{"id":9552,"date":"2022-10-31T00:00:00","date_gmt":"2022-10-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-troisieme-republique\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:06","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:06","slug":"le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"Le CV des acteurs de l\u2019Histoire (Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Le <span class=\"caps\">CV<\/span> est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste\u2026), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de mis\u00e8re, ambition d\u00e9clar\u00e9e ou hasard d\u2019une rencontre, carri\u00e8re classique ou chaotique, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 pr\u00e9coce ou tardive, fin de vie brutale ou confortable, tous les cas existent\u00a0! Le destin d\u00e9cide souvent, c\u2019est aussi affaire de caract\u00e8re. Mais le contexte historique reste le facteur d\u00e9terminant\u00a0: guerres de Religion, Fronde, R\u00e9volution(s), Commune, Guerres mondiales, Mai 68.<\/p>\n<p>Quatre p\u00e9riodes se d\u00e9gagent clairement pour cet \u00e9dito en quatre semaines.<br>I. De la Gaule au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: succession de destins historiques, incroyables mais vrais.<br><span class=\"caps\">II<\/span>. La R\u00e9volution met la Politique \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: vocations en cha\u00eene et mortalit\u00e9 galopante.<br><span class=\"caps\">III<\/span>. Naissance des partis politique\u00a0au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: l\u2019homme politique entre en sc\u00e8ne et peut faire carri\u00e8re. <br><span class=\"caps\">IV<\/span>. <span class=\"caps\">XX<\/span>e et <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cles\u00a0: la politique est devenue un m\u00e9tier pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">IV<\/span>. Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: malgr\u00e9 les crises et les guerres, Ia \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb s\u2019impose avec quelques carri\u00e8res historiques.<\/h3>\n<p>L\u2019apprentissage de la d\u00e9mocratie est chaotique \u00e0 travers les crises en tous genres (et l\u2019Affaire Dreyfus), les attentats anarchistes contre la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, le d\u00e9fil\u00e9 de pr\u00e9sidents \u00e9lus pour leur insignifiance, la valse des minist\u00e8res, les nouveaux t\u00e9nors tonnant \u00e0 la tribune (Gambetta, Clemenceau), une entre-deux guerres hyper politis\u00e9e par les extr\u00eames, des \u00e9crivains engag\u00e9s et d\u00e9chir\u00e9s (\u00eatre communiste ou ne pas l\u2019\u00eatre). Nouvelle passion fran\u00e7aise, l\u2019Histoire, roman ou r\u00e9cit national, prend racine avec Michelet et l\u2019\u00e9cole de Ferry.<\/p>\n<p>41 <span class=\"caps\">NOMS<\/span>\u00a0: Louise Michel \u2013 Adolphe Thiers \u2013 Mac-Mahon \u2013 Comte de Chambord \u2013 L\u00e9on Gambetta \u2013 Hubertine Auclert \u2013 Paul D\u00e9roul\u00e8de \u2013 Jules Guesde \u2013 Jules Gr\u00e9vy \u2013 Louis Pasteur \u2013 Ravachol \u2013 Auguste Vaillant \u2013 \u00c9mile Henry \u2013 Sadi Carnot \u2013 G\u00e9n\u00e9ral Boulanger \u2013 Casimir-P\u00e9rier \u2013 F\u00e9lix Faure \u2013 Jules Ferry \u2013 Georges Clemenceau \u2013 \u00c9mile Zola \u2013 Mar\u00e9chal Lyautey \u2013 Jean Jaur\u00e8s \u2013 Raymond Poincar\u00e9 \u2013 Charles P\u00e9guy \u2013 Anatole France \u2013 Romain Rolland \u2013 Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie \u2013 Henry de Montherlant \u2013 Georges Bernanos \u2013 Aristide Briand \u2013 Charles Maurras \u2013 Paul Val\u00e9ry \u2013 Andr\u00e9 Breton \u2013 Nelly Roussel \u2013 Albert Lebrun \u2013 L\u00e9on Blum \u2013 Simone Weil \u2013 Maurice Thorez \u2013 Louis-Ferdinand C\u00e9line \u2013 \u00c9douard Daladier \u2013 Louise Weiss.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-104.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><strong>Louise Michel\u00a0: institutrice, auteure, militante, anarchiste et r\u00e9volutionnaire, star de la Commune.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9volutionnaire anarchiste se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que \u00ab\u00a0la Commune\u00a0\u00bb de Pais en 1871, ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<p>Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans cet \u00e9v\u00e9nement marquant de l\u2019Histoire, on reconna\u00eet le premier r\u00f4le tenu par une femme. Institutrice sous le Second Empire \u00e0 22 ans, mais refusant de pr\u00eater serment \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, elle ouvre successivement trois \u00e9coles libres en Haute-Marne, anim\u00e9e d\u2019un id\u00e9al d\u00e9j\u00e0 r\u00e9publicain\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La t\u00e2che des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se r\u00e9volter.<\/em>\u00a0\u00bb Militante r\u00e9publicaine et anarchiste aux premi\u00e8res heures de la Troisi\u00e8me, elle pr\u00e9pare un\u00a0 attentat contre Thiers. Auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est avant tout une id\u00e9aliste comme tant de communards et l\u2019h\u00e9ro\u00efne rest\u00e9e la plus populaire de cette tentative r\u00e9volutionnaire. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait revivre ses souvenirs toujours vibrants\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898).<\/p>\n<p>Pasionaria des barricades, la Vierge rouge appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection, et jusqu\u2019au sacrifice\u00a0: \u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,\u00a0\/ Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.\u00a0\/ Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,\u00a0\/ Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Thiers\u00a0: avocat,\u00a0journaliste,\u00a0historien, d\u00e9put\u00e9 (de gauche), ministre, finalement premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2331\" class=\"cit-num\">2331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877). Maxime attribu\u00e9e aussi au journaliste \u00c9mile de Girardin (1806-1881).<em> Le Spectacle du monde<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une longue carri\u00e8re trop souvent ignor\u00e9e ou mal jug\u00e9e, il se situe essentiellement \u00ab\u00a0\u00e0 gauche\u00a0\u00bb. Intelligent et m\u00eame surdou\u00e9, ambitieux et sans fortune, il sert de mod\u00e8le (dit-on) au personnage de Rastignac chez Balzac et il impressionne le vieux Talleyrand\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un gamin qui a le feu sacr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un de ses professeurs note en 1815\u00a0: \u00ab\u00a0Il r\u00e9unit aux plus heureuses dispositions pour les sciences et les belles-lettres, l\u2019amour de l\u2019\u00e9tude et le d\u00e9sir de se distinguer dans une profession honorable. Quelle que soit la carri\u00e8re dans laquelle il se propose d\u2019entrer, il ne peut manquer de la parcourir avec le plus grand succ\u00e8s.\u00a0\u00bb Le proviseur conseillera \u00e0 sa m\u00e8re d\u2019encourager sa carri\u00e8re d\u2019avocat. Et le critique Sainte-Beuve ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0M.Thiers sait tout, parle de tout, tranche sur tout. Il vous dira \u00e0 la fois de quel c\u00f4t\u00e9 du Rhin doit na\u00eetre le prochain grand homme, et combien il y a de clous dans un canon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Restent deux handicaps de naissance. Son physique ingrat et sa petite taille (1m55) lui vaudront le surnom de Foutriquet et des caricatures cruelles. Plus grave, son p\u00e8re escroc et coureur abandonna le foyer conjugal apr\u00e8s la naissance d\u2019Adolphe, pour r\u00e9appara\u00eetre et r\u00e9clamer de l\u2019argent quand Thiers commence \u00e0 faire carri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme dont je porte le nom, dont je suis le fils, mais qui ne fut jamais mon p\u00e8re et que je ne regarderai jamais comme tel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en politique lors des \u00ab\u00a0Trois Glorieuses\u00a0\u00bb de juillet 1830, dans le camp des r\u00e9volutionnaires qui renversent Charles X, Thiers fut plusieurs fois ministre aux id\u00e9es lib\u00e9rales et aux m\u00e9thodes autoritaires sous la Monarchie de Juillet. Sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, il comprend vite les ambitions de Louis-Napol\u00e9on et la \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb qui s\u2019empare de la France profonde. Dans l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire, il se fait remarquer pour sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, ses convictions anticl\u00e9ricales, puis son hostilit\u00e9 \u00e0 la guerre franco-allemande.<\/p>\n<p>N\u2019oublions pas le travail de l\u2019historien, commenc\u00e9 tr\u00e8s jeune sous la Restauration et qui lui vaudra en 1834 un fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai consacr\u00e9 dix ann\u00e9es de ma vie \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire de notre immense r\u00e9volution\u00a0; je l\u2019ai \u00e9crite sans haine, sans passion, avec un vif amour pour la grandeur de mon pays.\u00a0\u00bb (Discours de r\u00e9ception). Jules Michelet consid\u00e8re qu\u2019il appartient \u00e0 la Pl\u00e9iade historique pour cette <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>. Le succ\u00e8s public est tel que les libraires (\u00e9diteurs) lui r\u00e9clament la suite\u00a0: il \u00e9crira l\u2019<em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> quand il en aura le temps (en 1845, \u00e9tant pass\u00e9 dans l\u2019opposition).<\/p>\n<p>Son nom reste surtout attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de la Commune. 1871\u00a0: l\u2019ann\u00e9e de tous les pouvoirs pour cet homme de 74\u00a0ans, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par vingt-six d\u00e9partements \u00e0 la fois et devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, le 17\u00a0f\u00e9vrier. Lourde t\u00e2che, dans une France vaincue et d\u00e9chir\u00e9e. Mais le personnage acquiert une vraie popularit\u00e9 aupr\u00e8s de la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais. M\u00eame Flaubert lui rendra justice\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019aimais pas ce roi des prud\u2019hommes. N\u2019importe\u00a0! compar\u00e9 aux autres, c\u2019est un g\u00e9ant\u2026 et puis il avait une vertu rare\u00a0: le patriotisme. Personne n\u2019a r\u00e9sum\u00e9 comme lui la France, de l\u00e0 l\u2019immense effet de sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mac-Mahon\u00a0: militaire de carri\u00e8re toujours populaire, deuxi\u00e8me pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2264\" class=\"cit-num\">2264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), au fort de Malakoff, surplombant la citadelle de S\u00e9bastopol, 8\u00a0septembre 1855.<em> Le Mar\u00e9chal de Mac-Mahon, duc de Magenta<\/em> (1960), Jacques Silvestre de Sacy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral qui a fini par prendre le fort de Malakoff et ne veut pas le rendre, alors que les Russes annoncent qu\u2019ils vont le faire sauter. Le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol durait depuis 350 jours, quand Mac-Mahon prend la t\u00eate des colonnes d\u2019assaut et part \u00e0 l\u2019attaque, entour\u00e9 de ses zouaves. Le commandant de l\u2019arm\u00e9e de Crim\u00e9e, P\u00e9lissier, va y gagner son b\u00e2ton de mar\u00e9chal et d\u2019autres honneurs. Mac-Mahon, pour ce mot et ce fait de guerre, entre dans l\u2019histoire sous le Second Empire.