{"id":9351,"date":"2026-04-27T00:00:00","date_gmt":"2026-04-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/femmes-historiques-siecle-de-louis-xiv-et-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2026-04-27T08:23:48","modified_gmt":"2026-04-27T06:23:48","slug":"femmes-historiques-siecle-de-louis-xiv-et-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/femmes-historiques-siecle-de-louis-xiv-et-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Femmes historiques (Si\u00e8cle de Louis XIV et si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h3><span class=\"caps\">IV<\/span>. Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-33.jpg\" style=\"margin: 10px auto\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. Anne d\u2019Autriche (1601-1666), femme de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et r\u00e9gente sous la Fronde, contest\u00e9e des Parisiens, mais finalement tr\u00e8s aim\u00e9e des Fran\u00e7ais.<\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/anne_autriche.jpg\" width=\"250\" height=\"295\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon prix n\u2019est pas dans ma couronne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise d\u2019Anne d\u2019Autriche. Dictionnaire <em>Larousse<\/em> au mot \u00ab\u00a0couronne\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine fit son possible pour en \u00eatre digne au fil des \u00e9preuves, apr\u00e8s une entr\u00e9e dans l\u2019Histoire et une premi\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie de mariage impressionnante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes c\u2019est \u00e0 l\u2019Espagne \u00e0 produire des Reines<br>Comme c\u2019est \u00e0 la France \u00e0 produire des Rois.\u00a0\u00bb<span id=\"669\" class=\"cit-num\">669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Sur le mariage du Roi et de la Reine<\/em> (1615)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te officiel salue le mariage espagnol\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> \u00e9pouse \u00e0 Bordeaux Anne d\u2019Autriche \u2013 fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Espagne et de l\u2019archiduchesse Marguerite d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quelles fian\u00e7ailles\u00a0! Celles du p\u00e8re et de la m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Ces fian\u00e7ailles, ce mariage ont eu sur notre pays et m\u00eame sur les autres nations une influence si profonde que rien de ce qui s\u2019y rapporte ne saurait \u00eatre d\u2019un m\u00e9diocre int\u00e9r\u00eat. Int\u00e9r\u00eat historique, int\u00e9r\u00eat de curiosit\u00e9 pour les amateurs de contraste et de pittoresque. Pendant pr\u00e8s de deux mois, la gravit\u00e9, la r\u00e9serve, la hauteur castillane sont en contact avec la vanit\u00e9, l\u2019exub\u00e9rance, la courtoisie raffin\u00e9e des Fran\u00e7ais. En contact et en lutte\u00a0; le patriotisme, plus encore que le go\u00fbt du faste, explique et justifie la pompe et la magnificence d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019ambassade extraordinaire de France et par la cour d\u2019Espagne pendant ces solennit\u00e9s. C\u2019est la grandeur rivale de la France et celle de l\u2019Espagne que ce faste et cette pompe repr\u00e9sentaient.\u00a0\u00bb Duc de La Force, essai sur les fian\u00e7ailles historiques de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche, mars 1923, cit\u00e9 dans la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, mai 2017.<\/p>\n<p>Comme tous les mariages royaux, il ob\u00e9it \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat. Il a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 pour faire alliance avec la tr\u00e8s catholique Espagne dans le cadre de la politique antiprotestante ch\u00e8re \u00e0 la reine m\u00e8re (Marie de M\u00e9dicis) et au parti d\u00e9vot. Mais la nuit de noces, devant t\u00e9moins suivant la coutume, se passe mal. Les deux adolescents ont \u00e0 peine 14\u00a0ans et la r\u00e9pulsion de Louis pour l\u2019infante Anne entra\u00eenera une longue inhibition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1619, on avait \u00e0 grand bruit imprim\u00e9 dans <em>Le Mercure<\/em>, pour la joie de la France, que le roi commen\u00e7ait enfin \u00e0 faire l\u2019amour \u00e0 la reine.\u00a0\u00bb<span id=\"676\" class=\"cit-num\">676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple se passionne pour les secrets d\u2019alc\u00f4ves royales. \u00ab\u00a0Pendant trois ans, son mari avait oubli\u00e9 qu\u2019elle exist\u00e2t.\u00a0\u00bb Il faudra encore vingt ans pour que naisse un enfant de cette union\u2026 et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019est peut-\u00eatre pas le p\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Le roi ne n\u00e9gligeait pas sa femme pour s\u2019occuper de ses ma\u00eetresses, \u00e9tant par nature, en cela comme en presque tout, bien diff\u00e9rent de son p\u00e8re (Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et de son fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>)\u00a0! \u00ab\u00a0\u00c0 Dieu ne plaise que l\u2019adult\u00e8re entre jamais en ma maison\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il un jour. M\u00eame s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re le commerce de ses favoris \u00e0 celui des femmes, son homosexualit\u00e9 n\u2019est pas certaine, non plus que son impuissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00e9ponds de la vertu de la reine de la ceinture aux pieds. Je n\u2019en dirai pas autant du reste.\u00a0\u00bb<span id=\"695\" class=\"cit-num\">695<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse de <span class=\"caps\">CONTI<\/span> (1574-1631). <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anne d\u2019Autriche, peu heureuse dans son royal m\u00e9nage, est compromise \u00e0 son corps d\u00e9fendant par la folle passion du duc de Buckingham, ministre et favori du roi d\u2019Angleterre Charles\u00a0Ier. Une lettre de la reine \u00e0 Buckingham confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Si une honn\u00eate femme avait pu aimer un autre homme que son mari, vous auriez \u00e9t\u00e9 le seul qui aurait pu me plaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons un Dauphin,\u00a0\/ Le bonheur de la France,<br>Rions, buvons sans fin \/ \u00c0 l\u2019heureuse naissance.\u00a0\u00bb<span id=\"725\" class=\"cit-num\">725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">AMANT<\/span> (1594-1661), <em>La Naissance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1638), chanson. <em>Des chansons populaires chez les anciens et chez les Fran\u00e7ais<\/em> (1867), Charles Nisard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La naissance d\u2019un enfant royal est toujours une occasion de f\u00eates pour le peuple. Quand c\u2019est un fils attendu depuis plus de vingt ans, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est salu\u00e9 par une explosion de joie, ce 5\u00a0septembre 1638\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait rien que jeux, feux et lanternes\u00a0\/ On couchait dans les tavernes [\u2026] On fit un si grand feu\u00a0\/ Qu\u2019on eut en grande peine\u00a0\/ \u00c0 sauver la Samaritaine\u00a0\/ Et d\u2019emp\u00eacher de br\u00fbler la Seine.\u00a0\u00bb Toujours chantant, le peuple pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque ce Dieu-Donn\u00e9\u00a0\/ Aura pris sa croissance\u00a0\/ Il sera couronn\u00e9\u00a0\/ Le plus grand roi de France.\u00a0\/ L\u2019Espagne, l\u2019empereur et l\u2019Italie,\u00a0\/ Le Croate et le roi d\u2019Hongrie\u00a0\/ En mourront de peur et d\u2019envie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9gente espagnole ouvre son r\u00e8gne de quinze ans par un chemin de fleurs. Elle est femme et elle a souffert. Les c\u0153urs sont attendris d\u2019avance. Elle est faible. Chacun esp\u00e8re en profiter.\u00a0\u00bb<span id=\"760\" class=\"cit-num\">760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mort de Richelieu en 1642, suivie six mois apr\u00e8s par celle de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> en 1643, change la donne. Les deux hommes se m\u00e9fiaient des complots ourdis par la reine (fille de l\u2019ennemi espagnol) et sa redoutable belle-m\u00e8re, Marie de M\u00e9dicis. Nomm\u00e9e r\u00e9gente de France le 18 mai 1643, Anne d\u2019Autriche choisit pour Premier ministre un fin connaisseur des puissances europ\u00e9ennes, le cardinal Mazarin.<\/p>\n<p>Ce choix strat\u00e9gique sera gagnant pour la France en proie \u00e0 la guerres civile (r\u00e9volte du Parlement, Fronde). En 1651, quand Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> (13 ans) deviendra officiellement roi, Anne est une femme respect\u00e9e et aim\u00e9e partout dans le royaume. Elle b\u00e9n\u00e9ficie de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui un \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0: \u00ab\u00a0Ce peuple singulier, qui parle tant de loi salique, est tout heureux de tomber en quenouille. Sans qu\u2019on sache pourquoi ni comment, cette \u00e9trang\u00e8re est ador\u00e9e.\u00a0\u00bb Elle a quand m\u00eame v\u00e9cu des moments difficiles\u00a0et des attaques injustes, voire sexistes\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter\u00a0et les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0; \/ Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine \/ Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade.<em> Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour<\/em>, F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret. Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb, mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La reine avait plus d\u2019aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de mani\u00e8re que de fond, [\u2026] plus de duret\u00e9 que de fiert\u00e9, plus de m\u00e9moire des injures que des bienfaits, plus d\u2019intention de pi\u00e9t\u00e9 que de pi\u00e9t\u00e9, plus d\u2019opini\u00e2tret\u00e9 que de fermet\u00e9 et plus d\u2019incapacit\u00e9 que de tout ce que dessus.\u00a0\u00bb<span id=\"763\" class=\"cit-num\">763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Frondeur dans l\u2019\u00e2me et dans les faits, l\u2019auteur de ce portrait \u00e0 charge s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9gente qui doit affronter la Fronde, cinq ans de guerre civile (1648-1653) visant surtout Mazarin, le plus impopulaire des Premiers ministres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a de la r\u00e9volte \u00e0 s\u2019imaginer que l\u2019on se puisse r\u00e9volter\u00a0; voil\u00e0 les contes ridicules de ceux qui la veulent. L\u2019autorit\u00e9 du roi y donnera bon ordre.\u00a0\u00bb<span id=\"770\" class=\"cit-num\">770<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">AUTRICHE<\/span> (1601-1666). <em>M\u00e9moires du cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9gente du royaume fait preuve de fermet\u00e9 plus que de lucidit\u00e9. Le 13\u00a0mai 1648, \u00e0 l\u2019initiative du Parlement de Paris, un arr\u00eat d\u2019Union est pris par toutes les cours souveraines (Parlements, Grand Conseil, Chambre des comptes, Cour des aides)\u00a0: leurs repr\u00e9sentants vont travailler en commun \u00e0 la r\u00e9forme des abus de l\u2019\u00c9tat. Une r\u00e9volution ne commence pas autrement. Mais le pire sera \u00e9vit\u00e9, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de r\u00e9voltes successives, du peuple, des princes, des Parlements. \u00c0 plusieurs reprises, la famille royale doit quitter Paris et Mazarin, menac\u00e9 de mort, devra m\u00eame s\u2019exiler en Allemagne, Anne d\u2019Autriche tenant tant bien que mal les r\u00eanes du pouvoir. Le jeune Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> restera marqu\u00e9 \u00e0 vie par ces cinq ann\u00e9es de Fronde. Et le peuple sera finalement reconnaissant \u00e0 la \u00ab\u00a0Reine R\u00e9gente\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, sus, bourgeois, ne soyez plus en peine, \/ Cessez vos pleurs, vos cris,<br>Le Roi, Monsieur, et la Reine R\u00e9gente \/ Reviennent \u00e0 Paris,<br>Ha\u00a0! qu\u2019ils ont fait une belle b\u00e9vue\u00a0! \/ Elle est revenue, Dame Anne, elle est revenue.