{"id":9239,"date":"2022-01-24T00:00:00","date_gmt":"2022-01-23T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/galerie-presidentielle-ii-troisieme-republique-jusquen-1879\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:05","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:05","slug":"galerie-presidentielle-ii-troisieme-republique-jusquen-1879","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-ii-troisieme-republique-jusquen-1879\/","title":{"rendered":"Galerie pr\u00e9sidentielle (II. Troisi\u00e8me R\u00e9publique jusqu&rsquo;en 1879)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sents dans notre <em>Histoire en citations<\/em>, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">II<\/span>. Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: deux premiers cas de Pr\u00e9sidents au fort caract\u00e8re, Thiers et Mac-Mahon.<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-24.jpg\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b02. Adolphe Thiers.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2331\" class=\"cit-num\">2331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0358 \u00e0\u00a0363 (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s longue carri\u00e8re politique et personnalit\u00e9 tr\u00e8s diversement jug\u00e9e, comme en t\u00e9moignent ses surnoms originaux.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en politique en\u00a01830 sous la Monarchie de Juillet, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 de la premi\u00e8re heure (et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa longue vie), il cautionnera cette monarchie constitutionnelle, mais il irrite de plus en plus Louis-Philippe qui nomme cet orateur \u00ab\u00a0Mirabeau-mouche\u00a0\u00bb (pour sa grande gueule et sa petite taille) et \u00ab\u00a0singe \u00e0 portefeuilles\u00a0\u00bb (pour ses ambitions politiques \u00e9videntes). Il sera plusieurs fois ministre sous ce r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire, \u00ab\u00a0Foutriquet\u00a0\u00bb (petit homme \u00e0 la houppe de cheveux) se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande. 1871\u00a0est l\u2019ann\u00e9e de tous les pouvoirs et de tous les dangers pour Thiers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pacifier, r\u00e9organiser, relever le cr\u00e9dit, ranimer le travail, voil\u00e0 la seule politique possible et m\u00eame concevable en ce moment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2355\" class=\"cit-num\">2355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), pr\u00e9sentant son minist\u00e8re et son programme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Bordeaux, 19\u00a0f\u00e9vrier 1871.<em> Questions ouvri\u00e8res et industrielles en France sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1907), Pierre \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 73\u00a0ans, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 (par 26 d\u00e9partements) aux \u00e9lections du 8\u00a0f\u00e9vrier. Il fallait un nouveau gouvernement, issu d\u2019une assembl\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9lue, pour ratifier les pr\u00e9liminaires de paix avec le chancelier allemand (suite \u00e0 l\u2019armistice). Apr\u00e8s la d\u00e9faite, voil\u00e0 le second choc pour Paris\u00a0: le pays est monarchiste \u2013 et veut la paix\u00a0! Paris seul a vot\u00e9 r\u00e9publicain en masse, \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9 par Louis Blanc, Hugo, Gambetta.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 Bordeaux le 12\u00a0f\u00e9vrier \u2013 Paris \u00e9tant toujours assi\u00e9g\u00e9 par les Prussiens. Elle accepte la d\u00e9mission du gouvernement de la D\u00e9fense nationale et d\u00e9signe \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9 Thiers chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique. Belle et juste promotion. Mais c\u2019est encore du provisoire, car les r\u00e9publicains sont minoritaires.<\/p>\n<p>La France ayant d\u2019autres priorit\u00e9s, Thiers, en vieux routier de la politique, s\u2019engage \u00e0 respecter la tr\u00eave des partis et \u00e0 diff\u00e9rer toute discussion sur la forme du r\u00e9gime et la Constitution. Son programme prend le nom de Pacte de Bordeaux. La guerre civile va de nouveau bouleverser le pays et d\u00e9jouer tous les plans politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple de Paris veut conserver ses armes, choisir lui-m\u00eame ses chefs et les r\u00e9voquer quand il n\u2019a plus confiance en eux. Plus d\u2019arm\u00e9e permanente, mais la nation tout enti\u00e8re arm\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2358\" class=\"cit-num\">2358<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la Commune, Manifeste \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, 8\u00a0mars 1871.<em> Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb, qui n\u2019est pas encore \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb Commune insurrectionnelle, commence ainsi son appel\u00a0: \u00ab\u00a0Soldats, enfants du peuple\u00a0! Les hommes qui ont organis\u00e9 la d\u00e9faite, d\u00e9membr\u00e9 la France, livr\u00e9 tout notre or, veulent \u00e9chapper \u00e0 la responsabilit\u00e9 qu\u2019ils ont assum\u00e9e en suscitant la guerre civile.\u00a0\u00bb Thiers vient de supprimer la paye des gardes nationaux qui, toujours arm\u00e9s, se sont donn\u00e9 le nom de F\u00e9d\u00e9r\u00e9s \u2013 cette solde \u00e9tait la seule ressource des ouvriers mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Une \u00e9norme pression r\u00e9volutionnaire, avec une propagande encourag\u00e9e par la libert\u00e9 de la presse et des clubs, agite \u00e0 nouveau la capitale\u00a0: des rumeurs de Restauration courent \u2013 Chambord ou d\u2019Orl\u00e9ans pourrait revenir au pouvoir\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une solution radicale qui puisse sauver le pays\u00a0: il faut \u00e9vacuer Paris. Je n\u2019abandonne pas la patrie, je la sauve\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2361\" class=\"cit-num\">2361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), aux ministres de son gouvernement, 18\u00a0mars 1871. