{"id":9456,"date":"2026-06-29T08:15:28","date_gmt":"2026-06-29T06:15:28","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/femmes-historiques-xixe-siecle-seconde-partie\/"},"modified":"2026-06-29T08:15:28","modified_gmt":"2026-06-29T06:15:28","slug":"femmes-historiques-xixe-siecle-seconde-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/femmes-historiques-xixe-siecle-seconde-partie\/","title":{"rendered":"Femmes historiques (XIXe si\u00e8cle, seconde partie)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<h4><span class=\"caps\">VIII<\/span>. Les femmes historiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (seconde partie)<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-102.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/eugenie_de_montijo.jpg\" width=\"450\" height=\"431\"><\/p>\n<h4>1. Eug\u00e9nie de Montijo (1826-1920), mariage d\u2019amour avec Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, imp\u00e9ratrice plut\u00f4t impopulaire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du seul honn\u00eate homme dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019aventuriers qui pr\u00e9para le 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il traite Eug\u00e9nie de lorette, autrement dit, de femme de plaisir aux m\u0153urs faciles. Le nom vient de Notre-Dame-de-Lorette, \u00e9glise proche de la Trinit\u00e9, quartier o\u00f9 beaucoup de ces femmes r\u00e9sidaient.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb, Eug\u00e9nie de Montijo, est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne), fort belle et moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tomber amoureux de mademoiselle de Montijo, mais on ne l\u2019\u00e9pouse pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2255\" class=\"cit-num\">2255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">MATHILDE<\/span> (1820-1904). <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> ou l\u2019empire des sens<\/em> (2010), Michel de Decker<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mathilde-L\u00e9tizia Wilhelmine Bonaparte, dite \u00ab\u00a0la princesse Mathilde\u00a0\u00bb, fille de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (roi de Westphalie et fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier), cousine germaine de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, auquel elle fut fianc\u00e9e vers 1835, se montre elle aussi bien m\u00e9prisante. \u00c9pouse d\u2019un richissime parvenu russe dont elle s\u2019est s\u00e9par\u00e9e en 1845 avec une pension de 200\u00a0000 roubles, elle vit avec un sculpteur, tient fort \u00e9l\u00e9gamment la maison de son cousin Pr\u00e9sident et va perdre son r\u00f4le \u00e0 la cour quand Eug\u00e9nie entre dans la vie de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Il a r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019aime, c\u2019est elle que je veux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dou\u00e9e de toutes les qualit\u00e9s de l\u2019\u00e2me, elle sera l\u2019ornement du tr\u00f4ne, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Je viens donc, Messieurs, dire \u00e0 la France\u00a0: J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une femme que j\u2019aime et que je respecte, \u00e0 une femme inconnue dont l\u2019alliance e\u00fbt eu des avantages m\u00eal\u00e9s de sacrifices. Sans t\u00e9moigner de d\u00e9dain pour personne, je c\u00e8de \u00e0 mon penchant, mais apr\u00e8s avoir consult\u00e9 ma raison et mes convictions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), communication du 22 janvier 1853 devant le S\u00e9nat, le Corps l\u00e9gislatif et le Conseil d\u2019\u00c9tat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a rarement vu et entendu souverain plus enthousiaste avant le mariage. Celui-ci \u00e9chappe totalement \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat, mais l\u2019empereur ne manque pas d\u2019arguments\u00a0: \u00ab\u00a0Celle qui est devenue l\u2019objet de ma pr\u00e9f\u00e9rence est d\u2019une naissance \u00e9lev\u00e9e. Fran\u00e7aise par le c\u0153ur, par l\u2019\u00e9ducation, par le souvenir du sang que versa son p\u00e8re pour la cause de l\u2019Empire, elle a, comme Espagnole, l\u2019avantage de ne pas avoir en France de famille \u00e0 laquelle il faille donner honneurs et dignit\u00e9s\u2026 Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les m\u00eames pri\u00e8res que moi pour le bonheur de la France\u00a0; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la m\u00eame position, j\u2019en ai le ferme espoir, les vertus de l\u2019Imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette allusion \u00e0 Napol\u00e9on le Grand n\u2019est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s opportune\u2026 Et l\u2019auteur de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, Victor Hugo en exil \u00e0 Jersey, ne rate pas le mot juste\u00a0: \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>igle \u00e9pouse une cocotte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019une \u00e9pigramme malveillante et anonyme court dans Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montijo, plus belle que sage,<br>De l\u2019Empereur comble les v\u0153ux\u00a0:<br>Ce soir s\u2019il trouve un pucelage,<br>C\u2019est que la belle en avait deux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme. <em>Les femmes galantes des Napol\u00e9ons<\/em> (1856), Eug\u00e8ne de Mirecourt, Jules Abelsdorf, Berlin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019une beaut\u00e9 \u00e9clatante, la future imp\u00e9ratrice avait acquis une grande libert\u00e9 d\u2019allure, passionn\u00e9e et s\u00e9ductrice, voire provocante, mais avec une forme de retenue conforme aux canons de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Le mariage aura donc lieu, le 29\u00a0janvier 1853. \u00c9pouse bient\u00f4t d\u00e9\u00e7ue (et tromp\u00e9e), m\u00e8re passionn\u00e9e, catholique dans l\u2019\u00e2me et conservatrice convaincue, elle se m\u00ealera un peu trop de politique, mais ce sera surtout une m\u00e8re exemplaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>mp\u00e9ratrice venait de remplir sa principale mission. Elle avait donn\u00e9 \u00e0 son \u00e9poux un fils, et \u00e0 l\u2019Empire un h\u00e9ritier. L\u2019enfant \u00e9tait n\u00e9 un jour de triomphe, le jour des Rameaux\u2026 Ce qui charmait surtout l\u2019heureuse m\u00e8re, c\u2019est que cet enfant si d\u00e9sir\u00e9 \u00e9tait non seulement un fils de France, mais un fils de l\u2019\u00c9glise et que, filleul du Pape, la b\u00e9n\u00e9diction du Saint-P\u00e8re planait sur son berceau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur-L\u00e9on Imbert de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">AMAND<\/span> (1834-1900), <em>La Cour du Second Empire<\/em> (1856-1858) (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate et historien, il s\u2019est surtout int\u00e9ress\u00e9 aux femmes de la cour. Eug\u00e9nie a quelque peu tard\u00e9 \u00e0 enfanter \u2013 une fausse couche, une chute de cheval \u2013 mais l\u2019enfant est enfin n\u00e9. En 1858, le prince imp\u00e9rial \u00e9tant malade, elle envoie une de ses dames d\u2019honneur qu\u00e9rir un peu d\u2019eau r\u00e9put\u00e9e miraculeuse. Suite \u00e0 la gu\u00e9rison de leur fils, l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie convainc Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> de donner l\u2019ordre de r\u00e9ouverture de la grotte qui \u00e9tait ferm\u00e9e aux p\u00e8lerins. Le drame de sa vie \u2013 sans doute plus que la d\u00e9faite de Sedan \u2013 sera la perte de ce fils en 1879.<\/p>\n<p>Autre mission imp\u00e9riale, le m\u00e9c\u00e9nat, et elle y veille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 l\u2019imp\u00e9ratrice qui lui demande de quel style peut bien \u00eatre ce projet d\u2019Op\u00e9ra pour Paris\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0C\u2019est du Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Madame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2283\" class=\"cit-num\">2283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1825-1898), 1861. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: l\u2019aube des temps<\/em> (1975), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un concours public est lanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9dification d\u2019un op\u00e9ra digne du nouveau Paris haussmannien\u00a0: 171 concurrents d\u00e9posent un millier de dessins. Viollet-le-Duc, ami du couple imp\u00e9rial, est favori. Un inconnu l\u2019emporte, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 du jury. Et l\u2019empereur s\u2019incline, s\u00e9duit par la maquette.<\/p>\n<p>Les plus grands artistes, peintres, d\u00e9corateurs, sculpteurs \u0153uvrent pour le monument. Mais le chef-d\u2019\u0153uvre est bien sign\u00e9 Garnier, illustrant l\u2019\u00e9clectisme en architecture\u00a0: au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style unique, on dresse un r\u00e9pertoire des mod\u00e8les les plus achev\u00e9s, pour combiner les \u00e9l\u00e9ments issus des diff\u00e9rentes \u00e9poques et civilisations, en les adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Ainsi, Garnier utilise les nouveaux mat\u00e9riaux pour leur aspect fonctionnel, mais \u00e0 l\u2019inverse des modernistes (tels Eiffel, Baltard), il dissimule le fer de la charpente sous le stuc et la pierre de taille. \u00ab\u00a0Cath\u00e9drale mondaine de la civilisation\u00a0\u00bb selon Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Op\u00e9ra de Paris va fasciner le monde, et sera \u00ab\u00a0copi\u00e9\u00a0\u00bb une centaine de fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Porte aux Prussiens ta vieille Badinguette\u00a0!<br>Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Ton p\u2019tit b\u00e2tard ne r\u00e9gnera jamais. <span id=\"2334\" class=\"cit-num\">2334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Actes de Badinguet<\/em> (1870), chanson.<em> La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces couplets vengeurs s\u2019adressent \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu dont la popularit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e en quelques jours \u2013 Badinguet est le nom du ma\u00e7on dont Louis-Napol\u00e9on Bonaparte emprunta les v\u00eatements pour s\u2019enfuir du fort de Ham, en 1846. Quant \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice, elle ne fut jamais aim\u00e9e du peuple.<br>R\u00e9fugi\u00e9e en exil au Royaume-Uni depuis la fin du Second Empire, elle meurt \u00e0 94 ans au palais de Liria \u00e0 Madrid, dans son pays natal. Elle aura eu le temps de voir la revanche de la France sur l\u2019Allemagne en 1918.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_michel_2.jpg\" width=\"450\" height=\"412\"><\/p>\n<h4>2. Louise Michel (1830-1905), Vierge rouge des barricades sous la Commune qui voua sa vie \u00e0 la lutte.