a, Sire, des ans que la campagne est ruin\u00e9e, les paysans r\u00e9duits \u00e0 coucher sur la paille.\u00a0\u00bb<span id=\"769\" class=\"cit-num\">769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Omer <span class=\"caps\">TALON<\/span>(1595-1652) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, 15\u00a0janvier 1648. <em>Un magistrat de l\u2019Ancien r\u00e9gime\u00a0: Omer Talon<\/em> (1902), Hubert Mailfait<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris s\u2019adresse au roi qui n\u2019a pas encore 10\u00a0ans, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un lit de justice qui va enregistrer de force de nouveaux \u00e9dits, pour les annuler le lendemain.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des \u00e9pisodes de la lutte qui oppose Mazarin au Parlement, amendant ou rejetant syst\u00e9matiquement chaque ann\u00e9e les \u00e9dits financiers aggravant la fiscalit\u00e9, frappant les paysans aussi bien que les bourgeois, les rentiers et les \u00ab\u00a0robins\u00a0\u00bb (hommes de robe). Le pouvoir fait ainsi l\u2019unanimit\u00e9 contre lui et le feuilleton fiscal est r\u00e9ellement au c\u0153ur de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations-9.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4>Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait, en l\u2019\u00e9chauffant et en la tourmentant, tire du beurre\u00a0; qui se mouche trop fortement fait venir le sang\u00a0; qui presse trop les hommes excite des r\u00e9voltes et des s\u00e9ditions. C\u2019est la r\u00e8gle que donne Salomon.\u00a0\u00bb<span id=\"832\" class=\"cit-num\">832<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Politique tir\u00e9e de l\u2019\u00c9criture sainte<\/em> (posthume).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que chantre de la monarchie absolue et de droit divin, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux d\u00e9nonce ici les m\u00e9faits d\u2019une trop forte pression fiscale.<\/p>\n<p>Colbert tente en vain d\u2019\u00e9quilibrer le budget de l\u2019\u00c9tat, mais la guerre et l\u2019industrialisation du pays sont trop co\u00fbteuses et il n\u2019ose pas s\u2019attaquer au vrai probl\u00e8me\u00a0: des imp\u00f4ts mal r\u00e9partis et peu productifs. Il commence par poursuivre les financiers concussionnaires, traquer les faux nobles (s\u2019exemptant de la taille). Cela ne suffit pas, il doit accro\u00eetre les imp\u00f4ts indirects (gabelles sur le sel, traites, c\u2019est-\u00e0-dire douanes int\u00e9rieures, aides sur les boissons) et en cr\u00e9er de nouveaux\u00a0: enregistrement, estampille des m\u00e9taux pr\u00e9cieux, marque des cartes \u00e0 jouer, papier timbr\u00e9. Cette politique cause des r\u00e9voltes\u00a0: contre la gabelle en B\u00e9arn (1663) et en Roussillon (1668), contre les aides en Berry (1663), contre le papier timbr\u00e9 en Bretagne et Guyenne, avec des jacqueries paysannes (1675). En 1680, ann\u00e9e de la cr\u00e9ation de la Ferme g\u00e9n\u00e9rale (et de l\u2019unification des fermes, des gabelles, traites, aides, etc.), les r\u00e9voltes fiscales se multiplieront.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par la gabelle et les aides, l\u2019inquisition entre dans chaque m\u00e9nage.\u00a0\u00bb<span id=\"833\" class=\"cit-num\">833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome I, L\u2019Ancien R\u00e9gime (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les pays de grande gabelle [\u2026], le sel co\u00fbte treize sous la livre [\u2026] Bien mieux, en vertu de l\u2019ordonnance de 1680, chaque personne au-dessus de 7\u00a0ans est tenue d\u2019en acheter sept livres par an.\u00a0\u00bb La lev\u00e9e des imp\u00f4ts est assur\u00e9e par les \u00ab\u00a0fermiers\u00a0\u00bb, traitants ou \u00ab\u00a0partisans\u00a0\u00bb priv\u00e9s qui passent contrat avec l\u2019\u00c9tat\u00a0: ils lui remettent une somme forfaitaire et pr\u00e9l\u00e8vent les taxes et droits sur les contribuables, en faisant leur b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>Le fermier est un personnage aussi ha\u00ef que l\u2019intendant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, en raison de nombreux abus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute la bourgeoisie fut tenue sous la terreur d\u2019un arbitraire ind\u00e9finiment \u00e9lastique qui croissait ou baissait \u00e0 la volont\u00e9 des commis. Ces commis gouvern\u00e8rent sous le nom d\u2019\u00a0\u00bbintendants\u00a0\u00bb, arm\u00e9s d\u2019un pouvoir triple de justice, police et finances [\u2026] Un seul roi reste en France, c\u2019est l\u2019Intendant, l\u2019envoy\u00e9 du ministre.