{"id":9448,"date":"2022-09-26T00:00:00","date_gmt":"2022-09-25T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-de-la-gaule-au-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:03","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:03","slug":"le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-de-la-gaule-au-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-de-la-gaule-au-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Le CV des acteurs de l\u2019Histoire (de la Gaule au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Le <span class=\"caps\">CV<\/span> est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste\u2026), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de mis\u00e8re, ambition d\u00e9clar\u00e9e ou hasard d\u2019une rencontre, carri\u00e8re classique ou chaotique, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 pr\u00e9coce ou tardive, fin de vie brutale ou confortable, tous les cas existent\u00a0! Le destin d\u00e9cide souvent, c\u2019est aussi affaire de caract\u00e8re. Mais le contexte historique reste le facteur d\u00e9terminant\u00a0: guerres de Religion, Fronde, R\u00e9volution(s), Commune, Guerres mondiales, Mai 68.<\/p>\n<p>Quatre p\u00e9riodes se d\u00e9gagent clairement pour cet \u00e9dito en quatre semaines.<br>I. De la Gaule au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: succession de destins historiques, incroyables mais vrais.<br><span class=\"caps\">II<\/span>. La R\u00e9volution met la Politique \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: vocations en cha\u00eene et mortalit\u00e9 galopante.<br><span class=\"caps\">III<\/span>. Naissance des partis politique\u00a0au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: l\u2019homme politique entre en sc\u00e8ne et peut faire carri\u00e8re. <br><span class=\"caps\">IV<\/span>. <span class=\"caps\">XX<\/span>e et <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cles\u00a0: la politique est devenue un m\u00e9tier pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<h3>I. De la Gaule au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: une succession de destins historiques, incroyables mais vrais.<\/h3>\n<p>Chaque nom vaut personnage de roman, s\u2019imposant dans des circonstances souvent tragiques au fil des guerres, des complots et des r\u00e9voltes\u00a0: h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efne nationale, authentique aventurier de l\u00e9gende, militaires et ministres encore c\u00e9l\u00e8bres \u00e0 juste titre, po\u00e8tes et philosophes d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s, auteurs devenus classiques et parfois maudits, favorites royales plus ou moins influentes\u2026 Quelle galerie de portraits\u00a0! Seuls exclus, les rois toujours n\u00e9s et form\u00e9s au m\u00e9tier de roi, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>40 <span class=\"caps\">NOMS<\/span>\u00a0: Vercing\u00e9torix \u2013 Jules C\u00e9sar \u2013 \u00c9tienne Marcel \u2013 Jeanne d\u2019Arc \u2013 Jacques C\u0153ur \u2013 Bayard \u2013 Rabelais \u2013 Ronsard \u2013 Michel de l\u2019Hospital \u2013 Montaigne \u2013 Sully \u2013 Richelieu \u2013 Corneille \u2013 Blaise Pascal \u2013 Descartes \u2013 Mazarin \u2013 Le Grand Cond\u00e9 \u2013 Turenne \u2013 Cardinal de Retz \u2013 Fouquet \u2013 Colbert \u2013 La Fontaine \u2013 Moli\u00e8re \u2013\u00a0 Racine \u2013 Boileau \u2013\u00a0 La Bruy\u00e8re \u2013 Mme de Montespan \u2013 Mme de Maintenon \u2013 Bossuet \u2013 F\u00e9nelon \u2013\u00a0 Marie Leczinska \u2013\u00a0 Mme de Pompadour \u2013 Montesquieu \u2013 Voltaire \u2013 Rousseau \u2013 Diderot \u2013 Marquis de Sade \u2013 Calonne \u2013 Beaumarchais \u2013 Necker.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">GAULE<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-51.jpg\" style=\"vertical-align: middle\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>\u00a0<strong>Vercing\u00e9torix\u00a0: guerrier gaulois vaincu par C\u00e9sar, premier h\u00e9ros national.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous ne formerons en Gaule qu\u2019une seule volont\u00e9, le monde entier ne pourra nous r\u00e9sister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 72-46 av. J.-C.), \u00e0 ses troupes, mai\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Gergovie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chef de tribu, guerrier par vocation, il fait \u0153uvre politique, f\u00e9d\u00e8re une partie des Gaulois et m\u00e8ne la r\u00e9volte contre l\u2019occupation romaine incarn\u00e9e par C\u00e9sar. Vainqueur \u00e0 Gergovie, il sera d\u00e9fait en septembre \u00e0 Al\u00e9sia.<\/p>\n<p>Le mythe demeure pourtant bien vivant, en France\u00a0: red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, Vercing\u00e9torix est notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<h4><strong>Jules C\u00e9sar\u00a0: proconsul, orateur, historien, le plus grand g\u00e9n\u00e9ral romain, mort assassin\u00e9.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de <span class=\"caps\">C\u00c9<\/span>sar 101-44 <span class=\"caps\">AV<\/span>.J.-C.), fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia.<em> Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire romaine depuis Romulus jusqu\u2019\u00e0 Auguste<\/em>, Florus.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, affrontant le plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains\u00a0: c\u2019est la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine.<\/p>\n<p>Politicien hors pair (intelligent et ambitieux), nomm\u00e9 consul et proconsul. Grand g\u00e9n\u00e9ral (strat\u00e8ge et tacticien), brillant orateur (et meneur d\u2019hommes), ces qualit\u00e9s de C\u00e9sar se retrouvent chez les deux premiers Noms de notre <em>Histoire en citations<\/em>\u00a0: Napol\u00e9on et de Gaulle\u00a0! C\u00e9sar est aussi un historien de son temps (reconnu comme tel pour sa Guerre des Gaules maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e), comme de Gaulle avec ses <em>M\u00e9moires<\/em> en trois tomes (<em>L\u2019Appel, L\u2019Unit\u00e9, Le Salut<\/em>). Le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> est \u00e9galement un monument \u00e0 la gloire de Napol\u00e9on (plus ou moins dict\u00e9 \u00e0 Las Cases).<\/p>\n<p>Ces qualit\u00e9s, ces vocations, ces dons r\u00e9unis expliquent les destins glorieux. Il faut aussi un concours de circonstances historiques, une part de chance, un temp\u00e9rament hors du commun. Nous les retrouverons au fil de l\u2019Histoire qui n\u2019aura de talent que par ces personnages \u2013 y compris le Peuple\u00a0jouant un grand r\u00f4le dans les p\u00e9riodes tourment\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<p>Une fin tragique enrichit un beau <span class=\"caps\">CV<\/span>\u00a0: Vercing\u00e9torix vaincu au si\u00e8ge d\u2019Al\u00e9sia et ex\u00e9cut\u00e9 apr\u00e8s cinq ans de prison et d\u2019humiliation par\u00a0 C\u00e9sar triomphant, C\u00e9sar victime d\u2019un complot et assassin\u00e9 par son fils adoptif, Brutus.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-51.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>Etienne Marcel\u00a0: marchand, pr\u00e9v\u00f4t (maire) de Paris, en guerre ouverte contre le roi.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux que nous avons tu\u00e9s \u00e9taient faux, mauvais et tra\u00eetres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"300\" class=\"cit-num\">300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tienne <span class=\"caps\">MARCEL<\/span> (vers 1316-1358), 22\u00a0f\u00e9vrier 1358. <em>Histoire de la bourgeoisie de Paris depuis son origine jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1851), Francis Lacombe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marchand drapier, devenu pr\u00e9v\u00f4t des marchands (premier maire de Paris) et quasiment ma\u00eetre de la ville, il se r\u00eave peut-\u00eatre roi de France. Il veut gagner la province \u00e0 sa cause avec la complicit\u00e9 de Charles de Navarre, dit Charles le Mauvais.<\/p>\n<p>Il vient de faire assassiner devant le dauphin ses deux conseillers, les mar\u00e9chaux de Champagne et de Normandie. Paris acclame son pr\u00e9v\u00f4t\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire parisienne de l\u2019histoire. Il mourra assassin\u00e9 par Jean Maillard partisan du dauphin, le 31\u00a0juillet 1358. Le lendemain, le dauphin rentre \u00e0 Paris o\u00f9 tous les partisans du pr\u00e9v\u00f4t ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Marcel est l\u2019exemple type du personnage historique jug\u00e9 de fa\u00e7ons totalement oppos\u00e9es\u00a0: la gauche encensera cet anc\u00eatre des r\u00e9volutionnaires \u00ab\u00a0plein de patriotisme\u00a0\u00bb, si d\u00e9vou\u00e9 pour son pays, jusqu\u2019\u00e0 lui faire sacrifice de \u00ab\u00a0sa fortune et de sa vie\u00a0\u00bb, alors que la droite en fait \u00ab\u00a0un \u00e9meutier, un assassin et un tra\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Jeanne d\u2019Arc\u00a0: berg\u00e8re, combattante, martyre et sainte, premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne nationale.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, ou princesse (b\u00e2tarde de sang royal), devenue chef de guerre et sainte. Le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende avec la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e contre l\u2019ennemi anglais. Premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne nationale,\u00a0 la r\u00e9cup\u00e9ration politique exploite le personnage plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le. Ce qui reste indiscutable, c\u2019est sa foi\u00a0avec sa devise\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu premier servi\u00a0\u00bb. En d\u2019autres temps, elle serait devenue une Bernadette de Lourdes ou sainte Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux.<\/p>\n<h4>Jacques C\u0153ur\u00a0: homme d\u2019affaires richissime, banquier du roi, accus\u00e9 de crimes, prisonnier, \u00e9vad\u00e9, crois\u00e9 du pape.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 c\u0153ur vaillant, rien d\u2019impossible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"360\" class=\"cit-num\">360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">C\u0152UR<\/span> (vers 1395-1456), sa devise. <em>Le Grand C\u0153ur<\/em> (2012), Jean-Christophe Rufin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devise (devenue proverbe) illustrant l\u2019esprit d\u2019entreprise de cet homme d\u2019affaires tout-terrain (change, mines, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, \u00e9pices, sel, bl\u00e9, draps, laine, pelleterie, orf\u00e8vrerie), banquier de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui finan\u00e7a la reconqu\u00eate de la Normandie en 1449.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre des monnaies en 1436, argentier du roi en 1440, conseiller en 1442, charg\u00e9 de missions diplomatiques \u00e0 Rome et \u00e0 G\u00eanes, soup\u00e7onn\u00e9 de malversations et crimes vrais ou suppos\u00e9s (et m\u00eame d\u2019avoir empoisonn\u00e9 Agn\u00e8s Sorel, la ma\u00eetresse du roi en 1450), arr\u00eat\u00e9 en 1451, il est condamn\u00e9 le 29\u00a0mai 1453\u00a0: confiscation de ses biens, amende de 400\u00a0000 \u00e9cus et\u00a0 prison. Il s\u2019\u00e9vade en 1454, se fait innocenter par le Pape Calixte <span class=\"caps\">III<\/span> qui lui confie le commandement d\u2019une flotte pour guerroyer contre les Turcs. Il meurt en croisade \u00e0 Chio.