\u00a0\u00bb<span id=\"782\" class=\"cit-num\">782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Enl\u00e8vement du Roi<\/em> (1649), chanson. <em>Recueil de plusieurs pi\u00e8ces curieuses contre le cardinal de Mazarin<\/em> (1649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 28 couplets pour f\u00eater le retour triomphal \u00e0 Paris du petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (11 ans), mais aussi de son fr\u00e8re Philippe et de leur m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le 18\u00a0ao\u00fbt 1649.<\/p>\n<p>5 septembre 1651, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> atteint la majorit\u00e9 fix\u00e9e \u00e0 treize ans. Deux jours plus tard, devant le Parlement, Anne d\u2019Autriche transmet officiellement les pouvoirs r\u00e9galiens \u00e0 son fils qui lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, je vous remercie du soin qu\u2019il vous a plu de prendre de mon \u00e9ducation et de l\u2019administration de mon royaume. Je vous prie de continuer \u00e0 me donner vos bons avis, et je d\u00e9sire qu\u2019apr\u00e8s moi vous soyez le chef de mon Conseil.\u00a0\u00bb Anne continuera \u00e0 si\u00e9ger aupr\u00e8s du roi jusqu\u2019\u00e0 la mort de Mazarin en 1661.<\/p>\n<p>En 1666, un cancer du sein emporte la reine-m\u00e8re apr\u00e8s une longue agonie. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, boulevers\u00e9, s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 cette nouvelle. Un conseiller tente de le r\u00e9conforter\u00a0: \u00ab\u00a0Ce fut une grande Reine\u00a0! _ Non monsieur, plus qu\u2019une grande Reine, elle fut un grand Roi.\u00a0\u00bb Le peuple la pleura. Anne d\u2019Autriche fut au final l\u2019une des reines les plus appr\u00e9ci\u00e9es de ses contemporains qui admiraient son humilit\u00e9, sa sagesse et sa force d\u2019esprit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle sut m\u00e9priser les caprices du sort,<br>Regarder sans horreur les horreurs de la mort,<br>Affermir un grand tr\u00f4ne et le quitter sans peine\u00a0;<br>Et pour tout dire enfin, vivre et mourir en reine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madeleine de <span class=\"caps\">SCUD\u00c9RY<\/span> (1607-1701), cit\u00e9e dans la <em>Revue des Deux-Mondes<\/em>, mai 2017<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>2. Ninon de Lenclos (1620-1705), \u00ab\u00a0Notre Dame des amours\u00a0\u00bb, femme tr\u00e8s libre, \u00e9picurienne et lettr\u00e9e.<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ninon_de_lenclos_0.jpg\" width=\"400\" height=\"433\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus difficile de bien faire l\u2019amour que de bien faire la guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"767\" class=\"cit-num\">767<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ninon de <span class=\"caps\">LENCLOS<\/span> (1616-1706), <em>Lettres<\/em> (\u00e9dition posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette belle dame aux m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res v\u00e9cut tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e en un si\u00e8cle tr\u00e8s guerrier et parle en connaissance de cause. \u00c0 qui songe-t-elle en \u00e9crivant ces mots\u00a0? Au mar\u00e9chal d\u2019Estr\u00e9es, \u00e0 Coligny, au duc de La Rochefoucauld ou au duc d\u2019Enghien, devenu pour l\u2019histoire le Grand Cond\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e Notre Dame des Amours, s\u00e9ductrice aux \u00ab\u00a0mille amants\u00a0\u00bb, \u00e9picurienne et lettr\u00e9e, elle tient salon chaque jour, visit\u00e9e de cinq \u00e0 neuf par tout Paris, y compris par des femmes en renom\u00a0 \u2013 Madame de la Sabli\u00e8re, la Champmesl\u00e9 (trag\u00e9dienne et ma\u00eetresse de Racine), la princesse Palatine, Madame de Maintenon. Elle devint sur le tard friande de jeunes gentilshommes et de pr\u00e9lats\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais eu que l\u2019\u00e2ge du c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019amour est pour rien, ou pour peu de chose dans toutes ses liaisons. Comme le papillon, il ne s\u2019arr\u00eate \u00e0 chaque fleur que pour un instant\u00a0: un amusement passager est tout son objet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ninon de <span class=\"caps\">LENCLOS<\/span> (1616-1706), Lettre au Marquis de S\u00e9vign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle classait ses amants en \u00ab\u00a0payeurs\u00a0\u00bb (il faut bien vivre\u2026), \u00ab\u00a0martyrs\u00a0\u00bb (soupirants sans espoir) et \u00ab\u00a0caprices\u00a0\u00bb (\u00e9lus du moment). Elle avait coutume de dire que \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de plaire na\u00eet chez les femmes avant le besoin d\u2019aimer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>3. Marquise de S\u00e9vign\u00e9 (1626-1696), g\u00e9niale comm\u00e8re des potins de la cour au Grand si\u00e8cle.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marquise_de_sevigne.jpg\" width=\"400\" height=\"570\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nouvelle du si\u00e8ge de Charleroi a fait courir tous les jeunes gens, m\u00eame les boiteux.\u00a0\u00bb<span id=\"869\" class=\"cit-num\">869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, mardi au soir, 10\u00a0ao\u00fbt 1677 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les quelque 1\u00a0500 lettres qui nous restent de la plus illustre \u00e9pistoli\u00e8re sont une savoureuse chronique du temps\u00a0: la guerre y figure au m\u00eame titre que le proc\u00e8s de son ami Fouquet, les potins de la cour ou les grandes cr\u00e9ations th\u00e9\u00e2trales. Son humour (rarement m\u00e9chant) fait toujours sourire. La principale destinataire est sa fille tr\u00e8s ch\u00e9rie, Fran\u00e7oise, devenue comtesse de Grignan et vivant \u00e0 l\u2019autre bout de la France avec son mari, gouverneur de Provence. Cette gazette maternelle la tient fid\u00e8lement inform\u00e9e \u2013 ses r\u00e9ponses ne nous sont malheureusement pas parvenues.<\/p>\n<p>Madame de S\u00e9vign\u00e9 conte ici un \u00e9pisode de la guerre de Hollande. La ville (aujourd\u2019hui en Belgique francophone) est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 des fins militaires par les Espagnols en 1666 et nomm\u00e9e Charleroi en l\u2019honneur de leur nouveau roi, Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.\u00a0\u00a0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019en empare en mai\u00a01667 \u2013 une victoire de Turenne. Vauban renforce les fortifications. Nouveau si\u00e8ge en ao\u00fbt\u00a01677. Le mar\u00e9chal de Luxembourg oblige Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre (prince d\u2019Orange) \u00e0 abandonner la place, le 14\u00a0ao\u00fbt\u00a0: \u00ab\u00a0Le prince d\u2019Orange peut se vanter d\u2019une chose\u00a0: c\u2019est qu\u2019aucun g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 son \u00e2ge n\u2019a lev\u00e9 tant de si\u00e8ges et perdu autant de batailles\u00a0\u00bb ironise un seigneur anglais \u00e0 l\u2019humour<em> so british<\/em>. Appr\u00e9cions aussi l\u2019humour de la marquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb<span id=\"884\" class=\"cit-num\">884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fait divers va devenir affaire d\u2019\u00c9tat \u2013 c\u2019est l\u2019affaire des Poisons, premi\u00e8re ombre port\u00e9e au r\u00e8gne du Roi-Soleil. Et l\u2019infatigable \u00e9pistoli\u00e8re nous met dans la confidence, avec gourmandise.<\/p>\n<p>En 1679, le roi institue une cour extraordinaire de justice pour juger de ces crimes\u00a0: Chambre ardente qui si\u00e8ge dans une pi\u00e8ce tendue de draps noirs, \u00e9clair\u00e9e par des flambeaux. On la nomme \u00ab\u00a0cour des poisons\u00a0\u00bb. Louvois ne serait pas f\u00e2ch\u00e9 d\u2019\u00e9liminer ainsi certains de ses ennemis. Mais le scandale \u00e9clabousse la cour\u00a0: la duchesse de Bouillon dont parle Madame\u00a0de S\u00e9vign\u00e9 (la plus jeune des ni\u00e8ces de Mazarin), la comtesse de Soissons (autre \u00ab\u00a0mazarinette\u00a0\u00bb), la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, le duc de Vend\u00f4me, le mar\u00e9chal de Luxembourg (jadis alchimiste amateur), le grand Racine (soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir empoisonn\u00e9 par jalousie sa ma\u00eetresse, la com\u00e9dienne Du Parc)\u2026 et jusqu\u2019\u00e0 la favorite en titre du roi, la Montespan.<\/p>\n<p>L\u2019affaire des Poisons allait compromettre trop de monde \u00e0 la cour et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est horrifi\u00e9\u00a0: sa ma\u00eetresse lui aurait donc fait absorber des filtres d\u2019amour, maniganc\u00e9 la mort de Madame\u00a0de Fontanges (sa nouvelle favorite) et la st\u00e9rilit\u00e9 de la reine\u00a0!\u2026 Il suspend les interrogatoires. L\u2019enqu\u00eate publique est ferm\u00e9e, le roi fait br\u00fbler les dossiers, jetant lui-m\u00eame au feu de la chemin\u00e9e les pages compromettant son ex-favorite. La Chambre ardente aura si\u00e9g\u00e9 trois ans\u00a0! Au final, 36 condamnations \u00e0 mort prononc\u00e9es et appliqu\u00e9es.<\/p>\n<h4>4. La Grande Mademoiselle (1627-1693), richissime et rebelle, Frondeuse par nature et folle amoureuse du duc de Lauzun.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/grande_mademoiselle.jpg\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>] est Dieu, il faut attendre sa volont\u00e9 avec soumission, et tout esp\u00e9rer de sa justice et de sa bont\u00e9, sans impatience, afin d\u2019en avoir plus de m\u00e9rite.\u00a0\u00bb<span id=\"831\" class=\"cit-num\">831<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">MONTPENSIER<\/span> (1627-1693), <em>M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em>, dite la Grande Mademoiselle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Grande Mademoiselle, Anne-Marie d\u2019Orl\u00e9ans, est la cousine germaine de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Rescap\u00e9e de sa Fronde folklorique et de l\u2019exil qui s\u2019ensuivit pour elle, cette extravagante princesse illustre l\u2019adage\u00a0: l\u2019argent ne fait pas le bonheur. On peut m\u00eame dire que son immense fortune h\u00e9rit\u00e9e de sa m\u00e8re (Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier) lui attira de nombreux pr\u00e9tendants et d\u2019innombrables ennuis en amour. Elle souffre \u00e9galement de voir la noblesse de France neutralis\u00e9e, impuissante et humili\u00e9e sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, voici une demoiselle qui est bien f\u00e2ch\u00e9e d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 m\u00e9chante. Elle sera bien sage \u00e0 l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<span id=\"799\" class=\"cit-num\">799<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> dAUTRICHE (1601-1666), pr\u00e9sentant au roi la Grande Mademoiselle (1658). <em>M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bon sang ne saurait mentir. Mlle de Montpensier, fille du Grand Monsieur (Gaston d\u2019Orl\u00e9ans portant ce nom depuis la naissance de \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0\u00bb, fr\u00e8re du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>) s\u2019est lanc\u00e9e dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu, jusqu\u2019\u00e0 faire donner le canon de la Bastille contre les troupes royales (et Turenne), pour sauver Cond\u00e9 son cousin qu\u2019elle se verrait bien \u00e9pouser\u00a0! De retour de son exil \u00e0 Saint-Fargeau, la voil\u00e0 enfin pardonn\u00e9e. Mais elle ne sera pas \u00ab\u00a0bien sage \u00e0 l\u2019avenir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son extravagante conduite lui co\u00fbta sans doute un mariage avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u2013 elle a certes onze ans de plus que lui, mais poss\u00e8de l\u2019immense fortune des Bourbon-Montpensier qu\u2019elle saura g\u00e9rer elle-m\u00eame d\u00e8s sa majorit\u00e9, en femme d\u2019affaires redoutable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais vous mander la chose la plus \u00e9tonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus \u00e9tourdissante, la plus inou\u00efe, la plus singuli\u00e8re, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus impr\u00e9vue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus \u00e9clatante, la plus secr\u00e8te jusqu\u2019aujourd\u2019hui, la plus brillante, la plus digne d\u2019envie\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"875\" class=\"cit-num\">875<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 15\u00a0d\u00e9cembre 1670<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb d\u00e9cha\u00eene le talent de l\u2019infatigable chroniqueuse du Grand\u00a0Si\u00e8cle dans la plus c\u00e9l\u00e8bre de ses lettres\u00a0? Tout simplement le mariage annonc\u00e9 pour dimanche prochain de M. de Lauzun avec\u2026 \u00ab\u00a0Devinez qui\u00a0? [\u2026] Mademoiselle, la Grande Mademoiselle\u00a0; Mademoiselle fille de feu Monsieur\u00a0; Mademoiselle, petite-fille de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0; Mlle\u00a0d\u2019Eu, Mlle\u00a0de Dombes, Mlle\u00a0de Montpensier, Mlle\u00a0d\u2019Orl\u00e9ans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi\u00a0; Mademoiselle, destin\u00e9e au tr\u00f4ne\u00a0; Mademoiselle, le seul parti de France qui f\u00fbt digne de Monsieur.