{"id":9430,"date":"2026-07-27T08:35:41","date_gmt":"2026-07-27T06:35:41","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/femmes-historiques-premiere-moitie-du-xxe-siecle\/"},"modified":"2026-07-27T08:35:41","modified_gmt":"2026-07-27T06:35:41","slug":"femmes-historiques-premiere-moitie-du-xxe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/femmes-historiques-premiere-moitie-du-xxe-siecle\/","title":{"rendered":"Femmes historiques (premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"9430\" class=\"elementor elementor-9430\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-67a197e e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"67a197e\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-765efc86 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"765efc86\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><h3>\u00c9pisode 9\u00a0: les femmes historiques de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle<\/h3><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-101.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>1. Marie Curie (1867-1934), Polonaise mari\u00e9e \u00e0 Pierre Curie, couple vou\u00e9 \u00e0 la science, nob\u00e9lis\u00e9 et panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4><p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marie_curie_0.jpg\" width=\"453\" height=\"622\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vie n\u2019est facile pour aucun de nous. Mais il faut avoir de la pers\u00e9v\u00e9rance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l\u2019on est dou\u00e9 pour quelque chose, et que cette chose, il faut l\u2019atteindre co\u00fbte que co\u00fbte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"34\" class=\"cit-num\">34<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) <em>Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p><\/blockquote><p>D\u2019apparence froide, allure aust\u00e8re, silhouette fantomatique, toujours en noir, elle n\u2019a aucun souci de son apparence. Son monde reste celui des laboratoires, des chaudrons fumants et des fioles d\u00e9bordant de liquide incandescent. Les images que nous en avons semblent d\u2019un autre \u00e2ge.<br>Veuve \u00e0 39 ans, Marie Curie se retrouve seule \u00e0 \u00e9lever ses deux filles, \u00c8ve et Ir\u00e8ne.<\/p><p>Ir\u00e8ne Joliot-Curie recevra comme ses parents le prix Nobel de chimie en 1935 avec son \u00e9poux Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie pour leurs travaux sur la radioactivit\u00e9 artificielle. Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la recherche scientifique, c\u2019est l\u2019une des trois premi\u00e8res femmes faisant partie d\u2019un gouvernement en 1936, sous le Front Populaire.<\/p><p>\u00c8ve Curie \u00e9crira une biographie mondialement connue de sa m\u00e8re. Elle \u00e9pousera le directeur de l\u2019<span class=\"caps\">UNICEF<\/span> Henry Labrousse, qui re\u00e7oit le Nobel de la paix attribu\u00e9 \u00e0 cette organisation en 1965.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans la curiosit\u00e9 de l\u2019esprit, que serions-nous\u00a0? Telle est bien la beaut\u00e9 et la noblesse de la science\u00a0: d\u00e9sir sans fin de repousser les fronti\u00e8res du savoir, de traquer les secrets de la mati\u00e8re et de la vie sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue des cons\u00e9quences \u00e9ventuelles.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) <em>Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p><\/blockquote><p>Sa carri\u00e8re culmine en 1911\u00a0: prix Nobel de chimie (doubl\u00e9 unique dans l\u2019histoire, apr\u00e8s son prix Nobel de physique partag\u00e9 avec son \u00e9poux et avec Henri Becquerel). Mais comme Pierre, elle n\u2019a que faire de reconnaissance et elle affronte la rumeur\u00a0: la \u00ab\u00a0Veuve radieuse\u00a0\u00bb est la ma\u00eetresse de son confr\u00e8re Paul Langevin, en instance de divorce. La presse nationaliste d\u00e9nonce le scandale et plusieurs duels \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e au v\u00e9lodrome du Parc des Princes opposent les partisans et les d\u00e9tracteurs du couple.<\/p><p>Marie va d\u00e9sormais consacrer toute sa passion \u00e0 la recherche. Quand la guerre \u00e9clate en 1914, elle se rapproche du Dr B\u00e9cl\u00e8re qui lui enseigne l\u2019usage des rayons X \u00e0 des fins diagnostiques. Elle d\u00e9cide de mettre ses connaissances au service de la sant\u00e9 \u2013 et de la France.<\/p><p>Sur le front, elle d\u00e9couvre l\u2019horreur de la guerre\u00a0:\u00a0 p\u00e9nurie de denr\u00e9es alimentaires et de m\u00e9dicaments, bless\u00e9s \u00e9vacu\u00e9s \u00e0 m\u00eame la paille dans des wagons \u00e0 bestiaux avec une majorit\u00e9 de m\u00e9decins qui ne savent pas op\u00e9rer. Des milliers de soldats meurent faute de soins. D\u2019autres sont amput\u00e9s \u00e0 cause d\u2019erreurs de diagnostic.<\/p><p>Mi-ao\u00fbt 1914, elle cr\u00e9e le premier service de radiologie mobile. Soutenue par de riches bienfaiteurs, elle r\u00e9cup\u00e8re plus de 200 v\u00e9hicules (les \u00ab\u00a0petites Curie\u00a0\u00bb) qu\u2019elle \u00e9quipe de dynamos, d\u2019appareils \u00e0 rayons X et de mat\u00e9riel photo. Elle sillonne les routes et longe les tranch\u00e9es \u00e0 la recherche de bless\u00e9s. Ses postes de radiologie auraient sauv\u00e9 un million de vies pendant la guerre\u00a0! \u00c0 17 ans, Ir\u00e8ne rejoint Marie au front. Sa fille la seconde, en m\u00eame temps qu\u2019elle apprend sur le terrain.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la vie, rien n\u2019est \u00e0 craindre, tout est \u00e0 comprendre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934)<em> Madame Curie<\/em> (Gallimard, 1938), \u00c8ve Curie<\/p><\/blockquote><p>Et d\u2019ajouter\u00a0ce message qui vaut aujourd\u2019hui encore\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est maintenant le moment de comprendre davantage, afin de craindre moins. La seule chose que nous ayons \u00e0 craindre est la crainte elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p><p>Marie Curie souffre d\u2019une trop grande exposition aux \u00e9l\u00e9ments radioactifs qu\u2019elle \u00e9tudie depuis 1898, atteinte notamment au niveau des yeux et des oreilles. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, tr\u00e8s affaiblie, elle pense que le radium pourrait avoir une responsabilit\u00e9 dans ses probl\u00e8mes de sant\u00e9\u2026 Elle reste cependant \u00e0 la direction de son Institut sp\u00e9cialis\u00e9 dans la th\u00e9rapeutique contre le cancer gr\u00e2ce aux radiations produites par le radium.<\/p><p>Atteinte d\u2019une leuc\u00e9mie radio-induite ayant d\u00e9clench\u00e9 une an\u00e9mie aplasique, elle part en juin 1934 au sanatorium de Sancellemoz (Haute-Savoie). Elle refuse tout acharnement th\u00e9rapeutique qu\u2019elle sait inutile et meurt le 4 juillet, \u00e0 66 ans. Sa fille Ir\u00e8ne Joliot-Curie mourra en 1956 d\u2019une leuc\u00e9mie aigu\u00eb li\u00e9e \u00e0 son exposition au polonium et aux rayons X.<\/p><p>20 avril 1995, sur d\u00e9cision du pr\u00e9sident Mitterrand, les cendres de Pierre et Marie Curie sont transf\u00e9r\u00e9es du cimeti\u00e8re familial de Sceaux au Panth\u00e9on de Paris.<\/p><h4>2. Alexandra David-N\u00e9el (1868-1969), une longue vie d\u2019exploratrice en Asie et de pratique bouddhiste, en passant par la cit\u00e9 interdite de Lhassa.<\/h4><p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/alexandra_david_neel.jpg\" width=\"355\" height=\"364\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai quitt\u00e9 ma famille \u00e0 cinq ans parce que je voulais voir ce qu\u2019il y avait dans le bois de Vincennes. Voil\u00e0. Je me suis sauv\u00e9e. Et puis quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 plus grande, je me suis sauv\u00e9e davantage. Quand mes parents \u00e9taient en vacances \u00e0 la mer \u00e0 Ostende, je me suis sauv\u00e9e pour aller en Angleterre. Apr\u00e8s \u00e7a, je me suis sauv\u00e9e \u00e0 18 ans, j\u2019ai travers\u00e9 le Saint-Gothard \u00e0 pied. Pour voir ce qu\u2019il y avait plus loin.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969). Interview \u00e0 la radio, <span class=\"caps\">ORTF<\/span>, 1954<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9e Louise David \u00e0 Saint-Mand\u00e9 (Val-de-Marne), elle est \u00e9duqu\u00e9e \u00e0 la rude dans des pensionnats (calviniste puis catholique). D\u00e8s 15 ans, habitu\u00e9e aux je\u00fbnes et \u00e0 l\u2019asc\u00e8se qu\u2019elle s\u2019inflige, cette fille d\u2019un instituteur ami de Victor Hugo et d\u2019\u00c9lis\u00e9e Reclus (g\u00e9ographe anarchiste) fugue en Angleterre. Montagnarde pr\u00e9coce, sa prochaine fugue sera plus sportive, prouvant son exceptionnelle endurance physique. La t\u00eate et les jambes\u00a0: ce sera vraiment la f\u00e9ministe capable de toutes les prouesses.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019origine de toute connaissance, nous rencontrons la curiosit\u00e9\u00a0! Elle est une condition essentielle du progr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969), France Culture, Livres, 26 d\u00e9cembre 2017. London, David-N\u00e9el, St-Exup\u00e9ry, Bouvier et Tesson\u00a0: \u00e9crivains et voyageurs, par Alisonne Sinard\u00a0<\/p><\/blockquote><p>Fascin\u00e9e par les philosophies orientales alors inconnue en France, la jeune femme se passionne pour l\u2019Asie, sans savoir qu\u2019elle y passera vingt-cinq ann\u00e9es de sa vie\u00a0! Elle se lance dans des \u00e9tudes d\u2019orientaliste et se convertit au bouddhisme \u00e0 21 ans, allant apprendre le tib\u00e9tain au Coll\u00e8ge de France\u2026 et l\u2019anglais en Angleterre \u2013 \u00e7a peut toujours servir quand on voyage. Elle fr\u00e9quente aussi les soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes et deviendra franc-ma\u00e7onne comme son p\u00e8re. Sous son influence et pour aider financi\u00e8rement sa famille, elle apprend le piano et le chant, commen\u00e7ant une belle carri\u00e8re de chanteuse lyrique qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 voyager. C\u2019est ainsi qu\u2019elle d\u00e9couvre l\u2019Asie en 1895, \u00e0 27 ans, devenant durant deux saisons premi\u00e8re chanteuse \u00e0 l\u2019op\u00e9ra d\u2019Hano\u00ef\u00a0!<\/p><p>\u00c0 30 ans, elle publie un premier essai f\u00e9ministe, Pour la vie. En tourn\u00e9e lyrique \u00e0 Tunis et malgr\u00e9 ses succ\u00e8s, elle abandonne le chant. Elle renonce \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir un enfant pour se consacrer librement \u00e0 ses travaux intellectuels, mais \u00e0 36 ans, elle finit par se marier avec son amant, Philippe N\u00e9el. Il sera son plus fid\u00e8le ami, son correspondant attentionn\u00e9 et son m\u00e9c\u00e8ne pour les voyages \u00e0 venir\u2026 et cette vocation irr\u00e9sistible.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les chiens aboient, les chats miaulent, c\u2019est leur nature, moi, je philosophe, c\u2019est la mienne, cela est tout aussi spontan\u00e9 et involontaire et n\u2019a pas plus d\u2019importance.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969). Interview \u00e0 la radio, <span class=\"caps\">ORTF<\/span>, 1954<\/p><\/blockquote><p>En 1911, elle publie son premier essai sur le bouddhisme et part seule en Inde pour un troisi\u00e8me voyage \u00ab\u00a0de 18 mois\u00a0\u00bb annonce-t-elle\u2026 En r\u00e9alit\u00e9, ce parcours initiatique va durer quatorze ans\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Choisissez une \u00e9toile, ne la quittez pas des yeux. Elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969)\u00a0 <em>Le Lumineux destin d\u2019Alexandra David-N\u00e9el<\/em> (2019), Jean Chalon<\/p><\/blockquote><p>Lors de son p\u00e9riple en Himalaya sur les traces de Bouddha, elle rencontre en 1912 le 13e Dala\u00ef-Lama en m\u00eame temps que d\u2019autres bouddhistes, r\u00e9fl\u00e9chissant aux moyens de promouvoir le bouddhisme dans le monde. On conna\u00eet aujourd\u2019hui l\u2019importance de cette spiritualit\u00e9\u2026\u00a0<\/p><p>Elle suit des enseignements \u00e9sot\u00e9riques, se retire dans des ermitages \u00e0 5 000 m\u00e8tres d\u2019altitude et rencontre le jeune lama tib\u00e9tain Aphur Yongden qui l\u2019accompagnera d\u00e9sormais sa vie durant. De son ma\u00eetre yogi, elle re\u00e7oit\u00a0 le titre religieux de \u00ab\u00a0Lampe de la sagesse\u00a0\u00bb \u2013 titre d\u2019un de ses essais \u00e0 venir, lisible en Google book et bizarrement qualifi\u00e9 \u00ab\u00a0livre d\u2019auto-assistance\u00a0\u00bb, pour ne pas dire <em>feel good<\/em>. Qu\u2019importe, si le message passe\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le bouddhisme est bas\u00e9 sur la possibilit\u00e9 de se lib\u00e9rer de la souffrance, de s\u2019en lib\u00e9rer par soi-m\u00eame et d\u2019\u00eatre seul capable de s\u2019en lib\u00e9rer.