{"id":9555,"date":"2022-10-24T00:00:00","date_gmt":"2022-10-23T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-xixe-siecle\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:03","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:03","slug":"le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-xixe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/le-cv-des-acteurs-de-lhistoire-xixe-siecle\/","title":{"rendered":"Le CV des acteurs de l\u2019Histoire (XIXe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Le <span class=\"caps\">CV<\/span> est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste\u2026), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de mis\u00e8re, ambition d\u00e9clar\u00e9e ou hasard d\u2019une rencontre, carri\u00e8re classique ou chaotique, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 pr\u00e9coce ou tardive, fin de vie brutale ou confortable, tous les cas existent\u00a0! Le destin d\u00e9cide souvent, c\u2019est aussi affaire de caract\u00e8re. Mais le contexte historique reste le facteur d\u00e9terminant\u00a0: guerres de Religion, Fronde, R\u00e9volution(s), Commune, Guerres mondiales, Mai 68.<\/p>\n<p>Quatre p\u00e9riodes se d\u00e9gagent clairement pour cet \u00e9dito en quatre semaines.<br>I. De la Gaule au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: succession de destins historiques, incroyables mais vrais.<br><span class=\"caps\">II<\/span>. La R\u00e9volution met la Politique \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: vocations en cha\u00eene et mortalit\u00e9 galopante.<br><span class=\"caps\">III<\/span>. Naissance des partis politique\u00a0au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: l\u2019homme politique entre en sc\u00e8ne et peut faire carri\u00e8re. <br><span class=\"caps\">IV<\/span>. <span class=\"caps\">XX<\/span>e et <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cles\u00a0: la politique est devenue un m\u00e9tier pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">III<\/span>. Naissance des partis politique\u00a0au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: l\u2019homme politique entre en sc\u00e8ne en amateur souvent passionn\u00e9.<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s la parenth\u00e8se de l\u2019Empire absolu, la politique devient une passion fran\u00e7aise, incarn\u00e9e par Hugo et nombre d\u2019auteurs entrant dans l\u2019ar\u00e8ne avec plus ou moins de succ\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb (Lamartine vis\u00e9 par Louis-Philippe)\u2026 Au fil des r\u00e9gimes et des r\u00e9volutions, les utopies et les extr\u00eames se succ\u00e8dent, les socialistes lancent une id\u00e9e neuve, la bourgeoisie profite (sans complexe) du capitalisme, d\u00e9mocrates et lib\u00e9raux luttent pour la libert\u00e9 de la presse, mais le suffrage universel m\u00e8ne au Second Empire qui finit par la guerre avec la Prusse en 1870.<\/p>\n<p>27 <span class=\"caps\">NOMS<\/span>\u00a0: Napol\u00e9on \u2013 Chateaubriand \u2013 Mme de Sta\u00ebl \u2013 Talleyrand \u2013 Cambac\u00e9r\u00e8s \u2013 Comte de Saint-Simon \u2013 Charles Fourier \u2013 Mar\u00e9chal Bugeaud \u2013 Lamartine \u2013 Victor Hugo \u2013 Jules Michelet \u2013 Alexis de Tocqueville \u2013 Fran\u00e7ois Guizot \u2013 Lamennais \u2013 Lacordaire \u2013 Montalembert \u2013 Auguste Comte \u2013 George Sand \u2013 Gustave Flaubert \u2013 Alphonse Baudin \u2013 Martin Nadaud \u2013 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte \u2013 Baron Haussmann \u2013 Auguste Blanqui \u2013 Rochefort \u2013 Louis Blanc \u2013 Proudhon.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-47.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><strong>Napol\u00e9on\u00a0: militaire (strat\u00e8ge et tacticien), homme d\u2019\u00c9tat (r\u00e9formateur et administrateur), leader charismatique, g\u00e9nie hyperactif, personnage s\u00fbr de son destin et mondialement c\u00e9l\u00e8bre.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me regardai pour la premi\u00e8re fois non plus comme un simple g\u00e9n\u00e9ral, mais comme un homme appel\u00e9 \u00e0 influer sur le sort des peuples. Je me vis dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1662\" class=\"cit-num\">1662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au soir de Lodi, 10\u00a0mai 1796. <em>Le Manuscrit de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois avec des notes de Napol\u00e9on<\/em> (1821), Jacob Fr\u00e9d\u00e9ric Lullin de Ch\u00e2teauvieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re victoire d\u00e9cisive sur les Autrichiens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le succ\u00e8s qui fait les grands hommes\u00a0!\u00a0\u00bb dira plus tard Napol\u00e9on\u00a0Ier. \u00c0 Lodi, le tacticien prend les dimensions d\u2019un strat\u00e8ge et le Petit Caporal corse, ce \u00ab\u00a0b\u00e2tard de Mandrin\u00a0\u00bb, brocard\u00e9, utilis\u00e9 par les hommes politiques du Directoire, a soudain conscience de son destin. La m\u00e9tamorphose a frapp\u00e9 ses biographes, et sans doute aussi les contemporains. Six mois plus tard, la victoire de <em>Bonaparte au pont d\u2019Arcole<\/em> est le titre et le sujet du plus c\u00e9l\u00e8bre tableau d\u2019Antoine-Jean Gros, \u00e9l\u00e8ve de David, jeune peintre inspir\u00e9 par son mod\u00e8le, qui affiche l\u2019image du h\u00e9ros, \u00e0 la fois classique et romantique, \u00e9tonnamment contemporain.<\/p>\n<p>Star de<em> l\u2019Histoire en citations<\/em>, g\u00e9nie du Verbe et de l\u2019Action, c\u2019est le personnage le plus c\u00e9l\u00e8bre au monde\u2026 apr\u00e8s J\u00e9sus Christ. Sa gloire num\u00e9rique confirme ce classement remarquable.<\/p>\n<p><strong>Chateaubriand\u00a0: m\u00e9morialiste (historien et premier grand romantique fran\u00e7ais), homme politique (ambassadeur, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, pair de France), vocation d\u2019opposant (sous tous les r\u00e9gimes).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1892\" class=\"cit-num\">1892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un g\u00e9nie de notre litt\u00e9rature. C\u2019est le premier grand romantique fran\u00e7ais \u2013 celui que le jeune Victor Hugo r\u00eavait d\u2019\u00e9galer\u2026 Ses <em>M\u00e9moires<\/em> restent un monument historique et une mine de citations in\u00e9puisable, toujours parfaitement mises en situation, mais trop passionn\u00e9ment subjectives pour \u00eatre conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 factuelle.