{"id":9604,"date":"2023-01-30T00:00:00","date_gmt":"2023-01-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:43:02","modified_gmt":"2025-08-12T06:43:02","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Pour chaque \u00e9poque, la citation la plus embl\u00e9matique se retrouve en exergue.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">PHILOSOPHES<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre\u00a0si\u00e8cle, j\u2019en conviens encore avec Votre Majest\u00e9, ne vaut pas le si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour le g\u00e9nie et pour le go\u00fbt\u00a0; mais il me semble qu\u2019il l\u2019emporte pour les lumi\u00e8res, pour l\u2019horreur de la superstition et du fanatisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"950\" class=\"cit-num\">950<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u2019<span class=\"caps\">ALEMBERT<\/span> (1717-1783), Lettre au roi de Prusse, 14\u00a0f\u00e9vrier 1774. <em>Correspondance avec Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean Le Rond d\u2019Alembert, l\u2019un des encyclop\u00e9distes, correspond avec l\u2019un des \u00ab\u00a0despotes \u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb du si\u00e8cle, Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand. Taine, historien et philosophe sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, \u00e9crit dans <em>Les Origines de la France contemporaine\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Aux approches de 1789, il est admis que l\u2019on vit \u00ab\u00a0dans le si\u00e8cle des lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2ge de raison\u00a0\u00bb, qu\u2019auparavant le genre humain \u00e9tait dans l\u2019enfance, qu\u2019aujourd\u2019hui il est devenu \u00ab\u00a0majeur\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00e9rite en revient essentiellement \u00e0 la \u00ab\u00a0bande des quatre\u00a0\u00bb, philosophes incarnant chacun \u00e0 sa mani\u00e8re les valeurs nouvelles du si\u00e8cle\u00a0: par ordre d\u2019apparition sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire, <span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span>, <span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span>, <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span>, <span class=\"caps\">DIDEROT<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Ah\u00a0! Monsieur est Persan\u00a0! C\u2019est une chose bien extraordinaire\u00a0! Comment peut-on \u00eatre Persan\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1086\" class=\"cit-num\">1086<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles-Louis de Secondat, baron de la Br\u00e8de et de Montesquieu, se pla\u00eet \u00e0 se dire heureux dans son si\u00e8cle \u00e9pris de bonheur. Premier-n\u00e9 des philosophes dits des Lumi\u00e8res, magistrat fortun\u00e9, il \u00e9crit pour se distraire et commence par un petit ouvrage plaisant publi\u00e9 \u00e0 Amsterdam, anonyme et \u00ab\u00a0persan\u00a0\u00bb\u00a0: trois pr\u00e9cautions valent mieux qu\u2019une pour d\u00e9jouer la censure\u00a0! Le masque ne trompe personne et le subterfuge rend l\u2019auteur c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: sa r\u00e9putation de bel esprit est faite et sa critique des m\u0153urs contemporaines, badine de forme et hardie dans le fond, s\u00e9duit le public des salons.<\/p>\n<p>Ainsi la lettre raille la curiosit\u00e9 na\u00efve et indiscr\u00e8te des Parisiens pour tout ce qui sort de l\u2019ordinaire. Cette curiosit\u00e9 \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb sera l\u2019une des qualit\u00e9s du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que l\u2019homme est un animal sociable. Sur ce pied-l\u00e0, il me para\u00eet que le Fran\u00e7ais est plus homme qu\u2019un autre, c\u2019est l\u2019homme par excellence\u00a0; car il semble fait uniquement pour la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"975\" class=\"cit-num\">975<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre caract\u00e9ristique du si\u00e8cle qui surprend les deux Persans Usbek et Rica, la sociabilit\u00e9 port\u00e9e \u00e0 un point extr\u00eame et tant\u00f4t qualit\u00e9, tant\u00f4t d\u00e9faut. Le moraliste Chamfort confirme, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Les gens du monde ne sont pas plut\u00f4t attroup\u00e9s qu\u2019ils se croient en soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fureur de la plupart des Fran\u00e7ais, c\u2019est d\u2019avoir de l\u2019esprit, et la fureur de ceux qui veulent avoir de l\u2019esprit, c\u2019est de faire des livres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"979\" class=\"cit-num\">979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un trait typique du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et qui ne fera que se renforcer, lui donnant son unit\u00e9 par-del\u00e0 d\u2019extr\u00eames diversit\u00e9s et complexit\u00e9s, contrastes et contradictions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les lois [\u2026] sont les rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1004\" class=\"cit-num\">1004<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la grande \u0153uvre de sa vie. Publi\u00e9 en octobre\u00a01748 \u00e0 Gen\u00e8ve, le livre devient sit\u00f4t \u00ab\u00a0best-seller\u00a0\u00bb avec 22 \u00e9ditions en un an et demi\u00a0! Il cr\u00e9e une science des lois\u00a0: il cherche leur \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, discerne un ordre, une raison et s\u2019efforce de comprendre. D\u00e9marche parfois mal comprise\u00a0: expliquer l\u2019esclavage, le despotisme, les lois qui les instaurent, ce n\u2019est pas les justifier pour autant\u00a0! Montesquieu dit ce qui est, avant de dire ce qui devrait \u00eatre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans l\u2019\u00e9tat de nature, les hommes naissent bien dans l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0; mais ils n\u2019y sauraient rester. La soci\u00e9t\u00e9 la leur fait perdre, et ils ne redeviennent \u00e9gaux que par les lois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1005\" class=\"cit-num\">1005<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montesquieu a plus souvent parl\u00e9 de libert\u00e9 que d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 oppos\u00e9 en cela \u00e0 Rousseau. Mais il existe un cousinage avec le<em> Contrat social<\/em>. Tout l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e9tant fond\u00e9 sur les privil\u00e8ges (fiscaux et autres), donc sur un principe fondamental d\u2019in\u00e9galit\u00e9, seule une r\u00e9forme litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire pouvait amener l\u2019\u00e9galit\u00e9. Des ministres \u00e9clair\u00e9s (Turgot, Necker et autres Calonne) en proposeront des amorces, sans pouvoir les imposer aux privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat [\u2026] doit \u00e0 tous les citoyens une subsistance assur\u00e9e, la nourriture, un v\u00eatement convenable, et un genre de vie qui ne soit pas contraire \u00e0 sa sant\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1007\" class=\"cit-num\">1007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette \u0153uvre de science politique, rien de moins abstrait que ces droits du citoyen\u00a0! Au nom d\u2019un profond respect de la personne humaine, Montesquieu refuse les lettres de cachet, la torture, l\u2019intol\u00e9rance, le paup\u00e9risme, la guerre. Les r\u00e9volutionnaires trouveront chez lui bien des sujets de r\u00e9forme. Marat \u00e9crit un <em>\u00c9loge de Montesquieu<\/em> en 1785 et r\u00e9p\u00e9tera en 1789 qu\u2019il fut le premier \u00ab\u00a0\u00e0 exiger les droits de l\u2019homme et \u00e0 attaquer la tyrannie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a point encore de libert\u00e9 si la puissance de juger n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e de la puissance l\u00e9gislative et de l\u2019ex\u00e9cutrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1011\" class=\"cit-num\">1011<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le fameux principe de la s\u00e9paration des pouvoirs\u00a0: \u00ab\u00a0Tout serait perdu si le m\u00eame homme, ou le m\u00eame corps exer\u00e7ait ces trois pouvoirs\u00a0: celui de faire les lois, celui d\u2019ex\u00e9cuter les r\u00e9solutions publiques, et celui de juger les crimes ou les diff\u00e9rends des particuliers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La constitution anglaise, monarchique en apparence, r\u00e9publicaine en r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9sente un bon \u00e9quilibre des trois pouvoirs\u00a0: elle s\u00e9duit le philosophe qui l\u2019a vu fonctionner sur place (avant Voltaire). La <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (article\u00a016) consacrera cette s\u00e9paration des pouvoirs, en 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement est comme toutes les choses du monde\u00a0; pour le conserver, il faut l\u2019aimer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1013\" class=\"cit-num\">1013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> L\u2019Esprit des Lois<\/em> (1748)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e9orie mise \u00e0 part, cette phrase de grand bon sens explique le chaos politique du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la mort d\u2019un Ancien R\u00e9gime mal aim\u00e9 de tous les Fran\u00e7ais, qu\u2019ils soient du peuple ou des ordres privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019esprit sur les lois\u00a0\u00bb dit Mme\u00a0du Deffand qui tient le plus c\u00e9l\u00e8bre salon du si\u00e8cle. Ce n\u2019est qu\u2019un mot et il est injuste\u00a0! C\u2019est \u00ab\u00a0le plus grand livre du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, \u00e9crira au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle le philosophe Paul Janet. Seule certitude, <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 venir doit beaucoup \u00e0 Montesquieu et pendant la R\u00e9volution, la vertu (au sens d\u2019amour de la patrie) sera un ma\u00eetre mot.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 sa classification des trois formes de gouvernement (r\u00e9publicain, monarchique, despotique) et \u00e0 son principe de la s\u00e9paration des pouvoirs (ex\u00e9cutif, l\u00e9gislatif, judiciaire).