\u00a0\u00bb En fait, Mademoiselle n\u2019\u00e9pousera pas Lauzun, ou du moins pas \u00ab\u00a0dimanche prochain\u00a0\u00bb comme annonc\u00e9. Le roi s\u2019y oppose.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019\u00e9tais roi, je me mettrais en col\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"876\" class=\"cit-num\">876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Lauzun. <em>Dictionnaire historique d\u2019\u00e9ducation<\/em> (1771), Jean-Jacques Fillassier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il garde un constant contr\u00f4le de soi et une extr\u00eame prudence dans ses propos. Mais le personnage de Lauzun, son ex-favori, l\u2019exasp\u00e8re\u00a0: cadet de Gascogne bell\u00e2tre et volage, devenu mar\u00e9chal de France, courtisan ambitieux et sans scrupules, il va jusqu\u2019\u00e0 payer des espions cach\u00e9s sous le lit du roi et de sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Montespan, pour lui rapporter la trahison de la favorite cens\u00e9e le soutenir dans ses projets de mariage\u00a0!<\/p>\n<p>Cette impertinence et quelques autres le m\u00e8nent \u00e0 la Bastille et \u00e0 Pignerol, pendant neuf ans. La Grande Mademoiselle l\u2019attend et finira par l\u2019\u00e9pouser (secr\u00e8tement) en 1681, s\u2019\u00e9tant engag\u00e9e \u00e0 doter richement le duc du Maine, un des fils l\u00e9gitim\u00e9s du roi. Ce mariage tant d\u00e9sir\u00e9 ne fera pas pourtant pas son bonheur. Lauzun (de six ans plus jeune qu\u2019elle) se lasse bient\u00f4t de la Grande Mademoiselle pour reprendre sa carri\u00e8re de courtisan ambitieux et de s\u00e9ducteur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Peu appr\u00e9ci\u00e9e de la cour, jalous\u00e9e pour son argent et ses innombrables possessions, la marquise de S\u00e9vign\u00e9 la d\u00e9crit dans ses lettres comme une femme avare et froide. Elle passera ses derni\u00e8res ann\u00e9es en d\u00e9votion.<\/p>\n<h4>5. Henriette d\u2019Angleterre dite Madame (1644-1670), princesse malmen\u00e9e par l\u2019Histoire, pauvre exil\u00e9e devenue idole de la cour de France et morte \u00e0 26 ans, vraisemblablement empoisonn\u00e9e.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/henriette_angleterre.jpg\" width=\"400\" height=\"497\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, vous allez \u00e9pouser tous les os des Saints Innocents.\u00a0\u00bb<span id=\"856\" class=\"cit-num\">856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 son fr\u00e8re Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, fin mars\u00a01661. <em>M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On le marie malgr\u00e9 lui \u00e0 Henriette Anne d\u2019Angleterre, fort maigre (d\u2019o\u00f9 la m\u00e9taphore avec le cimeti\u00e8re parisien des Saints Innocents), alors que la mode est aux femmes bien en chair. \u00c9tonnant mariage \u00ab\u00a0forc\u00e9\u00a0\u00bb contre-nature et pour raison d\u2019\u00c9tat tr\u00e8s particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Monsieur est un homosexuel notoire. Mazarin, alors Premier ministre, s\u2019est charg\u00e9 d\u2019\u00e9duquer Philippe d\u2019Orl\u00e9ans de fa\u00e7on \u00e0 affaiblir sa personnalit\u00e9, pour \u00e9viter que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ait avec lui les m\u00eames ennuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> avec son fr\u00e8re Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, l\u2019\u00e9ternel comploteur. Il l\u2019a fait initier \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 par son neveu Filipo Mancini, en flattant ses penchants inn\u00e9s pour les fards et les d\u00e9guisements. Ses m\u0153urs choquent la cour et le mariage sera bienvenu. Philippe fera nombre d\u2019enfants \u00e0 ses deux femmes successives (la seconde \u00e9tant la princesse Palatine, m\u00e8re du futur R\u00e9gent). Il se r\u00e9v\u00e9lera aussi l\u2019un des meilleurs chefs militaires de son temps, au point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, jaloux, lui retirera tout commandement.<\/p>\n<p>Henriette est doublement de sang royal, Stuart par son p\u00e8re Charles Ier d\u2019Angleterre et Bourbon par sa m\u00e8re (Henriette Marie de France), fille d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et s\u0153ur de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>. Suite \u00e0 la r\u00e9volution anglaise qui aboutit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du roi, elle se r\u00e9fugie en France avec sa fille. N\u00e9glig\u00e9e, ignor\u00e9e, vivant pauvrement au couvent de Chaillot, mal chauff\u00e9e, gu\u00e8re \u00e9duqu\u00e9e, Henriette redevient princesse digne de ce nom quand son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 retrouve le pouvoir et devient Charles <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre. \u00c0 16 ans, avec la reine et la reine-m\u00e8re, la voil\u00e0 devenue l\u2019une des trois femmes les plus importantes de la Cour et de France, le pays le plus puissant d\u2019Europe.<\/p>\n<p>Le mariage d\u2019Henriette et de Monsieur est d\u00e9cid\u00e9 par Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et sa m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 Mazarin meurt et o\u00f9 le roi commence son r\u00e8gne personnel. C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res grandes d\u00e9cisions du Roi-Soleil qui renforce ainsi les liens entre les deux principaux royaumes d\u2019Europe. Mais le bonheur de la princesse sera de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne m\u2019avez jamais aim\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Henriette D\u2019<span class=\"caps\">ANGLETERRE<\/span> (1644-1670 ) \u00e0 son \u00e9poux, ses derniers mots qui r\u00e9sument des centaines de pages d\u2019une <em>Correspondance<\/em> parfoit d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe se dira amoureux de sa femme les quinze premiers jours de leur mariage. Il la d\u00e9laisse ensuite pour ses favoris. Il lui fera quand m\u00eame quatre enfants viables (sur huit grossesses en dix ans) pour l\u2019emp\u00eacher de trop plaire ailleurs. Peine perdue, la nouvelle idole de la cour attire tous les regards.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> trouve soudain bien des charmes \u00e0 sa belle-s\u0153ur, plus pr\u00e9sentable que sa propre \u00e9pouse Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Elle chante et danse \u00e0 ravir, elle brille dans toutes les f\u00eates et s\u2019\u00e9panouit visiblement. Leur relation d\u00e9passe l\u2019amiti\u00e9 \u2013 amour platonique doubl\u00e9 d\u2019une grande complicit\u00e9. On parla d\u2019une v\u00e9ritable liaison entre le roi et Madame, c\u2019est peu probable. Ce serait consid\u00e9r\u00e9 comme un inceste entre fr\u00e8re et s\u0153ur par la religion de l\u2019\u00e9poque (on ignore le terme de \u00ab\u00a0belle-s\u0153ur\u00a0\u00bb) et Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> est tr\u00e8s croyant. Mais pour couper court aux rumeurs, il feindra une liaison avec Mlle de la Valli\u00e8re qui sert de paravent, avant de devenir sa prochaine favorite \u2013 \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Au plan politique, le roi se sert tr\u00e8s officiellement d\u2019Henriette\u00a0: il l\u2019enverra en mission aupr\u00e8s de son fr\u00e8re Charles <span class=\"caps\">II<\/span> qui l\u2019aime tendrement, d\u00e9clenchant \u00e0 nouveau la jalousie de son fr\u00e8re Philippe et de son mignon le comte de Guiche (ex amant d\u2019Henriette)\u00a0 qui aurait bien voulu qu\u2019on lui confie ce r\u00f4le. Mission accomplie\u00a0: la signature du trait\u00e9 de Douvres scelle le rapprochement entre l\u2019Angleterre et la France Quinze jours apr\u00e8s son retour, elle tombe subitement malade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 nuit d\u00e9sastreuse\u00a0! \u00f4 nuit effroyable, o\u00f9 retentit tout \u00e0 coup, comme un \u00e9clat de tonnerre, cette \u00e9tonnante nouvelle\u00a0: Madame se meurt, Madame est morte.\u00a0\u00bb<span id=\"873\" class=\"cit-num\">873<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Oraison fun\u00e8bre d\u2019Henriette Anne d\u2019Angleterre<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis dix ans, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux est le pr\u00e9dicateur de la cour\u00a0: des sermons par centaines et une \u00e9loquence incantatoire dont Malraux, ministre de la Culture, retrouvera les accents et le lyrisme, trois si\u00e8cles apr\u00e8s.<\/p>\n<p>On imagine mal le choc provoqu\u00e9 par la mort de cette princesse de 26 ans qui fut pendant dix ans le plus bel ornement de la cour de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, qui avait la gr\u00e2ce, l\u2019esprit, les vertus de sa bisa\u00efeule Marie Stuart \u2013 sa fin pr\u00e9matur\u00e9e et cruelle lui donne un autre trait de ressemblance. L\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre de Madame, femme de Monsieur, fait \u00e9cho \u00e0 cette \u00e9motion et reste un mod\u00e8le du genre\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u00a0; et il me semble que je vois l\u2019accomplissement de cette parole du proph\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi pleurera, le prince sera d\u00e9sol\u00e9, et les mains tomberont au peuple de douleur et d\u2019\u00e9tonnement.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb Le choc est d\u2019autant plus terrible que tous les pr\u00e9sents pensent \u00e0 l\u2019empoisonnement\u00a0\u00a0!<\/p>\n<p>Cette opinion fut contredite par l\u2019historien du r\u00e8gne, Voltaire qui la regarde comme un bruit populaire d\u00e9nu\u00e9 de fondement. Madame de La Fayette, amie de la princesse, parle dans son <em>Histoire de Madame Henriette d\u2019Angleterre<\/em> d\u2019un malaise r\u00e9current et d\u00e9crit les sympt\u00f4mes d\u2019une p\u00e9ritonite. Une autopsie confirme\u00a0le d\u00e9labrement de son corps\u00a0: elle avait toujours v\u00e9cu au-dessus des moyens d\u2019une sant\u00e9 fragile.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, la publication des <em>Lettres<\/em> de Madame (la Palatine, seconde femme du duc d\u2019Orl\u00e9ans), les <em>M\u00e9moires<\/em> du duc de Saint-Simon et surtout les<em> Fragments historiques<\/em> de Duclos ont chang\u00e9 les soup\u00e7ons d\u2019empoisonnement en certitude. Morel, \u00ab\u00a0contr\u00f4leur de la bouche\u00a0\u00bb, fut introduit secr\u00e8tement la nuit m\u00eame suivant la mort de cette princesse dans le cabinet du roi\u00a0et confirma\u00a0: \u00ab\u00a0Madame a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e\u00a0: le chevalier de Lorraine a envoy\u00e9 de Rome le poison au marquis d\u2019Effiat, et nous l\u2019avons mis dans l\u2019eau que Madame a bue.