{"id":9257,"date":"2022-05-23T00:00:00","date_gmt":"2022-05-22T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-troisieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:04","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:04","slug":"les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"Les Surnoms &#8211; jeu de mots entre petite et grande Histoire (Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3>Les surnoms de l\u2019histoire<\/h3>\n<h3><span class=\"caps\">IX<\/span>. Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/h3>\n<p>La violence verbale (voire physique) domine m\u00eame en temps de paix\u00a0: agressivit\u00e9 syst\u00e9matique et partialit\u00e9 de rigueur dans le jeu politique et social, carri\u00e8res r\u00e9sum\u00e9es en quelques surnoms.\u00a0 Mais l\u2019humour fait (presque) tout passer, l\u2019art s\u2019invite volontiers, tandis que grande et petite histoire se m\u00ealent.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8-25.jpg\" width=\"200\" height=\"265\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<h4>Bismarck\u00a0: le Chancelier de fer<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2306\" class=\"cit-num\">2306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots posent le personnage, surnomm\u00e9 le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, tout comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>. Bismarck a commenc\u00e9 par ravir \u00e0 l\u2019Autriche sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex-Conf\u00e9d\u00e9ration germanique. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse, mais pour cela, il lui faut prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr.<\/p>\n<p>Face au futur chancelier du Reich, il y avait Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb, disait Bismarck en 1864. C\u2019est surtout un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement ind\u00e9cis.<\/p>\n<p>La d\u00e9faite de Sedan met fin au Second Empire, la capitulation est sign\u00e9e le 1er octobre 1870, la R\u00e9publique est proclam\u00e9e \u00e0 Paris dans l\u2019\u00e9lan d\u2019une journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire (4 septembre). Un gouvernement provisoire de D\u00e9fense nationale est form\u00e9 pour faire la \u00ab\u00a0guerre \u00e0 outrance\u00a0\u00bb. Mais la capitale est encercl\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e prussienne le 19 septembre. Notre Troisi\u00e8me R\u00e9publique commence sous les pires auspices et le personnel politique va devoir faire face.<\/p>\n<h4>Thiers\u00a0: Mirabeau-mouche, singe \u00e0 portefeuilles, Foutriquet, le Lib\u00e9rateur du territoire<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la R\u00e9publique, la R\u00e9publique honn\u00eate, sage, conservatrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2060\" class=\"cit-num\">2060<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), <em>Manifeste de M.\u00a0Thiers.<\/em> <em>Portraits historiques<\/em> (1883), H.\u00a0Draussin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa carri\u00e8re commence un demi-si\u00e8cle avant, sous la Monarchie de Juillet. La Charte approuv\u00e9e par la majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s reconna\u00eet la libert\u00e9 de la presse, l\u2019abolition de la censure, l\u2019initiative des lois \u00e0 la Chambre, la suppression des justices d\u2019exception et le catholicisme n\u2019est plus religion d\u2019\u00c9tat. Mais l\u2019on se retrouve quand m\u00eame en monarchie.<\/p>\n<p>Thiers, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 de la premi\u00e8re heure (et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa longue vie), va cautionner cette monarchie constitutionnelle. Il irrite de plus en plus Louis-Philippe qui nomme cet orateur r\u00e9publicain Mirabeau-mouche (pour sa petite taille) et singe \u00e0 portefeuilles (pour ses ambitions politiques \u00e9videntes). Il sera plusieurs fois ministre sous ce r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2331\" class=\"cit-num\">2331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0358 \u00e0\u00a0363 (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s longue carri\u00e8re politique et personnalit\u00e9 tr\u00e8s diversement jug\u00e9e, comme en t\u00e9moignent ses surnoms. Entr\u00e9 en politique en\u00a01830, ministre sous la Monarchie de Juillet, r\u00e9publicain et dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire, il se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande.<\/p>\n<p>Son nom reste surtout attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de la Commune. 1871\u00a0est l\u2019ann\u00e9e de tous les pouvoirs pour cet homme de 74\u00a0ans, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par vingt-six d\u00e9partements \u00e0 la fois et devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb le 17\u00a0f\u00e9vrier. Lourde t\u00e2che, dans une France vaincue et d\u00e9chir\u00e9e. Gambetta (r\u00e9publicain de gauche) rendra finalement hommage au \u00ab\u00a0Lib\u00e9rateur du territoire\u00a0\u00bb lors de fun\u00e9railles nationales imposantes qui t\u00e9moignent (en 1877) de la tr\u00e8s grande popularit\u00e9 de Thiers, dans la France profonde comme dans la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. La post\u00e9rit\u00e9 ne retient de Thiers que cet \u00e9pisode tragique\u00a0: la r\u00e9pression de la Commune. C\u2019est injuste et partial. Un article du <em>Monde<\/em> d\u2019octobre-novembre 2007 titre sur l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0antisocialiste sanglant\u00a0\u00bb (Olivier Pironet), oubliant son r\u00f4le capital pour l\u2019institution de la R\u00e9publique dans une France majoritairement royaliste et conservatrice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chef, c\u2019est un qualificatif de cuisinier\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2418\" class=\"cit-num\">2418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sachant garder son humour en maintes occasions et tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise dans la \u00ab\u00a0politique politicienne\u00a0\u00bb, le petit homme surnomm\u00e9e Foutriquet pour sa houppe de cheveux et son m\u00e8tre cinquante-cinq troque son titre de chef du pouvoir ex\u00e9cutif pour celui, plus prestigieux, de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le 31\u00a0ao\u00fbt 1871, l\u2019Assembl\u00e9e se proclamant Constituante\u00a0: c\u2019est la loi Rivet.<\/p>\n<p>Profitant de son prestige, le Lib\u00e9rateur du territoire\u00a0s\u2019impose enfin, toujours aussi conservateur que r\u00e9publicain, soutenu par Gambetta, r\u00e9publicain d\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Union r\u00e9publicaine. Comme Clemenceau et Gambetta, \u00e9galement admir\u00e9s, contest\u00e9s, d\u00e9test\u00e9s, Thiers demeure l\u2019un personnages politiques importants de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<h4>Gambetta\u00a0: fou furieux, commis voyageur de la R\u00e9publique<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2465\" class=\"cit-num\">2465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), Jean Jacques Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune, tapant si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre et d\u00e9cha\u00eene l\u2019assistance\u2026 Il l\u2019\u00e9cartera du pouvoir, car il peut effrayer le pays, surtout les ruraux. L\u2019Assembl\u00e9e prendra des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil eux-m\u00eames insignifiants pour ne pas leur porter ombrage. Ce sera l\u2019une des faiblesses du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>La mort accidentelle (et myst\u00e9rieuse) de Gambetta explique sa carri\u00e8re relativement courte. Il est entr\u00e9 en politique comme avocat en 1868, pour d\u00e9fendre des opposants au r\u00e9gimes imp\u00e9rial. Tribun de choc, il fait partie du gouvernement (provisoire) de la D\u00e9fense nationale en septembre 1870. Quand Paris capitule, il veut continuer le combat. Nomm\u00e9 ministre de la Guerre \u00e0 32 ans, il recourt au syst\u00e8me D dans Paris assi\u00e9g\u00e9\u00a0: les pigeons voyageurs, baptis\u00e9s par lui \u00ab\u00a0premier service de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, permettent les communications entre Paris et la province. Il s\u2019\u00e9chappe de la capitale en ballon (montgolfi\u00e8re) au soulagement de ses coll\u00e8gues d\u00e9j\u00e0 exasp\u00e9r\u00e9s par son agitation, pour animer une r\u00e9sistance provinciale, organiser la lev\u00e9e en masse de 600\u00a0000 hommes. Il tente en vain de galvaniser la France profonde, aussi pacifiste qu\u2019elle est peu r\u00e9publicaine, avec son adjoint Freycinet qui n\u2019est malheureusement pas le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>Son bellicisme \u00ab\u00a0\u00e0 outrance\u00a0\u00bb lui vaut l\u2019inimiti\u00e9 de nombreux politiques, journalistes ou \u00e9crivains et le surnom de \u00ab\u00a0fou furieux\u00a0\u00bb par Thiers qui juge aussi ses proches collaborateurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ils se sont tromp\u00e9s, gravement tromp\u00e9s\u00a0: ils ont prolong\u00e9 la d\u00e9fense au-del\u00e0 de toute raison\u00a0; ils ont employ\u00e9 les moyens les plus mal con\u00e7us qu\u2019on ait employ\u00e9s \u00e0 aucune \u00e9poque, dans aucune guerre [\u2026] Nous \u00e9tions tous r\u00e9volt\u00e9s contre cette politique de fous furieux qui mettaient la France dans le plus grand p\u00e9ril\u00a0\u00bb. L\u2019armistice est finalement sign\u00e9 avec la Prusse.<\/p>\n<p>Mais dans ce combat perdu d\u2019avance, Gambetta s\u2019inscrit dans la tradition bien fran\u00e7aise de la d\u00e9brouillardise et du panache, \u00e0 l\u2019image des d\u2019Artagnan, Murat ou Cyrano de Bergerac. Ce geste \u00e9pique et cet acharnement dans la lutte patriotique marqu\u00e8rent durablement les esprits\u00a0: on d\u00e9nombre aujourd\u2019hui plus de 1 500 rues Gambetta en France\u00a0: sixi\u00e8me nom propre le plus donn\u00e9 \u00e0 nos rues.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019in\u00e9vitable et vous devriez l\u2019accepter. Vous devriez prendre votre parti de l\u2019existence dans le pays d\u2019une d\u00e9mocratie invincible \u00e0 qui restera certainement le dernier mot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2442\" class=\"cit-num\">2442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0ao\u00fbt 1874. <em>Les Partis politiques sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1913), L\u00e9on Jacques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Orateur infatigable, sillonnant la France jusque dans les campagnes pas encore acquises au nouveau r\u00e9gime pour diffuser les id\u00e9es r\u00e9publicaines, il gagne son surnom de \u00ab\u00a0commis voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb. Il proposera une constitution r\u00e9publicaine. L\u00e9gitimistes et conservateurs n\u2019en veulent toujours pas, mais Gambetta va rallier une partie de la gauche \u00e0 la cause du seul r\u00e9gime possible dans la France de cette \u00e9poque\u00a0: une r\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e qui n\u2019effraie pas le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877.<em> Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce discours s\u2019adresse au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai\u00a0: renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Mac-Mahon a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et c\u2019est toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident. Mac-Mahon finira par donner sa d\u00e9mission. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique est devenue un r\u00e9gime parlementaire pour le meilleur et pour le pire<\/p>\n<h4>Comte de Chambord\u00a0: l\u2019enfant du miracle, Henri V<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est n\u00e9, l\u2019enfant du miracle<br>H\u00e9ritier du sang d\u2019un martyr,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un tardif oracle,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un dernier soupir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1980\" class=\"cit-num\">1980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un flash-back d\u2019un demi-si\u00e8cle pour mieux comprendre les difficult\u00e9s de la R\u00e9publique \u00e0 ses d\u00e9buts\u00a0!<\/p>\n<p>Le po\u00e8te gentilhomme (qui fut un temps dans les gardes du corps de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et joue les attach\u00e9s d\u2019ambassade en Italie) saluait avec lyrisme la naissance du duc de Bordeaux, le 29\u00a0septembre 1820. Fils posthume du duc de Berry (assassin\u00e9 en f\u00e9vrier) et de la duchesse de Berry Marie-Caroline, il prendra le nom de comte de Chambord et deviendra Henri V pour les royalistes l\u00e9gitimistes. Plus de cinquante ans apr\u00e8s, il croit son heure venue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord.<em> La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri de Bourbon, comte de Chambord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom et sa plus grande l\u00e9gitimit\u00e9. Il a toutes ses chances, dans une France majoritairement rurale et encore monarchiste (hors la capitale acquise \u00e0 la R\u00e9publique).<\/p>\n<p>Dans ce discours, il renie le drapeau tricolore. Certains de ses partisans, scandalis\u00e9s, en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019\u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne de Thiers qui pavoise devant tant de maladresse. Il dit m\u00eame avec humour que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louise Michel\u00a0: la Vierge rouge<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Star de la Commune, elle symbolise cette br\u00e8ve r\u00e9volution et porte bien son surnom\u00a0! Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards et l\u2019h\u00e9ro\u00efne rest\u00e9e la plus populaire. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fera revivre ces souvenirs vibrants et tragiques.<\/p>\n<p>V\u00e9ritable pasionaria des barricades, la Vierge rouge appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection et jusqu\u2019au sacrifice\u00a0: \u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,\u00a0\/ Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.\u00a0\/ Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,\u00a0\/ Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire de tendance r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e, et \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Semaine sanglante\u00a0: la Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France, pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit aussi Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est l\u2019illustration, malgr\u00e9 l\u2019extr\u00eame confusion des courants qui l\u2019anim\u00e8rent. Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours\u00a0:<em> L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<h4>Gaston de Galliffet\u00a0: le Marquis aux talons rouges, le Massacreur de la Commune<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871. <em>Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>,<em> La Commune<\/em>, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Galliffet a fait fusiller sans jugement 5 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00fb faire un exemple ce matin\u00a0; je d\u00e9sire ne pas \u00eatre r\u00e9duit de nouveau \u00e0 une pareille extr\u00e9mit\u00e9. N\u2019oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons\u00e9quent sont \u00e0 Versailles et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et non pas avec la grotesque assembl\u00e9e de Paris, qui s\u2019intitule Commune.\u00a0\u00bb Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaudra le surnom bien m\u00e9rit\u00e9 de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0Massacreur de la Commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 Paris, les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine. Les Communards les plus extr\u00eames semblent eux aussi pr\u00eats \u00e0 tout, mais le combat est trop in\u00e9gal face aux forces de l\u2019ordre r\u00e9publicain\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu des prisonniers sanglants, les oreilles arrach\u00e9es, le visage et le cou d\u00e9chir\u00e9s, comme par des griffes de b\u00eates f\u00e9roces.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2367\" class=\"cit-num\">2367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BARR\u00c8RE<\/span> (1851-1940), t\u00e9moignage en date du 3\u00a0avril\u00a01871. <em>Les Convulsions de Paris\u00a0: \u00c9pisodes de la commune<\/em> (1883), Maxime Du Camp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur ambassadeur \u00e0 Rome, ce Communard est t\u00e9moin des combats aux premiers jours d\u2019avril entre Versaillais et F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Ce qui le choque plus que tout, c\u2019est la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e contre les convois de prisonniers ramen\u00e9s \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont plus des soldats qui accomplissent leur devoir, ce sont des \u00eatres retourn\u00e9s \u00e0 la nature des fauves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2379\" class=\"cit-num\">2379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France<\/em>, juin\u00a01871. <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journalistes unanimes condamnent la r\u00e9pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Le\u00a0<em>Si\u00e8cle<\/em> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une folie furieuse. On ne distingue plus l\u2019innocent du coupable.\u00a0\u00bb Et <em>Paris-Journal<\/em> du 9\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bois de Boulogne que seront ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir les gens condamn\u00e9s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamn\u00e9s d\u00e9passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3\u00a0500 insurg\u00e9s sont fusill\u00e9s sans jugement dans Paris, pr\u00e8s de 2\u00a0000 dans la cour de prison de la Roquette et plusieurs centaines au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, de sinistre m\u00e9moire. 400\u00a0000 d\u00e9nonciations \u00e9crites sur 2\u00a0millions de Parisiens\u00a0: fort pourcentage de d\u00e9lateurs montrant la haine accumul\u00e9e\u00a0! 40\u00a0000 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers sont entass\u00e9s \u00e0 Versailles, intern\u00e9s dans des pontons flottants et dans les forts c\u00f4tiers, faute de places dans les prisons. Il y aura\u00a0 22\u00a0000 non-lieux, pr\u00e8s de 2\u00a0500 acquittements, plus de 10\u00a0000 condamnations, dont la moiti\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation, avec de nombreux morts \u00e0 la suite de mauvais traitements. Pour juger ces vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre si\u00e8geront\u00a0 jusqu\u2019en 1874.<\/p>\n<p>Au journaliste Henri Rochefort qui lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis le seul Communard que vous n\u2019ayez pas fait fusiller\u00a0!\u00a0\u00bb Galliffet le Massacreur de la Commune r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sera le regret de toute ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Jules Ferry\u00a0: Ferry-Famine, Ferry l\u2019Affameur, \u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb, Ferry-Tonkin, le Tonkinois.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un homme politique tr\u00e8s actif et contest\u00e9, d\u2019o\u00f9 ses nombreux surnoms\u00a0! Clemenceau sera dans le m\u00eame cas.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain et opposant sous le Second Empire, maire de Paris en novembre 1870, il a (entre autres) la mission impossible du ravitaillement de la capitale assi\u00e9g\u00e9e, d\u2019o\u00f9 ses deux premiers surnoms\u00a0: Ferry-Famine et Ferry l\u2019Affameur.<\/p>\n<p>Ferry est attaqu\u00e9 ici en tant que ministre de l\u2019Instruction publique\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire (la\u00efc, gratuit et obligatoire) r\u00e9duit l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9 qui a ses fervents d\u00e9fenseurs. Le 16\u00a0juin 1879, la loi Ferry enflammera la Chambre. Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry. En ce domaine, la post\u00e9rit\u00e9 reconna\u00eetra le r\u00f4le exemplaire du ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rayonner sans agir, sans se m\u00ealer aux affaires du monde, vivre de cette sorte pour une grande nation [\u2026] c\u2019est abdiquer, [\u2026] c\u2019est descendre du premier rang au troisi\u00e8me ou au quatri\u00e8me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2399\" class=\"cit-num\">2399<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux fois pr\u00e9sident du Conseil entre septembre\u00a01880 et mars\u00a01885 et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 partir de novembre 1883, il promeut la nouvelle politique coloniale de la France\u00a0: \u00e0 la place des conqu\u00eates continentales devenues impossibles, il pr\u00f4ne l\u2019aventure au-del\u00e0 des mers. Pour lui, \u00ab\u00a0les races sup\u00e9rieures ont un droit vis-\u00e0-vis des races inf\u00e9rieures [\u2026] le devoir de [les] civiliser.\u00a0\u00bb Cette mission civilisatrice de la France est une id\u00e9e r\u00e9pandue \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u00e9fendue notamment par Hugo et Jaur\u00e8s. Mais cette politique coloniale est tr\u00e8s attaqu\u00e9e par la droite \u2013 elle co\u00fbte cher en cr\u00e9dits et en hommes \u2013 et par la gauche nationaliste \u2013 elle d\u00e9tourne de la politique de revanche contre l\u2019Allemagne qui a annex\u00e9 l\u2019Alsace-Lorraine. Un \u00e9chec provoquera la chute de \u00ab\u00a0Ferry-Tonkin\u00a0\u00bb et l\u2019arr\u00eat de cette premi\u00e8re expansion coloniale qui recommencera vers 1890. Un minist\u00e8re des Colonies sera cr\u00e9\u00e9 en 1894.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique coloniale est fille de la politique industrielle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2400\" class=\"cit-num\">2400<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donnera plus tard une th\u00e9orie de sa politique coloniale, men\u00e9e au coup par coup quand il \u00e9tait au pouvoir. L\u2019expansion est n\u00e9cessaire \u00e0 un grand pays comme la France, pour satisfaire des besoins \u00e0 la fois militaires (bases dans le monde entier), commerciaux (march\u00e9s et d\u00e9bouch\u00e9s pour son expansion \u00e9conomique), culturels (prestige national oblige, pour \u00ab\u00a0sa langue, ses m\u0153urs, son drapeau, son arm\u00e9e et son g\u00e9nie\u00a0\u00bb). La Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9difie peu \u00e0 peu le second empire colonial du monde (apr\u00e8s l\u2019Angleterre), aussi vrai qu\u2019\u00ab\u00a0un mouvement irr\u00e9sistible emporte les grandes nations europ\u00e9ennes \u00e0 la conqu\u00eate de terres nouvelles\u00a0\u00bb (Jules Ferry).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire passer avant toute chose la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2477\" class=\"cit-num\">2477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 30\u00a0mars\u00a01885. <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La conqu\u00eate de l\u2019Indochine a commenc\u00e9 sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et Ferry poursuit cette colonisation fran\u00e7aise en Extr\u00eame-Orient. Par le trait\u00e9 de Hu\u00e9 (25 ao\u00fbt 1883), l\u2019empereur du Vietnam a \u00e9t\u00e9 contraint de c\u00e9der, au nord, le Tonkin devenu un protectorat fran\u00e7ais, mais la Chine voisine conteste ce trait\u00e9 et envahit le Tonkin\u00a0: ses troupes, les \u00ab\u00a0Pavillons noirs\u00a0\u00bb, se heurtent aux troupes fran\u00e7aises. Si\u00e8ges et batailles navales se succ\u00e8dent durant pr\u00e8s de deux ans.