<\/p>\n<p>Son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re fortune symbolise la g\u00e9n\u00e9ration des nouveaux riches, issue de la guerre de Cent Ans. Mais cette vie en forme de roman d\u2019aventures fait de lui un personnage de la proche Renaissance.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-58.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>Bayard\u00a0: \u00ab\u00a0chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb de Fran\u00e7ois Ier, h\u00e9ros de Marignan, 1515.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bayard, mon ami, je veux aujourd\u2019hui \u00eatre fait chevalier par vos mains [\u2026]<br>\u2014 Sire, celui qui est couronn\u00e9, lou\u00e9 et oint de l\u2019huile envoy\u00e9e du Ciel et est le roi du royaume, le premier fils de l\u2019\u00c9glise, est chevalier sur tous autres chevaliers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"442\" class=\"cit-num\">442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547) et <span class=\"caps\">BAYARD<\/span> (vers 1475-1524), au soir de Marignan, le 14\u00a0septembre 1515.<em> Vie de Bayard<\/em> (1525), Symphorien Champier, son premier biographe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb de la l\u00e9gende, Pierre du Terrail, seigneur de Bayard, s\u2019est distingu\u00e9 \u00e0 20\u00a0ans en Italie, dans la \u00ab\u00a0<em>furia francese\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 Fornoue et dans toutes les guerres suivantes sous Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>. Il lui revient l\u2019insigne honneur d\u2019armer chevalier le roi de France, au soir de la victoire historique de Marignan, 1515.<\/p>\n<h4>Rabelais\u00a0: moine, m\u00e9decin, savant, philosophe humaniste, romancier, cr\u00e9ateur de mots et de personnages (Gargantua, Pantagruel).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre faite sans bonne provision d\u2019argent n\u2019a qu\u2019un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"465\" class=\"cit-num\">465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moine et pr\u00eatre (mais libre-penseur et p\u00e8re de deux enfants), m\u00e9decin pratiquant (mais tr\u00e8s bon vivant), botaniste et anatomiste, voyageur et imprimeur de ses \u0153uvres, philosophe humaniste, c\u2019est surtout un auteur surdou\u00e9. Il cr\u00e9e sa langue riche en n\u00e9ologismes et expressions originales, avec des personnages toujours c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: le g\u00e9ant Pantagruel et deux ans plus tard, Gargantua, son g\u00e9ant de p\u00e8re. Des cinq livres de son \u0153uvre, c\u2019est le plus pol\u00e9mique\u00a0: il aborde des questions s\u00e9rieuses, comme la guerre. Il ridiculise le roi Picrochole, sa folie ambitieuse qui le pousse aux guerres de conqu\u00eate (Charles Quint est vis\u00e9) et l\u2019oppose au bon roi Grandgousier, pacifique et prudent, conscient de ses devoirs vis-\u00e0-vis de ses sujets et anim\u00e9 d\u2019une vraie fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais pour mener cette politique, il faut \u00eatre fort, donc disposer d\u2019une arm\u00e9e permanente \u2013 allusion \u00e0 la politique militaire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier.<\/p>\n<p>On note au passage l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb. La m\u00e9taphore va faire fortune dans l\u2019histoire\u00a0: les guerres sans fin recommenc\u00e9es sont ruineuses. Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle bat le record historique\u00a0: 85 ann\u00e9es de guerre en Europe, avec des effectifs croissants et des armes toujours perfectionn\u00e9es.<\/p>\n<h4>Ronsard\u00a0: po\u00e8te patriote, politiquement engag\u00e9, pr\u00e9cepteur et ami de Charles <span class=\"caps\">IX<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Grec vanteur la Gr\u00e8ce vantera<br>Et l\u2019Espagnol l\u2019Espagne chantera<br>L\u2019Italien les Itales fertiles,<br>Mais moi, Fran\u00e7ois, la France aux belles villes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"388\" class=\"cit-num\">388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Hymne de France<\/em> (1555-1556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, le jeune \u00ab\u00a0\u00e9cuyer d\u2019\u00e9curie\u00a0\u00bb entre dans la carri\u00e8re des lettres, devenant le prince des po\u00e8tes, puis le po\u00e8te des princes, sans \u00eatre bassement courtisan. Patriote, il fait l\u2019\u00e9loge de la France, exprimant ici un sentiment national profond.<\/p>\n<p>Le danger revenu avec les guerres \u00e9trang\u00e8res et civiles (guerres de Religion), c\u2019est le po\u00e8te des <em>Discours<\/em> enflamm\u00e9s d\u2019une litt\u00e9rature engag\u00e9e \u2013 longue tradition fran\u00e7aise jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, avec Aragon, \u00c9luard\u2026<\/p>\n<p>Il \u00e9crit aussi un art de gouverner \u00e0 l\u2019intention du roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, alors \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans. L\u2019amiti\u00e9 entre les deux hommes d\u00e9passera le r\u00f4le de pr\u00e9cepteur d\u2019enfant royal \u2013 tenu aussi par Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle. \u00c0 la mort de son jeune ami, Ronsard quittera la cour et reviendra \u00e0 la po\u00e9sie amoureuse.<\/p>\n<h4>Michel de l\u2019Hospital\u00a0: professeur de droit, avocat, chancelier de la paix contre les guerres de Religion.\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il besoin de tant de b\u00fbchers et de tortures\u00a0? C\u2019est avec les armes de la charit\u00e9 qu\u2019il faut aller \u00e0 tel combat. Le couteau vaut peu contre l\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"500\" class=\"cit-num\">500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de l\u2019<span class=\"caps\">HOSPITAL<\/span> (vers 1504-1573), Assembl\u00e9e de Fontainebleau, 21\u00a0ao\u00fbt 1560. <em>Nouvelle Histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur de droit et avocat (l\u2019un des seconds m\u00e9tiers les plus fr\u00e9quents chez les hommes politiques \u00e0 venir), il entre en politique, nomm\u00e9 chancelier par Catherine de M\u00e9dicis qui va le maintenir sept ans \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u2013 l\u2019histoire est injuste en ne retenant que sa responsabilit\u00e9 dans le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<p>Quand la politique de conciliation se r\u00e9v\u00e8lera impossible, il se retire sur ses terres \u00e0 Vignay (en \u00cele-de-France). Refusant la violence, il ouvre les portes de son ch\u00e2teau \u00e0 une foule survolt\u00e9e. Assi\u00e9g\u00e9 par des catholiques fanatiques, il manque d\u2019\u00eatre une des victimes de la Saint-Barth\u00e9lemy qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en nouvelle guerre civile\u00a0: \u00ab\u00a0P\u00e9risse le souvenir de ce jour\u00a0!\u00a0\u00bb Cit\u00e9 dans ses <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, comme un \u00ab\u00a0cri de honte et de douleur que tous les vrais Fran\u00e7ais r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Montaigne\u00a0: magistrat, maire de Bordeaux, conseiller royal, auteur des Essais.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus \u00e2pre et difficile m\u00e9tier du monde, \u00e0 mon gr\u00e9, c\u2019est faire dignement le Roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"398\" class=\"cit-num\">398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Magistrat, membre du Parlement de Bordeaux et maire de cette ville, loin des po\u00e8tes courtisans ou des \u00e9crivains engag\u00e9s de son temps, il parle en humaniste et philosophe, sage et souvent sceptique, libre et ind\u00e9pendant de pens\u00e9e, \u00e9crivant aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Nous devons la suj\u00e9tion et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation, non plus que l\u2019affection, nous ne la devons qu\u2019\u00e0 leur vertu.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Sur le plus haut tr\u00f4ne du monde, on n\u2019est jamais assis que sur son cul.\u00a0\u00bb Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire prisera fort cette pens\u00e9e de Montaigne.<\/p>\n<p>Montaigne refusera le poste de ministre que deux rois lui offrent \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>. Il m\u00e8ne quand m\u00eame une action politique et surtout diplomatique, avec toute la sagesse de l\u2019auteur des <em>Essais<\/em> \u2013 l\u2019\u0153uvre ma\u00eetresse de sa vie, abordant tous les sujets et cr\u00e9ant un genre qui fera \u00e9cole en France et dans le monde.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-58.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>Sully\u00a0: militaire, ministre \u00e0 divers postes d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, sage conseiller, mais impopulaire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Labourage et p\u00e2turage sont les deux mamelles dont la France est aliment\u00e9e et les vrais mines et tr\u00e9sors du P\u00e9rou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"649\" class=\"cit-num\">649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), <em>\u00c9conomie royale<\/em> (1594-1597), <em>M\u00e9moires<\/em> (tome <span class=\"caps\">III<\/span>) publi\u00e9s de 1638 \u00e0 1662<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Militaire, compagnon de guerre du futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>,\u00a0 il devient son ministre-conseiller principal, nomm\u00e9\u00a0 successivement surintendant des finances, grand voyer (responsable des voies publiques) de France, surintendant des fortifications et des b\u00e2timents, grand ma\u00eetre de l\u2019artillerie \u2013 \u00e0 la fois ministre des Finances, des Travaux publics et de la Guerre. Au tournant du si\u00e8cle, il peut enfin entreprendre de r\u00e9organiser l\u2019agriculture fran\u00e7aise, \u00e9tablir un programme de routes, ponts et canaux.<\/p>\n<p>Le roi r\u00e9compense sa fid\u00e9lit\u00e9 de toujours, sa sagesse politique et reconna\u00eet ses talents de gestionnaire et d\u2019administrateur gr\u00e2ce auxquels il fait honn\u00eatement fortune \u2013 l\u2019homme est pourtant peu sympathique et le ministre impopulaire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du roi. C\u2019est aussi lui qui, bien que protestant, conseille au roi de se convertir dans une France tr\u00e8s majoritairement catholique\u00a0: \u00ab\u00a0La couronne vaut bien une messe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>Richelieu\u00a0: militaire contrari\u00e9, pr\u00eatre sans vocation, bon \u00e9v\u00eaque, grand ministre indispensable au roi.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a la force a souvent la raison, en mati\u00e8re d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"685\" class=\"cit-num\">685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Armand Jean du Plessis de Richelieu, dit le cardinal de Richelieu, cardinal-duc de Richelieu et duc de Fronsac, se destinait au m\u00e9tier des armes. Il est contraint d\u2019entrer dans les ordres pour conserver \u00e0 sa famille le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un \u00e9v\u00each\u00e9.