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, quel que soit le nom dont on le nomme<br>C\u2019est un cycle vivant, c\u2019est un\u00a0si\u00e8cle fait homme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1016\" class=\"cit-num\">1016<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Premi\u00e8re m\u00e9ditation<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec des accents hugoliens, le po\u00e8te rend justice \u00e0 l\u2019homme et au philosophe. Le \u00ab\u00a0roi Voltaire\u00a0\u00bb a tout vu, tout v\u00e9cu dans le si\u00e8cle\u00a0: la cour et ses plaisirs, mais aussi ses d\u00e9sillusions, la Bastille et ses cachots, l\u2019exil, les salons et les succ\u00e8s mondains et financiers, l\u2019Europe avec le bonheur en Angleterre, le pi\u00e8ge en Prusse, la vie de ch\u00e2teau \u00e0 Ferney o\u00f9 il joue l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, la lutte incessante pour ses id\u00e9es (libert\u00e9, justice, tol\u00e9rance) et la d\u00e9fense des victimes de l\u2019arbitraire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement un esprit qu\u2019il a [Voltaire], ce sont tous les esprits ensemble qui reviennent dans son cr\u00e2ne et y tiennent le Sabbat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1015\" class=\"cit-num\">1015<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident de <span class=\"caps\">BROSSES<\/span>(1709-1777), Lettre \u00e0 son cousin Loppin de G\u00e9meaux, 4\u00a0janvier 1759.<em> Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/em> (1968), Jean-Marie Goulemot, Michel Launay, Georges Mailhos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier pr\u00e9sident du Parlement de Dijon, ce magistrat ind\u00e9pendant et frondeur, deux fois exil\u00e9 sur ses terres, est dou\u00e9 d\u2019assez d\u2019esprit pour appr\u00e9cier celui de Voltaire. Le roi de Prusse, Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, est lui-m\u00eame un despote assez \u00e9clair\u00e9 pour \u00e9crire cet <em>\u00c9loge de Voltaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019on peut dire, s\u2019il m\u2019est permis de m\u2019exprimer ainsi, que M. de Voltaire valait seul toute une Acad\u00e9mie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019autres cyniques \u00e9tonn\u00e8rent la vertu, Voltaire \u00e9tonne le vice [\u2026] Paris le couronna, Sodome l\u2019e\u00fbt banni.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1018\" class=\"cit-num\">1018<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821),<em> Les Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em> (1821)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, adversaire de la R\u00e9volution, monarchiste et catholique fervent, il s\u2019oppose aux \u00ab\u00a0id\u00e9ologues\u00a0\u00bb et au premier d\u2019entre eux, Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il se plonge dans la fange, il s\u2019y roule, il s\u2019en abreuve\u00a0; il livre son imagination \u00e0 l\u2019enthousiasme de l\u2019enfer qui lui pr\u00eate toutes ses forces pour le tra\u00eener jusqu\u2019aux limites du mal. Il invente des prodiges, des monstres qui font p\u00e2lir.\u00a0\u00bb C\u2019est un peu excessif, mais\u2026 Voltaire en aurait souri.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! le bon temps que ce si\u00e8cle de fer\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1019\" class=\"cit-num\">1019<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Le Mondain<\/em> (1736). Satires<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contre F\u00e9nelon et bient\u00f4t Rousseau, en cousin de l\u2019heureux Montesquieu et du fou de vie qu\u2019est Diderot, Voltaire dit son bonheur de vivre \u00e0 son \u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0Le paradis terrestre est o\u00f9 je suis.\u00a0\u00bb Mais il le dit ici en \u00e9picurien et provocateur, saluant \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire [\u2026] tant d\u00e9cri\u00e9 par nos tristes frondeurs\u00a0:\u00a0\/ Ce temps profane est tout fait pour mes m\u0153urs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis flexible comme une anguille et vif comme un l\u00e9zard et travaillant toujours comme un \u00e9cureuil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1014\" class=\"cit-num\">1014<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 22\u00a0octobre\u00a01759, <em>Correspondance<\/em> (posthume). <em>Dictionnaire Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0travaillant\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait du sexag\u00e9naire, de sant\u00e9 pr\u00e9caire, mais sachant se m\u00e9nager en se refusant tout exc\u00e8s. De son adolescence libertine et frondeuse \u00e0 sa \u00ab\u00a0retraite fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb, le personnage d\u00e9borde d\u2019une activit\u00e9 voyageuse, europ\u00e9enne, batailleuse, mondaine, courtisane, \u00e9pistoli\u00e8re, th\u00e9\u00e2trale, politique, \u00e9conomique, scientifique, sociale, agronomique, encyclop\u00e9dique, et naturellement philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cultivons notre jardin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1021\" class=\"cit-num\">1021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Candide<\/em> (1759)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du conte, non sans rapport avec les soucis du jardinier qui vient d\u2019acheter le ch\u00e2teau de Ferney. Mais la formule est surtout symbolique et souvent mal comprise. C\u2019est tout sauf de l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0: \u00ab\u00a0notre jardin\u00a0\u00bb, c\u2019est le monde et si la Providence se d\u00e9sint\u00e9resse des hommes, il leur appartient d\u2019agir et de rendre meilleur leur \u00ab\u00a0jardin\u00a0\u00bb, de faire prosp\u00e9rer leur terre, d\u2019y travailler pour le progr\u00e8s. C\u2019est presque un credo \u00e9cologique, avant la lettre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1024\" class=\"cit-num\">1024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9iste fervent, il s\u2019oppose aux encyclop\u00e9distes ath\u00e9es (Diderot, d\u2019Holbach). Il croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0architecte du monde\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers m\u2019embarrasse et je ne puis songer\u00a0\/ Que cette horloge existe et n\u2019ait pas d\u2019horloger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il trouve par ailleurs une grande utilit\u00e9 \u00e0 Dieu qui fonde la morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux que mon procureur, mon tailleur, mes valets croient en Dieu\u00a0; et je m\u2019imagine que j\u2019en serai moins vol\u00e9.\u00a0\u00bb Mais il s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut bien quelquefois se battre contre ses voisins, mais il ne faut pas br\u00fbler ses compatriotes pour des arguments.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1030\" class=\"cit-num\">1030<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Gallitzin, 19\u00a0juin 1773<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande ennemie de la civilisation est la guerre, \u00ab\u00a0boucherie h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb qui d\u00e9truit le vainqueur comme le vaincu. Elle \u00e9pargne heureusement le sol de notre pays. Mais il y a pire, c\u2019est l\u2019intol\u00e9rance, la plus grave erreur politique aux yeux de Voltaire. Sous sa forme religieuse, elle fait trop de victimes en France au si\u00e8cle dit des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la mort pour que vous ayez le droit de le dire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1031\" class=\"cit-num\">1031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), citation apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb, phrase sans doute jamais \u00e9crite, peut-\u00eatre dite. L\u2019\u0153uvre immense et prot\u00e9iforme de cet auteur philosophe est si riche en bons et beaux mots\u00a0! Mais elle refl\u00e8te l\u2019homme, sa pens\u00e9e, sa vie et m\u00eame son style. D\u2019o\u00f9 la fortune historique et m\u00e9rit\u00e9e de cette citation apocryphe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1032\" class=\"cit-num\">1032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Voltaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle de raison (philosophique) va c\u00e9der le pas au si\u00e8cle des passions (romantiques). Voltaire exprime et r\u00e9sume le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle avec son ardente humanit\u00e9, sa vocation \u00e0 l\u2019universel, sa sagesse, sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, des droits formels. Rousseau annonce le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e avec l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, la fibre civique, les droits r\u00e9els.<\/p>\n<p>Brouill\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 mort\u00a0\u00bb dans la vie, Voltaire et Rousseau seront r\u00e9concili\u00e9s pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 par la panth\u00e9onisation\u00a0d\u2019une R\u00e9volution qui rend ainsi hommage \u00e0 tout le si\u00e8cle philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794),<em> Discours aux Jacobins<\/em> (1792). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage se situe aux antipodes du courtisan Voltaire ou de Montesquieu le seigneur. La Bruy\u00e8re a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre peuple\u00a0\u00bb, Rousseau l\u2019a prouv\u00e9\u00a0: sa vie sociale est en accord avec sa philosophie.<\/p>\n<p>Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire et Diderot furent injustes et cruels envers lui, comme Hugo le traitant de \u00ab\u00a0faux misanthrope rococo\u00a0\u00bb. \u00c9pris de nature et de solitude, il est inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution. Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle sociable et volontiers heureux, il conclut dans un dernier paradoxe de ses <em>R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature a fait l\u2019homme heureux et bon, mais [\u2026] la soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9prave et le rend mis\u00e9rable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1035\" class=\"cit-num\">1035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Dialogues\u00a0: Rousseau juge de Jean-Jacques<\/em> (1772-1776)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce postulat fonde toute son \u0153uvre politique, p\u00e9dagogique, morale, religieuse, romanesque. On le trouve d\u00e8s 1750 dans le <em>Discours sur les sciences et les arts<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Nos \u00e2mes se sont corrompues \u00e0 mesure que nos sciences et nos arts se sont avanc\u00e9s \u00e0 la perfection.