{"id":9291,"date":"2026-08-03T06:46:57","date_gmt":"2026-08-03T04:46:57","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-gouvernement-reve\/"},"modified":"2026-08-03T06:46:57","modified_gmt":"2026-08-03T04:46:57","slug":"le-gouvernement-reve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-gouvernement-reve\/","title":{"rendered":"Le gouvernement r\u00eav\u00e9."},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Apr\u00e8s le gouvernement imaginaire en 2020, voici une nouvelle version en deux semaines.<\/p>\n<p>Confessons l\u2019uchronie, occasion unique\u00a0sur <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>\u00a0! Rappelons quand m\u00eame l\u2019esprit de\u00a0 Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez r\u00e9aliste, demandez l\u2019impossible.\u00a0\u00bb Plaidons aussi \u00ab\u00a0l\u2019union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb qui s\u2019impose en cas de crise et permet de r\u00e9unir une cinquantaine de Noms r\u00eav\u00e9s, quoique bien r\u00e9els et chacun dans son r\u00f4le\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les \u00ab\u00a0incontournables\u00a0\u00bb, grands classiques de l\u2019Histoire et plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres (en excluant d\u2019office Napol\u00e9on et de Gaulle). Mais Hugo, troisi\u00e8me sur la podium, a sa place de m\u00eame que nos quatre philosophe du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/li>\n<li>les outsiders ont fait preuve de leur comp\u00e9tence (ou leur g\u00e9nie) et peuvent l\u2019appliquer au niveau politique, auteurs engag\u00e9s dans telle ou telle cause. Zola est exemplaire, comme l\u2019Abb\u00e9 Pierre, son appel et ses suites. Citons encore des entrepreneurs ayant r\u00e9ussi \u00e0 appliquer leurs id\u00e9es, tel Trigano.<\/li>\n<li>les r\u00eaveurs peuvent donner libre cours \u00e0 leur talent, hors contrainte du r\u00e9el.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au total, 52 Noms (dont 12 femmes) se partagent les minist\u00e8res et les secr\u00e9tariats d\u2019\u00c9tat. <br>R\u00eavons pour la bonne cause avec ce casting in\u00e9dit et d\u00e9fions la proph\u00e9tie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9 [\u2026] On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1190\" class=\"cit-num\">1190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), <em>R\u00e9flexions sur les entretiens avec le duc de La Vauguyon<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>1. Premier ministre\u00a0: Montaigne<\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montaigne-2.jpg\" width=\"400\" height=\"432\"><\/p>\n<p>L\u2019auteur des <em>Essais<\/em> fut aussi un homme politique unique en son genre et \u00e0 son \u00e9poque. Maire de Bordeaux, tol\u00e9rant au temps des guerres de Religion, il d\u00e9clina l\u2019offre d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> qui lui proposait d\u2019importantes responsabilit\u00e9s nationales. D\u00e9livr\u00e9 de sa maladie de la pierre et ayant achev\u00e9 l\u2019\u0153uvre de sa vie, il accepte aujourd\u2019hui ce poste strat\u00e9gique. Sa tol\u00e9rance \u00e0 toute \u00e9preuve et sa sagesse universelle peuvent faire miracle. Son intelligence humaine et politique lui permettra de s\u2019adapter \u00e0 notre \u00e9poque \u00ab\u00a0en crises\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons la suj\u00e9tion et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous Rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation, non plus que l\u2019affection, nous ne la devons qu\u2019\u00e0 leur vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"585\" class=\"cit-num\">585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9crasante majorit\u00e9 s\u2019explique ais\u00e9ment<\/p>\n<p>Magistrat, puis maire de Bordeaux, tr\u00e8s loin des po\u00e8tes courtisans ou des \u00e9crivains engag\u00e9s de son temps, il parle en humaniste et philosophe, sage et souvent sceptique, libre de pens\u00e9e et de parole. Il reconna\u00eet que \u00ab\u00a0Le plus \u00e2pre et difficile m\u00e9tier du monde, \u00e0 mon gr\u00e9, c\u2019est faire dignement le Roi.\u00a0\u00bb Mais il ajoute que \u00ab\u00a0Sur le plus haut tr\u00f4ne du monde, on n\u2019est jamais assis que sur son cul.\u00a0\u00bb Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire prisera fort ce coll\u00e8gue philosophe.<\/p>\n<p>En cette fin de <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle o\u00f9 les guerres de Religion d\u00e9chirent la France, la litt\u00e9rature est engag\u00e9e et partisane. Montaigne fait exception \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: \u00e9tranger \u00e0 tout fanatisme, il pr\u00eache la tol\u00e9rance, fait preuve \u2013\u00a0dans la vie comme dans son \u0153uvre \u00e0 son image\u00a0\u2013 de sagesse, d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019esprit, de sens critique, y compris envers le roi. C\u2019est un esprit au-dessus de tous les partis, perle rare en tout temps et toute circonstance. \u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<h4>2. Affaires \u00e9trang\u00e8res\u00a0: Talleyrand<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_1-1.jpg\" width=\"400\" height=\"494\"><\/p>\n<p>Personnage contest\u00e9, le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb s\u2019impose malgr\u00e9 tout comme diplomate hors pair, pr\u00e9curseur en g\u00e9opolitique et partisan de l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en, survivant \u00e0 sept r\u00e9gimes et seul capable de s\u2019opposer \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 lui-m\u00eame incapable de se priver de ses services\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l\u2019est pour toujours [\u2026] la France n\u2019est plus isol\u00e9e en Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1922\" class=\"cit-num\">1922<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Lettre \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, 4\u00a0janvier 1815. <em>Correspondance in\u00e9dite du prince de Talleyrand et du roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pendant le Congr\u00e8s de Vienne, publi\u00e9e sur les manuscrits conserv\u00e9s au D\u00e9p\u00f4t des Affaires \u00c9trang\u00e8res<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Message venu du congr\u00e8s de Vienne o\u00f9 Talleyrand, intrigant pour le bien de la France apr\u00e8s l\u2019Empire, a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. Diplomate repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, l\u2019esprit plus alerte que jamais \u00e0 60 ans, Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un paragraphe. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb (mot souvent cit\u00e9 en fran\u00e7ais dans les dictionnaires \u00e9trangers).<\/p>\n<p>Il accomplit un authentique exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie\u00a0! L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts. D\u2019o\u00f9 sa fureur, le 12 mars au Congr\u00e8s de Vienne\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb Son rendez-vous finalement rat\u00e9 avec l\u2019empereur est l\u2019un des drames de notre histoire, la m\u00e9galomanie de Napol\u00e9on \u00e9tant la cause principale.<\/p>\n<h4>3. Affaires europ\u00e9ennes\u00a0: Michel Rocard<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rocard-1.jpg\" width=\"400\" height=\"305\"><\/p>\n<p>Une seconde chance pour cet Europ\u00e9en convaincu, socialiste r\u00e9aliste et rival malheureux du pr\u00e9sident Mitterrand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui s\u2019est fait sous le nom d\u2019Union europ\u00e9enne ne ressemble \u00e0 rien de connu jusqu\u2019ici. Sans coh\u00e9sion politique ni identit\u00e9 commune, c\u2019est essentiellement un espace de paix r\u00e9gi par le droit. Il faut rappeler inlassablement que la paix n\u2019est ni fatale ni m\u00eame naturelle en Europe. Ce \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb \u00e0 25 nations qui rend toute guerre impossible entre elles est historiquement d\u00e9j\u00e0 miraculeux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2968\" class=\"cit-num\">2968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), point de vue sur l\u2019Europe, paru dans <em>Le\u00a0Monde<\/em> du 28\u00a0novembre 2003<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le socialiste de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me gauche\u00a0\u00bb est aussi un militant qui dit notre \u00ab\u00a0besoin d\u2019Europe\u00a0\u00bb, avec des arguments comparables \u00e0 ceux du centriste Fran\u00e7ois Bayrou. Bien au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique qu\u2019on peut \u00e9ternellement discuter dans la situation de crise qui frappe presque tous les pays europ\u00e9ens depuis 2008, l\u2019argument de la paix demeure indiscutable et doit \u00eatre sans cesse mis en avant, pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations qui n\u2019ont pas connu la guerre.<\/p>\n<p>Le prix Nobel de la paix attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne le 12 octobre 2012 viendra consacrer cette \u00e9vidence. (Le \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 l\u2019expression du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle pour qualifier l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span>, et non l\u2019Europe). En 2022, la guerre en Ukraine confirme l\u2019union face \u00e0 la Russie.<\/p>\n<h4>4. Agriculture et Alimentation\u00a0: Sully<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sully-1.jpg\" width=\"400\" height=\"419\"><\/p>\n<p>Protestant mod\u00e9r\u00e9, peu aim\u00e9 du peuple et compagnon de route d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, le \u00ab\u00a0bon roi\u00a0\u00bb doit une part de sa popularit\u00e9 \u00e0 ce grand ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Labourage et p\u00e2turage sont les deux mamelles dont la France est aliment\u00e9e et les vrais mines et tr\u00e9sors du P\u00e9rou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"649\" class=\"cit-num\">649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), <em>\u00c9conomie royale<\/em> (1594-1597)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, la paix civile enfin revenue, Sully peut entreprendre de r\u00e9organiser l\u2019agriculture fran\u00e7aise, \u00e9tablir un programme de routes, ponts et canaux. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> l\u2019a nomm\u00e9 surintendant des Finances\u00a0: il r\u00e9compense sa fid\u00e9lit\u00e9 de toujours, sa sagesse politique, et reconna\u00eet ses talents de gestionnaire et d\u2019administrateur gr\u00e2ce auxquels il fait tr\u00e8s honn\u00eatement fortune \u2013 l\u2019homme est pourtant peu sympathique et le ministre impopulaire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du roi.<\/p>\n<p>Deux autres protestants sont d\u2019une grande aide. Premier agronome fran\u00e7ais, Olivier de Serres r\u00e9pand la culture du m\u00fbrier et l\u2019\u00e9levage du ver \u00e0 soie. Barth\u00e9lemy de Laffemas, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral du commerce, favorise l\u2019\u00e9tablissement de nombreuses manufactures. Ainsi, la France fabrique de pr\u00e9cieuses soieries au lieu de les importer. Pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, notre pays a une politique \u00e9conomique coh\u00e9rente et globale. Richelieu et Colbert suivront cet exemple.<\/p>\n<h4>5. Arm\u00e9es\u00a0: La Fayette<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_fayette-1.jpg\" width=\"400\" height=\"549\"><\/p>\n<p>R\u00e9publicain \u00e0 l\u2019enthousiasme communicatif, \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb \u00e0 moins de 20 ans, cr\u00e9ateur de la cocarde tricolore en 1789, il r\u00e9ussit son dernier coup m\u00e9diatique au d\u00e9but de la Monarchie de Juillet. On l\u2019imagine capable de rajeunir une vieille institution et de lui redonner un \u00e9lan r\u00e9publicain et patriotique, pour ne pas dire cocardier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789.<em> Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, La Fayette prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et reconna\u00eet ainsi la R\u00e9volution. Ce geste m\u00e9diatique et hautement symbolique trouvera son \u00e9quivalent quarante ans plus tard\u00a0!<\/p>\n<p>R\u00e9volution de Juillet\u00a01830\u00a0: au terme des Trois glorieuses (journ\u00e9es), Louis-Philippe se rend \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 l\u2019attend La Fayette, redevenu populaire comme aux grandes heures. Le marquis lui donne l\u2019accolade et fait de lui le futur roi des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Rappelons que La Fayette est entr\u00e9 dans l\u2019Histoire par un authentique exploit. Issu d\u2019une riche lign\u00e9e dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, militaire de c\u0153ur, il signe sa profession de foi\u00a0adolescente\u00a0: \u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb Contre l\u2019avis de sa famille et du roi, \u00e0 19\u00a0ans il s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777, pour se joindre aux troupes de Virginie luttant contre l\u2019Angleterre coloniale. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral, le jeune marquis paie de sa personne au combat. Il s\u2019enthousiasme pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et le civisme des citoyens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bras de la noblesse de France que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine a fait son entr\u00e9e dans le monde\u00a0\u00bb, dira Claudel. De retour en France en 1779, triomphalement accueilli, il pousse le gouvernement \u00e0 s\u2019engager dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance et gagne son titre de \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb. Les \u00c9tats-Unis se rappelleront cette dette historique \u00e0 la France, s\u2019engageant en avril\u00a01917 dans la Guerre mondiale\u00a0: \u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>6. Cause animale\u00a0: La Fontaine<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_de_la_fontaine_0.jpg\" width=\"561\" height=\"718\"><\/p>\n<p>Irr\u00e9sistiblement sympathique, ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats proche de la nature dans un si\u00e8cle qui cherche surtout \u00e0 la \u00ab\u00a0domestiquer\u00a0\u00bb (comme \u00e0 Versailles), le \u00ab\u00a0Bonhomme\u00a0\u00bb fut surtout attentifs aux animaux avec un anthropomorphisme plus instinctif que scientifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me sers d\u2019animaux pour instruire les hommes.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695),\u00a0<em>Fables<\/em> (premier recueil, 1668)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse tout loisir pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer les Anciens, \u00e9crire enfin. Fouquet est son premier m\u00e9c\u00e8ne. \u00c0 la chute du surintendant (1661), il trouve d\u2019autres riches protecteurs et surtout protectrices. Mme de La Sabli\u00e8re qui tient salon, m\u00e9chamment surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la tourterelle\u00a0\u00bb par Mme de S\u00e9vign\u00e9, l\u2019h\u00e9bergea pendant vingt ans. Elle avait la passion des chiens et r\u00e9solut un jour de s\u2019en gu\u00e9rir, les rempla\u00e7ant par des chats noirs\u2026 Elle fut d\u00e9finitivement s\u00e9duite par ces animaux. On dirait une fable, mais c\u2019est vrai. Ont-ils servi de mod\u00e8les au fabuliste pour les Grippeminaud et autres Raminagrobis\u00a0?<\/p>\n<p>Le meilleur de nos po\u00e8tes animaliers serait aujourd\u2019hui l\u2019avocat m\u00e9diatique de leur cause. \u00c0 son \u00e9poque, il ne pouvait souscrire \u00e0 la th\u00e8se de \u00ab\u00a0l\u2019animal-machine\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Descartes\u00a0: selon ce philosophe, l\u2019animal n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une machine perfectionn\u00e9e, autant dire un automate qui n\u2019a ni \u00e2me, ni raison, ni sensibilit\u00e9 \u00e0 la douleur. Deux si\u00e8cles plus tard, cette th\u00e8se n\u2019a plus de d\u00e9fenseur, mais elle \u00ab\u00a0justifie\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9levage industriel et intensif.<\/p>\n<p>Les services rendus aux hommes par les animaux sont innombrables et La Fontaine serait l\u2019avocat des chiens d\u2019aveugle comme des chiens policiers, de la ronron-th\u00e9rapie des chats de compagnie, du miel et de la pollinisation des abeilles menac\u00e9es par les pesticides, du chant des oiseaux de plus en plus rares dans nos villes et nos campagnes, des chevaux de course dop\u00e9s pour mieux \u00ab\u00a0performer\u00a0\u00bb, des animaux sauvages esclaves des Zoos\u2026<\/p>\n<h4>7. Commerce ext\u00e9rieur\u00a0: Colbert<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/colbert-1.jpg\" width=\"400\" height=\"510\"><\/p>\n<p>Ministre \u00e0 tout faire de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> (hormis la guerre confi\u00e9e \u00e0 Louvois), dou\u00e9 d\u2019une \u00e9tonnante force de travail et vou\u00e9 au bien de l\u2019\u00c9tat, il est capable de s\u2019adapter \u00e0 toute situation politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien de plus n\u00e9cessaire dans un \u00c9tat que le commerce [\u2026] Le commerce est une guerre d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"835\" class=\"cit-num\">835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>M\u00e9moire sur le commerce<\/em> (1664)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable homme-orchestre du gouvernement, il dresse un vaste programme qui r\u00e9sume la politique industrielle, commerciale, fiscale, maritime de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir ou cr\u00e9er toutes les industries, m\u00eame de luxe\u00a0; \u00e9tablir le syst\u00e8me protecteur dans les douanes\u00a0; organiser les producteurs et les commer\u00e7ants en corporations\u00a0; all\u00e9ger les entraves fiscales nuisibles \u00e0 la population\u00a0; restituer \u00e0 la France le transport maritime de ses produits\u00a0; d\u00e9velopper les colonies et les attacher commercialement \u00e0 la France [\u2026]\u00a0; d\u00e9velopper la marine militaire pour prot\u00e9ger la marine marchande.\u00a0\u00bb Dans une France rest\u00e9e agricole \u00e0 90\u00a0%, Colbert fait porter ses efforts sur l\u2019industrie et le commerce. Sa plus grande r\u00e9ussite est le rel\u00e8vement et le d\u00e9veloppement de la marine fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Ce mercantilisme, doctrine exaltant la mentalit\u00e9 et l\u2019activit\u00e9 marchandes, poursuit un but plus politique qu\u2019\u00e9conomique\u00a0: avant le bien-\u00eatre des Fran\u00e7ais, Colbert veut la puissance de l\u2019\u00c9tat. Et l\u2019\u00c9tat interventionniste y met les moyens.<\/p>\n<h4>8. Communication et potins num\u00e9riques\u00a0: Mme de S\u00e9vign\u00e9<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sevigne-1.jpg\" width=\"400\" height=\"570\"><\/p>\n<p>Un talent personnel et un brin de g\u00e9nie qui peuvent faire merveille \u00e0 ce poste\u00a0! L\u2019essentiel de sa Correspondance est destin\u00e9e \u00e0 sa fille mari\u00e9e, Mme de Grignan qui vit \u00e0 Marseille. La marquise est sympathique, cultiv\u00e9e, curieuse de tout et de tous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais vous mander la chose la plus \u00e9tonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus \u00e9tourdissante, la plus inou\u00efe, la plus singuli\u00e8re, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus impr\u00e9vue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus \u00e9clatante, la plus secr\u00e8te jusqu\u2019aujourd\u2019hui, la plus brillante, la plus digne d\u2019envie\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"875\" class=\"cit-num\">875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 15\u00a0d\u00e9cembre 1670<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb d\u00e9cha\u00eene le talent de l\u2019infatigable chroniqueuse du Grand\u00a0Si\u00e8cle dans la plus c\u00e9l\u00e8bre de ses lettres\u00a0? Tout simplement le mariage annonc\u00e9 pour dimanche prochain de M. de Lauzun avec\u2026 \u00ab\u00a0Devinez qui\u00a0? [\u2026] Mademoiselle, la Grande Mademoiselle\u00a0; Mademoiselle fille de feu Monsieur\u00a0; Mademoiselle, petite-fille de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0; Mlle\u00a0d\u2019Eu, Mlle\u00a0de Dombes, Mlle\u00a0de Montpensier, Mlle\u00a0d\u2019Orl\u00e9ans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi\u00a0; Mademoiselle, destin\u00e9e au tr\u00f4ne\u00a0; Mademoiselle, le seul parti de France qui f\u00fbt digne de Monsieur.