\u00a0<\/p>\n<p>Sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, sa popularit\u00e9 explique la pr\u00e9sidence qu\u2019il prend \u00e0 Thiers au terme d\u2019un jeu parlementaire confinant au \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial chinois\u00a0\u00bb (selon le perdant, beau joueur). Il prend go\u00fbt au pouvoir politique qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9, en royaliste convaincu, \u00e0 remettre au comte de Chambord. Mais la maladresse du pr\u00e9tendant le pousse \u00e0 rester pr\u00e9sident. La Constitution de 1875 ayant instaur\u00e9 une r\u00e9publique parlementaire qui met fin au r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel, il finira par se soumettre et se d\u00e9mettre loyalement. Au final, ce fut l\u2019un des meilleurs pr\u00e9sidents de la Troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>Notons l\u2019origine \u00e9trang\u00e8re de ce personnage tr\u00e8s fran\u00e7ais. Lors de la Glorieuse R\u00e9volution de 1689, la famille Mac Mahon trouva refuge en France, se r\u00e9clamant de la descendance des anciens rois d\u2019Irlande. Leur noblesse fut reconnue par lettre patente du roi Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<p><strong>Comte de Chambord\u00a0: alias Henri V, candidat (l\u00e9gitimiste) au tr\u00f4ne, trop royaliste pour r\u00e9gner.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord. <em>La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri de Bourbon, comte de Chambord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom et sa plus grande l\u00e9gitimit\u00e9. Mais dans cette proclamation solennelle, il renie le drapeau tricolore. Scandalis\u00e9s, certains de ses partisans en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019\u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne de Thiers qui pavoise devant tant de maladresse, disant avec humour que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette attitude s\u2019explique\u00a0: le comte de Chambord a v\u00e9cu quarante ans en exil, dont trente dans un ch\u00e2teau coup\u00e9 du monde, entour\u00e9 d\u2019une petite cour d\u2019\u00e9migr\u00e9s aristocrates, assur\u00e9ment plus royalistes que le roi, comme tant de courtisans. Ainsi sort-il de l\u2019Histoire sans y \u00eatre v\u00e9ritablement entr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L\u00e9on Gambetta\u00a0: avocat (politique et de gauche), bouillant orateur, d\u00e9put\u00e9, pr\u00e9sident de la Chambre, ministre, pr\u00e9sident du Conseil\u2026 carri\u00e8re interrompue \u00e0 44 ans.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident Mac-Mahon que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle qu\u2019il a ouverte le 16\u00a0mai 1877\u00a0: renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident tente d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et\u00a0 l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le Pr\u00e9sident. Le pr\u00e9sident finira par se soumette, puis se d\u00e9mettre, remplac\u00e9 par Jules Gr\u00e9vy qui inaugure un nouveau r\u00e9gime parlementaire s\u00e9v\u00e8rement jug\u00e9 par l\u2019Histoire, par Clemenceau et par Gambetta, d\u00e8s le 5 f\u00e9vrier 1879\u00a0: \u00ab\u00a0Nos ministres\u00a0? De simples num\u00e9ros d\u2019ordre sortis au hasard de la foule repr\u00e9sentative que nous d\u00e9corons du beau nom de Parlement\u00a0!\u00a0\u00bb Il fulmine contre les d\u00e9put\u00e9s et les ministres du nouveau gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Dans trois mois, ils iront rejoindre dans les sous-sols de la vie publique les inconnus engendr\u00e9s par le scrutin d\u2019arrondissement. Ils v\u00e9g\u00e9teront jusque-l\u00e0, ne disant rien, ne faisant rien, <em>ex nihilo nihil.<\/em>\u00a0\u00bb Cl\u00e9menceau tiendra le m\u00eame langage, fond et forme.<\/p>\n<p>Avec Gr\u00e9vy \u00e0 la pr\u00e9sidence commence le syst\u00e8me des crises minist\u00e9rielles qui va empoisonner le r\u00e9gime. Gr\u00e9vy tient bon \u00e0 son poste (avant d\u2019\u00eatre contraint \u00e0 la d\u00e9mission) et proteste contre son confr\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta, ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune, jusqu\u2019\u00e0 perdre son \u0153il de verre en tapant trop fort du poing sur la table (d\u00e9fendant la loi Ferry, du nom de son ami). Gr\u00e9vy \u00e9cartera Gambetta du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux, et il n\u2019aura jamais ses chances \u00e0 la pr\u00e9sidence, mort (sans doute accidentellement) \u00e0 44 ans.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Conduite\u00a0: dissip\u00e9. Application\u00a0: m\u00e9diocre. Caract\u00e8re\u00a0: tr\u00e8s bon, tr\u00e8s l\u00e9ger, enjou\u00e9, espi\u00e8gle. Talent\u00a0: remarquable, intelligence tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e.\u00a0\u00bb Le bulletin scolaire de l\u2019\u00e9l\u00e8ve au petit s\u00e9minaire annon\u00e7ait le caract\u00e8re de l\u2019homme politique brillant mais turbulent. L\u2019enfance est souvent la cl\u00e9 des personnages \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong>Hubertine Auclert\u00a0: f\u00e9ministe de choc, suffragette \u00e0 la fran\u00e7aise.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00eatre, par ma complaisance, complice de la vaste exploitation que l\u2019autocratie masculine se croit le droit d\u2019exercer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Je n\u2019ai pas de droits, donc je n\u2019ai pas de charges, je ne vote pas, je ne paye pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2470\" class=\"cit-num\">2470<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubertine <span class=\"caps\">AUCLERT<\/span> (1848-1914). <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume I (1977), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son extr\u00e9misme s\u2019explique paradoxalement dans une vocation religieuse contrari\u00e9e\u00a0: deux fois exclue du couvent dans sa jeunesse, pour exc\u00e8s de mysticisme, puis ind\u00e9pendance de caract\u00e8re, elle devient farouchement anticl\u00e9ricale. Mais elle reste surtout pour son f\u00e9minisme radical.<\/p>\n<p>La fondatrice de la \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 pour le suffrage des femmes\u00a0\u00bb (organisation militante) \u00e9crit encore, dans une lettre au pr\u00e9fet dat\u00e9e de 1880\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019admets pas cette exclusion en masse de femmes qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leurs droits civiques par aucun jugement. En cons\u00e9quence, je laisse aux hommes qui s\u2019arrogent le privil\u00e8ge de gouverner, d\u2019ordonner, de s\u2019attribuer les budgets, le privil\u00e8ge de payer les imp\u00f4ts qu\u2019ils votent et r\u00e9partissent \u00e0 leur gr\u00e9. Puisque je n\u2019ai pas le droit de contr\u00f4ler l\u2019emploi de mon argent, je ne veux plus en donner.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les suffragettes anglaises obtiendront le droit de vote pour les femmes en 1918. Cette bataille des femmes en France n\u2019aboutira qu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p><strong>Paul D\u00e9roul\u00e8de\u00a0: po\u00e8te, auteur de th\u00e9\u00e2tre et romancier, patriote et militant de la droite nationaliste.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui vive\u00a0? La France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2475\" class=\"cit-num\">2475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">D\u00c9ROUL\u00c9DE<\/span> (1846-1914), devise et mot d\u2019ordre de sa Ligue des patriotes. <em>M.\u00a0Paul D\u00e9roul\u00e8de et sa Ligue des patriotes<\/em> (1889), Henri Canu, Georges Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Ligue est fond\u00e9e le 18\u00a0mai 1882. Volontaire de la guerre franco-allemande de 1870-1871, D\u00e9roul\u00e8de incarne un patriotisme nationaliste et revanchard qui va faire beaucoup de bruit et d\u00e9cha\u00eener pas mal de fureurs, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine guerre en 1914. L\u2019auteur \u00e9crit des textes patriotiques tr\u00e8s populaires, dans le climat politique de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la Revanche est \u00ab\u00a0reine de France\u00a0\u00bb. Il sera logiquement boulangiste (ayant le culte de l\u2019arm\u00e9e incarn\u00e9e par \u00ab\u00a0le Brav\u2019 G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb) et anticolonialiste (pour ne pas disperser nos forces au-del\u00e0 de \u00ab\u00a0la ligne bleue est Vosges\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>L\u2019homme est pourtant diff\u00e9rent de la caricature qu\u2019on en fit m\u00eame de son vivant et il le confiera aux fr\u00e8res (J\u00e9r\u00f4me et Jean) Tharaud\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais bien ce qu\u2019on me reproche. On dit de moi\u00a0: D\u00e9roul\u00e8de c\u2019est un exalt\u00e9 ou un simple. Je ne suis ni l\u2019un ni l\u2019autre\u00a0; je ne suis ni fou ni sot. Si ma carri\u00e8re peut sembler d\u00e9raisonnable, la faute en est au caract\u00e8re d\u2019une existence qui a toujours \u00e9t\u00e9 en mouvement. Et rien ne donne si naturellement l\u2019id\u00e9e du d\u00e9sordre et de la complication que l\u2019action au jour le jour. En r\u00e9alit\u00e9, rien n\u2019est plus simple, plus logique, plus sage que ma vie. Oui, j\u2019ai voulu la guerre, la revanche. Mais avant de l\u2019entreprendre, j\u2019ai voulu que nous fussions pr\u00eats.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Jules Guesde\u00a0: r\u00e9publicain ardent, journaliste militant, communard, socialiste \u00ab\u00a0collectiviste\u00a0\u00bb, d\u00e9put\u00e9, ministre sous le signe de l\u2019Union sacr\u00e9e (en 1914).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un seul patron, un seul capitaliste\u00a0: tout le monde\u00a0! Mais tout le monde travaillant, oblig\u00e9 de travailler et ma\u00eetre de la totalit\u00e9 des valeurs sorties de ses mains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2403\" class=\"cit-num\">2403<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922),<em> Collectivisme et R\u00e9volution<\/em> (1879)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Appel\u00e9 \u00ab\u00a0le socialisme fait homme\u00a0\u00bb (venant apr\u00e8s Blanqui et avant Jaur\u00e8s, Blum, Briand), fondateur du premier journal marxiste fran\u00e7ais<em> L\u2019\u00c9galit\u00e9<\/em>, il cr\u00e9e en 1880 le Parti ouvrier fran\u00e7ais (<span class=\"caps\">POF<\/span>) qu\u2019il veut internationaliste, collectiviste et r\u00e9volutionnaire.<br>Le guesdisme jouera un r\u00f4le important jusqu\u2019\u00e0 son int\u00e9gration dans le Parti socialiste unifi\u00e9 (Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, <span class=\"caps\">SFIO<\/span>) en 1905. Deux fois d\u00e9put\u00e9 du Nord (Roubaix et Lille), Guesde sera ministre d\u2019\u00c9tat en 1914-1916, malgr\u00e9 son hostilit\u00e9 de principe \u00e0 toute participation socialiste dans un minist\u00e8re bourgeois\u00a0: la guerre le rend avant tout fran\u00e7ais et nationaliste.<\/p>\n<p><strong>Jules Gr\u00e9vy\u00a0: avocat, d\u00e9put\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, pr\u00e9sident (num\u00e9ro 1) de la R\u00e9publique parlementaire, contraint \u00e0 la d\u00e9mission.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019en appelle \u00e0 la France\u00a0! Elle dira que, pendant neuf ann\u00e9es, mon gouvernement a assur\u00e9 la paix, l\u2019ordre et la libert\u00e9. Elle dira qu\u2019en retour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 du poste o\u00f9 sa confiance m\u2019avait plac\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2490\" class=\"cit-num\">2490<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>2\u00a0d\u00e9cembre 1887. D\u00e9mission forc\u00e9e du pr\u00e9sident qui incarnait la nouvelle R\u00e9publique parlementaire apr\u00e8s un cursus politique classique et un retour au barreau sous le Second Empire en tant qu\u2019opposant au r\u00e9gime. (Notons au passage la fr\u00e9quence en politique des avocats\u2026 et des pr\u00e9nomm\u00e9s Jules\u00a0: Guesde, Gr\u00e9vy, Ferry, Favre, Simon, M\u00e9line, Bastide, Miot\u2026).<\/p>\n<p>Les r\u00e9publicains gouvernent d\u00e9sormais la R\u00e9publique dans un pays qui n\u2019a plus peur des \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb et Gambetta ne s\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9, se jugeant trop jeune. Ce septuag\u00e9naire tr\u00e8s \u00ab\u00a0bourgeois moyen\u00a0\u00bb rassure l\u2019Assembl\u00e9e nationale (S\u00e9nat et Chambre des d\u00e9put\u00e9s, r\u00e9unis pour \u00e9lire le pr\u00e9sident). Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9publique pr\u00e9sidentielle, version Mac-Mahon, le nouveau pr\u00e9sident opte clairement pour une r\u00e9publique parlementaire\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0Constitution Gr\u00e9vy\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs est rompu au b\u00e9n\u00e9fice de la Chambre et les d\u00e9put\u00e9s, trop s\u00fbrs que le pr\u00e9sident n\u2019osera plus jouer de la dissolution, vont d\u00e9sormais user et abuser de ce pouvoir, faisant tomber les minist\u00e8res et se succ\u00e9der les crises. Tel est le vice inh\u00e9rent au r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Le temps des crises parlementaires va de pair avec celui des sales affaires et le personnel politique est gravement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9. Gr\u00e9vy a quand m\u00eame assur\u00e9 son premier mandat (1879-1885) avant d\u2019\u00eatre r\u00e9\u00e9lu. Mais la corruption tant reproch\u00e9e aux r\u00e9publicains au pouvoir atteint la famille du pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Son gendre, Daniel Wilson, est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services. Ce trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre\u00a01887, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur\u00a0: \u00ab\u00a0Jadis on \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9 et content. Aujourd\u2019hui on n\u2019est d\u00e9cor\u00e9 que comptant\u00a0!\u00a0\u00bb Alfred Capus, <em>Le Gaulois<\/em>, 7\u00a0octobre 1887. Ce journal, comme bien d\u2019autres, d\u00e9nonce le scandale de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La chanson d\u2019\u00c9mile Carr\u00e9 r\u00e9sume la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre \/ Avec lui, j\u2019en ai vu de grises, \/ Fallait qu\u2019j\u2019emploie \u00e0 chaque instant \/ Mon nom, mon cr\u00e9dit, mon argent \/ \u00c0 r\u00e9parer toutes ses sottises [\u2026] J\u2019suis un honn\u00eate p\u00e8re de famille\u00a0\/ Ma seule passion, c\u2019est l\u2019jeu de billard\u00a0\/ Un blond barbu, joli gaillard\u00a0\/ Une fois m\u2019demande la main d\u2019ma fille \/ Y sont mari\u00e9s, mais c\u2019que j\u2019m\u2019en repens\u00a0!\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Louis Pasteur\u00a0: chimiste, physicien, microbiologiste c\u00e9l\u00e8bre pour son vaccin contre la rage.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La science n\u2019a pas de patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2494\" class=\"cit-num\">2494<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PASTEUR<\/span> (1822-1895), Discours pour l\u2019inauguration de l\u2019Institut Pasteur, 14\u00a0novembre\u00a01888. <em>La Vie de Pasteur<\/em> (1907), Ren\u00e9 Vallery-Radot. (Premi\u00e8re biographie du grand savant, \u00e9crite par son gendre.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique ne se r\u00e9sume pas en crises, affaires et autres scandales. C\u2019est aussi le temps des grands savants pour la France qui se retrouve en bonne place dans le monde, avec des hommes tels que Louis Pasteur (microbiologie, vaccins), Marcellin Berthelot (chimie de synth\u00e8se, thermochimie), Claude Bernard (physiologie, m\u00e9decine exp\u00e9rimentale). L\u2019Universit\u00e9 n\u2019est plus, comme sous le Second Empire, le lieu de conf\u00e9rences mondaines pour grand public. Les \u00e9tudiants viennent nombreux, les professeurs font des cours magistraux qui honorent l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, la recherche r\u00e9alise des progr\u00e8s qui vont changer la vie quotidienne des hommes en une ou deux g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Pour les applications directes de ses travaux (dont la pasteurisation appliqu\u00e9e au vin), pour la passion qu\u2019il y a mise, et pour l\u2019Institut qui porte son nom, Pasteur est aujourd\u2019hui encore le plus populaire de tous les savants du monde.<\/p>\n<p><strong>Ravachol\u00a0: criminel en s\u00e9ri\u00e9, promu premier anarchiste de France et c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 ce titre, condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 est pourrie. Dans les ateliers, les mines et les champs, il y a des \u00eatres humains qui travaillent et souffrent sans pouvoir esp\u00e9rer d\u2019acqu\u00e9rir la milli\u00e8me partie du fruit de leur travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2503\" class=\"cit-num\">2503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RAVACHOL<\/span> (1859-1892), \u00e0 son proc\u00e8s, 26\u00a0avril 1892.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ravachol est un criminel en s\u00e9rie (tuant pour l\u2019argent), devenu un mythe par la vertu de la dynamite et des relations nou\u00e9es avec les militants anarchistes. Les 11, 18 et 29\u00a0mars, il a fait sauter des appartements de magistrats et une caserne. La veille du proc\u00e8s, ses complices font exploser une bombe dans le restaurant V\u00e9ry. Condamn\u00e9 \u00e0 mort (pour des crimes ant\u00e9rieurs), il est ex\u00e9cut\u00e9 le 11\u00a0juillet.<\/p>\n<p>Les attentats anarchistes, nombreux de 1892 \u00e0 1894, ont des origines diverses\u00a0: souvenir de la Commune comm\u00e9mor\u00e9e vingt ans apr\u00e8s, de bien des mani\u00e8res (y compris des tableaux, des chansons)\u00a0; hostilit\u00e9 envers les partis organis\u00e9s de gauche qui veulent un \u00c9tat socialiste\u00a0; haine pour les bourgeois dont les affaires prosp\u00e8rent.<\/p>\n<p><em>La Ravachole<\/em>, version anarchiste de <em>La Carmagnole<\/em>, se chante en 1892\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a les magistrats vendus, \/ Il y a les financiers ventrus, \/ Il y a les argousins, \/ Mais pour tous ces coquins, \/ Il y a d\u2019la dynamite, \/Vive le son, vive le son, \/ Il y a d\u2019la dynamite\u00a0! \/ Dansons la ravachole\u00a0! Vive le son d\u2019l\u2019explosion.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p><strong>Auguste Vaillant\u00a0: marginal promu militant anarchiste, condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, ces messieurs sauront qu\u2019ils ont toujours une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de leur t\u00eate, ils voteront peut-\u00eatre des lois plus justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2510\" class=\"cit-num\">2510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1861-1894), D\u00e9claration \u00e0 la police qui l\u2019interroge, apr\u00e8s l\u2019attentat qu\u2019il a perp\u00e9tr\u00e9, le 9\u00a0d\u00e9cembre 1893.<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em> (1963), Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a lanc\u00e9 une bombe \u00e0 la Chambre, blessant 57 d\u00e9put\u00e9s, provoquant la panique. Atteint \u00e0 la t\u00eate, Dupuy qui pr\u00e9side les d\u00e9bats est applaudi pour son sang-froid\u00a0: \u00ab\u00a0Il est de la dignit\u00e9 de la Chambre et de la R\u00e9publique que de pareils attentats, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent et dont, d\u2019ailleurs, nous ne connaissons pas la cause, ne troublent pas les l\u00e9gislateurs.\u00a0\u00bb Les 12 et 18\u00a0d\u00e9cembre seront vot\u00e9es dans l\u2019urgence les deux premi\u00e8res lois qualifi\u00e9es plus tard de \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb, visant le mouvement anarchiste.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, Vaillant affirme avoir lanc\u00e9 cette bombe pour venger son idole Ravachol et non pour tuer. Vaillant, 33\u00a0ans, est ex\u00e9cut\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1894. Ni penseur ni m\u00eame militant, ce marginal avait surv\u00e9cu en multipliant les petits m\u00e9tiers, se lan\u00e7ant dans la lutte politique pour faire entendre \u00ab\u00a0le cri de toute une classe qui revendique ses droits\u00a0\u00bb. L\u2019inexistence d\u2019un vrai programme social demeure l\u2019une des faiblesses de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (jusqu\u2019au Front populaire en 1936).<\/p>\n<p>La flamb\u00e9e anarchiste qui frappe la France, inspir\u00e9e de Proudhon et de Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l\u2019Europe, tuer l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d\u2019Autriche (c\u00e9l\u00e8bre Sissi), le roi d\u2019Italie Humbert\u00a0Ier et franchir l\u2019Atlantique, pour atteindre le 25e pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, William McKinley. Le terrorisme est une force de frappe r\u00e9currente, le monde occidental devra affronter le terrorisme rouge dans les ann\u00e9es 1970, le terrorisme islamique au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>\u00c9mile Henry\u00a0: fils de bourgeois, anarchiste par id\u00e9al \u00e0 19 ans, condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos mains sont couvertes de sang.<br>\u2014 Comme l\u2019est votre robe rouge\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2511\" class=\"cit-num\">2511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">HENRY<\/span> (1872-1894), r\u00e9pondant au pr\u00e9sident du tribunal, 27\u00a0avril 1894. <em>Historia<\/em> (octobre\u00a01968), \u00ab\u00a0L\u2019\u00c8re anarchiste\u00a0\u00bb, Maurice Duplay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de bourgeois, il \u00e9pouse la cause anarchiste par id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout. Sa bombe port\u00e9e pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose\u00a0: 5 morts, le 8\u00a0novembre\u00a01892. Nouvelle bombe au caf\u00e9 Terminus de la gare Saint-Lazare\u00a0: un mort, 20 bless\u00e9s, le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894.<\/p>\n<p>\u00c0 son proc\u00e8s, il proclame que l\u2019anarchie \u00ab\u00a0est n\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pourrie qui se disloque. Elle est partout, c\u2019est ce qui la rend indomptable, et elle finira par vous vaincre et vous tuer.\u00a0\u00bb \u00c9mile Henry sera guillotin\u00e9 le 21\u00a0mai\u00a01894, criant \u00ab\u00a0Courage, camarades\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Sadi Carnot\u00a0: grande famille r\u00e9publicaine (petit-fils du Grand Carnot), polytechnicien, ing\u00e9nieur des Ponts-et- chauss\u00e9es, pr\u00e9fet, d\u00e9put\u00e9,\u00a0 ministre, cinqui\u00e8me pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, assassin\u00e9 par un anarchiste italien.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votons pour Carnot, c\u2019est le plus b\u00eate, mais il porte un nom r\u00e9publicain\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2491\" class=\"cit-num\">2491<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est Marie Fran\u00e7ois Sadi Carnot (1837-1894)\u00a0: petit-fils de Lazare Carnot (le Grand Carnot, c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9volutionnaire), fils de Lazare Hippolyte Carnot (d\u00e9put\u00e9, ministre, s\u00e9nateur), neveu de Nicolas L\u00e9onard Sadi Carnot (physicien qui laisse son nom \u00e0 un th\u00e9or\u00e8me), il est lui-m\u00eame polytechnicien, ing\u00e9nieur des ponts et chauss\u00e9es, pr\u00e9fet, puis d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 et plusieurs fois ministre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0B\u00eate\u00a0\u00bb n\u2019est pas le qualificatif le plus appropri\u00e9, mais le Tigre (premier surnom de Clemenceau) a la dent dure et l\u2019humour f\u00e9roce. \u00c0 qui lui reprochera de ne s\u2019entourer que de personnages falots dans son gouvernement, il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les oies qui ont sauv\u00e9 le Capitole.