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969), <em>La Lampe de sagesse<\/em> (1986)<\/p><\/blockquote><p>En 1916, ignorant les interdictions des missionnaires, elle part pour le Tibet avec Yongden, visite temples et monast\u00e8res, rencontre des religieux et consulte des \u00e9crits bouddhistes, avant d\u2019\u00eatre expuls\u00e9e par les autorit\u00e9s coloniales britanniques. Alexandra et Yongden se rendent alors en Inde, au Japon, en Cor\u00e9e. Accompagn\u00e9s d\u2019un lama tib\u00e9tain, ils traversent la Chine d\u2019est en ouest pendant plusieurs ann\u00e9es, avant de s\u2019arr\u00eater trois ans au monast\u00e8re de Kumbum.<\/p><p>En 1924, d\u00e9guis\u00e9s elle en mendiante crasseuse (en fait, elle se lavait chaque soir et se noircissait de boue au matin) et lui en moine, ils franchissent clandestinement la fronti\u00e8re du Tibet et s\u00e9journent deux mois \u00e0 Lhassa, la ville interdite, visitant les monast\u00e8res environnants. Elle finit par \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9e, mais quitte les lieux avant que le gouverneur de la ville intervienne. De retour en France l\u2019ann\u00e9e suivante, Alexandra d\u00e9couvre la notori\u00e9t\u00e9 que son aventure lui a valu et \u00e7a la fait bien rire\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sit\u00f4t que je suis revenue de Lhassa, on m\u2019a d\u00e9cern\u00e9 ce prix\u00a0: 1er prix d\u2019athl\u00e9tisme f\u00e9minin. Et j\u2019ai cru qu\u2019on se moquait de moi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9e. Et puis on m\u2019a dit \u2018mais pas du tout, on ne se moque pas.\u2019 Parce qu\u2019ils ont trouv\u00e9 que faire ce voyage-l\u00e0 \u00e0 pied, des milliers et des milliers de kilom\u00e8tres dans des conditions pareilles, \u00e0 travers des montagnes, c\u2019\u00e9tait un exploit f\u00e9minin.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Alexandra <span class=\"caps\">DAVID<\/span>\u2013<span class=\"caps\">NEEL<\/span> (1868-1969), Interview \u00e0 la radio, <span class=\"caps\">ORTF<\/span>, 1968<\/p><\/blockquote><p>De retour en Provence \u00e0 Digne-les-Bains o\u00f9 elle a achet\u00e9 une maison en 1928, elle fonde \u00e0 64 ans le premier ermitage lama\u00efste de France. Elle adopte l\u00e9galement Yongden, \u00e9crit ses r\u00e9cits de voyage\u2026 et part donner des conf\u00e9rences un peu partout en Europe.<\/p><p>\u00c0 69 ans, en 1937, le Transsib\u00e9rien la ram\u00e8ne en Chine pour \u00e9tudier le tao\u00a0: Alexandra et Yongden arrivent en pleine guerre sino-japonaise et d\u00e9couvrent ses cons\u00e9quences, avec la famine, les \u00e9pid\u00e9mies. En 1941, apprenant la mort de son mari, profond\u00e9ment touch\u00e9e, elle doit rentrer en France pour des questions de succession. Mais elle repart en Inde avant de rentrer en France \u00e0 78 ans, pour se remettre \u00e0 \u00e9crire. En 1955, nouveau coup dur\u00a0: la mort de Yongden.<\/p><p>\u00c0 100 ans, infatigable exploratrice quoique physiquement \u00e0 la peine, elle demande le renouvellement de son passeport\u2026 avant de s\u2019\u00e9teindre quelques mois plus tard. Ses cendres seront \u00e9parpill\u00e9es dans le Gange avec celles de son fils adoptif.<\/p><h4>3. Alice Guy (1873-1968), r\u00e9alisatrice et productrice de films, pionni\u00e8re injustement oubli\u00e9e.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/alice_guy.jpg\" width=\"450\" height=\"399\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tournez, mesdames\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"\/\" class=\"cit-num\">\/<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alice <span class=\"caps\">GUY<\/span> (1873-1968), en 1914<\/p><\/blockquote><p>Cette petite phrase et son \u00e9tonnante carri\u00e8re de cin\u00e9aste en font un mod\u00e8le pour beaucoup de f\u00e9ministes et une figure tut\u00e9laire.<\/p><p>En 1895, \u00e0 Lyon, les fr\u00e8res Lumi\u00e8re inventent le cin\u00e9matographe et tournent <em>l\u2019Arroseur arros\u00e9<\/em>, sorte de documentaire humoristique tourn\u00e9 en un plan. Moins d\u2019un an plus tard, \u00e0 Paris, Alice Guy, 23 ans, r\u00e9alise <em>La F\u00e9e aux choux<\/em> pour L\u00e9on Gaumont. C\u2019est une v\u00e9ritable fiction, jou\u00e9e par des com\u00e9diens costum\u00e9s, avec d\u00e9cor et mise en sc\u00e8ne.\u00a0\u00a0<\/p><p>Premi\u00e8re r\u00e9alisatrice de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, elle dirigera plus de 300 films en France. En 1907, elle part conqu\u00e9rir l\u2019Am\u00e9rique, laissant les Films Gaumont aux mains de son assistant Louis Feuillade.<\/p><p>Premi\u00e8re femme \u00e0 cr\u00e9er sa propre maison de production en 1910 (la Solax Film Co), elle construit un studio dans le New Jersey et fait fortune.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Be Natural\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Soyez naturels\u00a0!\u00a0\u00bb)<\/p><p class=\"auteur\">Alice <span class=\"caps\">GUY<\/span> (1873-1968), Inscription sur les panneaux de ses tournages<\/p><\/blockquote><p>Elle tourne aussi bien des m\u00e9lodrames que des westerns, elle s\u2019int\u00e9resse aux probl\u00e8mes ethniques. Lorsque ses acteurs blancs refusent d\u2019appara\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9cran avec des acteurs noirs, elle r\u00e9alise l\u2019un des premiers films jou\u00e9s uniquement par des acteurs afro-am\u00e9ricains.<\/p><p>T\u00e9moin de la naissance du monde moderne, elle aura c\u00f4toy\u00e9 tous les pionniers de l\u2019\u00e9poque aujourd\u2019hui c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: Louis et Auguste Lumi\u00e8re, Georges M\u00e9li\u00e8s, Charlie Chaplin, Buster Keaton.<\/p><p>Mais son mari Herbert Blach\u00e9\u00a0 \u00e0 qui elle a confi\u00e9 la gestion de l\u2019entreprise lui fait tout perdre, parti \u00e0 Hollywood avec une actrice\u2026 Divorc\u00e9e, ruin\u00e9e, avec deux enfants, elle rentre en France \u00e0 50 ans, \u00e9crit des contes pour enfants et donne des conf\u00e9rences, repart aux <span class=\"caps\">USA<\/span> pour tenter de rassembler son \u0153uvre\u2026<\/p><p>Elle meurt d\u00e9cor\u00e9e de la L\u00e9gion d\u2019honneur, mais sans avoir revu aucun de ses films \u2013 perdus et oubli\u00e9s. En 2011, \u00e0 New York, Martin Scorsese redonnera un coup de projecteur sur cette artiste exceptionnelle.<\/p><h4>4. Colette (1873-1954), une vie accomplie de romanci\u00e8re, mime, com\u00e9dienne, journaliste, bisexuelle assum\u00e9e, parisienne amoureuse de la nature sous toutes ses formes, de la bonne ch\u00e8re, des chats, etc.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/colette.jpg\" width=\"450\" height=\"423\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort ne m\u2019int\u00e9resse pas\u2026 La mienne non plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954).<em> La Naissance du jour<\/em> (1927)<\/p><\/blockquote><p>Livre \u00e9crit \u00e0 la m\u00e9moire de sa m\u00e8re Sido, ador\u00e9e ou d\u00e9test\u00e9e, mais omnipr\u00e9sente dans sa vie et son \u0153uvre. Or, Colette n\u2019ira pas \u00e0 son enterrement \u2013 ce qui lui sera reproch\u00e9. (Fait rarissime pour un \u00e9crivain, hormis Hugo et Paul Val\u00e9ry, elle aura droit \u00e0 des obs\u00e8ques nationales \u2013 non religieuses, \u00ab\u00a0ultime pied de nez \u00e0 la France bourgeoise et catholique\u00a0\u00bb (<em>Le Monde<\/em>).<\/p><p>Ce mot \u00e9tonnant est l\u2019une des cl\u00e9s de Madame Colette. Il l\u2019oppose \u00e0 la majorit\u00e9 des humains plus ou moins obs\u00e9d\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de la mort \u2013 qui tient une grande place dans les \u0153uvres de tant d\u2019auteurs et artistes, sans parler des philosophes\u00a0!<\/p><p>Il d\u00e9finit parfaitement le personnage de cette amoureuse de la Vie sous toutes ses formes \u2013 la nature, les animaux, les hommes (dont trois maris), les femmes (liaisons plus ou moins affich\u00e9es et scandaleuses), le music-hall et le th\u00e9\u00e2tre (pratiqu\u00e9 en sc\u00e8ne et fr\u00e9quent\u00e9 en journaliste), la bonne ch\u00e8re dont elle a quelque peu abus\u00e9, les voyages plus ou moins rituels\u2026 et naturellement l\u2019\u00e9criture au c\u0153ur de sa vie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une langue bien difficile que le fran\u00e7ais. \u00c0 peine \u00e9crit-on depuis quarante-cinq ans qu\u2019on commence \u00e0 s\u2019en apercevoir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954).<em> La Naissance du jour<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est d\u2019abord une remarquable styliste. Elle apprit son m\u00e9tier avec la s\u00e9rie des <em>Claudine<\/em> et Willy son premier mari. Mais l\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u00e9passa bient\u00f4t le ma\u00eetre, avant de l\u2019humilier.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avec les mots de tout le monde \u00e9crire comme personne.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>La Retraite sentimentale<\/em> (1907)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019\u00e9criture musicale ob\u00e9it \u00e0 cette m\u00eame r\u00e8gle et Colette aimait la musique au point d\u2019\u00e9crire aussi une charmante\u00a0 \u00ab\u00a0fantaisie lyrique\u00a0\u00bb sur une partition de Ravel, <em>l\u2019Enfant et les sortil\u00e8ges.<\/em><\/p><p>En litt\u00e9rature, elle \u00e9pure son style et se d\u00e9marque de ses grands contemporains (Andr\u00e9 Gide, Romain Rolland, Jean Giraudoux), mais c\u2019est surtout le choix de ses sujets qui fait la diff\u00e9rence. C\u2019est \u00e9vident dans ses<em> Dialogues de b\u00eates<\/em> (1904). Kiki la Doucette, angora tigr\u00e9, ne peut parler comme Toby-Chien\u00a0le bull bring\u00e9\u00a0! Dans tous ses romans o\u00f9 la description est soign\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, chaque personnage a son style et ce qu\u2019il dit sonne infiniment juste. Colette (femme de th\u00e9\u00e2tre et sc\u00e9nariste) est aussi une excellente dialoguiste.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde m\u2019est nouveau \u00e0 mon r\u00e9veil, chaque matin.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>La Naissance du jour<\/em> (1927)<\/p><\/blockquote><p>Roman-r\u00e9cit de la cinquantaine, \u00e9crit dans sa maison sur les hauteurs de Saint-Tropez. Certes, le r\u00e9veil doit y \u00eatre sublime en \u00e9t\u00e9. Mais de son village natal de Saint-Sauveur en Puisaye (Yonne) au jardin du Palais-Royal qui fut son dernier spectacle \u00e0 domicile (9 rue de Beaujolais, premier arrondissement, au c\u0153ur de Paris), en passant par tous les lieux visit\u00e9s, habit\u00e9s, v\u00e9cus\u2026 elle n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9merveiller. Et de nous enchanter par sa description de la nature, plus originale et personnelle que dans les romans de Sand comparable \u00e0 divers titres \u2013 f\u00e9minisme tr\u00e8s particulier, bisexualit\u00e9 affich\u00e9e, amour de la vie sous toutes ses formes, etc.