<\/p>\n<p>Le 29\u00a0mars 1885, les journaux ont appris l\u2019attaque des Chinois \u00e0 Lang-Son (ville du Vietnam sur la fronti\u00e8re chinoise) et la retraite du corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais, avec quelque 200 tu\u00e9s ou bless\u00e9s. L\u2019incident est d\u00e9mesur\u00e9ment grossi\u00a0: on parle du \u00ab\u00a0d\u00e9sastre de Lang-son\u00a0\u00bb comme d\u2019un second Waterloo et d\u2019un nouveau Sedan\u00a0! Les radicaux, group\u00e9s autour de Clemenceau, d\u00e9noncent la politique coloniale de Jules Ferry, surnomm\u00e9 pour l\u2019occasion \u00ab\u00a0Ferry-Tonkin\u00a0\u00bb et accus\u00e9 de haute trahison pour avoir engag\u00e9 des troupes, sans bien en informer les d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident du Conseil, Ferry garde son calme et le 30 mars, invoquant la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau, il demande une augmentation des cr\u00e9dits pour envoyer des renforts au Tonkin. Il d\u00e9cha\u00eene des clameurs, \u00e0 la gauche comme \u00e0 la droite de l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est le jour de sa chute. Il finira s\u00e9nateur.<\/p>\n<h4>Boulanger\u00a0: le G\u00e9n\u00e9ral Revanche<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La popularit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger est venue trop t\u00f4t \u00e0 quelqu\u2019un qui aimait trop le bruit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2481\" class=\"cit-num\">2481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Le Boulangisme<\/em> (1946), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Boulanger est impos\u00e9 au gouvernement le 7\u00a0janvier 1886 par les radicaux, Clemenceau en t\u00eate. Le nouveau ministre de la Guerre devient vite le \u00ab\u00a0brav\u2019g\u00e9n\u00e9ral Boulanger\u00a0\u00bb pour l\u2019arm\u00e9e, sachant se rendre populaire par diverses r\u00e9formes qui am\u00e9liorent l\u2019ordinaire du conscrit. Sa popularit\u00e9 va gagner dans les rangs des innombrables m\u00e9contents du r\u00e9gime. Au 14\u00a0juillet 1886, le d\u00e9fil\u00e9 national marque la premi\u00e8re apoth\u00e9ose de son ascension.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il reviendra quand le tambour battra,<br>Quand l\u2019\u00e9tranger m\u2019na\u00e7\u2019ra notre fronti\u00e8re<br>Il reviendra et chacun le suivra<br>Pour cort\u00e8ge il aura la France enti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2485\" class=\"cit-num\">2485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Refrain populaire en l\u2019honneur du g\u00e9n\u00e9ral Revanche<\/em> (1887), chanson. <em>Le G\u00e9n\u00e9ral Boulanger jug\u00e9 par ses partisans et ses adversaires<\/em> (1888), Georges Grison<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>8\u00a0juillet 1887, la foule se masse \u00e0 la gare de Lyon pour emp\u00eacher le d\u00e9part de son idole, devenu le g\u00e9n\u00e9ral Revanche \u2013 dans un pays qui pense toujours \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019Alsace-Lorraine et \u00e0 venger l\u2019humiliante d\u00e9faite de Sedan. La popularit\u00e9 de Boulanger \u00e9tait devenue trop g\u00eanante pour les r\u00e9publicains qui ont par ailleurs jaug\u00e9 le personnage, irresponsable et bien l\u00e9ger\u00a0: en mai\u00a01887, il perd son portefeuille. Le voil\u00e0 exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Clermont-Ferrand, pour commander le 13e corps d\u2019arm\u00e9e. Mais il est d\u00e9sormais \u00e9ligible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous que j\u2019aille conqu\u00e9rir ill\u00e9galement le pouvoir quand je suis s\u00fbr d\u2019y \u00eatre port\u00e9 dans six mois par l\u2019unanimit\u00e9 de la France\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2496\" class=\"cit-num\">2496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), r\u00e9ponse aux manifestants, 27\u00a0janvier 1889. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sa r\u00e9ponse aux manifestants qui lui crient\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchent vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot fait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Boulanger choisit la l\u00e9galit\u00e9, il choisit aussi d\u2019\u00e9couter les conseils de Marguerite de Bonnemains, sa ma\u00eetresse passionn\u00e9ment aim\u00e9e \u2013 on apprendra bient\u00f4t qu\u2019elle travaillait pour la police.<\/p>\n<p>Cela laisse le temps au gouvernement de r\u00e9agir\u00a0: le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur l\u2019accuse de complot contre l\u2019\u00c9tat. Craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il fuit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Son prestige s\u2019effondre. Le boulangisme a v\u00e9cu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, mais la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable. Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat et craignant l\u2019arrestation, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril 1889 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb Clemenceau qui n\u2019avait rien d\u2019un sentimental ne va pas rater le mot. Mais le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger a quand m\u00eame menac\u00e9 la R\u00e9publique et invent\u00e9 une forme de populisme toujours dangereux.<\/p>\n<h4>Jules Gr\u00e9vy\u00a0: le Jules au gendre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jadis on \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9 et content. Aujourd\u2019hui on n\u2019est d\u00e9cor\u00e9 que comptant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2486\" class=\"cit-num\">2486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">CAPUS<\/span> (1857-1922), <em>Le Gaulois<\/em>, 7\u00a0octobre 1887<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journal, comme bien d\u2019autres, d\u00e9nonce le scandale de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La corruption, tant reproch\u00e9e aux r\u00e9publicains qui sont au pouvoir, atteint la famille du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Son gendre, Daniel Wilson, est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services. Ce trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre\u00a01887, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur. La chanson d\u2019\u00c9mile Carr\u00e9 r\u00e9sume la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre [\u2026] J\u2019suis un honn\u00eate p\u00e8re de famille\u00a0\/ Ma seule passion, c\u2019est l\u2019jeu de billard\u00a0\/ Un blond barbu, joli gaillard\u00a0\/ Une fois m\u2019demande la main d\u2019ma fille [\u2026]\u00a0\/ Y sont mari\u00e9s, mais c\u2019que j\u2019m\u2019en repens\u00a0!\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre\u00a0!\u00a0[\u2026] Avec lui, j\u2019en ai vu de grises, \/ Fallait qu\u2019j\u2019emploie \u00e0 chaque instant \/ Mon nom, mon cr\u00e9dit, mon argent \/ \u00c0 r\u00e9parer toutes ses sottises.\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Devant la crise, il est pouss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mission et reste comme le Jules-au-gendre, \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 le pr\u00e9nom est tr\u00e8s port\u00e9\u00a0: Jules Gr\u00e9vy, Jules Ferry, Jules Favre, Jules Simon, mais aussi Jules Dufaure. C\u2019est la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, sous-entendu aussi des copains et des coquins.<\/p>\n<h4>Jean Casimir-P\u00e9rier\u00a0: le Prisonnier, Casimir d\u2019Anzin<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le poids des responsabilit\u00e9s est trop lourd pour que j\u2019ose parler de ma reconnaissance. J\u2019aime trop ardemment mon pays pour \u00eatre heureux le jour o\u00f9 je deviens son chef. Qu\u2019il me soit donn\u00e9 de trouver dans ma raison et dans mon c\u0153ur la force n\u00e9cessaire pour servir dignement la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Message du nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu le 27 juin 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sadi Carnot est mort poignard\u00e9 \u00e0 Lyon par Caserio, anarchiste illumin\u00e9, le 24 juin. Il voyait en Casimir-Perier son h\u00e9ritier. Soutenu par la droite, il h\u00e9site \u00e0 poser sa candidature, mais se laisse convaincre. Facilement \u00e9lu par le S\u00e9nat et la Chambre, p\u00e2le et d\u00e9fait, il \u00e9clate en sanglots. <em>L\u2019Intransigeant<\/em> d\u2019Henri Rochefort titre un entrefilet\u00a0: \u00ab\u00a0Premi\u00e8res larmes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 46 ans, c\u2019est le troisi\u00e8me plus jeune pr\u00e9sident (apr\u00e8s Louis-Napol\u00e9on Bonaparte en 1848 et Emmanuel Macron en 2017). Il d\u00e9tient surtout le record du mandat pr\u00e9sidentiel le plus court, toutes r\u00e9publiques confondues\u00a0: 6 mois et 20 jours.<\/p>\n<p>Les radicaux et les socialistes le caricaturent tr\u00e8s vite comme \u00ab\u00a0pr\u00e9sident de la r\u00e9action\u00a0\u00bb. Il appartient \u00e0 la haute bourgeoisie.\u00a0 Propri\u00e9taire de la majeure partie des actions des mines d\u2019Anzin, \u00ab\u00a0Casimir d\u2019Anzin\u00a0\u00bb est trop riche aux yeux de la France d\u00e9mocratique. Les campagnes de presse hostiles se multiplient, parall\u00e8lement aux proc\u00e8s pour offense au chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Casimir-P\u00e9rier prend aussi conscience du faible r\u00f4le r\u00e9serv\u00e9 au pr\u00e9sident. Tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des Affaires \u00e9trang\u00e8res (domaine toujours r\u00e9serv\u00e9 au chef de l\u2019\u00c9tat), marginalis\u00e9 par le pr\u00e9sident du Conseil, il sombre dans l\u2019abattement. \u00ab\u00a0Le prisonnier de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0\u00bb ne supporte plus cette prison dor\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9cor menteur o\u00f9 l\u2019on ne fait que recevoir des coups sans pouvoir les rendre\u00a0\u00bb. Sous ses allures hautaines, l\u2019homme est sensible, fragile et angoiss\u00e9. Cloitr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il n\u2019ose plus sortir dans la rue de peur d\u2019\u00eatre insult\u00e9 ou siffl\u00e9. Il a demand\u00e9 aux cochers de retirer leur cocarde tricolore pour qu\u2019on ne remarque pas la voiture pr\u00e9sidentielle dans la capitale. Se croyant espionn\u00e9, il re\u00e7oit ses intimes sur la pelouse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour pouvoir parler librement. Il va d\u00e9missionner au premier pr\u00e9texte.<\/p>\n<p>Le\u00e7on de l\u2019histoire\u00a0?\u00a0 La politique est un m\u00e9tier interdit aux faibles. Et la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 parlementaire\u00a0\u00bb l\u2019emporte\u00a0 une fois de plus au d\u00e9triment de la pr\u00e9sidence toujours rabaiss\u00e9e. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, la famille, fid\u00e8le \u00e0 son v\u0153u, refusa toute c\u00e9r\u00e9monie officielle\u00a0: obs\u00e8ques sans fleurs, ni couronnes, ni discours.<\/p>\n<h4>\u00c9mile Zola\u00a0: le Grand f\u00e9cal, le Ma\u00eetre de M\u00e9dan<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de<em> L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est l\u2019\u0153uvre du romancier (naturaliste) le plus populaire, apr\u00e8s la mort de Balzac et Hugo.