{"id":9626,"date":"2023-01-09T00:00:00","date_gmt":"2023-01-08T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-naissance-de-la-monarchie-absolue-et-siecle-de-louis-xiv\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:06","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:06","slug":"citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-naissance-de-la-monarchie-absolue-et-siecle-de-louis-xiv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/citations-referentielles-le-miroir-de-lhistoire-naissance-de-la-monarchie-absolue-et-siecle-de-louis-xiv\/","title":{"rendered":"Citations r\u00e9f\u00e9rentielles : le miroir de l\u2019Histoire (Naissance de la monarchie absolue et Si\u00e8cle de Louis XIV)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.<\/p>\n<p>Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, discours, chansons, \u00e9pitaphes, textes de loi, presse (titres ou extraits d\u2019articles), po\u00e8mes, chroniques, m\u00e9moires, lettres, pamphlets et autres sources. \u00c0 la limite, toutes les bonnes citations ont vocation \u00e0 devenir r\u00e9f\u00e9rentielles, si elles trouvent \u00e9cho au-del\u00e0 de leur \u00e9poque pour devenir patrimoniales.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent que l\u2019Histoire de France a vocation pour servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u2013 jamais assez, jamais trop\u00a0\u2013 \u00e9tant notre lien, notre identit\u00e9, en m\u00eame temps que l\u2019indispensable recul pour juger de l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elles doivent \u00eatre contextualis\u00e9es, comment\u00e9es \u2013 \u00e7a tombe bien, telle est la r\u00e8gle de notre <em>Histoire en citations<\/em> dont elles sont toutes tir\u00e9es.<\/p>\n<p>La chronologie s\u2019impose au fil de cet \u00e9dito en 10 \u00e9pisodes (et 23 \u00e9poques) qui renvoient aux Chroniques, de la Gaule \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Pour chaque \u00e9poque, la citation la plus embl\u00e9matique se retrouve en exergue.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">SOUS<\/span> <span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span><\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-64.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La couronne vaut bien une messe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"623\" class=\"cit-num\">623<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), en 1593.\u00a0<em> Les Grandes Figures de l\u2019histoire\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et l\u2019\u00c9glise<\/em> (1875), Pierre F\u00e9ret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation \u00e0 la fois r\u00e9f\u00e9rentielle et tr\u00e8s symbolique de cette \u00e9poque o\u00f9 la \u00ab\u00a0fracture religieuse\u00a0\u00bb continue de peser sur la politique, jusqu\u2019\u00e0 la signature de l\u2019\u00e9dit de Nantes (1598). Autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Paris vaut bien une messe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mot est apocryphe\u00a0: sans doute jamais dit par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, malgr\u00e9 ce qui est parfois \u00e9crit, mais attribu\u00e9 \u00e0 Sully dans le recueil satirique des<em> Caquets de l\u2019accouch\u00e9e<\/em> (1623). Qu\u2019importe, il r\u00e9sume parfaitement la situation de fait et l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du roi. Sully, quant \u00e0 lui, restera protestant. La religion d\u2019un ministre des Finances n\u2019a pas la m\u00eame importance que celle du roi de France\u00a0!<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> fait donc annoncer sa prochaine conversion-abjuration par l\u2019archev\u00eaque de Bourges, le 17\u00a0mai 1593. C\u2019est bien jou\u00e9 contre le duc de Mayenne, ligueur catholique qui veut se faire \u00e9lire roi \u00e0 la place d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Mayenne se trouve pris \u00e0 son propre jeu, mais la Ligue ne d\u00e9sarme pas pour autant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je croyais que c\u2019\u00e9tait un roi, mais ce n\u2019est qu\u2019un carabin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"606\" class=\"cit-num\">606<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">FARN\u00c8SE<\/span>, duc de Parme (1545-1592).<em> Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec ses mani\u00e8res rustiques, son humeur joviale et son go\u00fbt effr\u00e9n\u00e9 pour les femmes, le \u00ab\u00a0bon roi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0\u00bb et les compagnons d\u2019armes lui faisant escorte choquent les Grands, habitu\u00e9s \u00e0 une \u00e9tiquette de cour tr\u00e8s stricte depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et au raffinement tout italien de mise sous Catherine de M\u00e9dicis.<\/p>\n<p>Soutien de la Ligue et adversaire politique d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, c\u00e9l\u00e8bre condottiere, le duc de Parme est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une des grandes maisons princi\u00e8res italiennes. Il affiche son m\u00e9pris pour l\u2019allure si peu royale du nouveau souverain. Mais Michelet ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Nous trouvons s\u00e9v\u00e8re le mot du prince [duc] de Parme.\u00a0\u00bb \u2013 pr\u00e9cisons que \u00ab\u00a0carabin\u00a0\u00bb signifie ici porteur de carabine. Aujourd\u2019hui, c\u2019est un terme argotique pour d\u00e9signer un \u00e9tudiant en m\u00e9decine<\/p>\n<p>L\u2019empereur dira plus tard d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Mon brave capitaine de cavalerie\u00a0\u00bb et l\u2019historien de commenter \u00e0 nouveau\u00a0: \u00ab\u00a0Nous trouvons fort dur le mot de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Capitaine Bon Vouloir, il n\u2019est pas grand abatteur de bois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"607\" class=\"cit-num\">607<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">tallemant des <span class=\"caps\">R\u00c9AUX<\/span> (1619-1692), <em>Historiettes<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre citation r\u00e9f\u00e9rentielle, plaisamment \u00e0 charge pour le bon roi Henri. Faut-il revoir la l\u00e9gende et retoucher le portrait du \u00ab\u00a0Vert Galant\u00a0\u00bb\u00a0? Grand coureur de jupons, n\u2019est-il pas si bon amant sur le terrain\u00a0?<\/p>\n<p>Une chose est s\u00fbre\u00a0: sceptique envers les hommes, il s\u2019est tourn\u00e9 ouvertement et passionn\u00e9ment vers les femmes, cumulant les b\u00e2tards et laissant parfois de belles intrigantes se m\u00ealer un peu trop de sa politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590. <em>Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb entrera dans la l\u00e9gende et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prendra le nom d\u2019Ivry-la-Bataille.<\/p>\n<p>Les soldats semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue, command\u00e9es par le duc de Mayenne, sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes. Le roi va trouver les gestes et les mots qu\u2019il faut \u2013 comme Napol\u00e9on en son temps. Il plante un panache de plumes blanches sur son casque et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez fait, Sire, la plus brave folie qui se fit jamais. Vous avez jou\u00e9 le royaume sur un coup de d\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"617\" class=\"cit-num\">617<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">DUPLESSIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MORNAY<\/span>\u00a0(1549-1623). <em>Duplessis Mornay ou \u00e9tudes historiques et politiques sur la situation de la France de 1549 \u00e0 1623<\/em> (1970), Joachim Ambert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fid\u00e8le compagnon, principal conseiller et ambassadeur du roi, ainsi lui rend-il hommage apr\u00e8s la bataille d\u2019Ivry, brillante victoire sur les troupes de la Ligue (ultra-catholique). Une victoire qui tient du miracle comme il y en a beaucoup dans l\u2019Histoire\u00a0! Marignan sous Fran\u00e7ois Ier, Valmy sous la R\u00e9volution, Austerlitz sous Napol\u00e9on\u2026<\/p>\n<p>Mais les succ\u00e8s militaires effacent mal l\u2019\u00e9chec des deux si\u00e8ges de Paris\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est toujours un roi sans capitale (occup\u00e9e par les Ligueurs catholiques qui font r\u00e9gner la terreur, alli\u00e9s \u00e0 Philippe <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne avec le concours du duc de Parme). H\u00e9sitant avant de sauter le pas (faire le \u00ab\u00a0saut p\u00e9rilleux\u00a0\u00bb comme il dit), il a bien besoin de Sully, ministre de confiance et toujours de bon conseil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu fais le catholique<br>Mais c\u2019est pour nous piper<br>Et comme un hypocrite<br>T\u00e2che \u00e0 nous attraper,<br>Puis, sous bonne mine,<br>Nous mettre en ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"626\" class=\"cit-num\">626<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet ligueur (anonyme). <em>La Satire en France ou la litt\u00e9rature militante au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1886), Charles F\u00e9lix Lenient<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni la conversion ni le sacre ne peuvent rallier les catholiques irr\u00e9ductibles (baptis\u00e9s parfois \u00ab\u00a0papistes\u00a0\u00bb par les \u00ab\u00a0huguenots\u00a0\u00bb)\u00a0: les tentatives d\u2019assassinat qui marqueront tout le r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le prouvent assez, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019attentat final en 1610.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, vous n\u2019avez encore renonc\u00e9 Dieu que des l\u00e8vres, et il s\u2019est content\u00e9 de les percer\u00a0; mais quand vous le renoncerez, alors il percera le c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"633\" class=\"cit-num\">633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630), \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, au lendemain de l\u2019attentat de Ch\u00e2tel.<em> \u00c9tude historique et litt\u00e9raire sur Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/em> (1883), Eug\u00e8ne R\u00e9aume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent protestant, il regrette qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ait fait l\u2019\u00e9change de Paris contre une messe \u2013 pour ne pas dire son \u00e2me, en \u00e9change du tr\u00f4ne. L\u2019abjuration l\u2019a indign\u00e9, l\u2019\u00e9dit de Nantes ne le satisfera pas, ne faisant que tol\u00e9rer sa religion.