\u00a0 Pr\u00eatre sans vocation, mais homme de devoir, nomm\u00e9 \u00e9v\u00eaque de Lu\u00e7on en 1606 par Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du clerg\u00e9 poitevin aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de Paris, il se met au service de la reine-m\u00e8re et r\u00e9gente Marie de M\u00e9dicis, pour \u00eatre bient\u00f4t nomm\u00e9 grand aum\u00f4nier aupr\u00e8s de la jeune reine Anne d\u2019Autriche et secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat des Affaires \u00e9trang\u00e8res, avec entr\u00e9e et s\u00e9ance au Conseil du roi.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une br\u00e8ve disgr\u00e2ce (li\u00e9e \u00e0 celle de Marie de M\u00e9dicis), il regagne la confiance de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et devient son \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb. Luttant pour renforcer le pouvoir royal et impopulaire de son temps, travailleur acharn\u00e9, ambitieux d\u00e9clar\u00e9, redoutant les faiblesses du roi qui peut le cong\u00e9dier du jour au lendemain, mais qui a l\u2019intelligence de garder toute sa vie aupr\u00e8s de lui ce grand serviteur de l\u2019\u00c9tat combl\u00e9 d\u2019honneurs et d\u2019argent, c\u2019est l\u2019un des fondateurs de l\u2019\u00c9tat moderne en France, admir\u00e9 par de Gaulle. Pour une vocation contrari\u00e9e, c\u2019est l\u2019exemple d\u2019une r\u00e9ussite\u00a0historique\u00a0!<\/p>\n<h4>Corneille\u00a0: avocat sans \u00e9loquence, passionn\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre, prot\u00e9g\u00e9 de Richelieu, lanc\u00e9 par<em> Le Cid<\/em> en 1637.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle mal ou bien du fameux cardinal<br>Ma prose ni mes vers n\u2019en diront jamais rien\u00a0:<br>Il m\u2019a fait trop de bien pour en dire du mal,<br>Il m\u2019a fait trop de mal pour en dire du bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"737\" class=\"cit-num\">737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9l\u00e8ve des j\u00e9suites au lyc\u00e9e de Rouen qui porte aujourd\u2019hui son nom, il se passionne pour l\u2019\u00e9loquence des sto\u00efciens latins et pour la pratique th\u00e9\u00e2trale aux vertus p\u00e9dagogiques. Mais comme tous les membres de la famille, il fait son droit et\u00a0 devient avocat au Parlement de Rouen. Timide et manquant d\u2019\u00e9loquence, il renonce \u00e0 plaider, gardant ce m\u00e9tier alimentaire pour sa famille et ses enfants. Il se lance dans l\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale. Apr\u00e8s quelques com\u00e9dies, c\u2019est la gloire \u00e0 30\u00a0ans pour le plus c\u00e9l\u00e8bre prot\u00e9g\u00e9 de Richelieu. <em>Le Cid<\/em> est jou\u00e9, fin d\u00e9cembre\u00a01636, dans le th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 du cardinal (pr\u00e8s de 1 000 places pour les invit\u00e9s) et en janvier\u00a01637, au th\u00e9\u00e2tre du Marais ouvert pour cette pi\u00e8ce. Ce qui explique l\u2019une et l\u2019autre date donn\u00e9es pour sa cr\u00e9ation, selon les sources\u00a0! Autre pr\u00e9cision\u00a0: c\u2019est une tragi-com\u00e9die.<\/p>\n<p>Mais Richelieu ne lui pardonne pas son refus de participer \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de cinq auteurs charg\u00e9s de composer des pi\u00e8ces sur ses id\u00e9es. Le cardinal forme une cabale et l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise accable le jeune po\u00e8te de critiques jalouses et de propos p\u00e9dants. La \u00ab\u00a0querelle du Cid\u00a0\u00bb va \u00e9mouvoir Paris, toute l\u2019ann\u00e9e 1637. Corneille en souffre, mais il est lanc\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, apr\u00e8s le triomphe de ses trois r\u00e9centes trag\u00e9dies (<em>Horace, Cinna, Polyeucte<\/em>), il compose ce quatrain \u00e0 la mort de Richelieu\u00a0: il se rappelle la protection dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, mais il ne peut oublier la m\u00e9chante cabale mont\u00e9e contre lui.<br>Le m\u00e9c\u00e9nat artistique, devenu v\u00e9ritable politique culturelle, va encourager les cr\u00e9ateurs dans tous les domaines\u00a0: lettres, th\u00e9\u00e2tre, musique, peinture, architecture. L\u2019art classique nait \u00e0 cette \u00e9poque, contribuant au rayonnement de la France en Europe. Il va s\u2019\u00e9panouir plus encore au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<h4>Pascal\u00a0: surdou\u00e9, math\u00e9maticien, physicien, inventeur, th\u00e9ologien tortur\u00e9, jans\u00e9niste, auteur des <em>Pens\u00e9es<\/em>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire, parce que vous \u00eates duc, que je vous estime\u00a0; mais il est n\u00e9cessaire que je vous salue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"827\" class=\"cit-num\">827<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Blaise <span class=\"caps\">PASCAL<\/span> (1623-1662),<em> Discours sur la condition des grands<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le surdou\u00e9 du si\u00e8cle (mort \u00e0 39\u00a0ans) fr\u00e9quenta les salons et les libertins pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode mondaine, mais surtout les savants et les jans\u00e9nistes de Port-Royal.<\/p>\n<p>Enfant pr\u00e9coce, \u00e9duqu\u00e9 par son p\u00e8re, ses premiers travaux concernent les sciences naturelles et appliqu\u00e9es. Il sera tout \u00e0 la fois math\u00e9maticien, physicien, inventeur (avec la pascaline, premi\u00e8re machine \u00e0 calculer), philosophe, moraliste et th\u00e9ologien. Consid\u00e9r\u00e9 comme le pr\u00e9curseur de l\u2019existentialisme (d\u00e9velopp\u00e9 par Kierkegaard, Heidegger et Sartre), il exprime la mis\u00e8re de l\u2019homme priv\u00e9 de Dieu dans ses <em>Pens\u00e9es<\/em>. Mais l\u2019homme peut s\u2019ancrer spirituellement en Dieu s\u2019il le veut, en faisant le pari de Son existence.<\/p>\n<p>Pascal entretient une relation complexe avec l\u2019Abbaye de Port-Royal et le jans\u00e9nisme (tout comme Racine), contre la religion dominante des j\u00e9suites (et des dominicains). C\u2019est l\u2019objet de ses <em>Provinciales<\/em>, dix-huit lettres qui eurent une influence consid\u00e9rable et choqu\u00e8rent \u00e0 la fois le roi Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et le pape Alexandre <span class=\"caps\">VII<\/span>, d\u2019o\u00f9 condamnation et v\u00e9ritable guerre de religion dont on imagine mal la violence \u2013 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019expulsion et le martyr des s\u0153urs de Port-Royal dont fit partie Jacqueline Pascal, tr\u00e8s influente sur la pens\u00e9e de son fr\u00e8re.<\/p>\n<h4>Descartes\u00a0: math\u00e9maticien, physicien, philosophe, son <em>Discours de la m\u00e9thode<\/em> r\u00e9volutionne la pens\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense, donc je suis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"722\" class=\"cit-num\">722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DESCARTES<\/span> (1596-1650),<em> Discours de la m\u00e9thode pour bien conduire sa raison et chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les sciences, plus la dioptrique, les m\u00e9t\u00e9ores et la g\u00e9om\u00e9trie, qui sont des essais de cette m\u00e9thode<\/em> (1637)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00e9nement majeur devenu fait de soci\u00e9t\u00e9, le titre est \u00e0 lui seul une citation et tout un programme. La formule lapidaire, rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre, va d\u00e9clencher des pol\u00e9miques qui finiront par la mise \u00e0 l\u2019Index des \u0153uvres de Descartes, apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>\u00c9l\u00e8ve des J\u00e9suites remarqu\u00e9 pour ses dons intellectuels et sa sant\u00e9 fragile, il obtient son baccalaur\u00e9at et sa licence en droit civil et canonique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Poitiers. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes, il part vivre \u00e0 Paris et s\u2019isole deux ans pour mieux \u00e9tudier. Il s\u2019engage ensuite \u00e0 l\u2019\u00e9cole de guerre du prince d\u2019Orange (en Hollande), puis dans l\u2019arm\u00e9e du duc Maximilien de Bavi\u00e8re. Cette parenth\u00e8se militaire est l\u2019occasion de rencontres et de diverses r\u00e9v\u00e9lations. Il voyage encore et toujours pour mieux s\u2019isoler, \u00e9crire, penser, \u00eatre.<\/p>\n<p>Philosophe, math\u00e9maticien et physicien, scientifique tout terrain, l\u2019auteur s\u2019est prudemment r\u00e9fugi\u00e9 dans la protestante et bourgeoise Hollande pour poursuivre son \u0153uvre. La condamnation par le Saint-Office de Galil\u00e9e coupable d\u2019avoir affirm\u00e9, contre la Bible, que la Terre tourne autour du Soleil et non l\u2019inverse n\u2019est pas si lointaine (1633). Descartes a d\u2019autres audaces\u00a0: il faut v\u00e9rifier par le raisonnement toutes les id\u00e9es ou v\u00e9rit\u00e9s re\u00e7ues. C\u2019est l\u2019essentiel de sa m\u00e9thode. Mais c\u2019est une rupture avec tout ce qui est enseign\u00e9 dans les universit\u00e9s. Le cart\u00e9sianisme aura des vertus d\u00e9stabilisantes et des cons\u00e9quences scientifiques que l\u2019auteur ne soup\u00e7onnait pas\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de sa vie, il accepte l\u2019invitation de la reine Christine de Su\u00e8de \u00e0 Stockholm, devenant son pr\u00e9cepteur (voire son amant). La rigueur du climat a raison de sa sant\u00e9, il meurt avant d\u2019avoir le temps de rentrer \u00e0 Paris. Beaucoup de myst\u00e8res sur cette vie et cette mort (empoisonnement \u00e0 l\u2019arsenic).<\/p>\n<h4>Mazarin\u00a0: Premier ministre initiant Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> au m\u00e9tier de roi, r\u00e9ussite sociale et impopularit\u00e9 records.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Italien n\u00e9 Mazarini, entr\u00e9 au Coll\u00e8ge romain des j\u00e9suites, attir\u00e9 tr\u00e8s jeune par le jeu, les femmes et une carri\u00e8re artistique. Mais il doit gagner sa vie pour aider sa famille et devient diplomate au service du pape Urbain <span class=\"caps\">VIII<\/span>. Richelieu en mission remarque ce surdou\u00e9 par ailleurs si habile \u00e0 charmer, il le fait venir en France. Promu cardinal sans m\u00eame \u00eatre pr\u00eatre, il gagne la confiance de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>. \u00c0 sa mort, la reine-r\u00e9gente Anne d\u2019Autriche le nomme Premier ministre, il initie parfaitement bien Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 son m\u00e9tier de roi et garde son poste jusqu\u2019au terme de sa vie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019une des ascensions sociales les plus extraordinaires de l\u2019Ancien R\u00e9gime, avec une fortune inestimable en tableaux de ma\u00eetres et collections de livres \u2013 il fait don \u00e0 l\u2019\u00c9tat de la Mazarine, premi\u00e8re biblioth\u00e8que ouverte au public d\u00e8s 1643, b\u00e2tie dans l\u2019aile gauche du palais de l\u2019Institut, \u00e9difi\u00e9 \u00e0 ses frais.