{"id":9597,"date":"2023-02-06T00:00:00","date_gmt":"2023-02-05T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:02","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:02","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-revolution\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (R\u00e9volution)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">ACTEURS<\/span> <span class=\"caps\">PRINCIPAUX<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-55.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, de Diderot jaillit Danton.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1300\" class=\"cit-num\">1300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, citant Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien d\u00e9montre l\u2019influence des philosophes du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res sur les r\u00e9volutionnaires. Elle est \u00e9vidente, mais chacun a son ma\u00eetre \u00e0 penser. La richesse, la diversit\u00e9, la complexit\u00e9 de Diderot, homme de tous les paradoxes, devaient naturellement plaire \u00e0 Danton \u2013 et repousser l\u2019intransigeant Robespierre. Mirabeau et Marat sont deux cas particuliers\u00a0: le premier est secr\u00e8tement monarchiste et le second devient terroriste\u2026 au point de terrifier ou r\u00e9vulser ses confr\u00e8res.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span>, <span class=\"caps\">DANTON<\/span>, <span class=\"caps\">MARAT<\/span>, <span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span>, chacun m\u00e9rite un bref portrait, avant un invit\u00e9 surprise, premier personnage principal de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conna\u00eet pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n\u2019y a personne qui os\u00e2t m\u2019interrompre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1291\" class=\"cit-num\">1291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). <em>Mirabeau<\/em> (1891), Edmond Rousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce physique impressionne tous les contemporains. Mirabeau en joue, l\u2019homme trouve belle cette laideur, avec ses traits marqu\u00e9s, cribl\u00e9s de petite v\u00e9role. Il soigne sa toilette, porte une \u00e9norme chevelure artistement arrang\u00e9e qui grossit encore le volume de sa t\u00eate. Il se place face au miroir, se regarde parler, \u00e9quarrit ses \u00e9paules. Il cultive son personnage. La puissance du verbe et la solidit\u00e9 de la pens\u00e9e servent \u00e9galement le tribun.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature semblait avoir moul\u00e9 sa t\u00eate pour l\u2019Empire ou pour le gibet, taill\u00e9 ses bras pour \u00e9treindre une nation ou pour enlever une femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1292\" class=\"cit-num\">1292<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848)<em>, M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau connut la gloire et \u00e9vita le gibet \u2013 c\u2019est le seul grand acteur de la R\u00e9volution qui meurt dans son lit, \u00e9puis\u00e9 par une vie d\u2019exc\u00e8s. Il souleva le peuple par ses talents d\u2019orateur et multiplia les conqu\u00eates f\u00e9minines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez ce Mirabeau qui a tant marqu\u00e9 dans la R\u00e9volution\u00a0: au fond, c\u2019\u00e9tait le roi de la halle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1293\" class=\"cit-num\">1293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rejet\u00e9 de son ordre (la noblesse), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par le tiers \u00e9tat aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, Mirabeau m\u00eale plus que quiconque les attributs de la naissance et de la boh\u00e8me. Selon Fran\u00e7ois Furet\u00a0: \u00ab\u00a0Du rejeton le plus m\u00e9pris\u00e9 de l\u2019ancienne noblesse, la R\u00e9volution a fait le personnage le plus brillant de l\u2019Assembl\u00e9e constituante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb Avant la R\u00e9volution, il vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine, accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s au courant de cette v\u00e9rit\u00e9 pourtant bien cach\u00e9e (dans la fameuse \u00ab\u00a0armoire de fer\u00a0\u00bb ouverte le 20 novembre 1792, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9panth\u00e9onisation imm\u00e9diate du grand homme. La Fayette, lui aussi \u00ab\u00a0monarchiste r\u00e9publicain\u00a0\u00bb, lui trouvait une circonstance att\u00e9nuante\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne se fait payer que dans le sens de ses convictions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1295\" class=\"cit-num\">1295<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On l\u2019appelait \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb. Comme Mirabeau, Danton, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis\u00a0\u00bb (Mona Ozouf). Plus qu\u2019en aucune autre \u00e9poque, la R\u00e9volution cr\u00e9e ses grands premiers r\u00f4les\u2026 qu\u2019elle d\u00e9truit aussi vite, comme Saturne d\u00e9vorant ses enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un temp\u00e9rament de boucher, il a un c\u0153ur d\u2019homme [\u2026] Avec les emportements d\u2019un clubiste, il a la lucidit\u00e9 d\u2019un politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1296\" class=\"cit-num\">1296<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span>, <em>La R\u00e9volution\u00a0: la conqu\u00eate jacobine<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien pr\u00e9cise le portrait de Danton\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas dupe des phrases ronflantes qu\u2019il d\u00e9bite, il sait ce que valent les coquins qu\u2019il emploie\u00a0; il n\u2019a d\u2019illusion ni sur les hommes, ni sur les choses, ni sur autrui, ni sur lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb Il n\u2019y a pas moins id\u00e9aliste que lui, en cela il tranche sur nombre de ses confr\u00e8res, girondins ou montagnards \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tes formes robustes semblaient d\u00e9guiser la faiblesse de tes conseils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1297\" class=\"cit-num\">1297<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), r\u00e9quisitoire contre Danton. <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le m\u00eame temps, tu te d\u00e9clarais pour des principes mod\u00e9r\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb Apr\u00e8s son r\u00f4le de premier plan dans les massacres de septembre (1792), la cr\u00e9ation du Tribunal r\u00e9volutionnaire et du Comit\u00e9 de salut public, Danton prend ses distances avec cette R\u00e9volution d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Il fait donc figure d\u2019\u00ab\u00a0indulgent\u00a0\u00bb aux yeux de Robespierre et de Saint-Just\u00a0: un crime, sous la Terreur, et il en mourra sur l\u2019\u00e9chafaud, avec ses amis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton a cette qualit\u00e9 si pr\u00e9cieuse que n\u2019ont jamais les hommes ordinaires\u00a0: il ne hait ou ne craint ni les lumi\u00e8res, ni les talents, ni la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1299\" class=\"cit-num\">1299<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794). <em>\u0152uvres de Condorcet<\/em> (posthume), Fragments de justification (texte inachev\u00e9)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre fa\u00e7on de justifier l\u2019indulgence de Danton, t\u00e9moignage sign\u00e9 d\u2019un conf\u00e8re girondin. En fait, Danton est difficile \u00e0 cerner, tr\u00e8s changeant, tr\u00e8s humain. N\u2019a-t-il pas dit\u00a0: \u00ab\u00a0Qui hait les vices hait les hommes\u00a0\u00bb et n\u2019est-ce pas une autre d\u00e9finition de l\u2019indulgence qui l\u2019oppose absolument \u00e0 Robespierre\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1031\" class=\"cit-num\">1031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la galerie de portraits r\u00e9volutionnaires, c\u2019est le m\u00e9chant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un h\u00e9ros. Pas un th\u00e9oricien pour se dire \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb, comme on peut \u00eatre dantoniste ou robespierriste\u00a0! Marat fut pourtant l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, jouissant d\u2019une popularit\u00e9 sans \u00e9gale aupr\u00e8s des sans-culottes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fanatique \u00e9nergum\u00e8ne nous inspirait \u00e0 nous-m\u00eames une sorte de r\u00e9pugnance et de stupeur [\u2026] Ses v\u00eatements en d\u00e9sordre, sa figure livide, ses yeux hagards avaient je ne sais quoi de rebutant et d\u2019\u00e9pouvantable qui contristait l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1302\" class=\"cit-num\">1302<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEVASSEUR<\/span> de la Sarthe (1747-1834). <em>M\u00e9moires de R. Levasseur de la Sarthe, ex-conventionnel<\/em> (1829), Ren\u00e9 Levasseur, Francis Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un montagnard robespierriste qui ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on me le montra pour la premi\u00e8re fois, s\u2019agitant avec violence au sommet de la Montagne, je le consid\u00e9rai avec cette curiosit\u00e9 inqui\u00e8te qu\u2019on \u00e9prouve en contemplant certains insectes hideux.\u00a0\u00bb Marat, \u00e0 l\u2019inverse de Mirabeau ou de Danton, est afflig\u00e9 d\u2019une laideur irr\u00e9m\u00e9diablement repoussante, en raison d\u2019une dermatose chronique qui l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans son bain \u2013 c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il sera surpris et assassin\u00e9 par Charlotte Corday.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle marche toujours seul, le dindon fait troupe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1303\" class=\"cit-num\">1303<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793) en r\u00e9ponse \u00e0 Fr\u00e9ron et Desmoulins, septembre\u00a01789. <em>Le Petit Livre de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Jean Vincent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marat est un solitaire, il ne supporte pas la moindre objection. Quand il cr\u00e9e son journal, <em>l\u2019Ami du peuple<\/em> (\u00e0 partir du 12\u00a0septembre\u00a01789), il refuse en ces termes aux deux journalistes r\u00e9volutionnaires de participer \u00e0 la r\u00e9daction.<\/p>\n<p>La phrase explique aussi pourquoi cet \u00e9ternel aigri, qui se pose en \u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, n\u2019a pas d\u2019ami. Marat est tout \u00e0 la fois le grand malade, le grand pers\u00e9cut\u00e9, le grand visionnaire de son temps. Il se pose comme \u00ab\u00a0le seul homme \u00e0 avoir vu clair\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9ternel proph\u00e8te de malheur. R\u00f4le assum\u00e9, mais fatalement ingrat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai deux passions dominantes qui, d\u00e8s mon enfance, ma\u00eetrisent toutes les puissances de mon \u00eatre\u00a0: l\u2019amour de la justice et l\u2019amour de la gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1304\" class=\"cit-num\">1304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793).