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019heure de la fin des d\u00e9couvertes ne sonne jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>La Naissance du jour<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Plus que sur toute autre manifestation vitale, je me suis pench\u00e9e, toute mon existence, sur les \u00e9closions. C\u2019est l\u00e0 pour moi que r\u00e9side le drame essentiel, mieux que dans la mort qui n\u2019est qu\u2019une banale d\u00e9faite\u2026 L\u2019heure de la fin des d\u00e9couvertes ne sonne jamais. Le monde m\u2019est nouveau \u00e0 mon r\u00e9veil chaque matin, et je ne cesserai d\u2019\u00e9clore que pour cesser de vivre.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux sortes d\u2019amour\u00a0: l\u2019amour insatisfait, qui vous rend odieux, et l\u2019amour satisfait, qui vous rend idiot.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>La Naissance du jour<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>Lucide, presque trop intelligente, Colette fera de l\u2019amour entre hommes et\/ou femmes le sujet majeur de son \u0153uvre, fid\u00e8le reflet de sa vie. Entre drames et com\u00e9dies, c\u2019est \u00e9videmment une sensibilit\u00e9 tr\u00e8s f\u00e9minine qui s\u2019exprime, sans tabou, avec provocations parfois et une infinit\u00e9 de nuances.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vice, c\u2019est le mal qu\u2019on fait sans plaisir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954), <em>Claudine en m\u00e9nage<\/em> (1902)<\/p><\/blockquote><p>Elle fut \u00e0 bonne \u00e9cole avec Willy\u2026 et \u00e0 plus d\u2019un titre, avec et sans jeu de mot\u00a0! Mais elle trouva naturellement son plaisir ailleurs et autrement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme qui se croit intelligente r\u00e9clame les m\u00eames droits que l\u2019homme. Une femme intelligente y renonce.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>Ch\u00e9ri<\/em> (1920)<\/p><\/blockquote><p>Pas f\u00e9ministe au sens o\u00f9 on l\u2019entend aujourd\u2019hui\u2026 mais acharn\u00e9e \u00e0 obtenir et d\u00e9fendre son ind\u00e9pendance financi\u00e8re, m\u00eame si \u00ab\u00a0les femmes libres ne sont pas des femmes\u00a0\u00bb (dans <em>Claudine \u00e0 Paris<\/em>, \u0153uvre de jeunesse revue et corrig\u00e9e par son premier mari, Willy).<\/p><p>Elle se battra fort bien pour la d\u00e9fense de ses droits d\u2019auteur (financiers et moraux), mais \u00e9chouera comme femme d\u2019affaires, avec une boutique de produits de beaut\u00e9 sombrant assez vite dans le ridicule.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le difficile, ce n\u2019est pas de donner, c\u2019est de ne pas tout donner.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>La Naissance du jour<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>Femme amoureuse, souvent passionn\u00e9e\u2026 mais pas g\u00e9n\u00e9reuse comme Sand \u2013 et mauvaise m\u00e8re. Elle donnera quand m\u00eame quelques bons conseils \u00e0 sa fille\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites des b\u00eatises, mais faites-les avec enthousiasme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>Lettre \u00e0 sa fille<\/em> (1916-1953). Gallimard, 2003<\/p><\/blockquote><p>La m\u00e8re a suivi ce conseil, sa fille n\u2019en a pas vraiment eu le temps ni le go\u00fbt. Colette de Jouvenel (1913-1981) est n\u00e9e de son deuxi\u00e8me mariage avec Henri de Jouvenel, une passion qui s\u2019est mal termin\u00e9e, source de drames, de quelques scandales tout-parisiens et de romans-r\u00e9cits du meilleur cru.<\/p><p>Surnomm\u00e9e Bel-Gazou, cette fille qui ne fut pas vraiment d\u00e9sir\u00e9e ne sera jamais tr\u00e8s heureuse. Interview\u00e9e \u00e0 la fin de sa vie, \u00e0 la question \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que cela a repr\u00e9sent\u00e9, pour vous, d\u2019avoir une m\u00e8re si c\u00e9l\u00e8bre\u00a0?\u00a0\u00bb elle r\u00e9pondit simplement\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut toute une vie pour s\u2019en remettre.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Choisir, \u00eatre choisi, aimer\u00a0: tout de suite apr\u00e8s viennent le souci, le p\u00e9ril de perdre, la crainte de semer le regret.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954). <em>Le Fanal bleu<\/em> (1949)<\/p><\/blockquote><p>Roman en fin de vie, voyage immobile de Paris \u00e0 Gen\u00e8ve en passant par Grasse, Saint-Tropez, le Maroc et les vignobles du Beaujolais. Souvenirs, sc\u00e8nes entre amis\u00a0: Jean Cocteau son voisin de jardin, Jean Marais qui joua Ch\u00e9ri au th\u00e9\u00e2tre, Marguerite Moreno amie intime\u2026 anecdotes et r\u00e9flexions s\u2019encha\u00eenent sous le regard vigilant d\u2019une femme-chatte blottie dans un int\u00e9rieur feutr\u00e9, sous la lumi\u00e8re du fanal bleu, souvent immobilis\u00e9e par une arthrite de la hanche dans sa \u00ab\u00a0solitude en hauteur\u00a0\u00bb sur son \u00ab\u00a0lit-radeau\u00a0\u00bb (offert par la princesse de Polignac).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu\u00a0! Que la vieillesse est donc un meuble inconfortable\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954), <em>Correspondance<\/em>, 5 d\u00e9cembre 1949<\/p><\/blockquote><p>Elle ne se plaint jamais, elle se bat jusqu\u2019au bout, veill\u00e9e par sa fid\u00e8le gouvernante et son dernier mari, Maurice Goudeket, juif arr\u00eat\u00e9 par la Gestapo en d\u00e9cembre 1941, lib\u00e9r\u00e9 en f\u00e9vrier 1942, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention du gouvernement de Vichy et aux d\u00e9marches de Colette aupr\u00e8s de l\u2019ambassadeur d\u2019Allemagne \u00e0 Paris, Otto Abetz\u00a0 dont l\u2019\u00e9pouse fran\u00e7aise admire Colette.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 fr\u00e9quenter le chat, on ne risque que de s\u2019enrichir. Serait-ce par calcul que depuis un demi-si\u00e8cle,\u00a0 je recherche sa compagnie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">COLETTE<\/span> (1873-1954), <em>Les Vrilles de la vigne<\/em> (1908)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0\u2026 Je n\u2019eus jamais \u00e0 le chercher loin\u00a0: il na\u00eet sous mes pas. Chat perdu, chat de ferme traqueur et traqu\u00e9, maigri d\u2019insomnie, chat de librairie embaum\u00e9 d\u2019encre, chats des cr\u00e8meries et des boucheries, bien nourris, mais transis, les plantes sur le carrelage\u00a0; chats poussifs de la petite bourgeoisie, enfl\u00e9s de mou\u00a0; heureux chats despotes qui r\u00e9gnez chez Claude Farr\u00e8re, sur Paul Morand \u2013 et sur moi.\u00a0\u00bb Bel exemple de style\u00a0!<\/p><p>Le chat est omnipr\u00e9sent dans la vie et l\u2019\u0153uvre de Colette\u00a0! Surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0Minet-Ch\u00e9ri\u00a0\u00bb par Sido sa m\u00e8re, entour\u00e9e de chats dans son village natal de Bourgogne, elle est souvent prise en photo avec des chats, dans la rue, au jardin, \u00e0 sa table de travail. V\u00eatue d\u2019un collant noir, elle incarne <em>La Chatte amoureuse<\/em> dans une pantomime au Ba-Ta-Clan (1912). Elle invite le chat dans <em>Claudine \u00e0 l\u2019\u00e9cole<\/em>, fait converser un Angora gris, Kiki-la-doucette et un bulldog, Toby-chien dans ses <em>Dialogues de B\u00eates<\/em>. Elle v\u00e9cut avec un chat sauvage venu du Tchad, B\u00e2-Tou, parfaitement apprivois\u00e9, avant d\u2019\u00eatre oblig\u00e9e de la confier \u00e0 un Zoo, \u00e9ternel remords. On retrouve Saha, chatte de Colette, dans son roman <em>La Chatte<\/em>, passion de son ma\u00eetre Alain et follement jalous\u00e9e par Camille sa compagne qui sera finalement perdante dans ce jeu in\u00e9gal. Elle resta sans chat \u00e0 la mort de Chatte Derni\u00e8re, son Chartreux \u2013 sa race pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.\u00a0 Mais il lui reste tous les chats du Palais-Royal\u00a0: derni\u00e8res photos bouleversantes de Madame Colette, assise comme une vieille clocharde sur le trottoir, caressant les goutti\u00e8res qui courent entre les poubelles du V\u00e9four, sa cantine de luxe, et sa derni\u00e8re adresse, rue du Beaujolais.<\/p><p>\u00ab\u00a0Le temps pass\u00e9 avec un chat n\u2019est jamais perdu\u2026 Il n\u2019y a pas de chat ordinaire.\u00a0\u00bb (<em>La Naissance du jour<\/em>)<\/p><h4>5. C\u00e9cile Sorel (1873-1966), reine des planches et du tout-Paris de la Belle \u00c9poque aux Ann\u00e9es folles, pass\u00e9e de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise au music-hall et au couvent, apr\u00e8s quelques ennuis \u00e0 la Lib\u00e9ration.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cecile_sorel.jpg\" width=\"450\" height=\"569\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amours\u00a0? Je me suis \u00e9prise, je me suis m\u00e9prise, je me suis reprise.\u00a0\u00bb<span id=\"\u2013\" class=\"cit-num\">\u2013<\/span><\/p><p class=\"auteur\">C\u00e9cile <span class=\"caps\">SOREL<\/span> (1873-1966), <em>Petite histoire des mots d\u2019esprit c\u00e9l\u00e8bres<\/em>, collectif (2014)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est une Sarah Bernhardt qui aurait mal tourn\u00e9. Attir\u00e9e tr\u00e8s jeune par le th\u00e9\u00e2tre, elle entre \u00e0 l\u2019Od\u00e9on puis \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise. Elle joue un peu comme elle, mais en moins bien, en exag\u00e9rant ses gestes et son articulation.<br>Tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e du public, class\u00e9e parmi les grandes coquettes et cocottes (\u00e0 la ville comme \u00e0 la sc\u00e8ne), elle \u00e9pouse finalement un mauvais com\u00e9dien, arri\u00e8re-petit-fils de la comtesse de S\u00e9gur.<\/p><p>Elle continue de fr\u00e9quenter des artistes, dont Jean Rostand \u2013 mais il ne lui \u00e9crira pas de r\u00f4le sur mesure comme l\u2019Aiglon pour Sarah \u2013 et des hommes politiques comme Barr\u00e8s, F\u00e9lix Faure, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant Clemenceau, mais il ne fut pas son amant. Il lui fit seulement l\u2019humour sans trop de m\u00e9chancet\u00e9, brossant d\u2019elle ce savoureux portrait\u00a0: \u00ab\u00a0Une sorte de travesti empanach\u00e9. \u00c0 travers les plumes, j\u2019ai fini par reconna\u00eetre l\u2019autruche. Elle s\u2019\u00e9tait surpass\u00e9e, ce qui me paraissait impossible. Une robe pour le Carnaval de Rio ou le couronnement du roi Pausole.\u00a0\u00bb Pas rancuni\u00e8re, elle lui\u00a0 enverra des chrysanth\u00e8mes et il lui r\u00e9pondra par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Merci de vos admirables fleurs, par lesquelles il vous a plu d\u2019humilier ma vieillesse.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ai-je bien descendu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">C\u00e9cile <span class=\"caps\">SOREL<\/span> (1873-1966) au Casino de Paris, 1933. <em>Petite histoire des mots d\u2019esprit c\u00e9l\u00e8bres<\/em>, collectif (2014)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est son mot le plus c\u00e9l\u00e8bre et il nous reste l\u2019enregistrement \u2013 six syllabes en trois secondes chrono, sur le Net.<\/p><p>La grande coquette vient de quitter la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise pour le music-hall. Le soir de la premi\u00e8re de \u00ab\u00a0Vive Paris\u00a0\u00bb, tout Paris attend au tournant la sexag\u00e9naire d\u00e9butante. Les c\u00e9l\u00e8bres marches du vertigineux escalier Dorian ont bris\u00e9 plus d\u2019une carri\u00e8re de danseuse l\u00e9g\u00e8re.<\/p><p>Soulag\u00e9e d\u2019\u00eatre parvenue au bas des marches couvertes d\u2019or avec son casque \u00e0 plumes, sa tra\u00eene de velours et un costume d\u2019une quinzaine de kilos, elle balance le mot \u00e0 Mistinguett, ancienne reine des lieux pass\u00e9e au Moulin Rouge et bien visible \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne.<\/p><p>Elle ne fera pas vraiment carri\u00e8re au cin\u00e9ma, tournant seulement dans un film connu, les <em>Perles de la Couronne<\/em> (1937) de Sacha Guitry, un r\u00f4le pl\u00e9onastique. Elle r\u00e9cidive dans un film \u00e0 sketches de Raymond Leboursier, <em>les Petits riens<\/em> (1941).