{"id":9445,"date":"2022-10-03T00:00:00","date_gmt":"2022-10-02T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-revolution\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:06","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:06","slug":"le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-revolution\/","title":{"rendered":"Le CV des acteurs de l\u2019Histoire (R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Le <span class=\"caps\">CV<\/span> est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de<em> l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste\u2026), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de mis\u00e8re, ambition d\u00e9clar\u00e9e ou hasard d\u2019une rencontre, carri\u00e8re classique ou chaotique, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 pr\u00e9coce ou tardive, fin de vie brutale ou confortable, tous les cas existent\u00a0! Le destin d\u00e9cide souvent, c\u2019est aussi affaire de caract\u00e8re. Mais le contexte historique reste le facteur d\u00e9terminant\u00a0: guerres de Religion, Fronde, R\u00e9volution(s), Commune, Guerres mondiales, Mai 68.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. La R\u00e9volution met la Politique \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: vocations en cha\u00eene et mortalit\u00e9 galopante.<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-50.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p>P\u00e9riode r\u00e9put\u00e9e la plus passionnante de notre histoire, elle cr\u00e9e ses propres h\u00e9ros et les d\u00e9truit presque aussit\u00f4t \u2013 comme Saturne d\u00e9vorant ses enfants. Personne n\u2019est \u00e9pargn\u00e9, mais les grands noms sont particuli\u00e8rement vis\u00e9s, les femmes et les savants \u00e9galement victimes. Dans ce chaos national, de brillants orateurs \u00e0 la Tribune imposent les valeurs r\u00e9publicaines qui nous servent toujours de rep\u00e8res. Ce n\u2019est pas le moindre paradoxe de notre R\u00e9volution.<\/p>\n<p>27 <span class=\"caps\">NOMS<\/span>\u00a0: La Fayette \u2013 Mirabeau \u2013 Abb\u00e9 Siey\u00e8s \u2013 Abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u2013 Danton \u2013 Guillotin \u2013 \u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb \u2013\u00a0 Romain Des\u00e8ze \u2013 Fabre d\u2019\u00c9glantine \u2013 Vergniaud \u2013 Marat \u2013 Charlotte Corday \u2013 H\u00e9bert \u2013 Olympe de Gouges \u2013 Th\u00e9roigne de M\u00e9ricourt \u2013 Mme Roland \u2013 Lavoisier \u2013 Camille Desmoulins \u2013 Condorcet \u2013 Fran\u00e7ois Chabot \u2013 Jacques Roux \u2013 Robespierre \u2013 Saint-Just \u2013 Jean-Baptiste Carrier \u2013 Fouquier-Tinville \u2013 Lazare Carnot \u2013 Joseph Fouch\u00e9.<\/p>\n<h4>La Fayette\u00a0: militaire enflamm\u00e9, politique brouillon, r\u00e9publicain t\u00eatu jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution de Juillet (1830).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, il prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Issu d\u2019une grande et riche famille dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, h\u00e9ritier d\u2019une des plus grandes fortunes de France, le jeune marquis se veut militaire, ambitieux, mais pas courtisan. Il fait deux \u00e9coles militaires en m\u00eame temps (les mousquetaires Noirs du roi et l\u2019Acad\u00e9mie de Versailles). \u00c0 19 ans, contre l\u2019avis de sa famille et la politique \u00e9trang\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, il s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777 pour se joindre aux troupes de Virginie, dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des <em>Insurgents<\/em> contre l\u2019Angleterre. Le Congr\u00e8s des jeunes \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique le fait citoyen d\u2019honneur en 1781. La France des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution y gagne un alli\u00e9 pour les si\u00e8cles \u00e0 venir.<\/p>\n<p>\u00c9lu d\u00e9put\u00e9 de la noblesse, r\u00eavant de r\u00e9concilier le peuple avec le pouvoir royal,\u00a0 il d\u00e9bute sa carri\u00e8re parlementaire le 11 juillet 1789 en pr\u00e9sentant le projet de <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le de la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis. Commandant de la Garde nationale au lendemain du 14 juillet, il prot\u00e8ge la famille royale lors des journ\u00e9es d\u2019\u00e9meutes des 5 et 6 octobre 1789 \u2013 mais il s\u2019endort la nuit, la foule brise les grilles du ch\u00e2teau de Versailles et Mirabeau le baptisera \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Morph\u00e9e\u00a0\u00bb. Le 14 juillet 1790, il organise la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration qui symbolise la r\u00e9conciliation de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> avec la r\u00e9volution et pr\u00eate serment de fid\u00e9lit\u00e9 au roi sur le Champ de Mars. Mais apr\u00e8s la fuite \u00e0 Varennes de la famille royale en juin 1791, il sera d\u00e9finitivement discr\u00e9dit\u00e9 aupr\u00e8s du peuple le 17 juillet, donnant l\u2019ordre de tirer sur les manifestants du Champ de Mars venus demander l\u2019arrestation de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. Cet \u00e9v\u00e9nement entra\u00eene une crise politique. D\u00e9clar\u00e9 tra\u00eetre \u00e0 la patrie et menac\u00e9 d\u2019arrestation, il s\u2019exile en Autriche.<\/p>\n<p>Opposant \u00e0 Napol\u00e9on, il reviendra sur le devant de la sc\u00e8ne, militant pour l\u2019abdication de l\u2019empereur. Il joue son dernier combat militaire dans la R\u00e9volution de 1830. De nouveau commandant de la Garde nationale, ralli\u00e9 \u00e0 la cause du duc Louis-Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, il l\u2019accueille \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris, lui donne l\u2019accolade et fait de lui le roi des Fran\u00e7ais\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que nous avons pu faire de plus r\u00e9publicain\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<h4>Mirabeau\u00a0: libertin d\u00e9bauch\u00e9, prisonnier pour dettes, aristocrate d\u00e9class\u00e9 sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, t\u00e9nor politique cr\u00e9\u00e9 par la R\u00e9volution, \u00ab\u00a0Torche de Provence\u00a0\u00bb populaire, panth\u00e9onis\u00e9 et vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conna\u00eet pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n\u2019y a personne qui os\u00e2t m\u2019interrompre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1291\" class=\"cit-num\">1291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>Mirabeau<\/em> (1891), Edmond Rousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce physique impressionne tous les contemporains. Il en joue, il trouve belle cette laideur, avec ses traits marqu\u00e9s, cribl\u00e9s de petite v\u00e9role. Il soigne sa toilette, porte une \u00e9norme chevelure artistement arrang\u00e9e qui grossit encore le volume de sa t\u00eate. Il se place face au miroir, se regarde parler, \u00e9quarrit ses \u00e9paules. Il cultive son personnage. La puissance du verbe et la solidit\u00e9 de la pens\u00e9e servent \u00e9galement le tribun\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin. Mirabeau lance la R\u00e9volution par ces mots\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nature semblait avoir moul\u00e9 sa t\u00eate pour l\u2019Empire ou pour le gibet, taill\u00e9 ses bras pour \u00e9treindre une nation ou pour enlever une femme\u00a0\u00bb \u00e9crit Chateaubriand dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>. Mirabeau connut la gloire et \u00e9vita le gibet \u2013mourant dans son lit, \u00e9puis\u00e9 par une vie d\u2019exc\u00e8s. Il souleva le peuple par ses talents d\u2019orateur et multiplia les conqu\u00eates f\u00e9minines. \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb, parole de Rivarol dans son <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790). Avant la R\u00e9volution, il vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine et sera accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s. Fin mars 1791, il confie \u00e0 Talleyrand, comme lui monarchiste constitutionnel\u00a0: \u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb <br>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on. Sa trahison sera prouv\u00e9e en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets. Mirabeau sera aussit\u00f4t d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9, remplac\u00e9 par Marat l\u2019Ami du peuple\u2026 qui conna\u00eetra le m\u00eame sort.<\/p>\n<h4>Abb\u00e9 Siey\u00e8s\u00a0: pr\u00eatre, chanoine, vicaire sans vocation religieuse, essayiste politique, d\u00e9put\u00e9 ralli\u00e9 au tiers \u00e9tat \u00e0 la R\u00e9volution, pr\u00e9sident du Directoire, consul sous le Consulat, comte et s\u00e9nateur sous l\u2019Empire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat\u00a0? Tout. Qu\u2019a-t-il \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent dans l\u2019ordre politique\u00a0? Rien. Que demande-t-il\u00a0? \u00c0 y devenir quelque chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1265\" class=\"cit-num\">1265<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), <em>Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat<\/em> (1789)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Abb\u00e9 sans vocation religieuse, lecteur fervent des philosophes, c\u00e9l\u00e8bre par sa brochure <em>Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat\u00a0?<\/em>, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du tiers, Siey\u00e8s n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but d\u2019une longue carri\u00e8re politique, chose est rare en ces temps.