<em> Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00f4t\u00e9 gloire, l\u2019Ancien R\u00e9gime lui fit une petite r\u00e9putation de scientifique aupr\u00e8s de Goethe et de Franklin. Mais c\u2019est la R\u00e9volution qui en fait l\u2019idole du peuple, d\u00e8s 1789 et les premiers num\u00e9ros de son journal, <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>. Quant \u00e0 la justice, il \u00e9crit sur sa r\u00e9forme un <em>Plan de l\u00e9gislation criminelle<\/em> d\u00e8s 1780 et certains historiens verront en Marat le pr\u00e9curseur du socialisme (Jaur\u00e8s) ou du gauchisme (Mathiez).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 de ce que propose Marat, il ne peut y avoir que d\u00e9lire et extravagance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1305\" class=\"cit-num\">1305<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794). <em>Le Vieux cordelier\u00a0: journal politique<\/em> (1825), Camille Desmoulins, Joachim Vlate<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine \u00e9crira dans son <em>Histoire des Girondins\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Marat personnifiait en lui ces r\u00eaves vagues et fi\u00e9vreux de la multitude qui souffre [\u2026] Il introduisait sur la sc\u00e8ne politique cette multitude jusque-l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans son impuissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marat joue le r\u00f4le du journaliste redresseur de torts et formateur de l\u2019opinion publique, critiquant toujours tout et tous, voulant ouvrir les yeux, ne cessant de r\u00e9clamer des t\u00eates, inventant le langage de la Terreur et cherchant \u00e0 d\u00e9truire tous ses adversaires. Il incarne le r\u00e9volutionnaire type jusqu\u2019\u00e0 la caricature. \u00c0 sa mort, H\u00e9bert force encore le trait avec <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, accusant les robespierristes d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0endormeurs\u00a0\u00bb\u00a0! H\u00e9bertistes rime alors avec extr\u00e9mistes \u2013 l\u2019on parle aussi d\u2019\u00ab\u00a0Enrag\u00e9s\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9chafaud mettra fin au mouvement, sous la dictature de Robespierre qui ne veut pas \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 sur sa gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme ira loin car il croit tout ce qu\u2019il dit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1306\" class=\"cit-num\">1306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), <em>M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau, dit \u00ab\u00a0la torche de Provence\u00a0\u00bb, parle ainsi en 1789 de Robespierre, surnomm\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts \u00ab\u00a0la chandelle d\u2019Arras\u00a0\u00bb\u00a0: bien qu\u2019avocat, ce d\u00e9put\u00e9 du tiers \u00e9tat manque d\u2019\u00e9loquence \u00e0 la Constituante. Mais pour la conviction, il ne craint personne et sera un jour craint de tous ses adversaires peu \u00e0 peu \u00e9limin\u00e9s. Rousseau est son philosophe de chevet\u00a0: il emprunte au <em>Contrat social<\/em> ce qui sera selon Jaur\u00e8s sa seule id\u00e9e, celle de la nation souveraine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le correcteur d\u2019\u00e9preuves de la R\u00e9volution, c\u2019est Robespierre. Il revoyait tout, il rectifiait tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1307\" class=\"cit-num\">1307<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout le contraire du g\u00e9nie de l\u2019improvisation des Mirabeau et Danton. Il \u00e9crit et lit tous ses discours qui nous semblent laborieux, mais qui fascinaient l\u2019auditoire. C\u2019est un infatigable th\u00e9oricien, comme son ami Saint-Just.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aurait pay\u00e9 pour qu\u2019on lui offr\u00eet de l\u2019or, pour pouvoir dire qu\u2019il l\u2019avait refus\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1308\" class=\"cit-num\">1308<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Louis <span class=\"caps\">ROEDORER<\/span> (1754-1835). <em>\u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.\u00a0<\/span>Roederer\u00a0: histoire contemporaine, 1789-1815<\/em> (1854), Pierre Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 n\u2019appr\u00e9cie pas vraiment \u00ab\u00a0l\u2019Incorruptible\u00a0\u00bb (second surnom) avec ses m\u0153urs au-dessus de tout soup\u00e7on et cette vertu \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me qu\u2019il voudra imposer \u00e0 tous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Ciel qui me donna une \u00e2me passionn\u00e9e pour la libert\u00e9 m\u2019appelle peut-\u00eatre \u00e0 tracer de mon sang la route qui doit conduire mon pays au bonheur. J\u2019accepte avec transport cette douce et glorieuse destin\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1309\" class=\"cit-num\">1309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794). <em>R\u00e9ponse de M. Robespierre aux discours de <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0Brissot et Guadet du 23\u00a0avril\u00a01792, prononc\u00e9e \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de la Constitution le 27 du m\u00eame mois, et imprim\u00e9e par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9<\/em> (27\u00a0avril\u00a01792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui reste deux ans \u00e0 vivre\u00a0: deux ans pour \u00e9liminer les \u00ab\u00a0factions\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0factieux\u00a0\u00bb et marquer la R\u00e9volution de son empreinte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes intraitables, comme la v\u00e9rit\u00e9, inflexibles, uniformes, j\u2019ai presque dit insupportables comme les principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1311\" class=\"cit-num\">1311<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours du 5\u00a0f\u00e9vrier\u00a01794.<em> \u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (posthume, 1834), Discours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cinq mois avant sa mort, c\u2019est le dictateur d\u00e9tenteur de la v\u00e9rit\u00e9, le personnage dont l\u2019histoire gardera le souvenir, inexorablement associ\u00e9 \u00e0 la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a ceux qui voient en Robespierre un autre L\u00e9nine et ceux qui pensent \u00e0 Jaur\u00e8s en pronon\u00e7ant son nom\u00a0; et il y a ceux qui ha\u00efssent le monstre et ceux qui r\u00e9v\u00e8rent le martyr.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1312\" class=\"cit-num\">1312<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">MATHIEZ<\/span> (1874-1932). <em>\u00c9tudes d\u2019histoire r\u00e9volutionnaire\u00a0: Girondins et Montagnards<\/em> (1930), Albert Mathiez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien fran\u00e7ais s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9habilitation de Robespierre par une \u00e9tude objective. Avant lui, Proudhon d\u00e9non\u00e7ait la propagande thermidorienne qui, l\u2019ayant \u00e9limin\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat de Thermidor, en fit un dictateur sanguinaire\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019inf\u00e2mes sc\u00e9l\u00e9rats l\u2019ont couvert de leurs propres crimes, la calomnie en fait un monstre, un demi-si\u00e8cle d\u2019ex\u00e9cration p\u00e8se sur sa tombe.\u00a0\u00bb Faut-il refaire le proc\u00e8s de Robespierre\u00a0? Aux historiens d\u2019en juger, \u00e0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9. Laissons la parole aux faits, aux acteurs et aux t\u00e9moins de cette R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Deux remarques pour finir cette galerie de portraits r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1269\" class=\"cit-num\">1269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793). <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son destin illustre ses paroles\u00a0: avocat (comme nombre de r\u00e9volutionnaires), d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative, prenant parti contre les \u00e9migr\u00e9s, contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9 face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards. Il fait partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019\u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution suivront\u00a0dans une logique mortif\u00e8re\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation r\u00e9f\u00e9rentielle, sign\u00e9e de l\u2019historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais, rappelle le r\u00f4le tenu par le peuple (\u00e0 commencer par les sans-culottes de Paris) qui manifeste, chante, proteste, crie, massacre et s\u2019impose \u00e0 tous les tournants d\u2019une R\u00e9volution riche en rebondissements.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, Michelet connut la mis\u00e8re dans sa jeunesse. Il en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0<\/em>: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">CONSTITUANTE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-55.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MOMORO<\/span> (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trilogie symbolique de la R\u00e9volution, avec sa vocation universaliste aussi souvent contest\u00e9e que revendiqu\u00e9e. Bien au-del\u00e0 de l\u2019histoire de France, c\u2019est un d\u00e9bat \u00e9ternellement \u00e0 suivre. L\u2019actualit\u00e9 en fait foi, prouvant la force de ces valeurs qui touchent aux droits de tout \u00eatre humain.<\/p>\n<p>Libraire imprimeur \u00e0 Paris, \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0Momoro se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Pache, maire de Paris, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics. Au fil de la R\u00e9volution, la libert\u00e9, revendication du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et l\u2019\u00e9galit\u00e9, celle des droits plus que des conditions, vont inspirer les r\u00e9volutionnaires pour le meilleur et parfois le pire. La fraternit\u00e9 reste la parente pauvre jusqu\u2019au socialisme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Le triptyque sera inscrit dans notre Constitution en 1848 (Deuxi\u00e8me R\u00e9publique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands ne sont grands que parce que nous sommes \u00e0 genoux\u00a0: levons-nous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1274\" class=\"cit-num\">1274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793) et \u00c9lis\u00e9e (de) <span class=\"caps\">LOUSTALOT<\/span> (1762-1790), devise en t\u00eate du journal de Louis-Marie Prudhomme, <em>Les R\u00e9volutions de Paris<\/em>, publi\u00e9 de juillet\u00a01789 \u00e0 f\u00e9vrier\u00a01794<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal des <em>R\u00e9volutions de Paris<\/em>, quotidien n\u00e9 le 12\u00a0juillet\u00a01789, s\u00e9duit autant par son extr\u00e9misme que par la subtilit\u00e9 de ses analyses politiques. La libert\u00e9 de la presse est l\u2019un des principes affirm\u00e9s dans la <em>D\u00e9claration des droits<\/em> de 1789. La floraison des journaux marque un spectaculaire \u00e9veil de la conscience populaire\u00a0: 42 titres paraissent entre mai et juillet\u00a01789, plus de 250 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Certaines feuilles ont une diffusion confidentielle, d\u2019autres d\u00e9passent les 200\u00a0000 exemplaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1314\" class=\"cit-num\">1314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Convoqu\u00e9s le 5\u00a0juillet 1788, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se r\u00e9unissent pour la premi\u00e8re fois le 5\u00a0mai 1789\u00a0: 1\u00a0139 repr\u00e9sentants, dont 578 du tiers \u00e9tat, dans la salle des Menus-Plaisirs \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il