\u00a0 Ce n\u2019est pas grand-chose, m\u00eame si son personnage de La Clermont, c\u2019est quand m\u00eame elle, C\u00e9cile Sorel. Ajoutons la <em>Tosca<\/em>, mais en 1909, le cin\u00e9matographe ne pouvait pas encore faire honneur aux stars \u2013 m\u00eame pas Sarah Bernhardt.<\/p><p>C\u00e9cile Sorel aura quelques probl\u00e8mes apr\u00e8s la derni\u00e8re guerre \u2013 tout le contraire de Sarah qui s\u2019illustra \u00e0 sa mani\u00e8re lors des deux pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\"><em>Quand on lui reproche ses relations galantes avec les Allemands pendant la guerre\u00a0:<\/em> <br>\u00ab\u00a0Mais, Messieurs, si vous ne vouliez pas que je les re\u00e7oive chez moi, il ne fallait pas les laisser passer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2824\" class=\"cit-num\">2824<\/span><\/p><p class=\"auteur\">C\u00e9cile <span class=\"caps\">SOREL<\/span> (1873-1966), r\u00e9ponse aux membres du Comit\u00e9 d\u2019\u00e9puration. <em>Histoire juridique des interdits cin\u00e9matographiques en France<\/em> (2007), Albert Montagne<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est ce qu\u2019on appelle la collaboration horizontale. Hormis les noms de vedettes, combien de femmes seront tondues (cr\u00e2ne ras\u00e9) pour avoir simplement couch\u00e9 avec l\u2019ennemi\u00a0!\u00a0 Le ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e0 distinguer de la collaboration proprement dite\u00a0: un cinqui\u00e8me des collaborateurs sont des femmes, 6 000 incarc\u00e9r\u00e9es \u00e0 Fresnes, m\u00eames condamnations que pour les hommes\u00a0: prison, travaux forc\u00e9s, exceptionnellement peine de mort.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je remercie Dieu de m\u2019avoir permis d\u2019ensoleiller mon \u00e9poque et de m\u2019avoir donn\u00e9 une vie si magnifique\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">C\u00e9cile <span class=\"caps\">SOREL<\/span> (1873-1966)<\/p><\/blockquote><p>Veuve d\u2019apr\u00e8s-guerre, sinon de guerre, elle est saisie d\u2019une \u00ab\u00a0conversion\u00a0\u00bb aussi parfaitement dat\u00e9e que celles de Blaise Pascal ou Paul Claudel. 15 ao\u00fbt 1950. \u00c0 77 ans, elle prononce ses v\u0153ux dans le tiers-ordre franciscain \u00e0 la chapelle des Carmes de Bayonne. Elle prend le nom de s\u0153ur sainte C\u00e9cile de l\u2019Enfant-J\u00e9sus. Son dernier r\u00f4le. Ses derni\u00e8res ann\u00e9es sont consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 la foi. Hormis une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 sa carri\u00e8re en 1965, ce qui lui sera pardonn\u00e9.<\/p><p>Elle meurt \u00e0 92 ans, apr\u00e8s une fracture du col du f\u00e9mur, \u00e0 la villa R\u00e9jane de Trouville-sur-Mer, murmurant ces mots \u00e0 un \u00e2g\u00e9 de 5 ans qui a su les r\u00e9p\u00e9ter. Un homme politique bien moins connu, Jean Rieu, qu\u2019elle aura le mot de la fin\u00a0: \u00ab\u00a0Elle a v\u00e9cu ce que vivent les roses, les roses en fer forg\u00e9\u00a0\u00bb.<br>Et pourtant, ce fut une star en son temps, avec une cinquantaine de r\u00f4les \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise et des photos qui rendent justice \u00e0 sa beaut\u00e9 d\u2019\u00e9poque, quelque peu dat\u00e9e.<\/p><h4>6. Isadora Duncan (1877-1927), femme et artiste en libert\u00e9 qui r\u00e9volutionne la danse (bien avant B\u00e9jart).<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/isadora_duncan.jpg\" width=\"450\" height=\"412\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma devise \u2013 sans limites.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Isadora <span class=\"caps\">DUNCAN<\/span> (1877-1927), <em>Ma vie<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>Au nom de quoi elle fait le projet de r\u00e9volutionner la danse \u00e0 tout point de vue\u00a0: technique, spirituel, \u00e9conomique, soci\u00e9tal. Son pouvoir est aussi grand que sa foi, mais sa force a naturellement des limites, le monde r\u00e9el est t\u00eatu et la trag\u00e9die contrarie t\u00f4t ou tard tous les destins.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps du danseur est tout simplement la manifestation lumineuse de l\u2019\u00e2me (\u2026) Danser, c\u2019est prier.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Isadora <span class=\"caps\">DUNCAN<\/span> (1877-1927)<\/p><\/blockquote><p>N\u00e9e \u00e0 San Francisco, elle abandonne rapidement l\u2019\u00e9cole trop contraignante pour sa nature essentiellement libre. Attir\u00e9e par la danse et d\u00e9j\u00e0 p\u00e9dagogue, elle donne des cours aux enfants du quartier pour subvenir aux besoins de sa famille et de ses fr\u00e8res et s\u0153urs plus \u00e2g\u00e9s. \u00c0 17 ans, elle s\u2019engage dans une compagnie th\u00e9\u00e2trale, avant de partir pour l\u2019Europe, d\u2019abord \u00e0 Londres, puis \u00e0 Paris, en 1900. Elle rencontre Lo\u00efe Fuller, am\u00e9ricaine et pionni\u00e8re de la danse moderne, bien connue pour ses danses tournoyantes, drap\u00e9e dans des voiles avec des effets de lumi\u00e8re \u2013 v\u00e9ritable performance sportive et acrobatie \u00e9puisante dont elle seule sera capable. En deux ans, Isadora va devenir plus c\u00e9l\u00e8bre qu\u2019elle, confort\u00e9e dans cette voie totalement non acad\u00e9mique, mais dans un esprit totalement diff\u00e9rent\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art n\u2019est nullement n\u00e9cessaire. Tout ce qu\u2019il faut pour rendre ce monde plus habitable, c\u2019est d\u2019aimer, d\u2019aimer comme Christ a aim\u00e9, comme aimait Bouddha.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Isadora <span class=\"caps\">DUNCAN<\/span> (1877-1927),<em> Ma vie<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>Cette id\u00e9aliste n\u00e9e va quand m\u00eame ouvrir trois \u00e9coles,\u00a0naturellement pas comme les autres. Avec un point commun\u00a0: il n\u2019y aura que des filles. Sa conception de la danse ne convient absolument pas aux gar\u00e7ons\u00a0: \u00ab\u00a0amener une renaissance de la religion au moyen de la danse, pour r\u00e9v\u00e9ler la beaut\u00e9 et la saintet\u00e9 du corps humain par l\u2019expression de ses mouvements, et non pour distraire apr\u00e8s-d\u00eener des bourgeois gav\u00e9s.\u00a0\u00bb Elle d\u00e9testa toujours les aspects commerciaux des performances publiques\u00a0: les repr\u00e9sentations( payantes), les tourn\u00e9es, les contrats et autres aspects pratiques de son m\u00e9tier, autant de distractions la d\u00e9tournant de sa double mission\u00a0: la cr\u00e9ation de la beaut\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation des jeunes.<\/p><p>Pieds nus, v\u00eatue d\u2019\u00e9charpes clinquantes et de tuniques grecques dont la transparence met en valeur son corps nu, elle cr\u00e9e un style primitif bas\u00e9 sur l\u2019improvisation chor\u00e9graphique, oppos\u00e9e aux styles rigides de l\u2019\u00e9poque. Inspir\u00e9e par la mythologie grecque, elle rejette les pas du ballet classique (et romantique) \u00ab\u00a0laid et contre nature\u00a0\u00bb, avec ses r\u00e8gles strictes et ses codifications qui martyrisent les corps. \u00c0 l\u2019inverse, elle met en valeur l\u2019improvisation, l\u2019\u00e9motion et la forme humaine.<\/p><p>C\u2019est toute une philosophie qui s\u00e9duit dans divers pays. L\u2019Allemagne sera la plus accueillante \u00e0 sa premi\u00e8re \u00e9cole, cr\u00e9e \u00e0 Grunewald et donnant naissance au groupe le plus c\u00e9l\u00e8bre de ses \u00e9l\u00e8ves\u00a0: les \u00ab\u00a0Isadorables\u00a0\u00bb prirent son nom et dans\u00e8rent avec elle, mais de fa\u00e7on tout \u00e0 fait ind\u00e9pendante. Fran\u00e7aise, la deuxi\u00e8me \u00e9cole eut une br\u00e8ve existence avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, dans un ch\u00e2teau situ\u00e9 en-dehors de Paris. Russe, la troisi\u00e8me \u00e9cole vient apr\u00e8s la R\u00e9volution de 1917 qui installe une nouvelle R\u00e9publique. Pour montrer son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sociale et politique de la nouvelle Union sovi\u00e9tique, elle d\u00e9cide de s\u2019installer \u00e0 Moscou en 1922. Son personnage sortait totalement du cadre de plus en plus aust\u00e8re impos\u00e9 par le r\u00e9gime des Soviets et elle fut bien accueillie par le milieu artistique \u2013 elle se maria d\u2019ailleurs au po\u00e8te Ess\u00e9nine. Mais l\u2019incapacit\u00e9 du gouvernement russe \u00e0 soutenir ses propositions extravagantes combin\u00e9 aux conditions de vie difficiles du pays la pouss\u00e8rent \u00e0 retourner \u00e0 l\u2019Ouest en 1924.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chacune de mes histoires d\u2019amour aurait pu faire un roman\u00a0; elles se termin\u00e8rent toutes mal.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Isadora <span class=\"caps\">DUNCAN<\/span> (1877-1927),<em> Ma vie<\/em> (1928)<\/p><\/blockquote><p>Sa vie est ponctu\u00e9e de trag\u00e9dies. La plus terrible, c\u2019est la perte de ses deux enfants, le 19 avril 1913. Deirdre et Patrick, noy\u00e9s dans la Seine avec leur nourrice, prisonniers dans une voiture de retour d\u2019une journ\u00e9e d\u2019excursion. Folle de douleur, Isadora part en Italie et con\u00e7oit un enfant avec un aristocrate italien. Le 1er ao\u00fbt 1914, elle accouche d\u2019un fils qui ne vit que quelques heures\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019atteignis le sommet de la douleur humaine, car avec cette mort il me semblait que mes autres enfants mouraient encore une fois\u00a0; c\u2019\u00e9tait comme la r\u00e9p\u00e9tition de la premi\u00e8re agonie, avec quelque chose qui s\u2019y ajoutait encore\u00a0\u00bb (<em>Ma vie<\/em>).<\/p><p>Autre drame, son mariage avec le po\u00e8te r\u00e9volutionnaire Sergue\u00ef Ess\u00e9nine, son cadet de dix-huit ans, rencontr\u00e9 en Russie et sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9 en mai 1922. Relation tumultueuse avec ce g\u00e9nie alcoolique, suicidaire et d\u00e9pressif, duret\u00e9 des conditions de vie sous le r\u00e9gime des Soviets\u00a0: Isadora repart, mais il la suit lors d\u2019une nouvelle tourn\u00e9e en Europe. Ess\u00e9nine fait scandale\u00a0 dans tous les h\u00f4tels, d\u00e9truit les meubles, enfonce portes et fen\u00eatres. L\u2019ann\u00e9e suivante, il quitte Isadora et retourne \u00e0 Moscou.\u00a0 D\u00e9pressif bient\u00f4t plac\u00e9 dans une institution sp\u00e9cialis\u00e9e, il en sort et se suicide, fin d\u00e9cembre 1925, \u00e0 30 ans. Mais les circonstances de sa mort ne sont pas claires et le doute persiste entre meurtre et suicide.<\/p><p>Isadora Duncan meurt tragiquement le 14 septembre 1927 \u00e0 Nice, \u00e9trangl\u00e9e par le long foulard qu\u2019elle portait pris dans les rayons de la roue d\u2019une Amilcar <span class=\"caps\">GS<\/span>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu, mes amis. Je vais \u00e0 la gloire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Isadora <span class=\"caps\">DUNCAN<\/span> (1877-1927), ses derniers mots<\/p><\/blockquote><p>Elle avait 50 ans. Son nom marque \u00e0 jamais l\u2019histoire de la danse. Serge Lifar, danseur et chor\u00e9graphe ukrainien, naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, rendra hommage \u00e0 la \u00ab\u00a0danse nouvelle\u00a0\u00bb incarn\u00e9e par Isadora\u00a0: \u00ab\u00a0une pri\u00e8re et ses mouvements doivent diriger leurs ondes vers le ciel en communiquant au rythme \u00e9ternel de l\u2019univers.\u00a0\u00bb<\/p><h4>7. Marie Marvingt (1875-1963), \u00ab\u00a0femme la plus extraordinaire depuis Jeanne d\u2019Arc\u00a0\u00bb selon le quotidien am\u00e9ricain Chicago Tribune, injustement oubli\u00e9e dans l\u2019histoire des sports.\u00a0<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marie_marvingt.jpg\" width=\"450\" height=\"497\"><\/p><p>Exception \u00e0 la r\u00e8gle, cette br\u00e8ve chronique doit presque tout \u00e0 une seule source, l\u2019article tr\u00e8s long et document\u00e9 de Wikip\u00e9dia qui nous a fait d\u00e9couvrir le personnage.