{"id":9242,"date":"2022-01-17T00:00:00","date_gmt":"2022-01-16T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/galerie-presidentielle-i-premiere-et-deuxieme-republiques\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:05","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:05","slug":"galerie-presidentielle-i-premiere-et-deuxieme-republiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-i-premiere-et-deuxieme-republiques\/","title":{"rendered":"Galerie pr\u00e9sidentielle (I. Premi\u00e8re et Deuxi\u00e8me R\u00e9publiques)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sents dans notre <em>Histoire en citations<\/em>, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est abolie en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1439\" class=\"cit-num\">1439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, d\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1900), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la monarchie mill\u00e9naire, vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des 749 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>La Premi\u00e8re R\u00e9publique est proclam\u00e9e le 22 septembre 1792, mais la Constitution de l\u2019An I (1793) ne pr\u00e9voit pas de pr\u00e9sident et ne sera jamais appliqu\u00e9e. Deux d\u00e9put\u00e9s (montagnards), responsables politiques ayant tout pouvoir, sont chefs de l\u2019ex\u00e9cutif sous la Terreur improvis\u00e9e de fait et bient\u00f4t d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e\u00a0: Danton puis Robespierre.<\/p>\n<p>Consulat et Empire, Restauration et Monarchie de juillet se succ\u00e8dent jusqu\u2019\u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0:\u00a0 stup\u00e9fiant faux d\u00e9part pr\u00e9sidentiel avec Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, bien \u00e9lu au suffrage universel (masculin), mais qui m\u00e8ne droit \u00e0 la dictature sous le Second Empire.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique s\u2019installe enfin sous la Troisi\u00e8me, non sans probl\u00e8mes et paradoxes\u00a0!<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident est \u00e9lu par le S\u00e9nat et la Chambre des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9unis en Assembl\u00e9e nationale \u2013 on se m\u00e9fie du suffrage universel. Le r\u00e9gime est d\u2019abord pr\u00e9sidentiel\u00a0: pouvoir au pr\u00e9sident Mac-Mahon, mar\u00e9chal de France et monarchiste \u00e0 l\u2019image du pays. Il tourne vite au r\u00e9gime parlementaire\u00a0: pouvoir aux d\u00e9put\u00e9s avec tous ses d\u00e9fauts, dans une France devenue majoritairement r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>Sous la Seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy instaure une dictature de quatre ans.<\/p>\n<p>En 1946, la France revient \u00e0 la R\u00e9publique parlementaire sous la Quatri\u00e8me.\u00a0<\/p>\n<p>De Gaulle appel\u00e9 au pouvoir pour r\u00e9soudre le drame alg\u00e9rien cr\u00e9e la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u2026 \u00e9videmment pr\u00e9sidentielle. L\u2019\u00e9lection du chef de l\u2019\u00c9tat au suffrage universel, due \u00e0 un fait divers en 1962, va changer la vie politique. Les Fran\u00e7ais tiennent \u00e0 cette \u00e9lection, m\u00eame si certains souhaitent une Sixi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cet \u00e9dito en six semaines fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, offrant en m\u00eame temps un triple int\u00e9r\u00eat\u00a0: portrait de 25 personnages tous diff\u00e9rents et chacun reflet de leur \u00e9poque\u00a0; rappel des \u00e9v\u00e9nements dramatiques auxquels tout pr\u00e9sident est fatalement confront\u00e9\u00a0; fonctionnement de nos institutions en perp\u00e9tuel devenir, sinon \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re le\u00e7on de l\u2019histoire, la pr\u00e9sidence est une place envi\u00e9e, mais le m\u00e9tier n\u2019est pas de tout repos, vu le nombre de\u00a0d\u00e9missions, assassinats et autres d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s en cours de mandat. Au final, la majorit\u00e9 des pr\u00e9sidents ne se repr\u00e9sente pas \u00e0 l\u2019\u00e9lection.<\/p>\n<h3>I. Premi\u00e8re et Deuxi\u00e8me R\u00e9publiques\u00a0: naissance chaotique du r\u00e9gime et premiers paradoxes pr\u00e9sidentiels.<\/h3>\n<h4>Premi\u00e8re R\u00e9publique (R\u00e9volution).<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5-14.jpg\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l\u2019insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacr\u00e9 des droits et le plus indispensable des devoirs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1514\" class=\"cit-num\">1514<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution du 24\u00a0juin 1793, article\u00a035<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La\u00a0Constitution\u00a0de l\u2019an I (ou Constitution de 1793) est \u00e9labor\u00e9e en deux semaines par la Convention, troisi\u00e8me et derni\u00e8re assembl\u00e9e r\u00e9volutionnaire. Elle cr\u00e9e un r\u00e9gime r\u00e9publicain tr\u00e8s d\u00e9mocratique et d\u00e9centralis\u00e9. Adopt\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum populaire en juillet 1793, promulgu\u00e9e le 10 ao\u00fbt, jour anniversaire de la chute de la royaut\u00e9 en France, elle est litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0extraordinaire\u00a0\u00bb \u00e0 divers titres.<\/p>\n<p>1\/ Elle ne pr\u00e9voit pas de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Le pouvoir est confi\u00e9 \u00e0 un Conseil ex\u00e9cutif de 24 membres choisis par le Corps l\u00e9gislatif sur les listes de candidats \u00e9lus par les citoyens et nomm\u00e9s par chaque d\u00e9partement, renouvel\u00e9s \u00e0 chaque l\u00e9gislature (annuelle) et agissant toujours sous la surveillance des d\u00e9put\u00e9s. C\u2019est dire la d\u00e9mocratisation (et la dilution) du pouvoir.<\/p>\n<p>2\/ Elle proclame de nouveaux droits \u00e9conomiques et sociaux\u00a0tr\u00e8s concrets\u00a0: droit au travail, droit aux secours, droits \u00e0 l\u2019instruction. Il faudra plus d\u2019un si\u00e8cle pour les concr\u00e9tiser. Avec le droit de vote reconnu \u00e0 l\u2019ensemble des citoyens, elle\u00a0 consacre la souverainet\u00e9 populaire\u00a0: suffrage universel, mais r\u00e9serv\u00e9 aux hommes. Et le vote est public \u2013 ce qui explique la tr\u00e8s forte abstention au referendum approuvant la Constitution. Le vote secret est r\u00e9ellement plus d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>3\/ Elle cr\u00e9e aussi le droit \u00e0 l\u2019insurrection, par le fameux article 35 qui \u00e9tonne toujours les constitutionnalistes. Inspir\u00e9 de Rousseau, il est inapplicable\u00a0: \u00ab\u00a0Le droit \u00e0 l\u2019insurrection, incontestable en th\u00e9orie, est en fait d\u00e9pourvu d\u2019efficacit\u00e9. La loi constitutionnelle d\u2019un pays ne peut le reconna\u00eetre sans jeter dans ce pays un ferment d\u2019anarchie. C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Boissy d\u2019Anglas que la Constitution de 1793 avait organis\u00e9 l\u2019anarchie.\u00a0\u00bb (L\u00e9on Duguit, <em>Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em>).<\/p>\n<p>4\/ Cette Constitution ne sera jamais appliqu\u00e9e, ce qui lui conf\u00e8re toujours un certain prestige dans les milieux de gauche. Le 10 octobre 1793, la Convention consacre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un gouvernement r\u00e9volutionnaire dans le cadre d\u2019un \u00e9tat d\u2019exception\u00a0: \u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire de la France sera r\u00e9volutionnaire jusqu\u2019\u00e0 la paix\u00a0\u00bb. La guerre int\u00e9rieure (la Terreur), la guerre ext\u00e9rieure et le renversement de la Convention montagnarde en juillet 1794 sonn\u00e8rent le glas de son application.<\/p>\n<h4>Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7-15.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident n\u00b01. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">IV<\/span> (1965-1967) dans le journal<em> L\u2019Express<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne saurait mieux r\u00e9sumer l\u2019irr\u00e9sistible ascension du neveu de Napol\u00e9on qui deviendra empereur sous le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> (apr\u00e8s l\u2019Aiglon, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>) et finira comme son illustre a\u00een\u00e9, abdiquant suite au d\u00e9sastre militaire \u00e0 Sedan (1870). \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb (Paul Morand, <em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em>, 1923).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e napol\u00e9onienne n\u2019est point une id\u00e9e de guerre, mais une id\u00e9e sociale, industrielle, commerciale, humanitaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2100\" class=\"cit-num\">2100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous l\u2019influence des saint-simoniens et des s\u00e9jours qu\u2019il fit en Angleterre, entre deux coups de force (Strasbourg en 1836 et Boulogne en 1840), il s\u2019int\u00e9resse aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux qui agitent la France et se pr\u00e9sentera plus tard comme le protecteur du monde ouvrier.<\/p>\n<p>Hugo qui l\u2019a d\u2019abord soutenu dans sa course \u00e0 la pr\u00e9sidence, devenu ensuite son plus farouche opposant, mettra toujours en doute la sinc\u00e9rit\u00e9 de cet engagement social. Dans son pamphlet contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, il reproduira un billet joint \u00e0 l\u2019ouvrage envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Lisez ce travail sur le paup\u00e9risme et dites-moi si vous pensez qu\u2019il soit de nature \u00e0 me faire du bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Impossible de trancher sur sa sinc\u00e9rit\u00e9 socialiste, ce \u00ab\u00a0d\u00e9tail de l\u2019histoire\u00a0\u00bb dont les historiens discutent encore. Optons pour une sympathie d\u00e9mocrate qui se situe dans l\u2019air du temps et qui pourra toujours servir, le temps venu.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pauvret\u00e9 ne sera plus s\u00e9ditieuse, lorsque l\u2019opulence ne sera plus oppressive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2118\" class=\"cit-num\">2118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince qui gouvernera bient\u00f4t la France (pr\u00e9sident, puis empereur) n\u2019est encore qu\u2019un \u00e9vad\u00e9 du fort de Ham. Il y a pass\u00e9 six ans, apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne, et a r\u00e9ussi \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on sous le nom de Badinguet \u2013 surnom qui restera ironiquement et parfois cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Il a profit\u00e9 de sa captivit\u00e9 (certes confortable) pour exposer ses th\u00e9ories \u00e9conomiques largement influenc\u00e9es par le socialisme utopique de Saint-Simon \u2013 Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (arri\u00e8re-cousin du duc de m\u00eame nom, c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9morialiste du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>). Philosophe et \u00e9conomiste admir\u00e9 d\u2019un petit c\u00e9nacle qui, apr\u00e8s sa mort, diffusera sa pens\u00e9e tout en la d\u00e9formant, pr\u00e9curseur de la science sociale politis\u00e9e (d\u00e9j\u00e0 th\u00e9oris\u00e9e par Montesquieu), il met tous ses espoirs dans le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie et d\u00e9nonce l\u2019injustice de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme a jusqu\u2019ici exploit\u00e9 l\u2019homme. Ma\u00eetres, esclaves\u00a0; patricien, pl\u00e9b\u00e9ien\u00a0; seigneurs, serfs\u00a0; propri\u00e9taires, fermiers\u00a0; oisifs et travailleurs.\u00a0\u00bb <em>Doctrine de Saint-Simon\u00a0: Exposition.<\/em> Premi\u00e8re ann\u00e9e (1829).<\/p>\n<p>Beau r\u00e9sum\u00e9 de toute l\u2019histoire du monde des origines \u00e0 nos jours\u2026 et du socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise, aux accents messianiques, vingt ans avant le marxisme. Saint-Simon est mort. Mais avec les saint-simoniens se constitue en France une forme de mouvement socialiste, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution de 1830\u00a0: il ne rassemble encore qu\u2019une infime \u00e9lite, destin\u00e9e \u00e0 se diversifier et s\u2019\u00e9largir, \u00e0 Paris comme en province, dans l\u2019atmosph\u00e8re des lendemains r\u00e9volutionnaires du si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2178\" class=\"cit-num\">2178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), devise de <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> (juillet\u00a01848 \u00e0 septembre\u00a01851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des <em>Burgraves<\/em>) et entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. \u00c9lu par la bourgeoisie le 4\u00a0juin, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux et partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles, Hugo demeure pourtant profond\u00e9ment lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il s\u2019opposer au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace la libert\u00e9 de la presse et multiplie les mesures r\u00e9pressives.<\/p>\n<p>Dans son journal, cr\u00e9\u00e9 avec l\u2019aide de son ami \u00c9mile de Girardin, grand patron de presse, il dicte ou \u00e9crit la plupart des articles, m\u00eame s\u2019il ne signe pas. Il a deux buts pr\u00e9cis et corollaires\u00a0: promouvoir sa propre candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et d\u00e9fendre le suffrage universel pour cette \u00e9lection \u00e0 venir. Au passage, il attaque le g\u00e9n\u00e9ral, qui est candidat et tr\u00e8s populaire\u00a0: \u00ab\u00a0M.\u00a0Cavaignac n\u2019a encore remport\u00e9 de victoires que contre les talents et les libert\u00e9s. De pareils Austerlitz sont toujours des Waterloo\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s le mois d\u2019octobre, influenc\u00e9 par Girardin, Hugo renonce \u00e0 se pr\u00e9senter, pour mettre <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> au service du prince Louis-Napol\u00e9on qui lui appara\u00eet comme la solution au drame du pays. Cette grave erreur de strat\u00e9gie politique aura de grandes cons\u00e9quence politiques et expliquera en partie sa haine contre le nouvel homme fort de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2179\" class=\"cit-num\">2179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours du 21\u00a0septembre 1848. <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> fait un pas de plus dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Juin 1848, premi\u00e8re \u00e9lection surprenante\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte qui ne se pr\u00e9sentait pas, sans m\u00eame revenir en France et sur la seule force de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne raviv\u00e9e (entre autres) par Hugo, est \u00e9lu dans quatre d\u00e9partements (Charente, Corse, Seine et Yonne), mais pense qu\u2019il est encore urgent d\u2019attendre son heure, craignant le vote d\u2019une loi d\u2019exil s\u2019il rentre en France. Il d\u00e9missionne donc.<\/p>\n<p>De nouvelles \u00e9lections interm\u00e9diaires sont n\u00e9cessaires pour remplir des si\u00e8ges rest\u00e9s libres. R\u00e9\u00e9lu en septembre dans cinq d\u00e9partements, il choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et commence \u00e0 faire campagne pour le scrutin pr\u00e9sidentiel, fix\u00e9 aux 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonjour, aimable R\u00e9publique,<br>Je m\u2019appelle Napol\u00e9on [\u2026]<br>Pour votre \u00e9poux, me voulez-vous\u00a0? [\u2026]<br>Je vous mettrai tout sens dessus dessous, <br>Avec moi vous aurez l\u2019Empire,<br>R\u00e9publique, marions-nous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2180\" class=\"cit-num\">2180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Pr\u00e9tendu de la R\u00e9publique<\/em> (1848), chanson anonyme.<em> La Nouvelle critique\u00a0: revue du marxisme militant<\/em>, nos 138 \u00e0\u00a0141 (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une partie du peuple se moque d\u00e9j\u00e0 de lui, avec un humour proph\u00e9tique. Les professionnels de la politique et la presse vont sous-estimer l\u2019homme \u2013 ou le pouvoir du nom. Les deux peuvent le servir ou le desservir, selon le hasard ou le destin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882).