<\/p>\n<p>Homme de premier plan \u00e0 la Constituante, r\u00e9dacteur du Serment du Jeu de paume et de la Constitution, monarchiste constitutionnel qui vota pourtant la mort du roi en janvier\u00a01793, Siey\u00e8s se fait oublier quand la Convention devient montagnarde, effray\u00e9 du tour pris par les \u00e9v\u00e9nements. Robespierre le d\u00e9teste et l\u2019appelle \u00ab\u00a0la taupe de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Pendant la Terreur, la taupe se terre dans son trou et survit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu\u00a0\u00bb dira-t-il sous la Monarchie de Juillet \u2013 c\u2019\u00e9tait quasi un exploit.<\/p>\n<p>On retrouve l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s tr\u00e8s actif sous le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire. Port\u00e9 par son ambition et servi par son flair, il saura toujours d\u00e9missionner ou s\u2019exiler au bon moment, faire les bons choix pour lui et pour la France, soutenant Napol\u00e9on Bonaparte \u00e0 l\u2019heure de son coup d\u2019\u00c9tat\u00a0et tirant la le\u00e7on du 18 Brumaire (novembre 1799)\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, nous avons un ma\u00eetre, ce jeune homme fait tout, peut tout et veut tout.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire et pr\u00e9dire. Le Consulat sera particuli\u00e8rement brillant. Siey\u00e8s aura tous les honneurs sous l\u2019Empire. Il s\u2019absente sous la Restauration (\u00e0 Bruxelles), rentre sous la Monarchie de Juillet et finit honor\u00e9 comme un vieux sage en retraite, ayant finalement bien v\u00e9cu une p\u00e9riode fatale \u00e0 tant de Noms.<\/p>\n<h4>Abb\u00e9 Gr\u00e9goire\u00a0: cur\u00e9 de campagne, d\u00e9put\u00e9 et chef de file du bas clerg\u00e9 \u00e0 la Constituante, d\u00e9fenseur des noirs et des juifs \u00e0 la Convention, rest\u00e9 toujours fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res, panth\u00e9onis\u00e9 en 1989.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 venaient de faire un grand abattis dans la for\u00eat des abus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1342\" class=\"cit-num\">1342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> (1750-1831). <em>Le Clerg\u00e9 de quatre-vingt-neuf<\/em> (1876), Jean Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il r\u00e9sume l\u2019\u0153uvre de la Constituante et notamment les d\u00e9cisions de la nuit du 4\u00a0ao\u00fbt, sanctionn\u00e9es par les d\u00e9crets du 5 et du 11\u00a0ao\u00fbt 1789. C\u2019est la fameuse abolition des privil\u00e8ges. Il r\u00e9clame aussi le suffrage universel (masculin) qui ne sera \u00e9tabli que par intermittence au fil des \u00e9v\u00e9nements.<br>Pr\u00eatre ayant la foi, d\u00e9put\u00e9 du clerg\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789, ralli\u00e9 au tiers \u00e9tat sous la Constituant, il pr\u00eata serment \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9 (1790) et fut \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9mancipation des Juifs fran\u00e7ais. \u00c9v\u00eaque constitutionnel (1791), d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention en 1793, r\u00e9volutionnaire et r\u00e9publicain, il tient toujours le langage de la raison et de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes sens\u00e9s n\u2019imputeront jamais \u00e0 la philosophie les horreurs commises en son nom sous le r\u00e9gime de la Terreur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il joue un r\u00f4le important pour les noirs\u00a0: \u00ab\u00a0La Convention, sur la proposition de Gr\u00e9goire, avait, en 1793, aboli la prime pour la traite des N\u00e8gres. Le 4\u00a0f\u00e9vrier 1794, elle d\u00e9cr\u00e9ta, par acclamation, l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans les colonies\u00a0\u00bb, \u00e9crit Alfred Rambaud dans son<em> Histoire de la civilisation contemporaine en France<\/em> (1888). Rappelons que l\u2019esclavage, r\u00e9tabli en 1802, sera d\u00e9finitivement aboli apr\u00e8s la R\u00e9volution de f\u00e9vrier\u00a01848, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9aux et ses id\u00e9es, gallican convaincu, Gr\u00e9goire s\u2019effor\u00e7a en vain, apr\u00e8s 1795, de redonner vie \u00e0 l\u2019\u00c9glise constitutionnelle. R\u00e9\u00e9lu d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur sous l\u2019Empire, il s\u2019oppose au despotisme napol\u00e9onien et d\u00e9missionne de son \u00e9v\u00each\u00e9 apr\u00e8s le Concordat. \u00c9lu \u00e0 nouveau d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Is\u00e8re en 1819, les ultraroyalistes au pouvoir sous la Restauration de Charles X l\u2019emp\u00each\u00e8rent de si\u00e9ger. Son enterrement fut le pr\u00e9texte d\u2019une grande manifestation lib\u00e9rale. Ses cendres ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on en 1989, juste hommage rendu \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0homme le plus honn\u00eate de France\u00a0\u00bb (Stendhal).<\/p>\n<h4>Danton\u00a0: clerc (avou\u00e9) chez un procureur, avocat inconnu, prodigieux orateur r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la R\u00e9volution, ministre de la Justice et ma\u00eetre de la France au d\u00e9but de la Convention, bient\u00f4t oppos\u00e9 \u00e0 Robespierre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fin du discours est c\u00e9l\u00e9brissime. \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (Quatre-vingt-treize). Il incarne \u00ab\u00a0la Patrie en danger\u00a0\u00bb, quand les arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res menacent nos fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb, Danton le bourgeois a l\u2019art d\u2019improviser les formules propres \u00e0 galvaniser l\u2019auditoire\u00a0populaire\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons le droit de dire aux peuples\u00a0: vous n\u2019aurez plus de rois\u00a0\u00bb lance-t-il \u00e0 la tribune de la Convention le 28 septembre. Belle phrase \u00ab\u00a0\u00e0 la Danton\u00a0\u00bb, superbe id\u00e9e r\u00e9volutionnaire. L\u2019orateur ajoute, pour \u00eatre plus clair encore, que \u00ab\u00a0la Convention doit \u00eatre un comit\u00e9 d\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9rale contre tous les rois de l\u2019univers\u00a0\u00bb, ce qui suscite quelques murmures dans l\u2019assembl\u00e9e\u2026 Cela fait, ne serait-ce qu\u2019en Europe, beaucoup d\u2019ennemis en puissance aux nouveaux ma\u00eetres de la France. Danton n\u2019est pas dupe de ses formules ronflantes. Mais son temp\u00e9rament imp\u00e9tueux l\u2019emporte.<\/p>\n<p>Bourgeois bon vivant, il proclame sans complexe\u00a0: \u00ab\u00a0Qui hait les vices hait les hommes\u00a0\u00bb, notoirement d\u00e9bauch\u00e9, par ailleurs compromis dans certaines affaires financi\u00e8res. C\u2019est l\u2019oppos\u00e9 absolu de Robespierre l\u2019Incorruptible, lui aussi avocat et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la R\u00e9volution, qui va prendre \u00e0 son tour le pouvoir. Quand Danton d\u00e9noncera la d\u00e9rive montagnarde, le pitoyable proc\u00e8s de Marie-Antoinette, la d\u00e9christianisation forc\u00e9e d\u2019une France profond\u00e9ment catholique, il fera guillotiner Danton et les dantonistes accus\u00e9s d\u2019indulgence \u2013 un crime sous la Terreur.<\/p>\n<p>Une pol\u00e9mique id\u00e9ologique et politique oppose toujours les historiens robespierristes et dantonistes\u00a0: Danton peut \u00eatre vu comme un politicien sans scrupules, v\u00e9nal, tra\u00eetre \u00e0 la R\u00e9volution, ou un ardent d\u00e9mocrate, patriote ind\u00e9fectible, homme d\u2019\u00c9tat g\u00e9n\u00e9reux et profond\u00e9ment humain. Cela rappelle le d\u00e9bat entre les voltairiens et les rousseauistes, ou les sartriens et les camusiens au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. L\u2019Histoire est faite de ces inconciliables.<\/p>\n<h4>Guillotin\u00a0: j\u00e9suite, professeur, m\u00e9decin et philanthrope, d\u00e9put\u00e9, cr\u00e9ateur de la guillotine et c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 son corps d\u00e9fendant.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le supplice que j\u2019ai invent\u00e9 est si doux qu\u2019il n\u2019y a vraiment que l\u2019id\u00e9e de la mort qui puisse le rendre d\u00e9sagr\u00e9able. Aussi, si l\u2019on ne s\u2019attendait pas \u00e0 mourir, on croirait n\u2019avoir senti sur le cou qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re et agr\u00e9able fra\u00eecheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1510\" class=\"cit-num\">1510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph Ignace <span class=\"caps\">GUILLOTIN<\/span> (1738-1814). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parlait en po\u00e8te de la m\u00e9canique qu\u2019en m\u00e9decin philanthrope il a fait adopter. Un d\u00e9cret du 13\u00a0juin 1793 installe dans chaque d\u00e9partement un \u00ab\u00a0appareil de justice\u00a0\u00bb. Mais la guillotine est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s active \u00e0 Paris. Premier condamn\u00e9 \u00e0 mort guillotin\u00e9, un voleur de grand chemin, Nicolas Pelletier, ex\u00e9cut\u00e9 en place de Gr\u00e8ve \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville), le 25\u00a0avril 1792.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La machine immortelle [\u2026]\u00a0: la m\u00e9canique tombe comme la foudre, la t\u00eate vole, le sang jaillit, l\u2019homme n\u2019est plus.