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savoir vouloir, c\u2019est pouvoir.\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Je d\u00e9cide de faire mieux encore et toujours.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">MARVINGT<\/span> (1875-1963)<\/p><\/blockquote><p>Deux devises pour une seule femme\u2026 qui aura tout fait pour les suivre jusqu\u2019aux limites du possible sans cesse repouss\u00e9es, avec ses 34 m\u00e9dailles et d\u00e9corations (record pour une Fran\u00e7aise).<\/p><p>Outre un physique et un mental hors norme, le contexte familial est une cl\u00e9 essentielle. Son p\u00e8re, receveur des postes, est passionn\u00e9 de sports. Il d\u00e9cide d\u2019initier sa fille aux disciplines qu\u2019il aurait voulu enseigner \u00e0 ses fils, tous morts\u2026 sauf le dernier, de sant\u00e9 fragile (qui mourra \u00e0 19 ans).<\/p><p>Elle commence par la natation, apprenant \u00e0 nager et \u00e0 marcher au m\u00eame \u00e2ge. Fascin\u00e9e par son premier spectacle de cirque, elle suit une formation de funambule, trap\u00e9ziste, jongleuse et cavali\u00e8re avec le cirque Rancy, devenant une gymnaste accomplie.<\/p><p>Elle s\u2019initie au v\u00e9lo et scandalise les Nanc\u00e9ens peu habitu\u00e9s \u00e0 voir une femme \u00e0 bicyclette. Son p\u00e8re, d\u00e9sormais retrait\u00e9, s\u2019implique totalement dans l\u2019entra\u00eenement de sa fille. Premier exploit homologu\u00e9 \u00e0 quinze ans\u00a0: Nancy-Coblence en cano\u00eb par la Meurthe et la Moselle. En 1899, c\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res titulaires du permis de conduire (avant les brevets de pilote avion, ballon, hydravion, h\u00e9licopt\u00e8re). Elle participera plus tard \u00e0 des courses automobiles dans le Sahara.<\/p><p>La t\u00eate marche avec les jambes\u00a0: apr\u00e8s sa licence de lettres, elle s\u2019inscrit dans d\u2019autres facult\u00e9s, \u00e9tudie la m\u00e9decine et le droit, apprend cinq langues dont l\u2019esp\u00e9ranto et obtient son dipl\u00f4me d\u2019infirmi\u00e8re de la Croix-Rouge.<\/p><p>Elle dort quatre \u00e0 cinq heures, refuse cat\u00e9goriquement le mariage et la maternit\u00e9, profitant de son \u00ab\u00a0temps libre\u00a0\u00bb pour \u00e9crire des po\u00e8mes, publi\u00e9s sous le pseudonyme de Myriel.<\/p><p>En 1904, premi\u00e8re course cycliste, Nancy-Bordeaux l\u2019ann\u00e9e suivante, Nancy-Milan puis Nancy-Toulouse en 1906. Les femmes n\u2019\u00e9tant pas autoris\u00e9es \u00e0 porter un pantalon et la jupe n\u2019\u00e9tant pas pratique, elle adopte la jupe-culotte. En 1908, elle pose sa candidature pour le Tour de France cycliste. Devant le refus des organisateurs, la Lorraine de 33 ans effectue le m\u00eame parcours que les hommes en prenant le d\u00e9part quelques minutes apr\u00e8s eux\u2026 et termine la comp\u00e9tition, comme 36 des 114 comp\u00e9titeurs hommes.<\/p><p>Nageuse, premi\u00e8re Fran\u00e7aise \u00e0 accomplir les 12 km de la travers\u00e9e de Paris \u00e0 la nage en juillet 1906, elle r\u00e9cidive en septembre 1907 et remporte la travers\u00e9e de Toulouse en devan\u00e7ant ses plus proches poursuivantes de plus de trois minutes.<\/p><p>Elle\u00a0 s\u2019illustre dans les sports de montagne\u00a0: juillet 1905, premi\u00e8re f\u00e9minine de la travers\u00e9e Charmoz-Gr\u00e9pon. L\u2019exploit lui vaut d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9e comme l\u2019une des pionni\u00e8res de l\u2019alpinisme fran\u00e7ais. Elle gravit la Dent du G\u00e9ant, la Dent du Requin, le Mont Rose, la Jungfrau, les aiguilles Rouges et l\u2019aiguille du Moine. Entre 1908 et 1910, elle remporte plus de vingt m\u00e9dailles d\u2019or \u00e0 Chamonix en ski, patinage artistique et patinage de vitesse, concours de saut et gymkhana sur glace. Le 26 janvier 1910, elle remporte la premi\u00e8re comp\u00e9tition f\u00e9minine de bobsleigh \u00e0 Chamonix.<\/p><p>D\u00e9crite comme la \u00ab\u00a0premi\u00e8re <em>sportswoman<\/em> du monde\u00a0\u00bb, elle re\u00e7oit la grande m\u00e9daille d\u2019or de l\u2019Acad\u00e9mie des sports en 1910\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re et derni\u00e8re fois que l\u2019Acad\u00e9mie distribue un prix \u00ab\u00a0toutes disciplines\u00a0\u00bb.<\/p><p>Une nouvelle passion lui fera bient\u00f4t abandonner toutes les autres disciplines, \u00e0 l\u2019exception des sports d\u2019hiver. 1901,\u00a0 premier vol accompagn\u00e9 en ballon libre et brevet de pilote de ballon libre. Son premier vol en solo date du 19 juillet 1907. 26 octobre 1909, elle devient la premi\u00e8re femme \u00e0 piloter un ballon au-dessus de la mer du Nord et la Manche vers l\u2019Angleterre. Sur l\u2019\u00c9toile filante, notre a\u00e9ronaute fran\u00e7aise accumule les probl\u00e8mes pour finir \u00e9ject\u00e9e de la nacelle, mais elle d\u00e9clare garder un bon souvenir de ce p\u00e9rilleux voyage. En octobre 1910, elle passe les \u00e9preuves du brevet de pilote aviateur \u00e0 Mourmelon et devient officiellement titulaire du brevet de pilote \u2013 troisi\u00e8me femme au monde, mais premi\u00e8re \u00e0 avoir pilot\u00e9 seule un avion. Elle cumule 717 vols de mai \u00e0 d\u00e9cembre 1912 sans la moindre casse. Mais l\u2019ann\u00e9e suivante, elle \u00e9chappe de peu \u00e0 la mort\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une fois de plus je reste la fianc\u00e9e du danger, mais le mariage n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 loin\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">MARVINGT<\/span> (1875-1963)<\/p><\/blockquote><p>Dans l\u2019\u00e9dition du 15 avril 1913 de <em>Lectures pour tous<\/em>, Armand Rio la surnomme \u00ab\u00a0la fianc\u00e9e du danger\u00a0\u00bb. Elle a d\u00e9crit la situation, suite au crash\u00a0: \u00ab\u00a0Mon casque \u00e9tait compl\u00e8tement enfonc\u00e9 dans la terre, mon visage baignait dans le sang. \u00c9cras\u00e9e sous la masse de mon appareil, je respirais difficilement. Heureusement qu\u2019avec ma main gauche, je pus creuser la terre pr\u00e8s de ma bouche pour me permettre d\u2019aspirer un peu d\u2019air\u2026\u00a0\u00bb Mais l\u2019aviation reste sa passion.<\/p><p>Elle invente l\u2019aviation sanitaire avec un prototype d\u2019avion-ambulance pens\u00e9 avec un ing\u00e9nieur et qu\u2019elle imposera non sans mal au d\u00e9but de Premi\u00e8re Guerre mondiale, sous le signe de la Croix-Rouge. En Lorraine patriote, elle veut s\u2019engager dans l\u2019aviation, vu que l\u2019arm\u00e9e russe accepte les femmes. Sans r\u00e9ponse \u00e0 ses d\u00e9marches, elle n\u2019attend pas et participe \u00e0 deux bombardements a\u00e9riens au-dessus de la base a\u00e9rienne de Metz, ce qui lui vaut la croix de guerre 1914-1918.\u00a0 Mais c\u2019\u00e9tait pour remplacer un pilote bless\u00e9 et au final, elle n\u2019int\u00e8grera pas les corps a\u00e9riens de l\u2019arm\u00e9e\u2026 qui lui oppose un refus officiel\u00a0!<\/p><p>Ses \u00e9tudes en m\u00e9decine lui permettent de devenir infirmi\u00e8re-major et d\u2019assister un chirurgien r\u00e9put\u00e9 \u00e0 Nancy. Apr\u00e8s deux ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, elle veut retourner sur le front. Elle se d\u00e9guise en homme et int\u00e8gre le 42e bataillon de chasseurs \u00e0 pied sous le nom de Beaulieu. On retrouve Marie en poilu(e) dans les tranch\u00e9es, participant \u00e0 des bombardements, mais aussi aide-soignante.<\/p><p>Quelques mois plus tard, apr\u00e8s 47 jours cumul\u00e9s en premi\u00e8re ligne, son identit\u00e9 est d\u00e9masqu\u00e9e, elle doit quitter le front. Mais le mar\u00e9chal Foch l\u2019autorise personnellement \u00e0 rejoindre le 3e r\u00e9giment des chasseurs alpins en tant qu\u2019infirmi\u00e8re et correspondante de guerre aux Dolomites, sur le Front italien. Elle y \u00e9vacue r\u00e9guli\u00e8rement les bless\u00e9s \u00e0 skis, renouant avec l\u2019une de ses anciennes passions.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aviation en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019aviation de tourisme et l\u2019aviation sanitaire n\u2019ont pas de meilleure propagandiste que l\u2019aviatrice fran\u00e7aise \u2014 une des premi\u00e8res aviatrices du monde entier \u2014 Mlle Marie Marvingt.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Frantz <span class=\"caps\">REICHEL<\/span> (1871-1932), <em>Le Figaro<\/em>, 31 juillet 1930<\/p><\/blockquote><p>Au cours de sa vie, elle aura prononc\u00e9 plus de 3 000 conf\u00e9rences sur l\u2019aviation sanitaire.<\/p><p>Dans les ann\u00e9es 1920, elle a multipli\u00e9 les conf\u00e9rences, de l\u2019Afrique du Nord \u00e0 l\u2019Afrique du Sud en passant par Dakar, intervenant dans les \u00e9coles ou devant le grand public. En 1929, elle organise le premier Congr\u00e8s international de l\u2019aviation sanitaire. L\u2019ann\u00e9e suivante, elle se rend en Gr\u00e8ce \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates de Delphes et parcourt le pays, toujours en conf\u00e9renci\u00e8re. Elle accompagne ses conf\u00e9rences de d\u00e9monstrations de vol, ce qui n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tous les orateurs\u00a0!<\/p><p>En prime, elle r\u00e9alisera deux films documentaires\u00a0: Les Ailes qui sauvent (1935) et Sauv\u00e9s par la colombe (1949). Cette m\u00eame ann\u00e9e, elle devient officier de la L\u00e9gion d\u2019honneur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alors Madame Marvingt, avez-vous aim\u00e9 ce vol\u00a0?<br>\u2014 Je suis d\u00e9\u00e7ue. Nous n\u2019avons pas fait bang\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">MARVINGT<\/span> (1875-1963)<\/p><\/blockquote><p>20 f\u00e9vrier 1955, pour son 80e anniversaire, le gouvernement am\u00e9ricain lui offre un vol au-dessus de Nancy \u00e0 bord d\u2019un chasseur supersonique. Elle est naturellement partante et impatiente\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Mais attendez, dit le pilote, il faut d\u2019abord passer une visite m\u00e9dicale. _ Eh bien, allons-y.\u00a0\u00bb Ils effectuent le vol au-dessus de Nancy et atterrissent. \u00ab\u00a0Alors Madame Marvingt, avez-vous aim\u00e9 ce vol\u00a0?\u00a0 _ Je suis d\u00e9\u00e7ue. Nous n\u2019avons pas fait bang\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Elle continue de se lancer des d\u00e9fis. En 1959, elle passe son brevet de pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re et pilote l\u2019ann\u00e9e suivante le premier h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 r\u00e9action du monde, le Djinn. Au cours de sa vie, elle battra un total de 17 records en tant que pilote.\u00a0<\/p><p>En 1961, forte de ses 86 printemps, elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 enfourcher son v\u00e9lo de Nancy \u00e0 Paris o\u00f9 elle devait effectuer un vol en h\u00e9licopt\u00e8re. Morte six ans avant de voir le premier Homme fouler la Lune, c\u2019\u00e9tait l\u2019un de ses ultimes r\u00eaves. Elle aurait tout fait pour aller dans l\u2019espace, elle se serait m\u00eame inscrite \u00e0 un programme de voyage sur la Lune, assure sa biographe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle n\u2019a jamais eu de limites. Elle a ouvert le ciel et le sport aux femmes. On en b\u00e9n\u00e9ficie toutes aujourd\u2019hui. Mais c\u2019\u00e9tait de mani\u00e8re inconsciente et involontaire. Elle ne le faisait pas sp\u00e9cialement pour les femmes, mais parce qu\u2019elle le voulait. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre la mani\u00e8re la plus intelligente de faire avancer les choses\u00a0\u00bb.<\/p><p class=\"auteur\">Rosalie <span class=\"caps\">MAGGIO<\/span> (1943-2021) <em>Marie Marvingt \u2013 1875-1963. La femme d\u2019un si\u00e8cle<\/em> (1991)<\/p><\/blockquote><p>Elle meurt le 14 d\u00e9cembre 1963 dans un hospice \u00e0 Laxou, sans ressources et dans un relatif anonymat \u2013\u00a0<em> Le Monde<\/em> et deux journaux am\u00e9ricains, <em>The New York Times<\/em> et <em>Chicago Tribune<\/em>, lui consacrent une rubrique n\u00e9crologique.