{"id":9347,"date":"2022-08-01T00:00:00","date_gmt":"2022-07-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-perles-de-la-langue-francaise-du-moyen-age-au-xviie-siecle\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:03","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:03","slug":"les-perles-de-la-langue-francaise-du-moyen-age-au-xviie-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-perles-de-la-langue-francaise-du-moyen-age-au-xviie-siecle\/","title":{"rendered":"Les perles de la langue fran\u00e7aise, du Moyen \u00c2ge au XVIIe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4>La langue fran\u00e7aise d\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui.<br>\u2013 Collection de perles plus ou moins fines \u2013<\/h4>\n<p>L\u2019histoire de la langue se confond avec l\u2019histoire de France pour des raisons politiques et culturelles. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> en rend compte et la chronologie s\u2019impose.<\/p>\n<p>Une fois n\u2019est pas coutume, apr\u00e8s un Moyen \u00c2ge inventif, la \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb se situe \u00e0 la Renaissance avec trois auteurs majeurs \u00e0 divers titres\u00a0: Rabelais, Ronsard, Montaigne.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, \u00ab\u00a0la langue de Moli\u00e8re\u00a0\u00bb vaut pour son parl\u00e9 populaire. La R\u00e9volution nous \u00e9tonne comme souvent. Des noms contemporains ont des trouvailles bienvenues\u00a0: voir de Gaulle, Chirac et quelques surprises. <br>Mention sp\u00e9ciale aux chansons toujours en situation, n\u00e9es d\u2019un peuple anonyme et talentueux.<\/p>\n<p>Restent les jurons, cas tr\u00e8s particulier\u00a0! Ils ont la vie dure et un sens cach\u00e9 plaisant \u00e0 d\u00e9busquer. Pour ne pas blasph\u00e9mer, \u00ab\u00a0par le sang de Dieu\u00a0\u00bb devient palsambleu. Bigre, fichtre, diantre cachent aussi leur jeu\u2026 et deux jurons originaux sont sign\u00e9s de deux rois, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Ubu. <br>Au final, notre langue reste bel et bien vivante et nombre d\u2019anachronismes, remis en situation,\u00a0 sont plaisants \u00e0 (re)d\u00e9couvrir\u00a0: matamorisme, sauvageons <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Cie.<\/p>\n<h3>Premi\u00e8re partie\u00a0: du Moyen \u00c2ge au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-48.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En peine et en malice tu as us\u00e9 ton \u00e2ge,<br>Tu as v\u00e9cu des larmes d\u2019autrui et du pillage.<br>Maint homme as exil\u00e9 et tourn\u00e9 en servage<br>Et mis par pauvret\u00e9 mainte femme au <span style=\"text-decoration: underline\">putage<\/span> [prostitution]\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"114\" class=\"cit-num\">114<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRANCON<\/span> (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">IX<\/span>e si\u00e8cle), archev\u00eaque de Rouen, au chef normand Rollon (ou Rou ou Robert). <em>Roman de Rou<\/em> (\u00e9crit entre\u00a01160 et\u00a01170), Robert Wace<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 \u00ab\u00a0Tu prends soin de ton \u00e2me comme b\u00eate sauvage \/ Mue[change] ta mauvaise vie et change ton courage. \/ Re\u00e7ois la Chr\u00e9tient\u00e9 et fais au roi hommage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Telles sont les belles paroles pr\u00eat\u00e9es \u00e0 Francon par le po\u00e8te anglo-normand Robert Wace dans sa chronique sur les ducs et le duch\u00e9 de Normandie (\u0153uvre d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine et Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre, son \u00e9poux).<\/p>\n<p>L\u2019archev\u00eaque morig\u00e8ne le Normand qui, repouss\u00e9 de Paris, ravage le pays chartrain. Les Francs, sous le commandement du comte de Paris, vont lui infliger une sanglante d\u00e9faite le 20\u00a0juillet 911. Rollon accepte enfin de faire hommage au roi de France, Charles\u00a0V\u00a0le\u00a0Simple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Roland, quand il entend qu\u2019on le met \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-garde, interpelle tout furieux son beau-p\u00e8re\u00a0: Ah\u00a0! <span style=\"text-decoration: underline\">culvert<\/span> [crapule], m\u00e9chant homme et de m\u00e9chante race\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"+\" class=\"cit-num\">+<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme), <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e8gne de Charles Ier le Grand, roi des Francs (futur Charlemagne). En 778, il traverse les Pyr\u00e9n\u00e9es pour aller conqu\u00e9rir une partie de l\u2019Espagne. Ganelon, tra\u00eetre au roi, d\u00e9signe son beau-fils Roland pour mener l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e, ce qui l\u2019expose \u00e0 un danger mortel. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9action de Roland.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Culvert\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019injure vient de loin, de l\u2019Antiquit\u00e9 gallo-romaine \u2013 <em>collibertus<\/em> signifiant co-affranchi. Au <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle, c\u2019est un paysan tellement soumis au seigneur et astreint \u00e0 tant de t\u00e2ches qu\u2019il est assimil\u00e9 au serf. Culvert devient bient\u00f4t synonyme de crapule, canaille, connot\u00e9 aussi comme un grossier personnage. Aujourd\u2019hui, on pourrait dire que c\u2019est un \u00ab\u00a0plouc\u00a0\u00bb. Mais s\u2019il est un mot \u00e0 retenir de cette histoire c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019Histoire, c\u2019est l\u2019olifant, nom donn\u00e9 au cor de Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami Roland, sonnez votre <span style=\"text-decoration: underline\">olifant<\/span> [petit cor en ivoire d\u2019\u00e9l\u00e9phant]<br>Le son en ira jusqu\u2019\u00e0 Charles qui passe aux d\u00e9fil\u00e9s<br>Et les Fran\u00e7ais, j\u2019en suis certain, retourneront sur leurs pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme), <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La<em> Chanson de Roland<\/em> est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9. Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb Louis Petit de Julleville, l\u2019un des traducteurs du texte au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e du futur Charlemagne en 778 donne naissance, trois si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4 000 vers maintes fois traduits, c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<\/p>\n<p>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux (valeureux) Roland refuse de sonner de son olifant, sur le conseil du sage Olivier. Il pr\u00e9f\u00e8re se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de trouver le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal (ou Durandal), je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec Olivier son compagnon et toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charles le Grand les vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu. Le tra\u00eetre Ganelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la <span style=\"text-decoration: underline\">panse<\/span> [bonne ch\u00e8re] vient la danse [divertissement].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"138\" class=\"cit-num\">138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dicton populaire. <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1694), au mot \u00ab\u00a0panse\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <em>Littr\u00e9<\/em> confirme le dicton en pr\u00e9cisant la traduction des deux mots \u2013 mais la panse d\u00e9signe aussi une partie de l\u2019estomac d\u2019un bovin, ou le (gros) vendre d\u2019un humain.<\/p>\n<p>Bref\u00a0! On mange, on boit, on s\u2019amuse bien au Moyen \u00c2ge, au ch\u00e2teau comme au village, hors les temps de famine, de peste, de guerre trop souvent mis en exergue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s qu\u2019il fut quelque peu affaibli et <span style=\"text-decoration: underline\">chu en vieillesse<\/span> [devenu vieux], [Philippe Auguste] n\u2019\u00e9pargna pas son fils, il l\u2019envoya par deux fois en Albigeois \u00e0 grand <span style=\"text-decoration: underline\">ost<\/span> pour d\u00e9truire la <span style=\"text-decoration: underline\">bougrerie<\/span> de la gent du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"204\" class=\"cit-num\">204<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devenu roi, Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> le Lion ne r\u00e8gne que trois ans (1223-1226). Il poursuit cette croisade int\u00e9rieure et remporte par ailleurs des succ\u00e8s contre les Anglais d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. La croisade contre les Albigeois est l\u2019un des \u00e9pisodes sanglants de l\u2019histoire de France. Le Dauphin Louis est all\u00e9 mettre en vain le si\u00e8ge devant Toulouse, en 1219. Mais il prend Marmande, la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Grand ost\u00a0\u00bb d\u00e9signe l\u2019arm\u00e9e au complet et \u00ab\u00a0bougrerie\u00a0\u00bb d\u00e9signe ici l\u2019\u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9sie des bougres\u00a0\u00bb, avant de d\u00e9signer toute d\u00e9bauche contre-nature, dont l\u2019homosexualit\u00e9 longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un p\u00e9ch\u00e9. Bougre va r\u00e9appara\u00eetre sous la R\u00e9volution, avec bigre, forme att\u00e9nu\u00e9e \u2013 les deux mots faisant \u00e9galement office de jurons toujours en cours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien est France <span style=\"text-decoration: underline\">ab\u00e2tardie<\/span>\u00a0!