\u00a0\u00bb<span id=\"834\" class=\"cit-num\">834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Richelieu et la Fronde (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les intendants, jadis itin\u00e9rants, se fixent en 1666 dans les provinces, chacun coiffant une \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9\u00a0\u00bb (circonscription g\u00e9ographique qui recoupe celle des recettes g\u00e9n\u00e9rales). Nomm\u00e9 par le roi, r\u00e9vocable \u00e0 volont\u00e9, l\u2019intendant est l\u2019agent docile et d\u00e9vou\u00e9 du pouvoir central. Surcharg\u00e9 de travail, il s\u2019entoure de subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, eux-m\u00eames aid\u00e9s par des adjoints sur lesquels certains se d\u00e9chargent pratiquement du pouvoir d\u2019administrer. Ce syst\u00e8me d\u2019administration royale est plus efficace dans les villes que dans les campagnes, vu la lenteur des communications et l\u2019insuffisance des routes.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9fets, assist\u00e9s des sous-pr\u00e9fets, exerceront \u00e0 partir de 1800 des fonctions analogues aux intendants, dans les d\u00e9partements cr\u00e9\u00e9s par la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sollicitez fortement le particulier qui veut entreprendre un \u00e9tablissement de le r\u00e9ussir et, s\u2019il a besoin de la protection du roi, vous pouvez lui assurer qu\u2019elle ne lui manquera pas.\u00a0\u00bb<span id=\"866\" class=\"cit-num\">866<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), Conseil donn\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses mandataires \u00e0 Lille, vers 1665.<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Colbertisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Illustration du \u00ab\u00a0colbertisme\u00a0\u00bb, politique industrielle nationaliste qui implique un certain nombre de postulats favorables\u00a0: dynamisme \u00e9conomique et go\u00fbt du travail (premi\u00e8re qualit\u00e9 de Colbert), volont\u00e9 d\u2019expansion ext\u00e9rieure \u00e0 partir de solides bases nationales, aspiration \u00e0 la croissance.<br>Une telle politique implique l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat\u00a0: les manufactures \u00ab\u00a0royales\u00a0\u00bb se multiplient, entreprises priv\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficiant de subventions, d\u2019exemptions fiscales ou d\u2019un monopole de fabrication ou de vente (\u00e0 ne pas confondre avec les manufactures \u00ab\u00a0du Roi\u00a0\u00bb, ateliers d\u2019\u00c9tat). Ce mercantilisme \u00e0 la fran\u00e7aise r\u00e9ussit au d\u00e9but du r\u00e8gne, mais les r\u00e8gles \u00e9tatiques trop rigides finissent par devenir un frein, cependant que la conjoncture nationale et internationale se d\u00e9grade en raison des guerres, les imp\u00f4ts devenant litt\u00e9ralement insupportables au peuple \u00ab\u00a0taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci\u00a0\u00bb. C\u2019est toujours le m\u00eame cercle vicieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Colbert avait un grand-p\u00e8re<br>Qui n\u2019\u00e9tait pas si savant<br>Ni si riche que son p\u00e8re<br>Ni si dur aux pauvres gens.\u00a0\u00bb<span id=\"881\" class=\"cit-num\">881<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Colbert avait un grand-p\u00e8re<\/em>, chanson. <em>Fouquet, surintendant g\u00e9n\u00e9ral des finances, d\u2019apr\u00e8s les documents d\u2019archives et les m\u00e9moires<\/em> (1908), Albert Savine, Fran\u00e7ois Bournand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choisir un bourgeois pour ministre fut une initiative royale mal accept\u00e9e des Grands. Mais le peuple se m\u00e9fie\u00a0aussi\u00a0: la fortune rapide de Colbert devient suspecte. Autre raison d\u2019impopularit\u00e9\u00a0: les imp\u00f4ts indirects accrus ou cr\u00e9\u00e9s, injustes et\u00a0 causant des \u00e9meutes fiscales. 1675 sera l\u2019ann\u00e9e de la r\u00e9volte du papier timbr\u00e9 \u2013 notamment en Bretagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais fait pour Dieu ce que j\u2019ai fait pour cet homme, je serais sauv\u00e9 dix fois.\u00a0\u00bb<span id=\"891\" class=\"cit-num\">891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), sur son lit de mort, parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, d\u00e9but septembre\u00a01683. Mot de la fin.