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi l\u2019un des ministres les plus impopulaires\u00a0de l\u2019histoire\u00a0: un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une Fronde de cinq ans, v\u00e9ritable guerre civile o\u00f9 il est menac\u00e9 de mort, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent, pourvu qu\u2019ils paient et la R\u00e9volution est report\u00e9e \u00e0 1789.<\/p>\n<h4>Le Grand Cond\u00e9\u00a0: fils de grande famille, Frondeur politique, militaire surdou\u00e9 au service de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis d\u2019une naissance \u00e0 laquelle la conduite des Balafr\u00e9s ne convient pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"783\" class=\"cit-num\">783<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Bourbon-Cond\u00e9, dit le Grand <span class=\"caps\">COND\u00c9<\/span> (1621-1686) \u00e0 de Retz. <em>Histoire des princes de Cond\u00e9 pendant les <span class=\"caps\">XVI<\/span>e et <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cles<\/em> (1863), Henri d\u2019Orl\u00e9ans, duc d\u2019Aumale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quatri\u00e8me prince de Cond\u00e9, duc de Bourbon, duc d\u2019Enghien, duc de Montmorency, duc de Ch\u00e2teauroux, duc de Bellegarde, duc de Fronsac, gouverneur du Berry, comte de Sancerre, comte de Charolais et pair de France, ce premier prince du sang a l\u2019un des plus longs \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">CV<\/span>\u00a0\u00bb de l\u2019histoire avec une belle s\u00e9rie de victoires \u00e0 son actif au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Mais c\u2019est aussi l\u2019un des meneurs de la Fronde des princes avec Turenne.<\/p>\n<h4>Turenne\u00a0: m\u00eame <span class=\"caps\">CV<\/span> que Cond\u00e9, mort au combat \u00e0 63 ans, port\u00e9 \u00e0 la basilique St Denis comme les rois.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand un g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9tend n\u2019avoir jamais fait de fautes, il me persuade qu\u2019il n\u2019a jamais fait la guerre longtemps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"768\" class=\"cit-num\">768<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURENNE<\/span> (1611-1675). <em>Le Sottisier<\/em> (posthume, 1880), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri de La Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne, mar\u00e9chal de France, sera de toutes les guerres sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> avant de trouver la mort en h\u00e9ros \u00e0 la bataille de Sasbach (en Allemagne), \u00e0 64 ans.<\/p>\n<p>Le jeune vicomte s\u2019est fait remarquer un demi-si\u00e8cle avant dans la Guerre de Trente ans. \u00c0 14 ans, il l\u00e8ve un r\u00e9giment d\u2019infanterie qui porte son nom dans l\u2019arm\u00e9e hollandaise sous les ordres de son oncle, le stathouder Fr\u00e9d\u00e9ric-Henri d\u2019Orange-Nassau qui lui offre un commandement en 1626.<\/p>\n<p>En 1630, il choisit de passer au service, plus prestigieux, de la France. Apr\u00e8s sa Fronde, il alternera d\u00e9faites et victoires \u00e9clatantes. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> lui accordera l\u2019honneur posthume d\u2019\u00eatre enseveli \u00e0 la basilique Saint-Denis avec les rois de France, comme seul le conn\u00e9table Du Guesclin, sauveur du royaume, l\u2019avait \u00e9t\u00e9 au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<h4>Cardinal de Retz\u00a0: pr\u00e9lat sans vocation, conspirateur imp\u00e9nitent, m\u00e9morialiste n\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Richelieu avait foudroy\u00e9 plut\u00f4t que gouvern\u00e9 les humains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"690\" class=\"cit-num\">690<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675), Cardinal de Retz (1613-1679)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talentueux m\u00e9morialiste, mais pi\u00e8tre politicien, il s\u2019opposera surtout \u00e0 Mazarin. Il se vante pourtant d\u2019avoir voulu assassiner l\u2019autre cardinal, Richelieu.<\/p>\n<p>Paul de Gondi, pr\u00e9lat sans vocation eccl\u00e9siastique et incapable de respecter le v\u0153u de chastet\u00e9, se r\u00eave chef de guerre et joue de ses relations haut plac\u00e9es pour se retrouver chef de parti aux grandes ambitions politiques sous la Fronde, multipliant les conspirations et m\u00eal\u00e9 \u00e0 tous les complots de l\u2019\u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme singulier est le premier \u00e9v\u00eaque en France qui ait fait une guerre civile sans avoir la religion pour pr\u00e9texte\u00a0\u00bb, dira Voltaire.<\/p>\n<p>Prisonnier, puis exil\u00e9, il se r\u00e9fugie dans ses propri\u00e9t\u00e9s, voyage en Europe, peut enfin regagner Paris dix ans avant sa mort et continue de se m\u00ealer de politique (\u00e9trang\u00e8re). L\u2019incorrigible frondeur reste connu pour ses M\u00e9moires posthumes, un genre litt\u00e9raire qui engendrera des chefs d\u2019\u0153uvre valant souvent sources historiques.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-34.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>Fouquet\u00a0: surintendant des Finances, m\u00e9c\u00e8ne trop fortun\u00e9, sa chute marque le d\u00e9but du r\u00e8gne (1661).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Quo non ascendet\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ne montera-t-il pas\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"858\" class=\"cit-num\">858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FOUQUET<\/span> (1615-1680), sa devise figurant dans ses armes, sous un \u00e9cureuil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il monta si haut que le roi ne put le tol\u00e9rer. Fils d\u2019un conseiller au Parlement, vicomte de Vaux, enrichi par le commerce avec le Canada, Nicolas Fouquet ach\u00e8te la charge de procureur g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris, devient ami de Mazarin et nomm\u00e9 surintendant des Finances pour sa fid\u00e9lit\u00e9 dans la Fronde. Il s\u2019enrichit encore, se paie le marquisat de Belle-Isle (achet\u00e9 au cardinal de Retz), y \u00e9tablit une force militaire personnelle et des fortifications. Au ch\u00e2teau de Vaux qu\u2019il fait construire, c\u2019est le m\u00e9c\u00e8ne des plus prestigieux artistes du temps\u00a0: La Fontaine, Moli\u00e8re, Poussin, Le Vau, Le Brun.<\/p>\n<p>L\u2019ambitieux Colbert qui brigue sa place apporte la preuve qu\u2019une telle fortune fut acquise au prix de graves malversations. Invit\u00e9 \u00e0 une f\u00eate somptueuse \u00e0 Vaux, le 5\u00a0septembre 1661, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait arr\u00eater son surintendant \u2013 et supprime le poste. Coup de th\u00e9\u00e2tre\u00a0! C\u2019est le premier acte d\u2019autorit\u00e9 du r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 au bannissement et \u00e0 la confiscation de ses biens, le roi commutera cette peine en d\u00e9tention perp\u00e9tuelle. Enferm\u00e9 dans la forteresse de Pignerol, Fouquet y mourra apr\u00e8s seize ans d\u2019une r\u00e9clusion rigoureuse. C\u2019est l\u2019un des possibles \u00ab\u00a0Masque de fer\u00a0\u00bb. Fouquet reste l\u2019exemple historique d\u2019un destin fracass\u00e9.<\/p>\n<h4>Colbert\u00a0: grand commis de l\u2019\u00c9tat cumulant les minist\u00e8res, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit une part de sa grandeur.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais fait pour Dieu ce que j\u2019ai fait pour cet homme, je serais sauv\u00e9 dix fois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"891\" class=\"cit-num\">891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), sur son lit de mort, parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, d\u00e9but septembre\u00a01683. Mot de la fin.<em> Histoire de la vie et de l\u2019administration de Colbert<\/em> (1846), Pierre Cl\u00e9ment<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9l\u00e8ve des j\u00e9suites, form\u00e9 au droit et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, il travaille dans la banque et le notariat. Il g\u00e8re durant dix ans l\u2019immense fortune de Mazarin qui le recommande \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Ce grand commis de l\u2019\u00c9tat (haut fonctionnaire) accomplit une t\u00e2che surhumaine, cumulant peu \u00e0 peu les postes d\u2019intendant des Finances, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral, surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures, secr\u00e9taire \u00e0 la Maison du roi et \u00e0 la Marine \u2013 il est partout, sauf au minist\u00e8re de la Guerre et aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, chasse gard\u00e9e de son ennemi Louvois et du clan Tellier.<\/p>\n<p>Colbert dirige et r\u00e9glemente l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9organise l\u2019administration, g\u00e9re les \u00ab\u00a0affaires culturelles\u00a0\u00bb, encourage le commerce d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0une guerre d\u2019argent\u00a0\u00bb et enrichit le pays au nom d\u2019un mercantilisme qui fait loi \u2013 le \u00ab\u00a0colbertisme\u00a0\u00bb. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit, autant que la France, une part de cette grandeur dont il est si fier. \u00c0 son passif, le Code noir qu\u2019il pr\u00e9pare en tant que ministre de la Marine et qui r\u00e9glemente l\u2019esclavage dans les colonies \u2013 mais au Grand si\u00e8cle, cela ne choquait personne. Il faudra attendre le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4>La Fontaine\u00a0: ma\u00eetre des eaux et For\u00eats, habile courtisan, ses <em>Fables<\/em> donnent la parole aux animaux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon que vous serez puissant ou mis\u00e9rable<br>Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"842\" class=\"cit-num\">842<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), Fables, <em>Les Animaux malades de la peste<\/em> (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fontaine se sert \u00ab\u00a0d\u2019animaux pour instruire les hommes\u00a0\u00bb, mais aussi pour faire une satire de son \u00e9poque, comme Moli\u00e8re et La Bruy\u00e8re. Il plagie avec g\u00e9nie les fables d\u2019\u00c9sope, po\u00e8te grec \u2013 mais le plagiat se pratique couramment, le droit d\u2019auteur n\u2019\u00e9tant pas r\u00e9glement\u00e9. Moli\u00e8re fera de m\u00eame avec son <em>Dom Juan<\/em>, inspir\u00e9 de l\u2019Espagnol Tirso de Molina<\/p>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse bien des loisirs pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin (<em>Fables<\/em> et <em>Contes<\/em>). Ce po\u00e8te pr\u00e9sum\u00e9 paresseux accumule les brouillons et se fait aussi moraliste, dramaturge, librettiste, romancier. Fouquet est son m\u00e9c\u00e8ne et \u00e0 la chute du surintendant (1661), La Fontaine trouve d\u2019autres riches protecteurs (et surtout protectrices, duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Mme\u00a0de la Sabli\u00e8re, Marie-Anne Mancini, etc.). Courtisan, il est cependant \u00e9pris de libert\u00e9 et fort habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort.<\/p>\n<h4>Moli\u00e8re\u00a0: auteur, acteur, chef de troupe, g\u00e9nie de la com\u00e9die, prot\u00e9g\u00e9 par le roi.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien savoir si la grande r\u00e8gle de toutes les r\u00e8gles n\u2019est pas de plaire et si une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui a attrap\u00e9 son but n\u2019a pas suivi un bon chemin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"822\" class=\"cit-num\">822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span>\u00a0(1622-1673), <em>La Critique de l\u2019\u00c9cole des femmes<\/em> (1663)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils du Tapissier du roi (poste important), Jean-Baptiste Poquelin, dit Moli\u00e8re, est un homme de th\u00e9\u00e2tre total\u00a0: auteur, acteur, chef de troupe (en province o\u00f9 il apprend son m\u00e9tier, avant de revenir s\u2019imposer \u00e0 Paris apr\u00e8s quelques \u00e9checs et un jour de prison pour dettes), metteur en sc\u00e8ne (m\u00eame si le m\u00e9tier n\u2019existe pas encore). Le th\u00e9\u00e2tre est sa passion exclusive, \u00e0 la sc\u00e8ne comme \u00e0 la ville. Tous ses amis sont com\u00e9diens et il \u00e9pouse une com\u00e9dienne.<\/p>\n<p>Il ne peut vivre et s\u2019exprimer qu\u2019avec la protection du roi\u00a0: contre les d\u00e9vots, les bourgeois, les parvenus, les p\u00e9dants, les pr\u00e9cieuses. Il reste \u00e0 ce jour l\u2019auteur dramatique fran\u00e7ais le plus aim\u00e9, le plus jou\u00e9 au monde\u00a0pour sa peinture de caract\u00e8res tr\u00e8s dat\u00e9s, mais toujours humains\u00a0:<em> Les Pr\u00e9cieuses ridicules, <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cole des femmes, Dom Juan ou le Festin de Pierre, Le Misanthrope, Amphitryon, <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>vare, Le Tartuffe, Les Fourberies de Scapin, Le Bourgeois gentilhomme, Les Femmes savantes, Le Malade imaginaire<\/em>. Il a produit aussi des com\u00e9dies-ballets, grands spectacles musicaux fort pris\u00e9s du roi et de la cour, avec \u00e0 l\u2019affiche Corneille et Lully.<\/p>\n<p>Auteur (et acteur) de com\u00e9dies, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une \u00e9trange entreprise que celle de faire rire les honn\u00eates gens.\u00a0\u00bb Il mourra \u00e0 51 ans au sortir de sc\u00e8ne, malade de tuberculose, \u00e9puis\u00e9 par le travail, jalous\u00e9 par ses rivaux, tromp\u00e9 par Racine et Lully plus courtisans que lui, harcel\u00e9 par les cabales et les rumeurs \u2013 le plagiat et l\u2019inceste, ayant \u00e9pous\u00e9 Armande, la fille de sa grande amie com\u00e9dienne Madeleine B\u00e9jart. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, il fut m\u00eame \u00ab\u00a0s\u00e9rieusement\u00a0\u00bb soup\u00e7onne de ne pas avoir \u00e9crit ses \u0153uvres qui seraient du vieux Corneille, pass\u00e9 de mode\u00a0!<\/p>\n<h4>Racine\u00a0: courtisan et historiographe du roi, cr\u00e9ateur et g\u00e9nie de la trag\u00e9die classique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est digne de lui comme il est digne d\u2019elle.<br>Des Reines et des Rois, chacun est le plus grand.<br>Et jamais conqu\u00eate si belle<br>Ne m\u00e9rita les v\u0153ux d\u2019un si grand conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"804\" class=\"cit-num\">804<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">RACINE<\/span> (1639-1699), <em>La Nymphe de la Seine<\/em> (1660)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mariage entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Marie-Th\u00e9r\u00e8se est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 6\u00a0juin 1660, avant l\u2019entr\u00e9e triomphale \u00e0 Paris le 26\u00a0ao\u00fbt. Le po\u00e8te qui fait la louange des jeunes \u00e9poux exprime l\u2019admiration et m\u00eame la v\u00e9n\u00e9ration des Fran\u00e7ais pour leur roi, image de Dieu sur Terre, par ailleurs fort bel homme et attendu comme un nouveau h\u00e9ros de leur histoire. Mais Racine s\u2019exprime aussi en courtisan, tr\u00e8s diff\u00e9rent de son confr\u00e8re et rival Moli\u00e8re.<\/p>\n<p>G\u00e9nie in\u00e9gal\u00e9 de la trag\u00e9die classique, il va encha\u00eener les chefs d\u2019\u0153uvre pendant dix ans\u00a0: apr\u00e8s <em>La Th\u00e9ba\u00efde<\/em> cr\u00e9\u00e9e sans succ\u00e8s par la troupe de Moli\u00e8re (plus dou\u00e9 pour la com\u00e9die), il r\u00e9ussit sa deuxi\u00e8me \u0153uvre (<em>Alexandre le Grand<\/em>) et atteint ensuite la perfection chaque ann\u00e9e avec <em>Andromaque, Britannicus, B\u00e9r\u00e9nice, Bajazet, Iphig\u00e9nie<\/em>. Il cesse d\u2019\u00e9crire en 1677 apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de <em>Ph\u00e8dre<\/em> (d\u00fb \u00e0 une cabale) et devient historiographe du roi (avec Boileau), place enviable et mieux pay\u00e9e\u00a0qui comble ses ambitions\u2026 Il reviendra au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la demande de Mme de Maintenon\u00a0: deux trag\u00e9dies bibliques (<em>Esther<\/em> et <em>Athalie<\/em>) destin\u00e9es aux \u00e9l\u00e8ves de la Maison Royale de Saint-Louis, pensionnat pour jeunes filles \u00e0 Saint-Cyr.<\/p>\n<p>\u00c9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1672, anobli deux ans plus tard, Racine entretient avec Port-Royal et le jans\u00e9nisme des liens complexes et toujours comment\u00e9s, comme Pascal qu\u2019il a bien connu.<\/p>\n<h4>Boileau\u00a0: bourgeois carri\u00e9riste, th\u00e9oricien de la litt\u00e9rature, po\u00e8te, traducteur, pol\u00e9miste et historiographe du roi.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019en un lieu, qu\u2019en un jour, un seul fait accompli<br>Tienne jusqu\u2019\u00e0 la fin le th\u00e9\u00e2tre rempli.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"821\" class=\"cit-num\">821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>L\u2019Art po\u00e9tique<\/em> (1674)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Codificateur des lettres, virtuose du mot juste et dou\u00e9 d\u2019un regard critique exceptionnel, le \u00ab\u00a0L\u00e9gislateur du Parnasse\u00a0\u00bb d\u00e9finit avec cette\u00a0r\u00e8gle des trois unit\u00e9s la trag\u00e9die classique, genre n\u00e9 et mort au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle (si l\u2019on oublie les mauvaises copies \u00e0 suivre, m\u00eame sign\u00e9es Voltaire), port\u00e9 \u00e0 la perfection par le jeune Racine, supplantant le vieux Corneille.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un commis au greffe du parlement, Boileau appartient \u00e0 cette bourgeoisie des offices, cultiv\u00e9e et traditionaliste, d\u2019o\u00f9 sont issus la plupart des \u00e9crivains de profession au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: avec l\u2019appui d\u2019un protecteur, l\u2019entr\u00e9e chez les Grands, la faveur du roi, une charge \u00e0 la Cour, le fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, pour une r\u00e9ussite qui se paie d\u2019une \u00e9vidente d\u00e9pendance. Boileau cumule les emplois de po\u00e8te, traducteur, pol\u00e9miste, th\u00e9oricien de la litt\u00e9rature et historiographe du roi (en m\u00eame temps que Racine).<\/p>\n<p>Auteur des <em>Satires<\/em>, des <em>\u00c9pitres<\/em> et de<em> l\u2019Art po\u00e9tique<\/em> qu\u2019on ne lit plus gu\u00e8re, il lui reste un grand m\u00e9rite\u00a0: il a tr\u00e8s t\u00f4t distingu\u00e9 le g\u00e9nie de Moli\u00e8re et de Racine et les a d\u00e9fendus contre d\u2019habiles imitateurs. Il a aussi rappel\u00e9 la grandeur de Corneille, \u00e9vinc\u00e9 par le jeune Racine.<\/p>\n<p>Notons que tous les arts vont s\u2019\u00e9panouir en cette seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle. Dans une Europe encore baroque, c\u2019est le triomphe du classicisme fran\u00e7ais. C\u2019est \u00e9galement \u2013 fait unique dans notre histoire \u2013 la r\u00e9ussite d\u2019un art officiel et strictement censur\u00e9, dirig\u00e9, pensionn\u00e9, administr\u00e9, voulu par le roi. Napol\u00e9on, autre souverain absolu, n\u2019aura pas cette chance et le d\u00e9plorera ouvertement.<\/p>\n<h4>La Bruy\u00e8re\u00a0: avocat promu pr\u00e9cepteur et secr\u00e9taire bien plac\u00e9, lanc\u00e9 par ses Caract\u00e8res pris sur le vif \u00e0 la cour.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pressez-les, tordez-les, [les courtisans] d\u00e9gouttent l\u2019orgueil, l\u2019arrogance, la pr\u00e9somption.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"825\" class=\"cit-num\">825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696), <em>Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bourgeois parisien, avocat \u00e0 qui sa charge laisse des loisirs, introduit dans la maison des Cond\u00e9 par Bossuet comme pr\u00e9cepteur, puis secr\u00e9taire du duc de Bourbon (petit-fils du Grand Cond\u00e9), La Bruy\u00e8re vit l\u00e0 une \u00ab\u00a0domesticit\u00e9\u00a0\u00bb honorable, mais mal support\u00e9e. <br>La cour est un bon terrain d\u2019observation pour ce moraliste et fournit un savoureux chapitre \u00e0 ses Caract\u00e8res\u00a0: publi\u00e9s anonymement par prudence, leur immense succ\u00e8s sera suivi de nombreuses \u00e9ditions augment\u00e9es \u2013 c\u2019est la revanche du talent et de l\u2019esprit sur la naissance et la fortune\u00a0!<\/p>\n<h4>Mme de Montespan\u00a0: dame d\u2019honneur de la reine, devenue favorite en titre et m\u00e9c\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9loge le plus flatteur qu\u2019on puisse faire \u00e0 une femme, c\u2019est de dire beaucoup de mal de sa rivale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">MONTESPAN<\/span> (1640-1707), citation reprise par Delphine de Girardin (\u00e9pouse du c\u00e9l\u00e8bre journaliste \u00c9mile de Girardin) dans ses <em>Lettres parisiennes<\/em>, 24 mai 1837<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e Fran\u00e7oise de Rochechouart de Mortemart, elle \u00e9pouse le marquis de Montespan et gardera le nom et le titre. Elle se baptise Ath\u00e9na\u00efs, jouant avec talent la pr\u00e9cieuse pas du tout ridicule, dans les salons du Marais o\u00f9 elle aime briller. Son mari s\u2019\u00e9tant ruin\u00e9, elle use de ses relations pour devenir dame d\u2019honneur de la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se, puis amie et confidente de sa future rivale, Mme de Maintenon. Le \u00ab\u00a0grand monde\u00a0\u00bb est petit et tout le monde conna\u00eet tout le monde, pour en dire du bien ou du mal. La suite de l\u2019histoire le prouve.<\/p>\n<p>Elle rencontre le roi qui n\u2019a d\u2019yeux que pour sa ma\u00eetresse, Louise de la Valli\u00e8re dont elle devient la confidente. Le roi la remarque\u00a0: elle a tout pour plaire, l\u2019esprit et la beaut\u00e9, la nouveaut\u00e9, une mani\u00e8re de dire du mal des gens, mais sans m\u00e9chancet\u00e9, juste pour s\u2019amuser et amuser le roi. Grand amoureux, il s\u2019\u00e9prend de cette nouvelle ma\u00eetresse, le mari apprend la v\u00e9rit\u00e9, va faire scandale \u00e0 la cour. Le cocu le plus c\u00e9l\u00e8bre de France se retrouve exil\u00e9 sur ses terres en Gascogne. La Valli\u00e8re souffre discr\u00e8tement de cette rivale, devenue le \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb des nouvelles amours royales\u2026 et la ris\u00e9e de la cour. Elle finira par quitter la place et entre au couvent des Carm\u00e9lites.