<\/p>\n<p>En politique, Chateaubriand a surtout une vocation d\u2019\u00e9ternel opposant. \u00c9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, s\u00e9v\u00e8re pour Napol\u00e9on Ier \u00e0 qui il ne pardonne pas l\u2019assassinat du duc d\u2019Enghien, il commence par \u00eatre ultraroyaliste sous les Bourbons revenus, ayant bient\u00f4t rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l\u2019opposition au pouvoir en place, aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux, d\u00e9fenseur de la libert\u00e9 de la presse \u2013 un des combats du si\u00e8cle, finalement gagn\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Chateaubriand se fait en cela proph\u00e8te\u00a0et lyrique dans ses M\u00e9moires\u00a0: \u00ab\u00a0La presse est un \u00e9l\u00e9ment jadis ignor\u00e9, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde\u00a0; c\u2019est la parole \u00e0 l\u2019\u00e9tat de foudre\u00a0: c\u2019est l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sociale [\u2026] Plus vous pr\u00e9tendrez la comprimer, plus l\u2019explosion sera violente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de la presse r\u00e9duite sur ordonnance de Charles X a mis le feu aux poudres de sa monarchie et des journaux comme<em> Le National<\/em> ont jou\u00e9 un r\u00f4le direct dans la R\u00e9volution de juillet. Plus libre sous le nouveau r\u00e9gime (Monarchie de Juillet), la presse se diversifie (des magazines illustr\u00e9s aux revues savantes) et se d\u00e9mocratise\u00a0:<em> La Presse<\/em>, quotidien gouvernemental de Girardin et <em>Le\u00a0Si\u00e8cle<\/em>, quotidien d\u2019opposition de Dutacq, sont lanc\u00e9s \u00e0 40\u00a0francs l\u2019abonnement annuel en 1836, <em>La Libert\u00e9<\/em> d\u2019Alexandre Dumas sera vendue un sou et tir\u00e9e en 1840 \u00e0 plus de 100\u00a0000 exemplaires. Avec l\u2019introduction du roman-feuilleton et de la publicit\u00e9, la cr\u00e9ation de l\u2019Agence Havas et de la presse rotative, la presse moderne est n\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Mme de Sta\u00ebl\u00a0: femme de lettres, de c\u0153ur, de caract\u00e8re et d\u2019influence (litt\u00e9raire et politique), romanci\u00e8re, philosophe, \u00e9pistoli\u00e8re, salonni\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de sta\u00ebl (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve cette ann\u00e9e-l\u00e0 pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. \u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), fervente lectrice de Rousseau, Mme\u00a0de Sta\u00ebl fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Talleyrand\u00a0: \u00e9v\u00eaque sans vocation, d\u00e9put\u00e9 et pr\u00e9sident de la Constituante, ministre, ambassadeur, politicien surdou\u00e9, le plus grand diplomate fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838)<em>, M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807 \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb, dit Fouch\u00e9 en apprenant cet honneur. Il le traitera publiquement de \u00ab\u00a0merde dans un bas de soie\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 tout conscient qu\u2019il ne peut se passer de ses services. Ce duo-duel entre les deux hommes est l\u2019un des plus passionnants de notre Histoire.<\/p>\n<p>Le plus habile diplomate fran\u00e7ais est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes sans l\u2019ombre d\u2019un doute et en tirant profit sans scrupule. Mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Sous l\u2019Empire, il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, pr\u00e9visible d\u00e8s 1809. Son comp\u00e8re Fouch\u00e9, d\u00e9j\u00e0 actif sous la R\u00e9volution, tout aussi intelligent et retors, pense et agit de m\u00eame (mais en criminel).<\/p>\n<p><strong>Cambac\u00e9r\u00e8s\u00a0: avocat et pr\u00eatre sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, grand juriste au service de la R\u00e9volution et de Napol\u00e9on.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir longtemps march\u00e9 sur des ruines, il faut \u00e9lever le grand \u00e9difice de la l\u00e9gislation civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1526\" class=\"cit-num\">1526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), rapport fait \u00e0 la Convention nationale sur le premier projet de Code civil, 21\u00a0ao\u00fbt 1793. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1906), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juriste sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, nourri de la philosophie des Lumi\u00e8res, Jean-Jacques R\u00e9gis de Cambac\u00e9r\u00e8s parle au nom du Comit\u00e9 de l\u00e9gislation \u2013 une vingtaine de comit\u00e9s et sous-comit\u00e9s se r\u00e9partissent le travail par secteurs (finances, instruction publique, marine, guerre, etc.) et pr\u00e9parent les textes pour l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de nos commissions sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cambac\u00e9r\u00e8s pr\u00e9sente son rapport le 9\u00a0ao\u00fbt, puis d\u00e9crit cet \u00ab\u00a0\u00e9difice simple dans sa structure, majestueux dans ses proportions, grand par sa simplicit\u00e9 m\u00eame, et d\u2019autant plus solide que n\u2019\u00e9tant point b\u00e2ti sur le sable mouvant des syst\u00e8mes, il s\u2019\u00e9l\u00e8vera sur la terre ferme des lois de la nature, et sur le sol vierge de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mis en chantier trois ans plus t\u00f4t par la Constituante, le projet sera trois fois rejet\u00e9\u00a0: trop long et pas assez r\u00e9volutionnaire, puis trop court, victime des courants politiques contraires\u2026 C\u2019est quand m\u00eame une \u00e9tape capitale dans l\u2019histoire du droit.<\/p>\n<p><strong>Comte de Saint-Simon\u00a0: philosophe, \u00e9conomiste, pr\u00e9curseur du socialisme (utopique) et de la science sociale.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme a jusqu\u2019ici exploit\u00e9 l\u2019homme. Ma\u00eetres, esclaves\u00a0; patricien, pl\u00e9b\u00e9ien\u00a0; seigneurs, serfs\u00a0; propri\u00e9taires, fermiers\u00a0; oisifs et travailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1902\" class=\"cit-num\">1902<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825),<em> Doctrine de Saint-Simon\u00a0: Exposition. Premi\u00e8re ann\u00e9e<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Beau r\u00e9sum\u00e9 de toute l\u2019histoire du monde des origines \u00e0 nos jours\u2026 et du socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise aux accents messianiques, vingt ans avant le marxisme. Saint-Simon est mort \u2013 arri\u00e8re-cousin du duc de m\u00eame nom, c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9morialiste du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Mais avec les saint-simoniens se constitue en France une sorte de mouvement socialiste \u00e0 la veille de la R\u00e9volution de 1830\u00a0: il ne rassemble encore qu\u2019une infime \u00e9lite, destin\u00e9e \u00e0 se diversifier et s\u2019\u00e9largir, \u00e0 Paris comme en province, dans l\u2019atmosph\u00e8re des lendemains r\u00e9volutionnaires qui vont marquer le si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Charles Fourier\u00a0: philosophe, \u00e9conomiste, socialiste utopique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aimez le