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir\u00a0: ordre est donn\u00e9 de d\u00e9sarmer les quelque 200\u00a0000 gardes nationaux organis\u00e9s en F\u00e9d\u00e9ration, et de r\u00e9cup\u00e9rer les 227 canons qui ont servi \u00e0 la d\u00e9fense de Paris contre les Prussiens, \u00e0 pr\u00e9sent regroup\u00e9s \u00e0 Montmartre et Belleville, quartiers populaires.<\/p>\n<p>Les 4\u00a0000 soldats font leur devoir sans enthousiasme. La foule, les femmes surtout s\u2019interposent. Deux g\u00e9n\u00e9raux, l\u2019un charg\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration, l\u2019autre \u00e0 la retraite, mais reconnu, sont arr\u00eat\u00e9s, tra\u00een\u00e9s au Ch\u00e2teau rouge (ancien bal de la rue Clignancourt, devenu quartier g\u00e9n\u00e9ral des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), bless\u00e9s, puis fusill\u00e9s\u00a0: Lecomte et Thomas. Clemenceau, maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement et t\u00e9moin, est atterr\u00e9. \u00ab\u00a0On ne conna\u00eetra jamais les responsables de cette ex\u00e9cution sommaire\u00a0: leur nom est la foule\u00a0\u00bb (Georges Duby). C\u2019est l\u2019\u00e9tincelle qui met le feu \u00e0 Paris, insurg\u00e9 en quelques heures.<\/p>\n<p>Thiers renonce \u00e0 r\u00e9primer l\u2019\u00e9meute \u2013 il dispose de 30\u00a0000 soldats face aux 150\u00a0000 hommes de la garde nationale, et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr de leur fid\u00e9lit\u00e9. Il abandonne Paris au pouvoir de la rue et regagne Versailles, ordonnant \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et aux corps constitu\u00e9s d\u2019\u00e9vacuer la place.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Montmartre s\u2019insurge contre le gouvernement du suffrage universel. Le gouvernement cesse d\u2019\u00eatre patient juste au moment o\u00f9 il fallait encore vingt-quatre heures de patience. Que se pr\u00e9pare-t-il pour l\u2019histoire de France\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle<\/em>, 19\u00a0mars). Le quotidien commente les \u00e9v\u00e9nements de la veille\u00a0: responsabilit\u00e9s partag\u00e9es dans cette insurrection du 18\u00a0mars qui consacre la rupture entre le Paris r\u00e9volutionnaire et le gouvernement l\u00e9gal du pays.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e de la Commune (au sens d\u2019insurrection)\u00a0: la trag\u00e9die va durer 72 jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Galliffet a fait fusiller sans jugement 5 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers. \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00fb faire un exemple ce matin\u00a0; je d\u00e9sire ne pas \u00eatre r\u00e9duit de nouveau \u00e0 une pareille extr\u00e9mit\u00e9. N\u2019oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons\u00e9quent sont \u00e0 Versailles et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et non pas avec la grotesque assembl\u00e9e de Paris, qui s\u2019intitule Commune.\u00a0\u00bb Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaudra le surnom de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0massacreur de la Commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 Paris, les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y aura quelques maisons de trou\u00e9es, quelques personnes de tu\u00e9es, mais force restera \u00e0 la loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2370\" class=\"cit-num\">2370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), R\u00e9ponse \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation ma\u00e7onnique, 22\u00a0avril 1871. <em>Le Coq rouge\u00a0: une histoire de la Commune de Paris<\/em> (1972), Armand Lanoux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers continue de masser des troupes et de prendre des positions strat\u00e9giques dans la banlieue, cependant que l\u2019organisation militaire de Paris se r\u00e9v\u00e8le une t\u00e2che irr\u00e9alisable.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre\u00a0\u00bb Gustave Cluseret est remplac\u00e9 le 1er\u00a0mai par Louis Rossel, colonel de 27\u00a0ans \u2013 au lendemain des d\u00e9faites de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et de la capitulation, il a pris parti pour la Commune (il sera fusill\u00e9). Il d\u00e9missionne le 10\u00a0mai, remplac\u00e9 par Charles Delescluze (bient\u00f4t tu\u00e9 au combat). Impossible de discipliner les gardes nationaux, tandis que la Commune h\u00e9site toujours entre l\u2019anarchie et le pouvoir fort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris. \u00ab\u00a0Anecdotiquement\u00a0\u00bb, la colonne Vend\u00f4me est abattue, suite \u00e0 un vote du Comit\u00e9 de salut public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris, l\u2019arm\u00e9e de la France est venue vous sauver. Paris est d\u00e9livr\u00e9. Nos soldats ont enlev\u00e9, \u00e0 quatre heures, les derni\u00e8res positions occup\u00e9es par les insurg\u00e9s. Aujourd\u2019hui la lutte est termin\u00e9e\u00a0; l\u2019ordre, le travail et la s\u00e9curit\u00e9 vont rena\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2376\" class=\"cit-num\">2376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Proclamation affich\u00e9e le 29\u00a0mai\u00a01871.