{"id":9262,"date":"2022-05-09T00:00:00","date_gmt":"2022-05-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/nos-premiers-ministres-de-michel-debre-a-michel-rocard\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:07","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:07","slug":"nos-premiers-ministres-de-michel-debre-a-michel-rocard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/nos-premiers-ministres-de-michel-debre-a-michel-rocard\/","title":{"rendered":"Nos Premiers ministres (de Michel Debr\u00e9 \u00e0 Michel Rocard)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout de m\u00eame qu\u2019\u00e0 bord du navire l\u2019antique exp\u00e9rience des marins veut qu\u2019un second ait son r\u00f4le \u00e0 lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du commandant, ainsi dans notre nouvelle R\u00e9publique, l\u2019ex\u00e9cutif comporte-t-il apr\u00e8s le pr\u00e9sident vou\u00e9 \u00e0 ce qui est essentiel et permanent un Premier ministre aux prises avec les contingences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2936\" class=\"cit-num\">2936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome I, <em>Le renouveau, 1958-1962<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Division du travail et probl\u00e8me fondamental du fonctionnement de nos institutions\u00a0: c\u2019est l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0domaine r\u00e9serv\u00e9\u00a0\u00bb au chef de l\u2019\u00c9tat, cependant que le \u00ab\u00a0second\u00a0\u00bb qui n\u2019est plus pr\u00e9sident du Conseil mais seulement le Premier des ministres de son gouvernement g\u00e8re le quotidien, r\u00f4le moins prestigieux et plus ingrat.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_10-21.jpg\" style=\"float: left;margin: 10px\" width=\"150\" height=\"200\"><\/a>La France est une r\u00e9publique parlementaire \u00e0 forte influence pr\u00e9sidentielle, le pouvoir ex\u00e9cutif \u00e9tant partag\u00e9 entre le pr\u00e9sident et le Premier ministre. La fonction succ\u00e8de \u00e0 celle de pr\u00e9sident du Conseil des ministres, occup\u00e9e par tous les chefs de gouvernements sous les Troisi\u00e8me et Quatri\u00e8me R\u00e9publiques avec des pouvoirs diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 par le pr\u00e9sident, le Premier ministre est habituellement issu d\u2019un parti politique appartenant \u00e0 la majorit\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il peut, comme son gouvernement, \u00eatre du m\u00eame mouvement politique que le pr\u00e9sident ou appartenir \u00e0 son opposition, d\u2019o\u00f9 la \u00ab\u00a0cohabitation\u00a0\u00bb, originalit\u00e9 fran\u00e7aise v\u00e9cue trois fois.<\/p>\n<p>Le Premier ministre r\u00e9side \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de Matignon (7e arrondissement de Paris) avec ses bureaux et ses services. L\u2019ex\u00e9cutif se partage ainsi entre Matignon et l\u2019\u00c9lys\u00e9e (Palais proche, dans le 8e arrondissement).<\/p>\n<p>Depuis la cr\u00e9ation de cette fonction en janvier 1959, notre R\u00e9publique a vu passer 24 Premiers ministres\u00a0: record de long\u00e9vit\u00e9, 6 ans et 3 mois avec Georges Pompidou qui succ\u00e8dera \u00e0 de Gaulle pour la pr\u00e9sidence la plus br\u00e8ve (septennat interrompu par sa mort en 1974). Autre Premier ministre devenu ensuite pr\u00e9sident, Chirac. Deux candidats ont \u00e9chou\u00e9 (Balladur, Jospin), d\u2019autres y ont pens\u00e9 (Chaban-Delmas, Rocard, Jupp\u00e9, Fillon), mais la plupart n\u2019ont pas eu d\u2019ambition ni de vocation pr\u00e9sidentielle .<\/p>\n<p>Le Premier ministre tient un second r\u00f4le fatalement ingrat \u2013 on \u00e9voque \u00ab\u00a0l\u2019enfer de Matignon\u00a0\u00bb. Il marque plus ou moins son \u00e9poque, selon les circonstances et la personnalit\u00e9 du pr\u00e9sident qui le choisit.<\/p>\n<p>Rappelons enfin que sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, deux personnages ont incarn\u00e9 la fonction et gouvern\u00e9 la France plus que le roi lui-m\u00eame\u00a0: c\u2019est le minist\u00e9riat. <br>L\u2019autoritaire cardinal de Richelieu (1585-1642) devenu Principal ministre de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> va \u00ab\u00a0foudroyer les humains\u00a0\u00bb (Michelet) plus que les gouverner, travaillant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement de ses forces \u00e0 restaurer la puissance de l\u2019\u00c9tat et v\u00e9ritable cr\u00e9ateur de la \u00ab\u00a0raison d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 de Gaulle. <br>Son successeur le cardinal de Mazarin (1602-1661) apprit son m\u00e9tier \u00e0 l\u2019enfant Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, restant \u00e0 son poste jusqu\u2019\u00e0 sa mort, donc bien apr\u00e8s la majorit\u00e9 du roi qui d\u00e9cida de gouverner d\u00e9sormais sans Premier ministre, pour incarner la monarchie absolue au Grand si\u00e8cle. Il avait 22 ans et mourra \u00e0 la veille de ses 77 ans.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie\u00a0: de Michel Debr\u00e9 (de Gaulle pr\u00e9sident) \u00e0 Michel Rocard (Mitterrand pr\u00e9sident).<\/p>\n<p>Seconde partie\u00a0: d\u2019\u00c9dith Cresson (Mitterrand pr\u00e9sident) \u00e0 Jean Castex (Macron pr\u00e9sident).<\/p>\n<h4>1. Michel Debr\u00e9 (1959-1962). Peut-on \u00eatre plus gaulliste que de Gaulle\u00a0?<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 est le mot cl\u00e9 des \u00e9poques difficiles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2762\" class=\"cit-num\">2762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBR\u00c9<\/span> (1912-1996), <em>Ces princes qui nous gouvernent<\/em> (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Inconditionnel du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et r\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, Debr\u00e9 comprend et partage le souci du g\u00e9n\u00e9ral de refaire une France dans les r\u00e8gles du droit. En janvier\u00a01960, au moment des barricades d\u2019Alger \u2013 autre \u00e9poque difficile \u2013, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique invoquera publiquement \u00ab\u00a0la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale que j\u2019incarne depuis vingt ans\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes ne manquent pas\u00a0: les r\u00e9volutions en d\u00e9couvrent toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBRE<\/span> (1912-1996), <em>Ces princes qui nous gouvernent<\/em> (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gaulliste de c\u0153ur et de raison, fid\u00e8le compagnon de route, nomm\u00e9 Garde des Sceaux d\u00e8s le retour du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au pouvoir en 1958, il dirige le groupe de travail charg\u00e9 de r\u00e9diger la Constitution.<\/p>\n<p>Premier de la longue liste des Premiers ministres en janvier 1959, il d\u00e9missionnera pourtant trois ans plus tard, d\u00e9sapprouvant la r\u00e9forme constitutionnelle voulue par de Gaulle et approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum, l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel direct. C\u2019est dire le caract\u00e8re de l\u2019homme\u00a0!<\/p>\n<p>On le retrouvera ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances de 1966 \u00e0 1968, des Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1968 \u00e0 1969 et de la D\u00e9fense nationale de 1969 \u00e0 1973.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au seuil de la R\u00e9publique nouvelle (\u2026) tout nous montre, tout nous assure, tout nous prouve que l\u2019ardeur au travail, l\u2019amour de la libert\u00e9, le sens de l\u2019autorit\u00e9 et de la justice, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00c9tat, le patriotisme enfin, animent profond\u00e9ment l\u2019\u00e2me populaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBRE<\/span> (1912-1996), <em>Discours d\u2019investiture, Les principes des nouvelles institutions<\/em>, 15 janvier 1959. Assembl\u00e9e nationale.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus que tout autre (avec de Gaulle, naturellement), le Premiers ministre incarne le sens de l\u2019\u00c9tat, des institutions et du devoir, dans ce premier discours. Chaque phrase vaut citation et redevient p\u00e9riodiquement d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si le gaullisme est pour un grand nombre l\u2019expression d\u2019une longue fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 un homme, il doit \u00eatre, pour tous, la claire vision d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 laquelle on ne peut se d\u00e9rober sans risquer le pire. <br>Notre opinion publique est naturellement divis\u00e9e et, par une logique implacable, la faiblesse du pouvoir m\u00e8ne \u00e0 l\u2019exasp\u00e9ration des divisions. <br>Or les temps que nous vivons sont impitoyables aux peuples dont les gouvernements sont impuissants \u00e0 dominer les divisions. Ils sont \u00e9galement impitoyables aux peuples qui, men\u00e9s par l\u2019impuissance des pouvoirs publics au bord des drames, ne trouvent pas le pacificateur et l\u2019arbitre seul en mesure d\u2019arr\u00eater une \u00e9volution fatale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas plus de gouvernement souverain qu\u2019il n\u2019est d\u2019assembl\u00e9es souveraines. Gouvernement et Parlement sont, ensemble, au service de la seule souverainet\u00e9, qui est celle de la nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBRE<\/span> (1912-1996), <em>Discours d\u2019investiture, Les principes des nouvelles institutions<\/em>, 15 janvier 1959. Assembl\u00e9e nationale.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019orateur cite ensuite un homme politique de r\u00e9f\u00e9rence sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Jules Ferry, au terme d\u2019une carri\u00e8re difficile qui fit de lui, \u00e0 travers les amertumes et les ingratitudes, un des grands hommes de notre histoire, reconnut un jour avec tristesse\u00a0: \u2018Nous n\u2019avons pas su donner \u00e0 la R\u00e9publique figure de gouvernement\u2019. Il entendait par l\u00e0 que les hommes et les formations politiques qui s\u2019\u00e9taient donn\u00e9 la mission de cr\u00e9er un nouveau r\u00e9gime n\u2019avaient su dominer ni leurs int\u00e9r\u00eats, ni leurs id\u00e9ologies. \u00c0 peine la R\u00e9publique install\u00e9e, elle avait \u00e9t\u00e9, en quelque sorte, d\u00e9pec\u00e9e par les luttes intestines des r\u00e9publicains eux-m\u00eames. La stabilit\u00e9 des minist\u00e8res en avait p\u00e2ti\u00a0; la fermet\u00e9 de l\u2019action politique avait \u00e9t\u00e9 atteinte sans retour et, au-del\u00e0 l\u2019image n\u00e9cessaire de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Retenons cette le\u00e7on du plus grand des parlementaires qui ait honor\u00e9 la tribune des deux assembl\u00e9es. Sachons que la qualit\u00e9, que dis-je, la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un r\u00e9gime est fonction d\u2019une r\u00e9ussite\u00a0: permettre le gouvernement de la nation. Ce qui \u00e9tait vrai \u00e0 la fin d\u2019un si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019\u00e9volution du monde paraissait conduire l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la paix devient \u00e9clatant de v\u00e9rit\u00e9 en un si\u00e8cle comme le n\u00f4tre, agit\u00e9 par des temp\u00eates d\u2019une violence inou\u00efe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une le\u00e7on d\u2019histoire qui vaut toujours en 2022.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre, avoir \u00e9t\u00e9 le premier collaborateur du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est un titre in\u00e9gal\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3008\" class=\"cit-num\">3008<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBR\u00c9<\/span> (1912-1996), Premier ministre, fin de la lettre au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, rendue publique le 15\u00a0avril 1962. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1963)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il faut tourner la page apr\u00e8s la conclusion du drame alg\u00e9rien\u00a0: \u00ab\u00a0Comme il \u00e9tait convenu, et cette \u00e9tape d\u00e9cisive \u00e9tant franchie, j\u2019ai l\u2019honneur, Mon G\u00e9n\u00e9ral, de vous pr\u00e9senter la d\u00e9mission du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0En me demandant d\u2019accepter votre retrait du poste de Premier ministre et de nommer un gouvernement, vous vous conformez enti\u00e8rement et de la mani\u00e8re la plus d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ce dont nous \u00e9tions depuis longtemps convenus.\u00a0\u00bb Rappelons quand m\u00eame la vraie raison de cette d\u00e9mission sign\u00e9e Debr\u00e9\u00a0: il d\u00e9sapprouvait l\u2019amendement \u00e0 \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb Constitution, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au suffrage universel.<\/p>\n<p>Georges Pompidou entre alors sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire\u00a0: il forme le nouveau gouvernement le 25\u00a0avril, essentiellement <span class=\"caps\">UNR<\/span> (parti gaulliste), avec quelques <span class=\"caps\">MRP<\/span> (Mouvement r\u00e9publicain populaire). Pompidou n\u2019est pas un parlementaire rompu au jeu politique, mais un \u00ab\u00a0agr\u00e9g\u00e9 sachant \u00e9crire\u00a0\u00bb, parachut\u00e9 \u00e0 33\u00a0ans dans le cabinet de Gaulle en 1944. Il restera six ans chef de gouvernement \u2013 un record en ce\u00a0si\u00e8cle\u00a0!<\/p>\n<h4>2. Georges Pompidou (1962-1968). Le plus longtemps Premier ministre et le plus bri\u00e8vement pr\u00e9sident.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre syst\u00e8me, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est b\u00e2tard, est peut-\u00eatre plus souple qu\u2019un syst\u00e8me logique. Les \u00ab\u00a0corniauds\u00a0\u00bb sont souvent plus intelligents que les chiens de race.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2935\" class=\"cit-num\">2935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974),<em> Le N\u0153ud gordien<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il t\u00e9moignera en connaissance de cause, deuxi\u00e8me pr\u00e9sident de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique qui fut auparavant Premier ministre de De Gaulle. Il parle aussi en proph\u00e8te de la cohabitation, \u00e0 commencer par celle des ann\u00e9es 1986-1988\u00a0: il faudra en effet une souplesse certaine pour que coexistent plus ou moins pacifiquement un pr\u00e9sident de gauche (Mitterrand) et un gouvernement issu d\u2019une Assembl\u00e9e de droite. Et vice versa. Au total, la France vivra trois cohabitations\u00a0: 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002. Les Fran\u00e7ais adorent ce genre de duo-duel \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat\u2026 mais le couple de l\u2019ex\u00e9cutif sera parfois \u00e0 la peine. Nous reviendrons en d\u00e9tail sur cette originalit\u00e9 constitutionnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que la Sorbonne serait librement ouverte \u00e0 partir de lundi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3045\" class=\"cit-num\">3045<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), Discours radiodiffus\u00e9, samedi 11\u00a0mai 1968, 23\u00a0heures.<em> L\u2019\u00c9lys\u00e9e en p\u00e9ril<\/em> (2008), Philippe Alexandre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mai 68, dernier tournant du second septennat. Le Premier ministre, de retour d\u2019un voyage en Afghanistan, joue la carte de la d\u00e9tente, annon\u00e7ant en m\u00eame temps la lib\u00e9ration prochaine des \u00e9tudiants arr\u00eat\u00e9s le 3\u00a0mai et condamn\u00e9s le 5. Il retire la police de la Sorbonne pour que les cours reprennent. Mais\u2026 le mois de mai ne fait que commencer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 travers les \u00e9tudiants, c\u2019est le probl\u00e8me m\u00eame de la jeunesse qui est pos\u00e9, de sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, de ses obligations et de ses droits, de son \u00e9quilibre moral m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3050\" class=\"cit-num\">3050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), Premier ministre, Assembl\u00e9e nationale, 14\u00a0mai 1968. <em>Pompidou<\/em> (1984), \u00c9ric Roussel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chef de l\u2019ex\u00e9cutif \u00e0 l\u2019heure de Mai 68, il a sans doute \u00e9vit\u00e9 le pire au pays, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9tant tr\u00e8s d\u00e9rout\u00e9 par cette r\u00e9volte-r\u00e9volution-mutation d\u2019une jeunesse si loin de lui \u00e0 tout point de vue. Et vice versa, le g\u00e9n\u00e9ral fut la cible \u00e0 la fois r\u00e9elle et r\u00eav\u00e9e de bien des slogans et manifs.<\/p>\n<p>Pompidou est naturellement plus proche de cette jeunesse, par son \u00e2ge et par son premier m\u00e9tier, professeur avant de s\u2019engager en politique. \u00ab\u00a0C\u2019est qu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement de r\u00e9former l\u2019Universit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cependant que des ouvriers se mettent en gr\u00e8ve\u00a0: usines et locaux occup\u00e9s, directeurs et cadres s\u00e9questr\u00e9s, d\u2019abord \u00e0 Sud-Aviation (Nantes). Mais le pr\u00e9sident finira par gagner ce dernier combat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me retirerai pas [\u2026] Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la solidit\u00e9, la capacit\u00e9 m\u00e9ritent l\u2019hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui para\u00eetront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd\u2019hui l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3074\" class=\"cit-num\">3074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours radiodiffus\u00e9, jeudi 30\u00a0mai 1968, 16\u00a0h\u00a030.<em> Ann\u00e9e politique<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le transistor est le \u00ab\u00a0cordon ombilical qui relie la France \u00e0 sa r\u00e9volution\u00a0\u00bb (Danielle Heymann). De Gaulle ajoute que \u00ab\u00a0partout et tout de suite, il faut que s\u2019organise l\u2019action civique\u00a0\u00bb. Les \u00e9lections vont avoir lieu, \u00ab\u00a0pi\u00e8ges \u00e0 con\u00a0\u00bb pour les jeunes de Mai 68, \u00ab\u00a0\u00e9lections de la trouille\u00a0\u00bb pour de Gaulle qui en sort largement gagnant avec son Premier ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir fait tout ce qu\u2019il a fait au cours de six ans et demi de fonctions [\u2026] il \u00e9tait bon qu\u2019il f\u00fbt, sans aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, plac\u00e9 en r\u00e9serve de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3081\" class=\"cit-num\">3081<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 9\u00a0septembre 1968. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique et sociale en France<\/em> (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On s\u2019attendait \u00e0 la reconduction du Premier ministre\u00a0: l\u2019homme de Matignon s\u2019est finalement bien sorti des \u00e9v\u00e9nements et des \u00e9lections. Sa d\u00e9mission accept\u00e9e et son remplacement par Couve de Murville sont la surprise de la mi-juillet\u00a01968.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est, je crois, un myst\u00e8re pour personne que je serai candidat \u00e0 une \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique quand il y en aura une. Mais je ne suis pas du tout press\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3084\" class=\"cit-num\">3084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), D\u00e9claration \u00e0 la fin de son s\u00e9jour \u00e0 Rome, 17\u00a0janvier 1969. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pompidou a bien m\u00e9rit\u00e9 de la France et acquis une vraie popularit\u00e9, apr\u00e8s six ans et trois mois v\u00e9cus \u00e0 Matignon \u2013 record de long\u00e9vit\u00e9 au poste de Premier ministre. Il vise plus haut et il n\u2019y a qu\u2019un poste\u00a0: la pr\u00e9sidence. Quelques jours plus tard, il confirme \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un pass\u00e9 politique. J\u2019aurai peut-\u00eatre, si Dieu le veut, un destin national.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>3. Couve de Murville (1968-1969). Une ambition gaullienne pour la France, mais en 11 mois et 11 jours, c\u2019est un peu court.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maurice Couve de Murville a le don. Au milieu des probl\u00e8mes qui se m\u00ealent et des arguments qui s\u2019enchev\u00eatrent, il distingue aussit\u00f4t l\u2019essentiel de l\u2019accessoire, si bien qu\u2019il est clair et pr\u00e9cis dans des mati\u00e8res que les calculs rendent \u00e0 l\u2019envi obscures et confuses. Il a l\u2019exp\u00e9rience, ayant, au cours d\u2019une grande carri\u00e8re, trait\u00e9 maintes questions du jour et connu beaucoup d\u2019hommes en place. Il a l\u2019assurance, certain qu\u2019il est de demeurer longtemps au poste o\u00f9 je l\u2019ai appel\u00e9. Il a la mani\u00e8re, habile \u00e0 prendre contact en \u00e9coutant, observant, notant, puis excellant, au moment voulu, \u00e0 formuler avec autorit\u00e9 la position dont il ne se d\u00e9partira plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bel hommage rendu \u00e0 son nouveau Premier ministre \u2013 il ne restera \u00e0 Matignon que 11 mois et 11 jours, suite \u00e0 la d\u00e9mission surprise du g\u00e9n\u00e9ral apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de son r\u00e9f\u00e9rendum en avril 1969\u00a0: \u00ab\u00a0cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur\u00a0\u00bb selon Fran\u00e7ois Mauriac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde moderne impose d\u2019organiser dans l\u2019ensemble du pays, entre la capitale et les r\u00e9gions, et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque r\u00e9gion, un vaste dialogue propre \u00e0 pr\u00e9parer, \u00e0 tous les \u00e9chelons, la politique et les d\u00e9cisions, qu\u2019il s\u2019agisse du Plan et du cr\u00e9dit ou de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, c\u2019est \u00e0 dire des travaux \u00e0 entreprendre de la mise en valeur des r\u00e9gions et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de l\u2019expansion \u00e9conomique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Couve de <span class=\"caps\">MURVILLE<\/span> ( 1907-1999), D\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, 17 juillet 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019aura pas le temps d\u2019accomplir le quart de la moiti\u00e9 du commencement de la t\u00e2che annonc\u00e9e, \u00e0 la t\u00eate de son minist\u00e8re historique \u00e0 plus d\u2019un titre, avec Andr\u00e9 Malraux, Maurice Schumann, Michel Debr\u00e9, Ren\u00e9 Capitant, Pierre Messmer, Edgar Faure\u2026 Sans oublier l\u2019apparition d\u2019une femme, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires sociales (Marie-Madeleine Dienesch) et d\u2019un jeune secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00c9conomie et aux Finances promis \u00e0 un bel avenir, Jacques Chirac.<\/p>\n<p>En marge de l\u2019histoire politique et officielle, un fait divers devenu scandale d\u2019\u00c9tat va faire la une des m\u00e9dias, suscitant\u00a0 une v\u00e9ritable haine entre le Premier ministre et son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Pompidou.