<\/p>\n<p>En 1674, la Montespan devient favorite en titre, expos\u00e9e \u00e0 tous les regards, cible de toutes les jalousies. Elle donnera sept enfants au roi, dont six l\u00e9gitim\u00e9s. Mais elle redoute les filles d\u2019honneur de la reine, chacune \u00e9tant une rivale en puissance\u2026 Elle fait supprimer le poste.<\/p>\n<p>La Montespan r\u00e8gne sur le roi pendant dix ans\u00a0: c\u2019est la plus belle \u00e9poque du Roi-Soleil qui offre \u00e0 Ath\u00e9na\u00efs tout ce dont une femme peut r\u00eaver, diamants, ch\u00e2teaux, honneurs. M\u00e9c\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e \u00e0 la grande \u00e9poque du m\u00e9c\u00e9nat royal, elle prot\u00e8ge personnellement La Fontaine, Moli\u00e8re, Lully, Quinault (son librettiste). La \u00ab\u00a0Sultane reine\u00a0\u00bb sera la plus grande favorite de l\u2019histoire en cette d\u00e9cennie magnifique, exer\u00e7ant ses talents \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la monarchie absolue culmine.<\/p>\n<h4>La Maintenon\u00a0: veuve d\u2019un po\u00e8te ruin\u00e9, gouvernante des b\u00e2tards royaux, \u00e9pouse morganatique du roi.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu se sert de tous les moyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"899\" class=\"cit-num\">899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719).<em> Histoire de Madame de Maintenon et des principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1849), duc Paul de Noailles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu se sert de toutes voies pour ramener \u00e0 lui les h\u00e9r\u00e9tiques.\u00a0\u00bb Ainsi et au nom de la foi, elle se r\u00e9signe \u00e0 la brutalit\u00e9 des dragonnades contre les protestants, notamment les enfants syst\u00e9matiquement enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents. Ironie de l\u2019histoire, Mme de Maintenon \u2013\u00a0n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9\u00a0\u2013 est petite-fille du protestant Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 qui s\u2019est battu pour sa religion, d\u00e9plorant que l\u2019\u00e9dit de Nantes sign\u00e9 par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ne f\u00eet pas la part assez belle aux r\u00e9form\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Veuve du po\u00e8te Scarron \u00e9pous\u00e9 \u00e0 16 ans et de vingt-cinq ans son a\u00een\u00e9, paralys\u00e9 mais tenant salon, elle s\u2019est fait des relations, devenant gouvernante des enfants du roi et de Mme de Montespan. La gouvernante va supplanter la ma\u00eetresse\u00a0: apr\u00e8s la mort de sa femme la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se (30\u00a0juillet 1683), le roi \u00e9coutera son c\u0153ur plut\u00f4t que son ministre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Louvois qui trouve ce mariage indigne. Il \u00e9pouse secr\u00e8tement Mme\u00a0de Maintenon qui ne pardonnera jamais \u00e0 Louvois, disgraci\u00e9 sur son intervention, apr\u00e8s la chute de Mayence (1689). Son influence politique sur le roi est toujours d\u00e9battue par les historiens. En tout cas, il renonce aux ma\u00eetresses et revient \u00e0 la stricte religion. Sous le \u00ab\u00a0r\u00e8gne de Madame de Maintenant\u00a0\u00bb devenue tr\u00e8s impopulaire, la cour de France jadis si brillante devient aust\u00e8re.<\/p>\n<h4>Bossuet\u00a0: historien, philosophe, th\u00e9ologien, \u00e9v\u00eaque de Meaux, ses Oraisons fun\u00e8bres marquent l\u2019histoire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a jamais rien \u00e0 ajouter \u00e0 la Religion, parce que c\u2019est un ouvrage divin qui a d\u2019abord la perfection [\u2026] Les h\u00e9r\u00e9sies n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 que des opinions particuli\u00e8res, puisqu\u2019elles ont commenc\u00e9 par cinq ou six hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"844\" class=\"cit-num\">844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704),<em> Six Avertissements aux protestants<\/em> (1689-1691)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux, v\u00e9ritable chef de l\u2019\u00c9glise en France, pousse tr\u00e8s loin la doctrine de la monarchie absolue et de droit divin. Mais il exprime l\u2019opinion de l\u2019immense majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais et des Europ\u00e9ens de l\u2019\u00e9poque\u00a0: le roi est l\u2019image de Dieu sur Terre et de sa toute-puissance.<\/p>\n<p>Orateur surdou\u00e9 devenu avocat de la cause chr\u00e9tienne, il prononce \u00e0 16 ans son premier sermon, re\u00e7oit la pr\u00eatrise \u00e0 25 ans, pr\u00eache \u00e0 la Cour l\u2019Avent de 1661 et le Car\u00eame de 1662. Nomm\u00e9 \u00e9v\u00eaque de Condom en 1669 et pr\u00e9cepteur du Dauphin en 1670, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1671, \u00e9v\u00eaque de Meaux en 1679, premier aum\u00f4nier de la Dauphine en 1680, conseiller d\u2019\u00c9tat en 1697 et premier aum\u00f4nier de la duchesse de Bourgogne en 1698. Prestigieux <span class=\"caps\">CV<\/span> dans le genre. Mais \u00ab\u00a0l\u2019Aigle de Meaux\u00a0\u00bb cumule\u00a0d\u2019autres talents, son \u0153uvre faisant quelque 20 tomes.<\/p>\n<p>Historien, philosophe cart\u00e9sien, th\u00e9ologien passionn\u00e9 autant que partisan et partial, gallican d\u00e9fenseur de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise de France, il lutte contre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie\u00a0: le protestantisme, le qui\u00e9tisme\u2026 et les jans\u00e9nistes. Pr\u00e9dicateur de la cour, il fait des sermons par centaines avec une \u00e9loquence incantatoire dont Malraux, ministre de la Culture, retrouvera les accents et le lyrisme, trois si\u00e8cles apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Il reste surtout comme l\u2019auteur d\u2019<em>Oraisons fun\u00e8bres<\/em>\u00a0: l\u2019\u00e9loge d\u2019Henriette d\u2019Angleterre, Madame, femme de Monsieur (fr\u00e8re du roi), morte \u00e0 26 ans, est un mod\u00e8le du genre en 1670\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 nuit d\u00e9sastreuse\u00a0! \u00f4 nuit effroyable, o\u00f9 retentit tout \u00e0 coup, comme un \u00e9clat de tonnerre, cette \u00e9tonnante nouvelle\u00a0: Madame se meurt, Madame est morte.\u00a0\u00bb Citons aussi en 1686 l\u2019hommage rendu au Grand\u00a0 Cond\u00e9 avec allusion \u00e0 la bataille de Rocroi\u00a0: \u00ab\u00a0Un Prince qui a honor\u00e9 la Maison de France, tout le nom fran\u00e7ais, son\u00a0si\u00e8cle, et pour ainsi dire l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re\u2026 Le voyez-vous comme il vole, ou \u00e0 la victoire, ou \u00e0 la mort\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>F\u00e9nelon\u00a0: pr\u00e9cepteur et auteur du <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em>, exil\u00e9 dans son \u00e9v\u00each\u00e9 de Cambrai pour exc\u00e8s d\u2019audace.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00eatre toujours pr\u00eat \u00e0 faire la guerre, pour n\u2019\u00eatre jamais r\u00e9duit au malheur de la faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"921\" class=\"cit-num\">921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque, fils d\u2019Ulysse<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation para\u00eet quand F\u00e9nelon a fini son r\u00f4le de pr\u00e9cepteur aupr\u00e8s de Louis de France, duc de Bourgogne et fils du Grand Dauphin. Mme\u00a0de Maintenon l\u2019avait recommand\u00e9 au roi, quand il \u00e9tait son conseiller spirituel. Il s\u2019applique \u00e0 insuffler au petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, enfant de sept\u00a0ans, toutes les vertus d\u2019un prince et d\u2019un chr\u00e9tien. Mission accomplie, F\u00e9nelon est nomm\u00e9 archev\u00eaque de Cambrai. Mais la disgr\u00e2ce est proche.<\/p>\n<p>Le qui\u00e9tisme, doctrine mystique du \u00ab\u00a0pur amour\u00a0\u00bb, pr\u00f4ne une contemplation passive au d\u00e9triment de la pratique religieuse\u00a0: l\u2019\u00e2me impr\u00e9gn\u00e9e de Dieu, en \u00e9tat de \u00ab\u00a0qui\u00e9tude\u00a0\u00bb et d\u2019oraison, ne saurait p\u00e9cher, m\u00eame si le corps semble enfreindre les commandements. Cette h\u00e9r\u00e9sie venue d\u2019Espagne est soutenue par F\u00e9nelon s\u00e9duit par cet amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de Dieu et Mme\u00a0de Maintenon est tent\u00e9e. Bossuet craint que cette doctrine ne d\u00e9tourne les croyants de la pratique religieuse et des dogmes, pour aboutir au d\u00e9isme. En vertu de quoi il condamne l\u2019h\u00e9r\u00e9sie dans sa <em>Relation sur le qui\u00e9tisme<\/em> (1698). F\u00e9nelon r\u00e9plique et les deux pr\u00e9lats jadis amis s\u2019opposent publiquement. L\u2019Aigle de Meaux l\u2019emporte sur le Cygne de Cambrai, le pape condamne F\u00e9nelon dont Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pr\u00e9cipite la disgr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Contre la volont\u00e9 de l\u2019auteur, des copies du T\u00e9l\u00e9maque circulent, avant une publication d\u2019abord anonyme. La critique du r\u00e8gne autoritaire et belliciste frappe l\u2019opinion. Ces vues politiques hardies vont d\u00e9plaire au roi et achever de discr\u00e9diter F\u00e9nelon \u00e0 ses yeux. C\u2019est l\u2019\u00e9cho d\u2019un courant pacifiste nouveau qui annonce les philosophes des Lumi\u00e8res. Exil\u00e9 dans son dioc\u00e8se, l\u2019archev\u00eaque de Cambrai pr\u00eache et pratique si g\u00e9n\u00e9reusement la charit\u00e9 qu\u2019il se ruinera pour les pauvres.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort du duc de Bourgogne (1712), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fit br\u00fbler tous ses \u00e9crits trouv\u00e9s dans les papiers du prince. Mais le <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em> sera l\u2019un des livres les plus lus par les jeunes, jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. Revanche posthume de F\u00e9nelon.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-49.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<h4>Marie Leczinska\u00a0: reine plus soumise que les autres et toujours amoureuse de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien Aim\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737.<em> Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est sans doute apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, elle n\u2019a pu dire cela. Mais la reine a d\u00fb le penser. En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es par un roi qui l\u2019aima beaucoup au d\u00e9but, avant de multiplier les aventures et d\u2019afficher ses deux favorites, la Pompadour et la du Barry.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 la reine le privil\u00e8ge et le devoir d\u2019assurer la succession \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la mortalit\u00e9 infantile est importante\u00a0: \u00ab\u00a0toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<h4>La Pompadour\u00a0: d\u00e9test\u00e9e du peuple et de la cour, m\u00e9c\u00e8ne et influente, favorite morte \u00e0 la t\u00e2che.