\u00a0C\u2019est dire le poids de cette intervention dans l\u2019affaire Dreyfus qui va devenir la plus grave crise sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. \u00a0<br>Zola accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fait conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende. L\u00e9on Daudet le poursuit d\u00e9sormais de sa haine, d\u00e9non\u00e7ant l\u2019influence n\u00e9faste de Zola sur la litt\u00e9rature associ\u00e9e \u00e0 un surnom scatologique et inf\u00e2mant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait le go\u00fbt du d\u00e9shonneur, de la d\u00e9ch\u00e9ance et de la mort de son prochain. Il m\u2019appara\u00eet dans mon souvenir comme ruisselant de fiel et assouvissant dans son \u0153uvre, la rage de d\u00e9gradation qui le tenait contre l\u2019ensemble du genre humain. [\u2026] Lisez les meilleurs scatologicons de sa s\u00e9rie\u00a0: <em>L\u2019Assommoir, Germinal, Nana, La Terre<\/em>. Regardez-le se vautrer dans le purin, en faire d\u00e9gouliner sur sa page [\u2026]. D\u2019o\u00f9 le surnom de Grand F\u00e9cal, que je lui appliquai et qui resta.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">DAUDET<\/span> (1867-1942), <em>Au temps de Judas<\/em> (1920)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils a\u00een\u00e9 d\u2019Alphonse Daudet (l\u2019auteur des <em>Lettres de mon moulin<\/em>) et mari\u00e9 un temps \u00e0 Jeanne-Hugo (petite-fille de Victor Hugo), \u00e9crivain, journaliste \u00e0 <em>l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> et homme politique, intellectuel d\u2019extr\u00eame droite, tour \u00e0 tour et souvent tout \u00e0 la fois nationaliste et royaliste, antis\u00e9mite, antiallemand et visc\u00e9ralement antidreyfusard, L\u00e9on Daudet est une figure de la vie culturelle et politique\u00a0: articles pol\u00e9miques au style populaire, vif et amusant, charriant les injures, voire les appels au meurtre, mais aussi essais, livres d\u2019histoire et romans se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme soutenu.<\/p>\n<p>Le personnage est un colosse truculent, sanguin, pittoresque, mangeant, buvant (plusieurs bouteilles de Bourgogne par repas), \u00e9crivant, discourant sans cesse. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le gros L\u00e9on\u00a0\u00bb, il\u00a0 d\u00e9fraye la chronique, autant par ses \u00e9crits que par les duels que lui valent ses insultes et les coups qu\u2019il donne ou re\u00e7oit au cours de manifestations qui se terminent souvent au poste. On ne dira jamais assez l\u2019extr\u00eame violence de cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas heureux. Ce partage, cette vie double que je suis forc\u00e9 de vivre finissent par me d\u00e9sesp\u00e9rer. J\u2019avais fait le r\u00eave de rendre tout le monde heureux autour de moi, mais je vois bien que cela est impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), Lettre de juillet 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zola peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Voltaire au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Ces deux \u00ab\u00a0intellectuels engag\u00e9s\u00a0\u00bb ont interrompu leur \u0153uvre pour d\u00e9fendre un innocent victime de l\u2019injustice \u2013 affaire Calas, affaire Dreyfus. Et chacun finit sa vie en \u00ab\u00a0recevant le monde \u00e0 domicile\u00a0\u00bb, l\u2019un en \u00ab\u00a0Aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb \u00e0 Ferney, l\u2019autre en \u00ab\u00a0Ma\u00eetre de M\u00e9dan\u00a0\u00bb, tout en travaillant avec acharnement entre quelques moments de loisirs bien m\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 38 ans, Zola a trouv\u00e9 la maison de ses r\u00eaves \u00e0 M\u00e9dan, dans les Yvelines. Au fur et \u00e0 mesure que le romancier s\u2019enrichit avec les droits d\u2019auteur de ses romans et leur diffusion en feuilleton dans la presse, il peut agrandir et transformer cette \u00ab\u00a0cabane \u00e0 lapin\u00a0\u00bb qui impressionne aujourd\u2019hui le visiteur par son allure et par ses dimensions. Il aime construire\u00a0: sa vie, son \u0153uvre, son domaine. Ce romancier de g\u00e9nie a une force de travail et une r\u00e9gularit\u00e9 r\u00e9sum\u00e9es par sa devise peinte sur la chemin\u00e9e de son cabinet de travail \u00e0 M\u00e9dan\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nulla dies sine linea<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 pas un jour sans une ligne.<\/p>\n<p>Mais sa vie priv\u00e9e lui pose un probl\u00e8me de conscience tout \u00e0 l\u2019honneur de l\u2019homme. Il aime toujours son \u00e9pouse Alexandrine, mais il est tomb\u00e9 tr\u00e8s amoureux de Jeanne Rozerot, jeune orpheline de m\u00e8re, \u00ab\u00a0mont\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 Paris pour se placer comme ling\u00e8re, engag\u00e9e et tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e par Alexandrine \u2013 jadis modeste ling\u00e8re. Jeanne lui donne deux enfants, il l\u2019installe pr\u00e8s de M\u00e9dan et va la voir chaque jour. Seuls quelques tr\u00e8s proches amis de l\u2019\u00e9crivain savent\u2026 Quand Alexandrine Zola apprend l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de son \u00e9poux, le couple si uni est au bord du divorce. Mais l\u2019homme est soulag\u00e9, il ne supportait plus ce mensonge. Alexandrine assur\u00e9e de ne pas \u00eatre abandonn\u00e9e se r\u00e9signe finalement \u00e0 cette situation, elle s\u2019occupe m\u00eame des enfants, reportant sur eux un amour maternel dont elle a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Apr\u00e8s la mort de l\u2019\u00e9crivain, elle fera reconna\u00eetre les deux enfants, afin qu\u2019ils puissent porter le nom de leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>Signalons que la mort de Zola \u00e0 62 ans reste une \u00e9nigme. Assur\u00e9ment asphyxi\u00e9 par la fum\u00e9e de son po\u00eale \u00e0 charbon, la chemin\u00e9e fut vraisemblablement bouch\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de travaux sur le toit voisin. Ce serait une suite de l\u2019affaire Dreyfus que nombre d\u2019antidreyfusards et antis\u00e9mites ne lui pardonneront jamais.<\/p>\n<h4>Arthur Rimbaud\u00a0: l\u2019Homme aux semelles de vent<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elles ont p\u00e2li, merveilleuses<br>Au grand soleil d\u2019amour charg\u00e9,<br>Sur le bronze des mitrailleuses<br>\u00c0 travers Paris insurg\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2329\" class=\"cit-num\">2329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1854-1891), <em>Les Mains de Jeanne-Marie<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On n\u2019est pas s\u00e9rieux quand on a dix-sept ans.\u00a0\u00bb Premier vers autobiographique de <em>Roman<\/em>. Mais la suite de sa br\u00e8ve existence prouvera que l\u2019\u00e2ge n\u2019\u00e9tait pas en cause\u00a0!<\/p>\n<p>Boulevers\u00e9 par la d\u00e9claration de guerre, puis par l\u2019\u00e9chec de la Commune, l\u2019adolescent n\u00e9 \u00e0 Charleville (dans les Ardennes) fugue deux fois \u00e0 Paris, en\u00a01870 et\u00a01871. Il chante <em>Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat cueilli par la mort, mais aussi les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale. Mais il comprend tr\u00e8s vite l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A vingt-ans, il cesse d\u2019\u00eatre po\u00e8te pour se lancer dans une vie d\u2019explorateur, journaliste, aventurier, trafiquant d\u2019armes, n\u00e9gociant en caf\u00e9. Parti de Charleville, il part vers l\u2019Abyssinie et passe de l\u2019Aden au Y\u00e9men. Volont\u00e9 de vivre \u00e0 en mourir, toujours plus intens\u00e9ment, d\u2019\u00eatre sans cesse en mouvement dans une qu\u00eate \u00e9perdue vers l\u2019inconnu, l\u2019inexplor\u00e9. Course folle, marche vaine. L\u2019Homme aux semelles de vent r\u00eavait de s\u2019enrichir, mais plus encore de d\u00e9couvrir, sans savoir quoi ni comment ni pourquoi. Qu\u00eate \u00e9puisante. Il en meurt \u00e0 trente-sept ans.<\/p>\n<p>Il laisse une \u0153uvre incomprise de son vivant et qui fascine toujours. Comme son histoire d\u2019amour fou avec Verlaine, \u00e9pisode tragique dans deux vies chaotiques de po\u00e8tes inspir\u00e9s.<\/p>\n<h4>Paul Verlaine\u00a0: le Prince des po\u00e8tes, le Clochard c\u00e9leste<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les sanglots longs \/ Des violons \/ De l\u2019automne<br>Bercent mon c\u0153ur \/ D\u2019une langueur \/ Monotone.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2807\" class=\"cit-num\">2807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VERLAINE<\/span> (1844-1896), vers entendus \u00e0 la <span class=\"caps\">BBC<\/span> le 5\u00a0juin 1944. Extrait de \u00ab\u00a0Chanson d\u2019automne\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e8mes saturniens<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vers mondialement connus depuis la Seconde Guerre mondiale\u00a0: c\u2019est le code choisi pour annoncer sur la radio anglaise le jour J du d\u00e9barquement en France, autrement dit l\u2019op\u00e9ration <em>Overlord<\/em> sous le commandement supr\u00eame du g\u00e9n\u00e9ral Eisenhower. Ces mots tant attendus sont enfin entendus, le soir du 5\u00a0juin\u00a0: le d\u00e9barquement est pour le lendemain.<\/p>\n<p>Verlaine est mort un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t, alcoolique au dernier degr\u00e9, violent au point de vouloir \u00e9trangler plusieurs fois sa m\u00e8re, \u00ab\u00a0clochard c\u00e9leste\u00a0\u00bb mais bien r\u00e9el, hantant les caf\u00e9s et les h\u00f4pitaux, condamn\u00e9 \u00e0 des amours \u00ab\u00a0mis\u00e9rables\u00a0\u00bb, souffrant de diab\u00e8te, d\u2019ulc\u00e8res et de syphilis, pour finir emport\u00e9 par une pneumonie aigu\u00eb \u00e0 51 ans.\u00a0<\/p>\n<p>Le destin a fait se rencontrer Verlaine et Rimbaud, les deux po\u00e8tes maudits de l\u2019apr\u00e8s-guerre de 1870. Verlaine vit par intermittence avec son amant\u00a0: leur relation affich\u00e9e fait scandale, comme la violence de Rimbaud l\u2019adolescent s\u00e9duisant et surdou\u00e9. Ses provocations perp\u00e9tuelles finissent par irriter ses confr\u00e8res d\u2019abord indulgents pour son jeune \u00e2ge, mais de plus en plus perplexes sur ses po\u00e8mes ind\u00e9chiffrables et son caract\u00e8re litt\u00e9ralement insupportable.<\/p>\n<p>Le couple fuit Paris, part \u00e0 Londres et se r\u00e9fugie finalement en Belgique. L\u2019aventure s\u2019ach\u00e8ve au cours d\u2019une \u00ab\u00a0sc\u00e8ne de m\u00e9nage\u00a0\u00bb le 10 juillet 1873 \u00e0 Bruxelles\u00a0: Verlaine veut emp\u00eacher son \u00ab\u00a0\u00e9poux infernal\u00a0\u00bb de le quitter, tirant sur lui avec un revolver de poche et le blessant l\u00e9g\u00e8rement au poignet. Incarc\u00e9r\u00e9 dans un centre de d\u00e9tention provisoire, inculp\u00e9 pour son geste et stigmatis\u00e9 pour son homosexualit\u00e9, il est condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison le 8 ao\u00fbt 1873. Rimbaud a retir\u00e9 sa plainte, mais la p\u00e9d\u00e9rastie est un \u00e9l\u00e9ment aggravant.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re aventure ach\u00e8ve de ruiner son mariage avec Mathilde sa femme. Il l\u2019a frapp\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, viol\u00e9e apr\u00e8s s\u2019\u00eatre saoul\u00e9 \u00e0 l\u2019absinthe, s\u2019en prenant m\u00eame \u00e0 leur fils, le petit Georges n\u00e9 fin 1871. La m\u00e8re entame une proc\u00e9dure de s\u00e9paration pendant que Verlaine est en prison. Il suppliera son ami Hugo d\u2019intervenir en sa faveur aupr\u00e8s de Mathilde re\u00e7ue r\u00e9guli\u00e8rement chez lui, mais rien n\u2019y fera. La s\u00e9paration est act\u00e9e en mai 1874 par le Tribunal de la Seine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Effroyable histoire de Paul Verlaine. Pauvre jeune femme\u00a0! Pauvre petit enfant\u00a0! Et lui-m\u00eame, qu\u2019il est \u00e0 plaindre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1870-1885<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lib\u00e9r\u00e9 le 16 janvier 1875 avec une remise de peine pour bonne conduite, Verlaine tente en vain une r\u00e9conciliation avec Mathilde \u2013 qui obtiendra le divorce r\u00e9tabli en 1884 (loi Naquet). Il passe deux jours avec Rimbaud \u00e0 Stuttgart \u00ab\u00a0reniant son dieu\u00a0\u00bb qu\u2019il avait retrouv\u00e9 en prison avec la foi catholique\u00a0: c\u2019est leur derni\u00e8re rencontre. Rimbaud remet \u00e0 Verlaine le texte des <em>Illuminations<\/em> que Verlaine fera publier en 1886. Il aura largement contribu\u00e9 \u00e0 sa gloire posthume.