<br>Quand femme l\u2019a <span style=\"text-decoration: underline\">en baillie<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"209\" class=\"cit-num\">209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugues de la <span class=\"caps\">FERT\u00c9<\/span> (premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle), pamphlet.<em> \u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1894), Charles Petit-Dutaillis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Rois, ne vous confiez mie\u00a0\/ \u00c0 la gent de <span style=\"text-decoration: underline\">femmenie<\/span>\u00a0\/ Mais faites plut\u00f4t appeler\u00a0\/ Ceux qui savent armes porter.\u00a0\u00bb Le langage m\u00e9di\u00e9val, m\u00eame \u00ab\u00a0adapt\u00e9\u00a0\u00bb pour \u00eatre lisible, reste d\u2019une originalit\u00e9 constante avant l\u2019explosion culturelle de la Renaissance.<\/p>\n<p>Hugues de la Fert\u00e9 et Hugues de Lusignan sont auteurs de couplets cinglants contre Blanche de Castille, r\u00e9gente \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1226), d\u00e9test\u00e9e des grands vassaux et assez forte pour les mater. Pressentant leur fronde, elle a fait sacrer \u00e0 Reims son fils Louis (11\u00a0ans), le futur Saint Louis, sans attendre que tous les grands barons soient r\u00e9unis. En 1234, les deux Hugues, soutenus par le roi d\u2019Angleterre, participent avec Raymond <span class=\"caps\">VII<\/span> de Toulouse \u00e0 une r\u00e9volte f\u00e9odale. L\u2019aventure se terminera par la soumission des vassaux et la tr\u00eave sign\u00e9e avec le roi d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>La France sort plus grande et renforc\u00e9e, apr\u00e8s les dix ans de r\u00e9gence de cette femme qui a toutes les qualit\u00e9s (et les d\u00e9fauts) des grands hommes politiques. Pour la petite histoire, ajoutons que Thibaut le Chansonnier, trouv\u00e8re de treize ans son cadet, tombera passionn\u00e9ment amoureux de Blanche, 38 ans (et 12 grossesses), et se ralliera \u00e0 sa cause.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi doit <span style=\"text-decoration: underline\">seigneurier<\/span> [exercer le pouvoir] au commun profit du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"263\" class=\"cit-num\">263<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> V le Sage (1338-1380). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e8gne de ce roi marque un temps de r\u00e9pit relatif pour la France.<\/p>\n<p>Entour\u00e9 d\u2019excellents conseillers, souverain plus intellectuel que guerrier, il exprime l\u2019un des aspects fondamentaux de la fonction royale\u00a0: l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 est subordonn\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 publique. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Le respect de cette maxime et l\u2019attention aux sages conseils caract\u00e9risent la bonne <span style=\"text-decoration: underline\">policie<\/span> [politique].\u00a0\u00bb Cette r\u00e8gle va demeurer une des limites au pouvoir r\u00e9put\u00e9 absolu du roi, jusque sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Temps de douleur et de tentation.<br>\u00c2ge de pleur, d\u2019envie et de tourment.<br>Temps de langueur et de damnation.<br>\u00c2ge mineur, pr\u00e8s du <span style=\"text-decoration: underline\">d\u00e9finement<\/span> [fin, mort ].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"264\" class=\"cit-num\">264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406).<em> Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1987), Georges Duby, Jacqueline Beaujeu-Garnier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9cuyer, magistrat, diplomate et po\u00e8te prolixe (quelque 80\u00a0000 vers \u00e0 son actif), inventeur de la ballade \u2013\u00a0ou du moins l\u2019un des meilleurs pr\u00e9curseurs du genre\u00a0\u2013, il \u00e9voque ici en quatre vers les horreurs de cette \u00ab\u00a0guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb qui va ravager la France, de 1337 \u00e0 1453 (avec nombre de pauses militaires et calendaires). C\u2019est l\u2019une des p\u00e9riodes les plus sombres de notre Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi Jean \u00e9tait souvent <span style=\"text-decoration: underline\">h\u00e2tieux<\/span>, dans sa haine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"292\" class=\"cit-num\">292<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> meurt le 22\u00a0ao\u00fbt 1350, apr\u00e8s avoir achet\u00e9 le comt\u00e9 de Montpellier et rattach\u00e9 le Dauphin\u00e9 \u00e0 la couronne, laissant pourtant le royaume dans un triste \u00e9tat. Son fils, Jean <span class=\"caps\">II<\/span>, dit le Bon (le brave, l\u2019intr\u00e9pide) est couronn\u00e9 le 26\u00a0septembre 1350 \u00e0 Reims. Son r\u00e8gne s\u2019ouvre sur un drame qui illustre le trait de caract\u00e8re d\u00e9nonc\u00e9 par le chroniqueur.<\/p>\n<p>Raoul de Brienne, \u00ab\u00a0un des plus glorieux chevaliers du royaume\u00a0\u00bb, conn\u00e9table de France, prisonnier au si\u00e8ge de Cane en 1346, est rel\u00e2ch\u00e9 par les Anglais sans demande de ran\u00e7on. De l\u00e0 \u00e0 le croire tra\u00eetre\u2026 Le nouveau roi est trop heureux d\u2019\u00e9couter ces ragots, d\u2019autant qu\u2019il le soup\u00e7onne d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jadis amant de sa premi\u00e8re \u00e9pouse. Quand le conn\u00e9table se pr\u00e9sente devant la cour pour rendre hommage au nouveau roi, il le fait saisir par ses sergents, jeter dans les cachots du Louvre pour l\u2019en extraire deux jours plus tard et \u00ab\u00a0sans loi et sans jugement\u00a0\u00bb le faire d\u00e9capiter le 18\u00a0novembre 1350.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Ils] pillent, <span style=\"text-decoration: underline\">ardent<\/span> [br\u00fblent], ran\u00e7onnent, <span style=\"text-decoration: underline\">destruent<\/span> [d\u00e9truisent] tout le pays, mettent \u00e0 mort et tiennent prisonniers tous les hommes et ravissent et d\u00e9shonorent toutes les femmes qu\u2019ils peuvent trouver.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"303\" class=\"cit-num\">303<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chroniques du Laonnois. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerre de Cent ans\u00a0: m\u00eames \u00e9v\u00e9nements et t\u00e9moignages comparables en Normandie, Bourgogne, Languedoc et un peu partout en France. Les mercenaires recrut\u00e9s par les divers bellig\u00e9rants constituent des bandes solidement arm\u00e9es, qui refusent de se dissoudre en cas de tr\u00eave ou de paix et forment les Grandes Compagnies. La plupart sont retranch\u00e9es dans des forteresses qu\u2019elles ont conquises et d\u2019o\u00f9 elles s\u2019\u00e9lancent pour piller et ran\u00e7onner alentour. Ce brigandage d\u2019une cruaut\u00e9 et d\u2019une rapacit\u00e9 sans bornes devient l\u2019un des pires fl\u00e9aux du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les clercs qui ont sagesse, on ne peut trop honorer, et tant que sagesse sera honor\u00e9e en ce royaume, il continuera \u00e0 prosp\u00e9rit\u00e9, mais quand d\u00e9bout\u00e9e y sera, il <span style=\"text-decoration: underline\">d\u00e9cherra<\/span> [d\u00e9choir \u2013 au futur].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"307\" class=\"cit-num\">307<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> V le Sage (1338-1380). <em>Livre des faits et bonnes m\u0153urs du sage roi Charles le Quint<\/em>, Christine de Pisan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouveau roi est port\u00e9 sur les choses de l\u2019esprit, diff\u00e9rent en cela de son p\u00e8re Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon et de la plupart des chevaliers de l\u2019\u00e9poque. Passionn\u00e9 de philosophie et de science, d\u2019astrologie, m\u00e9decine et math\u00e9matique, il prot\u00e8ge l\u2019Universit\u00e9 de Paris et cr\u00e9e une grande \u00ab\u00a0librairie\u00a0\u00bb, anc\u00eatre de notre Biblioth\u00e8que Nationale, d\u2019o\u00f9 son surnom de Sage (qui signifie savant).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueur de gens et conqu\u00e9reur de terre, <br>Le plus vaillant qui <span style=\"text-decoration: underline\">onques<\/span> [jamais ] fut en vie,<br>Chacun pour vous doit noir v\u00eatir et <span style=\"text-decoration: underline\">querre<\/span> [chercher des habits de deuil].