\u00a0\u00bb Le chevalier \u00e9tait l\u2019amant en titre de Monsieur et le marquis un serviteur totalement d\u00e9vou\u00e9 au couple. Le t\u00e9moin donne mille autres d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Le myst\u00e8re reste entier sur cette mort, au terme d\u2019un destin hors norme et de cette vie trop t\u00f4t massacr\u00e9e.<\/p>\n<h4>6. Louise de La Valli\u00e8re (1644-1710), de la Cour au Carmel, la plus touchante des liaisons royales.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_de_la_valliere_0.jpg\" width=\"400\" height=\"413\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, sa couronne n\u2019ajoute rien au charme de sa personne, elle en diminue m\u00eame le danger\u2026\u00a0Il serait trop redoutable, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"863\" class=\"cit-num\">863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse\u00a0de la <span class=\"caps\">VALLI\u00c8RE<\/span> (1644-1710).<em> \u0152uvres choisies de Mme\u00a0de Genlis<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>,<em> La Duchesse de La Valli\u00e8re<\/em> (1828)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est avec ce genre de propos que l\u2019on s\u00e9duit un roi\u00a0! Rappelons le contexte\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019\u00e9tait \u00e9pris de sa belle-s\u0153ur Henriette (femme de Philippe), dite Madame, plus attirante que la reine d\u2019ailleurs enceinte en cet \u00e9t\u00e9 1661. Il ne fut sans doute pas son amant, mais le bruit en a couru et ayant horreur du scandale, il feint une galanterie pour Louise de La Valli\u00e8re sa fille d\u2019honneur\u00a0qui sert ainsi de \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb. Ses mots d\u00e9clenchent la passion chez l\u2019homme r\u00eavant d\u2019\u00eatre aim\u00e9 pour lui-m\u00eame et\u00a0 non pour son titre.<\/p>\n<p>La roi est \u00e9galement conquis par ses talents d\u2019\u00e9cuy\u00e8re, son go\u00fbt pour la musique et le chant, ses talents de danseuse, ses connaissances litt\u00e9raires\u2026 Mlle de Lavalli\u00e8re sera la premi\u00e8re favorite en titre du r\u00e8gne, de 1661 \u00e0 1667.<\/p>\n<p>Pour m\u00e9nager sa m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le roi loge sa ma\u00eetresse dans un petit ch\u00e2teau servant de relais de chasse que Louise appr\u00e9cie particuli\u00e8rement, proche de Saint-Germain-en-Laye, dans la for\u00eat du village de Versailles (en chantier). Le roi y donnera une f\u00eate splendide, <em>Les Plaisirs de l\u2019\u00eele enchant\u00e9e<\/em> (1664)\u00a0: Moli\u00e8re joue <em>La Princesse d\u2019\u00c9lide<\/em>, <em>Les F\u00e2cheux, Tartuffe<\/em> et Lully compose les ballets. La reine et la reine-m\u00e8re sont les d\u00e9dicataires officielles, mais la f\u00eate est secr\u00e8tement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Louise. Elle re\u00e7ut en outre la terre de Carri\u00e8res-Saint-Denis o\u00f9 elle fit b\u00e2tir un ch\u00e2teau avec les jardins sign\u00e9s Le N\u00f4tre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re (1666), Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> afficha publiquement sa liaison. Ce faste aurait combl\u00e9 n\u2019importe quelle femme, mais Louise pr\u00e9f\u00e9rait une relation plus discr\u00e8te. Le couple aura (au moins) cinq enfants, seuls les deux derniers surv\u00e9curent.<\/p>\n<p>Au printemps 1667, la marquise de Montespan devenue dame d\u2019honneur de la reine se lia avec La Valli\u00e8re dont elle devient la confidente. Le roi remarque sa conversation piquante, naturelle et enjou\u00e9e, si oppos\u00e9e \u00e0 Louise la r\u00e9serv\u00e9e. Bient\u00f4t subjugu\u00e9, il en fera sa prochaine\u00a0 ma\u00eetresse \u2013 \u00e0 suivre. S\u2019il donne \u00e0 Louise le titre de duchesse de La Valli\u00e8re, le Ch\u00e2teau de Vaujours et l\u00e9gitime leur fille Marie-Anne, aux yeux de tous, c\u2019est le cadeau de la disgr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Lors de la campagne des Flandres de mai 1667 (guerre de D\u00e9volution), Louise enceinte du roi pour la quatri\u00e8me fois fut pri\u00e9e de rester \u00e0 la cour. Par angoisse ou jalousie, elle rejoignit quand m\u00eame le roi. Mais elle comprend que son temps est fini. Elle l\u2019exprime avec une d\u00e9licatesse de ton qui refl\u00e8te celle de son c\u0153ur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout se d\u00e9truit, tout passe, et le c\u0153ur le plus tendre<br>Ne peut d\u2019un m\u00eame objet se contenter toujours\u00a0;<br>Le pass\u00e9 n\u2019a point eu d\u2019\u00e9ternelles amours,<br>Et les si\u00e8cles suivants n\u2019en doivent point attendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse\u00a0de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">VALLIERE<\/span> (1644-1710), <em>Le Sonnet au roi<\/em> (1667)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romantique avant l\u2019heure, elle rappelle aussi la Renaissance de P\u00e9trarque et Ronsard. Mais la suite \u00e9voque le classicisme de Racine, trag\u00e9dien du Grand si\u00e8cle. \u00ab\u00a0La constance a des lois qu\u2019on ne veut point entendre\u00a0; \/ Des d\u00e9sirs d\u2019un grand Roi rien n\u2019arr\u00eate le cours\u00a0: \/\u00a0 Ce qui pla\u00eet aujourd\u2019hui d\u00e9pla\u00eet en peu de jours\u00a0; \/ Cette in\u00e9galit\u00e9 ne saurait se comprendre.<\/p>\n<p>Louis, tous ces d\u00e9fauts font tort \u00e0 vos vertus\u00a0; \/ Vous m\u2019aimiez autrefois, mais vous ne m\u2019aimez plus. \/ Mes sentiments, h\u00e9las\u00a0! diff\u00e8rent bien des v\u00f4tres. \/ Amour, \u00e0 qui je dois et mon mal et mon bien, \/ Que ne lui donniez-vous un c\u0153ur comme le mien \/ Ou que n\u2019avez-vous fait le mien comme les autres\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cinq mois plus tard, elle donne naissance \u00e0 Louis. Une longue p\u00e9riode de cohabitation d\u00e9bute entre les deux favorites. Pour la seconde fois, Louise sert de \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb couvrant le nouvel adult\u00e8re royal avec une femme mari\u00e9e. Esp\u00e9rant regagner son c\u0153ur, elle subit toutes les humiliations inflig\u00e9es par la nouvelle favorite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une pauvre cr\u00e9ature encore attach\u00e9e \u00e0 la terre, et qui ne fait que ramper dans le chemin de la vertu\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse\u00a0de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">VALLIERE<\/span> (1644-1710), <em>R\u00e9flexions sur la mis\u00e9ricorde de Dieu<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1670, elle fr\u00f4le la mort (suite \u00e0 une fausse couche\u00a0?). Elle se tourne vers la religion et d\u00e9crit son nouveau chemin de croix. Elle choisit de rester dans \u00ab\u00a0le monde\u00a0\u00bb (\u00e0 la cour), pour affronter l\u2019\u00e9preuve d\u2019une vie d\u00e9sormais exemplaire, dans l\u2019espoir d\u2019inspirer d\u2019autres \u00e2mes. Mais elle aime toujours le roi et la situation devient invivable. Sur les conseils du p\u00e8re Bourdaloue et de Bossuet, elle va entrer au couvent et choisit le plus strict\u00a0: les Carm\u00e9lites du faubourg Saint-Jacques. Craignant le scandale, le roi et sa ma\u00eetresse la Montespan firent tout pour l\u2019en dissuader. \u00c0 leur demande, la future Madame de Maintenon lui d\u00e9crit les privations et les souffrances \u00e0 venir, mais cela renforce la d\u00e9cision de La Valli\u00e8re. Avant de se retirer, elle tint m\u00eame \u00e0 pr\u00e9senter des excuses publiques \u00e0 la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se, ce qui fit grand bruit.<\/p>\n<p>Le 3 juin 1675, elle pronon\u00e7a ses v\u0153ux perp\u00e9tuels, prenant le nom de Louise de la Mis\u00e9ricorde. Au couvent, elle re\u00e7ut plusieurs fois la visite de la reine, de Bossuet, de la marquise de S\u00e9vign\u00e9 et de la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, belle-s\u0153ur du roi \u00e0 qui elle avait confi\u00e9 l\u2019\u00e9ducation de son fils, le comte de Vermandois. Elle meurt le 6 juin 1710 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans, apr\u00e8s 36 ans de vie religieuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux [le roi] s\u2019il n\u2019e\u00fbt eu que des ma\u00eetresses semblables \u00e0 Mme de la Valli\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une telle conduite ne peut que d\u00e9sarmer l\u2019impitoyable m\u00e9morialiste du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0! Au si\u00e8cle du romantisme, critique litt\u00e9raire et historien de la religion, Sainte-Beuve lui aussi r\u00e9put\u00e9 pour sa m\u00e9chancet\u00e9 estime que, des trois plus c\u00e9l\u00e8bres favorites de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, c\u2019est elle \u00ab\u00a0de beaucoup la plus int\u00e9ressante, la seule vraiment int\u00e9ressante en elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb Elle symbolisait l\u203a\u00ab\u00a0amante parfaite\u00a0\u00bb, celle qui aime pour aimer, sans orgueil ni caprice, sans ambition ni vanit\u00e9, et dont la sensibilit\u00e9 ne cache pas la fermet\u00e9 de c\u0153ur.<\/p>\n<h4>7. Madame de Montespan (1640-1707), la plus grande favorite en titre de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, m\u00e9c\u00e8ne bien entour\u00e9e, mais cible de toutes les attaques.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/madame_de_montespan.jpg\" width=\"300\" height=\"356\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9loge le plus flatteur qu\u2019on puisse faire \u00e0 une femme, c\u2019est de dire beaucoup de mal de sa rivale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame de <span class=\"caps\">MONTESPAN<\/span> (1640-1707), citation reprise par Delphine de Girardin (\u00e9pouse du c\u00e9l\u00e8bre journaliste \u00c9mile de Girardin) dans ses <em>Lettres parisiennes<\/em>, 24 mai 1837<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e Fran\u00e7oise de Rochechouart de Mortemart, elle \u00e9pouse le marquis de Montespan et gardera le nom et le titre. Elle se baptise Ath\u00e9na\u00efs, jouant avec talent la pr\u00e9cieuse pas du tout ridicule, dans les salons du Marais o\u00f9 elle aime briller. Son mari \u00e9tant ruin\u00e9, elle use de ses relations pour devenir dame d\u2019honneur de la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se, puis amie et confidente de sa future rivale, Madame de Maintenon. Le \u00ab\u00a0grand monde\u00a0\u00bb est petit et tout le monde conna\u00eet tout le monde, pour en dire du bien ou du mal. La suite de l\u2019histoire le prouve.<\/p>\n<p>Elle rencontre le roi qui n\u2019a d\u2019yeux que pour sa ma\u00eetresse, Louise de la Valli\u00e8re dont elle devient la confidente. Le roi la remarque\u00a0: elle a tout pour plaire, l\u2019esprit et la beaut\u00e9, la nouveaut\u00e9, une mani\u00e8re de dire du mal des gens, mais sans m\u00e9chancet\u00e9, juste pour s\u2019amuser et amuser le roi. Grand amoureux, il s\u2019\u00e9prend de cette nouvelle ma\u00eetresse, le mari apprend la v\u00e9rit\u00e9, va faire scandale \u00e0 la cour. Le cocu le plus c\u00e9l\u00e8bre de France se retrouve exil\u00e9 sur ses terres, en Gascogne. La Valli\u00e8re souffre discr\u00e8tement de cette rivale, devenue le paravent des nouvelles amours royales et la ris\u00e9e de la cour. Elle finira par quitter la place et entre au couvent des Carm\u00e9lites.<\/p>\n<p>En 1674, la Montespan devient la Favorite en titre, d\u00e9sormais expos\u00e9e \u00e0 tous les regards, cible de toutes les jalousies. Elle donnera sept enfants au roi, dont six l\u00e9gitim\u00e9s. Mais elle redoute les filles d\u2019honneur de la reine, chacune \u00e9tant une rivale en puissance\u2026 Elle fait supprimer le poste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019attelage du soleil \/ N\u2019aura jamais son pareil.