<em> Histoire de la vie et de l\u2019administration de Colbert<\/em> (1846), Pierre Cl\u00e9ment<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand commis de l\u2019\u00c9tat accomplit une t\u00e2che surhumaine, cumulant peu \u00e0 peu les postes d\u2019intendant des Finances, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral, surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures, secr\u00e9taire \u00e0 la Maison du roi et \u00e0 la Marine. Il dirigea et r\u00e9glementa l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9organisa l\u2019administration, g\u00e9ra les \u00ab\u00a0affaires culturelles\u00a0\u00bb, encouragea le commerce d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0une guerre d\u2019argent\u00a0\u00bb et enrichit le pays au nom d\u2019un mercantilisme qui fait loi \u2013 le colbertisme. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit, autant que la France, une part de cette grandeur dont il est si fier.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la veille de sa mort (6\u00a0septembre 1683), le cr\u00e9ateur du budget public (au sens moderne du mot) devait avoir un sentiment d\u2019\u00e9chec\u00a0: les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat ne peuvent plus \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9es par les recettes en raison des d\u00e9penses militaires, et la cour parle d\u2019une \u00e9ventuelle disgr\u00e2ce de Colbert au profit de son rival, l\u2019intrigant Louvois, ministre de la Guerre qui encourage le roi dans une politique ext\u00e9rieure toujours plus ambitieuse, aventureuse, bient\u00f4t ruineuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet l\u2019auteur de tous imp\u00f4ts<br>Dont \u00e0 pr\u00e9sent la France abonde.<br>Ne priez point pour son repos<br>Puisqu\u2019il l\u2019\u00f4tait \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb<span id=\"892\" class=\"cit-num\">892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe (anonyme) de Colbert, 1683. <em>Dictionnaire de la mort<\/em> (1967), Robert Sabatier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les ministres des Finances sont souvent impopulaires et Colbert, par sa rigueur, le fut tout particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p><em>La Mort de Colbert<\/em> est le titre d\u2019une chanson connue, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1683\u00a0: \u00ab\u00a0Caron \u00e9tant sur le rivage,\u00a0\/ Voyant Colbert, dit aussit\u00f4t\u00a0:\u00a0\/ Ne vient-il pas mettre un imp\u00f4t\u00a0\/ Sur mon pauvre passage.\u00a0\u00bb (Dans la mythologie, Caron avec sa barque permet aux \u00e2mes d\u2019acc\u00e9der au royaume des morts, mais il exige un p\u00e9age, pour franchir le fleuve Styx.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant que la lev\u00e9e des revenus [de l\u2019\u00c9tat] s\u2019exigera par des voies arbitraires, il est impossible que les peuples ne soient expos\u00e9s \u00e0 un pillage universel r\u00e9pandu par le royaume.\u00a0\u00bb<span id=\"931\" class=\"cit-num\">931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VAUBAN<\/span> (1633-1707),<em> Projet d\u2019une d\u00eeme royale<\/em> (1707)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour y rem\u00e9dier, ce g\u00e9nial ing\u00e9nieur militaire propose un nouvel imp\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00eeme royale d\u00e9livrerait [le peuple] de toutes les vexations et avanies des collecteurs, des receveurs des tailles et de leurs supp\u00f4ts.\u00a0\u00bb L\u2019ouvrage est interdit et Vauban meurt en 1707, mar\u00e9chal de France, mais tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Des tentatives sont cependant faites. On pourrait m\u00eame parler de r\u00e9volution fiscale avec la capitation, taxe par t\u00eate frappant les contribuables en raison de leur rang social, et le dixi\u00e8me, imp\u00f4t proportionnel \u00e0 tous les revenus. Mais ce sera l\u2019\u00e9chec\u00a0: l\u2019\u00e9quipement administratif est insuffisant et les privil\u00e9gi\u00e9s (noblesse et haut clerg\u00e9) r\u00e9sistent si bien que le poids fiscal retombe pratiquement sur le peuple, toujours taillable et corv\u00e9able. Le m\u00eame sc\u00e9nario se reproduira au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste, et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime devait mourir de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_4-12.jpg\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><\/p>\n<h4>Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci.\u00a0\u00bb<span id=\"966\" class=\"cit-num\">966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JOLY<\/span> de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1718-1802).<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0taillable\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est prononc\u00e9 quand Turgot tente l\u2019abolition de la corv\u00e9e, en 1775-1776, mais la chose date du Moyen \u00c2ge\u00a0! Et jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, le tiers \u00e9tat sera \u00e9cras\u00e9 par le clerg\u00e9 et la noblesse.<\/p>\n<p>La taille est pratiquement le seul imp\u00f4t direct de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: repr\u00e9sentant (en principe) le rachat du service militaire, il n\u2019est pay\u00e9 ni par les nobles qui se battent en personne, ni par le clerg\u00e9 qui ne se bat pas. C\u2019est donc un imp\u00f4t roturier. Tr\u00e8s injustement r\u00e9parti, il retombe lourdement sur les plus pauvres qui n\u2019ont pas les moyens (argent, relations) pour s\u2019en faire exempter. M\u00eame injustice pour la corv\u00e9e royale \u2013 imp\u00f4t en nature sous forme de journ\u00e9es de travail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On taxe tout, hormis l\u2019air que nous respirons.\u00a0\u00bb<span id=\"967\" class=\"cit-num\">967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). <em>Histoire de France<\/em> (1924), Jacques Bainville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et l\u2019historien ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui viendra d\u2019ailleurs sous la R\u00e9volution, avec l\u2019imp\u00f4t des portes et fen\u00eatres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La marquise, amie des encyclop\u00e9distes, paie proportionnellement beaucoup moins que le peuple et peut pourtant se plaindre d\u2019imp\u00f4ts nouveaux, tels les vingti\u00e8mes, cens\u00e9s frapper les nobles et les propri\u00e9taires. Mais les vices inh\u00e9rents \u00e0 la perception les rendent \u00e0 la fois injustes et inefficaces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Altesse Royale sera en \u00e9tat de relever le royaume de la triste situation \u00e0 laquelle il est r\u00e9duit et de le rendre plus puissant qu\u2019il n\u2019a encore \u00e9t\u00e9, de r\u00e9tablir l\u2019ordre des finances, de remettre, entretenir et augmenter l\u2019agriculture, les manufactures et le commerce, d\u2019augmenter le nombre des peuples [\u2026] d\u2019augmenter les revenus du Roi en soulageant les peuples et de diminuer la dette de l\u2019\u00c9tat sans faire tort aux cr\u00e9anciers.\u00a0\u00bb<span id=\"1078\" class=\"cit-num\">1078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">John <span class=\"caps\">LAW<\/span> (1671-1729), Premi\u00e8re Lettre au duc d\u2019Orl\u00e9ans. <em>Recherches historiques sur le syst\u00e8me de Law<\/em> (1854), \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent qui gouverne tant bien que mal se laisse convaincre\u00a0: c\u2019est la chance d\u2019une France dramatiquement appauvrie. D\u00e8s mai\u00a01716, le banquier \u00e9cossais fonde sa Banque g\u00e9n\u00e9rale (priv\u00e9e), soci\u00e9t\u00e9 par actions, autoris\u00e9e \u00e0 \u00e9mettre des billets ayant cours public, promue Banque royale le 4\u00a0d\u00e9cembre 1718. En 1719, le succ\u00e8s du Syst\u00e8me est foudroyant.<\/p>\n<p>Le principe est simple\u00a0: on remplace les pi\u00e8ces d\u2019or et d\u2019argent par du papier-monnaie \u00e0 la circulation plus rapide. Des cr\u00e9dits sont ouverts, garantis par les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises de Law (coloniales, commerciales, fiscales, financi\u00e8res) qui vont s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toute l\u2019\u00e9conomie. Ses soci\u00e9t\u00e9s filles et petites-filles de la Banque royale drainent les capitaux, promettant des plus-values de 40\u00a0% sur les dividendes. Il n\u2019y a th\u00e9oriquement aucun risque\u00a0: l\u2019exploitation des colonies fran\u00e7aises rapportera autant d\u2019argent que n\u00e9cessaire pour rembourser les d\u00e9posants. La Louisiane est un pays de cocagne, les Indes orientales font r\u00eaver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du n\u00e9ant.\u00a0\u00bb<span id=\"1082\" class=\"cit-num\">1082<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), parlant du syst\u00e8me de Law en 1719, <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Syst\u00e8me fait des miracles et permet de tout esp\u00e9rer\u00a0: \u00ab\u00a0Que de valets servis par leurs camarades, et peut-\u00eatre demain par leurs ma\u00eetres\u00a0!