n\u2019y a qu\u2019un monarque dans votre royaume, c\u2019est le fisc. Il \u00f4te l\u2019or de la couronne, l\u2019argent de la crosse, le fer de l\u2019\u00e9p\u00e9e et l\u2019orgueil aux paysans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1315\" class=\"cit-num\">1315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cahier de dol\u00e9ances de la ville de Marseille. Cit\u00e9 par Marcel Jullian, invit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution, matinale sur France Inter en 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe style qui contraste avec le ton quotidien, terre \u00e0 terre et souvent laborieux des quelque 50\u00a0000 cahiers r\u00e9dig\u00e9s en f\u00e9vrier-mars\u00a01789, pour exprimer les revendications des Fran\u00e7ais \u2013fiscalit\u00e9 en t\u00eate. Cette expression populaire et d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0citoyenne\u00a0\u00bb va prendre corps \u00e0 une vitesse, une force, une violence impr\u00e9visibles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En politique, le nombre seul est respectable [\u2026] C\u2019est pourquoi le tiers pose son droit comme incontestable et, \u00e0 son tour, dit comme Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1318\" class=\"cit-num\">1318<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome I,<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois paradoxale et pertinente\u00a0 Le 17\u00a0juin, les d\u00e9put\u00e9s du tiers \u00e9tat, constatant qu\u2019ils repr\u00e9sentent 97\u00a0% de la nation, d\u00e9cident de se proclamer \u00ab\u00a0Assembl\u00e9e nationale\u00a0\u00bb \u2013 titre concis et pr\u00e9cis, retenu apr\u00e8s bien des d\u00e9bats et qui passera \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. L\u2019id\u00e9e de nation est toute neuve et belle, en ce printemps 1789.<\/p>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s de la noblesse et du clerg\u00e9 si\u00e9geaient s\u00e9par\u00e9ment dans deux autres salles. Quelques-uns, proches du peuple ou acquis aux id\u00e9es nouvelles, ont choisi de se joindre aux d\u00e9put\u00e9s du tiers. Ils vont aller plus loin, se donnant rendez-vous dans la salle des Menus-Plaisirs, lieu officiel de r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Mais l\u2019entr\u00e9e leur en est refus\u00e9e. Ils se r\u00e9fugient alors dans la salle du Jeu de paume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin\u00a0: ne jamais se s\u00e9parer jusqu\u2019\u00e0 ce que la Constitution du royaume soit \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb (Michelet).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils veulent rester\u00a0? Eh bien\u00a0! Foutre, qu\u2019ils restent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1322\" class=\"cit-num\">1322<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, le soir du 23\u00a0juin 1789.<em> Les Hommes de la libert\u00e9<\/em>, tome 5,<em> Le Sang de la Bastille<\/em> (1987), Claude Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse sans c\u00e9r\u00e9monie du roi \u00e0 son grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies venu lui rendre compte du refus des d\u00e9put\u00e9s. Un pas en avant, un pas en arri\u00e8re. Le roi recule \u00e0 l\u2019id\u00e9e du \u00ab\u00a0sang vers\u00e9\u00a0\u00bb \u2013\u00a0une obsession, chez lui. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, par sa faiblesse de caract\u00e8re, sa na\u00efvet\u00e9 politique, ses scrupules maladifs et ses perp\u00e9tuels changements d\u2019avis, c\u2019est le roi le moins arm\u00e9 pour affronter la R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La famille est compl\u00e8te.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1323\" class=\"cit-num\">1323<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Satisfaction du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e, doyen du tiers \u00e9tat et premier \u00e0 pr\u00eater le serment du Jeu de paume\u00a0: le roi a ordonn\u00e9 aux d\u00e9put\u00e9s de la noblesse et du clerg\u00e9 de se joindre au tiers \u00e9tat. L\u2019Assembl\u00e9e nationale m\u00e9rite enfin son nom et devient une notion juridique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pourrons maintenant nous occuper sans rel\u00e2che et sans distraction de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du royaume et du bonheur public\u00a0\u00bb conclut Bailly.<\/p>\n<p>Paris et Versailles illuminent. Tout le pays est d\u00e9sormais repr\u00e9sent\u00e9 par ces 1\u00a0196 d\u00e9put\u00e9s. Les votes se feront par t\u00eate et non par ordre \u2013 noblesse et clerg\u00e9, unis contre le tiers, l\u2019emportaient presque toujours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire n\u2019a trop souvent racont\u00e9 les actions que de b\u00eates f\u00e9roces parmi lesquelles on distingue de loin en loin des h\u00e9ros. Il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que nous commen\u00e7ons l\u2019histoire des hommes, celle de fr\u00e8res n\u00e9s pour se rendre mutuellement heureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1324\" class=\"cit-num\">1324<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789.<em> Discours et opinions de Mirabeau, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une notice sur sa vie<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Orateur du peuple fait de la fraternit\u00e9 l\u2019invention majeure de la R\u00e9volution \u2013 priorit\u00e9 sera plus souvent donn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. \u00c0 cela s\u2019ajoute la conscience de vivre un moment historique et un formidable optimisme \u2013 le bonheur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9e pour faire une r\u00e9volution, mais pour nous donner une constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1326\" class=\"cit-num\">1326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Journal politique national des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux et de la R\u00e9volution de 1789<\/em>, publi\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le serment solennel du Jeu de paume, forte de la noblesse et du clerg\u00e9 venus rejoindre le tiers, l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u00e9e des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se proclame \u00ab\u00a0Constituante\u00a0\u00bb, le 9\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>De fait, les d\u00e9put\u00e9s se donnent pour but de r\u00e9diger une Constitution et de r\u00e9former l\u2019organisation politique et sociale du royaume. Il n\u2019est pas question de r\u00e9volution, moins encore de r\u00e9publique\u00a0! Les patriotes radicaux sont minoritaires. La majorit\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e, mod\u00e9r\u00e9e, souhaite une monarchie constitutionnelle. La Constituante va si\u00e9ger jusqu\u2019au 30\u00a0septembre 1791 pour laisser place \u00e0 la L\u00e9gislative, pr\u00e9c\u00e9dant la troisi\u00e8me assembl\u00e9e, nomm\u00e9e Convention.<\/p>\n<p>Le travail l\u00e9gislatif sera intense, jusque dans la tourmente r\u00e9volutionnaire et la guerre. C\u2019est l\u2019un des faits les plus remarquables de ces six ann\u00e9es regroup\u00e9es sous le nom de R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort. Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, il est choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles ,14\u00a0juillet 1789. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire lui a reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u2013 il faut pr\u00e9ciser \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse.<\/p>\n<p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume qu\u2019il rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions. La forteresse est surtout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789. Mais contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit, ce jour n\u2019est pas \u00e0 l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s. Mais Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une r\u00e9volte\u00a0? \u2014 Non, Sire, c\u2019est une r\u00e9volution\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1333\" class=\"cit-num\">1333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du duc de la <span class=\"caps\">ROCHEFOUCAULD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LIANCOURT<\/span> (1747-1827), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), soir du 14\u00a0juillet \u00e0 Versailles. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand ma\u00eetre de la garde-robe s\u2019est manifest\u00e9 dans la nuit pour informer le roi que la Bastille est prise et le gouverneur assassin\u00e9. Mieux que son ma\u00eetre, il a compris l\u2019importance symbolique du fait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789.<em> Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Geste et objet symbolique en cette p\u00e9riode o\u00f9 tout fait symbole\u00a0! Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, le jeune H\u00e9ros des Deux-mondes qui s\u2019est illustr\u00e9 dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique contre l\u2019Angleterre prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, qu\u2019est-ce que nous avons fait\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1340\" class=\"cit-num\">1340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand de <span class=\"caps\">GONTAUT<\/span>, duc de Biron (1747-1793), 5\u00a0ao\u00fbt 1789.<em> Histoire et dictionnaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1799<\/em> (1998), Jean Tulard, Jean-Fran\u00e7ois Fayard, Alfred Fierro<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur d\u2019un aristocrate apostrophant \u00e0 l\u2019aube ses pairs, apr\u00e8s la fameuse \u00ab\u00a0nuit du 4\u00a0ao\u00fbt\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Jacques Bainville d\u00e9crit la sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une sorte de vertige, ce fut \u00e0 qui proposerait d\u2019immoler un privil\u00e8ge. Apr\u00e8s les droits seigneuriaux, la d\u00eeme, qui avait cependant pour contrepartie les charges de l\u2019assistance publique.