<em> D\u00e9crets et rapports officiels de la Commune de Paris et du gouvernement fran\u00e7ais du 18\u00a0mars au 31\u00a0mars\u00a01871<\/em> (1871), Ermete Pierotti<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proclamation sign\u00e9e du mar\u00e9chal de France, commandant en chef \u2013 que nous allons bient\u00f4t retrouver dans un autre r\u00f4le, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique\u2026<\/p>\n<p>Reste le fort de Vincennes, toujours aux mains des insurg\u00e9s, qui va \u00eatre assi\u00e9g\u00e9 par une brigade de l\u2019arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy. Simple formalit\u00e9 pour les Versaillais. La garnison d\u00e9sarm\u00e9e se rend, les officiers sont imm\u00e9diatement pass\u00e9s par les armes. Thiers t\u00e9l\u00e9graphie ce m\u00eame jour aux pr\u00e9fets, \u00e0 propos des Parisiens insurg\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Le sol est jonch\u00e9 de leurs cadavres\u00a0; ce spectacle affreux servira de le\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont plus des soldats qui accomplissent leur devoir, ce sont des \u00eatres retourn\u00e9s \u00e0 la nature des fauves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2379\" class=\"cit-num\">2379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France<\/em>, juin\u00a01871. <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journalistes, unanimes, condamnent la r\u00e9pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans <em>Le\u00a0Si\u00e8cle<\/em>, on \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une folie furieuse. On ne distingue plus l\u2019innocent du coupable.\u00a0\u00bb Et dans <em>Paris-Journal<\/em> du 9\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bois de Boulogne que seront ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir les gens condamn\u00e9s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamn\u00e9s d\u00e9passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3\u00a0500 insurg\u00e9s sont fusill\u00e9s sans jugement dans Paris, pr\u00e8s de 2\u00a0000 dans la cour de prison de la Roquette, et plusieurs centaines au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, de sinistre m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Il y aura 400\u00a0000 d\u00e9nonciations \u00e9crites \u2013 sur 2\u00a0millions de Parisiens, cela fait un fort pourcentage de d\u00e9lateurs, et montre assez la haine accumul\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 40\u00a0000 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers sont entass\u00e9s \u00e0 Versailles, intern\u00e9s dans des pontons flottants et dans les forts c\u00f4tiers, faute de places dans les prisons\u00a0: 22\u00a0000 non-lieux, pr\u00e8s de 2\u00a0500 acquittements, plus de 10\u00a0000 condamnations, dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation, et de nombreux morts \u00e0 la suite de mauvais traitements. Pour juger ces vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre vont fonctionner jusqu\u2019en 1874.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes gueux comme des rats d\u2019\u00e9glise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2415\" class=\"cit-num\">2415<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), au gouverneur de la Banque de France, faisant allusion aux finances de l\u2019\u00c9tat, 24 mars 1871. <em>Les Convulsions de Paris<\/em> (1899), Maxime Du Camp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le co\u00fbt total de la guerre est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 15,6\u00a0milliards de francs. Une ran\u00e7on de 5\u00a0milliards est la condition de la lib\u00e9ration du territoire. Le 27\u00a0juin 1871, Thiers lance un premier emprunt d\u2019\u00c9tat de 4,9\u00a0milliards \u00e0 6,6\u00a0% d\u2019int\u00e9r\u00eat. Les souscriptions massives seront consid\u00e9r\u00e9es comme autant de pl\u00e9biscites en sa faveur. Thiers travaille au redressement du pays, sans pourtant le doter de finances modernes\u00a0: par conservatisme, il \u00e9carte le projet d\u2019un imp\u00f4t sur le revenu qui sera finalement adopt\u00e9 en 1914.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avez-vous une monarchie \u00e0 me proposer\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2414\" class=\"cit-num\">2414<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, juin\u00a01871. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb (r\u00e9gime toujours provisoire) s\u2019adresse aux monarchistes, majoritaires \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, mais divis\u00e9s entre l\u00e9gitimistes (pour le comte de Chambord, petit-fils de Charles X) et orl\u00e9anistes (pour le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe). <br>Fort de son prestige qui lui vient de l\u2019\u00e9crasement de la Commune (ce que l\u2019histoire lui reprochera plus tard), Thiers veut imposer la R\u00e9publique au pays et s\u2019imposer lui-m\u00eame en Pr\u00e9sident, place tant convoit\u00e9e par ce R\u00e9publicain de la premi\u00e8re heure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chef, c\u2019est un qualificatif de cuisinier\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2418\" class=\"cit-num\">2418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>31 ao\u00fbt 1871. Le petit homme surnomm\u00e9 Foutriquet troque enfin son titre de chef du pouvoir ex\u00e9cutif pour celui, plus prestigieux, de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et l\u2019Assembl\u00e9e se proclame Constituante\u00a0: c\u2019est la loi Rivet (d\u00e9put\u00e9 de centre gauche, ami de Thiers).<\/p>\n<p>La t\u00e2che institutionnelle avait \u00e9t\u00e9 sagement remise \u00e0 plus tard, en f\u00e9vrier\u00a01871\u00a0: ann\u00e9e terrible, avec la guerre contre la Prusse si mal finie, et la guerre civile d\u00e9bouchant sur la Commune de Paris et ses suites sanglantes.<\/p>\n<p>Profitant de son prestige, le \u00ab\u00a0Lib\u00e9rateur du territoire\u00a0\u00bb s\u2019impose enfin, aussi conservateur que r\u00e9publicain, soutenu par Gambetta, r\u00e9publicain d\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Union r\u00e9publicaine. Comme Gambetta et Clemenceau, \u00e9galement admir\u00e9s, contest\u00e9s, d\u00e9test\u00e9s, Thiers demeure l\u2019un personnages politiques importants de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le soldat n\u2019habitue pas son \u00e2me \u00e0 un m\u00e9tier qu\u2019il va quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2421\" class=\"cit-num\">2421<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Discours parlementaires de M. Thiers\u00a0: 1872-1877<\/em> (posthume, 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00e9conisait un service militaire de huit ans\u00a0! Il obtiendra \u00ab\u00a0seulement\u00a0\u00bb cinq ans, le 25\u00a0juillet 1872. La loi sur le recrutement