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>\u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune de Paris inspira bien des po\u00e8mes, des chants qui sont autant de cris de guerre, de haine ou d\u2019espoir. Louise Michel est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire\u00a0: ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste, la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers populaires de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Star de la Commune, la Vierge rouge symbolise cette br\u00e8ve r\u00e9volution et porte bien son surnom\u00a0! Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fera revivre ces souvenirs vibrants et tragiques. Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s) qui improvisent au jour le jour, les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire de tendance r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905).<em> Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Semaine sanglante\u00a0: la Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces, et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique \u2013 en comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit aussi Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est l\u2019illustrations, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019animent. Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours, c\u2019est <em>L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On aura besoin du socialisme pour faire un monde nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2434\" class=\"cit-num\">2434<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), Lettre \u00e0 la Commission des gr\u00e2ces, mai\u00a01873. <em>Je vous \u00e9cris de ma nuit\u00a0: correspondance g\u00e9n\u00e9rale de Louise Michel, 1850-1904<\/em> (1999), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge de la Commune, des barricades et des quartiers populaires, est condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9portation en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Elle se mettra au service des indig\u00e8nes, avant de revenir en France (amnistie de 1880),\u00a0 soutenue par Clemenceau qui estime cette femme \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019un homme, pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb et militer de nouveau, par la plume et la parole, pr\u00eachant l\u2019anarchie, l\u2019union libre, la justice.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/morisot.jpg\" width=\"450\" height=\"478\"><\/p>\n<h4>3. Berthe Morisot (1841-1895), passionn\u00e9ment peintre et pionni\u00e8re de l\u2019impressionnisme.\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne crois pas qu\u2019il y ait jamais eu un homme traitant une femme d\u2019\u00e9gale \u00e0 \u00e9gal, et c\u2019est tout ce que j\u2019aurais demand\u00e9, car je sais que je les vaux.\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Berthe <span class=\"caps\">MORISOT<\/span> (1841-1895). Pr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste de juillet \u00e0 septembre au mus\u00e9e d\u2019Orsay, Philippe Lan\u00e7on, 18 juillet 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une femme libre et s\u00fbre de son talent qui s\u2019exprime, comparable en d\u2019autres temps \u00e0 Madame Vig\u00e9e-Lebrun, de la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de juillet. Si l\u2019\u00e9poque est certes politiquement moins troubl\u00e9e, il ne faut pas oublier que le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle est particuli\u00e8rement misogyne.<br>Arri\u00e8re-petite-fille du peintre Fragonard, n\u00e9e dans une famille bourgeoise ais\u00e9e, Berthe Morisot re\u00e7oit, comme ses deux s\u0153urs et son fr\u00e8re, une \u00e9ducation o\u00f9 l\u2019art a une grande place. Son talent est rapidement reconnu, avec celui de son ain\u00e9e Edma. Elles suivent les cours particuliers de plusieurs ma\u00eetres \u2013 les \u00e9coles d\u2019art \u00e9tant interdites aux filles jusqu\u2019en 1897 \u2013 mais se d\u00e9tournent vite d\u2019un enseignement trop acad\u00e9mique pour elles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec des natures comme celles de vos filles, ce ne sont pas des petits talents d\u2019agr\u00e9ment que mon enseignement leur procurera\u2009; elles deviendront des peintres. Vous rendez-vous bien compte de ce que cela veut dire\u2009? Dans le milieu de la grande bourgeoisie qui est le v\u00f4tre, ce sera une r\u00e9volution, je dirais presque une catastrophe. \u00cates-vous bien s\u00fbre de ne jamais maudire un jour l\u2019art qui, une fois entr\u00e9 dans cette maison si respectablement paisible, deviendra le seul ma\u00eetre de la destin\u00e9e de deux de vos enfants\u2009?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">GUICHARD<\/span> (1806-1880), \u00e9l\u00e8ve de Delacroix et d\u2019Ingres. Cit\u00e9 dans \u00ab\u00a0Berthe Morisot\u00a0: nouvelle Expo au muse d\u2019Orsay, 18 juin-22 septembre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019Edma et Berthe, il leur trouve \u00ab\u00a0du talent et des \u00e2mes fortes\u00a0\u00bb. Mais il pr\u00e9vient leur m\u00e8re\u2009 en ces termes. Pourtant, ni elle ni son mari n\u2019emp\u00eachent leurs filles de poursuivre leur apprentissage.<\/p>\n<p>Elles rencontrent Manet au Louvre \u2013 la meilleure \u00e9cole d\u2019art qui existe alors, pour tout peintre qui sait observer, imiter, copier, avant de trouver son style personnel. Imm\u00e9diatement s\u00e9duit par ces deux talentueuses peintres qui admirent ses tableaux en connaisseuses, notamment sa scandaleuse <em>Olympia<\/em>, il d\u00e9cr\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Dommage qu\u2019elles ne soient pas des hommes\u00a0\u00bb, avant de sugg\u00e9rer avec humour qu\u2019elles pourraient servir la cause des r\u00e9volutionnaires de la peinture en \u00e9pousant des acad\u00e9miciens\u2026<\/p>\n<p>Edma est plus dou\u00e9e que Berthe, mais elle se marie et abandonne la peinture\u00a0: \u00ab\u00a0non carri\u00e8re classique\u00a0\u00bb chez les artistes et pas que\u2026 Berthe la benjamine s\u2019acharne et c\u00f4toie des ab\u00eemes \u2013 impossible de ne pas penser au destin \u00e0 venir de Camille Claudel. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus on veut, mieux on veut, au moral comme au physique. J\u2019ai toujours eu la sensation du gouffre\u2009; gouffre de l\u2019action, du r\u00eave, des souvenirs, du d\u00e9sir, etc\u2026 du beau\u2026 J\u2019ai entrevu mon hyst\u00e9rie avec jouissance et terreur. Maintenant j\u2019ai toujours le vertige et aujourd\u2019hui, 23 janvier 1862, j\u2019ai senti sur moi le vent de l\u2019asile, de l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9. Que de pressentiments et de signes envoy\u00e9s d\u00e9j\u00e0 par Dieu, qu\u2019il est grandement temps d\u2019agir, de consid\u00e9rer la minute pr\u00e9sente comme la plus importante des minutes, et de faire ma perp\u00e9tuelle volupt\u00e9 de mon tourment ordinaire, c\u2019est-\u00e0-dire du travail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Berthe <span class=\"caps\">MORISOT<\/span> (1841-1895), <em>Carnets<\/em>, cit\u00e9 dans <em>Berthe Morisot\u00a0: le Secret de la femme en noir<\/em> (2019), Dominique Bona<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie sera faite de travail, certes, mais aussi de rencontres et d\u2019amiti\u00e9s avec de grands artistes\u00a0: Corot, Fantin-Latour, Manet surtout\u2026 Leur coup de foudre artistique et amical rapproche les Morisot et les Manet, deux familles de grands bourgeois. Fut-elle sa ma\u00eetresse\u00a0? Cette question sans r\u00e9ponse fera fantasmer des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019amateurs d\u2019art.<\/p>\n<p>En tout cas, il r\u00e9alisera quatorze portraits d\u2019elle\u00a0!<\/p>\n<p>Berthe qui comprend aussit\u00f4t son g\u00e9nie (encore discut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque) accepte de d\u00e9laisser son cher labeur pour poser. Manet a trouv\u00e9 en cette jeune femme jug\u00e9e par ses contemporains \u00e9trange, trop brune, trop maigre, trop farouche et solitaire, un passionnant sujet. Sur<em> Le Balcon<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 au Salon de 1869, elle appara\u00eet presque s\u00e9v\u00e8re, le regard d\u2019une puissance d\u00e9vorante et noir (ses yeux sont pourtant verts).<\/p>\n<p>Elle \u00e9pousera finalement son fr\u00e8re Eug\u00e8ne en 1874, en robe de deuil suite \u00e0 la mort de son p\u00e8re. Rentier fortun\u00e9, peintre dilettante au temp\u00e9rament placide, c\u2019est le soupirant assidu de Berthe. Leur admiration commune pour le g\u00e9nie de Manet cimente le couple qui voyage et peint. Son mari surprend par l\u2019\u00e9nergie mise \u00e0 promouvoir l\u2019\u0153uvre de sa femme, laquelle continue \u00e0 signer ses \u0153uvres de son nom de jeune fille \u2013 exemple unique pour une femme mari\u00e9e, de son temps.<\/p>\n<p>Jugeant qu\u2019elle a enfin trouv\u00e9 sa voie, l\u2019intransigeante Berthe d\u00e9truit ses \u0153uvres de jeunesse. D\u00e9daignant le Salon officiel, elle fait partie des \u00ab\u00a0Ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb qui gagnent en 1874 leur nom d\u2019impressionnistes, <em>Impression, soleil levant<\/em> de Monet essuyant les moqueries des conservateurs avec d\u2019\u00eatre reconnu comme un chef d\u2019\u0153uvre de la nouvelle peinture.<\/p>\n<p>Avec Pissarro, c\u2019elle est la seule artiste du groupe qui participera \u00e0 toutes leurs expositions jusqu\u2019en 1886 (sauf en 1879, l\u2019ann\u00e9e qui suivit la naissance de sa fille Julie).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Je travaille, et m\u2019applique \u00e0 vieillir\u00a0\u00bb est absolument moi. Si vous parliez toujours \u00e0 ma place\u00a0! Je ne suis pas m\u00e9contente de moi et j\u2019ai tort de le dire car cela me portera malheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Berthe <span class=\"caps\">MORISOT<\/span> (1841-1895), Lettre \u00e0 Mallarm\u00e9, 14 juillet 1891<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se confie au po\u00e8te Mallarm\u00e9, son grand ami (tuteur de sa fille Julie, \u00e0 la mort de son mari Eug\u00e8ne Manet). Elle a enfin trouv\u00e9 son style et sa famille artistique parmi les Degas, Monet, Renoir, Sisley et Pissarro\u2026 Elle ne se cantonne plus aux portraits et les paysages diversifient sa palette, avec leurs couleurs pastel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul ne repr\u00e9sente l\u2019impressionnisme avec un talent plus raffin\u00e9, avec plus d\u2019autorit\u00e9 que Mme Morisot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">GEFFROY<\/span> (1855-1926 ), \u00ab\u00a0L\u2019exposition des artistes ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb, <em>La Justice<\/em>, 19 avril 1881<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journaliste, critique et historien d\u2019art, rendait ainsi hommage au tr\u00e8s grand talent et \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Les formes sont toujours vagues dans les tableaux de Mme Berthe Morisot, mais une vie \u00e9trange les anime. L\u2019artiste a trouv\u00e9 le moyen de fixer les chatoiements, les lueurs produites sur les choses et l\u2019air qui les enveloppe\u2026 le rose, le vert p\u00e2le, la lumi\u00e8re vaguement dor\u00e9e, chantent avec une harmonie inexprimable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourtant, les critiques d\u2019art sp\u00e9cialistes de l\u2019impressionnisme classeront Berthe Morisot parmi les peintres mineurs du mouvement. Elle a quand m\u00eame laiss\u00e9 423 tableaux, 191 pastels, 240 aquarelles, 8 gravures, 2 sculptures et plus de 200 dessins. Une de ses toiles,<em> Jeune femme en toilette de bal,<\/em> prend place au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 la demande de Mallarm\u00e9. Mais la quasi-totalit\u00e9 de son \u0153uvre appartient \u00e0 des collections priv\u00e9es \u2013 un vrai probl\u00e8me de non-visibilit\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort, des r\u00e9trospectives apparaissent comme une r\u00e9habilitation tardive, avec quelques expositions monographiques.