\u00a0\u00bb (<em>Histoire de France<\/em>)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 venaient de faire un grand abattis dans la for\u00eat des abus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1342\" class=\"cit-num\">1342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> (1750-1831). <em>Le Clerg\u00e9 de quatre-vingt-neuf<\/em> (1876), Jean Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce membre du clerg\u00e9 r\u00e9sume l\u2019\u0153uvre de la Constituante avec les d\u00e9cisions de la nuit du 4\u00a0ao\u00fbt, sanctionn\u00e9es par les d\u00e9crets du 5 et du 11\u00a0ao\u00fbt 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1344\" class=\"cit-num\">1344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article 1er<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre formule \u00f4 combien symbolique\u00a0! L\u2019article \u00e9nonce la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en termes g\u00e9n\u00e9raux. Les d\u00e9finitions sont compl\u00e9t\u00e9es par les articles\u00a04 \u2013 \u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0\u00bb \u2013 et 6 \u2013 \u00ab\u00a0La loi [\u2026] doit \u00eatre la m\u00eame pour tous, soit qu\u2019elle prot\u00e8ge, soit qu\u2019elle punisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La D\u00e9claration \u00e9nonce d\u2019abord les \u00ab\u00a0droits naturels et imprescriptibles\u00a0\u00bb de l\u2019homme\u00a0: libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 devant la loi, propri\u00e9t\u00e9. Elle ajoute ceux de la nation\u00a0: s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire\u00a0; souverainet\u00e9 nationale. Selon Alphonse Aulard\u00a0: \u00ab\u00a01\u00a0200 d\u00e9put\u00e9s, incapables d\u2019aboutir \u00e0 une expression concise et lumineuse, quand ils travaillaient soit isol\u00e9ment, soit par petits groupes, trouv\u00e8rent les vraies formules, courtes et nobles, dans le tumulte d\u2019une discussion publique [\u2026] \u00c0 lire cette discussion, on a l\u2019impression que c\u2019est la nation, devenue souveraine par des actes spontan\u00e9s, qui dicte la D\u00e9claration \u00e0 ses repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb (<em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: origines et d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique, 1789-1804<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme apprit au monde entier que la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait faite pour lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1347\" class=\"cit-num\">1347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), <em>La Libert\u00e9<\/em> (1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par son exigence de rationalit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9, la D\u00e9claration fran\u00e7aise d\u00e9passe les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9clarations anglaise et am\u00e9ricaine. Elle porte surtout la marque d\u2019une bourgeoisie lib\u00e9rale nourrie de la philosophie des Lumi\u00e8res. Deux autres D\u00e9clarations suivront, en\u00a01793 et\u00a01795.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le monde a perdu beaucoup de ses rep\u00e8res et de ses utopies, les Fran\u00e7ais sont souvent critiques et critiqu\u00e9s, mais la France reste dans la m\u00e9moire collective comme \u00ab\u00a0la patrie des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne manquerons plus de pain\u00a0! Nous ramenons le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1356\" class=\"cit-num\">1356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri et chant de victoire des femmes du peuple ramenant le roi, la reine et le dauphin, sur le chemin de Versailles \u00e0 Paris, 6\u00a0octobre 1789.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue des deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, 5 et 6\u00a0octobre. 6\u00a0000\u00a0\u00e0 7\u00a0000\u00a0femmes venues la veille de Paris crient aujourd\u2019hui victoire\u00a0: le roi a promis le pain aux Parisiens. \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb, il doit assurer la subsistance et le pain tient une grande part dans le budget des petites gens, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: boulanger, boulang\u00e8re, petit mitron.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tant que les femmes ne s\u2019en m\u00ealent pas, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable r\u00e9volution\u00a0\u00bb \u00e9crit Choderlos de Laclos en 1783 dans <em>L\u2019\u00c9ducation des femmes<\/em>. Cela dit, la tr\u00e8s symbolique marche des femmes fut encadr\u00e9e par des meneurs ayant particip\u00e9 \u00e0 la prise de la Bastille, trois mois plus t\u00f4t. On a vu des hommes arm\u00e9s de piques et de fourches, certains travestis en femmes et trahis par leur voix. Le soir, \u00e0 20\u00a0heures, le maire de Paris accueille le carrosse royal de retour sous les vivats et les bravos du peuple. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> peut enfin s\u2019installer aux Tuileries \u2013 il n\u2019imagine pas qu\u2019il est d\u00e9sormais prisonnier du peuple parisien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jour anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration, origine de notre f\u00eate nationale. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, Talleyrand qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb Mot apocryphe, selon Chateaubriand.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira [\u2026]<br>Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0:<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1371\" class=\"cit-num\">1371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LADR\u00c9<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), paroles, et <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), musique, <em>Le Carillon national<\/em>, chanson. <em>Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1846), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chant est plus connu sous le nom de son refrain\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira\u00a0\u00bb. Ladr\u00e9, chanteur des rues, en a \u00e9crit les paroles sur<em> Le Carillon national<\/em>, musique de contredanse sign\u00e9e B\u00e9court, violoniste de l\u2019orchestre au th\u00e9\u00e2tre des Beaujolais. La reine Marie-Antoinette la jouait volontiers sur son clavecin.<\/p>\n<p>Le texte, innocent \u00e0 l\u2019origine, reprend l\u2019expression de Benjamin Franklin r\u00e9solument optimiste, r\u00e9p\u00e9tant au plus fort de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance en Am\u00e9rique\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Le mot est connu, le personnage populaire et dans l\u2019enthousiasme des pr\u00e9paratifs de la f\u00eate, le peuple chante\u00a0gaiement\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont les femmes qui ont ramen\u00e9 le roi \u00e0 Paris, et ce sont les hommes qui l\u2019ont laiss\u00e9 \u00e9chapper\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1387\" class=\"cit-num\">1387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de protestation des femmes de Paris, 21\u00a0juin 1791. <em>Les 50 mots clefs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1983), Michel P\u00e9ronnet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion aux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 5 et 6\u00a0octobre 1789\u2026 Le 21\u00a0juin au matin, on constate la disparition de la famille royale au palais des Tuileries. L\u2019alerte est donn\u00e9e, La Fayette, commandant de la garde nationale, envoie des courriers tous azimuts pour faire arr\u00eater les fuyards. Paris est en \u00e9moi.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0juin, \u00e0 minuit, la famille royale a donc fui, avec la complicit\u00e9 du comte su\u00e9dois Axel de Fersen, amant passionn\u00e9 de la reine. Leur but\u00a0: rejoindre \u00e0 Metz la garnison royaliste du marquis de Bouill\u00e9 pour se placer sous sa protection. Mais la berline royale est trop imposante, l\u2019op\u00e9ration mal organis\u00e9e, et le roi, d\u00e9guis\u00e9 en valet, est reconnu le 21 \u00e0 Sainte-M\u00e9nehould (en Champagne) par le fils du ma\u00eetre des postes.<\/p>\n<p>La berline royale est reconduite \u00e0 Paris sous escorte. Le peuple crie \u00e0 la trahison. Le plan de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019est que trop clair. Il voulait marcher sur Paris avec les troupes royalistes, renverser l\u2019Assembl\u00e9e, mettre fin \u00e0 la R\u00e9volution et restaurer la monarchie absolue. Il faut \u00e9viter l\u2019\u00e9meute. Toute manifestation est interdite, pour ou contre le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple. L\u2019\u00e9preuve de la fuite \u00e0 Varennes blanchit (dit-on) les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette a une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion mal pr\u00e9par\u00e9. Elle dit un jour \u00e0 Fersen\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira, \/ Les aristocrates \u00e0 la lanterne,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira, \/ Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1381\" class=\"cit-num\">1381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ah\u00a0! \u00e7a ira, couplet anonyme<\/em>, sur une musique de <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n\u00e9 bon enfant, se durcit et se radicalise quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur \u2013 toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du <em>Carillon national.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Couple perfide, r\u00e9servez vos larmes \/ Pour arroser le prix de vos forfaits [\u2026]<br>Un peuple libre reconna\u00eet les charmes \/ De n\u2019\u00eatre plus au rang de vos sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1389\" class=\"cit-num\">1389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Poursuite et retour de la famille ci-devant royale<\/em> (juin\u00a01791), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple a perdu toute confiance en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00ab\u00a0Un roi avait en fuyant abandonn\u00e9 sa souverainet\u00e9. Un autre roi, le peuple, assistait gravement au spectacle.\u00a0\u00bb Denis Richet, <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p>La foule accueille le cort\u00e8ge \u00e0 son retour, le 25\u00a0juin. La Constituante a suspendu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> de ses fonctions, d\u00e8s le 21. Ces cinq jours de vacance du tr\u00f4ne prouvent que la France peut vivre sans roi et la R\u00e9publique devient un r\u00e9gime possible. Pour l\u2019historienne Mona Ozouf, c\u2019est \u00ab\u00a0la mort de la royaut\u00e9\u00a0\u00bb. La foule enrag\u00e9e menace de tuer \u00ab\u00a0le roi tra\u00eetre\u00a0\u00bb et son \u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Plus de monarchie\u00a0! Plus de tyrans\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Royaume est un et indivisible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1396\" class=\"cit-num\">1396<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution de septembre\u00a01791, article 1er<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Constitution, vot\u00e9e le 3\u00a0septembre 1791, cr\u00e9e une monarchie constitutionnelle. Dans un an, la formule sera reprise pour la R\u00e9publique\u00a0: une et indivisible.<\/p>\n<p>Le 14\u00a0septembre, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> doit pr\u00eater serment d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la nation et de maintenir la Constitution\u00a0: roi de France de droit divin, il est devenu roi h\u00e9r\u00e9ditaire des Fran\u00e7ais. Il joue le r\u00f4le de chef de l\u2019ex\u00e9cutif, il gouvernera avec six ministres responsables devant l\u2019assembl\u00e9e dite L\u00e9gislative, \u00e9lue pour deux ans au suffrage censitaire (par une minorit\u00e9 de bourgeois et de propri\u00e9taires terriens). \u00ab\u00a0Le terme de la R\u00e9volution est arriv\u00e9\u00a0\u00bb dit le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire\u2026 Votre Majest\u00e9 a fini la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1399\" class=\"cit-num\">1399<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques-Guillaume <span class=\"caps\">THOURET<\/span> (1746-1794), Proclamation du 30\u00a0septembre 1791 \u00e0 la Constituante. <em>Histoire de France pendant la R\u00e9publique, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution de 1830<\/em> (1839), Jacques Marquet Norvins<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat et d\u00e9put\u00e9 du tiers \u00e9tat, il est all\u00e9 pr\u00e9senter au roi la nouvelle Constitution le 3\u00a0septembre, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une d\u00e9putation de 60 membres. \u00c0 pr\u00e9sent, il le remercie solennellement d\u2019avoir accept\u00e9 le texte, de mani\u00e8re \u00ab\u00a0si franche et si loyale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En fait, le roi ne l\u2019a sign\u00e9 que dans l\u2019espoir de s\u2019en affranchir bient\u00f4t et l\u2019affaiblissement du pouvoir royal est tel que Thouret, sans le vouloir, pr\u00e9pare l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9publique. La R\u00e9volution n\u2019est donc pas finie, dans une France plus que jamais r\u00e9volutionnaire et divis\u00e9e.