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repris de justice, Markovic avait cependant r\u00e9ussi \u00e0 se faire de nombreuses relations dans les milieux de la politique, du spectacle et de la chanson. C\u2019est ainsi que l\u2019on \u00e9voque les noms de plusieurs actrices, de chanteuses, celui de la femme d\u2019un ancien membre du gouvernement\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Figaro<\/em>,\u200e 14 octobre 1968\u00a0: \u00ab\u00a0Un ami intime de Markovic recherch\u00e9 par les enqu\u00eateurs\u00a0\u00bb, cit\u00e9 dans <em>69, ann\u00e9e politique<\/em> (2009), Francis Zamponi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Insinuations reprises en termes identiques par toute la presse, <em>Le Canard encha\u00een\u00e9<\/em> r\u00e9clamant \u00ab\u00a0Des noms\u00a0! Des noms\u00a0!\u00a0\u00bb en affirmant que \u00ab\u00a0tout est mis en \u0153uvre pour \u00e9touffer l\u2019affaire, l\u2019essentiel \u00e9tant que le bon public ne sache rien.\u00a0\u00bb Ainsi d\u00e9bute une sombre affaire de barbouzes et de partouzes, de sexe et de fric, de mafia et de <em>people<\/em>, sur fond de jalousie contre l\u2019ex Premier ministre, mal vu des gaullistes de la premi\u00e8re heure (la derni\u00e8re guerre), Claude Pompidou l\u2019\u00e9pouse ador\u00e9e se retrouvant impliqu\u00e9e dans l\u2019\u00ab\u00a0affaire Markovi\u0107\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout commence par un meurtre\u00a0: le garde du corps ou \u00ab\u00a0gorille\u00a0\u00bb de la star Alain Delon. C\u2019\u00e9tait aussi le ma\u00eetre chanteur de <span class=\"caps\">VIP<\/span> adeptes de \u00ab\u00a0parties fines\u00a0\u00bb. C\u2019est surtout une man\u0153uvre pour d\u00e9stabiliser l\u2019actuel pr\u00e9sident, le dernier inform\u00e9. Pompidou ne pardonna jamais au g\u00e9n\u00e9ral et con\u00e7ut une v\u00e9ritable haine pour son successeur \u00e0 Matignon, lui qui savait tout et ne fit rien. Pompidou qui l\u2019apprend d\u2019un collaborateur \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e est reste sid\u00e9r\u00e9 du jeu pervers des politiques. Il met tout en \u0153uvre pour laver l\u2019honneur de sa femme. Un policier\u2009 conclut\u00a0: \u00ab\u00a0\u2009On n\u2019a jamais rien trouv\u00e9. Rien qui mette sur la piste de l\u2019assassinat de Markovic. Il y a des mobiles, mais pas les auteurs.\u2009\u00a0\u00bb Le seul inculp\u00e9, Fran\u00e7ois Marcantoni, ancien r\u00e9sistant reconverti en figure du Milieu de Pigalle, b\u00e9n\u00e9ficiera d\u2019un non-lieu le 12 janvier 1976. Mais le mal \u00e9tait fait, impardonnable, irr\u00e9parable, et Pompidou \u00e9tait mort.<\/p>\n<h4>4. Jacques Chaban-Delmas (1969-1972). Tout pour s\u00e9duire et r\u00e9ussir, et pourtant\u2026 il finira premier magistrat municipal de Bordeaux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne parvenons pas \u00e0 accomplir des r\u00e9formes autrement qu\u2019en faisant semblant de faire des r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2953\" class=\"cit-num\">2953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier ministre songe naturellement aux \u00e9v\u00e9nements de Mai\u00a068, constatant de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale que \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019est pas encore parvenue \u00e0 \u00e9voluer autrement que par crises majeures\u00a0\u00bb. C\u2019est un mal fran\u00e7ais, maintes fois diagnostiqu\u00e9 bien avant la R\u00e9volution de 1789. Contre les \u00ab\u00a0conservatismes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0blocages\u00a0\u00bb, l\u2019homme de Matignon\u00a0 propose sa \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a peu de moments dans l\u2019existence d\u2019un peuple o\u00f9 il puisse autrement qu\u2019en r\u00eave se dire\u00a0: Quelle est la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle je veux vivre\u00a0? J\u2019ai le sentiment que nous abordons un de ces moments. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3116\" class=\"cit-num\">3116<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aucun discours parlementaire de Premier ministre n\u2019eut plus de retentissement, sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. La d\u00e9nonciation du conservatisme et des blocages\u00a0de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise annonce un programme ambitieux de r\u00e9formes \u2013 ma\u00eetre mot des prochains pr\u00e9sidents. Mais Pompidou a des priorit\u00e9s plus concr\u00e8tes que soci\u00e9tales\u00a0!<\/p>\n<p>Chaban-Delmas donne de sa \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb deux d\u00e9finitions\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019une politique, c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 qui tend vers plus de justice et de libert\u00e9 [\u2026] L\u2019autre sociologique, c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chacun consid\u00e8re chacun comme un partenaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tandis que vous parliez, je vous regardais et je ne doutais pas de votre sinc\u00e9rit\u00e9. Et puis, je regardais votre majorit\u00e9 et je doutais de votre r\u00e9ussite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3117\" class=\"cit-num\">3117<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Assembl\u00e9e nationale, 16\u00a0septembre 1969<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019opposition ne fait pas mauvais accueil au programme du Premier ministre sur le principe, mais elle doute de sa r\u00e9alisation\u00a0: \u00ab\u00a0On ne b\u00e2tit pas une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 sur des v\u0153ux pieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre des R\u00e9publiques est termin\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3113\" class=\"cit-num\">3113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000), pr\u00e9sentant son gouvernement, 23\u00a0juin 1969. <em>La Guerre de succession<\/em> (1969), Roger-G\u00e9rard Schwartzenberg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span> soutient ce \u00ab\u00a0baron\u00a0\u00bb du gaullisme qui fut en m\u00eame temps un des piliers de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. On lui passe m\u00eame quelques gestes d\u2019ouverture en direction d\u2019anciens adversaires du G\u00e9n\u00e9ral. Mais la guerre n\u2019est pas finie, entre les partis\u00a0et les tentatives de s\u00e9duction du tr\u00e8s s\u00e9duisant Premier ministre vont \u00e9chouer. Les centristes d\u2019opposition continueront de d\u00e9noncer la dictature de l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9tat <span class=\"caps\">UDR<\/span>\u00a0\u00bb, tandis que la gauche socialiste et communiste fourbit les armes de l\u2019union qui fera un jour sa force, pour aboutir \u00e0 Mitterrand pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s viendront surtout du scepticisme du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui a des convictions \u00e9conomiques plus que sociologiques. L\u2019antagonisme entre les deux t\u00eates de l\u2019\u00c9tat \u00e9clatera bient\u00f4t comme une \u00e9vidence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis devenu Premier ministre sur un double malentendu\u00a0: Pompidou me croyait gentil, je le croyais gaulliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cependant que Pompidou donne sans attendre son interpr\u00e9tation\u00a0\u00e0 la journaliste vedette de <em>l\u2019Express<\/em>, Fran\u00e7oise Giroud, le 5 octobre 1972\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019a pris de d\u00e9cision. Il a fait des feux d\u2019artifice, voil\u00e0 tout.\u00a0\u00bb Il portera bient\u00f4t sur l\u2019homme un jugement sans appel\u00a0: \u00ab\u00a0Jacques Chaban-Delmas se veut jeune, beau, s\u00e9duisant et sportif. Il refuse de vieillir, se livre pour cela \u00e0 son sport favori, le tennis, et assure la rel\u00e8ve en se mettant au golf. Il aime les femmes, toujours passionn\u00e9, seul changeant l\u2019objet de sa passion. Il travaille peu, ne lit pas de papiers, en \u00e9crit moins encore, pr\u00e9f\u00e9rant discuter avec ses collaborateurs, et s\u2019en remet essentiellement \u00e0 eux, qu\u2019il choisit bien, pour ce qui est des affaires publiques s\u2019entend. Politiquement, il meurt de peur d\u2019\u00eatre class\u00e9 \u00e0 droite\u00a0; il veut n\u00e9anmoins plaire \u00e0 tout le monde et \u00eatre aim\u00e9\u2026\u00a0\u00bb <em>Lettres, notes et portraits 1928-1974<\/em> (publication posthume).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cet antagonisme entre les deux hommes, il reste une \u00e9vidence constitutionnelle plus ou moins bien v\u00e9cue par tous les Premiers ministres qui s\u2019exprimeront plus ou moins clairement sur l\u2019envers du d\u00e9cor et \u00ab\u00a0l\u2019enfer de Matignon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce r\u00e9gime, tout ce qui est r\u00e9ussi l\u2019est gr\u00e2ce au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Tout ce qui ne va pas est imput\u00e9 au Premier ministre\u2026 mais je ne l\u2019ai compris qu\u2019au bout d\u2019un certain temps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2937\" class=\"cit-num\">2937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHABAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DELMAS<\/span> (1915-2000). Cit\u00e9 dans <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion d\u00e9sabus\u00e9e de l\u2019ex locataire de Matignon, c\u2019est une loi qui se d\u00e9gage \u00e0 mesure que passent les gouvernements\u00a0: les \u00ab\u00a0fusibles\u00a0\u00bb sont faits pour sauter. Chaban-Delmas l\u2019a \u00e9prouv\u00e9 en \u00e9tant le \u00ab\u00a0second\u00a0\u00bb de Pompidou, sortant vaincu de ce duo qui tourna au duel et (plus ou moins injustement) \u00e0 son d\u00e9savantage.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, la cote de popularit\u00e9 d\u2019un pr\u00e9sident peut chuter au-dessous de celle de son Premier ministre (durablement, dans le cas de Sarkozy avec Fillon). Il arrive aussi qu\u2019au terme d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum manqu\u00e9 (de Gaulle) ou d\u2019une \u00e9lection perdue (Giscard d\u2019Estaing), il c\u00e8de sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne tire pas sur une ambulance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3149\" class=\"cit-num\">3149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>L\u2019Express<\/em>, 24\u00a0avril 1974<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trait d\u2019une charit\u00e9 sans piti\u00e9 visant Chaban-Delmas dont la cote ne cesse de baisser dans les sondages.<\/p>\n<p>Jeudi 4\u00a0avril, avant m\u00eame la fin du discours d\u2019hommage d\u2019Edgar Faure (pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale) au pr\u00e9sident d\u00e9funt, Chaban-Delmas avait annonc\u00e9 par un communiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ayant \u00e9t\u00e9 trois ans Premier ministre sous la haute autorit\u00e9 de Georges Pompidou et dans la ligne trac\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Je compte sur l\u2019appui des formations politiques de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle.\u00a0\u00bb Candidature lanc\u00e9e trop t\u00f4t\u00a0? Pas assez solide face \u00e0 Mitterrand \u00e0 gauche\u00a0? Concurrenc\u00e9e par d\u2019autres candidats \u00e0 droite\u00a0?<\/p>\n<p>Et Fran\u00e7oise Giroud de commenter\u00a0: \u00ab\u00a0Alors que <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0Giscard d\u2019Estaing et Mitterrand provoquent des mouvements intenses d\u2019admiration ou d\u2019hostilit\u00e9, parfois d\u2019admiration et d\u2019hostilit\u00e9 m\u00eal\u00e9es, on a envie de demander, sans acrimonie, \u00e0 M. Chaban-Delmas\u00a0: \u00ab\u00a0Et vous, qu\u2019est-ce que vous faites au juste dans cette affaire\u00a0?