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Mauriac a donn\u00e9 une autre explication \u00e0 cet argument d\u2019ailleurs repris en 1912\u00a0pour un autre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence (Pams, non \u00e9lu)\u00a0: \u00ab\u00a0Je vote pour le plus b\u00eate, la boutade fameuse de Clemenceau, n\u2019est cruelle qu\u2019en apparence. Elle signifiait\u00a0: Je vote pour le plus inoffensif\u00a0\u00bb (<em>Bloc-notes<\/em>, I). Quoi qu\u2019il en soit, \u00e9lu le 3\u00a0d\u00e9cembre 1887, Sadi Carnot aura une pr\u00e9sidence mouvement\u00e9e \u2013 interrompue par son assassinat. Pour l\u2019heure, le probl\u00e8me du pr\u00e9sident Carnot a nom Boulanger.<\/p>\n<p><strong>G\u00e9n\u00e9ral Boulanger\u00a0: g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s populaire, ministre de la Guerre, \u00e0 l\u2019origine du boulangisme et d\u2019une crise politique dont il sera finalement victime.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous que j\u2019aille conqu\u00e9rir ill\u00e9galement le pouvoir quand je suis s\u00fbr d\u2019y \u00eatre port\u00e9 dans six mois par l\u2019unanimit\u00e9 de la France\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2496\" class=\"cit-num\">2496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), r\u00e9ponse aux manifestants, 27\u00a0janvier 1889.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sa r\u00e9ponse aux manifestants qui lui crient\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchent vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot fait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Le coup d\u2019\u00c9tat pouvait suivre et Clemenceau lui-m\u00eame redoutait cette forme de populisme in\u00e9dite et spectaculaire. Mais Boulanger choisit la l\u00e9galit\u00e9, ce 27\u00a0janvier 1889. Il\u00a0 choisit aussi d\u2019\u00e9couter les conseils de Marguerite de Bonnemains, ma\u00eetresse passionn\u00e9ment aim\u00e9e \u2013 on sait aujourd\u2019hui qu\u2019elle travaillait pour la police.<\/p>\n<p>Cela laisse le temps au gouvernement de r\u00e9agir\u00a0: le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ernest Constans, l\u2019accuse de complot contre l\u2019\u00c9tat. Craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il fuit en Belgique. Son prestige s\u2019effondre. Le boulangisme a v\u00e9cu. Et le Brav\u2019 g\u00e9n\u00e9ral de la chanson finit par se suicider sur la tombe de sa ma\u00eetresse (morte phtisique). D\u2019o\u00f9 le mot sans piti\u00e9 de Clemenceau\u00a0: \u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Casimir-P\u00e9rier\u00a0: grand patron, tr\u00e8s jeune pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, attaqu\u00e9 par la presse, vite d\u00e9missionnaire et de retour \u00e0 la vie \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me r\u00e9signe pas \u00e0 comparer le poids des responsabilit\u00e9s morales qui p\u00e8sent sur moi et l\u2019impuissance \u00e0 laquelle je suis condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"+\" class=\"cit-num\">+<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Dernier message du Pr\u00e9sident d\u00e9missionnaire, janvier 1895<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9lu apr\u00e8s l\u2019assassinat de Sadi Carnot, il pr\u00e9sente sa d\u00e9mission en r\u00e9sumant le drame de sa situation. \u00c0 46 ans, c\u2019est le troisi\u00e8me plus jeune pr\u00e9sident (apr\u00e8s Louis-Napol\u00e9on Bonaparte en 1848 et Emmanuel Macron en 2017). Il d\u00e9tient surtout le record du mandat pr\u00e9sidentiel le plus court, toutes r\u00e9publiques confondues\u00a0: 6 mois et 20 jours.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0criblage caricatural\u00a0\u00bb de la presse satirique de gauche vise un pr\u00e9sident \u00ab\u00a0descendant de\u00a0\u00bb et fortun\u00e9. Radicaux et socialistes font chorus contre le \u00ab\u00a0pr\u00e9sident de la r\u00e9action\u00a0\u00bb. Actionnaire principal des mines d\u2019Anzin, \u00ab\u00a0Casimir d\u2019Anzin\u00a0\u00bb est trop riche aux yeux de la France d\u00e9mocratique. Les campagnes de presse hostiles se multiplient, parall\u00e8lement aux proc\u00e8s pour offense au chef de l\u2019\u00c9tat. Il prend aussi conscience du faible r\u00f4le r\u00e9serv\u00e9 au pr\u00e9sident, marginalis\u00e9 par le pr\u00e9sident du Conseil (Charles Dupuy) et sombre dans l\u2019abattement. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Prisonnier de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0\u00bb, il ne supporte plus cette prison dor\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9cor menteur o\u00f9 l\u2019on ne fait que recevoir des coups sans pouvoir les rendre\u00a0\u00bb. Sous ses allures hautaines, l\u2019homme est sensible,\u00a0 angoiss\u00e9. Cloitr\u00e9 en son Palais, il n\u2019ose plus sortir dans la rue craignant d\u2019\u00eatre insult\u00e9 ou siffl\u00e9. Se croyant espionn\u00e9, il re\u00e7oit ses intimes sur la pelouse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour pouvoir parler librement. Il d\u00e9missionne au premier pr\u00e9texte.<\/p>\n<p>Retir\u00e9 de la politique, Casimir-P\u00e9rier consacra la fin de sa vie \u00e0 la gestion de la fortune familiale, n\u2019\u00e9voquant jamais le cauchemar de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Le\u00e7ons de l\u2019histoire\u00a0? La politique est un m\u00e9tier interdit aux faibles et la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 parlementaire\u00a0\u00bb l\u2019emporte au d\u00e9triment de la pr\u00e9sidence toujours rabaiss\u00e9e. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, la famille fid\u00e8le \u00e0 son v\u0153u\u00a0 refusa toute c\u00e9r\u00e9monie officielle\u00a0: obs\u00e8ques sans fleurs, ni couronnes, ni discours.<\/p>\n<p><strong>F\u00e9lix Faure\u00a0: ouvrier tanneur, riche n\u00e9gociant, puis d\u00e9put\u00e9, ministre, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, mort subite.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il voulait \u00eatre C\u00e9sar, il ne fut que Pomp\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Facile, mais irr\u00e9sistible\u00a0! On pr\u00eate aussi au Tigre ce mot plus politique\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00e9lix Faure est retourn\u00e9 au n\u00e9ant, il a d\u00fb se sentir chez lui.\u00a0\u00bb Cette insignifiance pr\u00e9sidentielle pr\u00e9vaut dans la galerie des portraits, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>L\u2019homme avait pourtant \u00e0 c\u0153ur d\u2019afficher sa diff\u00e9rence\u00a0: une photographie de jeunesse le montrait en costume d\u2019ouvrier, col de chemise ouvert, manches retrouss\u00e9es, tablier de cuir nou\u00e9 \u00e0 la taille et sabots aux pieds. Ainsi entretenait-il l\u2019image du tanneur devenu pr\u00e9sident\u00a0: \u00ab\u00a0Le peuple\u00a0! J\u2019en suis\u00a0; nous nous comprenons, nos c\u0153urs battent \u00e0 l\u2019unisson.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une carri\u00e8re classique, sa pr\u00e9sidence est d\u2019embl\u00e9e marqu\u00e9e par l\u2019affaire Dreyfus qui divise la France en deux camps. Mais quatre ans apr\u00e8s son \u00e9lection, les circonstances de sa mort survenue brutalement au palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e font la une des journaux\u00a0: \u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident a-t-il toujours sa connaissance\u00a0? \u2014 Non, elle est sortie par l\u2019escalier.\u00a0\u00bb F\u00e9lix Faure, bel homme de 58\u00a0ans, meurt ce soir-l\u00e0 en galante compagnie. La \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb prit la fuite et le concierge de l\u2019\u00c9lys\u00e9e t\u00e9moigne en ces termes (\u00e0 quelques variantes pr\u00e8s selon les sources), r\u00e9pondant \u00e0 la question du pr\u00eatre accouru pour le confesser. La rumeur murmure le nom de C\u00e9cile Sorel, actrice c\u00e9l\u00e8bre. En fait, la compagne de ses derniers instants est une demi-mondaine, Marguerite Steinheil, bient\u00f4t surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Pompe fun\u00e8bre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Jules Ferry\u00a0: avocat, journaliste et pamphl\u00e9taire, d\u00e9put\u00e9, ministre.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui est ma\u00eetre du livre est ma\u00eetre de l\u2019\u00e9ducation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Discours au minist\u00e8re de l\u2019Instruction Publique, 5 mai 1879<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la parcours le plus classique du professionnel de la politique, Ferry reste l\u2019un des ministres importants de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. L\u2019histoire retient ce grand r\u00e9formateur de l\u2019\u00c9ducation nationale, avec l\u2019enseignement primaire gratuit, la\u00efc et obligatoire\u00a0institu\u00e9 par la loi Ferry qui va \u00e0 l\u2019essentiel\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, ce que nous vous demandons \u00e0 tous, c\u2019est de nous faire des hommes avant de nous faire des grammairiens\u00a0!\u00a0\u00bb Reste l\u2019autre volet de son action qui doit \u00eatre jug\u00e9e avec les crit\u00e8res de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Deux fois pr\u00e9sident du Conseil, entre septembre\u00a01880 et mars\u00a01885, Jules Ferry dicte la politique coloniale de la France\u00a0: \u00e0 la place des conqu\u00eates continentales devenues impossibles, il pr\u00f4ne l\u2019aventure au-del\u00e0 des mers. \u00ab\u00a0Rayonner sans agir, sans se m\u00ealer aux affaires du monde, vivre de cette sorte pour une grande nation, c\u2019est abdiquer, c\u2019est descendre du premier rang au troisi\u00e8me ou au quatri\u00e8me.\u00a0\u00bb (Discours sur la colonisation, 28 juillet 1885). Pour lui, \u00ab\u00a0les races sup\u00e9rieures ont un droit vis-\u00e0-vis des races inf\u00e9rieures, le devoir de [les] civiliser.\u00a0\u00bb Et Hugo pense de m\u00eame. L\u2019expansion est \u00e9galement n\u00e9cessaire \u00e0 notre grand pays pour satisfaire des besoins militaires (bases dans le monde entier), commerciaux (march\u00e9s et d\u00e9bouch\u00e9s pour son expansion \u00e9conomique), culturels (prestige national oblige, pour \u00ab\u00a0sa langue, ses m\u0153urs, son drapeau, son arm\u00e9e et son g\u00e9nie\u00a0\u00bb). La Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9difie peu \u00e0 peu le second empire colonial du monde (apr\u00e8s l\u2019Empire britannique), aussi vrai qu\u2019\u00ab\u00a0un mouvement irr\u00e9sistible emporte les grandes nations europ\u00e9ennes \u00e0 la conqu\u00eate de terres nouvelles\u00a0\u00bb (Jules Ferry).<\/p>\n<p>Cette politique coloniale est attaqu\u00e9e par la droite \u2013 elle co\u00fbte cher en cr\u00e9dits et en hommes \u2013 et par la gauche nationaliste \u2013 elle d\u00e9tourne de la politique de revanche et de \u00ab\u00a0la ligne bleue des Vosges\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Mon patriotisme est en France\u00a0!\u00a0\u00bb proclame Clemenceau. Un \u00e9chec provoquera la chute de \u00ab\u00a0Ferry-Tonkin\u00a0\u00bb et l\u2019arr\u00eat de cette premi\u00e8re expansion coloniale qui recommence vers 1890. Un minist\u00e8re des Colonies sera cr\u00e9\u00e9 en 1894. Il faudra attendre la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, puis le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle sous la Cinqui\u00e8me pour la d\u00e9colonisation qui s\u2019impose au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Georges Clemenceau\u00a0: m\u00e9decin (vend\u00e9en), maire (du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e arrdt de Paris), journaliste, d\u00e9put\u00e9, ministre, deux fois pr\u00e9sident du Conseil et \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb \u00e0 la fin de la Grande Guerre\u2026 mais pas pr\u00e9sident.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2387\" class=\"cit-num\">2387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0juin 1888. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920-1922), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec des accents hugoliens, il s\u2019oppose au g\u00e9n\u00e9ral Boulanger (qu\u2019il a d\u2019abord soutenu), voyant poindre en lui un nouveau Bonaparte, accus\u00e9 de \u00ab\u00a0faire dispara\u00eetre la politique de parti et le parlementarisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9, Clemenceau se d\u00e9clare solidaire de l\u2019histoire du parti r\u00e9publicain et de ses luttes depuis un si\u00e8cle et proclame son attachement \u00e0 un r\u00e9gime de libre discussion\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019honneur de la R\u00e9publique est dans la libre parole avec ses risques et ses inconv\u00e9nients.