instaure un service personnel et universel\u00a0: elle devra fournir \u00e0 la France des effectifs comparables \u00e0 ceux de l\u2019Allemagne, en cas de conflit \u2013 c\u2019est sans compter avec la sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9mographique de l\u2019ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique existe, elle est le gouvernement l\u00e9gal du pays, vouloir autre chose serait une nouvelle r\u00e9volution et la plus redoutable de toutes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2422\" class=\"cit-num\">2422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours de rentr\u00e9e parlementaire, 13\u00a0novembre 1872. <em>Discours parlementaires de M. Thiers\u00a0: 1872-1877<\/em> (posthume, 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Pr\u00e9sident veut d\u00e9fendre \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb R\u00e9publique qui n\u2019est toujours qu\u2019un r\u00e9gime provisoire. Il assure que c\u2019est \u00ab\u00a0le r\u00e9gime qui nous divise le moins\u00a0\u00bb (comme dans son discours du 13 f\u00e9vrier 1850, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique) et met en garde les monarchistes, majoritaires \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e comme dans le pays \u2013 paradoxe de la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique sera conservatrice ou elle ne sera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2423\" class=\"cit-num\">2423<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours de rentr\u00e9e parlementaire, 13\u00a0novembre 1872. <em>Les Opportunistes\u00a0: les d\u00e9buts de la R\u00e9publique aux r\u00e9publicains<\/em> (1991), L\u00e9o Hamon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00eache toujours pour sa paroisse, en l\u2019occurrence sa personne. Et d\u2019insister\u00a0: \u00ab\u00a0Tout gouvernement doit \u00eatre conservateur et nulle soci\u00e9t\u00e9 ne pourrait vivre sans un gouvernement qui ne le serait point.\u00a0\u00bb Il vise alors les r\u00e9publicains avanc\u00e9s de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est la tactique classique du \u00ab\u00a0un coup \u00e0 droite, un coup \u00e0 gauche\u00a0\u00bb. Fort de son autorit\u00e9, Thiers veut rassurer le pays et pour faire la R\u00e9publique, jouer l\u2019alliance des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et des orl\u00e9anistes contre les extr\u00eames\u00a0: l\u00e9gitimistes ultras inconditionnels du drapeau blanc et nostalgiques de la Commune r\u00e9volutionnaire. Le conflit va \u00e9clater quelques mois plus tard, avec l\u2019arriv\u00e9e de Mac-Mahon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous faites appel \u00e0 mon patriotisme\u2026 soit, j\u2019accepte\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2426\" class=\"cit-num\">2426<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), 18\u00a0mai\u00a01873. <em>Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chef de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 65\u00a0ans, h\u00e9ros du si\u00e8ge de Malakoff (\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste\u00a0\u00bb), vaincu et prisonnier \u00e0 Sedan avec Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, mais vainqueur \u00e0 la t\u00eate des Versaillais contre les insurg\u00e9s de la Commune, ce qui lui vaut une nouvelle popularit\u00e9\u2026 C\u2019est quand m\u00eame l\u2019invit\u00e9 surprise dans cette galerie pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>R\u00e9put\u00e9 pour sa pi\u00e9t\u00e9, son honn\u00eatet\u00e9, l\u2019homme n\u2019a rien d\u2019un politique\u00a0! Gambetta m\u00e9prise \u00ab\u00a0ce caporal, le plus insignifiant des re\u00eetres de l\u2019Empire\u00a0\u00bb et Thiers ne l\u2019appelle que \u00ab\u00a0cet imb\u00e9cile de mar\u00e9chal\u00a0\u00bb. Et pourtant\u2026<\/p>\n<p>Monarchiste (comme la majorit\u00e9 de la France), Mac-Mahon s\u2019est entendu avec le duc de Broglie pour occuper la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et r\u00e9tablir ensuite la monarchie \u2013 \u00e9tonnant march\u00e9\u00a0! Reste \u00e0 se d\u00e9barrasser de Thiers, de plus en plus contest\u00e9 par les conservateurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tout prendre au s\u00e9rieux, mais rien au tragique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2427\" class=\"cit-num\">2427<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 24\u00a0mai 1873. <em>Annales de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1873), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contest\u00e9 pour son parti pris r\u00e9publicain par les monarchistes majoritaires, Thiers a perdu son droit de parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00e9tant pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il ne peut plus s\u2019exprimer que par un message lu, ne donnant lieu \u00e0 aucune discussion (loi de Broglie, du 13\u00a0mars). Il se conforme \u00e0 ce \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial chinois\u00a0\u00bb \u2013 ce sont ses mots pour qualifier la chose.<\/p>\n<p>La veille, de Broglie l\u2019a interpell\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre l\u2019\u00ab\u00a0ordre moral\u00a0\u00bb, des d\u00e9put\u00e9s royalistes lui demandant de faire pr\u00e9valoir une \u00ab\u00a0politique r\u00e9solument conservatrice\u00a0\u00bb. Le 24\u00a0mai au matin, avant la s\u00e9ance \u00e0 la Chambre, il r\u00e9affirme sa position r\u00e9publicaine avec un argument de plus\u00a0: \u00ab\u00a0La monarchie est impossible\u00a0: il n\u2019y a qu\u2019un tr\u00f4ne, et on ne peut l\u2019occuper \u00e0 trois\u00a0!