<em> Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme quoi un bon historien peut faire gravement erreur sur son temps\u00a0! C\u2019est la R\u00e9publique qui va bient\u00f4t dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Il est vrai que les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme qui para\u00eet particuli\u00e8rement falot.<\/p>\n<p>Louis Blanc fait ici allusion \u00e0 une d\u00e9claration du candidat empruntant au lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019oncle de Louis-Napol\u00e9on, que disait-il\u00a0? Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9publique est comme le soleil.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tribune est fatale aux m\u00e9diocrit\u00e9s et aux impuissants. Nous ne voulons pas \u00eatre trop cruels envers un homme condamn\u00e9 \u00e0 cet accablant contraste, en sa propre personne, d\u2019une telle insuffisance et d\u2019un tel nom.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2182\" class=\"cit-num\">2182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le National<\/em>, 10\u00a0octobre 1848. <em>Louis Napol\u00e9on le Grand<\/em> (1990), Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La veille, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte est interpell\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s sur ses intentions. Un t\u00e9moin raconte qu\u2019\u00ab\u00a0il avait le regard mal assur\u00e9, comme un \u00e9colier qui n\u2019est pas certain d\u2019avoir bien r\u00e9cit\u00e9 sa le\u00e7on\u00a0\u00bb. Lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9sentation au palais Bourbon, le 26\u00a0septembre, le nouveau d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Yonne avait d\u00e9j\u00e0 fait mauvaise impression, montant \u00e0 la tribune pour lire un papier chiffonn\u00e9, parlant de ses \u00ab\u00a0compatriotes\u00a0\u00bb avec un fort accent \u00e9tranger (il a longtemps v\u00e9cu en Angleterre).<\/p>\n<p>Verdict de Ledru-Rollin\u00a0: \u00ab\u00a0Quel imb\u00e9cile, il est coul\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Et Lamartine l\u2019appelle \u00ab\u00a0un chapeau sans t\u00eate\u00a0\u00bb. Deux mois plus tard, il va \u00eatre humili\u00e9, ridiculis\u00e9 par le nouvel homme politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Chambre ressemble trop \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les grands acteurs seuls peuvent r\u00e9ussir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2183\" class=\"cit-num\">2183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Am\u00e9liorations \u00e0 introduire dans nos m\u0153urs et nos habitudes parlementaires<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ces temps de grande \u00e9loquence, il est conscient de ses insuffisances \u00e0 la tribune, ce qui est d\u00e9j\u00e0 preuve d\u2019intelligence. Le talent lui venant en parlant, il se r\u00e9v\u00e9lera, au fil des discours et des ann\u00e9es, un vrai personnage public et populaire \u2013 au-del\u00e0 de la propagande qu\u2019il apprendra aussi \u00e0 ma\u00eetriser, comme son illustre anc\u00eatre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, quand m\u00eame le peuple choisirait celui que ma pr\u00e9voyance, mal \u00e9clair\u00e9e peut-\u00eatre, redouterait de lui voir choisir, n\u2019importe\u00a0: Alea jacta est\u00a0! Que Dieu et le peuple prononcent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2185\" class=\"cit-num\">2185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), Assembl\u00e9e constituante, 4\u00a0novembre 1848. <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de principe, fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al d\u00e9mocratique et malgr\u00e9 le risque croissant de voir Louis-Napol\u00e9on Bonaparte au pouvoir, Lamartine d\u00e9fend le suffrage universel\u00a0en ces termes lyriques\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut laisser quelque chose \u00e0 la Providence\u00a0! Elle est la lumi\u00e8re de ceux qui, comme nous, ne peuvent pas lire dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019avenir\u00a0! Invoquons-la, prions-la d\u2019\u00e9clairer le peuple, et soumettons-nous \u00e0 son d\u00e9cret.\u00a0\u00bb Inscrit dans la Constitution du 12\u00a0novembre, le suffrage universel va lui \u00eatre cruellement fatal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je r\u00e9ussissais, je serais oblig\u00e9 d\u2019\u00e9pouser la R\u00e9publique et je suis trop honn\u00eate gar\u00e7on pour \u00e9pouser une si mauvaise fille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2186\" class=\"cit-num\">2186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), refusant de se porter candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le voir \u00e0 la pr\u00e9sidence \u00e9tait le souhait du parti de l\u2019Ordre qui regroupe des monarchistes (l\u00e9gitimistes et orl\u00e9anistes) et des r\u00e9publicains conservateurs, voire mod\u00e9r\u00e9s, unis par leur opposition au socialisme.<\/p>\n<p>M\u00eame refus de Bugeaud, le mar\u00e9chal qui a un nom, un prestige. Lamartine s\u2019\u00e9tant d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 aux yeux de ses anciens partisans, le parti de l\u2019Ordre se rabat sur le troisi\u00e8me homme\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Et Thiers de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Sans affirmer que la nomination de M.\u00a0Louis Bonaparte soit le bien, elle para\u00eet \u00e0 nous tous, hommes mod\u00e9r\u00e9s, un moindre mal.\u00a0\u00bb C\u2019est avec de tels arguments que se joue une \u00e9lection\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut s\u2019avouer impuissant devant cette fatalit\u00e9 politique d\u2019un nouvel ordre dans l\u2019histoire\u00a0: le suffrage universel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2187\" class=\"cit-num\">2187<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre \u00e0 Joseph Mazzini, novembre\u00a01848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je travaille, j\u2019attends le 10\u00a0d\u00e9cembre comme tout le monde. Il y a l\u00e0 un gros nuage, ou une grande mystification, et il faut s\u2019avouer impuissant\u2026\u00a0\u00bb La dame de Nohant semble r\u00e9sign\u00e9e, comme Lamartine. Et le peuple chansonne toujours, son arme favorite \u00e9tant l\u2019humour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Corse d\u2019origine,<br>Je suis Anglais pour le ton,<br>Suisse d\u2019\u00e9ducation<br>Et Cosaque pour la mine [\u2026]<br>J\u2019ai la redingote grise,<br>Et j\u2019ai le petit chapeau\u00a0;<br>Ce costume est assez beau,<br>On admire cette mise.<br>Seul le g\u00e9nie est absent<br>Pour faire un bon pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2188\" class=\"cit-num\">2188<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Louis-Napol\u00e9on pour compl\u00e9ter sa profession de foi<\/em> (1848), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il dut souffrir de toutes ces chansons qui le brocard\u00e8rent, d\u00e9j\u00e0 en \u00ab\u00a0Ratapoil\u00a0\u00bb, bient\u00f4t en \u00ab\u00a0Badinguet\u00a0\u00bb et autres surnoms. Selon Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0Peu lui importe d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9, il se contente de la figure du respect\u00a0\u00bb (<em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>).<\/p>\n<p>Bien que chansonn\u00e9 et ridiculis\u00e9, sous-estim\u00e9, malmen\u00e9, le candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a d\u00e9sormais toutes ses chances\u00a0: port\u00e9 par la l\u00e9gende napol\u00e9onienne qui enchante le peuple et l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait d\u00e9put\u00e9, il rassure les bourgeois qui ont vu de pr\u00e8s le \u00ab\u00a0p\u00e9ril rouge\u00a0\u00bb, lors des derni\u00e8res \u00e9meutes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Surtout n\u2019ayez pas peur du peuple, il est plus conservateur que vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2142\" class=\"cit-num\">2142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Du syst\u00e8me \u00e9lectoral. Questions de mon temps\u00a0: 1836 \u00e0 1856<\/em> (1865), \u00c9mile de Girardin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles du principal gagnant de cette R\u00e9publique num\u00e9ro deux, qui va \u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident, avant d\u2019\u00eatre pl\u00e9biscit\u00e9 empereur. Cit\u00e9 et approuv\u00e9 par le grand patron de presse, Girardin.