\u00a0\u00bb Des fortunes colossales naissent en quelques heures et l\u2019on cite des cas incroyables, mais vrais\u00a0: des laquais devenus millionnaires paradent en carrosse, un abb\u00e9 gagne 18\u00a0millions de livres, un gar\u00e7on de cabaret 30, un ramoneur 40, un mendiant 70 et une merci\u00e8re 100. Ces nouveaux riches ach\u00e8tent des ch\u00e2teaux, donnent des f\u00eates, \u00e9pousent des filles nobles\u2026 avant que leur fortune s\u2019\u00e9croule.<\/p>\n<p>Le Syst\u00e8me s\u2019effondre en 1720, au terme d\u2019un emballement affol\u00e9\u00a0: chute des dividendes, perte de confiance des porteurs, sp\u00e9culation \u00e0 la baisse de banquiers rivaux (les fr\u00e8res P\u00e2ris), trop forte \u00e9mission de billets que la banque ne peut rembourser \u00e0 vue, panique boursi\u00e8re. Les compagnies cr\u00e9\u00e9es dans les colonies n\u2019ont pas eu le temps de rapporter les richesses esp\u00e9r\u00e9es. La bourse de la rue Quincampoix ferme en mars, la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale provoque des \u00e9meutes en juillet. Le 21, une semi-banqueroute est prononc\u00e9e, un arr\u00eat du 10\u00a0octobre retire tout usage mon\u00e9taire aux billets de banque de Law (il y en avait pour plus de 10\u00a0milliards de livres). John Law, devenu entre-temps contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, prend la fuite et mourra ruin\u00e9 aux Pays-Bas. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait bonne et resservira au syst\u00e8me bancaire, mais la premi\u00e8re r\u00e9alisation fut catastrophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime mieux leur [aux paysans] demander des bras qu\u2019ils ont que de l\u2019argent qu\u2019ils n\u2019ont pas.\u00a0\u00bb<span id=\"1104\" class=\"cit-num\">1104<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philibert <span class=\"caps\">ORRY<\/span> (1689-1747), contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances de 1730 \u00e0 1745.<em> Histoire politique de l\u2019Europe, <span class=\"caps\">XVI<\/span>e-<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cles<\/em> (1996), Bernard et Monique Cottret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Remarquable financier, Orry b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 ce poste d\u2019un record de long\u00e9vit\u00e9 battu seulement par Colbert. Ils ont d\u2019autres qualit\u00e9s en commun.<\/p>\n<p>Il d\u00e9fend ici, de mani\u00e8re pragmatique, le principe de la corv\u00e9e royale, imp\u00f4t en nature sous forme de travail obligatoire (six jours \u00e0 un mois par an) qu\u2019il destine \u00e0 un grand chantier devenu indispensable au pays et relevant de l\u2019\u00c9cole des ponts et chauss\u00e9es, \u00e9galement cr\u00e9\u00e9e par Orry. Mais ce nouvel imp\u00f4t est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0f\u00e9odal\u00a0\u00bb par les \u00e9conomistes lib\u00e9raux \u2013 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 en 1738, il sera aboli \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat\u00a0: 44\u00a0000\u00a0km d\u2019anciens chemins de terre ou de chauss\u00e9es d\u00e9fonc\u00e9es deviennent des routes \u00e9largies, empierr\u00e9es, bord\u00e9es d\u2019arbres, born\u00e9es de lieue en lieue. Digues, bassins, canaux, ponts, ass\u00e8chements et d\u00e9tournements de rivi\u00e8res changent le paysage de la France. Le commerce en profite. Il profite aussi d\u2019une stabilit\u00e9 financi\u00e8re exceptionnelle, de 1730 \u00e0 1745.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut convenir que la gent eccl\u00e9siastique a les bras longs et m\u00eame qu\u2019elle est \u00e0 craindre.\u00a0\u00bb<span id=\"1130\" class=\"cit-num\">1130<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond Jean-Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">BARBIER<\/span> (1689-1771),<em> Journal historique et anecdotique du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (posthume, 1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>23\u00a0d\u00e9cembre 1751, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> c\u00e8de au clerg\u00e9 qui refuse de payer l\u2019imp\u00f4t dit du vingti\u00e8me, frappant tous les biens, la \u00ab\u00a0gent eccl\u00e9siastique\u00a0\u00bb se d\u00e9consid\u00e9rant du m\u00eame coup dans l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9forme fiscale \u00e9tait l\u2019\u0153uvre de Machault