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sarah_bernhardt.jpg\" width=\"413\" height=\"473\"><\/p>\n<h4>4. Sarah Bernhardt (1844-1923), premi\u00e8re star mondiale, trag\u00e9dienne \u00e0 la voix d\u2019or au th\u00e9\u00e2tre et volont\u00e9 de fer \u00e0 la ville.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), sa devise.<em> Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas un fait du hasard, mais bien la suite d\u2019un vouloir r\u00e9fl\u00e9chi. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de neuf ans, j\u2019avais choisi cette devise, apr\u00e8s un saut formidable au-dessus d\u2019un foss\u00e9 que personne ne pouvait sauter et auquel mon jeune cousin m\u2019avait d\u00e9fi\u00e9e; je m\u2019\u00e9tais ab\u00eem\u00e9 la figure, cass\u00e9 un poignet, endolori le corps. Et pendant qu\u2019on me transportait, je m\u2019\u00e9criais, rageuse\u00a0: \u00ab\u00a0Si, si, je recommencerai, quand m\u00eame, si on me d\u00e9fie encore\u00a0! Et je ferai toute ma vie ce que je veux faire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Recenser les d\u00e9fis qu\u2019elle a relev\u00e9s et les handicaps dont elle a triomph\u00e9 tout au long de sa vie est une mani\u00e8re d\u2019approcher le personnage au fil de sa carri\u00e8re exceptionnelle.<\/p>\n<p>Juive dans une France antis\u00e9mite, elle sera ensuite baptis\u00e9e, mais ne cachera jamais ses origines, insult\u00e9e avant de devenir une star quasi intouchable sur ce \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Courtisane \u00e0 ses d\u00e9buts, comme sa m\u00e8re Youle, elle se battra pour \u00e9chapper \u00e0 cet engrenage de la prostitution.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb alors que la mode est aux femmes \u00e9panouies de Renoir, caricatur\u00e9e comme enceinte apr\u00e8s avoir aval\u00e9 une cerise\u2026 elle rel\u00e8ve le d\u00e9fi et sublime ce d\u00e9faut dans ses premi\u00e8res photographies sign\u00e9es Nadar \u2013 c\u2019est lui qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019arracher un \u00e9pais rideau de son studio et de le mettre sur ses \u00e9paules pour cacher les sali\u00e8res.<\/p>\n<p>Jeune com\u00e9dienne de l\u2019Od\u00e9on, elle gifle une soci\u00e9taire en 1866, ce qui entra\u00eene son renvoi imm\u00e9diat au risque de ruiner sa carri\u00e8re. Mais quelques mois apr\u00e8s, elle se fait engager \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise, le vrai d\u00e9part de sa carri\u00e8re. Elle d\u00e9missionnera en 1880, pour cr\u00e9er sa propre troupe et parcourir le monde.<\/p>\n<p>Peinture et sculpture, deux arts quasiment r\u00e9serv\u00e9s aux hommes\u00a0! Sarah rel\u00e8ve le d\u00e9fi et choisit de s\u2019exprimer au travers d\u2019\u0153uvres bient\u00f4t expos\u00e9es (autoportrait, portrait fun\u00e9raire de son mari Damala, <em>La Jeune fille et la mort<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e au Salon de 1880, \u00ab\u00a0moins comme un r\u00e9sultat qu\u2019une promesse\u00a0\u00bb).\u00a0<\/p>\n<p>Hypersensible, \u00e9motive et hant\u00e9e depuis toujours par la mort, traumatis\u00e9e en 1874 par l\u2019agonie de sa jeune s\u0153ur R\u00e9gina tuberculeuse, elle lui pr\u00eate son lit et couche la nuit dans le cercueil capitonn\u00e9 d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 son intention. Elle finit par recevoir les visiteurs dans cette mise en sc\u00e8ne naturellement tr\u00e8s comment\u00e9e.<\/p>\n<p>F\u00e9ministe, elle multiplie les r\u00f4les en travesti qui lui vont si bien (et les ma\u00eetresses un peu trop jalouses), jouant avec les genres au risque de s\u2019y perdre et de choquer.<\/p>\n<p>Tomb\u00e9e amoureuse en 1882 d\u2019Aristide Damala, gigolo grec et morphinomane, elle \u00e9pouse ce pi\u00e8tre com\u00e9dien int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 sa troupe, au grand dam de son entourage. Il la quitte et r\u00e9appara\u00eet sept ans apr\u00e8s. Jouant<em> la Dame aux cam\u00e9lias<\/em> et toujours en pleine forme, elle l\u2019impose dans le r\u00f4le de l\u2019amant, quasi mourant sur sc\u00e8ne. On imagine les critiques. Elle sera ensuite la Veuve Damala, ris\u00e9e de la presse, assumant ce r\u00f4le comme un nouveau d\u00e9fi.<\/p>\n<p>Elle impose aussi Maurice, son fils ador\u00e9 (enfant naturel d\u2019un prince belge), auteur de quelques pi\u00e8ces qu\u2019elle joue et directeur de ses trois grands th\u00e9\u00e2tres successifs, Ambigu, Porte St-Martin et Sarah-Bernhardt (place du Ch\u00e2telet). Sarah paie les dettes.<\/p>\n<p>D\u00e9pensi\u00e8re, vivant fastueusement et entretenant, outre son fils, toute une cour d\u2019ami(e)s, amants, artistes, avec une m\u00e9nagerie de b\u00eates parfois dangereuses mais qu\u2019elle adore aussi, elle parcourt le monde pour \u00ab\u00a0remplir la sacoche\u00a0\u00bb avec les tourn\u00e9es qui feront sa gloire internationale.<\/p>\n<p>Star perp\u00e9tuellement f\u00eat\u00e9e, entour\u00e9e, harcel\u00e9e, elle r\u00eave soudain de s\u2019isoler dans la nature. Son portraitiste attitr\u00e9, Clairin, lui fait d\u00e9couvrir Belle-\u00eele-en-Mer, elle s\u2019y installe \u00e0 grands frais pour y passer les \u00e9t\u00e9s avec toute sa bande et les invit\u00e9s, mais il lui faudra revendre ce trop co\u00fbteux paradis estival.<\/p>\n<p>Bedonnante pass\u00e9e la cinquantaine, elle cr\u00e9e <em>l\u2019Aiglon<\/em> (1900) d\u2019Edmond Rostand, personnage qu\u2019elle a voulu et qu\u2019elle jouera plus de mille fois, d\u00e9fi devenu l\u2019un de ses plus grands triomphes.<\/p>\n<p>Fascin\u00e9e par le progr\u00e8s, elle d\u00e9couvre le cin\u00e9matographe et le phonographe, trop t\u00f4t\u00a0 pour ces techniques naissantes, trop tard pour elle, mais\u00a0 elle se lance quand m\u00eame, au risque de laisser d\u2019elle une image fausse, d\u00e9mod\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Amput\u00e9e \u00e0 70 ans de la jambe droite (tuberculeuse osseuse et s\u00e9rie de chutes sur le genou dans le r\u00f4le de Tosca), elle refuse d\u2019\u00eatre appareill\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0On me portera\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0M\u00e8re Lachaise\u00a0\u00bb jouera quand m\u00eame sur sc\u00e8ne et devant la cam\u00e9ra pendant dix-huit ans, ne s\u2019apitoyant jamais sur son sort, se moquant d\u2019elle-m\u00eame \u2013 \u00ab\u00a0Je fais la pintade\u00a0\u00bb \u2013 et mourant pendant le tournage de son dernier film, <em>La Voyante<\/em> de Sacha Guitry.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00e9solus d\u2019\u00eatre la grande artiste que je souhaitais \u00eatre. Et je me vouai \u00e0 ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9fiant tous les \u00ab\u00a0quand m\u00eame\u00a0\u00bb et relevant tous les paris, malgr\u00e9 les critiques, les ennemis, les \u00e9checs in\u00e9vitables dans une longue carri\u00e8re, Sarah Bernhardt devient un mythe vivant et m\u00e9rite ses surnoms\u00a0: la Divine, l\u2019Imp\u00e9ratrice du th\u00e9\u00e2tre, la Voix d\u2019or selon Hugo boulevers\u00e9 par sa cr\u00e9ation dans la Reine de Ruy Blas. Quant \u00e0 Jean Cocteau, fascin\u00e9 par la star, il invente pour elle l\u2019expression qui lui va si bien\u00a0: monstre sacr\u00e9.<\/p>\n<p>Elle a invent\u00e9 la notion de star, avec son excentricit\u00e9, ses col\u00e8res, ses caprices, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, mais aussi l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la ma\u00eetrise de son image, les tourn\u00e9es internationales. Dans ses m\u00e9moires, elle dit l\u2019importance de sa rencontre avec l\u2019impr\u00e9sario am\u00e9ricain Jarrett qui conna\u00eet l\u2019importance de la \u00ab\u00a0r\u00e9clame\u00a0\u00bb et sait utiliser \u00e0 merveille les d\u00e9fauts comme les qualit\u00e9s de sa vedette. Bizarrement, Wikip\u00e9dia et plus g\u00e9n\u00e9ralement le Net ignore ce personnage\u00a0! \u00c0 part ce \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb capital, la carri\u00e8re de Sarah Bernhardt est amplement document\u00e9e, comment\u00e9e, illustr\u00e9e \u2013 photog\u00e9nie \u00e9tonnante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut jeter \u00e0 bas les ennuis, les soucis de la vie, pour quelques heures, on d\u00e9pouille sa propre personnalit\u00e9 pour endosser une autre\u00a0; et l\u2019on marche dans le r\u00eave d\u2019une autre vie, oubliant tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019une phrase, elle nous livre sa v\u00e9rit\u00e9 d\u2019artiste, le secret de sa r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>Ajoutons qu\u2019elle y a largement contribu\u00e9 en encourageant d\u2019autres artistes \u00e0 cr\u00e9er pour elle. Pour Hugo, c\u2019\u00e9tait trop tard, elle a seulement particip\u00e9 \u00e0 la reprise de <em>Ruy Blas<\/em> et <em>Hernani<\/em>. Mais elle a encourag\u00e9 Edmond Rostand, po\u00e8te jou\u00e9 (\u00e0 perte) avant de gagner\u00a0: triomphe de <em>l\u2019Aiglon<\/em>. Victorien Sardou a \u00e9crit ses drames historiques pour Sarah, r\u00e9servant ses com\u00e9dies \u00e0 l\u2019autre reine de Paris, R\u00e9jane, grande amie de Sarah \u00e0 la ville. Elle a \u00e9galement inspir\u00e9 le jeune Alphonse Mucha (son amant), cr\u00e9ateur de l\u2019Art nouveau \u00e0 la Belle \u00c9poque, g\u00e9nial affichiste de la star dans ses meilleurs r\u00f4les.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gende reste victorieuse en d\u00e9pit de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle parle de ses personnages historiques incarn\u00e9s avec bonheur\u00a0: <em>L\u2019Aiglon, Ruy Blas<\/em> (la reine), <em>Hernani<\/em> (Dona Sol),<em> Lorenzaccio, Adrienne Lecouvreur, Marion Delorme, F\u00e9dora, Th\u00e9odora<\/em> (reine de Byzance),<em> Cl\u00e9op\u00e2tre, La Reine \u00c9lizabeth<\/em>\u2026\u00a0 Mais dans son propre cas, elle entretient la confusion sur son personnage, faisant de sa vie une (vraie) l\u00e9gende. On peut parler de mythomanie sur certains cas, mais les faits bien connus sont amplement suffisants.