<br>Il est de quatre chevaux \/ Qui ne sont ni bons ni beaux [\u2026]<br>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de deux cavales [\u2026] \/ Toutes deux fortes des reins<br>Toutes deux sont poulini\u00e8res, \/ L\u2019une est maigre au dernier point,<br>L\u2019autre cr\u00e8ve d\u2019embonpoint.\u00a0\u00bb<span id=\"880\" class=\"cit-num\">880<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson all\u00e9gorique sur les ministres et les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. <em>Nouvelle collection des m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de France\u00a0: depuis le <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e<\/em> (1837), J.\u00a0Michaud, <span class=\"caps\">J. J. F.<\/span> Poujoulat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson all\u00e9gorique, mais sans myst\u00e8re\u00a0: les quatre chevaux sont les ministres Le Tellier, son fils Louvois, Colbert et Lionne. Les deux cavales sont les ma\u00eetresses du roi, la Valli\u00e8re et Montespan. Et la France est toujours cette \u00ab\u00a0monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons\u00a0\u00bb qui se moquent de la censure, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019anonymat.<\/p>\n<p>La Montespan r\u00e8gne vraiment sur le roi pendant dix ans\u00a0: la plus belle \u00e9poque du Roi-Soleil qui offre \u00e0 Ath\u00e9na\u00efs tout ce dont une femme peut r\u00eaver, diamants, ch\u00e2teaux, honneurs divers. M\u00e9c\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e \u00e0 la grande \u00e9poque du m\u00e9c\u00e9nat royal, elle prot\u00e8ge personnellement La Fontaine, Moli\u00e8re, Lully, Quinault (son librettiste). La \u00ab\u00a0Sultane reine\u00a0\u00bb sera la plus grande favorite de l\u2019histoire en cette d\u00e9cennie magnifique, exer\u00e7ant tous ses talents \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la monarchie culmine.<\/p>\n<p>Mais avec le temps, l\u2019\u00e2ge et les maternit\u00e9s, elle prend de l\u2019embonpoint. Le roi, peut-\u00eatre las de cette vie trop brillante et de tous ces plaisirs fatigants, devient sensible au langage de sagesse de Madame de Maintenon \u2013 autre marquise \u00e0 suivre, bient\u00f4t charg\u00e9e de l\u2019\u00e9ducation des enfants royaux l\u00e9gitim\u00e9s. La jalousie entre ces deux femmes de caract\u00e8re oblige le roi \u00e0 intervenir. On imagine les rumeurs \u00e0 la cour et \u00e0 la ville\u00a0! Une troisi\u00e8me marquise s\u2019en fait naturellement l\u2019\u00e9cho\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde croit que l\u2019\u00e9toile de Madame de Montespan p\u00e2lit\u2026 Les uns tremblent, les autres se r\u00e9jouissent, les uns souhaitent l\u2019immutabilit\u00e9, les autres un changement de th\u00e9\u00e2tre\u2026 On regarde, on observe, on s\u2019imagine, on trouve des rayons de lumi\u00e8re sur des visages que l\u2019on trouvait indignes, il y a un mois, d\u2019\u00eatre compar\u00e9s aux autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre du 11 septembre 1676<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019infatigable comm\u00e8re d\u00e9crit la situation qui se complique encore \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Mlle de Fontanges, 17 ans, prot\u00e9g\u00e9e de la Montespan qui l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e au roi pour mieux le retenir. Jeu dangereux, mal jou\u00e9\u00a0! Louis retombe fou amoureux, la fille se retrouve enceinte et accouche d\u2019un pr\u00e9matur\u00e9 qui ne survit pas. Elle-m\u00eame va mourir d\u2019un mal myst\u00e9rieux \u2013 en pleine Affaire des Poisons\u00a0!! Madame de Montespan est soup\u00e7onn\u00e9e du pire\u2026 mais aussi d\u2019avoir donn\u00e9 des filtres d\u2019amour pour retenir le roi. Il se d\u00e9tourne d\u00e9finitivement d\u2019elle qui finira dans la d\u00e9votion. Mais la belle-s\u0153ur du roi, la fameuse Palatine ne d\u00e9sarme pas pour autant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame de Montespan a la peau comme quand les enfants s\u2019amusent \u00e0 jouer avec du papier, \u00e0 le plier et \u00e0 le replier\u00a0: tout son visage est recouvert de petites rides si rapproch\u00e9es des unes des autres que c\u2019en est \u00e9tonnant\u00a0; ses beaux cheveux sont blancs comme la neige, et toute la figure est rouge\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), Lettre \u00e0 la duchesse de Hanovre, Versailles, 29 d\u00e9cembre 1701<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impitoyable pour l\u2019ex-Sultane, reine d\u00e9chue, elle n\u2019\u00e9pargne pas davantage le fruit de ses amours royales. Encore un personnage \u00e0 suivre dans la cat\u00e9gorie des femmes influentes, \u00e9tonnantes.<\/p>\n<h4>8. Madame de Maintenon (1635-1719), \u00e9pouse morganatique et tr\u00e8s pieuse du roi devenu veuf, toujours viril et plus ou moins influenc\u00e9 par cette femme de devoir.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/madame_de_maintenon.jpg\" width=\"300\" height=\"301\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand roi du monde, couvert de gloire, \u00e9pouser la veuve Scarron\u00a0? Voulez-vous vous d\u00e9shonorer\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"894\" class=\"cit-num\">894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUVOIS<\/span> (1639-1691), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui lui fait part de son projet de mariage, 1683. <em>M\u00e9moires et r\u00e9flexions sur les principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1715), marquis de la Fare<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ose reprocher au roi son intention d\u2019\u00e9pouser Madame\u00a0de Maintenon, veuve d\u2019un boh\u00e8me des lettres\u00a0!<\/p>\n<p>Sans ressources, la \u00ab\u00a0veuve Scarron\u00a0\u00bb \u00e9tait devenue gouvernante des enfants de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Madame\u00a0de Montespan. La gouvernante supplanta la ma\u00eetresse. Apr\u00e8s la mort de sa femme Marie-Th\u00e9r\u00e8se (30\u00a0juillet 1683), le roi va \u00e9couter son c\u0153ur plut\u00f4t que son ministre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Il \u00e9pouse secr\u00e8tement (en 1683 ou 1684) Madame\u00a0de Maintenon qui ne pardonnera jamais \u00e0 Louvois\u00a0: il sera disgraci\u00e9 sur son intervention, apr\u00e8s la chute de Mayence (en 1689).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Madame Quatorze\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Madame de Maintenant\u00a0\u00bb sont deux autres surnoms spirituels et appropri\u00e9s, mais la Palatine ne supporte pas cette femme bien-pensante, ma\u00eetresse du roi promue \u00e9pouse et toujours plus influente\u00a0: c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019Ordure du roi, la Vieille touffe, la Ripop\u00e9e, la Vieille conne, la Vieille guenon\u00a0\u00bb\u2026 Il y a quand m\u00eame une bonne raison \u00e0 tant de haine\u00a0chez la Palatine\u00a0: Madame de Maintenon est en partie responsable de la d\u00e9vastation du Palatinat par les troupes fran\u00e7aises en 1688-1689, au d\u00e9but de la guerre de la Ligue d\u2019Augsbourg \u2013 l\u2019une des plus grandes erreurs du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, avec la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et les dragonnades contre les protestants. L\u2019influence politique r\u00e9elle de cette derni\u00e8re femme sur Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> fait toujours d\u00e9bat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu se sert de tous les moyens.\u00a0\u00bb<span id=\"899\" class=\"cit-num\">899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire de Madame de Maintenon et des principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1849), duc Paul de Noailles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au nom de la foi, elle se r\u00e9signe \u00e0 la brutalit\u00e9 des dragonnades, avec les enfants syst\u00e9matiquement enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents. Impossible qu\u2019elle n\u2019en ait pas eu connaissance, m\u00eame si les historiens en discutent encore.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, Madame de Maintenon \u2013\u00a0n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9\u00a0\u2013 est la petite-fille d\u2019Agrippa d\u2019Aubign\u00e9, farouche protestant qui s\u2019est battu toute sa vie pour sa religion et d\u00e9plorait que l\u2019\u00e9dit de Nantes, sign\u00e9 par son ami Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, ne f\u00eet pas la part assez belle aux r\u00e9form\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> appr\u00e9cie cette femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, se range souvent \u00e0 ses avis, redevient \u00ab\u00a0bon chr\u00e9tien\u00a0\u00bb et la baptise (avec ou sans ironie\u00a0?) \u00ab\u00a0Sainte Fran\u00e7oise\u00a0\u00bb. Le peuple va bient\u00f4t la d\u00e9tester.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e \/ Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e \/ Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit maintenant les faiblesses, le peuple prend cette femme pour bouc \u00e9missaire, cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires aussi m\u00e9diocres que La Feuillade, Marcin, Villeroy. L\u2019influence de cette femme de t\u00eate sur le roi vieillissant fait de plus en plus jaser en fin de r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes ne doivent jamais oublier qu\u2019elles sont l\u2019esclave de l\u2019opinion publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span>\u00a0(1635-1719), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se plaint avec dignit\u00e9 de ce fait \u00e9vident, mais il n\u2019est pas en son pouvoir de rien changer. Le roi lui-m\u00eame est expos\u00e9 \u00e0 la critique sur ce qu\u2019il a pr\u00e9sentement de plus cher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, avec sa charmante,\u00a0\/ Enferm\u00e9 dans Trianon,<br>Sur la mis\u00e8re pr\u00e9sente,\u00a0 \/ Se lamente sur ce ton\u00a0:<br>Et allons, ma tourlourette \/ Et allons, ma tourlouron.\u00a0\u00bb<span id=\"934\" class=\"cit-num\">934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Louis avec sa charmante<\/em>, chanson. <em>Le Nouveau Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Choix de chansons historiques et satiriques<\/em> (1857), Gustave Brunet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale ronge le pays et touche la cour, les marchands exigent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s comptant, pour livrer au roi le linge \u00e0 son usage personnel\u00a0!<\/p>\n<p>1709. Ann\u00e9e terrible. Le Grand Hiver est une catastrophe nationale qui hantera longtemps les m\u00e9moires. La Seine a gel\u00e9 de Paris \u00e0 son embouchure, les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces. Rappelons le t\u00e9moignage toujours cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons\u00a0\u00bb (procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne). C\u2019est la derni\u00e8re grande famine de notre histoire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, trouve un r\u00e9confort moral aupr\u00e8s de Madame\u00a0de Maintenon, mais devient conscient de la gravit\u00e9 de la situation. Il cherche \u00e0 n\u00e9gocier la paix pour mettre fin \u00e0 la tragique guerre de Succession d\u2019Espagne. La situation se redressera pourtant. Villars, mar\u00e9chal de France \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Flandre, redonne confiance aux troupes. Le si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> n\u2019est pas encore fini.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-48.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>9. La Palatine (1652-1722), m\u00e8re du R\u00e9gent qui \u00e9tonne et d\u00e9tone \u00e0 la cour par sa libert\u00e9 de ton.