<\/p>\n<p>Seul l\u2019art triomphe dans cette aventure, les deux po\u00e8tes maudits faisant toujours l\u2019objet d\u2019un v\u00e9ritable culte. Notons qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse de Rimbaud, Verlaine \u00e9crivit en prison et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, sacr\u00e9 \u00ab\u00a0Prince des po\u00e8tes\u00a0\u00bb en 1894 par la profession avec laquelle il avait malgr\u00e9 tout renou\u00e9.<\/p>\n<h4>Sarah Bernhardt\u00a0: la N\u00e9gresse blonde, la Voix d\u2019or, la Divine, l\u2019Imp\u00e9ratrice du th\u00e9\u00e2tre, M\u00e8re la Chaise<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Buvons \u00e0 la France, mais \u00e0 la France tout enti\u00e8re, Monsieur le ministre de Prusse\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2471\" class=\"cit-num\">2471<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), en tourn\u00e9e au Danemark, automne 1880. <em>Ma double vie, M\u00e9moires de Sarah Bernhardt<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La star du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, mondialement c\u00e9l\u00e8bre, a d\u00e9j\u00e0 fait preuve de son patriotisme pendant la guerre de 1870, transformant la sc\u00e8ne de l\u2019Od\u00e9on en h\u00f4pital militaire\u00a0: devenue infirmi\u00e8re et parfaite dans son r\u00f4le, elle joua aussi de ses relations pour obtenir de la nourriture aux soldats bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une triomphale tourn\u00e9e en Europe, elle entend le baron Magnus porter ce toast\u00a0: \u00ab\u00a0Je bois \u00e0 la France qui nous donne de si grands artistes\u00a0! \u00c0 la France, \u00e0 la belle France que nous aimons tous.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la fi\u00e8re r\u00e9plique de la com\u00e9dienne. L\u2019orchestre de la cour fait aussit\u00f4t \u00e9clater<em> La Marseillaise<\/em> \u2013 les Danois d\u00e9testent les Allemands, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Bismarck s\u2019indigne et l\u2019on frise l\u2019incident diplomatique. Mais c\u2019est bon aussi pour \u00ab\u00a0la r\u00e9clame\u00a0\u00bb de Sarah.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb dans sa jeunesse, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Renoir peint les femmes bien en chair, \u00ab\u00a0pire que jolie\u00a0\u00bb, elle fascine le photographe Nadar qui nous laisse d\u2019elle des portraits d\u2019une \u00e9tonnante beaut\u00e9\u00a0! Surnomm\u00e9e la N\u00e9gresse blonde pour sa tignasse indompt\u00e9e, elle apprendra l\u2019art de se coiffer, se grimer, changer de visage pour chaque r\u00f4le tout en restant elle-m\u00eame. En 1872, elle reprend le r\u00f4le de la reine dans <em>Ruy Blas<\/em> et le vieil Hugo tombe amoureux de \u00ab\u00a0la Voix d\u2019or\u00a0\u00bb \u2013 peut-\u00eatre aussi de la femme, rien n\u2019est s\u00fbr, mais l\u2019un et l\u2019autre eurent d\u2019innombrables liaisons.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi \u00ab\u00a0la Divine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019Imp\u00e9ratrice du th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, une des plus grandes trag\u00e9diennes fran\u00e7aises du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. En 1900, la cinquantaine l\u00e9g\u00e8rement bedonnante, elle cr\u00e9e (en travesti) un personnage mort de phtisie \u00e0 19 ans, <em>l\u2019Aiglon<\/em> de Jean Rostand, dans le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 son nom (place du Ch\u00e2telet). Reine de Paris avec son amie R\u00e9jane qui excelle dans la com\u00e9die et le naturel, premi\u00e8re \u00ab\u00a0star\u00a0\u00bb internationale, elle multiplie les tourn\u00e9es triomphales sur les cinq continents \u00ab\u00a0pour remplir la sacoche\u00a0\u00bb et par passion de la sc\u00e8ne, jouant jusqu\u2019\u00e0 la fin, amput\u00e9e d\u2019une jambe \u2013 mais jamais appareill\u00e9e. \u00ab\u00a0On me portera\u00a0\u00bb dit-elle, devenue la M\u00e8re la chaise, fascinant toujours son public. C\u2019est pour elle que le jeune Jean Cocteau inventa l\u2019expression de \u00ab\u00a0monstre sacr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Samuel Pozzi\u00a0: Docteur Dieu, l\u2019Amour m\u00e9decin<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Docteur Dieu\u2026 Nul \u00eatre ne m\u2019est plus cher que vous. Ai-je donc besoin, ami ch\u00e9ri, d\u2019ouvrir la bo\u00eete des souvenirs qui nous sont communs pour vous faire respirer le parfum de ces fleurs, cueillies ensemble dans les jardins de la vie\u00a0? Je vous aime tendrement, infiniment\u2026 Sarah.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), Lettre au docteur Pozzi, cit\u00e9e dans <em>Sarah Bernhardt et le Docteur Pozzi<\/em>, Caroline De Costa, Francesca Miller (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis leur premi\u00e8re rencontre au Quartier latin en 1868, lui \u00e9tant \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine, elle jouant \u00e0 l\u2019Od\u00e9on un r\u00f4le \u00e0 succ\u00e8s, et jusqu\u2019\u00e0 la mort tragique de Pozzi (poignard\u00e9 par l\u2019un de ses anciens patients qui se disait mal op\u00e9r\u00e9 et voulait\u00a0 une nouvelle intervention qu\u2019il lui refusait), ils ne cess\u00e8rent de s\u2019envoyer des lettres d\u2019amour puis d\u2019affection, des t\u00e9l\u00e9grammes et des cartes postales, comme aujourd\u2019hui on \u00e9change des textos ou des mails.<\/p>\n<p>Samuel Pozzi (1846-1918), fils de pasteur protestant, grand voyageur et collectionneur d\u2019art, politicien le temps d\u2019un engagement dreyfusard, \u00e9tait comme Sarah aussi ardent au travail qu\u2019en amour. Les avis divergent quant \u00e0 ses comp\u00e9tences chirurgicales. Robert Proust (fr\u00e8re de Marcel) fut son assistant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Broca en 1914 et le tenait en haute estime, les \u00c9tats-Unis reconnurent ses talents, mais L\u00e9on Daudet, lui-m\u00eame ancien carabin, disait\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne lui confierais pas mes cheveux, surtout s\u2019il y avait l\u00e0 une glace.\u00a0\u00bb Pozzi \u00e9tait en effet extr\u00eamement coquet\u00a0: il s\u2019est fait peindre par John Singer Sargent envelopp\u00e9 dans une somptueuse robe de chambre \u00e9carlate \u2013 sans doute appr\u00e9ci\u00e9e par Sarah.<\/p>\n<p>Les femmes de la haute soci\u00e9t\u00e9 parisienne r\u00e9clamaient les services du s\u00e9ducteur surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Amour m\u00e9decin\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital comme en priv\u00e9\u00a0: il op\u00e9rait ses patientes \u00e0 domicile en amenant mat\u00e9riel et assistant d\u2019anesth\u00e9sie. Il avait acquis la ma\u00eetrise des sutures des plaies abdominales et fut le premier \u00e0 r\u00e9aliser une gastro-ent\u00e9rostomie.<\/p>\n<p>En 1898, Samuel avait op\u00e9r\u00e9 Sarah d\u2019un kyste ovarien de la \u00ab\u00a0grosseur d\u2019une t\u00eate d\u2019enfant de 14 ans\u00a0\u00bb. Elle l\u2019appela \u00e0 son secours en 1915, souffrant atrocement d\u2019une tuberculose osseuse au genou droit, suite \u00e0 une premi\u00e8re chute sur le pont du bateau qui la ramenait d\u2019une tourn\u00e9e aux Am\u00e9riques en 1887. Elle s\u2019\u00e9tait ensuite bless\u00e9e dans le r\u00f4le-titre de <em>Tosca<\/em> (pi\u00e8ce de Victorien Sardou), se jetant du haut d\u2019une tour du ch\u00e2teau Saint-Ange. Continuant de jouer, le mal s\u2019\u00e9tait aggrav\u00e9. Devenue invalide, il fallait op\u00e9rer \u2013 pas d\u2019autre solution \u00e0 cette \u00e9poque que l\u2019amputation au-dessus du genou. Mais pas un chirurgien au monde ne voulait se risquer\u00a0sur cette star de 70 ans, au risque de perdre sa r\u00e9putation et de compromettre \u00e0 jamais sa carri\u00e8re. Sarah mena\u00e7a Pozzi de se tirer un coup de revolver dans le genou\u00a0! Il la savait capable de tout.<\/p>\n<p>Il la confia \u00e0 son ancien interne Maurice Denuc\u00e9, professeur d\u2019orthop\u00e9die \u00e0 Bordeaux qui l\u2019op\u00e9ra dans la clinique priv\u00e9e Saint-Augustin o\u00f9 avait s\u00e9journ\u00e9 le roi Alphonse <span class=\"caps\">XIII<\/span>. Sarah Bernhardt y fut trait\u00e9e comme l\u2019imp\u00e9ratrice du th\u00e9\u00e2tre, avec bulletins de sant\u00e9 remis \u00e0 la presse quotidiennement. La M\u00e8re Lachaise devint la plus c\u00e9l\u00e8bre unijambiste de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<h4>\u00c9mile Loubet\u00a0: le Nougateux<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne serai ni s\u00e9nateur, ni d\u00e9put\u00e9, ni m\u00eame conseiller municipal. Rien, absolument rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">LOUBET<\/span> (1838-1924) quittant l\u2019\u00c9lys\u00e9e en 1906<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9go\u00fbt\u00e9 de la vie politique, il revient \u00e0 la vie civile. Il est quand m\u00eame le seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 avoir termin\u00e9 son septennat sans \u00eatre pouss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mission ou assassin\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Loubet a men\u00e9 la carri\u00e8re la plus classique et la plus compl\u00e8te\u00a0: \u00e9lu en 1870 maire de Mont\u00e9limar (capitale du nougat, d\u2019o\u00f9 son surnom de Nougateux), d\u00e9put\u00e9 en 1876, s\u00e9nateur en 1885, mais aussi pr\u00e9sident du Conseil (chef du gouvernement), pr\u00e9sident du S\u00e9nat\u2026 et finalement pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Mod\u00e9r\u00e9, soutenu par Clemenceau, il parvient \u00e0 ce poste en plein scandale de Panama, accueilli au cri de\u00a0de \u00ab\u00a0Loubet d\u00e9mission\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Loubet Panama\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est l\u2019Affaire Dreyfus qui va marquer son septennat. \u00c9lu par les partisans de la r\u00e9vision, il gracie le capitaine en 1906 dans un climat passionn\u00e9. Ce fut aussi l\u2019homme de l\u2019Exposition universelle de 1900, de la Tour Eiffel, de la premi\u00e8re ligne de m\u00e9tro et de la \u00ab\u00a0Belle \u00c9poque\u00a0\u00bb. Grand diplomate, il participe au rapprochement avec l\u2019Angleterre et la Russie, scell\u00e9 par la signature de l\u2019Entente cordiale en 1904.<\/p>\n<p>La fin de son mandat est plus difficile\u00a0: rupture des relations avec le Saint-Si\u00e8ge en lien avec la politique anticl\u00e9ricale d\u2019\u00c9mile Combes qu\u2019il d\u00e9sapprouve. Il voit la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat d\u00e9finitivement act\u00e9e en 1905, ce qui d\u00e9chire la France presque autant que l\u2019Affaire Dreyfus. Bref, le Nougateux a bien m\u00e9rit\u00e9 sa retraite sur ses terres \u00e0 Marsanne, proche de Mont\u00e9limar dans la Dr\u00f4me.<\/p>\n<h4>Armand Falli\u00e8res\u00a0: l\u2019Hippopotame<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La place n\u2019est pas mauvaise, mais il n\u2019y a pas d\u2019avancement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2561\" class=\"cit-num\">2561<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand <span class=\"caps\">FALLI\u00c8RES<\/span> (1841-1931), \u00e0 Raymond Poincar\u00e9 re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, 17\u00a0janvier 1913<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Falli\u00e8res, huiti\u00e8me pr\u00e9sident de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, fit lui aussi une carri\u00e8re politique classique\u00a0: maire, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, plusieurs fois ministre, pr\u00e9sident du Conseil. Il a le physique de l\u2019emploi\u00a0: la barbe et la moustache, le ventre \u2013 et m\u00eame un embonpoint qui lui vaut le surnom d\u2019Hippopotame \u2013 et une assurance tranquille.