<\/p>\n<p>Bien que rest\u00e9 fid\u00e8le au roi, il se retire dans ses terres de Vend\u00e9e comme gouverneur, reprenant du service sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, puis contraint de se r\u00e9fugier \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 il meurt \u00e0 pr\u00e8s de 80\u00a0ans.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, sa petite-fille, Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9, devenue marquise de Maintenon et l\u2019\u00e9pouse (morganatique) de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, contribuera pour une large part \u00e0 la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et aux nouvelles pers\u00e9cutions contre les protestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Labourage et p\u00e2turage sont les deux mamelles dont la France est aliment\u00e9e et les vrais mines et tr\u00e9sors du P\u00e9rou.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"649\" class=\"cit-num\">649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641),<em> \u00c9conomie royale<\/em> (1594-1597)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase est bien de Sully et se trouve dans le troisi\u00e8me tome de ses <em>M\u00e9moires<\/em> ainsi nomm\u00e9s, publi\u00e9s de 1638 \u00e0 1662. Au tournant du si\u00e8cle, Sully peut enfin entreprendre de r\u00e9organiser l\u2019agriculture fran\u00e7aise, \u00e9tablir un programme de routes, ponts et canaux. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> l\u2019a nomm\u00e9 surintendant des Finances\u00a0: il r\u00e9compense sa fid\u00e9lit\u00e9 de toujours, sa sagesse politique, et reconna\u00eet ses talents de gestionnaire et d\u2019administrateur gr\u00e2ce auxquels il fait honn\u00eatement fortune \u2013 l\u2019homme est pourtant peu sympathique et le ministre impopulaire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du roi.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, notre pays a une politique \u00e9conomique coh\u00e9rente et globale. Deux autres grands ministres, Richelieu, puis Colbert, vont suivre cet exemple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"650\" class=\"cit-num\">650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610). <em>Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien (et homme d\u2019\u00c9glise) lui attribue le mot et \u00ab\u00a0la poule au pot\u00a0\u00bb fait partie de la l\u00e9gende du roi, au m\u00eame titre que le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb du guerrier combattant \u00e0 la t\u00eate de ses troupes.<\/p>\n<p>V\u0153u pieux et s\u00fbrement sinc\u00e8re de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple plus qu\u2019aucun autre souverain. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par les usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles de terre. Quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays et en d\u00e9pit de mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment. Le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me passerais mieux de dix ma\u00eetresses comme vous, que d\u2019un serviteur comme lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"647\" class=\"cit-num\">647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, 1599. <em>Dictionnaire historique, critique et bibliographique<\/em> (1822), Louis Ma\u00efeul Chaudon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa belle ma\u00eetresse vient de se plaindre de Sully qu\u2019elle appelle un \u00ab\u00a0valet\u00a0\u00bb. L\u2019injure est flagrante.<\/p>\n<p>Maximilien de B\u00e9thune, baron de Rosny, duc de Sully (et bient\u00f4t premier au Conseil et pair de France), un de ses plus vieux compagnons de route, est d\u00e9j\u00e0 grand voyer de France (contr\u00f4lant toutes les voies de communication), superintendant des Fortifications et B\u00e2timents, grand ma\u00eetre de l\u2019artillerie, charg\u00e9 de l\u2019agriculture, surintendant des Finances. Il s\u2019acquitte de ses t\u00e2ches avec autant de loyaut\u00e9 que d\u2019efficacit\u00e9\u2026 Mais Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es est aussi la plus aim\u00e9e des femmes pr\u00e9sentes. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> projetait de l\u2019\u00e9pouser, apr\u00e8s annulation en cour de Rome de son mariage avec Marguerite de Valois. Le destin en d\u00e9cide autrement et le Vert Galant passe \u00e0 d\u2019autres amours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e2tez-vous de me faire ce fils, de sorte que je puisse vous faire une fille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"651\" class=\"cit-num\">651<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Henriette d\u2019Entragues, marquise de Verneuil, 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1933), Georges Slocombe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort brutale de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es (1599), il s\u2019est pourtant cru inconsolable\u00a0: \u00ab\u00a0La racine de mon c\u0153ur est morte et ne rejettera [repoussera] plus.\u00a0\u00bb Trois mois apr\u00e8s, il tombe fou de la nouvelle favorite et lui \u00e9crit une promesse de mariage fort bien libell\u00e9e, car il va enfin se s\u00e9parer de Margot, toujours sans enfant.<\/p>\n<p>Ce que roi veut\u2026 Henriette accouche de ce fils et, deux ans apr\u00e8s, d\u2019une fille. Entre-temps et pour raison d\u2019\u00c9tat, le roi a \u00e9pous\u00e9 Marie de M\u00e9dicis, fille du grand-duc de Toscane, Fran\u00e7ois de M\u00e9dicis \u2013 famille patricienne de Florence et banquier de l\u2019Europe depuis le <em>Quattrocento<\/em>. (L\u2019expression d\u00e9signe la Renaissance italienne au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, les ann\u00e9es 1400, ou <em>millequattrocento<\/em>.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous faites tout ce que je veux\u00a0; c\u2019est le vrai moyen de me gouverner\u00a0: aussi ne veux-je jamais \u00eatre gouvern\u00e9 que de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"652\" class=\"cit-num\">652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, 27\u00a0janvier 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e9crivain<\/em> (1855), Eug\u00e8ne Yung<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Propos galant et reflet du temps. La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas si plaisante. Marie de M\u00e9dicis, sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9e, lui fait quand m\u00eame le fils qui doit lui succ\u00e9der\u00a0: le dauphin Louis na\u00eet \u00e0 Fontainebleau, 27\u00a0septembre 1601. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019h\u00e9ritera pas de la sant\u00e9 du p\u00e8re. Mais la joie du roi et du royaume est grande\u00a0: on attendait un h\u00e9ritier depuis quarante ans\u00a0!<\/p>\n<p>Henriette d\u2019Entragues, ex ma\u00eetresse en titre, se f\u00e2che et traite Marie de \u00ab\u00a0grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 fine allusion \u00e0 la dot de la reine, 600\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or, la plus grosse dot de toute l\u2019Histoire de France\u00a0! La reine va bient\u00f4t comploter contre le roi, d\u00e9j\u00e0 au lit d\u2019autres femmes. Elle ne lui donne aucun plaisir au lit et les sc\u00e8nes sont fr\u00e9quentes, entre les deux \u00e9poux. Marie est jalouse des ma\u00eetresses du roi fort g\u00e9n\u00e9reux et galant avec toutes ces dames, alors qu\u2019il a peu d\u2019\u00e9gard pour la reine \u2013 ses \u00ab\u00a0lettres intimes\u00a0\u00bb \u00e0 Sully en t\u00e9moignent avec force d\u00e9tails.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis.<em> Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sait-il que sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre, au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, sa dignit\u00e9, pour finir en exil. Drame familial et n\u00e9anmoins public, comme il y en a peu dans les familles royales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je mourrai un de ces jours et, quand vous m\u2019aurez perdu, vous conna\u00eetrez lors ce que je valais et la diff\u00e9rence qu\u2019il y a de moi aux autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"661\" class=\"cit-num\">661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, au matin du 14\u00a0mai 1610. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1822), Maximilien de B\u00e9thune Sully<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jour-l\u00e0, de tr\u00e8s bonne heure, le roi est assailli de pressentiments. Il se sait menac\u00e9, apr\u00e8s vingt-cinq tentatives durant son r\u00e8gne\u00a0! Il meurt quelques heures apr\u00e8s, poignard\u00e9 par Ravaillac. L\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal chez Sully, son ministre et ami souffrant. Le bless\u00e9 a tressailli sous le coup et dit deux fois \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien\u2026\u00a0\u00bb avant d\u2019expirer.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gicide sera \u00e9cartel\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9\u00a0: il affirme avoir agi seul. Sully, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, n\u2019y croit pas. Le myst\u00e8re demeure, sur la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand. C\u2019est l\u2019une des grandes \u00e9nigmes de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<p>Outre la th\u00e9orie du tyrannicide qui causa la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u2019autres motifs existent\u00a0: la fiscalit\u00e9 qui s\u2019alourdit pour pr\u00e9parer la guerre, le m\u00e9contentement croissant du peuple, les nobles jaloux des honneurs qu\u2019ils n\u2019ont pas, une affaire de c\u0153ur qui se complique avec une tr\u00e8s jeune ma\u00eetresse mari\u00e9e au prince de Cond\u00e9, une conspiration avec l\u2019ennemi espagnol, n\u00e9e dans l\u2019entourage de la reine et que le roi ne doit pas ignorer.