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_palatine.jpg\" width=\"400\" height=\"333\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma taille est monstrueuse, je suis carr\u00e9e comme un d\u00e9, la peau est d\u2019un rouge m\u00e9lang\u00e9 de jaune, je commence \u00e0 grisonner, j\u2019ai les cheveux poivre et sel, le front et le pourtour des yeux sont rid\u00e9s, le nez est de travers comme jadis, mais festonn\u00e9 par la petite v\u00e9role, de m\u00eame que les joues\u00a0; je les ai pendantes, de grandes m\u00e2choires, des dents d\u00e9labr\u00e9es\u00a0; la bouche aussi est un peu chang\u00e9e, car elle est devenue plus grande et les rides sont aux coins\u00a0: voil\u00e0 la belle figure que j\u2019ai, ch\u00e8re Amelise\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), Lettre \u00e0 sa demi-s\u0153ur, 22 ao\u00fbt 1698<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cruel autoportrait, dans l\u2019une des 60\u00a0000 lettres qui valent \u00e0 son auteur un surnom pour le moins original\u00a0: Oc\u00e9an d\u2019encre. Madame de S\u00e9vign\u00e9 est battue, m\u00eame si les deux femmes ne jouent pas sur le m\u00eame terrain ni avec les m\u00eames armes. L\u2019une cr\u00e9e un genre litt\u00e9raire et le porte \u00e0 la perfection \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, l\u2019autre \u00ab\u00a0d\u00e9balle\u00a0\u00bb au fil de ses emportements et ne s\u2019impose aucune censure de fond ni de forme. C\u2019est un personnage totalement atypique du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Venue de Bavi\u00e8re, la Palatine \u00e9pousa Monsieur, fr\u00e8re du roi (veuf de la premi\u00e8re Madame, Henriette d\u2019Angleterre, morte en 1670 \u00e0 26 ans). Ils firent trois enfants pour assurer la descendance, et ensuite lit \u00e0 part \u2013 lui n\u2019aimait pas les femmes,\u00a0 elle \u00e9tait devenue ob\u00e8se et marqu\u00e9e par la petite v\u00e9role, ainsi qu\u2019elle se d\u00e9crit sans complaisance.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9pargne pas non plus les gens de la cour \u2013 sauf son beau-fr\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, par respect d\u00fb au roi. Il lui en voudra des abominables surnoms donn\u00e9s \u00e0 sa seconde \u00e9pouse, Madame de Maintenon, mais \u00e0 la mort de son fr\u00e8re (Monsieur) et contrairement \u00e0 la r\u00e8gle, il autorisera la veuve Palatine \u00e0 conserver son rang, ses r\u00e9sidences et ses appartements au ch\u00e2teau de Versailles. Elle nous laisse un t\u00e9moignage litt\u00e9ralement extraordinaire de la vie \u00e0 la Cour du Roi Soleil, alliant un humour rare et une insolente franchise qui manquent aux <em>M\u00e9moire<\/em> de Saint Simon dont l\u2019envie et l\u2019aigreur alt\u00e8rent parfois le jugement. M\u00e8re du R\u00e9gent, on la retrouvera sous la R\u00e9gence, jugeant son propre fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aura tous les talents, except\u00e9 celui d\u2019en faire usage.\u00a0\u00bb<span id=\"1070\" class=\"cit-num\">1070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), parlant de son fils, le R\u00e9gent, et \u00ab\u00a0citant\u00a0\u00bb avec humour la mauvaise f\u00e9e venue lui jeter un sort, lors de ses couches.<em> Histoire de France<\/em> (1852), Augustin Challamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son amour maternel ne l\u2019aveugle pas sur ce fils qu\u2019elle n\u2019\u00e9pargne gu\u00e8re\u00a0: premier prince du sang, elle le gifle devant la cour \u00e0 l\u2019annonce de son mariage avec Mlle\u00a0de Blois, fille l\u00e9gitim\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la Montespan, malgr\u00e9 tout b\u00e2tarde et \u00ab\u00a0qui ressemble \u00e0 un cul comme deux gouttes d\u2019eau\u00a0\u00bb.<br>Elle admire son intelligence, ses succ\u00e8s militaires. Pierre Gaxotte confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait re\u00e7u en partage tous les dons de l\u2019intelligence, toutes les curiosit\u00e9s de l\u2019esprit, une bont\u00e9 r\u00e9elle et expansive, une bravoure, une endurance et des talents qui avaient brill\u00e9 \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>).<\/p>\n<p>Mais elle d\u00e9plore ses m\u0153urs indignes d\u2019un R\u00e9gent\u00a0: il multiplie les blasph\u00e8mes, les beuveries et les b\u00e2tards, se plaisant en mauvaise compagnie (avec ses \u00ab\u00a0rou\u00e9s\u00a0\u00bb, bons pour le supplice de la roue), soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019inceste (avec sa fille), de sorcellerie et d\u2019empoisonnement (sur la personne de ses cousins). Son go\u00fbt de la provocation le pousse \u00e0 afficher ses pires c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<h4>10. Marquise du Deffand (1696-1780), \u00e9pistoli\u00e8re et salonni\u00e8re tr\u00e8s repr\u00e9sentative du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et amie de Voltaire.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marquise_du_deffand.jpg\" width=\"400\" height=\"314\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On taxe tout, hormis l\u2019air que nous respirons.\u00a0\u00bb<span id=\"967\" class=\"cit-num\">967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780).<em> Histoire de France<\/em> (1924), Jacques Bainville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et l\u2019historien ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui viendra d\u2019ailleurs sous la R\u00e9volution, avec l\u2019imp\u00f4t des portes et fen\u00eatres.\u00a0\u00bb La marquise, amie des encyclop\u00e9distes, paie proportionnellement beaucoup moins que le peuple et peut pourtant se plaindre d\u2019imp\u00f4ts nouveaux, tels les vingti\u00e8mes, cens\u00e9s frapper les nobles et les propri\u00e9taires. Mais les vices inh\u00e9rents \u00e0 la perception les rendent \u00e0 la fois injustes et inefficaces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes sont aussi jaloux sur le chapitre de l\u2019esprit que les femmes sur celui de la beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). <em>Les Maximes et pens\u00e9es<\/em> (1780)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Issue d\u2019une famille de Bourgogne noble, mais pauvre, elle \u00e9pousa, en 1718 le marquis du Deffand, homme d\u2019un certain \u00e2ge pour qui elle n\u2019a aucune estime. \u00c9pistoli\u00e8re et salonni\u00e8re, on la d\u00e9crit comme la plus brillante intelligence et le caract\u00e8re le plus difficile parmi les nombreuses femmes qui tiennent salon au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Souvent (presque) aussi belles que spirituelles, il y a Madame de Lambert qui cultive le \u00ab\u00a0lambertinage\u00a0\u00bb, la duchesse du Maine qui affiche la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 parisienne oppos\u00e9e \u00e0 la cour de Versailles, Madame du Tencin qui m\u00eale l\u2019intrigue politique aux discussions philosophiques, Madame Geoffrin n\u00e9 bourgeoise et peu instruite, mais r\u00e9put\u00e9e tenir \u00ab\u00a0bureau d\u2019esprit\u00a0\u00bb et Mlle de Lespinasse, la moins jolie (d\u00e9figur\u00e9e par la petite v\u00e9role) mais la plus attachante de toutes, la ni\u00e8ce et la dame de compagnie de Madame du Deffand, t\u00e2che ingrate qui lui permet de se faire beaucoup de relations, d\u2019o\u00f9 la jalousie de sa tante qui la renvoie au terme d\u2019une brouille retentissante en 1763, apr\u00e8s quoi Julie tiendra son propre salon, victime de ses passions malheureuses et morte \u00e0 43 ans.<\/p>\n<p>Orgueilleuse (et souvent vaniteuse), cynique et m\u00e9prisante, Madame du Deffand n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire \u00ab\u00a0un bon mot\u00a0\u00bb au prix d\u2019un mauvais jugement. Le plus connu vise <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> de Montesquieu,\u00a0 paru en\u00a01748 \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0 \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb dit-elle. Cet ouvrage fondateur de la science politique remporte aussit\u00f4t un succ\u00e8s consid\u00e9rable, 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! Malgr\u00e9 tous ses d\u00e9fauts, la marquise du Deffand peut s\u2019enorgueillir de ses habitu\u00e9s, tous les savants, les \u00e9crivains, les beaux esprits et les gens du monde qu\u2019elle re\u00e7oit. Voltaire est l\u2019un de ses favoris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous, Monsieur, ce qui fait que je vous trouve un grand philosophe\u00a0? C\u2019est que vous \u00eates devenu riche\u00a0! Tous ceux qui disent qu\u2019on peut \u00eatre heureux et libre dans la pauvret\u00e9 sont des menteurs, des fous et des sots.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780), Lettre \u00e0 Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle admire aussi ses mani\u00e8res parfaites, son esprit et son intelligence. Il lui pr\u00e9senta \u00c9milie du Ch\u00e2telet \u2013personnage \u00e0 suivre \u2013 dans l\u2019espoir que ses deux amies deviennent amies. Mission impossible avec deux femmes de fort caract\u00e8re\u00a0! Mais Voltaire restera fid\u00e8le \u00e0 l\u2019une et l\u2019autre. Sa <em>Correspondance<\/em> avec Madame du Deffand reste un classique du genre et nous h\u00e9ritons en prime de leur dialogue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais, monsieur de Voltaire, amant d\u00e9clar\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, dites-moi de bonne foi, l\u2019avez-vous trouv\u00e9e\u00a0? Vous combattez et d\u00e9truisez toutes les erreurs; mais que mettez-vous \u00e0 leur place?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). Lettre \u00e0 Voltaire, 28 d\u00e9cembre 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Remarque tr\u00e8s juste et valable pour tous les philosophes des Lumi\u00e8res, \u00e0 l\u2019exception de Rousseau le seul vraiment r\u00e9volutionnaire (et bient\u00f4t ma\u00eetre \u00e0 penser de Robespierre). Ils critiquent \u00e0 juste toutes les institutions de l\u2019Ancien R\u00e9gime, sans se rendre compte des cons\u00e9quences de cette \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les conditions, toutes les esp\u00e8ces me paraissent \u00e9galement malheureuses, depuis l\u2019ange jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hu\u00eetre\u00a0; le f\u00e2cheux, c\u2019est d\u2019\u00eatre n\u00e9, et l\u2019on peut pourtant dire de ce malheur-l\u00e0 que le rem\u00e8de est pire que le mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). Cit\u00e9 par \u00c9mile Henriot dans <em>Portraits de femmes, de Marie de France \u00e0 Katherine Mansfield<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sans doute la cl\u00e9 de son caract\u00e8re et son originalit\u00e9 au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res o\u00f9 le bonheur fait loi. Il y a deux exceptions\u00a0: Rousseau l\u2019\u00e9ternel pers\u00e9cut\u00e9 qui fuit la soci\u00e9t\u00e9 et Madame du Deffand qui tient salon jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, tout en d\u00e9plorant son humaine condition\u00a0: \u00ab\u00a0Dites-moi pourquoi, d\u00e9testant la vie, je redoute la mort. Y a-t-il un autre monde o\u00f9 nous aurons un r\u00f4le \u00e0 jouer\u00a0? Comment croit-on ce que l\u2019on ne comprend pas\u00a0?\u00a0\u00bb Paradoxe de la situation, son plus fid\u00e8le ami est Voltaire, l\u2019homme qui fit profession d\u2019\u00eatre heureux tout au long de sa vie par ailleurs fort r\u00e9ussie \u00e0 tout point de vue\u00a0: la gloire, l\u2019argent, les honneurs, la pens\u00e9e philosophique. Le philosophe pourtant sans illusion sur la nature humaine n\u2019a heureusement jamais suivi le conseil de sa vieille amie\u00a0: \u00ab\u00a0Ne contez pas votre bonheur aux amis pour ne pas faire d\u2019envieux. Ne leur contez pas vos tristesses pour ne pas faire d\u2019heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>11. \u00c9milie du Ch\u00e2telet (1706-1749), la Divine \u00c9milie ch\u00e8re \u00e0 Voltaire, premi\u00e8re femme philosophe, adepte de Newton et n\u00e9anmoins fort coquette.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/emilie_du_chatelet.jpg\" width=\"400\" height=\"434\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes nulles suivent la mode, les pr\u00e9tentieuses l\u2019exag\u00e8rent, mais les femmes de go\u00fbt pactisent agr\u00e9ablement avec elle.