<br>Pleurez, pleurez, fleur de la chevalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"315\" class=\"cit-num\">315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406), <em>Ballade sur le tr\u00e9pas de Bertrand Du Guesclin<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine puis conn\u00e9table, ce guerrier incarna le sentiment patriotique naissant au cours de la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>D\u2019une laideur remarquable et d\u2019une brutalit\u00e9 qui fit la honte de sa famille, le \u00ab\u00a0Dogue noir de Broc\u00e9liande\u00a0\u00bb gagna le respect de la noblesse, par son courage, sa force et sa ruse, pour devenir le type du parfait chevalier, h\u00e9ros populaire dont po\u00e8mes et chansons c\u00e9l\u00e8brent les hauts faits. Cette ballade est l\u2019\u0153uvre la plus connue d\u2019Eustache Deschamps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous, hommes d\u2019Angleterre, qui n\u2019avez aucun droit en ce royaume, le roi des Cieux vous <span style=\"text-decoration: underline\">mande<\/span> et ordonne par moi, Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou sinon, je ferai de vous un tel <span style=\"text-decoration: underline\">hahu<\/span> [dommage] qu\u2019il y en aura \u00e9ternelle m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"341\" class=\"cit-num\">341<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), Lettre du 5\u00a0mai 1429.<em> Pr\u00e9sence de Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1956), Ren\u00e9e Grisell<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 4\u00a0mai, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de secours envoy\u00e9e par le roi et command\u00e9e par le B\u00e2tard d\u2019Orl\u00e9ans (jeune capitaine s\u00e9duit par sa vaillance, et fils naturel de Louis d\u2019Orl\u00e9ans, assassin\u00e9), Jeanne attaque la bastille Saint-Loup et l\u2019emporte. Le 5\u00a0mai, f\u00eate de l\u2019Ascension, on ne se bat pas, mais elle envoie par fl\u00e8che cette lettre.<\/p>\n<p>Le 7\u00a0mai, elle attaque la bastille des Tournelles. Apr\u00e8s une rude journ\u00e9e de combat, Orl\u00e9ans est lib\u00e9r\u00e9e. Le lendemain, les Anglais l\u00e8vent le si\u00e8ge. Toute l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, \u00e0 genoux, assiste \u00e0 une messe d\u2019action de gr\u00e2ce. C\u2019est presque le commencement de la fin de la guette de Cent Ans, en tout cas, le retour de l\u2019espoir, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais o\u00f9 sont les neiges d\u2019<span style=\"text-decoration: underline\">antan<\/span> [du temps pass\u00e9]\u00a0?<br>Et Jeanne la bonne Lorraine<br>Qu\u2019Anglais br\u00fbl\u00e8rent \u00e0 Rouen\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"350\" class=\"cit-num\">350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">VILLON<\/span> (vers 1431-1463),<em> Le Grand Testament, Ballade des dames du temps jadis<\/em> (1462)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des premiers po\u00e8tes rendant hommage \u00e0 Jeanne d\u2019Arc est Villon, n\u00e9 (vraisemblablement) l\u2019ann\u00e9e de sa mort. La m\u00e9lancolique expression des \u00ab\u00a0neiges d\u2019antan\u00a0\u00bb est pass\u00e9e dans le langage (presque) courant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Universelle <span style=\"text-decoration: underline\">aragne<\/span>\u00a0[araign\u00e9e]\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles le T\u00e9m\u00e9raire, duc de Bourgogne (1433-1477) qualifiant ainsi Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>, le dernier roi du Moyen \u00c2ge<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> propose au T\u00e9m\u00e9raire de discuter les termes de la paix, \u00e0 P\u00e9ronne. L\u2019entrevue commence le 9\u00a0octobre 1468. Le T\u00e9m\u00e9raire se m\u00e9fie du roi qu\u2019il va qualifier d\u2019\u00ab\u00a0universelle aragne\u00a0\u00bb, sachant attirer dans sa toile tous ses ennemis. Le surnom lui est rest\u00e9 dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Cette forme archa\u00efque sera reprise aux <span class=\"caps\">XVII<\/span> et <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cles, sous la plume d\u2019auteurs majeurs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019est rien, dit l\u2019aragne, aux cases qui me plaise (\u2026) \/ La pauvre aragne n\u2019ayant plus\/\u00a0 Que la t\u00eate et les pieds, artisans superflus, \/ Se vit elle-m\u00eame enlev\u00e9e.\u00a0\u00bb La Fontaine, <em>Fables<\/em>, La Goutte et l\u2019araign\u00e9e.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils descendent assur\u00e9ment de ces aragnes carnassi\u00e8res.\u00a0\u00bb Voltaire, Lettre au marquis d\u2019Argenson, <em>Correspondance<\/em>. Allusion aux souverains compar\u00e9s \u00e0 des araign\u00e9es dont les plus grosses d\u00e9vorent les petites.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et quand Anglais furent dehors<br>Chacun se mit en ses efforts<br>De b\u00e2tir et de <span style=\"text-decoration: underline\">marchander<\/span> [commercer]<br>Et en biens <span style=\"text-decoration: underline\">superabonder<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"359\" class=\"cit-num\">359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">LEDOYEN<\/span> (vers 1460-vers 1540), Chronique rim\u00e9e de Guillaume Ledoyen, notaire \u00e0 Laval au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. <em>Le Sentiment national dans la guerre de Cent Ans<\/em> (1928), Georges Grosjean<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1553. Les Anglais ont abandonn\u00e9 toutes leurs possessions sur le continent (sauf Calais). La France respire, la confiance revient et l\u2019ardeur au travail. Les imp\u00f4ts permanents et l\u2019arm\u00e9e permanente, \u00e0 la fois symboles et moyens d\u2019un \u00c9tat reconstitu\u00e9, vont permettre de r\u00e9tablir l\u2019ordre dans les villes et les campagnes. Malgr\u00e9 cela, la d\u00e9pression \u00e9conomique commune \u00e0 tout l\u2019Occident freine la reprise \u00e9conomique pendant plus d\u2019un quart de si\u00e8cle.<\/p>\n<p>La liquidation de la guerre de Cent Ans et le rel\u00e8vement de la France vont occuper trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites le <span style=\"text-decoration: underline\">gast<\/span> [d\u00e9g\u00e2t] en mani\u00e8re qu\u2019il n\u2019y demeure un seul arbre portant fruit sur bout, ni vigne qui ne soit coup\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"379\" class=\"cit-num\">379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), Lettre \u00e0 Ymbert de Batarnay, 10\u00a0mars 1475. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi charge son grand chambellan et fid\u00e8le conseiller de reprendre le Roussillon. Province la plupart du temps sous domination fran\u00e7aise de 1462 \u00e0 1492, ses villes connurent un bel essor \u00e9conomique, surtout Perpignan. Jean d\u2019Aragon, comte de Barcelone, l\u2019a laiss\u00e9e en gage \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et le Roussillon a \u00e9t\u00e9 uni au Domaine, le 16\u00a0juin 1463, mais il se r\u00e9volte durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1472 et Jean d\u2019Aragon en profite pour y r\u00e9tablir son autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Perpignan vit un terrible si\u00e8ge de huit mois, d\u2019o\u00f9 son titre de <em>Fidelissima vila<\/em> (Fid\u00e8le Ville) donn\u00e9 par Jean d\u2019Aragon. Une partie de la population \u00e9migra ensuite vers Barcelone, pour \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9pression. La reconqu\u00eate est si dure que la province est nomm\u00e9e \u00ab\u00a0le cimeti\u00e8re aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> se fait craindre et se soucie peu de se faire aimer. Sa devise refl\u00e8te ce trait de caract\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb Mais l\u2019embl\u00e8me est le chardon \u2013 non pas le h\u00e9risson.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi d\u2019Angleterre <br>Amener son grand <span style=\"text-decoration: underline\">ost<\/span> [arm\u00e9e]<br>Pour la fran\u00e7aise terre <br>Conqu\u00e9rir bref et <span style=\"text-decoration: underline\">tost<\/span> [vite].<br>Le roi, voyant l\u2019affaire, <br>Si bon vin leur donna<br>Que l\u2019autre, sans rien faire, <br>Content, s\u2019en retourna.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"381\" class=\"cit-num\">381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson qui met en sc\u00e8ne \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, \u00e9t\u00e9 1475. <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La joie des Fran\u00e7ais \u00e9clate et comme souvent, la chanson dit vrai\u00a0et vaut gazette\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> r\u00e9gala \u00ab\u00a0son cousin\u00a0\u00bb \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> de bonne ch\u00e8re \u00e0 Picquigny, apr\u00e8s avoir saoul\u00e9 de bonnes barriques et gav\u00e9 de bonnes viandes qui donnent envie de boire l\u2019arm\u00e9e anglaise, en attente de ravitaillement. Cela fait aussi partie de la diplomatie.<\/p>\n<p>Il n\u2019en fallait pas plus, et pas moins, pour sceller la nouvelle entente des deux rois et des deux pays. \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, qui a renonc\u00e9 \u00e0 son alliance avec le T\u00e9m\u00e9raire, rembarque avec son arm\u00e9e. Et l\u2019Angleterre est rendue \u00e0 sa vocation insulaire \u2013 elle garde seulement Calais et d\u00e9fendra cette citadelle anglaise jusqu\u2019en 1558.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-56.