<\/p>\n<p>Reste un trait de son caract\u00e8re rarement mentionn\u00e9, qui renvoie \u00e0 l\u2019Histoire de France\u00a0: son patriotisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Buvons \u00e0 la France, mais \u00e0 la France tout enti\u00e8re, Monsieur le ministre de Prusse\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2471\" class=\"cit-num\">2471<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), en tourn\u00e9e au Danemark, automne 1880. <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors d\u2019une triomphale tourn\u00e9e en Europe, elle entend le baron Magnus porter ce toast\u00a0: \u00ab\u00a0Je bois \u00e0 la France qui nous donne de si grands artistes\u00a0! \u00c0 la France, \u00e0 la belle France que nous aimons tous.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la cinglante r\u00e9plique de la com\u00e9dienne. L\u2019orchestre de la cour fait \u00e9clater<em> La Marseillaise<\/em> (les Danois d\u00e9testent les Allemands, \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Bismarck s\u2019indigne et l\u2019on frise l\u2019incident diplomatique.<\/p>\n<p>La star du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, mondialement c\u00e9l\u00e8bre, a d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 son patriotisme pendant la guerre franco-allemande de 1870. Jeune com\u00e9dienne, elle a fait rouvrir le grand th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on au c\u0153ur du Quartier latin, transform\u00e9 en h\u00f4pital de guerre. Elle-m\u00eame, en costume d\u2019infirmi\u00e8re, tient son r\u00f4le avec le plus grand d\u00e9vouement. Certes, c\u2019est bon pour l\u2019image de l\u2019artiste, mais cela n\u2019\u00f4te rien \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 du geste. Elle a d\u2019ailleurs re\u00e7u la L\u00e9gion d\u2019Honneur \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p>Pendant la Premi\u00e8re guerre mondiale, amput\u00e9e, la M\u00e8re La Chaise\u00a0\u00bb va visiter les Poilus au front \u2013 comme Clemenceau. Repartie en tourn\u00e9e aux \u00c9tats-Unis en 1917, le public am\u00e9ricain crie \u201cVive la France\u00a0!\u201d devant le courage de cette femme toujours fi\u00e8re. Et elle trouve les mots pour haranguer les jeunes qui vont s\u2019engager pour venir au secours de la France.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/elisabeth_de_wittelsbach.jpg\" width=\"450\" height=\"555\"><\/p>\n<h4>5. \u00c9lisabeth d\u2019Autriche et de Hongrie, dite Sissi (1854-1898), une h\u00e9ro\u00efne tragiquement romanesque, personnage populaire de son vivant et immortalis\u00e9e par Romy Schneider au cin\u00e9ma.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est fra\u00eeche comme une amande. Cette magnifique couronne de cheveux autour de son visage, la douceur de son regard\u2026 Et ses l\u00e8vres, comme les plus belles fraises\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"[\" class=\"cit-num\">[<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JOSEPH<\/span> (1830-1916), 16 ao\u00fbt 1853, le jour de ses fian\u00e7ailles. <em>Fran\u00e7ois-Joseph et Sissi\u00a0: Le devoir et la r\u00e9bellion<\/em> (2017), Jean des Cars<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coup de c\u0153ur de l\u2019empereur pour sa fianc\u00e9e\u2026 mais le fringant souverain de 23 ans choisit la cadette de 15 ans, d\u00e9j\u00e0 surnomm\u00e9e la Rose de Bavi\u00e8re et pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019ain\u00e9e de 19 ans, la princesse H\u00e9l\u00e8ne qui lui \u00e9tait destin\u00e9e. Toute sa vie, Sissi sera servie par cette beaut\u00e9 qui deviendra aussi un esclavage.<\/p>\n<p>Trois jours plus tard, Fran\u00e7ois-Joseph demandera sa main. La jeune fille est pareillement \u00e9prise du prince Charmant qui est un peu son cousin. Mariage c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 24 avril 1854 dans la joie et la magnificence\u00a0: une foule en d\u00e9lire acclame la radieuse souveraine, on s\u00e8me les roses \u00e0 pleines mains sous ses pas et les v\u0153ux du peuple autrichien l\u2019accompagnent tout au long de ce beau Danube pr\u00e9tendument bleu qui la m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 Vienne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si seulement il n\u2019\u00e9tait pas Empereur\u2026\u00a0\u00bb avait dit Sissi le jour de ses fian\u00e7ailles. Apr\u00e8s son mariage, le protocole imp\u00e9rial lui fera perdre ce qu\u2019elle aime plus que tout\u00a0: sa libert\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mariage est une institution absurde. Enfant de 15 ans, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vendue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898), confidence tardive \u00e0 sa fille Marie-Val\u00e9rie.<em> \u00c9lisabeth d\u2019Autriche<\/em> (1985), Brigitte Hamann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune imp\u00e9ratrice, n\u00e9e duchesse de Bavi\u00e8re et habitu\u00e9e aux mani\u00e8res simples de son entourage provincial, supporte mal la pesante \u00e9tiquette viennoise\u2026 avant de sombrer dans une profonde d\u00e9pression.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la tradition, la nuit de noces n\u2019est pas publique. La cour est surprise par cette jeune femme qui s\u2019oppose aux volont\u00e9s de l\u2019empereur et sa belle-m\u00e8re Sophie est choqu\u00e9e\u00a0: une souveraine est la premi\u00e8re sujette de son mari et doit, \u00e0 ce titre, \u00eatre disponible et soumise afin de donner au plus t\u00f4t le jour \u00e0 l\u2019h\u00e9ritier m\u00e2le requis par la dynastie.<\/p>\n<p>Mais l\u2019insoumission de Sissi aura parfois d\u2019heureuses cons\u00e9quences politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas continuer comme cela, ce n\u2019est pas possible, nous sommes d\u00e9test\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898), \u00ab\u00a0\u00c9lisabeth de Wittelsbach, Sissi, destin tragique d\u2019une imp\u00e9ratrice\u00a0\u00bb (2020), Remy Ragois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1857, le jeune couple imp\u00e9rial est en visite officielle dans le Royaume de Lombardie-V\u00e9n\u00e9tie, \u00c9tat d\u00e9pendant de l\u2019Empire d\u2019Autriche, cr\u00e9\u00e9 lors du congr\u00e8s de Vienne (1815) apr\u00e8s la chute de Napol\u00e9on Ier et l\u2019effondrement du royaume d\u2019Italie \u00e9tabli en 1805. Cette annexion l\u00e9gale est mal support\u00e9e par le peuple \u2013 et plus encore par la bourgeoisie milanaise.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une repr\u00e9sentation d\u2019op\u00e9ra \u00e0 la Scala de Milan, on fait croire \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice et \u00e0 l\u2019empereur que toute la soci\u00e9t\u00e9 italienne sera pr\u00e9sente\u2026 mais les places ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es aux domestiques. Au lieu de l\u2019hymne autrichien, ils entonnent le fameux chant de la libert\u00e9 de Verdi (<em>Va pensiero<\/em>, ch\u0153ur des Esclaves dans <em>Nabucco<\/em>). L\u2019imp\u00e9ratrice n\u2019a peut-\u00eatre pas applaudi comme dans les films relatant l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u2026 et elle est rest\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation. Mais elle saura convaincre son mari et Fran\u00e7ois-Joseph assouplira sa politique en Italie.<\/p>\n<p>Parfois plus intelligente (et sensible) que les diplomates et conseillers professionnels, elle jouera bient\u00f4t un r\u00f4le encore plus important en faveur de la Hongrie\u2026 Mais son caract\u00e8re s\u2019affirme aussi dans la sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je souhaite que les pleins pouvoirs me soient reconnus pour tout ce qui concerne les enfants, le choix de leur entourage, le lieu de leur s\u00e9jour, la direction compl\u00e8te de leur \u00e9ducation, en un mot, il me revient de tout d\u00e9cider seule jusqu\u2019au jour de leur majorit\u00e9. De plus je souhaite qu\u2019il me soit reconnu de d\u00e9cider seule de tout ce qui touche \u00e0 mes affaires personnelles\u00a0; entre autres\u00a0: le choix de mon entourage, le lieu de mon s\u00e9jour, les dispositions relatives \u00e0 la maison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898), Lettre du 27 ao\u00fbt 1865 \u00e0 son mari. <em>Sissi, les forces du destin<\/em>. (003) Hortense Dufour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous ses allures de coquette \u00e9gocentrique et de femme psychologiquement fragile, Sissi est profond\u00e9ment m\u00e8re. Ses quatre enfants lui seront retir\u00e9s d\u00e8s la naissance, l\u2019\u00e9ducation de la prog\u00e9niture imp\u00e9riale \u00e9tant confi\u00e9e \u00e0 des pr\u00e9cepteurs. Sa belle-m\u00e8re l\u2019archiduchesse Sophie jugeant la jeune Sissi immature d\u00e9cide m\u00eame de veiller sur l\u2019\u00e9ducation des trois premiers enfants du couple.<\/p>\n<p>Lorsque Sissi apprend les mani\u00e8res utilis\u00e9es par les pr\u00e9cepteurs pour \u00e9lever son petit Rodolphe, elle entre dans une col\u00e8re noire, d\u2019o\u00f9 sa lettre \u00e0 Fran\u00e7ois-Joseph, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 lui poser un ultimatum\u00a0: c\u2019est sa femme ou sa m\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est p\u00e9nible pour moi de toujours devoir trancher entre ma m\u00e8re et ma femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JOSEPH<\/span> (1830-1916), \u00ab\u00a0\u00c9lisabeth de Wittelsbach, Sissi, destin tragique d\u2019une imp\u00e9ratrice\u00a0\u00bb (2020), Remy Ragois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s de longues semaines de luttes et de tractations, il acc\u00e9dera aux demandes de Sissi, donnant ainsi tort sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Les relations entre les deux femmes seront orageuses. Au-del\u00e0 du conflit familial traditionnel, deux visions s\u2019opposent sur les devoirs d\u2019une souveraine. Sophie a sacrifi\u00e9 ses r\u00eaves de jeune fille romantique pour accepter son destin de princesse mari\u00e9e malgr\u00e9 elle. Bien qu\u2019elle appr\u00e9cie les qualit\u00e9s de Sissi, elle lui reproche un temp\u00e9rament \u00ab\u00a0pu\u00e9ril et \u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb qui fait passer sa vie priv\u00e9e et ses go\u00fbts avant ses devoirs.