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">L\u00c9GISLATIVE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-55.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout condamn\u00e9 \u00e0 mort aura la t\u00eate tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1402\" class=\"cit-num\">1402<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Loi du 6\u00a0octobre 1791. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1862), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res mesures vot\u00e9es par les 745 d\u00e9put\u00e9s. Sous la Constituante, le d\u00e9put\u00e9 Guillotin demandait l\u2019abolition des peines infamantes, proposant le 20\u00a0janvier 1790 que la peine capitale soit la d\u00e9capitation \u00e9galitaire pour tous, par le moyen d\u2019un m\u00e9canisme simple qu\u2019on met \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Motion ajourn\u00e9e, puis reprise.<\/p>\n<p>La loi de 1791 marque un progr\u00e8s de la justice. Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, le noble \u00e9tait d\u00e9capit\u00e9, le voleur de grand chemin rou\u00e9 de coups en place publique, le r\u00e9gicide et le criminel d\u2019\u00c9tat \u00e9cartel\u00e9s, le faux-monnayeur bouilli vif dans un chaudron, l\u2019h\u00e9r\u00e9tique br\u00fbl\u00e9 sur un b\u00fbcher, le domestique voleur de son ma\u00eetre pendu. La R\u00e9volution cr\u00e9\u00e9e l\u2019unification des peines qui est une forme d\u2019\u00e9galit\u00e9. La guillotine pourra bient\u00f4t fonctionner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guillotin \u2013 M\u00e9decin \u2013 Politique, \/ Imagine un beau matin<br>Que pendre est inhumain \/ Et peu patriotique.<br>Aussit\u00f4t \u2013 Il lui faut \u2013 Un supplice \/ Qui, sans corde ni poteau,<br>Supprime du bourreau \/ L\u2019office.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1413\" class=\"cit-num\">1413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Guillotine<\/em>, chanson. <em>Les Actes des Ap\u00f4tres<\/em> (1789-1791), <em>Un journal royaliste en 1789<\/em> (1873), Marcellin Pellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans\u00e9s sur un air de menuet, ces vers prouvent que tout fut bon \u00e0 chansonner\u00a0par le peuple, grand premier r\u00f4le sous la R\u00e9volution\u00a0! Mais c\u2019est contre l\u2019avis de Guillotin qu\u2019on baptisa guillotine ces \u00ab\u00a0bois de justice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Premier condamn\u00e9 \u00e0 mort guillotin\u00e9, un voleur de grand chemin, Nicolas Pelletier ex\u00e9cut\u00e9 en place de Gr\u00e8ve \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville), le 25\u00a0avril 1792.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La patrie est en danger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1418\" class=\"cit-num\">1418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, Proclamation par d\u00e9cret du 11\u00a0juillet 1792. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis la d\u00e9claration de guerre \u00e0 l\u2019Autriche en avril, les d\u00e9faites se succ\u00e8dent aux fronti\u00e8res de l\u2019Est. Ce contexte guerrier explique en partie la flamb\u00e9e r\u00e9volutionnaire, dans un climat de surexcitation patriotique.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de 80\u00a0000 hommes est insuffisante, mal dirig\u00e9e par des officiers surnomm\u00e9s les \u00ab\u00a0vaincre ou courir\u00a0\u00bb, face aux Prussiens command\u00e9s par Brunswick et aux \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais emmen\u00e9s par Cond\u00e9, cependant que la menace d\u2019un complot aristocratique plane sur la France. Chacun se pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019invasion \u00e9trang\u00e8re et l\u2019on soup\u00e7onne le roi d\u2019\u00eatre de connivence avec l\u2019empereur d\u2019Allemagne Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, neveu de Marie-Antoinette.<\/p>\n<p>Vot\u00e9e le 12\u00a0juillet, une loi appelle aux armes 50\u00a0000 soldats et 46 bataillons de volontaires, soit 33\u00a0600 hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0! \/ Formez vos bataillons\u00a0!<br>Marchez, marchez, \/ Qu\u2019un sang impur \/ Abreuve nos sillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1417\" class=\"cit-num\">1417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span> (1760-1836), <em>Le Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em>, refrain (1792), devenue bient\u00f4t <em>La Marseillaise<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Trouv\u00e9 \u00e0 Strasbourg [\u2026] il ne lui fallut pas deux mois pour p\u00e9n\u00e9trer toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent \u00e9cho, et Marseille r\u00e9pondit au Rhin. Sublime destin\u00e9e de ce chant\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e9crit Michelet, lyrique et romantique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p>Myst\u00e9rieusement arriv\u00e9 \u00e0 Marseille, le chant pla\u00eet au bataillon des Marseillais qui l\u2019adopte comme hymne de ralliement et le chante le 29\u00a0juin 1792, en plantant dans la ville un arbre de la Libert\u00e9. Son histoire ne fait que commencer. <em>La Marseillaise<\/em> deviendra \u00ab\u00a0chant national\u00a0\u00bb par d\u00e9cret de 1795.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792.<em> Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0De l\u2019audace\u2026\u00a0\u00bb La fin du discours est c\u00e9l\u00e9brissime, propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>).<\/p>\n<p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Le g\u00e9n\u00e9ral Dumouriez qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, sans pouvoir \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p>\n<p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut purger les prisons et ne pas laisser de tra\u00eetres derri\u00e8re nous en partant pour les fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1429\" class=\"cit-num\">1429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019ordre de la presse r\u00e9volutionnaire. <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019ordre repris par <em>L\u2019Ami du peuple<\/em> de Marat et<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em> d\u2019H\u00e9bert, d\u00e9but septembre\u00a01792. Marat entre le 2\u00a0septembre dans le Comit\u00e9 de surveillance cr\u00e9\u00e9 par la Commune. Ce \u00ab\u00a0fanatique \u00e9nergum\u00e8ne\u00a0\u00bb (selon le mot du Montagnard Levasseur) sera l\u2019un des responsables des massacres de septembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De ce jour et de ce lieu date une \u00e8re nouvelle de l\u2019histoire du monde et vous pourrez dire\u00a0: j\u2019y \u00e9tais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1435\" class=\"cit-num\">1435<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832),<em> Aus meinem Lebe\u00a0: Dichtung und Warheit \u2013\u00a0De ma vie\u00a0: Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9<\/em> (1811-1833), autobiographie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand \u00e9crivain allemand, pr\u00e9sent \u00e0 la bataille de Valmy (commune de la Marne), c\u00f4t\u00e9 Prussiens, est conscient de vivre un \u00e9v\u00e9nement majeur. Notons que la retraite des troupes du duc de Brunswick, sup\u00e9rieures en nombre, reste \u00e0 jamais une \u00e9nigme. Il aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne combattrons pas ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Nation\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1436\" class=\"cit-num\">1436<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri des troupes de Kellermann et Dumouriez \u00e0 Valmy, 20\u00a0septembre 1792.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce cri nouveau pouss\u00e9 contre l\u2019arm\u00e9e prussienne est charg\u00e9 d\u2019un triple symbole\u00a0: triomphe de l\u2019id\u00e9e de Nation, d\u00e9ch\u00e9ance du roi, victoire de la R\u00e9publique. La victoire de Valmy arr\u00eate l\u2019invasion de la France r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Autre premi\u00e8re historique, les femmes se sont engag\u00e9es pour d\u00e9fendre la patrie proclam\u00e9e en danger. Vivandi\u00e8res ou cantini\u00e8res, elles suivront toutes les guerres de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">CONVENTION<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-55.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est abolie en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1439\" class=\"cit-num\">1439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1900), Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la monarchie mill\u00e9naire, vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des 749 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la nouvelle assembl\u00e9e, la disposition des d\u00e9put\u00e9s a une signification qui n\u2019est pas que formelle. Les Girondins prennent place \u00e0 droite, alors qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 gauche \u00e0 la L\u00e9gislative, et les Montagnards \u00e0 gauche \u2013 ils si\u00e9geaient sur les bancs les plus \u00e9lev\u00e9s (la Montagne) dans la pr\u00e9c\u00e9dente assembl\u00e9e. Il existe une extr\u00eame gauche minoritaire et une masse de centristes qui forment la Plaine (ou Marais) se rallieront \u00e0 la Montagne. Mais la Convention est majoritairement girondine, jusqu\u2019au 2\u00a0juin 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne pouvons plus compter les ann\u00e9es o\u00f9 les rois nous opprimaient comme un temps o\u00f9 nous avons v\u00e9cu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1440\" class=\"cit-num\">1440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FABRE<\/span> d\u2019\u00c9glantine (1750-1794), d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e du calendrier r\u00e9volutionnaire. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un symbole\u00a0! Le 22\u00a0septembre 1792 devient le premier jour de l\u2019an I de la R\u00e9publique. C\u2019est l\u2019\u00e9quinoxe d\u2019automne, heureux pr\u00e9sage\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9galit\u00e9 des jours et des nuits \u00e9tait marqu\u00e9e dans le ciel [le m\u00eame jour o\u00f9] l\u2019\u00e9galit\u00e9 civile et morale \u00e9tait proclam\u00e9e par les repr\u00e9sentants du peuple\u00a0\u00bb note Gilbert Romme, d\u00e9put\u00e9 montagnard. Fait curieux, rien n\u2019est dat\u00e9 de l\u2019an I, tout commence en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>, le 5\u00a0octobre 1793 (14 vend\u00e9miaire an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), quand le calendrier r\u00e9volutionnaire est adopt\u00e9 par la Convention. Il tombe en d\u00e9su\u00e9tude apr\u00e8s la R\u00e9volution et Napol\u00e9on y met fin, le 9\u00a0septembre 1805.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique fran\u00e7aise est une et indivisible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1442\" class=\"cit-num\">1442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9claration du 25\u00a0septembre 1792.