\u00a0\u00bb C\u2019est rendre hommage \u00e0 ce r\u00e9gime si souvent d\u00e9cri\u00e9, y compris par lui-m\u00eame. Vingt ans apr\u00e8s, devenu pr\u00e9sident du Conseil, il se plaindra des d\u00e9bats sans fin \u00e0 la Chambre\u00a0: \u00ab\u00a0On perd trop de temps en de trop longs discours.\u00a0\u00bb Ce dilemme est inh\u00e9rent au r\u00e9gime parlementaire\u00a0: comment assurer la libre expression des forces politiques repr\u00e9sent\u00e9es dans les assembl\u00e9es sans paralyser le fonctionnement de l\u2019institution parlementaire\u00a0? Le Parlement, lieu o\u00f9 l\u2019on vote, est aussi et par d\u00e9finition celui o\u00f9 l\u2019on parle.<\/p>\n<p>Ce grand homme d\u2019\u00c9tat est aussi chef de guerre (comme de Gaulle). En novembre 1917, appel\u00e9 \u00e0 76 ans et en dernier recours et par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9, il forme un gouvernement accept\u00e9 par une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s. Le \u00ab\u00a0Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb va devenir le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb, exer\u00e7ant une v\u00e9ritable dictature avec supr\u00e9matie du pouvoir civil sur le militaire. Il incarne une r\u00e9publique jacobine au patriotisme ardent, anim\u00e9 par la volont\u00e9 de se battre jusqu\u2019au bout, mais autrement.<\/p>\n<p>Il finit pourtant par deux \u00e9checs\u00a0politiques\u00a0: devenu le \u00ab\u00a0Perd la Victoire\u00a0\u00bb et avouant qu\u2019\u00ab\u00a0il est plus facile de faire la guerre que la paix\u00a0\u00bb, il \u00e9chouera \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique face \u00e0 un candidat qui se r\u00e9v\u00e8lera tr\u00e8s vite dramatiquement d\u00e9pass\u00e9 par la fonction\u00a0: Paul Deschanel.<br>Rappelons qu\u2019il y eut un \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb tout \u00e0 son honneur dans cette longue vie. Il fut m\u00e9decin dans sa Vend\u00e9e natale comme son p\u00e8re, puis dans un modeste dispensaire de Montmartre jusqu\u2019en 1885. Bien que non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 au titre de maire, \u00ab\u00a0le m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb ne demande pas d\u2019honoraires \u00e0 ses patients. Il combattit les id\u00e9es de Pasteur (tr\u00e8s controvers\u00e9 \u00e0 l\u2019origine) et reconnut son erreur quand le savant fut universellement reconnu.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de sa vie, il voyagea en Asie et s\u2019initia au bouddhisme, v\u00e9cut une belle relation avec Marguerite Baldensperger (sa cadette de quarante ans) et\u00a0 prot\u00e9gea son vieil ami Claude Monet, cr\u00e9ateur de l\u2019impressionnisme. Retrait\u00e9 politique, il se rendit souvent dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Giverny, admirant plus que jamais le peintre des <em>Nymph\u00e9as<\/em> qui jette les derni\u00e8res forces de son g\u00e9nie dans cette s\u00e9rie de toiles hyper impressionnistes, hymne \u00e0 la Nature et \u00e0 la Couleur. Apr\u00e8s la mort de l\u2019artiste, il organise et inaugure le 17 mai 1927 l\u2019exposition au \u00ab\u00a0mus\u00e9e Claude Monet\u00a0\u00bb, aujourd\u2019hui mus\u00e9e de l\u2019Orangerie \u00e0 Paris, digne \u00e9crin pour le dernier chef d\u2019\u0153uvre de Monet enfin expos\u00e9 au public<\/p>\n<p><strong>\u00c9mile Zola\u00a0: romancier populaire, journaliste litt\u00e9raire et politique, \u00ab\u00a0premier\u00a0\u00bb intellectuel engag\u00e9 dans l\u2019Affaire.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation\u00a0: \u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende, mais devant l\u2019Histoire, il vaincra et Dreyfus sera finalement r\u00e9habilit\u00e9. Mais l\u2019Affaire a d\u00e9chir\u00e9 durablement la France.<\/p>\n<p><strong>Lyautey\u00a0: militaire, premier r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc (protectorat), ministre de la Guerre, mar\u00e9chal de France, acad\u00e9micien.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour pacifier un pays, il semble qu\u2019il faille recourir aux moyens pacifiques. Cette \u00e9nonciation para\u00eet na\u00efve\u00a0; cependant, il n\u2019y a pas longtemps qu\u2019elle est accept\u00e9e des Gouvernements. Ils ont eu longtemps, et peut-\u00eatre gardent-ils encore, une secr\u00e8te tendresse pour les moyens r\u00e9pressifs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2530\" class=\"cit-num\">2530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LYAUTEY<\/span> (1854-1934),<em> Paroles d\u2019action, 1900-1926<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des luttes internes, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9difie un vaste empire colonial. Ferry en fut l\u2019initiateur politique (1880-1885). \u00c9cole coloniale, arm\u00e9e coloniale, minist\u00e8re des Colonies sont les instruments cr\u00e9\u00e9s en\u00a01893 et\u00a01894.<\/p>\n<p>Lyautey incarne l\u2019action sur le terrain\u00a0: conqu\u00eate et pacification. Il commen\u00e7a dans le Sud alg\u00e9rien (en 1879), puis fut envoy\u00e9 en Indochine (1894) et \u00e0 Madagascar (1895) avec Gallieni, avant de partir en Afrique du Nord o\u00f9 la guerre le trouvera en 1914, r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la plus monumentale \u00e2nerie que le monde ait jamais faite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il faut oser le dire, quand on est militaire en exercice. Clemenceau lui rendra hommage \u00e0 sa mani\u00e8re virile\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Voil\u00e0 un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul\u2026 m\u00eame quand ce n\u2019\u00e9taient pas les siennes.\u00a0\u00bb (Lyautey\u00a0 \u00e9pousa quand m\u00eame une infirmi\u00e8re militaire, In\u00e8s de Bourgoing). Il sera ministre de la Guerre dans le gouvernement Briand (1916-1917), mar\u00e9chal de France en 1921 et finira couvert d\u2019honneurs, inhum\u00e9 aux Invalides \u00e0 79 ans. Pour l\u2019anecdote, il est pr\u00e9sident d\u2019honneur des trois f\u00e9d\u00e9rations des Scouts de France et sa devise (emprunt\u00e9e \u00e0 Shelley et \u00e0 Shakespeare) \u00e9tait \u00ab\u00a0La joie de l\u2019\u00e2me est dans l\u2019action\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Jean Jaur\u00e8s\u00a0: historien (de la R\u00e9volution), professeur de philosophie, d\u00e9put\u00e9 socialiste, journaliste engag\u00e9, d\u00e9fenseur de la paix, assassin\u00e9 la veille de la Grande Guerre.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2557\" class=\"cit-num\">2557<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, v\u00e9ritable ic\u00f4ne de la gauche socialiste. Tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux, il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9. [\u2026]\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg. Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes.\u00a0\u00bb L\u2019\u0153uvre fait scandale et l\u2019auteur suscite des haines au sein de la droite nationaliste.<\/p>\n<p>Socialiste \u00e0 la fois internationaliste et pacifiste, il a v\u00e9cu dramatiquement l\u2019approche de la guerre de 1914\u00a0: \u00ab\u00a0Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage.\u00a0\u00bb Cherchant appui aupr\u00e8s du mouvement ouvrier pour l\u2019\u00e9viter, il est assassin\u00e9 le 31\u00a0juillet 1914 par un nationaliste. Ce que n\u2019a pas su faire la R\u00e9publique, cahotant de crises en \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb en scandales, la guerre l\u2019accomplit alors\u00a0: l\u2019union sacr\u00e9e des Fran\u00e7ais, l\u2019unit\u00e9 nationale retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Raymond Poincar\u00e9\u00a0: avocat, d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, plusieurs fois ministre, pr\u00e9sident du Conseil, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est possible \u00e0 un peuple d\u2019\u00eatre efficacement pacifique qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2564\" class=\"cit-num\">2564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">POINCAR\u00c9<\/span> (1860-1934), message aux Chambres, 20\u00a0f\u00e9vrier 1913. <em>Histoire illustr\u00e9e de la guerre de 1914<\/em> (1915), Gabriel Hanotaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant donn\u00e9 sa version du \u00ab\u00a0<em>Si vis pacem, para bellum<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb), le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une France diminu\u00e9e, une France expos\u00e9e, par sa faute, \u00e0 des d\u00e9fis, \u00e0 des humiliations, ne serait plus la France.\u00a0\u00bb Alors que Jaur\u00e8s le pacifiste d\u00e9clare \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb, Poincar\u00e9 renforce l\u2019alliance avec la Russie, mais aussi l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas un homme qui triomphe, ce n\u2019est pas un parti. C\u2019est une id\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb <em>Le Journal<\/em>, 18\u00a0janvier 1913, au lendemain de l\u2019\u00e9lection de Poincar\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence. D\u00e9put\u00e9 ou ministre, il s\u2019\u00e9tait toujours tenu prudemment \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, hors du Bloc et des radicaux. C\u2019est donc le r\u00e9sultat d\u2019une nouvelle alliance\u00a0: celle de la droite traditionnelle, des r\u00e9publicains de gouvernement et d\u2019une partie des radicaux touch\u00e9s par le renouveau nationaliste et sensibles aux mots d\u2019ordre d\u2019union, de patrie. Caillaux, plus clairvoyant, proph\u00e9tise\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la guerre.\u00a0\u00bb Mais qui peut le croire\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Charles P\u00e9guy\u00a0: po\u00e8te ignor\u00e9, patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, isol\u00e9 par son intransigeance, \u00ab\u00a0mort pour la France\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mystique r\u00e9publicaine, c\u2019est quand on mourait pour la R\u00e9publique, la politique r\u00e9publicaine, c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019on en vit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2556\" class=\"cit-num\">2556<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>Notre jeunesse<\/em> (1910)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9chirement est \u00e0 la d\u00e9mesure de l\u2019enjeu et \u00ab\u00a0l\u2019essentiel est que la mystique ne soit point d\u00e9vor\u00e9e par la politique \u00e0 laquelle elle a donn\u00e9 naissance\u00a0\u00bb. C\u2019est dire si P\u00e9guy, l\u2019humaniste qui se voudra toujours engag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort (aux premiers jours de la prochaine guerre) dut souffrir de la politique politicienne n\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Rejet\u00e9 de tous les groupes constitu\u00e9s, parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise comme au parti socialiste, d\u00e9chir\u00e9 par ses contradictions apparentes, isol\u00e9 par son intransigeance et ignor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort du grand public, c\u2019est l\u2019un des rares intellectuels de l\u2019\u00e9poque \u00e9chappant aux \u00e9tiquettes. Voyant pour seul \u00ab\u00a0rem\u00e8de au mal universel l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique socialiste universelle\u00a0\u00bb, il cr\u00e9e ses<em> Cahiers de la Quinzaine<\/em> pour y traiter les probl\u00e8mes du temps, y publier ses \u0153uvres et celles d\u2019amis (Romain Rolland, Julien Benda, Andr\u00e9 Suar\u00e8s).<\/p>\n<p>De plus en plus isol\u00e9, il t\u00e9moigne \u00e0 la fois contre le mat\u00e9rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les man\u0153uvres des politiques, la morale fig\u00e9e des bien-pensants.