<\/p>\n<p>De son septennat, retenons la r\u00e9int\u00e9gration de Dreyfus dans l\u2019arm\u00e9e et la cr\u00e9ation de l\u2019isoloir pour assurer le secret des votes. Il choisit de ne pas se repr\u00e9senter. Poincar\u00e9 est \u00e9lu, avec une carri\u00e8re et un physique comparables \u00e0 Falli\u00e8res. Son premier septennat sera boulevers\u00e9 par la plus grande trag\u00e9die du si\u00e8cle.<\/p>\n<h4>Raymond Poincar\u00e9\u00a0: Pointu, Poincar\u00e9-la-guerre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est possible \u00e0 un peuple d\u2019\u00eatre efficacement pacifique qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2564\" class=\"cit-num\">2564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), message aux Chambres, 20\u00a0f\u00e9vrier 1913. <em>Histoire illustr\u00e9e de la guerre de 1914<\/em> (1915), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant donn\u00e9 sa version du \u00ab\u00a0<em>\u00a0si vis pacem, para bellum<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb), le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une France diminu\u00e9e, une France expos\u00e9e, par sa faute, \u00e0 des d\u00e9fis, \u00e0 des humiliations, ne serait plus la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors que Jaur\u00e8s le pacifiste d\u00e9clare \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb, Poincar\u00e9 va renforcer l\u2019alliance avec la Russie, mais aussi l\u2019arm\u00e9e. Le 1er ao\u00fbt 1914, il lance son Appel au pays\u00a0: \u00ab\u00a0La mobilisation n\u2019est pas la guerre.\u00a0\u00bb Il fait afficher cet appel sur les murs des communes de France, en m\u00eame temps que l\u2019ordre de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019Allemagne d\u00e9clare la guerre le 3 ao\u00fbt et envahit la Belgique pour arriver aux fronti\u00e8res fran\u00e7aises. C\u2019est aussit\u00f4t l\u2019\u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: tandis que le gouvernement \u00e9largit sa base avec l\u2019arriv\u00e9e de ministres socialistes, tous les Fran\u00e7ais se retrouvent unis pour servir la patrie\u00a0: royalistes, princes d\u2019Orl\u00e9ans et princes Bonaparte s\u2019engagent, comme les militants d\u2019extr\u00eame gauche, hier encore pacifistes et internationalistes.<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9sident de la R\u00e9publique reste dans l\u2019Histoire sous le surnom de Poincar\u00e9-la-Guerre. Pour la petite histoire, Pointu est juste un jeu de mot avec son patronyme, Poincar\u00e9.<\/p>\n<h4>Soldats combattants des tranch\u00e9es\u00a0: les Poilus<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019admire les poilus de la Grande Guerre et je leur en veux un petit peu. Car ils m\u2019eussent, si c\u2019\u00e9tait possible, r\u00e9concili\u00e9 avec les hommes, en me donnant de l\u2019humanit\u00e9 une id\u00e9e meilleure\u2026 donc fausse\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2577\" class=\"cit-num\">2577<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">COURTELINE<\/span> (1858-1929),<em> La Philosophie de Georges Courteline<\/em> (1929)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur \u00e0 succ\u00e8s comique le plus applaudi par la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019avant 1914, ex-cavalier au 13e r\u00e9giment de Chasseurs \u00e0 Bar-le-Duc, s\u2019est pourtant moqu\u00e9 des militaires, des <em>Gaiet\u00e9s de l\u2019escadron<\/em> (1886) au <em>Train de 8\u00a0h\u00a047<\/em> (1891), du capitaine Hurluret et du sergent Flick. Le \u00ab\u00a0poilu\u00a0\u00bb est synonyme de brave soldat, les poils \u00e9tant associ\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de virilit\u00e9.<\/p>\n<h4>Soldats allemands\u00a0: les Boches<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais chanter le bois fameux \/ O\u00f9 chaque soir, dans l\u2019air brumeux,<br>Rode le Boche venimeux \/ \u00c0 l\u2019\u0153il de tra\u00eetre,<br>O\u00f9 nos poilus au c\u0153ur altier \/ Contre ce bandit de m\u00e9tier \u00a0<br>Se sont battus sans l\u00e2cher pied \/ Au Bois le Pr\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2592\" class=\"cit-num\">2592<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BOYER<\/span> (1876-1942),<em> Au Bois le Pr\u00eatre<\/em> (1915), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Destin\u00e9e \u00e0 maintenir le moral des troupes, cette chanson \u00e9voque un \u00e9pisode de l\u2019interminable guerre de tranch\u00e9es.\u00a0 L\u2019origine du mot Boche est incertaine\u00a0: sans doute \u00e0 rapprocher de \u00ab\u00a0bosch\u00a0\u00bb, bois en bas allemand. T\u00eate de \u00ab\u00a0bosch\u00a0\u00bb signifie t\u00eate de bois. En France, ce terme p\u00e9joratif d\u00e9signe un soldat allemand ou une personne d\u2019origine allemande pendant la guerre franco-allemande de 1870, puis plus largement par les Fran\u00e7ais, les Belges et les Luxembourgeois de la Premi\u00e8re Guerre mondiale jusque bien apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, concurrenc\u00e9 par d\u2019autres expressions p\u00e9joratives comme \u00ab\u00a0Fritz\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Chleuhs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Fridolins\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Fris\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vert-de-gris\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Doryphores\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Teutons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>15\u00a0000 grands bless\u00e9s au visage\u00a0: les Gueules cass\u00e9es<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est dans les cicatrices des gueules cass\u00e9es que l\u2019on peut lire les guerres, pas dans les photos des g\u00e9n\u00e9raux engonc\u00e9s dans leurs uniformes amidonn\u00e9s et tout repass\u00e9s de frais.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">DIDIERLAURENT<\/span> (n\u00e9 en 1962), <em>Le Liseur du 6h27<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Gueules cass\u00e9es est une expression invent\u00e9e par le colonel Picot, premier pr\u00e9sident de l\u2019Union des bless\u00e9s de la face et de la t\u00eate, pour d\u00e9signer les survivants de la Premi\u00e8re Guerre mondiale ayant subi une ou plusieurs blessures au combat et affect\u00e9s par des s\u00e9quelles physiques graves, notamment au niveau du visage. Les photos de ces visages op\u00e9r\u00e9s sont tragiquement \u00e9loquentes. La chirurgie faciale a heureusement fait des progr\u00e8s fantastiques en un si\u00e8cle. Le r\u00e9cit de Philippe Lan\u00e7on en t\u00e9moigne, dans <em>le Lambeau<\/em> (2018). Survivant miracul\u00e9 de l\u2019attentat de Charlie-Hebdo en 2015, il dit les mois d\u2019hospitalisation dans le service de chirurgie maxillo-faciale de l\u2019h\u00f4pital de la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re\u00a0: 22 passages au bloc, dont 13 op\u00e9rations sur la m\u00e2choire, suivi du passage aux Invalides, afin de r\u00e9cup\u00e9rer une m\u00e2choire fonctionnelle pour parler et manger, avec de lourdes cons\u00e9quences psychiques dues au traumatisme.<\/p>\n<h4>F\u00e9lix Faure\u00a0: le Pr\u00e9sident-Soleil<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici un homme satisfait. Le nouveau chef de l\u2019\u00c9tat ne manque ni d\u2019intelligence ni de bon sens ni de finesse\u00a0; toutefois, l\u00e9gitimement fier de son ascension sociale, peut-\u00eatre appara\u00eet-il un peu trop ouvertement content de soi. L\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de la dignit\u00e9 pr\u00e9sidentielle est tr\u00e8s haute.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime <span class=\"caps\">TANDONNET<\/span> (n\u00e9 en 1958), <em>Histoire des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique<\/em>, 7. F\u00e9lix Faure, l\u2019ombre d\u2019un \u00ab\u00a0pr\u00e9sident-Soleil\u00a0\u00bb (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La presse est s\u00e9v\u00e8re pour sa \u00ab\u00a0rayonnante sottise\u00a0\u00bb et son \u00ab\u00a0contentement de soi\u00a0\u00bb. Fier de sa r\u00e9ussite sociale, il pr\u00e9sente bien comme l\u2019on dit\u00a0: \u00ab\u00a0Taille exigu\u00eb, barbe blanchissante, teint fleuri, yeux tr\u00e8s clairs, sourire facile, pointe d\u2019accent proven\u00e7al, mise proprette\u00a0: l\u2019homme est plus avenant qu\u2019imposant. Il est d\u2019ailleurs fin, conna\u00eet \u00e0 fond son monde politique et sait \u00e0 point rendre des services. Mod\u00e9r\u00e9 de temp\u00e9rament, socialement plut\u00f4t conservateur, fort peu sectaire, la simplicit\u00e9 de ses mani\u00e8res et sa bonhomie lui valent n\u00e9anmoins beaucoup d\u2019amis \u00e0 gauche\u00a0\u00bb selon Jacques Chastenet (<em>Histoire de la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique<\/em>). Il est plut\u00f4t populaire.<\/p>\n<p>Ironiquement compar\u00e9 \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> en raison de son attachement obsessionnel \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette et de sa fascination pour la cour de Louis le Grand, la l\u00e9gende veut qu\u2019il ait ambitionn\u00e9 de cr\u00e9er, pour la fonction supr\u00eame, un habit d\u2019apparat chamarr\u00e9 qui puisse rivaliser avec ceux des empereurs et des rois. D\u2019o\u00f9 une importance extr\u00eame au c\u00f4t\u00e9 repr\u00e9sentatif de la fonction. Reste au cr\u00e9dit de l\u2019homme sa conscience professionnelle, son application au travail, son patriotisme. Peu connu du grand public lors de son \u00e9lection, il devient vite populaire\u00a0: les foules acclament ce bel homme souriant, cet ancien apprenti tanneur devenu grand seigneur.<\/p>\n<p>Son septennat abr\u00e9g\u00e9 (1895-1899) occupe un moment cl\u00e9, avec la crise majeure et la d\u00e9chirante question de la r\u00e9vision du proc\u00e8s Dreyfus. Pour l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale, F\u00e9lix Faure est un adversaire du capitaine. Son <em>Journal \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e<\/em> (r\u00e9cemment publi\u00e9) apporte une nuance. Convaincu au d\u00e9part de la culpabilit\u00e9 de Dreyfus comme l\u2019immense majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais, il finit par penser le contraire, mais il se r\u00e9fugie dans un \u00ab\u00a0l\u00e9galisme commode\u00a0\u00bb. Mais il reste connu moins pour sa pr\u00e9sidence que pour sa fin tragique, dans les bras de sa ma\u00eetresse Marguerite Steinheil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela ne fait pas un homme de moins en France. N\u00e9anmoins, voici une belle place \u00e0 prendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2523\" class=\"cit-num\">2523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929),<em> L\u2019Aurore<\/em>, au lendemain de la mort de F\u00e9lix Faure, fin f\u00e9vrier 1899. <em>Contre la justice<\/em> (1900), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le Galant\u00a0\u00bb est bien mort en galante compagnie. Ce mot cruel rappelle certaines sorties de sc\u00e8ne historiques plus ou moins rat\u00e9es, mais le bilan du pr\u00e9sident d\u00e9funt reste assez nul. Autre mot assassin en relation avec son surnom de Pr\u00e9sident-Soleil, son go\u00fbt pour le faste et la raison suppos\u00e9e de sa mort\u00a0en compagnie de sa ma\u00eetresse\u00a0: \u00ab\u00a0Il voulait \u00eatre C\u00e9sar, il ne fut que Pomp\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Marguerite Steinheil\u00a0: la Pompe fun\u00e8bre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident a-t-il toujours sa connaissance\u00a0?<br>\u2014 Non, elle est sortie par l\u2019escalier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2522\" class=\"cit-num\">2522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u2019anecdote qui court dans Paris le 16\u00a0f\u00e9vrier 1899. <em>Petit Journal<\/em> (avec illustration), 26\u00a0f\u00e9vrier 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure, bel homme de 58\u00a0ans, meurt ce jour-l\u00e0 en galante compagnie. La \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb prit la fuite et le concierge de l\u2019\u00c9lys\u00e9e t\u00e9moigne en ces termes (\u00e0 quelques variantes pr\u00e8s selon les sources), r\u00e9pondant \u00e0 la question du pr\u00eatre appel\u00e9 en h\u00e2te pour le confesser.