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span> et <span class=\"caps\">GUERRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">RELIGION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si nous voulons avoir continuellement aupr\u00e8s de nous notre tr\u00e8s ch\u00e8re et tr\u00e8s aim\u00e9e s\u0153ur la dame de Beaujeu et si nous prenons toute enti\u00e8re confiance en elle, personne ne s\u2019en doit <span style=\"text-decoration: underline\">merveiller<\/span> [\u00e9tonner], vu que plus proche ne nous pourrait \u00eatre par <span style=\"text-decoration: underline\">lignage<\/span> [ascendance] ni plus fid\u00e8le par amiti\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"418\" class=\"cit-num\">418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VIII<\/span> l\u2019Affable (1470-1498), Lettre \u00e0 Louis d\u2019Orl\u00e9ans, 30\u00a0janvier 1485. <em>Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu\u00a0: 1483-1491<\/em> (1970), Paul P\u00e9licier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9ponse \u00e0 son cousin lui est sans nul doute dict\u00e9e par sa s\u0153ur Anne et son \u00e9poux Pierre de Beaujeu. Ils veillent sur le trop jeune roi et assurent la r\u00e9gence, apr\u00e8s la mort de Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>. Louis d\u2019Orl\u00e9ans prend alors la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des nobles contre la r\u00e9gente en titre. La \u00ab\u00a0Guerre folle\u00a0\u00bb commence, elle va durer trois ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sonnez, trompettes et clairons <br>Pour r\u00e9jouir les compagnons<br><span style=\"text-decoration: underline\">Bruyez bombardes<\/span> et canons <br>Donnez des <span style=\"text-decoration: underline\">horions<\/span>,<br>Tous gentils compagnons <br>Suivez, frappez, tuez.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"440\" class=\"cit-num\">440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson de Marignan<\/em>, 1515. <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1515, Marignan, date c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019Histoire de France. C\u2019est la premi\u00e8re victoire du r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier, parfaite incarnation de la Renaissance fran\u00e7aise au plan culturel et militaire.<\/p>\n<p>Le patriotisme pr\u00e9c\u00e8de le mot m\u00eame de patrie\u00a0: il inspire d\u2019innombrables hymnes et odes \u00e0 la France, sign\u00e9s des plus grands po\u00e8tes du temps (tel Ronsard), mais il \u00e9clate aussi dans les chansons qui accompagnent chaque haut fait des arm\u00e9es fran\u00e7aises. Pr\u00e9cisons que les \u00ab\u00a0bombardes\u00a0\u00bb \u00e9taient de gigantesques lance-pierres particuli\u00e8rement bruyants et les \u00ab\u00a0horions\u00a0\u00bb des coups violents.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bataille de g\u00e9ants\u00a0\u00bb, selon t\u00e9moins et chroniqueurs, Marignan est \u00e9galement un carnage (toujours selon les crit\u00e8res de l\u2019\u00e9poque)\u00a0: 14\u00a0000 Suisses tu\u00e9s, 2\u00a0500 Fran\u00e7ais et V\u00e9nitiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus j\u2019ai d\u2019amour, plus j\u2019ai de <span style=\"text-decoration: underline\">f\u00e2cherie<\/span> [chagrin], <br>Car je n\u2019en vois nulle autre r\u00e9ciproque\u00a0;<br>Plus je me tais et plus je suis <span style=\"text-decoration: underline\">marrie<\/span> [d\u00e9sol\u00e9e]\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marguerite de <span class=\"caps\">NAVARRE<\/span> (1492-1549), <em>Dizains<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u0153ur de Fran\u00e7ois Ier, Marguerite de Valois-Angoul\u00eame deviendra reine de Navarre par son second mariage.<\/p>\n<p>C\u2019est une femme de lettres fort admir\u00e9e de son temps, surnomm\u00e9e la Marguerite des Marguerites, la Dixi\u00e8me des muses, la Perle des Valois. Mais elle fut d\u2019abord diplomate, apportant son aide \u00e0 son fr\u00e8re vaincu par Charles-Quint et prisonnier \u00e0 Pavie (1525) dix ans apr\u00e8s la victoire de Marignan. Elle prit ensuite le parti des \u00ab\u00a0r\u00e9formateurs\u00a0\u00bb (futurs protestants) contre la politique royale, pr\u00eachant la tol\u00e9rance et retardant les premi\u00e8res mesures r\u00e9pressives, ce qui n\u2019emp\u00eachera pas les guerres de Religion \u00e0 venir. Elle tente aussi une r\u00e9conciliation impossible avec Charles Quint, l\u2019empereur enivr\u00e9 de sa propre puissance \u2013 avant son abdication.<\/p>\n<p>Elle se replie d\u00e9sormais sur sa cour de Navarre, devenant une m\u00e9c\u00e8ne fort aim\u00e9e des auteurs qui lui d\u00e9dient leurs \u0153uvres, \u00e0 commencer par le grand Rabelais. La reine est elle-m\u00eame reconnue pour ses \u00e9crits, po\u00e8mes, th\u00e9\u00e2tre, et surtout l\u2019<em>Heptam\u00e9ron<\/em> (recueil de 72 nouvelles racont\u00e9es en sept journ\u00e9es, la huiti\u00e8me restant incompl\u00e8te).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pourquoi fault ouvrir le livre et soigneusement peser ce que y est d\u00e9duict [\u2026] Puis, par curieuse le\u00e7on et m\u00e9ditation fr\u00e9quente, rompre l\u2019os, et <span style=\"text-decoration: underline\">sugcer la substantificque moelle<\/span>.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534), Prologue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moine et pourtant anticl\u00e9rical, m\u00e9decin et fort bon vivant, traducteur devenu auteur traitant de th\u00e8mes s\u00e9rieux, mais maniant l\u2019humour et la satire, savant en maints domaines et tutoyant les Anciens de l\u2019Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, quoique fort curieux de la culture populaire, c\u2019est plus que tout un humaniste de la Renaissance, \u00e9pris de tol\u00e9rance et amoureux de la Vie sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>Il a cr\u00e9\u00e9 le g\u00e9ant Pantagruel qui l\u2019a lanc\u00e9 en litt\u00e9rature et deux ans plus tard Gargantua, son g\u00e9ant de p\u00e8re. Restent les deux adjectifs \u00e0 leur image, \u00ab\u00a0gargantuesque\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pantagru\u00e9lique\u00a0\u00bb d\u00e9signant souvent des festins gigantesques. Des cinq livres de son \u0153uvre, <em>Gargantua<\/em> est le plus pol\u00e9mique et sans soute le plus riche. D\u2019o\u00f9 l\u2019invitation \u00e0 \u00ab\u00a0sucer la substantifique moelle\u00a0\u00bb, l\u2019une des innombrables expressions imag\u00e9es que nous devons aujourd\u2019hui encore \u00e0 Rabelais. Voici les plus frappantes, entre autres citations \u00e9galement connues. La plupart n\u2019ont pas besoin d\u2019explication, mais la traduction \u00e9claire certains mots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rire est le propre de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534), Avis aux lecteurs<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mieulx est de ris que de larmes escripre ,\/ Pour ce que rire est le propre de l\u2019homme.\u00a0\u00bb L\u2019auteur annonce la couleur\u00a0: comique, oui, mais \u00e9galement philosophique. C\u2019est ce m\u00e9lange qui donne sa valeur \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Cela explique aussi le nombre de proverbes tir\u00e9s de Rabelais, source authentiquement in\u00e9puisable de citations (souvent savoureuses de surcro\u00eet).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e9ter plus haut que son cul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u201cCelui-l\u00e0 qui veut p\u00e9ter plus haut qu\u2019il n\u2019a le cul doit d\u2019abord se faire un trou dans le dos.\u201d Cit\u00e9 dans <em>Le Robert<\/em>. D\u2019o\u00f9 le proverbe\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas vouloir p\u00e9ter plus haut que son cul.\u00a0\u00bb Avis aux pr\u00e9tentieux qui sont l\u00e9gion en tout temps et toute r\u00e9gion, m\u00e9prisables et ridicules.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne <span style=\"text-decoration: underline\">clochez<\/span> [boitez] pas devant les boiteux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autrement dit, \u00ab\u00a0il ne faut pas se mesler d\u2019un mestier devant les gens qui en s\u00e7avent plus que nous\u00a0\u00bb selon le (premier) <em>Dictionnaire<\/em> de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e9dit\u00e9 au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nature n\u2019endure soudaines mutations [changement radical, du latin <em>mutare<\/em>] sans grande violence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le m\u00e9decin qui parle, mais aussi le philosophe observateur des m\u0153urs et des gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span style=\"text-decoration: underline\">Oignez<\/span> [caressez]vilain, il vous <span style=\"text-decoration: underline\">poindra<\/span> [blessera]\u00a0; <span style=\"text-decoration: underline\">poignez<\/span> [battez] vilain, il vous <span style=\"text-decoration: underline\">oindra<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soyez aimable avec un grossier personnage, vous n\u2019en recevrez que des mauvaises choses\u00a0; traitez-le avec fermet\u00e9, vous en obtiendrez tout ce que vous voulez, telle est la moralit\u00e9 de ce proverbe. Ou pire encore, faites plaisir \u00e0 un m\u00e9chant, il vous poignardera\u00a0; faites-lui du mal, il vous ob\u00e9ira.