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire. Mais c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<p>Au couvent des Ursulines de Poissy o\u00f9 elle fut plac\u00e9e \u00e0 cinq ans et malheureuse de se croire abandonn\u00e9e par ses parents, on la surnommait gentiment \u00ab\u00a0Reinette\u00a0\u00bb, petite reine. Tr\u00e8s jeune, son esprit et sa beaut\u00e9 la font remarquer dans les salons litt\u00e9raires (chez Mme du Tencin et Mme Geoffrin). Relations aidant, elle rencontre le roi, d\u00e9guis\u00e9e en Diane Chasseresse lors d\u2019un bal masqu\u00e9 o\u00f9 Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> la remarque. D\u00e8s que l\u2019int\u00e9r\u00eat du roi se confirme, la cour parle en bien ou en mal de \u00ab\u00a0Pompon\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Pomponette\u00a0\u00bb \u2013 bient\u00f4t port\u00e9es sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Elle avait le grand art de distraire l\u2019homme du royaume le plus difficile \u00e0 amuser\u00a0\u00bb dit le comte de Cheverny dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. La vie de favorite royale, surtout sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> maladivement m\u00e9lancolique, est un m\u00e9tier ingrat, malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi faisant place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750, la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb Le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, habitu\u00e9e des salons litt\u00e9raires \u00e0 la mode, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<h4>Montesquieu\u00a0: magistrat fortun\u00e9, premier philosophe des Lumi\u00e8res, homme et auteur heureux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 pour moi le souverain rem\u00e8de contre les d\u00e9go\u00fbts, n\u2019ayant jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture ne m\u2019ait \u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1001\" class=\"cit-num\">1001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montesquieu, premier philosophe des Lumi\u00e8res, penseur politique pas du tout r\u00e9volutionnaire, est avant tout un homme heureux \u00e0 l\u2019image de son si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Paisible magistrat qui \u00e9crit d\u2019abord pour se distraire, il se lib\u00e8re de sa charge parlementaire et sans aucun probl\u00e8me d\u2019argent, peut se consacrer \u00e0 des travaux qui trouvent le public esp\u00e9r\u00e9. Succ\u00e8s public des <em>Lettres Persanes<\/em> (1721), genre \u00e0 la mode qui pr\u00e9c\u00e8de nombre de romans \u00e9pistolaires. Publi\u00e9 anonymement par prudence, il fait bient\u00f4t la r\u00e9putation de l\u2019heureux auteur.<\/p>\n<p>Il voyage ensuite en Europe, s\u00e9journe en Angleterre et observe la monarchie constitutionnelle qui va tant s\u00e9duire Voltaire. De retour en son ch\u00e2teau de La Br\u00e8de (Gironde), il se consacr\u00e9 \u00e0 son<em> Esprit des Lois<\/em>, grande \u0153uvre de sa vie vers quoi convergent toutes les autres. Le livre para\u00eet en octobre\u00a01748 \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: succ\u00e8s consid\u00e9rable, 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb, dit Mme\u00a0du Deffand \u2013 ce n\u2019est qu\u2019un mot et il est injuste. Montesquieu cr\u00e9e une science des lois\u00a0: il cherche leur \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, discerne un ordre, une raison et s\u2019efforce de comprendre.<\/p>\n<p>D\u00e9marche parfois mal comprise\u00a0: expliquer l\u2019esclavage, le despotisme, les lois qui les instaurent, ce n\u2019est pas les justifier pour autant. Montesquieu dit seulement ce qui est, avant de dire ce qui devrait \u00eatre. Mais l\u2019auteur reste pour l\u2019essentiel\u00a0: le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs (l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif, judiciaire), fondement th\u00e9orique des R\u00e9publiques \u00e0 venir.<\/p>\n<h4>Voltaire\u00a0: incarnation du si\u00e8cle, auteur \u00ab\u00a0multim\u00e9dia\u00a0\u00bb, homme d\u2019affaires et courtisan, philosophe engag\u00e9,\u00a0 panth\u00e9onis\u00e9 par la R\u00e9volution.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai fait un peu de bien\u00a0; c\u2019est mon meilleur ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1022\" class=\"cit-num\">1022<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em>, \u00c0 Horace<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, affairiste, \u00e9pistoli\u00e8re (quelque 40\u00a0000 Lettres), th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique et naturellement philosophique.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0roi Voltaire\u00a0\u00bb a tout vu, tout v\u00e9cu dans le si\u00e8cle\u00a0: apr\u00e8s sept ans de coll\u00e8ge chez les J\u00e9suites, la cour et ses plaisirs, mais aussi ses d\u00e9sillusions, la Bastille et ses cachots, l\u2019exil, les salons et les succ\u00e8s mondains et financiers, l\u2019Europe avec le bonheur en Angleterre, le pi\u00e8ge en Prusse, la vie de ch\u00e2teau \u00e0 Ferney o\u00f9 il joue l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, la lutte incessante pour ses id\u00e9es (libert\u00e9, justice, tol\u00e9rance) et la d\u00e9fense des victimes de l\u2019arbitraire qui en font notre premier \u00ab\u00a0intellectuel engag\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec Rousseau), sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite. Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, il se bat pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u0153uvre et du combat philosophiques, son sens des affaires lui permit de \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb la r\u00e9gion de Ferney. Le sexag\u00e9naire fait ass\u00e9cher les marais, b\u00e2tir des maisons, construire un th\u00e9\u00e2tre et une \u00e9glise, planter des arbres, cr\u00e9er des prairies artificielles, utiliser des semoirs perfectionn\u00e9s, d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage. Il installe une tannerie, une fabrique de bas de soie que Mme\u00a0de Choiseul pr\u00e9sente \u00e0 la cour, et des montres que nos ambassadeurs recommandent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il d\u00e9livre le pays de la gabelle, et le patriarche de Ferney se retrouve acclam\u00e9 en bienfaiteur\u00a0: \u00ab\u00a0Un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente habit\u00e9e par douze cents personnes utiles\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<h4>Rousseau\u00a0: philosophe malheureux, port\u00e9 au Panth\u00e9on comme Voltaire avec un <span class=\"caps\">CV<\/span> aussi long et quelques r\u00e9ussites.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pris de nature et de solitude, pr\u00e9romantique inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution, il fait exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle \u00e9minemment sociable et volontiers heureux.<\/p>\n<p>Son <span class=\"caps\">CV<\/span> est des plus riches \u2013 philosophe, politologue, p\u00e9dagogue, encyclop\u00e9diste, ethnologue, anthropologue, botaniste, naturaliste, \u00e9pistolier, essayiste, \u00e9crivain, romancier, dramaturge, chor\u00e9graphe, musicologue, compositeur, th\u00e9oricien de la musique, critique musical. Mais son parcours est chaotique.<\/p>\n<p>N\u00e9 en Suisse (et mort \u00e0 Ermenonville, Oise), il est plut\u00f4t mal parti dans la vie, plac\u00e9 en apprentissage chez un greffier, fuyant la discipline (et les coups\u00a0?), il trouve refuge, nourriture et affection chez Mme de Warens qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0Maman\u00a0\u00bb. Il devient son homme \u00e0 tout faire \u2013 et son amant. Sensible \u00e0 la musique, elle l\u2019encourage \u00e0 se placer aupr\u00e8s d\u2019un ma\u00eetre de chapelle. Vivotant de petits boulots, copiste de musique, laquais-secr\u00e9taire, recevant conseils et subsides d\u2019aristocrates et d\u2019abb\u00e9s compatissants, il se met en m\u00e9nage en 1745 avec une jeune ling\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se Le Vasseur. Il l\u2019\u00e9pouse civilement, ils auront cinq enfants qu\u2019il placera aux Enfants-Trouv\u00e9s, donnant diverses raisons, alors qu\u2019il \u00e9crit <em>l\u2019\u00c9mile<\/em>, un trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation. Ce genre de contradictions et d\u2019incoh\u00e9rences jalonnent sa vie.<\/p>\n<p>Devenu pr\u00e9cepteur aupr\u00e8s des deux fils du pr\u00e9v\u00f4t g\u00e9n\u00e9ral de Lyon, M. de Mably, on le retrouve secr\u00e9taire ambassadeur \u00e0 Venise. Une promotion\u00a0! D\u00fbment conseill\u00e9, il \u00e9crit son <em>Discours sur les sciences et les arts<\/em> o\u00f9 il associe le progr\u00e8s \u00e0 la corruption. Il obtient le premier prix en 1750. L\u2019ouvrage est publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante et Rousseau devient c\u00e9l\u00e8bre en Europe. Il abandonne tous ses emplois de secr\u00e9taire et pr\u00e9cepteur pour \u00eatre ind\u00e9pendant, vivant surtout de ses transcriptions de partitions musicales.<\/p>\n<p>Suivront des \u0153uvres musicales et un petit chef d\u2019\u0153uvre,<em> Le Devin de Village<\/em>, ses \u00e9crits philosophiques (<em>\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation, Du Contrat social<\/em>) et ses <em>Confessions<\/em>. Mais sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 cens\u00e9e \u00eatre une arme sociale devient \u00ab\u00a0funeste\u00a0\u00bb et se retourne contre lui. Parano\u00efaque confront\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Jean-Jacques\u00a0\u00bb, sa personnalit\u00e9 publique, il se f\u00e2che avec ses amis, voit des ennemis partout et meurt h\u00e9berg\u00e9 dans un pavillon d\u2019Ermenonville (<span class=\"caps\">AVC<\/span> ou suicide\u00a0?), peu apr\u00e8s Voltaire. Les deux penseurs ennemis se retrouveront panth\u00e9onis\u00e9s sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<h4>Diderot\u00a0: personnage attachant, curiosit\u00e9 universelle, travailleur infatigable vou\u00e9 \u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes l\u2019univers entier. Vrai ou faux, j\u2019aime ce syst\u00e8me qui m\u2019identifie avec tout ce qui m\u2019est cher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1054\" class=\"cit-num\">1054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres, \u00e0 Falconet.<em> M\u00e9moires, correspondance et ouvrages in\u00e9dits de Diderot<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme Rousseau (qui sera un temps son ami), il commence par des petits boulots alimentaires, donne des cours, compose des sermons pour un ami abb\u00e9, se fait clerc aupr\u00e8s d\u2019un procureur. Il a suivi les cours du coll\u00e8ge j\u00e9suite, proche de sa maison natale \u00e0 Langres (Haute Marne). Ses parents l\u2019imaginent d\u00e9j\u00e0 pr\u00eatre, il re\u00e7oit la tonsure de l\u2019\u00e9v\u00eaque et prend le titre d\u2019abb\u00e9 dont il a la tenue. Il doit succ\u00e9der \u00e0 son oncle chanoine, mais il a si peu la vocation qu\u2019il deviendra le plus r\u00e9solument ath\u00e9e de tous les philosophes\u00a0! Il part \u00e9tudier \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, romancier, dramaturge, conteur, essayiste, \u00e9pistolier, dialoguiste, traducteur, critique litt\u00e9raire et critique d\u2019art \u2013 il inaugure le m\u00e9tier avec ses c\u00e9l\u00e8bres <em>Salons<\/em>.