d\u2019Arnouville, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances depuis 1745. Le Parlement aura sa peau en 1754 et les privil\u00e9gi\u00e9s imposeront \u00e0 son successeur tant d\u2019adoucissements, de rachats et de forfaits que le vingti\u00e8me deviendra un imp\u00f4t comme les autres, mal assis, mal per\u00e7u, de faible rapport. L\u2019\u00c9tat qui a besoin d\u2019argent devient de plus en plus d\u00e9pendant du bon vouloir de ces hauts magistrats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour \u00e0 l\u2019italienne rend hommage \u00e0 l\u2019humour fran\u00e7ais. Une occasion plaisante de rappeler la th\u00e9\u00e2tromanie du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, entre deux consid\u00e9rations fiscales.<\/p>\n<p>Cet Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre, <em>La Locandiera<\/em>. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur, qui d\u00e9fend la tradition de la commedia dell\u2019arte \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous autres Fran\u00e7ais, nous sommes \u00e9cras\u00e9s sur terre, an\u00e9antis sur mer, sans vaisselle, sans esp\u00e9rance\u00a0; mais nous dansons fort joliment.\u00a0\u00bb<span id=\"1157\" class=\"cit-num\">1157<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M.\u00a0Bettinelli, 24\u00a0mars 1760, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre ne se joue pas sur le sol de France et ne menace pas tragiquement ses fronti\u00e8res comme au si\u00e8cle dernier ou au si\u00e8cle suivant. Mais elle co\u00fbte de plus en plus cher au pays et la fiscalit\u00e9 s\u2019alourdit\u00a0: la capitation est augment\u00e9e, on instaure un troisi\u00e8me vingti\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la paix. Le probl\u00e8me n\u2019est pourtant pas que financier. L\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas de chefs militaires dignes de ce nom et les hommes de gouvernement se r\u00e9v\u00e8lent incapables de g\u00e9rer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de banqueroute, point d\u2019augmentation d\u2019imp\u00f4ts, point d\u2019emprunt.\u00a0\u00bb<span id=\"1212\" class=\"cit-num\">1212<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), Lettre au roi, r\u00e9sumant ses projets de nouveau contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, fin ao\u00fbt\u00a01774. <em>\u0152uvres de Mr. Turgot, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et accompagn\u00e9es de M\u00e9moires et de notes sur sa vie, son administration et ses ouvrages<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toutes ses id\u00e9es sont bonnes et il a l\u2019art du raccourci, dans la formule. Il ne manque pas de le rappeler au roi. Rappelons au passage la popularit\u00e9 de deux grands ministres des Finances, Turgot et Necker \u2013 plus chanceux en cela que Colbert.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9formes de Turgot vont lui ali\u00e9ner les privil\u00e9gi\u00e9s et le roi, si faible, si h\u00e9sitant, peut-il vraiment le soutenir dans son combat\u00a0? Il va quand m\u00eame essayer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ons vu les \u00c9dits<br>Du roi Louis Seize\u00a0!<br>En les lisant \u00e0 Paris,<br>J\u2019ons cru mourir d\u2019aise [\u2026]<br>Je n\u2019irons plus au chemin<br>Comme \u00e0 la gal\u00e8re<br>Travailler soir et matin<br>Sans aucun salaire.<br>Le Roi, je ne mentons point,<br>A mis la corv\u00e9e \u00e0 bas.\u00a0\u00bb<span id=\"1218\" class=\"cit-num\">1218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les \u00c9dits<\/em> (1776), chanson des Jacques Bonhomme de France. <em>Histoire de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette<\/em> (1850-1851), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Turgot, en janvier\u00a01776, demande au Conseil l\u2019abolition de la corv\u00e9e royale des paysans (les Jacques), remplac\u00e9e par une taxe additionnelle payable par tous les propri\u00e9taires terriens. S\u2019y ajoute une s\u00e9rie de mesures fiscales pour plus de justice et d\u2019efficacit\u00e9. Au total, six \u00e9dits. C\u2019est l\u2019amorce d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9quit\u00e9 fiscale\u00a0: la mesure est tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s du petit peuple, le minist\u00e8re semble bien assur\u00e9, mais tous les privil\u00e9gi\u00e9s qui se retrouvent frapp\u00e9s fiscalement vont s\u2019opposer aux \u00e9dits de Turgot. Et l\u2019emporter une fois de plus. L\u2019humour est le ton dominant, mais la situation est tragique et la R\u00e9volution in\u00e9vitable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mur murant Paris rend Paris murmurant.