<\/p>\n<p>De fait, Sissi devient vite impopulaire \u00e0 la ville et \u00e0 la cour de Vienne, affichant son m\u00e9pris pour la capitale autrichienne et ses institutions \u2013 elle restera tr\u00e8s populaire dans le reste de l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes voulaient imposer \u00e0 une f\u00e9e le harnais d\u2019un protocole rigide et guind\u00e9\u00a0; mais la petite f\u00e9e ne se laisse pas asservir et s\u2019envole quand le monde l\u2019ennuie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9lisabeth de <span class=\"caps\">WIED<\/span>, reine de Roumanie (1843-1916), cit\u00e9e dans <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>mp\u00e9ratrice indompt\u00e9e. Sissi<\/em> (2010), Bertrand Meyer-Stabley<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La meilleure amie de Sissi reconna\u00eet volontiers sa nature vagabonde d\u2019\u00ab\u00a0inlassable mouette\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>M\u00eame si elle aime son mari et ses enfants, \u00c9lisabeth finit par d\u00e9tester sa belle-m\u00e8re l\u2019archiduchesse et la cour, partant sillonner l\u2019Europe\u00a0: Mad\u00e8re, Corfou, sa Bavi\u00e8re natale, la Hongrie devenue ch\u00e8re \u00e0 son c\u0153ur, mais aussi l\u2019Irlande, la Suisse, l\u2019Angleterre\u2026 <br>En Autriche, on finit par se froisser\u00a0: en 1868, un journal viennois a calcul\u00e9 que l\u2019imp\u00e9ratrice a pass\u00e9 220 jours loin de la capitale. Oui\u00a0! Vienne l\u2019ennuie \u00e0 mourir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on devait m\u2019enfermer au Paradis, il deviendrait tr\u00e8s vite un Enfer pour moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898), Les Obsessions de Sissi. # Passion Ch\u00e2teau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voyageuse acharn\u00e9e, \u00e9nigmatique imp\u00e9ratrice errante et anarchiste, c\u2019est la \u00ab\u00a0Mouette, reine des vagues \u00e9cumantes\u00a0\u00bb, l\u2019inlassable Mouette comme elle se surnomme elle-m\u00eame. \u00ab\u00a0Chaque bateau qui part me donne envie d\u2019\u00eatre \u00e0 son bord. Quelle que soit sa route, le Br\u00e9sil, l\u2019Afrique\u2026 n\u2019importe o\u00f9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis l\u2019esclave de mes cheveux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898), <em>Le Temps<\/em>, 25 ao\u00fbt 1998. Isabelle Cerboneschi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre trait de caract\u00e8re, le culte de sa beaut\u00e9 tourne \u00e0 l\u2019obsession, mais c\u2019est l\u2019un de ses atouts d\u2019imp\u00e9ratrice\u00a0et Fran\u00e7ois-Joseph paie toutes ses d\u00e9penses de toilettes, bijoux et autre sans jamais lui en faire le reproche.<\/p>\n<p>Fanny Angerer, sa coiffeuse attitr\u00e9e, brosse chaque jour pendant trois heures la lourde masse auburn qui roule jusqu\u2019aux chevilles de l\u2019imp\u00e9ratrice\u00a0! Elle cache les cheveux tomb\u00e9s, hantise de la belle. Toutes les trois semaines, Sissi passe une journ\u00e9e la t\u00eate badigeonn\u00e9e d\u2019un cataplasme d\u2019essences, de cognac et d\u2019\u0153ufs. Cette seconde couronne dont elle est si fi\u00e8re\u00a0 p\u00e8se pr\u00e8s de 5 kg\u00a0! Ce fardeau lui donne des migraines et des maux de dos constants, d\u2019o\u00f9 son air un peu pench\u00e9, sur les tableaux.<\/p>\n<p>Femme au corps exceptionnel, elle fait 51 cm de tour de taille et 65 de tour de hanche, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les femmes sont plut\u00f4t rondes. L\u2019obsession de cette ligne \u00e0 maintenir la rend anorexique. Elle \u00ab\u00a0traite la faim par le je\u00fbne\u00a0\u00bb se d\u00e9sesp\u00e8re Fran\u00e7ois-Joseph, se nourrissant de boulettes de b\u0153uf en petite quantit\u00e9 et de lait d\u2019\u00e2nesse. \u00c0 plus de 40 ans, ravissante grand-m\u00e8re, elle se p\u00e8se plusieurs fois par jour et panique \u00e0 l\u2019approche des 50 kilos (pour 1,m 72)\u2026 et ne consomme plus que du jus de viande et des fruits\u00a0!<\/p>\n<p>Elle s\u2019impose des marches quotidiennes \u00e9puisantes et des s\u00e9ances de gymnastique tournant \u00e0 la torture. C\u2019est de surcro\u00eet une excellente cavali\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Elle ressemble \u00e0 un ange et monte \u00e0 cheval comme le diable\u00a0\u00bb assurent les lords locaux, \u00e0 la vue de l\u2019amazone qui galope pendant des heures, les mains en sang car elle refuse de porter des gants pour tenir les r\u00eanes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 aussi belle\u2026 Elle apparaissait comme une vision c\u00e9leste dans le d\u00e9roulement d\u2019un faste barbare.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz <span class=\"caps\">LIZT<\/span> (1811-1886), hongrois c\u00e9l\u00e8bre en Europe et chef d\u2019orchestre pr\u00e9sent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du 18 juin 1867. <em>Dictionnaires et Encyclop\u00e9dies<\/em>, Academic<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur d\u2019Autriche Fran\u00e7ois-Joseph Ier et son \u00e9pouse, l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth, sont consacr\u00e9s roi et reine de Hongrie, dans l\u2019\u00e9glise catholique Matthias de la capitale, Buda. Le couronnement est l\u2019aboutissement spectaculaire et hautement symbolique du compromis austro-hongrois sign\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 1867, r\u00e9unissant les deux \u00c9tats au c\u0153ur d\u2019une m\u00eame monarchie \u2013 jusqu\u2019en 1890.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9e par la Hongrie dont elle apprend la langue, exigeant d\u2019avoir une dame d\u2019honneur hongroise, Ida Ferenczy qui deviendra sa confidente, s\u00e9journant souvent \u00e0 Budapest et for\u00e7ant l\u2019empereur \u00e0 \u00e9couter les revendications nationalistes du peuple magyar contre l\u2019emprise autrichienne, Sissi devenue tr\u00e8s populaire facilite le rapprochement de Fran\u00e7ois-Joseph avec cette race dont il s\u2019est toujours m\u00e9fi\u00e9, accordant l\u2019amnistie \u00e0 tous les crimes politiques des insoumis depuis 1848. C\u2019est aussi dans son int\u00e9r\u00eat\u00a0: apr\u00e8s la d\u00e9faite de Sadowa contre la Prusse en 1866, l\u2019Autriche a besoin du soutien de \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb Hongrie. \u00c9lisabeth, souveraine critiqu\u00e9e \u00e0 Vienne, mais admir\u00e9e et acclam\u00e9e par le peuple magyar, a bien jou\u00e9 et gagn\u00e9 en 1867\u00a0! Mais c\u2019est aussi une ann\u00e9e maudite pout Sissi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">AUTRICHE<\/span> (1755-1793), grande-tante par alliance de Sissi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sissi \u00e9voque souvent \u00ab\u00a0la mal\u00e9diction qui p\u00e8se sur elle et fait supporter les cons\u00e9quences aux \u00eatres qui [l\u2019]entourent\u00a0\u00bb. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la reine de France devenue \u00ab\u00a0l\u2019Autrichienne\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution et constatant l\u2019h\u00e9catombe autour d\u2019elle.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb d\u2019\u00c9lisabeth qui tient \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette pesante impos\u00e9e \u00e0 la cour et \u00e0 son caract\u00e8re fantasque et ind\u00e9pendant, s\u2019explique aussi par la somme de mal\u00e9dictions qui s\u2019acharne sur elle. Sissi a d\u00e9j\u00e0 perdu sa premi\u00e8re fille Sophie lors d\u2019un voyage en Hongrie en 1857. Elle s\u2019habillera en noir jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, affichant un deuil \u00e9ternel.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 1867, sa belle-s\u0153ur Sophie de Saxe meurt \u00e0 22 ans d\u2019une mauvaise grippe et son fr\u00e8re pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 abandonne l\u2019arm\u00e9e pour se faire m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Sa ni\u00e8ce la jeune archiduchesse Mathilde de Teschen, 18 ans, future reine d\u2019Italie, meurt br\u00fbl\u00e9e un soir de bal. Pour imiter Sissi, elle s\u2019est mise \u00e0 fumer et cache la cigarette dans son dos pour ne pas \u00eatre grond\u00e9e par son p\u00e8re, sit\u00f4t transform\u00e9e en torche vivante en raison de l\u2019\u00e9toffe hautement inflammable de sa robe.<\/p>\n<p>Le mari d\u2019H\u00e9l\u00e8ne (sa s\u0153ur ain\u00e9e), Maximilien de Tour, meurt \u00e0 36 ans, laissant son \u00e9pouse et ses quatre jeunes enfants d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Maximilien Ier, fr\u00e8re de l\u2019empereur d\u2019Autriche et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re empereur du Mexique, est ex\u00e9cut\u00e9 apr\u00e8s un simulacre de proc\u00e8s, sa femme Charlotte en devient folle et l\u2019archiduchesse Sophie, bris\u00e9e par la mort de son fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, se retire du monde politique.<\/p>\n<p>D\u2019autres trag\u00e9dies suivront, notamment la mort \u00e0 40 ans de son cousin Louis <span class=\"caps\">II<\/span> de Bavi\u00e8re (en 1886)\u00a0: accident ou suicide d\u2019un de ses plus fid\u00e8les admirateurs, m\u00e9lancolique et d\u00e9pressif comme elle. Trois ans apr\u00e8s, Sissi perd son fils ador\u00e9, Rodolphe, 30 ans, l\u2019h\u00e9ritier de la couronne, perturb\u00e9 par les rigueurs protocolaires de la cour, devenu alcoolique et drogu\u00e9, si proche d\u2019elle, mourant \u00e0 Mayerling dans des circonstances myst\u00e9rieuses. Elle ne se remettra jamais de cette trag\u00e9die, allant souvent hurler son nom la nuit, dans la crypte des capucins o\u00f9 Rodolphe de Habsbourg est enterr\u00e9.<br>\u00c0 toutes ces morts s\u2019ajoutent de nombreux cas de folie, mal\u00e9diction fr\u00e9quente dans ses deux familles, les Habsbourg (par alliance) et les Wittelsbach (par le sang), c\u00e9l\u00e8bres pour leurs d\u00e9bauches et d\u00e9pr\u00e9dations diverses.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les malheurs de Sissi n\u2019ont cess\u00e9 de d\u00e9frayer la chronique et d\u2019\u00e9mouvoir, jusqu\u2019\u00e0 sa mort tragique et publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e d\u2019un coup de stylet par un anarchiste italien au moment o\u00f9 elle allait monter en bateau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Figaro<\/em>, d\u00e9p\u00eache en date du 10 septembre 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son assassinat fait la manchette de tous les journaux en France, mais aussi en Europe. Elle \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour sa beaut\u00e9, sa singularit\u00e9, son destin tragique jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 60 ans\u00a0: \u00c9lisabeth de Wittelsbach, \u00e9pouse de l\u2019empereur d\u2019Autriche-Hongrie Fran\u00e7ois-Joseph 1er, poignard\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve par un anarchiste italien, Luigi Lucheni.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est sous tension et Sissi sentait que la fin des empires est proche. Luigi appartient \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019ouvriers press\u00e9s de mettre fin aux monarchies. Il se pr\u00e9cipite sur l\u2019imp\u00e9ratrice et la poin\u00e7onne en plein c\u0153ur. Sa dame de compagnie lui demande ce qui s\u2019est pass\u00e9 et Sissi r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme voulait sans doute me voler ma montre.\u00a0\u00bb Elle se rel\u00e8ve et se dirige vers le bateau. Le bateau part, deux minutes apr\u00e8s l\u2019imp\u00e9ratrice s\u2019\u00e9croule.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma vie s\u2019enfuira par une toute petite ouverture du c\u0153ur\u00a0\u00bb avait un jour \u00e9crit Sissi. Elle refusait tout service de s\u00e9curit\u00e9, entrave \u00e0 sa libert\u00e9. Elle en est morte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux \u00eatre enterr\u00e9e \u00e0 Corfou, pr\u00e8s du rivage, pour que, sur mon tombeau, viennent continuellement se briser les vagues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9LISABETH<\/span> d\u2019Autriche et de Hongrie, dite <span class=\"caps\">SISSI<\/span> (1837-1898).