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon le sage Salomon, <span style=\"text-decoration: underline\">sapience<\/span> [sagesse\u00a0et science] n\u2019entre point en \u00e2me <span style=\"text-decoration: underline\">malivole<\/span> [qui veut le mal] et science sans conscience n\u2019est que ruine de l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Science sans conscience n\u2019est que ruine de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, encore un proverbe, cette fois emprunt\u00e9 tel quel \u00e0 Rabelais qui fut aussi savant en maints domaines et m\u00e9decin \u00e0 l\u2019origine. Ce cumul de talents caract\u00e9rise les grands Noms de la Renaissance, dans le domaine des arts et lettres, mais aussi des sciences. Jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, \u00ab\u00a0l\u2019honn\u00eate homme\u00a0\u00bb pourra encore r\u00eaver au savoir encyclop\u00e9dique, oppos\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9cialisation extr\u00eame de r\u00e8gle aujourd\u2019hui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il disait qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une <span style=\"text-decoration: underline\">antistrophe<\/span> [sorte d\u2019anagramme] entre femme folle \u00e0 la messe et femme molle \u00e0 la fesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour rabelaisien n\u2019\u00e9pargne naturellement pas les femmes, non plus que la religion, ce qui lui attirera les foudres de la censure \u2013 les th\u00e9ologiens de la Sorbonne \u00e0 Paris sont particuli\u00e8rement intol\u00e9rants au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, mais \u00e0 Gen\u00e8ve, le r\u00e9formateur Calvin ne sera pas moins s\u00e9v\u00e8re contre ce genre de paroissien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre faite sans bonne provision d\u2019argent n\u2019a qu\u2019un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les <span style=\"text-decoration: underline\">p\u00e9cunes<\/span> [pi\u00e8ces de monnaie, argent].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"465\" class=\"cit-num\">465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son Gargantua, l\u2019auteur aborde des questions s\u00e9rieuses comme la guerre. Notons au passage l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb, reprise telle qu\u2019elle par la reine Catherine de M\u00e9dicis dans une Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne (ao\u00fbt 1570)\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019argent est le nerf de la guerre.\u00a0\u00bb La m\u00e9taphore va faire fortune dans l\u2019histoire\u00a0: les guerres sans fin recommenc\u00e9es sont ruineuses. Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle bat n\u00e9anmoins le record historique de 85 ann\u00e9es de guerre en Europe, avec des effectifs croissants et des armes toujours perfectionn\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre <span style=\"text-decoration: underline\">picrocholine<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur ridiculise le roi Picrochole, sa folie ambitieuse qui le pousse aux guerres de conqu\u00eate d\u00e9clench\u00e9e pour des motifs futiles. Le nom de Picrochole renvoie \u00e0 la bile am\u00e8re ou acari\u00e2tre, la col\u00e8re \u00e9tant suppos\u00e9e due \u00e0 un r\u00e9chauffement de bile. Charles Quint est vis\u00e9, le grand ennemi de la France. Rabelais l\u2019oppose au bon roi Grandgousier (p\u00e8re de Gargantua), pacifique et prudent, conscient de ses devoirs vis-\u00e0-vis de ses sujets et anim\u00e9 d\u2019une vraie fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais pour mener cette politique, il faut \u00eatre fort, donc disposer d\u2019une arm\u00e9e permanente \u2013 allusion \u00e0 la politique militaire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple de Paris est tant sot, tant badaud et tant inepte de nature qu\u2019un bateleur, un porteur de <span style=\"text-decoration: underline\">rogatons<\/span> [reliques], un mulet avec ses <span style=\"text-decoration: underline\">cymbales<\/span> [clochettes], un <span style=\"text-decoration: underline\">vielleux<\/span> [joueur de vieille] au milieu d\u2019un carrefour, assemblera plus de gens que ne fera un pr\u00eacheur \u00e9vang\u00e9lique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement s\u00e9v\u00e8re contre la capitale du royaume, vue par ce natif du Val de Loire o\u00f9 s\u2019\u00e9panouit la vie culturelle de l\u2019\u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0Car je suis n\u00e9 et \u00e9t\u00e9 nourri jeune au jardin de France\u00a0: c\u2019est Touraine\u00a0\u00bb \u00e9crit Rabelais. Le peuple de Paris aura mauvaise r\u00e9putation jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution. C\u2019est une \u00ab\u00a0grosse b\u00eate\u00a0\u00bb qu\u2019il faut se garder d\u2019\u00e9veiller, selon Richelieu. Son successeur Mazarin en fera les frais, avec la Fronde \u2013 cinq ans de guerre civile \u2013 en attendant la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les <span style=\"text-decoration: underline\">moutons de Panurge<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Pantagruel<\/em> (1532)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la geste rabelaisienne, Pantagruel rencontre Panurge (bon \u00e0 tout faire quoique m\u00e9chant farceur) qui devient son ami.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0moutons de Panurge\u00a0\u00bb sont les gens qui suivent aveugl\u00e9ment l\u2019exemple des autres, locution emprunt\u00e9e \u00e0 la sc\u00e8ne o\u00f9, Panurge jetant dans la mer un des moutons de Dindenault, tous les autres moutons et Dindenault lui-m\u00eame s\u2019y pr\u00e9cipitent \u00e0 la suite et p\u00e9rissent\u00a0: \u00ab\u00a0Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons crians et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer apr\u00e9s \u00e0 la file. La foulle estoit \u00e0 qui premier y saulteroit apr\u00e9s leur compaignon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bref, on s\u2019amuse comme on peut\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La t\u00eate perdue, ne p\u00e9rit que la personne\u00a0; les <span style=\"text-decoration: underline\">couilles<\/span> perdues, p\u00e9rirait toute humaine nature.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Le Tiers Livre<\/em> (1546)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s <em>Gargantua<\/em> et <em>Pantagruel<\/em>, deux chefs d\u2019\u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9s sous forme de chroniques, <em>Le Tiers Livre<\/em> est surtout un dialogue entre deux personnages, Pantagruel le bon g\u00e9ant humaniste et son ami Panurge, devenu riche et plus d\u00e9bauch\u00e9 que nature, habit\u00e9 par son app\u00e9tit sexuel, mais h\u00e9sitant \u00e0 se marier par peur d\u2019\u00eatre cocu.<\/p>\n<p>On va recourir \u00e0 toutes les m\u00e9thodes divinatoires pouvant le rassurer \u2013 dont l\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves. Panurge qui se croit plus savant est surtout plus p\u00e9dant, alors que Pantagruel, avec l\u2019\u00e2ge, a perdu son exub\u00e9rance de g\u00e9ant pour devenir plus sage.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9cideront finalement de prendre la mer pour aller interroger l\u2019oracle de la Dive Bouteille\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La <span style=\"text-decoration: underline\">Dive<\/span> [divine] Bouteille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Le Cinqui\u00e8me Livre<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nom du po\u00e8me en forme de pri\u00e8re adress\u00e9e par Panurge \u00e0 cette divine invention\u00a0: \u00ab\u00a0Comme par la magie d\u2019une myst\u00e9rieuse \u00e9vocation, la figure de cette divinit\u00e9 d\u00e9lectable mais aux \u00e9tranges relents, dont Bacbuc est la pr\u00eatresse (Bacbuc\u00a0\u00bb\u00a0: nom de la bouteille en h\u00e9breu, bruit qu\u2019elle fait quand on la vide) surgit au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019initi\u00e9 s\u2019adresse \u00e0 elle pour conna\u00eetre le fin Mot de sa qu\u00eate. Dans la boisson (et l\u2019ivresse), on trouve la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Moins comique et plus philosophique, la paternit\u00e9 de cette derni\u00e8re \u0153uvre inachev\u00e9e n\u2019est pas certaine. Reste une \u0153uvre consid\u00e9rable qu\u2019on ne finira jamais d\u2019interroger\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Grec <span style=\"text-decoration: underline\">vanteur<\/span> la Gr\u00e8ce vantera<br>Et l\u2019Espagnol l\u2019Espagne chantera<br>L\u2019Italien les <span style=\"text-decoration: underline\">Itales<\/span> fertiles,<br>Mais moi, Fran\u00e7ois, la France aux belles villes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"388\" class=\"cit-num\">388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Hymne de France<\/em> (1555-1556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce po\u00e8te est le deuxi\u00e8me g\u00e9nie litt\u00e9raire de la Renaissance fran\u00e7aise \u2013 le troisi\u00e8me \u00e0 venir sera Montaigne, le philosophe.