<\/p>\n<p>Amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il l\u2019est aussi par sa relation au bonheur\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019un devoir, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureux [\u2026] ma pente naturelle, invincible, inali\u00e9nable, est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Peu engag\u00e9 dans les d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9, il n\u2019\u00e9crit aucun trait\u00e9 politique, craint la censure qui l\u2019a envoy\u00e9 en prison trois mois, ce qui lui servira de le\u00e7on, se consacrant finalement au grand \u0153uvre de sa vie, cette aventure \u00e9ditoriale qui marque le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. \u00c0 partir de 1747, \u00e0 34 ans, il dirige et r\u00e9dige avec <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>lembert <em>l\u2019Encyclop\u00e9die ou Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em>. Il se lance dans la collecte, la recherche et la r\u00e9alisation des planches entre 1750 et 1765. Il a personnellement r\u00e9dig\u00e9 le Prospectus (paru en 1750) et plus d\u2019un millier d\u2019articles.<\/p>\n<h4>Marquis de Sade\u00a0: noble, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, jeune militaire, condamn\u00e9 pour sadisme, prisonnier la moiti\u00e9 de sa vie, publi\u00e9 dans la Pl\u00e9iade au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814) <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison\u00a0\u2013 seul Auguste Blanqui surnomm\u00e9 l\u2019Enferm\u00e9 fera mieux, mais au nom de la cause socialiste\u00a0!<\/p>\n<p>N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, Sade sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. \u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations\u2026 Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<h4>Calonne\u00a0: avocat g\u00e9n\u00e9ral, procureur, intendant, ministre, un <span class=\"caps\">CV<\/span> d\u00e9j\u00e0 classique pour \u00ab\u00a0l\u2019Enchanteur\u00a0\u00bb aux Finances.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, si c\u2019est possible, c\u2019est fait\u00a0; impossible, cela se fera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1233\" class=\"cit-num\">1233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Alexandre de <span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), ministre des Finances r\u00e9pondant \u00e0 une demande de Marie-Antoinette, 1784.<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856), Alexis de Tocqueville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parcours d\u00e9j\u00e0 classique de l\u2019homme politique \u00e0 venir\u00a0: \u00e9tudes de droit, avocat g\u00e9n\u00e9ral, procureur g\u00e9n\u00e9ral au parlement de Flandre, intendant (\u00e9quivalent \u00e0 un pr\u00e9fet) de Flandre et d\u2019Artois, ministre.<\/p>\n<p>Prot\u00e9g\u00e9 de Vergennes (diplomate, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res), Calonne reste connu pour son laxisme aux Finances. Apr\u00e8s son <em>Compte rendu au roi sur les finances de la nation<\/em> qui fit conna\u00eetre le d\u00e9tail des pensions vers\u00e9es aux courtisans, Necker avait gagn\u00e9 une tr\u00e8s grande popularit\u00e9 dans l\u2019opinion, mais il perd son poste en mai\u00a01781. La valse des ministres continue aux Finances\u2026 (au total, 14 noms en quinze ans). Deux ans plus tard, voici Calonne.<\/p>\n<p>L\u2019Enchanteur a commenc\u00e9 par rassurer les pr\u00eateurs. Il a multipli\u00e9 les projets industriels, financ\u00e9 les f\u00eates \u00e0 Versailles, les spectacles \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, dop\u00e9 le commerce en diminuant les taxes, supprim\u00e9 le troisi\u00e8me vingti\u00e8me. Mais l\u2019emprunt co\u00fbte de plus en plus cher, les recettes n\u2019augmentent pas comme esp\u00e9r\u00e9, l\u2019inflation encourage la sp\u00e9culation, les faillites se multiplient, l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce est fini. Calonne a compris\u00a0: \u00ab\u00a0Il est indispensable de reprendre en sous-\u0153uvre l\u2019\u00e9difice entier pour en pr\u00e9venir la ruine.\u00a0\u00bb Il a raison, mais il est bien tard. La R\u00e9volution devient in\u00e9vitable.<\/p>\n<h4>Beaumarchais\u00a0: aventurier, libertin, trafiquant d\u2019armes, professeur de harpe des filles de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, auteur dramatique de g\u00e9nie pour deux titres.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parce que vous \u00eates un grand seigneur, vous vous croyez un grand g\u00e9nie\u00a0! Noblesse, fortune, un rang, des places\u00a0; tout cela rend si fier\u00a0! Qu\u2019avez-vous fait pour tant de biens\u00a0! Vous vous \u00eates donn\u00e9 la peine de na\u00eetre, et rien de plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"958\" class=\"cit-num\">958<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Mariage de Figaro<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019apostrophe, sign\u00e9e Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire avant la R\u00e9volution et l\u2019\u0153uvre longtemps censur\u00e9e conna\u00eetra un immense succ\u00e8s, pour ses vertus pol\u00e9miques autant que dramatiques.<\/p>\n<p>Sa vie fut un roman\u00a0: aventurier, libertin, parvenu, trafiquant d\u2019armes, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette p\u00e9riode de fermentation sociale qui pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9volution. Fils d\u2019un horloger, professeur de harpe des filles de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, puis juge des d\u00e9lits de braconnage sur les terres royales, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est introduit dans le monde de la finance. Un proc\u00e8s l\u2019oppose \u00e0 un Grand (le comte de La Blache) et lui vaut une notori\u00e9t\u00e9 subite en lui offrant l\u2019occasion de d\u00e9noncer publiquement la v\u00e9nalit\u00e9 d\u2019un de ses juges.<\/p>\n<p>En 1777, Beaumarchais invente la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve de la plume\u00a0\u00bb, mobilise ses confr\u00e8res et cr\u00e9e la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 d\u2019auteurs au monde pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats d\u2019une corporation jusqu\u2019alors exploit\u00e9e par les Com\u00e9diens-Fran\u00e7ais. C\u2019est dire comme ce personnage combattant agit et innove sur tous les terrains. Mais il reste c\u00e9l\u00e8bre pour deux pi\u00e8ces\u00a0: <em>Le Barbier de S\u00e9ville<\/em>, premier acte th\u00e9\u00e2tral v\u00e9ritablement pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, et <em>Le Mariage de Figaro<\/em> sont deux chefs d\u2019\u0153uvre imm\u00e9diatement adapt\u00e9s pour la sc\u00e8ne lyrique par Rossini et Mozart (<em>Les Noces de Figaro<\/em>).<\/p>\n<h4>Necker\u00a0: politicien et banquier, pr\u00eateur au Tr\u00e9sor, ministre populaire appel\u00e9 aux Finances quand la R\u00e9volution commence.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des \u00e9trangers ont peine \u00e0 se faire une juste id\u00e9e de l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019exerce en France l\u2019opinion publique [\u2026] puissance invisible qui, sans tr\u00e9sors, sans gardes et sans arm\u00e9e, donne des lois \u00e0 la ville, \u00e0 la cour et jusque dans le palais des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"990\" class=\"cit-num\">990<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), <em>De l\u2019administration des finances de la France<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fait remonter tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9gence la naissance de cette force nouvelle\u00a0: l\u2019opinion publique. \u00c9clair\u00e9e par les philosophes des Lumi\u00e8res selon les uns, manipul\u00e9e par la \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb philosophique selon les autres, elle va remettre en question les fondements de l\u2019Ancien R\u00e9gime et conduire logiquement, quoique sans le vouloir ni le savoir, \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Financier et homme politique genevois, Necker est un grand banquier qui a d\u00e9but\u00e9 comme simple commis et fait fortune \u00e0 Paris en appliquant ses principes d\u2019\u00e9conomie et avanc\u00e9 des sommes consid\u00e9rables au Tr\u00e9sor sous Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Ayant accumul\u00e9 6 millions de livres, il a c\u00e9d\u00e9 toutes ses affaires \u00e0 son fr\u00e8re en 1772. D\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9 ministre de la R\u00e9publique de Gen\u00e8ve \u00e0 Paris (petit \u00c9tat ind\u00e9pendant), mari\u00e9 \u00e0 Paris et p\u00e8re d\u2019une fille (la future Mme de Sta\u00ebl), il veut se consacrer \u00e0 la politique, publie un <em>\u00c9loge de Colbert<\/em> (1773) couronn\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, qui pr\u00f4ne le pragmatisme et s\u2019oppose \u00e0 Turgot le doctrinaire, ap\u00f4tre du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Necker est le ministre des Finances de la derni\u00e8re chance sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Et pourtant\u2026<\/p>\n<p>11 juillet 1789, le roi, par lettre, invite son directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances \u00e0 \u00ab\u00a0sortir momentan\u00e9ment du royaume\u00a0\u00bb. Exiler ce financier sage et honn\u00eate, l\u2019un des hommes les plus populaires du royaume, est une erreur grave\u00a0: \u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 perd l\u2019homme du monde qui lui \u00e9tait le plus tendrement d\u00e9vou\u00e9\u00a0\u00bb lui \u00e9crit-il le m\u00eame jour. Rappel\u00e9 par le roi le 16\u00a0juillet 1789, il va accepter de reprendre un pouvoir impossible \u00e0 assumer\u00a0: situation \u00e9conomique et financi\u00e8re d\u00e9plorable, contexte politique et social explosif. Cet homme honn\u00eate et sage en est douloureusement conscient\u00a0: \u00ab\u00a0Je retourne en France en victime de l\u2019estime dont on m\u2019honore [\u2026] Il me semble que je vais rentrer dans le gouffre.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution a commenc\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le CV est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de l\u2019Histoire en citations. Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste&#8230;), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":41,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9448","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9448","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9448"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9448\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12645,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9448\/revisions\/12645"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9448"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9448"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9448"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}