<em> Le Figaro Histoire<\/em>, septembre 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel fut le dernier v\u0153u de l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth, l\u2019infatigable mouette. N\u00e9e \u00e0 Munich, morte \u00e0 Gen\u00e8ve, elle repose \u00e0 Corfou.<\/p>\n<p>En France, plus de 25 films lui sont consacr\u00e9s et autant de romans plus ou moins \u00ab\u00a0romanc\u00e9s\u00a0\u00bb, six s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9, un documentaire, de nombreux tableaux et deux sculptures.<\/p>\n<p>Mais dans l\u2019imaginaire collectif, Sissi reste associ\u00e9e \u00e0 l\u2019image de Romy Schneider, avec la trilogie de films inspir\u00e9e de sa vie, donnant \u00e0 voir une jeune fille r\u00eaveuse, amoureuse et tendre, loin de la r\u00e9alit\u00e9 historique et de la complexit\u00e9 du personnage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai jou\u00e9 le r\u00f4le de Sissi avec plaisir, c\u2019est ind\u00e9niable. Malgr\u00e9 tout, je ne voulais pas qu\u2019on m\u2019identifie au personnage (\u2026)\u00a0 Personne ne voulait croire que je puisse \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"150\" class=\"cit-num\">150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982), <em>Moi, Romy, le journal de Romy Schneider<\/em> (1989) Renate Seydel et Romy Schneider<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De 1955 \u00e0 1957, elle interpr\u00e8te l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d\u2019Autriche dans trois films\u00a0: <em>Sissi<\/em> (1955), <em>Sissi imp\u00e9ratrice<\/em> (1956) et <em>Sissi face \u00e0 son destin<\/em> (1957). Sa m\u00e8re Magda Schneider interpr\u00e8te la duchesse Ludovika, m\u00e8re de l\u2019imp\u00e9ratrice, Karlheinz B\u00f6hm jouant le r\u00f4le du jeune empereur Fran\u00e7ois-Joseph.<\/p>\n<p>\u00c0 sa sortie le 21 d\u00e9cembre 1955, Sissi d\u00e9clenche un tel engouement populaire que les recettes d\u00e9passent celles d\u2019<em>Autant en emporte le vent<\/em> en Autriche et en Allemagne. M\u00eame accueil en 1956 pour le deuxi\u00e8me film. Romy est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0la meilleure chose import\u00e9e d\u2019Autriche apr\u00e8s la valse\u00a0\u00bb. Les jeunes filles se mettent au style \u00ab\u00a0princesse\u00a0\u00bb\u00a0: cheveux longs boucl\u00e9s, taille de gu\u00eape et jupons bouffants.<\/p>\n<p>En 1957, Romy Schneider dit sa h\u00e2te d\u2019en finir avec ce personnage, au grand dam de son agent et beau-p\u00e8re qui g\u00e8re sa fortune et utilise ses cachets pour investir dans des h\u00f4tels et restaurants, tandis que sa m\u00e8re utilise sa fille pour relancer sa propre carri\u00e8re, d\u00e9clinante apr\u00e8s la fin du r\u00e9gime nazi. Romy refuse de tourner un quatri\u00e8me \u00e9pisode.<\/p>\n<p>Elle retrouvera le personnage avec Visconti, l\u2019un de ses \u00ab\u00a0ma\u00eetres \u00e0 jouer\u00a0\u00bb et dans un contexte totalement diff\u00e9rent. <em>Ludwig\u00a0: Le Cr\u00e9puscule des dieux<\/em> (1973) \u00e9voque la vie de Louis <span class=\"caps\">II<\/span> de Bavi\u00e8re, depuis son couronnement \u00e0 18 ans jusqu\u2019\u00e0 son internement et sa mort \u00e0 40 ans. On y d\u00e9couvre sa complicit\u00e9 presque amoureuse avec sa cousine Sissi, jeune imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche-Hongrie pr\u00eate \u00e0 lui faire \u00e9pouser sa s\u0153ur Sophie, malgr\u00e9 son homosexualit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/hubertine_auclert.jpg\" width=\"450\" height=\"332\"><\/p>\n<h4>6. Hubertine Auclert (1848-1914), la f\u00e9ministe fran\u00e7aise qui annonce les suffragettes anglaises.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00eatre, par ma complaisance, complice de la vaste exploitation que l\u2019autocratie masculine se croit le droit d\u2019exercer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Je n\u2019ai pas de droits, donc je n\u2019ai pas de charges, je ne vote pas, je ne paye pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2470\" class=\"cit-num\">2470<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubertine <span class=\"caps\">AUCLERT<\/span> (1848-1914). <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume I (1977), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fondatrice de la \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 pour le suffrage des femmes\u00a0\u00bb (organisation militante), elle \u00e9crira dans une lettre au pr\u00e9fet dat\u00e9e de 1880\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019admets pas cette exclusion en masse de femmes qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leurs droits civiques par aucun jugement. En cons\u00e9quence, je laisse aux hommes qui s\u2019arrogent le privil\u00e8ge de gouverner, d\u2019ordonner, de s\u2019attribuer les budgets, le privil\u00e8ge de payer les imp\u00f4ts qu\u2019ils votent et r\u00e9partissent \u00e0 leur gr\u00e9. Puisque je n\u2019ai pas le droit de contr\u00f4ler l\u2019emploi de mon argent, je ne veux plus en donner.\u00a0\u00bb Les suffragettes anglaises obtiendront le droit de vote pour les femmes en 1918. Cette bataille des femmes en France n\u2019aboutira qu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle remonte pourtant \u00e0 notre R\u00e9volution\u00a0et notre suffragette nationale le rappelle dans son Discours de Marseille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a trop longtemps qu\u2019on fait esp\u00e9rer aux femmes une condition sociale \u00e9gal\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019homme. Quand en 1789 Olympe de Gouges pr\u00e9senta aux \u00c9tats-g\u00e9n\u00e9raux son cahier de dol\u00e9ances et de r\u00e9clamations au nom des femmes, il lui fut r\u00e9pondu qu\u2019il \u00e9tait inutile d\u2019examiner la condition de la femme, attendu qu\u2019un changement complet devant se faire dans la soci\u00e9t\u00e9, les femmes seraient affranchies de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubertine <span class=\"caps\">AUCLERT<\/span> (1848-1914). Discours au Congr\u00e8s socialiste ouvrier de Marseille, 1879<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pourtant\u2026 \u00ab\u00a0La r\u00e9volution \u00e9clate. On proclame les droits de l\u2019homme\u00a0; les femmes restent serves. Ces femmes qui avaient travaill\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution croyaient na\u00efvement avoir conquis leur part de libert\u00e9\u2026 Notre affirmation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale et politique de la femme et de l\u2019homme est une protestation de ceux qui, au m\u00e9pris de la libert\u00e9 humaine, osent encore, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, tenter d\u2019assigner un r\u00f4le \u00e0 la moiti\u00e9 du genre humain. Que diriez-vous, hommes, si l\u2019on vous enfermait dans le cercle \u00e9troit d\u2019un r\u00f4le\u00a0? Si l\u2019on vous disait\u00a0: \u00ab\u00a0Toi, parce que tu es forgeron, ton r\u00f4le est de forger le fer\u00a0: Tu n\u2019auras pas de droits\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Toi, parce que tu es m\u00e9decin, ton r\u00f4le est de soigner les malades\u00a0; tu n\u2019auras pas de droits\u00a0\u00bb. C\u2019est aussi logique que de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Toi, femme, parce que la Nature t \u2039a donn\u00e9 la facult\u00e9 d\u2019\u00eatre m\u00e8re, tu n\u2019auras pas de droits\u00a0\u00bb. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00a0! Prol\u00e9taires, si vous voulez \u00eatre libres, cessez d\u2019\u00eatre injustes. Avec la science moderne, avec la conscience qui, elle, n\u2019a pas de pr\u00e9jug\u00e9s, dites\u00a0: \u00c9galit\u00e9 entre tous les hommes. \u00c9galit\u00e9 entre les hommes et les femmes. Ascension de toute la race humaine, unie dans la justice, vers un avenir meilleur.\u00a0\u00bb<br>Rappelons une autre pionni\u00e8re avec un autre argument dans ce combat qui nous para\u00eet aujourd\u2019hui anachronique, m\u00eame si la parit\u00e9 est loin d\u2019exister.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, enti\u00e8rement compos\u00e9e d\u2019hommes, est aussi incomp\u00e9tente pour faire les lois qui r\u00e9gissent une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e d\u2019hommes et de femmes, que le serait une assembl\u00e9e compos\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s pour discuter les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, ou une assembl\u00e9e de capitalistes pour soutenir l\u2019honneur du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2195\" class=\"cit-num\">2195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jeanne <span class=\"caps\">DEROIN<\/span> (1805-1894). <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1977), Ma\u012bt\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, elle a fait placarder au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique cette proclamation sur les murs de Paris, lors de la campagne pour les \u00e9lections \u00e0 la L\u00e9gislative \u2013 la Constituante du 23\u00a0avril 1848 ayant purement et simplement interdit aux femmes d\u2019assister aux r\u00e9unions politiques. Un recul au regard de la R\u00e9volution o\u00f9 les fameuses \u00ab\u00a0tricoteuses\u00a0\u00bb \u00e9taient seulement oblig\u00e9es de se taire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/camille_claudel.jpg\" width=\"450\" height=\"493\"><\/p>\n<h4>7. Camille Claudel (1864-1943), l\u2019Art et l\u2019Amour \u00e0 la folie, une vie massacr\u00e9e par les conventions sociales.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lui ai montr\u00e9 o\u00f9 trouver de l\u2019or, mais l\u2019or qu\u2019elle trouve est bien \u00e0 elle.\u00a0\u00bb<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">RODIN<\/span> (1840-1917), <em>L\u2019Art au f\u00e9minin<\/em> (2019), Marie Bagi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 le caract\u00e8re tragique de leur histoire d\u2019amour , Camille Claudel et Auguste Rodin tireront de cette p\u00e9riode leurs plus belles \u0153uvres. Mais c\u2019est naturellement le plus fort qui fait carri\u00e8re avec son g\u00e9nie, alors qu\u2019elle va sombrer dans la folie avec le sien.<\/p>\n<p>Rodin s\u2019entoure de \u00ab\u00a0praticiens\u00a0\u00bb afin de se constituer un atelier, il remarque aussit\u00f4t le talent fou de cette jeune fille de 19 ans et l\u2019int\u00e8gre \u00e0 son atelier vers 1884. Camille ex\u00e9cute les morceaux difficiles \u2013 les mains et les pieds des figures destin\u00e9es aux sculptures monumentales, notamment <em>La Porte de l\u2019Enfer<\/em>, le grand \u0153uvre de Rodin. Elle comprend vite l\u2019importance de l\u2019expression et subit malgr\u00e9 elle l\u2019influence du ma\u00eetre qui pourrait \u00eatre son p\u00e8re, ce naturalisme proche de la r\u00e9alit\u00e9 anatomique, avec une esth\u00e9tique symbolique. Mais les personnages qu\u2019elle sculpte avec rage sont incarn\u00e9s, vivants, souffrants et jouissants, et en cela bouleversants. Ils sont \u00e9galement tr\u00e8s autobiographiques.