<\/p>\n<p>C\u2019est fort bien vu dans la France de l\u2019\u00e9poque et l\u2019heure venue, il saura se pr\u00e9senter comme le champion du suffrage universel. R\u00e9tabli le 5\u00a0mars 1848, c\u2019est la grande conqu\u00eate de la R\u00e9volution de 1848, mais la France est-elle pr\u00eate\u00a0? Sans pr\u00e9paration, sans transition, le nouveau r\u00e9gime substitue aux int\u00e9r\u00eats de la classe dirigeante les sentiments et les passions du peuple. Pas de g\u00e9ant vers la d\u00e9mocratie, le suffrage universel est, selon le juriste Marcel Pr\u00e9lot, \u00ab\u00a0politiquement une surprise\u00a0; psychologiquement une anticipation\u00a0; techniquement une inconnue\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse est donn\u00e9e par les faits \u2013 dont on peut ensuite discuter en historien ou politologue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le citoyen Bonaparte \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2189\" class=\"cit-num\">2189<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">MARRAST<\/span> (1801-1852), pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, D\u00e9claration du 20\u00a0d\u00e9cembre 1848. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9sultats du scrutin des 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre, proclam\u00e9s lors d\u2019une s\u00e9ance solennelle \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Triomphe pour le \u00ab\u00a0citoyen Bonaparte\u00a0\u00bb, \u00e9lu au suffrage universel par 75\u00a0% des votants, (5,5\u00a0millions de voix masculines). D\u00e9route de Lamartine qui n\u2019\u00e9tait candidat que de lui-m\u00eame (17\u00a0914 voix). Les voix r\u00e9publicaines se sont dispers\u00e9es entre Cavaignac (1,4\u00a0million de mod\u00e9r\u00e9s), Ledru-Rollin (370 000 d\u00e9mocrates) et Raspail (moins de 37\u00a0000 socialistes r\u00e9volutionnaires), trois candidats relativement ignor\u00e9s hors Paris et la minorit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p>Devenu le premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte s\u2019installe au palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, ancien h\u00f4tel particulier de la marquise de Pompadour. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 le monarque r\u00e9publicain dont on parle toujours sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Mais qui sont r\u00e9ellement les \u00e9lecteurs de ce candidat qu\u2019on pourrait dire \u00ab\u00a0antisyst\u00e8me\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0populiste\u00a0\u00bb avant la lettre\u00a0? Ils viennent de tous les milieux, ouvriers et paysans, socialistes et conservateurs\u00a0: citoyens lass\u00e9s du parlementarisme bourgeois et bien-pensant qui pr\u00f4ne de grands principes, mais n\u2019a pas de scrupules \u00e0 opprimer, voire massacrer, les ouvriers et les ch\u00f4meurs. M\u00eames causes et m\u00eames effets, le ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduira jusqu\u2019\u00e0 nos jours et pas seulement en France. L\u2019Histoire se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848 fut le jour de l\u2019insurrection des paysans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2190\" class=\"cit-num\">2190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883). <em>La Vie politique en France 1848-1879<\/em> (1969), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La victoire du nom de Bonaparte, si soudaine, n\u00e9e du tout nouveau suffrage universel, c\u2019est la revanche de la France profonde et de l\u2019opinion inorganis\u00e9e sur les partis, la presse, les professionnels de la politique. Marx qui a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 plusieurs reprises et bri\u00e8vement en 1848, va demeurer tr\u00e8s attentif aux \u00e9v\u00e9nements de France, notamment lors de la Commune en 1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur de Lamartine [\u2026] est bien toujours le m\u00eame, un pied dans chaque camp et sur chaque rive, un vrai colosse de Rhodes, ce qui fait que le vaisseau de l\u2019\u00c9tat lui passe toujours entre les jambes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2191\" class=\"cit-num\">2191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881),<em> Critique sociale<\/em> (1885)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine va bient\u00f4t quitter la sc\u00e8ne politique et vivre ses vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en \u00ab\u00a0gal\u00e9rien de la plume\u00a0\u00bb\u00a0: pas assez riche pour s\u2019exiler comme Hugo ni pour se draper dans sa dignit\u00e9 d\u2019opposant comme Chateaubriand, il est condamn\u00e9 \u00e0 des travaux forc\u00e9s litt\u00e9raires pour \u00e9ponger ses dettes, oblig\u00e9 de vendre sa propri\u00e9t\u00e9 de Milly, et devra m\u00eame solliciter de l\u2019Empire un secours d\u2019abord refus\u00e9. Sa famille refusera les fun\u00e9railles nationales, en 1869.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En pr\u00e9sence de Dieu et devant le peuple fran\u00e7ais repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale, je jure de rester fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9publique d\u00e9mocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m\u2019impose la Constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2192\" class=\"cit-num\">2192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Assembl\u00e9e constituante, 20\u00a0d\u00e9cembre 1848. <em>Les Hommes de 1851\u00a0: histoire de la pr\u00e9sidence et du r\u00e9tablissement de l\u2019Empire<\/em> (1869), Auguste Vermorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trois ans plus tard, ce sera le coup d\u2019\u00c9tat pr\u00e9sidentiel pour rester au pouvoir contre la Constitution qui lui interdit de se faire r\u00e9\u00e9lire \u2013 et un an apr\u00e8s, ce sera l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Victor Hugo dit de lui dans <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honn\u00eate, prenez garde\u00a0; il affirme, m\u00e9fiez-vous\u00a0; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits. Louis Bonaparte en est un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus \u00e7a change, plus c\u2019est la m\u00eame chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2193\" class=\"cit-num\">2193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">KARR<\/span> (1808-1890), titre de deux recueils d\u2019articles,<em> Les Gu\u00eapes<\/em>, janvier\u00a01849<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journaliste multiplie les pamphlets dans sa revue de satire politique, sans savoir \u00e0 quel point l\u2019avenir va lui donner raison. \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00e9crira Paul Morand (<em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em>). On dit aussi qu\u2019elle b\u00e9gaie. En vertu de quoi la R\u00e9publique, bient\u00f4t vol\u00e9e aux r\u00e9publicains, d\u00e9bouchera donc sur l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9e de l\u2019\u00e9meute, comme la Monarchie de Juillet, la deuxi\u00e8me R\u00e9publique se mettait tout de suite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2194\" class=\"cit-num\">2194<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936),<em> Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tendance s\u2019affirme avec la nouvelle assembl\u00e9e.\u00a0La L\u00e9gislative, \u00e9lue au suffrage universel le 13\u00a0mai 1849, montre l\u2019opinion partag\u00e9e entre deux grands courants. Le parti de l\u2019Ordre, conservateur, a 53\u00a0% des voix et quelque 500 \u00e9lus (l\u00e9gitimistes, orl\u00e9anistes, r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et bonapartistes). Les d\u00e9mocrates-socialistes, avec \u00e0 leur t\u00eate Ledru-Rollin, ont 35\u00a0% des voix et quelque 180 \u00e9lus. Un troisi\u00e8me groupe, dit des r\u00e9publicains de la veille (tendance du journal <em>Le National<\/em>), obtient 70 d\u00e9put\u00e9s avec 12\u00a0% des voix. Le jeu des partis recommence \u2013 apprentissage r\u00e9publicain qui n\u2019en finit pas de se renouveler, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique en donnera un exemple caricatural, et les R\u00e9publiques suivantes ne seront pas en reste.