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span>\u00a0: <span class=\"caps\">SOUS<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span><\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le plus grand serviteur que jamais la France ait eu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"706\" class=\"cit-num\">706<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), d\u00e9fendant le cardinal contre sa m\u00e8re au lendemain de la journ\u00e9e des Dupes, le 11\u00a0novembre\u00a01630. <em>Richelieu et le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1934), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis a tent\u00e9 de perdre Richelieu \u2013 un des plus grave complots du r\u00e8gne. Elle l\u2019avait introduit aupr\u00e8s du roi, esp\u00e9rant son soutien au parti d\u00e9vot et \u00e0 l\u2019Espagne catholique. Mais il s\u2019est alli\u00e9 aux protestants allemands, pour contrer la puissante maison des Habsbourg qui r\u00e8gne en Autriche et en Espagne.<\/p>\n<p>Avec la reine Anne d\u2019Autriche, elle a profit\u00e9 d\u2019une grave maladie du roi (tuberculeux et de sant\u00e9 fragile) pour l\u2019\u00e9loigner de son ministre et obtenir sa future disgr\u00e2ce, en septembre\u00a01630, \u00e0 Lyon.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0novembre, en son palais parisien du Luxembourg, elle presse son fils de tenir parole. Richelieu, craignant le pire, trompant la vigilance des huissiers, entre par une porte d\u00e9rob\u00e9e. Elle l\u2019accable de sa col\u00e8re et ses injures. Le roi, boulevers\u00e9, se retire sans un mot, sans un regard pour son ministre. La cour croit \u00e0 une arrestation imminente, les courtisans s\u2019empressent autour de la reine m\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est la journ\u00e9e des Dupes\u00a0\u00bb \u2013 le mot de Bautru, conseiller d\u2019\u00c9tat et prot\u00e9g\u00e9 du cardinal, fait le tour de Paris.<\/p>\n<p>Le lendemain, le roi est \u00e0 Versailles. Richelieu, convoqu\u00e9, se croit perdu et se jette \u00e0 ses genoux. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le rel\u00e8ve, le prie de rester, exile Marie de M\u00e9dicis \u00e0 Compi\u00e8gne. Marillac est destitu\u00e9. C\u2019est la d\u00e9route du parti d\u00e9vot. Richelieu a gagn\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle trag\u00e9die plus sombre que sa personne m\u00eame\u00a0! Aupr\u00e8s Macbeth est gai [\u2026] Le plus souvent il ravalait le fiel et la fureur, couvrait tout de respect, de d\u00e9cence eccl\u00e9siastique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"688\" class=\"cit-num\">688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre \u00e9poque, autre ton\u00a0! Le personnage de Richelieu sera aussi impopulaire et d\u00e9test\u00e9 que le roi Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> fut (globalement) aim\u00e9. Mais la situation est radicalement diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Le cardinal, homme de foi et de devoir, partage (non sans mal) le pouvoir avec le roi Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> dont sa situation d\u00e9pend, dans un contexte de menaces et de complots in\u00e9gal\u00e9 dans l\u2019histoire. C\u2019est aussi un homme d\u2018\u00c9tat tr\u00e8s sup\u00e9rieur au roi qui en est conscient, donc lui aussi d\u00e9pendant et jaloux.<\/p>\n<p>\u00c9trange couple, uni dans une forme d\u2019association politique unique en son genre\u00a0: le minist\u00e9riat. La cohabitation (sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique) sera le second exemple de bizarrerie politique \u00e0 la fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le sens et le go\u00fbt du secret reviennent souvent dans les lettres sign\u00e9es Richelieu. Dans une trag\u00e9die qui lui est attribu\u00e9e \u2013 <em>Mirame<\/em> \u2013 on trouve cet alexandrin\u00a0: \u00ab\u00a0Savoir dissimuler est le savoir des rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fou n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e, abattre la maison d\u2019Autriche [\u2026] Il d\u00e9clenchera la guerre g\u00e9n\u00e9rale et les hordes de barbares se jetteront sur le trottoir fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"705\" class=\"cit-num\">705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre Richelieu. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette ann\u00e9e 1630, que d\u2019opposants \u00e0 la politique anti-habsbourgeoise de Richelieu\u00a0! Le tr\u00e8s catholique cardinal de B\u00e9rulle est mort, mais il reste le garde des Sceaux Michel de Marillac (farouchement antiprotestant et pr\u00f4nant la paix et l\u2019alliance avec l\u2019Espagne), le fr\u00e8re du roi Gaston d\u2019Orl\u00e9ans qui est de tous les complots, la reine et la reine m\u00e8re, \u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s hostile au cardinal et \u00e2me du parti d\u00e9vot.<\/p>\n<p>Richelieu, de son c\u00f4t\u00e9, paie des publicistes \u00e0 gages pour mener une propagande anti-espagnole incessante, d\u2019o\u00f9 une gu\u00e9rilla de libelles et de pamphlets. \u00c0 dater de mai\u00a01631, <em>La Gazette<\/em>, hebdomadaire de Th\u00e9ophraste Renaudot, organe officieux du gouvernement, a pour but de r\u00e9duire les \u00ab\u00a0faux bruits qui servent souvent d\u2019allumettes aux mouvements et s\u00e9ditions intestines\u00a0\u00bb. Elle use de son monopole officiel pour diffuser les nouvelles et faire passer les articles transmis par le roi et Richelieu\u00a0: tirage moyen de 1\u00a0200 exemplaires, qui deviendront 12\u00a0000 au si\u00e8cle suivant. Organe officiel du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le nom de <em>Gazette de France<\/em> \u00e0 dater de 1762, cet anc\u00eatre de nos journaux para\u00eetra jusqu\u2019en 1915.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019\u00e9veillez pas cette grosse b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"711\" class=\"cit-num\">711<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit de Paris (ou de son Parlement, selon une autre source). Le cardinal sait la ville frondeuse par nature, et par acc\u00e8s. Son successeur le cardinal de Mazarin, moins habile ou moins chanceux, subira le r\u00e9veil de la \u00ab\u00a0grosse b\u00eate\u00a0\u00bb, dramatique durant la Fronde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces animaux sont \u00e9tranges. On croit quelquefois qu\u2019ils ne sont pas capables d\u2019un grand mal, parce qu\u2019ils ne le sont d\u2019aucun bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"717\" class=\"cit-num\">717<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642).<em> Richelieu tel qu\u2019en lui-m\u00eame<\/em> (1997), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cardinal fait ici allusion aux trahisons d\u2019Anne d\u2019Autriche et de la duchesse de Chevreuse.<\/p>\n<p>La femme de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, alli\u00e9e \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, avait cherch\u00e9 \u00e0 obtenir du roi la disgr\u00e2ce de son ministre, jusqu\u2019\u00e0 la fameuse journ\u00e9e des Dupes (10\u00a0novembre\u00a01630). Elle est aussi accus\u00e9e de correspondance secr\u00e8te avec son fr\u00e8re Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne, en guerre \u00ab\u00a0couverte\u00a0\u00bb et bient\u00f4t \u00ab\u00a0ouverte\u00a0\u00bb avec la France, dans le cadre de la guerre de Trente Ans.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Marie de Rohan-Montbazon, ancienne \u00e9pouse de Luynes (le premier favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>), puis du duc de Chevreuse, sa vie est un roman o\u00f9 les intrigues politiques se m\u00ealent sans fin aux aventures galantes. Dumas n\u2019a (presque) rien invent\u00e9. L\u2019Histoire a r\u00e9ellement plus d\u2019imagination.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle trahit avec volupt\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"718\" class=\"cit-num\">718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est fort joliment r\u00e9sumer le personnage de la duchesse de Chevreuse. Elle pousse d\u2019abord son amant, le comte de Chalais, \u00e0 comploter contre Richelieu \u2013 et le comte le paiera de sa vie. Elle profite d\u2019un exil pour faire conspirer un de ses nouveaux amants, le duc de Lorraine. On la retrouvera bient\u00f4t, en folle h\u00e9ro\u00efne de la Fronde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant plus on t\u00e9moigne l\u2019aimer et le flatter, tant plus il se hausse et s\u2019emporte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"729\" class=\"cit-num\">729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643).<em> Cinq-Mars ou la passion et la fatalit\u00e9<\/em> (1962), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle \u00e0 Richelieu de son favori, Henri Coiffier de Ruz\u00e9 d\u2019Effiat, marquis de Cinq-Mars. Cinq-Mars va conspirer contre Richelieu, avec son ami et complice le magistrat de Thou, le duc de Bouillon et l\u2019in\u00e9vitable fr\u00e8re du roi, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans qui a cherch\u00e9 alliance aupr\u00e8s des Espagnols.<\/p>\n<p>L\u2019affaire Cinq-Mars, dernier grand complot du r\u00e8gne, attriste les derniers mois du cardinal, \u00e9puis\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che, rong\u00e9 par un ulc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Grands du royaume eurent joie de sa mort, et quasi tout le peuple s\u2019en r\u00e9jouit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"734\" class=\"cit-num\">734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">MONTGLAT<\/span> (1610-1675), <em>M\u00e9moires<\/em> (1635-1654)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On fait des feux de joie \u00e0 la mort de Richelieu \u2013 son successeur, Mazarin, conna\u00eetra le m\u00eame sort <em>post mortem<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 du cardinal, son ascendant sur le roi et ses m\u00e9thodes de gouvernement l\u2019ont rendu fort impopulaire, surtout les derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0: avec la guerre, le d\u00e9sespoir et la mis\u00e8re du peuple, mais aussi le m\u00e9contentement des privil\u00e9gi\u00e9s, bourgeois, nobles, conseillers des parlements tardant \u00e0 r\u00e9primer les \u00e9meutes de la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb. Longue est la liste de ses ennemis. Mais ses admirateurs vont aussi t\u00e9moigner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand ministre\u00a0! Que n\u2019es-tu n\u00e9 de mon temps\u00a0! Je te donnerais la moiti\u00e9 de mon empire pour m\u2019apprendre \u00e0 gouverner l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"736\" class=\"cit-num\">736<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIERRE<\/span> le Grand (1672-1725). <em>Histoire de l\u2019Empire de Russie sous Pierre le Grand<\/em> (posthume, 1831), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tsar de Russie \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tr\u00e8s europ\u00e9en, grand admirateur de la France, autocrate et autoritaire, Pierre Ier, dit Pierre le Grand, viendra s\u2019incliner devant la tombe du cardinal de Richelieu et lui rendra cet hommage.