\u00a0\u00bb En fait, Mademoiselle n\u2019\u00e9pousera pas Lauzun, ou du moins pas \u00ab\u00a0dimanche prochain\u00a0\u00bb comme annonc\u00e9. Le roi s\u2019y oppose.<\/p>\n<p>Quelque 1\u00a0500 lettres nous restent de la g\u00e9niale comm\u00e8re du si\u00e8cle. Savoureuse chronique du temps\u00a0: la guerre y figure au m\u00eame titre que le proc\u00e8s de son ami Fouquet, les potins de la cour ou les grandes cr\u00e9ations th\u00e9\u00e2trales. Son humour fait toujours sourire. Ici, un \u00e9pisode de la guerre de Hollande\u00a0: \u00ab\u00a0La nouvelle du si\u00e8ge de Charleroi a fait courir tous les jeunes gens, m\u00eame les boiteux.\u00a0\u00bb Lettre, mardi au soir, 10\u00a0ao\u00fbt 1677 (posthume).<\/p>\n<p>Un fait divers qui va devenir affaire d\u2019\u00c9tat, l\u2019affaire des Poisons, inspire naturellement l\u2019infatigable \u00e9pistoli\u00e8re qui nous met dans la confidence avec gourmandise\u00a0: \u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume).<\/p>\n<h4>9. Condition f\u00e9minine\u00a0: Olympe de Gouges<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/olympe_de_gouges-1.jpg\" width=\"400\" height=\"491\"><\/p>\n<p>Victime de son courage sous la R\u00e9volution, f\u00e9ministe d\u2019avant-garde et provocatrice, elle se montre sensible \u00e0 d\u2019autres causes et en qu\u00eate d\u2019une reconnaissance posthume au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, septembre\u00a01791.<em> Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, plaide pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux. Les femmes seront la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e dans l\u2019Histoire. Quelques-unes vont s\u2019illustrer, h\u00e9ro\u00efnes et souvent martyres, au fil de la R\u00e9volution\u00a0: Charlotte Corday, Th\u00e9roigne de M\u00e9ricourt, Mme Roland \u2013 \u00e0 suivre dans ce gouvernement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l\u2019impudente Olympe de Gouges qui abandonna tous les soins du m\u00e9nage, voulut politiquer [\u2026] Cet oubli des vertus de son sexe l\u2019a conduite \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb Triste oraison fun\u00e8bre de Pierre-Gaspard Chaumette au club des Jacobins, novembre\u00a01793. Olympe de Gouges est politiquement coupable d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi et courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine). Elle se bat \u00e9galement pour la cause des Noirs et l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793, elle meurt guillotin\u00e9e le 3 novembre\u00a0: \u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb La reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive et Olympe de Gouges attend toujours \u00e0 la porte du Panth\u00e9on.<\/p>\n<h4>10. Culture\u00a0: Andr\u00e9 Malraux<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/malraux_1-1.jpg\" width=\"400\" height=\"475\"><\/p>\n<p>Personnage, atypique \u00e0 divers titres, il marqua ce minist\u00e8re cr\u00e9\u00e9 \u00e0 son intention par de Gaulle. Parions qu\u2019il donnerait aujourd\u2019hui un nouveau souffle et un autre sens\u00a0\u00e0 la Culture, grande absente des programmes politiques\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, les masses ont droit au th\u00e9\u00e2tre, au mus\u00e9e. Il faut faire pour la culture ce que Jules Ferry faisait pour l\u2019instruction.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3031\" class=\"cit-num\">3031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966.<em> Andr\u00e9 Malraux, une vie dans le si\u00e8cle<\/em> (1973), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle a cr\u00e9\u00e9 le minist\u00e8re des Affaires culturelles pour Malraux. Leur dialogue au sommet est l\u2019une des rencontres du si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ministre de 1958 \u00e0 1968, chaque automne, lors de la discussion du budget, Malraux enchante d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs par des interventions commun\u00e9ment qualifi\u00e9es d\u2019\u00e9blouissantes sur les cr\u00e9dits de son d\u00e9partement \u2013 notoirement insuffisants au regard des ambitions proclam\u00e9es pour une v\u00e9ritable culture de masse. Il faut attendre l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir en 1981 pour que ce minist\u00e8re fr\u00f4le le 1\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Malraux d\u00e9finit ici la mission des maisons de la Culture implant\u00e9es dans les villes moyennes, lieux de rencontre, de cr\u00e9ation, de vie, charg\u00e9es de donner \u00e0 chacun les \u00ab\u00a0cl\u00e9s du tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. Ce r\u00eave de d\u00e9mocratie culturelle est \u00e0 la fois vital et irr\u00e9alisable\u00a0: \u00ab\u00a0Les peuples sont en train de demander la culture, alors qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est.\u00a0\u00bb Il note ce \u00ab\u00a0fait extr\u00eamement myst\u00e9rieux [qui] se produit aujourd\u2019hui dans le monde entier\u00a0\u00bb. Mais l\u2019argent manque. Comme le dira Jacques Duhamel passant du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture \u00e0 celui de la Culture\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les m\u00eames chiffres, mais les uns sont libell\u00e9s en nouveaux francs, alors que les autres le sont en anciens francs\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit, cent fois inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<h4>11. Droits de l\u2019enfant\u00a0: Rousseau<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rousseau_2-1.jpg\" width=\"400\" height=\"556\"><\/p>\n<p>Le p\u00e8re n\u2019est pas exemplaire et le philosophe affiche une misogynie rare pour l\u2019\u00e9poque, mais il fut le premier intellectuel sensible \u00e0 ce probl\u00e8me soci\u00e9tal majeur, l\u2019\u00e9ducation des enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Premier id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ton trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation, il somme les parents\u00a0: \u00ab\u00a0Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me r\u00e9p\u00e9ter. C\u2019est comme si l\u2019on me disait\u00a0: proposez de faire ce que l\u2019on fait [\u2026] P\u00e8res, m\u00e8res, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire.\u00a0\u00bb Toute la R\u00e9volution va marcher dans l\u2019\u00e9lan de ce \u00ab\u00a0vouloir, c\u2019est pouvoir\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9 aux choses politiques.<\/p>\n<p>Immense succ\u00e8s de cette \u0153uvre singuli\u00e8re qui a d\u2019heureux effets imm\u00e9diats\u00a0: des m\u00e8res se mettent \u00e0 allaiter leurs enfants, on cesse d\u2019emmailloter les nouveau-n\u00e9s comme des momies et d\u2019imposer les baleines aux corps des petites filles. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788. Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants-trouv\u00e9s. Il v\u00e9cut trente-trois ans avec cette modeste ling\u00e8re et lui imposa sa d\u00e9cision\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019y d\u00e9terminai gaillardement sans le moindre scrupule et le seul que j\u2019eus \u00e0 vaincre fut celui de Th\u00e9r\u00e8se, qui n\u2019ob\u00e9it qu\u2019en pleurant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019auteur se r\u00e9v\u00e8le encore\u00a0dans<em> l\u2019\u00c9mile<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est faite pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019homme et pour supporter m\u00eame son injustice.\u00a0\u00bb C\u2019est une ombre \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, dans un\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 les femmes, reines en leurs salons litt\u00e9raires, ont aussi une influence dans la politique et l\u2019art. Rousseau pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation des femmes doit \u00eatre relative aux hommes. Leur plaire, leur \u00eatre utiles, se faire aimer et honorer d\u2019eux, les \u00e9lever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agr\u00e9able et douce\u00a0: voil\u00e0 les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu\u2019on doit leur apprendre d\u00e8s l\u2019enfance.\u00a0\u00bb Bref\u00a0! la petite Sophie ne part pas avec les m\u00eames chances dans la vie que le petit \u00c9mile\u2026 et Jean-Jacques eut beaucoup de chance de vivre avec une Th\u00e9r\u00e8se dont il reconnut le d\u00e9vouement quotidien.<\/p>\n<h4>12. \u00c9cologie raisonn\u00e9e\u00a0: Voltaire<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_4-1.jpg\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p>\n<p>Premier \u00e9colo plein de bon sens, prompt \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tous les \u00ab\u00a0bonne causes\u00a0\u00bb, philosophe \u00e0 la fois pragmatique et m\u00e9diatique, ce proph\u00e8te des Lumi\u00e8res pourrait se r\u00e9v\u00e9ler bon politique \u00e0 ce poste minist\u00e9riel qu\u2019il prendrait \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cultivons notre jardin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1021\" class=\"cit-num\">1021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du conte. Non sans rapport avec les soucis du jardinier qui vient d\u2019acheter le ch\u00e2teau de Ferney.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb y recevra tout ce que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res compte d\u2019\u00e9crivains, de princes, d\u2019admirateurs. Son sens des affaires lui permit de \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb la r\u00e9gion. Le sexag\u00e9naire fait ass\u00e9cher les marais, b\u00e2tir des maisons, construire un th\u00e9\u00e2tre et une \u00e9glise, planter des arbres, cr\u00e9er des prairies artificielles, utiliser des semoirs perfectionn\u00e9s, d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage. Il installe une tannerie, une fabrique de bas de soie que Mme\u00a0de Choiseul pr\u00e9sente \u00e0 la cour et des montres que nos ambassadeurs recommandent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il d\u00e9livre le pays de la gabelle et le patriarche de Ferney se retrouve acclam\u00e9 en bienfaiteur\u00a0: \u00ab\u00a0Un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente habit\u00e9e par douze cents personnes utiles\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>La formule de Candide est surtout symbolique et souvent mal comprise. C\u2019est tout sauf de l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0: \u00ab\u00a0notre jardin\u00a0\u00bb, c\u2019est le monde\u00a0! Et si la Providence se d\u00e9sint\u00e9resse des hommes, il leur appartient d\u2019agir et de rendre meilleur leur \u00ab\u00a0jardin\u00a0\u00bb, de faire prosp\u00e9rer leur terre, d\u2019y travailler pour le progr\u00e8s. C\u2019est un credo \u00e9cologique avant l\u2019heure.