\u00a0\u00bb Il encombre. Comment le battant a-t-il vir\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien combattant\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chaban ne sera jamais pr\u00e9sident, mais finira comme il a commenc\u00e9, maire de Bordeaux (48 ans au total) avec un destin national remarqu\u00e9, sinon remarquable\u00a0: d\u00e9put\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e (trois fois r\u00e9\u00e9lu), ministre \u00e0 divers postes.<\/p>\n<h4>5. Pierre Messmer (1972-1974). Trois gouvernements en 1 an, 10 mois et 22 jours avec un pr\u00e9sident malade.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le changement, c\u2019est nous\u00a0! le mouvement, c\u2019est nous\u00a0! Et nous le prouvons, non en paroles, mais en actes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3141\" class=\"cit-num\">3141<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MESSMER<\/span> (1916-2007), Premier ministre, Discours de Provins, 7\u00a0janvier 1973<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le successeur de Chaban-Delmas \u00e0 Matignon conclut ainsi ce manifeste de la majorit\u00e9 en vue des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 4 et 11\u00a0mars. Le pr\u00e9sident Pompidou l\u2019avait inform\u00e9 de sa maladie d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Matignon\u00a0: \u00ab\u00a0tr\u00e8s rare, tr\u00e8s grave\u00a0\u00bb, ce qui le contraindra \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer de plus en plus souvent au fil des mois, m\u00eame s\u2019il assure publiquement ses fonctions jusqu\u2019au dernier jour.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident interviendra en personne le 10\u00a0mars 1973, veille du second tour des l\u00e9gislatives, pour opposer les deux soci\u00e9t\u00e9s possibles\u00a0: \u00ab\u00a0Celle qui ignore ou supprime les libert\u00e9s individuelles, la libert\u00e9 politique, le droit de propri\u00e9t\u00e9 et qui soumet la vie de chacun \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un parti et d\u2019une administration totalitaire [\u2026] et une soci\u00e9t\u00e9 libre, avec ses imperfections et ses injustices, qui respecte les droits de l\u2019individu.\u00a0\u00bb \u00c9ternel dilemme au temps du bipartisme.<\/p>\n<p>Au soir du 11\u00a0mars, la majorit\u00e9 demeure nettement majoritaire. La gauche parlementaire obtient 45\u00a0% des voix, le <span class=\"caps\">PC<\/span> devan\u00e7ant le <span class=\"caps\">PS<\/span>. L\u2019extr\u00eame droite est inexistante (0,5\u00a0%), l\u2019extr\u00eame gauche r\u00e9duite \u00e0 presque rien (1,3\u00a0%). C\u2019est aussi la fin du gauchisme violent et de la contestation radicale, repr\u00e9sent\u00e9s par la Ligue communiste (interdite le 28\u00a0juin 1973), La Cause du Peuple (dernier num\u00e9ro le 13\u00a0septembre) et <em>Lib\u00e9ration<\/em> (premi\u00e8re mani\u00e8re, en attendant le nouveau \u00ab\u00a0Lib\u00e9\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Le gouvernement de Messmer est quand m\u00eame marqu\u00e9 par des difficult\u00e9s politiques et \u00e9conomiques. Suite au choc p\u00e9trolier de 1973, il lance la construction de 13 centrales nucl\u00e9aires, afin d \u2039assurer l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De toutes les morts, la mort atomique est la moins ch\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MESSMER<\/span> (1916-2007), ministre des Arm\u00e9es de 1960 \u00e0 1969, devant la commission de d\u00e9fense de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, septembre 1967<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ne pas en conclure qu\u2019il privil\u00e9gie la guerre atomique\u00a0! Mais de Gaulle, constatant que le nucl\u00e9aire avait jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019issue de la Seconde guerre mondiale, en fit un \u00e9l\u00e9ment essentiel pour la strat\u00e9gie et la d\u00e9fense de la France. Face au premier choc p\u00e9trolier de 1973, le Premier ministre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0dernier gaulliste\u00a0\u00bb lance la construction de 13 centrales nucl\u00e9aires pour assurer l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique du pays et pallier la baisse pr\u00e9vue de la production de charbon. Nous en profitons aujourd\u2019hui, avec la certitude que cette \u00e9lectricit\u00e9 est plus \u00e9cologique que d\u2019autres sources.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 la mort de Pompidou, le 2 avril 1974, Alain Poher, pr\u00e9sident du S\u00e9nat, assure pour la seconde fois les fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique par int\u00e9rim. Pierre Messmer exp\u00e9die d\u00e8s lors les affaires courantes et se d\u00e9clare pr\u00eat \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle anticip\u00e9e. Mais il se retire tr\u00e8s vite \u00ab\u00a0par discipline\u00a0\u00bb au profit du tr\u00e8s gaulliste Chaban-Delmas. Le gagnant sera Giscard d\u2019Estaing et Chirac lui succ\u00e8dera \u00e0 Matignon.<\/p>\n<h4>6. Jacques Chirac I (1974-1976). Animal politique au long cours, d\u00e9mission choc\u2026 et bient\u00f4t de retour.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque pas doit \u00eatre un but.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3315\" class=\"cit-num\">3315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), <em>M\u00e9moires<\/em>, tome\u00a0I (2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avant que la m\u00e9moire ne lui fasse d\u00e9faut et qu\u2019il se retire de la sc\u00e8ne publique, l\u2019homme se souvient d\u2019une vie vou\u00e9e \u00e0 la politique, en deux tomes sous-titr\u00e9s\u00a0: I \u2013 <em>Chaque pas doit \u00eatre un but<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> \u2013 <em>Le Temps pr\u00e9sidentiel.<\/em><\/p>\n<p>Chirac a \u00e9crit sur ce th\u00e8me et beaucoup parl\u00e9. Il a aussi son biographe\u00a0: \u00ab\u00a0On a tout dit sur Chirac. Un coup travailliste, le lendemain bonapartiste avant de tourner lib\u00e9ral, puis social-mod\u00e9r\u00e9, il aura fait tout le spectre politique, et dans les deux sens. On a souvent mis cette propension hercul\u00e9enne \u00e0 virer de bord sur le compte d\u2019une rouerie qui pourtant n\u2019est pas son fort. Non, c\u2019est l\u2019instinct, plut\u00f4t que le cynisme, qui l\u2019emm\u00e8ne d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du champ politique, au gr\u00e9 du vent qu\u2019il vient de humer.\u00a0\u00bb (Franz-Olivier Giesbert, <em>La Trag\u00e9die du pr\u00e9sident\u00a0: sc\u00e8nes de la vie politique, 1986-2006<\/em>).<\/p>\n<p>Parti de l\u2019<span class=\"caps\">ENA<\/span> et de la Cour des comptes, ce marathonien accomplit un long parcours\u00a0au rythme d\u2019un sprinter\u00a0: allant du conseil municipal de Sainte-F\u00e9rr\u00e9ole (Corr\u00e8ze) \u00e0 la mairie de Paris, il fut entre-temps d\u00e9put\u00e9, plusieurs fois ministre, deux fois Premier ministre, pour arriver enfin au but supr\u00eame\u00a0: pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un Premier ministre qui est avant tout un homme d\u2019action, mais a peu d\u2019id\u00e9es personnelles, et un pr\u00e9sident qui en a trop parfois, mais n\u2019a gu\u00e8re de capacit\u00e9 d\u2019action sur l\u2019administration et sur la majorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">FAUVET<\/span> (1914-2002), directeur et \u00e9ditorialiste du\u00a0<em>Monde<\/em>, 8\u00a0juin 1976<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Explication pr\u00e9monitoire de la rupture \u00e0 venir entre les deux hommes, mais les motifs se sont accumul\u00e9s en deux ans. Au d\u00e9but, ce tandem ex\u00e9cutif tranche par sa jeunesse et son dynamisme sur les ann\u00e9es de Gaulle-Pompidou et fait souffler un vent de r\u00e9forme sur le pays. Mais la m\u00e9sentente appara\u00eet vite. \u00ab\u00a0Ces deux-l\u00e0 \u00e9taient faits pour ne pas s\u2019entendre\u00a0\u00bb, r\u00e9sume l\u2019\u00e9crivain Denis Tillinac, intime de Chirac.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident qui pr\u00e9side va traiter son second en second\u2026 et sans m\u00e9nagement pour sa forte personnalit\u00e9. Il lui impose des ministres qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re, car pas assez gaullistes\u00a0: Michel Poniatowski, Fran\u00e7oise Giroud. Grand bourgeois aux mani\u00e8res d\u2019aristo, plut\u00f4t lib\u00e9ral en \u00e9conomie et surtout europ\u00e9en convaincu, Giscard veut faire de la France le moteur de l\u2019Europe, entreprend avec le chancelier allemand Helmut Schmidt la construction d\u2019une monnaie commune europ\u00e9enne. Alors que son Premier ministre, chef de file du parti gaulliste, campe sur une ligne plus sociale, parle de \u00ab\u00a0travaillisme \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Et surtout, il est hostile \u00e0 l\u2019Europe\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Europe, \u00e7a m\u2019en touche une, sans faire bouger l\u2019autre\u00a0\u00bb se plaira-t-il \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter avant un engagement tr\u00e8s tardif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans son \u00e9chelle de valeurs, tout en haut, il y avait lui-m\u00eame, puis plus rien, et enfin moi, tr\u00e8s en dessous.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), <em>M\u00e9moires<\/em>, tome\u00a0I (2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chirac admire en secret le brio intellectuel de <span class=\"caps\">VGE<\/span>, mais le pr\u00e9sident ne cache gu\u00e8re son m\u00e9pris et l\u2019ambitieux le supporte de plus en plus mal. L\u2019humiliation de trop, ce sera au fort de Br\u00e9gan\u00e7on \u00e0 la Pentec\u00f4te de 1976. On en a beaucoup parl\u00e9 dans la presse et le microcosme politicien. Il existe aussi des raisons extrapolitiques dans ce jeu pervers\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun trompant l\u2019autre et se trompant sur lui\u00a0\u00bb \u00e9crira Catherine Nay dans <em>La Double m\u00e9prise<\/em> (1980). Au final, il arrive ce qui devait arriver et Chirac l\u2019imp\u00e9tueux prend l\u2019initiative \u2013 \u00ab\u00a0m\u00eame pas peur\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne dispose pas des moyens que j\u2019estime aujourd\u2019hui n\u00e9cessaires pour assurer efficacement mes fonctions de Premier ministre et, dans ces conditions, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y mettre fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3169\" class=\"cit-num\">3169<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), D\u00e9claration \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Matignon, 25\u00a0ao\u00fbt 1976.<em> Br\u00e9viaire de la cohabitation<\/em> (1986), Maurice Duverger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle face \u00e0 la presse convoqu\u00e9e apr\u00e8s la remise de sa lettre de d\u00e9mission au pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing \u2013 politesse \u00e9l\u00e9mentaire. C\u2019est une premi\u00e8re sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique et c\u2019est inhabituel dans l\u2019histoire des institutions. Sa lettre de d\u00e9mission vaut acte d\u2019accusation contre le laxisme du pr\u00e9sident\u2026 qui ne manquera pas d\u2019accuser \u00e0 son tour son ex-partenaire d\u2019impr\u00e9vision face \u00e0 l\u2019inflation et au ch\u00f4mage. C\u2019est de bonne guerre et vu les caract\u00e8res respectifs des deux hommes et leur parcours politique, Giscard est sans doute de meilleure foi dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Rappelons que Chirac avait soutenu Giscard d\u2019Estaing contre Chaban-Delmas, \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1974. Le divorce est donc consomm\u00e9 dans le couple Giscard-Chirac. On pourra parler de haine manifest\u00e9e m\u00eame en public, jusqu\u2019\u00e0 la fin de leur longue vie.