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9milie du <span class=\"caps\">CH\u00c2TELET<\/span> (1706-1749), <em>Discours sur le bonheur<\/em> (posthume, 1779)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Math\u00e9maticienne, femme de lettres et d\u2019esprit, physicienne fran\u00e7aise et acad\u00e9micienne, on a pu dire que la marquise du Ch\u00e2telet fut \u00ab\u00a0la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb beaucoup plus que la ma\u00eetresse du philosophe. Quoique\u2026<\/p>\n<p>Il la surnomme \u00ab\u00a0Madame Pompon\u00a0\u00bb \u2013 \u00c9milie est coquette, souvent trop maquill\u00e9e, pas sp\u00e9cialement jolie, \u00ab\u00a0grande et s\u00e8che, sans cul, sans hanches, la poitrine \u00e9troite, deux petits t\u00e9tons arrivant de fort loin\u00a0\u00bb dit une rivale. Mais la jeune marquise dont Voltaire s\u2019est \u00e9pris brille de mille autres feux. Assoiff\u00e9e de connaissances, elle plonge jour et nuit dans l\u2019\u00e9tude de la physique et des math\u00e9matiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tudie la philosophie de Newton sous les yeux d\u2019\u00c9milie, qui est \u00e0 mon gr\u00e9 encore plus aimable que Newton.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Maupertuis, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences, professeur de math\u00e9matiques et ex-amant d\u2019\u00c9milie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout commence en 1735. L\u2019\u00e9crivain doit quitter la capitale au plus vite. Ses<em> Lettres philosophiques<\/em> ont d\u00e9plu au pouvoir et il veut \u00e9viter un nouveau s\u00e9jour \u00e0 la Bastille. \u00c9perdument amoureuse, \u00c9milie lui ouvre les portes de son ch\u00e2teau de Cirey dans le duch\u00e9 de Lorraine. Florent Claude du Ch\u00e2telet, le mari qui lui a fait trois enfants, est un militaire toujours absent. Il feint d\u2019ignorer l\u2019adult\u00e8re. Voltaire (41 ans) et Madame du Ch\u00e2telet (29 ans) vont vivre ensemble durant quatorze ans la plus folle et intellectuelle romance des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>L\u2019exil\u00e9 transforme le ch\u00e2teau \u00e0 ses frais. Il am\u00e9nage une vaste biblioth\u00e8que, un vrai th\u00e9\u00e2tre \u2013 passion et passe-temps favori du philosophe. Dans une galerie, il fait installer pour la scientifique la plus \u00e9clair\u00e9e du si\u00e8cle un authentique laboratoire, \u00e9quip\u00e9 de microscopes, barom\u00e8tres, t\u00e9lescopes. Elle d\u00e9montre exp\u00e9rimentalement la th\u00e9orie du physicien Leibniz, selon laquelle l\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique (dite \u00ab\u00a0force vive\u00a0\u00bb) est proportionnelle \u00e0 la masse et au carr\u00e9 de la vitesse. Renomm\u00e9e pour sa traduction des <em>Principia Mathematica<\/em> de Newton (qui fait toujours autorit\u00e9), \u00ab\u00a0Pompon Newton\u00a0\u00bb est la plus d\u00e9licieuse des ma\u00eetresses au double sens du terme\u00a0! Leur complicit\u00e9 intellectuelle est intense. La marquise se r\u00e9veille aux aurores, lit \u00e0 Voltaire des textes en anglais ou en latin. La plus brillante \u00e9l\u00e8ve du grand math\u00e9maticien Maupertuis (lui aussi son amant) initie l\u2019\u00e9crivain aux mati\u00e8res scientifiques.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re ann\u00e9e de sa vie, elle s\u2019\u00e9prend d\u2019un jeune po\u00e8te et militaire tout en restant l\u2019amie de Voltaire. Elle meurt \u00e0 42 ans d\u2019une fi\u00e8vre puerp\u00e9rale, quelques jours apr\u00e8s l\u2019accouchement. Mais Voltaire n\u2019oubliera jamais la Divine \u00c9milie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle fut la premi\u00e8re femme scientifique en France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lisabeth <span class=\"caps\">BADINTER<\/span> (n\u00e9e en 1944), <em>\u00c9milie ou l\u2019ambition f\u00e9minine au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1984)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son nom souvent ignor\u00e9 aujourd\u2019hui en fait simplement la \u00ab\u00a0ma\u00eetresse de Voltaire\u00a0\u00bb. Cet essai lui rend justice.<\/p>\n<h4>12. Marie Leczinska (1703-1768), reine \u00e0 jamais amoureuse de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien aim\u00e9, bient\u00f4t lass\u00e9 de cette femme soumise et toujours enceinte.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marie_leszczinska.jpg\" width=\"400\" height=\"283\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse de Pologne avait pr\u00e8s de vingt-deux ans, bien faite et aimable de sa personne, ayant d\u2019ailleurs toute la vertu, tout l\u2019esprit, toute la raison qu\u2019on pouvait d\u00e9sirer dans la femme d\u2019un roi qui avait quinze ans et demi.\u00a0\u00bb<span id=\"1095\" class=\"cit-num\">1095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vertu est indiscutable chez la nouvelle reine de France \u2013 et le demeura. Peut-\u00eatre le bonheur la f\u00eet elle jolie un temps, car elle adorait son roi qui en faut aussit\u00f4t \u00e9pris. Mais son propre p\u00e8re, le roi de Pologne, assurait n\u2019avoir jamais connu de reines plus ennuyeuses que sa femme et sa fille\u00a0! Or Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, de nature m\u00e9lancolique, aura surtout besoin de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de gaiet\u00e9, d\u2019esprit. On ne peut donc imaginer couple plus mal assorti. Et pourtant\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le mariage (4\u00a0septembre 1725) et selon le t\u00e9moignage de Villars, fringant septuag\u00e9naire, \u00ab\u00a0la nuit du 5 au 6 a \u00e9t\u00e9 pour notre jeune roi une des plus glorieuses [\u2026] la nuit du 6 au 7 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Le roi, comme vous croyez bien, est fort content de lui et de la reine, laquelle, en v\u00e9rit\u00e9, est avec raison bien reine de toutes les fa\u00e7ons.\u00a0\u00bb Le duc de Bourbon confirme par lettre au p\u00e8re de la mari\u00e9e que le roi donna \u00e0 la reine \u00ab\u00a0sept preuves de tendresse\u00a0\u00bb la premi\u00e8re nuit qui avait dur\u00e9 treize heures.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but de la carri\u00e8re amoureuse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et la preuve que les rois n\u2019ont pas de vie priv\u00e9e. Toujours ce m\u00e9lange de petite et grande histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la vocation assign\u00e9e \u00e0 une reine. C\u2019est peu dire qu\u2019elle fait son devoir.\u00a0 En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<br>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es. Mais elle reste populaire et garde son surnom\u00a0: \u00ab\u00a0Notre Bonne Reine\u00a0\u00bb. La prochaine, Marie-Antoinette l\u2019Autrichienne, finira en Veuve Capet, d\u00e9chue, ha\u00efe et guillotin\u00e9e.<\/p>\n<h4>13. La Pompadour (1721-1764), favorite royale en titre et bien en place, femme d\u2019influence et de caract\u00e8re, cible de toutes les calomnies et jalousies, \u00e0 la vie \u00e0 la mort.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pompadour.jpg\" width=\"400\" height=\"321\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour. <em>Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine qui ne se plaint jamais de ses liaisons trouve certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0(1721-1764)\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes passantes et durant vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>Le Dauphin qui la d\u00e9teste l\u2019appelle\u00a0: \u00ab\u00a0Maman putain\u00a0\u00bb. Au couvent des Ursulines de Poissy o\u00f9 elle fut plac\u00e9e \u00e0 cinq ans et malheureuse de se croire abandonn\u00e9e par ses parents, on la surnommait gentiment \u00ab\u00a0Reinette\u00a0\u00bb, petite reine. Tr\u00e8s jeune, son esprit et sa beaut\u00e9 la font remarquer dans les salons litt\u00e9raires (notamment chez Madame du Tencin et Madame Geoffrin). Relations aidant, elle rencontre le roi, d\u00e9guis\u00e9e en Diane Chasseresse lors d\u2019un bal masqu\u00e9 o\u00f9 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> la remarque. D\u00e8s que l\u2019int\u00e9r\u00eat du roi se confirme, la cour parle en bien ou en mal de \u00ab\u00a0Pompon\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Pomponette\u00a0\u00bb. Au si\u00e8cle suivant, <em>Pomponette et Pompadour<\/em> devient une com\u00e9die-vaudeville de Mol\u00e9-Gentilhomme, cr\u00e9\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s en 1850.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle avait le grand art de distraire l\u2019homme du royaume le plus difficile \u00e0 amuser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte <span class=\"caps\">DUFORT<\/span> de <span class=\"caps\">CHEVERNY<\/span> (1731-1802), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e9morialiste et introducteur des ambassadeurs (officier du service des C\u00e9r\u00e9monies de la Maison du roi, charg\u00e9 de conduire les \u00e9trangers \u00e0 l\u2019audience royale \u2013 \u00e9quivalent du Directeur du Protocole au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res), il r\u00e9sume parfaitement le premier r\u00f4le de la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb<span id=\"1151\" class=\"cit-num\">1151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise de <span class=\"caps\">POMPADOUR<\/span> (1721-1764), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fin 1757.<em> Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La marquise tente de r\u00e9conforter le roi toujours m\u00e9lancolique, de surcro\u00eet fort affect\u00e9 par la d\u00e9faite de son favori et de son arm\u00e9e \u00e0 Rossbach, le 5\u00a0novembre. \u00ab\u00a0Il ne faut point vous affliger\u00a0: vous tomberiez malade. Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb Le mot fut attribu\u00e9 \u00e0 la favorite pour illustrer l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019\u00e9go\u00efsme qu\u2019on lui pr\u00eatait.<\/p>\n<p>Le mot est aussi attribu\u00e9 au roi, pour les m\u00eames raisons, mais dans un autre contexte. Il parle du Dauphin et signifie un peu l\u00e9g\u00e8rement qu\u2019il se moque bien ce qu\u2019il adviendra de la France, quand lui-m\u00eame sera mort. Voltaire le cite, pour stigmatiser \u00ab\u00a0cet \u00e9go\u00efste de droit divin\u00a0\u00bb qui n\u2019aime rien et que tout ennuie (\u00c9douard de Pompery, <em>Le Vrai Voltaire<\/em>, 1867). Derni\u00e8re explication\u00a0: l\u2019astronome Maupertuis avait annonc\u00e9 pour 1758 le retour de la com\u00e8te de Halley, cens\u00e9e provoquer un d\u00e9luge. Et les plus fatalistes de s\u2019exclamer\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la vie de favorite royale, surtout sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, est un m\u00e9tier ingrat, malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi faisant place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750, la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re \/ L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re \/ Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux aupr\u00e8s des (quatre\u00a0!) s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands seigneurs s\u2019avilissent,<br>Les financiers s\u2019enrichissent,<br>Tous les Poissons s\u2019agrandissent.<br>C\u2019est le r\u00e8gne des vauriens.\u00a0\u00bb<span id=\"1162\" class=\"cit-num\">1162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade, attribu\u00e9e \u00e0 Pont-de-Veyle (1697-1774).