\u00a0\u00bb Ce professeur d\u2019anatomie est fascin\u00e9 par la machine dont il a demand\u00e9 la cr\u00e9ation, pour l\u2019ex\u00e9cution des condamn\u00e9s \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Rappelons que la guillotine est un progr\u00e8s r\u00e9volutionnaire qui cr\u00e9e l\u2019\u00e9galit\u00e9 des condamn\u00e9s devant la mort \u2013 au lieu des supplices diff\u00e9rents appliqu\u00e9s en fonction du rang social et du forfait, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. Pr\u00e9cisons aussi que l\u2019instrument existe d\u00e9j\u00e0 au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, comme en t\u00e9moigne une gravure de Cranach (peintre et dessinateur allemand). Enfin, c\u2019est contre l\u2019avis de Guillotin qu\u2019on baptisa guillotine ces \u00ab\u00a0bois de justice\u00a0\u00bb. Quasi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de voir son nom associ\u00e9 au supplice qui va \u00eatre mis en chanson et faire fureur sous la Terreur, Guillotin abandonne la politique, quitte Paris pour Bordeaux et redevient m\u00e9decin, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la vaccination contre la variole, cr\u00e9ateur de la Soci\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique de M\u00e9decine (future Acad\u00e9mie nationale de M\u00e9decine) et charg\u00e9 sous l\u2019Empire du premier programme de sant\u00e9 publique en France.<\/p>\n<h4>Dauphin de la Couronne, Louis-Charles de France, dit \u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb\u00a0: le plus court <span class=\"caps\">CV<\/span> de l\u2019histoire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple. N\u00e9 dans les fastes de Versailles en 1785, il est enferm\u00e9 avec sa famille \u00e0 la prison du Temple en 1792. Laiss\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re Marie\u2011Antoinette, il lui est retir\u00e9 pour \u00eatre confi\u00e9 au cordonnier Antoine Simon\u00a0: l\u2019homme l\u2019\u00e9l\u00e8ve avec un objectif affich\u00e9\u00a0: lui faire oublier ses origines royales et les fastes de son enfance. Le jeune Dauphin est \u00e9galement manipul\u00e9 pour servir de t\u00e9moin contre sa m\u00e8re, lors de son proc\u00e8s. Sur les d\u00e9clarations de son fils, Marie\u2011Antoinette est accus\u00e9e d\u2019inceste\u2026 avant d\u2019\u00eatre guillotin\u00e9e.<\/p>\n<p>Vivant dans des conditions d\u2019hygi\u00e8ne d\u00e9plorables, il tombe gravement malade. En 1795, les r\u00e9volutionnaires pensent s\u2019en servir comme monnaie d\u2019\u00e9change avec l\u2019arm\u00e9e autrichienne, mais il meurt de la tuberculose. Son c\u0153ur, conserv\u00e9 par le m\u00e9decin l\u00e9giste Philippe-Jean Pelletan, est plac\u00e9 en 1975 dans la crypte de la basilique Saint-Denis. Des analyses r\u00e9centes ont confirm\u00e9 que l\u2019enfant mort \u00e0 la prison du Temple \u00e9tait bien le fils de Marie-Antoinette, mettant fin aux rumeurs d\u2019une l\u00e9gende entretenue par certains l\u00e9gitimistes autour de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>.<\/p>\n<p>Reste le mot de Marie-Antoinette \u00e0 Fersen (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la fuite \u00e0 Varennes dont elle se sentait en partie responsable en juin 1791, tournant irr\u00e9versible de la R\u00e9volution)\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Des\u00e8ze\u00a0: avocat et b\u00e2tonnier de l\u2019ordre, conseil de Marie-Antoinette (Affaire du collier de la reine), avocat de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, prisonnier sous la Terreur, ministre d\u2019\u00c9tat et acad\u00e9micien sous la Restauration.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis sera-t-il donc le seul Fran\u00e7ais pour lequel on ne suive nulle loi, nulle forme\u00a0? Louis ne jouit ni du droit de citoyen, ni de la pr\u00e9rogative des rois\u00a0: il ne jouira ni de son ancienne condition, ni de la nouvelle\u00a0! Quelle \u00e9trange exception.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1468\" class=\"cit-num\">1468<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">DES\u00c8ZE<\/span> (1748-1828), Plaidoirie pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 26\u00a0d\u00e9cembre 1792.<em> Histoire de France depuis la R\u00e9volution de 1789<\/em> (1803), Fran\u00e7ois-Emmanuel Toulongeon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat (comte Des\u00e8ze ou De S\u00e8ze) t\u00e9moignera plus tard du grand \u0153uvre de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Trois jours et quatre nuits, j\u2019ai lutt\u00e9 pied \u00e0 pied avec les documents pour \u00e9difier avec Malesherbes et Tronchet, et surtout avec mon Roi, la d\u00e9fense de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 par la Convention. J\u2019ai voulu plaider avec la justice, le c\u0153ur, le talent que l\u2019on me reconnaissait alors. Mon ma\u00eetre ne me laissa combattre que sur le terrain du droit\u00a0: il se souciait de balayer les accusations dont il \u00e9tait l\u2019objet, non d\u2019apitoyer. Pendant plus d\u2019une heure, je lui ai donn\u00e9 ma voix. En vain\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il a bien travaill\u00e9\u00a0\u00bb dira le roi apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat. Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise sous la Restauration (en 1828), le baron de Barante rendra cet hommage \u00e0 Des\u00e8ze\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00e9ternel honneur sera d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus tristement religieux de notre R\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient trois pour cette mission impossible et p\u00e9rilleuse. Des\u00e8ze, arr\u00eat\u00e9 peu apr\u00e8s le proc\u00e8s, lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la chute de Robespierre, finira pair de France et premier pr\u00e9sident de la Cour de cassation sous la Restauration. Fran\u00e7ois Denis Tronchet se cachera sous la Terreur et se retrouvera au S\u00e9nat sous le Consulat. Chr\u00e9tien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes aura moins de chance\u00a0: \u00e9migr\u00e9 au d\u00e9but de la R\u00e9volution, rentr\u00e9 en France pour d\u00e9fendre son roi, il sera ex\u00e9cut\u00e9 sous la Terreur.<\/p>\n<h4>Fabre d\u2019\u00c9glantine\u00a0: auteur et acteur dramatique, politiquement engag\u00e9 dans la R\u00e9volution, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention et auteur du calendrier r\u00e9volutionnaire, compromis dans diverses intrigues.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne pouvons plus compter les ann\u00e9es o\u00f9 les rois nous opprimaient comme un temps o\u00f9 nous avons v\u00e9cu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1440\" class=\"cit-num\">1440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FABRE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">\u00c9GLANTINE<\/span> (1750-1794), d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e du calendrier r\u00e9volutionnaire.<em> Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>21\u00a0septembre 1792, premier jour de la Convention, \u00ab\u00a0la royaut\u00e9 est abolie en France\u00a0\u00bb par d\u00e9cret et le 22 septembre devient le premier jour de l\u2019an I de la R\u00e9publique. C\u2019est l\u2019\u00e9quinoxe d\u2019automne, heureux pr\u00e9sage\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9galit\u00e9 des jours et des nuits \u00e9tait marqu\u00e9e dans le ciel [le m\u00eame jour o\u00f9] l\u2019\u00e9galit\u00e9 civile et morale \u00e9tait proclam\u00e9e par les repr\u00e9sentants du peuple\u00a0\u00bb, note Gilbert Romme, d\u00e9put\u00e9 montagnard. Fait curieux, rien n\u2019est dat\u00e9 de l\u2019an I, tout commence en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>, le 5\u00a0octobre 1793 (14 vend\u00e9miaire an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), quand le calendrier r\u00e9volutionnaire est adopt\u00e9 par la Convention. Il tombe en d\u00e9su\u00e9tude apr\u00e8s la R\u00e9volution et Napol\u00e9on\u00a0Ier y met fin, le 9\u00a0septembre 1805.<\/p>\n<p>Fabre d\u2019\u00c9glantine, nouveau d\u00e9put\u00e9 montagnard, auteur et acteur de th\u00e9\u00e2tre sous l\u2019Ancien R\u00e9gime,\u00a0 po\u00e8te et parolier de la romance<em>\u00a0Il pleut, il pleut berg\u00e8re<\/em>, l\u2019emporte sur d\u2019autres propositions avec son calendrier agricole, premi\u00e8re victoire d\u2019une \u00e9cologie qui ne dit pas encore son nom \u2013 Fabre est aussi l\u2019auteur d\u2019une <em>\u00c9tude de la nature<\/em> (1783) d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Buffon, savant naturaliste, biologiste et cr\u00e9ateur du Jardin des Plantes \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Vend\u00e9miaire, brumaire, frimaire renvoient aux vendanges, aux brumes, aux frimas de l\u2019automne. Niv\u00f4se, pluvi\u00f4se et vent\u00f4se \u00e9voquent neiges, pluies et vents d\u2019hiver. Les mois du printemps leur succ\u00e8dent, germinal, flor\u00e9al, prairial, associ\u00e9s \u00e0 germination, floraison et prairies. Enfin, l\u2019\u00e9t\u00e9 de messidor, thermidor et fructidor, qui rappellent moissons, chaleur et fruits.<\/p>\n<p>Tout cela est tr\u00e8s s\u00e9duisant, \u00e0 l\u2019image de Fabre d\u2019\u00c9glantine, fringant quadrag\u00e9naire, personnage toujours \u00e9l\u00e9gant, mari\u00e9 \u00e0 une com\u00e9dienne qu\u2019il abandonne en 1789 pour se lancer en politique, \u00e9crire des pi\u00e8ces de circonstance. Bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 Danton et Marat, compromis dans diverses affaires (comme la liquidation de la Compagnie des Indes), impliqu\u00e9 dans des intrigues financi\u00e8res, conspirant avec l\u2019\u00e9tranger, jouant double et triple jeu, finalement exclu du club des Jacobins, d\u00e9f\u00e9r\u00e9 devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire et guillotin\u00e9 avec Danton le 5 avril 1794 (16 germinal an <span class=\"caps\">II<\/span>).\u00a0<\/p>\n<h4>Vergniaud\u00a0: avocat au Parlement de Bordeaux sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u00e9put\u00e9, journaliste, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e, brillant orateur, chef du parti des Girondins, d\u00e9pass\u00e9 par les Montagnards et guillotin\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a cherch\u00e9 \u00e0 consommer la R\u00e9volution par la terreur\u00a0; j\u2019aurais voulu la consommer par l\u2019amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1493\" class=\"cit-num\">1493<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Convention, 10\u00a0avril 1793.