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9vident quand les deux artistes vont vivre une passion d\u00e9vorante de presque dix ans, plus douloureuse pour elle que pour lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me semble que je suis si loin de vous\u00a0! Et que je vous suis compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re\u00a0! Il y a toujours quelque chose d\u2019absent qui me tourmente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943),Lettre \u00e0 Auguste Rodin, ao\u00fbt 1886<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la m\u00eame lettre, elle se soucie de sa sant\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Cher ami, je suis bien f\u00e2ch\u00e9e d\u2019apprendre que vous \u00eates encore malade, je suis s\u00fbre que vous avez encore fait des exc\u00e8s de nourriture dans vos maudits d\u00eeners, avec le maudit monde que je d\u00e9teste, qui vous prend votre temps et votre sant\u00e9, et ne vous rend rien. Mais je ne veux rien dire, car je sais que je suis impuissante \u00e0 vous pr\u00e9server du mal que je vois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tandis que Rodin jouit de la situation\u00a0: sa gloire artistique lui rapporte beaucoup d\u2019argent et comble son orgueil, en m\u00eame temps cette relation passionnelle comble le \u00ab\u00a0Bouc sacr\u00e9\u00a0\u00bb dont les aventures ont souvent fait scandale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flamb\u00e9 dans un feu de joie. Merci car c\u2019est \u00e0 toi que je dois toute la part de ciel que j\u2019ai eue dans ma vie\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">RODIN<\/span> (1840-1917), 1886<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019est pas avare de mots ni d\u2019hommages \u00e0 l\u2019ador\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Ah! divine beaut\u00e9, fleur qui parle, et qui aime, fleur intelligente, ma ch\u00e9rie. Ma tr\u00e8s bonne, \u00e0 deux genoux, devant ton beau corps que j\u2019\u00e9treins.\u00a0\u00bb Elle lui sert de mod\u00e8le, lui inspirant des \u0153uvres comme<em> La Dana\u00efde, Fugit Amor, l\u2019\u00c9ternel printemps\u2026<\/em> Mais il s\u2019offre d\u2019autres conqu\u00eates, refuse de rompre avec sa compagne de toujours, Rose Beuret, muse attitr\u00e9e, discr\u00e8te, soumise\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je couche toute nue pour me faire croire que vous \u00eates l\u00e0 mais quand je me r\u00e9veille, ce n\u2019est plus la m\u00eame chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), \u00e0 Auguste Rodin, fin juillet 1891<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rodin se d\u00e9tache peu \u00e0 peu de Camille, il n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 son d\u00e9sir de mariage, elle est d\u00e9chir\u00e9e l\u2019envie de s\u2019engager et sa soif d\u2019ind\u00e9pendance artistique. Sans parler des enfants qu\u2019il lui a faits et dont on ne sait rien, m\u00eame pas le nombre\u2026<\/p>\n<p>Le couple se s\u00e9pare en 1892 et Rodin sculpte <em>L\u2019Adieu<\/em>. Il d\u00e9cide de rester aupr\u00e8s de son ancienne ma\u00eetresse \u2013 qu\u2019il \u00e9pousera sur son lit de morte. Il continue toutefois de recommander les \u0153uvres de Camille Claudel, sans grand succ\u00e8s, les comparaisons entre les deux artistes faisant toujours\u00a0 de l\u2019ombre \u00e0 son ancienne \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>Camille continue de travailler avec la rage du d\u00e9sespoir. Elle manie avec pr\u00e9cision les instruments et donne \u00e0 ses sculptures expressionnistes une courbure particuli\u00e8re apparentant ses \u0153uvres \u00e0 de l\u2019Art Nouveau. Elle voudrait aussi vivre de son art, avoir son ind\u00e9pendance financi\u00e8re, \u00eatre enfin reconnue pour son g\u00e9nie propre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque fois que je mets un mod\u00e8le nouveau dans la circulation, ce sont des millions qui roulent, pour des fondeurs, les mouleurs, les artistes et les marchands, et pour moi\u2026 0 + 0 = 0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943) Lettre \u00c0 Paul Claudel, fin 1909<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En fait, elle ne vend pas. Enferm\u00e9e dans une solitude destructrice, elle devient la proie de plusieurs d\u00e9lires psychotiques et obsessionnels et sombre dans une forme de folie assimil\u00e9e \u00e0 la parano\u00efa, se rapprochant pourtant de son fr\u00e8re cadet, le c\u00e9l\u00e8bre dramaturge qui peut certes entendre ce genre de calcul en bon bourgeois, mais qui va surtout comprendre la d\u00e9rive suicidaire de cette s\u0153ur aim\u00e9e, quoique g\u00eanante par le scandale qu\u2019elle provoque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aussit\u00f4t que je sors, Rodin et sa bande entrent chez moi pour me d\u00e9valiser. Tout le quai Bourbon en est infest\u00e9\u00a0! Aussi, maintenant ma maison est transform\u00e9e en forteresse\u00a0: des cha\u00eenes de s\u00fbret\u00e9, des m\u00e2chicoulis, des pi\u00e8ges \u00e0 loup derri\u00e8re toutes les portes t\u00e9moignent du peu de confiance que m\u2019inspire l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), Correspondance 1912 \u00e0 Henriette Thierry, une parente<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est souvent elle qui faisait dispara\u00eetre ses propres \u0153uvres et son \u00e9tat mental tarit sa cr\u00e9ation. Mais au fond de son \u00eatre intime, elle se sent autrement et plus gravement tromp\u00e9e, par les promesses de mariage et par l\u2019abandon\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ce moment le sieur Rodin a persuad\u00e9 mes parents de me faire enfermer, ils sont tous \u00e0 Paris pour cela. Le gredin s\u2019emparerait \u00e0 la suite de ce proc\u00e9d\u00e9 exp\u00e9ditif du travail de toute ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), Correspondance 1913 \u00e0 Henriette Thierry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa psychose d\u00e9lirante constat\u00e9e par le Dr Michaux est telle que son fr\u00e8re et sa m\u00e8re la font enfermer le 10 mars 1913 dans l\u2019asile de Montdevergues, \u00e0 Montfavet pr\u00e8s d\u2019Avignon. Un autre calvaire commence pour l\u2019artiste amput\u00e9e de sa raison d\u2019\u00eatre et s\u00e9par\u00e9e de son art qui lui servait tant bien que mal d\u2019exutoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roman, m\u00eame une \u00e9pop\u00e9e, il faudrait bien Hom\u00e8re pour la raconter. Je vis dans un monde si curieux, si \u00e9trange\u2026 Du r\u00eave que fut ma vie, ceci est le cauchemar.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), 21 aout 1913, Lettre \u00e0 Eug\u00e8ne Blot (marchand \u00e9diteur)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les larmes de l\u2019exil, les larmes que j\u2019ai vers\u00e9es goutte \u00e0 goutte depuis que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e \u00e0 mon art vous devez savoir ce que j\u2019ai d\u00fb souffrir d\u2019\u00eatre tout \u00e0 coup s\u00e9par\u00e9e de mon cher travail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943) \u00c0 Marie Madelaine, juillet 1915<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On me reproche (\u00f4 crime \u00e9pouvantable) d\u2019avoir v\u00e9cu toute seule, de passer ma vie avec des chats, d\u2019avoir la manie de la pers\u00e9cution\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943) Au Dr. Michaux, 25 juin 1917<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle s\u2019adresse cette fois au seul interlocuteur qui devrait pouvoir l\u2019entendre\u2026 \u00ab\u00a0C\u2019est affreux d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9e de cette fa\u00e7on, je ne puis r\u00e9sister au chagrin qui m\u2019accable.\u00a0\u00bb Mais l\u2019enfer se prolonge avec l\u2019enfermement et elle est d\u00e9sormais prisonni\u00e8re de cette logique absurde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une maison de fous [\u2026] il y a des r\u00e8glements \u00e9tablis, il y a une mani\u00e8re de vivre adopt\u00e9e, pour aller contre les usages, c\u2019est extr\u00eamement difficile\u00a0! Il s\u2019agit de tenir en respect toutes sortes de cr\u00e9atures \u00e9nerv\u00e9es, violentes, criardes, mena\u00e7antes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943) \u00c0 Paul Claudel, 3 mars 1927<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui 3 Mars, c\u2019est l\u2019anniversaire de mon enl\u00e8vement \u00e0 Ville-Evrard, cela fait 17 ans que Rodin et les marchands d\u2019objet d\u2019art m\u2019ont envoy\u00e9 faire p\u00e9nitence dans les asiles d\u2019ali\u00e9n\u00e9s. Je m\u2019ennuie bien de cet esclavage. Je voudrais bien \u00eatre chez moi et bien fermer la porte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), mars 1930<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle fait le d\u00e9compte des jours et des ann\u00e9es, avant de faire le constat de cette situation o\u00f9 elle n\u2019est plus du tout artiste, rien que prisonni\u00e8re, mais de qui, des autres ou d\u2019elle-m\u00eame\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis tomb\u00e9e dans le gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si \u00e9trange. Du r\u00eave que fut ma vie, ceci est le cauchemar.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">CLAUDEL<\/span> (1864-1943), \u00e0 Eug\u00e8ne Blot, 1935<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin tragique, elle ne recevra que peu de visites, ayant pass\u00e9 les trente derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie en asile. <br>Cette vie et ce cauchemar auront laiss\u00e9 quelques chefs d\u2019\u0153uvre\u00a0presque tous visibles au Mus\u00e9e Rodin\u00a0: <em>La Pens\u00e9e<\/em> (1886),<em> Les Causeuses<\/em> (Mus\u00e9e Rodin, Paris, 1897), <em>L\u2019Age M\u00fbr<\/em> (Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris, 1899),<em> La Vague<\/em> (Mus\u00e9e Rodin, Paris, 1903)\u2026 et deux <em>Bustes<\/em>, de Rodin (1892) et de Paul Claudel (1905).<\/p>\n<p>Reste <em>Camille Claudel<\/em> (1988), film de Bruno Nuytten, voulu et port\u00e9 par Isabelle Adjani faisant couple avec G\u00e9rard Depardieu, chef d\u2019\u0153uvre c\u00e9saris\u00e9, oscaris\u00e9, recr\u00e9ant cette passion charnelle, artistique et c\u00e9r\u00e9brale menant \u00e0 la folie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rosa_luxemburg.jpg\" width=\"429\" height=\"426\"><\/p>\n<h4>8. Rosa Luxemburg (1871-1919), la sensibilit\u00e9 d\u2019une femme de conviction et d\u2019action, th\u00e9oricienne marxiste, militante socialiste, r\u00e9volutionnaire id\u00e9aliste, communiste pacifiste\u2026 et martyre emport\u00e9e dans la tourmente de l\u2019Histoire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La suppression du capitalisme et de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne pourra pas s\u2019effectuer dans un seul pays [\u2026] Le r\u00e9gime socialiste mettra fin \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes, \u00e0 l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, \u00e0 l\u2019oppression d\u2019un peuple par un autre\u00a0; il lib\u00e9rera la femme de l\u2019assujettissement \u00e0 l\u2019homme\u00a0; il ne tol\u00e9rera plus les pers\u00e9cutions religieuses, les d\u00e9lits d\u2019opinion.