<\/p>\n<h4>13. \u00c9conomie\u00a0: Turgot<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/turgot-1.jpg\" width=\"400\" height=\"476\"><\/p>\n<p>Ministre authentiquement r\u00e9formateur \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, homme politique \u00e0 vocation et comp\u00e9tence \u00e9conomiques, physiocrate lib\u00e9ral, sa \u00ab\u00a0rage\u00a0\u00bb du bien public serait mieux employ\u00e9e en 2022 qu\u2019elle ne fut en son temps sous Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> \u2013 \u00e0 la veille de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de banqueroute, point d\u2019augmentation d\u2019imp\u00f4ts, point d\u2019emprunt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1212\" class=\"cit-num\">1212<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), Lettre au roi, r\u00e9sumant ses projets de nouveau contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, fin ao\u00fbt\u00a01774. <em>\u0152uvres de Mr. Turgot, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et accompagn\u00e9es de M\u00e9moires et de notes sur sa vie, son administration et ses ouvrages<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses id\u00e9es sont bonnes et il a l\u2019art du raccourci. Intendant du Limousin o\u00f9 il fit passer d\u2019excellentes r\u00e9formes, il est appel\u00e9 au gouvernement le 20\u00a0juillet 1774. \u00c2g\u00e9 de 47\u00a0ans, appr\u00e9ci\u00e9 et connu d\u2019un cercle restreint (les philosophes), c\u2019est un \u00ab\u00a0enrag\u00e9\u00a0\u00bb, ce que lui reproche affectueusement Malesherbes, grand juriste et magistrat. Turgot est capable de r\u00e9diger avec passion six \u00e9dits \u00e0 la fois, pour les d\u00e9poser le m\u00eame jour sur la table du roi\u2026 qui n\u2019en demande pas tant\u00a0!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si le bien ne se fait pas, c\u2019est que le bien est impossible\u00a0\u00bb dit d\u2019Alembert apprenant sa promotion. Mais il doute d\u00e9j\u00e0. Voltaire regrette d\u2019\u00eatre aux portes de la mort, alors qu\u2019il aper\u00e7oit \u00ab\u00a0en place la vertu et la raison\u00a0\u00bb. Les deux philosophes savent la valeur de ce r\u00e9formateur courageux et honn\u00eate. Turgot, lui-m\u00eame philosophe et savant \u00e9clair\u00e9, croit-il possible une r\u00e9forme touchant aux fondements de la soci\u00e9t\u00e9 et de la monarchie, alors que tant d\u2019int\u00e9r\u00eats puissants s\u2019y opposent\u00a0!? Il lutte pendant deux ans, le roi s\u2019effraie parfois\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 le grand grief de M. Turgot. Il faut, aux amateurs des nouveaut\u00e9s, une France plus qu\u2019anglaise\u00a0!\u00a0\u00bb Le mod\u00e8le anglais est exemplaire aux yeux des philosophes et de leurs amis. Mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019adh\u00e8re pas \u00e0 ces id\u00e9es nouvelles, trop \u00e9loign\u00e9es de sa monarchie de droit divin. Il h\u00e9site encore et toujours. C\u2019est dans son caract\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Janvier\u00a01776, Turgot demande au Conseil l\u2019abolition de la corv\u00e9e royale des paysans (les Jacques), remplac\u00e9e par une taxe additionnelle payable par tous les propri\u00e9taires terriens. S\u2019y ajoute une s\u00e9rie de mesures fiscales pour plus de justice et d\u2019efficacit\u00e9. Au total, six \u00e9dits. C\u2019est l\u2019amorce d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9quit\u00e9 fiscale. La mesure est tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s du petit peuple, mais tous les privil\u00e9gi\u00e9s frapp\u00e9s fiscalement vont r\u00e9agir\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois qu\u2019il n\u2019y a que M.\u00a0Turgot et moi qui aimions le peuple\u00a0\u00bb soupire le roi \u00e0 ses conseillers du Parlement de Paris, 12\u00a0mars 1776.<\/p>\n<p>Le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ons vu les \u00c9dits \/ Du roi Louis Seize\u00a0! \/ En les lisant \u00e0 Paris, \/ J\u2019ons cru mourir d\u2019aise [\u2026] \/ Je n\u2019irons plus au chemin \/ Comme \u00e0 la gal\u00e8re \/ Travailler soir et matin \/ Sans aucun salaire. \/ Le Roi, je ne mentons \/ point, \/ A mis la corv\u00e9e \u00e0 bas.\u00a0\u00bb Mais les magistrats prient le roi de retirer les \u00e9dits et tous les privil\u00e9gi\u00e9s de France font chorus. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> abandonne son ministre en mai\u00a01776. Il renonce aux r\u00e9formes. Toute l\u2019\u00e9conomie reste prisonni\u00e8re de r\u00e9glementations jadis utiles et \u00e0 pr\u00e9sent paralysantes. La R\u00e9volution devient in\u00e9vitable. Necker aux Finances sera prisonnier de la m\u00eame impasse, cinq ans plus tard.<\/p>\n<h4>14. \u00c9ducation nationale\u00a0: Jules Ferry<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ferry-1.jpg\" width=\"400\" height=\"538\"><\/p>\n<p>Cr\u00e9ateur de l\u2019\u00e9ducation gratuite et obligatoire sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, violemment contest\u00e9 de son temps, mais reconnu comme le meilleur ministre \u00e0 ce poste, il oserait sans doute devenir l\u2019indispensable r\u00e9formateur attendu sous la Cinqui\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 Ferry-la-Famine (sous la Commune) et bient\u00f4t Ferry-Tonkin (contre sa politique coloniale), il est aussi violemment attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire r\u00e9duit logiquement l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats anim\u00e9s, d\u00e8s le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflamme la Chambre. Le bouillant Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry, fondatrices de notre \u00e9cole publique \u2013 et r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>La politique scolaire de Jules Ferry est inspir\u00e9e (\u00e0 tous les sens du mot) par une id\u00e9e force de Victor Hugo, qu\u2019on trouve dans Claude Gueux (1834), bref roman de jeunesse contre la peine de mort\u00a0: \u00ab\u00a0Cette t\u00eate de l\u2019homme du peuple, cultivez-la [\u2026], \u00e9clairez-la [\u2026], vous n\u2019aurez pas besoin de la couper.\u00a0\u00bb Autrement dit, pour r\u00e9gler la question sociale, il faut faire dispara\u00eetre \u00ab\u00a0la derni\u00e8re, la plus redoutable des in\u00e9galit\u00e9s qui viennent de la naissance, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb et permettre \u00ab\u00a0la premi\u00e8re fusion qui r\u00e9sulte du m\u00e9lange des riches et des pauvres sur le banc de quelque \u00e9cole\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0lois Ferry\u00a0\u00bb de 1881-1882 rendent l\u2019enseignement primaire gratuit, ce qui permet de le rendre obligatoire de 7 \u00e0 13\u00a0ans, puis la\u00efque. On pense aussi \u00e0 la formation des ma\u00eetres, en cr\u00e9ant des \u00c9coles normales d\u2019instituteurs (et d\u2019institutrices) dans chaque d\u00e9partement. Ce nouveau service public de l\u2019enseignement donne un minimum d\u2019instruction aux fils de paysans et va cr\u00e9er la fameuse rivalit\u00e9 entre l\u2019instituteur et le cur\u00e9. Mais Ferry le sait bien, \u00ab\u00a0celui qui est ma\u00eetre du livre est ma\u00eetre de l\u2019\u00e9ducation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>15. \u00c9galit\u00e9 sociale\u00a0: Jean Jaur\u00e8s<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jaures-1.jpg\" width=\"400\" height=\"559\"><\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence historique indiscutable pour la gauche, homme de c\u0153ur et socialiste de conviction, il est capable de donner vie et sens au minist\u00e8re d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette cause et de lutter contre la \u00ab\u00a0fracture sociale\u00a0\u00bb d\u00e9nonc\u00e9e par tous les \u00ab\u00a0Gilets jaunes\u00a0\u00bb et autres insoumis \u00e0 la loi du march\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique devenait un fait plus certain, c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale qui heurtait le plus les esprits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2405\" class=\"cit-num\">2405<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste<\/em> (1789-1900), volume 4, La Convention (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de Carmaux en 1893, tr\u00e8s actif au sein du Parti socialiste unifi\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1905 (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), il m\u00e8ne toutes les grandes batailles socialistes du temps. Il dirige ce travail en 13 volumes et s\u2019est r\u00e9serv\u00e9 toute la R\u00e9volution fran\u00e7aise (les 4 premiers volumes) et le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (fin du volume 12). Il juge en historien et en socialiste, ce qui est logique. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement par la force des choses que s\u2019accomplira la R\u00e9volution sociale. C\u2019est par la force des hommes.\u00a0\u00bb<em> Histoire socialiste<\/em>, 1, La Constituante.<\/p>\n<p>Il s\u2019est inclin\u00e9 devant la loi du parti socialiste\u00a0: pas de participation au gouvernement\u2026 et des hommes comme lui manqueront \u00e0 la R\u00e9publique radicale. C\u2019est donc en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition qu\u2019il m\u00e8ne les grands combats pour les lois ouvri\u00e8res. \u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911). Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux. Il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg [\u2026] Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes [\u2026] Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre fait scandale. L\u2019auteur suscite des haines dans la droite nationaliste. Il en mourra, assassin\u00e9 trois ans plus tard \u00e0 la veille de la Grande Guerre.