<\/p>\n<p>Artisan de la grandeur russe, promoteur de r\u00e9formes centralisatrices, pratiquant un \u00ab\u00a0dirigisme de guerre\u00a0\u00bb et c\u00e9dant \u00e0 la tyrannie, il devait se sentir fr\u00e8re en politique de ce grand homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle mal ou bien du fameux cardinal<br>Ma prose ni mes vers n\u2019en diront jamais rien\u00a0:<br>Il m\u2019a fait trop de bien pour en dire du mal,<br>Il m\u2019a fait trop de mal pour en dire du bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"737\" class=\"cit-num\">737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684),<em> Po\u00e9sies diverses<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, apr\u00e8s le triomphe de ses trois r\u00e9centes trag\u00e9dies (<em>Horace, Cinna, Polyeucte<\/em>), il compose ce quatrain \u00e0 l\u2019occasion de la mort du cardinal de Richelieu.<\/p>\n<p>Il se rappelle la protection dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, alors qu\u2019il \u00e9tait totalement inconnu et que le cardinal m\u00e9c\u00e8ne fit ouvrir un second th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris (Le Marais, rival de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne) pour jouer ses premi\u00e8res pi\u00e8ces. Mais il ne peut oublier la m\u00e9chante cabale mont\u00e9e contre lui par Richelieu manipulant l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise cr\u00e9\u00e9e par lui et la querelle du <em>Cid<\/em> qui s\u2019ensuivit, en 1637.<\/p>\n<p>Le m\u00e9c\u00e9nat artistique, devenu v\u00e9ritable politique culturelle plus syst\u00e9matique que sous la Renaissance, va encourager les cr\u00e9ateurs dans tous les domaines\u00a0: lettres, th\u00e9\u00e2tre, musique, peinture, architecture. L\u2019art classique nait \u00e0 cette \u00e9poque, contribuant au rayonnement de la France en Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En d\u00e9pit de tous, sinon de tout, l\u2019action du cardinal [Richelieu] conjugu\u00e9e avec celle du roi [Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>] avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisive pour l\u2019avenir du pays, en l\u2019engageant dans la voie qui allait faire de lui un \u00e9tat moderne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"742\" class=\"cit-num\">742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Richelieu\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre hommage qui rejoint l\u2019id\u00e9e de l\u2019historien Buchez\u00a0: Richelieu \u00ab\u00a0acheva ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> avait commenc\u00e9 [\u2026] Il rendit le pouvoir absolu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-37.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"807\" class=\"cit-num\">807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715). <em>L\u2019\u00c9tat baroque\u00a0: regards sur la pens\u00e9e politique de la France du premier <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1985), H.\u00a0M\u00e9choulan, E.\u00a0Le Roy Ladurie, A.\u00a0Robinet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation \u00e0 la fois r\u00e9f\u00e9rentielle et symbolique, mot c\u00e9l\u00e8bre et r\u00e9put\u00e9 apocryphe, souvent cit\u00e9, qui refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 et fut prononc\u00e9 avant m\u00eame le d\u00e9but du r\u00e8gne personnel, selon l\u2019historien Louis Madelin (<em>La Fronde<\/em>). Le contexte rend le mot encore plus frappant.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> venait d\u2019\u00eatre sacr\u00e9 roi \u00e0 Reims (1654), mais Mazarin exer\u00e7ait toujours le pouvoir. \u00c0 sa demande, le roi signe divers \u00e9dits financiers pour renflouer le Tr\u00e9sor et poursuivre la guerre contre l\u2019Espagne. Certains magistrats du Parlement de Paris en discutent la l\u00e9galit\u00e9. Or, il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter une nouvelle fronde parlementaire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, en costume de chasse, se rend devant le Parlement r\u00e9uni en lit de justice\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait combien ces assembl\u00e9es ont excit\u00e9 de troubles dans mon \u00c9tat et combien de dangereux effets elles y ont produits. J\u2019ai appris que vous pr\u00e9tendiez encore les continuer sous pr\u00e9texte de d\u00e9lib\u00e9rer sur les \u00e9dits qui ont \u00e9t\u00e9 lus et publi\u00e9s en ma pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident invoque l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat dans cette affaire et le roi le fait taire, en affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb (13\u00a0avril 1655). Il a 16\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne, mais c\u2019est lui qui les faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"816\" class=\"cit-num\">816<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cette raison, le Grand\u00a0Si\u00e8cle est bien le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voltaire, en historien tr\u00e8s document\u00e9 et toujours cit\u00e9, traite des \u00e9v\u00e9nements militaires et diplomatiques, insiste sur le d\u00e9veloppement du commerce et le rayonnement des arts et des lettres, mettant cependant les affaires religieuses au passif du r\u00e8gne de ce \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 surtout la r\u00e9vocation de l\u2019\u00c9dit de Nantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et l\u2019on peut comparer, sans crainte d\u2019\u00eatre injuste,<br>Le si\u00e8cle de Louis au beau si\u00e8cle d\u2019Auguste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"743\" class=\"cit-num\">743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">PERRAULT<\/span> (1628-1703), <em>Le Si\u00e8cle de Louis le Grand<\/em> (1687)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> m\u00e9rite le qualificatif de \u00ab\u00a0Grand\u00a0\u00bb. Il marque son temps de sa forte personnalit\u00e9, par sa politique de prestige et de rayonnement culturel. Incarnant et dirigeant pendant plus de cinquante ans la France du Grand\u00a0Si\u00e8cle, il en fait une puissance europ\u00e9enne dont l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u00e9passe celle de l\u2019Italie sous la Renaissance, l\u2019Espagne d\u2019hier et l\u2019Angleterre \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Mais ce r\u00e8gne personnel ne commence qu\u2019en 1661. \u00c0 la mort de son p\u00e8re (1643), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> a cinq ans et pendant dix-huit ans, c\u2019est Mazarin qui gouverne la France, tout en apprenant le m\u00e9tier de roi \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve en cela surdou\u00e9. La Fronde sera la pire \u00e9preuve de cette \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"745\" class=\"cit-num\">745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956),<em> La Fronde<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien cite le mot \u00e0 la mode\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1649 on verra la population de Paris tenir en \u00e9chec le gouvernement royal et le mettre en fuite sans d\u2019ailleurs penser \u00e0 le mettre bas, on dira\u00a0: Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Et le mot est adopt\u00e9.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb est quand m\u00eame assez s\u00e9rieux pour faire fuir hors de Paris, \u00e0 plusieurs reprises, non seulement le gouvernement mais aussi la famille royale. Quelque 6 500 pamphlets (mazarinades) diront l\u2019impopularit\u00e9 du nouveau ma\u00eetre de la France, qui rejaillit sur sa \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb (Anne d\u2019Autriche). En r\u00e9alit\u00e9, ils font face \u00e0 une s\u00e9rie de Frondes portant au paroxysme la r\u00e9bellion des Grands, des parlementaires et du peuple, contre l\u2019absolutisme royal (1648-1653). Mazarin finira par triompher avec habilet\u00e9, mais le personnage reste d\u00e9test\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il se fit de la honte de tout ce que l\u2019autre [Richelieu] s\u2019\u00e9tait fait de l\u2019honneur. Il se moqua de la religion. Il promit tout, parce qu\u2019il ne voulut rien tenir. Il ne fut ni doux ni cruel, parce qu\u2019il ne se ressouvenait ni des bienfaits ni des injures. Il s\u2019aimait trop, ce qui est le naturel des \u00e2mes l\u00e2ches.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"752\" class=\"cit-num\">752<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul de Gondi, pr\u00e9lat sans vocation eccl\u00e9siastique, mais chef de parti aux grandes ambitions politiques sous la Fronde, est l\u2019un des vaincus de Mazarin. Son t\u00e9moignage sur cet autre cardinal \u00e0 la r\u00e9ussite politique exemplaire est \u00e9videmment partial, mais ses <em>M\u00e9moires<\/em> n\u2019en sont pas moins une pr\u00e9cieuse \u00e9vocation de ces temps de trouble. Il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019un des plus grands d\u00e9fauts du cardinal Mazarin est qu\u2019il n\u2019a jamais pu croire que personne lui parl\u00e2t avec une bonne intention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Son esprit, qui lui a rendu de si bons services en sa vie, \u00e9tait assur\u00e9ment de premier ordre, fin, d\u00e9li\u00e9, p\u00e9n\u00e9trant, sage, judicieux, grave, modeste, grand et \u00e9lev\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"753\" class=\"cit-num\">753<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Henri de <span class=\"caps\">LOM\u00c9NIE<\/span> de <span class=\"caps\">BRIENNE<\/span> (1635-1698), <em>M\u00e9moires de Louis-Henri de Lom\u00e9nie, comte de Brienne<\/em> (posthume, 1720)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat \u00e0 16\u00a0ans et secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 23, surnomm\u00e9 le Jeune pour le distinguer de son p\u00e8re (Henri-Auguste de Lom\u00e9nie de Brienne), il juge en connaisseur ce ministre d\u00e9test\u00e9 souvent \u00e0 tort. Michelet l\u2019appr\u00e9ciera de son c\u00f4t\u00e9 en historien\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, le rus\u00e9 [\u2026] cette glissante couleuvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais personne n\u2019eut les mani\u00e8res si douces en public, si rudes dans le domestique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"757\" class=\"cit-num\">757<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la voix de la famille. La duchesse de Mazarin est la plus jolie des cinq \u00ab\u00a0Mazarinettes\u00a0\u00bb, ni\u00e8ces de Mazarin qui ont quitt\u00e9 leur Rome natale pour suivre l\u2019oncle allant faire carri\u00e8re en France.