<\/p>\n<h4>7. Raymond Barre (1976-1981). Meilleur \u00e9conomiste de France, un titre m\u00e9rit\u00e9 qui ne vaut pas popularit\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme public le plus apte \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me le plus important pour la France \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui est celui de la lutte contre l\u2019inflation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3170\" class=\"cit-num\">3170<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), D\u00e9claration du 25\u00a0ao\u00fbt 1976, pr\u00e9sentant Raymond Barre, nouveau Premier ministre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e0 la Facult\u00e9 de droit et de sciences \u00e9conomiques de Paris, vice-pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne, responsable des Affaires \u00e9conomiques et financi\u00e8res, c\u2019est un europ\u00e9en convaincu et reconnu pour ses capacit\u00e9s\u00a0: le premier \u00ab\u00a0plan Barre\u00a0\u00bb sert de base \u00e0 une nouvelle Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire, tandis que \u00ab\u00a0le Barre\u00a0\u00bb, manuel d\u2019\u00e9conomie pour les \u00e9tudiants, restera longtemps un petit classique du genre.<\/p>\n<p>Barre vient \u00e0 peine d\u2019entrer en politique \u2013 le 12\u00a0janvier 1976, ministre du Commerce ext\u00e9rieur du gouvernement Chirac. Il prend donc la place. Et Chirac qui pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la pr\u00e9sidence s\u2019en va refonder l\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span> en <span class=\"caps\">RPR<\/span> (Rassemblement pour la R\u00e9publique) en vue des batailles \u00e9lectorales \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France vit au-dessus de ses moyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3171\" class=\"cit-num\">3171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond Barre (1924-2007), <span class=\"caps\">TF1<\/span>, allocution du 22\u00a0septembre 1976<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis le premier choc p\u00e9trolier de 1973, \u00ab\u00a0le coq gaulois faisait l\u2019autruche\u00a0\u00bb (Olivier Chevrillon), n\u00e9gligeant les mesures qui s\u2019imposent, la sauvegarde du pouvoir d\u2019achat entra\u00eenant l\u2019\u00e9conomie dans une spirale suicidaire\u00a0: gonflement des salaires nominaux, laminage des profits (donc des capacit\u00e9s de reconversion), d\u00e9ficit du commerce ext\u00e9rieur, effondrement certain, \u00e0 terme, du niveau de vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La lutte contre l\u2019inflation est un pr\u00e9alable \u00e0 toute ambition nationale. Aucun pays ne peut durablement s\u2019accommoder de l\u2019inflation sans risquer de succomber \u00e0 de graves d\u00e9sordres \u00e9conomiques et sociaux et de perdre sa libert\u00e9 d\u2019action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">BARRE<\/span> (1924-2007), 5\u00a0octobre 1976 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier ministre, toujours tr\u00e8s professeur face \u00e0 la France et aux d\u00e9put\u00e9s, expose croquis \u00e0 l\u2019appui (\u00e0 la t\u00e9l\u00e9) son plan d\u2019assainissement \u00e9conomique et financier, nouveau plan Barre\u00a0: r\u00e9alit\u00e9s enfin prises \u00e0 bras-le-corps, alors que le taux d\u2019inflation mena\u00e7ait d\u2019atteindre 12-13\u00a0% dans l\u2019ann\u00e9e. Il sera limit\u00e9 \u00e0 9,6\u00a0%.<\/p>\n<p>Mais les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 annonc\u00e9es provoquent in\u00e9vitablement l\u2019hostilit\u00e9 des syndicats et de l\u2019opposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de jugements sommaires comme celui-ci, trop souvent entendu\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la faute au p\u00e9trole, c\u2019est la faute \u00e0 Voltaire\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3172\" class=\"cit-num\">3172<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Assembl\u00e9e nationale, 5\u00a0octobre 1976<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier secr\u00e9taire du Parti socialiste, il conc\u00e8de au Premier ministre\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous donne raison sur un point\u00a0: il faut combattre l\u2019inflation\u00a0\u00bb, mais il conteste son analyse quant aux causes et aux rem\u00e8des. L\u2019ann\u00e9e suivante, il confirme dans<em> Politique 1<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La crise, c\u2019est le capitalisme, crise entretenue par lui et non d\u00e9clench\u00e9e par le choc p\u00e9trolier en 1973.\u00a0\u00bb La \u00ab\u00a0stagflation\u00a0\u00bb qui conjugue deux ph\u00e9nom\u00e8nes jusqu\u2019alors antinomiques, inflation et stagnation, d\u00e9sarme les m\u00e9decins au chevet de l\u2019\u00e9conomie malade et va empoisonner les ann\u00e9es 1974-1982.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement ne d\u00e9termine pas sa politique \u00e0 la longueur des cort\u00e8ges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3173\" class=\"cit-num\">3173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">BARRE<\/span> (1924-2007), Assembl\u00e9e nationale, 7\u00a0octobre 1976<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gr\u00e8ves et manifestations saluent le plan Barre. Le d\u00e9put\u00e9 communiste Robert Ballanger vient de dire \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il est 17\u00a0heures\u00a0: le dernier manifestant du cort\u00e8ge qui se d\u00e9roule depuis ce matin entre la Nation et la place de la R\u00e9publique vient d\u2019arriver place de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique improvis\u00e9e, qui vaut citation\u00a0!<\/p>\n<p>Le Premier ministre oppose aux manifestants et autres contestataires ce que la presse appellera souvent son \u00ab\u00a0assurance tranquille\u00a0\u00bb et sa \u00ab\u00a0fermet\u00e9 intransigeante\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 l\u2019impopularit\u00e9 croissante du premier ou \u00ab\u00a0meilleur\u00a0 \u00e9conomiste de France\u00a0\u00bb, il va toujours, pr\u00eachant la rigueur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est perdu, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3184\" class=\"cit-num\">3184<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">BARRE<\/span> (1924-2007), entre les deux tours des \u00e9lections l\u00e9gislatives (12 et 19\u00a0mars 1978). <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petite phrase passe-partout, prononc\u00e9e dans nombre d\u2019entre-deux-tours. Le Premier ministre se d\u00e9pense beaucoup. Le pr\u00e9sident se tait. La gauche se met d\u2019accord sur le d\u00e9sistement automatique en faveur du candidat le mieux plac\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0En six minutes, on a mis fin \u00e0 six mois de querelle\u00a0\u00bb, \u00e9crit un peu vite <em>Politique-Hebdo<\/em>. Le repl\u00e2trage ne fait pas illusion.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0mars, la gauche re\u00e7oit 49,36\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s, la majorit\u00e9 50,47\u00a0%. Ren\u00e9 R\u00e9mond, historien du pr\u00e9sent, professeur et politologue m\u00e9diatique, rappelle cette v\u00e9rit\u00e9 qui fait loi une fois de plus\u00a0: \u00ab\u00a0Le pays se partage de longue date \u00e0 peu pr\u00e8s par moiti\u00e9 entre les deux grandes tendances qui se disputent son adh\u00e9sion. L\u2019\u00e9cart entre elles a toujours \u00e9t\u00e9 faible et il tend \u00e0 se r\u00e9duire encore\u00a0: de ce fait, il appartient \u00e0 quelques centaines de milliers d\u2019\u00e9lecteurs de les d\u00e9partager et de faire pencher le fl\u00e9au de la balance\u2026 La port\u00e9e du d\u00e9placement d\u2019une minorit\u00e9 est incalculable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela dit, la majorit\u00e9 sortante est confort\u00e9e. Comme aux lendemains des \u00e9lections de mars\u00a01977, Giscard d\u2019Estaing op\u00e8re un vaste remaniement minist\u00e9riel (30\u00a0avril 1978). Le gouvernement Barre <span class=\"caps\">III<\/span> gouvernera jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1981 et l\u2019\u00e9chec de la gauche met un terme \u00e0 l\u2019aventure du Programme commun.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre populaire quand on veut gouverner\u00a0? Cela ne s\u2019est jamais vu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3205\" class=\"cit-num\">3205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">BARRE<\/span> (1924-2007), intervention du 11\u00a0mai 1981<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier ministre pendant deux jours encore, il aura su \u00ab\u00a0durer et endurer\u00a0\u00bb dans ce r\u00f4le ingrat, battant le record des remaniements\u00a0: 15 en trois gouvernements, au total en quatre ans, huit mois, dix-neuf jours \u00e0 Matignon.<\/p>\n<p>Sa politique de rigueur et son ton de professeur ont valu plus de bas que de hauts \u00e0 sa popularit\u00e9. Ce qui lui fait dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre impopulaire qu\u2019irresponsable.\u00a0\u00bb Il finit avec une cote de confiance de 25\u00a0%. \u00c9dith Cresson, premi\u00e8re femme Premier ministre sous le prochain pr\u00e9sident Mitterrand fera pire, avec 22\u00a0%.<\/p>\n<h4>8. Pierre Mauroy (1981-1984). Socialiste de c\u0153ur et de terrain, bient\u00f4t confront\u00e9 \u00e0 d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 10\u00a0mai, Fran\u00e7ois Mitterrand avait rendez-vous avec l\u2019histoire. La gauche avait, de nouveau, rendez-vous avec la R\u00e9publique. La France et la gauche marchent d\u00e9sormais d\u2019un m\u00eame pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3213\" class=\"cit-num\">3213<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MAUROY<\/span> (1928-2013), Discours de politique g\u00e9n\u00e9rale, 8\u00a0juillet 1981<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier ministre, avec des accents quasiment gaulliens (voire hugoliens), c\u00e9l\u00e8bre le retour de la gauche au pouvoir \u2013 apr\u00e8s le Front populaire de 1936, c\u2019est un \u00e9v\u00e9nement. Et un immense espoir. Mauroy confirme\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une aube nouvelle qui se l\u00e8ve. Avec nous, la v\u00e9rit\u00e9 voit le jour.\u00a0\u00bb Nomm\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Matignon par le Palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il proclame sa fiert\u00e9 d\u2019homme du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis l\u2019h\u00e9ritier des victimes de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle. Avec Fran\u00e7ois Mitterrand ce sont les classes exploit\u00e9es qui entrent \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chef de gouvernement depuis le 22\u00a0mai, homme de terrain \u2013 et d\u2019un bastion <span class=\"caps\">SFIO<\/span>\u00a0\u2013, le maire de Lille est tr\u00e8s populaire. Jean Boissonnat d\u00e9finit le \u00ab\u00a0style Mauroy\u00a0\u00bb (<em>La Croix<\/em>, 29\u00a0novembre 1981)\u00a0: \u00ab\u00a0Dans cette fonction du \u00ab\u00a0verbe\u00a0\u00bb proprement politique, Pierre Mauroy a \u00e9t\u00e9 incontestablement l\u2019homme de la situation. De sa personne se d\u00e9gagent chaleur et sympathie. Lui, au moins, ne nous fait pas le coup du \u00ab\u00a0m\u00e9pris\u00a0\u00bb. Aucun de nous ne se sent inf\u00e9rieur \u00e0 lui. De m\u00eame que Raymond Barre n\u2019a qu\u2019un emploi sur la sc\u00e8ne politique, celui du prof bougon qui conna\u00eet son affaire, Pierre Mauroy n\u2019en a qu\u2019un seul, lui aussi, celui de l\u2019orateur de kermesse, populiste et g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans le nouveau minist\u00e8re, d\u2019autres noms font chorus. Jack Lang, ministre de la Culture\u00a0: \u00ab\u00a0Le 10\u00a0mai, les Fran\u00e7ais ont franchi la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare la nuit de la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb Formule devenue c\u00e9l\u00e8bre et quelque peu moqu\u00e9e d\u2019un personnage toujours aussi lyrique que m\u00e9diatique. Et Chev\u00e8nement, tr\u00e8s s\u00e9rieux ministre de la Recherche et de l\u2019Industrie\u00a0: \u00ab\u00a0Si nous n\u2019\u00e9tions pas arriv\u00e9s, la France \u00e9tait condamn\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre en 1990.