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1902), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Terreur n\u2019est pas encore mise par d\u00e9cret \u00e0 l\u2019ordre du jour, mais Vergniaud\u00a0 et ses confr\u00e8res Girondins la voient venir\u00a0: le Tribunal r\u00e9volutionnaire, juridiction d\u2019exception, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 le 28\u00a0mars 1793 pour juger les tra\u00eetres et les gens suppos\u00e9s tels, le Comit\u00e9 de salut public cr\u00e9\u00e9 le 6\u00a0avril pour surveiller l\u2019ex\u00e9cutif. Voici les deux outils forg\u00e9s par les Montagnards pour la dictature jacobine. D\u00e9non\u00e7ant \u00ab\u00a0cette inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise\u00a0\u00bb, Vergniaud lui oppose son r\u00eave de fraternit\u00e9, tragiquement d\u00e9\u00e7u\u00a0: \u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le destin de Vergniaud illustre parfaitement ses paroles\u00a0: avocat au Parlement de Bordeaux sous l\u2019Ancien R\u00e9gime (comme nombre de r\u00e9volutionnaires), mais trop r\u00eaveur pour \u00eatre un grand professionnel, journaliste dans <em>Les R\u00e9volutions de Paris<\/em>, quotidien n\u00e9 le 12 juillet 1789, qui s\u00e9duit autant par son extr\u00e9misme que par la subtilit\u00e9 de ses analyses politiques et profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse, d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative et r\u00e9\u00e9lu sous la Convention, de plus en plus engag\u00e9 politiquement, il vit une ascension fulgurante, passe des monarchistes constitutionnels \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche\u00a0 r\u00e9volutionnaire, contre les \u00e9migr\u00e9s, contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires. Chef du parti des Girondins, mais bient\u00f4t d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9, face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards.<\/p>\n<p>Dans un discours c\u00e9l\u00e8bre, il en appelle aux \u00ab\u00a0hommes de la Gironde\u00a0\u00bb, ses Fr\u00e8res et amis de Bordeaux, mais en vain. Il fera partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019\u00ab\u00a0enfants de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb suivront\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes.<\/p>\n<h4>Marat\u00a0: pr\u00e9cepteur d\u2019enfants, m\u00e9decin, v\u00e9t\u00e9rinaire, physicien sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, journaliste ultra-r\u00e9volutionnaire avec l\u2019Ami du peuple, d\u00e9put\u00e9 montagnard, assassin\u00e9, panth\u00e9onis\u00e9 et vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est par la violence que doit s\u2019\u00e9tablir la libert\u00e9, et le moment est venu d\u2019organiser momentan\u00e9ment le despotisme de la libert\u00e9 pour \u00e9craser le despotisme des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1495\" class=\"cit-num\">1495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793),<em> L\u2019Ami du peuple<\/em>, 13\u00a0avril 1793.<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Claude Manceron, Anne Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son journal presque quotidien et tr\u00e8s populaire, il justifie le Tribunal r\u00e9volutionnaire qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 rendre plus exp\u00e9ditif, pour s\u2019opposer \u00e0 la contre-r\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9nonce au sein m\u00eame de la Convention nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Levons-nous, oui, levons-nous tous\u00a0! Mettons en \u00e9tat d\u2019arrestation tous les ennemis de notre R\u00e9volution et toutes les personnes suspectes. Exterminons sans piti\u00e9 tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas \u00eatre extermin\u00e9s nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus encore que la rh\u00e9torique et la rigueur d\u2019un Robespierre, ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9, si\u00e9geant au sommet de la Montagne, pr\u00e9sident du club des Jacobins depuis le 5\u00a0avril 1793, il devient chaque jour plus redoutable, accusant, calomniant, injuriant, On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9crit, dans son roman <em>Quatre-vingt-treize<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trop, c\u2019est trop\u00a0! Et l\u2019accusateur se retrouvera bient\u00f4t accus\u00e9, devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Il se pose en victime devant ses juges. Au terme d\u2019une parodie de justice, devant un jury acquis d\u2019avance, il retourne la situation, d\u00e9nonce les factieux \u2013l\u2019injure parlementaire la plus redoutable, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et Marat est acquitt\u00e9, par un ex-procureur au Ch\u00e2telet, devenu accusateur public et bient\u00f4t c\u00e9l\u00e8bre, Fouquier-Tinville. Couronn\u00e9 de lauriers, port\u00e9 en triomphe, le d\u00e9put\u00e9 est ramen\u00e9 \u00e0 son banc de la Convention, aux cris de \u00ab\u00a0Vive la libert\u00e9, vive Marat\u00a0!\u00a0\u00bb Le peuple des sans-culottes en a fait un homme intouchable. La Gironde accuse le coup. Marat, au club des Jacobins, se vante de leur avoir \u00ab\u00a0mis la corde au cou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Charlotte Corday mettra fin \u00e0 sa carri\u00e8re r\u00e9volutionnaire en l\u2019assassinant le 13 juillet 1793. \u00ab\u00a0L\u2019Ami du peuple\u00a0\u00bb, l\u2019homme ha\u00ef (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res et idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes, sera port\u00e9 au Panth\u00e9on \u2013 et d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9 apr\u00e8s le coup \u00c9tat du 9 Thermidor (juillet 1794) qui met fin \u00e0 la Terreur\u00a0: \u00ab\u00a0La justice est \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0\u00bb est le nouveau cri de ralliement. Marat devient d\u00e9finitivement le m\u00e9chant de l\u2019Histoire, aucun historien ne pouvant le d\u00e9fendre et aucun citoyen si rebelle soit-il ne se d\u00e9clarant jamais \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<h4>Charlotte Corday\u00a0: h\u00e9ro\u00efne corn\u00e9lienne, c\u00e9l\u00e8bre pour l\u2019assassinat politique de Marat et sit\u00f4t guillotin\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette jeune normande de 25\u00a0ans, mont\u00e9e \u00e0 Paris pour tuer Marat, \u00e9crit le 12\u00a0juillet 1793 un long texte dans le style de l\u2019\u00e9poque \u2013 descendante de Corneille, elle a aussi beaucoup lu Plutarque, Tacite, et Rousseau. On le trouvera sur elle le lendemain, lors de son arrestation pr\u00e8s de la baignoire o\u00f9 elle vient de poignarder Marat \u2013 un ecz\u00e9ma sur tout le corps l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans l\u2019eau pour moins souffrir, et il a re\u00e7u la visiteuse cens\u00e9e lui apporter une liste de tra\u00eetres \u00e0 la patrie.<\/p>\n<p>Six mois plus t\u00f4t, l\u2019ex\u00e9cution du roi l\u2019a \u00e9pouvant\u00e9e, comme tant de Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 donc notre pauvre France livr\u00e9e aux mis\u00e9rables qui nous ont d\u00e9j\u00e0 fait tant de mal. Tous ces hommes qui devaient nous donner la libert\u00e9 l\u2019ont assassin\u00e9e.\u00a0\u00bb Elle va en quelque sorte venger le roi, venger la France\u00a0: en assassinant l\u2019assassin, elle fait acte de justice. Le retentissement de ce \u00ab\u00a0fait divers politique\u00a0\u00bb sera consid\u00e9rable.<\/p>\n<h4>H\u00e9bert\u00a0: stagiaire chez un procureur, boh\u00e8me vivant de petits boulots, pamphl\u00e9taire, clubiste, journaliste du P\u00e8re Duchesne, idole des sans-culottes apr\u00e8s Marat, condamn\u00e9 pour ses exc\u00e8s par Robespierre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Foutre\u00a0! [\u2026] Il est bon que le peuple souverain s\u2019accoutume \u00e0 juger les rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1463\" class=\"cit-num\">1463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal de Jacques H\u00e9bert, dont le nom est peut-\u00eatre inspir\u00e9 par un marchand de fourneaux qui jurait et sacrait \u00e0 chaque phrase, ne perd pas cette occasion historique de la mise en accusation de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> pour rench\u00e9rir. H\u00e9bert s\u2019exasp\u00e8re de tant de lenteurs et craint que \u00ab\u00a0le plus grand sc\u00e9l\u00e9rat qui e\u00fbt jamais exist\u00e9 reste impuni\u00a0\u00bb, entre jurons et injures contre les Conventionnels, les tra\u00eetres, l\u2019\u00ab\u00a0ivrogne Capet\u00a0\u00bb et tous les \u00ab\u00a0capons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, apr\u00e8s de bonnes \u00e9tudes, ce fils de famille bourgeoise en province se r\u00eave avocat et entre comme clerc stagiaire chez un procureur. Suite \u00e0 un fait divers malencontreux, il s\u2019enfuit \u00e0 Paris, m\u00e8ne une existence de boh\u00e8me, se fait auteur de th\u00e9\u00e2tre et de po\u00e9sie sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Il profite de la toute nouvelle libert\u00e9 de la presse pour se lancer dans le journalisme. Apr\u00e8s quelques \u00e9checs sans lendemain, il lance <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em> et en moins de deux ans, tirant jusqu\u2019\u00e0 600\u00a0000 exemplaires et profitant aussi de la mort de Marat (et de <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>), il devient un redoutable meneur de foules. Bien que politiquement tr\u00e8s engag\u00e9, il enrage de ne pouvoir \u00eatre d\u00e9put\u00e9, n\u2019ayant pour s\u2019exprimer que le club des Cordeliers et son journal. Il se manifeste aussi au club des Jacobins, irritant Robespierre qui veut rester ma\u00eetre chez lui\u00a0\u2013 et bient\u00f4t ma\u00eetre de la France. Le mouvement de d\u00e9christianisation, qui se d\u00e9cha\u00eene en novembre 1793 \u00e0 l\u2019initiative des h\u00e9bertistes l\u2019inqui\u00e8te aussi, comme une man\u0153uvre politique de d\u00e9bordement par les h\u00e9bertistes. Les r\u00e8glements de compte entre partis vont s\u2019encha\u00eener, frappant les Girondins, les dantonistes\u2026 et les h\u00e9bertistes, finalement tous ex\u00e9cut\u00e9s le 24 mars 1794, sans r\u00e9action des sans-culottes.