travail, nous dit la morale\u00a0: c\u2019est un conseil ironique et ridicule. Qu\u2019elle donne du travail \u00e0 ceux qui en demandent, et qu\u2019elle sache le rendre aimable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1903\" class=\"cit-num\">1903<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">FOURIER<\/span> (1772-1837),<em> Livret d\u2019annonce du nouveau monde industriel<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe et \u00e9conomiste, critique de l\u2019ordre social, il ajoute que le travail \u00ab\u00a0est odieux en civilisation par l\u2019insuffisance du salaire, l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019en manquer, l\u2019injustice des ma\u00eetres, la tristesse des ateliers, la longue dur\u00e9e et l\u2019uniformit\u00e9 des fonctions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fourier trace les grandes lignes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, conforme \u00e0 ses v\u0153ux\u00a0: le phalanst\u00e8re en est la cellule, regroupant les travailleurs associ\u00e9s en une sorte de coop\u00e9rative. Il doit en r\u00e9sulter l\u2019harmonie universelle\u00a0: c\u2019est moins de l\u2019optimisme qu\u2019une utopie qui fera des adeptes sous la Monarchie de Juillet, grande \u00e9poque du socialisme.<\/p>\n<p><strong>Mar\u00e9chal Bugeaud\u00a0: militaire, acteur principal de la politique coloniale en Alg\u00e9rie.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La colonisation ne se fait pas] dans des pots de fleurs sur les terrasses d\u2019Alger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2111\" class=\"cit-num\">2111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas Robert <span class=\"caps\">BUGEAUD<\/span> (1784-1849). <em>Lettres in\u00e9dites du Mar\u00e9chal Bugeaud, duc d\u2019Isly, 1808-1849<\/em> (posthume, 1922)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec son franc-parler militaire, il d\u00e9plore le manque de moyens que lui donne la France. Les d\u00e9put\u00e9s sont bien loin de la r\u00e9alit\u00e9 des op\u00e9rations sur le terrain, en 1842. Le minist\u00e8re Soult-Guizot a des probl\u00e8mes plus hexagonaux \u2013 politiques, \u00e9conomiques et sociaux \u2013 et d\u2019autres colonies sont \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0: occupation de l\u2019archipel des Marquises, protectorat \u00e0 Tahiti, fondations de comptoirs fortifi\u00e9s en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cent mille hommes et cent millions pendant sept ans\u00a0!\u00a0\u00bb Le g\u00e9n\u00e9ral pose ses conditions pour accepter d\u2019\u00eatre gouverneur de l\u2019Alg\u00e9rie. Louis-Philippe c\u00e8de. Bugeaud est nomm\u00e9 gouverneur, le 29\u00a0d\u00e9cembre\u00a01840. Partisan de la guerre acharn\u00e9e, dix ans apr\u00e8s la prise d\u2019Alger, il fait la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie et gagne son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, en 1843. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>\u00a0Ense et aratro<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Par l\u2019\u00e9p\u00e9e et par la charrue\u00a0\u00bb, telle est sa devise. Cela signifie que l\u2019on sert son pays en temps de guerre par les armes, en temps de paix par les travaux de l\u2019agriculture. Bugeaud est le premier des officiers coloniaux \u00e0 mener de front les op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 et les travaux de colonisation\u00a0: d\u00e9frichements, routes, concessions de terre pour attirer de nouveaux colons, etc. Faute de cr\u00e9dits suffisants, Bugeaud, devenu mar\u00e9chal pour son action en Alg\u00e9rie, d\u00e9missionnera de son poste de gouverneur en 1847.<\/p>\n<p><strong>Lamartine\u00a0: po\u00e8te romantique, historien (des Girondins), d\u00e9put\u00e9 populaire, chef charismatique du gouvernement provisoire sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, battu (humili\u00e9) aux \u00e9lections, retour \u00e0 l\u2019\u00e9criture et fin de vie difficile.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son lyrisme fait merveille, aux grandes heures du si\u00e8cle romantique. La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville. Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb Le romancier de <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869), Gustave Flaubert, voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion. Quant \u00e0 Louis-Philippe, rappelons son mot visant Lamartine avant la nouvelle r\u00e9volution qui va le chasser du tr\u00f4ne\u00a0: \u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Victor Hugo\u00a0: po\u00e8te romantique, romancier populaire, dessinateur inspir\u00e9, auteur de th\u00e9\u00e2tre adul\u00e9 et contest\u00e9, pair de France, journaliste passionn\u00e9, d\u00e9put\u00e9 de gauche, pol\u00e9miste et opposant n\u00b01 \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, exil\u00e9 vingt ans, d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain, s\u00e9nateur, panth\u00e9onis\u00e9 vivant\u2026 et d\u00e8s sa mort.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2257\" class=\"cit-num\">2257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots. Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle. Il refusera de rentrer apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie, ce qui contribue \u00e0 sa gloire.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau et l\u2019opposition r\u00e9publicaine r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains et stigmatisant le dictateur, se posant en ultime r\u00e9sistant\u00a0: \u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le pamphlet politique contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, parlant au nom du Peuple, est le messager qui annonce l\u2019espoir, avec la venue de temps meilleurs.<\/p>\n<p>Hugo n\u2019est pas marxiste, mais comme Marx, il d\u00e9nonce le double crime bonapartiste et rapproche les deux coups d\u2019\u00c9tat, 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et 18\u00a0brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> o\u00f9 Bonaparte prit le pouvoir par la violence. Les deux faits sont comparables et l\u2019un est la cons\u00e9quence de l\u2019autre, mais Napol\u00e9on est un h\u00e9ros et l\u2019autre un nain qui s\u2019est servi du nom et de la l\u00e9gende.<\/p>\n<p><strong>Jules\u00a0Michelet\u00a0: historien passionn\u00e9, aussi populaire que controvers\u00e9, homme de gauche influent, mais refusant d\u2019entrer en politique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"391\" class=\"cit-num\">391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats, \u00e9dict\u00e9e par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 153,9 r\u00e9organise la justice, impose le fran\u00e7ais au lieu du latin pour les ordonnances et jugements des tribunaux. Il faudra se battre encore pour que le fran\u00e7ais devienne aussi la langue des savants et des artistes.