<em> Journal historique\u00a0: depuis 1748 jusqu\u2019en 1772<\/em> (1807), Charles Coll\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s\u2019\u00e9tale \u00e0 la cour o\u00f9 r\u00e8gne la Pompadour et s\u2019affiche dans des milieux prosp\u00e8res et \u00e2pres au gain, du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates comme des bourgeois. La favorite fait am\u00e9nager ses nombreuses r\u00e9sidences (h\u00f4tel d\u2019\u00c9vreux, futur \u00c9lys\u00e9e, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son fr\u00e8re Abel Poisson, nomm\u00e9 marquis de Marigny, \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des B\u00e2timents o\u00f9 il se montre d\u2019ailleurs bon administrateur. Mais le peuple s\u2019en irrite\u00a0: \u00ab\u00a0On \u00e9puise la finance\u00a0\/ En b\u00e2timent, en d\u00e9penses,\u00a0\/ L\u2019\u00c9tat tombe en d\u00e9cadence\u00a0\/ Le roi ne met ordre \u00e0 rien\u00a0\/ Une petite bourgeoise\u00a0\/ \u00c9lev\u00e9e \u00e0 la grivoise\u00a0\/ Mesurant tout \u00e0 la toise\u00a0\/ Fait de l\u2019amour un taudis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La marquise n\u2019aura pas beau temps pour son voyage.\u00a0\u00bb<span id=\"1173\" class=\"cit-num\">1173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), voyant le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa favorite quitter Versailles sous la pluie battante, 17\u00a0avril 1764. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1890), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9, toujours mis en situation, jusque dans les dictionnaires historiques anglo-saxons. Preuve de la notori\u00e9t\u00e9 des deux personnages. Mais l\u2019histoire est injuste envers ce roi, en citant ces mots \u00ab\u00a0\u00e0 charge\u00a0\u00bb. Son valet de chambre, Champlost, \u00e9voque la sc\u00e8ne et t\u00e9moigne d\u2019une peine r\u00e9elle. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> se mit sur le balcon malgr\u00e9 l\u2019orage, nue t\u00eate, pleura et murmura ainsi d\u00e9couvert\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 les seuls devoirs que j\u2019ai pu lui rendre. Une amie de vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Pompadour est morte d\u2019\u00e9puisement, \u00e0 42\u00a0ans (le 15\u00a0avril). Elle savait qu\u2019elle ne vivrait pas vieille. Cardiaque, d\u2019une maigreur mal dissimul\u00e9e sous la toilette, elle continuait sa vie tr\u00e9pidante. Les courants d\u2019air de Versailles ont aussi leur part dans sa congestion pulmonaire. Derni\u00e8re faveur du roi, il lui a permis de mourir au ch\u00e2teau \u2013 privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux rois et princes du sang. Sit\u00f4t apr\u00e8s, le cort\u00e8ge devait quitter les lieux. Selon d\u2019autres t\u00e9moins, le roi fut seulement indiff\u00e9rent, et la reine elle-m\u00eame en fut choqu\u00e9e. Car elle aimait bien la marquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je re\u00e7ois le corps de tr\u00e8s haute et tr\u00e8s puissante dame, Madame la marquise de Pompadour, dame du palais de la Reine. Elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9cole de toutes les vertus, car la Reine est un mod\u00e8le de bont\u00e9, de pi\u00e9t\u00e9, de modestie et d\u2019indulgence\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"1174\" class=\"cit-num\">1174<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e8re <span class=\"caps\">R\u00c9MI<\/span> de Reims (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), Oraison fun\u00e8bre de Mme\u00a0de Pompadour, 17\u00a0avril 1764. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tous les participants ont remarqu\u00e9 l\u2019habilet\u00e9 du pr\u00e9dicateur capucin, charg\u00e9 de ce dernier hommage \u00e0 la ma\u00eetresse du roi et qui s\u2019en tire en faisant l\u2019\u00e9loge de sa femme l\u00e9gitime, Marie Leczinska, durant un quart d\u2019heure\u00a0! C\u2019est la famille qui a demand\u00e9 une oraison fun\u00e8bre, avant l\u2019inhumation du corps. Certes, Mme\u00a0de Pompadour est morte avec une pi\u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e, mais le fait reste exceptionnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques, et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<h4>14. Catherine <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie dite la Grande (1729-1706), m\u00e9c\u00e8ne et despote \u00e9clair\u00e9e en relation avec Voltaire et Diderot.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/catherine_ii_de_russie.jpg\" width=\"400\" height=\"408\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chez nous, il est d\u00e9fendu de pers\u00e9cuter. Nous avons, il est vrai, des fanatiques qui, faute de pers\u00e9cution, se br\u00fblent eux-m\u00eames, mais si ceux des autres pays en faisaient autant, il n\u2019y aurait pas grand mal, le monde n\u2019en serait que plus tranquille.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 Voltaire, 28 novembre 1765<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catherine s\u2019est sinc\u00e8rement passionn\u00e9e pour l\u2019\u0153uvre de Voltaire, au risque d\u2019encourir les foudres de son \u00e9poux Pierre <span class=\"caps\">III<\/span> de Russie. Elle r\u00e9ussit \u00e0 faire d\u00e9tr\u00f4ner l\u2019empereur de 34 ans qui s\u2019est fait d\u00e9tester apr\u00e8s six mois de r\u00e8gne \u2013 jet\u00e9 en prison et sans doute \u00e9trangl\u00e9. Devenue imp\u00e9ratrice, elle est surnomm\u00e9e Catherine la Grande pour ses qualit\u00e9s souveraines. \u00ab\u00a0L\u2019ignorance du peuple nous garantit de sa soumission\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est assur\u00e9ment parler en despote. Mais comme ses contemporains les rois Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse, Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Su\u00e8de et Maximilien\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Bavi\u00e8re, ils font partie de ces \u00ab\u00a0despotes \u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb en raison de leur fr\u00e9quentation assidue des philosophes dit \u00ab\u00a0des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Voltaire d\u00e9fend l\u2019action de Catherine <span class=\"caps\">II<\/span>, avec une ouverture d\u2019esprit qui fait d\u00e9faut \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Il va logiquement entrer en relation \u00e9pistolaire avec celle qu\u2019il surnomme famili\u00e8rement \u00ab\u00a0Ma Catau\u00a0\u00bb. Ce diminutif de Catherine est aussi une variante de \u00ab\u00a0catin\u00a0\u00bb\u2026 et ce n\u2019est pas un hasard. L\u2019Imp\u00e9ratrice aux 21 favoris (en 35 ans de r\u00e8gne) \u00e9tait connue pour collectionner les amants pas toujours heureux. Prudent, le \u00ab\u00a0voyageur de l\u2019Europe\u00a0\u00bb ne se risquera pas en Russie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aimerais que l\u2019\u00e9quateur change\u00e2t de position\u00a0: l\u2019id\u00e9e riante que dans vingt mille ans la Sib\u00e9rie, au lieu de glaces, pourra \u00eatre couverte d\u2019orangers et de citronniers, me fait plaisir d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), \u00e0 Voltaire, 6 octobre 1772<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plaisante id\u00e9e du r\u00e9chauffement climatique. On ne s\u2019entretenait pas seulement philosophie avec le \u00ab\u00a0Roi Voltaire\u00a0\u00bb qui jouait \u00e0 Ferney l\u2019\u00ab\u00a0Aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb et recevait tous les Noms qui comptent, mais pas Catherine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis que Voltaire est mort, il me semble qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019honneur attach\u00e9 \u00e0 la belle humeur\u00a0; c\u2019\u00e9tait lui qui \u00e9tait la divinit\u00e9 et la gaiet\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 Grimm, 21 juin 1778<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais il lui reste Diderot qui fera le voyage \u00e0 P\u00e9tersbourg (octobre 1773-mars 1774). Elle l\u2019invite pour venir publier en Russie<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 interdite \u00e0 Paris. Ils correspondent assid\u00fbment et depuis longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez toujours, entre hommes on peut tout dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Russie (1729-1796), Lettre \u00e0 son ami Diderot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1765, Diderot s\u2019appr\u00eatait \u00e0 faire ce qui fendrait le c\u0153ur de tout bibliophile\u00a0: vendre le contenu de sa biblioth\u00e8que pour se sortir d\u2019une mauvaise passe financi\u00e8re. L\u2019imp\u00e9ratrice apprenant la nouvelle lui fit une proposition g\u00e9n\u00e9reuse\u00a0: elle ach\u00e8terait ses livres, mais laisserait Diderot les conserver jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Elle lui offrirait m\u00eame une allocation annuelle pour \u00eatre le biblioth\u00e9caire de ses propres ouvrages.<\/p>\n<p>Une telle offre ne va pas sans contrepartie. En \u00e9change de ses largesses, Diderot finira par honorer son invitation \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, lui qui d\u00e9teste voyager\u00a0! Il restera cinq mois d\u2019hiver. Chaque jour, entre 15 et 17 heures, l\u2019imp\u00e9ratrice et le philosophe discutent de politique, de droit, de soci\u00e9t\u00e9 et de litt\u00e9rature. Mais il ne put la convaincre d\u2019abolir l\u2019esclavage, ce crime contre nature, elle se lan\u00e7a m\u00eame dans une politique expansionniste jusqu\u2019\u00e0 \u00e9tendre le servage en Ukraine pour mieux asseoir son pouvoir. Quant \u00e0 d\u00e9placer sa capitale de Saint P\u00e9tersbourg \u00e0 Moscou au pr\u00e9texte que plus au sud, il y faisait moins froid\u2026 \u00ab\u00a0entre hommes on peut tout dire\u00a0\u00bb, mais c\u2019est quand m\u00eame la souveraine qui l\u2019emporte sur le philosophe.<\/p>\n<h4>15. Poissardes, hareng\u00e8res et dames de la Halle, reflet de l\u2019opinion publique et d\u00e9fi \u00e0 la censure jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/poissarde.jpg\" width=\"400\" height=\"417\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Elles ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade. Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait grand scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.\u00a0<\/p>\n<p>Comme le dit Eug\u00e8ne Scribe dans son<em> Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb Le mot fut souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, mais on oublie de pr\u00e9ciser le r\u00f4le des femmes de la rue group\u00e9es dans cette protestation qui va d\u00e9boucher sur la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces grands \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux \/ F\u2019ront-ils du brouet d\u2019andouille\u00a0?<br>Ces messieurs s\u2019ront-ils si sots \/ Que d\u2019s\u2019en retourner chez eux bredouilles,<br>Quand par miracle un bon roi \/ Veut faire l\u2019bien d\u2019si bonne foi\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1259\" class=\"cit-num\">1259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Motion des hareng\u00e8res de la halle<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple, reconnaissant au roi de la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, a quand m\u00eame un doute apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la pr\u00e9c\u00e9dente Assembl\u00e9e des notables. Et ce sont \u00e0 nouveau les femmes qui donnent de la voix. Cependant que l\u2019historien fran\u00e7ais le plus populaire commente\u00a0: \u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits\u00a0\u00bb. Jules Michelet, <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>).<\/p>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IV. Si\u00e8cle de Louis XIV et si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs. 1. Anne d\u2019Autriche (1601-1666), femme de Louis [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":791,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9351","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9351","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9351"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9351\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15734,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9351\/revisions\/15734"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9351"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9351"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9351"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}