<\/p>\n<p>Il se r\u00e9fugie dans la po\u00e9sie et reste pour cela\u00a0: \u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0! Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb <em>\u00c8ve<\/em> (1914). Deux derniers alexandrins d\u2019un po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Le po\u00e8te appelle de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front \u00e0 Villeroy, le 5\u00a0septembre, veille de la (premi\u00e8re) bataille de la Marne.<\/p>\n<p><strong>Anatole France\u00a0: \u00e9crivain et prix Nobel de litt\u00e9rature, critique litt\u00e9raire, journaliste, intellectuel engag\u00e9, favorable au socialisme et au communisme, mais esprit toujours critique et libre.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On croit mourir pour la patrie\u00a0; on meurt pour des industriels.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2641\" class=\"cit-num\">2641<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 18\u00a0juillet 1922. <em>La M\u00eal\u00e9e des pacifistes, 1914-1945<\/em> (2000), Jean-Pierre Biondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1920, les liens entre la politique et l\u2019\u00e9conomie, l\u2019imbrication de la haute administration, du monde des affaires et du personnel politicien deviennent de plus en plus \u00e9vidents. Le probl\u00e8me de l\u2019engagement se pose aux intellectuels avec une acuit\u00e9 douloureuse, \u00e0 la d\u00e9mesure des enjeux \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Prix Nobel de litt\u00e9rature en 1921, romancier tr\u00e8s lu et respect\u00e9 du milieu litt\u00e9raire, Anatole France est aussi un intellectuel en phase avec son temps. Il pr\u00eate son appui au socialisme, puis au communisme naissant. Anim\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0ardente charit\u00e9 du genre humain\u00a0\u00bb, souvent engag\u00e9 dans des luttes politiques (jadis aux c\u00f4t\u00e9s de Zola dans l\u2019Affaire Dreyfus), il se garde cependant de tout dogmatisme et se m\u00e9fie de toutes les mystiques.<\/p>\n<p><strong>Romain Rolland\u00a0: \u00e9crivain et prix Nobel de litt\u00e9rature, historien, musicologue, humaniste passionn\u00e9, pacifiste et internationaliste d\u00e9chir\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec le prol\u00e9tariat, toutes les fois qu\u2019il respectera la v\u00e9rit\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9. Contre le prol\u00e9tariat, toutes les fois qu\u2019il violera la v\u00e9rit\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2642\" class=\"cit-num\">2642<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">ROLLAND<\/span> (1866-1944), \u00e0 Am\u00e9d\u00e9e Dunois, R\u00e9ponse \u00e0<em> l\u2019Humanit\u00e9<\/em> (1922).<em> Un beau visage \u00e0 tous les sens<\/em> (1967), Marie Romain Rolland<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un \u00e9crivain engag\u00e9 dans l\u2019action avec le c\u0153ur \u00e0 gauche, une sinc\u00e9rit\u00e9 n\u2019ayant d\u2019\u00e9gale que sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, mais un refus de tout embrigadement, une volont\u00e9 de conserver \u00ab\u00a0l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019esprit, d\u2019abord, et avant tout, et contre tout, co\u00fbte que co\u00fbte\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 son hostilit\u00e9 \u00e0 toute dictature et raison d\u2019\u00c9tat, maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 ses amis communistes, et sa certitude que \u00ab\u00a0l\u2019esprit vraiment r\u00e9volutionnaire est arm\u00e9 aussi bien contre les pr\u00e9jug\u00e9s nouveaux de la R\u00e9volution prol\u00e9tarienne que contre les pr\u00e9jug\u00e9s anciens de la monarchie bourgeoise\u00a0\u00bb (<em>\u00c0 l\u2019Acad\u00e9mie de Moscou<\/em>, 1925).<\/p>\n<p><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie\u00a0: scientifique et communiste.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis communiste parce que cela me dispense de r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2643\" class=\"cit-num\">2643<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">JOLIOT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1900-1958). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Position radicale \u2013 et radicalement diff\u00e9rente d\u2019Anatole France et Romain Rolland. Ce grand scientifique (prix Nobel de chimie avec sa femme, en 1935) sera membre actif du Parti communiste \u00e0 partir de 1942. Engagement inconditionnel fr\u00e9quent dans la classe ouvri\u00e8re o\u00f9 le Parti est vu comme une grande famille, mais rare chez les intellectuels souvent tortur\u00e9s par ce choix, vu les \u00e9v\u00e9nements mondiaux et la politique de l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>.<\/p>\n<p><strong>Montherlant\u00a0: auteur de roman, de th\u00e9\u00e2tre et d\u2019essais, humaniste refusant de prendre politiquement parti.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre patriote, et \u00eatre Fran\u00e7ais, en 1932, c\u2019est vivre crucifi\u00e9. La France est en pleine d\u00e9composition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2659\" class=\"cit-num\">2659<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henry de <span class=\"caps\">MONTHERLANT<\/span> (1895-1972), <em>Carnets, 1930-1944<\/em> (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent lecteur de Maurice Barr\u00e8s (ma\u00eetre \u00e0 penser de sa g\u00e9n\u00e9ration), patriote sans \u00eatre pour autant nationaliste, adversaire d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Allemagne nazie, mais soup\u00e7onn\u00e9 ensuite de collaboration, Montherlant est moins politiquement engag\u00e9 que la plupart de ses confr\u00e8res, ce qui lui permet d\u2019\u00eatre avant tout lucide, dans son pessimisme hautain.<\/p>\n<p>La France est malade de la crise \u00e9conomique mondiale qui l\u2019atteint avec retard. La bataille politique perturbe un r\u00e9gime parlementaire dont l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle est chronique. L\u2019affaire Oustric (banquier sp\u00e9culateur) a provoqu\u00e9 un scandale financier qui implique diverses personnalit\u00e9s politiques, dont le ministre de la Justice, Raoul P\u00e9ret. Les accords de Lausanne (juillet\u00a01932) ent\u00e9rinent le renoncement de la France aux r\u00e9parations allemandes et le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Paul Doumer, meurt victime d\u2019un attentat commis par un \u00e9migr\u00e9 russe, le 6\u00a0mai 1932.<\/p>\n<p><strong>Georges Bernanos\u00a0: \u00e9crivain catholique aux engagements politiques successifs.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nationalisme [\u2026] quel chemin il a fait [\u2026] Les puissants ma\u00eetres de l\u2019or et de l\u2019opinion universelle l\u2019ont vite arrach\u00e9 aux mains des philosophes et des po\u00e8tes. Ma Lorraine\u00a0! ma Provence\u00a0! ma Terre\u00a0! mes Morts\u00a0! Ils disaient\u00a0: mes phosphates, mes p\u00e9troles, mon fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2694\" class=\"cit-num\">2694<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BERNANOS<\/span> (1888-1948), <em>Les Grands Cimeti\u00e8res sous la lune<\/em> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catholique lorrain n\u00e9 \u00e0 Paris et monarchiste militant \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise de Maurras (extr\u00eame-droite) avant la guerre de 1914, r\u00e9form\u00e9, engag\u00e9 volontaire pour la guerre dans les tranch\u00e9es, Bernanos est un romancier tr\u00e8s lu, tout en d\u00e9non\u00e7ant<em> La Grande Peur des bien-pensants<\/em> (1930), c\u2019est-\u00e0-dire la faillite de la bourgeoisie fran\u00e7aise. Il r\u00e9cidive huit ans apr\u00e8s, s\u2019\u00e9levant contre son mat\u00e9rialisme avec une violence de pamphl\u00e9taire.<\/p>\n<p>En 1936, on le retrouve au c\u00f4t\u00e9 des\u00a0 R\u00e9publicains espagnols contre Franco et bient\u00f4t avec de Gaulle contre P\u00e9tain. C\u2019est dire le d\u00e9chirement de cet homme toujours engag\u00e9 dans une p\u00e9riode particuli\u00e8rement tragique.<\/p>\n<p><strong>Aristide Briand\u00a0: avocat et carri\u00e8re politique, d\u00e9put\u00e9, ministre (26 fois), pr\u00e9sident du Conseil, prix Nobel de la paix (1926).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je dis que la France ne se diminue pas, ne se compromet pas, quand, libre de toutes vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et ne servant que des id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019humanit\u00e9, elle se dresse et dit \u00e0 la face du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous d\u00e9clare la Paix\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2655\" class=\"cit-num\">2655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRIAND<\/span> (1862-1932), <em>Paroles de paix<\/em> (1927)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 10\u00a0d\u00e9cembre 1926, le \u00ab\u00a0P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9 aussi \u00ab\u00a0l\u2019Arrangeur\u00a0\u00bb pour son aptitude \u00e0 trouver \u00e0 tout probl\u00e8me une solution de compromis, plus de vingt fois ministre (notamment aux Affaires \u00e9trang\u00e8res), re\u00e7oit le prix Nobel de la paix \u2013\u00a0avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de Poincar\u00e9 qui (avec le pr\u00e9sident Doumergue) incarne la fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, Briand croit \u00e0 la r\u00e9conciliation, au d\u00e9sarmement, au droit international et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) garante de la paix. Apr\u00e8s le pacte de Locarno d\u2019octobre\u00a01925 qui garantit les fronti\u00e8res fix\u00e9es au trait\u00e9 de Versailles, il salue l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Allemagne au sein de la <span class=\"caps\">SDN<\/span>. Et il devient lyrique pour pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e le pacte Briand-Kellogg du 27\u00a0ao\u00fbt 1928, con\u00e7u avec son homologue am\u00e9ricain\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce qu\u2019est le pacte de Paris. Il met la guerre hors la loi. Il dit aux peuples\u00a0: la guerre n\u2019est pas licite, c\u2019est un crime. La nation qui attaque une autre nation, la nation qui d\u00e9clenche ou d\u00e9clare la guerre, est une criminelle.\u00a0\u00bb Au terme de ce trait\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Paris, 15 pays (bient\u00f4t suivis par 48 autres, y compris l\u2019Allemagne, le Japon et l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>) condamnent la guerre \u00ab\u00a0comme instrument de la politique nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malheureusement, nulle sanction n\u2019est pr\u00e9vue en cas d\u2019infraction\u00a0! Et d\u00e9j\u00e0, Adolf Hitler a r\u00e9dig\u00e9 <em>Mein Kampf<\/em> (1924), ne dissimulant rien de l\u2019Ordre nouveau qu\u2019il veut imposer \u00e0 l\u2019Europe, organisant le parti nazi (Parti national-socialiste ouvrier) et cr\u00e9ant en 1926 les <span class=\"caps\">SS<\/span> (police militaris\u00e9e). Le krach de Wall Street, ce \u00ab\u00a0Jeudi noir\u00a0\u00bb du 24\u00a0octobre 1929 o\u00f9 les valeurs boursi\u00e8res s\u2019effondrent, avant d\u2019entra\u00eener l\u2019\u00e9conomie mondiale dans la tourmente, ruine les r\u00eaves de paix et favorise l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir. C\u2019en est bient\u00f4t fini de l\u2019\u00e8re Briand.<\/p>\n<p><strong>Charles Maurras\u00a0: \u00e9crivain, journaliste politique, militant d\u2019extr\u00eame droite.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas une id\u00e9e n\u00e9e d\u2019un esprit humain qui n\u2019ait fait couler du sang sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2627\" class=\"cit-num\">2627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952),<em> La Dentelle du rempart<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des le\u00e7ons de l\u2019histoire, de France, d\u2019ailleurs et de toujours, mais qui prend une v\u00e9rit\u00e9 plus dramatique au c\u0153ur du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle o\u00f9 la guerre des id\u00e9ologies l\u2019emporte sur la guerre des patries. Les statistiques ne comptent plus par milliers, mais par millions les victimes des \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb\u00a0: hitl\u00e9risme, fascisme, stalinisme, communisme.