\u00a0\u00bb Outre le comte de Paris et le comte de Chambord, il y a le prince imp\u00e9rial, fils de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, en son absence, par 360 voix contre 334, l\u2019Assembl\u00e9e vote un bl\u00e2me contre Thiers. Il offre sa d\u00e9mission. Il n\u2019y est pas oblig\u00e9, mais il est s\u00fbr qu\u2019on le rappellera, sa position en sera renforc\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Le soir, sa lettre est lue \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui proc\u00e8de aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9lection du nouveau pr\u00e9sident. La gauche s\u2019abstient et Mac-Mahon, candidat des royalistes, est \u00e9lu. Thiers a jou\u00e9, et perdu. Il lui reste une derni\u00e8re chance\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pr\u00e9sidence est un enfer, je n\u2019y retournerai pas. Et vous-m\u00eame, mon cher Mar\u00e9chal, n\u2019y entrez pas. Aujourd\u2019hui le pouvoir est un gu\u00eapier dans lequel une nature militaire telle que la v\u00f4tre perdrait patience en quarante-huit heures.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2428\" class=\"cit-num\">2428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), 24\u00a0mai\u00a01873. <em>Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit qui suit la d\u00e9mission de Thiers et l\u2019\u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de Mac-Mahon, le \u00ab\u00a0cher Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb s\u2019est rendu au domicile de Thiers, au cas o\u00f9 celui-ci regretterait sa lettre de d\u00e9mission. En vieux routier de la politique, Thiers lui tient ce discours, sans r\u00e9sultat. Mac-Mahon reste droit dans ses bottes, investi de sa mission monarchique. Il sera donc pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Et pourtant, Thiers esp\u00e8rera encore lui succ\u00e9der.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique, c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2455\" class=\"cit-num\">2455<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Discours parlementaires de M. Thiers\u00a0: 1872-1877<\/em> (posthume, 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier message du vieux r\u00e9publicain, possible successeur de Mac-Mahon \u00e0 la pr\u00e9sidence, car il y croyait toujours, malgr\u00e9 son \u00e2ge.<\/p>\n<p>Il meurt \u00e0 80 ans, le 3\u00a0septembre 1877. Sa famille refuse les obs\u00e8ques officielles. Mais 384 villes sont repr\u00e9sent\u00e9es et une foule estim\u00e9e \u00e0 un million assiste \u00e0 ses fun\u00e9railles parisiennes. L\u2019\u00e9motion nationale atteste \u00e0 la fois l\u2019immense prestige du petit homme et son incontestable r\u00e9ussite\u00a0: son ralliement \u00e0 la R\u00e9publique a su rallier le pays \u00e0 ce r\u00e9gime et r\u00e9concilier les Fran\u00e7ais avec les r\u00e9publicains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019aimais pas ce roi des prud\u2019hommes. N\u2019importe\u00a0! compar\u00e9 aux autres, c\u2019est un g\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2456\" class=\"cit-num\">2456<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), \u00e0 la mort de Thiers, <em>Correspondance<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et puis il avait une vertu rare\u00a0: le patriotisme. Personne n\u2019a r\u00e9sum\u00e9 comme lui la France, de l\u00e0 l\u2019immense effet de sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Flaubert, un an plus t\u00f4t, s\u2019exclamait pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Rugissons contre M. Thiers\u00a0! Peut-on voir un plus triomphant imb\u00e9cile, un cro\u00fbtard plus abject, un plus \u00e9troniforme bourgeois\u00a0! Non, rien ne peut donner l\u2019id\u00e9e du vomissement que m\u2019inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa b\u00eatise sur le fumier de la bourgeoisie\u00a0! Il me semble \u00e9ternel comme la m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet hommage posthume et du bout de la plume prendra encore plus de valeur par la suite\u00a0: le personnel politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique fut \u2013 sauf exceptions \u2013 d\u2019une grande m\u00e9diocrit\u00e9. Exceptions \u00e0 la r\u00e8gle, Gambetta et Clemenceau qui ne seront jamais Pr\u00e9sidents.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b0 3. Mac-Mahon.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec l\u2019aide de Dieu, le d\u00e9vouement de notre arm\u00e9e qui sera toujours l\u2019esclave de la loi, l\u2019appui de tous les honn\u00eates gens, nous continuerons l\u2019\u0153uvre de la lib\u00e9ration du territoire et du r\u00e9tablissement de l\u2019ordre moral dans notre pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2429\" class=\"cit-num\">2429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Message pr\u00e9sidentiel du 25\u00a0mai\u00a01873. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident d\u00e9finit la politique du minist\u00e8re de Broglie qu\u2019il vient d\u2019appeler.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019il arrive aur\u00e9ol\u00e9 de son pass\u00e9 militaire, symbolis\u00e9 \u00e0 jamais par le fameux \u00ab\u00a0J\u2019\u2019y suis, j\u2019y reste\u00a0!\u00a0\u00bb au fort de Malakoff qui tenait depuis 350 jours de si\u00e8ge et qu\u2019il a pris d\u2019assaut, avec ses zouaves.<\/p>\n<p>Cet \u00ab\u00a0ordre moral\u00a0\u00bb va, aux yeux de l\u2019histoire, caract\u00e9riser le premier gouvernement sous sa pr\u00e9sidence. La formule est assez vague pour avoir l\u2019accord de la majorit\u00e9 monarchiste, sans raviver les disputes entre l\u00e9gitimistes et orl\u00e9anistes. L\u2019ordre moral a pourtant beaucoup d\u2019opposants. Il implique le renforcement de la puissance de l\u2019\u00c9glise catholique et de son ascendant sur les masses pratiquantes. \u00ab\u00a0Je sens une odeur de sacristie qui monte\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e9crit George Sand \u00e0 Flaubert.<\/p>\n<p>Il y a pire\u00a0: c\u2019est la personnalit\u00e9 du nouveau candidat au tr\u00f4ne que le pr\u00e9sident Mac-Mahon s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter au pays\u2026.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis le pilote n\u00e9cessaire, le seul capable de conduire le navire au port, parce que j\u2019ai mission et autorit\u00e9 pour cela.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2437\" class=\"cit-num\">2437<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), 30\u00a0octobre 1873. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1870-71<\/em> (1877), Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les monarchistes se sont enfin mis d\u2019accord sur son nom\u00a0: Henri de Bourbon, pr\u00e9tendant l\u00e9gitimiste, est le plus \u00e2g\u00e9, sans descendant. Le comte de Paris et les orl\u00e9anistes attendront leur tour quelques ann\u00e9es. Mais que serait cette restauration\u00a0? Monarchie parlementaire de mod\u00e8le anglais ou monarchie de type Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Chambord est intransigeant sur ce point\u00a0: \u00ab\u00a0Ma personne n\u2019est rien, mon principe est tout.\u00a0\u00bb Dans son journal <em>L\u2019Union<\/em>, il agite le drapeau blanc\u00a0: il le veut, pour lui et pour la France. Querelle symbolique, mais c\u2019est un symbole que les orl\u00e9anistes ne peuvent admettre \u2013 et la majorit\u00e9 de la France non plus, sans doute. Bref, voici la restauration de la monarchie bien compromise sous cette R\u00e9publique encore fragile.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je croyais avoir affaire \u00e0 un Conn\u00e9table de France, je n\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019un capitaine de gendarmerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2438\" class=\"cit-num\">2438<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), apprenant le refus de Mac-Mahon qui se r\u00e9cuse, le 12\u00a0novembre\u00a01873.<em> L\u2019\u00c9chec de la restauration monarchique en 1873<\/em> (1910), Arthur Loth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa cour d\u2019aristocrates, durant son long exil autrichien, habitua le pr\u00e9tendant \u00e0 plus d\u2019\u00e9gards que n\u2019en a le mar\u00e9chal\u00a0! Mac-Mahon devait introduire le monarque \u00e0 la Chambre, appuy\u00e9 \u00e0 son bras, venant se faire acclamer par la majorit\u00e9 monarchiste.<\/p>\n<p>Mais le mar\u00e9chal est choqu\u00e9 par cette affaire de drapeau blanc que le comte entend r\u00e9tablir. Il est \u00e9galement certain que l\u2019arm\u00e9e, son arm\u00e9e, n\u2019acceptera jamais. Bref, en son \u00e2me et conscience, il dit non \u00e0 ce \u00ab\u00a0roi\u00a0\u00bb et garde sa pr\u00e9sidence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Premier magistrat du pays,<br>L\u2019honneur me met, je vous l\u2019atteste,<br>Au-dessus de tous les partis.<br>Aussi, Messieurs, j\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2439\" class=\"cit-num\">2439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">AVENEL<\/span> (1823-1902), <em>J\u2019y suis, j\u2019y reste<\/em> (1873), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux mar\u00e9chal, pourtant royaliste, a compris que la restauration est chose impossible avec ce \u00ab\u00a0Henri V\u00a0\u00bb qui serait funeste \u00e0 la France\u00a0: \u00ab\u00a0La Chambre \u00e0 mon honn\u00eatet\u00e9\u00a0\/ A confi\u00e9 la R\u00e9publique\u00a0\/ Je dois garder sa libert\u00e9\u00a0\/ Et prot\u00e9ger sa politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 20\u00a0novembre 1873, la loi du septennat lui garde son poste pour sept ans encore \u2013 entre-temps, le vieux comte de Chambord ne sera peut-\u00eatre plus de ce monde et le comte de Paris aura ses chances. Mais l\u2019histoire d\u00e9joue ce genre de calculs\u00a0et la France, sous le r\u00e9gime provisoire qui dure, va devenir de plus en plus r\u00e9publicaine. Reste la question \u00e0 venir\u00a0: Mac-Mahon, quel pr\u00e9sident sera-t-il\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est assez difficile que Monsieur Mac-Mahon nous dise ce qu\u2019il veut, puisqu\u2019il ne peut m\u00eame pas nous apprendre ce qu\u2019il est. C\u2019est ce qu\u2019on appelle en photographie un n\u00e9gatif, et en histoire naturelle un mulet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2440\" class=\"cit-num\">2440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1874<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus r\u00e9publicain que jamais apr\u00e8s la Commune, le journaliste, d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Noum\u00e9a (en m\u00eame temps que Louise Michel la Vierge rouge), r\u00e9ussit la seule \u00e9vasion du bagne de Nouvelle-Cal\u00e9donie, avec quelques camarades. Il rejoint \u00e0 Londres un groupe de communards exil\u00e9s. Son journal <em>La Lanterne<\/em> repara\u00eet de juillet\u00a01874 \u00e0 octobre\u00a01876, diffus\u00e9e clandestinement en France, mariant humour et opposition, et r\u00e9galant les amateurs.<\/p>\n<p>Avec le recul de l\u2019histoire, il faut pourtant rendre justice \u00e0 Mac-Mahon.<\/p>\n<p>Mar\u00e9chal et improbable pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, populaire par sa prestance, sa loyaut\u00e9 et sa franchise, il va assister ou participer \u00e0 la mise en place de beaucoup d\u2019institutions durables\u00a0: le domaine r\u00e9serv\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat, les difficult\u00e9s de la cohabitation, les risques de la dissolution. Le septennat et la pr\u00e9sidence du Conseil des ministres ont longtemps fonctionn\u00e9\u2026 Au total, ce premier pr\u00e9sident fera autant pour l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique que Thiers, Gambetta ou Gr\u00e9vy, ses contemporains et adversaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est \u00e9lu \u00e0 la majorit\u00e9 absolue des suffrages par le S\u00e9nat et par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9unis en Assembl\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2443\" class=\"cit-num\">2443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">WALLON<\/span> (1812-1904), amendement du 30\u00a0janvier\u00a01875<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans effet oratoire, sans tambour ni trompette d\u2019aucune sorte, c\u2019est bien discr\u00e8tement que la R\u00e9publique s\u2019installe en France. \u00ab\u00a0Le 30\u00a0janvier 1875, \u00e0 une seule voix de majorit\u00e9 (353 contre 352), l\u2019amendement Wallon, qui pronon\u00e7ait le nom de R\u00e9publique, qui l\u2019inscrivait officiellement dans les lois, \u00e9tait adopt\u00e9\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>Henri Wallon, d\u00e9put\u00e9 catholique tol\u00e9rant, devient c\u00e9l\u00e8bre comme \u00ab\u00a0P\u00e8re de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb et cela doit plaire au Pr\u00e9sident Mac-Mahon, m\u00eame si certains en plaisantent\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme dont l\u2019aspect vaudrait un passeport pour le gendarme le plus soup\u00e7onneux. L\u2019amour de l\u2019ordre est inscrit sur son front en rides majuscules\u00a0\u00bb, selon Camille Pelletan, d\u00e9put\u00e9 radical, autrement dit d\u2019extr\u00eame gauche en 1875.