<\/p>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, le jeune \u00ab\u00a0\u00e9cuyer d\u2019\u00e9curie\u00a0\u00bb entre dans la carri\u00e8re des lettres et fait l\u2019\u00e9loge de la France \u2013 th\u00e8me classique \u00e0 l\u2019\u00e9poque, expression d\u2019un sentiment national profond, sensible en d\u2019autres r\u00e9gions, mais plus intense en cette terre b\u00e9nie des dieux, faite d\u2019\u00e9quilibre et de charme, et qui inspirera, le danger revenu avec les guerres \u00e9trang\u00e8res et civiles, des chansons d\u00e9j\u00e0 patriotiques et les <em>Discours<\/em> enflamm\u00e9s d\u2019une litt\u00e9rature engag\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Supplie tr\u00e8s humblement ceux auxquels les Muses ont inspir\u00e9 leurs faveurs de n\u2019\u00eatre plus <span style=\"text-decoration: underline\">latiniseurs<\/span> ni <span style=\"text-decoration: underline\">gr\u00e9caniseurs<\/span>, comme ils sont plus par ostentation que par devoir, et prendre piti\u00e9, comme bons enfants, de leur pauvre m\u00e8re naturelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"394\" class=\"cit-num\">394<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), Pr\u00e9face de <em>La Franciade<\/em> (1572)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jusqu\u2019au c\u0153ur des guerres de Religion, le combat pour le fran\u00e7ais, langue en pleine \u00e9volution, continue. Il sera gagn\u00e9 \u00e0 la fin du si\u00e8cle, contribuant \u00e0 faire l\u2019unit\u00e9 de la France. Mais au-del\u00e0 des d\u00e9bats th\u00e9oriques, Ronsard le cr\u00e9ateur de la Pl\u00e9iade reste comme\u00a0le premier Prince des po\u00e8tes et le po\u00e8te des Princes. Plus que tout autre \u00e0 la Renaissance, il poss\u00e8de cet art de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019Amour qui le poussera \u00e0 \u00e9crire de sa jeunesse jusqu\u2019au terme de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mignonne, allons voir si la rose \/ Qui ce matin avoit <span style=\"text-decoration: underline\">desclose<\/span><br>Sa robe de pourpre au Soleil, \/ A point perdu cette <span style=\"text-decoration: underline\">vespr\u00e9e<\/span> [ce soir]<br>Les plis de sa robe pourpr\u00e9e, \/ Et son teint au vostre pareil.<br>(\u2026) Donc, si vous me croyez mignonne, \/ Tandis que vostre \u00e2ge <span style=\"text-decoration: underline\">fleuronne<\/span><br>En sa plus verte nouveaut\u00e9, \/ Cueillez cueillez vostre jeunesse\u00a0:<br>Comme \u00e0 ceste fleur la vieillesse \/ Fera ternir vostre beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Ode \u00e0 Cassandre<\/em> (1550)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>V\u00eapr\u00e9e (ou vespr\u00e9e) vient de v\u00eapres, office religieux du soir, et d\u00e9signe plus g\u00e9n\u00e9ralement la fin du jour.<\/p>\n<p>\u00c0 vingt ans, le po\u00e8te rencontre Cassandre Salviati, fille d\u2019un banquier italien. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 une m\u00e9ditation sur la vieillesse et la mort, autrement dit le temps qui passe si vite.<\/p>\n<p>Ce th\u00e8me r\u00e9current se retrouvera dans son <em>Sonnet \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1578)\u00a0: \u00ab\u00a0Vivez, si m\u2019en croyez, n\u2019attendez \u00e0 demain\u00a0: \/ Cueillez d\u00e8s aujourd\u2019hui les roses de la vie.\u00a0\u00bb C\u2019est une commande de Catherine de M\u00e9dicis, pour consoler sa fille d\u2019honneur apr\u00e8s la perte de son amant mort \u00e0 la guerre. C\u2019est aussi l\u2019amour platonique du po\u00e8te qui rappelle l\u2019art de P\u00e9trarque, premier humaniste de la Renaissance italienne, \u00e9rudit \u00e9pris de l\u2019Antiquit\u00e9 classique.<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0carpe diem\u00a0\u00bb tr\u00e8s inspir\u00e9 des Anciens (grecs et latins) est symbolique du style de la Renaissance et de tout ce si\u00e8cle si press\u00e9 de vivre, de \u00ab\u00a0jouir ou tuer\u00a0\u00bb (Jules Michelet), aussi obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de la mort qu\u2019enchant\u00e9 par l\u2019amour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai les yeux tout battus, la face toute p\u00e2le,<br>Le chef <span style=\"text-decoration: underline\">grison<\/span> et chauve et si [pourtant] n\u2019ai que trente ans.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Amours de Marie<\/em>, chanson (1556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trente ans, po\u00e8te d\u00e9j\u00e0 si vieux d\u2019apparence et toujours \u00e9pris d\u2019une jeune femme morte \u00e0 quinze ans\u2026 qu\u2019il rend ainsi immortelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai plus que les os, un squelette je semble<br>D\u00e9charn\u00e9, <span style=\"text-decoration: underline\">d\u00e9nerv\u00e9<\/span>, <span style=\"text-decoration: underline\">d\u00e9muscl\u00e9<\/span>, <span style=\"text-decoration: underline\">d\u00e9pulp\u00e9<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> Derniers vers<\/em>, sonnet (publi\u00e9 en 1586)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cisions quasi anatomiques d\u2019une vieillesse arriv\u00e9e \u00e0 son terme extr\u00eame. Ronsard meurt le 27\u00a0d\u00e9cembre 1585 au prieur\u00e9 de Saint-Cosme de Tours. Deux mois plus tard, \u00e0 Paris, il a droit \u00e0 des fun\u00e9railles solennelles\u00a0: c\u2019est le premier po\u00e8te fran\u00e7ais \u00e0 \u00eatre ainsi honor\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre po\u00e8te du petit groupe de la Pl\u00e9iade va rester dans l\u2019histoire de la langue fran\u00e7aise pour son amour du chat \u2013 on peut m\u00eame dire qu\u2019il lance la mode en immortalisant \u00ab\u00a0Belaud la mort aux rats\u00a0\u00bb, pr\u00e9sum\u00e9 Chartreux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis, je meurs\u00a0; je me br\u00fble et me noie\u00a0; \/ J\u2019ai chaud extr\u00eame en endurant <span style=\"text-decoration: underline\">froidure<\/span>\u00a0:<br>La vie m\u2019est et trop molle et trop dure. \/ J\u2019ai grands ennuis entrem\u00eal\u00e9s de joie.<br>Tout \u00e0 un coup je ris et je larmoie, \/ Et en plaisir maint grief tourment j\u2019endure\u00a0;<br>Mon bien s\u2019en va, et \u00e0 jamais il dure\u00a0; \/ Tout en un coup je s\u00e8che et je <span style=\"text-decoration: underline\">verdoie<\/span>.<br>Ainsi Amour inconstamment me m\u00e8ne\u00a0; \/ Et, quand je pense avoir plus de douleur,<br>Sans y penser je me trouve hors de peine. \/ Puis, quand je crois ma joie \u00eatre certaine,<br>Et \u00eatre au haut de mon d\u00e9sir\u00e9 <span style=\"text-decoration: underline\">heur<\/span> [bonheur], \/ Il me remet en mon premier malheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">LAB\u00c9<\/span> (1524-1566), Je vis, je meurs, <em>Sonnets<\/em> (1555)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dite \u00ab\u00a0la Belle Cordeli\u00e8re\u00a0\u00bb (fille et femme de cordiers), on ignore tout de son \u00ab\u00a0\u00e9nigmatique adolescence\u00a0\u00bb. Po\u00e9tesse de la Renaissance, son \u0153uvre se r\u00e9sume \u00e0 662 vers, dont ce c\u00e9l\u00e8bre Sonnet sur l\u2019Amour dans tous ses \u00e9tats. Nul besoin de traduire cette langue d\u00e9j\u00e0 semblable \u00e0 la n\u00f4tre. Nombre de po\u00e8tes contemporains nous parlent moins clairement\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">(\u2026) Belaud mon petit Chat gris\u00a0: \/ Belaud, qui fut par avanture<br>Le plus bel \u0153uvre que Nature \/ Fit onc [jamais] en mati\u00e8re de Chats (\u2026)<br>Le col [cou] grasset, courte l\u2019oreille, \/ Et dessous un nez \u00e9benin [couleur d\u2019\u00e9b\u00e8ne]<br>Un petit mufle lionnin [l\u00e9onin, \u00e9voquant le lion],\u00a0 Autour duquel \u00e9tait plant\u00e9e <br>Une barbelette argent\u00e9e, \/ Armant d\u2019un petit poil folet<br>Son musequin [museau, minois]\u00a0 damoiselet [de damoiseau, jeune noble]\u00a0; (\u2026)<br>La gorge douillette <span class=\"amp\">&amp;<\/span> mignonne\u00a0; \/ La queue longue \u00e0 la guenonne [comme la guenon],<br>Mouchet\u00e9e diversement \/ D\u2019un naturel bigarement [de couleurs vari\u00e9es]\u00a0;<br>Le flanc hauss\u00e9, le ventre large, \/ Bien retrouss\u00e9 dessous sa charge (\u2026)<br>Tel fut Belaud, la gente b\u00eate, \/ Qui des pieds jusques \u00e0 la t\u00eate,<br>De telle beaut\u00e9 fut pourvu, \/ Que son pareil on n\u2019a point vu (\u2026)<br>Quel plaisir, quand sa t\u00eate sotte [\u00e9cervel\u00e9e] \/ Suivant sa queue en mille tours,<br>D\u2019un rouet imitait le cours\u00a0! \/ Ou quand, assis sur le derri\u00e8re<br>Il s\u2019en faisait une jarti\u00e8re\u00a0; \/ Et montrant l\u2019estomac velu,<br>De panne [\u00e9toffe de soie \u00e0 trame de coton] blanche cr\u00eapelu [ondul\u00e9], \/ Semblait, tant sa trogne [gueule] \u00e9tait bonne,<br>Quelque Docteur de la Sorbonne\u00a0! \/ Ou quand, alors qu\u2019on l\u2019animait,<br>\u00c0 coups de patte il escrimait, \/ Et puis apaisait sa col\u00e8re,<br>Tout soudain qu\u2019on lui faisait ch\u00e8re [donnait \u00e0 manger].<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>\u00c9pitaphe d\u2019un chat<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Extrait de la plus originale et longue \u00e9pitaphe sign\u00e9e d\u2019un po\u00e8te r\u00e9put\u00e9 \u00eatre mort du chagrin d\u2019avoir perdu son chat, compagnon irrempla\u00e7able de tous les instants de sa vie. Du Bellay est l\u2019un des premiers \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb passionn\u00e9s de chats, Montaigne sera le deuxi\u00e8me d\u2019une longue liste.