\u00a0\u00bb Il r\u00e9cidive avec sa <em>Lettre \u00e0 d\u2019Alembert sur les spectacles<\/em> (1758) qui dit les dangers du th\u00e9\u00e2tre en g\u00e9n\u00e9ral et de Moli\u00e8re en particulier, \u00ab\u00a0\u00e9cole de mauvaises m\u0153urs\u00a0\u00bb. Rousseau en fait aussi un roman par lettres, hymne \u00e0 la nature, la vertu et la passion\u00a0:<em> Julie ou la Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em> (1761). Plus de 70 \u00e9ditions en quarante ans. Ce \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb qui d\u00e9nonce le faux progr\u00e8s de la civilisation heurte tous les autres philosophes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre nature et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1036\" class=\"cit-num\">1036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une provocation lanc\u00e9e \u00e0 ce si\u00e8cle \u00e9pris de raison et \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui font m\u00e9tier de penser. Voltaire va r\u00e9agir par lettre\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb Le<em> Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9<\/em> est aussi un br\u00fblot dangereux \u00e0 bien des \u00e9gards, pour la soci\u00e9t\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates perdus si vous oubliez que les fruits sont \u00e0 tous, et que la terre n\u2019est \u00e0 personne\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1037\" class=\"cit-num\">1037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Constat num\u00e9ro un, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 na\u00eet de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le premier qui ayant enclos un terrain s\u2019avisa de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Ceci est \u00e0 moi\u00a0\u00bb, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de mis\u00e8res et d\u2019horreurs n\u2019e\u00fbt point \u00e9pargn\u00e9 au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le foss\u00e9, e\u00fbt cri\u00e9 \u00e0 ses semblables\u00a0: \u00ab\u00a0Gardez-vous d\u2019\u00e9couter cet imposteur\u00a0; vous \u00eates perdus\u2026\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb Propos br\u00fblants, mise en cause du principe de la propri\u00e9t\u00e9 sur lequel reposent les soci\u00e9t\u00e9s modernes\u00a0: c\u2019est la voie ouverte au socialisme. Rousseau se montre ici le plus hardi des philosophes, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Voltaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est n\u00e9 libre et partout il est dans les fers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1039\" class=\"cit-num\">1039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em>, Pr\u00e9ambule (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Constat r\u00e9it\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9chec des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Et d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Comment ce changement s\u2019est-il fait\u00a0? Je l\u2019ignore. Qu\u2019est-ce qui peut le rendre l\u00e9gitime\u00a0? Je crois pouvoir r\u00e9soudre cette question.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il m\u00e9ditait depuis longtemps de livrer le message de son id\u00e9al politique\u00a0: selon Edgar Quinet, le <em>Contrat social<\/em> est le \u00ab\u00a0livre de la loi\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution et Rousseau \u00ab\u00a0est lui-m\u00eame \u00e0 cette R\u00e9volution ce que le germe est \u00e0 l\u2019arbre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019un peuple est contraint d\u2019ob\u00e9ir et qu\u2019il ob\u00e9it, il fait bien\u00a0; sit\u00f4t qu\u2019il peut secouer le joug et qu\u2019il le secoue, il fait encore mieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1047\" class=\"cit-num\">1047<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le droit \u00e0 l\u2019insurrection, et m\u00eame le devoir, quand le contrat social est viol\u00e9. Il sera reconnu dans l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Constitution de 1793 \u2013 inapplicable et inappliqu\u00e9e, la Terreur d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e faisant d\u00e9sormais loi pendant un an.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau, qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne, s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb Immense succ\u00e8s de ce trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation qui aura d\u2019heureux effets imm\u00e9diats\u00a0: des m\u00e8res se mettent \u00e0 allaiter leurs enfants, on cesse d\u2019emmailloter les nouveau-n\u00e9s comme des momies et d\u2019imposer les baleines aux corps des petites filles. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb, dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788.<\/p>\n<p>Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants trouv\u00e9s. Il invoqua \u00e0 sa d\u00e9charge le manque d\u2019argent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dire que l\u2019homme est un compos\u00e9 de force et de faiblesse, de lumi\u00e8re et d\u2019aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n\u2019est pas lui faire son proc\u00e8s, c\u2019est le d\u00e9finir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1053\" class=\"cit-num\">1053<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Addition aux pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 57 ans, le quatri\u00e8me philosophe des Lumi\u00e8res fait son autoportrait. Sensible \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, extr\u00eame en tout, dans ses sentiments comme dans ses jugements, sensuel, extraverti, com\u00e9dien et penseur, jouant du paradoxe, p\u00e9chant par exc\u00e8s de mots et d\u00e9faut de rigueur\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019enrage d\u2019\u00eatre emp\u00eatr\u00e9 d\u2019une diable de philosophie que mon esprit ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019approuver, ni mon c\u0153ur de d\u00e9mentir\u00a0\u00bb (Correspondance). Il est plus que tout, tiraill\u00e9 toute sa vie entre les lumi\u00e8res de la raison et les transports de la passion. Mais il en souffre moins que Rousseau, la contradiction \u00e9tant le moteur de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes l\u2019univers entier. Vrai ou faux, j\u2019aime ce syst\u00e8me qui m\u2019identifie avec tout ce qui m\u2019est cher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1054\" class=\"cit-num\">1054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Lettres, \u00e0 Falconet. <em>M\u00e9moires, correspondance et ouvrages in\u00e9dits de Diderot<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Curiosit\u00e9 universelle, culture \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb, travailleur infatigable, auteur d\u2019une \u0153uvre aussi foisonnante que d\u00e9sordonn\u00e9e, amoureux de la nature et adorant la soci\u00e9t\u00e9, il est aussi \u00e0 l\u2019aise avec les petites gens (n\u00e9 de modeste bourgeoisie, d\u00e9but de vie boh\u00e8me, mari\u00e9 \u00e0 une ling\u00e8re) qu\u2019avec les intellectuels des salons et les Grands. En cela, Diderot est bien l\u2019homme de son\u00a0si\u00e8cle. Il l\u2019est aussi par son don de bonheur\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019un devoir, c\u2019est d\u2019\u00eatre heureux [\u2026] Ma pente naturelle, invincible, inali\u00e9nable, est d\u2019\u00eatre heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s important de ne pas prendre de la cigu\u00eb pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1055\" class=\"cit-num\">1055<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>La Lettre sur les aveugles \u00e0 l\u2019usage de ceux qui voient<\/em> (1749)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites a vite \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb tourn\u00e9\u00a0: du d\u00e9isme au scepticisme, puis \u00e0 l\u2019ath\u00e9isme et au mat\u00e9rialisme. Cette trop libre pens\u00e9e lui vaut trois mois de prison au donjon de Vincennes\u2026 Il s\u2019efforcera d\u2019\u00eatre un peu plus prudent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fanatisme est une peste qui reproduit de temps en temps des germes capables d\u2019infester la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1057\" class=\"cit-num\">1057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, article \u00ab\u00a0Christianisme\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est aussi hardie sur le plan religieux que prudente en politique, sauf quand Diderot prend la plume. Fr\u00e8re de Voltaire par la pens\u00e9e, il \u00e9crit dans l\u2019article Intol\u00e9rance\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intol\u00e9rant est un m\u00e9chant homme, un mauvais chr\u00e9tien, un sujet dangereux, un mauvais politique et un mauvais citoyen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019un peuple est heureux, lorsqu\u2019il n\u2019y a rien de fait chez lui\u00a0! Les mauvaises et surtout les vieilles institutions sont un obstacle presque invincible aux bonnes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1065\" class=\"cit-num\">1065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784),<em> Entretiens avec Catherine <span class=\"caps\">II<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en germe la philosophie de la \u00ab\u00a0table rase.