<\/p><p>Peut-on expliquer si peu de reconnaissance\u00a0? Elle a fini tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e et dans des circonstances banales, les records f\u00e9minins \u00e9taient peu reconnus \u00e0 son \u00e9poque, elle n\u2019a pas gagn\u00e9 beaucoup d\u2019argent, n\u2019\u00e9tant pay\u00e9e que pour son travail de journaliste. Et elle n\u2019a pas recherch\u00e9 la gloire plus que l\u2019argent. Mais quand m\u00eame\u00a0!<\/p><h4>8. Nelly Roussel (1878-1922), f\u00e9ministe extr\u00eame, antinataliste d\u00e9clar\u00e9e.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/nelly_roussel.jpg\" width=\"342\" height=\"484\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la gr\u00e8ve, camarades\u00a0! la gr\u00e8ve des ventres. Plus d\u2019enfants pour le Capitalisme, qui en fait de la chair \u00e0 travail que l\u2019on exploite, ou de la chair \u00e0 plaisir que l\u2019on souille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2637\" class=\"cit-num\">2637<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922), <em>La Voix des femmes<\/em>, 6\u00a0mai 1920.<em> Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1978), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Amogathe<\/p><\/blockquote><p>Rares sont les f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9poque aussi extr\u00eames que cette journaliste marxiste, militante antinataliste, en cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des m\u00e8res de familles nombreuses\u00a0\u00bb. Le f\u00e9minisme, revendiquant des droits pour une cat\u00e9gorie injustement trait\u00e9e, se situe logiquement \u00e0 gauche dans l\u2019histoire. Mais, du seul fait de la guerre, la condition des femmes a bien chang\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme est sacrifi\u00e9e non seulement par Dieu et par la Nature mais aussi par la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9publicaine elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922), <em>L\u2019\u00c9ternelle sacrifi\u00e9e<\/em> (1906)<\/p><\/blockquote><p>Dans cette conf\u00e9rence \u00e9dit\u00e9e, elle oppose \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel f\u00e9minin\u00a0\u00bb ce qu\u2019elle nomme \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternelle sacrifi\u00e9e\u00a0\u00bb. Elle pr\u00e9sente le mariage sans amour comme de la prostitution, milite pour supprimer les dispositions du Code civil qui font de la femme mari\u00e9e une mineure au regard du droit et de la soci\u00e9t\u00e9, ainsi que pour l\u2019obtention du droit de vote.<\/p><p>Elle est initi\u00e9e en franc-ma\u00e7onnerie \u00e0 la Grande Loge symbolique \u00e9cossaise. Proche du noyau fondateur de l\u2019Ordre ma\u00e7onnique mixte international \u00ab\u00a0le Droit humain\u00a0\u00bb, elle est affili\u00e9e \u00e0 la loge no 48. Elle \u00e9pouse le sculpteur Henri Godet, avec qui elle a trois enfants.<\/p><h4>9. Gabrielle Chanel dite \u00ab\u00a0Coco Chanel\u00a0\u00bb ou Mademoiselle (1883-1971), cr\u00e9atrice de mode unique en son genre, artiste et femme d\u2019affaires de g\u00e9nie, mais mythomane au caract\u00e8re difficile.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/coco_chanel.jpg\" width=\"450\" height=\"375\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne fais pas la mode. Je suis la mode.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971), <em>Vogue France<\/em>, 19 ao\u00fbt 2021<\/p><\/blockquote><p>Impossible de citer un artiste si g\u00e9nial soit-il osant affirmer\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis le th\u00e9\u00e2tre\u2026 la danse\u2026 la peinture\u2026 la litt\u00e9rature\u2026\u00a0\u00bb Il faudrait avoir un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9 ou un besoin de reconnaissance infini. Mademoiselle avait peut-\u00eatre les deux, mais elle a quand m\u00eame beaucoup apport\u00e9 \u00e0 la mode pendant un demi-si\u00e8cle.<\/p><p>Enfant naturelle issue de camelots et marchands forains des C\u00e9vennes, plac\u00e9e \u00e0 12 ans dans un orphelinat cistercien en Corr\u00e8ze, autant dire abandonn\u00e9e par son p\u00e8re (pourtant ador\u00e9 et durablement fantasm\u00e9), elle y apprend \u00e0 coudre et vit son adolescence dans un milieu aust\u00e8re qui lui inspirera sa mode minimaliste \u2013 mais rien n\u2019est s\u00fbr dans sa biographie, hormis sa mythomanie av\u00e9r\u00e9e, avec la volont\u00e9 de se cr\u00e9er un destin conforme \u00e0 ses ambitions. Elle fuit le noviciat aussi bien que le mariage forc\u00e9, se r\u00e9fugie chez une tante, se retrouve dans une pension de jeunes filles \u00e0 Moulins, snob\u00e9e par des filles de riches et promise \u00e0 un destin de \u00ab\u00a0cousette\u00a0\u00bb. Pas question\u00a0! Elle sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019\u00ab\u00a0une fille doit \u00eatre deux choses\u00a0: classe et fabuleuse\u00a0\u00bb pour exister. Elle sera donc les deux. Vive la Belle-\u00c9poque\u00a0!<\/p><p>\u00c0 24 ans, elle r\u00eave de faire du music-hall, attire les regards et gagne son surnom de \u00ab\u00a0Coco\u00a0\u00bb (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une de ses chansons), des relations bien plac\u00e9es (une constante dans sa vie) et un premier amour (unique\u00a0?) avec Arthur Capel, Anglais de son \u00e2ge surnomm\u00e9 Boy, irr\u00e9sistiblement riche et classe. Il lui offre en 1910 sa premi\u00e8re boutique \u00e0 Paris, 21 rue Cambon, dans le tr\u00e8s chic premier arrondissement. Deux boutiques d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Deauville lui serviront aussi de vitrines de luxe, avant Biarritz, tout aussi classe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le luxe, ce n\u2019est pas le contraire de la pauvret\u00e9, c\u2019est celui de la vulgarit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971), <em>Vogue France<\/em>, 19 ao\u00fbt 2021<\/p><\/blockquote><p>Chanel vise le luxe, mais elle n\u2019a pas (encore) le professionnalisme des grands couturiers de l\u2019\u00e9poque et elle s\u2019en distingue par un style d\u00e9cal\u00e9, \u00e9coli\u00e8re en tenue sage noire et blanche ou gar\u00e7onne portant polo, cardigan, jodhpurs et pantalons. Elle invente une allure bien \u00e0 elle, conforme \u00e0 sa silhouette longiligne qu\u2019elle gardera toute sa vie et que les femmes voudront imiter,\u00a0 r\u00eavant d\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre maigre comme Coco\u00a0\u00bb.<\/p><p>En 1915, ann\u00e9e de guerre et de restriction, la p\u00e9nurie de tissu renforce cette tendance et elle s\u2019impose fi\u00e8rement comme \u00ab\u00a0la reine du genre pauvre\u00a0\u00bb. Manquant d\u2019\u00e9toffe, elle taille des robes de sport \u00e0 partir des maillots de gar\u00e7ons d\u2019\u00e9curie en jersey et des tricots de corps pour les soldats. Elle ach\u00e8te \u00e0 Rodier des pi\u00e8ces enti\u00e8res d\u2019un jersey utilis\u00e9 uniquement pour les sous-v\u00eatements masculins et lance la marini\u00e8re. Le blazer de son amant Boy Capel l\u2019a \u00e9galement inspir\u00e9e. Lib\u00e9rant le corps (apr\u00e8s Paul Poiret qui supprima le corset en 1906), elle abandonne la taille et annonce cette \u00ab\u00a0silhouette neuve\u00a0\u00bb qui fera sa r\u00e9putation.<\/p><p>C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res femmes aux cheveux courts \u00e0 cr\u00e9er des v\u00eatements simples et pratiques, s\u2019inspirant d\u2019une vie dynamique et sportive et jouant (d\u00e9j\u00e0) avec les codes f\u00e9minins\/masculins.<\/p><p>D\u00e8s 1918, elle va \u00e9difier l\u2019une des maisons de couture les plus importantes de l\u2019\u00e9poque, avec plus de 300 ouvri\u00e8res. Elle rembourse son amant, refusant le statut de femme entretenue. La guerre termin\u00e9e, Boy doit se marier, selon les r\u00e8gles de l\u2019aristocratie anglaise et il \u00e9pouse une femme de son monde\u00a0: insupportable humiliation pour Mademoiselle Chanel. Mais elle accepte la situation et continue d\u2019aimer Boy. La nuit du 22 d\u00e9cembre 1919, elle apprend qu\u2019il s\u2019est tu\u00e9 au volant de son automobile.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En perdant Capel, je perdais tout.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971) cinquante ans apr\u00e8s, cit\u00e9e dans<em> Coco Chanel<\/em> (2013), \u00c9lisabeth Weissman<\/p><\/blockquote><p>La Premi\u00e8re Guerre mondiale ne l\u2019avait pas vraiment affect\u00e9e, mais cette perte la bouleverse. Seul moyen de r\u00e9agir\u00a0pour ne pas sombrer dans la drogue et la d\u00e9pression\u00a0: c\u00e9der \u00e0 sa passion de la mode, travailler pour r\u00e9ussir, cr\u00e9er pour se renouveler tout en restant fid\u00e8le \u00e0 son style.<br>D\u00e9sormais lanc\u00e9e, rien ne pourra plus l\u2019arr\u00eater (hormis la Seconde Guerre, son collaborationnisme et son antis\u00e9mitisme la rendant d\u00e9finitivement infr\u00e9quentable\u2026 pendant dix ans).<\/p><p>En un demi-si\u00e8cle de carri\u00e8re, Mademoiselle s\u2019arrangera pour rencontrer tous les artistes qui comptent et vont participer \u00e0 son irr\u00e9sistible ascension, de Picasso \u00e0 Stravinsky, en passant par Jean Cocteau, Raymond Radiguet, Salvador Dali, C\u00e9cile Sorel et Misia Sert, Serge Diaghilev (impr\u00e9sario des Ballets russes qu\u2019elle aide financi\u00e8rement), le duc de Westminster, l\u2019homme le plus riche d\u2019Angleterre\u2026 Parmi eux, des amants, quelques ma\u00eetresses.<\/p><p>Signe particulier, elle emprunte souvent \u00e0 ses amis masculins une particularit\u00e9 vestimentaire qui se retrouvera adopt\u00e9e par toutes les femmes qui suivent la \u00ab\u00a0mode Chanel\u00a0\u00bb.\u00a0 \u00c0 ce propos, elle multiplie les d\u00e9clarations qui transcendent le temps et les modes.\u00a0 Elles valent citations, ne cessant de d\u00e9finir l\u2019ind\u00e9finissable.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mode se d\u00e9mode, le style jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971),<em> Vogue France<\/em>, 19 ao\u00fbt 2021<\/p><\/blockquote><p>Elle dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0La mode est architecture: c\u2019est une question de proportions.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0La mode n\u2019est pas quelque chose qui existe uniquement dans les v\u00eatements. La mode est dans l\u2019air, port\u00e9e par le vent. On la devine. La mode est dans le ciel, dans la rue.\u00a0\u00bb<\/p><p>Que reste-t-il de la mode Chanel\u00a0et de sa maison, \u00ab\u00a0symbole de l\u2019\u00e9l\u00e9gance fran\u00e7aise\u00a0\u00bb dans le monde\u00a0? Ses petits chapeaux de jeune modiste \u00e0 ses d\u00e9buts, ses bijoux en toc, ses sacs au sommet de sa carri\u00e8re, la fameuse \u00ab\u00a0petite robe noire\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9e en 1926 (couleur jusqu\u2019alors exclusivement r\u00e9serv\u00e9e au deuil), les premiers pantalons pour femmes, les cardigans en maille jersey sur des jupes courtes,\u00a0 la jupe pliss\u00e9e courte, le tailleur orn\u00e9 de poches, les marini\u00e8res\u2026<\/p><p>Chanel est la premi\u00e8re couturi\u00e8re \u00e0 lancer ses propres parfums avec l\u2019aide de son parfumeur Ernest Beaux\u00a0: No 5 (1921), qui conna\u00eetra une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 mondiale gr\u00e2ce \u00e0 Marylin Monroe, mais aussi No 22 (1922), Gard\u00e9nia (1925), Bois des \u00celes (1926) et Cuir de Russie (1926).<\/p><p>Apr\u00e8s la guerre, le retour \u00e0 Paris est difficile en 1954. Le \u00ab\u00a0New Look\u00a0\u00bb de Christian Dior fait fureur\u00a0: taille de gu\u00eape et seins \u00ab\u00a0pigeonnants\u00a0\u00bb obtenus par la pose d\u2019un corset ou d\u2019une gu\u00eapi\u00e8re sous des balconnets. Mademoiselle est effondr\u00e9e, tout son travail de lib\u00e9ration du corps de la femme semblant r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant\u2026 et elle a 71 ans, sa nouvelle collection est mal accueillie, avec ses robes pr\u00e8s du corps et sa silhouette androgyne. Avant le triomphe de son tailleur en tweed gans\u00e9, compl\u00e9t\u00e9 par une blouse de soie, des chaussures bicolores, un sac matelass\u00e9 \u00e0 cha\u00eene dor\u00e9e\u00a0: le nouveau style Chanel va devenir un classique, souvent copi\u00e9.