<\/p>\n<h4>Olympe de Gouges\u00a0: f\u00e9ministe, femme de lettres, femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation et la guillotine.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em> dont le Pr\u00e9ambule est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793. <br>Femme de lettres, femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle s\u2019est lanc\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, fr\u00e9quent\u00e9 les salons et l\u2019\u00e9lite parisienne et gagn\u00e9 une r\u00e9putation bien \u00e9tablie de courtisane. Son th\u00e9\u00e2tre se politisera sous la R\u00e9volution, elle combattra aussi pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage des Noirs.<\/p>\n<p>Olympe de Gouges peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ses provocations en tout genre sont beaucoup plus mal vues, en 1793\u00a0! La reconnaissance posthume esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive et sa panth\u00e9onisation mise \u00e0 l\u2019ordre du jour en 1989 et de nouveau en 2013 est encore diff\u00e9r\u00e9e. Elle a quand m\u00eame fait son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, avec son buste de marbre blanc. Petite revanche symbolique\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re statue d\u2019un personnage historique f\u00e9minin \u00e0 prendre place au milieu des figures d\u2019hommes et autres all\u00e9gories.<\/p>\n<h4>Th\u00e9roigne de M\u00e9ricourt\u00a0: cantatrice et courtisane, \u00ab\u00a0Belle Li\u00e9geoise\u00a0\u00bb attir\u00e9e \u00e0 Paris par la R\u00e9volution, salonni\u00e8re et militante f\u00e9ministe, condamn\u00e9e \u00e0 la folie.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et m\u00eame par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inf\u00e9rieures ni en vertus ni en courage [\u2026] Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1408\" class=\"cit-num\">1408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9roigne de <span class=\"caps\">M\u00c9RICOURT<\/span> (1762-1817), Discours prononc\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fraternelle des Minimes, 25\u00a0mars 1792. <em>Discours imprim\u00e9 par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9 Fraternelle de patriotes, de l\u2019un <span class=\"amp\">&amp;<\/span> l\u2019autre sexe, de tout \u00e2ge <span class=\"amp\">&amp;<\/span> de tout \u00e9tat, s\u00e9ante aux Jacobins, rue Saint-Honor\u00e9<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s de modestes emplois alimentaires (gouvernante, dame de compagnie), cette jeune Belge native de Li\u00e8ge devient\u00a0 courtisane et cantatrice. Surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Belle Li\u00e9geoise\u00a0\u00bb, elle entre en r\u00e9volution comme on entre en religion, se pr\u00e9cipitant \u00e0 Paris pour vivre les \u00e9v\u00e9nements au plus pr\u00e8s.<br>Elle est d\u2019abord spectatrice assidue des premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e0 Versailles, jusqu\u2019aux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 5 et 6 octobre\u00a0 1789 \u2013 mais elle ne participe pas au cort\u00e8ge des femmes venues chercher \u00ab\u00a0le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron\u00a0\u00bb. Elle va suivre la famille royale et les d\u00e9put\u00e9s \u00e0 Paris, s\u2019y installe et tient un salon fort bien fr\u00e9quent\u00e9 (Siey\u00e8s, Desmoulins, Brissot, Fabre d\u2019\u00c9glantine, Saint-Just).<\/p>\n<p>Mais la Belle Li\u00e9geoise devient la cible des contre-r\u00e9volutionnaires et part se r\u00e9fugier \u00e0 Li\u00e8ge. Enlev\u00e9e par un groupe d\u2019\u00e9migr\u00e9s qui la livrent aux Autrichiens, enferm\u00e9e dans une forteresse au Tyrol, lib\u00e9r\u00e9e, elle revient en France comme une h\u00e9ro\u00efne. Elle participe aux nouvelles journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires et prononce son fameux discours de mars 1792. Elle r\u00e9clame l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique pour les femmes et le port des armes, la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0bataillons d\u2019amazones fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, la lev\u00e9e en masse de femmes-soldates et leur participation active \u00e0 la d\u00e9fense de la patrie assi\u00e9g\u00e9e\u2026 avant de pr\u00eacher pour plus de mod\u00e9ration. Pour emp\u00eacher la guerre civile, elle propose au printemps 1793 une magistrature de citoyennes v\u00eatues d\u2019une \u00e9charpe sur laquelle serait inscrit \u00ab\u00a0Amiti\u00e9 et fraternit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>13 mai 1793 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, accus\u00e9e de soutenir Brissot, chef de file des Girondins, elle est prise \u00e0 partie par des femmes jacobines\u00a0: ces fameuses et redoutables \u00ab\u00a0Tricoteuses\u00a0\u00bb la traitent de brissotine, de girondine, la d\u00e9nudent et la fessent publiquement. Marat, pour une fois bien inspir\u00e9, s\u2019interpose et met fin \u00e0 cette agression, mais la presse montagnarde minimise la violence et ridiculise \u00ab\u00a0la Furie de la Gironde\u00a0\u00bb. C\u2019est alors qu\u2019elle devient folle.<\/p>\n<p>Pour Jules Michelet et les fr\u00e8res Goncourt, l\u2019humiliation serait \u00e0 l\u2019origine du mal tournant au d\u00e9lire de pers\u00e9cution. La peur d\u2019\u00eatre guillotin\u00e9e est aussi une explication \u2013 Olympe de Gouges et Madame Roland sont ex\u00e9cut\u00e9es en novembre 1793. Autre raison, sa maladie v\u00e9n\u00e9rienne, la neurosyphilis. Au printemps 1794, son fr\u00e8re r\u00e9clame sa mise sous tutelle et la fait interner \u2013 ce qui lui \u00e9vite une accusation politique et la guillotine. Elle mourra \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 55 ans \u2013 ayant pass\u00e9 23 ann\u00e9es \u00e0 l\u2019asile. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec le drame de Camille Claudel.<\/p>\n<h4>Mme Roland\u00a0: salonni\u00e8re, clubiste, \u00e9pouse de\u2026 et femme politiquement engag\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 la mort.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8 novembre 1793. Mot de la fin.<em> Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant, quelques mois plus tard, la mort de Manon Roland.<\/p>\n<p>Manon Roland est surtout connue pour avoir \u00e9t\u00e9 la femme de son mari\u00a0: l\u2019histoire est injuste. Tr\u00e8s cultiv\u00e9e, courtis\u00e9e, mais fid\u00e8le, r\u00e9volutionnaire de la premi\u00e8re heure, elle est mont\u00e9e \u00e0 Paris avec Jean-Marie Roland de la Plati\u00e8re, en 1791. Elle tient salon rue Gu\u00e9n\u00e9gaud, re\u00e7oit les Brissot, Buzot, P\u00e9tion, Robespierre et se passionne pour la politique, plus excitante que la vie conjugale avec un \u00e9poux de vingt ans son a\u00een\u00e9, qualifi\u00e9 par elle de v\u00e9n\u00e9rable vieillard et qu\u2019elle aime comme un p\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est elle, l\u2019\u00e2me du mouvement girondin, avec une influence pr\u00e9pond\u00e9rante durant les trois mois du minist\u00e8re girondin (mars-juin\u00a01792). Elle va vouer une haine absolue \u00e0 Danton qui la lui rend bien. Elle suivra ses amis politiques dans leur chute et leur mort, avec le courage d\u2019une authentique h\u00e9ro\u00efne et l\u2019un des plus remarquables \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Lavoisier\u00a0: chimiste, philosophe, \u00e9conomiste et financier, d\u00e9put\u00e9 suppl\u00e9ant aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique n\u2019a pas besoin de savants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1587\" class=\"cit-num\">1587<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COFFINHAL<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DUBAIL<\/span> (1754-1794), vice-pr\u00e9sident du Tribunal r\u00e9volutionnaire, \u00e0 Lavoisier, 8\u00a0mai 1794. <em>Lavoisier, 1743-1794<\/em> (1899), \u00c9douard Grimaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouquier-Tinville (1746-1795), accusateur public. <\/p>\n<p>Le condamn\u00e9 demandait qu\u2019on diff\u00e8re l\u2019ex\u00e9cution de quelques jours, le temps de terminer une exp\u00e9rience\u2026 Un de ses coll\u00e8gues, le m\u00e9decin <span class=\"caps\">J.N.<\/span> Hall\u00e9, \u00e9tait venu pr\u00e9senter au tribunal un rapport \u00e9num\u00e9rant les services rendus \u00e0 la patrie par l\u2019illustre chimiste\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que la justice suive son cours\u00a0\u00bb, tranche l\u2019homme du Tribunal.