<\/p>\n<h4>16. Emploi\u00a0: L\u00e9on Blum\u00a0<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/blum.jpg\" width=\"600\" height=\"720\"><\/p>\n<p>L\u2019homme du Front populaire en Mai 36, le socialiste dont le gouvernement imposa les\u00a0 cong\u00e9s pay\u00e9s, la semaine de 40 heures, l\u2019augmentation des salaires en m\u00eame temps que la r\u00e9duction du temps de travail. Autant dire un miracle \u00e9conomique et social dans le contexte de l\u2019entre-deux-guerres, avec des acquis sociaux irr\u00e9versibles. De quoi ne serait-il pas capable aujourd\u2019hui\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est revenu un espoir, un go\u00fbt du travail, un go\u00fbt de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2681\" class=\"cit-num\">2681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), constat du chef du gouvernement, 31\u00a0d\u00e9cembre 1936. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 La France a une autre mine et un autre air. Le sang coule plus vite dans un corps rajeuni. Tout fait sentir qu\u2019en France, la condition humaine s\u2019est relev\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et Georges Duby confirme, dans son <em>Histoire de la France\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Le Front populaire, ce n\u2019est pas seulement un catalogue de lois ou une coalition parlementaire. C\u2019est avant tout l\u2019intrusion des masses dans la vie politique et l\u2019\u00e9closion chez elle d\u2019une immense esp\u00e9rance [\u2026] Il y a une exaltation de 1936 faite de foi dans l\u2019homme, de croyance au progr\u00e8s, de retour \u00e0 la nature, de fraternit\u00e9 et qu\u2019on retrouve aussi bien dans les films de Renoir que dans ce roman de Malraux qui relate son aventure espagnole et justement s\u2019appelle <em>L\u2019Espoir.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>17. Engagement politique\u00a0: L\u00e9on Gambetta<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gambetta-2.jpg\" width=\"400\" height=\"463\"><\/p>\n<p>\u00c9loquence de l\u2019avocat, courage sans faille, enthousiasme inn\u00e9, sens politique acquis en quelques ann\u00e9es d\u00e9cisives \u00e0 l\u2019aube de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, carri\u00e8re trop br\u00e8ve\u2026 L\u2019homme m\u00e9rite un minist\u00e8re sur mesure pour ses comp\u00e9tences exceptionnelles. Il pourrait redonner sens aux valeurs r\u00e9publicaines et r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une citoyennet\u00e9 quotidienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019in\u00e9vitable et vous devriez l\u2019accepter. Vous devriez prendre votre parti de l\u2019existence dans le pays d\u2019une d\u00e9mocratie invincible \u00e0 qui restera certainement le dernier mot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2442\" class=\"cit-num\">2442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0ao\u00fbt 1874.<em> Les Partis politiques sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1913), L\u00e9on Jacques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0commis voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb qui s\u2019est fait remarquer depuis son entr\u00e9e fracassante en politique (1870) propose une constitution r\u00e9publicaine. L\u00e9gitimistes (royalistes) et conservateurs refusent toujours, mais il va rallier une partie de la gauche \u00e0 la cause du seul r\u00e9gime possible dans la France de cette \u00e9poque\u00a0: une r\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e qui n\u2019effraie pas le pays (majoritairement bourgeois et paysans).<\/p>\n<p>La commission de 30 membres d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e travaille dans ce sens et accouche d\u2019un projet de constitution\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 reculons, nous entrons dans la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb ironise Gambetta dans son journal, mais la Constitution passe sous forme de trois lois constitutionnelles, du 25\u00a0mai au 16\u00a0juillet 1875. On va pouvoir gouverner entre \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb et en gentlemen\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque nous sommes les plus forts, nous devons \u00eatre mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb dit-il devant le progr\u00e8s constant des r\u00e9publicains aux \u00e9lections en 1876.<\/p>\n<p>5 f\u00e9vrier 1879, le bouillant d\u00e9put\u00e9 fulmine contre le nouveau gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Nos ministres\u00a0? De simples num\u00e9ros d\u2019ordre sortis au hasard de la foule repr\u00e9sentative que nous d\u00e9corons du beau nom de Parlement\u00a0! Dans trois mois, ils iront rejoindre dans les sous-sols de la vie publique les inconnus engendr\u00e9s par le scrutin d\u2019arrondissement. Ils v\u00e9g\u00e9teront jusque-l\u00e0, ne disant rien, ne faisant rien,<em> ex nihilo nihil.<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0De fait, avec Gr\u00e9vy \u00e0 la pr\u00e9sidence commence le syst\u00e8me des crises minist\u00e9rielles qui va empoisonner la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident en place riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9carte du pouvoir, craignant qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux largement majoritaires. L\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e9lit des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage.<\/p>\n<p>Mais Gambetta apprend son m\u00e9tier, sans renoncer \u00e0 ses id\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Vous allez peut-\u00eatre m\u2019accuser d\u2019opportunisme\u00a0! Je sais que le mot est odieux. Pourtant je pousse encore l\u2019audace jusqu\u2019\u00e0 affirmer que ce barbarisme cache une vraie politique.\u00a0\u00bb Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21\u00a0juin 1880. Le mot est lanc\u00e9, il va faire fortune en politique, les opportunistes devenant les disciples de Gambetta apr\u00e8s sa mort accidentelle et prochaine, \u00e0 44\u00a0ans (1882). Plus qu\u2019un mot, c\u2019est une conviction et la preuve d\u2019une sagesse refl\u00e9t\u00e9e par la fameuse formule de Gambetta\u00a0: \u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>18. Entreprise\u00a0: Jean-Baptiste Say<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean-baptiste_say.jpg\" width=\"600\" height=\"614\"><\/p>\n<p>Sa th\u00e9orie \u00e9conomique et son exemple personnel prouvent l\u2019utilit\u00e9 de l\u2019Entreprise dans un monde o\u00f9 pr\u00e9vaut le capitalisme lib\u00e9ral. Proudhon, notre socialiste fran\u00e7ais, l\u2019a qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0homme de g\u00e9nie\u00a0\u00bb, le saint-simonisme (socialisme utopique) lui doit beaucoup, Auguste Blanqui le socialiste (anarchiste) engag\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 sa pens\u00e9e et gr\u00e2ce \u00e0 lui, l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise est universellement reconnue au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Bref, un homme exceptionnel.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les vraies colonies d\u2019un peuple commer\u00e7ant, ce sont les peuples ind\u00e9pendants de toutes les parties du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1740\" class=\"cit-num\">1740<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">SAY<\/span> (1767-1832), <em>Trait\u00e9 d\u2019\u00e9conomie politique ou simple exposition de la mani\u00e8re dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses<\/em> (1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9conomiste et journaliste, il pr\u00eache un anticolonialisme intelligent et pr\u00e9curseur. L\u2019ind\u00e9pendance rend les peuples plus industrieux et plus riches, d\u2019o\u00f9 davantage d\u2019occasions et de facilit\u00e9s pour les \u00e9changes, alors que les colonies sont une charge pr\u00e9sente et deviendront bient\u00f4t une honte.<br>Le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique de Say rime avec optimisme, au contraire de ses c\u00e9l\u00e8bres confr\u00e8res anglais, Malthus et Ricardo. Mais il contrarie Napol\u00e9on Bonaparte qui songe au Blocus continental pour ruiner l\u2019Angleterre. Il lui demande de r\u00e9\u00e9crire certains passages et de mettre en exergue l\u2019\u00e9conomie de guerre fond\u00e9e sur le protectionnisme. L\u2019auteur refuse, ne peut r\u00e9\u00e9diter son <em>Trait\u00e9<\/em>, est r\u00e9voqu\u00e9 du Tribunat, interdit de journalisme.<\/p>\n<p>Il devient entrepreneur et fait fortune dans le coton. L\u2019\u00e9conomiste retrouve sa libert\u00e9 d\u2019expression apr\u00e8s l\u2019Empire, devient c\u00e9l\u00e8bre et inaugure la chaire d\u2019\u00e9conomie politique au Coll\u00e8ge de France. Un beau <span class=\"caps\">CV<\/span>.<\/p>\n<h4>19. Famille\u00a0: Louise Weiss<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_weiss.jpg\" width=\"550\" height=\"400\"><\/p>\n<p>Femme de conviction plus que de s\u00e9duction, soucieuse d\u2019efficacit\u00e9 plus que de popularit\u00e9, fuyant \u00ab\u00a0les salons\u00a0\u00bb pour aller se battre sur le terrain, f\u00e9ministe de gauche et europ\u00e9enne volontaire qui s\u2019engage comme infirmi\u00e8re pour les soldats en 1914 et d\u00e9fend un \u00ab\u00a0service national f\u00e9minin\u00a0\u00bb \u00e0 la veille de la Seconde guerre mondiale, elle donnerait un sens \u00e0 ce minist\u00e8re trop souvent associ\u00e9 (et confondu) avec les droits de l\u2019enfance et le droit des femmes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les paysannes restaient bouche b\u00e9e quand je leur parlais du vote. Les ouvri\u00e8res riaient, les commer\u00e7antes haussaient les \u00e9paules, les bourgeoises me repoussaient horrifi\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2665\" class=\"cit-num\">2665<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983) \u00e9voquant une de ses conf\u00e9rences de 1934. <em>Ce que femme veut<\/em> (1946), Louise Weiss<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e en 1893 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi accordait \u00e0 la femme s\u00e9par\u00e9e de corps la pleine capacit\u00e9 civile), morte en 1983 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi du 13\u00a0juillet instaure l\u2019\u00e9galit\u00e9 professionnelle entre les sexes), cette militante f\u00e9ministe et europ\u00e9enne sera t\u00e9moin de tous les progr\u00e8s dans la condition f\u00e9minine (le droit de vote sera reconnu aux femmes par ordonnance du 5\u00a0octobre 1944, prise par le gouvernement (<span class=\"caps\">GPRF<\/span>) du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.)