<\/p>\n<p>Le texte est savoureux, d\u2019autant plus que nombre de mots qui n\u2019ont plus cours de nos jours font toujours image. Mais la traduction s\u2019impose parfois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quels <span style=\"text-decoration: underline\">fols<\/span> sont ceux-ci, qui s\u2019entr\u2019aiment aujourd\u2019hui et s\u2019entre-tuent demain\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"504\" class=\"cit-num\">504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot des re\u00eetres au service du prince de Cond\u00e9. <em>Discours politiques et militaires<\/em> (1587), Fran\u00e7ois de la Noue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les guerres de Religion vont d\u00e9chirer la France. Ces cavaliers mercenaires d\u2019origine le plus souvent allemande s\u2019\u00e9tonnent de voir les catholiques et les r\u00e9form\u00e9s de France un jour s\u2019embrasser, le lendemain se battre avec fureur. Mais le chroniqueur qui rapporte ce fait reconna\u00eet que \u00ab\u00a0certes il est malais\u00e9 de voir ses parents et amis, et ne s\u2019\u00e9mouvoir point\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois, seigneur de La Noue, est n\u00e9 en Bretagne en 1531. D\u2019abord au service du roi de France, il se convertit tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la R\u00e9forme (1558) et prend part aux guerres de Religion, aux c\u00f4t\u00e9s des huguenots. Il perd son bras gauche et gagne le surnom de Bras de Fer. Il finit par concilier, non sans mal, l\u2019ob\u00e9issance au roi et le respect de la foi r\u00e9form\u00e9e. Ce n\u2019est jamais un fanatique, comme il y en a tant \u00e0 cette \u00e9poque, chez les militaires comme chez les th\u00e9ologiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Je connais toute <span style=\"text-decoration: underline\">malheuret\u00e9<\/span> au monde<br>Je ne vois que toute erreur et horreur<br>Courir ainsi que fait l\u2019onde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"557\" class=\"cit-num\">557<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson du Printemps retourn\u00e9<\/em> (vers 1586). Anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson reprend le po\u00e8me c\u00e9l\u00e8bre de Ronsard\u00a0: \u00ab\u00a0Quand ce beau printemps je vois\u2026\u00a0\u00bb Et elle d\u00e9tourne les vers. C\u2019en est fini de ce temps (qui n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas si calme). La Ligue (ultra catholique) s\u00e8me le vent et va r\u00e9colter la temp\u00eate, cependant que la litt\u00e9rature s\u2019apitoie sur la France \u00e0 nouveau d\u00e9chir\u00e9e par les guerres de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je peins principalement mes <span style=\"text-decoration: underline\">cogitations<\/span> [pens\u00e9es], sujet informe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me auteur majeur apr\u00e8s Rabelais et Ronsard, Montaigne s\u2019exprime sur un tout autre registre, r\u00e9ellement original, dans un genre qu\u2019il cr\u00e9e et qui fera \u00e9cole dans notre litt\u00e9rature jusqu\u2019\u00e0 nos jours. \u00ab\u00a0Ainsi, lecteur, je suis moi-m\u00eame la mati\u00e8re de mon livre\u00a0: ce n\u2019est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.\u00a0\u00bb Bel aveu et fausse modestie qui va de pair avec sa fameuse devise r\u00e9sumant l\u2019essentiel de sa philosophie\u00a0: \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons la <span style=\"text-decoration: underline\">suj\u00e9tion<\/span> et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous les Rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation [estime], non plus que l\u2019affection, nous ne les devons qu\u2019\u00e0 leur vertu [force morale].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quant au fond, on croirait lire Montesquieu dans <em>l\u2019Esprit des lois<\/em> et les autres philosophes des Lumi\u00e8res. Preuve que Montaigne ne s\u2019int\u00e9resse pas seulement \u00e0 sa personne\u00a0! Politiquement, il s\u2019est engag\u00e9 dans le camp de la tol\u00e9rance et d\u2019Henri de Navarre, futur roi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>. Il fut aussi maire de Bordeaux, avec beaucoup de conscience, avant de retirer dans sa tour, au sens propre et figur\u00e9, en son ch\u00e2teau \u00e0 son nom, demeure familiale dans l\u2019actuel d\u00e9partement de la Dordogne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui donnent le <span style=\"text-decoration: underline\">branle<\/span> \u00e0 un \u00c9tat sont volontiers les premiers absorb\u00e9s en sa ruine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore une pens\u00e9e politique applicable \u00e0 son \u00e9poque, mais la port\u00e9e en est plus g\u00e9n\u00e9rale et aujourd\u2019hui encore, on devrait lire Montaigne et le citer \u00e0 bon escient.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019estime tous les hommes mes compatriotes et embrasse un Polonais comme un Fran\u00e7ais, <span style=\"text-decoration: underline\">postposant<\/span> [subordonnant] cette liaison nationale \u00e0 l\u2019universelle et la commune.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le\u00e7on de tol\u00e9rance toujours bonne \u00e0 entendre, quelle que soit la situation historique ou personnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La douleur se rendra de bien meilleure composition \u00e0 qui lui tiendra t\u00eate. Il se faut opposer et <span style=\"text-decoration: underline\">bander<\/span> contre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme parle en connaissance de cause, ayant souffert \u00e0 partir de 45 ans de calculs urinaires, malgr\u00e9 des cures thermales \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Il souffrit aussi de la gravelle dont mourut son p\u00e8re. Il continua de travailler et de voyager \u00e0 cheval \u2013 tr\u00e8s bon cavalier, il chevauchait des heures durant pour s\u2019endurcir le corps et nourrir son esprit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour s\u2019apprivoiser \u00e0 la mort, je trouve qu\u2019il n\u2019y a que de s\u2019en <span style=\"text-decoration: underline\">avoisiner<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le penseur va plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Philosopher, c\u2019est apprendre \u00e0 mourir.\u00a0\u00bb Mais son voisinage, son dialogue avec la mort est d\u2019une autre nature que chez les po\u00e8tes de la Renaissance ou les grands noms du romantisme au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Montaigne est un sage, comme tout bon philosophe par d\u00e9finition m\u00eame \u00ab\u00a0ami de la sagesse\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019<span style=\"text-decoration: underline\">avaricieux<\/span> a plus mauvais compte de sa passion que n\u2019a le pauvre, et le jaloux que le cocu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans <em>L\u2019Avare<\/em>, Moli\u00e8re reprendra ce mot qui rend la chose beaucoup plus terrible, \u00e0 la fois vice dramatique et p\u00e9ch\u00e9 mortel. Le bon sens des deux auteurs est en cela comparable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites ordonner une <span style=\"text-decoration: underline\">purgation<\/span> \u00e0 votre cervelle, elle sera mieux ordonn\u00e9e qu\u2019\u00e0 votre estomac.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un mot de bon sens que Moli\u00e8re aurait pu signer, fond et forme\u00a0! Autant dire que le bon sens n\u2019est pas la chose la mieux partag\u00e9e du monde et qu\u2019il faut toujours le pr\u00eacher, m\u00eame si c\u2019est en vain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a jamais <span style=\"text-decoration: underline\">cuid\u00e9<\/span> [cru] <span style=\"text-decoration: underline\">avoir faute<\/span> [manquer] de sens\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le spectacle des erreurs humaines est un \u00e9ternel recommencement et l\u2019observateur qui en a conscience peut en tirer profit. La philosophie bien comprise et v\u00e9cue est ainsi d\u2019une utilit\u00e9 quotidienne et Montaigne pourrait \u00eatre le pr\u00e9curseur de la litt\u00e9rature \u00ab\u00a0Feel-Good\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart de nos <span style=\"text-decoration: underline\">vacations<\/span> [occupations] sont <span style=\"text-decoration: underline\">farcesques<\/span>. Il faut jouer d\u00fbment notre r\u00f4le, mais comme r\u00f4le d\u2019un personnage emprunt\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prise de distance avec soi-m\u00eame, distanciation ch\u00e8re \u00e0 certaine conception du th\u00e9\u00e2tre qui vaut \u00e9galement en litt\u00e9rature, l\u2019ami Montaigne est d\u00e9cid\u00e9ment proche de nous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde n\u2019est qu\u2019une <span style=\"text-decoration: underline\">branloire<\/span> [machine en mouvement] perenne [permanente].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592),<em> Les Essais<\/em> (1580)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et \u00ab\u00a0Tout ce qui branle ne tombe pas.