\u00a0\u00bb<span id=\"1240\" class=\"cit-num\">1240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrin cit\u00e9 par <span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799) \u00e9voquant l\u2019impopularit\u00e9 du mur en 1785, au point d\u2019en faire une des causes de la R\u00e9volution. <em>Histoire des agrandissements de Paris<\/em> (1860), Auguste Descauriet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, enceinte de 24\u00a0km qui m\u00e9nage une soixantaine de passages (ou barri\u00e8res) flanqu\u00e9s de bureaux d\u2019octroi \u2013 imp\u00f4t indirect, per\u00e7u \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises. Calonne, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, a donn\u00e9 satisfaction aux fermiers g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: pouvant mieux r\u00e9primer les fraudes, notamment la contrebande sur le sel au nez des gabelous (commis de la gabelle), ils verseront davantage au Tr\u00e9sor qui en a plus que jamais besoin.<\/p>\n<p>Ce mur se veut imposant comme une fortification\u00a0: les bureaux, con\u00e7us par l\u2019architecte Nicolas Ledoux dans un style n\u00e9oclassique avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019antique, prennent le nom de Propyl\u00e9es de Paris. Mais les Parisiens ont l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer derri\u00e8re cette petite ceinture \u00e0 vocation fiscale. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9pigramme\u00a0: \u00ab\u00a0Pour augmenter son num\u00e9raire\u00a0\/ Et raccourcir notre horizon,\u00a0\/ La Ferme a jug\u00e9 n\u00e9cessaire\u00a0\/ De mettre Paris en prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mur, achev\u00e9 sous la R\u00e9volution, renforc\u00e9 sous le Consulat et l\u2019Empire, sera d\u00e9moli en 1860 par le pr\u00e9fet Haussmann, Paris s\u2019agrandissant de 11 \u00e0 20 arrondissements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est impossible d\u2019imposer plus, ruineux d\u2019emprunter toujours\u00a0; non suffisant de se borner aux r\u00e9formes \u00e9conomiques.\u00a0\u00bb<span id=\"1244\" class=\"cit-num\">1244<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), <em>Plan d\u2019am\u00e9lioration des finances<\/em>, M\u00e9moire, 20\u00a0ao\u00fbt 1786. La R\u00e9volution fran\u00e7aise (1922), Albert Mathiez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Enchanteur a commenc\u00e9 par rassurer les pr\u00eateurs. Il a multipli\u00e9 les projets industriels, financ\u00e9 les f\u00eates \u00e0 Versailles, les spectacles \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, dop\u00e9 le commerce en diminuant les taxes, supprim\u00e9 le troisi\u00e8me vingti\u00e8me. Mais l\u2019emprunt co\u00fbte de plus en plus cher, les recettes n\u2019augmentent pas comme esp\u00e9r\u00e9, l\u2019inflation encourage la sp\u00e9culation, les faillites se multiplient, l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce est fini. Calonne a compris\u00a0: \u00ab\u00a0Il est indispensable de reprendre en sous-\u0153uvre l\u2019\u00e9difice entier pour en pr\u00e9venir la ruine.\u00a0\u00bb Il a raison, mais il est bien tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est du Necker tout pur que vous me donnez l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1245\" class=\"cit-num\">1245<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), lisant le m\u00e9moire de Calonne, d\u2019ordinaire moins rigoureux dans sa gestion publique.<em> Histoire de France<\/em> (1874), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019\u00e9tonne du changement de politique propos\u00e9 par son ministre. Plus que \u00ab\u00a0du Necker\u00a0\u00bb, c\u2019est du Turgot. Face \u00e0 la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances propose au roi un projet radical pour unifier l\u2019administration des provinces et \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 fiscale. Mais jamais les Parlements n\u2019accepteront de cautionner cette r\u00e9forme remettant en cause tous les privil\u00e8ges\u00a0!