<\/p>\n<p>Sa vie amoureuse et mondaine d\u00e9fraie la chronique, mais toute la famille Mazarin fait parler d\u2019elle. Bien que le cardinal ait assur\u00e9 la fortune des siens, ils ne lui en auront nulle reconnaissance et se r\u00e9jouiront ouvertement de sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le voyez-vous comme il vole, ou \u00e0 la victoire, ou \u00e0 la mort\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"766\" class=\"cit-num\">766<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), Oraison fun\u00e8bre de Louis de Bourbon, Prince de Cond\u00e9 (1686)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il devra rendre hommage au Grand Cond\u00e9, Bossuet \u00e9voquera la bataille de Rocroi du 19\u00a0mai 1643. Les militaires en renom contribuent largement \u00e0 la grandeur du si\u00e8cle \u2013 et manqueront totalement au si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>Charg\u00e9 \u00e0 21\u00a0ans du commandement des arm\u00e9es du Nord, le quatri\u00e8me prince de Cond\u00e9 remporte cette \u00e9clatante victoire qui an\u00e9antit l\u2019arm\u00e9e espagnole des Pays-Bas et emp\u00eache l\u2019invasion mena\u00e7ante par les Ardennes\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e commen\u00e7a l\u2019action de gr\u00e2ce\u00a0; toute la France suivit\u00a0; on y \u00e9levait jusqu\u2019au ciel le duc d\u2019Enghien\u00a0: c\u2019en serait assez pour illustrer une autre vie que la sienne, mais pour lui, c\u2019est le premier pas de sa course.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des \u00e9pisodes de la guerre de Trente Ans qui d\u00e9chire l\u2019Allemagne depuis 1618 et dans laquelle la France intervint directement huit ans plus t\u00f4t, jour pour jour, contre l\u2019Espagne et les puissants Habsbourg, tent\u00e9s de reconstituer l\u2019Empire de Charles Quint. L\u2019autre h\u00e9ros de cette guerre est Turenne\u00a0: les deux hommes vont souvent se croiser, amis ou ennemis, selon le camp choisi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus difficile de bien faire l\u2019amour que de bien faire la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"767\" class=\"cit-num\">767<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ninon de <span class=\"caps\">LENCLOS<\/span> (1616-1706), <em>Lettres<\/em> (\u00e9dition posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette belle dame aux m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res qui v\u00e9cut tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e en un si\u00e8cle tr\u00e8s guerrier parle en connaissance de cause.<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e Notre Dame des Amours, s\u00e9ductrice aux \u00ab\u00a0mille amants\u00a0\u00bb, \u00e9picurienne et lettr\u00e9e, tenant salon chaque jour et visit\u00e9e de cinq \u00e0 neuf par tout Paris, elle devient friande de jeunes gentilshommes et de pr\u00e9lats, sur le tard\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais eu que l\u2019\u00e2ge du c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette femme libre aura naturellement nombre d\u2019amants c\u00e9l\u00e8bres et combattants. \u00c0 qui songe-t-elle en \u00e9crivant ces mots\u00a0? Au marquis et mar\u00e9chal d\u2019Estr\u00e9es, \u00e0 Coligny, au duc de La Rochefoucauld ou au duc d\u2019Enghien, devenu pour l\u2019histoire le Grand Cond\u00e9\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653.<em> Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va pourtant laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il apprendra ainsi son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on\u00a0: plus jamais \u00e7a\u00a0! Et Mazarin le conforte habilement\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si une fois vous prenez en main le gouvernail, vous ferez plus en un jour qu\u2019un plus habile que moi en six mois, car c\u2019est d\u2019un autre poids, ce qu\u2019un roi fait de droit fil, que ce que fait un ministre, quelque autoris\u00e9 qu\u2019il puisse \u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"801\" class=\"cit-num\">801<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, 29\u00a0juin 1659. <em>Les Annales conferencia<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> (1925), Universit\u00e9 des Annales<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi le conseille-t-il deux ans avant sa mort, tout en continuant de l\u2019initier \u00e0 son m\u00e9tier de roi. Le conseil sera bien suivi par l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0!<\/p>\n<p>En attendant, le cardinal qui a tir\u00e9 les le\u00e7ons de la Fronde tient fermement le gouvernail\u00a0: Parlements r\u00e9duits au silence, interdiction \u00e0 la noblesse de s\u2019assembler (\u00e9dit de 1657). En 1659, des assembl\u00e9es secr\u00e8tes de nobles se tiennent en certaines provinces. Le roi va s\u00e9vir en personne dans le Midi. Il y a toujours, entre eux deux, cette \u00e9tonnante \u00ab\u00a0division du travail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019un des principaux acquis du \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb de Mazarin sera la paix avec l\u2019Espagne, au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0: le 7\u00a0novembre\u00a01659, dans l\u2019\u00eele des Faisans sur la Bidassoa qui sert de fronti\u00e8re aux deux pays, Mazarin signe pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, il est crev\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"806\" class=\"cit-num\">806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le cri du c\u0153ur de la famille (son fr\u00e8re et une de ses s\u0153urs) \u00e0 la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin, leur oncle. La belle et spirituelle mazarinette ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, je n\u2019en fus gu\u00e8re plus afflig\u00e9e\u00a0; et c\u2019est une chose remarquable qu\u2019un homme de ce m\u00e9rite, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute sa vie pour \u00e9lever et enrichir sa famille, n\u2019en ait re\u00e7u que des marques d\u2019aversion, m\u00eame apr\u00e8s sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a en lui de l\u2019\u00e9toffe de quoi faire quatre rois et un honn\u00eate homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"845\" class=\"cit-num\">845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661) \u00e0 propos de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Gramont<\/em> (posthume, 1827)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre tout-puissant, Mazarin initia le jeune roi aux affaires apr\u00e8s sa majorit\u00e9 (13\u00a0ans), d\u2019o\u00f9 une solide formation politique, plus pratique que livresque. Le ma\u00eetre eut le temps d\u2019appr\u00e9cier son royal \u00e9l\u00e8ve \u2013 qui aura le plus long r\u00e8gne de l\u2019histoire de France\u00a0: de 5 \u00e0 77\u00a0ans.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s huit ann\u00e9es d\u2019apprentissage, \u00e2g\u00e9 de 22\u00a0ans, le roi ne perd pas un jour pour appliquer ses le\u00e7ons. Le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb commence vraiment avec le r\u00e8gne personnel qui va durer cinquante-quatre ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes la t\u00eate d\u2019un corps dont les sujets sont les membres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"808\" class=\"cit-num\">808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715),<em> M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, plus qu\u2019aucun roi, incarne le pouvoir et s\u2019identifie \u00e0 la France. D\u00e8s la fin du Moyen \u00c2ge, Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> proclamait\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis France\u00a0!\u00a0\u00bb Cette notion tr\u00e8s physique et m\u00eame sensuelle de la royaut\u00e9 se retrouve chez Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, mais dans un pays divis\u00e9 par les guerres de Religion, le temps n\u2019\u00e9tait pas encore venu de rendre effective la monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"815\" class=\"cit-num\">815<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCRIBE<\/span> (1791-1861),<em> Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne dira jamais assez l\u2019importance des chants et chansons, dans l\u2019Histoire de France. Le peuple chante pour encenser, mais aussi pour critiquer \u2013 avec quelle violence, parfois\u00a0! L\u2019anonymat permet de tout oser.<\/p>\n<p>Bien des \u00e9crivains n\u2019osent pas, alors qu\u2019au si\u00e8cle suivant et malgr\u00e9 la censure, la voix des philosophes s\u2019\u00e9l\u00e8vera pour temp\u00e9rer l\u2019absolutisme royal et cr\u00e9er une opinion publique digne de ce nom. Mais le peuple continuera de chanter, sous la R\u00e9volution et bien au-del\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand Roi, cesse de vaincre, ou je cesse d\u2019\u00e9crire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"820\" class=\"cit-num\">820<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Boileau est certes courtisan, mais ils le seront tous, les immenses talents du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0qui travaillent pour le plaisir du roi et cr\u00e9ent en m\u00eame temps des chefs-d\u2019\u0153uvre. Cette exception culturelle est unique en son genre \u2013 Napol\u00e9on n\u2019aura pas la m\u00eame chance que Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0!