<\/p>\n<p>Louise Weiss se pr\u00e9sente symboliquement aux \u00e9lections municipales de Montmartre le 5 mai 1935. Elle excelle dans la provocation ironique\u00a0: transformant des cartons \u00e0 chapeaux en urnes, elle recueille 18 000 bulletins en sa faveur. Aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1936, elle se pr\u00e9sente symboliquement dans le 5e arrondissement de Paris et m\u00e8ne des actions spectaculaires destin\u00e9es \u00e0 attirer l\u2019attention de la presse. Le Front national \u00e9tant au pouvoir, elle refuse un poste minist\u00e9riel r\u00e9pondant \u00e0 L\u00e9on Blum\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai lutt\u00e9 pour \u00eatre \u00e9lue, pas pour \u00eatre nomm\u00e9e\u00a0\u00bb. Journaliste de combat et femme politique, doyenne des d\u00e9put\u00e9s au Parlement europ\u00e9en, le b\u00e2timent \u00e0 Strasbourg porte son nom en guise d\u2019hommage.<\/p>\n<p>En 2022, la t\u00e2che reste immense et floue quand on parle de la Famille \u2013 une valeur traditionnelle, jug\u00e9e capitale dans un monde en qu\u00eate de rep\u00e8res. Il faudrait une personnalit\u00e9 de son genre (sans jeu de mot) pour donner sens \u00e0 ce minist\u00e8re, avec des applications concr\u00e8tes et une \u00ab\u00a0politique familiale\u00a0\u00bb digne de ce nom. \u00ab\u00a0La tribu des il-n\u2019y-a-qu\u2019\u00e0 est la plus redoutable\u00a0\u00bb dit-elle. \u00c0 vous de jouer, Madame\u00a0! Rappelons le titre de son livre\u00a0:\u00a0 <em>Ce que femme veut.<\/em><\/p>\n<h4>20. Finances\u00a0: Jacques Necker<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/necker-1.jpg\" width=\"400\" height=\"462\"><\/p>\n<p>Banquier suisse aussi honn\u00eate que riche, il fit ses preuves \u00e0 ce poste ingrat et jouit d\u2019une immense popularit\u00e9, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Les chansons se font l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le des \u00e9v\u00e9nements, mais plus rien ni personne ne peut arr\u00eater l\u2019emballement de l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance<br>De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0:<br>Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien tard, le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> se d\u00e9cide \u00e0 rappeler Necker.<\/p>\n<p>Sa carri\u00e8re aux Finances illustre l\u2019ind\u00e9cision maladive du roi\u00a0: sous divers titres (directeur du Tr\u00e9sor royal, conseiller ou directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances), il est nomm\u00e9 et renvoy\u00e9 quatre fois entre 1781 et 1790\u00a0! C\u2019est le peuple qui le porte. Il fut d\u2019abord connu pour son <em>Essai sur la l\u00e9gislation et le commerce de grains<\/em> (1775) qui co\u00efncide avec la \u00ab\u00a0guerre des farines\u00a0\u00bb (\u00e9meutes de la faim) et la hausse de prix du pain, lib\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9dit de Turgot aux Finances. On esp\u00e8re alors le retour d\u2019un nouveau Colbert pr\u00eat \u00e0 moderniser l\u2019\u00e9conomie de la France.<\/p>\n<p>Necker revient donc aux Finances et Turgot (qui l\u2019a \u00e9vinc\u00e9 en 1774) prend connaissance de son projet\u00a0: \u00ab\u00a0Cela ressemble \u00e0 mes id\u00e9es comme un moulin \u00e0 vent ressemble \u00e0 la lune.\u00a0\u00bb Certes, tout oppose les deux hommes, \u00e0 commencer par leurs id\u00e9es\u00a0: Turgot, proche des physiocrates, pr\u00f4ne une politique \u00e9conomique lib\u00e9rale, Necker est interventionniste (comme Colbert sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>). Leur caract\u00e8re les oppose aussi\u00a0: le doctrinaire Turgot passe en force quand Necker, philanthrope et diplomate, cherche la conciliation en esprit \u00ab\u00a0moelleux et flexible\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb ironise Mirabeau au rappel du banquier suisse promu ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat), fin ao\u00fbt 1788. C\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour la monarchie. Il pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle et en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Il convoque une nouvelle Assembl\u00e9e des notables pour novembre. Le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0Vous qui nous traitez de racaille, \/ Si poliment, \/ Comme nous vous payerez la taille \/ Tr\u00e8s noblement.\u00a0\/ Vive le sauveur de la France, \/ Necker, vivat\u00a0! \/ D\u2019o\u00f9 ce h\u00e9ros tient-il naissance\u00a0? \/ Du tiers \u00e9tat.\u00a0\u00bb On c\u00e9l\u00e8bre le roi et son ministre \u2013 il a obtenu que le tiers ait \u00e0 lui seul autant de repr\u00e9sentants que les deux autres ordres r\u00e9unis. Paris illumine \u00e0 cette nouvelle, connue le 1er\u00a0janvier 1789. Mais l\u2019effervescence populaire est aggrav\u00e9e par de mauvaises r\u00e9coltes, le prix du pain monte, de nouvelles \u00e9meutes s\u2019ensuivent. Le roi invite son directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances \u00e0 \u00ab\u00a0sortir momentan\u00e9ment du royaume\u00a0\u00bb. Il s\u2019incline\u00a0: \u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 perd l\u2019homme du monde qui lui \u00e9tait le plus tendrement d\u00e9vou\u00e9.\u00a0\u00bb Exiler l\u2019hommes le plus populaire du royaume est une erreur grave\u00a0!<\/p>\n<p>Le renvoi de Necker est connu le 12\u00a0juillet au matin. Le peuple s\u2019amasse au Palais-Royal. Camille Desmoulins saute sur une chaise, brandit son \u00e9p\u00e9e d\u2019une main, un pistolet dans l\u2019autre, et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Il improvise son premier discours\u00a0: \u00ab\u00a0Necker est chass\u00e9\u00a0; c\u2019est le tocsin d\u2019une Saint-Barth\u00e9lemy de patriotes. Ce soir m\u00eame tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous \u00e9gorger. Une ressource nous reste, c\u2019est de courir aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Des milliers de voix hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Les manifestations ne vont plus cesser dans les rues\u00a0: la R\u00e9volution est en marche, la Bastille est prise le 14 juillet.<\/p>\n<p>Rappel\u00e9 par le roi le 16\u00a0juillet, Necker accepte de reprendre un pouvoir impossible \u00e0 assumer, situation \u00e9conomique et financi\u00e8re d\u00e9plorable, contexte politique et social explosif\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Je retourne en France en victime de l\u2019estime dont on m\u2019honore [\u2026] Il me semble que je vais rentrer dans le gouffre.\u00a0\u00bb Cet homme honn\u00eate et sage en est douloureusement conscient. Il se heurte d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Mirabeau qui veut financer le d\u00e9ficit par l\u2019\u00e9mission des assignats (papier-monnaie).<\/p>\n<p>Retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique en 1790, install\u00e9 en Suisse \u00e0 Coppet, sur les bords du lac L\u00e9man avec sa fille Mme\u00a0de Sta\u00ebl, le septuag\u00e9naire revient pourtant sur son pr\u00e9jug\u00e9 contre la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb<em> Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802).<\/p>\n<h4>21. Flux migratoires\u00a0: Aristide Briand<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/aristide_briand.jpg\" width=\"300\" height=\"378\"><\/p>\n<p>\u00c9migrations et immigrations pour cause politique, \u00e9cologique, \u00e9conomique, nouveaux d\u00e9fis du si\u00e8cle\u00a0: Aristide Briand pourrait \u00eatre l\u2019homme de la situation et trouver des solutions. \u00ab\u00a0Monstre de souplesse\u00a0\u00bb (selon Maurice Barr\u00e8s) \u00e9galement r\u00e9put\u00e9 (ou critiqu\u00e9) pour son id\u00e9alisme engag\u00e9 (l\u2019homme \u00ab\u00a0se prend pour J\u00e9sus-Christ\u00a0\u00bb selon Clemenceau), il joua un r\u00f4le diplomatique capital dans les relations internationales, apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art de concilier le d\u00e9sirable avec le possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes, nos diff\u00e9rends n\u2019ont pas disparu, mais, d\u00e9sormais, c\u2019est le juge qui dira le droit [\u2026] Arri\u00e8re les fusils, les mitrailleuses, les canons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2654\" class=\"cit-num\">2654<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Discours du 10\u00a0septembre 1926<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de Poincar\u00e9 qui (avec le pr\u00e9sident Doumergue) incarne la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France [\u2026] ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.<\/p>\n<h4>22. Francophonie politique\u00a0: Jos\u00e9phine Baker<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/josephine_baker.jpg\" width=\"540\" height=\"534\"><\/p>\n<p>Porte-parole \u00f4 combien m\u00e9diatique et l\u00e9gitime de ce minist\u00e8re vou\u00e9 \u00e0 la promotion de la langue fran\u00e7aise, et plus globalement au rayonnement culturel et g\u00e9o-politique d\u2019un ensemble de pays fond\u00e9 sur des valeurs communes. La Francophonie (16 % du <span class=\"caps\">PIB<\/span> mondial, 7% de taux de croissance moyen et 14 % des r\u00e9serves mondiales mini\u00e8res et \u00e9nerg\u00e9tiques) est une r\u00e9ponse aux d\u00e9fis de la mondialisation et une conqu\u00eate permanente. Cette mission a de quoi enthousiasmer la femme qui n\u2019a jamais eu peur de rien, apr\u00e8s son triomphe dans la \u00ab\u00a0Revue n\u00e8gre\u00a0\u00bb en 1925\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la France qui m\u2019a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance \u00e9ternelle. La France est douce, il fait bon y vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu\u2019il n\u2019y existe pas de pr\u00e9jug\u00e9s racistes. Ne suis-je pas devenue l\u2019enfant ch\u00e9rie des Parisiens. Ils m\u2019ont tout donn\u00e9, en particulier leur c\u0153ur. Je leur ai donn\u00e9 le mien. Je suis pr\u00eate, capitaine, \u00e0 leur donner aujourd\u2019hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l\u2019entendez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975) \u00e0 Jacques Abtey chef du contre-espionnage militaire \u00e0 Paris qui la cite dans \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais Libres\u00a0\u00bb.