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Faire payer les riches.<span id=\"3214\" class=\"cit-num\">3214<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan de la nouvelle majorit\u00e9, \u00e9t\u00e9 1981. <em>Un pays comme le n\u00f4tre\u00a0: textes politiques, 1986-1989<\/em> (1989), Michel Rocard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e par le nouveau pr\u00e9sident, les l\u00e9gislatives des 14 et 21\u00a0juin 1981 consolident la victoire de la gauche\u00a0: 285 d\u00e9put\u00e9s socialistes et 44 communistes, face \u00e0 88 <span class=\"caps\">RPR<\/span> et 62 <span class=\"caps\">UDF<\/span> (et 12 non-inscrits).<\/p>\n<p>Le gouvernement Mauroy inclut quatre ministres communistes qui resteront avec lui jusqu\u2019en juillet\u00a01984. La majorit\u00e9 profitant d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0\u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb se lance dans une fr\u00e9n\u00e9sie de r\u00e9formes, certaines structurelles\u00a0: nationalisations, d\u00e9centralisation, d\u00e9bauche d\u2019\u00e9tatisme avec 185\u00a0000 fonctionnaires embauch\u00e9s. Des mesures imm\u00e9diates sont prises pour am\u00e9liorer le sort des d\u00e9favoris\u00e9s\u00a0: rel\u00e8vement de 25\u00a0% des allocations familiales, majoration de 20\u00a0% du minimum vieillesse, rel\u00e8vement du <span class=\"caps\">SMIC<\/span>. Et on cr\u00e9e l\u2019imp\u00f4t sur les grandes fortunes. C\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9t\u00e9 fou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement va trop vite. Il donne l\u2019impression de vouloir r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes en m\u00eame temps. Je ne comprends pas cette pr\u00e9cipitation, puisqu\u2019il dispose de cinq ans au moins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3215\" class=\"cit-num\">3215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">BERGERON<\/span> (n\u00e9 en 1922), <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 10\u00a0septembre 1981<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de Force ouvri\u00e8re (<span class=\"caps\">FO<\/span>) de 1963 \u00e0 1989, Bergeron bat le record de long\u00e9vit\u00e9 des dirigeants syndicaux. Il se distingue aussi par son ind\u00e9pendance\u00a0: bien que membre du <span class=\"caps\">PS<\/span>, ce n\u2019est pas un partenaire commode pour Mitterrand et il fait quasiment bande \u00e0 part, face \u00e0 la <span class=\"caps\">CGT<\/span> et la <span class=\"caps\">CFDT<\/span>.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019observateurs politiques s\u2019inqui\u00e8tent et Raymond Barre, devenu d\u00e9put\u00e9 du Rh\u00f4ne, donne de la voix et va regagner en popularit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0En quatre mois, les d\u00e9cisions annonc\u00e9es ou mises en \u0153uvre menacent l\u2019avenir et le sort des Fran\u00e7ais. La pr\u00e9cipitation dont fait preuve le nouveau pouvoir est un aveu de faiblesse plus qu\u2019une manifestation de confiance en soi [\u2026] La coalition socialo-communiste donne l\u2019impression que pour assurer son emprise, elle n\u2019a pas le temps pour elle\u00a0\u00bb (Journal <em>Rh\u00f4ne-Alpes<\/em>, 23\u00a0septembre). Voici une v\u00e9rit\u00e9 que la majorit\u00e9 est malheureusement incapable d\u2019entendre. Mais six mois apr\u00e8s la victoire, le doute s\u2019installe, m\u00eame au c\u0153ur du <span class=\"caps\">PS<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux styles possibles en France. Il y a celui qui consiste \u00e0 ramener les d\u00e9clarations pr\u00e8s des r\u00e9alit\u00e9s\u00a0: c\u2019est celui que je pr\u00e9conise. Et il y a l\u2019autre style [\u2026] Il consiste \u00e0 parler \u00e0 trois kilom\u00e8tres des r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3225\" class=\"cit-num\">3225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">DELORS<\/span> (n\u00e9 en 1925), ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances, Grand jury <span class=\"caps\">RTL<\/span>\u00a0\u2013<em>\u00a0Le\u00a0Monde<\/em>, 29\u00a0novembre 1981<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9mocrate-chr\u00e9tien, Delors a eu diverses responsabilit\u00e9s dans des institutions \u00e9conomiques et financi\u00e8res importantes (Commissariat au Plan, Conseil de la Banque de France). Il a inspir\u00e9 la \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb de Chaban-Delmas, il a \u00e9t\u00e9 conseiller pour la formation permanente et la promotion sociale. C\u2019est dire son exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Mal \u00e0 l\u2019aise dans ce gouvernement, il pr\u00eache une \u00ab\u00a0pause des imaginations\u00a0\u00bb alors que fusent propositions et id\u00e9es de r\u00e9formes. Le lendemain, le Premier ministre confirme que les r\u00e9formes se feront\u00a0: politique volontariste, mais irr\u00e9aliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme l\u2019\u00e9crivait Jean Monnet, le choix est simple\u00a0: modernisation ou d\u00e9cadence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3239\" class=\"cit-num\">3239<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MAUROY<\/span> (1928-2013), Premier ministre, d\u00e9claration \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat, printemps 1983. <em>Notes et \u00e9tudes documentaires<\/em>, nos\u00a04871 \u00e0\u00a04873 (1988), Documentation fran\u00e7aise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mystique du Plan n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait apr\u00e8s-guerre. Pourtant, un retour aux sources est tent\u00e9 en 1983 avec le <span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0Plan et Jean Monnet, p\u00e8re de la planification \u00e0 la fran\u00e7aise, est souvent cit\u00e9. Mais l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise \u00e9chappe de plus en plus \u00e0 la rigidit\u00e9 d\u2019une planification. Le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat charg\u00e9 du Plan, Jean-Michel Charpin, prend acte\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait pas possible de retrouver l\u2019extraordinaire simplicit\u00e9 du Plan Monnet.\u00a0\u00bb Ce sera donc un \u00e9chec.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le plan de rigueur, il y a trop de mou dans ce qui est dur et trop de dur dans ce qui est mou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3237\" class=\"cit-num\">3237<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Pierre <span class=\"caps\">CHEV\u00c8NEMENT<\/span> (n\u00e9 en 1939), ministre de la Recherche et de l\u2019Industrie critiquant le plan de rigueur du printemps 1983.<em> L\u2019\u00c9v\u00e9nement du jeudi<\/em>, nos\u00a0282 \u00e0\u00a0285 (1990)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a augmentation des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires (forfait hospitalier, <span class=\"caps\">IRPP<\/span> ou imp\u00f4t sur le revenu des personnes physiques, imp\u00f4t forc\u00e9 sur les contribuables les plus impos\u00e9s) afin de ponctionner en deux ans pr\u00e8s de 68\u00a0milliards de francs sur les consommateurs. \u00c0 cela s\u2019ajoutent une diminution des d\u00e9penses budg\u00e9taires et un contr\u00f4le renforc\u00e9 des changes pour limiter la fuite des capitaux.<\/p>\n<p>Ce tournant signifie le ralliement \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9\u00a0: inflexion tr\u00e8s nette du socialisme fran\u00e7ais, marqu\u00e9e par un r\u00e9alisme bizarrement nomm\u00e9 \u00ab\u00a0culture de gouvernement\u00a0\u00bb. Dans le d\u00e9bat id\u00e9ologique, les r\u00e9formistes s\u2019opposent aux r\u00e9volutionnaires. Chev\u00e8nement refuse tout compromis avec le capitalisme et les institutions bourgeoises, partisan d\u2019une rupture imm\u00e9diate au niveau politique et \u00e9conomique. Les r\u00e9formistes l\u2019emportent, favorables \u00e0 l\u2019exercice d\u00e9mocratique du pouvoir pour pratiquer des r\u00e9formes r\u00e9alistes conduisant \u00e0 un changement progressif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la droite, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 celle du renard dans le poulailler.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3242\" class=\"cit-num\">3242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">ierre <span class=\"caps\">MAUROY<\/span> (1928-2013), Congr\u00e8s du <span class=\"caps\">PS<\/span> \u00e0 Bourg-en-Bresse, 29-30 octobre 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps est pass\u00e9 du triomphe au Congr\u00e8s de Valence (octobre 1981), le temps est venu de la rigueur. Il faut galvaniser les troupes sur un sujet porteur\u00a0: la libert\u00e9 de la presse. Le groupe Hersant est vis\u00e9. D\u00e8s fin novembre, le Conseil des ministres adopte un projet de \u00ab\u00a0loi antitrust pour assurer le pluralisme et la transparence de la presse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019opposition flaire une loi sc\u00e9l\u00e9rate et liberticide. L\u2019Assembl\u00e9e conna\u00eet \u00e0 nouveau des d\u00e9bats passionn\u00e9s et Georges Fillioud, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat charg\u00e9 des techniques de la communication, traite les d\u00e9put\u00e9s d\u2019opposition de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentants du peuple entre guillemets\u00a0\u00bb (24\u00a0janvier 1984). D\u2019o\u00f9 scandale. Il y aura 2\u00a0491 amendements de l\u2019opposition en premi\u00e8re lecture, un v\u00e9ritable contre-projet du S\u00e9nat en mai\u00a01984. Bref, \u00ab\u00a0touche pas \u00e0 ma presse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais entre Mitterrand et Mauroy, la proc\u00e9dure de divorce est engag\u00e9e. Le pr\u00e9sident a choisi le traitement \u00e9conomique du ch\u00f4mage\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut trancher dans le vif, il faut \u00eatre brutal, soyez cruels m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb Mauroy est boulevers\u00e9. Les deux hommes ne sont plus en phase. Le Premier ministre pr\u00e9sente un plan que le Pr\u00e9sident refuse d\u2019avaliser, Mauroy est d\u00e9savou\u00e9, us\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la corde. D\u00e9sormais ses jours sont compt\u00e9s. Le gouvernement tombera \u2013 sur la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9cole. Il faut changer de socialisme avec un \u00ab\u00a0baby Blum\u00a0\u00bb au pouvoir, ou plut\u00f4t un Mendes France junior.<\/p>\n<h4>9. Laurent Fabius (1984-1986). Popularit\u00e9 d\u2019un jeune surdou\u00e9 \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 et l\u2019humour assum\u00e9s.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lui, c\u2019est lui, et moi, c\u2019est moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3247\" class=\"cit-num\">3247<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Laurent <span class=\"caps\">FABIUS<\/span> (n\u00e9 en 1946), \u00e9mission \u00ab\u00a0L\u2019Heure de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Antenne 2, 5\u00a0septembre 1984<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau Premier ministre, l\u2019homme du pr\u00e9sident se situe par rapport \u00e0 lui et se d\u00e9marque de Mauroy l\u2019homme du Parti, affichant un socialisme moins traditionnel. Il s\u2019oppose ici \u00e0 Mitterrand qui invite le g\u00e9n\u00e9ral Jaruzelski, dernier dirigeant du r\u00e9gime communiste polonais connu pour son opposition au syndicat Solidarno\u015b\u0107 qu\u2019il r\u00e9prima fin 1981, faisant interner des milliers de militants syndicaux et le meneur Lech Wa\u0142\u0119sa\u2026 qui le remplacera \u00e0 la t\u00eate de la Pologne en 1990.