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que d\u2019eau, que d\u2019eau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2445\" class=\"cit-num\">2445<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893) \u00e0 la vue des inondations catastrophiques, Toulouse, 26\u00a0juin\u00a01875. <em>Mac-Mahon<\/em> (1895), abb\u00e9 Berry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le maire de la ville sinistr\u00e9e, voulant recevoir dignement le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, s\u2019est lanc\u00e9 dans un long discours. Le mar\u00e9chal, pour couper court \u00e0 ce d\u00e9luge de paroles, regardant les plaines envahies par les eaux, a ce mot pour lequel il sera mal \u00e0 propos plaisant\u00e9. Son militaire \u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste\u00a0\u00bb avait plus fi\u00e8re allure. Nous verrons qu\u2019un autre Pr\u00e9sident \u00e9galement militaire, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, surdou\u00e9 du Verbe comme de l\u2019Action, manquait parfois d\u2019inspiration dans la banalit\u00e9 quotidienne du r\u00f4le pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis, vous le savez, messieurs, profond\u00e9ment r\u00e9publicain et profond\u00e9ment conservateur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2448\" class=\"cit-num\">2448<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), pr\u00e9sident du Conseil, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9claration minist\u00e9rielle du 14\u00a0d\u00e9cembre 1876.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0I (1973), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les r\u00e9publicains ayant triomph\u00e9 aux \u00e9lections, la situation devient inconfortable pour Mac-Mahon, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et monarchiste. On parlerait aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0cohabitation\u00a0\u00bb. Il s\u2019en tire en appelant un centriste, Jules Simon, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, pour former le gouvernement.<br>Dans son premier discours, le personnage se montre onctueux et conciliateur. Les pr\u00e9sidents du Conseil des ministres \u2013 fonction qui appara\u00eet dans l\u2019histoire de France \u2013 brilleront souvent par leur insignifiance jusqu\u2019en 1900.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il sera cardinal avant moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2449\" class=\"cit-num\">2449<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Monseigneur <span class=\"caps\">DUPANLOUP<\/span> (1802-1878). <em>Histoire de la France contemporaine, 1871-1900<\/em> (1903), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque d\u2019Orl\u00e9ans et d\u00e9put\u00e9, il a ce mot sur Jules Simon qui ne reste pourtant pas longtemps \u00e0 la t\u00eate du gouvernement.<\/p>\n<p>Professeur de philosophie bien connu pour s\u2019\u00eatre oppos\u00e9 avec courage \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Jules Simon tente une politique de conciliation entre la droite et l\u2019extr\u00eame gauche. C\u2019est mission impossible et la crise explose au bout de quelques mois, le 16\u00a0mai 1877. On parlera (improprement) du \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb de Mac-Mahon qui le renvoie alors qu\u2019il a l\u2019appui des d\u00e9put\u00e9s. Mais le gouvernement est responsable devant la Chambre et le pr\u00e9sident (parlementarisme dualiste).<\/p>\n<p>Le pr\u00e9texte est une loi sur les d\u00e9lits de presse et une lettre de d\u00e9saccord entre eux. La vraie raison est ailleurs, dans une opposition entre les r\u00e9publicains et les catholiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cl\u00e9ricalisme\u00a0? Voil\u00e0 l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2450\" class=\"cit-num\">2450<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours sur les men\u00e9es ultramontaines, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0mai 1877.<em> Le Cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!<\/em> (1879), Paroles de M.\u00a0Gambetta, comment\u00e9es par \u00c9mile Verney<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La question religieuse prend des proportions d\u00e9mesur\u00e9es, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Pour l\u2019heure, les catholiques fran\u00e7ais veulent aider le pape contre le gouvernement italien et les r\u00e9publicains refusent absolument cette intervention\u00a0: \u00ab\u00a0Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 nous demander si l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas maintenant dans l\u2019\u00c9glise, \u00e0 l\u2019encontre de la v\u00e9rit\u00e9 des principes qui veut que l\u2019\u00c9glise soit dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, proteste Gambetta. En tout cas, il redonne \u00e0 l\u2019union des gauches son principe d\u2019anticl\u00e9ricalisme. Sa formule fait mouche, elle va beaucoup resservir\u00a0!