<\/p>\n<p>La rumeur murmure le nom de C\u00e9cile Sorel, actrice c\u00e9l\u00e8bre. En fait, la compagne de ses derniers instants est une demi-mondaine, Marguerite Steinheil (1869-1954), bient\u00f4t surnomm\u00e9e la Pompe fun\u00e8bre\u2026 Et le pr\u00e9sident F\u00e9lix Faure reste finalement dans l\u2019histoire pour ce fait divers \u00e9lys\u00e9en sur lequel on \u00e9pilogue encore.<\/p>\n<h4>Clemenceau\u00a0: le Tigre, le Tombeur de minist\u00e8res, le Premier flic de France, le Briseur de gr\u00e8ves, le P\u00e8re la Victoire, le Vieux, le Perd la victoire<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous promets une de ces crises comme on n\u2019en a pas encore vu dans le monde parlementaire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2489\" class=\"cit-num\">2489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>L\u2019Affaire Wilson et la chute du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy<\/em> (1936), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb qui se ressemblent tous \u2013 \u00ab\u00a0il s\u2019agit toujours du m\u00eame\u00a0\u00bb, dira-t-il, puisque les m\u00eames hommes reviennent toujours, changeant seulement de portefeuille. Cette fois, il attaque la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat, le pr\u00e9sident Gr\u00e9vy ni plus ni moins utile que tous ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et successeurs qui se ressemblent tous, dans cette R\u00e9publique des camarades, des copains et des coquins qui accumule les crises\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a deux organes inutiles\u00a0: la prostate et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Clemenceau le radical (incarnant la gauche pure et dure, comme jadis Gambetta) surnomm\u00e9 aussi le Tigre pour sa dent dure et sa conduite assassine ne va pas rater cette occasion. Le gouvernement qui a soutenu Daniel Wilson est renvers\u00e9 le 20\u00a0novembre\u00a01887. <em>Le Figaro<\/em> du 21\u00a0novembre vise plus haut\u00a0: \u00ab\u00a0La crise, c\u2019est M.\u00a0Gr\u00e9vy\u00a0; c\u2019est par son obstination qu\u2019elle s\u2019est ouverte, c\u2019est par sa d\u00e9mission qu\u2019elle peut finir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fait partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale en 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc. Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, il d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend, en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant Briand devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau en personne. \u00c9tant au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc et impitoyable \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Donc, dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame\u00a0: premier flic de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929).<em> Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 76\u00a0ans, il est appel\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement et en dernier recours par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917). Jusque-l\u00e0, le Tigre s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires. D\u00e9sormais, plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre et d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays, gagnant son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur le front, les soldats voyaient appara\u00eetre un vieil homme au feutre en bataille, qui brandissait un gourdin et poussait brutalement les g\u00e9n\u00e9raux vers la victoire. C\u2019\u00e9tait Georges Clemenceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2605\" class=\"cit-num\">2605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MAUROIS<\/span> (1885-1967),<em> Terre promise<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>Silences du colonel Bramble<\/em> (1918), agent de liaison aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e britannique, \u00e9voque ses souvenirs dans ce livre dont le succ\u00e8s d\u00e9cidera de sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Clemenceau cherche le contact avec les poilus des tranch\u00e9es qui l\u2019appellent affectueusement et simplement le Vieux. \u00ab\u00a0Le vieux Gaulois acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le sol et le g\u00e9nie de notre race\u00a0\u00bb auquel de Gaulle rend hommage dans ses<em> Discours et messages<\/em>, va restaurer la confiance dans le pays.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battu pour l\u2019amnistie des Communards, contre la politique coloniale de Jules Ferry, contre Boulanger et le boulangisme, pour Dreyfus et avec Zola, pour la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, pour l\u2019ordre et contre les gr\u00e8ves, Clemenceau va mener son dernier grand combat national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus facile de faire la guerre que la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2633\" class=\"cit-num\">2633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours de Verdun, 14\u00a0juillet 1919. <em>Discours de paix<\/em> (posthume), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le P\u00e8re la Victoire est toujours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement d\u2019une France \u00e9puis\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve des quatre ans de guerre, m\u00eame si une minorit\u00e9 artiste et privil\u00e9gi\u00e9e f\u00eate les Ann\u00e9es folles d\u2019apr\u00e8s-guerre. Le vieil homme est devenu le \u00ab\u00a0Perd la Victoire\u00a0\u00bb\u00a0: pi\u00e8tre n\u00e9gociateur au trait\u00e9 de Versailles sign\u00e9 le 28\u00a0juin, il a laiss\u00e9 l\u2019Anglais Lloyd George et l\u2019Am\u00e9ricain Wilson l\u2019emporter sur presque tous les points. Et il ne sera pas pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019Assembl\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rant voter en 1920 pour un homme qui ne lui portera pas ombrage, Deschanel.<\/p>\n<h4>Raymond Poincar\u00e9\u00a0: Pointu, Poincar\u00e9-la-guerre<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est possible \u00e0 un peuple d\u2019\u00eatre efficacement pacifique qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2564\" class=\"cit-num\">2564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), message aux Chambres, 20\u00a0f\u00e9vrier 1913. <em>Histoire illustr\u00e9e de la guerre de 1914<\/em> (1915), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant donn\u00e9 sa version du \u00ab\u00a0<em>si vis pacem, para bellum<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb), le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une France diminu\u00e9e, une France expos\u00e9e, par sa faute, \u00e0 des d\u00e9fis, \u00e0 des humiliations, ne serait plus la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors que Jaur\u00e8s le pacifiste d\u00e9clare \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb, Poincar\u00e9 va renforcer l\u2019alliance avec la Russie, mais aussi l\u2019arm\u00e9e. Le 1er ao\u00fbt 1914, il lance son Appel au pays\u00a0: \u00ab\u00a0La mobilisation n\u2019est pas la guerre.\u00a0\u00bb Il fait afficher cet appel sur les murs des communes de France, en m\u00eame temps que l\u2019ordre de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019Allemagne d\u00e9clare la guerre le 3 ao\u00fbt et envahit la Belgique pour arriver aux fronti\u00e8res fran\u00e7aises. C\u2019est aussit\u00f4t l\u2019\u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: tandis que le gouvernement \u00e9largit sa base avec l\u2019arriv\u00e9e de ministres socialistes, tous les Fran\u00e7ais se retrouvent unis pour servir la patrie\u00a0: royalistes, princes d\u2019Orl\u00e9ans et princes Bonaparte s\u2019engagent, comme les militants d\u2019extr\u00eame gauche, hier encore pacifistes et internationalistes.<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9sident de la R\u00e9publique reste dans l\u2019Histoire sous le surnom de Poincar\u00e9-la-Guerre. Pour la petite histoire, Pointu est juste un jeu de mot avec son patronyme, Poincar\u00e9.<\/p>\n<h4>Paul Deschanel\u00a0: Fou-fou-train-train<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce peuple m\u2019acclame mais je ne suis pas digne de lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922) A la suite de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 17 janvier 1920<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Figure des R\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, partisan d\u2019une troisi\u00e8me voie entre lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et socialisme, il est \u00e9lu \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s en 1898. En 1912, il retrouvera\u00a0 ce poste qu\u2019il conserve pendant toute la Grande Guerre, refusant de devenir pr\u00e9sident du Conseil.<\/p>\n<p>Lors de la r\u00e9union pr\u00e9paratoire en vue de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de janvier 1920, il tient en \u00e9chec Clemenceau, \u00ab\u00a0p\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb, trop forte personnalit\u00e9 aux yeux du personnel politique, la paix revenue. Deschanel est \u00e9lu avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu pour ce type d\u2019\u00e9lection sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0! Mais l\u2019homme est malade et il le sait. Victime d\u2019un \u00e9tat anxio-d\u00e9pressif, surmen\u00e9 et sous hypnotique, il ouvre la fen\u00eatre pour respirer et tombe du train pr\u00e9sidentiel en pleine nuit, se retrouvant sur les rails en pyjama, ensanglant\u00e9. Ce fait divers d\u00e9fraie la chronique en mai 1920.\u00a0 Ce n\u2019est pas sa premi\u00e8re \u00ab\u00a0excentricit\u00e9\u00a0\u00bb. Sept mois apr\u00e8s son investiture, objet de rumeurs de folie infond\u00e9es, \u00ab\u00a0Fou-fou-train-train\u00a0\u00bb d\u00e9missionne. Malade des poumons, il meurt \u00e0 67 ans.<\/p>\n<h4>Gaston Doumergue\u00a0: le Gastounet<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis un r\u00e9publicain de gauche. Je ne fais appel qu\u2019aux voix de gauche. J\u2019entends gouverner \u00e0 gauche avec une majorit\u00e9 de gauche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DOUMERGUE<\/span> (1863-1937), Discours du nouveau pr\u00e9sident du Conseil, d\u00e9cembre 1913. <em>L\u2019Appel au p\u00e8re, de Clemenceau \u00e0 de Gaulle<\/em>, Jean-Pierre Guichard (1991)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme Loubet et Falli\u00e8res, c\u2019est un enfant de la terre. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Gastounet\u00a0\u00bb par les Parisiens, il apportera \u00e0 la fonction pr\u00e9sidentielle sa joviale rondeur, sa constante affabilit\u00e9, une sant\u00e9 solide, un accent qui fleure bon le Midi et une autorit\u00e9 indiscut\u00e9e de radical convaincu.<\/p>\n<p>Fils de vignerons du Gard, il commence sa carri\u00e8re dans la magistrature coloniale en Indochine et en Alg\u00e9rie avant de se lancer en politique. D\u00e9put\u00e9 de N\u00eemes \u00e0 30 ans, constamment r\u00e9\u00e9lu,\u00a0 vice-Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, il devient un pilier des minist\u00e8res \u00e0 partir de 1902 et jusque pendant la Grande Guerre (Colonies, Commerce, Instruction publique, Affaires \u00e9trang\u00e8res). S\u00e9nateur du Gard en 1910, il acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence du S\u00e9nat en 1923. Il est finalement \u00e9lu pr\u00e9sident en 1924, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Comme Falli\u00e8res, chaque matin, il marche une heure, histoire de r\u00e9fl\u00e9chir aux difficult\u00e9s pr\u00e9sentes. Ce m\u00e9ridional n\u2019est pas du genre \u00e0 rester muet au Conseil des ministres. Depuis Jules Gr\u00e9vy, on n\u2019a pas vu un pr\u00e9sident aussi prompt \u00e0 intervenir. Avec sa popularit\u00e9 sans \u00e9gale, il pouvait solliciter le renouvellement de son septennat. Mais le 12 juin 1931, il se leva \u00e0 la fin de son dernier Conseil et s\u2019exclama\u00a0: \u00ab\u00a0Ouf\u00a0!