<\/p>\n<p>Maurras se situe \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite sur l\u2019\u00e9chiquier politique. La R\u00e9publique a trouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux au lendemain de la victoire de 1918. Le combat reprend ensuite contre le r\u00e9gime et la d\u00e9mocratie, synonyme de \u00ab\u00a0mort politique\u00a0\u00bb. La France \u00e9tant devenue profond\u00e9ment r\u00e9publicaine, les royalistes ne sont plus qu\u2019une secte \u2013 qui s\u00e9duit des intellectuels aussi prestigieux que Gide, Proust, le jeune Malraux. Et Mauriac confie \u00e0 Roger St\u00e9phane (cit\u00e9 dans <em>Tout est bien<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0On ne pouvait pas ne pas lire <em>L\u2019Action Fran\u00e7aise<\/em>, c\u2019\u00e9tait le journal le mieux \u00e9crit et le plus intelligent.\u00a0\u00bb Sa mise \u00e0 l\u2019Index par le Vatican (1926) r\u00e9duira son audience dans les milieux catholiques.<\/p>\n<p><strong>Paul Val\u00e9ry\u00a0: po\u00e8te, philosophe, intellectuel, ma\u00eetre \u00e0 penser \u00ab\u00a0officiel\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l\u2019intellect ait \u00e9labor\u00e9. Ses propri\u00e9t\u00e9s sont bien connues. Il fait r\u00eaver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exag\u00e8re leurs r\u00e9flexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au d\u00e9lire des grandeurs ou \u00e0 celui de la pers\u00e9cution et rend les nations am\u00e8res, superbes, insupportables et vaines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2660\" class=\"cit-num\">2660<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>Discours de l\u2019histoire<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Esp\u00e8ce de po\u00e8te d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (dit-il de lui-m\u00eame), croulant sous les honneurs, il demeure plus que jamais lucide au monde. Cette le\u00e7on d\u2019histoire est paradoxalement sign\u00e9e d\u2019un intellectuel qui refuse \u00e0 l\u2019histoire le nom de vraie science et lui d\u00e9nie toute vertu d\u2019enseignement, car \u00ab\u00a0elle contient tout, et donne des exemples de tout\u00a0\u00bb. Donc, se m\u00e9fier des pr\u00e9tendues le\u00e7ons du pass\u00e9, d\u2019autant que \u00ab\u00a0nous entrons dans l\u2019avenir \u00e0 reculons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Breton\u00a0: po\u00e8te, \u00e9crivain, th\u00e9oricien et chef de file du surr\u00e9alisme.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d\u2019ordre pour nous n\u2019en font qu\u2019un.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2669\" class=\"cit-num\">2669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">BRETON<\/span> (1896-1966), <em>Position politique du surr\u00e9alisme<\/em>, Discours au Congr\u00e8s des \u00e9crivains (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La politisation du mouvement surr\u00e9aliste est l\u2019une des raisons de son \u00e9clatement. Le \u00ab\u00a0pape\u00a0\u00bb du mouvement, Andr\u00e9 Breton qui est au Parti communiste depuis 1927, a entra\u00een\u00e9 nombre de camarades, mais il rompt en 1935. \u00c0 l\u2019inverse, les po\u00e8tes Paul \u00c9luard et Louis Aragon demeurent fid\u00e8les \u00e0 l\u2019engagement et au communisme.<\/p>\n<p>\u00catre ou ne pas \u00eatre communiste, l\u2019\u00eatre ou ne pas l\u2019\u00eatre inconditionnellement, telles sont les questions r\u00e9currentes que se posent nombre d\u2019artistes et d\u2019intellectuels, dans l\u2019entre-deux-guerres. La guerre \u00e0 venir, l\u2019attitude de la Russie sovi\u00e9tique et la R\u00e9sistance vont encore bouleverser les donn\u00e9es du probl\u00e8me.<\/p>\n<p><strong>Nelly Roussel\u00a0: journaliste, f\u00e9ministe, antinataliste et \u00ab\u00a0n\u00e9omalthusienne\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la gr\u00e8ve, camarades\u00a0! la gr\u00e8ve des ventres. Plus d\u2019enfants pour le Capitalisme, qui en fait de la chair \u00e0 travail que l\u2019on exploite, ou de la chair \u00e0 plaisir que l\u2019on souille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2637\" class=\"cit-num\">2637<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922), <em>La Voix des femmes<\/em>, 6\u00a0mai 1920<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rares sont les f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9poque aussi extr\u00eames que cette journaliste marxiste, militante antinataliste, en cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des m\u00e8res de familles nombreuses\u00a0\u00bb. Le f\u00e9minisme revendiquant des droits pour une cat\u00e9gorie injustement trait\u00e9e se situe logiquement \u00e0 gauche dans l\u2019histoire. Mais du seul fait de la guerre, la condition des femmes a chang\u00e9.<\/p>\n<p>Devenues majoritaires dans le pays, avec un million de veuves de guerre et plusieurs millions de c\u00e9libataires, elles ont pris l\u2019habitude d\u2019occuper des emplois jadis r\u00e9serv\u00e9s aux hommes et d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s nouvelles. De tels acquis sont irr\u00e9versibles. Le droit, la m\u00e9decine, la recherche, le sport leur ouvrent enfin de vrais d\u00e9bouch\u00e9s. Il faut attendre 1924 pour avoir les m\u00eames programmes d\u2019enseignement secondaires, d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9quivalence des baccalaur\u00e9ats masculin et f\u00e9minin. Les femmes entreront au gouvernement \u00e0 la faveur du Front populaire de 1936, dans le minist\u00e8re Blum. Mais toujours pas de droit de vote \u2013 les suffragettes anglaises ont gagn\u00e9 ce combat en 1918.<\/p>\n<p><strong>Albert Lebrun\u00a0:\u00a0major de Polytechnique, ing\u00e9nieur des mines, d\u00e9put\u00e9 (plus jeune parlementaire de France), s\u00e9nateur, pr\u00e9sident du S\u00e9nat, ministre, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (insignifiant selon de Gaulle).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfant du peuple aimant le monde des travailleurs, celui de la terre, de la mine et de l\u2019usine, pla\u00e7ant la libert\u00e9 de conscience en t\u00eate de toutes les libert\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">LEBRUN<\/span> (1871-1950,)\u00a0Profession de foi d\u00e9cembre 1900. <em>Albert Lebrun\u00a0: le dernier Pr\u00e9sident de la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique<\/em> (2013), \u00c9ric Freysselinard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 29 ans, il devient le plus jeune parlementaire de France, \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1932 apr\u00e8s l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Paul Doumer et au terme d\u2019un parcours politique m\u00e9ritant, typique de cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Peu charismatique, fuyant les affrontements partisans et les honneurs, il n\u2019envisageait pas une carri\u00e8re politique, affirmant que c\u2019est la politique qui s\u2019empara de lui. R\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, il \u00e9voluera vers la droite comme nombre de ses confr\u00e8res. D\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur et m\u00eame pr\u00e9sident du S\u00e9nat, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre de la Guerre et des Colonies, son premier septennat est surtout marqu\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement du Front populaire. Suite aux l\u00e9gislatives de 1936 gagn\u00e9es par les gauches, il se r\u00e9sout \u00e0 nommer L\u00e9on Blum \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, avant de signer \u00ab\u00a0la mort dans l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb les grands textes de la nouvelle majorit\u00e9. R\u00e9\u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ce sera l\u2019\u00e9preuve de la guerre et la fin de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Rappelons le jugement du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle\u00a0: \u00ab\u00a0Comme chef de l\u2019\u00c9tat, deux choses lui avaient manqu\u00e9\u00a0: qu\u2019il f\u00fbt un chef\u00a0; qu\u2019il y e\u00fbt un \u00c9tat.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 sa volont\u00e9 d\u2019une nouvelle Constitution renfor\u00e7ant les pouvoirs du chef de l\u2019\u00c9tat \u2013 raison d\u2019\u00eatre de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>L\u00e9on Blum\u00a0: \u00e9crivain et critique litt\u00e9raire, auditeur au Conseil d\u2019\u00c9tat, journaliste \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9, socialiste \u00e0 la <span class=\"caps\">SFIO<\/span>, d\u00e9put\u00e9, chef du gouvernement du Front populaire, prisonnier pendant la guerre, pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">GPRF<\/span>.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est revenu un espoir, un go\u00fbt du travail, un go\u00fbt de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2681\" class=\"cit-num\">2681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), constat du chef du gouvernement, 31\u00a0d\u00e9cembre 1936. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 La France a une autre mine et un autre air. Le sang coule plus vite dans un corps rajeuni. Tout fait sentir qu\u2019en France, la condition humaine s\u2019est relev\u00e9e.\u00a0\u00bb Georges Duby confirme dans son<em> Histoire de la France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le Front populaire, ce n\u2019est pas seulement un catalogue de lois ou une coalition parlementaire. C\u2019est avant tout l\u2019intrusion des masses dans la vie politique et l\u2019\u00e9closion chez elle d\u2019une immense esp\u00e9rance. Il y a une exaltation de 1936 faite de foi dans l\u2019homme, de croyance au progr\u00e8s, de retour \u00e0 la nature, de fraternit\u00e9 et qu\u2019on retrouve aussi bien dans les films de Renoir que dans ce roman de Malraux qui relate son aventure espagnole et justement s\u2019appelle <em>L\u2019Espoir<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9on Blum, avec Jaur\u00e8s, reste une ic\u00f4ne de la gauche. D\u00e8s 1900, il s\u2019est fait remarquer en \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0Nul n\u2019ignore, parmi les socialistes r\u00e9fl\u00e9chis, que la m\u00e9taphysique de Marx est m\u00e9diocre, que sa doctrine \u00e9conomique rompt une maille chaque jour.\u00a0\u00bb L\u2019ann\u00e9e suivante, il affirme que \u00ab\u00a0Toute soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9tend assurer aux hommes la libert\u00e9 doit commencer par leur garantir l\u2019existence.\u00a0\u00bb Il s\u2019inscrit au parti socialiste en 1902 et collabore avec Jaur\u00e8s \u00e0<em> L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, \u00e0 partir de 1904. Il reste surtout comme l\u2019homme du Front populaire (1936-1938) et des grandes avanc\u00e9es sociales \u2013 cong\u00e9s pay\u00e9s, semaine de 40 heures, conventions collectives. Victime de violentes attaques antis\u00e9mites, il pr\u00e9conise une politique de fermet\u00e9 devant Hitler et refuse de voter les pleins pouvoirs au mar\u00e9chal P\u00e9tain. Arr\u00eat\u00e9 en 1940, il est jug\u00e9 au proc\u00e8s de Riom (1942) par le r\u00e9gime de Vichy qui recherche des responsables \u00e0 la d\u00e9faite. Pierre Laval le livre en 1943 aux nazis qui le d\u00e9portent en Allemagne pr\u00e8s de Buchenwald.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, L\u00e9on Blum dirige le dernier gouvernement provisoire (d\u00e9cembre 1946-janvier 1947) avant l\u2019instauration de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Il reste jusqu\u2019\u00e0 sa mort le directeur politique du \u00ab\u00a0Populaire\u00a0\u00bb et d\u00e9nonce le danger pour le r\u00e9gime parlementaire du <span class=\"caps\">RPF<\/span> fond\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<p><strong>Simone Weil\u00a0: philosophe, professeur de lyc\u00e9e, \u00e9crivaine, po\u00e9tesse, syndicaliste, r\u00e9sistante, auteure de journal intime, traductrice, ouvri\u00e8re par id\u00e9al sous le Front populaire.