<\/p>\n<p>L\u2019\u00ab\u00a0effet Fabius\u00a0\u00bb joue\u00a0aussit\u00f4t\u00a0: jeune (38\u00a0ans), surdou\u00e9 (<span class=\"caps\">ENS<\/span>, agr\u00e9gation, <span class=\"caps\">ENA<\/span>), de bonne famille, parfois surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Giscard de gauche\u00a0\u00bb, ambitieux mais prudent. L\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce va durer un an, la cote du Premier ministre d\u00e9passant de beaucoup celle du pr\u00e9sident qui prot\u00e8ge son dauphin et lui sert publiquement de \u00ab\u00a0bouclier\u00a0\u00bb devant la presse \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne rare et r\u00f4les invers\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas pr\u00e9parer la France \u00e0 affronter la fin du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle avec un esprit d\u2019intol\u00e9rance et des id\u00e9es d\u2019avant-guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3248\" class=\"cit-num\">3248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Laurent <span class=\"caps\">FABIUS<\/span> (n\u00e9 en 1946), \u00e9mission \u00ab\u00a0L\u2019Heure de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Antenne 2, 5\u00a0septembre 1984<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Incarnant la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration du <span class=\"caps\">PS<\/span>, il saura \u00e9voluer avec le temps, \u00ab\u00a0rouge vif en 1981, rose en 1983, mod\u00e9r\u00e9 en 1985\u00a0\u00bb (Philippe Bauchard). Moderniser et rassembler sont les deux imp\u00e9ratifs du nouveau gouvernement \u2013 d\u2019o\u00f9 les communistes sont exclus.<\/p>\n<p>Le langage aussi est nouveau, plus simple, plus direct. Le 17\u00a0octobre, sur <span class=\"caps\">TF1<\/span>, il inaugure ses causeries mensuelles\u00a0: \u00ab\u00a0Parlons France.\u00a0\u00bb Un quart d\u2019heure pour entretenir les Fran\u00e7ais de leur vie quotidienne, leurs vrais probl\u00e8mes, et dix-huit mois (avant les l\u00e9gislatives de 1986) pour g\u00e9rer la crise.<\/p>\n<p>Rigueur maintenue, entreprise r\u00e9habilit\u00e9e, inflation r\u00e9duite \u2013 avec l\u2019aide de la conjoncture internationale. Probl\u00e8me le plus grave, du moins celui qui touche le plus les Fran\u00e7ais, le ch\u00f4mage avec cette \u00ab\u00a0cr\u00eate des 2\u00a0millions\u00a0\u00bb largement d\u00e9pass\u00e9e. Les jeunes sont particuli\u00e8rement frapp\u00e9s par ce drame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019extr\u00eame droite, ce sont de fausses r\u00e9ponses \u00e0 de vraies questions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3249\" class=\"cit-num\">3249<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Laurent <span class=\"caps\">FABIUS<\/span> (n\u00e9 en 1946), \u00e9mission \u00ab\u00a0L\u2019Heure de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Antenne 2, 5\u00a0septembre 1984<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean-Marie Le Pen entre au Parlement europ\u00e9en ayant fait campagne contre l\u2019immigration et Fabius r\u00e9agit pour dire que oui, on peut parler d\u2019immigration (sujet trop longtemps tabou en France), mais que la x\u00e9nophobie n\u2019est pas la solution.<\/p>\n<p>Cette phrase, souvent reprise avec quelques variantes, s\u2019applique \u00e9galement \u00e0 d\u2019autres \u00ab\u00a0vraies questions\u00a0\u00bb et l\u2019ascension du leader de l\u2019extr\u00eame droite g\u00eane plus la droite que la gauche, m\u00eame si certains commentateurs pensent le contraire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au jeu des d\u00e9finitions, je dirais que je suis un socialiste moderne, pragmatique et amoureux de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Laurent <span class=\"caps\">FABIUS<\/span> (n\u00e9 en 1946), Interview au quotidien<em> Le Matin<\/em>, juillet 1985<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait assez fid\u00e8le \u00e0 l\u2019original qu\u2019il restera, ce qui ne l\u2019emp\u00eachera pas de faire carri\u00e8re sans parvenir au sommet de l\u2019\u00c9tat, ambition supr\u00eame qui n\u00e9cessite d\u2019autres sacrifices.<\/p>\n<h4>10. Jacques Chirac <span class=\"caps\">II<\/span> (1986-1988). Retour au poste de second et premi\u00e8re cohabitation de combat, avant de passer pr\u00e9sident\u2026 au troisi\u00e8me tour.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous y perdrez votre \u00e2me, donc votre gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3260\" class=\"cit-num\">3260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ATTALI<\/span> (n\u00e9 en 1943), \u00e0 Mitterrand, apr\u00e8s les l\u00e9gislatives perdues de mars\u00a01986. <em>Les Sept Mitterrand<\/em> (1988), Catherine Nay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller personnel du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Attali l\u2019incite \u00e0 d\u00e9missionner au lendemain des l\u00e9gislatives gagn\u00e9es par la droite\u00a0: \u00ab\u00a0Ils vont d\u00e9faire tout ce que vous aurez construit. Votre maintien \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e sera interpr\u00e9t\u00e9 comme une caution donn\u00e9e \u00e0 l\u2019adversaire.\u00a0\u00bb Mais Mitterrand reste \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, comme annonc\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9tenir \u00e0 la fois les clefs du pouvoir pr\u00e9sidentiel et donc du long terme sans pour autant avoir la responsabilit\u00e9 de la gestion gouvernementale directe, tout en ayant un pied dans l\u2019opposition par l\u2019interm\u00e9diaire du <span class=\"caps\">PS<\/span>, c\u2019est vraisemblablement pour lui la forme la plus achev\u00e9e du bonheur politique, celle qui, de toute \u00e9vidence, convient le mieux \u00e0 son mode de pens\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3103\" class=\"cit-num\">3103<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">JULY<\/span> (n\u00e9 en 1942), Sofres, Opinion publique 1986, <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXXVI<\/span>, n\u00b0\u00a02 (1986)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le patron de <em>Lib\u00e9ration<\/em> d\u00e9crit cet \u00e9quilibre instable de la cohabitation, h\u00e9ritage de la Constitution voulue par de Gaulle. Apr\u00e8s les l\u00e9gislatives rat\u00e9es pour la gauche, voici une \u00e9preuve dont Mitterrand va se tirer mieux que son partenaire. <br>Pour Premier ministre, il peut choisir Simone Veil l\u2019europ\u00e9enne, moins engag\u00e9e dans les luttes franco-fran\u00e7aises\u00a0; Giscard d\u2019Estaing l\u2019ap\u00f4tre de l\u2019union et pr\u00eat \u00e0 symboliser \u00ab\u00a02 Fran\u00e7ais sur 3\u00a0\u00bb\u00a0; Chaban-Delmas, ex-proph\u00e8te d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb pouvant \u00eatre enfin synonyme de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>En prenant son adversaire le plus direct, Jacques Chirac pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">RPR<\/span>, le pr\u00e9sident opte pour une cohabitation de combat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La cohabitation, c\u2019est le jardin des supplices pour le futur Premier ministre, le jardin des malices pour le pr\u00e9sident, le jardin des d\u00e9lices pour les nostalgiques de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3261\" class=\"cit-num\">3261<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois d\u2019<span class=\"caps\">AUBERT<\/span> (n\u00e9 en 1943), d\u00e9put\u00e9 <span class=\"caps\">UDF<\/span> de la nouvelle majorit\u00e9. <em>Dictionnaire des citations de l\u2019histoire de France<\/em> (1990), Mich\u00e8le Ressi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les heurs et malheurs de Chirac Premier ministre commencent donc le 20\u00a0mars 1986. Ils vont durer deux ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre nouvelle fronti\u00e8re, c\u2019est l\u2019emploi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2945\" class=\"cit-num\">2945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 9\u00a0avril 1986. <em>Revue politique et parlementaire<\/em>, nos\u00a0921 \u00e0\u00a0926 (1986), Marcel Fournier, Fernand Faure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier discours du nouveau Premier ministre et de la premi\u00e8re cohabitation avec un pr\u00e9sident de gauche et un gouvernement de droite. Apr\u00e8s l\u2019inflation, le ch\u00f4mage est la seconde plaie de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise. Nul jusque vers 1950, le nombre de ch\u00f4meurs passe la barre des 500\u00a0000 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, du million au milieu des ann\u00e9es 1970, des 2\u00a0millions en 1982, pour atteindre 2,5\u00a0millions en septembre\u00a01986. La courbe est insensible aux changements de majorit\u00e9 et rebelle aux mesures prises par chaque gouvernement dans sa lutte pour l\u2019emploi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avant la fin de l\u2019ann\u00e9e, la France aura un autre syst\u00e8me de valeurs que celui sur lequel elle vivait pr\u00e9c\u00e9demment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3266\" class=\"cit-num\">3266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), conf\u00e9rence de presse, 21\u00a0juillet 1986<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il dresse un premier bilan des r\u00e9formes en cours. En homme press\u00e9, le Premier ministre a d\u2019abord \u00e9rig\u00e9 le lib\u00e9ralisme en dogme, avec une priorit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomique sur le social\u00a0: privatisations, suppression de l\u2019imp\u00f4t sur les grandes fortunes, diminution annonc\u00e9e de la pression fiscale, lib\u00e9ration acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des prix et des changes. Les questions de s\u00e9curit\u00e9 \u2013 auxquelles est tr\u00e8s sensible l\u2019opinion, traumatis\u00e9e par la recrudescence du terrorisme sur le territoire \u2013 et le statut des m\u00e9dias, notamment la privatisation de <span class=\"caps\">TF1<\/span>, sont aussi des points chauds.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mieux vaut perdre des \u00e9lections que perdre son \u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3270\" class=\"cit-num\">3270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">NOIR<\/span> (n\u00e9 en 1944), <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 18\u00a0mai 1987<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la mont\u00e9e du Front national, Chirac a un gros probl\u00e8me et deux conseillers de poids, \u00c9douard Balladur et Charles Pasqua. Le premier, prudent, pr\u00f4ne le silence\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque fois que l\u2019on parle de Le Pen, on lui donne de l\u2019importance.\u00a0\u00bb Le second est convaincu que la droite a vocation \u00e0 s\u2019ouvrir jusqu\u2019au <span class=\"caps\">FN<\/span>. Devenu Premier ministre, Chirac ne tol\u00e8re plus aucune infraction \u00e0 ce code de bonne conduite.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 que son ministre du Commerce ext\u00e9rieur, Michel Noir, fait sensation avec cette affirmation strat\u00e9gique, partout reprise et promue au rang de citation politique\u00a0! Un conseil de cabinet est convoqu\u00e9 pour sermonner l\u2019impertinent et les ministres sont pri\u00e9s d\u2019\u00e9viter toute pol\u00e9mique, s\u2019ils veulent rester en fonction. \u00ab\u00a0Un chef, c\u2019est fait pour cheffer\u00a0!