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leur majorit\u00e9, les conservateurs s\u2019inqui\u00e8tent du succ\u00e8s des d\u00e9mocrates dans certaines villes (dont Paris), quelques r\u00e9gions industrielles (autour de Lyon, Saint-\u00c9tienne) et m\u00eame rurales (au nord du Massif Central).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019absence des femmes qui permet aux hommes d\u2019aborder journellement les questions s\u00e9rieuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2196\" class=\"cit-num\">2196<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Am\u00e9liorations \u00e0 introduire dans nos m\u0153urs et nos habitudes parlementaires<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parler ici de misogynie est une \u00e9vidence, mais accuser l\u2019auteur serait p\u00e9cher par anachronisme. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, m\u00eame une f\u00e9ministe comme George Sand repousse l\u2019id\u00e9e de la femme entrant en politique. Et le tr\u00e8s socialiste Proudhon rench\u00e9rit.<\/p>\n<p>Il faut attendre encore un\u00a0si\u00e8cle et le pr\u00e9ambule de la Constitution de 1946 pour que soit reconnu en France le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre hommes et femmes dans tous les domaines \u2013 y compris le vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9. En cela du moins, l\u2019histoire r\u00e9publicaine progresse dans un sens v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est temps que les bons se rassurent et que les m\u00e9chants tremblent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2199\" class=\"cit-num\">2199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, justifiant la condamnation de Ledru-Rollin et vingt autres montagnards, juin\u00a01849. Formule reprise en 1858, apr\u00e8s l\u2019attentat d\u2019Orsini, par le g\u00e9n\u00e9ral Espinasse (1815-1859), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et de la S\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.<br><em>M\u00e9moires du duc de Persigny<\/em> (1896).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite \u00e0 la manifestation du 13\u00a0juin qui a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en \u00e9meute, le pr\u00e9sident pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Ce syst\u00e8me d\u2019agitation entretient dans le pays le malaise et la d\u00e9fiance qui engendrent la mis\u00e8re\u00a0; il faut qu\u2019il cesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce langage ne peut que plaire \u00e0 un peuple \u00e9prouv\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements et cette derni\u00e8re insurrection n\u2019a pas trouv\u00e9 un r\u00e9el appui populaire. Le gouvernement, ayant la majorit\u00e9 \u00e0 la Chambre, en profite pour liquider l\u2019opposition d\u00e9mocratique\u00a0: dix journaux suspendus, \u00e9tat de si\u00e8ge d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris et \u00e0 Lyon, clubs ferm\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s d\u2019opposition d\u00e9chus. Ledru-Rollin, qui a r\u00e9ussi \u00e0 passer en Angleterre, terre d\u2019accueil, va prendre contact avec d\u2019autres r\u00e9volutionnaires europ\u00e9ens (Kossuth le Hongrois, Mazzini l\u2019Italien, Ruge l\u2019Allemand).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On craint une folie imp\u00e9riale. Le peuple la verrait tranquillement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2200\" class=\"cit-num\">2200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lise <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1818-1880), n\u00e9e Dosne. <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1969), Georges Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pouse de Thiers t\u00e9moigne, ayant vu Louis-Napol\u00e9on Bonaparte passer en revue les troupes le 4\u00a0novembre 1849.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident est particuli\u00e8rement populaire dans l\u2019arm\u00e9e, pas seulement en raison de son Nom\u00a0: il multiplie les grandes revues, augmente la solde des sous-officiers. Celui qu\u2019on commence \u00e0 appeler le \u00ab\u00a0prince Louis-Napol\u00e9on\u00a0\u00bb m\u00e8ne une politique personnelle, se fait acclamer en province, cr\u00e9e son propre parti, ses journaux. Les craintes de Mme\u00a0Thiers sont justifi\u00e9es et la carri\u00e8re de son mari, r\u00e9publicain de la premi\u00e8re heure (dans l\u2019opposition lib\u00e9rale depuis la fin de la Restauration) marquera un temps d\u2019arr\u00eat sous le Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est parce que je veux la souverainet\u00e9 nationale dans toute sa v\u00e9rit\u00e9 que je veux la presse dans toute sa libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2206\" class=\"cit-num\">2206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 9\u00a0juillet 1850.<em> Les M\u00e9dias<\/em> (2004), Francis Balle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9fenseur des libert\u00e9s s\u2019oppose ici \u00e0 la loi sur la presse qui va r\u00e9tablir le timbre et le cautionnement, le 16\u00a0juillet. Le prince qui gouverne chaque jour un peu plus la France d\u00e9pla\u00eet chaque jour davantage \u00e0 Hugo qui a commis l\u2019erreur impardonnable de le soutenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Situation grave pour le cabinet.<br>Que faire\u00a0? Comment sortir de l\u00e0\u00a0?<br>Le bon sens r\u00e9pond\u00a0: par la porte.<br>Le gouvernement dit\u00a0: par une loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2207\" class=\"cit-num\">2207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 propos de la loi sur la presse vot\u00e9e le 16\u00a0juillet 1850. Cela pourrait s\u2019appliquer aux autres lois r\u00e9actionnaires qu\u2019il fustige et qui passent, mais qui vont r\u00e9veiller en lui l\u2019homme de gauche et en faire le d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition le plus farouche et le plus \u00e9loquent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lu de six millions de suffrages ex\u00e9cute les volont\u00e9s du peuple, il ne les trahit pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2208\" class=\"cit-num\">2208<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Lyon, 15\u00a0ao\u00fbt 1850. <em>Le Prince, le peuple et le droit\u00a0: autour des pl\u00e9biscites de\u00a01851 et\u00a01852<\/em> (2000), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tape d\u2019un voyage triomphal de six mois \u00e0 travers la France.<\/p>\n<p>Fort des 75\u00a0% de Fran\u00e7ais qui l\u2019ont \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848, il r\u00e9ussit \u00e0 se poser en d\u00e9fenseur dudit suffrage et donc de la vraie d\u00e9mocratie, contre la Chambre et ses conservateurs avec lesquels il prend ses distances.<\/p>\n<p>C\u2019est bien jou\u00e9, pour celui qu\u2019on qualifiait deux ans avant d\u2019imb\u00e9cile et d\u2019impuissant. Il apprend son m\u00e9tier. Ajoutons que la propagande est parfaitement organis\u00e9e\u00a0: par ses hommes (fid\u00e8les bonapartistes comme Persigny, lib\u00e9raux non ralli\u00e9s au parti de l\u2019Ordre, hommes d\u2019affaires, banquiers, et Morny son demi-fr\u00e8re), par ses journaux (<em>Le Pays, Le 10-D\u00e9cembre, Le Napol\u00e9on<\/em>) et par son parti (noyaut\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 du 10-D\u00e9cembre) regroupant boutiquiers, ouvriers, petits rentiers qui assurent une claque bruyante \u00e0 chacune de ses apparitions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an pass\u00e9, ils adoraient le sabre. Les voil\u00e0 maintenant qui adorent le gourdin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2209\" class=\"cit-num\">2209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mots pr\u00e9monitoires, dat\u00e9s de novembre\u00a01849.<em> Actes et Paroles<\/em>. Avant l\u2019exil (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo constate les progr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9sistible ascension du prince Louis-Napol\u00e9on. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d\u2019Italie, le second s\u2019offre une campagne de France. La \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb redout\u00e9e par Mme\u00a0Thiers se pr\u00e9cise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019Assembl\u00e9e c\u00e8de, il n\u2019y aura plus qu\u2019un pouvoir [\u2026] Le mot viendra plus tard\u00a0: l\u2019Empire est fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2210\" class=\"cit-num\">2210<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 3\u00a0janvier 1851.<em> Annuaire historique universel ou Histoire politique pour 1818-61<\/em> (1853), Charles-Louis Lesur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte voit venir le jour o\u00f9, la Constitution lui interdisant de se faire r\u00e9\u00e9lire (article\u00a045), il devra quitter le pouvoir. Changarnier, \u00e0 la fois d\u00e9put\u00e9, commandant de l\u2019arm\u00e9e de Paris et commandant de la garde nationale, craint le coup de force et le d\u00e9nonce \u00e0 la Chambre, dans un discours provocant. Thiers, conservateur, mais r\u00e9publicain, soutient Changarnier. Avec son intelligence politicienne, il encourage la Chambre \u00e0 r\u00e9sister\u00a0: elle l\u2019\u00e9coute et vote un ordre du jour de d\u00e9fiance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gouvernement, je le caract\u00e9rise d\u2019un mot\u00a0: la police partout, la justice nulle part.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2211\" class=\"cit-num\">2211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, avril\u00a01851.<em> L\u2019\u00c9volution de la pens\u00e9e politique et sociale de Victor Hugo<\/em> (1973), Michel Granet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le parti de l\u2019Ordre est devenu impopulaire, par ses lois trop r\u00e9actionnaires\u00a0; les monarchistes sont divis\u00e9s sur le nom d\u2019un candidat, apr\u00e8s la mort de Louis-Philippe (26\u00a0ao\u00fbt 1850). Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se pose en homme providentiel et sait se rallier un nombre grandissant de partisans.<\/p>\n<p>Hugo qui avait mis son journal,<em> L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, au service de sa candidature, est d\u00e9sormais son principal opposant. Le lib\u00e9ral en lui est r\u00e9volt\u00e9\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique manipule l\u2019opinion et exploite \u00e0 son profit la peur \u2013 peur de la r\u00e9volution, peur d\u2019un vaste complot d\u00e9mocratique, peur de l\u2019incertitude n\u00e9e de la Constitution qui emp\u00eache sa r\u00e9\u00e9lection en 1852. Des troubles dans le pays affolent le bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quels que soient les devoirs que le pays m\u2019impose, il me trouvera d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 suivre sa volont\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2212\" class=\"cit-num\">2212<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Dijon, 12\u00a0juin 1851. <em>Paris en d\u00e9cembre\u00a01851\u00a0: \u00e9tude historique sur le coup d\u2019\u00c9tat<\/em> (1868), Eug\u00e8ne T\u00e9not<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coup classique, mais bien mis en sc\u00e8ne et qui aurait pu r\u00e9ussir\u00a0! Le pr\u00e9sident veut obtenir la r\u00e9vision de la Constitution, seule voie l\u00e9gale pour lui, seule solution, assure-t-il, pour le pays. Campagne de p\u00e9titions, propagande efficace\u00a0: 1\u00a0123\u00a0000 signatures parviennent \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle dame, voulez-vous accepter mon bras\u00a0?<br>\u2014 Votre passion est trop subite pour que je puisse y croire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2213\" class=\"cit-num\">2213<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), l\u00e9gende d\u2019une caricature (1851).<em> Honor\u00e9 Daumier\u00a0: t\u00e9moin de la com\u00e9die humaine<\/em> (1999), Pierre Cabanne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dessinateur et peintre de grand talent, il reste c\u00e9l\u00e8bre pour son art de la caricature rendue tr\u00e8s populaire par la presse. Pour l\u2019heure, Ratapoil (Louis-Napol\u00e9on Bonaparte) offre son bras \u00e0 la R\u00e9publique, pour des noces reconduites. Mais le geste est suspect et cache d\u2019autres ambitions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution et la R\u00e9publique sont indivisibles. L\u2019une est la m\u00e8re, l\u2019autre est la fille. L\u2019une est le mouvement humain qui se manifeste, l\u2019autre est le mouvement humain qui se fixe. La R\u00e9publique, c\u2019est la R\u00e9volution fond\u00e9e [\u2026] On ne s\u00e9pare pas l\u2019aube du soleil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2214\" class=\"cit-num\">2214<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, Discours du 17\u00a0juillet 1851. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours violent et c\u00e9l\u00e8bre, prononc\u00e9 devant une assembl\u00e9e houleuse. Hugo est contre la r\u00e9vision de la Constitution qui est d\u00e9battue. Le 19\u00a0juillet, elle ne r\u00e9unit que 446 voix contre 270. Il fallait la majorit\u00e9 des trois quarts (543 voix). L\u2019article\u00a045 interdisant la r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9 est donc maintenu. Cette fois, les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dupes, la man\u0153uvre pr\u00e9sidentielle a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a plus le choix\u00a0! Il pr\u00e9pare son coup d\u2019\u00c9tat avec soin, avec ses hommes bien plac\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e, la police. Il pr\u00e9pare aussi l\u2019opinion, entretient la peur, d\u00e9nonce l\u2019imminence du complot\u00a0:<em> Le Spectre rouge<\/em> de 1852, brochure sign\u00e9e Romieu, en dit assez par son titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre de la d\u00e9mocratie est de s\u2019incarner dans un homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2215\" class=\"cit-num\">2215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), \u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat. <em>Le Second Empire\u00a0: innovation et r\u00e9action<\/em> (1973), Alice G\u00e9rard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>2\u00a0d\u00e9cembre 1851, le jour est choisi\u00a0: c\u2019est l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, la plus \u00e9clatante victoire de l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne. On est superstitieux, dans la famille (corse d\u2019origine).<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte a voulu personnellement et ardemment ce coup d\u2019\u00c9tat, mais cet homme plus tortur\u00e9 qu\u2019il ne para\u00eet en ressentira plus tard une r\u00e9elle culpabilit\u00e9\u00a0: c\u2019est sa \u00ab\u00a0tunique de Nessus\u00a0\u00bb, dira l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une op\u00e9ration de police un peu rude.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2216\" class=\"cit-num\">2216<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">MORNY<\/span> (1811-1865), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (et demi-fr\u00e8re de Louis-Napol\u00e9on) qualifiant le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851. Mot attribu\u00e9 plus tard, selon certaines sources, \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Eug\u00e8ne-Melchior de <span class=\"caps\">VOG\u00dc\u00c9<\/span> (1848-1910). <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit du 1er au 2, il y a bal \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La troupe envahit le palais Bourbon, un \u00ab\u00a0Appel au peuple et aux soldats\u00a0\u00bb s\u2019affiche sur les murs avec deux d\u00e9crets\u00a0: \u00e9tat de si\u00e8ge, dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e et r\u00e9tablissement du suffrage universel\u00a0; appel des Fran\u00e7ais \u00e0 un pl\u00e9biscite pour reconna\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>Le 2, arrestation de d\u00e9put\u00e9s, dispersion de manifestants, tandis qu\u2019un Comit\u00e9 de r\u00e9sistance tente de soulever le peuple de Paris, anim\u00e9 par Hugo, Sch\u0153lcher (qui a fait abolir l\u2019esclavage en mai 1848) et Jules Favre (avocat engag\u00e9 \u00e0 gauche qui avait soutenu le coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte contre la Monarchie de Juillet en 1836).