<\/p>\n<p>Qu\u2019importe donc que Racine ait \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les mots de la langue, toutes les syllabes nous paraissent pr\u00e9cieuses, parce que nous les regardons comme autant d\u2019instruments qui doivent servir \u00e0 la gloire de notre Auguste protecteur\u00a0\u00bb, s\u2019il nous a laiss\u00e9 A<em>ndromaque, B\u00e9r\u00e9nice, Ph\u00e8dre<\/em>\u2026 Boileau acc\u00e9dera avec Racine au poste envi\u00e9 et naturellement servile d\u2019historiographe du roi, en 1677.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9finis la cour un pays o\u00f9 les gens,<br>Tristes, gais, pr\u00eats \u00e0 tout, \u00e0 tout indiff\u00e9rents,<br>Sont ce qu\u2019il pla\u00eet au prince, ou, s\u2019ils ne peuvent l\u2019\u00eatre<br>T\u00e2chent au moins de le para\u00eetre\u00a0:<br>Peuple cam\u00e9l\u00e9on, peuple singe du ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"824\" class=\"cit-num\">824<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables. Les Obs\u00e8ques de la lionne<\/em> (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse bien des loisirs pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin.<\/p>\n<p>Fouquet fut son premier m\u00e9c\u00e8ne et ami, mais \u00e0 la chute du surintendant destitu\u00e9 par le roi (1661), La Fontaine trouve d\u2019autres riches protecteurs et surtout protectrices, duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Mme\u00a0de la Sabli\u00e8re, Marie-Anne Mancini, etc.<\/p>\n<p>Courtisan \u00e0 la cour, il est cependant \u00e9pris de libert\u00e9 et fort habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019\u00e9tais accus\u00e9 d\u2019avoir vol\u00e9 les tours de Notre-Dame, je commencerais par m\u2019enfuir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"843\" class=\"cit-num\">843<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Appr\u00e9ciation sur la justice attribu\u00e9e \u00e0 divers hauts magistrats \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La monarchie absolue va de pair avec l\u2019arbitraire de la justice. Les intendants ne peuvent veiller \u00e0 tout et partout. Le seigneur demeure puissant sur ses terres, tandis que le noble de robe ou le bourgeois r\u00e9cent acqu\u00e9reur de la seigneurie n\u2019est pas moins \u00e2pre\u00a0! Les magistrats sont trop peu nombreux (8\u00a0648 juges pour 17\u00a0millions d\u2019habitants en 1665), parfois complices des nobles et alli\u00e9s \u00e0 eux. L\u2019autorit\u00e9 royale n\u2019intervient qu\u2019en cas d\u2019oppression flagrante. \u00ab\u00a0La justice est une si belle chose qu\u2019on ne saurait trop cher l\u2019acheter\u00a0\u00bb, \u00e9crit Lesage dans sa com\u00e9die <em>Crispin rival de son ma\u00eetre<\/em> (1707).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par la gabelle et les aides, l\u2019inquisition entre dans chaque m\u00e9nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"833\" class=\"cit-num\">833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), Les Origines de la France contemporaine, tome I,<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les pays de grande gabelle [\u2026], le sel co\u00fbte treize sous la livre [\u2026] Bien mieux, en vertu de l\u2019ordonnance de 1680, chaque personne au-dessus de 7\u00a0ans est tenue d\u2019en acheter sept livres par an.\u00a0\u00bb La lev\u00e9e des imp\u00f4ts est assur\u00e9e par les \u00ab\u00a0fermiers\u00a0\u00bb, traitants ou \u00ab\u00a0partisans\u00a0\u00bb priv\u00e9s qui passent contrat avec l\u2019\u00c9tat\u00a0: ils lui remettent une somme forfaitaire et pr\u00e9l\u00e8vent les taxes et droits sur les contribuables, en faisant leur b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>Le fermier est un personnage \u00e0 peu pr\u00e8s aussi ha\u00ef que l\u2019intendant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, notamment du fait de nombreux abus. La fiscalit\u00e9 comme la justice ont finalement rendu la R\u00e9volution n\u00e9cessaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un almanach et une montre, on pouvait, \u00e0 trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu\u2019il faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"849\" class=\"cit-num\">849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contraste frappant, paradoxe apparent, le roi si occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9gner, gouverner, guerroyer se pla\u00eet \u00e0 r\u00e9duire tous les Grands \u00e0 une inactivit\u00e9 dor\u00e9e, mais forc\u00e9e. Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, rest\u00e9 dans l\u2019histoire pour ses <em>M\u00e9moires<\/em> (posthumes), fut un \u00e9ternel frustr\u00e9, n\u2019ayant jamais le r\u00f4le politique qu\u2019il r\u00eavait de jouer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai failli attendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"848\" class=\"cit-num\">848<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0attendre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On lui pr\u00eate ce mot, souvent cit\u00e9, jamais \u00ab\u00a0sourc\u00e9\u00a0\u00bb. La duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, rapporte seulement que le roi ne peut souffrir qu\u2019on le fasse attendre. Ce qui est assez normal pour un homme si occup\u00e9, si minut\u00e9 dans l\u2019emploi de son temps, et roi de surcro\u00eet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, vous allez \u00e9pouser tous les os des Saints Innocents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"856\" class=\"cit-num\">856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0(1638-1715), \u00e0 son fr\u00e8re Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, fin mars\u00a01661. <em>M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour n\u2019est pas la premi\u00e8re qualit\u00e9 royale, mais \u00e0 l\u2019occasion\u2026 Son fr\u00e8re est mari\u00e9 malgr\u00e9 lui \u00e0 Henriette Anne d\u2019Angleterre, fort maigre \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 la mode est aux femmes bien en chair \u2013 elle s\u2019\u00e9panouira joliment, l\u2019amour du comte de Guiche aidant, avant d\u2019autres amants, dont le roi lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Mazarin s\u2019\u00e9tait charg\u00e9 d\u2019\u00e9duquer Philippe d\u2019Orl\u00e9ans de fa\u00e7on \u00e0 affaiblir sa personnalit\u00e9, pour \u00e9viter que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ait avec lui les m\u00eames ennuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> avec son fr\u00e8re Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, l\u2019\u00e9ternel comploteur. Il l\u2019a fait initier \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 par son neveu Filipo Mancini, en flattant ses penchants inn\u00e9s pour les fards et les d\u00e9guisements. Philippe fera n\u00e9anmoins plusieurs enfants \u00e0 ses deux femmes successives (la seconde \u00e9tant Charlotte-\u00c9lisabeth\u00a0de Bavi\u00e8re, princesse Palatine, m\u00e8re du futur R\u00e9gent). Il se r\u00e9v\u00e9lera aussi l\u2019un des meilleurs chefs militaires de son temps, au point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, jaloux, lui retirera tout commandement\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Horoscope de Louis de France. Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais il meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les deux autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits. Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, les liens familiaux faisaient (et d\u00e9faisaient) les fronti\u00e8res territoriales, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance g\u00e9opolitique des mariages et des naissances royales.<\/p>\n<p>Quant aux horoscopes\u2026 Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res\u00a0! Mais la classe politique reste une client\u00e8le fid\u00e8le des devins, encore tr\u00e8s sollicit\u00e9s. Certain pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019a jamais cach\u00e9 qu\u2019il recourait aux services d\u2019\u00c9lizabeth Teissier devenue de ce fait l\u2019astrologue la plus c\u00e9l\u00e8bre des \u00ab\u00a0ann\u00e9es Mitterrand\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais o\u00f9 je vais te mener\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"868\" class=\"cit-num\">868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURENNE<\/span> (1611-1675) se parlant \u00e0 lui-m\u00eame, en 1667. <em>Nouvelles consid\u00e9rations sur les rapports du physique et du moral<\/em> (1834), Pierre Maine de Biran<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation r\u00e9f\u00e9rentielle plaisante et ambigu\u00eb. Henri de La Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne, s\u2019appr\u00eate \u00e0 reprendre du service, vingt ans apr\u00e8s sa brillante guerre de Trente Ans. Autre version du mot de Turenne\u00a0: il parlerait \u00e0 son cheval Carcasse, avant sa derni\u00e8re bataille en 1675. De toute mani\u00e8re, c\u2019est le mot d\u2019un tr\u00e8s courageux soldat de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, promu mar\u00e9chal de France \u00e0 32\u00a0ans.<\/p>\n<p>La guerre de D\u00e9volution, dite aussi de Flandre ou des Droits de la Reine, premi\u00e8re guerre de conqu\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, se pr\u00e9pare depuis le d\u00e9but du r\u00e8gne par un jeu d\u2019alliances. \u00c0 la mort de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne (1665), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> invoquant le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es (1659) entend faire valoir les droits de sa femme sur les Pays-Bas (espagnols)\u00a0: fille du roi d\u2019Espagne, elle y a renonc\u00e9 en \u00e9pousant le roi de France, mais en \u00e9change d\u2019une dot consid\u00e9rable, toujours impay\u00e9e\u2026 Les victoires se succ\u00e8dent, Louvois et Vauban ont bien pr\u00e9par\u00e9 l\u2019arm\u00e9e. En trois mois, cette ann\u00e9e 1667, Turenne enl\u00e8ve la Flandre (dont Lille) \u00e0 l\u2019Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 nuit d\u00e9sastreuse\u00a0! \u00f4 nuit effroyable, o\u00f9 retentit tout \u00e0 coup, comme un \u00e9clat de tonnerre, cette \u00e9tonnante nouvelle\u00a0: Madame se meurt, Madame est morte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"873\" class=\"cit-num\">873<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704),<em> Oraison fun\u00e8bre d\u2019Henriette Anne d\u2019Angleterre<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis dix ans, Bossuet est le pr\u00e9dicateur de la cour\u00a0: des sermons par centaines et une \u00e9loquence incantatoire dont Malraux, ministre de la Culture, retrouvera les accents et le lyrisme, trois si\u00e8cles apr\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre de Madame, femme de Monsieur, est un mod\u00e8le du genre. Rappelons que le fr\u00e8re du roi, Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, fut mari\u00e9 malgr\u00e9 lui \u00e0 cette princesse anglaise, maigre comme \u00ab\u00a0les os des Saints Innocents\u00a0\u00bb (1661). La cour de France et l\u2019amour de quelques amants (dont le roi) ont m\u00e9tamorphos\u00e9 Henriette. Aussi belle que spirituelle, elle vit au-dessus des moyens d\u2019une sant\u00e9 fragile\u00a0: passion pour la chasse et la danse, intrigues, quatre maternit\u00e9s, sc\u00e8nes de jalousie de Monsieur qui voit sa femme dans les bras de son favori, le comte de Guiche\u2026 On parla d\u2019un empoisonnement, d\u00e9menti apr\u00e8s autopsie.