<\/p><p>Les v\u00eatements Chanel sont port\u00e9s par les stars du moment, Romy Schneider \u00e0 la ville, Jeanne Moreau dans <em>Les Amants<\/em> (1958) de Louis Malle, Delphine Seyrig dans <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>nn\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/em> (1961) d\u2019Alain Resnais. Et Jackie Kennedy portait un tailleur Chanel rose lors de l\u2019assassinat de son mari John F. Kennedy.<\/p><p>En 1957, Chanel re\u00e7oit \u00e0 Dallas un \u00ab\u00a0Oscar de la mode\u00a0\u00bb. Marilyn Monroe contribue \u00e0 cette cons\u00e9cration en affirmant qu\u2019elle ne porte, la nuit, que \u00ab\u00a0quelques gouttes de No 5\u00a0\u00bb.<\/p><p>Elle distribue toujours ses conseils aux femmes et les mots ont valeur d\u2019ordre, surtout dans sa bouche, avec son caract\u00e8re tranchant et ses id\u00e9es bien arr\u00eat\u00e9es.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour \u00eatre irrempla\u00e7able, il faut \u00eatre diff\u00e9rente.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971), <em>Femme d\u2019influence<\/em>, 10 janvier 2016<\/p><\/blockquote><p>Elle dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Si une femme est mal habill\u00e9e, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement v\u00eatue, c\u2019est elle que l\u2019on remarque.\u00a0\u00bbEt encore\u00a0: \u00ab\u00a0Ne sortez jamais de chez vous, m\u00eame pour cinq minutes, sans que votre mise soit parfaite, bas tir\u00e9s et tout. C\u2019est peut-\u00eatre le jour o\u00f9 vous allez rencontrer l\u2019homme de votre vie.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mais les ann\u00e9es 1960 voient na\u00eetre d\u2019autres modes, la minijupe d\u00e9ferle sur les podiums et dans la rue, popularis\u00e9e par Mary Quant et Andr\u00e9 Courr\u00e8ges.<\/p><p>Chanel ne rel\u00e8vera jamais la jupe au-dessus du genou, assurant que les genoux sont laids. Elle ne touchera pas \u00e0 son tailleur classique, restera insensible aux influences anglo-saxonnes v\u00e9hicul\u00e9es par la musique pop. Elle d\u00e9teste la jeunesse en minijupe ou en blue-jean, elle critique le f\u00e9minisme. Elle souffre de blessures intimes jamais cicatris\u00e9es, enferm\u00e9e dans son r\u00f4le de \u00ab\u00a0femme de fer\u00a0\u00bb. Son immense fortune ne fera plus jamais son bonheur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Coco <span class=\"caps\">CHANEL<\/span> (1883-1971), Sur les pas de Gabrielle Chanel, <em>Janette magazine<\/em>, 19 ao\u00fbt 2020<\/p><\/blockquote><p>Elle finit richissime, mais tr\u00e8s seule au Ritz o\u00f9 elle avait s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 sa Belle \u00c9poque. Elle y a ses appartements. Les d\u00e9fil\u00e9s de haute couture se d\u00e9roulent toujours dans les salons du 1er \u00e9tage, 31 rue Cambon, o\u00f9 Chanel est spectatrice assise sur les marches de l\u2019escalier menant \u00e0 l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur, observant les r\u00e9actions de ses clientes par le biais des miroirs qui tapissent les parois.<\/p><p>Ses biographes saluent le g\u00e9nie de l\u2019Artiste, mais se montrent sans indulgence pour l\u2019\u00e9gocentrisme et la duret\u00e9 de la femme, sans pouvoir percer le myst\u00e8re qui remonte sans doute \u00e0 l\u2019enfance v\u00e9cue sans tendresse.<\/p><h4>10. Louise Weiss (1893-1983), militante f\u00e9ministe et europ\u00e9enne, pratiquant le happening avant l\u2019heure.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_weiss_0.jpg\" width=\"550\" height=\"400\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un rien m\u2019agite, mais rien ne m\u2019\u00e9branle.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983), cit\u00e9e dans<em> Louise Weiss<\/em> (1999), C\u00e9lia Bertin<\/p><\/blockquote><p>S\u2019est-on assez interrog\u00e9 sur le myst\u00e8re de ces mots souvent cit\u00e9s. La r\u00e9ponse est simple.<\/p><p>C\u2019est la devise de son auteur, illustr\u00e9e par le ch\u00eane. Cet arbre est particuli\u00e8rement solide, autrement dit in\u00e9branlable, contrairement \u00e0 la fable de La Fontaine l\u2019opposant au roseau qui plie, mais ne rompt pas. Consid\u00e9r\u00e9 comme le roi des arbres, le ch\u00eane symbolise la puissance et la p\u00e9rennit\u00e9\u00a0: l\u2019arbre le plus grand et le plus majestueux de nos for\u00eats de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord, sa croissance est lente. Mais son feuillage (aux superbes couleurs automnales) fr\u00e9mit au moindre souffle du vent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les obsessions sont des fontaines de jouvence. Elles \u00e9pouvantent la mort.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983), <em>Derni\u00e8res volupt\u00e9s<\/em> (1979)<\/p><\/blockquote><p>Louise Weiss est morte \u00e0 90 ans. C\u2019est peu dire qu\u2019elle s\u2019est battue avec constance et fermet\u00e9 pour les deux grandes causes qui ont donn\u00e9 un sens \u00e0 sa vie. L\u2019Europe (et la paix \u00e0 maintenir), le f\u00e9minisme (et les droits \u00e0 conqu\u00e9rir). <br>Mais consciente de la difficult\u00e9 \u00e0 atteindre des r\u00e9sultats concrets au-del\u00e0 des beaux discours, elle s\u2019est toujours insurg\u00e9e contre une certaine race de militants ou de t\u00e9moins\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0La tribu des il-n\u2019y-a-qu\u2019\u00e0 est la plus redoutable.\u00a0\u00bb<\/p><p>Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, comme beaucoup de jeunes de sa g\u00e9n\u00e9ration, Louise Weiss est marqu\u00e9e par les milliers de morts et l\u2019ampleur des destructions.<\/p><p>Initi\u00e9e aux nouvelles conditions g\u00e9opolitiques de l\u2019Europe par ses amis tch\u00e8ques et slovaques (B\u00e9n\u00e8s, Stefanik\u2026), elle fonde en 1918, \u00e0 25 ans, une revue de politique internationale, <em>l\u2019Europe Nouvelle<\/em>, qu\u2019elle dirige entre 1920 et 1934. Les articles, r\u00e9dig\u00e9s par les plus grands noms politiques et universitaires, traitent des questions \u00e9conomiques, diplomatiques et litt\u00e9raires.<\/p><p>En 1924, elle rencontre Aristide Briand \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) \u00e0 Gen\u00e8ve. Dans sa revue, elle soutient sa politique en faveur de la paix (rapprochement franco-allemand et d\u00e9sarmement) et d\u00e9fend ses id\u00e9es sur la construction europ\u00e9enne (m\u00e9morandum sur l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rale europ\u00e9enne et projet d\u2019Union europ\u00e9enne). Elle surnommera Briand \u00ab\u00a0le P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes, nos diff\u00e9rends n\u2019ont pas disparu, mais, d\u00e9sormais, c\u2019est le juge qui dira le droit [\u2026] Arri\u00e8re les fusils, les mitrailleuses, les canons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2654\" class=\"cit-num\">2654<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Discours du 10\u00a0septembre 1926. <em>Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 l\u2019inverse de Poincar\u00e9 qui (avec le pr\u00e9sident Doumergue) incarne la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France [\u2026] ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p><\/blockquote><p>Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann. Mais Briand meurt en 1932. En pleine \u00ab\u00a0entre-deux-guerres\u00a0\u00bb.<\/p><p>En janvier 1934, dans un contexte international d\u00e9favorable \u00e0 son combat en faveur de la paix (av\u00e8nement du nazisme en Allemagne), Louise Weiss d\u00e9missionne de l\u2019Europe nouvelle. En 1940, elle entre dans la R\u00e9sistance sous le surnom de Valentine et participe \u00e0 la r\u00e9daction du journal clandestin <em>Nouvelle R\u00e9publique<\/em>. Apr\u00e8s 1945, elle envisage de reprendre la publication de sa revue et entreprend des voyages sur les continents am\u00e9ricain, africain et asiatique.<\/p><p>Mais un autre combat mobilise la militante\u00a0: la condition f\u00e9minine qui peine \u00e0 progresser.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une brune aux yeux de braise entra un jour dans notre boutique [si\u00e8ge de l\u2019association La Femme nouvelle]\u00a0et s\u2019offrit \u00e0 nous aider\u2026 J\u2019esp\u00e8re que mes r\u00e9f\u00e9rences vous para\u00eetront suffisantes, nous dit-elle. J\u2019ai tu\u00e9 mon mari.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983), <em>Combats pour les femmes, 1934-1939<\/em> (1980)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019\u00e9tait assur\u00e9ment une militante du genre plut\u00f4t battante que parlante pour ne rien faire. Mais\u00a0 de telles femmes sont quand m\u00eame rares, dans leur extr\u00e9misme.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les paysannes restaient bouche b\u00e9e quand je leur parlais du vote. Les ouvri\u00e8res riaient, les commer\u00e7antes haussaient les \u00e9paules, les bourgeoises me repoussaient horrifi\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2665\" class=\"cit-num\">2665<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983) <em>Ce que femme veut<\/em> (1946), \u00e9voquant une de ses conf\u00e9rences de 1934<\/p><\/blockquote><p>En 1979, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans, elle est \u00e9lue aux premi\u00e8res \u00e9lections europ\u00e9ennes au suffrage universel direct du Parlement europ\u00e9en sur la liste gaulliste. Lors de la s\u00e9ance d\u2019ouverture, qui a lieu le 17 juillet 1979, elle prononce en sa qualit\u00e9 de doyenne un discours o\u00f9 elle salue la m\u00e9moire des Europ\u00e9ens qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Pour l\u2019avenir, elle distingue trois probl\u00e8mes essentiels\u00a0: l\u2019identit\u00e9, la natalit\u00e9 et la l\u00e9galit\u00e9. Enfin elle lance un appel \u00e0 l\u2019unit\u00e9 dans cette m\u00eame conf\u00e9rence de 1934.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Europe ne retrouvera son rayonnement qu\u2019en rallumant les phares de la conscience, de la vie et du droit\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983) <em>Ce que femme veut<\/em> (1946)<\/p><\/blockquote><p>Rentr\u00e9e dans le rang des d\u00e9put\u00e9s de 1979 \u00e0 1983 (ann\u00e9e de sa mort \u00e0 90 ans), elle est membre de la commission parlementaire Culture, Jeunesse et Sport. Elle imagine notamment la cr\u00e9ation d\u2019une Universit\u00e9 europ\u00e9enne, envisage l\u2019\u00e9change g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de professeurs ou projette de cr\u00e9er \u00e0 Strasbourg un Mus\u00e9e de l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne. Ainsi, beaucoup de r\u00e9alisations de l\u2019Union europ\u00e9enne ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es portent sa trace.<\/p><h4>11. Clara Haskil (1895-1960), pianiste virtuose mondialement reconnue \u00e0 la carri\u00e8re atypique.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/clara_haskil.jpg\" width=\"281\" height=\"300\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai connu trois g\u00e9nies dans ma vie\u00a0: Einstein, Churchill et Clara Haskil\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charlie <span class=\"caps\">CHAPLIN<\/span> (1889-1977), lors de l\u2019enterrement de Clara Haskil, 1960, film documentaire sur Clara Haskil, Pascal Cling, Prune Jaillet et Pierre-Olivier Fran\u00e7ois<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9cit d\u2019une vie tourment\u00e9e, celui d\u2019une personnalit\u00e9 complexe, consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus grandes pianistes du <span class=\"caps\">XX<\/span>\u00e8me si\u00e8cle. N\u00e9e en 1895 \u00e0 Bucarest dans une famille juive, l\u2019enfant prodige partit tr\u00e8s t\u00f4t \u00e9tudier \u00e0 Vienne puis \u00e0 Paris. Elle joua aux c\u00f4t\u00e9s des plus grands\u00a0: Furtw\u00e4ngler, Ysa\u00ffe, Faur\u00e9, Grumiaux, ou encore Lipatti. Mais secou\u00e9e par la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale, une sant\u00e9 fragile, un entourage h\u00e9sitant, elle peine \u00e0 percer malgr\u00e9 de nombreux soutiens et des critiques dithyrambiques. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Vevey, en Suisse, sauv\u00e9e in extremis du nazisme, qu\u2019elle pourra, tardivement, apr\u00e8s-guerre, montrer toute l\u2019\u00e9tendue de son talent \u2013 jusqu\u2019\u00e0 sa mort tragique, en 1960, lors d\u2019un accident \u00e0 Bruxelles.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne savais pas qu\u2019il y avait autant de musique dans ce que j\u2019avais \u00e9crit\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">FAUR\u00c9<\/span> (1845-1924), cit\u00e9 dans <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, ao\u00fbt 2017<\/p><\/blockquote><p>Clara Haskil, pianiste roumaine et suisse d\u00e9c\u00e9d\u00e9e tragiquement en 1960, est toujours consid\u00e9r\u00e9e comme une interpr\u00e8te profond\u00e9ment moderne. Son jeu simple, naturel, fluide et po\u00e9tique lui a valu le qualificatif de g\u00e9nie de la part de Charlie Chaplin et l\u2019admiration de ses pairs. Plusieurs t\u00e9moins, intimement li\u00e9s \u00e0 son univers, diss\u00e8quent le toucher, tout en \u00e9motion contenue, de la pianiste virtuose.<\/p><p>Lorsqu\u2019elle interpr\u00e8te Th\u00e8me et variations, de Gabriel Faur\u00e9, celui-ci s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne savais pas qu\u2019il y avait autant de musique dans ce que j\u2019avais \u00e9crit.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Clara Haskil a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e sur terre pour jouer Mozart.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">D\u00e9claration d\u2019un critique viennois, parue quelques ann\u00e9es auparavant dans un journal viennois\u00a0: France Musique la nuit\u2026 L\u2019heure bleue, 11 novembre 2014<\/p><\/blockquote><p>Elle part ensuite en tourn\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, limit\u00e9e toutefois \u00e0 Boston et \u00e0 New York o\u00f9 elle donne quatre concerts avec Charles Munch et Paul Paray et re\u00e7oit des ovations debout. L\u00e0 comme partout on reprend la formule parue quelques ann\u00e9es auparavant dans un journal viennois\u00a0: \u00ab\u00a0Clara Haskil a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e sur terre pour jouer Mozart\u00a0\u00bb. Telle une com\u00e8te, la pianiste illumine le ciel nord-am\u00e9ricain mais ne reviendra plus\u00a0: la sant\u00e9 fragile de l\u2019artiste fait peur en effet aux impresarios am\u00e9ricains.<\/p><h4>12. La M\u00e8re Brazier (1895-1977), chef de file des \u00ab\u00a0m\u00e8res lyonnaises\u00a0\u00bb en cuisine.<\/h4><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mere_brazier.jpg\" width=\"450\" height=\"416\"><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai appris la cuisine en faisant la cuisine.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Eug\u00e9nie <span class=\"caps\">BRAZIER<\/span> (1895-1977)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est la plus connue des \u00ab\u00a0m\u00e8res\u00a0\u00bb lyonnaises. \u00c0 juste titre, par sa forte personnalit\u00e9, sa r\u00e9ussite exceptionnelle, une notori\u00e9t\u00e9 qui transcende les modes et les g\u00e9n\u00e9rations, d\u00e9fiant un microcosme sexiste.. La \u00ab\u00a0m\u00e8re Brazier\u00a0\u00bb est la premi\u00e8re femme dont le nom s\u2019impose depuis Taillevent\u00a0 \u2013 premier chef cuisinier professionnel fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle, auteur du <em>Viandier<\/em> (livre de recettes et de technique).<\/p><p>Premi\u00e8re femme \u00e0 obtenir trois \u00e9toiles au Guide Michelin en m\u00eame temps que Marie Bourgeois, (suivie par Marguerite Bise en 1951 et Anne-Sophie Pic en 2007). La m\u00e8re Brazier va m\u00eame obtenir deux fois trois \u00e9toiles ( suivie par six noms tr\u00e8s connus, dont Alain Ducasse, Marc Veyrat, Jo\u00ebl Robuchon)<\/p><p>Son histoire tient du conte de f\u00e9es \u2013 genre Cendrillon. N\u00e9e dans une famille de paysans bressans, plac\u00e9e \u00e0 10 ans (apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re) dans des fermes de la r\u00e9gion o\u00f9 elle garde les vaches et les cochons, elle apprend les bases de la cuisine de Bresse. \u00ab\u00a0Fille-m\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 19 ans, chass\u00e9e de la maison par son p\u00e8re et contrainte d\u2019abandonner son b\u00e9b\u00e9 \u00e0 une nourrice, d\u00e9barqu\u00e9e \u00e0 Lyon sans le sou, elle se retrouve nourrice (ironie du sort\u00a0!) dans une famille bourgeoise. La cuisini\u00e8re tomb\u00e9e malade, elle la remplace. \u00c0 20 ans, elle a trouv\u00e9 sa vocation.<\/p><p>Embauch\u00e9e \u00e0 la fin de la Guerre mondiale chez la m\u00e8re Fillioux, elle fait son apprentissage. Sa r\u00e9putation na\u00eet \u00e0 la Brasserie du Dragon et deux ans apr\u00e8s, elle cr\u00e9e son restaurant, un bouchon lyonnais situ\u00e9 12 rue Royale, nomm\u00e9 la M\u00e8re Brazier. Gr\u00e2ce au bouche-\u00e0-oreille et aux \u00e9loges du critique gastronomique Curnonsky, sa table devient la plus courue de Lyon. Un second restaurant suivra au col de la Lu\u00e8re, annexe du bouchon lyonnais les week-ends et au retour des beaux jours.<\/p><p>Un beau matin de 1946, un jeune commis arrive de Collonges, dans l\u2019Ain, sur son v\u00e9lo.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! Tu n\u2019es pas fain\u00e9ant. Je t\u2019embauche\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Eug\u00e9nie <span class=\"caps\">BRAZIER<\/span> (1895-1977). <em>Chefs \u00e0 la Carte,<\/em> Thierry Marx et Bernard Thomasson<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est Paul Bocuse. Ce futur grand chef cuisinier apprendra tout de la M\u00e8re Brazier, malgr\u00e9 la terreur qu\u2019elle inspire parfois. \u00c0 20 ans, h\u00e9ros d\u00e9mobilis\u00e9 de la Seconde Guerre mondiale, il poursuit son apprentissage chez \u00ab\u00a0la M\u00e8re\u00a0\u00bb au col de la Lu\u00e8re. Il entretient aussi le jardin potager, trait les vaches, fait la lessive et le repassage. Il fera ensuite la plus belle carri\u00e8re dans ce m\u00e9tier-passion.<\/p><p>\u00c0 72 ans, la m\u00e8re Brazier c\u00e8dera la place \u00e0 son fils Gaston. Son restaurant de Lyon momentan\u00e9ment ferm\u00e9 rena\u00eet en 2007 sous le signe du chef Mathieu Viannay (\u00ab\u00a0Meilleur Ouvrier de France\u00a0\u00bb), retrouve ses \u00e9toiles et garde sa r\u00e9putation. La M\u00e8re Brazier devient l\u2019embl\u00e8me de Lyon et de la cuisine lyonnaise au niveau international.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle fait plus que moi pour la renomm\u00e9e de la ville.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">HERRIOT<\/span>, maire de Lyon et pr\u00e9sident du Conseil, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, ministre. Source\u00a0:<em> Ouest-France<\/em>, le 23\/10\/2019<\/p><\/blockquote><p>Des grands classiques qui ont fait la r\u00e9putation de la M\u00e8re Brazier, Viannay son successeur n\u2019en garde que quelques-uns, mais \u00ab\u00a0r\u00e9invent\u00e9s au gr\u00e9 des saisons et de la fantaisie\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019artichaut au foie gras r\u00e9unit un artichaut poivrade, surmont\u00e9 d\u2019une bille de foie gras avec un \u00e9minc\u00e9 de fond d\u2019artichaut accompagn\u00e9 d\u2019une tranche de foie gras r\u00f4ti parfum\u00e9 de balsamique\u00a0;\u00a0 la c\u00e9l\u00e9brissime \u00ab\u00a0volaille de Bresse Demi-Deuil\u00a0\u00bb (du nom des lamelles de truffes gliss\u00e9es sous la peau) rajeunit gr\u00e2ce aux l\u00e9gumes de saison. Le secret de sa r\u00e9ussite est simple\u00a0: tradition et innovation. Avec une \u00ab\u00a0attention particuli\u00e8re aux cuissons, ajust\u00e9es au degr\u00e9 pr\u00e8s\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0produits de saison\u00a0\u00bb et aux \u00ab\u00a0alliances\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019image de ses coquilles Saint-Jacques au citron confit.<\/p><p>Une dizaine d\u2019autres \u00ab\u00a0m\u00e8res lyonnaises\u00a0\u00bb ont contribu\u00e9 au rayonnement de la ville, mais quelques centaines l\u2019ont nourri et v\u00e9ritablement anim\u00e9e au sens \u00e9tymologique\u00a0: donner une \u00e2me.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019elles aient bascul\u00e9 dans le luxe, fa\u00e7on Brazier, ou soient rest\u00e9es fid\u00e8les \u00e0 une cuisine plus \u00e9conome, les m\u00e8res avaient nourri la ville enti\u00e8re. On passait de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre comme on change de chemise, se r\u00e9galant ici d\u2019une tarte l\u00e9g\u00e8re \u00e0 la praline, l\u00e0 d\u2019un saint-marcellin cr\u00e9meux ou d\u2019une salade de cochonnailles. Elles formaient \u00e0 elles seules une famille m\u00e9connue, h\u00e9t\u00e9roclite et laborieuse, dessinant une g\u00e9ographie sociale de la ville, d\u00e9roulant un si\u00e8cle d\u2019histoire. Elles avaient fa\u00e7onn\u00e9 les quartiers, les avaient berc\u00e9s, accompagn\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Catherine <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (n\u00e9e en 1956), <em>Mang\u00e9es\u00a0: Une histoire des m\u00e8res lyonnaises<\/em> (2018)<\/p><\/blockquote><p>Lyon leur doit beaucoup de sa r\u00e9putation, quelques grands cuisiniers leur doivent d\u2019\u00eatre devenus des \u00ab\u00a0chefs\u00a0\u00bb, les clients n\u2019oublieront jamais cette \u00e9poque, mais leur cuisine appartient \u00e0 un pass\u00e9 r\u00e9volu et elles n\u2019ont pas vraiment fait \u00e9cole dans la carri\u00e8re de femmes chefs\u2026 Contrairement \u00e0 bien des chefs, les \u00ab\u00a0m\u00e8res\u00a0\u00bb \u00e9taient des femmes discr\u00e8tes qui ne faisaient pas parler d\u2019elles. \u00c0 l\u2019exception de la m\u00e8re Brazier, elles n\u2019avaient aucun sens de la com\u2019. Les journalistes les ont laiss\u00e9es dans l\u2019ombre. Les universitaires, les romanciers ne se sont pas int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 elles, \u00e0 leur vie. Eug\u00e9nie Brazier, une self-made-woman \u00e9tonnante, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 interview\u00e9e une seule fois par un journal, une radio ou une t\u00e9l\u00e9\u00a0!<\/p><p>Dans une France encore tr\u00e8s misogyne, ces femmes n\u2019\u00e9taient pas des f\u00e9ministes, mais elles ont r\u00e9alis\u00e9 ce que tr\u00e8s peu ont os\u00e9 faire\u00a0: \u00eatre leurs propres patronnes, dans un domaine, la cuisine et la restauration, o\u00f9 les hommes dominaient et continuent \u00e0 dominer.<\/p><p>D\u2019origine campagnarde, souvent tr\u00e8s modeste, ce sont des pionni\u00e8res. Elles ont invent\u00e9 les \u00ab\u00a0tables d\u2019h\u00f4tes\u00a0\u00bb. Elles se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es chefs d\u2019entreprise \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les femmes n\u2019avaient pas le droit de disposer d\u2019un carnet de ch\u00e8ques. Elles ont innov\u00e9 en cuisine, certaines posant les bases de ce qu\u2019on appellera plus tard la \u00ab\u00a0cuisine light\u00a0\u00bb. Pr\u00e9f\u00e9rant s\u2019approvisionner directement aupr\u00e8s des producteurs, elles ont tout naturellement cr\u00e9\u00e9 le \u00ab\u00a0circuit court\u00a0\u00bb. Les femmes, Lyon et la gastronomie doivent beaucoup \u00e0 ces \u00ab\u00a0m\u00e8res\u00a0\u00bb audacieuses.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9pisode 9\u00a0: les femmes historiques de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cleRevivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.1. 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