<\/p>\n<p>Antoine-Laurent de Lavoisier est donc condamn\u00e9 et guillotin\u00e9 le jour m\u00eame, avec 27 coll\u00e8gues de la Ferme g\u00e9n\u00e9rale. Car tel est son crime\u00a0: avoir \u00e9t\u00e9 fermier g\u00e9n\u00e9ral sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Mort \u00e0 51\u00a0ans, ce grand savant, \u00e9lu \u00e0 25\u00a0ans \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, laisse en h\u00e9ritage les bases de la chimie moderne et une loi qui porte son nom, sur la conservation de la masse et des \u00e9l\u00e9ments chimiques. En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Desmoulins\u00a0: avocat, journaliste r\u00e9volutionnaire, d\u00e9put\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019\u00e2ge du sans-culotte J\u00e9sus\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire trente-trois ans, \u00e2ge fatal aux r\u00e9volutionnaires\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1583\" class=\"cit-num\">1583<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), au Tribunal r\u00e9volutionnaire lui demandant son nom, son \u00e2ge, 2\u00a0avril 1794. <em>\u0152uvres de Camille Desmoulins<\/em> (posthume, 1874), Camille Desmoulins, Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il vient d\u2019avoir 34\u00a0ans. Mais l\u2019\u00e2ge du Christ et le rapprochement avec cet \u00ab\u00a0anarchiste qui a r\u00e9ussi\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 Malraux) font r\u00e9f\u00e9rence. Le capucin Chabot l\u2019a \u00e9galement proclam\u00e9 au d\u00e9but de la Terreur de septembre 1793, assurant publiquement que le \u00ab\u00a0citoyen J\u00e9sus-Christ a \u00e9t\u00e9 le premier sans-culotte du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jeune avocat (quoique b\u00e8gue et sans vraie client\u00e8le) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, ami de Mirabeau, il est soudain assez \u00e9loquent le 12 juillet 1789 pour haranguer la foule dans les jardins du Palais-Royal. Il vient d\u2019apprendre le renvoi de Necker (populaire ministre des Finances) et sous le coup de l\u2019\u00e9motion, il bondit sur une table de caf\u00e9, brandit son pistolet et invite les patriotes \u00e0 \u00ab\u00a0courir aux armes\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Il gagne enfin sa vie comme journaliste, profitant de la nouvelle libert\u00e9 de la presse et cr\u00e9ant son premier journal, <em>Les R\u00e9volutions de France et de Brabant<\/em>, 86 num\u00e9ros tir\u00e9s \u00e0 3 000 exemplaires. D\u00e9put\u00e9 Montagnard \u00e0 la Convention, Desmoulins a combattu les Girondins, mais leur mise \u00e0 mort l\u2019a boulevers\u00e9. Il fonde alors un second journal, <em>Le Vieux Cordelier<\/em>, pour d\u00e9fendre la politique de Danton contre celle du Comit\u00e9 de salut public (o\u00f9 Robespierre fait la loi avec Couthon et Saint-Just).<\/p>\n<p>\u00c0 peine a-t-il le temps de s\u2019\u00e9mouvoir de la nouvelle \u00e9puration \u2013 celle des Enrag\u00e9s \u2013 qu\u2019il est arr\u00eat\u00e9 le 30\u00a0mars 1794, guillotin\u00e9 le 5\u00a0avril. Il a eu le temps d\u2019\u00e9crire une lettre d\u00e9chirante \u00e0 Lucile, sa femme ador\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le sommeil bienfaisant a suspendu mes maux\u00a0; on n\u2019a pas le sentiment de sa captivit\u00e9, on est libre quand on dort \u2026 Malgr\u00e9 mon supplice, je crois qu\u2019il y a un Dieu. Mon sang effacera mes fautes, les faiblesses de l\u2019humanit\u00e9\u00a0; et ce que j\u2019ai eu de bon, mes vertus, mon amour de la patrie, sans doute ce Dieu le r\u00e9compensera. Je te reverrai dans l\u2019\u00c9lys\u00e9e, \u00f4 Lucile.\u00a0\u00bb Lucile (fille naturelle de l\u2019abb\u00e9 Terray, ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>), montera \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le 13\u00a0avril.<\/p>\n<h4>Condorcet\u00a0: math\u00e9maticien et philosophe des Lumi\u00e8res, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention, panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est, Messieurs, une grande erreur de croire [\u2026] que le salut public puisse commander une injustice. Cette maxime a toujours \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9texte de toutes les tyrannies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1404\" class=\"cit-num\">1404<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794), Discours sur les \u00e9migr\u00e9s, 27\u00a0octobre\u00a01791 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative. <em>M\u00e9moires de Condorcet sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (posthume, 1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un homme nouveau en politique. Encyclop\u00e9diste, disciple des physiocrates, math\u00e9maticien et philosophe en renom, il vient d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 dans la nouvelle assembl\u00e9e, la L\u00e9gislative. Il sera r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention.<\/p>\n<p>Il eut d\u2019abord une vision optimiste de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Un heureux \u00e9v\u00e9nement a tout \u00e0 coup ouvert une carri\u00e8re immense aux esp\u00e9rances du genre humain\u00a0; un seul instant a mis un\u00a0si\u00e8cle de distance entre l\u2019homme du jour et celui du lendemain.\u00a0\u00bb Pour lui, l\u2019homme nouveau na\u00eet de l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire, le peuple en est chang\u00e9, \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb allant de pair avec la R\u00e9volution et excluant tout retour en arri\u00e8re. Condorcet croit au d\u00e9veloppement ind\u00e9fini des sciences, comme au progr\u00e8s intellectuel et moral de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>La suite des \u00e9v\u00e9nements contredit cette vision, du moins \u00e0 court terme\u00a0: Girondin, arr\u00eat\u00e9 sous la Terreur avec ses confr\u00e8res, il s\u2019empoisonnera pour ne pas monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<h4>Fran\u00e7ois Chabot\u00a0: cur\u00e9 d\u00e9froqu\u00e9, libertin assum\u00e9, d\u00e9put\u00e9 corrompu.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle est ma loi\u00a0? demanderez-vous. Je r\u00e9ponds\u00a0: la loi naturelle, celle qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Pauvres, allez chez les riches\u00a0; filles, allez avec les gar\u00e7ons\u00a0; ob\u00e9issez \u00e0 tous vos instincts\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1499\" class=\"cit-num\">1499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">CHABOT<\/span> (1759-1794), Discours devant le Comit\u00e9 r\u00e9volutionnaire de Castres, printemps 1793. <em>Lasource, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention<\/em> (1889), Camille Rabaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capucin interdit de pr\u00eache en raison de ses mauvaises m\u0153urs sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il fait partie de l\u2019extr\u00eame-gauche sous la R\u00e9volution, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative et r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention. Coquin toujours port\u00e9 sur la bonne ch\u00e8re et la chair des jolies filles et cependant \u00e9v\u00eaque constitutionnel de Blois, il \u00e9crit un <em>Cat\u00e9chisme des Sans-culottes<\/em> et\u00a0 use aussi de la m\u00e9taphore christique\u00a0: \u00ab\u00a0Le citoyen J\u00e9sus-Christ a \u00e9t\u00e9 le premier sans-culotte du monde.\u00a0\u00bb Il sera plus tard promoteur du culte de la d\u00e9esse Raison. Suspect moins pour ses m\u0153urs que ses trafics d\u2019influence, ses relations avec l\u2019\u00e9tranger, son implication dans diverses affaires (pots de vin vers\u00e9s par les actionnaires de la Compagnie des Indes) et son train de vie provocateur, il sera jug\u00e9 et guillotin\u00e9 \u00e0 34 ans avec son ami Danton, le 5 avril 1794<\/p>\n<p>La R\u00e9volution, c\u2019est aussi ce genre de personnage.<\/p>\n<h4>Jacques Roux\u00a0: professeur de philosophie et de physique, ordonn\u00e9 pr\u00eatre, \u00ab\u00a0cur\u00e9 rouge\u00a0\u00bb pr\u00eatant serment \u00e0 la constitution civile du clerg\u00e9 et \u00ab\u00a0Enrag\u00e9\u00a0\u00bb cher aux sans culottes.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand une classe d\u2019hommes peut affamer l\u2019autre impun\u00e9ment\u00a0; l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un vain fant\u00f4me quand le riche exerce le droit de vie et de mort sur ses semblables.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1517\" class=\"cit-num\">1517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">ROUX<\/span> (1752-1794), <em>Manifeste des Enrag\u00e9s<\/em>, Convention, 25\u00a0juin 1793.<em> 1789, l\u2019An un de la libert\u00e9\u00a0: \u00e9tudes historiques, textes originaux<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conduite irr\u00e9prochable \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: bonnes \u00e9tudes au s\u00e9minaire d\u2019Angoul\u00eame, professeur de philo et de physique \u00e0 vingt ans, ordonn\u00e9 pr\u00eatre. Quelques pol\u00e9miques d\u00e9clenchent de vives ripostes, mais il change plusieurs fois de province et s\u2019en tire toujours bien.<\/p>\n<p>Vicaire ultra-r\u00e9volutionnaire aux premi\u00e8res heures de la R\u00e9volution, le chef des Enrag\u00e9s n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni \u00e9lu \u00e0 la Convention ni nomm\u00e9 au Tribunal r\u00e9volutionnaire. Le Cur\u00e9 rouge qui a pr\u00eat\u00e9 serment sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9 m\u00e8ne son combat en marge du parlementarisme, cherchant \u00e0 dresser le pays r\u00e9el contre le pays l\u00e9gal\u00a0: \u00ab\u00a0Les riches seuls ont profit\u00e9 depuis quatre ans des avantages de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb Il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u2019aristocratie marchande plus terrible que l\u2019aristocratie nobiliaire et sacerdotale\u00a0\u00bb. Favorable \u00e0 un vrai terrorisme \u00e9conomique, il demande la peine de mort contre les accapareurs, les agioteurs et les accapareurs de denr\u00e9es, les affameurs du peuple. Sa popularit\u00e9 grandit en m\u00eame temps que la R\u00e9volution se radicalise.