<em> Constitution de la R\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em> (1799), Imprimerie nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019instigation des Montagnards, la nouvelle formule remplace celle du \u00ab\u00a0royaume un et indivisible\u00a0\u00bb qui aura v\u00e9cu un an, sous la br\u00e8ve L\u00e9gislative. Cette Premi\u00e8re R\u00e9publique ne vivra que cinq ans, mais l\u2019id\u00e9e-force s\u2019inscrit dans toutes les Constitutions \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que Paris soit r\u00e9duit \u00e0 un quatre-vingt-troisi\u00e8me d\u2019influence comme chacun des autres d\u00e9partements.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1443\" class=\"cit-num\">1443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), d\u00e9put\u00e9 du Tarn, Convention, 25\u00a0septembre 1792. <em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1913), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e en 83 d\u00e9partements par la Constituante, le 15\u00a0janvier 1790. L\u2019orateur parle au nom des Girondins et c\u2019est une riposte aux Montagnards.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9s venus assez nombreux de la Gironde et en majorit\u00e9 de la province, les Girondins sont partisans d\u2019un r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9raliste. Ils s\u2019opposent aux tendances centralisatrices des Montagnards\u00a0: les chefs de ce parti mettent leurs espoirs sur les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires les plus avanc\u00e9s qu\u2019on trouve naturellement \u00e0 Paris, dans la Commune insurrectionnelle et les sections des sans-culottes.<\/p>\n<p>Lasource, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative et r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention, ancien pasteur protestant, est fid\u00e8le \u00e0 ses principes plus qu\u2019\u00e0 un meneur ou un parti. Du c\u00f4t\u00e9 des Montagnards partisans de la guerre, il refuse ensuite leur dictature, se rallie aux Girondins et mourra avec eux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons le droit de dire aux peuples\u00a0: vous n\u2019aurez plus de rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1444\" class=\"cit-num\">1444<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 28\u00a0septembre 1792. <em>L\u2019Invention de la guerre totale\u00a0: <span class=\"caps\">XVII<\/span>e <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cles<\/em> (2004), Jean-Yves Guiomar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Belle phrase \u00ab\u00a0\u00e0 la Danton\u00a0\u00bb, superbe id\u00e9e r\u00e9volutionnaire. L\u2019orateur ajoute, pour \u00eatre plus clair encore, que \u00ab\u00a0la Convention doit \u00eatre un comit\u00e9 d\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9rale contre tous les rois de l\u2019univers\u00a0\u00bb, ce qui suscite quelques murmures dans l\u2019assembl\u00e9e. Cela fait beaucoup d\u2019ennemis en puissance aux nouveaux ma\u00eetres de la France.<\/p>\n<p>Sit\u00f4t la R\u00e9publique proclam\u00e9e, la guerre de d\u00e9fense va se transformer en guerre d\u2019id\u00e9ologie et bient\u00f4t de conqu\u00eate. D\u2019o\u00f9 la riposte des rois et empereurs voisins, coalis\u00e9s contre la France. Avec le recul de l\u2019histoire, on peut dire que cette R\u00e9volution, forte de ses bonnes intentions, va inventer la \u00ab\u00a0guerre totale\u00a0\u00bb visant la destruction compl\u00e8te de l\u2019ennemi avec recours \u00e0 la mobilisation en masse, entra\u00eenant le peuple dans une spirale infernale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la pique du peuple brise le sceptre des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1447\" class=\"cit-num\">1447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0octobre 1792. <em>Les Grands orateurs de la R\u00e9volution<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pique a beaucoup servi sous la R\u00e9volution et pas seulement de fa\u00e7on m\u00e9taphorique. Le peuple y a plant\u00e9 des t\u00eates coup\u00e9es, d\u00e8s la prise de la Bastille. Quant \u00e0 Danton, avocat r\u00e9volutionnaire et agitateur dans l\u2019\u00e2me, il ne recule devant aucune violence, ni physique, ni verbale. Face aux ennemis du dehors, aux rois \u00e9trangers mena\u00e7ant les fronti\u00e8res, il dit dans ce m\u00eame discours\u00a0: \u00ab\u00a0Jetons-leur en d\u00e9fi une t\u00eate de roi.\u00a0\u00bb La Convention va donc d\u00e9cider de mettre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> en jugement, apr\u00e8s une longue discussion qui oppose les Girondins aux Montagnards. Danton s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne qui l\u2019emportera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis sera-t-il donc le seul Fran\u00e7ais pour lequel on ne suive nulle loi, nulle forme\u00a0? Louis ne jouit ni du droit de citoyen, ni de la pr\u00e9rogative des rois\u00a0: il ne jouira ni de son ancienne condition, ni de la nouvelle\u00a0! Quelle \u00e9trange exception.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1468\" class=\"cit-num\">1468<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">DES\u00c8ZE<\/span> (1748-1828), Plaidoirie pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 26\u00a0d\u00e9cembre 1792. <em>Histoire de France depuis la R\u00e9volution de 1789<\/em> (1803), Fran\u00e7ois-Emmanuel Toulongeon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat (comte Des\u00e8ze ou De S\u00e8ze) t\u00e9moignera plus tard du grand \u0153uvre de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Trois jours et quatre nuits, j\u2019ai lutt\u00e9 pied \u00e0 pied avec les documents pour \u00e9difier avec Malesherbes et Tronchet, et surtout avec mon Roi, la d\u00e9fense de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 par la Convention. J\u2019ai voulu plaider avec la justice, le c\u0153ur, le talent que l\u2019on me reconnaissait alors. Mon ma\u00eetre ne me laissa combattre que sur le terrain du droit\u00a0: il se souciait de balayer les accusations dont il \u00e9tait l\u2019objet, non d\u2019apitoyer. Pendant plus d\u2019une heure, je lui ai donn\u00e9 ma voix. En vain\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis doit mourir pour que la patrie vive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1476\" class=\"cit-num\">1476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre sentence\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots furent prononc\u00e9s au d\u00e9but du proc\u00e8s, le 3\u00a0d\u00e9cembre. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pour Louis ni amour ni haine\u00a0: je ne hais que ses forfaits\u2026\u00a0\u00bb En fait, le roi \u00e9tait jug\u00e9 d\u2019avance. La R\u00e9volution, c\u2019est la souverainet\u00e9 du peuple et elle ne peut composer avec la souverainet\u00e9 du roi. Ce n\u2019est pas l\u2019homme Capet qui est en cause, aux yeux des th\u00e9oriciens tels que Robespierre et Saint-Just, c\u2019est l\u2019extravagante condition du monarque.<\/p>\n<p>On peut seulement s\u2019\u00e9tonner de l\u2019hypocrite humanit\u00e9 de Robespierre, d\u00e9clarant dans le m\u00eame discours\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019abhorre la peine de mort prodigu\u00e9e par vos lois.\u00a0\u00bb La suite des \u00e9v\u00e9nements et la Terreur apportent un d\u00e9menti sanglant. Au terme de la proc\u00e9dure et apr\u00e8s de longs d\u00e9bats, l\u2019ex\u00e9cution aura lieu le 21\u00a0janvier\u00a01793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793.<em> Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours. Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<p>Autre mot\u00a0attribu\u00e9 au roi\u00a0: \u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb pour alimenter la l\u00e9gende. Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis ne sut qu\u2019aimer, pardonner et mourir\u00a0! \/ Il aurait su r\u00e9gner s\u2019il avait su punir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1481\" class=\"cit-num\">1481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">TILLY<\/span> (1764-1816). <em>Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em> (1826), Joseph Michaud, Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce c\u00e9l\u00e8bre distique (deux vers), le comte de Tilly, d\u00e9fenseur du roi au palais des Tuileries (le 10\u00a0ao\u00fbt 1792) et auteur de <em>M\u00e9moires<\/em> (surtout galants), t\u00e9moigne de cette horreur de la violence, dans une \u00e9poque o\u00f9 elle fait loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avance, suivez-moi\u00a0; si je meurs, vengez-moi\u00a0; si je recule, tuez-moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1487\" class=\"cit-num\">1487<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de la <span class=\"caps\">ROCHEJAQUELEIN<\/span> (1772-1794), aux milliers de paysans qui le proclament leur chef, 13\u00a0avril 1793.<em> Le Dernier des Chouans\u00a0: Louis Stanislas Sortant<\/em> (2007), Bernard Coquet, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comte, membre de la garde de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, ayant perdu son roi (emprisonn\u00e9), il regagne ses terres de Vend\u00e9e. C\u2019est l\u2019un des chefs de l\u2019insurrection vend\u00e9enne qui commence le 10\u00a0mars 1793. L\u2019origine en est moins politique que religieuse. Le peuple, tr\u00e8s catholique, est choqu\u00e9 par la politique r\u00e9volutionnaire et hostile aux \u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb qui veulent imposer la Constitution civile du clerg\u00e9, la loi du serment des pr\u00eatres.<\/p>\n<p>Les nobles, dans cette r\u00e9gion sans jacqueries paysannes, n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9migr\u00e9. La mort du roi, ex\u00e9cut\u00e9 le 21\u00a0janvier, les d\u00e9cide \u00e0 prendre les armes et \u00e0 encadrer militairement leurs paysans et les m\u00e9tayers, r\u00e9volt\u00e9s par le d\u00e9cret sur la lev\u00e9e de 300\u00a0000 hommes rendu par la Convention le 24\u00a0f\u00e9vrier. Les pr\u00eatres r\u00e9fractaires se joindront \u00e0 cette contre-r\u00e9volution arm\u00e9e. Les Anglais vont apporter une aide en argent, puis en hommes \u00e0 cette guerre civile contre une R\u00e9volution devenue trop conqu\u00e9rante.<\/p>\n<p>Les insurg\u00e9s vend\u00e9ens (les Blancs) vont r\u00e9unir jusqu\u2019\u00e0 40\u00a0000 hommes et remporter plusieurs victoires contre les patriotes (les Bleus), au\u00a0 printemps 1793. La Convention envoie des troupes r\u00e9publicaines d\u00e8s juillet, les grands combats suivis de massacres seront organis\u00e9s sous la Terreur, \u00e0 partir d\u2019octobre. Au total, la guerre de Vend\u00e9e et la guerre des Chouans (m\u00eames causes, m\u00eames effets, en Bretagne et Normandie) feront quelque 600\u00a0000 morts, dont 210\u00a0000 civils ex\u00e9cut\u00e9s, 300\u00a0000 morts de faim et de froid (100\u00a0000 enfants). Ce g\u00e9nocide (mot employ\u00e9 par certains historiens) est, sans conteste, le plus lourd bilan \u00e0 porter au passif de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Donnez un verre de sang \u00e0 ce cannibale\u00a0: il a soif\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1496\" class=\"cit-num\">1496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), \u00e0 Marat vitup\u00e9rant \u00e0 la tribune de la Convention, 13\u00a0avril\u00a01793. <em>Proc\u00e8s fameux extraits de l\u2019Essai sur l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale des tribunaux des peuples tant anciens que modernes<\/em> (1796), Nicolas Toussaint Le Moyne Des Essarts<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sang, mot et symbole, est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans cette histoire. Depuis l\u2019insurrection du 10\u00a0ao\u00fbt 1792 et les massacres de septembre qu\u2019il encouragea, Marat attise la haine dans son journal (<em>l\u2019Ami du peuple<\/em>) et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9, si\u00e9geant au sommet de la Montagne, pr\u00e9sident du club des Jacobins depuis le 5\u00a0avril 1793, il devient chaque jour plus redoutable, accusant, calomniant, injuriant, \u00e9ructant. Nul ne semble pouvoir l\u2019interrompre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui a des culottes dor\u00e9es est l\u2019ennemi de tous les sans-culottes. Il n\u2019existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1502\" class=\"cit-num\">1502<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), au club des Jacobins, 8\u00a0mai 1793.