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, Michelet conna\u00eet la mis\u00e8re dans sa jeunesse et en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions d\u2019un autre style, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il compose dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0<\/em>: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e, maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e. Il contribue aussi \u00e0 nourrir la l\u00e9gende de Jeanne d\u2019Arc dont il est litt\u00e9ralement amoureux. L\u2019historien n\u2019est pas sans reproche, r\u00e9publicain partisan, suspect\u00e9 d\u2019avoir accr\u00e9dit\u00e9 le \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb au d\u00e9triment du r\u00e9cit, mais il a largement contribu\u00e9 \u00e0 populariser l\u2019Histoire, passion fran\u00e7aise depuis le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Alexis de Tocqueville\u00a0: magistrat (Restauration), d\u00e9put\u00e9 et ministre (Deuxi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique), historien (Empire).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les Fran\u00e7ais] veulent l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9 et, s\u2019ils ne peuvent l\u2019obtenir, ils la veulent encore dans l\u2019esclavage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2270\" class=\"cit-num\">2270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859),<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 dans une vieille famille de la noblesse normande, lanc\u00e9 comme la plupart de ses confr\u00e8res dans une carri\u00e8re politique et positionn\u00e9 au centre gauche, il y renonce apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851\u00a0: \u00ab\u00a0Je vaux mieux dans la pens\u00e9e que dans l\u2019action\u00a0\u00bb. Politologue et sociologue inspir\u00e9, historien d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre par son grand essai <em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em> (1835-1840), c\u2019est aussi un philosophe \u2013 le Montesquieu du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle dit-on. Sensible aux progr\u00e8s de l\u2019\u00e9galit\u00e9, il pense cependant qu\u2019il peut d\u00e9couler de la d\u00e9mocratie un redoutable danger, le despotisme de la majorit\u00e9. Pour maintenir la libert\u00e9, deux garanties sont essentielles\u00a0: libert\u00e9 de la presse, ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire. Sa d\u00e9monstration est fond\u00e9e sur l\u2019examen rigoureux des faits historiques. Rappelons qu\u2019\u00e0 cette date (1856), l\u2019Empire est une dictature et le bon usage du suffrage universel est un apprentissage difficile. Si l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits est en progr\u00e8s, dans les faits, le capitalisme triomphant rend les riches plus riches, sans am\u00e9liorer la condition des pauvres.<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Guizot\u00a0: historien et politicien.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enrichissez-vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2114\" class=\"cit-num\">2114<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 1er\u00a0mars 1843.<em> Histoire parlementaire de France\u00a0: recueil complet des discours prononc\u00e9s dans les Chambres de 1819 \u00e0 1848<\/em> (1864), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et pratiquement chef du gouvernement sous la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe,\u00a0 c\u2019est le type m\u00eame du nouveau \u00ab\u00a0politicien\u00a0\u00bb, avec ce que le terme implique d\u2019habilet\u00e9, de pratique, de man\u0153uvres parfois.<\/p>\n<p>Son mot est souvent cit\u00e9 pour condamner ses conceptions politiques et r\u00e9sumer l\u2019esprit \u00e9go\u00efstement bourgeois de la Monarchie de Juillet. Exemple type de d\u00e9sinformation par utilisation d\u2019une citation tronqu\u00e9e. Rappelons le contexte. Guizot r\u00e9pond aux attaques de l\u2019opposition\u00a0: \u00ab\u00a0Fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, \u00e9clairez-vous, enrichissez-vous, am\u00e9liorez la condition morale et mat\u00e9rielle de notre France.\u00a0\u00bb Il reprend le mot lors d\u2019un banquet, la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrichissez-vous par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb (le droit de vote \u00e9tant conditionn\u00e9 par un seuil d\u2019imposition, le cens.)<\/p>\n<p>Louis-Philippe approuve les id\u00e9es de son ministre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ma bouche\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p><strong>Lamennais\u00a0: \u00ab\u00a0pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb, catholique engag\u00e9, croyant insoumis, journaliste et d\u00e9put\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cr\u00e9ateur du catholicisme social, soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9vangile, Lamennais profite de la libert\u00e9 de la presse en 1830 et lance le journal<em> L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique<em> Mirari vos<\/em> (1832). Pour le pape, souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une grave crise de conscience, il rompt avec l\u2019\u00c9glise pour n\u2019\u00eatre plus que socialiste, \u00e0 l\u2019inverse de ses deux amis qui se soumettent, sans abandonner leur action g\u00e9n\u00e9reuse. Lamennais publie ses <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> sous forme de versets comme la Bible et y affirme son socialisme\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pain que les peuples doivent gagner \u00e0 la sueur de leur front\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il pour encourager le peuple au combat contre tous ceux qui l\u2019oppriment. \u00ab\u00a0C\u2019est la <em>Marseillaise<\/em> du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb, dit-on alors. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie. D\u2019o\u00f9 la nouvelle r\u00e9volution de 1848 et la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, son nouveau journal <em>Le Peuple constituant<\/em> cesse de para\u00eetre au 134e num\u00e9ro en raison d\u2019un cautionnement impos\u00e9 \u00e0 la presse\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut aujourd\u2019hui de l\u2019or, beaucoup d\u2019or, pour jouir du droit de parler\u00a0; nous ne sommes pas assez riches. Silence au pauvre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il se retire de la vie politique et meurt en 1854. Sa derni\u00e8re volont\u00e9, que son corps soit conduit directement au P\u00e8re-Lachaise, pour \u00eatre enterr\u00e9 \u00ab\u00a0au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres.\u00a0\u00bb George Sand, Michelet, Hugo ont dit ce qu\u2019ils doivent aux id\u00e9es de Lamennais, \u00e0 son c\u0153ur et \u00e0 son courage militants.