<\/p>\n<p>Son manifeste \u2013 dont le constat est en partie exact \u2013 soul\u00e8ve quand m\u00eame contre lui tous les d\u00e9put\u00e9s, m\u00eame son ami Marat qui finit par le traiter de \u00ab\u00a0patriote de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0! N\u2019oublions pas que cette R\u00e9volution fondamentalement bourgeoise respecte le dogme du caract\u00e8re sacr\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique.<\/p>\n<p>De plus en plus isol\u00e9, arr\u00eat\u00e9 en septembre 1793, il\u00a0se poignarde le 10 f\u00e9vrier 1794, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre jug\u00e9 par le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Au si\u00e8cle suivant, \u00ab\u00a0le cur\u00e9 rouge\u00a0\u00bb surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0le petit Marat\u00a0\u00bb sera consid\u00e9r\u00e9 comme\u00a0 le pionnier d\u2019une forme de socialisme et le pr\u00e9curseur de l\u2019anarchisme.<\/p>\n<h4>Robespierre\u00a0: avocat, d\u00e9put\u00e9, membre du club des Jacobins, organisateur de la Terreur.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons substituer toutes les vertus et tous les miracles de la r\u00e9publique \u00e0 tous les vices et \u00e0 tous les ridicules de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1278\" class=\"cit-num\">1278<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maximilien (de) <span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours sur le gouvernement int\u00e9rieur, Convention nationale, 1794. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le programme radicalement r\u00e9volutionnaire de l\u2019Incorruptible, devenu \u00ab\u00a0ma\u00eetre absolu de la France\u00a0\u00bb selon Necker et pr\u00eat \u00e0 aller jusqu\u2019au bout de son programme maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Avocat en province, mondain, poudr\u00e9, tir\u00e9 \u00e0 quatre \u00e9pingles, \u00e9pris de notori\u00e9t\u00e9 et de respectabilit\u00e9, c\u2019est un bourgeois \u2013 comme tous les d\u00e9put\u00e9s, Montagnards ou Girondins. Il y aura un seul d\u00e9put\u00e9 ouvrier et 15 cultivateurs, \u00e0 la Convention.\u00a0 Peu \u00e9loquent \u00e0 ses d\u00e9buts, il est surnomm\u00e9 la Chandelle d\u2019Arras, oppos\u00e9 \u00e0 Mirabeau, la Torche de Provence. Mais sous ses apparences lisses couve la passion. Il s\u2019est impr\u00e9gn\u00e9 des philosophes, notamment Rousseau visit\u00e9 \u00e0 Ermenonville peu de temps avant sa mort, et le <em>Contrat social<\/em> est devenu son livre de chevet.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 discret sous la Constituante, absent de la L\u00e9gislative o\u00f9 il ne pouvait \u00eatre r\u00e9\u00e9lu, Robespierre va se r\u00e9v\u00e9ler l\u2019un des grands meneurs d\u2019une r\u00e9volution \u00e0 mi-parcours. C\u2019est d\u2019abord au club des Jacobins qu\u2019il s\u2019exprime, une tribune qui convient mieux \u00e0 cet avocat introverti, solitaire, \u00e9motif, hypersensible. Il se r\u00e9v\u00e8le enfin \u00e0 la Convention, comme nouveau meneur de la R\u00e9volution. Contrairement \u00e0 Danton, il n\u2019improvise jamais\u00a0: il lit, ses discours sont parfois interminables, emphatiques et rh\u00e9toriques. Et pourtant, quelle efficacit\u00e9 dans ce magist\u00e8re de la parole\u00a0! Louvet de Couvray, conventionnel girondin \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la charrette de 1793, t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9taient plus des applaudissements, c\u2019\u00e9taient des tr\u00e9pignements convulsifs, c\u2019\u00e9tait un enthousiasme religieux, c\u2019\u00e9tait une sainte fureur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On peut au passage s\u2019\u00e9tonner de l\u2019hypocrite humanit\u00e9 de Robespierre pr\u00eat \u00e0\u00a0 condamner le roi, fin 1792\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019abhorre la peine de mort prodigu\u00e9e par vos lois.\u00a0\u00bb La suite des \u00e9v\u00e9nements apporte un d\u00e9menti sanglant.<\/p>\n<p>Celui qui va devenir la t\u00eate et l\u2019\u00e2me de la \u00ab\u00a0dictature jacobine\u00a0\u00bb peut \u00eatre satisfait\u00a0: la Terreur a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019ordre du jour le 5\u00a0septembre 1793, le Tribunal r\u00e9volutionnaire de mars\u00a0est r\u00e9organis\u00e9 selon ses v\u0153ux, le Comit\u00e9 de salut public lui a ouvert ses portes le 27\u00a0juillet. La redoutable machine est pr\u00eate avec toutes ses pi\u00e8ces, et les hommes sont en place. Seul le coup d\u2019\u00c9tat de Thermidor pourra mettre fin \u00e0 la \u00ab\u00a0boucherie de d\u00e9put\u00e9s\u00a0\u00bb, le 27 juillet 1794.<\/p>\n<h4>Saint-Just\u00a0: clerc d\u2019un procureur de province, vocation politique pr\u00e9coce et passionn\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tous les hommes seront libres, ils seront \u00e9gaux\u00a0; quand ils seront \u00e9gaux, ils seront justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1277\" class=\"cit-num\">1277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), <em>L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em> (1791)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Archange de la Terreur\u00a0\u00bb, cet ouvrage fait de lui, \u00e0 24\u00a0ans, l\u2019un des plus jeunes th\u00e9oriciens de la R\u00e9volution. Le mouvement r\u00e9volutionnaire est d\u00e9crit comme un cercle id\u00e9alement vertueux, entra\u00eenant une escalade de progr\u00e8s. Les faits d\u00e9mentent ce genre d\u2019optimisme \u2013 et pas seulement notre R\u00e9volution fran\u00e7aise. C\u2019est \u00e9galement lui qui proclame, \u00e0 la veille de la Terreur\u00a0: \u00ab\u00a0Le bonheur est une id\u00e9e neuve en Europe.\u00a0\u00bb Le droit au bonheur est inscrit dans la Constitution des jeunes \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique et le mot de Saint-Just sera repris en slogan et graffiti, par les \u00e9tudiants de Mai\u00a068.<\/p>\n<p>Clerc (avou\u00e9) aupr\u00e8s du procureur de Soissons, destin\u00e9 au m\u00e9tier d\u2019avocat, Saint-Just va r\u00e9pondre \u00e0 une vocation politique pr\u00e9coce. Exalt\u00e9 le 14 juillet 1790 \u00e0 la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative, mais trop jeune pour si\u00e9ger, orateur \u00e0 la fois raisonneur et enflamm\u00e9, il incarne le courant \u00ab\u00a0pur et dur\u00a0\u00bb avec son ami Robespierre, son fr\u00e8re en R\u00e9volution dont il partage les id\u00e9es et le sort, jusqu\u2019\u00e0 la mort\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui constitue une R\u00e9publique, c\u2019est la destruction totale de ce qui lui est oppos\u00e9.\u00a0\u00bb C\u2019est le froid langage de la Terreur. Edgar Quinet, l\u2019un des (rares) historiens fascin\u00e9s par le personnage \u00e9crit dans <em>La R\u00e9volution<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Et Saint-Just, que n\u2019\u00e9tait-il pas\u00a0? Accusateur, inquisiteur, \u00e9crivain, administrateur, financier, utopiste, t\u00eate froide, t\u00eate de feu, orateur, g\u00e9n\u00e9ral, soldat\u00a0! [\u2026] Cela ne s\u2019\u00e9tait pas vu depuis les Romains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il participe \u00e0 l\u2019\u00e9limination des Girondins, des H\u00e9bertistes et des Indulgents (dantonistes), \u00e9galement tr\u00e8s actif en mission sur le front militaire et dans le vote des lois r\u00e9volutionnaires. Il meurt \u00e0 26 ans, guillotin\u00e9 le 10 thermidor avec tous les partisans de Robespierre.<\/p>\n<h4>Jean-Baptiste Carrier\u00a0: procureur \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention, acteur z\u00e9l\u00e9 de la Terreur, mis en accusation et guillotin\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les monstres\u00a0! Ils voudraient briser les \u00e9chafauds\u00a0; mais, citoyens, ne l\u2019oublions jamais, ceux-l\u00e0 ne veulent point de guillotine qui sentent qu\u2019ils sont dignes de la guillotine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1565\" class=\"cit-num\">1565<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CARRIER<\/span> (1756-1794), fin 1793. <em>La Justice r\u00e9volutionnaire<\/em> (1870), Charles Berriat-Saint-Prix<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention, membre particuli\u00e8rement actif aux Cordeliers et aux Jacobins, il parle sans les nommer des mod\u00e9r\u00e9s\u00a0: Danton et Camille Desmoulins souhaitent que cesse le r\u00e9gime de la Terreur et que vienne le temps de l\u2019indulgence.<\/p>\n<p>C\u2019est le moment o\u00f9 Carrier va m\u00e9riter son surnom de \u00ab\u00a0missionnaire de la Terreur\u00a0\u00bb (Jules Michelet). Envoy\u00e9 dans l\u2019ouest de la France pour mater l\u2019insurrection des Chouans et autres contre-r\u00e9volutionnaires de la guerre de Vend\u00e9e, il arrive en un seul jour au chiffre de 800 morts \u00e0 Nantes (la veille de No\u00ebl 1793). Un record, pour l\u2019\u00e9poque. Au total et en fin de mission, quand viendra pour lui le temps du jugement et du ch\u00e2timent, on lui reprochera 10\u00a0000 morts\u00a0: fusill\u00e9s, guillotin\u00e9s, noy\u00e9s, victimes du typhus.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout est coupable ici, jusqu\u2019\u00e0 la sonnette du pr\u00e9sident\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, cet authentique criminel de guerre se montre \u00e0 la fois indigne et maladroit, niant toute culpabilit\u00e9, chargeant ses ex\u00e9cutants et mena\u00e7ant l\u2019Assembl\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0proscription in\u00e9vitable\u00a0\u00bb, s\u2019il \u00e9tait condamn\u00e9. 91 autres bourreaux sont jug\u00e9s apr\u00e8s Thermidor. Trois seulement seront ex\u00e9cut\u00e9s, Pinard, Grandmaison, Carrier guillotin\u00e9 le 16\u00a0d\u00e9cembre 1794.<\/p>\n<p>Et le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0Carrier, tu vivras dans l\u2019histoire, \/ Mais comme doit y vivre un brigand, \/\u00a0 Ton nom grav\u00e9 dans la m\u00e9moire \/ Y restera souill\u00e9 de sang.