\u00a0\u00bb Il avait une bonne raison de quitter l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0: Jeanne Marie Jos\u00e9phine Gaussal, veuve, riche et quinquag\u00e9naire. Le Gastounet avait r\u00e9alis\u00e9 son r\u00eave\u00a0: \u00e9pouser son amour d\u2019enfance. Le vieux c\u00e9libataire s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 le 1er juin 1931, dans le salon vert au premier \u00e9tage du palais. Le personnel de l\u2019\u00c9lys\u00e9e attendait les mari\u00e9s avec les bras charg\u00e9s de fleurs. Doumergue qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 discret en fut surpris. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019Ambassade d\u2019Angleterre qui nous a pr\u00e9venu\u00a0\u00bb, lui r\u00e9pondit-on.<\/p>\n<h4>Aristide Briand\u00a0: le P\u00e8lerin de la Paix,\u00a0l\u2019Arrangeur<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes, nos diff\u00e9rends n\u2019ont pas disparu, mais, d\u00e9sormais, c\u2019est le juge qui dira le droit [\u2026] Arri\u00e8re les fusils, les mitrailleuses, les canons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2654\" class=\"cit-num\">2654<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Discours du 10\u00a0septembre 1926.<em> Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de Poincar\u00e9 qui (avec le pr\u00e9sident Doumergue) incarne la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France [\u2026] ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.<\/p>\n<h4>Paul Doumer\u00a0: Barbe en zinc, le Colbert de l\u2019Indochine<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme n\u2019est grand que s\u2019il a vu la mort de pr\u00e8s et l\u2019a regard\u00e9e en face, froid et impassible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DOUMER<\/span> (1857-1932), <em>Livre de mes fils<\/em>, 1906<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>6 mai 1832. Moins d\u2019un an apr\u00e8s le d\u00e9but de son septennat, inaugurant un salon d\u2019\u00e9crivains anciens combattants \u00e0 Paris, il est assassin\u00e9 \u00e0 coup de pistolet par Paul Gorgulov, immigr\u00e9 russe aux motivations confuses qui sera guillotin\u00e9 par la suite.<\/p>\n<p>Issu d\u2019un milieu modeste, il travaille \u00e0 douze ans, comme coursier puis ouvrier graveur. Entr\u00e9 en politique comme radical, plusieurs fois \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 entre 1888 et 1910, il est nomm\u00e9 gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Indochine fran\u00e7aise en 1896, dans le cadre de la politique coloniale fran\u00e7aise men\u00e9e par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Cinq ans \u00e0 ce poste, il se rend sur le terrain, administre sans chercher \u00e0 gouverner et gagne son surnom (flatteur)\u00a0: Colbert de l\u2019Indochine. Pour comprendre l\u2019autre surnom, il suffit de regarder ses photos\u00a0: la barbe est \u00e0 la mode, mais la sienne est spectaculairement sculpt\u00e9e.<\/p>\n<p>La Grande Guerre co\u00fbte la vie \u00e0 quatre de ses cinq fils\u00a0! Il dirige le cabinet civil du gouvernement militaire de Paris, sa carri\u00e8re politique se poursuit, de plus en plus \u00e0 droite. En 1931, il se pr\u00e9sente \u00e0 la pr\u00e9sidence et devance au premier tour le r\u00e9publicain-socialiste et pacifiste Aristide Briand. Partisan d\u2019un renforcement de la puissance militaire fran\u00e7aise, il appellera \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale, critiquant l\u2019attitude partisane des partis politiques. Sa vie comme sa mort en firent l\u2019un des personnages les plus populaires de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 avec Gastounet, alias Gaston Doumergue<\/p>\n<h4>Paul Val\u00e9ry\u00a0: Po\u00e8te d\u2019\u00c9tat, Petit monsieur sec<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le temps du monde fini commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2693\" class=\"cit-num\">2693<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945). <em>Regards sur le monde actuel<\/em> (1931), Paul Val\u00e9ry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Croulant sous les honneurs, nomm\u00e9 en 1937 professeur au Coll\u00e8ge de France, il se d\u00e9finit lui-m\u00eame comme \u00ab\u00a0po\u00e8te d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, charg\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e des inscriptions ornant le Palais de Chaillot, ouvert pour l\u2019Exposition internationale et renfermant, outre un th\u00e9\u00e2tre, trois mus\u00e9es (des Monuments fran\u00e7ais, de la Marine et de l\u2019Homme). Mais son second surnom (donn\u00e9 par les filles du po\u00e8te Jos\u00e9-Maria de Heredia) exasp\u00e8re ce petit homme au grand c\u0153ur parfois bien cach\u00e9, hypersensible, sujet aux angoisses et passionn\u00e9 \u00e0 ses heures.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion sur le destin de notre civilisation et le devenir de la science pourrait figurer en bonne place sur le fronton. C\u2019est l\u2019une des plus cit\u00e9es de Val\u00e9ry\u00a0: mise en abyme intellectuelle, \u00e9ternellement d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019\u00c9tat est fort, il nous \u00e9crase. S\u2019il est faible, nous p\u00e9rissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2630\" class=\"cit-num\">2630<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>Regards sur le monde actuel<\/em>, \u00ab\u00a0Fluctuations sur la libert\u00e9\u00a0\u00bb (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Observateur toujours lucide des probl\u00e8mes qui se font drames de ce temps, Val\u00e9ry se refuse \u00e0 tout engagement politique, mais tire (dans cet ensemble de textes r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 partir de 1930) une des le\u00e7ons de l\u2019histoire. Le dilemme est d\u2019autant plus terrible que la faiblesse des d\u00e9mocraties fait la force des dictatures. Cela reste toujours vrai\u00a0!<\/p>\n<h4>Daladier\u00a0: le Taureau du Vaucluse<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il s\u2019agit de d\u00e9membrer la Tch\u00e9coslovaquie, la France dit non. S\u2019il s\u2019agit de permettre \u00e0 trois millions de Sud\u00e8tes qui veulent \u00eatre allemands de le devenir, nous sommes d\u2019accord.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2698\" class=\"cit-num\">2698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DALADIER<\/span> (1884-1970), pr\u00e9sident du Conseil, Conf\u00e9rence de Munich (29-30\u00a0septembre 1938). <em>1934-1939<\/em> (1968), Michel Ragon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voulant sauver la paix \u00e0 tout prix, France et Grande-Bretagne c\u00e8dent face \u00e0 Hitler, abandonnant un pays alli\u00e9 en reconnaissant l\u2019annexion des Sud\u00e8tes, au pr\u00e9texte d\u2019une minorit\u00e9 allemande dans ce territoire. L\u2019accord de Munich est ratifi\u00e9 par la Chambre, 535 voix contre 75).<em> L\u2019Humanit\u00e9<\/em> d\u00e9nonce \u00ab\u00a0le brigandage commis \u00e0 Munich\u00a0\u00bb et Henri de Kerillis \u00e9crit dans un journal de droite, <em>L\u2019\u00c9poque<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Trente divisions allemandes d\u00e9barrass\u00e9es de tout souci vont se tourner vers nous.\u00a0\u00bb Les menaces de guerre se pr\u00e9cisent, l\u2019opinion publique est partag\u00e9e, les pacifistes \u00e9tant encore majoritaires.<\/p>\n<p>Daladier est surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le taureau de Vaucluse\u00a0\u00bb, mais le Premier ministre britannique Chamberlain est plus cruel pour\u00a0 \u00ab\u00a0le taureau avec des cornes d\u2019escargot\u00a0\u00bb, d\u00e9non\u00e7ant sa prudence, ses h\u00e9sitations, son \u00e9nergie plus apparente que r\u00e9elle.<\/p>\n<h4>Picasso\u00a0: le Minotaure<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne cherche pas, je trouve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3142\" class=\"cit-num\">3142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> (1881-1973).<em> Le Sens ou La Mort\u00a0: essai sur Le Miroir des limbes d\u2019Andr\u00e9 Malraux<\/em> (2010), Claude Pillet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 8\u00a0avril 1973 meurt \u00e0 Mougins le plus grand peintre du si\u00e8cle, \u00e2g\u00e9 de 91\u00a0ans et travaillant jusqu\u2019\u00e0 la fin \u2013 il fut aussi dessinateur, graveur, sculpteur, c\u00e9ramiste. Un mythe toujours vivant. En 1907, ses<em> Demoiselles d\u2019Avignon<\/em>, rupture avec l\u2019art figuratif et attentat contre la vraisemblance, provoqu\u00e8rent stupeur et scandale. Malraux voit dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre \u00ab\u00a0la plus grande entreprise de destruction et de cr\u00e9ation de formes de notre temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es\u00a01970 et\u00a01980 marquent l\u2019explosion du march\u00e9 de l\u2019art, avec une inflation record des prix de vente\u00a0: <em>Yo Picasso<\/em> (<em>Moi Picasso<\/em>, autoportrait) voit son prix d\u00e9cupler de 1981 \u00e0 1989 (310\u00a0millions de francs). En 2010, <em>Nu au plateau de sculpteur<\/em> (portrait de sa ma\u00eetresse et muse Marie-Th\u00e9r\u00e8se Walter en 1932) bat le record de l\u2019\u0153uvre d\u2019art la plus ch\u00e8re jamais vendue aux ench\u00e8res\u00a0: adjug\u00e9e pour 106,4\u00a0millions de dollars chez Christie\u2019s \u00e0 New York.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du Minotaure, inspir\u00e9 du taureau et des l\u00e9gendes grecques, revient dans une s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres \u00e0 forte connotation sexuelle, rassembl\u00e9es sous le titre Minotauromachie, tel<em> Le Minotaure et la jeune fille<\/em> (1934-1936). Dans ce style, Picasso illustre les <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> d\u2019Ovide. En 1933, il r\u00e9alise la couverture du premier num\u00e9ro de la revue surr\u00e9aliste Minotaure fond\u00e9e par Georges Bataille.<\/p>\n<p>Dans la mythologie grecque, le Minotaure est un monstre fabuleux au corps d\u2019homme et \u00e0 t\u00eate de taureau ou mi-homme et mi-taureau. La sexualit\u00e9 dominatrice de Picasso, son naturel de pr\u00e9dateur vis-\u00e0-vis des femmes de sa vie renvoie obsessionnellement au mythe antique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-surnoms-jeu-de-mots-entre-petite-et-grande-histoire-seconde-guerre-mondiale-quatrieme-et-cinquieme-republiques-avec-de-gaulle\/\">Lire la suite\u00a0: les Surnoms \/ Seconde Guerre Mondiale, Quatri\u00e8me et Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques avec de Gaulle<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les surnoms de l&#8217;histoire IX. Troisi\u00e8me R\u00e9publique La violence verbale (voire physique) domine m\u00eame en temps de paix\u00a0: agressivit\u00e9 syst\u00e9matique et partialit\u00e9 de rigueur dans le jeu politique et social, carri\u00e8res r\u00e9sum\u00e9es en quelques surnoms.\u00a0 Mais l\u2019humour fait (presque) tout passer, l\u2019art s\u2019invite volontiers, tandis que grande et petite histoire se m\u00ealent. Bismarck\u00a0: le Chancelier [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":194,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9257","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9257"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9257\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12662,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9257\/revisions\/12662"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}