\u00a0\u00bb Reste \u00ab\u00a0la nihilit\u00e9 de l\u2019humaine condition.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lire, relire et m\u00e9diter sur<em> Les Essais<\/em>, ce que Montaigne fit inlassablement jusqu\u2019au terme de sa vie. Cela peut profiter \u00e0 chacun de nous et la raison en est simple\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque homme porte la forme enti\u00e8re de l\u2019humaine condition.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 Paris qui n\u2019est plus Paris, mais une <span style=\"text-decoration: underline\">sp\u00e9lonque<\/span> [antre] de b\u00eates farouches, une citadelle d\u2019Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et s\u00fbre retraite de voleurs, meurtriers et <span style=\"text-decoration: underline\">assassinateurs<\/span>, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignit\u00e9 et te souvenir qui tu as \u00e9t\u00e9, au prix de ce que tu es\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"613\" class=\"cit-num\">613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray. <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le passage le plus c\u00e9l\u00e8bre de ce pamphlet \u00e9crit pour soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> contre les extr\u00e9mistes catholiques. Le roi h\u00e9rite d\u2019une capitale aux mains des ligueurs catholiques qui font r\u00e9gner la terreur et des Habsbourg qui ont des ambitions dynastiques sur la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il ne faut plus <span style=\"text-decoration: underline\">tortignonner<\/span> [h\u00e9siter]\u00a0! Avisez de choisir\u00a0: ou de complaire \u00e0 vos proph\u00e8tes de Gascogne et retourner <span style=\"text-decoration: underline\">courir le guilledou<\/span> [chercher des aventures galantes]\u00a0en nous faisant jouer \u00e0 sauve qui peut, ou de vaincre la Ligue qui ne craint rien de vous tant que la conversion\u2026 gagnant plus en une heure de messe que vous ne feriez en vingt batailles gagn\u00e9es et en vingt ann\u00e9es de p\u00e9rils et de labeurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"622\" class=\"cit-num\">622<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, mars\u00a01593.<em> La Monarchie fran\u00e7aise, 1515-1715, du roi-chevalier au Roi-Soleil<\/em> (1971), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sully est l\u2019un des plus anciens compagnons d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Ing\u00e9nieur militaire, bless\u00e9 \u00e0 la bataille d\u2019Ivry, c\u2019est aussi un conseiller tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9. Il parle ici en sage politique, \u00e9tant lui-m\u00eame protestant. Il sait que c\u2019est la seule solution \u00e0 cette guerre qui dure, \u00e9puise les deux partis et semble sans issue militaire.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> h\u00e9site encore. Il tient de son p\u00e8re Antoine de Bourbon sa versatilit\u00e9, et n\u2019est plus \u00e0 une conversion pr\u00e8s \u2013 il est vrai que le jour de la Saint-Barth\u00e9lemy, c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0la messe ou la mort\u00a0\u00bb. Il doit aussi se rappeler Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> ayant choisi de faire alliance avec lui et proph\u00e9tisant juste avant de mourir\u00a0: \u00ab\u00a0Henri de Navarre est d\u2019un caract\u00e8re trop sinc\u00e8re et trop noble pour ne pas rentrer dans le sein de l\u2019\u00c9glise\u00a0; t\u00f4t ou tard, il reviendra \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span style=\"text-decoration: underline\">Jarnicoton<\/span>\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00ab\u00a0vulgarisateur m\u00e9diatique\u00a0\u00bb de ce juron qui eut son heure de gloire\u2026 et pourrait un jour redevenir tendance<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex roi de Navarre et protestant converti (pour la ni\u00e8me et derni\u00e8re fois) \u00e0 la religion catholique afin de pouvoir r\u00e9gner sur la France, il doit ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019\u00c9glise de Rome. Le pape charge les j\u00e9suites de faire l\u2019\u00e9ducation religieuse du Bourbon. \u00c0 partir de 1603, le p\u00e8re Pierre Coton devient son pr\u00e9dicateur et confesseur attitr\u00e9. Mais Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> n\u2019est pas bon \u00e9l\u00e8ve et bougonne souvent. \u00c9nerv\u00e9, roulant les \u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb en bon B\u00e9arnais, il jure volontiers, avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour \u00ab\u00a0Jarnidieu\u00a0!\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Je renie Dieu\u00a0\u00bb). Terroris\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on puisse soup\u00e7onner le roi d\u2019\u00eatre retomb\u00e9 dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie huguenote, le pauvre j\u00e9suite trouve une id\u00e9e astucieuse\u00a0: il lui sugg\u00e8re de grommeler plut\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Jarnicoton\u00a0!\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Je renie Coton\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Avec les ann\u00e9es, ce j\u00e9suite compr\u00e9hensif acquit une v\u00e9ritable influence sur le roi. Les courtisans jaloux murmuraient qu\u2019on ne pouvait plus rien dire \u00e0 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, car il avait \u00ab\u00a0du coton\u00a0\u00bb dans les oreilles\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019interjection \u00ab\u00a0Jarnicoton\u00a0!\u00a0\u00bb eut un tel succ\u00e8s \u00e0 la cour qu\u2019elle devint bient\u00f4t l\u2019un des jurons vedettes de la langue fran\u00e7aise, certes un peu vieilli aujourd\u2019hui\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, vous serez roi. <br>\u2013 Eh\u00a0! <span style=\"text-decoration: underline\">ventre-saint-gris<\/span>\u00a0! dit Henri en r\u00e9primant un violent battement de c\u0153ur, ne le suis-je point d\u00e9j\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"\/\" class=\"cit-num\">\/<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610) r\u00e9pondant \u00e0 sa premi\u00e8re \u00e9pouse. Cit\u00e9 par Alexandre Dumas dans<em> La Reine Margot<\/em> (1845)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre juron attribu\u00e9 \u00e0 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> qui en faisait volontiers usage, c\u2019est la d\u00e9formation de \u00ab\u00a0Vendredi-Saint\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0Ventre du Saint-Esprit\u00a0\u00bb ainsi modifi\u00e9 pour \u00e9viter le blasph\u00e8me. Ou encore, allusion aux Fr\u00e8res Gris (couleur de leur soutane), franciscains suivant les r\u00e8gles de vie de saint Fran\u00e7ois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La terreur de son nom (le roi) rendra nos villes fortes\u00a0:<br>On n\u2019en gardera plus ni les murs ni les portes,<br>Les veilles cesseront au sommet de nos tours\u00a0;<br>Le fer mieux employ\u00e9 cultivera la terre,<br>Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,<br>Si ce n\u2019est pour danser, n\u2019<span style=\"text-decoration: underline\">orra<\/span> [n\u2019entendra] plus de tambours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"655\" class=\"cit-num\">655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628),<em> Pri\u00e8re pour le roi Henri le Grand allant en Limousin<\/em> (1605)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces stances saluent Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> partant en Limousin pour y pr\u00e9sider les Grands Jours (session d\u2019un tribunal extraordinaire). L\u2019agitation nobiliaire continue et il va remettre au pas les vassaux du duc de Bouillon qui arment en secret.<\/p>\n<p>Cet hymne \u00e0 la paix est un po\u00e8me de commande\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, charm\u00e9, prend et gardera Malherbe comme po\u00e8te officiel. Quant \u00e0 Bouillon, prince souverain de la ville de Sedan, il se verra imposer une garnison royale (avril\u00a01606).<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La langue fran\u00e7aise d\u2019hier \u00e0 aujourd&#8217;hui.- Collection de perles plus ou moins fines &#8211; L\u2019histoire de la langue se confond avec l\u2019histoire de France pour des raisons politiques et culturelles. L\u2019Histoire en citations en rend compte et la chronologie s\u2019impose. Une fois n\u2019est pas coutume, apr\u00e8s un Moyen \u00c2ge inventif, la \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb se situe [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":159,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9347","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9347","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9347"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9347\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12652,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9347\/revisions\/12652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9347"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9347"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9347"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}