<em> La Guerre secr\u00e8te de Josephine Baker<\/em> (1948), Jacques Abtey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Septembre 1939. Le capitaine Abtey est charg\u00e9 de recruter des \u00ab\u00a0Honorables Correspondants\u00a0\u00bb susceptibles de se rendre partout sans \u00e9veiller les soup\u00e7ons afin de recueillir des renseignements sur l\u2019activit\u00e9 des agents allemands. Elle se pr\u00e9sente \u00e0 lui en toute simplicit\u00e9, lors de leur premi\u00e8re rencontre, villa Beau Ch\u00eane au V\u00e9sinet. Elle expliquera ensuite sa m\u00e9thode pour faire passer des messages secrets\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s pratique d\u2019\u00eatre Jos\u00e9phine Baker. D\u00e8s que je suis annonc\u00e9e dans une ville, les invitations pleuvent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. A S\u00e9ville, \u00e0 Madrid, \u00e0 Barcelone, le sc\u00e9nario est le m\u00eame. J\u2019affectionne les ambassades et les consulats qui fourmillent de gens int\u00e9ressants. Je note soigneusement en rentrant\u2026 Ces papiers seraient sans doute compromettants si on les trouvait. Mais qui oserait fouiller Jos\u00e9phine Baker jusqu\u2019\u00e0 la peau\u00a0? Ils sont bien mis \u00e0 l\u2019abri, attach\u00e9s par une \u00e9pingle de nourrice (\u00e0 son soutien-gorge). D\u2019ailleurs mes passages de douane s\u2019effectuent toujours dans la d\u00e9contraction\u2026 Les douaniers me font de grands sourires et me r\u00e9clament effectivement des papiers\u2026 mais ce sont des autographes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors de son passage \u00e0 Alger en 1943, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, reconnaissant pour ses actions dans la R\u00e9sistance, lui offre une petite Croix de Lorraine en or \u2013 qu\u2019elle vendra aux ench\u00e8res pour la somme de 350.000 francs au profit exclusif de la R\u00e9sistance. Titulaire d\u2019un brevet de pilote, pour masquer son engagement dans le contre-espionnage, elle rejoint les Infirmi\u00e8res Pilotes Secouristes de l\u2019Air (<span class=\"caps\">IPSA<\/span>) et accueille des r\u00e9fugi\u00e9s de la Croix Rouge.<\/p>\n<p>\u00c0 ses fun\u00e9railles en 1975, c\u2019est la premi\u00e8re femme d\u2019origine am\u00e9ricaine \u00e0 recevoir les honneurs militaires. Le Panth\u00e9on suivra. Id\u00e9e \u00e9mise par l\u2019\u00e9crivain R\u00e9gis Debray dans une tribune du <em>Monde<\/em>, 16 d\u00e9cembre 2013. Son pass\u00e9 de r\u00e9sistante, sur lequel la V\u00e9nus noire fut toujours discr\u00e8te, ainsi que son combat contre le racisme\u00a0 beaucoup plus m\u00e9diatis\u00e9, m\u00e9ritent de rester dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n<h4>23. Fraternit\u00e9 humaine et solidarit\u00e9s sociales\u00a0: Victor Hugo<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_4-1.jpg\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p>\n<p>Une grande cause pour un grand Nom, n\u00b03 sur le podium de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle). De plus en plus attir\u00e9 par la politique et ardent r\u00e9publicain, il pourrait incarner ce nouveau minist\u00e8re et redonner sens \u00e0 cette valeur souvent oubli\u00e9e de la trilogie r\u00e9publicaine, indispensable au \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb bien compris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vrai socialisme, ce n\u2019est pas le d\u00e9pouillement d\u2019une classe par l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire le haillon pour tous, c\u2019est l\u2019accroissement, au profit de tous, de la richesse publique [\u2026] Quant au communisme, je n\u2019ai jamais eu pour id\u00e9al un damier. Je veux l\u2019infinie vari\u00e9t\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2138\" class=\"cit-num\">2138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des plus brillants d\u00e9put\u00e9s de cette br\u00e8ve (et Deuxi\u00e8me) R\u00e9publique. Celui qui se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb de son\u00a0si\u00e8cle sera successivement lib\u00e9ral sous la Restauration, r\u00e9serv\u00e9 puis favorable \u00e0 Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet, monarchiste pour les beaux yeux de la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, hostile \u00e0 l\u2019\u00e9meute pendant la R\u00e9volution de 1848, partisan du prince Louis-Napol\u00e9on, avant d\u2019en devenir l\u2019opposant absolu quand il voit poindre le dictateur.<\/p>\n<p>Hugo demeure toujours fid\u00e8le \u00e0 un id\u00e9al humanitaire et g\u00e9n\u00e9reux, d\u00e9non\u00e7ant la mis\u00e8re du peuple, l\u2019injustice sociale, la peine de mort, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, s\u2019engageant personnellement avec une constance et un courage qui le forcent \u00e0 l\u2019exil sous le Second Empire.<\/p>\n<p>Le peuple le touche visc\u00e9ralement, m\u00eame s\u2019il craint ses exc\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb C\u2019est la devise de <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, journal qu\u2019il dirige et r\u00e9dige de juillet\u00a01848 \u00e0 septembre\u00a01851. La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te qui a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de sa derni\u00e8re pi\u00e8ce, <em>Les Burgraves<\/em>) entre sur la sc\u00e8ne politique. \u00c9lu par la bourgeoisie le 4\u00a0juin 1848, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux (inspir\u00e9s par Louis Blanc, mais g\u00e9r\u00e9s catastrophiquement), partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles de juin, il demeure profond\u00e9ment lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il s\u2019oppose au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace les libert\u00e9s et multiplie les mesures r\u00e9pressives. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> incarnera bient\u00f4t tout ce qu\u2019il d\u00e9teste, jusqu\u2019au retour de la R\u00e9publique.<\/p>\n<h4>24. Industrie\u00a0: comte de Saint-Simon<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/comte_de_saint-simon.jpg\" width=\"558\" height=\"513\"><\/p>\n<p>\u00c9conomiste class\u00e9 \u00ab\u00a0socialiste utopique\u00a0\u00bb, il a pressenti et d\u00e9montr\u00e9 le premier l\u2019importance de l\u2019industrie avant le d\u00e9but de l\u2019\u00e8re industrielle en France \u2013 tr\u00e8s en retard sur l\u2019Angleterre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re repose sur l\u2019industrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1900\" class=\"cit-num\">1900<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>L\u2019Industrie<\/em> (revue)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (arri\u00e8re-cousin du duc de m\u00eame nom, c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9morialiste du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>) est un philosophe et un \u00e9conomiste admir\u00e9 d\u2019un petit c\u00e9nacle qui, apr\u00e8s sa mort, diffusera sa pens\u00e9e tout en la d\u00e9formant. Pr\u00e9curseur de la science sociale, il met tous ses espoirs dans le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie et fonde en 1816 une revue qui porte ce nom.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nation a admis pour principe fondamental que les pauvres devaient \u00eatre g\u00e9n\u00e9reux \u00e0 l\u2019\u00e9gard des riches.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1901\" class=\"cit-num\">1901<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825),<em> L\u2019Organisateur<\/em> (1819)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0le monde renvers\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019aristocratie terrienne exploite et domine le monde paysan, mais aussi l\u2019\u00c9tat et l\u2019administration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme a jusqu\u2019ici exploit\u00e9 l\u2019homme. Ma\u00eetres, esclaves\u00a0; patricien, pl\u00e9b\u00e9ien\u00a0; seigneurs, serfs\u00a0; propri\u00e9taires, fermiers\u00a0; oisifs et travailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1902\" class=\"cit-num\">1902<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>Doctrine de Saint-Simon\u00a0: Exposition. Premi\u00e8re ann\u00e9e<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beau r\u00e9sum\u00e9 de toute l\u2019histoire du monde des origines \u00e0 nos jours\u2026 et du socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise aux accents messianiques, vingt ans avant le marxisme. Saint-Simon est mort. Mais avec les saint-simoniens se constitue en France une sorte de mouvement socialiste, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution de 1830\u00a0: il ne rassemble encore qu\u2019une infime \u00e9lite, destin\u00e9e \u00e0 se diversifier et s\u2019\u00e9largir, \u00e0 Paris comme en province, dans l\u2019atmosph\u00e8re des lendemains r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<h4>25. Int\u00e9rieur\u00a0: Georges Clemenceau<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/clemenceau_0-1.jpg\" width=\"400\" height=\"536\"><\/p>\n<p>Autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0premier flic de France\u00a0\u00bb, homme de gauche capable de tous les courages politiques et bravant l\u2019impopularit\u00e9 sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, il ferait merveille \u00e0 ce poste combattant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, ministre de Clemenceau, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907. <em>La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fait partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels en trois ans, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale, d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc. C\u2019est donc \u00e0 lui, responsable de la politique actuelle, que s\u2019adresse Jaur\u00e8s en cette ann\u00e9e cruciale.