\u00a0\u00bb En France, la lourdeur des institutions et l\u2019enracinement des privil\u00e8ges sont tels que toutes les r\u00e9formes entreprises se heurtent \u00e0 des murs \u2013 une r\u00e9volution devient in\u00e9vitable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point o\u00f9 en sont les philosophes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1066\" class=\"cit-num\">1066<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> (1753)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diderot qui initie un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art par ses brillants comptes rendus (Salons) est avant tout le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>. Il signe plus de mille articles sur les sujets les plus divers\u00a0: philosophie et litt\u00e9rature, morale et religion, politique et \u00e9conomie, arts appliqu\u00e9s. Le plus grand agitateur d\u2019id\u00e9es du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle aura une influence consid\u00e9rable sur ses contemporains, sur le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e et jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00c9vangile jusqu\u2019au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1000\" class=\"cit-num\">1000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>M\u00e9langes litt\u00e9raires, politiques et philosophiques<\/em>, \u00ab\u00a0Sur les \u00e9loges historiques de <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0S\u00e9guier et de Malesherbes\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les philosophes n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9volutionnaires, mais leur pens\u00e9e le devint, diffus\u00e9e par leurs \u0153uvres. En sch\u00e9matisant\u00a0: \u00e0 Voltaire le temps de la pr\u00e9-R\u00e9volution\u00a0; Montesquieu triomphe sous la Constituante o\u00f9 Diderot a aussi son heure\u00a0; puis L\u00e9gislative et Convention s\u2019inscrivent sous le signe de Rousseau qui inspire l\u2019\u00e9lan des discours jacobins.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMIERES<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9GENCE<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence,<br>Temps fortun\u00e9 marqu\u00e9 par la licence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1069\" class=\"cit-num\">1069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Pucelle<\/em>, chant\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune libertin n\u00e9glige ses \u00e9tudes de droit et se fait une r\u00e9putation de bel esprit dans les salons, au grand dam de son p\u00e8re\u00a0 Fran\u00e7ois Arouet \u2013 d\u2019o\u00f9 la prise d\u2019un pseudonyme. Il salue le nouveau r\u00e9gime, en d\u00e9casyllabes all\u00e8gres\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon R\u00e9gent, de son Palais-Royal\u00a0\/ Des volupt\u00e9s donne \u00e0 tous le signal\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans au pouvoir a lib\u00e9r\u00e9 d\u2019un coup les m\u0153urs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lasse du rigorisme impos\u00e9 par Mme\u00a0de Maintenon \u00e0 la cour, laquelle donnait le ton au pays. Mais la f\u00eate concerne les classes privil\u00e9gi\u00e9es plus que le peuple et la licence a des limites. Voltaire l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens, mis au cachot pour exc\u00e8s d\u2019insolence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aura tous les talents, except\u00e9 celui d\u2019en faire usage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1070\" class=\"cit-num\">1070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), parlant de son fils, le R\u00e9gent, et \u00ab\u00a0citant\u00a0\u00bb avec humour la mauvaise f\u00e9e venue lui jeter un sort, lors de ses couches.<em> Histoire de France<\/em> (1852), Augustin Challamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son amour maternel ne l\u2019aveugle pas. Elle admire son intelligence, ses succ\u00e8s militaires. Pierre Gaxotte confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait re\u00e7u en partage tous les dons de l\u2019intelligence, toutes les curiosit\u00e9s de l\u2019esprit, une bont\u00e9 r\u00e9elle et expansive, une bravoure, une endurance et des talents qui avaient brill\u00e9 \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>).<\/p>\n<p>Mais elle d\u00e9plore ses m\u0153urs indignes d\u2019un R\u00e9gent\u00a0: il multiplie les blasph\u00e8mes, les beuveries et les b\u00e2tards, se plaisant en mauvaise compagnie (avec ses \u00ab\u00a0rou\u00e9s\u00a0\u00bb, bons pour le supplice de la roue), soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019inceste (avec sa fille), de sorcellerie et d\u2019empoisonnement (sur la personne de ses cousins). Son go\u00fbt de la provocation le pousse \u00e0 afficher ses pires c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ce prince admirable \/ Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin \/ Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme). <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige\u00a0! Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple. Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, sera devenue reine la cible de pamphlets par milliers.<\/p>\n<p>Comme le dit Eug\u00e8ne Scribe dans son<em> Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb Le R\u00e9gent a quand m\u00eame bien man\u0153uvr\u00e9 pour avoir le pouvoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parbleu\u00a0! voil\u00e0 un foutu royaume bien gouvern\u00e9, par un ivrogne, par une putain, par un fripon, et par un maquereau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1074\" class=\"cit-num\">1074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723) r\u00e9pondant \u00e0 un ministre venu lui demander de signer un d\u00e9cret. <em>L\u2019Amour au temps des libertins<\/em> (2011), Patrick Wald Lasowski<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent (l\u2019ivrogne) soupe et boit avec une de ses ma\u00eetresses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, Mme\u00a0de Parab\u00e8re (la putain), en compagnie de John Law (le fripon), banquier \u00e9cossais qui fait la politique financi\u00e8re de la France et de l\u2019abb\u00e9 Dubois (le maquereau), v\u00e9nal et libertin, mais sup\u00e9rieurement intelligent et responsable de la politique ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Il est dans un tel \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne peut m\u00eame pas signer le d\u00e9cret, il tend la plume \u00e0 ses trois comp\u00e8res et finalement s\u2019ex\u00e9cute, \u00e9tant malgr\u00e9 tout le R\u00e9gent de ce \u00ab\u00a0foutu royaume\u00a0\u00bb.<em> Que la f\u00eate commence\u00a0!<\/em> (1975)\u00a0: le film de Bertrand Tavernier est une chronique historique fid\u00e8le \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1082\" class=\"cit-num\">1082<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), parlant du syst\u00e8me de Law en 1719, <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fameux \u00ab\u00a0Syst\u00e8me de Law\u00a0\u00bb fait des miracles et permet de tout esp\u00e9rer\u00a0: \u00ab\u00a0Que de valets servis par leurs camarades, et peut-\u00eatre demain par leurs ma\u00eetres\u00a0!\u00a0\u00bb Des fortunes colossales naissent en quelques heures et l\u2019on cite des cas incroyables, mais vrais\u00a0: des laquais devenus millionnaires paradent en carrosse, un abb\u00e9 gagne 18\u00a0millions de livres, un gar\u00e7on de cabaret 30, un ramoneur 40, un mendiant 70 et une merci\u00e8re 100. Ces nouveaux riches ach\u00e8tent des ch\u00e2teaux, donnent des f\u00eates, \u00e9pousent des filles nobles\u2026 avant que leur fortune s\u2019\u00e9croule.<\/p>\n<p>Trop de sp\u00e9culateurs l\u2019ignorent encore, mais c\u2019est une loi de la Bourse\u00a0: la baisse suit la hausse. Chaque si\u00e8cle va l\u2019apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens, preuve que l\u2019on ne tire pas suffisamment profit des le\u00e7ons de l\u2019histoire. La R\u00e9gence a v\u00e9cu une \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb historique, presque un cas d\u2019\u00e9cole qui servira trop longtemps de repoussoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lundi, je pris des actions, \/ Mardi, je gagnai des millions,<br>Mercredi, je pris \u00e9quipage, \/ Jeudi, j\u2019agrandis mon m\u00e9nage,<br>Vendredi, je m\u2019en fus au bal, \/ Et samedi, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1083\" class=\"cit-num\">1083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lundi je pris des actions<\/em> (1720), chanson de rue. <em>Histoire du vaudeville<\/em> (1899), <span class=\"caps\">M.E.<\/span> Prioleau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9difice fragile du Syst\u00e8me s\u2019effondre en 1720, au terme d\u2019un emballement affol\u00e9\u00a0: chute des dividendes, perte de confiance des porteurs, sp\u00e9culation \u00e0 la baisse de banquiers rivaux (les fr\u00e8res P\u00e2ris), trop forte \u00e9mission de billets que la banque ne peut rembourser \u00e0 vue, panique boursi\u00e8re. Et les compagnies cr\u00e9\u00e9es dans les colonies n\u2019ont pas eu le temps de rapporter les richesses esp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>La Bourse de la rue Quincampoix est ferm\u00e9e en mars, la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale provoque des \u00e9meutes en juillet. Le 21, une semi-banqueroute est prononc\u00e9e, un arr\u00eat du 10\u00a0octobre retire tout usage mon\u00e9taire aux billets de banque de Law (il y en avait pour plus de 10\u00a0milliards de livres). John Law, devenu entre-temps contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, prend la fuite et mourra ruin\u00e9 aux Pays-Bas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1085\" class=\"cit-num\">1085<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROY<\/span> (1644-1730), au petit roi \u00e2g\u00e9 de 10\u00a0ans, 25\u00a0ao\u00fbt 1720. <em>Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami d\u2019enfance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, militaire fameux pour ses d\u00e9faites plus que ses victoires, moqu\u00e9 \u00e0 la cour et chansonn\u00e9 dans la rue, il n\u2019en est pas moins gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> enfant. Il lui d\u00e9signe, d\u2019un balcon des Tuileries, la foule venue le voir et l\u2019acclamer, le jour de la Saint Louis (anniversaire de la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>).<\/p>\n<p>Le vieux courtisan se distingue surtout comme professeur de maintien, accablant l\u2019enfant-roi de parades, audiences, revues, d\u00e9fil\u00e9s, autant de corv\u00e9es fastueuses qui vont donner au futur roi, et pour la vie, l\u2019horreur de la foule, des ovations et des grands mouvements de peuple.<br>Autre cons\u00e9quence de cette \u00e9ducation, soulign\u00e9e par Chateaubriand l\u2019opposant \u00e0 \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> [qui] courait pieds nus et t\u00eate nue avec les petits paysans sur les montagnes du B\u00e9arn\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019enfant du tr\u00f4ne est compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 des enfants de la patrie, ce qui le rend \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esprit du si\u00e8cle et aux peuples sur lesquels il va r\u00e9gner. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Cela explique les temps, les hommes et les destin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMIERES<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se souviendra longtemps qu\u2019il ressemblait \u00e0 l\u2019Amour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1090\" class=\"cit-num\">1090<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019<span class=\"caps\">ARGENSON<\/span> (1694-1757), lors du sacre, en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Reims, 25\u00a0octobre 1722. <em>Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle, sous le charme du jeune roi. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> restera \u00ab\u00a0le Bien-Aim\u00e9\u00a0\u00bb pour l\u2019histoire, m\u00eame s\u2019il finit d\u00e9test\u00e9 par son peuple. Les contemporains de son adolescence, unanimes, \u00e9voquent sa s\u00e9duction et sa prestance, la gr\u00e2ce qu\u2019il met \u00e0 danser, monter \u00e0 cheval, passer les troupes en revue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait tout ce qu\u2019il fallait pour faire le plus grand roi du monde. Il ne lui aurait fallu que la moiti\u00e9 de la gasconnade d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et du grand caract\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1112\" class=\"cit-num\">1112<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CRO\u0178<\/span> (1718-1784),<em> Journal in\u00e9dit\u00a0: M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mar\u00e9chal de France et gouverneur de Picardie, tr\u00e8s proche du roi et naturellement courtisan, le duc reconna\u00eet cependant des manques essentiels dans la personnalit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Il manquera surtout au roi un Richelieu, vu ses points communs avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: m\u00eames doutes, scrupules excessifs, volont\u00e9 secr\u00e8te, m\u00e9fiance et timidit\u00e9. Autre probl\u00e8me, sans doute corollaire, il a peu de contacts avec ses ministres, et se d\u00e9cide sur dossier, ou sur informations re\u00e7ues par un r\u00e9seau d\u2019espions et de diplomates plus ou moins secrets. Il est aussi sous l\u2019influence de ses ma\u00eetresses, qui lui sont indispensables pour ne pas tomber dans une m\u00e9lancolie maladive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sentait forc\u00e9 de l\u2019aimer dans l\u2019instant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1118\" class=\"cit-num\">1118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CASANOVA<\/span> (1725-1798), de passage en France, 1750, <em>Histoire de ma vie<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aventurier et m\u00e9morialiste italien (d\u2019expression fran\u00e7aise) confirme cette impression de prestance et de gr\u00e2ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> donne \u00e0 quiconque l\u2019approche\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi aller \u00e0 la messe. La t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e9tait belle \u00e0 ravir et plant\u00e9e sur son cou l\u2019on ne pouvait pas mieux. Jamais peintre tr\u00e8s habile ne put dessiner le coup de t\u00eate de ce monarque lorsqu\u2019il se retournait pour regarder quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, quoique d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Elles ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade. Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.<\/p>\n<p>Plus grave, l\u2019\u00e9tat du Royaume choque une opinion publique qui trouve enfin le moyen de s\u2019exprimer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Amiti\u00e9 de cour, foi de renards, soci\u00e9t\u00e9 de loups.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"954\" class=\"cit-num\">954<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de po\u00e8te, journaliste et moraliste d\u00e9senchant\u00e9. La cour reste un microcosme o\u00f9 les places sont ch\u00e8res et les appel\u00e9s toujours en plus grand nombre que les \u00e9lus. Mais elle cesse d\u2019\u00eatre l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat comme sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pour devenir l\u2019instrument des int\u00e9r\u00eats particuliers de la haute noblesse, lieu de toutes les intrigues, cabales et corruptions sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Pire encore sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: les coteries se font plus insolentes autour de la reine et des fr\u00e8res du roi, cependant que les scandales \u00e9claboussent le tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste, et voici trac\u00e9 le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie. La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"966\" class=\"cit-num\">966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JOLY<\/span> de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1718-1802).<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Littr\u00e9<\/em>, au mot \u00ab\u00a0taillable\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 date du Moyen \u00c2ge, mais le mot est prononc\u00e9 quand Turgot tente l\u2019abolition de la corv\u00e9e, en 1775-1776. La taille est pratiquement le seul imp\u00f4t direct de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: repr\u00e9sentant (en principe) le rachat du service militaire, il n\u2019est pay\u00e9 ni par les nobles qui se battent en personne, ni par le clerg\u00e9 qui ne se bat pas. C\u2019est donc un imp\u00f4t roturier. Tr\u00e8s injustement r\u00e9parti, il retombe lourdement sur les plus pauvres, ceux qui n\u2019ont pas les moyens (argent, relations) pour s\u2019en faire exempter. M\u00eame injustice pour la corv\u00e9e royale \u2013 imp\u00f4t en nature sous forme de journ\u00e9es de travail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On taxe tout, hormis l\u2019air que nous respirons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"967\" class=\"cit-num\">967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). <em>Histoire de France<\/em> (1924), Jacques Bainville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et l\u2019historien ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui viendra d\u2019ailleurs sous la R\u00e9volution, avec l\u2019imp\u00f4t des portes et fen\u00eatres.\u00a0\u00bb La marquise, amie des encyclop\u00e9distes, paie proportionnellement beaucoup moins que le peuple, et peut pourtant se plaindre d\u2019imp\u00f4ts nouveaux, tels les vingti\u00e8mes, cens\u00e9s frapper les nobles et les propri\u00e9taires. Mais les vices inh\u00e9rents \u00e0 la perception les rendent \u00e0 la fois injustes et inefficaces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"968\" class=\"cit-num\">968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime r\u00e9sumant la doctrine et la politique \u00e9conomique lib\u00e9rales, attribu\u00e9e \u00e0 Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">QUESNAY<\/span> (1696-1774) et reprise par Adam <span class=\"caps\">SMITH<\/span> (1723-1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Quesnay, par ailleurs m\u00e9decin de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fonde la premi\u00e8re \u00e9cole de pens\u00e9e lib\u00e9rale \u2013 les physiocrates \u2013 et expose sa doctrine dans le <em>Tableau \u00e9conomique<\/em> (1758). Selon lui, seule l\u2019agriculture est source de la richesse qui se r\u00e9partit dans le corps social\u00a0: il encourage donc son d\u00e9veloppement, tout en pr\u00f4nant le libre-\u00e9change et la libre circulation des grains \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du royaume. Il d\u00e9veloppe sa th\u00e9orie dans deux articles de<em> l\u2019Encyclop\u00e9die\u00a0<\/em>: Fermier (1756), Grains (1757). La physiocratie aura son homme au pouvoir en la personne de l\u2019intendant Turgot, ministre sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais trop peu de temps et trop tard pour mettre en \u0153uvre d\u2019indispensables r\u00e9formes allant \u00e0 l\u2019encontre de vieux privil\u00e8ges.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est un monde. Tout y est grand\u00a0: beaucoup de mal et beaucoup de bien. Aller aux spectacles, aux promenades, aux endroits de plaisir, tout est plein. Aller aux \u00e9glises, il y a foule partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"980\" class=\"cit-num\">980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Italien de Paris, auteur dramatique adopt\u00e9 par la capitale, il profite du go\u00fbt des Parisiens pour les spectacles. Les salles de th\u00e9\u00e2tre se multiplient, ainsi que les superbes h\u00f4tels particuliers voisinant des immeubles de rapport cossus. Le tr\u00e8s fran\u00e7ais Montesquieu confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais Versailles parce que tout le monde y est petit\u00a0; j\u2019aime Paris parce que tout le monde y est grand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 est compos\u00e9e de deux grandes classes\u00a0: ceux qui ont plus de d\u00eeners que d\u2019app\u00e9tit et ceux qui ont plus d\u2019app\u00e9tit que de d\u00eeners.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"984\" class=\"cit-num\">984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9, valable sans doute en tout temps et tout lieu, s\u2019impose plus cruellement \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime o\u00f9 les riches (privil\u00e9gi\u00e9s) se sont enrichis, sans que les pauvres (surimpos\u00e9s) aient eu leur juste part de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique du pays. De nos jours, on parle de \u00ab\u00a0fracture sociale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs les Anglais, tirez les premiers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1122\" class=\"cit-num\">1122<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ANTERROCHES<\/span> (1710-1785), \u00e0 Lord Charles Hay, Fontenoy, 11\u00a0mai 1745. <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9plique, plus tactique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, c\u2019est moins l\u2019illustration d\u2019une guerre en dentelle que l\u2019expression d\u2019un imp\u00e9ratif militaire\u00a0: quand une arm\u00e9e a tir\u00e9, le temps qu\u2019elle recharge ses armes, l\u2019ennemi peut attaquer avec profit. Ainsi le mar\u00e9chal de Saxe d\u00e9non\u00e7ait-il les \u00ab\u00a0abus de tirerie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est la suite de la guerre de Succession d\u2019Autriche, lors d\u2019un si\u00e8ge men\u00e9 par les Fran\u00e7ais pr\u00e8s de Tournai, dans les Pays-Bas autrichiens. Le commandant des gardes anglaises a lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs des gardes fran\u00e7aises, tirez.