<em> \u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans les nommer, l\u2019Incorruptible d\u00e9nonce ici les Girondins. Rappelons qu\u2019ils sont issus de la m\u00eame classe bourgeoise que les amis de Robespierre et que celui-ci est toujours tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatu. Ce manich\u00e9isme est donc simpliste, mais efficace. Il oppose les riches aux pauvres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dis \u00e0 ton f\u2026 pr\u00e9sident que je me f\u2026 de lui et de son Assembl\u00e9e et que si dans une heure elle ne me livre pas les vingt-deux, je le fais foudroyer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1506\" class=\"cit-num\">1506<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">HANRIOT<\/span> (1761-1794), \u00e0 l\u2019huissier de la Convention, 2\u00a0juin 1793.<em> Les Origines de la France contemporaine<\/em> (1878), Hippolyte Taine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hanriot, chef de la section des sans-culottes lors de l\u2019\u00e9meute du 10\u00a0ao\u00fbt et des massacres de septembre\u00a01792, a \u00e9t\u00e9 promu commandant g\u00e9n\u00e9ral provisoire de la garde nationale en mai\u00a01793. L\u2019insurrection populaire du 2\u00a0juin fut bien programm\u00e9e, Marat y a veill\u00e9 personnellement\u00a0: c\u2019est le Paris des sans-culottes et les Montagnards, contre les Girondins et la France mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Une foule de 80\u00a0000 hommes arm\u00e9s de 150 canons investit la Convention. Un cort\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9s qui sort pour parler \u00e0 la foule se heurte \u00e0 Hanriot qui menace de faire tirer les canonniers sur eux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons les tra\u00eetres\u00a0! \u00c0 la guillotine, les Brissotins\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1507\" class=\"cit-num\">1507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des gardes nationaux, 2\u00a0juin\u00a01793. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1928), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention est assi\u00e9g\u00e9e par les sections parisiennes de sans-culottes, encercl\u00e9e par la garde nationale. Les d\u00e9put\u00e9s, sortis pour adjurer les manifestants de rentrer dans leurs sections, renoncent. Ils reprennent place dans les trav\u00e9es de l\u2019Assembl\u00e9e et votent la mise en \u00e9tat d\u2019arrestation de 29 des leurs, ainsi que l\u2019exige l\u2019insurrection parisienne. C\u2019est le tournant de la Convention \u2013 et de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, la Gironde \u00e9tait r\u00e9publicaine [\u2026] Oui, sa proscription a \u00e9t\u00e9 un malheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1508\" class=\"cit-num\">1508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEVASSEUR<\/span> de la Sarthe (1747-1834), <em>M\u00e9moires<\/em> (1830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 montagnard reconna\u00eetra plus tard l\u2019\u00e9vidence, ajoutant pour sa d\u00e9fense que \u00ab\u00a0c\u2019est par un \u00e9garement de bonne foi\u00a0\u00bb que la Montagne l\u2019a consomm\u00e9.<\/p>\n<p>Bilan\u00a0: 29 d\u00e9put\u00e9s et deux ministres girondins d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s d\u2019accusation. Certains s\u2019\u00e9chapperont, quelques-uns, r\u00e9fugi\u00e9s en province, susciteront une r\u00e9volte f\u00e9d\u00e9raliste sans lendemain contre la dictature de la Montagne. Deux se suicideront (Buzot et P\u00e9tion). 21 seront jug\u00e9s, guillotin\u00e9s. Les Montagnards ont les mains libres, ce sera bient\u00f4t la Terreur, la vraie, voire la Grande Terreur, sous la dictature du Comit\u00e9 de salut public dirig\u00e9 par Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le brigand qui pers\u00e9cute, l\u2019homme exalt\u00e9 qui injurie, le peuple tromp\u00e9 qui assassine suivent leur instinct et font leur m\u00e9tier. Mais l\u2019homme en place qui les tol\u00e8re, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, est \u00e0 jamais d\u00e9shonor\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1513\" class=\"cit-num\">1513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), Lettre au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, 20\u00a0juin\u00a01793, prison de l\u2019Abbaye. <em>Lettres de Madame Roland de 1780 \u00e0 1793<\/em> (1902), publi\u00e9es par Claude Perroud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre s\u2019appelle Garat, il a remplac\u00e9 Roland, son mari. Elle le conna\u00eet et le juge ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0aimable homme de soci\u00e9t\u00e9, homme de lettres m\u00e9diocre et d\u00e9testable administrateur\u00a0\u00bb. Il l\u2019a laiss\u00e9 arr\u00eater et emprisonner \u00e0 l\u2019Abbaye. Jean-Marie Roland a r\u00e9ussi \u00e0 fuir, avec quelques Girondins. Manon Roland \u00e9crit aussi \u00e0 la Convention, au ministre de la Justice, des lettres cinglantes, superbes. Cette h\u00e9ro\u00efne de la R\u00e9volution n\u2019a pas peur de la mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici repose Marat, l\u2019Ami du Peuple, assassin\u00e9 par les ennemis du peuple, le 13\u00a0juillet 1793.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1520\" class=\"cit-num\">1520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marat. <em>Marat, l\u2019ami du peuple<\/em> (1865), Alfred Bougeart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que son journal s\u2019intitulait<em> L\u2019Ami du peuple<\/em> et que l\u2019homme ha\u00ef (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res \u00e9tait idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise \u00ab\u00a0l\u2019Ange de l\u2019assassinat\u00a0\u00bb et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais rien ni personne ne pouvait plus freiner cette marche programm\u00e9e vers la Terreur. D\u2019autant que les Girondins, \u00ab\u00a0l\u00e9gion de penseurs\u00a0\u00bb, ne sont plus l\u00e0 pour contrer les Montagnards, ce \u00ab\u00a0groupe d\u2019athl\u00e8tes\u00a0\u00bb (Hugo).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1532\" class=\"cit-num\">1532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793. <em>Mouvement populaire et gouvernement r\u00e9volutionnaire en l\u2019An\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 1793-1794<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pression populaire est impressionnante. Une d\u00e9putation du club des Jacobins soutient les sans-culottes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e, la Convention c\u00e8de en se pla\u00e7ant sur le plan du droit. Une Premi\u00e8re Terreur (six semaines) avait succ\u00e9d\u00e9 au 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur et m\u00e9riter bient\u00f4t le nom de Grande Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ainsi se r\u00e9pandit sur la France cet inexplicable vertige qu\u2019on a nomm\u00e9 le r\u00e8gne de la Terreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1534\" class=\"cit-num\">1534<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin <span class=\"caps\">CONSTANT<\/span> (1767-1830),<em> De l\u2019esprit de conqu\u00eate et de l\u2019usurpation dans leurs rapports avec la civilisation europ\u00e9enne<\/em> (1814)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suisse d\u2019origine, futur amant de Mme\u00a0de Sta\u00ebl et futur grand \u00e9crivain, il regarde la R\u00e9volution de France des quatre coins de l\u2019Europe o\u00f9 il m\u00e8ne \u00ab\u00a0une vie errante et d\u00e9cousue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le citoyen J\u00e9sus-Christ a \u00e9t\u00e9 le premier sans-culotte du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1536\" class=\"cit-num\">1536<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">CHABOT<\/span> (1756-1794), Discours, 7 septembre 1793.<em> Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capucin d\u00e9froqu\u00e9, il a \u00e9crit le <em>Cat\u00e9chisme des Sans-culotte<\/em>. La m\u00e9taphore christique sera reprise, notamment par Camille Desmoulins \u00e0 l\u2019heure prochaine de sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous aurons le temps d\u2019\u00eatre humains lorsque nous serons vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1537\" class=\"cit-num\">1537<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie Jean <span class=\"caps\">H\u00c9RAULT<\/span> de <span class=\"caps\">S\u00c9CHELLES<\/span> (1759-1794), Circulaire du Comit\u00e9 de salut public. \u00ab\u00a0\u00c0 Carrier\u00a0\u00bb, 29\u00a0septembre 1793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1853), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean-Baptiste Carrier, envoy\u00e9 en mission en Normandie et en Bretagne, y fait r\u00e9gner la terreur de fa\u00e7on exemplaire. Dans cette circulaire, c\u2019est la ville de Nantes qui est vis\u00e9e, avec ses habitants.<\/p>\n<p>Jeune avocat sous l\u2019Ancien R\u00e9gime et appr\u00e9ci\u00e9 de Marie-Antoinette, d\u00e9put\u00e9 Montagnard, r\u00e9dacteur de la nouvelle Constitution et de la nouvelle <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme<\/em> (1793), pr\u00e9sident de la Convention le jour o\u00f9 elle abandonna les Girondins \u00e0 la proscription (2\u00a0juin), Robespierre ne lui laissera pas le temps de redevenir humain. Il compara\u00eet devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire avec Danton et ses amis, guillotin\u00e9 comme eux en avril\u00a01794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819), Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette en prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, attendait son sort au Temple avant son transfert \u00e0 la Conciergerie, le 1er\u00a0ao\u00fbt 1793.<\/p>\n<p>La Convention ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le 3 octobre que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. On publie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e secr\u00e8tement et blanchie par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Fran\u00e7ais pouvait \u00eatre absoute par un jury fran\u00e7ais. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi, au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s et devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est au comble quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de 4\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre, elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793. Femme de lettres, femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, la reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin. <em>Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em> destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres \u00e0 son ami Buzot qui a fui comme son mari pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant, quelques mois plus tard, la mort de Manon Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Y a-t-il guillotine aujourd\u2019hui\u00a0? \u2014 Oui, lui r\u00e9pliqua un franc patriote, car il y a toujours trahison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1572\" class=\"cit-num\">1572<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Reflet de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du sans-culotte et du terrorisme l\u00e9gal. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guillotine est un spectacle, les tricoteuses s\u2019installent au pied des bois de justice, les patriotes voient les ennemis du peuple bel et bien punis et Robespierre multiplie les discours \u00e0 la Convention, justifiant toujours la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui font les r\u00e9volutions \u00e0 moiti\u00e9 n\u2019ont fait que se creuser un tombeau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1577\" class=\"cit-num\">1577<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, Rapport du 26\u00a0f\u00e9vrier 1794 (premier d\u00e9cret de vent\u00f4se). <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834), Saint-Just<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot (repris en slogan et graffiti, par les \u00e9tudiants de Mai\u00a068) est lourd de menaces pour les enfants de la Patrie, en 1794. Particuli\u00e8rement vis\u00e9s par Saint-Just, les opposants \u00e0 son ami Robespierre qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 frapper sur sa gauche, puis sur sa droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019on emporte la patrie \u00e0 la semelle de ses souliers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1579\" class=\"cit-num\">1579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), \u00e0 son ami Legendre qui le pr\u00e9vient du danger et l\u2019exhorte \u00e0 s\u2019enfuir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mars\u00a01794. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1799<\/em> (1883), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton ne se d\u00e9robe pas\u00a0: \u00ab\u00a0Mieux vaut \u00eatre guillotin\u00e9 que guillotineur\u00a0\u00bb, dit-il. Suspect d\u2019indulgence, il va braver Robespierre jusqu\u2019\u00e0 la fin. D\u2019autres r\u00e9clament la t\u00eate du tribun\u00a0: \u00ab\u00a0Nous viderons ce gros turbot farci\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9crie le Montagnard Vadier. Danton, averti du terrible rapport que Saint-Just pr\u00e9pare contre lui, refuse de fuir. Par cette phrase, il condamne aussi l\u2019attitude des \u00e9migr\u00e9s. Le 30\u00a0mars\u00a01794, il est arr\u00eat\u00e9 comme ennemi de la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma demeure sera bient\u00f4t dans le n\u00e9ant\u00a0; quant \u00e0 mon nom, vous le trouverez dans le panth\u00e9on de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1582\" class=\"cit-num\">1582<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), r\u00e9ponse au Tribunal r\u00e9volutionnaire, 2\u00a0avril\u00a01794. <em>Proc\u00e8s historiques, Le proc\u00e8s de Danton, Histoire et patrimoine<\/em> [en ligne], minist\u00e8re de la Justice<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Tribunal proc\u00e8de \u00e0 l\u2019interrogatoire habituel, lui demandant son nom et ses qualit\u00e9s. Il existe plusieurs versions de la r\u00e9ponse, selon les sources. La plus courte, fr\u00e9quemment cit\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Ma demeure\u00a0? Demain, dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb Danton a toujours le sens de l\u2019improvisation \u2013 quoique cette r\u00e9plique ait pu \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu montreras ma t\u00eate au peuple, elle en vaut bien la peine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1584\" class=\"cit-num\">1584<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), mot de la fin au bourreau, avant de poser sa t\u00eate sous le couperet de la guillotine, 5\u00a0avril 1794. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0une gueule\u00a0\u00bb et il en a bien jou\u00e9\u00a0! Personnage th\u00e9\u00e2tral, orateur n\u00e9, il a suscit\u00e9 des haines farouches, mais fascin\u00e9 le peuple et l\u2019Assembl\u00e9e. Son sens de la formule est remarquable, jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9chafaud. S\u2019arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots \u00e9loquents avant de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1585\" class=\"cit-num\">1585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot de Flaubert pourrait s\u2019appliquer \u00e0 bien des \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb attribu\u00e9s aux personnages de la R\u00e9volution. Quels que soient leur \u00e2ge, leur sexe, leur condition, leurs convictions, la plupart sont morts en h\u00e9ros, dignes de cette \u00e9poque h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut raccourcir les g\u00e9ants \/ Et rendre les petits plus grands,<br>Tout \u00e0 la m\u00eame hauteur \/ Voil\u00e0 le vrai bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1597\" class=\"cit-num\">1597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Portrait du sans-culotte<\/em>, chanson anonyme.<em> Les Sans-culottes parisiens en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1968), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019homme nouveau, vu par la sans-culotterie. C\u2019est le r\u00e8gne de l\u2019\u00e9galit\u00e9 prise au pied de la lettre\u00a0! C\u2019est aussi la n\u00e9gation du grand homme, du h\u00e9ros en tant qu\u2019individu, au b\u00e9n\u00e9fice du h\u00e9ros collectif, le peuple, incarn\u00e9 par le sans-culotte. Et c\u2019est toujours l\u2019histoire de France, cont\u00e9e par les chansons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demain, de Robespierre ou de moi, l\u2019un des deux sera mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1601\" class=\"cit-num\">1601<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">CAMBON<\/span> (1756-1820), se croyant sur la liste des \u00ab\u00a0fripons\u00a0\u00bb d\u00e9nonc\u00e9s et condamn\u00e9s par Robespierre, Convention, 26\u00a0juillet 1794. <em>Cambon et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1905), F\u00e9lix Bornarel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de la Plaine ralli\u00e9 aux Montagnards, il est devenu l\u2019un des opposants \u00e0 Robespierre. Il n\u2019est plus seul. La loi de Prairial qui rend la justice plus exp\u00e9ditive fut la loi de trop, mena\u00e7ant pratiquement tout le personnel politique.<\/p>\n<p>Depuis la mi-juin, on cherche \u00e0 ridiculiser Robespierre \u2013 une fa\u00e7on de tuer politiquement le dictateur. On associe son nom \u00e0 ceux d\u2019illumin\u00e9s, on accr\u00e9dite la version d\u2019une m\u00e9galomanie de pseudo-messie et de vrai tyran, cumulant pouvoir politique et religieux, se plaisant \u00e0 immoler ses adversaires. Lui ignore le danger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le sang de Danton qui t\u2019\u00e9touffe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1606\" class=\"cit-num\">1606<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GARNIER<\/span> de l\u2019<span class=\"caps\">AUBE<\/span> (1742-1805), \u00e0 Robespierre suffoquant sous la chaleur torride, Convention, 27\u00a0juillet 1794. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Robespierre monte \u00e0 la tribune \u00e0 11\u00a0heures du matin pour donner la liste des \u00ab\u00a0\u00e9pur\u00e9s\u00a0\u00bb. Tallien et les mod\u00e9r\u00e9s lui coupent la parole \u00e0 onze reprises et Saint-Just ne r\u00e9agit plus (nerveusement \u00e9puis\u00e9). Deux mod\u00e9r\u00e9s demandent la mise en accusation de Robespierre, Couthon, Saint-Just, Lebas.<\/p>\n<p>Augustin Robespierre (son fr\u00e8re) r\u00e9clame la sienne\u00a0: \u00ab\u00a0Je partage ses vertus, je veux partager son sort.\u00a0\u00bb L\u2019arrestation des cinq d\u00e9put\u00e9s est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e aux voix.<\/p>\n<p>Le 28\u00a0juillet (10 thermidor), Robespierre, Couthon, Saint-Just et 19 de leurs alli\u00e9s sont guillotin\u00e9s sans jugement. Puis 71 le lendemain et quelques autres encore, les jours suivants. Au total, une centaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire du neuf Thermidor n\u2019est pas longue\u00a0: quelques sc\u00e9l\u00e9rats firent p\u00e9rir quelques sc\u00e9l\u00e9rats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1607\" class=\"cit-num\">1607<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MASITRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1796)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>V\u00e9ritable \u00e9crivain politique avec un style et de l\u2019humour, th\u00e9oricien majeur de la pens\u00e9e contre-r\u00e9volutionnaire, connu sous l\u2019Ancien R\u00e9gime pour son combat contre la philosophie des Lumi\u00e8res, \u00e9migr\u00e9 en 1793 \u00e0 Lausanne, monarchiste attach\u00e9 au pouvoir papal, il rejette en bloc la R\u00e9volution. Mais pour les Fran\u00e7ais en France, tout va changer apr\u00e8s le 9 Thermidor et le r\u00e8glement de comptes sanglant, sinon \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rat\u00a0\u00bb, qui punit les plus coupables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est le plus puissant pas du genre humain depuis l\u2019av\u00e8nement du Christ.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1631\" class=\"cit-num\">1631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conscience politique de son\u00a0si\u00e8cle, homme de c\u0153ur et sensibilit\u00e9 de gauche, il aime d\u2019autant plus la R\u00e9volution (et l\u2019Empire) qu\u2019il est d\u00e9\u00e7u par les princes qui gouvernent au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et par les r\u00e9volutions qui l\u2019agitent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1632\" class=\"cit-num\">1632<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement \u00e0 nuancer\u00a0: pour cet historien de gauche, la R\u00e9volution de 1789 devrait finir en 1790 sur le Champ de Mars, en son point culminant, le jour de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ont fait, en 1789, le plus grand effort auquel se soit jamais livr\u00e9 aucun peuple afin de couper, pour ainsi dire, en deux, leur destin\u00e9e et de s\u00e9parer par un ab\u00eeme ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 de ce qu\u2019ils voulaient \u00eatre d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1633\" class=\"cit-num\">1633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avis d\u2019historien, par ailleurs magistrat (sous la Restauration), d\u00e9put\u00e9 et ministre (sous la Deuxi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique), inclassable (compar\u00e9 en cela \u00e0 Montesquieu) et donc \u00e9quilibr\u00e9 dans ses jugements. Encore faut-il nuancer sa pens\u00e9e qui \u00e9volue. Dans cette derni\u00e8re \u0153uvre, Tocqueville d\u00e9montre que si la R\u00e9volution de 1789 a pu d\u00e9router bien des esprits et faire perdre leur sang-froid aux hommes au pouvoir, elle doit \u00eatre historiquement analys\u00e9e comme l\u2019aboutissement logique de l\u2019Ancien R\u00e9gime, et non comme une rupture d\u2019ordre politique, social et administratif.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":194,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9597","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9597"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9597\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12630,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9597\/revisions\/12630"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}