<\/p>\n<p><strong>Lacordaire\u00a0: avocat, compagnon de route de Lamennais, pr\u00e9dicateur, th\u00e9ologien, journaliste.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sachent donc ceux qui l\u2019ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu\u2019ils prennent, qu\u2019entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le ma\u00eetre et le serviteur, c\u2019est la libert\u00e9 qui opprime et la loi qui affranchit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2139\" class=\"cit-num\">2139<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri-Dominique <span class=\"caps\">LACORDAIRE<\/span> (1802-1861), Sermon \u00e0 la chaire de Notre-Dame (1848).<em> Conf\u00e9rences de Notre-Dame de Paris, 1835-1851<\/em> (1855), Henri Lacordaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s jeune avocat promis \u00e0 une belle carri\u00e8re, mais converti \u00e0 22 ans et bient\u00f4t pr\u00eatre, ami de Lamennais vou\u00e9 au catholicisme social et lib\u00e9ral, journaliste comme nombre d\u2019appel\u00e9s \u00e0 la politique profitant de la libert\u00e9 de la presse, dominicain consid\u00e9r\u00e9 comme restaurateur des \u00ab\u00a0Fr\u00e8res pr\u00eacheurs\u00a0\u00bb, Lacordaire travaille avec l\u2019\u00e9loquence du pr\u00e9dicateur et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du croyant \u00e0 r\u00e9concilier l\u2019\u00c9glise et le monde moderne. Vaste programme, toujours \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>\u00c9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise au fauteuil de Tocqueville dont il fait l\u2019\u00e9loge et malgr\u00e9 son opposition au Second Empire, cet homme inspir\u00e9 mena toujours une carri\u00e8re atypique.<\/p>\n<p><strong>Montalembert\u00a0: journaliste, historien, \u00e9crivain, compagnon de route de Lamennais, devenu pair de France, d\u00e9put\u00e9, ralli\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.\u00a0<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s\u2019occupe de vous tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2140\" class=\"cit-num\">2140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">MONTALEMBERT<\/span> (1810-1870),<em> Discours, entretiens et autres sources<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tudiant surdou\u00e9, jeune romantique r\u00eavant de sublime et de sacrifice, il se jure \u00e0 quinze ans de servir \u00e0 la fois Dieu et la Libert\u00e9. Il admire Vigny, Lamartine, Hugo, cherche sa voie et rencontre Lamennais dont il subit l\u2019ascendant comme Lacordaire. Il contribue au journal <em>l\u2019Avenir<\/em>, milite ardemment pour diverses causes\u00a0: la libert\u00e9 de l\u2019enseignement, la d\u00e9fense des peuples opprim\u00e9s comme l\u2019Irlande catholique et la Pologne insurg\u00e9e en 1830 contre le tsar de Russie. Mais cela ne m\u00e8ne \u00e0 rien. La mort dans l\u2019\u00e2me, il rompt avec Lamennais l\u2019insoumis, fait un mariage d\u2019amour b\u00e9ni par le pape et, sans l\u2019approuver vraiment, soutient la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Nomm\u00e9 pair de France en 1835, il poursuit sa lutte pour la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9glise et la conqu\u00eate des libert\u00e9s essentielles. \u00c9lu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante en\u00a01848, il se rallie \u00e0 la politique du prince-pr\u00e9sident Louis-Napol\u00e9on Bonaparte et fait ensuite partie du Corps l\u00e9gislatif jusqu\u2019en 1857.<\/p>\n<p><strong>Auguste Comte\u00a0: professeur, philosophe (cr\u00e9ateur du positivisme), sociologue et politologue.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution f\u00e9minine doit maintenant compl\u00e9ter la r\u00e9volution prol\u00e9taire, comme celle-ci consolida la r\u00e9volution bourgeoise \u00e9man\u00e9e d\u2019abord de la r\u00e9volution philosophique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2240\" class=\"cit-num\">2240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857), <em>Cat\u00e9chisme positiviste<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9ritier de Saint-Simon le socialiste utopique qu\u2019il renia, cr\u00e9ateur du positivisme qui pr\u00e9tend faire de la politique une \u00ab\u00a0science positive et physique\u00a0\u00bb, pr\u00e9curseur de la sociologie scientifique, Comte va jusqu\u2019\u00e0 penser un \u00c9tat positiviste ayant pour devise morale\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Amour pour principe, l\u2019Ordre pour base et le Progr\u00e8s pour but.\u00a0\u00bb C\u2019est son utopie personnelle, son amour platonique pour Clotilde de Vaux \u00e9tant responsable de l\u2019orientation de sa philosophie.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0r\u00e9volution f\u00e9minine\u00a0\u00bb se bornera sous l\u2019Empire \u00e0 une mesure qu\u2019il faut mettre au cr\u00e9dit de l\u2019empereur (et de son ministre Victor Duruy)\u00a0: cr\u00e9ation d\u2019un enseignement secondaire pour les jeunes filles, r\u00e9forme tr\u00e8s mal vue par l\u2019\u00c9glise qui perd son monopole en ce domaine.<\/p>\n<p><strong>George Sand\u00a0: romanci\u00e8re populaire et professionnelle, f\u00e9ministe exemplaire et politiquement engag\u00e9e, \u00ab\u00a0la femme du si\u00e8cle\u00a0\u00bb \u00e0 divers titres.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0! Quel r\u00eave\u00a0! [\u2026] On est fou, on est ivre, on est heureux de s\u2019\u00eatre endormi dans la fange et de se r\u00e9veiller dans les cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2150\" class=\"cit-num\">2150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, 9\u00a0mars 1848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette infatigable nature abandonne (provisoirement) l\u2019\u00e9criture et se pr\u00e9cipite \u00e0 Paris, s\u2019enthousiasmant pour la R\u00e9publique comme ses confr\u00e8res (Hugo, Lamartine, Michelet, Tocqueville et tous les \u00ab\u00a0Jeunes-France\u00a0\u00bb romantiques). Elle fonde <em>La Cause du Peuple<\/em> (hebdomadaire dont Sartre fera revivre le nom et qui deviendra <em>Lib\u00e9ration<\/em>), elle ne pense plus qu\u2019\u00e0 la politique, le proclame et s\u2019affiche aux c\u00f4t\u00e9s de Barb\u00e8s (\u00e9meutier r\u00e9volutionnaire lib\u00e9r\u00e9 de prison gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cente r\u00e9volution), Louis Blanc et Ledru-Rollin (membres du gouvernement provisoire).