\u00a0\u00bb. Tout en rappelant sa \u00ab\u00a0position constante de refus de l\u2019id\u00e9ologie du Front national\u00a0\u00bb, Chirac souligne que ses \u00e9lecteurs \u00ab\u00a0ne doivent pas \u00eatre rejet\u00e9s\u00a0\u00bb. Cela vaut pour toutes les \u00e9lections \u00e0 venir, dans un pays d\u00e9mocratique et toujours plus ou moins en campagne \u00e9lectorale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O\u00f9 est le Zola qui d\u00e9crira la cur\u00e9e \u00e0 laquelle se livre sous nos yeux le <span class=\"caps\">RPR<\/span>\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3271\" class=\"cit-num\">3271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">JOXE<\/span> (n\u00e9 en 1934), Journ\u00e9es parlementaires du <span class=\"caps\">PS<\/span>, septembre\u00a01987. <em>Les Sept Mitterrand<\/em> (1988), Catherine Nay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, pr\u00e9sident du groupe socialiste \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e et l\u2019un des plus proches fid\u00e8les du pr\u00e9sident Mitterrand, il fait allusion au roman de Zola, <em>La Cur\u00e9e<\/em> (1872) et s\u2019indigne des privatisations men\u00e9es par Balladur, ministre de l\u2019\u00c9conomie, des Finances et de la Privatisation. C\u2019est la suite du feuilleton des nationalisations\u00a0: la droite revient sur les mesures prises par la gauche en 1982, et m\u00eame sur celles de 1945-1946.<\/p>\n<p>Faisant \u00e9cho au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Joxe reproche au gouvernement de brader le patrimoine national et de r\u00e9server aux copains et aux coquins une part des actions vendues par l\u2019\u00c9tat \u2013 le \u00ab\u00a0noyau dur\u00a0\u00bb. La technicit\u00e9 des d\u00e9bats d\u00e9passe l\u2019entendement \u00e9conomique du Fran\u00e7ais moyen, mais les commentateurs se passionnent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commence la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3272\" class=\"cit-num\">3272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">PASQUA<\/span> (1927-2015), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, d\u00e9claration \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision en 1987.<em> Au fil des pens\u00e9es<\/em> (s.d.), Gilles le Cordier Pellerin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il justifie les lois Pasqua. Les militants gaullistes ont applaudi \u00e0 l\u2019arrestation du groupe terroriste \u00ab\u00a0Action directe\u00a0\u00bb, comme au contr\u00f4le renforc\u00e9 sur le s\u00e9jour des \u00e9trangers, mais la gauche d\u00e9nonce une politique s\u00e9curitaire liberticide. La phrase de Pasqua, souvent cit\u00e9e, fait toujours d\u00e9bat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n\u2019\u00eates pas le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, nous sommes deux candidats [\u2026] Vous me permettrez donc de vous appeler Monsieur Mitterrand.<br>\u2014 Mais vous avez tout \u00e0 fait raison, Monsieur le Premier ministre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3275\" class=\"cit-num\">3275<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019) et Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de l\u2019entre-deux-tours, 28\u00a0avril 1988<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mitterrand a chang\u00e9 d\u2019adversaire. Apr\u00e8s deux d\u00e9bats contre Giscard d\u2019Estaing, il s\u2019oppose cette fois-ci \u00e0 Chirac, Premier ministre sortant au terme d\u2019une cohabitation de combat. Cette situation originale aboutit au point marquant de leur duel.<\/p>\n<p>Mitterrand est r\u00e9\u00e9lu le 8\u00a0mai, avec 54\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s au second tour. La d\u00e9faite est dure pour Chirac. Sa femme dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais n\u2019aiment pas mon mari.\u00a0\u00bb Il a pu penser\u00a0: la cohabitation m\u2019a tu\u00e9. Mais un homme politique n\u2019est jamais mort. Et il a compris la le\u00e7on, on ne l\u2019y reprendra plus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais le nommer puisque les Fran\u00e7ais semblent en vouloir. Mais vous verrez, au bout de dix-huit mois, on verra au travers\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996) cit\u00e9 dans<em> L\u2019Enfer de Matignon<\/em> (2008), Rapha\u00eblle Bacqu\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident r\u00e9\u00e9lu dissout l\u2019Assembl\u00e9e nationale. La gauche retrouve la majorit\u00e9, de justesse. Mitterrand va profiter de cette nouvelle alternance qui lui \u00e9pargne les \u00ab\u00a0d\u00e9lices\u00a0\u00bb de la cohabitation. Mais il va vivre la pire \u00ab\u00a0coexistence\u00a0\u00bb de sa carri\u00e8re politique, avec son ennemi intime, Rocard, Premier ministre.<\/p>\n<h4>11. Michel Rocard (1988-1991). L\u2019occasion perdue de la \u00ab\u00a0seconde gauche\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00eave d\u2019un pays o\u00f9 l\u2019on se parle \u00e0 nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3277\" class=\"cit-num\">3277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), Premier ministre, Assembl\u00e9e nationale, 29\u00a0juin 1988<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans sa d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, le nouveau chef de gouvernement prend acte de l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9. Il ne s\u2019agit plus comme en Mai 68 et dans le Programme commun de 1972 de \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb, mais de changer la vie quotidienne\u00a0: \u00ab\u00a0Je r\u00eave de villes o\u00f9 les tensions sont moindres. Je r\u00eave d\u2019une politique o\u00f9 l\u2019on soit attentif \u00e0 ce qui est dit, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 qui le dit. Je r\u00eave tout simplement d\u2019un pays ambitieux dont tous les habitants red\u00e9couvrent le sens du dialogue \u2013 pourquoi pas de la f\u00eate\u00a0? \u2013 et de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me gauche\u00a0\u00bb a beaucoup r\u00eav\u00e9, mais les circonstances ont frein\u00e9 ses ambitions et contrari\u00e9 ses intuitions. Mitterrand et Rocard se sont affront\u00e9s dans le pass\u00e9. Leur coexistence ne sera pas simple, ni pacifique.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, en trois ans, Rocard accomplit d\u2019abord un \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb\u00a0: il ram\u00e8ne la paix en Nouvelle-Cal\u00e9donie plong\u00e9e dans la guerre civile, lui accordant le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination. Il cr\u00e9e le <span class=\"caps\">RMI<\/span> (Revenu minimum d\u2019insertion et anc\u00eatre du <span class=\"caps\">RSA<\/span>, Revenu de solidarit\u00e9 active), allocation de survie destin\u00e9e aux victimes de la crise rampante des ann\u00e9es 1980 et qui fait l\u2019unanimit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e \u2013 fait rarissime. Et la <span class=\"caps\">CSG<\/span> (Contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e), pr\u00e9l\u00e8vement provisoire sur l\u2019ensemble des revenus, cens\u00e9 diminuer le d\u00e9ficit de la S\u00e9curit\u00e9 sociale \u2013 la <span class=\"caps\">CSG<\/span> existe toujours, le d\u00e9ficit aussi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas h\u00e9berger en France toute la mis\u00e8re du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3286\" class=\"cit-num\">3286<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), \u00e9mission \u00ab\u00a07 sur 7\u00a0\u00bb, <span class=\"caps\">TF1<\/span>, 3\u00a0d\u00e9cembre 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00e9vidence, dite dans un contexte pr\u00e9cis, chiffres \u00e0 l\u2019appui\u00a0: le Premier ministre d\u00e9nonce un d\u00e9tournement du droit d\u2019asile, passant de 18\u00a0000 demandes en 1980 \u00e0 60\u00a0000 en 1989 (doublement en 1988). La phrase est reprise sous diverses formes, dans d\u2019autres contextes et par d\u2019autres acteurs politiques, cependant que les socialistes accusent l\u2019un des leurs d\u2019abandonner les valeurs de la gauche.<\/p>\n<p>Rocard va donc pr\u00e9ciser le 4\u00a0juillet 1993, dans la m\u00eame \u00e9mission de <span class=\"caps\">TF1<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0La France ne peut pas accueillir toute la mis\u00e8re du monde, mais elle doit en prendre fid\u00e8lement sa part.\u00a0\u00bb Suite \u00e0 d\u2019autres d\u00e9rives et d\u00e9tournements, regrettant le \u00ab\u00a0destin impr\u00e9visible\u00a0\u00bb de sa phrase, il en donne une version provisoirement d\u00e9finitive, le 26\u00a0septembre 2009, pour le 70e anniversaire de la Cimade (Comit\u00e9 inter-mouvements aupr\u00e8s des \u00e9vacu\u00e9s)\u00a0: \u00ab\u00a0La France et l\u2019Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la mis\u00e8re du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on veut effectivement changer en profondeur la soci\u00e9t\u00e9, il faut savoir, selon la belle expression de Fran\u00e7ois Mitterrand, \u00ab\u00a0donner du temps au temps\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Savoir au juste la quantit\u00e9 d\u2019avenir qu\u2019on peut introduire dans le pr\u00e9sent, c\u2019est l\u00e0 tout le secret d\u2019un grand gouvernement\u00a0\u00bb, \u00e9crivait voici un si\u00e8cle Victor Hugo.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3288\" class=\"cit-num\">3288<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), Premier ministre, Discours \u00e0 la Convention nationale des clubs Forum et convaincre, 27\u00a0janvier 1990<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un discours dont le fond et la forme tranchent sur les discours politiques trop souvent limit\u00e9s \u00e0 la \u00ab\u00a0petite phrase\u00a0\u00bb, Rocard cite deux autorit\u00e9s morales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si \u00e7a vous amuse\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3293\" class=\"cit-num\">3293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), accueillant avec un m\u00e9pris agac\u00e9 les propositions du Premier ministre, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il lui demande sa d\u00e9mission, 15\u00a0mai 1991. C\u2019est aussi le titre des <em>M\u00e9moires<\/em> de Michel Rocard (1930-2016)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme si, vingt ans apr\u00e8s, il s\u2019amusait lui-m\u00eame du cynisme destructeur dont il fut victime\u00a0! Il incarnait la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me gauche, d\u00e9centralisatrice, r\u00e9gionaliste, h\u00e9riti\u00e8re de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les d\u00e9marches participatives des citoyens, en opposition \u00e0 une premi\u00e8re gauche, jacobine, centralisatrice et \u00e9tatique\u00a0\u00bb (les mots de Rocard en 1977, au congr\u00e8s de Nantes du Parti socialiste). C\u2019est un rendez-vous rat\u00e9 avec l\u2019histoire, pour la gauche et le socialisme, pour Rocard et pour la France. Malgr\u00e9 sa popularit\u00e9, les jeux politiciens l\u2019emp\u00eacheront de se pr\u00e9senter aux prochaines pr\u00e9sidentielles\u2026 Comme si l\u2019ombre de Mitterrand planait toujours.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Tout de m\u00eame qu\u2019\u00e0 bord du navire l\u2019antique exp\u00e9rience des marins veut qu\u2019un second ait son r\u00f4le \u00e0 lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du commandant, ainsi dans notre nouvelle R\u00e9publique, l\u2019ex\u00e9cutif comporte-t-il apr\u00e8s le pr\u00e9sident vou\u00e9 \u00e0 ce qui est essentiel et permanent un Premier ministre aux prises avec les contingences.\u00a0\u00bb2936 Charles de GAULLE (1890-1970), M\u00e9moires d\u2019espoir, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":661,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9262","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9262"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9262\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16261,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9262\/revisions\/16261"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}