<\/p>\n<p>Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, il d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend, en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant aussi Briand devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb, alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau. Parvenu au pouvoir, cet ancien r\u00e9publicain de choc, radical d\u2019extr\u00eame gauche, impitoyable \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, constate l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb Donc, dans la logique de son r\u00f4le qu\u2019il d\u00e9finit lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Premier flic de France\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0briseur de gr\u00e8ves\u00a0\u00bb pour l\u2019opposition.<\/p>\n<p>Clemenceau n\u2019est pas sympathique et ne cherche pas la popularit\u00e9. \u00ab\u00a0Le Tigre\u00a0\u00bb a la dent dure, l\u2019homme est d\u00e9test\u00e9 autant que redout\u00e9. Mais c\u2019est un animal politique parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 cette R\u00e9publique toujours en crise, qu\u2019il sait pourfendre autant que d\u00e9fendre\u00a0: \u00ab\u00a0Gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait\u00a0\u00bb dit le d\u00e9put\u00e9 en 1888. \u00ab\u00a0On perd trop de temps en de trop longs discours\u00a0\u00bb dit le pr\u00e9sident du Conseil vingt ans apr\u00e8s, se plaignant des d\u00e9bats sans fin \u00e0 la Chambre. Autrement dit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019honneur de la R\u00e9publique est dans la libre parole avec ses risques et ses inconv\u00e9nients.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>26. Jeunesse et sports\u00a0: Albert Camus<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/albert_camus_1-1.jpg\" width=\"400\" height=\"480\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le peu de morale que je sais, je l\u2019ai appris sur les terrains de football et les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre qui resteront mes vraies universit\u00e9s.\u00a0\u00bb Sportif passionn\u00e9, journaliste militant, auteur toujours aim\u00e9 des jeunes, personnage attachant et trop t\u00f4t disparu, il trouverait les mots pour d\u00e9fendre les sports qui forment la jeunesse et promouvoir l\u2019id\u00e9al Olympique, horizon 2024.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la justice, mais je d\u00e9fendrai ma m\u00e8re avant la justice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2913\" class=\"cit-num\">2913<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00e0 Stockholm, 5\u00a0octobre 1957. <em>Albert Camus ou la m\u00e9moire des origines<\/em> (1998), Maurice Weyembergh<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9pond \u00e0 un \u00e9tudiant alg\u00e9rien, partisan du <span class=\"caps\">FLN<\/span>, qui l\u2019interpelle lors de sa remise du prix Nobel. Le mot sera retourn\u00e9 contre son auteur, non sans injustice. Engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, Camus fut r\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em> de 1944 \u00e0 1946. S\u2019opposant au communisme qui fascine tant d\u2019intellectuels et \u00e0 l\u2019existentialisme de Sartre, ma\u00eetre \u00e0 penser de toute une g\u00e9n\u00e9ration, il manifeste sa soif de justice et son humanisme dans <em>Actuelles<\/em> (trois recueils d\u2019articles de 1939 \u00e0 1958), obtenant le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1957 pour avoir \u00ab\u00a0mis en lumi\u00e8re les probl\u00e8mes se posant de nos jours \u00e0 la conscience des hommes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution ne retrouvera sa grandeur et son efficacit\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 elle mettra au centre de son \u00e9lan la passion irr\u00e9ductible de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb <em>L\u2019Express<\/em>, 4\u00a0juin 1955. Camus vient de passer \u00e0 l\u2019Express, autrement dit \u00e0 l\u2019ennemi, selon Sartre et ses compagnons. Dans la guerre des gauches qui fait rage en cette d\u00e9cennie, il d\u00e9fend l\u2019objectivit\u00e9 journalistique dans un article qui fait sensation. Loin du militantisme r\u00e9volutionnaire, il se veut lucide face aux vices inh\u00e9rents au communisme sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>La guerre d\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019il voit na\u00eetre avant sa mort accidentelle le bouleverse\u00a0: \u00ab\u00a0Quand l\u2019opprim\u00e9 prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l\u2019injustice.\u00a0\u00bb Les raisons de l\u2019adversaire, <em>L\u2019Express<\/em>, 28\u00a0octobre 1955. Natif d\u2019Alg\u00e9rie, \u00e9pris de justice autant que de libert\u00e9, Camus est plus qu\u2019un autre d\u00e9chir\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est, sans doute, la loi de l\u2019histoire. Il n\u2019y a plus d\u2019innocents en Alg\u00e9rie, sauf ceux, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent, qui meurent.\u00a0\u00bb La fiction du \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb est vite insoutenable. Il s\u2019agit d\u2019une guerre, une sale guerre.<\/p>\n<p>L\u2019engagement de Camus est tout aussi clair dans son th\u00e9\u00e2tre\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est un bagne aussi longtemps qu\u2019un seul homme est asservi sur la terre.\u00a0\u00bb <em>Les Justes<\/em> (1949). Il est de ces intellectuels qui se m\u00ealent ardemment \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de leur temps marqu\u00e9 par le totalitarisme, pour crier sa soif de justice, revendiquer dans<em> L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> \u00ab\u00a0la libert\u00e9, seule valeur imp\u00e9rissable de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9volte \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je me r\u00e9volte, donc nous sommes.\u00a0\u00bb Se d\u00e9fiant des id\u00e9ologies, Camus s\u2019oppose aux communistes, repousse les mirages de l\u2019absolu et les violences r\u00e9volutionnaires, contrairement \u00e0 Sartre et sa revue des Temps modernes. L\u2019effondrement des r\u00e9gimes communistes dans l\u2019Europe de l\u2019Est \u00e0 l\u2019automne 1989 l\u2019aurait sans doute combl\u00e9, le \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb en 2011 l\u2019aurait fait vibrer. Se battre pour la jeunesse et pour l\u2019id\u00e9al sportif est une autre forme de combat. Camus pourrait relever ce d\u00e9fi.<\/p>\n<h4>27. Juste parole\u00a0: Gis\u00e8le Halimi<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gisele_halimi.jpg\" width=\"450\" height=\"561\"><\/p>\n<p>Minist\u00e8re original, peu co\u00fbteux et sans pr\u00e9c\u00e9dent historique, superflu et pourtant si n\u00e9cessaire quand les mots perdent la t\u00eate et les discours d\u00e9rivent en tout sens\u00a0! Gis\u00e8le Halimi est avocate \u2013 profession fr\u00e9quente dans le personnel politique. Mais elle fait exception \u00e0 la r\u00e8gle, mettant toujours sa voix au service de la cause qui lui est ch\u00e8re et de la femme victime des lois. Se consacrer au \u00ab\u00a0parler juste\u00a0\u00bb des pouvoirs publics serait une nouvelle mission d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019entre dans le pr\u00e9toire, j\u2019emporte ma vie avec moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gis\u00e8le <span class=\"caps\">HALIMI<\/span> (1927-2020), D\u00e9but de sa plaidoirie pour Marie-Claire Chevalier (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cette avocate, on ne peut exercer ce m\u00e9tier sans une totale coh\u00e9rence entre ses valeurs et son travail. Sa vie sera en parfaite ad\u00e9quation avec ses convictions, ce qui exclut toute notion de \u00ab\u00a0carri\u00e8re\u00a0\u00bb. Et pourtant, quel parcours\u00a0!<\/p>\n<p>N\u00e9e en Tunisie fran\u00e7aise dans une famille pauvre, juive et domin\u00e9e par l\u2019ordre patriarcal, elle fait tout pour s\u2019affranchir de plusieurs dominations\u00a0: celle de sa famille, de la religion, des hommes. Adolescente, elle gagne de quoi quitter sa terre natale pour rejoindre Paris en 1945 et y \u00e9tudier le droit.<\/p>\n<p>Jeune avocate, elle d\u00e9fend les ind\u00e9pendantistes tunisiens et alg\u00e9riens, puis des femmes accus\u00e9es d\u2019avoir avort\u00e9. Pour att\u00e9nuer leur peine, il faut \u00e9voquer des \u00ab\u00a0circonstances att\u00e9nuantes\u00a0\u00bb, ce qui revient \u00e0 plaider coupable. En 1971, c\u2019est la\u00a0 seule avocate \u00e0 signer le Manifeste des 343 \u2013 vu le risque de sanctions d\u00e9ontologiques du Barreau. Lors du proc\u00e8s de Bobigny en 1972, elle refuse de demander pardon au nom de sa cliente et fait elle-m\u00eame le proc\u00e8s de la loi liberticide de 1920 sur l\u2019avortement. Marie-Claire Chevalier, qui a avort\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, est acquitt\u00e9e. C\u2019est une \u00e9tape importante dans la marche vers la l\u00e9galisation de l\u2019avortement en 1975, obtenue aussi par l\u2019ent\u00eatement et le courage de Simone Veil, ministre de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p>Ses engagements ont tous une dimension politique forte, mais elle n\u2019a jamais voulu faire de carri\u00e8re politique, hors une br\u00e8ve exp\u00e9rience de d\u00e9put\u00e9 au d\u00e9but du premier septennat de Fran\u00e7ois Mitterrand. Fondatrice de l\u2019association \u00ab\u00a0Choisir la cause des femmes\u00a0\u00bb, elle t\u00e9moigne d\u2019un courant du f\u00e9minisme fran\u00e7ais persuad\u00e9 que cette lutte \u00e9mancipatrice ne peut se passer des hommes.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le gouvernement imaginaire en 2020, voici une nouvelle version en deux semaines. 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Rappelons quand m\u00eame l\u2019esprit de\u00a0 Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez r\u00e9aliste, demandez l\u2019impossible.\u00a0\u00bb Plaidons aussi \u00ab\u00a0l\u2019union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb qui s\u2019impose en cas de crise et permet de r\u00e9unir une cinquantaine de Noms r\u00eav\u00e9s, quoique bien r\u00e9els et chacun [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":430,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9291","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9291"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9291\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9319,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9291\/revisions\/9319"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}