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1871-1919),<em> Ce que nous voulons<\/em>, 1906<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e Polonaise en Pologne (alors sous domination russe) d\u2019une famille de commer\u00e7ants juifs, elle fait de brillantes \u00e9tudes au lyc\u00e9e de Varsovie. Militante au sein de \u00ab\u00a0Prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb, parti socialiste r\u00e9volutionnaire, elle doit fuir en Suisse o\u00f9 elle passe une th\u00e8se d\u2019\u00e9conomie politique. En 1898, elle prend la nationalit\u00e9 allemande pour poursuivre son activit\u00e9 militante au <span class=\"caps\">SPD<\/span> (le Parti social-d\u00e9mocrate cr\u00e9\u00e9 en 1875 et toujours actif) lors de la Deuxi\u00e8me Internationale \u00e0 Paris en 1889. Elle y d\u00e9fend l\u2019id\u00e9ologie de Marx, s\u2019affirmant en th\u00e9oricienne du socialisme gr\u00e2ce \u00e0 la rigueur et la coh\u00e9rence de ses analyses.<\/p>\n<p>Pendant la R\u00e9volution russe de 1905, Rosa Luxemburg se rend \u00e0 Varsovie\u00a0pour participer au mouvement insurrectionnel\u00a0: arr\u00eat\u00e9e, elle \u00e9chappe de peu \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. Pour la m\u00eame raison, elle sera souvent arr\u00eat\u00e9e comme activiste dans divers pays. Sa lutte (qui l\u2019\u00e9puise nerveusement) continue, toujours \u00e0 la gauche de la gauche. La R\u00e9volution russe de 1917 qui met fin au r\u00e9gime tsariste va-t-elle enfin exaucer l\u2019id\u00e9al de la th\u00e9orie marxiste\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ce moment, la Russie confirme une fois de plus cette vieille exp\u00e9rience historique\u00a0: il n\u2019est rien de plus invraisemblable, de plus impossible, de plus fantaisiste qu\u2019une r\u00e9volution une heure avant qu\u2019elle n\u2019\u00e9clate\u00a0; il n\u2019est rien de plus simple, de plus naturel et de plus \u00e9vident qu\u2019une r\u00e9volution lorsqu\u2019elle a livr\u00e9 sa premi\u00e8re bataille et remport\u00e9 sa premi\u00e8re victoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1871-1919). <em>\u0152uvres <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (\u00e9crits politiques 1917-1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On imagine l\u2019enthousiasme de cette militante pour la r\u00e9volution russe qui voit se r\u00e9aliser la th\u00e9orie marxiste et deviendra\u00a0 le sujet de son prochain livre. Mais elle est d\u00e9j\u00e0 consciente du danger qui aboutira au stalinisme\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on \u00e9touffe la vie politique dans tout le pays, il est forc\u00e9 que, dans les Soviets aussi, la vie soit de plus en plus paralys\u00e9e. Sans \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, sans libert\u00e9 de la presse et de r\u00e9unions sans entraves, sans libre affrontement d\u2019opinions, la vie de n\u2019importe quelle institution publique cesse\u2026 Au fond, c\u2019est donc une clique qui gouverne. Il s\u2019agit bien d\u2019une dictature, mais ce n\u2019est pas la dictature du prol\u00e9tariat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans une libert\u00e9 illimit\u00e9e de la presse, sans une libert\u00e9 absolue de r\u00e9union et d\u2019association, la domination des larges masses populaires est inconcevable. [\u2026] La libert\u00e9 seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d\u2019un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n\u2019est pas la libert\u00e9. La libert\u00e9, c\u2019est toujours la libert\u00e9 de celui qui pense autrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1870-1919), <em>La R\u00e9volution russe<\/em> (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de pr\u00e9ciser en th\u00e9orie, anticipant toujours les d\u00e9rives \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0La t\u00e2che historique qui incombe au prol\u00e9tariat, une fois au pouvoir, c\u2019est de cr\u00e9er, \u00e0 la place de la d\u00e9mocratie bourgeoise, la d\u00e9mocratie socialiste, et non pas de supprimer toute d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la \u00ab\u00a0libert\u00e9 de celui qui pense autrement\u00a0\u00bb, elle ne la connaitra jamais, de nouveau en prison pour activisme et extr\u00e9misme. Et pourtant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au milieu des t\u00e9n\u00e8bres, je souris \u00e0 la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clart\u00e9 et en bonheur. Alors, je cherche une raison \u00e0 cette joie, je n\u2019en trouve pas et ne puis m\u2019emp\u00eacher de sourire de moi-m\u00eame. Je crois que la vie elle-m\u00eame est l\u2019unique secret. Car l\u2019obscurit\u00e9 profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l\u2019observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l\u2019entendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1871-1919).<em> Lettres de prison<\/em> (1916-1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans l\u2019ombre d\u2019un f\u00e9minisme ou d\u2019un antif\u00e9minisme \u00e9galement \u00ab\u00a0hors sujet\u00a0\u00bb, il est permis de se demander quel th\u00e9oricien \u00e9galement activiste pourrait \u00e9crire ces lignes avec cette sensibilit\u00e9\u00a0existentielle\u00a0? Et Rosa Luxembourg r\u00e9cidive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0T\u00e2che donc de demeurer un \u00eatre humain. C\u2019est l\u00e0 l\u2019essentiel. Et \u00e7a veut dire\u00a0: \u00eatre solide, lucide, et gaie, oui, gaie malgr\u00e9 tout le reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1871-1919). <em>Rosa, la vie\u00a0: lettres de Rosa Luxemburg<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Rester un \u00eatre humain, c\u2019est jeter, s\u2019il le faut, joyeusement, sa vie enti\u00e8re, sur \u2018la grande balance du destin\u2019, mais en m\u00eame temps se r\u00e9jouir de chaque belle journ\u00e9e de soleil, de chaque beau nuage. H\u00e9las je ne sais pas la recette qui permettrait de se conduire en \u00eatre humain, je sais seulement comment on l\u2019est.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on ne doit pas oublier d\u2019\u00eatre bon, car la bont\u00e9, dans les relations avec les hommes, fait bien plus que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne sais pas moi-m\u00eame comment un beau po\u00e8me peut agir sur moi aussi profond\u00e9ment, Goethe surtout, \u00e0 chaque fois que je suis \u00e9mue ou \u00e9branl\u00e9e. C\u2019est une r\u00e9action presque physiologique, comme si, les l\u00e8vres assoiff\u00e9es, je buvais un liquide d\u00e9licieux qui me rafra\u00eechissait tout enti\u00e8re, gu\u00e9rissant et mon corps et mon \u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et enfin, revers de la m\u00e9daille d\u2019un \u00eatre p\u00e9riodiquement en crise\u00a0: \u00ab\u00a0Il suffit malheureusement de la plus petite ombre qui passe sur moi pour faire voler en \u00e9clats mon \u00e9quilibre et ma b\u00e9atitude\u00a0: j\u2019\u00e9prouve alors une souffrance indicible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 vous, je peux bien dire cela tranquillement\u00a0; vous n\u2019irez pas tout de suite me soup\u00e7onner de trahir le socialisme. Vous savez bien qu\u2019au bout du compte, j\u2019esp\u00e8re mourir \u00e0 mon poste\u00a0: dans un combat ou au p\u00e9nitencier. Mais mon moi le plus profond appartient plus \u00e0 mes m\u00e9sanges charbonni\u00e8res qu\u2019aux \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Rosa <span class=\"caps\">LUXEMBURG<\/span> (1871-1919). <em>Rosa, la vie\u00a0: lettres de Rosa Luxemburg<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de Rosa Luxemburg finit mal et trop vite, mais \u00e0 nouveau comme elle l\u2019avait pr\u00e9vu, dans la droite ligne de sa logique personnelle et de son destin, h\u00e9ro\u00efne martyre du communisme naissant.<\/p>\n<p>En 1915, elle a cr\u00e9\u00e9 la Ligue Spartacus (ou Ligue spartakiste) avec quelques camarades militants, dont son ami Karl Liebknecht (socialiste et communiste allemand). Leur appel contre le vote des cr\u00e9dits de guerre, lanc\u00e9 \u00e0 plus de trois cents dirigeants socialistes, reste quasiment sans r\u00e9ponse. Alors, ils multiplient les \u00ab\u00a0actions\u00a0\u00bb, les s\u00e9jours en prison, les \u00e9crits \u2013 surtout Rosa qui n\u2019a plus un instant de r\u00e9pit, hormis de br\u00e8ves hospitalisations.<\/p>\n<p>Elle critique la d\u00e9rive des bolcheviks russes qui \u00e9touffent la d\u00e9mocratie, comme le bellicisme des politiciens allemands\u2026. La r\u00e9volution allemande de novembre 1918 lib\u00e8re \u00e0 nouveau Rosa et ses camarades. Karl Liebknecht pr\u00eache l\u2019insurrection spartakiste, Rosa juge la r\u00e9volte pr\u00e9matur\u00e9e, le rapport de force n\u2019\u00e9tant pas favorable aux r\u00e9volutionnaires, mais par loyaut\u00e9 envers son ami, elle la soutient. Les militaires \u00e9crasent l\u2019insurrection, tuant les spartakistes porteurs d\u2019un drapeau blanc. Bient\u00f4t, tout Berlin est occup\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e. Rosa Luxemburg fait para\u00eetre le 14 janvier 1919 son dernier article\u00a0: \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019O<\/span>rdre r\u00e8gne \u00e0 Berlin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9e, interrog\u00e9e, elle refuse de r\u00e9pondre aux questions. Pr\u00eate \u00e0 repartir en prison, elle est tu\u00e9e d\u2019une balle dans la t\u00eate par l\u2019un des militaires, le 15 janvier 1919. M\u00eame sort pour Karl Liebknecht.<\/p>\n<p>La voil\u00e0 martyre, mais martyre encombrante. Pacifiste intransigeante, se d\u00e9fiant de l\u2019autoritarisme l\u00e9niniste comme de la terreur bolchevique, Staline d\u00e9nonce sa critique de la r\u00e9volution d\u2019Octobre et l\u2019exclut des marxistes m\u00e9ritants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la disparition du tsar rouge, elle semble r\u00e9habilit\u00e9e\u00a0: en 1955, un timbre \u00e0 son effigie est \u00e9mis en R\u00e9publique d\u00e9mocratique allemande (<span class=\"caps\">RDA<\/span>)\u2026 Mais certains destinataires refusent m\u00eame d\u2019ouvrir les lettres ainsi affranchies.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende sombre de \u00ab\u00a0Rosa la rouge\u00a0\u00bb ou la sanglante, diffus\u00e9e apr\u00e8s sa mort par les conservateurs et les nazis comme par les orthodoxes staliniens, occulte encore son parcours comme sa pens\u00e9e\u2026 Le \u00ab\u00a0luxemburgisme\u00a0\u00bb a cependant \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9, de mani\u00e8re contradictoire, par des mouvances politiques diverses.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>VIII. Les femmes historiques du XIXe si\u00e8cle (seconde partie) Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs. 1. 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