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2217\" class=\"cit-num\">2217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851.<em> Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour).<\/p>\n<p>Authentique homme de gauche, \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule, mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848. Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 3\u00a0d\u00e9cembre est une r\u00e9action contre le coup d\u2019\u00c9tat du 2. Le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, le 2\u00a0d\u00e9cembre, autour d\u2019un pr\u00e9tendant, se sont group\u00e9s des hommes que la France ne connaissait pas jusque-l\u00e0, qui n\u2019avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation [\u2026] de ces gens dont on peut r\u00e9p\u00e9ter ce que Cic\u00e9ron a dit de la tourbe qui entourait Catilina\u00a0: un tas d\u2019hommes perdus de dettes et de crimes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2218\" class=\"cit-num\">2218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>Histoire du Second Empire<\/em> (1916), Pierre de la Gorce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat de Delescluzes, il plaidera en ces termes le 14\u00a0novembre 1868, au proc\u00e8s d\u2019opposants au r\u00e9gime imp\u00e9rial, coupables d\u2019avoir lanc\u00e9 une souscription pour \u00e9lever un monument au d\u00e9put\u00e9 Baudin, tomb\u00e9 sur une barricade en d\u00e9cembre 1851.<\/p>\n<p>Hugo, exil\u00e9, rend compte du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre, dans <em>L\u2019Histoire d\u2019un crime<\/em> et <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>, pamphlet d\u00e9non\u00e7ant les ambitions dictatoriales du nouveau ma\u00eetre de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France a compris que je n\u2019\u00e9tais sorti de la l\u00e9galit\u00e9 que pour entrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m\u2019absoudre\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2220\" class=\"cit-num\">2220<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), pl\u00e9biscit\u00e9 les 21 et 22\u00a0d\u00e9cembre 1851<em>. Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1998), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pays (au suffrage universel r\u00e9tabli) approuve massivement le coup d\u2019\u00c9tat\u00a0: 7\u00a0439\u00a0216 oui contre 640\u00a0737 non.<\/p>\n<p>Il faut quand m\u00eame signaler que le scrutin est sous haute surveillance et l\u2019opinion publique syst\u00e9matiquement manipul\u00e9e par la propagande officielle \u2013 aussi efficace que les r\u00e9seaux sociaux, chaque \u00e9poque ayant ses influenceurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe ce qui m\u2019arrive\u00a0? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 de France pour avoir combattu le guet-apens de d\u00e9cembre [\u2026] Je suis exil\u00e9 de Belgique pour avoir fait Napol\u00e9on le Petit. Eh bien\u00a0! je suis banni deux fois, voil\u00e0 tout. Monsieur Bonaparte m\u2019a traqu\u00e9 \u00e0 Paris, il me traque \u00e0 Bruxelles\u00a0; le crime se d\u00e9fend, c\u2019est tout simple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2221\" class=\"cit-num\">2221<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo a fui le 11\u00a0d\u00e9cembre 1851, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. L\u2019exil commence. Il va durer pr\u00e8s de vingt ans, avant le triste retour au lendemain de l\u2019abdication de l\u2019empereur \u00e0 Sedan, en pleine guerre, \u00e0 la veille de la d\u00e9faite et de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis Bonaparte [\u2026] ne connaissait qu\u2019une chose, son but [\u2026] Toute sa politique \u00e9tait l\u00e0. \u00c9craser les r\u00e9publicains, d\u00e9daigner les royalistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2222\" class=\"cit-num\">2222<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi r\u00e9sume-t-il la politique du nouvel homme fort qui d\u00e9voile son jeu, entre le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et le r\u00e9tablissement de l\u2019Empire \u00e0 son profit, en novembre\u00a01852.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une constitution doit \u00eatre faite uniquement pour la nation \u00e0 laquelle on veut l\u2019adapter. Elle doit \u00eatre comme un v\u00eatement qui, pour \u00eatre bien fait, ne doit aller qu\u2019\u00e0 un seul homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2223\" class=\"cit-num\">2223<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873). <em>Les Trois coups d\u2019\u00c9tat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1906), Andr\u00e9 Lebey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Constitution de 1852, r\u00e9dig\u00e9e en quelques jours, promulgu\u00e9e le 14\u00a0janvier, est un sur-mesure pour Louis-Napol\u00e9on\u00a0: le pr\u00e9sident re\u00e7oit \u00ab\u00a0le gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise pour dix ans [\u2026] avec l\u2019initiative et la promulgation des lois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On retrouve le syst\u00e8me des deux assembl\u00e9es, Corps l\u00e9gislatif et S\u00e9nat, aux pouvoirs tr\u00e8s r\u00e9duits. C\u2019est un \u00ab\u00a0copi\u00e9-coll\u00e9\u00a0\u00bb de la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, celle du Consulat n\u00e9 du coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire. L\u2019histoire, d\u00e9cid\u00e9ment, se r\u00e9p\u00e8te. Cette fois, c\u2019est clair.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le premier vol de l\u2019Aigle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2224\" class=\"cit-num\">2224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Marie Jean Jacques <span class=\"caps\">DUPIN<\/span> (1783-1865), 22\u00a0janvier\u00a01852. <em>La Sarabande, ou Choix d\u2019anecdotes, bons mots, chansons, gauloiseries, \u00e9pigrammes, \u00e9pitaphes, r\u00e9flexions et pi\u00e8ces en vers des Fran\u00e7ais depuis le <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1903), L\u00e9on Vall\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jouant sur le mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb, ce magistrat qui pr\u00e9sida la L\u00e9gislative en 1849 et sera s\u00e9nateur sous l\u2019Empire, parle du d\u00e9cret pris par le prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, portant confiscation des biens de la maison d\u2019Orl\u00e9ans, le 22\u00a0janvier 1852. Le m\u00eame jour, Dupin d\u00e9missionne de ses fonctions \u00e0 la Cour de cassation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La censure quelle qu\u2019elle soit me para\u00eet une monstruosit\u00e9, une chose pire que l\u2019homicide\u00a0; l\u2019attentat contre la pens\u00e9e est un crime de l\u00e8se-\u00e2me. La mort de Socrate p\u00e8se encore sur le genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2225\" class=\"cit-num\">2225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), Lettre \u00e0 Louise Colet (1852), <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9pression a d\u2019abord touch\u00e9\u00a0 la presse r\u00e9publicaine. La plupart de ses journaux ont disparu au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat. Suivent quatre d\u00e9crets de f\u00e9vrier et mars\u00a01852, qui enl\u00e8vent en fait toute libert\u00e9 \u00e0 la presse, plac\u00e9e sous contr\u00f4le du minist\u00e8re de la Police.