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit, apr\u00e8s avoir toujours pli\u00e9, tout subi, tout encaiss\u00e9 en silence, d\u2019oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole \u00e0 son tour. Se sentir des hommes pendant quelques jours\u2026 Cette gr\u00e8ve est en elle-m\u00eame une joie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2678\" class=\"cit-num\">2678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone Weil (1909-1943),<em> La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/em>, 10\u00a0juin 1936.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agr\u00e9g\u00e9e de philosophie, ouvri\u00e8re chez Renault un an avant, pour \u00eatre au contact du r\u00e9el, elle \u00e9crit son article sous le pseudonyme de\u00a0Simone Galois.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9e de justice, mystique d\u2019inspiration chr\u00e9tienne quoique n\u00e9e juive, toujours contre la force et du c\u00f4t\u00e9 des faibles, des vaincus et des opprim\u00e9s, la jeune femme vibre \u00e0 cette aventure et \u2013 comme elle le fera jusqu\u2019\u00e0 sa mort, \u00e0 34\u00a0ans \u2013 participe pleinement\u00a0: \u00ab\u00a0Joie de vivre parmi ces machines muettes, au rythme de la vie humaine. Bien s\u00fbr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. Mais on n\u2019y pense pas, on est comme des soldats en permission pendant la guerre. Joie de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019usine avec l\u2019autorisation souriante d\u2019un ouvrier. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d\u2019accueil fraternel. Joie de parcourir ces ateliers o\u00f9 on \u00e9tait riv\u00e9 sur sa machine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Maurice Thorez\u00a0: ouvrier, communiste, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du <span class=\"caps\">PCF<\/span> (1930-1964), ministre, vice-pr\u00e9sident du Conseil.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut savoir terminer une gr\u00e8ve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2680\" class=\"cit-num\">2680<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">THOREZ<\/span> (1900-1964), secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du <span class=\"caps\">PCF<\/span>, D\u00e9claration du 11\u00a0juin 1936. <em>Le Front populaire en France<\/em> (1996), Serge Wolikow<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lendemain d\u00e9bute la semaine des accords Matignon (sign\u00e9s le 18\u00a0juin) entre repr\u00e9sentants du patronat fran\u00e7ais et de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>. S\u2019ajouteront diverses mesures impos\u00e9es par le gouvernement Blum au Parlement. En r\u00e9sum\u00e9, reconnaissance du droit syndical, institution de contrats collectifs de travail, de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel\u00a0; semaine de quarante heures, cong\u00e9s pay\u00e9s de deux semaines, augmentation de salaires de 7 \u00e0 15\u00a0%. Les gr\u00e8ves cesseront peu \u00e0 peu, en juillet, ao\u00fbt\u00a0: les dirigeants de gauche n\u2019ont nulle envie de mener les troupes \u00e0 une r\u00e9volution \u2013 sauf une minorit\u00e9 \u00e0 la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> qui ne veut cependant pas compromettre l\u2019unit\u00e9 du parti, et quelques trotskystes qui se trouvent tr\u00e8s isol\u00e9s.<\/p>\n<p>Thorez, en dirigeant responsable, a mis en garde contre l\u2019illusion que \u00ab\u00a0tout est possible\u00a0\u00bb. Son mot sera souvent repris par les chefs syndicalistes. Dans<em> Fils du peuple<\/em> (1937), il revient sur cette id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il est important de bien conduire un mouvement revendicatif, il faut aussi savoir le terminer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Louis-Ferdinand C\u00e9line\u00a0: m\u00e9decin, romancier, pamphl\u00e9taire antis\u00e9mite.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs\u2026 On a beau me salader \u00e0 bloc, c\u2019est bien les Juifs et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses\u2026 Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2688\" class=\"cit-num\">2688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Ferdinand <span class=\"caps\">C\u00c9LINE<\/span> (1894-1961), <em>Bagatelles pour un massacre<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Il met une majuscule aux Juifs dans la logique de la doctrine nazie, faisant r\u00e9f\u00e9rence au peuple et plus encore \u00e0 la race).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le seul antis\u00e9mite de ces ann\u00e9es-l\u00e0, mais c\u2019est l\u2019un de ceux qui s\u2019expriment avec le plus de violence. Ce pamphlet o\u00f9 la haine l\u2019\u00e9gare ach\u00e8ve de faire l\u2019unanimit\u00e9 contre lui. Il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 des ennemis chez les bien-pensants, avec son<em> Voyage au bout de la nuit<\/em> (1932) qui attaque le militarisme, le colonialisme, l\u2019injustice sociale. Ses impressions de retour d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> publi\u00e9es dans <em>Mea Culpa<\/em> (1936) lui ont ensuite ali\u00e9n\u00e9 tous les sympathisants communistes. Ses derniers manuscrits \u00ab\u00a0miraculeusement\u00a0\u00bb retrouv\u00e9s en 2020 confirment que C\u00e9line fut aussi un g\u00e9nie \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9gal de Proust qui ne s\u2019engagea pas vraiment en politique, sauf comme dreyfusard.<\/p>\n<p><strong>\u00c9douard Daladier\u00a0: professeur, puis maire, d\u00e9put\u00e9, ministre, pr\u00e9sident du Conseil et retour \u00e0 la mairie d\u2019Avignon.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il s\u2019agit de d\u00e9membrer la Tch\u00e9coslovaquie, la France dit non. S\u2019il s\u2019agit de permettre \u00e0 trois millions de Sud\u00e8tes qui veulent \u00eatre allemands de le devenir, nous sommes d\u2019accord.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2698\" class=\"cit-num\">2698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DALADIER<\/span> (1884-1970), pr\u00e9sident du Conseil, Conf\u00e9rence de Munich (29-30\u00a0septembre 1938).<em> 1934-1939<\/em> (1968), Michel Ragon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parcours politique classique, mais son nom est surtout associ\u00e9 aux malheureux \u00ab\u00a0accords de Munich\u00a0\u00bb. Voulant sauver la paix \u00e0 tout prix, France et Grande-Bretagne c\u00e8dent face \u00e0 Hitler, abandonnant cette fois un pays alli\u00e9 en reconnaissant l\u2019annexion des Sud\u00e8tes \u2013 au pr\u00e9texte d\u2019une minorit\u00e9 allemande dans ce territoire. L\u2019accord de Munich est ratifi\u00e9 par la Chambre, 535 voix contre 75. Ont vot\u00e9 non\u00a0: 73 communistes et 2 non communistes (Jean Bouhey, socialiste, et Henri de K\u00e9rillis, r\u00e9publicain national).<\/p>\n<p><em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> d\u00e9nonce \u00ab\u00a0le brigandage commis \u00e0 Munich\u00a0\u00bb et Henri de K\u00e9rillis \u00e9crit dans un journal de droite, <em>L\u2019\u00c9poque\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Trente divisions allemandes d\u00e9barrass\u00e9es de tout souci vont se tourner vers nous.\u00a0\u00bb Face aux menaces de guerre qui se pr\u00e9cisent, l\u2019opinion publique est toujours partag\u00e9e, mais les pacifistes sont encore majoritaires. Citons aussi le mot (apocryphe\u00a0?) de Churchill\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez eu \u00e0 choisir entre la guerre et le d\u00e9shonneur vous avez choisi le d\u00e9shonneur, vous aurez la guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Louise Weiss\u00a0: europ\u00e9enne pacifiste, f\u00e9ministe militante, d\u00e9put\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les obsessions sont des fontaines de jouvence. Elles \u00e9pouvantent la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983),<em> Derni\u00e8res volupt\u00e9s<\/em> (1979)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Morte \u00e0 90 ans et toujours active, elle s\u2019est battue avec constance et fermet\u00e9 pour les deux grandes causes qui donn\u00e8rent un sens \u00e0 sa vie\u00a0: l\u2019Europe (et la paix \u00e0 maintenir), le f\u00e9minisme (et les droits \u00e0 conqu\u00e9rir). Consciente de la difficult\u00e9 \u00e0 atteindre des r\u00e9sultats concrets au-del\u00e0 des beaux discours politiques, elle s\u2019est toujours insurg\u00e9e contre une certaine race de militants ou de t\u00e9moins\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0La tribu des il-n\u2019y-a-qu\u2019\u00e0 est la plus redoutable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, comme beaucoup de jeunes de sa g\u00e9n\u00e9ration, elle est marqu\u00e9e par les milliers de morts et l\u2019ampleur des destructions. N\u00e9e Alsacienne, initi\u00e9e aux nouvelles conditions g\u00e9opolitiques de l\u2019Europe par ses amis tch\u00e8ques et slovaques, elle fonde en 1918, \u00e0 25 ans, une revue de politique internationale, <em>l\u2019Europe Nouvelle<\/em> qu\u2019elle dirige entre 1920 et 1934. Les articles, r\u00e9dig\u00e9s par les plus grands noms politiques et universitaires, traitent des questions \u00e9conomiques, diplomatiques et litt\u00e9raires. En 1924, elle rencontre Aristide Briand \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (<span class=\"caps\">SDN<\/span>) \u00e0 Gen\u00e8ve. Dans sa revue, elle soutient sa politique en faveur de la paix et d\u00e9fend ses id\u00e9es sur la construction europ\u00e9enne (m\u00e9morandum sur l\u2019Union f\u00e9d\u00e9rale europ\u00e9enne et projet d\u2019Union europ\u00e9enne). Elle surnommera Briand \u00ab\u00a0le P\u00e8lerin de la Paix\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les paysannes restaient bouche b\u00e9e quand je leur parlais du vote. Les ouvri\u00e8res riaient, les commer\u00e7antes haussaient les \u00e9paules, les bourgeoises me repoussaient horrifi\u00e9es.\u00a0\u00bb Elle \u00e9voque une de ses conf\u00e9rences de 1934 dans<em> Ce que femme veut<\/em> (1946). Seconde obsession, second combat et celui-ci sera gagn\u00e9 de son vivant\u00a0! Les femmes votent en France depuis le 21 avril 1944 (ordonnance du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle). En 1979, \u00e0 86 ans, Louise Weiss est elle-m\u00eame \u00e9lue aux premi\u00e8res \u00e9lections europ\u00e9ennes au suffrage universel direct du Parlement europ\u00e9en, sur la liste gaulliste. Lors de la s\u00e9ance d\u2019ouverture, elle prononce en sa qualit\u00e9 de doyenne un discours o\u00f9 elle salue la m\u00e9moire des Europ\u00e9ens qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Rentr\u00e9e dans le rang des d\u00e9put\u00e9s de 1979 \u00e0 sa mort, membre de la commission parlementaire Culture, Jeunesse et Sport, elle imagine la cr\u00e9ation d\u2019une Universit\u00e9 europ\u00e9enne, envisage l\u2019\u00e9change g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de professeurs ou projette de cr\u00e9er \u00e0 Strasbourg un Mus\u00e9e de l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne. Beaucoup de r\u00e9alisations de l\u2019Union europ\u00e9enne ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es portent la trace de cette femme exceptionnelle.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le CV est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de l\u2019Histoire en citations. Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste&#8230;), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":79,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9552","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9552"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9552\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16257,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9552\/revisions\/16257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}