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la mort subite d\u2019Henriette, \u00e0 26\u00a0ans, cause un \u00e9moi dont Bossuet donne un juste \u00e9cho\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u00a0; et il me semble que je vois l\u2019accomplissement de cette parole du proph\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi pleurera, le prince sera d\u00e9sol\u00e9, et les mains tomberont au peuple de douleur et d\u2019\u00e9tonnement.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019attelage du soleil<br>N\u2019aura jamais son pareil.<br>Il est de quatre chevaux<br>Qui ne sont ni bons ni beaux [\u2026]<br>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de deux cavales [\u2026]<br>Toutes deux fortes des reins<br>Toutes deux sont poulini\u00e8res,<br>L\u2019une est maigre au dernier point,<br>L\u2019autre cr\u00e8ve d\u2019embonpoint.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"880\" class=\"cit-num\">880<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson all\u00e9gorique sur les ministres et les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. <em>Nouvelle collection des m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de France\u00a0: depuis le <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e<\/em> (1837), J.\u00a0Michaud, <span class=\"caps\">J. J. F.<\/span> Poujoulat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>All\u00e9gorique, mais sans myst\u00e8re\u00a0: les quatre chevaux sont les ministres Le Tellier, son fils Louvois, Colbert et Lionne. Les deux cavales sont les ma\u00eetresses du roi, la Valli\u00e8re et Montespan.<\/p>\n<p>La France est toujours cette \u00ab\u00a0monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons\u00a0\u00bb, mais elle est \u00e9galement unie et forte derri\u00e8re son roi dans cette guerre de Hollande qui commence en 1672 et dure plus que pr\u00e9vu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Ultima ratio regum.\u00a0\u00bb<\/em> <br>\u00ab\u00a0Dernier argument des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"817\" class=\"cit-num\">817<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), devise grav\u00e9e sur ses canons<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Concise et pr\u00e9cise, la devise est une citation historique r\u00e9f\u00e9rentielle. Celle-ci donne une cl\u00e9 de la politique ext\u00e9rieure du r\u00e8gne et du personnage. La guerre est l\u2019une des passions du roi, la victoire \u00e9tant ce qui peut le mieux servir sa gloire. D\u2019o\u00f9 trente-trois ann\u00e9es de guerre sur un r\u00e8gne personnel de cinquante-quatre ans.<\/p>\n<p>Ses contemporains sont du m\u00eame avis\u00a0: un roi guerrier fait son m\u00e9tier de roi. Prenons garde \u00e0 l\u2019anachronisme qui pousserait \u00e0 condamner ce \u00ab\u00a0bellicisme\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort aujourd\u2019hui un homme qui faisait honneur \u00e0 l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"883\" class=\"cit-num\">883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince montecucolli (1609-1680), rendant hommage \u00e0 son ennemi Turenne, Salzbach (ou Sasbach), 27\u00a0juillet 1675. <em>L\u2019Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em> (1875), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Turckheim, la foule accueille Turenne \u00e0 Paris comme le lib\u00e9rateur du royaume. Combl\u00e9 d\u2019honneurs et toujours modeste, il souhaite se retirer \u00e0 l\u2019Oratoire, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui donne le commandement de la nouvelle campagne de 1675. \u00c0 64\u00a0ans, le mar\u00e9chal de France retrouve son vieil adversaire Montecucolli\u00a0: g\u00e9n\u00e9ralissime des troupes de l\u2019empereur germanique, \u00e2g\u00e9 de 66\u00a0ans et toujours combattant \u2013 compar\u00e9 aux esp\u00e9rances de vie actuelles, on parlerait d\u2019octog\u00e9naires.<\/p>\n<p>Deux mois durant, ils d\u00e9ploient leurs arm\u00e9es en grands tacticiens. Turenne semble avoir l\u2019avantage et va passer \u00e0 l\u2019offensive, quand il est mortellement bless\u00e9 par un boulet de canon au cours d\u2019une op\u00e9ration de reconnaissance. Il sera enseveli \u00e0 la basilique de Saint-Denis \u2013 et transf\u00e9r\u00e9 en 1800 aux Invalides, par Bonaparte admiratif.<\/p>\n<p>Pardonn\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> apr\u00e8s sa Fronde, sa tra\u00eetrise et sa condamnation \u00e0 mort, le Grand Cond\u00e9 remplace son plus ancien ami et adversaire, Turenne.<\/p>\n<p>De nouvelles victoires sur terre et sur mer (contre l\u2019escadre hollandaise en M\u00e9diterran\u00e9e) permettent \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> de traiter en position de force au congr\u00e8s de Nim\u00e8gue (1678-1679). L\u2019Espagne, grande perdante, c\u00e8de \u00e0 la France la Franche-Comt\u00e9 et quelques places qui consolident la fronti\u00e8re au nord et \u00e0 l\u2019est. Les Provinces-Unies sont trait\u00e9es avec une \u00e9tonnante bienveillance et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand, \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de son r\u00e8gne, appara\u00eet comme l\u2019arbitre de l\u2019Europe quand il s\u2019installe \u00e0 Versailles, en 1682.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais fait pour Dieu ce que j\u2019ai fait pour cet homme, je serais sauv\u00e9 dix fois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"891\" class=\"cit-num\">891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), sur son lit de mort, parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, d\u00e9but septembre\u00a01683. Mot de la fin. <em>Histoire de la vie et de l\u2019administration de Colbert<\/em> (1846), Pierre Cl\u00e9ment<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand commis de l\u2019\u00c9tat accomplit une t\u00e2che surhumaine, cumulant peu \u00e0 peu les postes d\u2019intendant des Finances, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral, surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures, secr\u00e9taire \u00e0 la Maison du roi et \u00e0 la Marine. Il dirigea et r\u00e9glementa l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9organisa l\u2019administration, g\u00e9ra les \u00ab\u00a0affaires culturelles\u00a0\u00bb, encouragea le commerce d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0une guerre d\u2019argent\u00a0\u00bb et enrichit le pays au nom d\u2019un mercantilisme qui fait loi \u2013 le colbertisme. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit, autant que la France, une part de cette grandeur dont il est si fier.<\/p>\n<p>\u00c0 la veille de sa mort (6\u00a0septembre 1683), le cr\u00e9ateur du budget public (au sens moderne du mot) doit pourtant avoir un sentiment d\u2019\u00e9chec\u00a0: les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat ne peuvent plus \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9es par les recettes, notamment \u00e0 cause des d\u00e9penses militaires, et la cour parle d\u2019une \u00e9ventuelle disgr\u00e2ce de Colbert, au profit de son rival, l\u2019intrigant Louvois, ministre de la Guerre qui encourage le roi dans une politique ext\u00e9rieure toujours plus ambitieuse, aventureuse, bient\u00f4t ruineuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 force de vouloir para\u00eetre grand, vous avez failli ruiner votre propre grandeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"893\" class=\"cit-num\">893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation doublement r\u00e9f\u00e9rentielle pour lecteurs tr\u00e8s avertis et cultiv\u00e9s\u2026 Cette phrase de Mentor \u00e0 Idom\u00e9n\u00e9e, c\u2019est en fait F\u00e9nelon s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> dans cette \u0153uvre r\u00e9dig\u00e9e en 1695. Ce jugement s\u00e9v\u00e8re, malgr\u00e9 l\u2019effet de style et la m\u00e9taphore mythologique, s\u2019applique bien \u00e0 cette ann\u00e9e 1683, tournant du r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Un exc\u00e8s de confiance en soi fait perdre au roi sa prudence et son sens inn\u00e9 de la mesure. Les ambitions territoriales et les continuelles provocations de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (encourag\u00e9 par Louvois) auront bient\u00f4t pour cons\u00e9quence de coaliser au sein de la ligue d\u2019Augsbourg toute l\u2019Europe (sauf la Suisse) contre la France. D\u00e9j\u00e0 les \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb ont r\u00e9volt\u00e9 bien des populations, depuis 1681\u00a0: voulant renforcer strat\u00e9giquement les fronti\u00e8res du royaume, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> se sert de l\u2019impr\u00e9cision juridique des trait\u00e9s pour annexer les \u00ab\u00a0d\u00e9pendances\u00a0\u00bb des villes conquises. Stupeur, puis fureur des souverains concern\u00e9s\u00a0: roi d\u2019Espagne, roi de Su\u00e8de, empereur d\u2019Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plaie de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes saigne encore en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"900\" class=\"cit-num\">900<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Correspondance<\/em> (Lettre au comte de Schouvalof, 30\u00a0septembre 1767)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle suivant, c\u2019est le grand avocat de la tol\u00e9rance religieuse qui s\u2019exprime, en m\u00eame temps que l\u2019historien du Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9dit de Fontainebleau du 18\u00a0octobre 1685 (enregistr\u00e9 le 22) r\u00e9voque l\u2019\u00e9dit de Nantes (pris par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en 1598)\u00a0: pasteurs bannis, \u00e9coles protestantes ferm\u00e9es, temples d\u00e9truits, enfants des \u00ab\u00a0nouveaux convertis\u00a0\u00bb baptis\u00e9s. Et interdiction de quitter la France sous peine de gal\u00e8res. Le roi, mal conseill\u00e9, sans doute influenc\u00e9 par sa seconde femme Madame de Maintenon, n\u2019a pas pr\u00e9vu les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses (politiques et humaines) de la R\u00e9vocation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire la guerre sans combattre,<br>Piller la veuve et l\u2019orphelin,<br>Sent plus le fils de Mazarin<br>Que le fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"908\" class=\"cit-num\">908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Faire la guerre sans combattre<\/em>\u00a0(1688), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson est pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9e, d\u2019o\u00f9 sa valeur r\u00e9f\u00e9rentielle.