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est beaucoup d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois une gloire nationale, une garantie r\u00e9volutionnaire et un principe d\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2227\" class=\"cit-num\">2227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique et historien, il r\u00e9sume l\u2019alchimie du vote avec \u00ab\u00a0la force du parti bonapartiste, ou pour dire plus vrai du nom de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections au Corps l\u00e9gislatif, le 29\u00a0f\u00e9vrier 1852. Les opposants n\u2019ayant aucun moyen de faire campagne (pas une affiche imprim\u00e9e, pas une r\u00e9union \u00e9lectorale\u00a0!), ils obtiennent 800\u00a0000 voix et les candidats officiels plus de 5\u00a0millions. D\u2019o\u00f9 253 bonapartistes, face \u00e0 7 royalistes et 3 r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la remarque de Guizot explique la facilit\u00e9 avec laquelle le futur empereur va arriver \u00e0 son but, le pouvoir, et les difficult\u00e9s que le r\u00e9gime conna\u00eetra plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empire, c\u2019est la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2228\" class=\"cit-num\">2228<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Bordeaux, 9\u00a0octobre 1852. <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913), Gustave Flaubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le message d\u00e9j\u00e0 imp\u00e9rial est destin\u00e9 aux puissances \u00e9trang\u00e8res qui assistent \u00e0 l\u2019irr\u00e9sistible ascension d\u2019un nouveau Bonaparte et peuvent s\u2019en inqui\u00e9ter\u00a0: \u00ab\u00a0Par esprit de d\u00e9fiance, certaines personnes se disent\u00a0: l\u2019Empire, c\u2019est la guerre. Moi, je dis\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique assur\u00e9e pour dix ans, ce n\u2019\u00e9tait pas suffisant\u00a0pour l\u2019ambitieux qui a pris go\u00fbt au pouvoir et gagn\u00e9 en assurance\u00a0! La propagande se remobilise.<\/p>\n<p>Le 15\u00a0ao\u00fbt, jour de la Saint-Napol\u00e9on, devient f\u00eate nationale. Et le prince refait sa \u00ab\u00a0campagne de France\u00a0\u00bb, triomphalement accueilli aux cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb Les pr\u00e9fets veillent, actifs, dociles. Mais le personnage a incontestablement acquis autorit\u00e9 et popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre religion, comme la n\u00f4tre, apprend \u00e0 se soumettre aux d\u00e9crets de la Providence. Or, si la France est ma\u00eetresse de l\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019est que Dieu l\u2019a voulu, et la nation ne renoncera jamais \u00e0 cette conqu\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2230\" class=\"cit-num\">2230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Allocution \u00e0 Abd el-Kader, 16\u00a0octobre 1852. <em>Conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1867), C\u00e9line Fallet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9mir, en lutte contre la France poursuivant la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie commenc\u00e9e le 5\u00a0juillet 1830, a d\u00fb se rendre le 23\u00a0d\u00e9cembre 1847. Fait prisonnier, il est lib\u00e9r\u00e9 ce 16\u00a0octobre par Louis-Napol\u00e9on. Le guerrier va renoncer \u00e0 se battre, se retirant au Proche-Orient pour consacrer la fin de sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9tude et \u00e0 la m\u00e9ditation religieuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repr\u00e9sentant \u00e0 tant de titres la cause du peuple et la volont\u00e9 nationale, ce sera la nation qui, en m\u2019\u00e9levant au tr\u00f4ne, se couronnera elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2231\" class=\"cit-num\">2231<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 4\u00a0novembre 1852. <em>Recueil g\u00e9n\u00e9ral des lois, d\u00e9crets et arr\u00eat\u00e9s<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le message du prince-pr\u00e9sident s\u2019adresse \u00e0 la nation, invit\u00e9e \u00e0 un nouveau pl\u00e9biscite. Les 21 et 22\u00a0novembre, la nation r\u00e9pond massivement oui\u00a0: 7,8\u00a0millions de voix, contre 250\u00a0000 non.<\/p>\n<p>\u00c9mile Zola explique les raisons de ce triomphe\u00a0: \u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9, sauv\u00e9e encore une fois, se f\u00e9licitait, se reposait, faisait la grasse matin\u00e9e, maintenant qu\u2019un gouvernement fort la prot\u00e9geait et lui \u00f4tait jusqu\u2019au souci de penser et de r\u00e9gler ses affaires. La grande pr\u00e9occupation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait de savoir gr\u00e2ce \u00e0 quels amusements elle allait tuer le temps [\u2026] Paris se mettait \u00e0 table et r\u00eavait gaudriole au dessert.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s Hugo, Zola sera l\u2019auteur le plus populaire de son temps, avec le m\u00eame engagement politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aidez-moi tous \u00e0 asseoir sur cette terre, boulevers\u00e9e par tant de r\u00e9volutions, un gouvernement stable qui ait pour base la religion, la propri\u00e9t\u00e9, la justice, l\u2019amour des classes souffrantes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2232\" class=\"cit-num\">2232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 1er\u00a0d\u00e9cembre 1852. <em>\u0152uvres de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, discours, proclamations, messages<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lendemain 2\u00a0d\u00e9cembre, l\u2019Empire est proclam\u00e9. C\u2019est encore l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, la plus grande victoire de l\u2019oncle prestigieux, le souvenir vivant de Napol\u00e9on\u00a0Ier. Respectant l\u2019Aiglon, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, le prince Louis-Napol\u00e9on prend le nom de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>Rappelons le mot de Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb Hugo n\u2019aurait pas mieux dit contre le second, mais son culte pour le premier l\u2019a rendu encore plus cruel. Les autres contemporains \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb sont s\u00e9v\u00e8res pour ce nouvel empereur et la chanson donne le ton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique \u00e0 votre vote expire<br>Devant Machin, votre unanime \u00e9lu.<br>Soyez heureux\u00a0: vous poss\u00e9dez l\u2019Empire,<br>Soyez-en fiers, car vous l\u2019avez voulu.<br>De ce succ\u00e8s dont votre \u00e2me s\u2019enivre<br>Peut-\u00eatre un jour vous vous mordrez les doigts\u00a0:<br>Votre empereur, dit-on, aime bien vivre\u00a0!<br>Et vous paierez la carte, bons bourgeois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2233\" class=\"cit-num\">2233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GILLE<\/span> (1820-1856), <em>La Carte \u00e0 payer<\/em>, chanson.<em> La R\u00e9publique clandestine (1840-1856)\u00a0: les chansons de Charles Gille<\/em> (posthume, 2002)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La presse d\u2019opposition n\u2019existe pratiquement plus depuis le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851, mais la chanson reste un moyen d\u2019expression et l\u2019humour se fait cinglant.<\/p>\n<p>Charles Gille, po\u00e8te et ouvrier d\u00e9j\u00e0 pers\u00e9cut\u00e9, \u00e9crase de son m\u00e9pris cette bourgeoisie qui, de nouveau, a trahi la R\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/galerie-presidentielle-ii-troisieme-republique-jusquen-1879\/\">D\u00e9couvrez la suite de notre galerie pr\u00e9sidentielle<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 25 Pr\u00e9sidents (avec ou sans majuscule selon les sources et l\u2019usage) figurent en t\u00eate d\u2019affiche dans ce r\u00e9sum\u00e9 de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Pr\u00e9sents dans notre Histoire en citations, les passer ainsi en revue \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019avril 2022 est une mani\u00e8re originale de revisiter l\u2019histoire de France depuis la R\u00e9volution. \u00ab\u00a0La royaut\u00e9 [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":49,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9242","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9242","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9242"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9242\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12677,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9242\/revisions\/12677"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9242"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9242"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9242"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}