<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Bonne Dame de Nohant\u00a0\u00bb, elle est tr\u00e8s populaire pour ses romans humanitaires et rustiques \u2013 mais ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre lui rapportent encore plus. Un acharnement critique et sexiste s\u2019est d\u00e9cha\u00een\u00e9 contre celle qui prit au d\u00e9but de sa carri\u00e8re un pseudonyme masculin (inspir\u00e9 de son amant Jules Sandeau, avec George sans \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb (\u00e0 l\u2019anglaise) pour \u00eatre plus libre (d\u2019\u00e9criture et de m\u0153urs). Infatigable \u00e0 sa table de travail, c\u2019est \u00ab\u00a0la Vache \u00e0 encre\u00a0\u00bb (selon le po\u00e8te Baudelaire), \u00ab\u00a0la Terrible Vache \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb (pour Sainte-Beuve le critique qui ne l\u2019aime gu\u00e8re), \u00ab\u00a0la Vache laiti\u00e8re au beau style\u00a0\u00bb (pour Nietzsche le philosophe qui ne la supporte pas) et \u00ab\u00a0Miss Agenda\u00a0\u00bb pour sa ponctualit\u00e9 quand il faut remettre sa copie \u00e0 l\u2019\u00e9diteur ou au patron de presse (pour les romans publi\u00e9s d\u2019abord en feuilleton). Elle exasp\u00e9rait Musset son amant de Venise qui ignorait la ponctualit\u00e9, cr\u00e9ant toujours \u00ab\u00a0dans le g\u00e9nie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sand qui n\u2019a que du talent aime son travail, mais doit aussi nourrir sa petite famille (deux enfants), parfois ses amants, ses ami(e)s, entretenir sa ch\u00e8re maison de Nohant, un v\u00e9ritable domaine dans le Berry. Son \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb (terme qu\u2019elle contesterait) tient d\u2019abord \u00e0 son ind\u00e9pendance \u00e9conomique et sa libert\u00e9 de m\u0153urs affich\u00e9e. Bien que passionn\u00e9e par la politique, elle ne fut jamais tent\u00e9e de se lancer dans l\u2019ar\u00e8ne comme Hugo et nombre de ses amis ou confr\u00e8res.\u00a0<\/p>\n<p><strong>Gustave Flaubert\u00a0: romancier (observateur de la vie politique), \u00e9pistolier (en phase avec George Sand).<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des hommes qui \u00e9taient l\u00e0 avaient servi, au moins, quatre gouvernements\u00a0; et ils auraient vendu la France ou le genre humain, pour garantir leur fortune, s\u2019\u00e9pargner un malaise, un embarras, ou m\u00eame par simple bassesse, adoration instinctive de la force.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2040\" class=\"cit-num\">2040<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Chateaubriand, mais dans un autre style, Flaubert se pr\u00e9sente comme un auteur majeur \u00e0 la barre des t\u00e9moins de son temps, peintre minutieux de la bourgeoisie des ann\u00e9es 1840-1850 et des illusions perdues de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, son antih\u00e9ros.<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 avec Hugo, Stendhal, Balzac et Zola comme l\u2019un des grands romanciers fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, Flaubert se distingue par sa conception du m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain et la modernit\u00e9 de son style romanesque, marquant la litt\u00e9rature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de r\u00e9alisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la soci\u00e9t\u00e9. La force de son style se r\u00e9v\u00e8le dans de grands romans\u00a0: <em>Madame Bovary<\/em> (1857), <em>Salammb\u00f4<\/em> (1862),<em> <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>ducation sentimentale<\/em> (1869) ou le recueil de nouvelles <em>Trois Contes<\/em> (1877). Le proc\u00e8s contre Madame Bovary reste dans les annales politico-litt\u00e9raires\u00a0: bl\u00e2m\u00e9 pour \u00ab\u00a0le r\u00e9alisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caract\u00e8res\u00a0\u00bb, il sera finalement acquitt\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ses soutiens dans les milieux artistiques et politiques, dont Victor Hugo, la notori\u00e9t\u00e9 de sa famille (normande) et la plaidoirie de son avocat. La m\u00eame ann\u00e9e 1857, Baudelaire le po\u00e8te est condamn\u00e9 pour ses <em>Fleurs du mal.<\/em><\/p>\n<p><strong>Alphonse Baudin\u00a0: m\u00e9decin des pauvres, d\u00e9put\u00e9 de gauche, mort sur les barricades.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2217\" class=\"cit-num\">2217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour).<\/p>\n<p>Coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte pour conserver le pouvoir (avant de proclamer l\u2019Empire). Authentique homme de gauche, r\u00e9put\u00e9 comme \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule, mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848, au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 3\u00a0d\u00e9cembre est une r\u00e9action contre le coup d\u2019\u00c9tat du 2. Et le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<p><strong>Martin Nadaud\u00a0: ouvrier ma\u00e7on, militant r\u00e9publicain, d\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0exemplaire\u00a0\u00bb de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique , exil\u00e9 sous le Second Empire, pr\u00e9fet (quelques jours en 1870), d\u00e9put\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le b\u00e2timent va, tout va.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2202\" class=\"cit-num\">2202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martin <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1815-1898), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 5\u00a0mai 1850. <em>M\u00e9moires de L\u00e9onard, ancien gar\u00e7on ma\u00e7on<\/em> (1895), Martin Nadaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une vie exemplaire en tout et un personnage comme il en existe peu en politique \u2013 il a \u00e9mu George Sand qui aurait pu en faire le h\u00e9ros d\u2019un de ses romans humanitaires.<\/p>\n<p>Ouvrier ma\u00e7on de la Creuse, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dure, mont\u00e9 \u00e0 Paris (\u00e0 pied) avec son p\u00e8re, autodidacte suivant les cours du soir tout en exer\u00e7ant son m\u00e9tier, faisant des journ\u00e9es de travail de douze \u00e0 quinze heures, accident\u00e9 plusieurs fois sur des chantiers p\u00e9rilleux, militant r\u00e9publicain sous la Monarchie de Juillet, il est \u00e9lu de la Creuse le 13\u00a0mai 1849, d\u00e9put\u00e9 montagnard (socialiste), assez actif pour \u00eatre arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de 1851. Banni, il s\u2019exile sous le Second Empire et rentre en France \u00ab\u00a0avec la libert\u00e9\u00a0\u00bb, comme Hugo. De nouveau \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 de la Creuse, il participe \u00e0 la relance du b\u00e2timent et meurt \u00e0 85\u00a0ans, de retour dans la Creuse.<\/p>\n<p>Sa petite phrase est devenue un mot historique, souvent cit\u00e9. Dans sa bouche, la port\u00e9e en \u00e9tait moins g\u00e9n\u00e9rale et la forme moins concise\u00a0: \u00ab\u00a0Vous le savez, \u00e0 Paris, lorsque le b\u00e2timent va, tout profite de son activit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-105.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><strong>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0: conspirateur, prisonnier, exil\u00e9, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1848, second empereur des Fran\u00e7ais pl\u00e9biscit\u00e9 par le suffrage universel.