<\/p>\n<p>Mac-Mahon, apr\u00e8s le renvoi de Jules Simon, rappelle un monarchiste, le duc de Broglie comme chef de gouvernement, le 16\u00a0mai. L\u2019ordre moral revient \u00e0 l\u2019ordre du jour, face \u00e0 une Assembl\u00e9e qui ne peut l\u2019accepter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates le gouvernement des pr\u00eatres et le ministre des cur\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2451\" class=\"cit-num\">2451<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Fourtou, mi-juin\u00a01877. <em>Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta<\/em> (1884)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oscar Bardy de Fourtou, adepte de la mani\u00e8re forte, de nouveau en poste \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, a pour mission d\u2019emp\u00eacher le retour en force des r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La coalition monarchiste et conservatrice caresse \u00e0 nouveau la France \u00e0 rebrousse-poil.<\/p>\n<p>Le 18\u00a0juin, les 363 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains font adopter un ordre du jour \u2013 l\u2019Ordre des 363 \u2013 qui refuse la confiance au cabinet de Broglie. Une semaine plus tard, avec l\u2019accord du S\u00e9nat, Mac-Mahon dissout la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, le 25\u00a0juin. C\u2019est la crise la plus grave depuis la Commune\u00a0: le sort du r\u00e9gime r\u00e9publicain est en jeu. Tout va d\u00e9pendre des prochaines \u00e9lections, fix\u00e9es au 14\u00a0octobre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ordre moral atteint au d\u00e9lire de la stupidit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2452\" class=\"cit-num\">2452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Correspondance<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la campagne \u00e9lectorale qui bat son plein, cet \u00e9t\u00e9 1877, Mac-Mahon prend parti, tel un mar\u00e9chal \u00e0 la t\u00eate de ses troupes, et lance dans la bataille les fonctionnaires et le clerg\u00e9.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les r\u00e9publicains font bloc avec deux t\u00eates d\u2019affiche\u00a0: le toujours jeune Gambetta (40\u00a0ans) et le d\u00e9j\u00e0 vieux Thiers qui, malgr\u00e9 ses 80\u00a0ans, se verrait bien succ\u00e9der \u00e0 son successeur Mac-Mahon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai, le renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et la dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Le Pr\u00e9sident a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et c\u2019est toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La monture a l\u2019air intelligent, ma foi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2454\" class=\"cit-num\">2454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gende d\u2019un portrait de Mac-Mahon \u00e0 cheval, \u00e9t\u00e9 1877. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal qui publie cette belle image tir\u00e9e d\u2019une brochure de propagande, et l\u2019assortit de ce commentaire, est poursuivi pour offense au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et condamn\u00e9 \u00e0 500\u00a0francs d\u2019amende. On ne compte plus les condamnations pour d\u00e9lits de presse et cris s\u00e9ditieux. Fourtou veille, \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur\u00a0: \u00ab\u00a0Le chef-d\u2019\u0153uvre du cabinet Broglie-Fourtou, c\u2019est d\u2019avoir concentr\u00e9 en cinq mois tout ce que le despotisme imp\u00e9rial avait fait d\u2019arbitraire en dix-huit ann\u00e9es\u00a0\u00bb, selon Edmond About, \u00e9crivain et journaliste politique, anticl\u00e9rical qui d\u00e9plore les mesures prises par le minist\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous partons trois cent soixante-trois, nous reviendrons quatre cents\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2458\" class=\"cit-num\">2458<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chef des r\u00e9publicains tous regroup\u00e9s derri\u00e8re son nom \u00e9tait un peu trop optimiste. Partis 363, ils n\u2019auront que 321 \u00e9lus \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, les 14 et 28\u00a0octobre\u00a01877. La pression administrative de Fourtou, \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, a certainement jou\u00e9. Cela fait quand m\u00eame une forte majorit\u00e9 r\u00e9publicaine, face aux 208 d\u00e9put\u00e9s monarchistes. De Broglie d\u00e9missionne,\u00a0 le 23\u00a0novembre.<\/p>\n<p>Mac-Mahon qui a voulu imposer un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel par la force institutionnelle prend acte de son \u00e9chec, signant, les larmes aux yeux, le message qui sera lu devant les s\u00e9nateurs et les d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Constitution de 1875 a fond\u00e9 une r\u00e9publique parlementaire en \u00e9tablissant mon irresponsabilit\u00e9, tandis qu\u2019elle a institu\u00e9 la responsabilit\u00e9 solidaire et individuelle des ministres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2459\" class=\"cit-num\">2459<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Message du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique aux Chambres, 14\u00a0d\u00e9cembre\u00a01877. <em>Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident se soumet \u2013 avant de se d\u00e9mettre. Il d\u00e9missionnera en janvier 1879, les r\u00e9publicains devenant majoritaires au S\u00e9nat. Il pouvait rester, mais il perd patience sur un \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb \u2013 on lui demande la destitution de g\u00e9n\u00e9raux, alors que le mar\u00e9chal n\u2019a \u00ab\u00a0aval\u00e9 tant de couleuvres\u00a0\u00bb depuis un an que pour prot\u00e9ger l\u2019arm\u00e9e. Il n\u2019\u00e9courte finalement son mandat que d\u2019une ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9part de ce pr\u00e9sident monarchiste, la R\u00e9publique sera totalement acquise. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, le droit de dissolution est discr\u00e9dit\u00e9, le pr\u00e9sident jouant d\u00e9sormais le jeu du r\u00e9gime parlementaire, avec ses qualit\u00e9s et ses d\u00e9fauts.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-iii-de-1879-a-la-grande-guerre\/\"><strong>D\u00e9couvrez la suite de notre galerie pr\u00e9sidentielle<\/strong><\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Pr\u00e9sents dans notre Histoire en citations, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution II. 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