\u00a0\u00bb Le commandant des gardes fran\u00e7aises r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. Tirez vous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour. <em>Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve m\u00eame certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes et durant pr\u00e8s de vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>La vie de favorite royale est un m\u00e9tier ingrat malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi fait place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750 et la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes, log\u00e9es dans un quartier de Versailles\u00a0: le Parc-aux-Cerfs. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche, il s\u2019agit surtout de rumeurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils finiront par perdre l\u2019\u00c9tat. C\u2019est une assembl\u00e9e de r\u00e9publicains\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1134\" class=\"cit-num\">1134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), \u00e0 Mme\u00a0de Pompadour et au duc de Gontaut (son fr\u00e8re), janvier\u00a01753. <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9publicains\u00a0\u00bb, c\u2019est un grand mot, presque un gros mot, en tout cas un mot qui fait peur au roi. Il parle ici du Parlement de Paris et de son opposition qui s\u2019exerce \u00e0 toute occasion, avec une violence qui ne cessera de grandir jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution. D\u2019o\u00f9 le caract\u00e8re symbolique de cette citation r\u00e9f\u00e9rentielle.<\/p>\n<p>R\u00e9tablis dans leur pouvoir sous la r\u00e9gence, les Parlements usent et abusent de leur droit de remontrance. Les hauts magistrats, soutenus par le mouvement des philosophes et de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, font figure de d\u00e9fenseurs des libert\u00e9s face au despotisme. Ils d\u00e9fendent en fait les privil\u00e8ges contre les r\u00e9formes royales (en mati\u00e8re fiscale et autre). Le roi, en raison de sa pi\u00e9t\u00e9, a plus d\u2019\u00e9gard pour le clerg\u00e9 qui agit exactement de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre, <em>La Locandiera<\/em>. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur qui d\u00e9fend la tradition de la commedia dell\u2019arte \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a travaill\u00e9, il a travaill\u00e9, pour le roi de Prusse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1150\" class=\"cit-num\">1150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Refrain, devenu proverbe, et signifiant travailler pour rien. <em>Chanson sur la d\u00e9faite de Soubise \u00e0 Rossbach<\/em> (en Prusse) (1757). <em>Dictionnaire des citations du monde entier<\/em>, Marabout (1976)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse, alli\u00e9 \u00e0 l\u2019Angleterre, a inflig\u00e9 avec ses 20\u00a0000 hommes une d\u00e9faite honteuse \u00e0 l\u2019arm\u00e9e franco-autrichienne trois fois plus nombreuse\u00a0: il devient Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand pour l\u2019histoire.<\/p>\n<p>C\u2019est un \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, comme Catherine\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Russie, Gustave\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Su\u00e8de, Maximilien\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Bavi\u00e8re. Il a fastueusement invit\u00e9 Voltaire \u00e0 sa cour. Mais la Prusse a mauvaise presse apr\u00e8s deux trahisons\u00a0: rupture d\u2019alliance avec la France en 1742 et de nouveau en 1756, Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> signant avec l\u2019Angleterre le trait\u00e9 de Westminster.<\/p>\n<p>Autre explication du proverbe\u00a0: les rois de Prusse ne paient que de maigres soldes aux soldats et jamais le 31e jour d\u2019un mois. Il y a enfin le mot de Voltaire, apr\u00e8s le trait\u00e9 d\u2019Aix-la-Chapelle (1748), la France rendant ses conqu\u00eates en \u00e9change de rien. De toute mani\u00e8re, l\u2019expression a une origine historique et son humour est bien dat\u00e9 de ce si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1151\" class=\"cit-num\">1151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise de <span class=\"caps\">POMPADOUR<\/span> (1721-1764), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fin 1757.<em> Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em>, Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La marquise tente de r\u00e9conforter le roi, de nature toujours m\u00e9lancolique, de surcro\u00eet fort affect\u00e9 par la d\u00e9faite de son favori et de son arm\u00e9e \u00e0 Rossbach, le 5\u00a0novembre. \u00ab\u00a0Il ne faut point vous affliger\u00a0: vous tomberiez malade. Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb Le mot fut attribu\u00e9 \u00e0 la favorite pour illustrer l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019\u00e9go\u00efsme qu\u2019on lui pr\u00eatait.<\/p>\n<p>Le mot est aussi attribu\u00e9 au roi, pour les m\u00eames raisons, mais dans un autre contexte. Il parle du Dauphin et signifie un peu l\u00e9g\u00e8rement qu\u2019il se moque bien ce qu\u2019il adviendra de la France, quand lui-m\u00eame sera mort. Voltaire le cite, pour stigmatiser \u00ab\u00a0cet \u00e9go\u00efste de droit divin\u00a0\u00bb qui n\u2019aime rien et que tout ennuie. Troisi\u00e8me explication\u00a0: l\u2019astronome Maupertuis avait annonc\u00e9 pour 1758 le retour de la com\u00e8te de Halley, cens\u00e9e provoquer un d\u00e9luge. Et les plus fatalistes de s\u2019exclamer\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous autres Fran\u00e7ais, nous sommes \u00e9cras\u00e9s sur terre, an\u00e9antis sur mer, sans vaisselle, sans esp\u00e9rance\u00a0; mais nous dansons fort joliment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1157\" class=\"cit-num\">1157<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M.\u00a0Bettinelli, 24\u00a0mars 1760, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre ne se joue pas sur le sol de France et ne menace pas ses fronti\u00e8res comme au si\u00e8cle dernier ou au si\u00e8cle suivant. Mais elle co\u00fbte de plus en plus cher au pays et la fiscalit\u00e9 s\u2019alourdit\u00a0: la capitation est augment\u00e9e, on instaure un troisi\u00e8me vingti\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la paix. Le probl\u00e8me n\u2019est pourtant pas que financier. L\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas de chefs militaires dignes de ce nom et les hommes de gouvernement sont incapables de g\u00e9rer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La marquise n\u2019aura pas beau temps pour son voyage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1173\" class=\"cit-num\">1173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), voyant le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa favorite quitter Versailles sous la pluie battante, 17\u00a0avril 1764.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1890), Ars\u00e8ne Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9, jusque dans les dictionnaires historiques anglo-saxons \u2013\u00a0 preuve de la notori\u00e9t\u00e9 des deux personnages. Mais l\u2019histoire est injuste envers ce roi en citant ces mots \u00ab\u00a0\u00e0 charge\u00a0\u00bb. Son valet de chambre Champlost \u00e9voque la sc\u00e8ne et t\u00e9moigne d\u2019une peine r\u00e9elle. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> se mit sur le balcon malgr\u00e9 l\u2019orage, nue t\u00eate, pleura et murmura ainsi d\u00e9couvert\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 les seuls devoirs que j\u2019ai pu lui rendre. Une amie de vingt ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Pompadour est morte d\u2019\u00e9puisement, \u00e0 42\u00a0ans (le 15\u00a0avril). Elle savait qu\u2019elle ne vivrait pas vieille. Cardiaque, d\u2019une maigreur mal dissimul\u00e9e sous la toilette, elle continuait sa vie tr\u00e9pidante. Les courants d\u2019air de Versailles ont aussi leur part, dans sa congestion pulmonaire. Derni\u00e8re faveur du roi, il lui a permis de mourir au ch\u00e2teau \u2013 privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux rois et princes du sang. Sit\u00f4t apr\u00e8s, le cort\u00e8ge devait quitter les lieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que cet infortun\u00e9 jeune homme est mort avec la fermet\u00e9 de Socrate\u00a0; et Socrate a moins de m\u00e9rite que lui\u00a0: car ce n\u2019est pas un grand effort, \u00e0 soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de cigu\u00eb\u00a0; mais mourir dans les supplices horribles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1180\" class=\"cit-num\">1180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. le Comte d\u2019Argental, 23\u00a0juillet 1766, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il prend parti pour le chevalier de la Barre\u00a0: accus\u00e9 sans preuve de blasph\u00e8mes, chansons inf\u00e2mes et profanations, et de ne pas s\u2019\u00eatre d\u00e9couvert lors d\u2019une procession de la F\u00eate-Dieu, il fut condamn\u00e9 \u00e0 avoir la langue coup\u00e9e, la t\u00eate tranch\u00e9e, le corps r\u00e9duit en cendres avec un exemplaire du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> trouv\u00e9 chez lui, le 1er\u00a0juillet 1766. C\u2019est dire si l\u2019auteur, d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, se sent doublement concern\u00e9\u00a0! Comme pour Calas, Voltaire va demander la r\u00e9vision du jugement. Cela fait partie des combats de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814)<em> L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton, o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (<em>Le Robert<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Parisiens sont aujourd\u2019hui des sybarites, et crient qu\u2019ils sont couch\u00e9s sur des noyaux de p\u00eache, parce que leur lit de roses n\u2019est pas assez bien fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1183\" class=\"cit-num\">1183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Florian, 1er\u00a0mars 1769, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9picurien libertin qui chantait \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb juge \u00e0 pr\u00e9sent ses contemporains avec la sagesse d\u2019un vieux philosophe. Le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> fut un temps de longue prosp\u00e9rit\u00e9 aux cons\u00e9quences multiples\u00a0: raffinement des m\u0153urs, luxe de la bonne soci\u00e9t\u00e9 gris\u00e9e par sa propre civilisation, \u00e9clat sans pareil du Paris des salons, des caf\u00e9s, des clubs et des spectacles, rayonnement culturel de la France en Europe. Pour les quelque 20\u00a0millions de paysans, cela s\u2019est traduit par un r\u00e9el mieux-\u00eatre\u00a0: le seuil de subsistance est d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, vous avez l\u00e0 deux cent mille amoureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1192\" class=\"cit-num\">1192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BRISSAC<\/span> (1734-1792), gouverneur de Paris, \u00e0 Marie-Antoinette, 8\u00a0juin 1773. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0la comtesse du Barri<\/em> (posthume, 1829), Jeanne B\u00e9cu du Barry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux courtisan lui montre la foule immense venue l\u2019acclamer pour son entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris. La Dauphine de France d\u00e9couvre le peuple se pressant dans les jardins de Versailles pour l\u2019entrevoir. Cet exc\u00e8s de popularit\u00e9 a retard\u00e9 de trois ans son entr\u00e9e dans la capitale \u2013 elle s\u2019est mari\u00e9e avec le Dauphin le 16\u00a0mai\u00a01770, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Elle \u00e9crira \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne puis vous dire, ma ch\u00e8re maman, les transports de joie, d\u2019affection, qu\u2019on nous a t\u00e9moign\u00e9s. Avant de nous retirer, nous avons salu\u00e9 avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu\u2019on est heureux dans notre \u00e9tat de gagner l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 si bon march\u00e9\u00a0! Il n\u2019y a pourtant rien de si pr\u00e9cieux. Je l\u2019ai senti et je ne l\u2019oublierai jamais.\u00a0\u00bb Plus dure sera la chute \u2013 on ne peut lire ces mots sans se rappeler la fin de l\u2019histoire, sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami des propos libertins, \/ Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0: \/ Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1774). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMIERES<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Et Marie-Antoinette est d\u2019un an sa cadette, absolument pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 son r\u00f4le de reine.<\/p>\n<p>Premier acte politique\u00a0: le roi, \u00e0 regret (d\u00e9j\u00e0\u00a0!), renvoie le triumvirat minist\u00e9riel de combat (Maupeou-Terray-d\u2019Aiguillon) qui tentait les indispensables r\u00e9formes, ce qui l\u2019a rendu terriblement impopulaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les circonstances o\u00f9 se trouve la monarchie fran\u00e7aise, il faudra au jeune roi de la force et du g\u00e9nie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1198\" class=\"cit-num\">1198<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FR\u00c9<\/span>d\u00c9RIC <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse (1712-1786). <em>\u0152uvres posthumes de Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse\u00a0: Correspondance<\/em> (1788), Frederick <span class=\"caps\">II<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Admirateur de Richelieu, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et du Grand\u00a0Si\u00e8cle, ce jugement vaut condamnation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> apr\u00e8s un an de r\u00e8gne. Ce grand politique qui mena la puissance prussienne \u00e0 son apog\u00e9e (avec tous les exc\u00e8s de l\u2019autoritarisme et du centralisme) pr\u00e9voit la course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme de la monarchie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019aura probablement jamais ni la force ni la volont\u00e9 de r\u00e9gner par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1199\" class=\"cit-num\">1199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MERCY<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ARGENTEAU<\/span> (1727-1794). <em>Correspondance secr\u00e8te entre Marie-Th\u00e9r\u00e8se et le comte de Mercy-Argenteau<\/em> (posthume, 1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris, il exerce une grande influence sur Marie-Antoinette. Il note l\u2019inqui\u00e9tante suj\u00e9tion du roi vis-\u00e0-vis de sa femme, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le mariage\u00a0: \u00ab\u00a0Sa complaisance ressemble \u00e0 de la soumission.\u00a0\u00bb Mirabeau tentant de sauver la royaut\u00e9 en juillet\u00a01790 soupirera\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme\u00a0: c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Choiseul se montre plus s\u00e9v\u00e8re, voyant en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> un \u00ab\u00a0imb\u00e9cile\u00a0\u00bb au sens de handicap\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral\u00a0; selon ses fr\u00e8res et ses cousins, cette imb\u00e9cillit\u00e9 aurait justifi\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence (comme jadis pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou). En fait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est surtout un timide maladif, myope de surcro\u00eet au point de ne pas reconna\u00eetre les gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout propos soutenu l\u2019accable, toute r\u00e9flexion le d\u00e9route.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1200\" class=\"cit-num\">1200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793).<em> L\u2019Autrichienne\u00a0: m\u00e9moires in\u00e9dits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la R\u00e9volution<\/em> (1966), Claude \u00c9mile-Laurent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine parle aussi du roi comme d\u2019un homme aveugle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, toujours incertain, peu aimable et pourtant d\u00e9sireux qu\u2019on l\u2019aim\u00e2t. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la lassitude. Honteux de sa faiblesse, il revient en arri\u00e8re, se renfrogne, boude, se d\u00e9robe, vole \u00e0 la chasse ou se renferme dans son cabinet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas \u00eatre plus royaliste que le roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1204\" class=\"cit-num\">1204<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Phrase en vogue sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, et devenue proverbe. <em>La Monarchie selon la Charte<\/em> (1816), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette maxime est invent\u00e9e \u00e0 la veille de la R\u00e9volution pour critiquer les aristocrates qui d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e de monarchie et les int\u00e9r\u00eats du roi, avec plus d\u2019ardeur que le roi lui-m\u00eame. Ce sont les privil\u00e9gi\u00e9s, la noblesse et le haut clerg\u00e9, les notables, tous ces gens attach\u00e9s \u00e0 leurs avantages acquis et qui ne comprennent pas qu\u2019en les d\u00e9fendant ainsi, ils jouent \u00e0 plus ou moins long terme contre leurs int\u00e9r\u00eats et contre le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019en est pas moins tr\u00e8s \u00ab\u00a0royaliste\u00a0\u00bb, impr\u00e9gn\u00e9 de tous ses droits et devoirs de roi de droit divin jusqu\u2019\u00e0 dire en 1787\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e9gal parce que je le veux.\u00a0\u00bb Sans doute assez intelligent pour comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 des r\u00e9formes, mais pas assez courageux pour soutenir durablement ceux qui en ont le projet, c\u2019est un faible, capable de coups de t\u00eate qui surprennent son entourage et de coups de force qui vont d\u00e9cha\u00eener le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer, \/ Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer, \/ Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774).<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 (sans doute \u00e0 tort) \u00e0 <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778). <em>La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot se trouve dans les <em>Confessions<\/em> (autobiographie r\u00e9dig\u00e9e de 1765 \u00e0 1770, \u00e9dition posthume). Sc\u00e8ne plaisante, par son souci du d\u00e9tail autobiographique\u2026 devenu historique par l\u2019attribution r\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 la reine.<\/p>\n<p>Le mot refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple. Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1224\" class=\"cit-num\">1224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), profession de foi adolescente. <em>M\u00e9moires, correspondance et manuscrits<\/em> (posthume, 1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fayette, 19\u00a0ans, contre l\u2019avis de sa famille et du roi, s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777 pour se joindre aux troupes de Virginie. Nomm\u00e9 \u00ab\u00a0major g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, le jeune marquis paie de sa personne au combat. De retour en France en 1779, triomphalement accueilli, il pousse le gouvernement \u00e0 s\u2019engager ouvertement dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance. Les \u00c9tats-Unis se rappelleront cette dette historique, s\u2019engageant en avril\u00a01917 dans la Guerre mondiale au cri de\u00a0: \u00ab\u00a0La France est la fronti\u00e8re de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb Le jour anniversaire de l\u2019Ind\u00e9pendance, 4\u00a0juillet 1917, sur la tombe parisienne du marquis, la r\u00e9f\u00e9rence est encore plus pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour tout homme, le premier pays est sa patrie et le second c\u2019est la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1232\" class=\"cit-num\">1232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas <span class=\"caps\">JEFFERSON<\/span> (1743-1826). <em>Le Peuple<\/em> (1846), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me pr\u00e9sident des Etats-Unis en 1801 (apr\u00e8s Georges Washington et John Adams), il fut ambassadeur des \u00c9tats-Unis \u00e0 Paris (de\u00a01785 \u00e0\u00a01789). Francophile et francophone, philosophe impr\u00e9gn\u00e9 des Lumi\u00e8res, humaniste, c\u2019est aussi un savant. Il exprime ici l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: la France est tr\u00e8s populaire outre-Atlantique, depuis 1777 et l\u2019arriv\u00e9e des volontaires, La Fayette en t\u00eate.