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie sera consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019affermissement de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2179\" class=\"cit-num\">2179<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours du 21\u00a0septembre 1848.<em> Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous l\u2019influence des saint-simoniens et des s\u00e9jours qu\u2019il fit en Angleterre, le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, entre deux coups de force (Strasbourg en 1836 et Boulogne en 1840), porte un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux qui agitent et divisent la France. \u00c9vad\u00e9 du fort de Ham o\u00f9 il a pass\u00e9 six ans apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne, il r\u00e9ussit \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on sous le nom de Badinguet \u2013 surnom qui restera ironiquement et parfois cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Il entre vraiment dans l\u2019histoire sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: r\u00e9\u00e9lu en septembre 1848 dans cinq d\u00e9partements, l\u2019exil\u00e9 de retour en France choisit l\u2019Yonne, d\u00e9cide de se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et commence \u00e0 faire campagne pour le scrutin pr\u00e9sidentiel, fix\u00e9 aux 10 et 11\u00a0d\u00e9cembre\u00a0: \u00ab\u00a0Les Bonaparte, c\u2019est tout de m\u00eame un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s\u2019attable pour le deuxi\u00e8me service.\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Mauriac. De fait, loin d\u2019affermir la R\u00e9publique, il n\u2019aura de cesse de r\u00e9tablir l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Dans la cat\u00e9gorie politique des h\u00e9ritiers\u00a0(famille des Carnot et Le Pen, mais aussi Martine Aubry, fille de Jacques Delors), Louis-Napol\u00e9on Bonaparte est \u00e9videmment le plus c\u00e9l\u00e8bre. Cet h\u00e9ritage qui explique son irr\u00e9sistible ascension aupr\u00e8s du peuple p\u00e8sera aussi sur son destin. Le nom sera lourd \u00e0 porter pour un personnage qui d\u00e9cevra fatalement.<\/p>\n<p><strong>Baron Haussmann\u00a0: pr\u00e9fet de la Seine, puis s\u00e9nateur, d\u00e9put\u00e9, rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour l\u2019urbanisme \u00e0 son nom.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2258\" class=\"cit-num\">2258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave Nadaud (1820-1893), <em>L\u2019Osmanomanie, chanson. Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier qui fait la satire du Second Empire. Ces formes de contestation \u00e9chappent \u00e0 l\u2019anonymat, preuve que les auteurs courent moins de risques que jadis.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine en 1853 au terme d\u2019une carri\u00e8re pr\u00e9fectorale compl\u00e8te\u00a0(secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de pr\u00e9fecture, sous-pr\u00e9fet, conseiller de pr\u00e9fecture, pr\u00e9fet en province), le baron Haussmann (1809-1891) voit grand et beau pour le Paris imp\u00e9rial. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur, creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues pour faciliter l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades. D\u2019o\u00f9 la suite de la chanson\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/ Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On accuse le baron de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite et bient\u00f4t de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit. Les grands travaux d\u2019\u00ab\u00a0Osman\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8lent ruineux, l\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb rime avec m\u00e9galomanie, les combinaisons de cr\u00e9dit sont douteuses. Le pr\u00e9fet Haussmann sera limog\u00e9 en 1869, mais le Paris imp\u00e9rial de ses r\u00eaves et de ses plans est presque achev\u00e9 et restera le n\u00f4tre, jusque sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>Auguste Blanqui\u00a0: philosophe, homme politique, journaliste, communard, d\u00e9put\u00e9 et souvent prisonnier.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le communisme, qui est la r\u00e9volution m\u00eame, doit se garder des allures de l\u2019utopie et ne se s\u00e9parer jamais de la politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2049\" class=\"cit-num\">2049<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881). <em>Encyclop\u00e9die socialiste, syndicale et coop\u00e9rative de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re<\/em> (1912), Ad\u00e9odat Constant Adolphe Comp\u00e9re-Morel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e9oricien socialiste, le personnage a le sens de la formule\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9conomie politique est le code de l\u2019usure\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Le capital est du travail vol\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9pargne, cette divinit\u00e9 du jour, pr\u00each\u00e9e dans toutes les chaires, l\u2019\u00c9pargne est une peste\u00a0\u00bb\u00a0; etc. Mais Blanqui est surtout un r\u00e9volutionnaire pur et dur, qui organise des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, multiplie les conspirations et passera au total trente ans de sa vie en prison, d\u2019o\u00f9 son surnom\u00a0: l\u2019Enferm\u00e9..<\/p>\n<p><strong>Rochefort\u00a0: journaliste engag\u00e9, pamphl\u00e9taire, communard, homme tr\u00e8s politique au parcours erratique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, dit l\u2019Almanach imp\u00e9rial, contient trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de m\u00e9contentement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2294\" class=\"cit-num\">2294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), <em>La Lanterne<\/em>, 1er\u00a0juin 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase du premier num\u00e9ro, tir\u00e9 \u00e0 50 000 exemplaires. Un vent de libert\u00e9 souffle sur l\u2019Empire qui abolit le r\u00e9gime de la presse de 1852\u00a0: l\u2019autorisation pr\u00e9alable et le syst\u00e8me des avertissements sont supprim\u00e9s, la libert\u00e9 de la presse souffrant encore de restrictions.<\/p>\n<p>Rejeton d\u2019une famille de marquis ruin\u00e9e par la R\u00e9volution, plume ac\u00e9r\u00e9e qui fit ses classes au <em>Charivari<\/em> et au <em>Figaro<\/em>, Rochefort rench\u00e9rit\u00a0bient\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Il para\u00eet que la Constitution anglaise interdit \u00e0 la souveraine de parler politique. La Constitution fran\u00e7aise est moins s\u00e9v\u00e8re\u00a0; elle ne l\u2019interdit qu\u2019aux journalistes.