\/ Monstre, tout compos\u00e9 de vices, \/ Homme sc\u00e9l\u00e9rat et pervers, \/ Ton corps appartient au supplice, \/ Ton \u00e2me appartient aux enfers.\u00a0\u00bb <em>Tout est lugubre dans l\u2019histoire<\/em>, derni\u00e8re strophe de cette longue \u00ab\u00a0Complainte sur les horreurs de la guerre commises \u00e0 Nantes par Carrier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Fouquier-Tinville\u00a0: procureur sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, accusateur public sous la R\u00e9volution<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les t\u00eates tombaient comme des ardoises.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1595\" class=\"cit-num\">1595<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), apr\u00e8s la loi du 22\u00a0prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (10\u00a0juin 1794).<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin. Parole d\u2019accusateur public, charg\u00e9 de tous les grands proc\u00e8s sous la Terreur \u00e0 Paris<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux jours apr\u00e8s la f\u00eate de l\u2019\u00catre supr\u00eame, la loi de Prairial \u00e9num\u00e8re tous les ennemis du peuple promis \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et justiciables du Tribunal r\u00e9volutionnaire. Ce n\u2019est plus qu\u2019une parodie de justice\u00a0: l\u2019instruction est supprim\u00e9e (article\u00a012), l\u2019accus\u00e9 priv\u00e9 du secours d\u2019un avocat (article\u00a016), l\u2019audition des t\u00e9moins n\u2019est plus n\u00e9cessaire, s\u2019il y a une preuve mat\u00e9rielle ou simplement \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb (article\u00a013).<\/p>\n<p>Fouquier-Tinville se r\u00e9jouit du nombre de t\u00eates et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que \u00e7a aille mieux encore la d\u00e9cade prochaine, il m\u2019en faut quatre cent cinquante au moins.\u00a0\u00bb Et pour cela, on passe commande aux \u00ab\u00a0moutons\u00a0\u00bb, charg\u00e9s d\u2019espionner les suspects dans les prisons. C\u2019est la Grande Terreur\u00a0: plus de 1\u00a0300 ex\u00e9cutions \u00e0 Paris, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet (9 thermidor). Selon une \u00e9tude de Donald Greer qui fait r\u00e9f\u00e9rence, 16\u00a0600 victimes sont ex\u00e9cut\u00e9es en France apr\u00e8s condamnation par une cour de justice r\u00e9volutionnaire \u2013 avec pr\u00e8s de 500\u00a0000 arrestations, de mars \u00e0 juillet\u00a01794.<\/p>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre accusateur public sera ex\u00e9cut\u00e9 le 6\u00a0mai 1795, apr\u00e8s 41 jours de proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire (r\u00e9form\u00e9). \u00c0 travers Fouquier-Tinville et 23 coaccus\u00e9s, on juge aussi cette justice d\u2019exception. L\u2019homme est convaincu \u00ab\u00a0de man\u0153uvres et complots tendant \u00e0 favoriser les projets liberticides des ennemis du peuple [\u2026] et \u00e0 exciter l\u2019armement des citoyens les uns contre les autres, en faisant p\u00e9rir sous la forme d\u00e9guis\u00e9e d\u2019un jugement une foule innombrable de Fran\u00e7ais, de tout \u00e2ge et de tout sexe\u00a0\u00bb. En dix-sept mois, il a obtenu la t\u00eate de quelque 2\u00a0000 condamn\u00e9s, et parmi eux tous les grands noms de cette histoire.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9clare \u00ab\u00a0en but \u00e0 la calomnie\u00a0\u00bb et se retranche derri\u00e8re les lois\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 que la hache de la Convention\u00a0; punit-on une hache\u00a0?\u00a0\u00bb Ramen\u00e9 \u00e0 la Conciergerie, il \u00e9crit la veille de son ex\u00e9cution\u00a0: \u00ab\u00a0Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Plus tard, on reconna\u00eetra mon innocence.\u00a0\u00bb Ce dernier v\u0153u ne sera pas exauc\u00e9.\u00a0 Et le peuple chante\u00a0avec une gaiet\u00e9 f\u00e9roce\u00a0: \u00ab\u00a0Fouquier-Tinville avait promis \/ De guillotiner tout Paris, \/\u00a0 Mais il en a menti, \/ Car il est raccourci [\u2026] Vive la guillotine \/ Pour ces bourreaux \/ Vils fl\u00e9aux.\u00a0\u00bb <em>La Carmagnole de Fouquier-Tinville.<\/em><\/p>\n<h4>Lazare Carnot\u00a0: le Grand Carnot, officier du g\u00e9nie, g\u00e9n\u00e9ral, scientifique, d\u00e9put\u00e9, ministre, panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez attaquants, sans cesse attaquants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1590\" class=\"cit-num\">1590<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 du 8 prairial an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (27\u00a0mai 1794), Aux \u00ab\u00a0soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u00bb. Formule attribu\u00e9e \u00e0 Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823).<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1984), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le genre de mot \u00ab\u00a0passe-partout\u00a0\u00bb, toujours en situation dans un pays en guerre. La lev\u00e9e en masse a mis 750\u00a0000 hommes sous les drapeaux pour sauver la patrie en danger. Malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement et de discipline, l\u2019attaque ordonn\u00e9e r\u00e9ussit, les arm\u00e9es de la R\u00e9publique repoussent l\u2019ennemi. En mai\u00a01794, le d\u00e9partement du Nord est reconquis. Et la Belgique, le mois suivant. Et le Grand Carnot m\u00e9ritera son surnom d\u2019Organisateur de la Victoire.<\/p>\n<p>Il appartient \u00e0 une famille de bourgeois calvinistes, notaires et magistrats. Il se lance dans la carri\u00e8re militaire comme officier du g\u00e9nie de l\u2019arm\u00e9e royale, sous Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>. Ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, puis \u00e0 la Convention, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux Arm\u00e9es, devenu ensuite l\u2019un des cinq directeurs du Directoire, ministre de la guerre sous le Consulat de Bonaparte, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur pendant les Cent-Jours, exil\u00e9 \u00e0 la Restauration et banni comme r\u00e9gicide, il part en exil et se consacre d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Ses cendres sont transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on le 4 ao\u00fbt 1889, sous la pr\u00e9sidence\u00a0 de son petit-fils Sadi Carnot.<\/p>\n<h4>Joseph Fouch\u00e9\u00a0: s\u00e9minariste devenu ath\u00e9e, professeur de sciences \u00e0 Niort, d\u00e9put\u00e9, \u00ab\u00a0mitrailleur de Lyon\u00a0\u00bb sous la Terreur, ministre de la police sous le Consulat et l\u2019Empire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Abolissons l\u2019or et l\u2019argent, tra\u00eenons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la R\u00e9publique, et \u00e9tablir le culte des vertus aust\u00e8res de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1548\" class=\"cit-num\">1548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820)<em>. Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Avilissons l\u2019or et l\u2019argent\u2026\u00a0\u00bb En tout cas, il a bien retenu la le\u00e7on des nouveaux ma\u00eetres de la France, Robespierre et Saint-Just.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s actif contre le culte \u00e9tabli, Fouch\u00e9 vient de rafler d\u2019autorit\u00e9 les m\u00e9taux de la Ni\u00e8vre arrach\u00e9s aux \u00e9glises. Il \u00e9crit ces mots \u00e0 la Convention, affectant un superbe d\u00e9dain pour la richesse. La Convention recevra ces tr\u00e9sors le 7\u00a0novembre 1793. Le z\u00e8le des patriotes locaux impose un peu partout l\u2019\u00e9change des m\u00e9taux contre les assignats. Un emprunt forc\u00e9 du 3\u00a0septembre (sur les \u00ab\u00a0riches \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb) n\u2019a pas suffi \u00e0 assainir les finances d\u2019une R\u00e9volution \u00e0 qui la guerre co\u00fbte tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de la profession de foi de Fouch\u00e9 est plus que douteuse. Selon la rumeur, une partie des tr\u00e9sors ainsi r\u00e9quisitionn\u00e9s fut d\u00e9tourn\u00e9e, servant de d\u00e9but \u00e0 son immense fortune. L\u2019homme, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, se r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019une intelligence et d\u2019une habilet\u00e9 hors pair, d\u2019o\u00f9 sa carri\u00e8re politique, l\u2019une des plus longues carri\u00e8res avec son complice Talleyrand. Serviteur de l\u2019Empire et de la monarchie restaur\u00e9e, Fouch\u00e9 a commenc\u00e9 comme d\u00e9put\u00e9 girondin, devenu Montagnard, r\u00e9gicide et pilleur d\u2019\u00e9glise. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Mitrailleur de Lyon\u00a0\u00bb sous la Terreur, il remplace la guillotine trop lente par le canon, pour venir \u00e0 bout des insurg\u00e9s. Et il \u00e9crit le premier manifeste communiste en 1793, d\u2019o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 et l\u2019admiration que lui vouera le tr\u00e8s militant Gracchus Babeuf. C\u2019est surtout comme ministre de la Police que ses d\u00e9fauts et ses qualit\u00e9s feront merveille. Napol\u00e9on qui n\u2019estimait pas l\u2019homme le savait indispensable.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le CV est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de l\u2019Histoire en citations. Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste&#8230;), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":162,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9445","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9445"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9445\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16258,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9445\/revisions\/16258"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}