<\/p>\n<p>Contre Vergennes (qui fait office de Premier ministre depuis la mort de Maurepas et m\u00e9nage les coteries de la cour), Calonne va convaincre le roi de convoquer une Assembl\u00e9e des notables pour leur pr\u00e9senter son projet, au d\u00e9but de 1787. C\u2019est le type m\u00eame de la fausse bonne id\u00e9e. Les notables ne pourront pas cautionner une r\u00e9forme allant contre leurs int\u00e9r\u00eats. La seule issue sera radicale\u00a0: la R\u00e9volution donnant le pouvoir aux \u00e9lus de l\u2019ensemble du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il n\u2019y a qu\u2019un monarque dans votre royaume, c\u2019est le fisc. Il \u00f4te l\u2019or de la couronne, l\u2019argent de la crosse, le fer de l\u2019\u00e9p\u00e9e et l\u2019orgueil aux paysans.\u00a0\u00bb<span id=\"1315\" class=\"cit-num\">1315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Cahier de dol\u00e9ances de la ville de Marseille<\/em>. Cit\u00e9 par Marcel Jullian, invit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution, matinale sur <em>France Inter<\/em> en 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe style qui contraste avec le ton quotidien, terre \u00e0 terre et souvent laborieux des quelque 50\u00a0000 cahiers r\u00e9dig\u00e9s en f\u00e9vrier-mars\u00a01789, pour exprimer les revendications des Fran\u00e7ais. Quant au fond, Marseille a raison\u00a0: tout le mal vient du Fisc. Les autres villes et provinces font chorus\u00a0: une unanimit\u00e9 citoyenne avant la lettre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous, d\u00e9put\u00e9s de la paroisse de Champniers d\u2019Angoul\u00eame, avons pris la hardiesse [\u2026] de vous faire savoir notre mis\u00e8re et notre pauvret\u00e9, que nous souffrons par les grosses impositions qui sont tax\u00e9es par vos intendants et subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9s\u00a0; en un mot, ils nous mettent \u00e0 la mendicit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1316\" class=\"cit-num\">1316<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cahier de dol\u00e9ances du tiers \u00e9tat. <em>D\u00e9partement de la Charente. Cahiers de dol\u00e9ances de la s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e d\u2019Angoul\u00eame et du si\u00e8ge royal de Cognac pour les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que veut le tiers\u00a0? \u00c9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t, acc\u00e8s aux emplois civils et aux grades militaires en fonction du m\u00e9rite et non de la naissance, fin des privil\u00e8ges de la noblesse.<\/p>\n<p>La noblesse, se sentant menac\u00e9e, revendique au contraire la d\u00e9fense de ses droits seigneuriaux et fonciers. Et presque tous les cahiers d\u00e9noncent l\u2019arbitraire de \u00ab\u00a0Monseigneur l\u2019intendant\u00a0\u00bb, l\u2019un des personnages les plus constamment ha\u00efs de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Odieuse et funeste arm\u00e9e \u00a0<br>Du Fisc affreuse l\u00e9gion <br>Dont l\u2019ardeur, de gain affam\u00e9e <br>A d\u00e9vor\u00e9 la Nation\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Louis <span class=\"caps\">GINGUENE<\/span> (1748-1816),<em> Ode sur les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te, historien et journaliste, partisan (mod\u00e9r\u00e9) des id\u00e9es de la R\u00e9volution, il c\u00e9l\u00e8bre en ces termes pompeux l\u2019ouverture des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux porteurs de tous les espoirs du peuple, au regard des tares de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Rappelons que les fameux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 sont les premiers \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux du royaume depuis ceux de 1614. Ce sont aussi les derniers de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Cette assembl\u00e9e des trois ordres (clerg\u00e9, noblesse et tiers \u00e9tat) est convoqu\u00e9e par Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> pour r\u00e9gler la crise financi\u00e8re \u2013 car il tout essay\u00e9 et tout a \u00e9chou\u00e9. Ils s\u2019ouvrent \u00e0 Versailles, le 5 mai 1789.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/haro-sur-limpot-comedie-humaine-de-lhistoire-contemporaine\/\">D\u00e9couvrez la suite de notre histoire des imp\u00f4ts<\/a><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019existe pas d\u2019\u00c9tat sans fiscalit\u00e9. Sous la Gaule et au Moyen \u00c2ge, il fallait financer les arm\u00e9es, indispensables aux guerres de d\u00e9fense ou de conqu\u00eate. Au fil de l\u2019Histoire, les besoins se diversifient et les imp\u00f4ts augmentent. En 2022, le budget de l\u2019\u00c9tat atteindra 300 milliards d\u2019euros. Premier poste, l\u2019\u00c9ducation (56,5 milliards). 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