\u00a0\u00bb <em>La Lanterne<\/em>, 15\u00a0ao\u00fbt 1868. Son humour politique le forcera sa vie durant \u00e0 faire de nombreux s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Exil\u00e9 en Belgique, il revient en France pour se faire \u00e9lire d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame-gauche de Belleville en 1869 et fonde <em>La Marseillaise<\/em>. L\u2019un de ses journalistes, Victor Noir, est tu\u00e9 d\u2019un coup de pistolet par le prince Pierre Bonaparte le 10 janvier 1870. L\u2019affaire \u00e9branle le r\u00e9gime et Rochefort \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai eu la faiblesse de croire qu\u2019un Bonaparte pouvait \u00eatre autre chose qu\u2019un assassin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il participe au gouvernement de la D\u00e9fense nationale (1870). \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 de Paris, il rejoint la Commune et sera d\u00e9port\u00e9 en Nouvelle-Cal\u00e9donie avec Louise Michel, la Vierge rouge. Seul d\u00e9port\u00e9 ayant r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9vader, revenu en France apr\u00e8s l\u2019amnistie, il fonde un nouveau journal,<em> <span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>ntransigeant<\/em>\u2026 Il soutient le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger, s\u2019\u00e9gare dans des conspirations aventureuses avant de se ranger dans le camp ultra-nationaliste, antidreyfusard et revanchard (partisan de la guerre avec l\u2019Allemagne).<\/p>\n<p><strong>Louis Blanc\u00a0: journaliste, historien, militant r\u00e9publicain, membre du gouvernement provisoire de la<\/strong> <strong>Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, d\u00e9put\u00e9 sous la Troisi\u00e8me. <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2101\" class=\"cit-num\">2101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Organisation du travail<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage fait conna\u00eetre le jeune journaliste\u00a0: il y expose un programme de r\u00e9formes socialistes qu\u2019il ne va plus cesser de d\u00e9fendre. Journaliste de gauche, socialiste d\u2019opposition violente, il exprime sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la politique\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui effraie le plus dans les partis, ce n\u2019est pas ce qu\u2019ils disent, c\u2019est ce qu\u2019ils n\u00e9gligent ou refusent de dire.\u00a0\u00bb Rappelons que les partis politiques, au sens moderne du terme, sont n\u00e9s sous la Monarchie de Juillet qu\u2019il combat.<\/p>\n<p>Socialiste et r\u00e9publicain, il participe \u00e0 la campagne des Banquets en faveur du suffrage universel et propose, au lendemain de la R\u00e9volution de 1848, la cr\u00e9ation des Ateliers nationaux (ou sociaux)\u00a0: \u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire s\u2019engage \u00e0 garantir l\u2019existence de l\u2019ouvrier par le travail. Il s\u2019engage \u00e0 garantir le travail \u00e0 tous les citoyens.\u00a0\u00bb C\u2019est l\u2019affirmation du \u00ab\u00a0droit au travail\u00a0\u00bb \u2013 titre de son essai en 1849. Mais la d\u00e9finition en reste confuse et l\u2019application fut catastrophique. Il est contraint de s\u2019exiler \u00e0 Londres apr\u00e8s les Journ\u00e9es de Juin, \u00e9tant tenu pour responsable des \u00e9meutes. Il y demeure jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre franco-prussienne de 1870 et entre de nouveau \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale en 1871, si\u00e9geant une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, toujours fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Proudhon\u00a0: bouvier, ouvrier typographe, correcteur, imprimeur (en faillite), autodidacte passionn\u00e9, pol\u00e9miste, journaliste, \u00e9conomiste, philosophe, sociologue, d\u00e9put\u00e9.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2102\" class=\"cit-num\">2102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule retentissante sch\u00e9matise la pens\u00e9e de l\u2019auteur qui en est cependant tr\u00e8s fier\u00a0: \u00ab\u00a0Cette proposition fera le tour du monde et causera plus d\u2019\u00e9moi que la cocarde de La Fayette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est attachant, ne serait-ce que par cet aveu\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais ce que c\u2019est que la mis\u00e8re. J\u2019y ai v\u00e9cu. Tout ce que je sais, je le dois au d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Ce fils d\u2019une cuisini\u00e8re et d\u2019un tonnelier est d\u2019ailleurs le seul th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire issu d\u2019un milieu populaire, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Son <span class=\"caps\">CV<\/span> est \u00e9galement \u00e0 son honneur\u00a0: l\u2019ascenseur social a exceptionnellement bien fonctionn\u00e9, dans ce cas exemplaire. \u00c9pouvantail pour la bourgeoisie de la Monarchie de Juillet longtemps traumatis\u00e9e par le fameux \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0? C\u2019est le vol\u00a0!\u00a0\u00bb, nul mieux que cet homme du peuple ne m\u00e9rite le titre de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du peuple\u00a0\u00bb, quand il est sera \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentant du socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise, Proudhon critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans <em>La Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846) et Marx lui r\u00e9pond dans <em>La Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (1847), le traitant, insulte supr\u00eame, de \u00ab\u00a0petit-bourgeois constamment ballott\u00e9 entre le Travail et le Capital, entre l\u2019\u00e9conomie politique et le communisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Individualiste farouche, affirmant que \u00ab\u00a0le gouvernement de l\u2019homme par l\u2019homme, sous quelque nom qu\u2019il se d\u00e9guise, est oppression\u00a0\u00bb, Proudhon est \u00e0 la fois le p\u00e8re de l\u2019anarchisme, le fondateur du syst\u00e8me mutualiste et l\u2019anc\u00eatre du syndicalisme \u2013 les syndicats ne seront autoris\u00e9s par la loi qu\u2019en 1884.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le CV est l\u2019acronyme du latin \u00ab\u00a0curriculum vitae\u00a0\u00bb, d\u00e9roulement de la vie. Mot courant et commode, il est parfaitement applicable aux personnages de l\u2019Histoire en citations. Vocation de jeunesse (dans l\u2019arm\u00e9e ou le clerg\u00e9, les arts ou la politique), petits boulots alimentaires, premiers ou seconds m\u00e9tiers (avocat, m\u00e9decin, enseignant, historien, journaliste&#8230;), gal\u00e8res dor\u00e9es ou de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":45,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9555"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9555\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12641,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9555\/revisions\/12641"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}