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, \u00e0 l\u2019instigation de Louvois, fait occuper avec une brutalit\u00e9 rest\u00e9e l\u00e9gendaire le Palatinat (rive droite du Rhin)\u00a0: sous pr\u00e9texte d\u2019assurer les droits d\u2019h\u00e9ritage de Madame (sa belle-s\u0153ur), la princesse Palatine, et de confirmer les \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb (annexions) op\u00e9r\u00e9es par la France.<br>Le sac du Palatinat est d\u2019une sauvagerie qui fait honte aux officiers qui l\u2019ex\u00e9cut\u00e8rent\u00a0: \u00ab\u00a0Si le roi avait \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de ce spectacle, il aurait lui-m\u00eame \u00e9teint les flammes. Les nations, qui jusque-l\u00e0 n\u2019avaient bl\u00e2m\u00e9 que son ambition en l\u2019admirant, cri\u00e8rent alors contre sa duret\u00e9 et bl\u00e2m\u00e8rent m\u00eame sa politique\u00a0\u00bb (Voltaire).<\/p>\n<p>La guerre est devenue in\u00e9vitable, avec la somme des haines suscit\u00e9es par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour diverses raisons\u00a0: politiques, religieuses, commerciales, coloniales. La ligue d\u2019Augsbourg r\u00e9unit tous les m\u00e9contents\u00a0: Empire, Espagne, Savoie, Su\u00e8de, Provinces-Unies, puis l\u2019Angleterre \u2013 une r\u00e9volution d\u00e9tr\u00f4ne Jacques\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (un Stuart), catholique et francophile, amenant au pouvoir sa fille Marie et son gendre, Guillaume d\u2019Orange (stathouder aux Provinces-Unies), roi d\u2019Angleterre sous le nom de Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! l\u2019insolente nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"915\" class=\"cit-num\">915<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019orange-<span class=\"caps\">NASSAU<\/span> (1650-1702), bataille de Neerwinden, 29\u00a0juillet 1693. <em>M\u00e9moires de Saint-Simon<\/em> (posthume, 1879)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Exclamation de surprise du roi d\u2019Angleterre, \u00e0 la fois furieux et admiratif de la r\u00e9sistance oppos\u00e9e par la cavalerie fran\u00e7aise du mar\u00e9chal de Luxembourg.<\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e9puisement atteint tous les bellig\u00e9rants, au fil de ces batailles qui se succ\u00e8dent, qu\u2019elles soient victoires ou d\u00e9faites. Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, quelques milliers de morts appara\u00eet comme une tuerie exemplaire. La suite de l\u2019histoire, avec des guerres aux effectifs d\u00e9cupl\u00e9s, voire centupl\u00e9s, repoussera les limites de l\u2019horreur en ce domaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bout de Monsieur d\u2019Argenson<br>Se raccourcit avec la lune.<br>Il deviendra colima\u00e7on,<br>Le bout de Monsieur d\u2019Argenson\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"918\" class=\"cit-num\">918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Bout de Monsieur d\u2019Argenson<\/em> (1698), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation r\u00e9f\u00e9rentielle et irr\u00e9v\u00e9rencieuse, possible par l\u2019anonymat qui fait fi de la censure pour dire la v\u00e9rit\u00e9 avec autant d\u2019humour que d\u2019humeur. La France sort ruin\u00e9e de la guerre de la Ligue d\u2019Augsbourg ou guerre de Neuf Ans (1688-1697) qui opposa la France \u00e0 une puissante coalition europ\u00e9enne<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, surnomm\u00e9e la Ville Lumi\u00e8re pour son \u00e9clairage au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, le nouveau lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police d\u00e9cide de faire des \u00e9conomies\u00a0: les nuits de pleine lune, on ne mettra dans les lanternes publiques que de petits \u00ab\u00a0bouts de chandelles\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 les plaisanteries sur le bout de M.\u00a0d\u2019Argenson\u00a0: \u00ab\u00a0Mais il est plus gros et plus long\u00a0\/ Quand il voit para\u00eetre la brune.\u00a0\u00bb De nos jours, c\u2019est au nom de l\u2019\u00e9cologie et du r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te que l\u2019\u00e9clairage (\u00e9lectrique) doit \u00eatre r\u00e9duit la nuit dans les villes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle gr\u00e2ce [\u2026] de faire par pure vertu ce que tant d\u2019autres femmes font sans m\u00e9rite et par passion\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"928\" class=\"cit-num\">928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">GODET<\/span> des <span class=\"caps\">MARAIS<\/span> (1647-1709), \u00e9v\u00eaque de Chartres et directeur spirituel de la Maison de Saint-Cyr, confesseur de Mme\u00a0de Maintenon, \u00e0 sa p\u00e9nitente. <em>Lettres \u00e0 Madame de Maintenon<\/em> (\u00e9dit\u00e9es en 1778)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pouse morganatique du roi, elle se plaint en 1704 de ce qu\u2019il \u00ab\u00a0lui donne le bonsoir\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 deux fois par nuit\u00a0: elle a 70\u00a0ans et lui 66.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le s\u00e9ducteur n\u2019a plus de ma\u00eetresses et la religion l\u2019occupe davantage, avec l\u2019\u00e2ge et sous l\u2019influence de \u00ab\u00a0sainte Fran\u00e7oise\u00a0\u00bb (le surnom qu\u2019il donne \u00e0 sa femme, n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9). Il garde quand m\u00eame un bien grand app\u00e9tit de vie \u2013 malgr\u00e9 l\u2019op\u00e9ration d\u2019une fistule anale (novembre\u00a01686), premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie d\u2019interventions qui vont amener une certaine d\u00e9ch\u00e9ance physique, voire mentale.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> continuera cependant de chasser, de manger, d\u2019aimer, de r\u00e9gner jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon neveu, je vous fais R\u00e9gent du royaume. Vous allez voir un roi dans le tombeau et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la m\u00e9moire de l\u2019un et des int\u00e9r\u00eats de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"945\" class=\"cit-num\">945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, <em>Testament<\/em>, 1715.<em> Histoire de la R\u00e9gence pendant la minorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, volume\u00a0I (1922), Henri Leclercq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte sera lu au lendemain de sa mort. Le roi a institu\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence dont le R\u00e9gent en titre est pr\u00e9sident, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir allant au duc du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Maintenon). Son neveu, dont il se m\u00e9fie non sans raison, ne s\u2019en satisfera pas et le roi mourant a peu d\u2019illusion sur l\u2019avenir de ses derni\u00e8res volont\u00e9s royales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, Louis le Grand est mort\u00a0!<br>La Parque a termin\u00e9 son sort.<br>O reguingu\u00e9, o lon la la,<br>Elle vient de trancher sa vie,<br>Toute l\u2019Europe en est ravie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"948\" class=\"cit-num\">948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1715), chanson.<em> Une histoire de la chanson fran\u00e7aise, des troubadours au rap<\/em> (2004), Jean-Pierre Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre \u00e9cho, autre v\u00e9rit\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> aura fort inqui\u00e9t\u00e9 l\u2019Europe par ses ambitions territoriales et commerciales, ses guerres de conqu\u00eate et sa politique des \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb. Et la rue qui chante \u00e0 sa mort ne s\u2019embarrasse pas de subtilit\u00e9s rh\u00e9toriques.<\/p>\n<p>Louis le Grand, ador\u00e9 dans sa jeunesse, aim\u00e9 et admir\u00e9 au sommet de sa gloire, finit d\u00e9test\u00e9 du peuple qui souffre \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de la guerre et de la mis\u00e8re. La seconde moiti\u00e9 du r\u00e8gne jette une ombre tragique sur la premi\u00e8re. Un tel contraste est rare, dans l\u2019histoire. On le retrouvera avec Napol\u00e9on et une chute encore plus tragique.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citations \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (inspir\u00e9es du syst\u00e8me des coordonn\u00e9es en physique) renvoient \u00e0 un personnage, un \u00e9v\u00e9nement, une th\u00e9orie ou une opinion, voire une autre citation en effet miroir. Bref, \u00e0 tout ce qui fait date et sens dans notre histoire o\u00f9 le r\u00e9cit national c\u00f4toie parfois le roman.Elles se pr\u00e9sentent sous diverses formes\u00a0: slogans, appels, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":77,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-9626","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9626"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9626\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16254,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9626\/revisions\/16254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}