<\/p>\n<p>En 1780, Vergennes (qui a longtemps h\u00e9sit\u00e9) va d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l\u2019Angleterre, entra\u00eener l\u2019Espagne \u00e0 sa suite et envoyer un corps exp\u00e9ditionnaire command\u00e9 par Rochambeau. La France arme aussi une flotte qui remporte quelques victoires m\u00e9morables. Notre pays a deux raisons de participer \u00e0 cette guerre\u00a0: prendre la revanche tant attendue contre l\u2019Angleterre et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente des colons anglais d\u2019Am\u00e9rique, dont l\u2019id\u00e9ologie s\u2019inspire de Montesquieu et Rousseau. Mais comme pr\u00e9vu par Turgot ministre des Finances, les d\u00e9penses militaires creuseront un d\u00e9ficit abyssal, estim\u00e9 \u00e0 un milliard de livres tournois \u2013 trois \u00e0 quatre fois le budget de l\u2019\u00c9tat en 1783.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie, \/ Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu,<br>Il est mort comme il a v\u00e9cu, \/ Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1230\" class=\"cit-num\">1230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme, juin\u00a01778, attribu\u00e9e \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), \u00e0 la mort de Voltaire. <em>M\u00e9moires sur Voltaire et sur ses ouvrages<\/em> (1826), S\u00e9bastien Longchamp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s, \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, si c\u2019est possible, c\u2019est fait\u00a0; impossible, cela se fera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1233\" class=\"cit-num\">1233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), ministre des Finances r\u00e9pondant \u00e0 une demande de Marie-Antoinette, 1784.<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856), Alexis de Tocqueville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Calonne reste connu pour son laxisme. Ex intendant de Flandre et d\u2019Artois, intrigant et intelligent, s\u00e9ducteur et cynique, il cherche non pas \u00e0 faire des \u00e9conomies pour diminuer la dette, mais \u00e0 r\u00e9tablir le cr\u00e9dit de l\u2019\u00c9tat en inspirant confiance. On parlerait aujourd\u2019hui d\u2019une politique de relance quasi keyn\u00e9sienne, avec lancement de grands travaux publics. \u00c0 coup d\u2019emprunts et d\u2019exp\u00e9dients divers, il semble r\u00e9ussir\u00a0: on le surnomme l\u2019Enchanteur. Marie-Antoinette, parlant plus tard de l\u2019\u00e9poque Calonne, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Comment aurais-je pu me douter que les finances \u00e9taient en si mauvais \u00e9tat\u00a0? Quand je demandais cinquante mille livres, on m\u2019en apportait cent mille\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est d\u00e9testable\u00a0! Cela ne sera jamais jou\u00e9\u00a0! [\u2026] Il faudrait d\u00e9truire la Bastille pour que la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce ne f\u00fbt pas une incons\u00e9quence dangereuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1234\" class=\"cit-num\">1234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), qui vient de lire <em>Le Mariage de Figaro<\/em> avant sa cr\u00e9ation sur sc\u00e8ne. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Le Mariage de Figaro\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis quatre ans, Paris parle de cette pi\u00e8ce dont l\u2019auteur, Beaumarchais, est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour des raisons pas seulement litt\u00e9raires \u2013 proc\u00e8s gagn\u00e9s, trafics en tous genres, aide \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique. Soumise \u00e0 six censeurs, interdite de repr\u00e9sentation \u00e0 Versailles en 1783, jou\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 chez M. de Vaudreuil le 23\u00a0septembre\u2026 Paris se presse pour la premi\u00e8re publique \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, le 27\u00a0avril 1784. C\u2019est un triomphe. Selon Antoine Vitez, administrateur de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise qui monta la pi\u00e8ce pour le bicentenaire de la R\u00e9volution en 1989, \u00ab\u00a0<em>Le Mariage de Figaro<\/em> est tr\u00e8s l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb Il est des \u0153uvres de po\u00e8tes g\u00e9niaux qui proph\u00e9tisent ce qui va se passer avec une acuit\u00e9 extr\u00eame. <em>La Chinoise<\/em> de Godard, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Mai 68 avant Mai 68 et Les Bains de Ma\u00efakowski, en 1929, la description de ce que serait le stalinisme avant l\u2019heure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine \/ Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline, \/ Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment., alors qu\u2019elle est innocente dans cette histoire dont Dumas tirera un roman d\u2019escroquerie historique.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes des \u0153uvres philosophiques de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils sont toujours en retard d\u2019une arm\u00e9e, d\u2019une ann\u00e9e et d\u2019une id\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1248\" class=\"cit-num\">1248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), jugeant la haute noblesse de son temps.<em> Promenades litt\u00e9raires<\/em> (1904), R\u00e9my de Gourmont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les notables convoqu\u00e9s le 22\u00a0f\u00e9vrier 1787 vont m\u00e9riter la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de Rivarol, \u00e9crivain pourtant royaliste et ardent d\u00e9fenseur du r\u00e9gime contre les partisans d\u2019un ordre nouveau.<\/p>\n<p>Calonne pr\u00e9sente sa r\u00e9forme, notamment la cr\u00e9ation d\u2019une \u00ab\u00a0subvention territoriale\u00a0\u00bb qui remplace le syst\u00e8me inefficace des vingti\u00e8mes (th\u00e9oriquement provisoires et assortis de rachats, abonnements, exemptions). Ce nouvel imp\u00f4t, unique et perp\u00e9tuel, doit frapper tous les revenus fonciers, la plupart des (gros) propri\u00e9taires terriens appartenant \u00e0 la noblesse et au clerg\u00e9. Les 144 notables, \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9, s\u2019opposent au projet. Ils ont manipul\u00e9 l\u2019opinion, \u00ab\u00a0Monsieur D\u00e9ficit\u00a0\u00bb est devenu tr\u00e8s impopulaire et le roi renvoie son ministre, le 10\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlement \u00e0 vendre<br>Ministres \u00e0 pendre<br>Couronne \u00e0 louer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1255\" class=\"cit-num\">1255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots grav\u00e9s sur les murs du Palais de justice, mai\u00a01788. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des meneurs crient au coup d\u2019\u00c9tat. Des soul\u00e8vements \u00e9clatent partout en France, orchestr\u00e9s par une campagne de cabales et de pamphlets. En Languedoc \u00e0 Toulouse, en Bretagne \u00e0 Rennes, on manifeste. En Dauphin\u00e9 \u00e0 Grenoble le 7\u00a0juin\u00a01788, on se soul\u00e8vera pendant la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Tuiles\u00a0\u00bb.<br>Le roi essaie de faire passer des \u00e9dits. Les Parlements organisent la r\u00e9sistance, font la gr\u00e8ve de la justice et demandent la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Les remontrances succ\u00e8dent aux remontrances, les \u00e9meutes aux \u00e9meutes. Le roi doit fixer la date de la convocation tant redout\u00e9e\u00a0: 1er\u00a0mai 1789.<\/p>\n<p>Le 16\u00a0ao\u00fbt 1788, c\u2019est la banqueroute\u00a0: l\u2019\u00c9tat suspend ses paiements. Brienne d\u00e9missionne, Paris illumine et br\u00fble son mannequin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat\u00a0? Tout. Qu\u2019a-t-il \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent dans l\u2019ordre politique\u00a0? Rien. Que demande-t-il\u00a0? \u00c0 y devenir quelque chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1265\" class=\"cit-num\">1265<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), <em>Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat<\/em> (1789). Premiers mots de cette c\u00e9l\u00e8bre brochure, publi\u00e9e en janvier\u00a01789. Citation r\u00e9f\u00e9rentielle annon\u00e7ant la R\u00e9volution<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Taine \u00e9crira dans <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un grand changement s\u2019op\u00e8re au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle dans la condition du tiers \u00e9tat. Le bourgeois a travaill\u00e9, fabriqu\u00e9, commerc\u00e9, gagn\u00e9, \u00e9pargn\u00e9, et tous les jours il s\u2019enrichit davantage. La bourgeoisie se d\u00e9marque \u00e0 la fois des classes privil\u00e9gi\u00e9es qui constituent les deux autres ordres et ne justifient plus leurs privil\u00e8ges par leurs services rendus au pays, et des classes populaires sans Lumi\u00e8res et sans influence.\u00a0\u00bb Dans l\u2019esprit de Siey\u00e8s, le \u00ab\u00a0Tiers\u00a0\u00bb, c\u2019est la bourgeoisie sans le peuple. Ce sera l\u2019un des malentendus les plus graves de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":631,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9604","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9604"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9604\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12631,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9604\/revisions\/12631"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}